: royaume DE SI AM, PAR, monsr. de la loubere, "Envoyé extraordinaire du Roy an~ près du Roy de Siam en 1687. & 1688. tome premier. Sut vant la Copie imprimée à Paris « Amsterdam, Chez A b r a ham Wolfgang, près «ielaBourfe, ic?u A monseigneur, le MARQUIS de t o r c y, SECRETAIRE D’ETAT. C’eft par les ordres , dont j’ay eu 1 honneur d erre chargé de la part du Roy , en partant pour mon voyage de kiam, que j’ay obfervéen cePaïs-là, R plus exactement qu’il m’a efté pof- fible , tout ce qui m’y a paru de plus singulier : &j’ay attendu depuis mon retour de nouveaux ordres de vôtre part pour me réfoudre à donner une iorme aux remarques que j’avois fai- tes. jefouhaite, Monseigneur, Scelles vous plaifent. La Science des affaires dans laquelle vous avés efté hourri parmi tant d'exemples dome- * z ftiques , epitre. ftiques , & que vous fortifiés tous les jours par vôtre propre expérience , & en un mot l’eftimeque le Roy a té- moigné faire de vous , en vous don- nant en un âge fi peu avancé une Charge fi importante , doivent por- ter tout le monde à rechercher vôtre approbation, & principalement ceux , qui entreprennent d’écrire les mœurs &le gouvernement de quelque Peu- ple. Mais , Monseigneur, fi après avoir étudié dans vos voyages les maximes de toutes les Cours de 1 Europe , vous ne trouvés rien dans celle de Siam qui mérité vos refle- xions , j’efpere au moins que vous en ferés fur le defir que j’ay eu de vous obeïr , Si fur le relpeél avec lequel je fuis , MONSEIGNEUR, Vôtre très- humble & très* obéïflànt ferviteur Ea Lovbere. T A« H TABLE DES CHAPITRES. O Ccafion dcjfein de cet Ouvrage. Pag. r PREMIERE PARTIE. DaPaïs de Siam*. ^ H Ap, I. O A Defcription Géographie II. Suite de la Dejcription Çeographtcjue di i Royaume de Siam , où il cjt parlé de la Capi- tale. i y Il L De l’Hifioire (3 de l’Origine des Sia- mois. 1Q I V. De s e que le Pais de Siam produit, & pre- mièrement des bois. 30 V. Des Mines de Siam. 37 VI. Des terres cultive' es > & de leur fécon- dité. V II. Des Grains de Siam. 47 V III. Du Labourage & de la différence des Saifons. " jo I A. Des Jardins des Siamois , & par occaffon de leurs boiffons. 5 S * 3 SE- TABLE DES CHAPITRES. SECONDE PARTIE. Des Mœurs des Siamois en general. Ch AP. I. T> E l'Habit ££ delà Mine des Siamois \ 73 II. Des Maifbns des Siamois , & de leur Ar- chitecture dans les "Bâti mens publics. 8 6 III. Des Meubles des Siamois. i0i I V. De la Table des Siamois . j V. Des JT mures , de l'Equipage en general des Siamois. I2g VI. Des SpeClacles , Çj des autres Diverti fe- ments des Siamois . j * 4 VII. Du Mariage du Divorce des Sia- mois. j. y y VIII. De [Education des Enfdns Siamois 9 _ & premièrement de leur Eohtefe. i 64 ï X» Des Etudes des Siamois. ^ X. De ce que les Siamois favent enMedecine- & enChpmie. xgp XI. De ce que les Siamois favent des Mathé- matiques. j ^ y XII. De la Alufîque , & des Exercices dis Corps. 20/ XIII. Des Arts exercés par les Siamois. 111 XIV. Du commerce chez, les Siamois. 2.1 6 X V . CaraCtere des Siamois en general. 223 T R O I- TABLE DES CHAPITRES. TROISIEME PARTIE. Des Mœurs des Siamois fuivant leurs diver- fes Conditions. Ch A r. I. y\ Es diverfcs ConditioKs chez. ^ les Siamois . pag. 234 II. 'Du Peuple Siamois. 237 III. Des Officiers du Royaume de Siam en general. 2,43- IV. Des Officiers de fudicature. 245? V. Du Stile judiciaire. 25 y V I. Des fondions de Gouverneur & de fogc dans la Capitale . 2 67 LV IL Des Officiers d’Etat, & premièrement du Tchacry , du Calla-hom 9 & du General des Eléphants. 270 Y 1 1 1. De l’Art de la Guerre chez, les Siamois , & de leurs forces de Mer & de Terre . 272 I X. Du Barcalon & des Finances. 281 X. Du Sceau Royal \ & du Maha Oharat . 289 Xi. Du Palais , & de la Garde du Roy de Siam . 2^0 1 1. Des Officiers qui approchent le plus la perfinne du Roy de Siam. 5 00 X I I I. Des Femmes du Palais & des Officiers ^ delà Garde-Robbe. 30 y XIV. Des Coutumes de la Cour de Siam > e? de la Politique défis Rois. 310 XV. Dufiile des Ambaffades h Siam . 3 27 XVI. Des TABLE DES CHAPITRES. XVI. Des Etrangers de differentes Nations réfugiez. & habituez, à Si.im. 337 XVII. Des Talapoins y & de leurs Convents. 341 XVIII. De VEleEhon du Supérieur y & delà réception des Talapoins , des T ' alapoüi- nes. 3 3 s XIX. De la DoElrine des Talapoins. 359 XX. Des Funérailles des Chinois , & de celles des Siamois. 3 g g XXI. Des Principes de la Morale Indienne. XXII. De la fupréme félicité y & de l'extrcme infelicité félon les Siamois. 3 c, z XXIII. De l'Origine des Talapoins , & de leurs Opinions. 394 XXIV. Des Contes fabuleux que les Tala - poins 13 leurs pareils ont entez, fur leur Do- élrine. 41 j X XV. Dherfes Obfervations à faire en prê- chant l’Evangile aux Orientaux. 4 16 Pag. ï D U Royaume de s i a m. Occafion DeJJein de cet Ouvrage. Mon retour du voyage , que j’ay r* rait aSiam en qua îte d tnvoyedecctOii- extraordinaire du Roy , ceux qui viage* ont droit de me commander, ont exigé de moy que je leur rendillè un compte exaétdeschofes, que j’ay vues ou apprifès en ce Païs là ; & c eft ce qui îera toute la matière de cet Ouvrage. Dautrés l A ont t- Du Royaume de Star». ont allez inftruit le Public des circonftances de cette longue navigation : mais pour ce qui re- garde la delcription d’un Pais , on n’en lâu- roit avoir trop de Relations , fi on le veut bien connoître: les dernieres éclaircifi'enc toûjours davantage les precedentes. Mais afin qu’on fâche de quel temps j écris , je diray feulement que nous partîmes de Breft le premier Mars 1687. que nous mouillâmes à la rade de Siam le 27 Septembre de la même année, que nous en partîmes pour nôtre retour le 3 Jan- vier 1 688. & que nous mîmes pié à terre à •Breft le 27juillet iuivant. Mon defièin eft donc de traiter d’abord du cet Ou- Pais de Siam , de fon étendue , de fa fertilité, vioge. & des qualitez de fon terroir & de fon cli- mat : en lèçond lieu j’expliqueray les mœurs des Siamois en general., & enfin leurs mœurs particulières félon leurs diverfes conditions. Le Gouvernement & la Religion entreront en cette derniere partie-, &• je me flatte que plus on avancera dans la leéture de cet Ouvrage , plus on le trouvera digne de curiofité ; parce que le goût & le genie des Siamois , que j’ay tâché depenetrer en toutes chofes, s’y décou- vriront toûjours déplus en plus. Enfin pour ne m’arrêter pas à des chofes , qui neferoient pas au gre de tout le inonde , on qui interrom- praient trop ma narration , je renvoyeray à la fin plufieurs Mémoires que j’ay apportez de ce Païs-là , ôc que je ne faurois fupprimer fans Du Royaume de Siaml 5 faire tort a lacuriofité du Public. Que fi mai- gre cette précaution j’étends encore de cer- raines matières aude-là du goût de quelques- ^ns> je les prie de confiderer que lesexpref fions generales ne donnent jamais de juftes idées ; ^ & que ce n’efl: pas être informé, que de ne 1 être que de la première écorce des cho- ies, Ceft dans ce même elprit de bien faire connoitre les Siamois , que je donne plufieurs connoiflànces des autres Royaumes des Indes> ^ de celuy de la Chine : car qpoy qu’à la ri- gueur tout ^cela puifiè paroître étranger à mou iujet ; il m a femblé neanmoins que la com- paraifon des choies des Païs yoifins entreux, éclaircit beaucoup les unes & les autres. Je- ipere auffi que l’on me pardonnera les noms Siamois, que je rapporte & que j’explique. es ^marques feront entendre d’autres Rela- °lue la mienne , leiquelles lans ces éclair- ci emens pourroient quelquefois faire douter ue ce que je dis. Au refte ceux qui me connoillent favent *jue j aime la vérité : mais il ne fuffit pas de onner une relation fincere pour la donner véritable : il faut avoir joint les lumières à la nicerite , & s être bien informé de ce donc on entreprend d’informer les autres. J’aydonc con îdere , interrogé , pénétré, autant qu’il ma etepoflible; &pour me rendre plus ca- e de le faire, j’ay lu avec loin avant que arriver à Siam , plufieurs Relations ancien- A x nés 4 Dh Royaume de Siam] nés & modernes des diverfes contrées de 1*0-* rient. De forte quil me fèmbleque cette pré- paration a fappléé au défaut d'un plus long fe- jour , & ma fait remarquer & entendre en trois mois que j'ay été à Siam, ce que je n'eullè ny entendu , ny remarqué peut-être en trois ans Cms le (ecours de ces leétures. PRE Du Royaume de Siam. y PREMIERE PARTIE. Du Païs de Siam. CHAPITRE premier. La Dejcription Géographique. | A navigation a fait aflèz connoî- T- . ,tre les côtes maritimes duRoyau-^Royau1- ;me de Siam, & aflèz d’ Auteurs les me eftiu- j ont décrites: mais ils n ont lu prêt connu’ que rien du dedans des Terres; parce que les Siamois n’ont pas fait une Carte e leur Païs, ouquilslafavent tenir cachée. ,eIle clue ) en flonne eft l’ouvrage d’un Euro- pe115 qui a remonté le Menam principale rt Vlere c^u Païs , jufqu’aux frontières du Roy- ^ume; mais qui n’êtoit pas allez habile pour onner toutes les polirions avec une entière fui [telle. D ailleurs il n’a pas tout vû; & ainfi lay cru neceflaire de donner la Carte àMon- peur CalEni Directeur de l’Oblervatoire de ans* pour la corriger fur quelques Mémoi- res qu on m a donnez à Siam. Je lày nean- moins qu elle eft encore défedueulè : mais el- c ne aille pas de donner des connoiflances de Ce clu>on n avoir pas eues jufqu’i- CY> oc d etreplus exade en celles.que Ton en ayoït* 1 A z Ses ïî. Ses Fron ijeres du côté du JSΩid» in. t)e la vil- le de Chiam&i & de Ton lac. £ Du Royaume de Siam] Ses Frontières s'étendent vers le Nord juC qu'au 22. degré ou environ: & comme la ra- de qui termine le golphe de Siam eft à peu prés à la hauteur de i $ . degrez & demy , il s'en- fuit que toute cette étendue , que nous ne çon- noiflons prefque point, eft d'environ 170. lieues en ligne droite, à conter 20. lieues par degré de latitude à la maniéré de nos Naviga- teurs. Les Siamois difent que la ville de Chiamaï eft de quinze journées plus au Nord que les frontières de leur Royaume, ceft adiré, tout au plus, de foixante àfoixantedix lieues; car ce font des journées par là riviere & en la re- montant. Il y a environ trente ans, dilent-ils, que leur Roy prit cette ville, & l'abandonna après en avoir emmené tout le Peuple : & de- puis elle a été repeuplée par le Roy d'Ava , à qui le Pegu obéît aujourd'hui. Mais les Sia- mois qui furent à cette expédition , ne connoit fent point ce Lac célébré , d’où nos Géogra- phes font fortir la riviere de Menam , & au- quel félon eux cette ville donne fon nom : ce qui m'a fait penfer ou quelle en eft plus éloi- gnée que nos Géographes n'ont crû , ou que ce Lac n'eft point du tout. Il fe peut faire auffi que cette ville voifine de plufieurs Royaumes, & plus fujette qu'une autre à être ruinée par les guerres , n ait pas toûjours été rebâtie au même endroit : & cela-n'eft pas difficile à croi- re des villes qui ne font que de bois, comme toutes. 'ZottL' i-TPag : f Carte du Cours du Mknam- <-••••'- DEPUIS 5IAXJUSQV’ AUAMRR Coj?te& e,rv peh±r cLapres ^ne, JvTtr :RajZTt grande ÿiu±tz J>a,r *sfC7 * de La, 3^ *yda,re ^71^ ertzeur du, dLsOjr ♦ - i t. » 1, ^ , j . • I i \ *‘V ; - f- Du Royaume de Siam. y toutes celles de ces Pais-la , & qui dans leur de- ftrudion ne laiflènt ny mafures ny fondemens. Quoy qu’il enfoit, on peut douter que le Me- nant vienne d’un Lac, parce qu’il eft fi petit en entrant dans le Royaume de Siam, que pen- dant environ cinquante lieuës , il ne porte que de petits batteaux à tenir quatre ou cinq per- fonnes au plus. Le Royaume de Siam eft borné depuis le Levant jufqu’au Nord ou a peu près , par de sîamn’eft hautes montagnes, qui lefeparent duRoyau- me de Laos, & au Nord & au Couchant par d’autres , qui le divifent des Royaumes de Pegu & d’Ava. Cette double chaîne de montagnes (habitées par des peuples peu nombreux , faty- vages & pauvres, mais libres , &dont la vie eft innocente) laide entre elles une grande val- lée large en quelques endroits de quatre vingt à cent lieuës , &arrofée depuis la ville de Chia- mâi jufqua la Mer, c’eft à dire du Nord au Midy , par une belle riviere que les Siamois appellent Mê-nam, comme qui diroit Mere- e au, pour ditegî'ande eau , laquelle s étant grof- fie des ruilTeaux & des rivières quelle reçoit de côté & d’autre , des montagnes dont j’ay parlé ; fè décharge enfin dans le Golphe de Siam par trois embouchures , dont la plus na- vigable eft celle qui eft au Levant. C'eft fur cette riviere & à fept lieues de la v. Mer, qu’eft fituée la ville de Bancok: & Ffont'fuiï» diray en paffant > que les Siamois ont fort peu livieie. A 4 d’habi- ® Du Royaume de Siam. ^ habitations fur leurs côtes , qui au moins n e”. |lent éloignées d’une petite journée: mais aulit elles lotit prefque toutes fur des rivières a ez navigables pour leur donner le commer- ce de la mer. Quant aux noms de la plupart de ces lieux , qui par cette railôn peuvent être appelez Maritimes , ils font déguifez par les Etrangers. Ainfi la ville ae Bancolcs’apelle Fctt en Siamois, fins quon lâche d’où iuy vient le nom de rBancokj> quoy qu’il y ait plufieurs noms Siamois, qui commencent par lemot de Ban, qui lignifie F'tllage. •tardinsdeR LtS, jardlr!s <ïu‘ font dans le territoire de ïancok. **anc°K pendant lefpace de quatre lieues, en remontant vers la ville de Siam jufquaun lien nomme Talacoan , fournifTent à cette Capi- tale la nourriture que les naturels du Pays ai- ment le mieux, je veux dire une tres-grande quantité de fruir. Amrl1’ ^rS ailtres **eux principaux que leMenam wilcsfm arro^> &nt Mê-Tac première ville du Roy- aume auNord-Nord-Oüeft, & puis tout de luite 7 tan-Tong , Campeng-pet ou Campeng Amplement > que quelques-uns prononcent Campingne, Laconcevan , Tchamat>Siam>Ta~ lac o an , Talacjnéou ôcBancol^. Entre les deux villes de Tchaïnat & de Siam , & à une diftan- cede lune &delautre, que les détours de la riviere rendent prefque égale, la riviere laiile Un Peu au Levant la ville de Louvo , à 14. d. de latitude, félon les obfervations que **«*<■¥ T Du Royaume de Siaml y quelesPPiJefuites ont données auPublic. Le Roy deSiam y pâlie la plus grande partie de tannée , pour jouir plus commodément du divertiflement de la chaiïè : mais Louvo fcroic inhabitable fans un canal qu'on a tiré de la riviere pour l’arrofer, La ville de Mê-Tac ob- éît à un Seigneur héréditaire valTal , dit-on , du Roy cle Siam , que l’on appelle Paya. Tac, c’eft-à-dire Prince de Tac, Tian-Tong eft rui- ne , & làns doute par lesanciennes guerres du Pegu. Campeng eû connu par des mines d’a- cier excellent. A la ville deLaconcevan leMenam reçoit vm; une autre riviere confiderable qui vient auffiA“tie du Nord, & qui aufli s’appelle Menarn , nompétîle^* general àroutes les grandes rivières. Nos Geo- auffi Me* graphes la font venir du Lac de Chiamâï : mais”*111' on allure qu’elle a (à fource dans les. monta- gnes , qui ne (ont pas fi au Nord que cette ville. ^ d’abord à Afeiiang-fang puis à Pit- cbidï, à Pitfanoulouc , ÔCaPitchït , & enfin à Laconccvm , où elle le mêle, comme j’aydir, à l’autre riviere. Pitfanoulouc, que les Portuguais appellent par corruption Porfelouc, a eu autrefois des Seigneurs héréditaires, comme la ville de Mê- Tac; & 1 on y rend cncore.aujourd’huy la jufti- ce dans le Palais des anciens Princes. C’eft une ville d 'allez grand commerce , fortifiée de qua- torze battions , &ai<>. degrez & quelques mi- nutes de latitude. A § Lacon- i o Du Royaume de Siam. Laconcevan elt à la moitié du chemin de Pitlànoulouc ou Porfèlouc à Siam , diftance que Ton compte être de 25. journées pour ceux qui remontent la riviere en batteau ou talon , mais ce même chemin fe peut faire en douze jours , quand on a beaucoup de ra- meurs , & qu on remonte la riviere en toute diligence. Viiksd Vl*ieS *. comme toutes ^es autres du bois! C Royaume de Siam , ne font que des amas de cabanes fermez fouvent d une enceinte de bois , & quelquefois d’une muraille de pierre, ou de briques, mais très- rarement de pierre. Neanmoins comme les Orientaux ont tou- jours eu autant de magnificence & dorgueii dans les figures de leur langage, quedefim- plicite & de pauvreté dans tour ce qui fèrt a la vie, les noms de ces villes lignifient de gran- des chofes : Tian-Tông , par exemple, veut dire vray or. Campeng-pet veut dire murail- les de diamant , & Ton dit que (es murailles font de pierre; & Laconcevan lignifie Mon- tagne du Ciel. Snpei'fti- Mais Pour ce Clui eft de Meükng-fangy lion des comme f*ng eft le nom d’un arbre célébré à pour la teinture, que les Portuguais ont appelle fangf”6" fapan ; quelques uns l’interpretent la ville de laforefi de fa pan. Et parce qu’on y garde une Dent , qu’on prétend eftre une relique de bommona-Codom , à la mémoire duquel les Siamois bâdflènt tous leurs Temples} il y en a qui Du Royaume de Siam. ri ® qui appellent cette ville non pas Menatur- Jfn& > mais Me'ùang-fan , c’eft à dire, viüe ue la Dent. La fuperftition de ces Peuples y attire toûjours un grand nombre de Pèle- rins, non feulement Siamois , mais du Peeu & de Laos. 5 s Une pareille fuperftition n’en attire pas xr. moins à un lieu nommé Pra-bat à cinq ou fix Au,re fu- lieuës à l’Eft-Nord-Eft de la ville de Louvo : & voicy quelle eft cette fuperftition. Bat veut dire pie en Langue Balie , qui eft la Langue favante des Siamois, c’eft à dire la Langue de leur Religion , & le mot Pra, dont on ne lauroit rendre précifément la lignification, veut dire en la même Langue tout ce que l’on peut concevoir de digne de vénération & de relpefl:. Les Siamois donnent ce titre au Soleil &à la Lune: mais ils le donnent auffi à Som- mona-Codom , à leurs Rois,. & à quelques Officiers confie! érables. Le^ Pra-bat eft donc une empreinte de pié xir„ humain creufée par un mauvais fculpteur dans ^ud!S un roc : mais cette empreinte profonde de 1 3 . * à 1 4. pouces eft environ cinq ou fix fois plus longue que le pié d’un homme , & large à proportion. Les Siamois l’adorent, & font perluadez que les Eléphants & iur tout les Elé- phants blancs , les Rinocérots , 8c toutes les autres bêtes de leurs forêts vont auffi l’adorer quand il n’y a petfonne : & le Roy de Siam luy-mêrae va. l’adorer une fois l’an avec beau- A COUD XIII. Source que les Indiens diloient eftre une relique , & de quelles fommes il voulut la racheter deCon- ftantin de Bragance alors Viceroy des Indes, quil avoit trouvée parmy des dépouilles prifès furies Indiens : mais Conftantin aima mieux la faire brûler , & faire enfiiite jetter les cen- dres dans une riviere. On fait auffi que dans la meme Ifle de Ceylan , que les Indiens appel- ant Lancà , & fur une véritable montagne , ne s’eft pas applanie, il y a un prétendu Du Royaume de Siam. r- veftige de pié humain, qui depuis long-temps yeften grande vénération. 11 reprefente fans doute le pié gauche : car les Siamois difent que Sommona-Codom pofa le pié droit à' leur ‘Pra - bat , & le pié gauche à Lancà ; quoy que tout le Golphe de Bengale foit entre deux. Les Portugais- ont appelé le veftige de Cey- xiv. ’ lan le Pied Adam, & ils ont crû queCeylan étoit le Paradis terreftre, fur la Foy. des Indiens de Ceylan , qui difent que le veftige qu’ils ré- a Ara® vérent eft celuy du premier homme : chacune lan. Cy* de ces Nations Payennes ne manquant pas daisurer que le premier de tous les hommes a habité leur pays. Ainfi les Chinois appellent le premier homme Puoncuo, & croyent qu’il a habité la Chine. Je ne dis rien de quelques autres pareils veftiges de pié humain , qui font révérez en divers endroits des Indes , ny du prétendu veftige du pié d’Hercule > dont parlé Hérodote. Je reviens à mon lùjet. V L. 4. c.2i, Chapitre II. Suite de la Defcriptiott Géographique du Royaume de Siam , où il ejl parle' de la Capitale. C Ur les frontières du Pegu eft fituée la ville de Cambory , & fur celles de Laos la ville ^ sdu ^ oratt.emà , que quelques - uns appellent Royaw* A 7 CariJ~iiSam‘ ï 4 Z>« Royaume de Stout. Cariftmà, l’une & l’autre aflèz célébrés. Et dans les terres qui font entre les deux rivières au deiTus de la ville de JLaconcevan , & fur des canaux qui communiquent d’une rivière à l’antre , font deux autres villes confidérables, S o cotai à la hauteur à peu prés de Pitchit , 8c Sanquelouc plus au Nord. Tl. Comme un Pays fi chaud ne peut eftre ha- «re-coupé kité qu’aupres des rivières , les Siamois l’ont de ci- entre-coupé de beaucoup de canaux: & fans aaux. avoir de meilleurs Mémoires , l’on ne peut conter toutes les villes qui y font affilés. • III. C’eft par le moyen de ces canaux appelez desiam ^loum par les Siamois, que la ville de Siam décrite. eft non feulement devenue une 111e , mais qu’elle le trouve placée au milieu de plufieurs Ifles : ce qui en rend la fituation tres-fingulie- re. Aujourd’huy l’Ifie où elle eft fituée , eft toute enfermée dans lès murailles : ce qui n’é- toit pas apparemment du temps de Fernand Mendez Pinto; fi malgré les bevûës conti- nuelles de cet Auteur , qui paroît serre trop fié à là mémoire, on peut croire ce qu’il dit, que les éléphants du Roy du Pegu qui affiegea pour lors la ville de Siam , approchoient aflez prés des murs pour en abbatre avec leurs trom- pes les pavois que les Siamois y avoient mis pour fo couvrir. Sa hauteur, félon le P. Thomas Jelùite eft de 1 4. d. zo.m.40.f& fa longitude de iio.d» 30. m. Elle a prelque la figure d’une gibeciere, dont t4- 99? AJ Ville . Z égalais . * c.ZeTort . x>.Z idifénal des Vaiffeaux . Z .X Idrjfemtl desiBalcms et des G-aleres . T. Hue des 2$ tzars . G.Ze Séminaire . nZesZica lins Tartugais. I . Z es le fia te s Hortuga is . KZoye des JdoUansdais . Z,. £n ceinte cm, lim jtread Us Slejrhans . ^ M . *ALa ifcm commencée jjjuj I es ^ lml "de ifrajvce 4 . I /V Du Royaume de Siam. j j dont le haut feroit au Levant & le bas au Cou- chant. La riviere la prend au Nord par plu- fieurs canaux qui entrent en celuy qui l’envi- ronne ; ôc elle l’abandonne au Midy , en (e feparant derechef en plusieurs canaux. Le Pa- lais du Roy eft au Nord fur le canal qui em- braflè la ville j & en tirant au Levant eft une chauflëe , par laquelle feule comme par un ifthme , on peut fortir de la ville fans paflèr l’eau. La ville eft fpatieulè à regarder l’enceinte de lès murailles , qui renferment toute Mie com- me j’ay dit: mais à peine la lixiéme partie en eft- elle habitée, ôec’eft celle qui eft au Sud- Eft. Le refte eft defert , ou n’eft peuplé que de T emples. Il eft vray , que les Fauxbourgs qui font occupez par les Etrangers, en augmen- tent confiderablement le Peuple. Les rues en font larges & droites , & en quelques endroits plantées d’arbres , & pavées de briques.pofées fur le chant. Les maifons y font baflès & de ,?’e& à bois j au moins celles des Naturels du Païs,*^*1 qui par ces raifonsfont expolèzà toutes les in- commoditez du grand chatKl. La plupart des rues font arrolees de canaux étroits , qui ont fait comparer Siam à Venife, & fur lelquels font beaucoup de petits ponts de clayes très- mauvais, & quelques-uns de briques fort éle- vez & fort rudes. Le nom de Siam eft inconnu aux Siamois. 1 v. Ceft un de ces mots dont les Portuguais des Sesnoms’ Indes V- Xe viay nom des Siamois veut dire francs» i-£ Du Royaume de Siam. Indes fè fervent, & dont on a de la peine à découvrir l'origine. Ils lemployent comme le nom de la Nation, & non comme le nom du Royaume; & les noms de Pegu , deLào, de Mogol , & la plupart des noms que nous donnons aux Royaumes Indiens , font auflî des noms Nationnaux : de forte que pour bien parler, il faudroit dire , les Rois, des Pegus, des Laos, des Mogols, desSiams, comme nos Ancêtres difoient , le Roy des François* Au refte ceux qui entendent le Portuguais, lavent bien que félon leur orthographe Siam & Siao font la même chofe , & que par le rapport de nôtre langue à la leur nous de- vrions dire , les Sions & non les Siams: aufli quand ils écrivent en Latin , les- appellent-ils Siones. Les Siamois le font donné le norndeT^T, c eft a dire libres , félon ce que ce mot figni* fie aujourd’huy en leur Langue: & ainfi ils fe flattent de porter le nom de Francs , que pri- rent nos Ancêtres quand ils voulurent déli- vrer les Gaules de la domination Romaine. Et ceux.quifavent laLangue duPegu alFurent que Siam en cette Langue veut dire libre * Greffe donc peut-être de laque les Portuguais ont tiré ce mot, ayant probablement connu les Siamois par les Pegüans. Neanmoins Na- varrete dans fes Traitez* Hifloriques du Roy * aume de la Chine , chap. i. art. 5. dit que le nom de Siam9. qu il écrit Siaih Yient.de ces deus Du Royaume deSiam. deux mots Sien le, fans ajoûter ce que ces deux mots lignifient, ny de quelle Langue ils font- qiny qu’on puiile prefumer qu’il les donné poui Chinois. Meiiang T ai eft donc le nom Siamois du Royaume deSiam (car Menm* veut dire Royaume) &ce mot orthographié amplement Muant ay fc trouve dans Vin- cent le Blanc & dans plusieurs Cartes Géo- graphiques , comme le nom d’un Royaume voifin de celuy de Pegu : mais Vincent le Blanc n a pas compris que ce fût le Royaume de ™,’.. nesetam peut-être pas défié que Siam & far fnflent deux noms differents d’un mê- me Peuple. Quant à la ville deSiam, les Siamois l’ap- pelent, Jï-yo-thi-yk ,\'o de la fytlable yS étant encore plus fermé que nôtre diphtongue au. Quelquefois auffi ils l’appelent Crung-thé- papra -mahà -nacon : mais la plûpart de ces mots font difficiles à entendre ; parce qu’ils Jont pris de cette Langue Balie , que i’ay déjà dit etre la Langue fa vante des Siamois , & quils n entendent pas toujours bien eux-mê- mes. J’ay marqué cy-defl'us ce que je fay du mot Pra , celuy de Mahh veut dire Grand: ‘pU 1 5” Parlant de leur Roy ils le nomment ira /kîaha Crafsat ; & le mot de Crafsat figni- he, a ce qu’ils difent, rivant, & parce que les I ortuguais ont crû que Pra vouloit dire Pleu’ fis ont crû que les Siamois appellent -eur Roy le Grand Dieu vivant. De Si-yo. Thi . 2 S Du Royaume de Siam . Dhi yk nom Siamois de la ville de Siam, les Etrangers ont fait fudia , & Odida> par où il paroît que Vincent le Blanc 8c quelques au- tres Auteurs diftinguent mal à propos Odiaa de Siam. V i. Au refte les Siamois dont je parle , s'appel- èrent" k,ic Taï née > Siams- petits. Il y en a, ma- Peuples t-on dit , d’autres tout à fait (àuvages qu’on Siamois aPPe^e Tkï-yaï, Siams-grands > 8c qui vivent dans les montagnes du Nord. Je trouve en plufieurs Relations de ces contrées un Roy- aume de Siammon, ou deSiami : mais tou- tes ne conviennent pas que les Peuples en foient fauvages. v 1 *• Enfin les montagnes qui font les frontières Autres ^ a Monta- communes d’Ava , du Pegu & de Siam , s’ab- gnes, & baillant peu à peu à mefure quelles s’étendent ïiomie- vers ^nd 5 forment la Prefqu Ifle de l’Inde «s. au de-làdu Gange, qui fë terminant à la ville de Sincapma fepare les Golphes de Siam &: de Bengale, &qui avecl’Ifle de Sumatra for- me le célébré Détroit de Malacà , ou de Sinca- pura. Plufieurs rivières tombent de part 8c d’autre de ces montagnes dans les Golphes de Siam 8C de Bengale , 8c rendent ces Côtes habitables. Les autres montagnes qui s’élè- vent entre le Royaume de Siam 8c celuy de Laos, & s'étendent auffivers le Sud, vont en s’abbaillànt peu à peu fe terminer au Cap de Camboya, le plus Oriental de tous ceux du continanr d’AGe qui regardent le Mi dy. Ceft Du Royaume de Siam. . â la hauteur de ce cap que commence le Gol- pne de Siam : & le Royaume de ce nom s’é- tend allez avant vers le Midy en forme de fer à cheval de l’un &de l’autre côté du Golphe favoir le long de la côte du Levant jufqu’a- prés la riviere de Chantebon , où commence le Royaume de Camboya ; & vis avis favoir dans la Prefqu’lfle an de-là du Gange , qui eft au Couchant du Golphe de Siam, il s’étend jnfqu’à Queda &jufqua Patane, Terres des Peuples Malays, dont Malacà étoit autrefois la Capitale. U® cette maniéré il a environ zoo. lieuës vm» de côte fur le Golphe de Siam , & i So. ou à ^ peu près fur le Golphe de Bengale : fituation avantageufe qui ouvre aux Naturels du pais la navigation fur mutes ces Mers fi vaftes de 1 Orient. Ajoutez que comme la nature a refufé toutes fortes de ports & de rades à la cote de Coromandel , qui forme le Golphe de Bengale du côté du Couchant ; elle en a enrichy celle de Siam qui luy eft oppofee , Sc qui eft au Levant du même Golphe. Un grand nombre d’Ifles la couvrent & la t*. tendent prefque par tout un azile fûr pour les suàtm* vaiiieaux : outre que la plûpart de ces Iflesle Golphe ont des ports fort bons, & abondance d’eau douce & de bois , attrait pour de nouvelles Colonies. Le Roy de Siam aff'edte de s’en dire le Maître ; quoy que fes Peuples allez ra- ' tes dans la Terre ferme ne les ayent jamais habi- X. Ville de Merguy, î. Xes Sia> *nois peu curieux de leur Xüftoiie. 2. o Du Royaume de Siam . habitées, & quil naît pas allez de forces de mer pour eu défendre rentrée aux Etran- ge. I,a ville de Merguy eft à la pointe Nord- Oiieft dune Ifle grande 3c peuplée , que forme à l'extrémité de Ion cours une fort belle ri- vière, que lesEuropéans ont appelléeTenaf. fcrim, du nom dune ville limée fur fes bords à quinze lieues de la mer. Cette riviere vient du Nord -y 3c après avoir traverfé les Royau- mes d’Ava & dePegu, &écre entrée dans les Terres de la domination du Roy de Siam, elle fe décharge dans le Golphe de Bengale par trois embouchûres, & forme Mie que je viens de dire. Le port de Merguy qui eft, dit-on > le plus beau de toutes les Indes , eft lentre- deux de cette Ille, & d’une autre qui eft inha- bitée, 3c qui eft vis à vis 3c au Couchant de celle-cy, dans laquelle Merguy eft fitué. Chapitre III. ■ DeïH'tftoire & de i Origine des Siamois* T* ’Hiftoire Siamoifè eft pleine de fables. Les -L* livres en font rares , parce que les Sia- mois nont pas l’ufage de i’impreffion : car d ailleurs je doute de ce que l’on dit, qu’ils af- fectent de cacher leur Hiftoire 5 puifque les Chinois que les Siamois imitent en bien des chofes, ne font pas fi jaloux de la leur. Quoy qu’il Du Royaume de Siam. i £ qu'il en foit , ceux qui malgré cette prétendue jalouhe des Siamois , font parvenus à lire quel- que chofe de l’Hiftoire de Siam,aflürent qu’elle ne remonte pas bien haut avec quelque cara- ctère de vérité. Voicy un abrégé Chronologique fort (èc , i I. que les Siamois en ont donné : mais avant yEP? dont le nom fût Pra Poà Noome Thele f€r* , obligea tout fon Peuple en 1 7 3 1 . à le fui- vre à Locomkt ville iile fur une riviere qui defeend des montagnes de Laos , & fe icte dans le Menam un peu au dellus de Porfeiouc, d’où z z Du Royaume de Siam* d'oùLocontaï eft éloignée de 40. à fo.Iieuës. Mais ce Prince ne fe tint pas toujours à Locon- tâï: car il vint bâtir & habiter la ville de Pi - peli fur une riviere dont l'embouchure eft à deux lieues au Couchant de la plus occidentale embouchure du Menanv Quatre autres Rois luy fuccederent, dont Rhamaülondi le dernier des quatre commença de bâtir la ville deSiam en 1894. & y établit (a Cour : par où ilparoît qu ils donnent 3 3 8. ans d ancienneté à la vil- le de Siam. Le Roy Régnant eft le vingt-cin- quième depuis Rhamatilondi , & cette annéç 1^89. eft la y 6% ou la 57. année de fon âge. Ainfi ils comptent 5 2 . Rois en lefpace de 9 34. années,, mais qui n ont pas tous été d un même fang. 1 v. Mr. Gervaife dans fon Hifioire Naturelle £? Ro^d’au- ^°J,tttcîue du Royaume de Siam, nousadom» joJd’hui- ce^e R°y Pere de celuy quieftaujour- d'huy fur leThrône, & van Vliet nous la don- née encore beaucoup plus circonftanciée dans fa Relation Hijlorique du Royaume de Siam imprimée à la fin du V y âge de Per je de Her- bert. Jy renvoyé le Leéteur pour y voir un exemple des révolutions , qui font ordinaires à Siam : car ce Roy qui n etoit pas de la race Royale, quoy-que Vlietdife le contraire, ôta le Sceptre & la vie â fès Maîtres naturels , & fit mourir tous les Princes de leur fang, hormis deux qui reftoient encore au temps que Vliet a écrit, mais defquels je naypû apprendre au- cunes Du Royaume de S tant. %t «mes nouvelles. Sans doute cet Ufurpateuc les ht enfin périr comme les autres. Et en ef 1er, Jean Struys allure dans le I.Tome de Cet Voyages , que ce fut le fort de celuy de ces deux 1 rinces, qui vivoit encore en i6 Vulgaire, qui eft une Langue fimple prelque toute de monolyllabes , fans conjugaifon ny déclinaifon ; & une autre Langue dont j’ay déjà parlé, qui à leur égard eft une Langue morte, connue feulement des lavants, qu’on appelle la Langue Balie , Si qui eft enrichie d inflexions de mots , comme les Langues, que Bit Royaume de Siam'. z r que nous connoiflbns en Europe. Les termes de Religion &dejuftice, les noms des Char- ge» & tous les ornemens de la Langue Vul gaire font empruntez de la Balie. Ils font mê- me leurs plus belles chanfons en Balie : de forte qu il femble pour le moins que quelque Colo- nie étrangère fe foit autrefois habituée au Pais de Siam, & y ait porté un fécond langage. Mais c eft un raifonnement , que l’on pourrait faire de toutes les contrées des Indes : car el- les ont toutes comme Siam deux Langues , dont 1 une ne dure encore que dans les Livres. , Les Siamois ailürent que leurs Loix font vnr étrangères } & qu elles leur viennent du Pars que iea de Laos: ce qui n’a peut-être d autre fonde- fî™'? ment que la conformité des Loix de Laos avec l’Origine celles de Siam , comme il y a de la conformité ?e ?eTa entre les Religions de ces deux Royaumes , & leurra! meme avec celle des Pegüans. Or cela nesiot1, prouve pas precifément qu’aucun de ces trois Royaumes ait donné fes Loix & faRéligion aux deux autres; puis qu’il fe peut faire que tous les trois ayent tiré leur Religion & leurs Loix dune autre fource commune. Quoy qu’il en T°ôi * k t,raditi°n eft à Siam > syeft maintenu g &f julqua âge de vingt à trente ans , &il eft en ans. çore aujourd huy fon favory. £ lappelentfon fils adoptif, dauteslefoup- çonnent d eue fon fils adultérin, il eft au moins frere de lait de la Pnncefl'e fa fille légitimé. baSPaS- J" r°Uuere lesTerres ^Siam fi xn. ba les, quelles femblent échappées à la Mer comme par miracle, & qu’ellef font corn lesnèTt mois’ le n’ T d“P'"ï''sl>»Ja„t plufaus mois, le nombre prelqueinfiny d’infe&es très 2e lom te««ffisT'dl's'Tndrmt' & Uchlt'SL iklUffir iT |UU! laiucl db r-™ muets , il ell difficile de comprendre que d’au. B z très z S Du Royaume de Si dm. très hommes ayent pû fe refondre a les habi- ter, finon ceux qui y font venus de proche en proche: (Selon croira même quelles ne font habitées que depuis peu de fiecles, fil on en juge par le peu qu’il y en a de défrichées. D’ail- leurs il faudroit remonter bien haut au Nord de Siam , pour trouver les Peuples belliqueux, qui auroient pu fournir de ces eflèins innom- brablesM’hommes , qui font quelquefois for- tis de leur Païs pour en aller occuper d autres. Et comment feroit-il pofîible quils ne fe fut fait pas arrêtez en chemin, chez quelqu’un de ces Peuples mois & lâches, qui font entre le Païs des Scythes, & les forêts & les rivières prefque impénétrablesdesSiamois? Ilyadonc apparence que les Petits Siamois dont nous parlons , font illas des Grands , & que les Grands fe font jetés dans les montagnes qu’ils habitent , pour fe dérober à la tyrannie des Princes voifins, fous laquelle ils étoient nez. xm. T outefois il eft certain , que le Sang Siamois LesEtran- eft fort mêlé de Sang étranger. Sans conter les Siam. Peguans, &ceux de Laos, qui lont abiam, &que je regarde prefque comme une même Nation avec les Siamois, on ne peut douter qu’il ne fe foit autrefois réfugié à Siam un grand nombre d’Etrangers de differents Païs, àcaufe de la liberté du commerce , & à caufe des guerres de la véritable Inde, de la Chine, du Jappon, du Tonquin, de laCochinchine & *des autres Etats de l’Afie Méridionale. Ils di- rent Du, RoydutKe de Sidin. 29 lent encore que l’on conte clans la ville de Siam j ulqua quarante Nations differentes : mais comme Vincent le Blanç parle en ces mê- mes termes de la ville deMartaban, ce nom- bre affeéfcé de quarante Nations meparoîtune vanité Indienne. L’aneantiffèment entier du commerce de Siam , ayant fait chercher eu ces dernieres années des retraittes nouvelles à la plupart des Etrangers, qui s’y étoie«t réfu- giez,trois ou quatre Canoniers qui font de Ben- gale , compofent aujourd’huy une Nation: trois familles Cochinchinoiles en font une au- tre : les Mores fèuls , qui ne devraient être contez que pour une feule , en font plus de dix, tant pour être venus a Siam de differens Pais , que fous le pretexte de leurs diverfes condi- tions de Marchands , de Soldats , & de Labou- reurs. (J’appelle Adores a la maniéré Elpagno- le, non pas les Negres, mais ces Mahometans Arabes d’origine , que nos Ancêtres ont appe- lés Sarrazins , 8c dont la race s’eft étendue prefque par tout nôtre Hemitphere.) Et avec tout cela, quand les Députez des Etrangers, qu on appelé à Siam les ejUcirante Nalions,vin- rent faluër les Envoyez du R.oy , on ne conta que vingt & une Nations en contant comme les Siamois voulurent. xiv. Elles habitent des Quartiers differens dans Le Peuple la Ville, ou dans les Fauxbourgs de Siam: neanmoins cette Ville eft peu habitée eu égatd siam peu à fi grandeur , & le Païs l’eft encore moins ànb^‘ B 3 pro- I. Le Bam- bou. 30 Du Royaume de Siam. proportion. Il faut croire qu'ils ne veulent pas un plus grand Peuple : car ils le content tous les ans ; & ils lèvent bien , ce que perlonne n’i- gnore, que Punique lecretde l'augmenter lé- roit de le ioulagerdans les impôts &dans les corvées. Les Siamois tiennent donc un conte exaét des hommes, des femmes & des enfans : & dans cette grande étendue de Pais ils n'a- voient de leur propre confellion, conter la derniere fois que dixneuf cent mille Ames. Dequoy je ne doute pas qu’on ne doive retren- cher quelque choie , pour la vanité & le men- fonge cara&eres eflentiels aux Orientaux: mais d’autre part ilyfaudroit ajouter les fugitifs, qui cherchent dans les forêts un azile contre la Domination. Chapitre IV. De ce que le Pais de Siam produit , & premièrement des 'Bois. LE Païs de Siam eft prelque inculte , 8c cou- vert de bois. L'un de leurs arbres les plus célébrés eft une forte de roleau appelé en In- dien Mambou , en Portugais Bambou , en Sia- mois Mai pai. Les Indiens le mettent aune infinité d'ufàges. Elien au livre 3 . chap. 3 4. en fait mention comme de leur plus ancienne nourriture. Ils ne s'en nourriflent pas aujour- d'huy : mais ils ne laiffent pas de le mêler dans Du Royaume de Siam. j r quelques-uns de leurs mets, quand il eft en- core tendre ; &pour le garder ils le mettent dans le vinaigre , comme nous y mettons le concombre & la perfe-pierre. Cet arbre ref- femble d’abord au Peuplier, il eft droit & haut, & les feuilles en (ont rares, pâles & un peu lon- gues* Il eft creux ,& croit pat jets comme nos rofeaux , & Tes jets font feparez les uns des au- tres par des nœuds: mais il a des branches & des épines, ce que nos rofeaux n ont pas. Il croît de proche en proche, & les mêmes ra- cines pouffent plufieurs tiges : de forte que rien n’eft plus épais & plus difficile à percer qu’une forêt de bambou ; d’autant plus que le bois en eft dur & mal-aifé à couper, quoy qu’il foit aifé à fendre. Les Siamois en tirent le feu par la fri&ion, ce qui eft une marque de fa dureté. Ils ont deux pièces de bambou fendu, qui font comme deux morceaux de lat- te , dans le trenchant de l’une ils font une co- che , & ils frottent avec force dans cette coche âvec le tranchant de l’autre , comme avec la lame d’une fie ; & fans que le bambou s’en- flamme , ny qu’il étincelle , quelques feuilla- ges fecs , ou autres matières combuftibles , que l'on applique à la coche , ne laiflent pas de prendre feu. Il n’y a point de rofeau qui natu- rellement n’ait un fùc plus ou moins fucré. Celuy du bambou eft célébré dans quelques endroits des Indes , comme un remede excel- lent à pluffeurs maux. Il a échapé àmacurio- B 4 fité II. L’Arvore de Raiz c’eft à di- re l’Arbre de racine. III. Xe Coto- nicr 6c le Capo- quier. IV. Aibrcs 32 D a Royaume de Siam . fité de demander fi le fiicre du bambou de Siam eft aufli recherché par cetté raifon , que celuy du bambou deMalacà, qui nen eft pas loin. Les Siamois difent qu’ils ont auffi cet arbre, que les Portugais ont appelé Arvore de Rdiz> &eux Co-pa /, mais quils en ont peu: 8c ils ajoutent que (on bois a cette propriété (fans doute par fon odeur) que quand on en a un peu auprès defoydans Ion lit, il éloigne les Coufins. C’eft cet arbre allez fouvent décrit dans les Relations des Indes , des branches du- quel pendent plufieurs filets jufqua terre. Ils y prennent racine, & deviennent autant de nou- veaux troncs : de telle forte que peu à peu cet arbre gagne un terrain confiderable, fur lequel il forme une efpece de labirinthe par fès tiges, qui fè multiplient toujours , 8c qui tiennent les unes aux autres par les branches, d’où ces tiges font tombées. Nous avons vu les Siamois chercher contre les Coufins d’autres précau- tionsque celle de ce bois-là: 8c cela me per- fuade ou qu’il y eft bien rare , ou que cette propriété qu’on luy attribué , n’eft pas bien avérée. Mais les Siamois ont d’autres arbres plus utiles, & en abondance. De l’un ils recueillent le coton : un autre leur donne le capoc , efpece d’oüette fort fine , 8c fi courte qu’on ne la peut filer, elle leur tient lieu de duvet. Jls tirent de certains arbres diyerfes huiles, qu’ils Du Royaume de Siam. 3 3 ?jtfils mêlent dans les ciments pour les rendre qui i«tJ plus liants. Une muraille qui en eft enduite , “”^00 a plus de blancheur, & n a guere moins d éclat des gom- que le marbre; & un badin fait de l’un de cesmes* ciments conferve mieux beau , que la terre glaife. Ils font auffi du mortier meilleur que le nôtre ; parce que dans l'eau quils y em- ployait, ils font bouillie une certaine écorce, des peaux de bœuf, ou de buffle , & même du lucre. Une efpece d arbres fort communs dans leurs Forets jette cette gomme, qui fait le corps de ce beau vernis, que nous voyons fur divers ouvrages du Jappon , & de la Chine. Les Portugais appellent cette gomme chejram mot dérivé peut-être de cheyro , qui veut dire parfum , quoy que cette gomme n ait aucune odeur par elle-même. Les Siamois ne la lavent pas bien mettre en œuvre. J’ayvu à Siam un Tonquinois de ce métier : mais il ne faifoit aulfi rien d'exquis , faute peut-être d'une cer- taine huile qu'il faut mêler au cbeyram , 8c qui! remplaçoit, comme il pouvoir , par une moins bonne/ Je leude amené en France , s’il eût eu le courage de palier la Mer , comme il me l’avoir promis d’abord. Au refte on dit que ce qui rend le vernis plus beau, c eft d’en mettre plus de couches ; mais ceft le rendre beau- coup plus cher. Les Relations de la Chine* di- fent auffi qu’il y a deux matières differentes pour le vernis , & que l’une eft beaucoup meil- leure que l’autre. Ou éprouve le cheyrampar £ 5 une 34 D# Royaume de Suint. une goutte qu’on en verfe dans de l’eau ; Sc fi cette goutte va au fond fans fe divifer 3 le chey- ram eft bon. v. Les Siamois font du Papier de vieux linges dont?! coton> en f°ncau(lide lecorced’un corcefert arbre nommé Ton coé, laquelle ils pilent com- de çaHier> me on pile les vieux linges: mais ces papiers ou a faire , . * . , •=> . 0 du papier, ont bien moins d égalité , de corps ce de blan- cheur que les nôtres. Les Siamois ne laillènt pas décrire deflùs avec de l’ancre de ta Chine. Le plus fouvent neanmoins ils les noirciffent, ce qui les rend plus unis , & leur donne plus de corps -y & puis ils écrivent deflùs avec une efpe- ce de craye , qui n eft que de ta terre glaife fe- chée au foleil. Leurs Livres ne font point re- liez , & confiftent feulement en une fort lon- gue feuille qu’ils ne roulent pas , comme nos ancêtres rouloient les leurs ; mais quils plient tantôt d’un fens , tantôt d’un autre , comme feplie un paravent: &le fens dont on y cou- che les lignes , eft félon ta longueur des plis , & non félon leur largeur. Outre cela ils écrivent avec un poinçon ou ftile fur les feuilles d’une forte d’arbre femblable au Palmier : ils appel- lent cet arbre Tan & ces feuilles BaiLin. ils les coupent enquarré fort long & allez étroit 5 & c’eft fur cette efpece de tablettes , que font écri- tes les Fables & les Prières, que lesTalapoins chantent dans leurs Temples. Boysî* Les Siamois ont auffi des bois propres à ia° coa- Ur conftruixe des Vaifleaux , & à les mater : mais comme Du Royaume de Siam. 3 y comme ils n’ont point de chanvre, leurs cor-ftmôîoi* dages font de brou * de coco, leurs voiles des Vail~' font des nattes de gros jonc. Ces agrès ne va-lcauX‘ lent pas les nôtres à beaucoup prés : mais leurs voiles ont cet avantage, que fefoûtenant par elles-mêmes , elles reçoivent mieux le vent , quand il eft au plus prés; c’eft à dire quand il vient autant de l’avant quil eft poffible , fans être contraire à la route. Enfin les Siamois ont du bois propre à bâ- v 1 T. tir des maifons , à travailler enmenuiferie, & Vautres11 en fculpture. Ils en ont de leger, &de fortnfagesl peftnt , d’aifé à fendre, & d’autre qui ne le fend point, quelques clous ou chevilles qu’il reçoive. Ce dernier eft appelé par les Euro- péans Hou- Marie , & eft meilleur qu’aucun autre à faire les courbes des Navires. Celuy qui eft pelant & dur eft appelé boù de fer , allez connu dans nos Mes de l’ Amérique ; & l’on affûte qu a la longue il ronge le fer. Us ont un bois, qu’on croiroit à fa legereté &àfa cou- leur être du lapin: mais il fouffre le cifeaudu Sculpteur en tant de lèns difFerens (ans s’écla- ter, que je doute que nous ayons en Europe rien de pareil. Mais fur tout lesSiamois ont des arbres fi vin. hauts & fi droits , qu’un feul luftit à faire un A^e?e batteau , ou Balon , comme parlent les Porru- BaloosT B & guais, * Brou eft une écorce verte qmeft fur le coco, comme il yen a une fur nos noix: mais celle du coco eft épaule de trois doigts, & les fibres fe peuvent mettre encorde. IX. Ils n’ont point de nos bois. X. Ils n’ont ni foye ni 1ÏÀ» XL Canelle & l'apan. XII. Bois d’A- quila ou d* Aigle. 5 6 Du Royaume de Siam. guais, de 1 6. à 20. toifes de longueur. Ils creufent l'arbre, &puis à la chaleur du feu ils en élargirent la capacité : enluite ils en relè- vent les cotez par un bordage , c’eft à dire par une planche de même longueur: & enfin ils attachent aux deux bouts une proue , & une pouppe fort hautes & un peu recourbées en dehors, «Scfouvent ornées defculpture & de dorure , & de quelques pièces de rapport de nacres de perles. Cependant parmi tant de differentes efpe- ces de bois , ils n’en ont point de celles que nous connoiffons en Europe. Ils nont pu élever de Mûriers , & par cette raifon ils n’ont point de vers à foye. Le lin auffi ne croît point chez eux , ny en aucune autre endroit des Indes , ou au moins 011 n’y en fait point de cas Le coton qu’ils ont en abondance, leureft, difent-ils, plus agréable 6 plus fain ; parce que la toile de coton ne fe refroidit pas pour être mouillée de fueur, & par confcquent ne morfond pas , comme la toile de lin. Ils ont de la Canelle inferieure à la vérité à celle de l’ifle deCeylan, mais meilleure que toute autre. Ils ont du fapan & d’autres bois propres aux teintures. Ils ont aufli du bois d ' A quila ou tiAloés moins bon à la vérité que le CJambk de la Cochinchine, mais meilleur que le boisd’A- quila de tout autre Pais. Ce bois ne fe trouve que Du Royaume de Siam. 3 7 que par morceaux, parce que ce ne font que certains endroits corrompus dans des Arbres a une certaine efpece. Et tout arbre de cette meme efpece n en a pas; &ceux qui en ont, lie les ont pas tous en même endroit: fi bien que c'eft une recherche pénible à faire dans les forêts. Il a efté autrefois fort cher à Paris, aujourd'huy on y en trouve à fort bon marché’ Chapitre V. Des Hiines de Siam. 'NTT Ul autre Païs n'a. plus la réputation d’étrc ï. riche en mines, que le Pais de Siam ,& la grande quantité d'idoles & d'autres ouvra- Mines de ges de fonte qu'on y voit, perfuade qu'elles y siara’ ont efté mieux cultivées en d'autres temps, qu'elles ne le font maintenant. On croit mê- me qu'ils en tiroicnt cette grande quantité ü or » dont leur fuperftition a orné non feu- lement leurs Idoles prelque fans nombre , mais les lambris & les combles de leurs Temples. Ils découvrent encore tous les jours des puits creufez autrefois , & les reftes de quantité de fourneaux , qu’on croit avoir efté abandonnez pendant les anciennes guerres du Pcgu. a Neanmoins le Roy qui régné aujourd’huy, 11. n'a pû rencontrer aucune veine d’or ou d'ar- Erat dcs gent , qui valut le foin qu’il y a employé ; quoy dtujow- quil au appliqué à ce travail desEuropéans, d’W* B 7 & en- 3 8 B a Royaume de Siam. Ôc entre autres un Efpagnol venu du Mexi- que , qui a trouvé finon une grande fortune , au moins fa fubfiftance pendant vingt-ans & jufqua fa mort , à flatter lavarice de ce Prince par des promeflès imaginaires d’infinis tre-* fors. Elles n ont abouty , apres avoir fouillé & creufé en divers endroits, qu a quelques mi- nes de cuivre fort pauvres , quoy que mêlées d’un peu d'or & d’argent. A peine cinq cent livers pefànt de mine rendoient-elles une once de métal : encore n’ont-ils jamais fû faire la feparation des métaux. T il. Mais le Roy de Siam pour rendre ce me- bacTam" ^an8e P^us Prec^eux y &it ajouter de l’or : & c’eft ce qu’on appelle du Tambac . On dit que les mines de l’ifle de Bornéo en donnent na- turellement d’ aflèz riche : & la rareté en au- gmente le prix, comme elle augmentoit ce- luy de P Airain célébré de Corinthe : mais cer- tainement ce qui en fait la véritable valeur chez les Siamois mêmes , c’eft la quantité d’ or dont on juge qu’il peut être mêlé. Quand leur ava- rice forme des fouhaits , c’eft pour l’or , & non pas pour le tambac : & nous avons vu que quand le Roy de Siam a fait faire des Crucifix pour donner aux Chrétiens, la plus noble & la plus petite partie , qui eft leChrift, a efté d’or , la Croix feule a efté de tambac. Vincent le Blanc dit, que les Pegiians ont un mélange de plom & de cuivre , qu’il appelle tantoft ganzjS) &c tantoft gan^a , & dont il dit qu’ils font Du Royaume de Siam. 3 ^ font des ftatuës, 8c une petite monoye, qui n’eft pas marquée au coin du Prince , mais que chaque particulier a droit de faire. Nous avons ramené de Siam Mr. Vincent Iv\ Médecin Provençal. Il étoic forti de France Mc" pour aller en Perle avec le feu Evêque deBa- decinPro“ bylone , 8c le bruit de l'arrivée des premiers tenu^alT vaiffeaux du Roy à Siam , l'y fit aller autant par le Roy de l'envie de voyager , que par celle de chercher fairc fon retour en France. Il entend lesMathema- travaille* tiques 8c la Chy mie , & le Roy de Siam la re- ^ mim tenu quelque temps pour travailler à lès mines. Il m’a dit qu'il a rcâifié les travaux des Sia- y- mois en quelque choie , fi bien qu'ils en tirent un peu plus de profit qu'ils ne faifoient. Il Mines de leur a montré au haut d'une montagne une Siam* mine de fort bon acier qui étoit déjà décou- verte , & dont ils ne s'appercevoient pas. Il leur en a découvert une de criltal , une d'anti- moine, une d'émeril, &: quelques autres , 8c une carrière de marbre blanc. Outre cela il a trouvé une mine d'or qui luy a paru fort riche , autant quil en a pû juger, fans avoir eu le temps d'en faire PefTay : mais il ne la leur a pas indiquée. Plufieurs Siamois , la plûpartTala- poins , le venoient confidter fecrettement fur Fart de purifier 8c de feparer les métaux , 8c luy portoient diverfes montres de mine tres- riches. Des unes il droit une aflèz grande quantité d'argent aflez pur , & de quelques au- tres des mélanges de divers métaux. Quant VI. Etain 5c ïlom. VII. Mines d’Ay- mant. VIII. ïierres pietieofcs. 4° Du Royaume de Siam ] Quant à l'Etain & aa Plom , les Siamois en cultivent depuis long temps des mines tres- abondantes , & quoy que peu habiles , ils ne laiflènt pas d en tirer un allez grand revenu. Cet étain, ou Calm , comme difent les Por- tugais , fe débite par toutes les Indes. Il eft mol 3c mal purifié , & Ton en voit un échan- tillon dans les boettes à Thé communes, qui viennent de ces Païs-là. Mais pour le rendre plus dur 3c plus blanc , tel que celuy des plus belles boettes à Thé, ils y mêlent de la Cad- mie , qui eft une forte de pierre minérale , aiféeà mettre en poudre , laquelle étant fon- due avec le cuivre, le rend jaune: mais elle rend l’un & l’autre de ces deux métaux plus caftant & plus aigre ; & c eft cet étain ainft blanc quils appellent Toutenague. C’eft ce que m’a dit Mr. Vincent au (iijet des mines de Siam. Ils ont dans le voifinage de la ville de Louvo une Montagne de pierre d’ Aimant. Ils en ont auffiune autre prés de Jonfalam ville life dans une Ifle du golphe de Bengale, qui neft fe- parée de la côte de Siam que de la portée de la voix humaine : mais l’aymant que l’on tire de Jonfalam perd (a force en trois ou quatre mois: je ne lay s’il n en eft pas de même de celuy de Louvo. Ils trouvent de l’Agathe fort fine dans leurs montagnes , & Mr. Vincent m’a dit qu’il a vu, entre les mains des Talapoins, qui s’oc- cupent Du Royaume de Siam. ^ j cupent en fecret à ces recherches, des mon- tres ou pieCes de Saphirs & de Diamants Por- tant de la mine. On ma aflùré auffi que des particuliers ayant trouvé quelques diamants, & les ayant donnez aux Officiers du Roy, ■sétoient retirez auPegu pour n avoir reçu au- cune récompenlè. J ay déjà dit que la ville de Campeng-pet } x, eft célébré par des mines d’ Acier excellent. Acicr‘ Les gens du Pais en forgent des armes a leur mode , comme fabres , poignards & cou- teaux. Le couteau qu'ils appellent Pen , eft de lufagede tout le monde, 8c neft pas re- gardé comme une arme , quoy qu il en puiflè lérvir aubefoin: la lame en eft large de trois ou quatre doits , & longue environ d'un pié. Le Roy donne le. fabre 8c le poignard. Us portent le poignard au côté gauche , un peu en devant. Les Portugais l'appellent Chrifi , mot corrompu de celuy de Crid dont les Siamois le fervent. Ce mot eft de la Langue Malaye,qui eft célébré par tout l'Orient , & les Crids que Ton fait à aAchem dans Tille de Sumatra , paflènt pour les meilleurs de tous. Quant au fabre, c’eft toujours un efclave qui le porte au devant de Ion Maître fur lepaule droite, comme nous portons le moufquet fur la gau- che. Ils ont des mines de Fer quils lavent fon- d~e , & Ton ma dit , qu'ils n'en ont guere :Fcx* t. ailleurs ils font mauvais forgerons. 1 Auffi n’ont- XT. Salpêtre & Pou- dre. 42 Du Royaume de Siam. n ont -ils que des anchres de bois pour leurs Galeres , & afin que ces anchres coulent à fond ils y attachent des pierres. Ils n'ont ny épingles, ny aiguilles, ny clous , ny cifeaux , ny ferrures. Ils n'employent pas un cloud à bâtir leurs maifons ; quoy qu elles (oient tou- tes de bois. Chacun d eux fe fait des épin- gles de bambou , comme nos Ancêtres em- ployoient des épines à cet ufage : il leur vient des cadenats dujappon, les uns de fer & bons, les autres de cuivre de très-mauvais. Ils font de mauvaife Poudre à Canon. Le défaut vient, dit-on, du falpêtre qu'ils tirent de leurs rochers , où il fe forme de la liante des Chauves -fouris, animaux qui font très- grands & en très-grand nombre par toutes les Indes : mais foit que ce falpêtre foit bon ou mauvais , le Roy de Siam ne laifle pas d'en ven- dre beaucoup aux Etrangers. Apres avoir décrit les richeflès naturelles des montagnes & des forêts de Siam , ce feroit icylelieu de parler des Eléphants, desRhino- cerots, desTygres, & des autres Bêtes féro- ces dont elles lont peuplées: neanmoins puis- que cette matière a efté alïez expliquée par beaucoup d autres , je l'omettrai pour pafTer aux terres habitées & cultivées* C H A- Du Royaume de Siam. 4? C H A P I T R Vî. Des Terres cultivées # & de leur fécondité'. Tjq Lies ne font point pierreufes , à peine y i. -L' trouve-t-on un caillou ; & cela me fait L.e Faîs de croire du Pais de Siam ce qu’on a dit de l’E-argikux. gypte , qu’il s’eft formé peu à peu de la terre argilleufè que les eaux des pluyes ont entraînée des montagnes. Il y a devant l’embouchure du Menam un Banc de valé , qu’on appelle la Barre en termes de Marine , &qui en défend l’entrée aux grands Vaifleaux. Il y a apparence qu’il s’augmentera peu à peu , & qu’il don- nera avec le temps à la terre- ferme un nou- veau rivage. C’eft donc ce limon delcendu des monta- .li- gnes , qui eft la véritable caufe de la fertilité uon°an-" du Royaume de Siam , par tout où s’étend nuelie en- 1 inondation : ailleurs , 8c principalement fur les les lieux les plus élevez , tout eft aride & brûlé siam! du Soleil, peu de temps après les pluyes. Sous la ZoneTorride, & même enElpagne dont le climat eft plus tempéré fi les terres font na- turellement fertiles ( comme par exemple , entre Murcie 8c Carthagene , où la lèmence rend quelquefois au centuple ) elles font d’ail- leurs fi fujettes à la fccherellé , aux infeétes, & à d’autres inconveniens , qu’il arrive fouvent qu’elles font privées de toute récolté plufieurs années de fuite : & c’eft ce qui arrive à tous les Païs III. Elle fait mourir les inlê- êtes. IV. Des Four- mis blan- ches de Siam, 44 Dtt Royaume de Siam. Païs des Indes , qui ne font pas fujets a eftre inondez, &qui outre la fterilité fouffrent les ravages des maladies contagieufes & peftilen- cieles , qui la fuivent. Mais rinondation an- nuelle fait à Siam la fiireté 8c l'abondance de la récolte de ris , & rend ce Royaume le nourri- cier de plufïeurs autres. Outre que l'inondation engraifle les terres, elle fait mourir les infeéles 3 quoy quelle y en laiilè toujours beaucoup, qui incommodent extrêmement. La nature apprend à tous les animaux de Siam à éviter l'inondation. Les oyfeaux qui ne perchent pas en ces Païs-cy , comme les perdrix & les pigeons , perchent tous en celuy - là. Les fourmis doublement prudentes y font leurs nids & leurs magazins fur les arbres. Il y en a de blanches qui entre autres dégâts quelles font, percent les livres d'outre en ou- tre. Les Millionnaires font obligez pour con- fèrver les leurs, de les enduire lur la couver- ture & fur trenche d’un peu de cheyram , qui n'empêche pas qu'on ne les ouvre. Après cette précaution les fourmis n'ont plus la force d'y mordre, 8c les livres en font plus agréa- bles 3 parce que cette gomme n'eftant mêlée de rien qui luy donne de la couleur , a le meme éclat que les glaces , dont nous couvrons les tableaux de paftel , ou de miniature. Ce 11e feroit pas une épreuve trop chere ny trop dif- ficile } que celle de voir, fi le cheyram ne dé- Du Royaume de Star»'. 4 j fendroit pas le boisée nos lits contre les pu-, naifes. C eft ce même cheyram , qui eftant mis fur de la gaze la fait paroître comme de la corne. Ils ont accoutumé d’en entourer de grands falots , que Ton diroit eftre de corne , ôc tout d’une piece. Quelquefois auffi ces pe- tites taflès vernies de rouge , qui nous viennent du Jappon > & dont la legereté nous étonne, ne iont que d une double toile mife en forme de taflè , & enduite de cette gomme mêlée de couleur, qui eft ce que nous appe- lons laque, ou vernis de la Chine, comme je lay déjà dit: ces taflès durent peu , quand on y met des liqueurs trop chaudes. Pour revenir aux Infeétes , dont nous avons Lcs^a commencé de parler par occafion , les Marin- nu- ^ goüins font de même nature que nos coufins : goüins. mais la chaleur du climat leur donne tant de force , que les bas de Chamois ne défendent pas les jambes contre leurs picqûres. Cepen- dant il femble quon peut s’aprivoifer avec eux : car les naturels du Païs & les Européans , qui y font habituez depuis plulieurs années, n en étoient pas défigurez comme nous. Le Aft lie-pies eft connu à Siam comme aux v T- Ides de T Amérique. On 'appelle ainfi ce petit reptile, parce qu’il a le long de fon corps un grand nombre de piés , tous fort courts à pro- portion de fa longueur, qui eft d’environ cinq ou fix pouces. Ce qu’il a de plus fingulier (ou- tre les écailles en forme d’anneaux T qui cou- vrent 4^ Du Royaume de Siam. vrcnc fon corps, &qui s'emboëttent les unes dans les autres dans fcs mouvemens,) c'eft qu’il pince également par la tête &par la queue, mais les picqûrcs, quoy que douloureufes , ne font pas mortelles. ( Un François de ceux qui paflèrent a Siam avec nous , & que nous y avons laiile en bonne faute, s’eu laiila picqucr dansfon lit plus d'un quart d’heure fans yofèr porter fà main pour fe fccourir luy-même : il fe contenta de crier au fecours. Les Siamois difent , que le Mille-piés a deux têtes aux ex-* trémitez de fon corps , & qu'il fe conduit fix mois de l'année par Tune, &fix mois pat l'autre. F vu. Mais il ne faut pas croire legerement leur «"des111' hiftoire des animaux : ils n'en connoiffent gue- Siamois rc mieux les corps que les âmes \ &cn toutes chofes^ imt*cres leur penchant eft à imaginer des mer- natuxel- veilles, &àfe les perfuader d'autant plus aifé- l ^efeu> & le temps, qu il faut pour faire cuire dans bouillir le ris fans que le grain crève , & il leur l’eau pu- ferc ainfidepain. Non toutefois qu’ils le mê- lent , comme nous mêlons le pain , à tous les morceaux des autres alimens. Quand ils man- gent de la viande, ou dupoifîon, par exem- ple, ils mangent l'un & l'autre fans ris ; & quand ils mangent le ris , ils le mangent féparément. Ils le preflènt un peu entre les extrémitez de leurs doits pour le mettre en pâte , & ils le por- tent ainfi à leur bouche, comme nos pauvres mangent le potage. Les Chinois ne touchent jamais à aucun mets qu avec deux petits bâtons quarrezparlebout, qui leur tiennent lieu de fourchette. Ils portent à leur lèvre inferieure une petite tallè de porcelaine, oùeft leur por- tion de ris; & la tenant de la main gauche fins la pencher , ils fouettent le ris dans leur bouche avec les deux bâtons, qu’ils tiennent de la main droite. ni. Les Levantins font bouillir quelquefois le du^ïak0 r*s avec k v^anc^e & du P°ivre> & P11^ y mcc- tent du faffran ; & ils appellent ce mets Pilau» Ce n’eft pas l’ufàge des Siamois : mais pour l'ordinaire ils cuifent le ris dans leau pure, comme Du Royaume de Siam. ^ comme jJay dit ; & quelquefois ils le cuifent avec du lait, commenous failons les jours mai- gres. Il croît du froment à Siam dans les terres i r. alfez élevées pour éviter l’inondation : ils les Du Fro‘ arrofent ou avec des arroufoirs comme ceux de nos jardins , ou en y faifant couler l’eau des pluyes , qu’ils auront retenue dans des re- fervoirs encore plus hauts que ces terres. Mais foit àcaufedufoinoude ladépenlè, ou que le lis fuffile aux particuliers , il n’y a encore à Siam que le Roy, qui recueille du froment; & peut-être plus par curiofité que par goût. Us l’appellent Kâou Pojfali , 8c le mot K/iou fimplement lignifie du rie. Or comme cester- mes ne font ny Arabes, ny Turcs, nyPerlàns, je doute de ce qu’on m’a dit, que le froment ait été porté à Siam par les Mores. Les Fran- çois qui y font habituez, font venir de la fa- rine de Suratte ; quoy qu’il y ait prés de Siam un moulin à vent pour moudre le blé , 8c un autre prés de Louvô. Au relie le pain , que le Roy de Siam nous v. donnoit , étoit fi fec, que le ris bouilli dans |*omenc l’eau pure , quelque fade qu’il foit , me paroif- trop fec à foit plus agréable. Je m’étonnay donc moins s‘ara* de ce que difent les Relations de la Chine; que le Maître de ce grand Royaume , quoy qu’il ait du pain , aime pourtant mieux le ris. Neanmoins des Européans m’afl'uroient que le pain de froment de Siam efl: bon , & que la Tom. I. C fe- 50 Du Royaume de Siam. fechereflê du nôtre devoit venir d’un peu de fa- rine de ris, qu' on mêloic fans doute à celle de froment par œconomie ; peut-être de peur que le pain ne vint à manquer, v i. J’ay vu des pois à Siam autres que les nôtres, gmins! Les Siamois font comme nous de plus dune efpece de récolté : mais ils n'en font qu'une en une année fur la même terre : non que le ter- roir n y fut a(Tez bon , à mon avis , pour don- ner deux récoltes en un an , comme on la dit de quelques autres Cantons des Indes, fi Tin- ondation nyduroit pas fi long temps. Ils ont du bled de Turquie, feulement dans leurs jar- dins. Ils en font bouillir ou griller lepy entier fans en détacher les grains, &ils mordent de- dans. Chapitre VI IL Du Labourage , & de la différence des Satfons . ILs employant également les bœufs & les buffles au labourage. Ils les conduifent avec I- Les ic?buffles une corde pallëe par un trou , quils leur font employez au cartilage, qui lépare les nazeaux : & afin rage! °U~ q110 ^ cor^e nô coule pas quand ils la tirent , ils y font un nœud de chaque côté : cette mê- me corde pafie aufïï dans un trou , qui eit au bout du timon de leur charrue. La dur- La charrue des Siamois eft fimple & (ans roues. * Du Royaume de Siant. j ï roués. Elle confifte en un bâton long qui en ruï su. eft le timon , en un autre recourbé qui en eft moila- le manche, &en un autre plus court &plus fort , attaché à angles prefque droits au bas du manche ; & ce h ce ttoifiéme qui porte le loc. Ils ne lient point ces quatre pièces avec des clous , mais avec des courroyes. Us fe fervent des bêtes de labour pour bat- ri* tre le ris. Quand il eft battu ils le font tomber peu a peu d allez haut , afin que le vent en em- nettoye le porte la baie. Et parce que le ris a une enve- ris..e‘î lc loppe dure à peu prés comme celle de l’epau-Ua“. tre, forte de grain fort commun en Flandre, & en d’autres lieux , ils la brifent dans un grand mortier de bois avec un pilon de même; ou dans un moulin a bras , dont toutes les piè- ces font aufli de bois. On n’a fû me les dé- crire. Ils ne connoilTent que trois fâifbns , l’hy ver, i v. quils appellent -Na-n/wit , commencement & nous après eux mourons ( motiones aèris , fé- lon Ozorius & le P.Maffée.) Et c'eft ce qui fait que lesvailfeaux ne peuvent prelque arri- ver à U barre de Siam pendant les fix mois des vents de Nord , & qu'ils n'en peuvent prefque Du Royaume de SUm. y y fortir pendant les fix mois des vents de Midy. Jedonneray à la fin de cet Ouvrage 1 ordre dès vents &des marées dans le golphe de Siam , en faveur de ceux qui aiment à raifonner fur les chofes de Phyfique. Les Siamois ne donnent pas bien des fà-Le**' çons à leurs terres. Ils les labourent & les en- de îïbou- ièmencent, quand les pluyes les ont aflèz ra-“r^ce- mollies ; & ils font leur récolté lorfque les cUciiUr.^ eaux font retirées, & quelquefois lorsqu'elles font encore fur la terre , & qu'ils ne peuvent aller qu en batteau. Toute terre qui inonde eft bonne à porter du ris , de Ton dit que l’épy (urmonte toûjours les eaux ; & que fi elles croiflènt d'un pié en vingt quatre heures, le ris croît auffi d'un pié en vingt quatre heures : mais quoy qu'on aflure que cela arrive quel- quefois, j'ay bien de la peine à me leperfua- der dans une fi grande étendue d'inondation : ôc je croirois plûtofi; que , quand l'inondation furmonte quelquefois le ris en certains en- droits, elle le pourrit. 1 ls recueillent auffi du ris en divers Cantons x 1 1. du Royaume que les pluyes n'inondent pas ; Autref01 &celuy-là eft plus fubftanciel , a plus dégoût ,te & fe conferve plus long-temps. Quand il a allez crû dans la terre où on l'a femé , on le tranfplante dans une autre, que l'on a prépa- rée auparavant de cette maniéré. On l'inon- de, comme nous inondonsles marais- falans, jufqu a ce quelle foit tout-à-fait molle j &c pour C 4 cela XIII. Origine de l’agri- culture à Pégard des Sia- mois. XIV. Ceremo- nie des r5 6 T>h 'Royaume de Siam . cela , il faut avoir des refervoirs plus élevez; ou bien il faut retenir l'eau des pluyes dans le champ même par de petites levées faites tout ail tour. En fuite on écoule leau , on paitrit cette terre , on funit > & enfin Ton y trans- plante les piés de ris l’un après l'autre , en les y enfonçant avec le pouce. J'ay beaucoup de penchant à croire , que les anciens Siamois ne vivoient que de^ fruits & de poillon , comme font encore plufieurs Peu- ples des côtes d* Affrique ; «Scque dans la fuite ragriculrureleuraefté apprifè parles Chinois. Nous lifons dans l’Hiftoire de la Chine qu an- ciennement ceftoit le Roy luy -même, qui chaque année mettoit le premier la main à la charrue dans ce grand Royaume > & que de la récolte que luy donnoit (bn travail, il faifoit du pain pour les Sacrifices. Le Roy légitimé du Tonquin 3c de la Cochinchine tout enfem- ble qu on apelle le Büa , obferve encore cette coutume d ouvrir le premier les terres chaque année; & de toutes les fondions Royales, c eft prefque la feule qui luy eft demeurée. Les importantes font exercées par deux Gouver- neurs héréditaires , l’un du Tonquin & 1 autre de la Cochinchine, qui fe font la guerre, 3c qui font les Maîtres véritables ; quoy qu’ils fat fent profeflion de reconnoître pour leur Maî- tre le Biia qui eft au Tonquin. Le Roy de Siam mettoit aufïï autrefois la main à la charrue un certain jour de l’année : depuis Du Royaume de Siam. $ 7 depuis prés dun decle , & pour quelque ob- fervation fuperftitieufe d un mauvais augure , l^gricuï il ne laboure plus: mais il lailTe cette cérémo- tuie. nie à un Roy imaginaire qu’on crée exprès toutes les années : Ils n'ont pourtant pas voulu qu’il portât le nom de Roy , mais celuy ÜOc- ya Kkou , c’eft-â-dire Oc-yk du Ris. Il eft monté fur un boeuf, & il va où il doit labourer , fui vi d’un grand cortege d’Officiers qui luy obé'if. fent. Cette mafcarade d’un jour luy vaut de- quoy vivre toute l’année; &dle ne laide pas d’étre regardée comme funefte par la même fuperftition , qui en a détourné les Rois. Je foupçonne donc que cette coutume de faire ouvrir les terres par le Prince, eft venue de la Chine au Tonquin, 8i à Siam, avec l’art de ^agriculture. Elle npa efté peut-être inventée que pour . acréditer le labourage par l’exemple des Rois politique mêmes: mais elle eft mêlée de beaucoup de^^pei- fuperftitions , pour prier les bons 8c les mauvais tou^ en- efprits , qu^ils croyent pouvoir fervir ou nuire femblc. aux biens de la terre. Entre autres chofes l’ Oc- yk kkou leur fait un facrifïce en pleine cam- pagne d’un monceau de gerbes de ris, où il met le feu de fa propre main. C 5 Cha^ I. Leurs lé- gumes & leurs ra- cines. La patate, &c. } S Du Royaume de S km* Chapitre IX. Des Jardins des Siamois , & par occafîon de leurs Boiffons . T Es Siamois ne font pas moins attachez à la culture des jardins, qua celle des ter- res labourables. Ils ont des legumes & des ra- cines, mais pour la plûpart autresque les nô- tres. Parmi leurs racines la patate mérité une mention particulière. Elle eft de la forme & de la grandeur à peu prés de la betterave , & le dedans en eft quelquefois blanc , quelquefois rouge , quelquefois violer : mais je nen ay pourtant vu que de la première forte. Etant cuitte fous les cendres elle a le goût du mar- ron : les Ifles de f Amérique nous 1 ont fait con- noître : elle y tient fouvent, dit-on, lieu de pain. Jay vu à Siam des ciboules & point d’oignons, des aulx, de grolTes raves, de pe- tits concombres, de petites citrouilles rouges en dedans, des melons d’eau, duperfll , du baume, de foleilie. Ils n’ont ny vrais melons , nyfrailès, ny framboifes , nyartichaux: mais beaucoup dafperges , dont ils ne mangent point. Us nont ny felery,ny poirée, ny choux, ny chou-fleur, ny navets, ny betterave, ny carrottes , ny panets , ny porreaux , ny lait- tues , ny cerfeiiil, ny la plûpart des herbes, dont nous compofonsnosfalades. Neanmoins les Holiandois ont prcfque de toutes ces plan- tes Un Royaume de Siam. y 9 tes à Batavia , qui eft une marque que le ter- roir de Siam y feroit propre. Il porte de gros champignons, mais peu, & de peu de goût. Il ne donne point de truffes, non pas même de cette efpece de truffes infipides & fans odeur , que les Efpagnols appellent criadiU Us de iierra , & qu'ils mettent dans leur pot. Les Siamois mangent les concombres crûs, comme on fait par tout l’Orient , & même combres- en Efpagne : & il n eft pas impoflible que leurs cibou- concombres ne foient plus fains que les nô- 3\scs très; puis que le vinaigre ne les durcit point -.raves, ils les regardent & les nomment comme une efpece de melons deau. Mr. Vincent m'a dit quun Perfan mangera 3 6. livres pefant démê- lons, ou de concombres , au commencement de la faifon de ces fruits pour fe purger. Les ciboules, les aulx & les raves font d’un goût plus doux à Siam , qu’en ce Païs-cy. Ces for- tes de plantes perdent de leur force par le grand chaud : & je n’ay point de peine à croire ce que m’ont affûré ceux qui en ont fait le- preuve que rien n eft plus agréable que les oignons d’Egypte , que les llraëlites regret- toient fi fort, J’ay vu beaucoup de tubereufes dans les jar- * y* dins de Siam , & point de rofes, ny d'œillets: Lcs curs' mais on dit qu’il y a affez d'œillets & peu de rofes, &que ces fleurs y ont moins d’odeur qu’en Europe ; de forte que les rofes n’y en ont prefque point. Le jafmin y eft encore fi C 6 rare „ IV. Tourquoy il n’y a point de jnufcat en Perfe ny à Suiate. V. Ny de rai- fin àSiain. VT. L’êau pu. ic boiiTon éo Du Royaume de Siam. rare , qu’il -n’y en a , dit-on , que chez b Roy. On nous en donna deux ou trois fleurs com- me une merveille. Ils ont beaucoup d ama- rante & de tricolor. A cela prés la plûpart de nos fleurs & des plantes, qui ornent nos Jar- dins , leur (ont inconnues : mais à leur place ils en ont d’autres , qui leur font particulières , & qui font tres-agreables par leur beauté & pat leur odeur. J’ay remarqué de quelques-unes qu’elles ne fentent que la nuit , parce que le chaud du jour dillïpe tous leurs efprits. Nos fleurs ont auffi plus d’odeur fur le foir, &nous en avons même quelques-unes , mais peu , qui ne fèntent que la nuit. Tout ce qui n’a pas naturellement beau- coup de goût & d’odeur , n’en peut conferver dans les Pais extrêmement chauds. Ainfi' quoy qu’il y ait du railin en Perle & à Surate, il n’y liuroit avoir de mufcat , quelque foin qu’on y employé. Les meilleurs plants qu’on y trani- porte d’Europe, y dégencrent d’abord , &ne donnent la féconde année que du raifin ordi- naire. Mais à Siam , où le climat eft encore plus chaud, il n’y a pas même de bon raifin. Le peu de vigne qu’on a planté à Louvo au jardin du Roy , n’a donné que quelques mauvaifès grappes , dont le grain étoit petit & d’un goût amer. L’eau pure eft leur boiflon ordinaire : ils aiment feulement à la boire parfumée , au lieu qu’a Bu Royaume de Siam. qua nôtre goût l’eau qui ne fent rien, eft la ordinaire meilleure. Comme les Siamois ne la vont pas mois ^ ^ puifer dans les fources , qui font (ans doute trop éloignées , elle n’eft faine ,. que lors quelle a efté repofée plus ou moins de jours, félon que l’inondation eft haute ou baflè , ou tout à fait écoulée : car quand les eaux fe retirent , 3c quelles font fort chargées de bourbe , & peut- être des mauvais fucs quelles prennent dans les terres , ou lors même que la rivière eft rentrée dans fou lit toûjours allez limonneux , elles (ont plus corrofives, caufent des cours de ven- tre 3c des diiïènteries , 3c ne peuvent être bues fans danger , quon ne les ait laide repofer dans de grandes jarres ou cruches, l’efpacede trois femaines ou d^un mois. A Louvo les eaux font encore plus mal fai- ^ 1 1.^ nés qu'a Siam ; à caufe que toute la rivière n y louvo Sa paflêpas, mais feulement un bras, qu’onenadeT^5c* détourné , qui va toûjours décroiflànt apres les r°u pluyes , ôc laifle enfin fon lit à (ec. Le Roy de Siam boit de l’eau d’un grand refervoir fait dans les champs , quil fait continuellement gar- der. Outre cela ce Prince a une petite maifon appellée Tlée-Poujfone , c’eft à dire Mer riche à une lieue de Louvo. Elle eft affife au bord de certaines terres baftes, de deux ou trois lieues détendue, qui reçoivent les eaux des pluyes 3c les confervent. Cette petite mer eft d’une figure irrégulière, fes bords n ont rien de re- vêtu ny d aligné : mais fes eaux font faines; C 7 parce 6i T)u Royaume de Siam . parce quelles font profondes & repofées, & jay oiiy dire auffi que le Roy de Siam en boit. viit. Pour le plaifir ou lamufèment les Siamois le The. prennent du Thé, j’entends les Siamois de la ville de Siam ; car lufage du thé eft inconnu dans tous les autres lieux du Royaume. Mais à Siam la mode en eft entièrement établie, & c eft chez eux une civilité neceflàire de donner du thé âceux qui leur rendent vifite. Ils rap- pellent T ch a comme les Chinois , & ils n’ont pas deux termes , l’un pour ce que nous appe- lons thé , & lautre pour ce que nous appe- lons Ch a ou fleur de thé. Il eft certain que ce n eft pas une fleur: mais de dire fi ce font les feuilles naiffantes & par confequent plus ten- dres , ou les plus hautes , ÔC par confisquent les moins nourries , ou la pointe des feuilles , ou bien des fciiillcs qui Payent pas efté bouil- lies à la Chine, ou une efpéce de thé particu- lière; c eft ce que je ne faurois décider, parce qu’on m’a parlé diverfement la-dcflus. IX. Les Siamois content trois fortes de thé, le tttdcth \Tcha-boïû ou Thé boni, qui eft un peu rou- geâtre, qui engraiflè, dit-on, & qui reflerre ( on le regarde à Siam comme un remède au cours de ventre ) le thé fomloo , qui au con- traire purge doucement , & la troifiéme cfpécc de thé , qui n’a point de nom particulier que je fâche , & qui ne lâche , ny ne reflerre. Le thé cû Les Chinois & tous les Orientaux ufent d u thé. Du Royaume de Siam. g; thé > comme d'un remède contre le mal de un fudo- tête: mais alors ils le font plus fort, & après en avoir pris cinq ou fix tallcs ils le couchent dans leur lit, fe couvrent, & filent. 11 n'eft pas bien difficile en des climats fi chauds que les fiidorifiqucs opèrent , & ils y (ont regar- dez comme des remèdes prefque généraux. Ils préparent le thé en cette manière. Us xi. ont des pots de cuivre rouge ctamez en de- dans, où ils font bouillir de l'eau ; & clic y préparés bout en un inftant , parce que le cuivre en eft le fort mince. Ce cuivre vient du Jappon , fî ma mémoire ne me trompe y 3c il eft iî ailé à met- tre en œuvre , que je doute que nous en ayons de fi doux en Europe. On appelle ces pots des boulis: & d’autre pare ils ont des boulis de terre rouge, qui eft fans goût, quoi que fans vernis. Ils rinfent d'abord le bouli de terre avec l'eau bouillante pour réchauffer: puisils y mettent une pincée de thé , 3c enfin ils le rempliffent d’eau bouillante ; 3c après lavoir couvert ils l'arrofcnt encore d'eau bouillante par le dehors: ils ne ferment pas le biberon comme nous faifons. Quand le thé eft affez infulé, c'cft à dire quand les feuilles font pré- cipitées, ils en verfent l'eau dans les rafles de porcelaine ; qu'ils ne rempliffent d'abord qu'à demy; afin que fi elle paroît trop chargée ou trop teinte , ils la puifïent tempérer , en y ver- fant de l’eau pure, qu'ils con fervent toûjours bouillante dans le bouly de cuivre. Cepen- dant 64 Z)« Royaume deSiam. dant s’ils veulent encore prendre dn thé , ils rempliflcnt derechef de cette eau bouillante le bouly de terre , & ils peuvent le faire ainlî pluûeurs fois (ans y remettre du thé, jufques à ce qu’ils voyent que l’eau ne prend plus allez de teinture. Ils ne mettent point de fucrc dans les talfes ; parce qu’ils n’en ont point de puri- fié qui ne foit candi , & que le candi ne fond que trop lentement. Ils en prennent donc un grain dans leur bouche , auquel ils donnent quelque coup de dent a melure qu’ils pren- nent leur thé. Quand ils ne veulent plus de thé , ils rendent la talfe renverfée fur la fou- coupe ; parce que c’cfl la plus grande incivi- lité du monde félon eux de refufer quoy que ce foit , & que s’ils rendent la talfe debout , on ne manque pas de leur lèrvir derechef du thé , qu’ils (ont obligez de recevoir. Mais ils le gardent de remplir la talîe , s’ils ne veulent témoigner à celuy à qui ils la fervent toute pleine , que c’eft , comme on dit , pour une bonne fois , & qu’on n’entend pas qu’il re- vienne jamais au logis. xii. Les connoifléurs difent que l’eau ne fauroit lente eau eftrc trop pure pour le thé , que celle de citerne ncccflaiie y cft la plus propre comme la plus pure , & a“ ,hé‘ que le meilleur thé du monde devient mauvais dans de l’eau, qui n’cft pas excellente, snieft^e- Au relie, fi les Chinois prennent le thé fi ccflaiie de chaud , ce n’eft peut - eftrc pas qu’ils ayent S?chattd. éprouvé qu’il foit plus làin ou plus agréable de cette Dh Royaume de Siam. 6$ cette maniéré ; car ils ne prennent aucune forte de boillon , qu a ce même degré de cha- leur , à moins que les T artarcs leur ayent main- tenant appris, comme on le dit , à boire quel- quefois à la glace. 11 cft vray que l’infufion du thé fe fait au moins plus vite dans de 1 eau chaude , que dans de l’eau froide ; mais j’en ay pris avec plaifirque j’ayois fait infufer a froid pendant plus d’un jour. Les Siamois ne s en tiennent pas au the: ils L>am0l^ boivent volontiers du vin , quand ils en ont; du vin. quoy que tout ce qui peut enyvrer leur foit défendu par leur Morale. Les Anglois & les Hollandois leur en portent quelquefois de Schiras en Perfe, ou d’Europe. Nos vins de Bordeaux &deCahors arrivèrent fort fainsà Siam , quoy qu’ils eu dent deux fois pafîé la ligne : & pendant le retour même ce qui nous reftoit de ces vins-là, étoit peut-être plus fort & mieux confervé , qu’il ne l’eût efté , s’il fût demeuré toûjours à terre. Je ne dis rien des vins de la Chine &duJappon,qui ne font que des bières fort mixtionnées , mais allez agréa- bles. Le vin de la Chine dont j’ay apporté une bouteille , n’a pû fe conferver jufqu’en France ; quoy que les bieres de Hollande fe confervent fort bien jufqu’aux Indes. Les Siamois boivent auffidedeux fortes de A^v. liqueu rs qu’on apelle Tari, & Ner/> & qu’ils iiqucurs tirent de deux cfpeces d’arbres appelez Palmi - ^an, & tes } d’un nom general à tout arbre > qui a de u1’ gran- XVI. L'eau de vie pré- férée à tout, & dcquoi ils la font. XVII, Boule- Tonchc 66 Du Royaume de SUm. grandes feiiilles, comme le Palmier. La ma- niéré de recueillir cette boiffon eft de faire le foir une incilion à l’écorce de l’arbre prés du fommet de Ion tronc , & d’y appliquer une bouteille le plus jufte qu’il eft pollible , la lut- tant même avec de l’argile ou de la terre glaife, afin que Pair n’y puiffe entrer. Le lendemain matin la bouteille le trouve pleine & cette bouteille eft d’ordinaire un tuyau de gros bam- bou , auquel le nœud (èrt de fond. Ces deux liqueurs fè peuvent auiïï recueillir durant le jour: mais on dit qu’alors elles font aigres, & qu’on s’en fèrt comme de vinaigre. Le Tari fc tire d’une cfpece de Cocotier fauvage, &le Neri de l’Aréquier forte d’arbre, dont je parle- ray bien-toft. Mais comme dans lesPaïs chauds la diflï- pation continuelle des efprits fait que l’on de- fire ce qui en donne , on y aime paffîonné* ment les eaux de vie , & les plus fortes plus que les autres. Les Siamois en font de ris , & ils la frelatent fouvent avec de la chaux. Du ris ils font d’abord de la biere, dont ils ne boivent point : mais ils la convertiflent en eau de vie qu’ils appellent Lion, & les Portuguais Arak> terme Arabe, qui veut dire proprement fueur > & métaphoriquement ejjence , & par excel- lence eau de vie . De la biere de ris ils font auffi du vinaigre. Les Anglois habituez à Siam ufent d’une boiffon qu’ils appellent Punch , & que les In- diens Dh Royaume de Siam. Cy diens trouvent fort délicieufè. On met unekoifîbn çhopine d’eau de vie ou d’Arak, fur une pinte Anglüifc# de limonade avec de la mufeade & un peu de bifeuit de mer grillé & pilé , & l’on bat le tout enfèmble jufquà ce que les liqueurs {oient bien mêlées. Les François ont appelé cette boiC fou boule-ponche tkbonne-ponche , de ces deux mots Anglois boni punch , qui veulent dire une taffe de ponche , Enfin les Mores de Siam prennent du CafFé , x v 1 1 1, qui leur vient de l’Arabie, & les Portuguais y chocolat, prennent du Chocolat , quand il leur en vient de Manille Capitale des Philippines , ou on en porte des Indes Occidentales Efpagnoles. Les Siamois aiment mieux le fruit que tout x T_x; autre chofe : ils en mangent tout le long duLcsfruits‘ jour s ils en ont. Mais aux oranges prés , aux citrons & aux grenades , il n’y a à Siam aucun des fruits, que nous connoillons. Les citrons qu’ils appellent Ma-crout y font petits, pleins dejus&fort aigres, ôdapeau eneft fortunie. Ils m’ont paru d’une qualité finguliere , en ce quils font déjà pourris en dedans, que leur écorce eft encore faine & entière. Mais fis ont de plus d’une efpece de citrons aigres , & point de doux , & au contraire les oranges & les gre- nades y (ont toutes douces \ à moins qu’on veuille prendre pour oranges aigres les Pam~ pelmoufès , qui en ont le goût & la figure, mais qui font grollès comme des melons , & nont pas beaucoup de jus. Les Siamois les mettent avec XX. Certains fruits en tout tems XXI. Différen- ce des 68 Du Royaume de Sum . arec raifon parmy les efpeces doranges, &Ies appellent foum-o , &C foum veut dire orange-. Parmy les oranges douces les meilleures ont l’écorce fortverte& mal unie : ils les appellent foum-keou , ceft a diiz oranges de crzjlal: non quelles ayent rien de tran (parent , mais parce quelles leur paroilfènt en leur genre du mérite ducriftal, dont ils fontgrand cas. Us donnent de ces foum kcou à leurs malades , & les ven- dent , dit-on , jufqu’à cinq fols la piece quand lafaifon eneltpaflëe: cherté coniïderable en un Païs, où un homme vit communément pour deux liards par jour. Or quoy quil n y ait pas toute l’année de cette efpece d’oranges , il y en a pourtant toû- .jours d’une efpece , on d’autre. Il y a auffi toute l’année de ce fruit, que lesEuropéans appellent Bananes ou Figues-d’lndc , & les Sia- mois Clouci. Tous les autres fruits n’y durent qu’un temps. C’eft à Achem feulement à la pointe Nord de l’ifle de Sumatra, que la natu- re les donne tous en toute fàîfbn. Ces beaux rofèaux d’un feul jet , longs quelquefois de neuf ou dix piés, ne croillcnr aullï qu’à A- chem : mais le ris, qui eft leur principale nour- riture, leur manque fouvent ; & ils l’achetent alors chèrement de l’or , qu’ils trouvent chez eux en telle abondance , qu’ils le méprifcnc fans Philofophie. J’obmcts icy àdefiein ladefcriptiondeplu- ficurs fruits, & je la renvoyé à la Un de cet Ou- T>u Royaume de Sium. Ouvrage. Je ne parlcray maintenant que de fruits de l’Arek> Scjediray des fruits Indiens en géné- siam au* rai, qu’ils ont pour laplûparc tant de goût & KS* d’odeur, quon ne les aime beaucoup, que quand on y efl; accoûtumé; &jc croymêmc qu’alors ils ne nuifent pas. Nos fruits par une rai (on contraire font d’abord (ans goût &fans odeur, pour qui eltaccoûtumé aux fruits des Indes. L’Arekque les Siamois appellent Plou efl: xxn. une efpece de gros gland, qui n’a pourtant point cette demie-coque de bois où tient nô- tre gland. Quand ce fruit efl: encore tendre, il a au centre ou au cœur une fubftancc grifatre, qui efl auffi molle que de la bouillie. A mc- Jure qu’il feche il devient jaune & plus dur , SC la fubftance molle qu’il a au cœur , fe durcit aulli. Il efl: toûjours fort amer & point dégoû- tant. Apres l’avoir ouvert en quatre parties avec un couteau ils en prennent un quartier à chaque fois , S c ils le mâchent avec une feuille femblable au lierre appelée Bétel par les Euro- péans qui font aux Indes , & Mak parles Sia- mois. On la roulle pour la mettre plus aifé- ment dans la bouche, &on met fur chacune tant loit peu de chaux faite avec des coquilla- ges , & rougie je ne fay par quel artifice. C’efl: ponrquoy les Indiens portent toujours de cet- te force de chaux dans une fort petite taflè de porcelaine, car ils en mettent U peu fur cha- que feuille , qu’ris n’en confirment pas beau- coup 70 JDu Royaume de Siam. coup en un jour , quoy qu’ils ufent fans ceC- fe de l’arek & du betel. L’arek encore ten- dre fe confume entièrement à mefure qu’on le mâche , le fec laiiTe toujours quelque marc. xxm. L'effet fenfîble de ce gland & de cette feml- reuref- ]e défaire beaucoup cracher, fi on n’aime mieux en avaller le fuc : mais il eft bon d’en cracher au moins les trois ou quatre premiè- res bouchées , pour ne pas avaller de chaux. Les autres effets moins fenfibles , mais dont on ne doute point aux Indes, font d’empor- ter , peut- être à caufe de la chaux , tout ce que les genfives peuvent avoir de mal fain, &de fortifier l’eftomach , {bit à caufe du fuc que l’on avalle quand on veut , & qui peut avoir cette propriété, foit à caufe des humiditez fu- perfluës que l’on crache. Audi n’ay-je vû per- sonne à Siam qui fentît mauvais , ce qui peut être d’ailleurs un effet de leur fobrieté natu- relle. comme l’arek & le bétel font cracher fet de l’a- rouge , même indépendamment de la chaux rekScdu rouge qu’on y mêle, ils laiflent une teinture ctc ’ vermeille furies levres& fur les dents. Elle fè paffe fur les levres , mais peu à peu elle s epaif- fit fur les dents jufqu’à la noirceur ; de forte que lesgentsqui fepicquent depropreté, noircifi fènt leurs dents, parce qu’autrement la crade de 1 arek & du bétel mêlée avec la blancheur naturelle des dents fait un effet delàgréable, que Du Royaume de Siam. y , que l’on remarque dans le menu peuple. Je di- ray en pafïànt que les levres vermeilles, que les Siamois virent aux portraits de nos Dames que nous avions portez en ce païs-là, leur firent dire que nous devions avoir en France du bé- tel meilleur que le leur. Pour noircir leurs dents ils mettent .defïus xxv. des quartiers de citron fort aigre, qu’ils tien- Com- nent fous leurs joues &fous leurs levres pen- noircit* dant une heure, ou davantage. Ils difèntque fewIeurs cela attendrit un peu les dents. Us les frottent commet enluite d un lue , qui fort ou cfune certaine ra- ils rougi*- cine , ou du coco , quand on les brûle, & l’ope- gi£de°n" ration eft faite. Il leur plaît neanmoins quel- *eurs Pe- quefois de conter qu’elle dure trois jours, pen- tits doits* dant quoy il faut, difent-ils, demeurer furie ventre &ne rien manger de folide: mais on m'a alluré que cela n’êtoit pas vray, & qu’il fuf. ht de ne rien manger de chaud pendant deux ou trois jours. Je croy bien auffi qu’on a les dents allez agacées , pour ne pouvoir mordre de quelque temps à rien de folide. Il faut re- nouveller de temps en temps cette operation, pour en faire durer l'effet: car cette noirceur lie tient pas li fort aux dents , que l’on ne puiflè loter avec de la croûte de pain brûlé mife en poudre. Ils aiment aufli à rougir l'ongle du petit doit de leurs mains, & pour cela ils" le ra- tifient, & puis ils y mettent d’un certain lue, qu’ils tirent d’un peu de ris pilé dans du jus de citron avec quelques feuilles d’un arbre , qui eft XXVI. Des Pal- mites en general. 72 Du Royaume de Siam . eft femblable en toutes chofès au grenadier , mais qui ne porte aucun fruit. Au refte 1* Aréquier, &tous les arbresque Ion appelle Palmites , n'ont point de bran- ches , mais de grandes feuilles longues & lar- ges comme celles du Palmier; &ils n'ont leurs feuilles, qu'au haut de la tige, qui eftcreule. Chaque année ces fortes d'arbres pouffent un nouveau jet de feuilles , qui fort du milieu des feuilles de l’année précédente. Celles-cy tom- bent alors, &laiffent une marque autour du tronc; de telle forte que par ces marques qui font autant de nœuds , & qui font prés à prés, on peut aifément conter les années oui âge de l’arbre. C eft ce que javois à dire de l’étendue &de la fertilité du Royaume de Siam. Je parleray maintenant des mœurs des Siamois en gene- ral, c’eft adiré de leur habillement , de leur logement, de leurs meubles, de leur table, de leur équipage, de leurs divertillèmencs 8c de leurs affaires. SE- K. * Jv. SECONDE PARTIE. Des Mœurs des Siamois en general. O CHAPITRE PREMIER. De l Habit & de la Atfinc des Siamois* ILs ne s habillent prefque point. Tacite dit i- de infanterie Allemande de fon temps, SùJJf cju elle ecoit ou toute nue, ou couverte de peu, légers Payons ; & encore aujourd’huy il y a des nl0j.ns,J Sauvages dans l’Amerique Septentrionale , qui chaud . font prefque nuds : ce qui prouve , ce me fem- quc P.ai: ble, que lafimplicité des mœurs, autant que K? le chaud , eft la caufe de la nudité des Siamois, mœurs* comme elle l’eft de la nudité de ces Sauvages. en eft pas que les habits ne (oient prelquèin- (upportables aux François, qui arrivent à Siarn, & qui ne favent pas s’empêcher d’agir & de s’agiter : mais il eft mal fain pour eux de fe dés- habiller ; parce que les injures de l’air fore chaud ne font pas moins à craindre , que celles de 1 air fort froid à qui n’y eft pas accoutumé > avec cette différence pourtant , que dans les climats fort chauds il lùffitpour la (àntédcfe bien couvrir 1 eftomach. Les Efpagnols fc le couvrent pour cette railon d’une peau de buf- fle en quatre doubles: mais les Siamois, dont les mœurs font (impies en toutes chofc, ont Tome /. D mieux IL La Pagne, habit des Siamois. III. Une che- nille de moufleli- ne leur fert de vefte. 74 T)u Royaume de Siam, mieux aimé saccoûtumcr dés l'enfance > pres- que à une entière nudité. Us vont nuds pies & nue tête, & pour la bien feancc feulement ils entourent leurs reins 8c leurs cuiflès jufqu'au deflous du genoiiil, d’une pièce de toile peinte , d’environ deux aunes & demie de long , que les Portuguais appellent Pagne , du mot Latin panmts : quelquefois au lieu d’une toile peinte , la pagne cft un étof- fe de foyc, ou (impie, ou bordée dune bro- derie d'or ou d’argent. Les Mandarins, ceft-à-dirc les Officiers, portent outre la pagne , une chemife de mouf- féline qui cft comme leur vefte , ou leur juft’au- corps. Ils la dépouillent, & l'entortillent au milieu de leur corps , quand ils abordent un Mandarin beaucoup plus élevé qu’eux en di- gnité , pour luy témoigner qu’ils (ont prêts d'aller où il voudra les envoyer. Et neanmoins les Officiers que nous avons vus aux Audien- ces du Roy de Siam , en demeurèrent revêtus comme de leur habit de cérémonie; &par la même raifon ils eurent toujours leurs bon- nets hauts & pointus fur la tête. Ces chemifes X\ ont point de collet , & (ont ouvertes par de- vant, fans qu’ils ayent foin de les attacher, pour cacher leur eftomach. Les manches en tom- bent prefque jufqu'au poignet , larges d’envi- ron deux piés de tour : mais fans être froncées nyen haut ny en bas. D’ailleurs le corps en eft détroit, que ne pouvant palier &defccn- Du Royaume de Siam . y ^ dre par deffus la pagne , il s'y arrête par plu- fieurs plis. Dans Fhyver ils mettent quelquefois fur iv. leurs épaules un lé d'étoffe ou de toile peinte , EcharP* ou en manière de manteau, ou en maniéré d'e- froid, charpe , dont ils paffent affez galamment les bouts autour de leurs bras. Mais le Roy de Siam met une vefte de quel- y. que beau brocard, dont les manches font fort Com~, étroites, & viennent julqu au poignet : & corn- Roy ufe me nous nous habillons contre le froid fous le 3 juft'au-corps , il met cette vefte fous la che- Ck° mife que je viens de décrire , de qu’il garnit de dentelles , ou de point d’Europe. Il n’eft per- mis à aucun Siamois de porter cette forte de vefte, fi le Roy ne la luy donne, &il ne fait ce préfent qu'aux plus confidérablesde fes Of- ficiers. Il leur donne auffi quelquefois une autre v r* vefte ou juft'au-corps ffécarlatte , qui ne doit fervir qu'à la guerre ou à la chaftè. Ce juft’au- ütairc. corps defeend jufqu'aux genoux , & il a huit ou dix boutons par devant. Les manches en font larges , mais (ans ornement , & fi courtes quelles n atteignent pas aux coudes. C’cft une coûtumc générale à Siam , que le vii. Prince , &tout ce qui le fuit à la guerre ou à Σ/°0““re la chafte , cft habillé de rouge. En ce cas les pour la ü chemifèsqu on donne aux foldats, font d’une mouflèline teinte en rouge , & dans les jours Kc* de cérémonie , comme fut celuy de l'entrée D i des VIII. Bonnet haut 8c pointu. IX. Les ba- bouches. X. Tropretc du l’aiais do Siam. 7 S Du Royaume de Siam. des Envoyez du Roy, on donna de ces che- mifes rouges aux Siamois , qu’on mît fous les armes. Le bonnet blanc , haut & pointu , que nous avons vu aux Ambaflàdeurs de Siam , eft une coëfFure de cérémonie, dont le Roy de Siam & les Officiers fe lcrvent également: mais le bonnet du Roy de Siam eft orné d’un cercle, ou d’une couronne de pierreries, &ceux de lès Officiers font ornez de divers cercles d’or, d argent , ou de vermeil doré , pour marquer leurs dignitez ; ou n’ont aucun ornement. Les Officiers ne les portent que devant leur Roy, ou dans leurs Tribunaux, ou dans quelque cé- rémonie. Ils les attachent avec un cordon qui pallè fous le menton, & ils ne les ôtent jamais pour làluër. Les Mores leur ont porté l’ufàge des babou- ches elpece de fouliers pointus fans quartier ny talon. Ils les quittent aux portes chez auttuy & chez eux mêmes , pour ne pas falir les lieux où ils entrent. Mais quelque part que fo it leur Roy, ou quelque autre perlonne, à qui ils doivent durefpeét, (comme eft par exemple un Sancrat , c’elt à dire un Supérieur de leurs Talapoins) ils ne s’y prefentent pas avec les ba- bouches. « Rien n’eft plus netque le Palais duRoyde Siam , tant à caulè du peu deperlônnesqui y entrent , que des précautions , avec lefquclles ils y entrent. Ils : F&W Du Royaume de S sam. ~j-j Ils efliment les chapeaux pour les voyages, xi. & ce Prince en fait faire de toutes couleurs de la figure à peu prés de Ton bonnet: mais très- voyage?, peu de perfonnes parmy le peuple daignent couvrir leur tête contre l’ardeur du foleil ; & ils ne le font que d’un pan de toile , & feulement quand ils font fur la riviere , ou la reflexion in- commode davantage. La différence de l’habillement des femmes xit. à celuy des hommes , cft que les femmes atta- L'habit chant leur pagne par fa longueur autour de mcS!cm" leurs corps , comme font aufli les hommes , elles la lailfent tomber félon là largeur , & imi- tent une juppe étroite , qui ne leurdelcendroic que jufqua mi-jambe; au lieu que les hom- mes relèvent leur pagne entre leurs cuiflès , en y repaflàiu l’un des bouts, qu’ils lailfent plus long que l’autre, & qu’ils font tenir par der- rière à la ceinture en quoy ils imitent en quelque force nôtre haut-dc-çhaulfe. L’autre bout de la pagne pend par devant ; & comme ils n’ont point de poche , ils y nouent fouvent leur bourfepour le bétel en la maniéré, dont nous nouons quelque choie dans le coin de nôtre mouchoir. Ils portent aulfi quelquefois deux pagnes l’une fur l’autre, afin que celle de deflus demeure plus propre. A la pagne prés les femmes font toutes nu'cs ; Xl i r. car elles n’ont point de chcmifes de moufleli- ne: les riches feulement ufent toûjours de le- entière! charpe. Elles en palfent quelquefois les bouts D j autour 78 Du Royaume de Siam. autour de leurs bras : mais le bel air pour elles eft de la mettre Amplement fur leur foin par le milieu, d'en abbatre un peu les plis, & d'en laiiïèr pendre les deux bouts derrière par deUîis les épaules. x 1 v. Neanmoins une fi grande nudité ne les rend dîns cc«e Pas immocteftes. Au contraire les hommes & nudité. les femmes de cePaïs-là font les plus forupu- , eux du monde à montrer les parties de leur corps, que l’ufage leur ordonne de cacher : Les femmes qui étoient accroupies dans leurs ba- lons le jour de l'entrée des Envoyez du Roy, tournoient pour la plupart le dos aufpedacle; & les plus curieufes regardoient à peine par defîus l’épaule. Il fallut donner aux foldats François des pagnes pour le bain , pour foire cetlèr les plaintes que faifoient ces peuples , de les voir entrer tous nuds dans la riviere. x v. Les enfons y font fans pagne julqu a l'âge de dansies'* 011 au moins ils ne font que chan- au bain. Scr de Pague , comme ils en changent pour fc Du Royaume de Siam . y y fe baigner dans la riviere. Les femmes s y bai- gnent comme les hommes, & s’exercent com- me eux à la nage ; & nulle part au monde on ne nage mieux. Leur modeftie leur rend lutage des lave- xvm. meurs prefque infupportable , &peu d’entre Autrcs eux peuvent encore s’y refoudre. Ils ont atta-Scf k” ché l'infamie à la nudité , & ils nont pas moins ““>**&*• de foin de la pudeur des oreilles , que de celle des yeux ; puifque les chançons deshonnêtes font défendues par les loix de Siam , comme parcelles de la Chine. Jen’aiTureray pourtant pas qu’on n y en fade point du tout : car les loix ne défendent guere nulle part , que les excès déjà trop établis; &il vient de la Chine des figures de porcelaine , & des peintures fi im- . modeftes , qu’elles ne valent pas mieux que les chançons les plus (aies. Les pagnes d’une certaine beauté comme x ex- celles d’étoffe defoye avec de la broderie, ou p^gnc? jans broderie , &: comme celles de toile pein- font per- te fort fines, ne font permifesqua ceux à qui mircs* le Prince en fait prefent. Les femmes de con- dition y font allés de cas des pagnes noires, & leur écharpe eft fouvent de (impie mouflèline blanche. Ils portent des bagues aux trois derniers xx. doits de chaque main , & la mode leur permet d y en mettre autant qu’il y en peut tenir. Us pendants-*' achetoient volontiers uademy-écu les bagues d’0IciliCï à pierres faufilés , qui à Paris n avoient coûté D 4 que So Du Royaume de Siam. que 2. fols. JIsnefaventceque c’eftquede co- liers pour orner leurs cols , ny ceux de leurs femmes : mais les femmes & les enfans de l’un &deTautre fèxey connoilïènt Tu(àge des pen- dants-d’oreille. D’ordinaire ils font en forme de poire, dor, ou d argent , ou de vermeil doré. Les jeunes garçons & les jeunes filles de bonne mailon portent des bracelets , mais feu- lement jufqu a Tâge de fix ou fèpt ans ; & ils en portent également aux bras & aux jam- bes. Ce font des anneaux d'or, ou d’argent, ou de vermeil doré de la figure de nos cla- viers. xxi. Comme ces peuples ont le corps d’une an- du^ne1* tre couleur quenous> ^ femble que nos yeux furprend ne les eftiment pas nuds : au moins leur nudité point. navoit-elle rien qui me furprit; au lieu quun homme blanc nud, quand j’en rencontrois quelqu’un , me paroifioit toûjours un objet nouveau. xxii. Les Siamois font plûtoft petits que grands ; La raille mais j]s om corps fort bien fait : ce que j’at- mois. tnbue principalement a ce quon ne les cm- maillotte pas dans leur enfance. Les foins que nous prenons de former la taille de nos en- fans, ne font pas toûjours fi heureux, que la liberté qu’ils laifient à la nature d’achever de former les leurs. Il eft vray que le fein des femmes Siamoifes ne fe foûtient plus dés leur première jeuneflè, & qu’il leur defeend bien- tôt jufqu’au nombril : mais d’ailleurs leur corps Du Royaume de Siam. 8 f corps eft bien taillé, &leur fein pendant ne choque point les yeux de leurs maris : tant il eftvray que les goûts, même ceux quiparbit fent les plusnaturels, confident beaucoup en habitude, La figure de leurs vifages , tant des hommes x x 1 i r; que des femmes, tient moins de l’ovale, que^urmi" delalofmge: il eft large & élevé par le haut des joués; &tcut d’un coup leur front (è ré- traiffit & le termine prefque autant en pointe , que leur menton. D’ailleurs leurs yeux fen- dus un peu en haut font petits & pas trop vifs, & le blanc pour l’ordinaire en elt tout jaunâ- tre. Leurs joués font creufes, parce qu’elles font trop élevées par le haut : leurs bouches font grandes , leurs levres groiîes & pâles Ôc leurs dents noircies. Leur teint eft greffier, & dun brun mêlé de rouge; à quoy le haie continuél contribué autant que la naiflànce. Les femmes ne mettent ny fard ny ches: mais j’ay vu un Seigneur, qui avoir les jambes bleués d’un bleu mat , comme celuy fc fur le que laiffe la poudre , quand on a cfté brûlé coips%‘ d’un coup d'arme à feu.. Ceux qui m'en firent apercevoir, me dirent que c’étoit une chofe affeélée aux Grands , qu’ils avoient plus ou moins de bleu (èlon leur dignité , Sc que le Roy de Siam étoit bleu depuis la plante des piés jufqu’au creux de l’eftomac. D’autres m’ont affûté que ce n ctoit pas par grandeur , mais par fuperftition ; fie d’autres m ont voulu D 5 faite XXV. le nez & les oreil- les des Siamois. XXVI. leurs cheveux. 8 1 Dk Royaume de Siam. faire douter que le Roy de Siam fût bleu. Je ne fay ce qui en cft. Les Siamois , comme j ay dit autre parc , ont le nez court & arrondy par le bout , & les oreilles plus gi andes que les nôtres ; & plus ils les ont grandes > plus ils les eftiment : goût commun à tout l’Orient , comme il paroit par toutes les ftatue’s de porcelaine oudautre ma- tière, qui en viennent. Mais en cela il y a de la différence parmy les Orientaux : car quel- ques-uns étirent leurs oreilles pur le bas pour les allonger , fans les percer quautant qu’il faut pour y mettre des pendons. D’autres après les avoir percées , agrandiflent peu à peu le trou à force d y mettre des bâtons plus gros les uns que les autres : & il arrive , fiir tout au Païs de Laos , qu’on palferoit prefque le poing dans le trou , & que le bas de l’oreille touche aux épaules. Les Siamois ont les oreil- les un peu plus grandes que les nôtres, mais naturellement & fans artifice. Leurs cheveux font noirs , grofliers & plats, &C l’un & l’autre fexe les porte fi courts , qu’ils ne defeendent au tour de leur tête , qu’à la hauteur des oreilles. Au deflous de cela ils font tondus fore prés, & cét air de tête naif- fimte ne déplaît point. Les femmes les relè- vent fur le front, fans pourtant les rattacher; & quelques-unes , & principalement les Pe- güanes, les laiifent afles croître par derrière, pour les y pouvoir entortiller. Les jeunes gens l)'u Royaume de Sian) . 8 $ a marier, garçons & filles, les portent d’une maniéré particulière. Ils tondent au cileauôe fout prés le haut de la tête : & puis tout autour ils arrachent un petit cercle de cheveux de iepaiflfèur de deux écus blancs , & au deffous ils taillent croître le relie de leurs cheveux prêt que j niques (ur leurs épaules. Les Efpagnols à. caufe du chaud le tondent ainlî fort louvent fur le haut de ta tête > mais ils n arrachent rien tout autour. Or comme Ion eft toujours prévenu poufxxvir. les chofes de fon païs > je ne doutois point que siamois" les portraits de quelques-unes des plus belles pour les perfonnes de la Cour , que j’avois portez en biches. cepaïs-Ià, neduffent ravir les Siamois en ad- miration. La peinture en étoit meilleure que celle de ces petits portraits , qu on envoyé tous les jours dans les païs étrangers : cependant il faut avoiier que les Siamois ne s’y arrêtèrent prefque point , & qu’aprés les portraits des perfonnes Royales , devant lefquels ils s’in- clinoient tans ofer les regarder hxement, ils aimèrent beaucoup celuy de Mr. le Duc de Montauzier à caufe de fa mine haute & guer- rière. Nous demandâmes à deux jeunes Man- darins ce qu’il leur fembloit d’une grande pouppée du Palais , que nous leur montrâ- mes. L’un d’eux répondit qu’une femme comme cela vaudrait bien cent cat)s> c’eft à dire quinze mille livres, &fon cameradefut du même avis, mais il ajouta, quil. n’y aiv D 6 raifc 84 Du Royaume de Siam. roit perfonne à Siam qui pût l’acheter. De {avoir s’ils mettoient à fi haut prix une femme blanche ou pour l’agrément lingulier qu’ils y pouvoient trouver , ou feulement parce que toute marchandife qui vient de fort loin doit être fort chere , je le laiffe à décider. Il eft toûjours certain, que foit goût, foit grandeur, le Roy de Siam a des femmes blanches Min- greliennes , ou Géorgiennes , qu’il fait ache- ter en Perfe : Sc les Siamois qui avoient efté en France avoiioient que quoy qu’ils n’euflènt pas d’abord efté fort touchez ny de la blan- cheur , ny des traits des Françoifes , neanmoins ils avoient bien - toft compris qu elles feules ctoient belles , & que les Siamoiles ne l’étoient pas. Quant à l’habit de la pouppée >les deux Mandarins le mépriferent abfolûment, com- me trop embarraiiànt pour un mary, qui vou- droit l’ôter à fa femme: & j’ay fait réflexion depuis, qu’ils croyoient peut-être que nos femmes couchoient dans leurs habits, comme font les leurs , ce qui feroit fans doute fort importun. xxvni. Comme les habits s’imbibent de tout ce Les. si/' que le corps tranfpire , il eft certain que moins îbttpro^ on eft habillé, plus il eft aifé detre propre: aulîi les Siamois le font-ils beaucoup. Ils fe parfument en plufieurs endroits de leur corps. Ils mettent fur leurs lèvres une forte de pom- made parfumée, qui les fait paroître encore plus pâles , quelles ne le font naturellement. Us Du Royaume de Siaw . S/ Ils fe baignent trois ou quatre fois par jour& plus fouvent , 8c c eft une de leurs politeflès de ne point faire de vifite de conféquence fans s'eftre lavez ; & en ce. cas-là ils fe font une marque blanche furie haut de la poitrine avec un peu de craye , pour faire connoître qu’ils fortent du bain. Ils le prennent en deux façons , ou en fe xxix. mettant dans i eau a notre maniéré , ou en ie nicrcs de faifant répandre de leau fur le corps à cueille- prendre rées; & ils continuent quelquefois cette der- le bam* niere forte de bain pendant plus dune heure. Au refte ils n ont pas befoin de chauffer l’eau pour leurs bains domefliques , non pas- mêm« quand elle a efté gardée, pluûeurs jours & en hyver: elle demeure toujours,, naturellement alfez chaude. Ils prennent grand foin de leurs dents, quoy x xx. qu'ils les noirciflènt : ils lavent leurs cheveux îje0ieursC avec des eaux & des huiles de lenteur , comme dents 2c font les Efpagnols , 8c ils ne fe poudrent pas cheveux, non plus qu eux : mais ils fe peignent , ce que la plupart des Efpagnols négligent de faire. Ils ont des peignes de la Chine , qui au lieu dette tout dune piece comme les nôtres,, ne font quun amas de pointes ou de dents lices étroitement avec du fil d^archal. Ils arrachent leur barbe , 8c naturellement ils en ont peu : mais ils ne font point leurs ongles , ils fe con- tentent de les tenir nets.. Nous vîmes des Danfeufes de profeffion xxxi. D 7 quiAffeûa- lion pour les ongles Jongs. T. Xcs Sia- mois fui- rent une même Hmplicité en toutes chofes. 8 6 Dh Royaume de Siam. qui pour la bonne grâce avoient mis cîes on- gles de cuivre jaune , & fort longs , qui les fai- (oient paroître des harpies. A la Chine, au moins avant la conquête desTartares,lufage était de ne foire ny les ongles , ny les cheveux y ny la barbe. Les hommes même y portoient la tête couverte d’un réfeau de crin ou de foye, quils attachoient par derrière, &qui ne cou- vrant pas le fommet de la tête lailloit un vuide, par lequel ils foifoient fortir leurs cheveux ra- mafTez \ de puis ils les entortilloient & les ar- rêtaient avec un poinçon. Et Ton dit que cette coéffure fur laquelle ils mettaient encore quelquefois des bonnets , ou des efpeces de chapeaux , leur donnoit des migraines & dau- tres maux de tête très-grands. Chapitre II. Des Maifons des Siamois % & de leur Archi- tecture dans les Bdtimens publics. SI les Siamois font (impies dans leurs ha-* bits , ils ne le (ont pas moins dans leurs logemens , dans leurs meubles & dans leur nourriture : riches dans une pauvreté géné- rale , parce qu ils (àvent fe contenter de peu de chofe. Leurs maifons (ont petites , mais accompagnées d aflèz grands efpaces. Des clayesde bambou fendu, fouvent peu (errées, en font les plançhcrs , les murs & les com- bles. Bu Royaume de Siam . blés. Les piliers, fur lefqucls elles font élevées pour éviter l’inondation , (ont des bambous plus gros que la jambe , & d'environ treize piés de haut fur terre, parce que les eaux mon- tent quelquefois autant que cela. Il n'y en a jamais que quatre ou fix, fur le (quels ils met- tent en travers d'autres bambous au lieu de poutres. L efcalier cft une vraye échele aufli de bambou > qui pend en dehors comme le- chele d'un moulin à vent.. Et parce que les étables fontauffi en l’air, elles ont des rampes faites de clayes, par où les animaux y montent. Si donc chaque maifon eftiiolée , c'eft: plu- M^ns tôt pour le fècret du domeftique , qui feroit ^en-t6t trahy par des murs fi minces, que par aucune bâties, crainte du feu : car outre quils font leur petit feu dans les courts , & non pas dans les mai-* fons , il ne leur fauroit en tout cas confi\mcc grand chofè. Trois cent maifons brûlèrent à Siam de nôtre temps , qui furent rebâties en deux jours. Une fois que Ton tira une bombe pour en donner le plaifir au Roy de Siam , qui regardoit* de bien loin , & d'une des fenêtresde fon Palais , il falut pour cela ôter trois mai- fons , & les proprietaires les eurent ôtées & emportées avec leurs meubles en moinsd'une heure. Leur foyer eft une corbeille pleine de terre & appuyée fur trois bâtons comme un trépié. Et ils placent ainfi les feux dont ils en- tourent de grands eipaces dans les forêts pour la chafle des éléphants. §8 Du Royaume de Siam. in. C’eft dans des maifons de cette nature, ou point * plûtoft dans ces fortes de tentes , mais plus d’h ô telle- grandes , qu’ils nous logèrent le long de la siam* riviere. Ils les avoient faites exprès pour nous, parce qu’il n’y en a aucunes , où ils euflènt pu nous loger. Il n’y a point d'hôtelleries à Siam , ny dans aucun Etat de l’Afie : mais en Tur- quie , en Perle & chez le Mogol il y a des Caravanferas pour les voyageurs , c’eft à dire des bâtiments publics & lans meubles , où les Caravannes le peuvent mettre à couvert , & où chacun mange & fe couche félon les pro- vifions, & les commoditez qu’il y porte. J’ay vû dans le chemin de Siam à Louvô , une clpece de haie pour cét ulàge. C’efl; un efpace de la grandeur d’une fàle ordinaire entouré d’une muraille à hauteur d’appuy , & couvert d’un toit , qui eft pofé fur des piliers de bois plantez de diftance en diftance dans la mu- raille. Le Roy de Siam y fait quelquefois col- lation dans fes voyages : mais pour ce qui eft des particuliers , leurs batteaux leur fervent d’hôtellerie. ï v. L’Holpitalité eft une verni inconnue' en uiï°èP1~ Afie , ce qui vient à mon avis du loin que cha- pourquoy cun y prend de cacher fes femmes. Le Peuple parmyies Siamois ne la pratique guère que pour les bè- pcupies res , qu’ils lêcourent volontiers dans leurs o’Afie. maux: mais comme les Talapoins n’ont point de femme, ils font auflîplus holpitaliers que le peuple. Il n’y a encore euàSiam qu’un Fran- Du Royaume de Siam. 89 cois , qui fe Toit avifé d y tenir auberge : quel-* qnes Européans feulement sy retiroient quel- quefois. Et quoy que parmy les wSiamois , auflï bien que parmy les Chinois, lufâge foit afTez étabiy de fè donner à manger les uns aux au- tres, çeft plus rarement quen ces païs-cy & avec plus de cérémonie : 8c fur tout il n y a point de table-ouverte ; de forte qu'il feroit difficile d y faire beaucoup de dépenfè par la table, quand on le voudroit. Comme il n’y avoit donc point demaifon v- proprepour nous fur lesbordsdelariviere, ils éto^ndca y en bâtirent à la mode du pais. Des clayes maifons mifes fur des piliers , 8c couvertes de nattes de prés pour jonc, faifoient non feulement les planchers, les En- mais le fol des courts. Lafale &les chambres]^5 d* étoient tapiflées de toiles peintes, avec des plats fonds de moufleline blanche, dont les extrc- mitez tomboient en pente. Les planchers étoient couverts de nattes de jonc plus fines 8c plus gliflàntes que celles des courts ; 8c dans les chambres où couchoient les Envoyez du Roy , il y avoit encore des tapis de pié , par det fus les nattes. La propreté y étoit par tout > mais nulle magnificence. A Baticok, à Siam &àLouvô, où les Européans , les Chinois & les Mores ont bâty des maifbns de briques , on nous logea dans des maifbns de cette forte , 8c non dans des maifbns bâties exprès pour nous. Nous avons vû neanmoins deux maifons de vi. Maifonf 5? o Du Royaume de Siam . * brique briques , que le Roy de Siam a fait bâtir > lune AmbaflL POLir ^es Ambaflàdeurs de France , & Tautre deurs de pour ceux de Portugal : mais elles rçe font pas de^Portu- ac^evées , peut- être pour le peu d'apparence gai, qui qu’il y avoir, quelles duflent être fouventha- pa^ache- ^hées. D'ailleurs il eft certain que ce Prince vécs. commence plufieurs bâtimens de briques , 8c qu'il en achevé peu. Je ne fay pourquoy. v 1 1. Les grands Officiers de fa Cour ont des mai- des grands ^ons menuiferie , qu on diroit être de gran- officiers des armoires : mais là dedans ne logent que le de Siam. Maître du logis , fa principale femme & leurs enfàns. Chacune des autres femmes avec fes enfans, chaque efclave avec fa famille , tous ont leurs petits logemens féparez & ilolez , mais neanmoins renfermez dans une même enceinte de bambou avec le logis du Maître 3 quoy que ce (oient autant de ménages diffe- rents. vin. Un étage fèul leur fuffît : & je fuis perfuadé maîfons 9ue cette maniéré de bâtir leur eft plus corn- n’ont mode que la nôtre ; puis qu’ils ne font pas gê- Stage! nez Par (car il y en a de refte dans la ville, & ils le prennent où ils veulent) depuis qu’ils bâtiilènt avec ces matériaux peu folides* que chacun prend à fon gré dans les forces , ou qu'il acheté à vil prix de celuy, qui les y a été prendre. On dit neanmoins que la rai(bu> pourquoy leurs maifons 11'ont qu'un étage , eft afin que perfonne ne puilfe être chez loy plus haut que le Roy de Siam , quand il palTe dans Du Royaume de Siam . 9 r la rue monté fur fon éléphant , & que pour s’af- fûrer encore davantage qu ils font tous plus bas que ce Prince , quand il paffe foit fur l’eau» foit fur terre, ils doivent fermer toutes leurs fenêtres , & defeendre a la rue, ou dans leurs balons pour s’y profterner. Ils en uferent ainfî au jour de l’entrée des Envoyez du Roy moins par curiofité pourlefpeétacle , que par refpeéfc pour la lettre de Sa Majefté. Mais il femble auffi que cét ordre de defeendre des maifons luftit pour le refpeét du Prince : car d’ailleurs il n’eft pas vray que les maifons élevées, comme elles font , fur des piliers , foient plus baffes que le Roy fur fon éléphant; &il eft encore moins vray quelles ne foient pas plus hantes que le Roy dans fon balon. Mais ce quïls ob- fervent fans doute , c’eft que leurs maifons foient moins exaucées que les Palais de ce Priiv* ce. D’ailleurs les Palais n’étant auffi que d’un étage font allez voir que ceft le goût dupaïs dans les bâti mens ; &£ j’en donneray dans la fuite la véritable raifon* Les Européans , les Chinois & les Mores y i x. bâtillènt de briques, chacun félon fongenie; foit qu’eux feuls en veuillent faire ladépenfo, pour les comme je le croy, foit qu’eux feuls en ayent la permiffion, comme on le dit. Les uns ajoû- 8 tent à côté de leurs maifons , pour empêcher le Soleil & n’ôter point l’air, des appentis qui font comme de grands auvents, ou hangars foûcenus quelquefois par des piliers. Les au- tres 9 z Du Royaume de Siam. très font des corps-de- logis doubles, qui re- çoivent réciproquement le jour l’un de l’au- tre , afin que l’air paiîe de l’un à l’autre. Les chambres font grandes & fort percées , pour être plus airées & plus fraîches ; & celles du premier étage ont des vues fur la fale balle, qu’on devroit appeler lâlon àcaufe de fon ex- aucement, & qui quelquefois eftprelque tou- te entourée de bâtimens, par lefquels elle re- çoit du jour. Et c’eft ce qu’ils appellent Di- v.in , mot Arabe qui veut dire proprement Sale de C on Je il ou de Jugement. Sal«a - V y a d'autres fortes de Divans, qui étant pelées ^ bâtis de trois cotez manquent d’un quatrième Divan, mur, par où le Soleil doit le moins donner dans tout le cours de l’année (car entre les T ro- piques il donne par tout félon les diverfes fài- îbns.) Du côté qui efi: ouvert &fans mur ils mettent un appentis auffi exaucé que le toit; & le dedans du Divan eft (cuvent orné de haut en bas de petites niches pratiquées ou dans le mur , ou dans le lambris , dans lesquelles ils mettent des valès de porcelaine. Nous avions un Divan de cette derniere elpece , dans nôtre logis de Siam ; & audevant & fous l’appentis jallifloit une petite fontaine. Pauu & ^es Siam & de Louvô , Si plufieurs Temples Pagodes ou Temples (ont auffi de briques, d^li_ . mais les Palais font bas , parce qu’ils n’ont gués, mais qU’Lln étage } comme j’ay dit ; & les Pagodes non plus ne (ont pas allez exaucées à propor- tion Du Royaume de Siam. r- . tion de leur grandeur. Elles ont beaucoup moins de jour que nos Eglilès : peut être parce que l’obfcurité imprime plus de refpeét, & fèm- ble naturellement avoir quelque choie de re- ligieux. D’ailleurs elles font de la figure de nos Chapelles, mais fans voûtes, ny plats- fonds: feulement la charpente qui foûtient les tuiles, eft vernie de rouge avec quelques filets d’or. Le Palais du Roy de la Chine eft encore au- ,x 1 1. jourd’huy de bois ; & cela me perfuade que les dcbHqucs batiments de briques (ont bien recents à Siam, récents à & que les Européans y en ont porté l’ufage. siam‘ Et parce que les premiers Européans , qui ont bâu en ce païs-là , étoient des fadeurs, & qu’ils ont appelé leurs maifons des f amenés , les Sia- mois appellent encore du mot , qui veut dire faiturie en leur Langue , leur plus ancienne Pagode de briques , comme s’ils difoient Pa- gode-faïturie , ou Pagode de faiturie. Au relie ils ne connoillent nul ornement extérieur pour les Palais, ny pour les Tem- “sn"eoif_ pies, que dans les combles qu’ils couvrent ou fcnt point de cét étain bas qu’ils nomment Câlin, oude^'^, tuiles vernies de jaune , comme il y en a au chiteftu-' Palais du Roy de la Chine. Mais quoy qu’il ne te' parolllc nul or au Palais de Siam par le dehors, & qu’en dedans il ny ait que peu de dorure, ils ne laiifent pas de l’appeler le Palais d’or , Praffat-Tong , parce qu’ils donnent des noms magnifiques à toutes les chofes , qu’ils hono- rent. Pour ce qui efl; des cinq ordres d’archi- te&ure 94 J># Royaume de Sianu teéfcure compofèz de colonnes , d’Architraves, de Frifes > & d’autres ornemens, les Siamois n en ont aucune connoiflince : & ce n’eft pas en ornements d'Architeéture , que confifte chez eux la véritable dignité des MaifonsRoya- les & des Temples. xiv. Leurs cfcaliers font fi peu de chofè qu’un droites e^ca^er de dix ou douze marches par lequel ’ nous montâmes au filon de T Audience à Siam n’avoit pas deux pies de large. Il étoit de bri- ques tenant à un mur du côté droit, 3c fins aucun appuy du côté gauche. Mais les Sei- gneurs Siamois navoient garde d’y en cher- cher: ils le montèrent en fe traînant fur les mains & fur les genoux ; & fi doucement, qu’on eût dit qu'ils vouloient furprendre le Roy leur Maître. La porte du falon quarrée , mais balle & étroite , étoit digne de l’cfcalier , 3c placée à gauche à l’extrémité du mur du falon , c’eft à dire prefque au coin. Je ne fay s’ils n y enten- dent pasfineffe, &sils ne croyent pas qu’une fort petite porte n’eft encore que trop grande, puis qu’il eft cenfc qu’on fè doit profterner pour y entrer. Il eft vray que l’entrée du filon de Louvô eft mieux félon nôtre goût: mais outre que le Palais de Louvô eft plus moderne, le Prince y dépofe beaucoup la Majefté, laquel- le rélïde principalement dans la Capitale > com- me je le diray dans la fuite. Knxv* Ce qui fait donc chez eux la véritable di- comiik guité des maifons , c eft que quoy qu’il n y aie qu’un m * * ■ y ' Vu Royaume de Siam. pj qu’un étage, il n'y a pourtant point deplain- pié. Par exemple dans le Palais , le logement du Roy & des Dames eft plus élevé que tout , Si plus une pièce en eft proche , plus elle eft élevée à l’égard d’une autre , qui en eft plus loin. De forte qu’il y a toûjours quelques mar- ches à monter de l’une à l’autre : car elles tien- nent toutes l’une à l’autre , & tout eft bout à bout fur une ligne , & c’eft ce qui caufe de l’inégalité dans les toits. Les toits lont tous en dos-d’âne, mais l’un eft plus bas que l’au- tre ; à mefure qu’il couvre une pièce plus balle qu’une autre : & un toit plus bas femble lor- tir pardevant d’un toit plus haut , & le plus haut porter for le plus bas , comme une Telle dont l’arçon de devant porteroit fur l’arçon de derrière d’une autre Telle. Au Palais du Roy de la Chine il en eft de même : & cette inégalité de toits , qui fènv blent lortic 1 un de delïbus l’autre du lêns que je viens d’expliquer, marque de la grandeur en ce quelle fuppole une inégalité de pièces, qui ne Te peut trouver en ces Païs-là , au moins en grand nombre, que chez les Rois ; afin que plus on a droit de pénétrer dans cette fuite de bâtiment , plus on monte en effet , & plus on reçoive en cela de diftinétion. Les grands Officiers auront jufqu’à trois pièces l’une plus haute que l’autre , que Ton devine aux trois toics de différente élévation : mais j’ay vu au Palais de la ville de Siam , jufqua fept toits lor- la dignité des Palais» XVI. A la Chi- ne de même» $6 Du Royaume de SUm. tir lan de deflous 1'aurre par devant le bati- ment : je ne fiy s’il n’en fortoit pas d’autres par derrière. Quelques tours quarrées , qui font au Palais, fèmblentauffi avoir plulieurs com- bles , l’une trois , Pantre cinq , l'autre fèpt > comme lî côtoient des gobelets quarrez mis Pun ftir l’autre & dans l’une de ces tours , eft lin fort grand tambour garni de peaux d’ele- pliant , pour lonner le Tocfin en cas de be- soin. XVII. Quant aux Pagodes, je ivay remarqué en AuxTcm- Celles que j’ay vues qu’un fèul appentis parde- îagodes vant, & un autre par derrière. Le toit le plus de même, élevé eft celuy fous lequel eft l’Idole , les deux autres qui font plus bas font eftimez n^étre que pour le peuple > quoy que le peuple ne laifle pas d’entrer par tout aux jours que le Temple eft ouvert. xviii. Mais le principal ornement des Pagodes, pyrami- eft d’étre accompagnées , comme elles le font d ordinaire , de plufieurs Pyramides de chaux & de briques, dont pourtant les ornem eus font fort groflierement executez. Les plus hautes le font autant que nos clochers ordinaires , & les plus balles n’ont pas deux toifes de haut. Elles font toutes rondes , & elles diminuent peu en grolïèur, à mefure qu’elles s’élèvent; de forte qu’elles le terminent comme en dôme : il eft vray que lors qu’elles font fort baf* fès, il part de cette extrémité faite en dôme une aiguille de câlin fort menue &fortpoin- vi •; l '■ '■ / :?• . ::ù„ V « . ' ~ i *. •• •' * . f « : ... * •• • v,.. • ■ »7 • vii ..h-T lu* CL ‘V. i> liï'i i‘. •• ;<[ i-va-isX<ï • - v . ' ‘ • fi. u j 'iL-.vi L-*2Vvl rC . -* ; — . i‘>ji -iy'' ,‘H-' :4-\ r . i X 'Krt ■'■•’•* • ; .• : , . r ii- .- . -„b v' J . ■ -, , >■ *•' ; *'• .•• ■■;•. o •. -J . 'iMi. .. s’»..- . i -j .1 • , ^ . •>iTV.-v.'r^vls! " f •*. V»; :> ; i. .• v,. ' • * U . !/;■ W O fi W Tzm. i-jj&ÿ.oS. EXPLICATION jDu jjlan du Jhnplz . A Les marclies devant les portes duTemple. L a principale porte * Leux portes de derrière . Lespiliers de bois comportent le comble » Les piliers de bois qui portent les appentis devant 8c derrière le ïèmple . PP L’Autel . G La figure de 5ommona-codom tenant tout le devant de lAutel - H H Les fiatués de Prâ-Mogla, ÔC de Pra Saribout , moindres SC moins hautes que la première . III Autres fia tues encore moindres que les précédentes . IC Degrés dans oeuvre pour monter fiirl Au- tel 7 cjui efi une malle faite de briques d en- viron 4. pies de haut . AA . Us *Aliirs . B B . Tzliers de bois CCC .Sol du, demvh Du Royaume de Siam. tue , & affez haute par rapport au refte de la pyramide. Il y en a qui diminuent & groffif. lent quatre ou cinq fois dans leur hauteur; de telle forte que leur porfil eft ondé : mais ces diverfes grolïèurs font moindres à rnefure qu’elles font en une partie plus haute de la pyramide. Elles font ornées en trois ou qua- tre endroits de leur contour, de plufieurs ca- nelurcs à angles droits , tant en ce qu’elles ont de creux, qu’en ce qu’elles ont d’élevé, lel- quelles diminuant peu à peu h proportion de la diminution de la pyramide, vont Ce termi- ner en pointe au commencement de la grof feur immédiatement fuperieure , d’où s’élè- vent derechef de nouvelles canelurcs. Je ne puis dire ce que c’eft que les apparte- X i x. mens du Roy de Siam: je n’en ay vû que laR^L première pièce , qui eft à Siam 8c à Louvo le certaines lalon de 1 audience. L’on dit que pcrlonne p *{e? ^ n’entre plus avant , non pas même les dome- ftiques du Roy , hormis lès femmes , 8c lès eunuques; en quoy, ficela eft vray, ce Prince garde plus de hauteur, que ne fait le Roy de la Chine. J’ay vû encore le falon du Confeil au Palais de Louvô : mais c étoit auffi une pre- mière pièce d’un autre corps de logis , je veux üitcqu un etoit précédé d’aucune anti-cham- re. Au devant 8c aux deux cotez de ce làlon régné une terralfe , qui domine autant fur le iar mqui environne , qu’elle eft dominée par le falon: &c eft fur cette terraüè, &fous un Tom E ciel. 9 8 Du Royaume de Siam. ciel , qu’on avoic tendu exprès au côté expofé au Nord , qu'étoient les Envoyez du Roy en une audience particulière , que le Roy de Siam leur donnai & ce Prince étoic dans un fauteuil à l’une des fenêtres du falon. Au mi- lieu du jardin & dans les courts il y a des haies ifolées quon appelle des fal les: je veux dire de ces eipaces quarrez, qucj’ay déjà décrits, qui font entourez d’un mura hauteur d'appuy , & couverts d’un toit, qui ne porte que fur des piliers plantez de diftance en diftance dans le mur. Ces falles font pour les Mandarins im- portants , qui s’y tiennent affis les jambes croi- lées, ou pour les fondions de leurs charges? ou pour faire leur Cour, c’eft à dire pour at- - tendre les ordres du Prince , lavoir le matin allez tard , & le foir jufques bien avant dans la nuit , & ils n’en fortent pas fans ordre. Les Mandarins moins confidérables font affis à découvert dans les courts ou dans les jardins; & dés ciu’ils favent par certains fignaux que le Roy de Siam les voit, quoy qu'il n'en foit pas vu, tous fe profternent fut les genoux & fur les coudes. x x. Quand nous dînâmes dans le Palais de Siam?.. SE* ce fut en un endroit fort agréable , fous de nous di- grands arbres, &au bord d'un refervoir, où names. pon fa qu’entre plufieurs fortes de poillonsd y en a qui refïcmblcnt à l’homme & à la fem- me; mais je n'y en vis d’aucune efpcce. Dans le Palais de Louyo nous dînâmes dans le jar- din Du Royaume de Siaru. din en une falle ifolée , mais donc les murs montent julqu’au toic & le foûtiennenc. Ils font enduits d’un ciment extrêmement blanc, poli & luifant , à l’occafion duquel on nous dit qu’on en fait de bien plus beau à Suratte. La Salle a une porte à chaque bout , c elle clt entourée d’un folle de deux à trois toifes de large, & profond peut-être d’une toife, dans lequel il y a une vintaine de petits jets-d’eau a^diftances égalés. Ils jailliflènt en arrouloir, c’eft adiré par des ajutages percez deplufieurs trous fort petits , & ils ne jaillillènt que julqu’à ln hauteur du bord du fofïé, ou à peu prés, parce quau lieu d’élever les eaux , ils ont creufé la terre pour abbaifler les baffins. Lejardinn’eftpas bien fpacieux : les com- partiments en font fort petits & formez par des briques pofées fur le chant. Les fentiers, que allient les compartiments , ne peuvent tenir deux perfonnes de front , 6c les allées n'en peuvent tenir guere davantage : mais tout étant planté de fleurs , & de diverfes fortes de pal- mites & d’autres arbres, le jardin, le falon, & les jets-deau avoient je ne fay quel air de fimplicité & de fraîcheur , qui faifoit plaifir. ^ r J?ne cll°fe remarquable que ces Princes ne le loient jamais portez à mettre de la ma- gnificence dans leurs jardins ; emoy que de toute ancienneté les Orientaux les ayent ai- Comme le R„y de Siam fait quelquefois E i XXI. Jardin de Louyô. XXII. Talais de bambou dans les bois* ioo T>h Royaume de Siamt des chaflès de plusieurs jours , il a dans les forêts des Palais de bambou , ou fï Ion veut des tentes fixes , qu’il ne faut que meubler pour le recevoir. Elles font rouges par dehors, comme font celles du Grand-Mogol , quand il va en campagne, & comme les murs, qui fervent de clôture au Palais du Roy de la Chine. J’en donne le plan non feulement afin qu'on en voye la (implicite : mais principale- ment parce que Ton m’a afluré que l'apparte- ment du Roy de Siam dans fes Palais de Siam & de Louvô eft fur le même modèle. Ce neft qu'un petit dortoir, où le Roy & fes femmes ont chacun une petite cellule : neanmoins la vérité de ce que peu de gens voyent , eft tou- jours malaifee à (avoir. Quoy quil en foit , on nia alluré auffi du Roy de Siam ce que j’ay oiii dire de Cromwell, qui eft que de peur detre furpris par quelque confpiration, ce Prince a divers appartenons où il fe renferme la nuit, fans quil foitpoffible de deviner précifêment dans lequel il couche. Strabon dit des Rois des Indes de fon temps, que cette même rai- fon les obligeoit à changer de lit & d’apparte- ment, même plufieurs fois dans la même nuir. Et c’eft à peu prés tout ce quon peut dire de la maniéré de bâtir des Siamois. Voicy ce que c'eft que leurs meubles. Ch A- Du Royaume de Siam. xo ï Chapitre III. Des Meubles des Siamois. LEnr bois dc-lit-effc un chaffis fort étroit & r. natté , mais fans doffier ny quenouilles Leurs uelquefois il a fix pies , qui ne font pas blés, joints par des traverfes , quelquefois il n’en a point du touc i mais la plûpart n’ont point d autre lit , qu’une natte de jonc. Leur table eft un bandege ou platteau à bords relevez , Sc fins pié. Ils n’ont à table ny nappe, ny 1èr- viette, nycuillier, ny fourchette, ny couteau. On leur lcrt les morceaux tous coupez. Point defieges, que des nattes de jonc plus ou moins fines: point de tapis de pié, que le Prince ne les leur donne ; & ceux de drap tout-unis y font tort honorables àcaufede la cherté delecofFe. es riches ont des couffins pour s’appuyer, mais ils n’en ufentpas pour s’aflèoir dcflïis, non pas le Roy même. Ce qui eft chez nous d e- tofle, ou d’ouvrage de laine, ou de foye, eft chez eux ordinairement de toile de coton ou blanche, ou peinte. . Leur vaiffclle eft ou de porcelaine , ou d ar- 1 *■ gde, avec quelques vafes de cuivre. Le bois k?,a‘ ^ limple, ou verni, le coco & le bambou leur fourniflènt tout le refte. S’ils ont quelque vafè d’or, ou d’argent, c’eft bien peu, & prefque point que par la libéralité du Prince, & com- me un meuble de leurs charges. Leurs féaux à ^ 3 puifet "TT I. Leurs ou- til*. IV. Quels meubles chez le Ko y. 'toz ■ Du Royaume de Siam. puiflèr de Peau font de bambou fort propre- ment entrelafle. On voit le peuple dans les marchez cuire fon ris dans un coco , & le ris être achevé de cuire avant que le coco (oit achevé de brûler : mais le coco ne fert quune fois. Au refte chacun bâtit (à mai fon , s’il ne la fait bâtir par (es elclaves ; & par cette raifon la fie & le rabot font les meubles de tout le mon- de. Les plus curieux trouveront à la fin de ce volume une lifte , que deux Mandarins me donnèrent des meubles ordinaires dans leurs ménages. Ce n’eft pas que chaque particulier en ait autant, mais peut-être pas un n’en a davantage. Ils y ajoutèrent les noms des prin- cipales parties d’une maifôn , ceux de leurs habits, & de leurs armes. On y pourra voir la maniéré (impie , mais propre dont ils bâ- tillènt , & dont ils (è meublent; & plusieurs particularitez de leurs mœurs , que j’y rapporte à l’occafion de certains meubles. Les Meubles de leur Roy font les mêmes à peu prés , mais plus riches & plus précieux que ceux des particuliers. Les falons , que j’ay vûs dans les Palais de Siam & de Louvô , (ont tout-lambriflèz , & les lambris font vernis de rouge avec quelques filets & quelques feuilla- ges d’or. Les planchers étoient couverts de tapis de pié. Le falon de l’audience à Louvo étoit déjà tout garni des glaces de miroir , que 1 Efcadredu Roy avoir portées à Siam. Lelâlon Du Royaume de Sïarrt. .103 du Confcil y étoit meublé de cette forte. Dans le fond il y avoit un fopha fait préàifément comme un grand bois-de-lit avec fes que- nouilles , un fond , & lès tringues , le tout revêtu dune lame dor , & le fond couvert d'un tapis , mais fans ciel ny rideaux , ny au- cune .forte de garniture. A l'endroit du che- vet étoient en pile les couffins , fur lefquels le Roy s’appuye , mais il ne s affied point deffus, comme je l’ay déjà marqué : il n'a fous luy que le tapis. Il y avoit auffi dans ce filon , au mur du coté droit par rapport au fopha , un beau miroir , que le Roy avoit envoyé au Roy de Siam par Mr. de Chaumont. Il y avoit en- core un fauteuil de bois doré , dans lequel ce Prince le montra aux Envoyez du Roy dans une audience fins cérémonie, dontj’ay parlé, &un Tiab, c’eftàdire une coupe pour met- tre le bétel, haute de deux piés ou environ & revecue d argent fort façonné , de doré en quelques endroits. Dans tous les répas que nous avons faits au v. Palais, nous avons vu une allez grande quan- ^levade" tité de vaillèlle d’argent , fur tout de grands table que baffins ronds & profonds , & d'un doigt de "°ns vûé bord , dans quoy l’on fervoit de grandes boët- chez le tes rondes d'environ un pié de demy de dia- R°y* métré. Elles étoient couvertes , &avoientune patte proportionnée à leurgroffeur , & c etoit dans ces boettes qu'011 fervoit le ris. On nous donna pour le fruit des afliettes d’or, qu’on E 4 difoit ï. Que les Siamois mangent peu , 6c quelle eft leurnoui- iiture. n. Merveille qu’on dit de deux fortes de îoiflbns. 104 Du Royaume de Siam, difoit avoir efté faites exprès pour les repas , que le Roy de Siam fit donner à Mr. de Chau- mont : & il eft vray que çe Prince ne mange point en vailfelle platte. ils eftiment de la dignité, que les mets qu’on luy lèrt , ne (oient que dans des valès hauts , & la porcelaine eft plus ordinaire à là table, que l’or ny l’argent : ulàgc général de toutes les Cours de l’Alie, Si même de celle de Conftantinople. Chapitre IV. De la Table des Siamois. LA T ablc des Siamois n’eft pas lomptiieufè: comme nous mangeons moins en efté qu’en hy ver , ils mangent moins que nous , à caulè de l’efté continuel , dans lequel ils vivent : leur nourriture ordinaire eft le ris, &le poif. fon. La mer leur donne de petites huîtres tres- délicates, de trcs-bonnes petites tortues , des écrevices de toute taille, & d’excellens poif- fons , dont les elpeces nous font inconnues. Leur riviere eft auffi fort poiffonneulè , Si nourrit principalement de belles Si bonnes anguilles. Mais ils font peu de cas du poifl'on frais. Entre les Poiiïons d’eau-douce ils en ont de petits de deux fortes , qui méritent que l’on en fafle mention. Ils les appellent pl.i out , & plu çad) , c’eft à dire le poiffon out , Si. le poif- fon Du Royaume de Siam. i o j Ton cadà. L on nv’a alluré , à ne me permet- tre pas d’en douter , qu après quon les à falez enfemble , comme les Siamois ont coûtume de faire , fi on les laiflè dans une cruche de terre en leur fâumure, oùilspouriifientbien-toft, parce qu on (ale malàSiam, alors, ceftàdire quand ils font pourris , de comme en pâte fort liquide , ils fuivent exa&ement le flux & le re- flux de la mer , haufTant & baiflant dans la cruche à mefure que la mer croît, ou décroît. Mr. Vincent m'en donna une cruche en arri- vant en France , & m ’aflura que cette expé- rience etoitvraye, & quil Favoit vu: mais je n'y puis ajoûter mon témoignage, parçe que j’en ay efté averti trop tard à Siam , pour avoir occafion de m en aflùrer par mes yeux -> & que la cruche que Mr. Vincent me donna, de que j apportay a Paris , ne faifoit plus cet effet $ peut etre parce que les poiflons croient trop pourris , ou que leur vertu d’imiter le flux 8c le reflux de la mer ne dure quun certain temps. Les Siamois ont de la peine à faire de bon- i 1 r. nés falaifons , parce que les viandes prennent difficilement le fel dans les Pais trop chauds j Tons à mais ils aiment le poiffon mal falé, Sde poifi Sl0al£ :d€S fon fèc mieux que le frais , même le poiflon siamois pourri ne leur déplaît pas non plus que les Pour lc9 œufs couvez, les fautcrclles , les rats, les lé- zards , & la plupart des infe&es : la nature tournant fans, doute leur appétit aux chofes, dont la digeftion leur eft plus facile. Et peuc- E 5 être. io 6 Du Royaume deSiant. Tout ce etre que toutes ces chofes ne font pas de /I mauvais mauvais goût que nous penions. Navarrete , toû‘oP3S Pa^e 4 î * du Tome I. de Tes Difcours Hiflori - d°e mau- cluei ^ Chine > die quil eut d abord béan- ts goût, coup d’horreur des œufs couvez d’un oyfeau, qu’il appelle Tabon , mais que quand il en mangea , il les trouva excellents. Il eft au moins certain qu’à Siam les œufs frais font très- mal fains : nous mangeons icy des viperes : nous ne vuidons pas de certains oyieaux pour les manger \ 8c quelquefois les viandes un peu trop vendes nous paroilTènt de meilleur goûr. CeTu;un • ^a^amo^s fait allez bonne chere avec une Siamois livre de ris par jour, qui ne revient au plus qu’à ^t'ourà un liard, &avec un peu de poiflon iec , ou fenourrir. > °lu' ne coûte pas davantage. L’arak ou eau de vie de ris, n’y vaut que deux fols dans cette quantité , qui revient à la pinte de Paris : apres quoy il ne faut pas s’étonner fi aucun Sia- mois n’eft en grand loucyde fafiibfiftence, & fi Ion n’entend que chançons le foir dans leurs maifons. v. Leurs fauces font fimples , un peu d’eau avec ixius fau- des épices , de l’ail , de la ciboule , ou quelque petite herbe de bonne odeur, comme le bau- me. Ils aiment fort une lauce liquide comme de la moutarde, qui n eft que de petites écre- viftes pourries parce quelles font mal fàlées : ils l’appellent c.ip). On en donna à Mr. Cebe- rct quelques pots, qui ne fentoient pas mau- Ce Du Royaume de Siam. 107 Ce qui leur tient lieu de fafran eft une raci- v T- ne, qui en a le goût , & la couleur , quand elle eftféche &mife en poudre: la Plante en les eft connue fous le nom de Crocus Indiens. Ils fans* cftiment fort fain pour leurs enfansde leur en jaunirle corps & le vilage: fi bien que dans les rues on ne voit que des enfants, qui ont le teint jaune. Ils nont ny noix , ny olives , ny d autre vit. huile à manger , que celle qu’ils tirent du fruit de coco; laquelle , quoy que toûjours un peu mangent, amere, ne laide pas dette bonne, quand'dle n’eft que de peu de jours: mais bien-tôt elle devient forte à 11e pouvoir être mangée , fi on n’eft bien accoûtumé à la méchante huile. Le goût le fait à tout , & il m eft arrivé au retour dun affezlong voyage, où je ifavois pas man- gé de trop bonne huile, de trouver l'excellente liuile de Paris fade & fans goût. Aproposdequoy jenepuisme tenir de fai-, v 1 1 r. reune remarque fort nécefiaire pour bien en-Com\ tendre les relations des païs éloignez. Ceftfamen- que les mots de bon , de beau , de magnifique , k* de grand , de mauvais , de laid, dejimple , de^Va°p-S petit équivoques d’eux-mëmes, fe doivent Porc à.cc" toûjours entendre par rapport au goût de P Au- {eSy écrit, teur de la relation , fi d’ailleurs il n’explique bien en détail ce dont il écrit. Par exemple , fi un Faébeur Hollandois , ou un Moine de Por- tugal exagèrent la magnificence , & la bonne cherè de l’Orient ; fi le moindre corps delo- E 6 gis io8 Du Royaume de Siam . gis du Palais du Roy de la Chine leur paroîc digne d un Roy Européan , il faut croire tour au plus que cela eft vray par rapport à la Cour de Portugal, & par rapport à celle des Princes d’Orange. Et encore en peut-on douter, puif- qu'au fonds les appartemens du Palais de la Chine ne font tout au plus que de bois verni par dedans & par dehors , ce qui eft plûtôt agréable & propre , que magnifique. Ainfi (parce qu'il neferoitpasjuftede méprifèr tout ce qui ne reflemble pas à ce que nous voyons aujourd'huy à la Cour de France , & qu'on n y avoit jamais vu avant ce Régné plein de gran- des &glorieufes profperitez) j'ay tâché de ne rien dire en termes vagues , mais de décrire exa&ement ce que j'ay vu, pour ne furpren- dre perfonne par mon goût particulier , & afin que chacun puiffe juger de ce que je dis pref- queauffi jufte, que s'il avoit fait le voyage que jay fait. îx. Un autre méconte dans les relations c'eft flexion** ^ tradu&ion des mots étrangers. Par exem- furicmê-ple, parmi les femmes du Roy de la Chine il jns füjet. n*y en a qu'une , qui ait les honneurs & le nom de Reyne : les autres font fort au delfous de cela , quoy quelles foient toutes légitimes, c'eft adiré permifespar lesLoix duPaïs. On les appelle mot à mot Dames du Palau , &à Siam elles ont le même nom. Les enfonsde ces Dames n'honorent point leurs meres na- turelles > comme les Chinois font obligez d'ho- Du Royaume de Si dm, ÎOp d’honorer leurs meres, mais ils rendent cere- fpect , & ils donnent le nom de mere à la Rei- ne ; comme fi les fécondés femmes n’enfan- toientque pour la principale femme. Ht c’eft auffi l’ufage, au moins à la Chine, dans les maifons des particuliers , qui ont plufieurs femmes; afin qu’il y ait une entière fubordi- nation , qui y entretienne la paix autant qu’il fe peut ; & qu’il foit moins permis aux enfans de difputer entre eux , fur le mérité de leurs meres. Nous liions à peu prés lamême choie deSara, qui donna Ion efclave Agar à Abra- ham, afin d’avoir, difoit-elle, des enfans par fon elclave , n’en pouvant avoir par elle- même. Quelques autres femmes des Patriarches en ont ufé de même , & l’on voit qu’étant les prin- cipales femmes , chacune étoit cenfée la mere de tous les enfans de Ion mary. Or pour re- venir a ce que j’ay ditdu danger d’être trompé par les traductions des mots étrangers dans les relations , qui ne voit l’équivoque de ces mots. Dames du Palais , mis dans la bouche d’un Chinois, ou dans la bouche d’un Portugais , ou enfin dans la bouche d’un François , qui tra- duit une relation Portugaife de la Chine? Les. memes équivoques fe rencontrent dans les noms des Charges ; parce que tontes les Cours ne fe rellemblent pas , ny tous les Gouverne- mens. Toutes les fondions ne fe trouvent pas par tout , & l’on n’attribuë pas par tout toutes les mêmes aux mêmes Offices, c’eft à E 7 dite x io Du Royaume de Siam . dire aux Offices de même nom : outre que tel- le fon&ion fera grande & confiderable en un païs, qui fera peu de chofe en un autre. Par exemple, les Efpagnols ont des Maréchaux , qu’ils ont voulu mouler au commencement fur les Maréchaux de France, & neanmoins un Ambaflàdcur fe trouveroit fort trompé Ci étant accompagné à l’Audience du Roy d’E- fpagne par un Maréchal d’Efpagne , il fe croyoit aulli honoré , que s’il étoit accompa- gné à l’Audience du Roy par un Maréchalde France. Or plus les Cours font éloignées , plus le méconte eft grand , quand on tranfporte les mêmes mots & les mêmes idées de Tune à l’au- tre. A Siam ceft un employ fort honorable d’aller vuider le baffin du Roy > que l’onvuide toûjours en un endroit deftiné à cela , & bien gardé ; peut-être par quelque crainte lupcrfti- cieufè des forcelleries qu'ils s'imaginent qu’on pourroit faire furlesexcrémens. A la Chine, tout Téclat & toute l'autorité eft dans les Char- ges que nous appelons de Robbe : Et leurs Of- ficiers de guerre , au moins avant la domina- tion des Tartares, n’êtoient que des malheu- reux , qui ne s’êtoient pas fenti allez de méri- té, pour s avancer par les Lettres, x. Un troifiéme méconte des relations eft de flexion*" ne donner la plupart des choies que par un lui le mê- bout , s’il faut ainlî dire. Le Le&eur s'imagine me fujet. qu en tout le refte la nation, dont on luÿ par- le, reffemble à la fienne, &que par cet en- droit Vu Royaume de Siam. nf droit la feulement elle eft ou extravagante ou admirable. Ainfi fi l’on difoit fimplement que le Roy de Siam met là chemife lur fa vefte , ce- la nous paroîtroit ridicule : mais quand tout eft entendu, on trouve que, quoyque toutes les nations agillent prefque fur divers princi- pes, tout revient à peu prés au même; &que nulle part il n’y a guère rien de merveilleux , ny d’extravagant. Mais c’eftalfez parlé liir ce lu- jet, je reviens à la bonne-chere des Siamois. lisant du lait de buffle- femelle, qui a plus xr. de crème , que ccluy de leurs vaches : ils ne font aucune forte de fromage , & guere de beurre. Le beurre y prend difficilement de la confiftence à caufe de la chaleur , & celuy qu'on y porte de Suratte & de Bengale pardes climats fi chauds, eft bien mauvais & prefque fondu en arrivant. Ilsdéguifent lepoifTonfec enplufieurs ma- xiî. nieres, (ans en varier l’apprêt. Par exemple , Com‘ ils le couperont en filets menus & tortillez, famois* comme les vermicelli des Italiens , ou les œufs- déguîfent filez, des Efpagnols. Les Chinois font fi adon- mets, nez à cette maniéré de déguilèr leurs mets, cjuils feront, par exemple , d’un canard un foldat, d’un ananas un dragon; & ce dragon ’ fera peint deplufieurs couleurs. Autrefois en Europe on fervoit parmy le Fruit pluficurs fi- gures de lucre , mais on ne les mangeoitpas; & les Allemans les appeloient du Manger pourvoir, Scbaw-ejfeit. De u z Du Royaume de S tant. xnx. De plus de trente mets, que l'on nous ler- chmoîs. vît à Siam de la façon des Chinois , il ne me fut pas poffible de manger d’un feufi quoy qu’il me foie naturellement auffi aifé qu’à tout au- tre , de m'accommoder aux goûts étrangers. A la vue donc d’un fi étrange repas je demeu- ray plus perfuadé de ce qu’on dit des Chinois, qu'ils tâtent fans dégoût aux excréments des hommes & des autres animaux , pourchoifir les plus propres à engraiffer les terres ; & qu'ils mangent communément de toutes les viandes, que nous avons en quelque forte d’horreur, comme chats, chiens, chevaux, ânes, mu- lets. xiv. En quoy ils lont bien oppofez aux Siamois, X puiiquc le temps y eft tourné à la pluye pendant une fi grande partie de l’année : mais la goutte , l’epilepfie , l’apoplexie , la phtyfie 8c toutes fortes de coliques , fur tout la néphréti- que, y (ont rares. Il y a beaucoup de cancers , d’abcés, & de fi- ftules. Les erefipeles y font fi frequents, que de vingt hommes il yen a dix-neuf, qui en font atteins -, & quelques-uns en ont ies deux tiers du corps couverts. Il n’y a point de feorbut , ny guère d’hydropifie, mais beaucoup de ces mala- dies extraordinaires, que le peuple croit être caufées par des fortilcges. Les maux de débau- che aufli n’y font pas rares , mais ils ignorent s ils font anciens, ou récents en leur pais. Enfin il y a des maux contagieux, mais la XXIV. véritable pefte de ce païs-là eft la petite vérole. Çe r lM- et teaemens des ^jJ,ajeneJti e ou leUcyjè montre ^ Cumifue s . “ VÔ,«\ 0* K : \. " ^ .>V •/» wv/ ' \ '•f: /W&* '^vf; ■ t:\ ■ '* ' Du Royaume de Siam. ï2 r les nôtres, ce font des fiéges quarrez& plats, plus ou moins élevez, qu'ils mettent & affer- miilent fur des civières. Quatre ou huit hom- nies, (car la dignité en cela eft dans le nom- bre) les portent fur leurs épaules nues , un ou deux à chaque bâton , & d autres hommes re- layent ceux-cy. Quelquefois ces fiéges ont un doflier 6c des bras comme nos fauteuils, & quelquefois ils font Amplement entourez , horfmis pardevant , d'une petite baluftrade dun demi -pie de haut: mais les Siamois s’y placent toujours les jambes croifées. Quel- quefois ces fiéges font découverts , quelque- fois ils ont une impériale ; & ces impériales font de plufîeurs fortes , que je décriray en parlant des Salons , au milieu defquels ils pla- deselepham^5 ^ ^ fur Ie dos fur ÎnT Jes Ibis que j’ay vû le Roy de Siam jnr. & tout otr^/^ 6t°n fa‘,1S imPcriale ’ & commande à tous ceux, qui font deftinezaU fervice de l’elephant. Mais , reurs, et Vestra.de ou tahlier ) T) u Royaume de Siam. r z; Mais , parce qu’en ce païs-là on va plus par x- eau que par terre, le Roy de Siam a de fort ^/dcs beaux ‘Balons. J’ay déjà dit que le corps d’un Bâtons.' Baion n’eft que d’un feul arbre long quelque- fois de 16. a 20. toiles. Deux hommes afïïs les jambes croilees côte à côte l’un de l’autre fur une planche mile en travers , fuffifent pour en occuper toute la largeur. L’un pagaye à droite , & l’autre à gauche. Pagayer c’eft ra- mer avec la pagaye , & la pagaye eft une rame courte, qu’on tient à deux mains , par le mi- lieu, & par le bout. Il femble qu’on n’en fade que balayer l’eau quoy qu’avec force. Elle 11 eft point attachée au bord du baion , 8c ce- luy, qui la manie, regarde où il va; au lieu que celuy qui rame , a le dos tourné à fa route. Il y a quelquefois dans un feul baion jufqu a XT: cent ou hx vingt pagayeurs rangez ainfi deux a deux les jambes croilees du des planchet- d'un tes : mais les moindres Officiers ont des ba- balon’ Ions beaucoup plus courts , ou peu de pagayes , comme 16. ou 20. lùffifent. Les pagayeurs, afin de plonger la pagaye de concert, chan- tent , ou font des cris mefùrez ; & ils plon- gent la pagaye en cadence avec un mouvement de bras & d’épaules qui eft vigoureux , mais facile 8c de bonne grâce. Le poids de cette clpecc dcChiourmefert de lefte au baion, 8c le tient prefquc à fleur-d’eau, ce qui fait que les pagayes font fort courtes. Et l’impreffion F i que r*4 Du Royaume de Siam. que le balon reçoit de tant d’hommes > qui plongent la pagaye en même temps avec efforr, fait quil fe balance toûjours d’un mouvement qui plaît à la veué, 8c qui fe remarque encore davantage à la proue & à la pouppe ; parce quelles font plus élevées > 8c pareilles au col, & à la queue de quelque dragon , ou de quel- que poilfon monftreux , dont les pagayes de part 8c d’autre parodient ou les ailes , ou les nageoires. A la proue un feul pagayeur oc- cupe le premier rang, lans quil puifle avoir un camarade à fon côté. 11 n’a pas même allez d'efpacepour croifer fà jambe gauche avec la droite , & il elt obligé de l’allonger en dehors par deflus un bout de bâton , qui fort du côté de la prouë. Ceft ce Vogu’avant ou premier pagayeur , qui donne le mouvement à tous les autres. Sa pagaye eft un peu plus longue, parce qu’il eft placé en cet endroit , où la prouë commence déjà à s’élever , 8c qu’il en eft d’au- tant plus éloigné de l’eau. 11 plonge une fois la pagaye à chaque mefure , 8c quand il fout aller plus vite il la plonge deux fois ; 8c de temps en temps , 8c feulement pour la bonne grâce , en levant la pagaye avec un cry , il fait jaillir l’eau bien loin, & le coup d’après tout l’equipage l’imite. Celuy qui gouverne fe tient toujours debout à la pouppe en un en- droit, où clic s’élève déjà beaucoup. Le gou- vernail eft une pagaye fort longue , qui ne tient point au balon > & à laquelle celuy qui goU- veme * Du Royamne de Siam. jzp verne ne femble donner d’autre mouvement, que de la tenir bien perpendiculaire dans l’eau , & contre le bord du balon tantôt du côté droit , & tantôt du côté gauche. Les femmes efcla- ves pagayent aux balons des Dames. Dans les balons du forvice ordinaire, où il .XIT- y a moins de pagayeurs, il y a au milieu une ^pcccs'de loge de bambou , ou d’autre bois, fans pein-bâlons* ture ny vernis, dans laquelle peut tenir toute une famille ; & quelquefois cette loge a un appentis plus bas par devant, fous lequel font les efolaves : & bien des Siamois n’ont point d’autre habitation. Mais dans les balons de cérémonie, ou dans ceux du Corps du Roy de Siam , que les Portuguais ont appelé Balons d'Etat , il n’y a au milieu qu’un liège , qui occupe prefque toute la largeur du balon , & où il ne tient qu’une perfonne &fès armes, le labre & la lance. Si c’eft un Mandarin ordi- naire, il n’a qu’un fimple para- fol comme les nôtres pour fe mettre à couvert : fi ceft un Mandarin plus confiderable , outre que fon fiégeeft plus élevé, il eft couvert de ce que les Portuguais ont nommé Chirole, & les Siamois Coup. C’eft un berceau tout ouvert par de- vant 8c par derrière fait de bambous fendus & entrelacez , & enduit dehors 8c dedans d’un vernis noir ou rouge. Le vernis rouge eft pour les Mandarins de main droite , le noir eft pour ceux de main gauche , diftinéfion que j’expli- querai en fon lieu. Outre cela les bords de la F J chi- XIII. 3Les Ba~ Ions du Corps , que l’on appelle d’Etat. XIV. Vîteflc des Ba« Ions. ï 1 6 Du Royaume de SUm. çhirole font dorez par dehors de la largeur de trois ou quatre pouces , & Ton prétend que c'efl dans les façons de ces dorures , qui ne font pas pleines , mais comme de la broderie , quelontles marques de la dignité du Manda- rin. 11 y a auffi des chirolcs couvertes d'étoffe , mais elles ne fervent pas pour le temps des pluyes. Celuy qui commande V équipage, mais fort rarement , ceux qui pagayent mollement &C hors de mefure , fe place les jambes croifées de- vant le fiége du Mandarin, fur l'extrémité de lcftrade ou du tablier, fur lequel le fiége efl pofé & affermy. Que fi le Roy vient à palier, le Mandarin defoend luy-mcme fur cette eftra- de , & s’y profterne ; tout fon équipage fe profterne aufli > & fon balon ne va point que celuy du Roy n ait difparu. Les impériales des Balons d’Etat font fort dorées, aufli bien que les pagayes: elles font foûtcnuës par des colonnes, & comblées de plufieurs ouvrages de fculpture en pyramides , & quelques-unes ont des appentis contre le Soleil. Au balon où efl la Perfonne du Roy , il y a quatre Comités ou Officiers pour com- mander lequipage, deux devant & deux der- rière: ils fo tiennent aflis les jambes croifées : & voila quel efl l'appareil des balons. Or comme ces bâtimens font fort étroits fort propres à fendre lcau, & que lequipage en efl nombreux , on ne fauroit imaginer avec quelle Du Royaume de Siam. Hj quelle rapidité il les emporte meme contre le courant, & combien il fait beau voir un grand nombre de balons voguer cnfemble en bon ordre. Javoue que quand les Envoyez du Roy en- x v. trérent dans la rivicre , la beauté du fpeétacle En me furprit. La riviere eft d'une largeur agréa- voyez^u ble , 8c malgré les détours on découvre tou- ,Roy ^ans jours une allez grande étendue de fon canal, armcic‘ dont les bords font deux elpaliers continuels de verdure. Ce feroit le plus beau Théâtre du monde pour les fêtes les plus galantes 8c les plus magnifiques : mais nulle magnificence ne frappe , comme une grande multitude d'hom- mes appliquez à vous fèrvir. Il y en avoir prés de trois mille (ur foixante-dix ou quatre-vingt balons, qui faifoient le cortège des Envoyez du Roy. Ils voguoient fur deux colonnes, 8c lailluient le balon des Envoyez du Roy au mi- lieu. T out étoir animé 8c en mouvement : les yeux etoient occupez par la diverfité 8c le nom- bre des balons , & par la beauté du lit de la riviere ; & cependant les oreilles etoient diver- ties par un bruit barbare , mais agréable, de chants , de cris, 8c d’inftrumens , à travers dequoy 1 imagination nelaifloit pas d'avoir un goût fenfible du filence naturel de la rivière. Pendant la nuit ce fut une autre forte de beau- té , parce que chaque balon avoit fon fanal ; 8c tjuun bruit qui plaît, plaît encore davantage dans la nuit. ù F 4 On 1 1 8 Du Royaume de Siam. xvi. OnafTûre à Siam que la Cour y étoit autre- jMagnifi1^ fois fort magnifique , ceft à dire quil y avoit ccnce de un grand nombre de Seigneurs parez de riches de ^am. étoffes , & de beaucoup de pierreries, & toû- jours accompagnez de cent , & même de deux- cent efolaves , & d’un nombre considérable d’elephants : mais cela n’eft plus , depuis que le RoyPere du Roy d’aujourd’huy eût fait périr prefque tous les Siamois les plus considérables, & par conféquent les plus à craindre, tant ceux qui lavoient fervi dans fa révolte, que ceux qui luy avoient été contraires. Aujourd’huy trois ou quatre Seigneurs feulement ont per- miffion d avoir de ces chaifès à porteurs, dont j’ay parlé» LePalenquin (qui eft une efpece de lit, qui pend prefque jufqu'à terre d5une grofïè barre, que des hommes portent fur leurs épau- les ) eft permis aux malades , ôc à quelques vieillards incommodez, car c’eft une voiture où Ton ne fe peut tenir que couché. Maisquoy que les Siamois ne puiflènt librement ufer de ces fortes decommoditez, lesEuropéansqui font à Siam, ont fur cela plus de permifiion. xvii. L ufage des para-fols , en Siamois roum , eft XesPaia- auflillne grâce que le Roy de Siam ne fait pas à tous fes fojets , quoy que le para- fol foit per- mis àtouslesEuropéans. Ceux qui font fom- blables aux nôtres, ceft à dire qui n ont qu un rond, font les moins honorables, &la Pp part des Mandarins en ont. Ceux qui ont plu- iieurs ronds autour d’un même manche , corn- me Du Royaume de Si an;. rîp me ls c’êtoient plufieurs para-fols entez l’un fui l’autre , font pour le Roy feulement. Ceux que les Siamois appellent Cio y qui n'ont qu’un rond , mais duquel pendent deux ou trois toi- les peintes comme autant de pentes , l’une plus basque l’autre, font ceux queleRoydeSiam donne aux Sancrats ou Supérieurs des Tala- poins. Ceux qu’il avoit donnez aux Envoyez du Roy étoient de cette derniere elpéce & à trois toiles. L’on en peut voir la figure dans celle du balon des Envoyez du Roy. Les Talapoins ont des para-fols en forme x vu i, d’écran , qu’ils portent à la main. Ils font d’une Ie !ura" feuille de palmite coupée en rond & piillëe, & Ta'ia- 5 dont les plis font liez d’un fil prés de la tige , & Poin5> Sc- ia tige qu’ils rendent tortue comme une S en dn'molT eft le manche. Onlesappell cTalapat enSia-Ta>a- mois, & il y a de l’apparence que c’eftde làpoin‘ que vient le nom de Talapoi ou de TaLtpom , qui eft en ufàge parmy les étrangers fèulemenr, 8c qui eft inconnu aux Talapoins mêmes, dont le nom Siamois eft Tchiou-cou. L’Elephant eft la voiture de quiconque en vei*' peut prendre à la chaflè, ou en acheter; maisPhant&: le batteau eft encore une voiture plus univer- Jeai^à.. felle : perfonne ne s’cn fâuroit paftêu à caufe nlis à de l’inondation annuelle du Pais. monde Pendant queleRoydeSiam eft dans fàCa- °x x!' pitale , l’ancien ufage de la Cour voudrait qu’il <2LUnci 8c lé montrât au Peuple cinq ou fix jours de l’an- nee feulement > & qu il le fîc avec pornoe siam fe t? „ * . * * montre*. * 5 Autre- 130 Du Royaume de Siam. Autrefois les Rois (es Prédéceffeurs labou- roient les premiers la terre chaque année, juf- qu a ce quils laiflèrent cette fonction à /'Or- yk-kjou ; & elle étoit accompagnée de beau- coup d'éclat. Ils fortoient aulii un autre jour pour faire fur l'eau une autre cérémonie , qui rf étoit pas moins fuperfticieufe, ny moins écla- tante. Cétoit pour conjurer lariviere de ren- trer dans fon lit , lorfque l'agriculture le de- mandoit , & que le vent tourné au Nord affu- roit le retour du beau temps. Le Roy d aujour- d'huy a été le premier qui s'eft difpenfé de cet- te corvée , & il y a déjà plufieurs années qu el- le paroït abolie; parce, dit-on, que la der- nière fois qu'il la fit, il eût la honte d'y être furpris de la pluye , quoy que les Aftrologues luy euflent promis un beau jour. Fernand Mcndez Pinto raconte que de Ion temps le Roy de Siam avoit accoutumé de fc montrer un jour de Tannée monté fur fon élé- phant blanc, de parcourir neuf rues de la ville, & de faire beaucoup de Jibéralitez au Peuple* Cette cérémonie, fi elle a été enufage, eft maintenant abolie* Le Roy de Siam ne monte jamais l'elephant blanc: &la raifon qiTils en donnent, eft que Teiephant blanc eft aufiï grand Seigneur que luy , parce qu'il a une arae de Roy comme luy. Aiufi ce Prince ne fe mon- tre plus dans fa Capitale que deux fois Tannée, au commencement du fixiéme &du douziè- me mois, pour aller faire des aumônes dar- Du Royaume de Siam. i j t gent, de pagnes jaunes , &de fruits aux Ta- îapoins des principales Pagodes. Ces jours là,, que les Siamois appellent ranpra .jour faint ou excellent , il va (ur un éléphant aux Pago- desqui font dans la ville même, &par eau à une autre qui eft à deux lieues de la ville en delcendant la riviere. Dans les jours (ùivants il envoyé de pareilles aumônes aux Pagodes moins conlidérables : mais cela ne s'étend que jufqua deux lieues de la Capitale ou environ. Et dans le dernier mois de l'année 1687. ce Prince n alla nulle part en perfonne : il fe con- tenta d’envoyer par tout. Si donc le Roy de Siam fe montre dans fa xxi. Capitale, c'eft pour des cérémonies de gion. ALouvô, où il luy eft permis de faire avec moins le Roy, il fort tres-fouvent, ou pour^n*de la chaflè du tygre & de l'elephant , où pour fe lou vo, promener j il fort avec (î peu de fafte , que q^sUm*’ quand il va de Louvô à là petite maifon de Tleé-pouJJbne avec fes Dames, il ne donne au- cune voiture aux femmes, qui les accompa- \ gnent pour les fervir : ce qui eft fans doute un refpeét de ces femmes elclaves envers leurs Maîtrellès. Il a neanmoins toûjours à fa fuite deux à xxil trois cent hommes tant à pié qu’à cheval ; mais Cottcge queft-cc à comparai (bn de ces cortèges desiaî^y quelquefois fur des éléphants, mais en ce cas-làleurs éléphants 11 ont point de.chai- fe. Les gardes à pié & à cheval foivent auffi * mais à la débandade & fans aucun ordre; &û ce Prince s’arrête, tous ceux qui le fuivent à pié , fe profternent fur les genoux 8c for les coudes, & ceux qui le foivent achevai ou for des éléphants fe baillent entièrement for. ces animaux. Ceux que l’on nomme Schaou-mou foivent auffi, & à pié : ce font des domefti- ques du Roy , qui ne font pas efclaves. Les uns portent les armes , 8c les autres fos boétes à Berel 8c à Arek. Lorfque ce Prince donna aux Envoyez du xxiiï^ Roy le diverttflement de la prifè d’un éléphant, ^fpc,? une douzaine de Seigneurs habillez de rouge des^ia? 8c avec leurs bonnets rouges , arrivèrent avant mois luy au lieu du fpeélacle , & suffirent à terre les Roy*.1^ F ,7 jambes ï 3 4 D# Royaume de Siœm. jambes croifées devant l’endroit , où fe devoît tenir le Roy leur Maître. Ils étoient tournez vers le lieu du fpe&acle -, mais dés qu’ils enten- dirent le bruit de la marche de ce Prince» ils fe profternérent fur les genoux &fur les cou- des vers le lieu d’où venoit le bruit , & à mefu- reque le bruit approchoit ils le tournoient peu à peu 8c toujours vers le bruit » 8c demeuroient toujours profternez : de forte que quand le Roy leur Maître fut arrivé » ils le trouvèrent profternez vers luy , 8c le dos tourné au fpc- étade; &tant que le fpe&ade dura ils ne fi- rent aucun mouvement» & ne donnèrent ja- mais aucun figne de curiofité. Mais mon dis- cours m’ameine infenfiblement a parler des fpeétacles 8c des autres divertiffements des Siamois. Chapitre VI. Des Spcttacles , (S des autres Diverùjfe- menti des Siamois . T. Manière de pren- dre un éléphant iàuvage. LE lieu , où eft l’elephant que Ion veut prendre , eft comme une trenchce fort large & aflfez longue : je dis comme une tren- chée » parce qu’on ne l’a pas faite en creufant, mais en élevant la terre prefque à plom de cha- que coté, &c’eft fur ces tecrallès que fe tien- nent les fpe&ateuts. Dans le fond qui eft en- tre ces terraftès» eft un double rang Du Royaume de Siam. \ . <* d arbres de plus de dix piés de haut, plantes enterre, allez gros pour pouvoir rélifter aux efforts de 1 elephanc , & allez loin lun de l'au- tre pour laiiTer paffer un homme clans l'entre- deux, mais trop prés pour y lailTèr paffer un éléphant. C’eft entre ces deux rangs de troncs, que les elephans femelles aprivoifez , qu'on avoir menez dans les bois, avoient attiré un éléphant mâle & fauvage. Ceux qui lesymei- nent, fe couvrent de feuilles , pour ne pas ef- faroucher les éléphants des bois , & les élé- phants femelles ont aflèz d'mtelligence , pour faire les cris propres à appeler les mâles. Celuy- cy s'étoit déjà engagé dans le double rang de troncs en fuivant les femelles, &il ne pou- voit plus retourner dans les forêts ; mais il étoit queftion de le prendre & de le lier , pour le renfermer & V apprivoifer. L’illùë de Tefeace où il étoit , eft un coridor étroit , faitauflide gros troncs d arbres. Dés que Pelephant eft entré dans ce coridor , la porte par laquelle il y entre, & quil ouvre en la pouffmt devant luy avec fa trompe, fe referme de fon propre poids : l’autre porte par laquelle il doit fortir fe trouve fermée ; & d ailleurs lefpace eft Ci étroit qffil ne fauroit entièrement s'y tourner. La difficulté étoit d'engager l'elephant fauvage dans ce coridor, & de 1 y engager feu 1-, caries femelles étoient encore avec luy dans latren- chée , Ôc il ne fe féparoic point délies. Plu- ficurs Siamois qui fe tenoient derrière les uoncs , 3 6 5Z)« Royaume de Sium. troncs an pié des tetraffes , où l’elephant ne pouvoit les aller chercher, entroient: de tou- tes parts par entre les troncs dans 1 elpace , ou étoit l’elephant, pour le harceler-, & quand l’elephant en pourfuivoit quelqu’un , il fe re- fugioit bien vite derrière les troncs, entre lef- quels l’elephant irrité poullbit vainement (à trompe, & contre lelquels il calla le bout d une defesdents. Pendant qu’il couroitainli après ceux qui l’agaçoient, d’autres luy jetoient de longs lacets , dont ils retenoient l’un des bouts : &iîs les luy jetoient avec tantd’adrclTe, que l’elephant encourant ne manquoit prefque ja- mais de mettre dedans l’un des pies de derriè- re; de lorte qu’en tirant diligemment le bouc du lacet , ils le ferroient un peu au deflùs du pié de l’elephant. Ces lacets croient de groflès cordes, dont l’un des bouts étoit paflë dans l’autre en nœud coulant , & l’elephant en traf. noie trois ou quatre à chaque pié de derrière; cardés qu’une fois le lacet eft ferré, on en lâ- che le bout pour n’être pas loy-mème entraî- né par l’elephant. Plus il s’irritoit, moins il revenoit aux femelles; & cependant pour les faire fortir de çet efpace, un homme monte fur une autre femelle y entroit , &c en reffor- toit à plulîeurs reprifes parle coridor, & cette femelle qu’il montoit, appeloit les autres par un couplée, quelle donnoit contre terre avec fa trompe. Elle la dardoic perpendiculaire- ment en bas évitant néanmoins de frappe1 touc Du Royaume de Siam. i^y tout à fait du bout, quelle tenait recourbé en haut. Et dés quelle avoit fait cet appel deux: ou trois fois de fuite, celuyqui h montoit, la faifoit reflortir par lecoridor. Enfin après quon eut fait faire cinq ou fix fois ce même manège à cette femelle , les autres femelles la fuivirenr, &bien-tôt après 1 éléphant revenu à luy- mê- me , parce quon cefla de l’irriter , fe détermina d’aller après elles. Il poullà devant luy la pre- mière porte du coridor avec fa trompe > & dés qu’il fût entré , on luy jeta plufieurs féaux d’eau fiir le corps pour le rafraîchir , tk avec une vî- leflè &: une adreflè incroyables on le lia aux troncs du coridor avec les lacets , qui tenoient déjà àfèspiés. Enfiiite on fît entrer à reculons dans le coridor un éléphant apprivoifé , au col duquel on lia lefauvage aufîi par le col , &en même temps on l&détacha des troncs , & deux autres éléphants privez ayant encore été me- nez au fecours , tous les trois , l’un d’un côté, l’autre de l’autre, &le troifiéme par derrière menèrent le fauvage fous un hangar qui étoic fort proche , où on l’attacha & (erra de près par le col à un pivot planté tout droit, qu’il fai- foit tourner à meftire qu’il tournoit autour. On difbit qu’il ne devoit être à ce pivot que vingt- quatre heures, Ôc que dans cet efpace de temps on luy meineroit deux ou trois fois des elephans privez pour luy tenir compagnie, &le confoler: qu’aprés les vingt- quatre heu- res on le conduiroit dans la loge qu’on lui avoit 1 5 S 2 )« Royaume de Siam. avoit deftinée ; &que dans huit jours il au- roit pris fbn parti & fe ferait refolu à l’efcla- ii. Ce que les Siamois penfent de l‘ele- pliant. vage‘. Ils parlent d’an éléphant comme d’an hom- me, ils le croyent parfaitement raifonnable, ôc ils en content des chofes firaifonnées, qu’il n'y manque que la parole. En voicy une , par exemple , dont on croira ce que Ion voudra* On nous a donné pour une vérité tres-connue, quun homme ayant callé un coco fur la tête d’un éléphant qu’il montoit , & s’étant fervi pour cela du dos de cette efpécedepic, avec lequel j'ay dit quon conduit les éléphants, cet animal conçût leddir de s en venger dés qu’il le poLiuroit. Il ramalla , dit-on, avec fa trompe l’un des éclats du coco & le garda plufieurs jours, ne le lâchant jamais que pour manger, pendant quoy il letenoit foigneufement encre les deux piés de devant. Enfin celuy qui lui avoit fait l’affront , s étant approché de luy pour luy donner à manger , l’elephant le fai- jfît, le foula aux piés, & le tua, & mit pour là fortification l’éclat de coco fur le corps more* Ceft en ces termes quon nous fit ce récit : car les Siamois croyent que les elephams font ca- pables de juftice , & de profiter des châtiments les uns des autres ; & ils difent qu à la guerre par exemple, quand ces animaux fe muti- nent, on n'a qu’à en tuée quelqu’un foc champ, pour rendre tous les autres fages. Mais ces contes &pluûeurs autres, que jay oubliez» r fentent J)u Royaume de Siam. \ ^c, (entent fort la fable ; & pour ne pas fortir de l'exemple , que je viens de rapporter , il eft , ce me femble , bien évident , que fi l'éléphant ofFenle eue raifonné , il n'auroit pas attendu d’autre occafion de vengeance, mais qu’il Ce feroit vengé fur le champ ; puis que tout élé- phant peut jetter par terre avec fa trompe l’homme qui le monte, & l'ayant jette par ter- re le fouler aux pies, & le tuer. Pour moy dans le temps que j’ay efté à Siam 1 1 1. je n’ay rien vu faire de merveilleux à aucun de ces animaux , quoi que je lois perlùadé d’ail- Siamois leurs qu’ils font plus dociles que les autres. Un en embarqua trois jeunes, que le Roy de trois eic- Siam envoyoit à Meflèigtieurs les. trois Prin- ces petits fils de France. Les Siamois qui les siam L-C avoient amenez a bord de nos vaifieaux pour v°yoit CI* les embarquer , prirent conge deux, comme ils enflent pu faire de trois de leurs camarades , & leur dirent à chacun à Torcillc : allez, par- tez avec joye, vous ferez clclaves à la vérité, mais vous le ferez des trois plus grands Princes du Monde, dont le fervice eft auffi doux qu’il eft glorieux. On les guinda enfuite dans les vaillèaux , & parce qu’ils fe baillèrent pour pat fer fous les ponts , on le récria d’admiration , comme lî tous les animaux n’en faifoient pas autant pour palier dans les lieux bas. Un jour àLouvô un éléphant déchira dans L,eT,v* la rue le frere d’un jeune Mandarin , qui croit phant eft auprès des Envoyez du Roy, comme Monfr.fort dai^ Torpffseicux quand il eft en chaleur. 140 Bti Royaume de Siam. TorpfF avoir efté auprès des Ambafladeurs Je Siam. On difoit à la vérité que l’elephant étois en chaleur, mais cette chaleur n’étoit pas d’une bête plus raifonnable , niais feulement plus feroce que les autres. Auffi pour rendre les éléphants de guerre plus doux, les accompa- gne-t-on de femelles , même lorfqu’on les meine boire & fe laver, &jenefày h fans ce cortège on en pourroit toujours venir à bonr. Les Siamois difent que les éléphants font fen- fibles à la grandeur, qu'ils aiment a avoir une groffe maifon, c'eftà dire plufieurs valets pour leur fervice, & des femelles pour leurs mai- treffes, ( dont neanmoins on dit que les élé- phants ne défirent le commerce que dans les forêts, tant qu'ils fout fauvages & en pleine liberté : ) que fans ce fafte ils s'affligent du peu d'égard que l'on a pour eux ; ôc que quand ils font quelque grande faute , le plus rude châtiment qu 011 leur puifie faire fouffrir , c'eft de retrencher leur maifon , de leur ôter leurs femelles , de les chaflèr du Palais , & de les renvoyer dans des loges de dehors. Ils dilent qu'un éléphant ayant efté puni de cette forte, ôc étant venu about de fe mettre en liberté, s’en retourna à fâ loge du Palais , & tua Tele- phant qu on avoir mis à fa place : ce qui ne me paroît ny incroyable ny merveilleux pour- vû que le chemin ait efté libre & ouvert: car chaque animal aime fon gîte ordinaire , & 10 Ion quil fera plus ou moins courageux > il f^ra Du Rojaume de Siam. plus ou moins d'effort pour en challèr un au- tre animal. Pour revenir aux divertiffemens de la Cour v. de Siam , nous vîmes un combat de deux ele- £ek-bU phants de guerre. Ils étoient retenus par les phants, piés de derrière avec des cables, que plufieurs Siamois tenoient , & qui outre cela étoient attachez à des cabeftans. A peine les elephans pouvoient ils croifer leurs trompes dans le choc: deux hommes étoient montez fur cha- cun deux pour les animer ; mais après cinq ou fix attaques le combat finit , & Ton fit ap- procher les femelles , qui (eparerent les mâ- les. Chez le Grand - Mogol on permet aux éléphants de s'approcher davantage , & ces animaux tâchent à abbatre le conducteur l’un dclautre, & fouvent ils l'abbattent & le tuent. A Siam on n'expofe ny par jeu , ny par exercice la vie des hommes, ny celle desbétes. O11 y aime le combat des coqs. Les plus courageux ne font pas toûjours les plus grands, de coqs.” mais ceux qui font naturellement les mieux armez, c'eft à dire ceux qui ont de meilleurs ergots. Si un coq tombe , ils luy donnent à boire ; parce qu ils favent par expérience que ce n’eft fouvent qu’un effet de la foif , & en effet il recommence d’ordinaire le combat après s'écre defaltèrè. Mais comme il en cou- toit prefque toûjours la vie alun des coqs, le Roy de Siam a défendu ces fortes de duels ; parce que lesTalapoins crioient, & difoient que 142 T)h Royaume deSiam. que les maîtres des coqs pour leur punition fè battroient en l'autre monde à coups de barres de fer. Je me difpenfay d’affifter à un combat d'un éléphant 6c d un tygre , parce que le Roy deSiam n'y devoit pas erre, ôc que je favois qu’on ne laiflèroit pas à ces animaux la liberté de s’abandonner à tout leur courage. On me raporta que le tygre avoir efté fore lâche > & que le fpeétacle avoit fort mal reüflï. La chafle des éléphants faire par une enceinte de feux dans les forêts a efté décrite par d’autres : le Roy deSiam n'alla point à celle quife fit pen- dant que les envoyez du Roy étoient à fà Cour, & ils n^en furent point priez ; mais voici les autres divernffemcns qu'on leur donna tous a la fois 6c dans une vafte court, vil. L’un fut une Comédie Chinoife que j’eufïe Chinoise! vol°ntiei:s vûe jufqu à la fin > mais on la fit un01 ^ cellcr apres quelques Scènes , pour aller dîner. Les Comédiens Chinois , que les Siamois aiment fans les entendre , s^cgofillent en ré- citant. Tous leurs mots font monofyllabes y & je ne leur en ay pas entendu prononcer un feul , qu’avec un nouvel effort de poitrine: on diroit qu’on les égorge. Leur habillement croit tel que les relations de la Chine le décri- vent , prefque comme celuy des Chartreux ? fe rattachant par le côté à trois ou quatre agraftes , qui font depuis l’aiflèlle jufqu à la hanche , avec de grands placards quarrez de- vant 6c derrière , où étoient peints des dra- . D u Royaume de Siam. 145 gons,&avec une ceinture large de trois doits, îür laquelle étoient de diftance en diftance , de petits quarrez, & de petits ronds ou d écaillé de tortue, ou de corne, ou de quelque forte de bois : & comme ces ceintures étoient lâ- ches, elles étoient paflëes de chaque côté dans Une boucle pour les foûtenir. L’un des aéteurs qui repréfentoit un Magiftrat , marchoit fi gravement , quil pofoit premièrement le pié iùr le talon ,, ôc puis fucceffivement & lente- ment fur la plante & fur les doits, &àmefare qu il appuyoit fur la plante , il relevoit déjà le talon , ôc quand il appuyoit fur les doits , la plante ne touchoit plus à terre. Au contraire un autre a&eur en fè promenant comme un maniaque, dardoit fes piés &fos bras en plu- fieurs fens hors de toute mefure, & d’une ma- nière menaçante , mais bien plus outrée , que toute l’aétion de nos Capitans ou Matamores. C eftoit un Général d’ Armée ; ÔC. fi les rela- tions de la Chine (ont véritables , cet aéteur repréfentoit au naturel les affe&ations ordi- naires aux gens de guerre de fon pais. Le théâ- tre avoit dans le fond une toile , & rien aux cotez, comme les théâtres de nos Saltimban- ques. Les Marionettes font miiettes à Siam , Sc vtit. celles qui viennent du pais de Laos, font en- £es Ma~ cote plus eftimées qui les Siamoifos. Ny les unes nY les autres n’ont rien, qui ne foit fort commun en ce païs-cy. Mais IX. Danfeurs de corde & autres fortes de Saltin- banques excellais. 144 Du Royaume de Stam. Mais les Saltinbanques Siamois font excel- lons, & la Cour deSiam en donne fouvent le divettiflément au Roy, quand il arrive à Louvô. Elien rapporte qu Alexandre eut a Tes No- ces des Saltinbanques Indiens , & qu ils fi- rent eftimez plus adroits que ceux des autres Nations. Voici de leurs tours, quil faut pour- tant avouer que je nay pas confidéré de prés & avec foin , parce que jëtois plus attentif à la Comédie Chinoife , qu’à tous les autres fpe- (Stades , quon nous donnoit en meme temps. Ils plantent un bambou en terre , & au bout de celuy-là ils en attachent un autre, &au bout de ce fécond un troifïéme, &auboutdetroi- fiéme un cerceau : de forte que cela fait com- me le bois d’une raquette ronde , dont le man- che (èroit fort long. Un homme tenant les deux cotez du cerceau de lès deux mains pofè ia tête lur la partie inférieure & intérieure du cerceau , lève fon corps & Ces piés en haut , & demeure en cette fituation une heure , & quel- quefois une heure & demie : puis il mettra un pie où il avoit mis la tête , & fans fe tenir au- trement, & fans pofer l’autre pie, il danfèra à leur manière , cëft à dire fans s’élever , niais feulement en (e donnant des contorfions. Et ce qui rend tout cela plus périlleux & plus diffi- cile , cëft le balancement continuel du bam- bou. Ils appellent un danfèur de bambou e cette efpéce LotcBo'ûa)igy lot veut àitep^Jj^y & bouang veut dire cerceau, ,, Du Royaume de Siaw. lien mourut un, il y a quelques années, qui x. fejetoit du cerceau en bas , fe foûtenant feule- banque nient par deux para- fols , dont les manches fort ho- Soient bien attachez à (a ceinture : le vent le fe0R0pJ|rc portoit au hazard tantoft à terre , tantoft for SiamJ C des arbres , ou for des maifbns , <5 c tantoft dans la rivière. Il divertifloit fi bien le Roy de Siam, que ce Prince lavoit fait grand Seigneur : il lavoir logé dans le Palais, &luy avoit donné un grand titre, ou comme ils difent un grand nom- D’autres marchent , & danfent à la mode du païs fans s'élever, mais avec des con- torsions , for un fil d’archal gros comme le petit doit , &c tendu de la même manière donc nos Salrinbanques tendent leur corde ; & ils difent que plus le fil eft tendu , plus il eft diffi- ci e de s y tenir , parce qu’il fait plus de ref- ^rt , & qu’il en eft d'autant plus incertain, lais ce qu ils eftiment de plus difficile, c’eft démonter for ce fil d’archal par la partie de ce même fil , qui eft attachée à terre , & d 'en éefeendre par Tun des bambous, qui font mis en fautoir pour le foûcenir : comme aufli de safleoir defTus le fil darchal les jambes croi- Ices, dy tenir un de ces bandéges, qui leur forvent de table, dy manger, de fe rele- ver lut fos piés. Ils ne iaiflent pas aufli de mon- ter Sc de danfer for une corde tendue , mais lans contre poids , & avec des babouches aux pics, & des fabres , & des féaux d'eau atta- chez à lents jambes. Il y en a tel qui plante à 1 om. /. G w,* Du Royaume de Siam. terre une échelle fort haute , de laquelle les deux cotez font des bambous, & les échelons font des fibres, dont le trenchant eft'tourné en haut. Il monte jufqu’au bout de cette échel- le , & fe tient , & danfe fans aucun appuy fur le trenchant du labre , qui en fait le dernier éche- lon; pendant que l’échelle a plus de mouve- ment qu’un arbre que le vent agite : puis il defeend la tête première , & pafiè vite en fer- pentant entre tous les fabres. Je le vis defeen- dre , mais je ne pris pas garde quand il étoit fur lefabre le plus haut; &jenallay pas voir fi les échelons étoient des fabres : fans conter que les fabres peuvent n’eftre guère trenchans, li- non peut-eftre les plus bas , parce qu’ils font les plus expofez à la vùë. J’obmets le refte de cette matière, comme peu importante , & parce quçL je ne lay pas aflez obfervée pour l’appuyer de mon témoignage. xi. ^L’Empereur Galba n’étant encore que Pré- apprivoi- reuL* ^onna au Peuple Romain le fpedacle de fez. quelques éléphants danfèurs de corde. Les élé- phants de Siam n’en favent pas tant , & les feuls animaux que je fiche que les Siamois inftrui- fent, font de gros fèrpens, qui font , dit-on, fort dangereux. Ces animaux s’agitent au tan des in flrumens, comme s^ils voûtaient danfer. MalS celàpallè pour magie, parce que toujours en ce païs-là , comme fou vent en celuy-cy , qui ont quelque artifice extraordinaire , dirent quil confiilc en des paroles myftericufcs. ^ Du Royaume de Siam. 1 47 Les Siamois ont aufli des fpe&acles R.éli- xii. gieux. Quand les eaux commencent à ferai- rer , le peuple les remercie plufieurs nuits de illumina- fuite par une grande illumination, non feule- J«"af“îc ment de ce qu'elles (è font retirées > mais de la une autre fécondité qu elles ont donnée aux terres. On ^,r&dan* voit alors toute la riviere couverte de lanternes le Palais, nageantes, qui paffent avec elle. Il y en a de differéntes grandeurs (uivant la dévotion de chaque particulier ; & le papier diverfement peint, dont elles font faites, augmente le bel effet de tant de lumières. De meme, pour re- mercier la terre de la récolte , ils font pendant les premiers jours de leur année une autre illu- mination magnifique. La première fois que nous arrivâmes à Louvo ce fut de nuit , & au temps de cette illumination \ & nous vîmes les murailles de la ville ornées de lanternes allu- mées de diftance en diftance ; mais le dedans du Palais étoit bien plus beau à voir. Dans les murs qui font les clôtures des courts , on a pra- tiqué tout autour trois rangs de petites niches x dans chacune defquelles brûloit une lampe. Les fenêtres & les portes étoient aufli toutes ornées de divers feux , & plufieurs fanaux grands & petits , de figures differentes , garnis de papier , ou de gafe , & peints différemment , étoient pendus avec une fymmétrie agréable à des branches d'arbres, ou à des poteaux. XIIÎ Je ny vis point de feu d artifice , à quoy Feux dit- neanmoins les Chinois de Siam excellent , & G z ils 1 4§ D# Royaume de Siam. ils en firent de tres-beaux pendant nôtre féjour àSiam&àLouvô. A la Chine on fait auffi une illumination foletnnelle au commencement de- leur année > 8c en un autre temps une autre grande fête fur l’eau fans aucune illumination. Les Chinois ne conviennent pas dans les rai- fons qu’ils en donnent , mais ils n en donnent point de Religion > & celles quils donnent, font puériles 8c Tentent la fable, xxv. 11 ne faut pas obmettre le Cerf-volant de Ccrf-vo- papier, en Siamois frio , amufement de tou- papier.0 tes ^es Cours des Indes pendant l’hyver. Je ne &y fi ceft Religion , ou non : mais le Grand- Mogol , qui eft Mahomexan & non pas Idolâ- tre , s y araufe aulli. Quelquefois on y attache un feu > qui en l’air paroit un aftre *, & quel- quefois on y met une pièce d’or , qui eft à ce- luy qui trouve le cerf-volant , en cas que le cordon cafTe, ou que le cerf-volant tombe fi loin , qif on ne puilfe le retirer. Celuy du Roy deSiam eft en l’air toutes les nuits pendant les deux mois d’hyver , 8c des Mandarins font nommez pour fe relayer a en tenir le cor- don. xv. Les Siamois ont trois fortes de fpeétadcs de us de r°c" Théâtre. Celuy quils appellent Cône eft une ûaeksde danfe a plufieurs entrées, au fondu violon & Seules cluc^clucs aLUrcs infirumens. Les danfeurs siamofs. font mafquez Sc armez , 8c repréfentent pliitoft un combat qu’une danfe: &quoyque toutie paife prefqueenmouvemens élevez 8c çn p°- r r 1 ftures D a Royaume de Siam. Ï49 ftures extravagantes , ils ne biffent pas d'y mêler de temps en temps quelque mor. La plupart de leurs mafques font hideux & repré- sentent ou des bêtes monftrueufes , ou des efpeces de Diables. Le fpeétacle qu'ils appel- lent Lacone cft un Poëmemêlé de l'Epique 3c du Dramatique , qui dure trois jours depuis huit heures du matin jufqff à fept du fbir. Ce font des Hiftoires en vers, férieufes , 3c chan- tées par plufieurs a&eurs toujours préfens, & qui ne chantent que tour à tour. Lun d^eux chante le rôle de THiftorien , 3c les autres ceux des perfonages que l'hiftoire fait parler: mais ce font tous hommes qui chantent , & point de femmes. Le Rabam eft une double danfe d'hommes & de femmes , qui n’eft point guer- rière , mais galante , & on nous en donna le divertiflèment avec les autres , que j'ay dit cy- dtflus que l'on nous avoir donnez. Ces dan- feurs 3c ces danleufès ont tous des ongles faux , & fort longs 3 de cuivre jaune : ils chantent des paroles en danfant ; & ils le peuvent fans fe fatiguer beaucoup , parce que leur manière de danfer n'eft qu'une hmple marche en rond > fort lente , 3c làns aucun mouvement élevé , mais avec beaucoup de contorfions lentes du corps & des bras, auffi ne fe tiennent-ils pas Lun l’autre. Deux hommes cependant entre- tiennent le fpe&ateur par plufieutsfottifesque 1 un die au nom de tous les danfeurs , & Tau- tre au nom de toutes les danfeufes. Tous ccs G 3 aéleurs XVI. Lutte & Pugilai. XVII. Courte de toœufs. Du Royaume de Siam. aéteurs n'ont rien de fingulier dans leurs ha- bits : feulement ceux qui danfent au Rabain &au Cône, ont des bonnets de papier doré, hauts & pointus à peu prés comme les bonnets de cérémonie des Mandarins , mais qui de- feendent par les cotez jufqu'au deflous des oreilles , & qui font garnis de pierreries mal contrefaites , & de deux pendans - d'oreille de bois doré. Le Cône & le Rabam font tou- jours appelez aux funérailles , & quelquefois en d autres rencontres j & il y a apparence que ces fpe&ades n ont rien de Réligieux , puis quil eft défendu aux Talapoins d’y affifter. Le Lacone fert principalement pour folemnifèr la fête de la dédicace d'un Temple neuf, lors qu'on y place une ftatu'é neuve de leur Som- mona-Codom. Cette Fête eft encore accompagnée de cour- fes de bœufs , & de plufieurs autres divertiffe- mens, comme de Lutteurs, & de gens qui com- battent à coups de coude & de poing. Dans les combats à coups de poing, ils garniftènt leur main de trois au quatre tours de corde à la pla- ce des anneaux de cuivre , dont fe fervent ceux de Laos en de tels combats. La courte de bœufs te fait de cette manière. On marque un efpace de cinq-cent toifes de long ou environ fur deux toifes de large , avec quatre troncs qu'on plante aux quatre coings pour fervir de bornes ; & c’eft au tour de ces bornes que fe fait la courfe. Au milieu de cet dpace J) U Royaume de Sia?n. 1 5 i cfpace ils élévent un échaffaut pour les Juges; &afin démarquer plus précifement le milieu, qui eft l’endroit d’où les bœufs doivent partir, ils plantent contre lechafFaut un poteau fort élevé. Quelquefois ce 11’cft qu'un bœuf qui court contre un autre bœuf , l’un & l’autre conduits par deux hommes courants a pic , qui tiennent les rênes ou plutôt le cordon pafle dans les nafeaux , l’un d’un côté, l’autre de l’autre ; & d’efpace en efpace d’autres hommes font placez pour relayer ceux qui courent. Mais le plus fouvent c’eft une paire de bœufs atelez àunecharu'é, qui court contre une autre pai- re de bœufs atelez à une autre charrue; des hommes les conduifent à droite & à gauche, comme quand ce n eft qu'un bœuf qui court contre un autre bœuf: mais outre cela il faut que chaque charrue (oit fi bien foûtenuë en l’air par un homme courant , quelle ne touche jamais à terre, de peur quelle ne retarde les animaux qui la tirent ; & ces hommes qui {ob- tiennent ainfi les charrues , font relayez en- core plus fouvent que les autres. Or quoy les charrues courent toutes deux de même fens tournant toujours à droite autour de Tefpace que j’ay dit , elles ne partent pas de même lieu. 1/une part d’un côté de lechafFaut 3c l’autre de l’autre, pour courir réciproquement l’une après l’autre. Ainfi au commencement de leur courte elles regardent des lieux oppofèz , 3c elles fout éloignées l’une de l’autre de la moi- G 4 tic i Du Royaume de S iam. tié d'an tour, ou de la moitié de refpacefàr lequel elles doivent courre. Elles courent néan- moins de même tens, comme j’ay dit, tour- nant plufieurs fois autour des quatre bornes , dont j’ay parlé , jufqu a ce que l’une attrape raturé. Les fpe&ateurs font cependant tout autour, mais il n’eft point néceflaire de bar- rières pour les empêcher de trop approcher. Ces courtes font quelquefois des fujets de pari, & les Seigneurs font nourrir & drdler pour cet exercice des bœufs petits , . mais bien tail- lez; &au lieu de bœufs ils te fervent auffide buffles. xviii. Je ne te y fi je dois mettre parmi les (pe<2:a- ^Jo^^ctes, leplaifir quon nous donna d'une courte de balons , car à l’égard des Siamois c’eft plu- tôt un jeu qu'un fpc&acle. Us choifiiTent deux balons les plus égaux en toutes chotes qu’il eft poflible , ôc ils te divitent en deux bandes pour parier. Alors les comités fe tenant debout bat- tent une mefure précipitée , non feulement en coignant du bout d’un long bambou quils ont en leur main , mais par leurs cris & par l’agi- tation de tout leur corps. Lachiourme s'ex- cite aufli elle même par plufieurs cris redou- blez , & le fpeéhteur qui parie , pouffe aufli des cris, & ne te donne guère moins de mou- vement que s’il pagayoit en effet. Souvent mê- me on ne lailfe pas aux comités le foin d’ani- mer la chiourme , mais deux des parieurs font eux-mêmes cet office. J)« Royaume de Siam. i $ > Les Siamois aiment le jeu jufquà fe ruiner xir. & à perdre leur liberté, ou celle de leurs en-^S fans: car en ce Païs- la quiconque n’a pas de- du Jeu, quoy fatisfaire fon créancier, vend fes enfàns pour s’acquiter, &fi cela nefuffit, il devient efclave luy-même. Le jeu qu’ils aiment le mieux , eft le Tric-trac qu ils appellent Sack , & qu ils ont peut erre appris des Portugais , car ils le jouent comme eux , & comme nous. Ils ne jouent point aux cartes, & je ne fay point leurs autres jeux de hazard \ mais ils jouent aux échecs à nôtre manière, &à la maniéré ChL noifè. Je donneray a la fin de cet Ouvrage le jeu des échecs des Chinois. Le tabac enfumée, (car ils i*n prennent guère en poudre) eft auffi un de leurs plus mois ai- grandsamufemens, & les femmes, même les ment^à^ plus importantes , y font tout* à- fait adonnées. ^ac. Ils ont du tabac de Manille, de la Chine, & de Siam ; & quoy que ces fortes de tabac (oient bien forts , les Siamois les Riment pourtant fans nul adouciflêment ; mais les Chinois & les Mores en font paffer la fumée dans 1 eau, pour en diminuer la force. La maniéré des Chinois eft de prendre un pend’ eau dans leur bouche puis d’achever de remplir leur bou- che de fumée de tabac , &en fuite ils rendent i’eau & la fumée en même temps. Les Mores fe fervent d’un infiniment fingulier , dont on trouvera la defeription & la figure à la fin de cctOuvrage. t G 5 Tcl$. 1 / 4 Dtt Royaume de Siam. yt ordi- ^ e*s ^onc ^cs divertiffemens des Siamois , à mire d'un ^oy l’on peut ajoûter les amufemens dome- siamois. ftiques. Ils aiment beaucoup leurs femmes & leurs enfans, & il paraît qu’ils en font beau- coup aimez. Pendant que les hommes s’ ac- quirent des fix mois de Corvées , qu’ils doi- vent chacun tous les ans au Prince, c’eftàlcur femme , à leur mere , ou à leurs filles à les nourrir. Et lors même qu’ils ont fàtisfait au fervice de leur Roy, & qu’ils font retournez chez eux , la plûpart ne favent à quel travail s’appliquer, fe trouvant peu accoûtumez à au- cune profejlion parciculicrc ; parce que le Prince les employé à toutes indifféremment, comme il luy plaît. Parla on peut juger com- bien la vie ordinaire d’un Siamois eft oifive. Il ne travaille prelque point , quand il ne travaille pas pour Ion Roy : il ne Ce promcine point : il ne chalfe point: il ne fait prelque que de- meurer aflis ou couché, manger, jouer, fu- mer & dormir. Sa femme l’éveillera à lèpt heu- res du matin, &luy lervira du ris & du poif- fon : il le rendormira là délias ; & à midy il mangera encore , & il foupera fur la fin du jour. Entre ces deux derniers repas il fera la méri- diane: la convention ou le jeu emporteront tout le relie. Les femmes labourent à la cam- pagne, elles vendent & achètent dans les vil- les. Mais il eft temps de parler des affaires & des occupations lerieules des Siamois', c’eft à dire de leurs mariages, de l’éducation, qu’üs • • don- X) u Royaume de Siam. 155 donnent à leurs enfans , des études > & des pro- filions, aufquelles ils les appliquent. Chapitre VIL Du Mariage & du Divorce des Siamois, L 'tirage neft pas en cepaïs-là de permet- 1. tre aux filles la conversation des garçons. Les meres les châtient, quand elles les y fur- de garder prennent : mais les filles ne laiflent pas de se- j^rs fil* chapper , quand elles peuvent ; & cela ne leur eft pas impoflible fur la fin du jour. Elles font en état d’avoir des en fans dés Tâge 1 1. de douze ans , & quelquefois plutôt ; & la plû- âgeq • £ part n en ont plus pafle quarante. La coûtu- marient, me eft donc de les marier fort jeunes, &les garçons à proportion. Il fe trouve néanmoins quelques Siamoifes, qui dédaignent toute leur vie le mariage, mais il n'y en a aucune qui fe faflè Talapoüinc , c eft à dire qui fe confacre à la vie Réligieufe, qui ne foit déjà vieille. Lors qu’il eft donequeftion cf un mariage , ni. lesparens du jeune homme font demander la ^cm'un fille àfes parens , par des femmes âgées &de siamois bonne réputation. Si les parens de la fille y fincf ont du penchant ils répondent favorablement, en ma- Ils fe refervent néanmoins la liberté de conflit- tec auparavant le goût de leur fille ; & en me- leur ma- nie temps ils prennent l’heure de la nai (lance du garçon , & donnent celle de la nai (lance de conc ttU G G la * 5 6 Du Royaume de Siam, la fille: &des deux cotez on va aux Devins, pour favoir principalement fi le parti propofé eft riche , & fi le mariage durera jufqu’ à la mort fans divorce. Comme chacun cache avec foin Tes richeflcs , pour les mettre à couvert de la concuffion dcsMagiftrats, &de l’avidi- té du Prince, il faut qu’ils aillent au Devin, pour lavoir fi une famille eft riche , & ceft fur 1 avis des Devins , qu’ils prennent leur réfolu- tion. Si le mariage lé doit conclure, le jeune homme va voir la fille trois fois, &luy porte despréfens de bétel & de fruit, &rien déplus précieux. A la troifiéme vifite les parens de part & d'antre s’y trouvent auffi , & l'on conte la dot de l'époufe , & ce que l’on donne de bien à 1 époux , auquel le tout eft délivré fur le champ ôc en prélènçe des parens, mais fans au- cune écriture. Les nouveaux mariez reçoivent aulli pour l’ordinaire en cette occafion des prérens de leurs oncles : & dés lors & fans au- cune cérémonie deréligion lepoux a droit de confbmmer le mariage, il eft mêmes défendu aux Talapoins d'y aflifter. Quelques jours après feulement ils vont chez les nouveaux mariez jeter beaucoup d’eau-benite, & réciter quelques prières en langue Balie. , La nopce eft , comme par tout ailleurs , ac- compagnée de feftins & de fpeétacles. Ils y ap- pellent des danfeurs de profefiion ; mais ny Pc- poux, ny l’époufe, ny aucun des conviez n’y danfent. La fête fc fait che? les parens de la fil- Dh Royaume de Siaw. j$j le > où lepoux a foin de faire bâtir une file ex- près , qui eft ifolée : & de-làon meme les nou- veaux mariez dans un autre bâtiment ifolé, bâti auffi exprès ,. par les foins &aux frais de lepoux , dans V enceinte de bambou , qui fait la clôture du logis des parens de la fille. Les nouveaux mariez y demeurent pendant quel- ques mois , & enfuite ils vont habiter où il leur plaît de bâtir un logis- pour eux. Un or- nement fingulier pour les filles des Mandarins que Ion marie, ceft de leur mettre fut la tête ce cercle d’or, que les Mandarins mettent à leur bonnet de cérémonie. A cela prés la pa- rère confifte à avoir de plus belles pagnes quà l’ordinaire., de plus beaux pendans-d’oreillei & de plus belles bagues aux. doits, &en plus grande quantité. Il y en a qui difent que le pré- tendu beau pere , avant que de conclûre le mariage de là fille avec fon gendre, le garde chez luy pendant fix mois , pour le mieux con- noître. On m’a nié abfolûment que cela fût véritable. Et tout ce qui, à mon avis, peut avoir donné occafion de le dire , ceft que ceft à l’époux à faire bâtir la fille des nopccs , & le logement , qu'il doit avoir chez fon bcau-pere, pendant quoy , c’cft à. dire pendant deux ou trois jours tout au plus, fa future époufè luy porte à manger , fins qu’on en appréhende les conféquences , parce que le mariage eft déjà conclu > quoy que la fête en loit dif- férée. 1 5 8 Du Royaume de Siam. a richer La plus grande doc à Siain eft de cent catffy fedesma- qui font quinze mille livres ; & parce quii y dC eft ordinaire que le bien de 1 epoux foit égal à lam’ celuy de fépoufe , il s'enfuit qu a Siam la plus grande fortune de deux nouveaux mariez ne paflè pas dix mille écus. D vi- Les Siamois peuvent avoir raHtédes" mes> quoy qu'ils cftiment que femmes, fait de a en avoir qu'une; & il ny a que les gens riches qui affedtent d'en avoir davantage, & plus par faite 8c par grandeur , que par dé- bauche. tva 1 L Quand ils ont plufieurs femmes, il y en a ôion toujours une, qui eit la principale: îlslappel- conùde- lent la grande femme. Les autres, qu'ils appel- ire elles. lent les petites femmes , lont a la vente légiti- més , je veux dire permîtes par les Loix , mais elles font foûmiles à la principale. Ce ne font que des femmes achetées, 8c par conféquent efclaves ; de forte que les enfans des petites femmes appellent leurpere PôTchaou , c'eft à dire Pere Seigneur y au lieu que les enfans de la femme principale l'appellent Pô fimple- ment , c'eft à dire Pere. vin. Le mariage dans les premiers degrez de pa- d’afiiance rent^eur ete défendu : ils peuvent néanmoins défendus epoufer leur coufine germaine. Et quant aux ment Tes ^e8rcz d'alliance , un homme peut epoufer Roys deS les deux fœurs l'une après lautre , & non pas ufcT für enm<^me temps. Neanmoins les Rois de Siam ectanide. fedifpentent de ces réglés, & ne croyent pou*" voir plufieurs fem- ceferoit mieux Du 'Royaume de Siam. x y voir guère trouver de femme digne d eux , que dans les perfonnes qui leur font les plus pro- ches. Celuy d’aujourd’huy avoit époufë (à fœur, &de ce mariage eft née laPrinceffefà fille unique , laquelle on dit qu’il a épofée. Jenel’ay pu (avoir auvray , mais c’eft le bruit commun: 8c j'y trouve de l'apparence en ce quon luy a fait fa maifon comme à une Reyne ; &lesEuropéans, qui l’ont appelée la Princeffe- Reyne, en ont jugé comme moy. Les rela- tions nous apprennent quil y a ailleurs qu’à Siam des exemples de ces mariages du frere avec la (œur ; 8c il efi: certain qu’ils ont été fré- quens autrefois pàrmy beaucoup de nations Payennes, au moins dans les familles Roya- les: foit afin que la fille fuccédât à la Couroiv Ajnfl J12: , r. 1 r . , . piteravoit neaveclehls: (oit par la crainte , que je viens épouféfa de dire que ces Rois ont eue de fe méfillicr ,fœur. s’ils ifépoufoient leurs propres fœurs.Car pour ce que Vautres ajoutent que ceft afin que les peuples ne puiffent douter d’avoir un maître du fang Royal au moins par fa Mere, je n y trouve nulle vray-femblan ce à legard de l’O- rient , où les peuples (ont fi peu attachez au lang de leurs Rois , 8c ou les Rois croyent s’af- fiirer de la fidélité de leurs femmes en les gar- ^ x dant fort étroittement. Les Loi* La fucceffion dans les familles particulières la fuc- de Siam cft toute pour la Grande-femme, & pouces puis pour fes enfans , qui héritent de leurs pa- veuves ôc rens par portions égales. Les petites-femmes enfant 8c leurs X. En auoy coixfîftél; fortune d’un Sia- mois. 1 6o Du Royaume de SUw. &leursenfanspeuvent être vendus par ^héri- tier ; & ils n ont que ce que l'héritier leur don- ne , ou ce que le perc avant que de mourir leur adonné de la main à la main, car les Siamois ignorent lufage des Teftaments. Les filles nées des petites-femmes font vendues pour être el- les-mêmes petites-femmes j & les plus puif. fans achetant les mieux faites , fans prendre garde aux parens dont elles lortent, font de cette manière des alliances très - inégales ; & ceux avec qui ils les font , n acquiérent guè- re par là ny plus d'honneur , ny plus de prote- ction. Les biens des Siamois confident principa- lement en meubles. S'ils ont des terres , ils en ont peu , parce qu'ils n en fauroient acquérir la pleine propriété: elle appartient toûjoursà leur Roy , qui reprend quand il lui plaît les ter- res qu'il a vendues aux particuliers , & qui les reprend fouvent fans en rembourfer le prix. La Loy du païs eft néanmoins que les terres foient héréditaires dans les familles, & que les particuliers fe les puiflent vendre Tun à l’autre : mais le Prince n’a égard à cette Loy , qu'autant qu'il luy convient ; parce qu elle ne peut pré- judicier à (on Domaine, qui s'étend généra- lement fur tout ce que pofféden t fes fuj ets. Ce- la fait qu'ils acquiérent le moins d’immeubles qu'ils peuvent , & qu'ils tâchent toujours à dérober leurs meubles à la connoiflance de leur Roy : & parce que les diamans font les xnevv* J) h 'Royaume de Siam. 161 meubles les plus aifez à cacher de à tranfporter, ils font recherchez à Siam , & dans toutes les Indes, &$ y vendent chèrement. Quelquefois les Seigneurs Indiens donnent en mourant une partielle leur bien au Roy leur Maître, pour allurer le refie à leur famille, de cela leur reüflic pour l'ordinaire. Les ménages font prefque tous heureux à x i. Siam , comme on en peut juger parla fidélité ^ dlvr°** des femmes à nourrir leur mary > tant qu’il fert le Roy : fervice qui par une efpéce de concuffion dure non feulement fix mois par mais quelquefois une , deux , de trois an années de fuite. Mais lors que le mary Sc la femme ne peuvent fe fupporter l'un ï autre, ils ont le remède du divorce. 11 cft vray qu'il neft guère enufegeque parmy le peuple: les riches , qui ont plufieurs femmes, gardent éga- lement celles qu'ils 11 aiment pas, de celles qu’ils aiment. Le mary efl naturellement le maître dudi- xii. vorce, mais il ne le refufe guère à fa femme , fondes quand elle le veut abfolument : il luy rend Lois, fa doc , & leurs enfans fe partagent entr’eux en cette manière. La mere a le premier , le troifîéme , le cinquième de tous les autres en rang impair : le pere a le fécond , le qua- trième , le fixiéme de tous les autres en rang pair. Par là il arrive que s’il n’y a qu’un enfant, il eft pour la mere , & que fi le nombre des en- fans efl: impair, la mere en a un déplus: foit qu’ils XIII. Et les fuites. XIV. De la puiffance Paternel- le. j(ji Du 'Royaume de SUm . qu’ils ayent jugé que lamere enauroit plus de foin que le pere : foie que les ayant portez dans fes flancs > & les ayant nourris de Ton lait , elle femble y avoir un plus grand droit que le pere : foit qu'étant plus foible , elle ait plus de befoin que luy du lècours de fes enfans. Apres le divorce il efl: permis au mary & à la femme de fe remarier à qui ils veulent \ & il efl libre à la femme de le faire dés le joui du divorce, fans quils le foucient du doute qui en peut arriver touchant le pere du premier enfant, qui peut naître après les fécondés nop- ces. Ils fe fient à ce que la femme en dit: gran- de marque du peu de jaloufie de ce peuple. Mais quoy que le divorce leur foit permis, ils ne laiflent pas de le regarder comme un fort grand mal , & comme la perte prefque certai- ne des enfans , qui (ont d'ordinaire fort mal traitiez dans les féconds mariages de leurs pa- rens. De forte que c’eft une des caules que l’on donne de ce que le pais n eft guère peuplé y quoy que les Siamoifcs (oient fécondes, & quelles ayent même allez fouvent des ju- meaux. La puiflance du mary eft defpotique dans là famille, jufqu à pouvoir vendre des enfans& fes femmes, horlmis fa femme principale, qu’il peut feulement répudier. Les veuves hé- ritent du pouvoir de leurs maris avec cette re- ftrittion , qu’elles ne peuvent vendre les en- fans quelles ont en rang pair, lilesparensdu Du Royaume de Siam. i que les autres. La feule envie de parler n’em- porte donc jamais les Siamois à rien dire qui puilTe déplaire. Il faut qu’ils (oient bien per- fuadez que vous voulez (avoir la vérité de quel- que choie , pour s’enhardir à vous la dire con- tre ce que vous en penfez. Ils n.Æétent cil rien de paroître mieux inftruits que vous , non pas même dans leschofes de leur païs, quoy que vous (oyez étranger. Us m’ont paru éloignez de toute forte de DcTlav;ail, raillerie, parce qu’ils n’en entendoient au- îetic pat- cune mycux- V. Politefïc de la lan- gue Sia- moife. 166 Du Royaume de Siam. cune peut-eftre par la faute des Interprètes# Ceft principalement en matière de raillerie, qu’eft véritable cet ancien mot des Indiens, que les chofesles mieux penfées , quand elles font dites par interprète , font une fource pure qui paffe dans de la bourbe. Le plus fûr eft de railler peu avec les étrangers , même avec ceux qui entendent nôtre langue ; parce que les railleries font la derniere chofè , qu’ils en entendenr , 5c qu’il eft aifé qu’ils fè bleflènt d une raillerie qu’ils n’entendront pas. Je ne doute donc point que les Siamois ne sachent fe railler poliment les uns les autres. Lon ma alluré qu’ils le font fouvent entre perfonnes égales , &.même en vers ; & qu’autant les femmes que les hommes ils font tous fort exercez à l'impromptu \ dont la matière la plus ordinaire eft chez eux une raillerie con- tinuée, où paroît à lenvy la vivacité des re- parties & des répliqués. J’ay vû la même chofè parmy le peuple d’Elpagne. Mais quand ils rentrent cians le ferieux , leur langue eft bien plus capable que la nôtre de tout ce qui marque le refpeéfc 5c les diftin- élions. Ils donnent par exemple, de certains titres a de certains Officiers, comme font chez nous les titres d’ Excellence 5c de Grandeur ; De plus ces mots de je &de moy indifférens en nôtre langue s’expriment par plufieurs ter- mes dans la langue Siamotfe, dont lun eft du maître h l’efclave , &c l'autre de l’efclave au Du Royaume de Siam. i6j maître. Un autre eft d’un homme du peuple à un Seigneur , & un quatrième s’employe en- tre peifonnes égales, & enfin il y en a qui ne font que dans la bouche des Talapoins. Le mot de vous 8c de luy ne s’expriment pas en moins de maniérés. Et quand ils parlent des femmes ( parce que dans leur langue il n’y a point de diftinétion de Genres en Malculin 8c Féminin) ils ajoutent auMafculin le mot de N.itig , qui en langue Balie veut dire jeune , pour lignifier le féminin , comme fi nous di- fions par exemple jeune Prince au lieu de dire Princeffe. Il lèmblc que leur politefièles em- pêche de comprendre que les femmes puillènt jamais vieillir. Par ce même efptit de politeffe ils les nom- ment par les chofes les plus précieufes ou lesa« sia- plus agréables de la nature» comme jeune molles. diamant, jeune or , jeune crifial , jeune fleur. La Princelïè fille du Roy s’appelle Nemgfà, jeune Ciel : s’il avoir un fils on l’appelleroit , dit-on , Seigneur du Cicl,Tchâoufâ, Il eft cer- tain que l’tlephant blanc que Mr. de Chau- mont vît à Siam , 8C qui eftoit mort quand nous y arrivâmes , avoir atteint une extrême vieilleiîè : cependant parce que c’eftoit une femelle, & qu’ils croyent d’ailleurs que dans le corps des Eléphants blancs il y a toujours une amc Royale , ils l’appeloient mot à mot jeune Prince Eléphant blanc , N.Jig Paya Tchang ptüac. Les VII. Les paro- les dont les Sia- mois fe fervent en iàlüant. VIII. Com- ment il leur eft permis de demander des nou- velles de la Tante de leur Roy. IX. Com- ment ils fafleyent. X. Leur con- tenance. 1 6 8 Du Royaume de Siam* Les paroles, donc ils fe fervent pour falucr* fontcavaïTchaou , je falué Seigneur. Et, fi c'eft véritablement un Seigneur qui falué un inferieur, il répondra Amplement, Raouvat , je falué , ou ca vai qui veut dire la même choie ; quoy que le mot de ca qui lignifie moy , ne doive eftre naturellement que dans la bouche d un efclave parlant à (on maître , & que le mot de Raou , qui fignifie auili moy , marque quelque dignité en celuy qui parle. Pour dire comment vous portez-vous ? Ils difènt Tgiou dt } kmdi? C'eft à dire, demeu -< rez,~vous bien ? mangez, vous bien ? Mais c’eft une obfcrvation linguliere, qu'il ne foie pas permis à un Siamois de demander à un autre, qui luy eft inférieur , des nouvel- les delà ianté de leur Roy; comme fi ç’eftoit un crime à celuy, qui approche davantage de la petfonne du Prince , d'en eftre moins in- formé, qu'un autre, qui s'en doit tenir plus éloigné. Leur maniéré civile de s’aftèoir eft comme s’aftèyent les Elpagnoles en croifanr les jam- bes ; qu^ils n’ofoient mon- ücu Je ter au premier étage , même pour le fervice de nem eft’ié mailon » quand les Envoyez du Roy étoient plus ho- dans la falie-baflè. Dans les maifons , que les noiabie. étrangers bêtifient de briques à plus d'un éta- ge , ils obfervent que le deflous de l'efcalier ne ferve jamais de paflage, de peur que quel- qu'un ne paflè fous les piés d'un autre qui mon- tera : mais les Siamois ne bêtifient qu'à un étage, parce que le bas leur feroit inutile , per- fonne parmy eux ne voulant ny paflèr ny loger fous les piés d'un autre. Parcette raifon , quoy que les maifons Siamoifès loient élevées fur des piliers , ils ne fe fervent jamais du deflous , non pas même chez le Roy , dont le Palais eftant fans plain-pié, à des pièces plus élevées les unes que les autres, dont le deflous pour- roiteftre habité. Ilmefouvicnt que quand les Ambafladeurs de Siam arrivèrent à une Hô- tellerie de la Piçote prés de Vincennes, comme on avoit logé le premier au premier étage , 8C les autres au fécond , le fécond Ambaflàdeur s'eftant Du Royaume de Stam. 1 7 1 s’eftant aperçu qu’il çftoit audeflùs de la lettre du Roy fon Maître , que le premier Ambat fadeur avoir auprès de luy, lorcit bien vite de fa chambre fe lamentant de fa faute , & s’arra- chant les cheveux de defefpoir. La droite eft à Siam plus honorable que la x r,r L gauche : le fond de la chambre oppofc à la drôf pL porte eft plus honorable que les cotez de la honoia- chambre ; & les cotez le (ont plus que le mur qu/k in* ou eft la porte , & le mur qui eft à la droite de gauche, celuy qui eft affis au fond , eft plus honorable que celuy qui eft à (a gauche. Ainfi dans les Tribunaux perforine n eft affis fur feftrade at- tachée au mur qui eft visa vis la porte, finon le Préfident , lequel feul a voix délibérative. Les Confeillers , qui nont jamais que voix conlultative , font affis fur d’autres eftrades plus balles le long des murs des cotez , 6c les autres Officiers le long du mur de la porte. De meme fi quelqu’un reçoit une vifite im- portante , il place celuy , dont il eft vifîré , feul au fond de la chambre , & il fe met le dos tourné vers la porte , ou vers l’un des cotez de la chambre. r Ces cérémonies 8c beaucoup d’autres font XIV"- fi precifes à la Chine, qu'il faut que les en-^hS trees des maifons , & les chambres ou lcspar-les villes ticuliers reçoivent leurs vifites , & celles oùf°n?tou" ils donnent a manger à leurs amis , foient tou- modelé tes fur un modèle , pour y pouvoir obferver les memes civilité*. Mais cette uniformité de H 2. bâtir, *7* Z)// Royaume de Sum. bâtir, & même de tourner les bàtimens au Midy, de telle forte qu’on regarde au Nord en y entrant , a efté encore plus indifpenfable dans les Tribunaux, & dans toutes les autres maifbns publiques: fi bien que dans ce grand Royaume qui voit une ville les voit toutes. E-^aim ^es c^monies font auffi eflèntielles , & de des " prefque en auffi grand nombre à Siam qu’a la danT?cs ^ine. Mandarin fe tient autrement, dé- cédé mo- van^ fes inférieurs , 3c autrement devant les nies. fiipérieurs. S’ils (ont plufieurs Siamois enfem- ble, & qu’il en furvienne un autre, il arrive fouvent que la pofture de tous change. Ils lavent devant qui , & à quel point , ils doivent fc tenir courbez ou redrellez, ou allas: s’ils doivent joindre leurs mains, ou non, 3c les tenir baffes ou hautes: fieftant allis ils peu- vent avancer un pié, ou tous les deux, ou s'ils doivent les tenir tous deux cachez en s’aflèyanc fur leurs talons. Et les fautes en ces fortes de devoirs peuvent eftrc punies du bâton par ce- luy , envers qui elles font commifes, ou par fes ordres, &fur le champ. Si bien qu’il ne s’introduit point parmy eux de ces airs de fa- miliarité, qui attirent dans les divertiflemens les groffiéretez , les injures , les coups & les querelles , 3c quelquefois l’intempérance 3c leffrontcrie : ils font toûjours retenus par des égards réciproques. C’cft une choie allez plai- fante, que ce que l’on dit du chapeau des Chi- nois. Il ffa point de bord ny par devant ny par Dfi Royaume de Siam. jy* par derrière , mais feulement par les cotez: c’eft luy faire le plus grand de tous les affronts. Toucher à Ion bonnet, s’il le laille quelque part , eft une grande incivi- lité. La mode de ce païs-la parmy les Euro- péans qui y demeurent , eft de ne laiffer jamais Ion chapeau en lieu bas; mais de le donnera un domeftique, qui le porte plus haut que fa tece , au bout d’un bâton & (ans y toucher ; & ce bâton a un pie, afin qu’il pui (le demeurer debout, ficeluy, qui le porte, eft obligé de le lailler. La pofture la plus refpedueufë , ou pour x jyiieux dire la plus humble eft celle, où ils fe^ tiennent tous , & toûjours devant leur Roy : font plus en quoy ils luy portent plus de relpedt , que les °e“p“oins Chinois n’en portent au leur. Ils fe tiennent ftueufes. ptofternez fur les genoux & fur les coudes , les mains jointes à la hauteur du front, & le corps reculé fur les talons , afin qu’il porte moins fur les coudes, & qu’il foit poffible (fans s ayder des mains , mais en les tenant toûjours jointes à la hauteur du front) de fe relever fur les genoux , &de fe remettre fur les cou- des; comme ils font trois fois de fuite, ton- tes les fois qu’ils veulent reprendre la parole , pour parler à leur Roy. J’ay même remarqué que , quand ils font ainfi profternez, ils pen- chent le derrière d’un côté ou d’autre, autant H 4 qu’ils *7^ Du 'Royaume de Siam. qu’ils le peuvent fans déplacer les genoux, comme pour s'anéantir davantage. Par le même principe non feulement ileft plus honorable félon eux d’être allis fur un liè- ge haut, que de l’être furunfiége bas; mais encore plus honorable d’être debout que d^etre aflïs. Quand Mr. de Chaumont eût là première audience, il fallût que les Gentils- hommes François, qui l’accompagnoient, en- traient les premiers dans le falon , &s’yaflîf- iènt fur les talons, avant que le Roy de Siam fc montrât; afin que ce Prince ne les vît pas un moment debout. On leur défendît mêmes de le lever pour le fàluér, quand il paroîtroit. Jamais ce Prince n a fouffert aux Evêques, ny aux Jéiuïtes de paroître debout devant luy dans les audiences. Iüeftpas même permis de le tenir debout en nul endroit du Palais, finon en marchant: &, fi dans ce dernier voyage de 16S7. à la première audience des Envoyez du Roy , les Gentilshommes François eurent l’honneur d’entrer, lors que le Roy de Siam étoit déjavilible, ce ne fût que parce que les Mandarins, qui avoient accompagné en Fran- ce les Amballadeurs de Siam, étoient entrez dans la galerie de Verfailles , lors que le Roy étoit déjà fur le thrône , qu’il y avoit fait éle- ver. xxi. Le Roy de Siam eût ce relpe le Roy de Siam affeéta en effet de leur rémonies faire une. réception differente en plufieurs à ceîks°dc chofes de celle , qivil avoir faite à Mr. de Chau- hcour de mont, pour la conformer davantage à.celle,Flance% qu’il apprît que le Roy avoir faite àfes Ambat fideurs. Il fit même une chofe , quand Mr. des Farces le faliia , qui n -avoir jamais eud^exem- pie a Siam : car il voulût que les Officiers de fa Cour fètinfïènt debout en fàpréfence; com- me fc tenoient Mr. des Farges , & les autres Of- ficiers François, qui l’accompaguoient. Se (buvenant donc que Mr. de Chaumont Xxi t. avoit demandé à le complimenter aflis , & fa- ^ourquoy chant que fes Ambaffadeurs avoient parlé de- bout au Roy f honneur dont il faifoit un fort Parlcr Le- grand cas) ilmefitdirequ’ilmedonnoit la Ü- qu*lWs bertéde luy parler aflis ou debout: &je prisau^oyde le party de prononcer debout tous mes com- Siam° pli mens 3 & fi j euflè pu. nfelever davantage j’eufle reçu plus d'honneur. C a été auffi au Roy de Siam , à ce quils m’ont dit , une mar- que de rcfpedpour les lettres du Roy , de ne les avoir pas reçues debout, mais aflis. Mettre fur fa tête une chofe, que Ton don- xx ni. ne , ou que F on reçoit , ce ft à Siam & en beau- Autre cil coup d autres Pais une tres-grande marque de™1^51** rcfpeét Les Efpagnols , par exemple , font obligez par Loy expreffe de rendre ce refpeél aux Cédules % ceft à dire aux ordres par, écrit, H j qu’ils&> 178 Du Royaume de S tant. qtf'ils reçoivent de leur Roy. Le Roy de Siain eût du plailir à me voir mettre fur ma tête la lettre du Roy en la luy rendant : il fe récria , & demanda où j’avois appris cette civilité de Ton Pais. Il avoit porté à la hauteur de ion front la lettre du Roy, que Mr. de Chaumont luy rendit-, mais ayant fû par le rapport de les Ambafladeursque cette civilité eftoit incon- nue à la Cour de France, il de la lettre du Roy , que j’eus rendre. Manière Qi?aiid un Siamois lâluë , il lève ou les deux de faïuër uaains jointes, ou au moins là main droite a chez les la hauteur de Ion front, comme pour mettre lur fa tete celuy qu’il fàluë. T outes les fois qu’ils prennent la parole pour parler à leur Roy, ils recommencent toûjours par ces mots: Pra pou - tt Tchaou-ca> co rap pra ouncan fai claou fai cramom: c’eft-à-dire: Haut & Excellent Sei- gneur de moy ton efclave, je demande de pren- dre ta Royale parole , de la mettre Jur mon cerveau , & fur le haut de ma tête. Et c’eft de ces mots Tcbaou-ca , qui veulent dire Sei- gneur de moy ton efclave queft venue parmy les François cette façon de parler faire choca pour dire 7^ vâï bangeom , c’eft-à-dire fepro - Jlerner a la Siamoife . Faire la Zombaye au Roy deSiamvcut dire luy préfènter un Placer, ce qui ne fè fait pas fans faire choca. Je ne fày d’où les Portugais ont pris cette façon de parler. Si voustendezlamamà un Siamois pour toucher l’obmit à legard l’honneur de luy Tjrtt Royaume de S iam. l79 dans la fïenne , il porte Tes deux mains à la vô- tre & par deflbus, comme pour remettre tout entier en vôtre puiffance. Ceft une incivilité félon eux de ne donner quhine main , comme auffi de ne tenir pas à deux mains ce qu'ils vous préfentcnt , & de ne pas prendre à deux mains ce qu ils reçoivent de vous. Mais ceft allez parlé delà politellèque les Siamois infpirent à leurs enfans , quoy que je n’aye pas épuifé cette matière. Chapitre IX. j Des Etudes des Siamois. /^Uand ils ont élevé leurs enfants jufqua ï. ^ l'age de fept ou huit ans 3 ils les mettent ^tTofrs dans unConvent de Talapoins, &leur font enfants prendre l'habit de Talapoin : car c'eft une pro- ÿae*lcs feffion qui n engage point > & que Ton quitte poins. fans honte , quand on veut. On appelle Nen ces petits Talapoins: ils ne (ont pas penfion- naires, mais leurs parens- leur envoyent tous les jours à manger. Il y a même de ces Nen de bonne maifon , qui ont auprès d'eux un ou pluheurs efclaves pour les fervir. On leur montre principalement à lire , à rr: écrire, &à conter; parce que rien n’eft plus Ceilu’iÎ9 néceflàire à des marchands , & que tous lesncm.1^ Siamois font quelque commerce. On leur en- feigne les principes de leur Morale &les fa- H 6 blés» III. Les lan- guesBalie, & Sia- moife compa- rées à la Chinôife. i So J) n Royaume de Siam. blés de leur Sommona-Codom , maïs point d’Hiftoire , ny de Loix , ny aucune fcience. On leur enfeigne aufli la langue Balie , qui efl comme j’ay dit plus d une fois la langue de leur Religion, & de leurs Loix: & peu d’entre- eux y font quelque progrès , s’ils ne s’attachent long, temps à la profeffion de Talapoin, ou s’ils n entrent dans des charges : car c’efl: en ces deux cas feulement que cette langue leur eft nécefiaire. Ils écrivent le Siamois &c le Bali de la gauche à la droite, du meme fens que nous écrivons nos langues d'Europe : enquoy ils font diffé- rens de la plûpart des autres Asiatiques , qui de tout temps ont écrit de la droite à la gauche ; & des Chinois même , qui conduifent la ligne de haut en bas , & qui dans 1 arrangement des li- gnes en une même page, mettent la première à la droite , & les autres de fuite vers la gauche. Ils font encore différais des Chinois, en ce qu’ils n ont pas comme eux un caractère pour chaque mot , ou même pour chaque lignifi- cation d’un leul mot , afin que récriture n’ait point d’équivoques comme le langage. La lan- gueSiamoife & la Balie ont comme les nôtres un Alphabeth de peu de lettres , dont on com- po Ce des Syllabes & des mots. D’ailleurs la lan- gue Siamoilè tient beaucoup de la Chinoilè , en cequ’elle a beaucoup d’accent (car leur voix s’élève fouvent de plus d’une quarte ) & en ce quelle eftprçfque toute de mçno-fyllabes : de ~ 7 ‘ forte Du Royaume de Siam. \ g r force qu’on peut préfumer que fi on 1 enten- doit bien, on trouveroit que le peu de mots, qu’elle a de plufieurs fyllabes, font ou étran- gers , ou compofez de monofyllabes , dont quelques-uns ne font plus enufage, que dans ces compofitions. Mais la reffemblance la plus remarquable, iv, qui foit entre ces deux langues, & qui ne fe^sJ^‘ trouve pas dans laBalie, eftque ny. l’une ny moife&: 1 autre n’ont ny déclinaifon ny conjugaifon, ny f)eut- être de dérivez, au lieu que la langue Ba- point ie en a. Par exemple le mot qui veut dire conm^^ tarit voudra dire auflî contentement , & celuy m0”s > qui fignifie bon fignifiera bien 8c bonté , félon Balic en les diverfes manières de les employer. L’arran- gement feui marque les cas dans les noms, & en cela leur arrangement neft guère différent du nôtre. Et quant aux Conjugaifons les Sia- mois ont feulement quatre ou cinq petites Par- ticules , qu'ils mettent tantôt devant le verbe , & tantôt apres , pour en fignifier les nombres, les temps , & les modes. Je les donneray à la fin de ce Volume avec les Alphabeth Siamois & Balis : & c^eft en cela que confifte a peu prés toute leur Grammaire. Leur Diélionnaire neft guère moins fim- ^ v- pie: je veux dire que leur Langue ifeft guère siamoifc abondante; mais le tour de leur Phrafe nen peuabon- cft que plus divers & plus difficile. Dans les J^Vorc païs froids , ou l'imagination eft froide, onfiguieç. nomme chaque chofe par fon nom ; & Ton y H 7 abonde VI. De l’A- iithmeti- qur. 1 8 z Du Royaume de Siam. abonde autant ou plus en paroles qu’en çhc^ fès: & lorsqu’on a mis tous ces mots dans fa mémoire, on peut fe promettre de bien par- ler. 11 n en eft pas de même dans les païs chauds: peu de mots y fuffifènt à beaucoup di- re ; parce que la vivacité de l’imagination les employé en cent manières différentes toutes figurées. Voicy deux ou trois exemples des fa- çons de parler Siamoifès. Cœur bon veut dire content , ainfï pour dire , fi je'tois à Siamje fe - roü content , ils difoient yfimoy>être ville Siamy rnoy cœur bon beaucoup. SU veut dire lumière , & par métaphore beauté , & par une fécondé métaphore ce mot de sii étant joint à celuy de •Ptf^qui veut dire bouche , sii-pak^ veut dire les levres\ comme qui diroit la lumière ou la beau - te de la bouche . Ainfi, la gloire dubois veut dire fleur , le fils de L'eau veut dire en général tout ce qui s engendre dans ïeau fans être poif fon ; comme les crocodiles , & toutes fortes d ’infeétes aquatiques. Et en d’autres rencon- tres le mot de fils ne marquera que la petiteffe, comme les fils des poids , pour dire les petits poids y au contraire du mot de merey dont ils fè fervent pourfignifier la grandeur en certaines chofes. Au refte j e n’ay vu en cette langue au- cuns mots, qui ayent du rapport aux nôtres, que ceux de po & de me qui veulent dire perc & merey en Chinois///, mu. Je pâlie à l’Arithmétique , qui après la leâu- re, & l’écriture , eft la principale étude des Sia- mois. Du Royaume de Siam. i S $ mois. Leur Arithmétique a comme la nôtre dix caractères , dont ils figurent le z.ero comme nous , & aufquels ils donnent les mêmes va- leurs que nous, dans le même arrangement, plaçant comme nous de la droite à la gauche. Nombres, dixaines, centaines, mille, & toutes les autres puiflànces du nombre dix. Les mar- chands Indiens font fi exercez à conter , & leur imagination ell fi nette là defîùs , quon dit qu ils peuvent réfoudre fur le champ des que- stions d! Arithmétique tres-dilh'ciles : mais je croy auffi qu’ils ne réfolvent jamais ce qu’ils ne peuvent réfoudre furie champ. Ils n'aiment point à refver, &ils n’ont nulufage de l’Al- gèbre. Les Siamois ne calculent guère1 qu’avec la VIL plume : mais les Chinois fe fervent d’un In- ^fnrtUqUi ftrument, qui revient au jeton, &que fHi- feu de jc- ftoire de la Chine du P. Martini porte quils ont invente deux mille lix a lept cent ans avant J E s u s-C h r i s t. Quoy qu'il en foit, Pigno- riui dans (on Ouvrage De fervis nous apprend que cet Infiniment étoit familier aux anciens efclaves Romains , qui étoient deftinez à con- ter. J’en donne la defeription &la figure à la fin de cet Ouvrage. Les Etudes aufquelles Ton nous applique vu T. dans nos Collèges , (ont prefque abfolumentLcs.sia" inconnues aux Siamois ; & 1 on peut dourer propres s’ils y font bien propres. Le caradtcre effen- aux E,tu- ciel des peuples despaïs extrêmement chauds jîucati2£ ou i S'4 ‘Du Royaume de Sium. ou extrêmement froids eft la pareffë d’cfpritcC de corps ; avec cette différence qu'elle dégé- néré en flupidité dans les pais trop froids, &C que dans les pais trop chauds il y a toûjours de l’efprit 8c de l’imagination ; mais de cette forte d’imagination & d’efprit, qui fe laffe bientôt de la moindre application. ix. Les Siamois conçoivent facilement 8c net- l’imagi-*1* tement ^CLlrs reparties font vives & prom- otion & ptes , leurs objections font juftes. Ils imitent icffc! Pa" d>a^ord> &-dés le premier jour ils font paflâ- blement bons ouvriers : fi bien qu’on croit qu’un peu d’étude les va rendre tres-habiles , foîtdans les plus hautes foicnces, foit dans les. arts les plus difficiles ; mais leur pareffe invin- cible détruit tout d’un coup ces elpérances. Il ne faut donc pas s’étonner s’ils n’inventent rien dans les fciences qu’ils aiment le mieux , comme la Chymie & l’Aftronomie. x. J ay dit cy-deffus qu’ils font naturellement naturelle- Leur Poëfie confifte, comme lanô- mentPoë- tre , 8c comme celle dont on fe fort aujour- loëfie eft d’hl,y Par toute L T erre connue, dans le nom-: limée, bre des fyllabcs , & dans la Rime. Quelques- uns en attribuent l’invention aux Arabes , par- ce qu’il fomble que ce font eux , qui l’ont potr tée par tout. Les relations de la Chine difent bien que la Poëfie Chinoifo d’aujourd’huy eft en rime; mais quoy qu’elles parlent de leur Poche ancienne , dont ils ont encore plufieurs Ouvrages, ils ne difent pas de quelle nature elle Du Royaume de Siam. iSy elle étoit, parce, 'a mon avis, qu’il eft diffi- cile d’en juger: car encore que les Chinois ils lifent ayent confervé l’intelligence de leur ancienne écriture , ils n’ont pas confervé leur ancien fourd-huy langage. Quoiqu’il en foit, j’ayde la peine à i^[ccasraan. comprendre dune Langue toute de monofyl- riens, labes , & pleine de voyéles fort accentuées , tk de diphtongues fort compofées , que fi la Poe- fie ne confifte dans la Rime , elle puiflé confi- fier dans la Quantité , comme faifoient les Poëfies Grecque & Latine. Je nay pû avoir une çhancon Siamoife bien x i. traduite , tant leur façon de penfer eft éloignée ^^fns de la nôtre. J’y ay pourtant entrevu despein- laPoëfie. tures , comme par exemple d'un jardin agréa- ble, où un amant invite famaîtreffedevenir. J y ay vû auffides expreffions qui- me paroit Soient d’une immodeftie groffiére-, quoyque cela ne fit pas le même effet en leur langue. Mais outre les chançons d’amour , ils en ont auffi d’Hiftoriques fk de Morales tout enfem- ble : j en ay oüy chanter aux Pagayeurs mê- mes , dont on me faifoit entendre à peu prés le fens. Le Laccne dont j’ay parlé n’eft autre cho- ie qu’un chant Moral & Hiftorique, & l’on msa dit que Pun des frères du Roy de Siam fait des Poëiies Morales fort eftimées , aufquellcs il met luy-même le chant. Mais fi les Siamois naiffent Poètes , ils ne xix. naiffent point Orateurs , & ils ne le deviennent poinîoiSl point. Leurs Livres font ou des narrations d un tems. ftile XIII. Leurs compli- ments le iefTem- blcnt toû jours. XIV. De la der- nière ha- rangue que l’Am- bafladeur de Siam fit en fiance. i S S Du Royaume de Siani. ftile fort Ample , ou des Sentences d’un ffi/e coupé & plein d’images. Ils n ont point d’A- vocats : les partis difent chacune leur affaire au Greffier , qui écrit fans aucune Rhétorique les faits & les railbns qu’on luy dit. Quand ils prêchent, ils lifent le Texte Baly de leurs Li- vres , & ils le traduilènt & l’expliquent en Sia- mois Amplement , & fans aucune forte d’a- ftion ; comme nos Profeilèurs , & non pas comme nos Prédicateurs. Ils fàvent porter une parole en une affaire, &. ils s en acquittent avec beaucoup d'infinüa- tion; mais pour ce qui eft de leurs complimens, _ ils font tous fur un modèle , qui eft fort bon à. la vérité; mais qui fait que dans les mêmes cé- rémonies ils difent toujours à peu prés les me-- mes chofès. Le Roy de Siam luy-même a les paroles prefque contées dans fes audiences de cérémonie ; & il ne dit aux Envoyez du Roy qua peu prés ce qu il avoitdit à Mr. de Chau- mont, & avant luy à feu Mr. l’Evêque d’Helio- polis. Je iray point oublié cette excellente haran- gue , que 1* Ambaffadeur de Siam fît au Roy dans fon audience de congé, & qui feule pour- roit faire croire que les Siamois font grands Orateurs ; fi nous pouvions juger du mérite de [original par celuyde laTradu&ion: mais cela eft difficile , fur tout en deux langues , qui ont fi peu de rapport l’une à l’autre. Tout ce que nous en devons croire a ceft que le gros Du Royaume de Siam. ïSj du deffein & de la penfée eft de l’Ambafiadeut Siamois: & je ne m'étonne point qu’il ait ad- miré la bonne mine , l’air Majeftueux , la pu if fance, l'affabilité, broutes les qualitez extra- ordinaires du Roy. Elles le dévoient encore plus frapper qu’un autre; parce que ces vertus font ablolûment inconnues en Orient : &s’il eût ofé dire toute la vérité, il eût avoué que la flatterie naturelle à ceux de Ion païs luyavoit fait loiier toute fa vie ces mêmes chofes , où el- les nêtoient point, & qu'il' en voyoit dans le Roy le premier exemple. Quand les Manda- rins vinrent à bord de nôtre vailfeau porter le premier compliment du Roy de Siam aux En- voyez du Roy , ils prirent congé d’eux , en leur témoignant qu’ils le demandoient à regret , 8c par la néceilité indifpenfable d’aller iàtisfaire l’impatience du Roy leur Maiftre , fur les cho- fes qu’ils avoient à luy rapporter: penfée natu- relle 8c bonne firr laquelle roulie tout le com- mencement de la harangue de congé de l’Am- balfadeur. Et quant à ce bel endroit par où il finit , que leur relation de luy & de fes collè- gues lèroit mile dans les Archives du Royaume de Siam, & que le Roy leur Maître fe feroit un honneur de l’envoyer aux Princes fes Al- liez , il eltoit en cela moins Orateur qu’Hifto- rien. Il rendoit conte d’une pratique de Ion pais , qui ne s’obmet point dans les grandes occafions , & qui eft en ulàge en d’autres Royaumes. Il y en a un exemple dans Oforius 1 8 8 Du Royaume de SUm. au livre 8. de fon Hifioire d Emmanuel Roy de Portugal y où il raconte comment Alphon- fè , deuxième Roy Chrétien de Congo , fît mettre dans tes Archives l’Hiftoire de fà con- verfion , & celle d’une célébré Ambaflade, qu’il avoit reçue d’Emmanuel ; & comment il en fit part à tous les Princes les vallâux. On peut donc aflûrcr que les Siamois ne font point Orateurs, & quils n’ont jamais befoin de l’être. Memes leur ufage n’eft pas de faire ny haran- gue ny compliment aux Princes , vers qui on les envoyé 3 mais de répondre aux chofes , fur lelquelles ces Princes les interrogent. Ils ha- ranguèrent en cette Cour, pour s’accommoder à nos mœurs, & pour joiiir d’un honneur qu’ils eftimoient fort , qui étoit de parler au Roy avant que fa Majefté leur parlât. Voilà tout ce que l’on peut dire de leur Po’ëfîe, &de leur Rhétorique. lisait I§norent ablolûmènt toutes les parties de unc°phi- k Philofophie , horfmis quelques principes de lofophic Morale , où > comme nous verrons en par- point de& ^ant ^es Talapoins, ils ont mêlé bien du faux. Theolo- Je feray voir auffi en même temps qu'ils n’ont gie* aucune forte de Théologie, & qu’on pour- roit peuDeftre les juftifier fur le culte des faut fesDivinitezdont on les accule, par une im- piété plus coupable, qui eft de ne connoître aucune Divinité , ny vraye , ny fauflfe. Com-L nont Polnt d’Etude de Droit: ils n’ap- saeat iis prennent les Loix de leur Païs que dans les cm- Du Royaume de Sium. i Sr> emplois. Elles ne font point publiques, com- étudien* me j’ay dit , faute d'imprimerie : mais quand ils entrent en quelque office, on leur met en main une copie desLoix qui le concernent: & la même chofe fe pratique en Efpagne; quoy que les Loix y foient entre les mains de tout le monde, Si qu’il y ait des Ecoles publiques pour les enfeigner. Par exemple, ils infére- ront dans les Provifions d’un Corregidor tout le titre de Corrcgidores , qui effc dans la com- pilation de leurs Ordonnances. J’ay vû même quelque exemple de cela en France. Chapitre X. ‘De ce que les Siamois favent en Méde- cine & en Chymie. LA Médecine ne peut mériter chez les i. Siamois le nom de Science. Les princi- dcshnîa paux Médecins du Roy de Siam font Chinois ; fes Méde- & il en a auffi de Siamois, &de Pegüans: & de depuis deux à trois ans il a pris en cette qua- mïs!* lité Mr.Paumart l’un des Millionnaires Fran- çois lèculiers , auquel il fe confie plus qu’à tous lès autres Médecins. Les autres font obligez à rapporter tous les jours à celuy-cy l’eftat de la lanté de ce Prince , & à recevoir de fa main les remèdes qu'il luy prépare. Leur ignorance capitale eft de ne rien là- 1 1. voir en Chirurgie, Sc d’avoir befoin des Eu-Ils i"n0' rent la ropeans , ipo Du Royaume de Siam. &rAnrf!CroP^anS5 non ferment pour les trépans, & toœie. P0lir toutes les autres operations de Chirur- gie difficiles , mais pour les fimples fàignées. Ils ignorent entièrement 1* Anatomie: &bien loin d’avoir jamais porté leur curiofité , jut qu^à découvrir ny la circulation du (àng, ny toutes les chofes nouvelles , que nous lavons touchant la ftruéiure du corps des animaux , ils n ouvrent les corps morts , qu après les avoir rôds dans les funérailles, (bus couleur de les brûler ; & ils ne les ouvrent que pour y chercher dequoy abufer la crédulité fuperfti- cieufe du peuple. Par exemple ils difent qu'ils trouvent quelquefois dans Peftomac des morts , de grolles pièces de chair fraîche de cochon , ou de quelque autre animal , du poids d'environ huit ou dix livres : 6c ils fuppofent quelle y a efté mi fe par quelque fortilége , ôc quelle eft bonne à en faire d autres. iis\i’ont ^ P^uent Pas Savoir aucun principe aucun nt Medecine, mais feulement un nombre de principe Receptes , qu: ils ont apprifes de leurs Ancê- Rccepics. tres 5 , & aufquellcs ils ne changent jamais rien. Ils n’ont nul égard aux (ymptomes particu- liers des maladies : & cependant ils ne lait fent pas d’en guérir beaucoup ; parce que la tempérence naturelle des Siamois les préferve de beaucoup de maux difficiles à guérir. Mais quand enfin il arrive que le mal eft plus fort que les remèdes , ils ne manquent pas d’en attribuer la caule à maléfice. Dpi Royaume de Siam. rp i Un jour le Roy de Siam ayant fû que j’étois i v. un peu incommodé , quoy que je le fuflè fi peu, que je ne garday jamais la chambre, il chinois ne laifla pas d’avoir la bonté de m’envoyer tous Ces Médecins. Les Chinois firent d’abord tans. ' quelque honéteté aux Siamois & aux Pegüans; & puis ils me firent afieoir , & suffirent eux- mémes : 8c après avoir demandé filence , car la compagnie eftoit nombreufe , ils me tâté-* rent le poux l’un après l’autre aflèz long- temps , pour me faire foupçonner que ce n’eftoit que grimace. J’avois lu qu’a la Chine il n y a point d’Ecole pour les Médecins, 8c qu’on y efl: reçû à en faire la profeflion, tout au plus après un leger examen fait par un Magi- strat de Judicature, & non par des Docteurs en Médecine. Et je favois d’ailleurs, que les Indiens font de grands fripons, & les Chinois Çncore davantage : de forte que j euflè bien Voulu me défaire de cesDoéteurs, fans qu’il n'fen eue coûté quelque expérience de leurs remèdes. Après m’avoir tâté le poux, ils di- rent que j’avois un peu de fièvre, mais je ne ^ en (èntois point du tout: ils ajoutèrent que j’avois la poitrine attaquée , & je ne m’en ap- percevois , finon en ce que j’avois la parole un peu affoiblie. Le lendemain matin les Chi- nois ieuls revinrent me préfènter une petite potion tiède , dans une taflè de porcelaine couverte & fort propre. L’odeur du remède me plut, & fit que je l’avalay, &je ne m’en trouvay ny bien ny mal. On 15)2 JD a Royaume de Siafn. _ v. On (aie allez qu’il y a par tout des çharla- tans> & que tour homme qui promettra har- chariatansdiment la famé, les plaifirs , lesticheffes, les fux1 nd- honneurs, & la connoiflànce de 1 avenir trou- tics, vera toûjours des duppes. Mais la différence quil y a des charlatans de la Chine à ceux d'Europe au fujet de la Médecine , eft que les Chinois abufent les malades par des remèdes agréables & attrayants , & que ceux d’Europe nous donnent des drogues , dont le corps hu- main cherche à fe défaire par toutes fortes d’efforts: fi bien que nous fommes portez à croire qu’on ne tourmenteroit pas ainfi un malade , fi cela n’eftoit certainement bien né- ceffaire. DcV ueis Qnand quelqu’un eft malade à Siam, il com- icmcdesS mence par fe faire ramollir tout le corps par on ufe à quelqu’un qui foit entendu en cela, qui monte Siam. fur je CQrpS cju malade, & le foule aux piés. L on dit mêmes que les femmes groffes fe font ainfi fouler aux piés par un enfant, afin dé- coucher avec moins de peine : car dans les pais chauds , encore que les accouchements lem- blent devoir eftre plus faciles par la conforma- tion naturelle des femmes, ils ne lailïènt pas d’y eftre allez douloureux, peut -eftre parce qifils y font précédez de moins d’évacua- tion. Autrefois les Indiens n apportaient d autre remède à la plénitude, qu’une excciïive diet- tej &c’eft encore la principale findlèdesChi- r 4 nois Dtt Royaume de Siam. *9} nois dans la Médecine. Aujourd’huy les Sia- mois ufent de la faignéc , pourvu, qu’ils ayenc un Chirurgien Européan ; & quelquefois à la place de la iaignée ils employait lesventoulês Scarifiées 8c les làngfuës. Us ont des purgatifs dont nous nous fèr- V°ns , 8c d’autres qui leur (ont particuliers; »iais ils ne connoiflènt point l’Ellébore fi fami- her aux anciens Médecins Grecs. D’ailleurs 1 s n oblèrvent aucun temps dans la purgation , ,.ne «vent ce que c’eft que Crife ; quoy qu’ils ji ignorent pas 1 utilité des lueurs dans les ma- ladies & qU5au contraire ils eftiment beau- coup 1 ufage des lùdorifiques. Us employeur dans leurs remèdes des miné- raux es limples, & les Européans leur ont fa t connonre le Kinkina. En général leurs remedes font fort chauds; &ils n’ufent d’au- Ï Ïrfr1 intérieur : mais ils fe bai- gnent dans la ficyre, & dans toute forte de maladies. Lfemble que tout ce qui concentre bon USmeme ^ cIiaIcur naturelle > leur foit Leurs makdes ne Cç nourrilïent que de boiiil- v i r. he de ris , qa ils font extrêmement liquide- h eregT es Portuguais des Indes l’appellent canl Les' bouillons de viandefont mortels àSiam, parce mois* Sd / rC C,U trop i,cfi:oillac : & quand leurs de KS/01 ? T eftf de man8er quelque chofe defohde , fis leur donnent de la viande de< chon preferablcment à toute autre Tomel I : co- lis VIII. Leur ignorance en Chy- mie, ôc leurs fa- bles fur cette ma- cicxe* ip4 Dit Royaume de Siam. Ils ignorent la Chymie , quoy qu’ils 1 aiment paffiouncment ; & que plufieurs parmy eux fe vantent d’en pofTéder les fecrets les plus re- cherchez. Siam, comme tour le refte de l’O- rient, eft: plein de deux fortes de perfonnes fur cette matière , d’impofteurs & de duppes. Le feu Roy de Siam pere de celuy-cy continua deux millions , grande fbmme pour (on païs, à la vaine recherche de la Pierre Philofophale: ÔC les Chinois eftimez fi habiles ont la folie depuis trois ou quatre mille ans de chercher un remède univerfel , par lequel ils efpérent de s’exempter de la nèceflîté de mourir. Et com- me parmy nous il y a des Traditions lourdes de quelques perfonnes rares , qu’on dit avoir fait de l’or , ou avoir vécu quelques fiecles , il y en a de fort établies chez les Chinois, chez les Siamois , & chez les autres Orientaux , de ceux qui ont lu fe rendre immortels, ouab- folûment, ou de telle forte qu’ils ne peuvent plus mourir que de mort violente. C’ell: pour- quoy l’on fuppofè que les uns ôc les autres fe font dérobez à la vue des hommes; ou pour joiiir d’une immortalité libre & paifible , ou pour fe mettre à couvert de toute force étran- gère , qui pourroit leur ôter la vie , que nulle maladie ne peut altérer. Ils content merveilles du favoir de ces prétendus immortels, ôc il ne faut pas s’étonner qu’ils les croyent capables de forcer la nature en plufieurs chofes , puis qu’ils s’imaginent qu’ils ont eu l’art de fè déro- ber à la mort. C h a- Du Royaume de Star». Chatitre XI. De ce que les Siamois favent des Ma- thématiques. L’Imagination vive & nette des Siamois r. fèmbleroit plus propre aux Mathémati- J,*®” a** ques, qu’aux autres études, fi elle ne fe laf-siamcon- foit trop tôt : mais ils ne peuvent fuivre un [railc i long tiflii de raifonnements, dont ils ne pré- püa'ion voyent ny le bout , ny le profit. Et il faut d’efPlk* avoiier pour leur exculè , que toute applica- tion d’eiprit eft fi pénible en un climat auffi chaud que le leur , que les Européans même n’y peuvent guère étudier , quelque envie qu’ils en ayent. . ^es Siamois ne favent donc rien en Géomé- 1 r- trie ny en Méchanique , parce qu’ils peuvent cl des su. ablolument s’en palier : & l’Aftronomie mois tou- les touche qu autant qu’ils croyait qu’elle peut iervir à la. divination. Ils n en favent que *es parties quelques pratiques , dont ils dédaignent de d,es Ma: penctrer les railons ; mais dont ils le fervent ques, dans les Horofcopcs des particuliers , & dans la conftrudion de leur Almanac , qui eft com- me un Horofcope générale. I t T Il paroît qu’ils ont fait reformer deux foisDu c*- leur Calendrier , & par d’habiles Aftronomes : S leiquels pour fuppléer aux Tables Aftronomi- & pour ques, ont pris deuxEpoques arbitraires , mais ffi? remarquables par quelque conjonction rare ont d«ux I z des Epotvlcs' IV. La plus récente eft évi- demment arbitraire. V. La plus ■ancienne 196 Du Royaume de Siam. des Planètes. Sur ces oblèrvations ayant une fois établi de certains nombres , ils ont au moyen de plusieurs additions, fouftraétions , multiplications Sc divifions , donné pour les années fuivantes le fecret de trouver le lieu des Planètes , à peu prés comme nous trouvons TEpaéte de chaque année en ajoutant onze à l’Epaéle de Tannée d’auparavant. La plus récente des deux Epoques Siamoi- fês fe rapporte à Tan de Grâce 6 $8. J’ay donné à Mr. Cafïïni Directeur de l’Obfèrvatoire de Paris la maniéré Siamoifè de trouver le lieu du Soleil, & celuy de la Lune par un calcul, dont le fondement eft pris de cette Epoque. Et le mérité fingulier qu a eu Mr. Caffini à dé- veloper une choie fi difficile , 3c à en pénétrer iesraifons, fera fans doute admiré de tous les Savants. Or comme cette Epoque n eft vifi- blement que le fondement d’un calcul Aftro- nomique , & quelle a efté choifie plutoft qif une autre, feulement parce qu’elle a paru plus commode qu’une autre au calcul, il eft évident qu’on n’en doit rien conclure qui re- garde THiftoire Siamoifè; ny s’imaginer que Tan 6 38. ait efté chez eux plus illuftre qu’un autre par aucun événement, duquel ils ayent trouvé h propos de commencer à conter leurs années, comme nous contons les nôtres de- puis la Naiftance du Sauveur du Monde. Par la même railon je fuis perfiiadé que leur plus ancienne Epoque , depuis laquelle en cette Du Royaume de Sium. ipy cette année 168p. ils content 213 3. ans, n’a suffi pa- cfté remarquable à Siam par aucune chofeloîtaibi~ digne de mémoire , & qu’elle ne prouve pas que le Royaume de Siam foit de cette ancien- neté. Elle eft purement Aftronomique, & fert de fondement à une autre maniéré de cal- culer les lieux des Planètes, qu’ils ont aban- donnée pour cette nouvelle Méthode , que j’ay donnée à Mr.Caffini. Quelqu’un leur aura fait connoître les mécontes, ou dans la fuite des temps cette ancienne méthode doit eftre tombée ; comme nous avons connu avec le temps les erreurs de la reformation du Calen- drier faite par l’ordre deJules-Céfar. Les Mémoires Hiftoriques des Siamois 11e vr. remontant , comme j’ay remarqué au corn- mencement, qu’à neuf-cent ans ou environ ,fc de la il 11e faut pas aller chercher la fondation de “™n?o- leur Royaume à l’an 345. avant la Naiflàncena-co- dc Jésus-Christ, ny ilippofèr que de-^ora* puis ce temps-là ils ayent eu une fuite de Rois , qu’ils ignorent abfolûment eux - mêmes. Et quoy que les Siamois dilent vulgairement que cette première Epoque , depuis laquelle ils content , comme j’ay dit , 2233. ans , eft celle de la mort de leur Sommona-Codom, & quoy quelle fe rapporte à peu prés au temps auquel vivoit Pythagore, quia femé en Occident la doétrine de la Metempfychofe , qu’il avoit apnfe des Egyptiens, il eft certain néanmoins c^iic les Siamois nont aucun mémoire du î 3 temps» 1 9 S Du Royaume de Siam. temps, auquel leur Sommona-Codom peut avoir vécu : & je ne puis me perfuader que leur Sommona-Codom fuit Pythagore, qui n a point cfté en Orient, ny que leur ancienne Epoque loit autre qu’Aftronomique , & arbi- traire ; non plus que leur Epoque récente. Variété de Qüe ^ ^es Siamois s’en fervent encore dans ftiiedans ^eurs Dates , après l’avoir abandonnée dans i« Dates, leurs calculs Aftronomiques, c’eft parce que dans les choies de ftile on 11e change pas aiié- ment les ulàges , aulquels l’on eft accoûtumé : & pourtant ils ne lailTent pas de dater quelque- fois par rapport à cette Epoque récente, qu'ils ont prife , comme j’ay dit , de l’an 65 8. de n°a‘e Seigneur. Mais leur premier mois eft toujours la Lune de Novembre , ou de Dé- cembre , en quoy ils ne fe départent pas de 1 ancien ftile , lors même qu’ils datent l’an- née lelon leur ftile nouveau ; quoy que le pre- mier mois de l’année foit , lelon ce ftile nou- veau , ou le cinquième ou le fixiéme du ftile vieux. v 1 1 T: C’eft là en 'peu de mots toute l’habileté des sitmoV* Siamois cn Aftronomie. D’ailleurs ils n’en- du'fe v tencienr nen du véritable lÿftéme du monde , me du*" Parce qu’ils ne lavent rien par railon. Ils monde, croyent donc, comme tout le refte de l’Orient, que les Ecliples fe font par quelque Dragon , qui dévore le Soleil & la Lune (peut-eftreà caufe de cette façon de parler Métaphorique des Aftronomes, que les Ecliples fefont dans Du Royaume de Siam. x 9 9 îatête &C dans laqucuë du Dragon:) & ils font un grand bruit de poêles & de chaude- rons pour effrayer & chaffer ce pernicieux ani- mal, & pour délivrer ces beaux Aftres. Iis çroyent la Terre quarrée &fort vafte, far la- quelle la voûte du Ciel porte par Tes extremi- îcz , comme fi c’eftoit une de.ces cloches.de verre , dont nous couvrons quelques-unes de nos plantes dans nos jardins. Ils aflurent que laTerreeft divifeeen quatre parties habitables fi feparéës les unes des autres par des mers* qu’elles font comme quatre mondes differens. Ils fuppofent au milieu de c es quatre mondes une tres-haute montagne pyramidale de qua- tre faces égales , appelée Caou pra fonmene ( Caou veut dire, Montagne & monter : ) &C depuis la furface de la terre , ou de la mer, jufquaufommet de cette montagne, qui tou- che, difènt-ils, aux.étoiies , ils content quatre- vingt-quatre- mille /‘ods, Sc chàque fod vaut environ huit- mille toifes. Ils. content autant de fods depuis la furface de la mer jufquaux fondements de la montagne ; & ils content auffi quatre- vingt-quatre-mille fods détendue de mer depuis chacune des quatre faces de cette montagne jufqua chacun des quatre mondes que j ay dits. Or nôtre monde , qu’ils appellent Tchiampion , eft à ce qu ils difcnt , au Midy de cette montagne;. &le foleil, la lune & les étoiles tournent fans ccffe autour d elle : Si c eft ce qui fait félon 'eux le jour & la nuit. i 4 Ali ioo Du Royaume de Siam. Au defïus de cette montagne eft un ciel qu’ils appellent Intratiracha , qui eft furmonté par le ciel des Anges. Cet échantillon , qui eft tout ce que j’en fay , (iiffira pour faire voir leur groffiéreté ; & s’il ne fe rapporte pas exaéte- roent à ce que d’autres ont écrit avant moy de cette matière , il ne faut pas plus admirer la variété des opinions Siamoifes en une chofe qu’ils n’entendent pas , que la contrariété de nos fy fié mes dans l’Aftronomie , que nous croyons entendre. lcTs^ L’extrême fuperftition des Indiens eft donc diens font une fuite tres-naturelle de leur profonde igno- fupeiftî- rance : mais pour leur exeufe , des peuples propor- Plus éclairez qu eux n ont elle guere moins Fu- ji011 de perfticieux. Les Grecs, & apres eux les Ro- tiéme*' mains > n’ont-ils pas crû à TArtrologie judi- ignoran- ciaire, aux augures, aux prélàges, & à tou- cc* tes fortes d’arts invéntez-fous prétexte de de- viner & de prédire ? Ils penfoient qu’il eftoit de la bonté des Dieux d’avoir donné aux hom- mes des focours pour penetrer l’avenir. Scies mots de Devin St de divin font un même mot dans leur origine , parce que félon les an- ciens Payens l’art de deviner n’eftoit qifun art de confulter les Divinitez. Les Siamois croyent donc encore quJil ÿ a un art de prophetifer, comme il y en a un de rendre la fanté aux ma- lades: & quand les Devins du Roy de Siam fo trompent , il leur fait donner des coups de bâton , non comme a des impofteurs , mais comme Du Royaume de Siam. zo i comme à des négligents ; comme il fait ballonner lès Médecins , quand les rcmedes qu’ils Iuy donnent, ne font pas l'effet qu’il s’en eft promis. Ce Prince n’entreprend , non plus que fes x. fujets, ny affaire, ny voyage, que fes Devins aav'e^ qui font tous Brames ou Pegiians , ne luy ayent vins fus marqué une heure pour l’entreprendre heu- Ies sia" reufement. Il ne fort pas de chez luy, ou s’il m01s' en eft forti , il n’y rentre pas , tant que (es De- vins le luy défendent. Le Dimanche luy parois plus heureux que les autres jours, parce que dans là langue il a conlèrvé le nom de jour drt Soleil. Il croit le croiflànt de la Lune plus heu- reux que le déclin: & outre cela l’Almanac, qu’il fait faire tous les ans par un Aftrologue Brame , luy marque & a fes fujets les jours heureux , ou malheureux , pour la plupart des chofes qu’ils ont coutume de faire : follie qui n’cft peut-ellre que trop tolerée parrny les Chrétiens: témoin l’Almanac de Milan , au- quel tant de geins ont aujourd'hui une il aveugle créance. Les Siamois prennent à mauvais augure les x r. hurlements des animaux feroces , &les cris Et,dts des cerfs & des linges ; comme plufieurs per- pi8lascî* Tonnes parrny nous s’effrayent des hurlements des chiens pendant la nuit. Un ferpent qui coupe le chemin , la foudre qui tombe fur une maifon , quelque chofe qui tombe comme de foy-même & fans aucune caufe apparente, font 1 5; des. loi Du Royaume de Siam . des fujets de crainte pour les Siamois, & des raifons d’abandonner , ou de remettre une affaire, quelque importante & quelque prêt fée qu’elle foit d’ailleurs. Une des maniérés dont ils Ce fervent pour deviner l’avenir , Sc qui eft commune à tous les Orientaux , c’eft de faire quelques ceremonies fuperfticieufes, puis d’aller en ville , & de prendre pour un oracle fur ce qu’ils ont envie de (avoir , les pre- mières paroles , qu’ils entendent dire au ha- zard dans les rues, ou dans les maifons. Je n’en ay pu (avoir davantage , parce que les In- terprètes Chrétiens , dont j’euftè pû me fer- vir , regardent ces chofes avec horreur, comme . des fortiléges, & des paétes avec le Démon : quoy qu’il (oit bien poffible que ce nefoient que des fottifes pleines de crédulité & d’igno- rance. Les anciens François par une pareille fuperftition con(ulcoient en leurs guerres les premières paroles , qu'ils entendoient chan- ter dans l’Eglife en y entrant. Encore aujour- d’hui plufieurs perfonnes ont une créance fu- perfticieufe en de certaines herbes , quils cueil- lent la veille de la St. Jean , d’où eft venue cette façon de parler proverbiale, employer toutes les herbes de la St.Jean en une affaire : & parmy les Italiens il y en a qui, après s’eftre lavé les pics dans du vin la veille ae la St.Jean, jet- tent le vin par la fenêtre , & (i tiennent enfuite pour écouter ceux qui paftent dans la rue , pre- nant pour un augure certain fur ce qu’ils ont envie D'f* Royaume de Sium. 203 envie de favoir5 la première parole qu’ils enten- dent dire. Mais ce qui a donné aux Indiens la réputa- x 1 tion de grands forciers , c’eft principalement dknsaô- les continuelles conjurations , dont ils ufent «fez de pour éloigner les mauvais efprits, & pour atti- i°erc& e" rer les bons. Ils prétendent avoir des Talif- pourquoi, mans , ou des Carattem qu’ils appellent Cad, pour venir à bout de tout ce qu’ils veulent t comme pour faire mourir, ou pour rendre in- vulnérable ; & pour faire taire gents & chiens» quand ils veulent faire une méchante action , & n'être pas découverts. S’ils préparent une médecine ils attacheront au bord duvalè plu- sieurs papiers , où ils auront écrit des paroles myftérieufes , pour empêcher que les Petpaya* tons n emportent la vertu du remède avec la rumee. Ces Petpayatons font à leur avis des elprits répandus dans l’air , de qui ils croyent entre autres chofes , qu’ils jomlTeiu les pre- miers de toutes les filles ; & qu’ils leur font cet- te prétendue bleffure , qui fe renouvelle tous- les mois. Sur la mer pendant l’orage , ils atta- cheront à tous les Agrès de pareils papiers écrits , qu’ils croyent propres à calmer les- vents. Les fuperftitions, dont ils nient envers les xm. femmes accouchées , ne parodient pas moins ridicules, quoy qu’elles foient peut-être fon- lesfem!^ déeslùr quelque utilité pour la fanté. Ils croyent mcs1en 0ya 5 & je quelque autre Cour du voifinage, des Députez de quelques-unes des diverfes Nations qui font à Siam , fûrent auffi de cette vifite : & entre autres il y en eût deux, qui dirent que la ville de leur origine, dont jay oublié le nom , ne fiibfiftoic plus : mais quelle avoir efté fi confiderable, quon n’en pouvoic faire le tour qu’en trois mois, J en ris en moy-même comme d’une follie fans fondement: &peu de jours apres lefieur de Chançort Siamo-ù/è :7£. i *ÙJ • JL J-' tftn j) jrïg -t^- tt Say Santon, eüy leûyacanv Son Seiia, coney neua tchacm t ; f J ,i « t—f K K *, S -v- te ï= O 'Keun diaou nayyyleny ny co tchaoiia yltny dayyleny labam, U tchaouey tchautay /O 1 R 1 n , k — r- m M N ! t A $ i/H r— n f > l j — r 1 — 1 r \ E , K 4 r * V ' j , r r * — * J à s !* L. L_^ t s r # — * — ■ V iJ ^ ^ \*r yletiy ny cochaoiûa, yUny So nayey , yeüy Vonyle chaoney 'Iclnoriy & -i — / î te "Cr Q A: _û_ S J cjiLOuang nany 'Jxha.ny 'Tchayleti 'Tôha, deun ey -»4*-** — v~ ♦ . .\r*Vs i ASC \>fc Du Royaume de Siam. i0y la Mare Ingénieur , que Mr. de Chaumont avoit laiffé a Siam, me dit que quand il avoit efté à Ligor par ordre du Roy deSiam, pour en prendre le plan., le Gouverneur, ne voulut ja- mais luy permettre d’en faire le tour finon en deux jours , quoy qu’il eût pû le faire en moins d’une heure. Pailôns à l’étude de la derniere partie des Mathématiques. Chapitre XII. De la Muftque , G? des Exercices du Corps. T A Mufique n’eft pas mieux entendue à r. Siam , que la Geometrie & l’Aftronomie. LcsSiî' Us font des airs par génie, &ils ne les favent n-ont nul pas noter. Us n’ont ny cadence , ny tremble- a‘[dansle ment non plus que les Caftillans : mais ils C l*nt" chantent quelquefois comme nous lâns paro- les, ce que les Caftillans trouvent fort étran- ge 5 & à la place des paroles , ils ne dilent que ttosytiôt, comme nousdifons lan lk-lan. Je n’y ay pas remarqué un feul air, dont la inc- lure fut à trois temps, au lieu que ceux-là font làns comparaifon les plus familiers aux Efpa- gnols. Le Roy de Siam entendit fans fe mon- trer plufieurs airs de violon de nos Opéra, & l’on n’ous dit qu’il ne les avoit pas trouvez d’un mouvement allez grave: neanmoins le peuple Siamois n’a rien de fort grave dans fes chants j & tout ce qu ils jouent lut leurs inftruments s • mefme ioS Du Royaume de Siam. mefinc dans la marche de leur Roy, eft allez vif. ils n’ônt nc conn°idcnt pas plus que les Chinois pas diver-k diverhtc des chants pour les diverlès Parties les parties d un corps de Mufique: ils ne connoilîèntpas- toncerts” m^me Ja diverfité des parties;, ils chantent tous àl’uniflon. Leurs inftrumens ne font pas d ailleurs bien recherchez , & il faut croire que ceux , où il paroît quelque connoiflance de la Mufique, leur font venus de dehors, in. ^ lis ont de mauvais petits rebecs ou violons Hr“.rsm’ à trois cordes , qu’ils appellent Tro , & des x" beT : hai,t'büls fr°rc aigres qu’ils nomment Pi , & les hautbois, ^ipaSn°k Chinmuu, Ils n’en joiient pas mal, baffius. & ils les accompagnent du fon de certains bat fins de cuivre , lur chacun delquels un homme frappe un coup , avec un bâton court , à cer- •L’orcille tains temps * de chaque mefure. Ces bafiins duît fans ^nt fufpendus par un cordon, chacun a une que per- perche pofée en travers fur deux fourches qui. batteh . nt £ieboiir : f un s’appelle Schoungfchang , & «aefure. ileft plus mince, plus large, &d’îm Ion plus grave que l’autre, qu’ils nomment Cong. iv. A cela ils mêlent deux elpeces de tambour, pounpan." ^ Tlouupounpan , & le Tapon. Le bois du tlounpounpan efl: de la grandeur de celuy de. nos tambours de balque, mais il elt garni de peau des deux cotez comme un vray tambour, & de chaque côte du bois pend une balle de plom à un cordon. Outre cela le bois du tloun- pounpan efttravcrle départ en part par unbi- toa Dfi Royaume de Siam\ 105? ton qui luy fert de manche, & c eft par là qu'on le tient. On le roule entre fes mains comme un bâton de chocolatière , finon quon tient le bâton de chocolatière renverfé , & le tloun- pounpan tout -droit : & par ce mouvement que je viens de dire, les baies de plom qui pen- dent de chaque côté du tlounpounpan frap- pent de part & d autre fur les deux peaux. Le Tapon eft de la figure dun barril : on le v. porte par devant , pendu au col par un cordon ; LcTaPôtt< & on le bat fur les deux peaux , de chaque main & à coups de poing. ils ont un autre infiniment compofé de dm- v 1. bres, qu’ils nomment pat-cong. Les timbres font mis tous de fuite chacun fur un bâton timbres» court, & planté tout-droit fur une demie cir- conférence de bois pareille aux gentes d une petite roué de carrolfe. Celuy qui jouede cet infiniment , eft affis au centré ou à la place du moyeu les jambes croifées; & il frappe les tim- bres avec deux bâtons, dont il tient l’un delà main droite, & l’autre de la main gauche. Il me femble que cét infiniment n’avoit qu’une quinte redoublée détendue : mais certaine- ment il n'y avoir aucuns demy-tons , ny rien pour étouffer le fon d’un timbre , lors que l’on en frappoit un autre. Cçtoit un charivary de tous ces inflruments v 1 1. enfemble, que la marche que Ion fonnoit à l’entrée des Envoyez du Roy : on la Tonne Roy dans toute pareille à la fuite du Roy de Siam, &ce^esmat' bruit 1 1 o YDu Royaume de Siam . bruit tout bizarre qu'il eft,n arien de defigrca- ble principalement fur la rivière, v 1 1 T. Us accompagnent quelquefois la voix avec pagne?" deux bâtons courts , qifils appellent crab 5 & mcms de qu’ils frappent l’un contre Y autre ) & celuy qui la voix, chante ainfi s’appelle Tchang-cap. Ils le font venir la veille des nopces avecplufieursde ces. inftrumens dont j’ay parlé. Le peuple accom- pagne aulli la voix le foir dans les courts des lo- gis, avec une efpecede tambour appelé tong. On le tient de la main gauche, & on le frappe de temps en temps dun coup de poing delà droite. Ceft une bouteille de terre fins fond, & qui au lieu de fond eft garnie d une peau rat- tachée au goulet avec des cordons. IX* Les Siamois aiment extrêmement nos trom- tes°Spa~PctCes> ^es leurs font petites & aigres: ils les Tara- appellent tre ; & ils ont outre cela de vrais tam- bours# bours, qu’ils appellent clong. Maisquoyque leurs tambours foient plus petits que les nôtres, ils ne les portent point pendus à leur épaule : ils. lesaflèyent fur l'une des peaux, & ils les bat- tent fur l'autre, fo tenant eux- mêmes affis les jambes croifées devant leurs tambours. Ils fe fervent aufli de cette forte de tambour pour ac- compagner la voix : mais ils ne chantent guère avec ces accompagnements de tambours que pour danler. Le jour de la première audience des Envoyez de faux*11 ^L1 R°y il y avoir dans la court la plus intérieure poux en du Palais , une centaine d’hommes proiternez. Les Du Royaume de Siam. m les uns tenant pour la montre de ces mauvai- faire pa- ies petites trompettes qu'ils ne fonnoient point, latic% & que je foupçonnay être de bois ; Si les autres ayant devant eux, chacun un petit tambour, fans le battre. Par tout ce que je viens de dire il paroît qu'a x i. quelques pratiques prés les Mathématiques ^cescU* font auffi négligées à Siam que les autres Scien- corps, ces. Ils n ont pas plus en recommandation les exercices du corps , que ceux de lefprir. Ils ne lavent ce que c'eft que l’art de manier un cheval: ils n'ont point d armes, fïleurRoyne leur en donne, &rce neft qu’aprés qu’il leur en a donné qu’ils peuvent en acheter. Ils ne s'exercent à les manier que par l'ordre de ce Prince. Ils ne tirent jamais le moufquet de- bout, non pas même à la guerre : ils mettent pour le tirer ungenoüil à terre , &fouventils achèvent de s'afleoir fur 1e talon, en étendant en avant Pautre jambe , qu’ils n’ont point flé- chie. A peine favent-ils marcher, ou fe tenir fur leurs pies de bonne grâce: ils ne tendent jamais bien leurs jarrets , parce qu'ils font ac- coutumez à les tenir tout à fait pliez. Les Fran- çois viennent de leur montrer à (e tenir debout lous les armes , & jufqu’à l'arrivée des vaifleaux du Roy à Siam , leurs fentinelles mêmes s'af feyoient à terre. Loin de s'exercer à la courfe, ils ne marchent jamais , purement pour fe pro- mener. La chaleur du climat fait en eux allez de diffipation. La lutte, &lc combat à coups i i i Du Royaume de Siam. de poing ou de coude y font des métiers de bar- teleur. Lacourfedesbalons eft donc leurlèui exercice. La rame & la pagaye font en ce païs- là dés lage de quatre à cinq ans le métier de tout le monde: auffi peuvent-ils pagayer trois jours & trois nuits prelque fans le repofer, quoy qifils ne fupportent guère aucun autre travail. Chapitre XIII. Des Arts exercés par les Siamois. ils font T n,°nt P°*nt corPsc^e Métiers , &les mauvais **- Arts ne fleuriflènt point parmy eux \ non feulement à caulè de leur pareilè naturelie,mais «juoy. encore plus à caule du Gouvernement fous le- quel ils vivent. Comme il ny a nulle fureté pour le bien des particuliers, linon à le bien cacher, chacun y demeure dans une lî grande (implicite, que la plûpart des arts ne leur font pas necellàires, & que les ouvriers n’y finiraient trouver le jufte prix des ouvrages, aufquels ils voudraient mettre beaucoup dedépenfc&de travail. De plus , comme chaque particulier doit tous les ans lix mois de corvées au Roy > & que fouvent il n en eft pas quitte pour lix mois , il n'y a perfonne en ce Païs-là qui oie le distinguer dans quelque art , de peur detre for- ce ^travailler toute fa vie gratuitement pour le fervice de ce Prince, Et parce que dans ces cor- Du Royaume de Siam. 21 3 vées ils font employez atout indifféremment, chacun s'applique à favoir faire un peu de tout, pour éviter les coups de bâton; maisperfon- ne ne veut trop bien faire, parce que Iafervi- tude eftleprixde l'habileté. Ils ne lavent, ny ne veulent lavoir faire que ce quils ont fait de tout temps. Il ne leur importe dette cinq- cent ouvriers, plulieurs mois durant, à ce que peu d’Européans bien payez achevcroient en peu de jours. Si quelque étranger leur donne quel- que adreflè , ou quelque machine , ils l’ou- blient dés que leur Prince l’oublie. Audi ne s’offre-t-il point d’Européan au fêrvice d’un Roy Indien , qui n’y foit reçu , pour ainfi dire, à bras ouverts. Quelque petit mérite qu’il air, il en a toujours plus que les Indiens naturels : & non feulement pour les arts mécaniques , mais pour la marine, &pour le commerce, à quoy ils (ont encore plus affeétionnez. L’in- convénient eft que les Rois des Indes lavent bien le fecret , ou de n’enrichir un étranger que d'efperances , ou de le garder chez eux, s'ils l’ont véritablement enrichi. Rien n’efl: li magnifique que les Appointemens que donne leGrand-Mogol: mais voit-on unEuropéan, qui ait remporté bien des richefles de ce fer- vice ? Pour revenir à rinduftrie des Siamois , voicy ï r. à peu prés les arts qu’ils çonnoiffent. Ils font paffablement bons menuifieurs , & parce qu’ils cem.“Cr’ noue point de clous, ils entendent fort bien les 2.14 Royaume deSiam • les affemblages. Us fe mêlent de fculpture , mais grofliérement : les ftatucs de leurs Tem- ples font tres-mai faites. Ils lavent cuire la bri- que & faire d excellents ciments, & ils n enten- dent pas mal la maçonnerie. Neanmoins leurs bâtimens de briques ne durent guère faute de fondements: ils n’en font pas même à leurs fortifications. Ils n^ont ny criltal fondu, ny verre; &c’e(l une des chofes qu’ils aiment le mieux. Le Roy de Siam trouvoit fort à fon gré ces verres taillez à facettes, qui multiplient un objet; & il demandoitdes vitres entières avec cette même propriété. x.cs Vitres Lcs vitres des Chinois font compofées de fî- deschi- de verre gros comme des pailles, mis de «ois. même fens Yvlh auprès de lautre , & colcz par les bouts a du papier , comme nous colons les quarreaux de verre dans nos chaffis de fenê- tre. Ils mettent fouvent quelques peintures fur ces fortes de vitres ; & de ces vitres ainfi pein- tes ils font quelquefois des panneaux de para- vent, derrière le /quels ils aiment à mettre des lumières: parce qu^ils ont extrêmement le goût des illuminations. CoIrJ* L es Siamois lavent fondre les métaux, & je- mcnt ics ter des ouvrages en moule. Ils revêtent fort referont ^en dune lame fort mince , ou d or , ou d’ar- dcsCmc-U Sent,> ou de cuivre leurs Idoles, qui font quel- taux. quefois des malles énormes de briques & de chaux. J’ay chez-moy un petit Sommona- Codom , qui eft ainfi revêtu d’une lame de cuivre Du Royaume de Siam. 215 'Cuivre dorée , & qui eft encore plein du ciment qui a fervi de modèle. Ils revêtent dune pa- reille lame d or ou d'argent, de certains meu- bles de leur Roy , & la garde de fer des fabres , & des poignards , dont il fait préfent à quel- ques-uns de fes Officiers , & quelquefois à des étrangers. Ils n’ignorent pastoîit à fait l’orfè- vrerie , mais ils ne favent ny polir les pierres precieufes , ny les mettre en œuvre. Ils (ont bons doreurs > & ils favent affez bien v. battre l’or. Toutes les fois que le Roy de Siam gent ils écrit à un autre Roy , il le fait fur une feuille de écrivent ce métal auffi mince qu’une feuille de papier. fur unc * feuille L’on y marque les lettres par compreflïon >d,or. avec un poinçon émouffé , comme ceux dont nous écrivons fur nos tablettes. Ils ne fe fervent guère du fer que dans la VL première fonte , parce quils font mauvais for- méchants gérons : leurs chevaux ne font point ferrez , forge- éc n’ont d’ordinaire que des étriers de cor- „c famit de, & des bridons fort méchants. Ils n’ont pas con- pas de meilleures Telles : fart de conroyer & ro-vcr- de préparer les peaux eft abfolûmcnt inconnu à Siam. On n’y fait guère de toiles de coton , & on , v 1 L n’y en fait que de fort grottes , & avec une JLVdê* fort vilaine peinture , & feulement dans la toiles, 8c Capitale. On n’y fait milles étoffes , ny dc&es. foye , ny de laine , ny aucun ouvrage de tapif. feric: la laine même y eft fort rare". Ils lavent broder , & leurs delFeins plaifent. J'»y VIII. La Pein- ture des Siamois, & des Chinois. 1. La pcfche & le com- merce font les deux pro- filions z 1 6 Du Royaume de Siam. J’ay vu dans un de leurs Temples une agréa-' ble Peinture à frefque , dont les couleurs étoient fort vives. Il n y avoir nulle ordonnan- ce ; & elle faifoit fouvenir de nos anciennes tapiflèries : ce n’eftoit pas apparemment un ouvrage de main Siamoife. Les Siamois & les Chinois ne lavent pas peindre en huile, &d ailleurs ils font mauvais Peintres. Leur goût eft de faire peu de cas de tout ce qui n’eft que d’après nature. Il leur fèmble qu’une imitation jufte eft trop facile j parce qu’en effet leur exécution en cela n’a rien , qui ne le foit beaucoup. Ils veulent donc de l’extravagance dans la Peinture , comme nous voulons du merveilleux dans la Poëiîe. Ils imaginent des arbres , des fleurs , des oy- leaux , ôc d’autres fortes d’animaux , qui ne furent jamais. Ils donnent quelquefois aux hommes des attitudes impoffibles , & le iecret eft de rependre fur toutes ces chofes une faci- lité , qui les faflè paroitre naturelles. Voilà pour ce qui regarde les arts. Chapitre XIV. Du Commerce chez, les Siamois . T Es profeffiom les plus generales à Siatn 'font lapelche pour le menu peuple, & la marchandée pour tous ceux, quiontdcquoy la faire. Je dis tous, fans en excepter meme leur Du Royaume de Siam. z \j leur Roy. Mais le commerce du dehors cftant parta- refervé prelque tout entier à ce Prince, celuy 8™ct£Icf' du dedans cil fi peu de chofe , qu'on n y fau- icss'a-1^ roit faire de fortune confidérablc. Cette fim-mois' plicité de mœurs , qui fait que les Siamois le partent de la plupart des arts , fait qu’ils le partent aulfi de la plupart des mârchandifès, qi]i font nécelfaires aux peuples d’Europe. Voicy néanmoins comment le peuple Siamois fait fes commerces. Dans les prêts un tiers , quel qu’il (bit , écrit 1 1- la promertè ; & cela leur fuffic en Juftice, parce ^'.les quon préfiime contre la foy du débiteur qui écritures* nie, pour le double témoignage de celuy qui:flivéc‘* produit la promertè , & de celuy qui l’a écrite. Il faut feulement qu’il paroirtc par l’inlpeétion de 1 écriture , que je n’eft pas le créancier , qui a écrit la promellê. D ailleurs ils ne lignent milles écritures* ny 1 1 îh n appliquent aucun cachet aux écritures Sgnf, privées, lin y a que les Magiftrats , qui aycntture» un cachet , lequel eft proprement un Iceau que le Roy leur donne , comme un infiniment de leurs Offices. Les particuliers au lieu de “gnature mettent une fimple croix; &quov que cette efpéce defignature foie pratiquée de tous , chacun pourtant rcconnoît la croix, qui eft de là main ; & il eft , dit- on , fort rare que quelqu’un loit d’aflèz mauvailè fov pour la delavoüer en Juftice. Au refte je diray en partant quil ne faut chercher aucun myftere Tom‘r' K en 1 1 8 Du Royaume de Sianu en ce qu ils fignent avec une croix : ce n^eft chez eux qu une efpéce de paraffe , qu’ils ont preferée a tout autre , probablement parce quelle eft plus fimple que toute autre, ilsn^om J °lu5^s Notent les filles en les marianr, point°d*é- & (luela fioc conte au mary en prefence des crimrc Parents, mais fans aucune écriture. J’ay dit aufli ny dc^No- ^ ^ ne f°nc point de T eftament , & qu avant taires. de mourir ils donnent de la main à la main ce quil leur plaît, & à qui il leur plaît, &qu;a cela prés la coûtume difpofe deleurfuccellion. Ils font peu de commerce d’immeubles, Perfonne prefque ne s avife parmy eux d'ache- ter le fond de terre d’un autre: le Prince en donne , ou en vend allez à qui en veut. Mais comme la véritable propriété luy en demeure toujours, cela fait que perfonne en ce païs-là ne longe ny à acquérir beaucoup de terres , ny à améliorer à un certain point celles quil a ac- quits, de peur d’en faire envie à quelqu'un plus pui liant que luy. Et ainfi n’ayant pas be- loind’Ecritures de longue durée , ils ne le font pas avifez d avoir des Notaires, v. Quant aux petits commerces , ils font prêt c^ommcr-S ^uc tüus fi Petite confequence , & la bonne ces. foy y eftfi grande , que dans les bazars ou lieux de marché le vendeur ne conte point l’argent, qu'il reçoit , ny l’acheteur la marchandée, qu’il achète par conte. Ils furent foandalifez devoir les François acheter les moindres cho- fos avec plus de précaution. L'heure Vu Royaume de Siam . x X() L’heure du marché eft depuis cinq heures vr. du foir jufqua huit ou neuf. Ils n’ont point j-'* tn’u: d’aune , parce qu’ils achètent les mouflèlines d'aune.mt & les autres toiles, toutes entières. On eft bien malheureux en çe païs-là, lors qu’on y achète la toile par Ken , terme qui veut dire, coude & coudée tout enlèmble; & pour ceux à qui cela arrive , on mefure effectivement avec le bras, & non avec aucune forte d’aune. n Néanmoins ils ont leur braffe , qui vaut VI1- nôtre toile à un pouce prés. Ils s’en fervent biaffe'1* dans les bâtimens , dans l’arpentage , & peut- dont iis fe eftre en d’autres chofes ; & fingulierement à püûTazT mefurer les chemins, ouïes canaux, par ou chofes leur Roy paffe d’ordinaire. Ainfi de Siam Louvô chaque lieue eft marquée par un po-m?r“« teau , fur lequel ils ont écrit la quantième licuë lcs- che" c eft. La même chofe s’obfcrve chez le Grand- mmS‘ Mogol , où Bernier dit qu’ils marquent les Kof- fes ou demies -lieues par des Tourrettes ou par de petites pyramides ; & tout le monde fait que les Romains marquoient les lieues par des pierres. 1 Le Coco fert de mefure aux grains & aux vin. liqueurs en cette maniéré. Comme tous les rC Cfc0 cocos font naturellement inégaux, on enme-mefoc lure la capacité par ces petits coquillages appe- aux sia- lez cor /s , qui fervent de baffe monnoye ài«°& Siam , & qui ne font pas fenfiblement plus& p«w grands l’un que l’autre. Il y a donc tel cocoks IU qm confient jufqu’à mille L™, à ce ^ 1 m’a iio Du Royaume de Siar/t. nia dit, tel qui n’en contient que cinq- cent, fie tel autre plus ou moins. Ils ne biffent pas d'avoir pour mefurer le grain une elpéce de boijfeau , appelle Sat en Siamois , qui n’eft fait que de bambou entrelacé ; fie pour mefu- rer les liqueurs ils ont une cruche appelée Ca- nari en Siamois , choup en Portuguais : fie c cft fur ces forces de mefures , qu’ils font leurs marchez. Mais faute de Police & d’un Eta- lon , fur lequel les mefures foient légitimement réglées , l’acheteur ne les admet qu’aprés les avoir mefurées avec fou coco, duquel il a re- connu la capacité par les coris \ & il fe fèrt ou d’eau, ou de ris félon qffil veut mefurer , ou le canan , ou le fat avec fon coco. Au refte le quart du canan s'appelle Leeng , fie les qua- rante fat font le fejle , fie les quarante feltes le Coh}. On ne fiuroit dire le rapport que des mefures fi peu juftes ont avec les nôtres. J ay dit ailleurs qu’une livre de ris par jour fiiftità un homme , fie qu’elle ne vaut guère quini liard. Mr. Gervailè dit que le fette de ris eft eftimê péfer cent catis> ceft à dire deux cent vingt-cinq de nos livres. ix. Ils né, font pas plus exaéls furies poids : ils ÏS& les aPPcllent Din& en générai ; & les picces fcrc de de leur monnoye font les plus hdeles , fie prel- V°'ids> que les feuls , dont ils fe fervent ; quoy que leur monnoye fuit fouvent faillie ou legere. On me vint dire comme une chofè fort re- marquable , que les Siamois vendoient à poids ïargcftc Du Royaume de Siam. zz r chargent je ne fày qiroy dallez vil, par ce qu'on avoir vu au marché cette marchandée dans l’un des badins de la balance , & la mon noyé d'argent qui fervoit de poids, dans l'autre. Les mêmes noms marquent donc les poids & les monnoyes tout enfèmble. Leurs monnoyes d'argent font toutes de me- nie hgure , àc frappées aux memes coings : mon_ feulement les unes font plus petites que les noyés. antres. Hiles font de la figure d'un petit cilin- dre ouroulleau fort court & entièrement plié par le milieu , de forte que les deux bouts du roulleau reviennent l’un à côté de l’autre. Leurs coings (car ils en ont deuxfi.it chaque pièce, frappez l’un à côté de l’autre au milieu du roulleau , ôc non fiir les bouts ) ne repré- fentent rien que nous çonnoiflions , &on n’a pas (u me les expliquer. La proportion de cette monnoye à la nôtre eft que leur Tical , qui ne péfe qu’un demi-êcn , vaut pourtant 37. fols ôc demi. J’en donne la figure & la grandeur , & l’on trouvera à la fin de cet ou- vrage leurs mefures pour les longueurs , auffi bien que leurs monnoyes, & leurs poids. Ils n’ont point de monnoye d’or , n’y de cuivre. L’or eft marchandife chez eux , & il y vaut douze fois l’argent, la fineflfe eftant fuppofée égale dans les deux métaux. Ny l’or ny l’argent ne font monnoyez à la xi. Chine: ils coupent ces Octaux pat morceaux informes , dont ils payent les autres marchan- ne.‘ u K 3 difes-, aii Dti Royaume de Siam. dilès ; &il faut pour cela qu’ils ayent toûjours le trébuchet , & la pierre de touche à la main : leur trébuchet eft une petite balance Romai- ne : mais il fait chez eux lï bon vivre, que pour les achats ordinaires leur monnoye , qui n’eft que de cuivre, leur fuffit. Ils renfilent en cer- tain nombre en un cordon, car elle eft percée au milieu , & ils content par cordons , & non par pièces. Lc^ctn: LcsJ‘W°nois ont une monnoye d’or platte pan mon. un peu P^l,s longue que large > & arrondie noyé d’or prelque en ovale. J’en donne exactement la poiJa£> grandeur 8c la figure. Elle eft frappée à plu- fieurs coings avec des hachûres. Son poids eft de quatre gros & demi , & douze grains, 8c elle eft au moins de 23. Ksracls , autant qu’on en peut juger (ans la fondre. On l’appelle cou- pan , &c là valeur eft eftimee vulgairement dix écus la pièce. xiii. La balFe monnoye de Siam n eft autre que C« 'baffe" ces Pct‘ts coquillages, dont j’ay déjà parlé , & monnoye dont je donne auiii la grandeur & la figure, de Siam. Les Eutopéans qui font à Siam les nomment Corn , & les Siamois Usa. On les pefche abon- damment aux Ides Maldives , 8c quelquefois, aux Philippines , mais ;en tres-petite quantité , à ce qu’on m’a dir. Toutefois Navarrete en fes Difiours de la Chine page 6 1 . parle ainfi des Cons, qu’il appelle Sigtteits. On en forte , dit-il , de la côte de l’Inde & de Manille : il J e n a d’innombrables a l’Jlle de Luban , qui cft J l’une Grandeur et Üfufitre dit Coiipaiz, 7/lorznoye dix* dit Jajrpotv mi, des deitœ cotez . Ces hachures 71e S entras des ombres on les fait dans ht uumnoyejpmr enji^}ffier-lej?oids . ; . . Vv-Vv'.' V\'\ • V'\. *> v^c.; . * ;..VwV\v.VC jj| ! - ’ ■ '. ■ î * m * ‘Àÿfÿf ; • n , W /■ ‘V #:. \ »w *?lv .7. :;i'- / î • *VV\; /W Ü i; ;:\ . •i. I n 4 r V* j/S •’ ;:•.. • i * • • .•7." e ‘ v U ' ' ' '*r 1: V ' : \ \vviv.*v. \ *'V Jjj *•;, r\ -• !! XIV. Combien Du Royaume de Siam.. 2 2 > l’une des Philippines. Et plus bas il dit. On ■porte les Jigueie s des IJles de Baldivia , qui font les Maldives. Il n’eft pas aifé de dire jufquou s’étend lufage de cette monnoye naturelle. Elle a cours ru°%ede par touce l’Inde, & prefque fur toutes les cô-cette tes d’Affrique ; & Ton ma dit qu elle eft reçue ™Uten-C en quelques endroits de la Hongrie : mais j’ay du. de la peine à le croire , parce que je ne voy pas quelle vaille la peine d’y en porter. Il s en caflè beaucoup dans lutage : & à mefiire qu’il y en a moins , elle vaut davantage par rapport à la monnoye d’argent; comme auffi elle baille de prix quand il en arrive quelque charge confi- dérable par quelque vaifleau : car c’eft une forte de marchandée. Le prix ordinaire à Siam eft qu’un Foiian , ou la huitième partie d un Tical vaut huit-cent coris , c^eft à dire que feptou huit coris valent à peine un denier: vilete de monnoye qui eft une marque cer- taine du bon marché, ouplutoft du vil prix des Denrées. Chapitre XV. Caraftére des Siamois en général. Omme laifànce fe trouve dans le bon T\ '‘-'marché des chofes neceiraires à la vie , & moisiront comme les bonnes mœurs feconfervent pins bonnes facilement dans une aifance modérée, que dansg 1 1- L adultère eft rare à Siam, non pas tant parce re eft rare cllle ma,7 a droit de fe faire juftice de fa fem- à Siam. nie (c eft-à-dire de la tuer , s’il la trouve en fla- grant délit, ou de la vendre, s’il la peut con- vaincre d’infidelité) que parceque les femmes ny font corrompues ny par l’oifîveté, ("'car ce font elles qui nourrifiènt les hommes de leur travail) nypar le luxe de la table ou des habits, ny par le jeu , ny par les fpeéhcles. Les Siamoi- fes ne joiient point: elles ne reçoivent point de vifite d’homme; &les Ipedacles font aflèz rares à Siam, & n’ont ny jours marquez, ny prix certain , ny théâtre public. Il ne feut pourtant pas croire que tous les mariages y ioient chaftes : mais au moins tout autre amour plus déréglé, que celuy des femmes , y eft , dit- on , fans exemple. ni- La jaioufie n eft chez eux qu’un pur fcntî- ïouliVdcs ment ^ gloire, qui eft plus grand en ceux, siamois qui font plus élevez en dignité. Les femmes du femmes.15 PCL1Ple Ÿ fhifànt tout le commerce y joiiiflènt ’ d’une liberté entière. Celles des Grands font fort retirées, & ne fortent que rarement, ou pour Du "Royaume de Siam. ii y pour quelque vifite de famille , ou pour aller aux Pagodes. Mais quand elles forcent, elles vont à vifàge découvert, lors mêmes qu'elles vont à pié ; & quelquefois on les diftingue dif- ficilement des femmes efclaves , qui les accom- pagnent. Au refte non feulement elles ne trou- vent rien de rude dans la contrainte où elles vi- vent, mais elles y mettent leur gloire. Elles regardent comme une honte une plus grande liberté -, & fe tiendraient ofFenfées & mépri- fées par un mary, qui voudrait la leur per- mettre : elles font jaloulës pour eux , autant qu’eux-mcfmes. Il n’y a point en Afie de femme de bien, qui iv. n aime mieux en une occafion de guerre, que fonmary la tuë, que s’il la laifloit tomber aUAfiati- pouvoir des ennemis. Tacite en donne un ex- <îues' ernple dans Zénobie femme de Rhadamiftus au Livre iz. defes Annales. Les maris mefme regardent, comme la choie du monde lapins hontenfê pour eux , que leurs femmes tom- bent au pouvoir des ennemis; & quand cela arrive , le dernier outrage qu’on leur puiffè faire, eftdene leur pas rendre leurs femmes. Mais quoy que les femmes d’Afie foient capa- bles de facrifier leur vie à leur gloire , il ne laillè pas d’y en avoir parmy elles , qui prennent des- plailirs fecrets quand elles peuvent , &qui rif- quentpour celà leur gloire & leur vie. On dit qu’il y en a eu des exemples parmy les femmes du Roy de Siam : quelques renfermées , qu’el- K S les * * 6 Du Royaume de Siatn. les foient , elles trouvent quelquefois le moyen d'avoir des amants. On ma alluré que la ma- nière ordinaire dont ce Prince les punit , eft de les (oûmettre premièrement à un cheval ac- coûtumé, je ne fay comment , à l'amour des femmes, & puis de les faire mourir. Il y a quelques années quil en donna une aux ty- gres, & parce que ces animaux l’épargnerent d'abord , il voulut luy faire grâce : mais cette femme fût allez indignée pour la refufer, ô£ avec tant d’injures , que le Roy la regardant comme une enragée , ordonna derechef quel- le mourût. On irrita les tygres, & ils la dechi- rerent en fa prefence. Il n'eft pas fi fut qu'il fade mourir les amants, mais au moins il les fait bien châtier. L'opinion commune eft à Siamque ce fût une faute de cette nature, qui caufa la derniere dilgrace du feu Barcalon frere aîné du premier Ambalïadeur du Roy de Siam auprès du Roy. Le Roy fon Maître le fit ba- llonner très- rudement , & celfa de le voir , (ans pourtant luy ôter fes charges. Au contraire il continua de fe (èrvir de luy pendant les fix mois, qu'il furvêcuf aux coups qu'il avoir re- çûs; &il prépara de (a propre main tous les remedesque le Barcalon prît dans fa derniere maladie , parce que perfonne n'ofoit luy en donner, de peur d'être accufè de la mort d’un homme, qui paroiftoit li cher à fon Maître. Bernier rapporte quelques exemples , par où il paroit que le Grand-Mogol ne punit pas totV jours Die Royaume de Siam. xij jours de mort ny les femmes de Ton Serrail qui manquent à leur devoir, ny les hommes qui font leurs complices. Ces Princes regardent ces fortes de crimes, comme les autres, qu’on peut commettre contre leur Majefté , à moins que quelque fentiment d’amour les rende plus lènfibles à la jaloufie. Les Seigneurs Siamois ne font pas moins v. jaloux de leurs filles que de leurs femmes ; & joufie’d* s’il y en a quelqu’une qui tombe en faute , ils la sumois**' vendent à un certain homme, qui a droit de H01” Ieuts les proftituër pour de largeur, moyennant un lllU,s‘ tribut qu’il paye au Roy : Y on dit qu’il en a eu jtilqua fix-cent , toutes filles d’Officiers de confideration. Il achète aulïï les femmes,, quand les maris les vendent pour les avoir con- vaincues d’infidélité. Le peu de refpeéfc envers les vieillards n’eft vi. pas moins rare à Siam qu’à la Chine. Des deux £ r®* Mandarins, qui vinrent à bord des Envoyez les vieil-1 du Roy leur porter le premier compliment du laids* Roy de Siam, le plus jeune, quoyque le plus élevé en Dignité, céda la première place & la parole au plus âgé, qui ne l’étoit que de trois ou quatre ans feulement. La menterie envers les Supérieurs y eft punie v 1 1; par le Supérieur incline ; & le Roy de Siam la Les.Sia* punit encore plus feverement que tout autre r^ands & malgré tout cela on ment à Siam autant , ou Mente“«* plus qu’en Europe. L’union des familles y eft telle, qu’un fils vm* A . Grande v QUI 22 8 Du Royaume de SUm. union qui y voudroit plaider contre fes parents , y pat familles, ^eroïc pour un monltre. Auin perionne en ce païs-là ne craint-il ny le mariage , ny le nom- bre des enfans : Tinterêt n y divile point les fa- milles: la pauvreté ny rend point le mariage onéreux. i x. Nos domeftiques n’y remarquèrent que trois dicitéra- mcnt*iants > gents vieux , impotens & fans ie,&hon- parenté. Les parents ny (ouffrent pas que leurs sTam3 Parcnrs demandent Taumône: ils nournflènt charitablement ceux de leur famille, qui ne peuvent fe nourrir de leur bien, ny de leur tra- vail. La mendicité y eft honteufe non feule- ment à celuy qui mendie , mais à toute fa fa- mille. x:. Mais le vol y eft encore plus honteux que mois font mendicité, je ne dis pas au voleur mefme, voleurs, mais à fes parents. Les plus proches n’oient s'mtérellèr pour un homme prévenu de vol; &iln’eit pas étrange que le vol foit eftimé fi infâme , où l’on peut vivre à fi bon marché : aufii leurs maifons font-elles beaucoup moins fures, que nos plus mauvais coffres. Nean- moins , comme il n’y fauroit avoir de véritable vertu , que dans les vues éternelles du Chri- ftianifme , les Siamois ne refufent guère un vol, qui s’offre à eux, pour ainfi dire. C’eft proprement parmi eux que l’occaiion fait le larron. Ils mettent l’idée de laparfaitejuftice à ne pas ramailèr les chofes perdues , c elt à dire à ne pas profiter dune occafion fi facile dac- Du Royaume de Siam. quérir. De mefme les Chinois pour exagérer le bon Gouvernement de quelques-uns de leurs Prinçes, difentque fous leur Régné lajuftice étoit en fi grande recommendation parmy le peuple , que nul ne touchoit à ce qu’il trouvoic d égaré dans un grand chemin : & cette idée n’a pas été inconnue aux Grecs. Autrefois dans la Grèce les Stagyrites en avoient fait une Loy. en ces termes : Ce que tu nas pas mis quelque part 3 ne l'en ôte point : ôc c ’cll peut-être d'eux* que Platon l’avoit prife 5 quand il Pa inférée parmy (es Loix. Mais les Siamois font bien éloignez d’une fi exquife probité. Le P. d’EfpagnaCj l’un de ces pieux & là- xi. vants Jéfuïtes que nous menâmes à Siam > étant Srclq?cs un jour feul dans le Divan de leur logis >. un Sia- deTo^ mois vint hardiment prendre devant, luy un c°rmd™sis beau tapis de Perle fur une table: & le P. d’E- siamois, fpagnac le laiflà faire, parce qu’il ne le douta pas que ce fût un vol. Dans le voyage , que le Roy fit faire en Flandre aux Ambaflàdeurs de. Siam 3 l’un des- Mandarins 5 qui les accorrn pagnoient > prit une vintaine de jetons dans une maifon , où les Ambaflàdeurs étoient priez à dîner 3 comme ils féjournoient en une des principales villes de Picardie. Le lendemain ce Mandarin croyant que ces jetons fuflènt delà monnoye 3 en donna un h un laquais pour boi- re; & Ion vol fût reconnu par là 3 mais on n’en témoigna rien. Voicy encore un trait:, qui prouve que 1 oc- K 7 cafion * 3 o 23# Royaume de Siam. *k!s fin Ca^°n V0^er a tant ^°rce ^ur eUX > ^Q*dfc |uiiei!n' les emporte quelquefois , lors meftne quelle eftpérilleufè. Lun des Officiers desMagazins du Roy de Siam luy ayant volé quelque argent, ce Prince ordonna qu on le fît mourir , en luy fàilànt avaller trois ou quatre onces d’argent fondu; &il arriva que celuy , qui eût ordre d oter de la gorge de ce malheureux ces trois ou quatre onces d argent , ne pût fè tenir d’en dérober une partie. Le Roy fit donc mourir encore celuy-cy du mefme fupplice, &un troi- fiéme s’y expolà en commettant une pareille faute; je veux dire en dérobant une partie de l’argent , quil retira de la gorge du dernier mort. De forte que le Roy de Siam , en luy fai- llit grâce de la vie, dit: ceft affez punir, je ferois mourir tous mes fajets, fi je ne me ré- fblvois une fois à pardonner. xiii. Il ne faut pas douter après cela de ce que l’on dans les ^1C ^es ^mo^s qui vivent dans les forêts , pour forêts de fèfouftraire à la Domination, qu’ils volent fou- delTchi vent ^es Pa^anrs > fans ruer neanmoins pref- ne, qui queperfonne. Les forêts de la Chine ont efté tuent fort pleines de tout temps de pareils voleurs : & il rarement, y en a eu ? qUi aprds avojr attiré auprès deux bien des compagnons , ont formé des armées entières, &iefont enfin rendu maîtres de ce grand Royaume. xiv. D’autre part la bonne foyeft tres-grande à fondes Siam en toutes fortes de commerces , comme Siamois je l’ay marque ailleurs : mais l’ufarc y eft pra- tiquée Bu Royaume de Siam. f tiquée fans nulles bornes. Leurs Loix n’y ont dans le point pourvu quoy que leur Morale ladéfen-^"'ff de. L'avarice eft leur vice effentiel; & ce qu'il leurs uYu- y a en cela de plus merveilleux , c’eftqu’ils n a- borneTsc maftènt pas des richeffes pour s’en fervir, mais leur ava- pour les enfouir. Ilce* Comme ils ne font prelque point de com- x v. merce d’immeubles, qu’ils ne font nyTefta-JM^ mems , ny Contrats publics , & qu’en un mot dicatifs,8e. ils n’ont point de Notaires , il lemble qu’ilscom* ne fauroient prefque avoir de procès , & ils en ment’ ont peu en effet de civils , mais beaucoup de criminels. C eft par la calomnie principale- ment qu’ils exercent leurs haines fecrcttes 8c leurs vengeances; &ils y trouvent de la facili- té auprès des Juges , qui en ce païs-là , comme en Europe vivent de leur profelfion. Les Sia- mois ont naturellement horreur du iàng : mais quand ils haïflènt jnfqu’à la mort , ce qui eft fort rare , ils aflaflinent , ou ils empoiflonnent, & ne connoiflènt point la vengeance incertai- ne des duels. La plupart de leurs querelles néanmoins n’aboutillènt qu’à des coups de coude, ou à des injures réciproques. Les Anciens ont remarqué que c’eft l’hu- xvr. midité des aliments , qui défend les Indiens Aut.r.es contre cette aétion du Soleil , qui brûle le teint des su- des Negres , & cotonne leurs cheveux. La mois’ nourriture des Siamois eft encore plus aqueufe que celle d’aucun autre Peuple des Indes; 8c l’on peut furement leur attribuer toutes les bonnes. 23 2 Du Royaume de Siam. bonnes > & toutes les mauvaifesqualitez, qui viennent du flegme & de la pituite; parce que le flegme & la pituite font des effets neceflai- res de leur nourriture. Ils ont de la douceur, de la politeflè , du fàng- froid , & peu de fou- cy. Ils Ce pofledent long-temps > mais quand une fois leur colère s’allume , ils ont peut-être moins de retenue que nous. Leur timidité, leur avarice, leurdiflimulation, leur tacitur- nité, leur inclination à mentir croiflent avec eux. Us font opiniâtres dans leurs coutumes autant par parelîè , que par le rcfpeét de leurs Ancêtres, qui les leur ont laillées. Ils nont nulle curiofité & n’admirent rien. Ils font or- gueilleux avec ceux qui les ménagent , (trem- pants avec ceux qui les traittent avec hauteur. Ils font rufèz Ôc changeants , comme tous ceux qui fontent leur propre foibleiïè. xvii. Leur maniéré de fe promettre une éternelle riéUeft7n- amitié, c’efl: en buvant de la mefme eau de vie fidèle. dans la mefme taffe , & quand ils veulent fe la jurer plus folemnelement , ils goûtent du fàng l’un de l’autre ; ce que Lucien nous donne pour line coûtume des anciens Scythes , & qui efl pratiqué aufîi par les Chinois, & par d’autres Nations : mais les Siamois ne laiiïènt pas quel- quefois de fe trahir après toutes çes ceremo- nies. xviii. En general ils ont plus de modération que naturelle- nous : leurs humeurs font aufli tranquiles que tuent plus leur Ciel , qui ne change que deux fois l’année Sein* Du Royaume de Siam. 2,^ & infenfiblement , quand il tourne peu à peu modérez delapluyeau beau temps, & du beau- temps cilie nous à la pluye. ils n’agiflènt que parneceflïté, & q"iis ront ne mettent pas comme nous le mérité dans l’a-Plu? p»- étion. Il ne leur femble pas raifonnable que le Ieflcux‘ travail & la peine ibient le fruit ou l’apanage de la vertu. Ils ont le bonheur de naître Philofo- phes, & peut-être que s’ils ne naiffoient pas tels , ils ne le deviendraient pas plus que nous. Je croirais donc volontiers ce que les Anciens ont dit , que la Philolbphie eft paflëe des In- des en Europe , & que nous avons efté plus touchés de l’indolence des Indiens , que les In- diens ne l’ont efté des merveilles, que nôtre inquiétude a produites dans la recherche de tant d’ Arts différents , dont nous nous fômmes flattez, peut-être mal à propos, que la ne- cefîité eftoit la mere. Mais c’eft alfez parlé des mœurs des Siamois en general , entrons dans le détail de leurs mœurs , fuivant leurs diverfès conditions. TROI- *34 TROISIEME PARTIE. Des Mœurs des Siamois fùivant leurs diverfes Conditions. CHAPITRE PREMIER. Des diverfes Conditions chez, les Siamois. Del*dcla A Siam les perfbnnes font ou libres ou vage félon cfclaves. Lemaître y a tout pouvoir fur Fefclave, horfmis celuy de le tuer : & dC m q^°n dife que les efclavesyfontfort bat- tus (ce qui eft bien vray-femblable en un Pais > où Ton bat fi fort les perfonnes libres) nean- moins Pelclavage y eft fi doux , ou fi Ton veut, la liberté y eft fi vile , qu’il a paffé en proverbe, que les Siamois la vendent, pour manger d’une forte de fruit, qu'ils appellent Durions. J'ay déjà dit quils aiment mieux la jouer, que de ne point joiier du tout : il eft certain auffi quils craignent plus la mendicité que l’efclavage ; & cela me fait croire que la mendicité y eft aufil pénible que honteufe, &que les Siamois, qui ont beaucoup de charité pour les bêtes, juf* qu'à les fecourir , s'ils en trouvent de mala- des dans les champs , en ont fort peu pour les hommes.. a quôy Us employent leurs efclaves à cultiver leurs* on y cm- terres & leurs jardins, & à quelques fervices efdlvcs!8 domeftiques : ou bien ils leur permettent de ua- Du Royaume de Siam. ç travailler pour gagner leur vie, fous un tribut quils en retirent, depuis quatre jufqu’à huit T içals par an , c’eft à dire depuis 7 . liv. dix fols jufqua quinze livres. On peut naître efclave, ou le devenir. On m. ledevient ou pour dette, comme j’aydit, ouUn.sia' pour avoir eftépris en guerre, ou pour avoir “aine wï* efté confifqué en J uftice. Quant on n’eft elcla- deveni* ve que pour dette , on redevient libre en efUave’' payant : niais les enfans nez pendant cet elcla- Vage, quoy que paffager, demeurent efclaves. On naît efclave , quand on naît d’une rnere iv. efclave : & dans l’efclavage les enfans le par- Com-. tagent comme dans le divorce. Le premier , le îultdaa-. troifiéme , le cinquième , & tous les autres ve.> &a en rang impair appartiennent au maître de la paAientf " mere: le fécond, le quatrième, & les autres en rang pair appartiennent au pere , s’il eft li- bre, ou à Ion maître, s’il eft efclave. Il eft vray qu’il faut pour cela que le pere & la mere n’ayent eu commerce enfemble , qu’avec le confentement du maître de la mere: car au- trement tous les enfans appartiendroient au maître de la mere. La différence qu’il y a des efdaves du Roy v. de Siam à lès fiijets de condition libre, c’eft rLcai.iiffc' qu il occupe toûjours fes efclaves à des tra- qu’il* y a vaux perfonels , & qu’il les nourrit ; au lieu e"tre les que lès fùjets libres ne luy doivent tous les ans du Roy de que fix mois de lèrvice , mais à leurs propres siam> & depeœ. gjT“ Au Du Royaume de Siam. Le7efcla rc^e ^es e^aves ^es particuliers ne don veTdes^ vent aucunes corvées à ce Prince: & quoy particu- que par cecte raifon il perde en un homme li- doivenc kre, <îliand cec homme tombe enefckvage, aucun ou pour dette, ou pour éviter la mendicité, Koy.CC aU ce P^nce ne s>y oppôfe pourtant pas , ny ne prétend aucune indemnité pour cela. Delà No ^ n'y a Pas a proPrement parler deux fortes bieiTeSîa- conditions entre les perfonnes libres. La moife. NobiefTe ny eft autre chofe que lapollèffion a&uëlle des charges, les familles qui s y main- tiennent pendant long- temps, en deviennent doute plus illuftres & plus puillantes : mais elles font rares; & dés qif elles ont perdu leurs charges , elles n ont plus rien , qui les diftin- gue du menu peuple. On verra fort bien à la pagaye le petit-fils d’un homme, qui fera mort grand Seigneur , & quelquefois fon propre fils. La diftin&ion entre le peuple & les Prêtres n'eft auffi qu une diftindion paflagére , puis qu’en tout temps on peut paflèrdelun de ces deux états à l’autre. Les Prêtres font lesTala- poins , dont nous parlerons dans la fuite. Sons le nom de peuple je comprends tout ce qui rf eft pas Prêtre, favoir le Roy , les Officiers , & le peuple même, dont nous allons parler main- tenant. VIII. Des l>rê- très ou Tala- poins. Ch a- Du Royaume de Siam. *37 Chapitre IL ! Du Peuple Siamois LE Peuple Siamois eft une milice, où châ- i. que particulier eft enrôlé : Ils font tous sfa^c0u^lc Soldats, en Siamois Taban> & doivent touseft une* fix mois de fervice par an à leur Prince, Ceft milicc- au Prince à les armer , & à leur donner des elephans , ou des chevaux , s'il veut qu’ils for- vent ou fur des elephans , ou à cheval : mais c’eft à eux à s’habiller, & à fe nourrir. Et com- me le Prince n’employe jamais tous fos fujets dans fos Armées , & que fouvent il ne mec point d' Armée aux champs , encore même quil foit en guerre avec quelqu'un de fos voi- fins , il employé à tel travail , ou a tel for- vice quil luy plaît, pendant fix mois par an, ceux de fos fujets , qu’il n’employe pas à la guerre. Ceft pourquoy , afin que perfonne ne- i 1. chappe au fervice perfonel du Prince, on tient lt\c£ ^ un conte exaél du peuple. Il eft divifé en gens fé en gens demain droite» &en gens de main gauche, dtoite'£c afin que chacun sache de quel côté il doit Te de main ranger dans Tes fonctions. gauche. Et outre cela il eft divifé par bandes, dont ni. chacune a fon Chef, qu ils appellent Nai: fi bandes bien que ce mot de Nai eft devenu un terme de civilité, que les Siamois fe donnent réci- proquement les uns aux autres , comme les Chi- IV. Quelle différence il y a en- tre bande & com- pagnie. V. JLes en- fants font delà ban- de de leurs pa- tents. VI. LesTala- poins & les fem- mes font exempts de fervice, & néan- moins font en- rôlez, & pourquoi. Du Royaume de Siam. Chinois s’entre- donnent le titre de Maître c’eft à dire de Précepteur. Jay dit que le peuple Siamois eft divile par bandes plûtoft que par compagnies 3 parce que le nombre des Soldats dune même bande neft pas fixe, & parce que tous ceux dune même bande ne font pas toûjours d’une même com- pagnie à P Armée : & j’ay dit que Nai vouloir dire Chef, quoy qu’on le traduife par le mot dt Capitaine 3 parce que le Naï, ne meine pas toujours fa bande à la guerre , non plus qu’aux corvées : fon foin eft de fournir autant de gens de fà bande , qu’on luy en demande , foit pour la guerre , foit pour les corvées. Les enfans font de la bande de leurs parents : & fi les parents font de differentes bandes > les enfans en rang impair font de celle de la mere , & les enfants en rang pair font de celle du pere : pourvu néanmoins que le Nui de la mere ait efté averti du mariage, & qu’il y ait donné fon contentement; autrement les en- fans fèroicnt tous de la bande de la mere. Ainfi, quoy que lesTalapoins &c les fem- mes jouifîent de toute exemption de fervice, comme ne pouvant eftreeftimez Soldats, ils ne laiflènt pas d’eftre couchez fur les rôles du peuple : lesTalapoins, parce qu’ils peuvent revenir, quand ils veulent , à la condition fe- culiere , & qu’alors ils retombent fous le pou- voir de leur Nat naturel : les femmes , par- ce que leurs enfans font de leur bande > ou Du Royaume de Siam. ou tous , ou la plus grande partie comme j’ay dit. C’eft un des privilèges du Nat de pouvoir VIt- prêter à Ton foldat plùtoft que tout autre , & de ugefd» pouvoir fatisfaire le créancier de Ion foldat; N à», afin de faire de fon foldat fon efdave , quand il fe trouve infolvable. Comme le Roy donne un balon à chaque Officier avec un certain nombre de pagayeurs , & comme ce font les Officiers, qui font auffi les chaque Offi- cier a fes pagayeurs dans là bande. Il les mar- que au poignet en dehors avec un fer chaud , 8c de l’ancre par delïus ; & ces fortes de Do- meffiques s’appellent Bâo. Mais pas un des Bâo ou pagayeurs , ne doit à fon Naï que ce forvice , & ne le luy doit que fix mois par an : c eft pourquoy ils font relayez de fix en fix mois , ou par mois : comme il plaît au Naï. Le Nâï a aufll quelques fondions dans les procès comme nous verrons. Or plus là bande eft nombreufe , plus il eft vin, eftimé puiflant : Les charges & les emplois i"6 neftant importants à Siam , que par cet en- siam*» droit. Les dignitez de Pa-yk , d’Oc-yà , d’Oc- ^'8nite2 Pra, d'Oe-Loüang , d’Oc -Connue, d’Oc- d'Oc-yà’ Meïung , & d’Oc- Pan font lèpt degrez de 8clesau~ ces Naï. Il eft vray quaujourd’huy le titre'1”’ d’Oc- Pan eft hors d’ulàge. Pan veut dire nulle, &il cftoitcenfé qu’un Oc-Pan eftoit un Chef de mille - hommes. Meûing veut dire dix- mille 8c il eft cenfc qu'un Oc-Mmng eft un Chef IX. Du mot Oc. X. Ce mot n’eft pas Siamois, & com- ment ils en ufent. 2 40 Du Royaume de Siam, Ghef de dix-mille hommes : non qu'en effet cela foit ainfi , mais c eft qu'aux Indes on grofi fit les titres. On ne m'a pas lu dire la jufte lignification de ces mots , Pa-ya , Oc-fa , Oc~ Prk> Oc-Loüang> Oc-Couwie , ny combien d’hommes font afligncz à chacune de ces cinq dignitez : mais il y a de l’apparence que comme les mots de Pan tk de Me'üing font des termes de nombre , les autres le font auffi. Le mot Oc femble vouloir dire Chef: car ils ont un autre titre fans fonction , (avoir Oc- Meüang , qui femble vouloir dire Chef de Fille j en ce que Meiiang veut dire ville , & en ce qu’il faut avoir efté fait Oc-Meiiang avant que d’eftre fait effectivement Gouverneur, qu’ils appellent Tchaou - Meüang> Seigneur de ville. Mais ce mot Oc n’cft pas Siamois : Chef en Siamois fe dit Hoük , & ce mot hoük veut dire proprement la tète. De là vient hoük fip , chef de dix , qui eft , comme je lay dit ail- leurs, le titre de celuy,qui monte un éléphant fur la croupe. De même on appelle hoüàpan , c’eft-à-dire chef de mille , celuy, qui porte letendart Royal dans le balonoù eft le Roy, comme s’il avoir mille hommes fous luy. Pour revenir au terme àlOc , un fupérieur 11e le donne jamais à un inférieur. Ainfi le Roy de Siam parlant à Oc-pra Pipitcharatcha , par exemple, ne dira pas Oc-pra Pipitcharatcha, mais feulement Prk-Ttpitcharatcba , lui hom- 2)# Royaume de Étant. i4r'- me dilànt luy mefme fcs titres , fupprimera suffi ce terme d’Oc parmodeftie; & enfin le moindre du peuple en parlant des plus hauts- Officiers obmettra fort bien le mot Oc , 8c dira , yà yumrat par exemple , pour Oc-jk yumrat ; Meüing Fai pour Oc- Meüing Fai. Les Portugais ont traduit le mot de Paya par ccluy de Prince -, non , à mon avis , pour le pal bien favoir, mais parce qu’ils ont vu donner ce titre aux Princes , & que mefme le Roy de Siam fe le donne : mais il le donne auffi quel- quefois à des Officiers de là Cour , qui ne font pas Princes, & il ne le donne pas toûjours à des Princes de naiflance. Les Seigneurs de la Cour du Grand-Mogol s’appellent , félon Ber- mer , Hazary , Dou-bazary , Penge , becht 8c - Oeh-hazary , c’eft-à-dire Mille , Deux-mille , inc] , Hun & Dix-mille comme qui diroit Seigneurs à autant de milliers de chevaux - quoy que réellement ils n en doivent ny entre- tenir ny commander un fi grand nombre. Le fils aîné melînedu Grand-Mogol s’appeloit dit-il , Douze mille , comme s’il eût eu le commandement effeétif de douze mille che- vaux. 11 n’y auroit donc rien d'étrange que les fujets du Roy deSiam eftant effimez Soldats, comme ceux du Grand-Mogol font effimez Cavaliers , on eût pris également dans les deux Cours des termes dénombré, pour ex primer les plus hautes dignitez , &pour nom- mer les Princes mefmes. je ne puis pourtant Tm-'L L affiker XII. SixOrdres de villes à Siam. 242. Du Royaume de Siam . aflürer que cela foie ainfi à Siam , parce que je fày feulement que les noms de Pan & de Meüing font des termes Siamois & numé- raux : mais quant aux autres noms de dignitez, dont jay parlé, on m’a dit qu’ils font Balis, & quon ne les entend point. Je fay qu’au païs de Laos les dignitez de Pa ya & de Memng Epithète lî honorable de font en ula- ge ; peut-être auffi que les autres termes de di- gnité font communs aux deux Nations, ainfi que lesLoix. Par rapport aux fix dignitez (car celle d' Oc-pan neftplus enufàge, comme jay dit) il y a aujourd’huy a Siam fix Ordres de Villes , qui ont efté déterminez autrefois fur les rô- les des Habkans. De forte que telle ville , qui fe trouva pour lors fore peuplée , eût pour Gouverneur un Pa-yk , & ville ou anjourd’huy il n’a que celuy d*Oc-yà. Que fi vincc.0” un homme a deux offices, il peut avoir deux titres différens par raport à Tes deux offices : &il n’eft pas rare qu’un feul homme ait deux offices , l'un dans la ville & [autre dans la Province, ou bien l’un en titre, & [autre par commiffion. Ainfi Oc-y a Trâ-Jidet , qui eft Gouverneur de la ville de Siam en titre , eft au- jourd’huy Oc-y à Barcalon par çom'mifliôn : le Roy de Siam y trouvant fon conte , parce quil ne donne pas pour cela à un Officier double entretien. xiv. b Or cette muldplication d'offices fur une voqueT'" me^me tête fait beaucoup d obfcuritc & d’equi- que ceî à voques dans les Relations anciennes de Siam ; l«R TS Parce (lu>un homme a deux offices , il tions^ a' a deux titres & deux noms , & quand la Rela- tion porte quun tel Oc-ya, par exemple, (è mêloit de telle chofc , on eft porté à croire que la Relation a nommé cetOc-yà par le titre de la fonction qu’elle luy attribué , & fôuvent elle l’a nommé par le titre d’un autre office. Ainfi fi une Relation du Royaume de France faite par un Siamois portoic que Monfeigneur le Duc du Mayne eft General des Suiflès, lesSia- moisfepourroient perfuadermal à propos que tout General des Suilles porte le titre de Duc du Mayne. Et c^eft ce que j’avois à dire tou- chant le peuple de Siam. Ch a- Du Royaume de Siam. 145 Chapitre III. Des Officiers du Royaume de Siam en général. LEs Portugais ont appelé Mandarins ge- 1. neralement tous les Officiers dans toute si8nif'CJ- rétenduë de l’Orient ; & il y a de l’appareil- pr°'X°" ce qu’ils ont formé ce mot de celuy de eJtyCan- «>05 Man* d.ir , qui en leur langue veut dire Commander. <*aiiu' Navarrete, que j’ay déjà cité, eft de cette opi- nion ; & on la peut confirmer , parce que le mot Arabe Emir qui eft. cn ufàge à la Cour du Grand- Mogol &en plufieurs autres Cours Mahométanes des Indes , pour fignifier les Officiers, le dérive du verbe Arabe amara qui veut dire commander. Le mot de Mandarin s étend aufli aux enfans des principaux Offi- ciers que l’on regarde comme des enfans de qualité, appelez Mon en Siamois. Mais je ne me ferviray du mot de Mandarin que pour lignifier les Officiers. Le Roy de Siam ne fait donc point de Man- 1 1. darin confidérable , qiwlneluy donne un nou- de veau nom : ulagc établi auffi a la Chine , ôc en donne des d’autres Etats de l’Orient. Ce nom eft toû- Noms jours une loiiange , quelquefois il eft inventé exprès, comme celuy qu’il adonné à Mr. l’Evê- confi<1=- que de Métclpolis , Sc comme ceux qu’il ” les’ donne aux etrangers qui font à fa Cour : mais iouyent ces noms font anciens, & connus pour L y avoit ITT. Tous les offices font héré- ditaires. Du Royaume de Stam. avoir efté d’autresfois donnez à d'autres; & ceux-là font les plus honorables, qui ont efté autrefois portez par des perfonnes fort élevées en dignité , ou par des Princes du làng Royal. Et quoy que de tels noms ne foient pas toûjours accompagnez de fonctions & d’autorité , ils ne laiflent pas d’eftre une grande marque défaveur. 11 arrive auffi qu’un mefme nom eft donné à plufîeurs perfonnes de dignitez différentes ; de forte qu’en met me temps l’un s’appellera , par exemple , Oc- Pra Pipitcharatcha & l’autre Oc-counne Pi- pitcharatcha. Ces noms , dont on ne dit jamais que les premiers mots, & qui font cha- cun une période, font tirez prefque tous en- tiers de la langue Balie, & ne font pas toû- jours bien entendus : mais cela , & le ftile desLoix, qui tient fort duBali, & les livres de la Réligion , qui font Balis , font caufe que les Rois deSiam ne doivent pas ignorer cette langue. D’autant plus , comme je l’ay dit ailleurs , quelle prête tous fès ornemens à la Siamoife , & qu’on les mêle fouvent enfèm- ble par élégance , foit en parlant , (oit en écri- vant. La Loy de Y Etat eft que tous les Offices foient héréditaires ; & la mefme Loy eft au Royaume de Laos, &eftoit anciennement à la Chine. Mais la vénalité des charges n’y eft pas permife: & d’ailleurs la moindre faute du pourvû, ou le feul caprice du Prince, ou le Vu Royaume de Sium. z 47 bas âge de l’héritier peuvent ôter les offices aux familles 5 & quand cela arrive c'eft toujours fans récompenfe. T res - peu de familles s'y maintiennent long-temps , iur tout dans les charges de la Cour , qui font plus que les autres fous la main du maître. De plus nul Officier à Siam n'a de gages, iv. Le Prince les loge, ce qui n'eft pas grand ment^dçs chofe ; & leur donne quelques meubles, com- offices, me boettes d^or, ou d’argent pour le bétel: quelques armes , & un balon : des bêtes , comme éléphants, chevaux, ôc buffles: des corvées, des efclaves, ôc enfin quelques ter- res labourables. Toutes chofes, qui revien- nent au Roy avec l'office, & qui font princi- palement que le Roy femble eftre l'héritier de lès Officiers. Mais ie principal gain des offices confifte dans les concuflions , parce qu’en celà il n’y a nulle juftice pour les foibles. Tous les Officiers font d'intelligence à piller ôc la cor- ruption eft plus grande en ceux, doùdevroit venir le remède. Le commerce des préfènts y eft public: les moindres Officiers donnent aux plus grands à titre de refpe Siam Cft & contient les noms , les fondions, & les 6c eft un Reciieil dcsConftitutions des anciens Rois ; 6cletroi- fiéme eft 1 zPriRayja Cammanot , oùfontles Conftitudons du Roy Pere de celuy qui ré- gné aujourdffiuy. TVffiI]Ci ' !^*en n^c cfté plus neceflàire qu’un ex- d’en avoir trait fidèle de ces trois Volumes , pour bien les Livres, faire connoître la conftitution du Royaume de Siam : mais bien loin d'en pouvoir avoir une tradudion , je ifay pu en avoir un Exem- plaire en Siamois. Il eût fallu pour cela demeu- rer plus long-temps à Siam , & avec de moin- dres affaires. Voicy donc ce que j'ay pu ap- prendre de certain fur cette matière , fans le fecours de ces Livres, &en unpaïs, où tout le monde craint de parler. La plus grande marque de la fervitude des Siamois eft qu’ils n’ofent prefque ouvrir la bouche fur quoy que ce foit de leur pais. Ch a- Riï Royaume de Siam. 249 C H A., ? I T R E IV. Des Offices de fndicature . LE Royaume de Siam eft divifé en haut 8c 1. bas. Le haut eft vers le Nord (puis que la Divifiotl rivière endefcend) & contient fept Provinces, mcde** que l’on nomme par leurs Capitales, deTV-Siampai Jcloucy deSanqvelouc, dcLocontasy dçCam-l™?™' peng-pet , de Coconrepina , de Péchebonne , & de Pitchia-ï . A Porfelouc reflortiflènt im- médiatement dix Jurifdiéïions, à Sanquelouc huit, à Loconta/ ic pt, à Campeng-pct dix, à Coconrepina cinq , à Pe'chebonne deux , & à j Vit chiai fept. Et outre cela il y a dans le haut Siam vingt &.une*autres Jurifdi6tions aufqucl- les nulle autre Jurifdi&ion ne rellbrtit; mais qui reffortilfent à la Cour, 8c font autant de petites Provinces. Ils content dans le bas Siam, eeft à dire dans la partie Méridionnale du Royaume , les Pro- vinces de for , de Pat me , de Ligor> AcTénaffè- rimy de Ch ante b orme, de Petelong ou Bordelong, , &de Tchiat . De for dépendent immédiate- ment fept Jurifdi&ions, de 'Tatarie huit, de Ligor vingt , de T énajferim douze , de Chantes- bonne fept , de Petelong huit , 8c de T ch DU deux. Et outre cela, il y a encore dans le bas Siam treize petitesjurifdi&ions , qui font com- me autant de Provinces particulières, qui ne- ïeffortüTeat qua la Cour, &aufquelles nulle ï- 5 autre. 25° Du Royaume de Siam. autrcjurifdictioii ne reflortit. La ville dcSiam a fa Province à part, au cœur del’Etat, entre le haut & le basSiam. n. Tout Tribunal dejudicature ne confifte veriwu°" proprement qu’en un ieulOfficier, puisqu’il eû lejuge. n’y a que le Chef ou Préfident qui ait voix dé- libérative , & que tous les autres Officiers n’ont que voix confultative , félon l’ufàge reçuaufli à la Chine , & dans les autres Etats voifins. Mais la prérogative la plus importante du Pré- fident eft d'être le Gouverneur de tout (on reflort , & de commander me fine les Gar- nifons, s’ilyena; à moins que le Prince n’en ait dilpofé autrement par ordre exprès. Si bien que comme d’ailleurs ces charges font héré- ditaires, il n’a pas efté difficile à quelques-uns de ces Gouverneurs , &c lut tout aux plus puif- fans, &aux plus éloignez de la Cour, de fè fouftraire tout à fait ou en partie à la Domi- nation Royale. Tor n-êft Aln^ Gouverneur de Ior n’obeîc plus , & pks”tu ^es Portugais luy donnent le nom de Roy. Et Royaume peut- eftre n’a-t-il jamais obéi , à moins que le de Siam. R0yaume de Siam fe foit étendu , comme quel- ques Relations le difènt , à toute la Prefqu’Iflc d’au delà du Gange. Jor en eft la ville prefque la plus Méridionale , iituéefurune riviere, qui a fbn embouchùre au Cap de Sincapura, & qui forme un fort bon port. i v. Le peuple de Patane vit , comme celuy d’A- n-y J‘s' chem dans lllle de Sumatra , fous la Domi- nation Dis Royaume de Siam. 2 5 x nation d’une femme , qu'ils élifent toujours dans une mefme famille, &toûjours vieille >. afin qu'elle n’ait pas befoin de mary ; & ail nom de laquelle les plus accréditez gouver- nent. Les Portugais luy ont donné auffi le nom de Reine*, & pour toute redevance elle envoyé au Roy de Siam de trois en trois ans deux petits arbres , 1 un d'or & lautre d’argent,, &l’un & l’autre chargez de fleurs &de fruits: mais elle ne doit aucun fecours à ce Prince dans fes guerres. Si ces arbres d’or & d’argent font un véritable hommage, v ou feulement un re- fpeélpour entretenir la liberté du commerce, comme le Roy de Siam envoyé de trois en trois ans des préfents au Roy de la Chine en vue du commerce feulement, c’eft ce que je pe faurois dire : mais comme le Roy de la Chi- ne fe fait un honneur de ces fortes de préfents, & qu’il les prend pour une efpéce d’homma- ge, il fè peut bien faire que le Roy de Siam ne s’honore pas moins des préfents qu’il reçoit de la Reine de Patane ; quoy qu’Elle ne fbit peut-eftre pas fa vaflale. Les Siamois appellent Tchaou-Menang v. un Gouverneur héréditaire, Tchaou veut di- Le Gou'- re. Seigneur & Me'ùang veut dire Ville , oueft^SeU Province , & mefme Royaume. Les Rois de8neur‘ Siam ont détruit les plus puilïànts TchJiott- Meiiang , autant qu’ils ont pu ; & ils ont miss à leur place des Gouverneurs par commifliom pour trois ans. Ces Gouverneurs par commit- L 6 Coi* 1S1 Du Royaume de Stam. fion s’appellent Pou-ran : & Pou veut dire, Perforine, VI. Outre les préfentsque le Tchaou-Meuang ment sU ou PeuC reccv°ir > comme j’ay dit. Tes autres Droits Droits du légitimes font. i°. De partager également Ileliang". aVeC ^ *es rcntes que f°nt lcs cerres k- bourabIes3quMs appellent naa> c eft à dire cam- pagnes : & félon l’ancienne Loy ces rentes font d'un Aîayon ou quart d tTical pour quarante braflès quarrées. 20. Le Tchdou-Meuang pro- fite de toutes les confifcations, de toutes les amendes au profit du fife , & de dix pour cent de toutes les condamnations envers la partie. Les confifcations font fixées par la Loy lélon les cas 3 & ne font pas toûjours de tout le bien , mefme en cas de condamnation à mort : mais quelquefois auflî elles s’étendent au corps, non feulement du condamné, mais aufli de tes enfans. 30. LeRoydeSiam donne au Tcbâott-Me'üang des gens pour exécuter fes ordres : ils 1 accompagnent par tout , & ils pagayent dans fon balon. Les Siamois les ap- pellent Ken/aï y c’eft-à-dir zBras-peints\ parce qu on leur déchiquette les bras,&: quon met de la poudre à canon fur les playes : ce qui leur peint les bras d’un bleu mat. Les Portugais les appellent Bras:peints , & Gardes \ &c es bras- pcints font encore en ufàge au pays de Laos. 4°. Dans les Gouvernements maritimes le Tcb-iou-Meüang prend quelquefois des droits fur les vaifleaux marchands , mais c eft d ordi- naire Dti Royaume de Siam. naire peu de.chofe. A Ténaflèrim ceft huit pour cent en mêmes efpéces , fuivant la Rela- tion des Millions étrangères. On ma alluré que les Siamois ont l’huma- vil nité de ne s’approprier rien de tout ce que la tempête jette lur leurs côtes, fôit par échoue- siamois ment de vailfeaux , foie par naufrage. Néan- ceuxqui moins Fernand Mendez Pinto racconte que ont fait Louis de Monteroyo Portuguais ayant échoué nauôaSc« fur la côte de Siam prés de Patane le Cha* bandar ou Douanier d'un lieu qu il nomme Chatir , voulut confifquer non lèulement le vaillèau & fa charge , mais Monteroyo mê- me, & quelques enfans, difàntquepar l’an- cienne coûtuine du Royaume tout ce que la mer jetoit aux côtes , eftoit des émolumens de fon office. Il eft vray que cet Auteur ajou- te, avec de grandes .louanges pour le Roy de Siam qui regnoit alors ,, que ce Prince, à la prière des Portuguais qui fc trouvèrent à f à Cour , mit en liberté Monteroyo , & luy ren- dit toute laprifc, &lesenfans : mais il ajoûte auffi que ce fut comme par aumône , & le jour que ce Prince fe promenoit par la ville monté lur f éléphant blanc, pour faire , dit-il, des au- mônes au peuple. 5. Sur les frontières les Tchaou-Aieuang vin. s’arrogeant tous les Droits de fouveraineté Drotewi lèvent, quand ils peuvent, des derniers extraor- émoiu- dinaires fur le peuple. 6. L tsTchaou-Meiiarjg^^1 font par tout le commerce ; mais fous, le Mcliong". L 7 nom 4 -D# Royaume de Siam. nom de leur Secrétaire > ou de quelque autre de leurs domefliques. Et cette derniere cir- confiance fait voir qu ils en ont quelque hon- te & que la Loy peut-eflre le leur défend ; mais qu'en cela ils ne font pas plus fcrupuleux que leur Roy. 7. En quelques endroits , où il y a des étangs, le Tchaou- Aieüang prend le premier du poiffon , quand on vuide Té- tang: mais il n’en prend que pour fon ufàge, ^ non pas pour en vendre ; & il abandonne le refie au peuple. 8. La chaffe & le fel font libres par tout le Royaume , & le Roy même ny amis ny defenfe ny impôt. Le fel y eftà vil prix. J’ay oüy dire qu’ils en ont de roche: & ils en font de l'eau de la mer: les uns m'ont dit avec le Soleil , d'autres m'ont dit avec le feu; & peut-eflre que l’un &c l'autre efl véri- table. Aux endroits , où les rivages font trop hauts pour recevoir la mer , & en ceux , où le bois nefl pas tout à fait à la main, le fel peut manquer , ou coûter trop à faire , comme dans 1 Iflc dejonfalam, dont les habitans ai- ment mieux faire venir leur fel de Ténafc ferim. ix. Le P ou -r an ou Gouverneur par commit cmoltt-OU a ^es mêmes honneurs , & la même auto- mentsdu rite que le Tchaou- Meuang ; mais non pas Pou-ran. ]cs mêmes émoluments. Le Roy de Siam nomme des Pou-ran en deux rencontres, ou lots qu’il ne veut point de Tchaou-Mcùang , ou lors que le Tchaou-Meïïang efl oblige de s'a b- Du Royaume de Sium. zyç s’abfenter de (on gouvernement: car le T cbdou- yi-fe 'ùang n’a pas de Lieutenant ordinaire : qui puifle remplir la place enfon abfence, comme en France le Chancelier n’en a point. Au pre- mier cas le Pou-rm n’a que les émolumens- que le Roy luy afligne en le nommant: au fé- cond cas il prend la moitié des émolumens du Tcbdou-Meïtang , & luy en laiffe l’autre moitié. Voicy maintenant les Officiers ordinaires & d’un Tribunal de Judicature , non qu’il y en fondions ait autant dans chacun , mais dans aucun il n’y desoffi- en a peut-eftre davantage. , compo^ Oc-ya Tchaoti - Meiiang. Le Tchaoti- fent un Meùmg neftpas toûjours Oc- y a: il a quel- Tribttnal* quefois un autre Titre, & les autres Officiers de fon Tribunal ont toûjours des titres pro- portionnez au fien. Oc-Pra Belat. Son nom veut dire fécond 3 mais il nepréfide pas en Tabfènce du Tchaou- Meüang , parce qu’ il n’a pas voix délibéra- tive. Oc-Pra fockebatefi une efpéce de Procu- reur du Roy , & fa fon&ion cft d’eftre un efpion exaét du Gouverneur. Son office n’elt pas héréditaire : le Roy y nomme quelque per- fbnne de confience : mais l’experience fait voir quil n’y a nulle fidelité en ces gens-là, & que tous les Officiers s’entendent à piller le peuple. Oc-Pra, P cnn commande la garnifon , s'il yen Du Royaume de Siam. y en a , mais fous les ordres du Tcbaoiï* Me'ùang \ 8c il na la juftice fur fès Soldats 3 que quand ils font en campagne. Oc-Pra Mahk-Tai eft comme le Chef du peuple. Son nom femble vouloir dire le Grand Siamois , car Maha fignihe grand > 8C T ai fignifie Siamois . C'eft îuy qui lève les Soldats , ou plutoft qui les demande aux Nat : qui envoyé des proviiions à Farinée , qui veille à ce que les rôles du peuple foient bien- faits ; & qui en general fait exécuter tous les ordres du Gouverneur qui regardent le peuple. Oc- Pra-SaJJedz fait & garde les rôles du Peuple. Ceft un office fort lujet à corruption, parce que chaque particulier tâche à fe faire obmettre dans les rôles pour de largent. Les JNaï même cherchent à favorifer ceux de leur bande , qui leur font des préfens, & à charger de travail ceux qui n ont rien à leur donner. Le MahaTdi 8c le Sallèdi empêche- roient ce défordre, s’ils n’étoient les premiers corrompus. Le Safledl commence à mettre les enfons fur les rôles, 4és quils ont trois ou quatre ans. Oc - Lo'uang Mcùang eft comme le Maire de la ville, car comme j’ay déjà dit, Me'ùang veut dire ville: mais pour ce qui eft du titre d'Oc-Loùang , il ne veut pas dire Maire , 8c n eft pas plus attaché à cet office qu’un autre titre. Ce Maire a. foin de la Police £c de là pa- Du Royaume de Si dm . i ^y patrouille. On faifoit toute la nuit la patrouille autour du logis des Envoyez du Roy comme autour du Palais du Roy de Siam,- & c’eftoit une tres-grande marque d^honneur. Oc-Loüang Vang eft le maître du Palais du Gouverneur , car F wg veut dire Palais. Il le fait reparer, il commande les gardes du Gouverneur , & même leur Capitaine ; & £n un mot il ordonne dans le Palais du Gouver- neur, de tout ce qui a rapport à la charge de Gouverneur. Oc-Loüang Peng garde le livre de la Loy ou de la coutume , fur laquelle on juge ; 8c quand on juge il en lit l'Article , qui lcrt au jugement du procès : & enfin c eft luy qui drelfe la fen- tence. Oc-Loüang Clang a foin du magazin du Roy , Clang veut dire Magazàn . il reçoit certains revenus du Roy , 8c il vend- au peu- ple les marchandées du Roy > c'eft à dire celles dont le Roy s’approprie le commerce, comme en Europe les Princes s’approprient d’ordi- naire celuy du fel. Oc-Loüang Cou- ça a infpe&ion fur les étran- gers ; il les protège , ou les accule prés du Gou- verneur. De plus il y a quelques Officiers- dans cha- que Tribunal fuperieur pour envoyer aux Juftices inferieures, dont le Tchaou-Meüang , ou le Tou-ran font morts, en attendant que le Roy y pouxvoyé : & le nombre de ces Offi- ciers XI. Diftin- &ion im- portante en Offi- ciers de 158 Du Royaume de Siam. ciers efl auffi grand queceluy des Juftices in- férieures. Oc-Loüang ou Oc - Counne Coing efl: le Prévôt : il efl: toujours armé d’un fabre, &ila des bras - peints pour archers. Oc - Counne Pa-ya Bat efl le Chef de la Geôle ou des priions : & le mot de Paya > que les Portuguais ont traduit par celuy de Prince > fèmble bien avili dans le titre de cet Office. Ndi-Coug efl le vray Geôlier, couc veut dire prifon, & rien n’eft plus cruel que les prifons de Siam. Ce font des cages de bambou expo- fées à toutes les injures de Pair. Oc-Counne Narin commande ceux, qui ont foin des éléphants y que le Roy a dans la Pro- vince: car il en a en plufïeurs lieux, parce qu’il feroit difficile de loger &: de nourrir un fort grand nombre d éléphants enfèmble. Oc-Comne Nai-rong efl le Pourvoyeur des éléphants. Enfin il y a dans chaque Tribunal un Offi- cier pour lire les Tara ou ordres du Roy au Gouverneur, & une maifon en lieu élevé pour les garder r comme dans l'enceinte du Palais du Roy de Siam il y a un bâtiment ifolé , en lieu éminent , pour garder toutes les lettres que le Roy de Siam reçoit des autres Rois. Ce font là à peu prés les Officiers qu’on ap- pelle du dedans. Outre ceux-là il y en a d’au- tres qu’on appelle du dehors, pour lefervice de la Province. Tous font dans une entière dépen- Du Royaume de Siam. 259 dépendence du Gouverneur $ &: quoy que dedans, & ceux du dehors ayent de pareils titres, ils font déride pourtant fort au deflbus des Officiers du de- dehors, dans. Ainfï un OcMeuing du dedans du Pa- lais eft fupérieuràun Oc-y a du dehors; & en un mot il ne faut pas croire que tous ceux , qui portent de grands titres, (oient toujours de grands Seigneurs : Cet infâme qui achète les femmes & les filles pour les proftituér porte le titre d ’Oc-ya \ 011 Rappelle Ôc-yk Mten : &C ceft un homme fort méprifé. 11 n’y a que les jeunes débauchez, qui ayent commerce avec luy. Chacun des Officiers du dedans a fon Lieutenant en Siamois Belat , & fon Greffier en Siamois Semien , & dans fon logement , que le Roy luy donne , il a pour Tordinaire une falle pour donner fes audiences. Chapitre V. De flile judiciaire. ILs n’ont qu’un même flile pour tous les procès , 8c ils ne fe font pas même avifez Us y’™* de les divifor en civils & en criminels : foit double11 parce quil y a toûjours quelque châtiment Aile, contre le perdant, même en matière purement civile , foit parce que les procès en matière pu- rement civile y font très - rares. I T* C’efl: chez eux une réglé generale , que tout J{sayj'nt proçès que pas 160 Du Royaume de Siam, donnant*1 Proc<^s ^°'IZ Par écrit 5 & quon ne plaide pas camion! &ns donner caution. •i l \ • Or comme tout le peuple du refïort eft di- dunNd{n Par Mandes ? Se que leurs principaux Nâi dans les font les Officiers du Tribunal , que jappel- proces. Jeraidu nom general de Confeillcrs , en. cas de procès le demandeur va d’abord au Confeiller qui eft fon Naï , ou à fon Naï de village , le- quel va au Naï Confeiller. Il luy préfente fa requête , de le Confeiller la préfente au Gou- verneur. Le devoir du Gouverneur feroit de la bien examiner ; & de l’admettre, ou de la re- jeter, félon quelle luy paroîtroit jufte ou in- jufte; &même de faire châtier en ce dernier cas la partie, qui lauroit préfentée, afin que perfonne ne commençât aucun procès témé- rairement, de c’eft auffi le ftile. de la Chine: mais il s’obferve peu à Siam. Co^v* Le Gouverneur donc admet la requête , & ment on fe renvoyé à l’un des Confeillcrs; & pour Tor- mftrmt dinairc il la rend à celuy qui la luv à pre/èn- k siam. tec > s u eit le Nai commun des deux parues : mais dés lors il y met fon fceau , de il en conte les lignes de les ratures, afin qu’on n’y puifte rien altérer. Le Confeiller la donne à fon Lieu- tenant & à fon Greffier, lefquels luy en font leur rapport chez luy dans fi fille d?audience: & ce rapport , & tous ceux dont je parlerai dans la fuite, ne font que le&ure. Après cela le Greffier du Confeiller prefènté par fon maître rapporte ou lit cette même requêce, dans T) h Royaume de Stam. igf dans la falle du Gouverneur, à laflèmblée de tous les Confeillers ; mais en l’abfence du Gouverneur , qui ne daigne pas fè trouver à tout ce qui ne lértqu’à inftruire le procès. Là on fait entrer les parties fous couleur de tâcher à les accommoder ; & on les en lomme juf. qu’à trois fois, plus par maniéré d’acquit, qu’a- vec une (ineére intention de procurer raccom- modement.. L’accommodement ne reiifiit- fant point , la làlle ordonne , s’il y a des té- moins , qu’ils feront oiiis devant le même Greffier , à moins qu’il loit déclaré lufpeél : éc dans une autre feance pareille, c’eft à dire où le Gouverneur n’aflïfte point, le Greffier lit le proçez & les dépolirions des témoins, & l’on procède aux opinions , qui ne font que conftiltatives , & que l’on écrit toutes en commençant par celle du dernier Offi- cier. Le procès eftant ainfi achevé d’inftruire. Si V. le Confeil tenant en préfence du Gouverneur , jeas f°rme fou Greffier luy fait la leéture du procès & mtmt' des opinions -, & le Gouverneur , après les avoir refumées toutes , intérroge ceux dont les opinions ne luy paroiflent pasjuftes, pour favoir d’eux fur quelles raifons ils les fondent. Après cet examen il prononce en termes ge- neraux , que telle des parties fera condamnée félon la Loy. Alors c’eff à Oc - Loiiang Peug à lire tout- 0nVyBt la haut I article de la Loy , qui regarde le procès : ^°y ou k • - rnurnmf». Du Royaume de Siam. mais ils difputent en ce païs-là , comme en celuy-cy, du fèns desLoix. Us y cherchent des accommodements à titre d’Equité ; & fous prétexte que toutes les circonftances du fait •ne font jamais dans laLoy , ils ne fuivent ja- mais la Loy. Le Gouverneur fêul décide en- fin ces conteftations , & la Sentence eft pro- noncée aux parties , & mife par écrit. Que fi elle eftoit contraire à toute apparence de J u- fiice > ce (eroit au fockebat ou Procureur du Roy à en avertir la Cour , mais non à s’y op- polér. LcTW Tout procès devroit finir en trois jours > & césSyPdu- il y en a qui durent trois ans. tem^r2" r ^€s Part*cs parlent devant le Greffier , qui Cy 1 1 1. écrit 'ce quelles luy diient ; &c elles parlent ou ils n’ont par elles mêmes , ou par un autre : mais il ny Profil- ^auc 4ue cet autre, qui fait en cela loffice dç Procureur ou d’Avocat, foit au moins coufin germain de celuy pour qui il parle : autrement il feroit puni, & ne ieroit pas écouté. Le Greffier reçoit auffi tous les titres, mais en préfence de la fàlle , qui en conte les lignes & les ratures. Quand les preuves ordinaires ne fuffifènt pas , ils ont recours à la queftion dans les ac- eufations, qui font allez graves pour cela; &£ ils la donnent rigoureulè, &en plufieurs ma- nières : ou bien ils fe fervent des preuves de l’eau & du feu , ou de quelques autres auffi lu- perftiticufcs , mais point du duel. Dans leur. 'IX. Devant qui ils produi- fent. X. Preuves fubfidiai- ies à la queftion. Du Royaume de Siam. Dans la preuve du feu an bâtit un bûcher xi. dans une foflè , de telle forte que la furface du bûcher foit à niveau des bords de la fofle. Ce bûcher eft long de cinq braflès & large d'une. Les deux parties y paflènt à pies nuds d un bouc à 1 autre, &celuy qui n’en a pas la plante des piés offenfée gagne fon procès. Mais comme iis (ont accoutumez à aller nuds-piés, & qu’ils ont la plante du pié comme accornie, on die qu’il eft Raflez ordinaire que le feu les épargne » pourvu qu’ils appuyent bien le pié fut les char- bons : car le moyen de (è brûler c eft d'aller vite 8c légèrement. Deux hommes mar- chent d’ordinaire à côté de celuy qui paffe fur le feu , & ils s’appuyent avec force fur (es épau- les, pour l’empêcher de fe dérober trop vite à cette épreuve : & l’on dit que bien loin que ce poids l’expofe davantage à eftre brûlé , il étouffe au contraire l’aétion du feu fous fes piés. Quelquefois la preuve du feu (è fait avec de x 1 1. l’huile ou autre matière bouillante , dans la- t^e preu" quelle les parties paflènt la main. Un Fran-ve par le çois , à qui un Siamois avoit volé de l’étain , fe fai* laifla perfuader, faute de preuve , de mettre fa main dans de l’etain fondu; &il l’en retira prefque confumée. Le Siamois plus adroit fe tira d’affaires , je ne fày comment, (ansfe brû- ler; 8c fût renvoyé abfous ; & néanmoins fix mois après , dans un autre procès , où il fe trouva engagé , il fût convaincu du vol , dont le iS 4 Du Royaume de Siam . le François lavoit accufe. Mais mille événe- ments pareils ne perfuadent pas aux Siamois de changer leur fiile. xtii. La preuve de Peau fe fait de cette maniéré, de fcauVC ^cs ^eux Parc^cs k plongent dans l’eau en e cau‘ même temps , fe tenant chacun à une perche , le long de laquelle ils defeendent ; & celuy qui demeure plus long-temps fous l’eau eft cenfé avoir bonne caufe. Tout le monde s'exerce donc de jeunefle en ce païs-lk à fè familiari- feravecle feu, ôc à demeurer long- temps fous leau. xiv. Ils ont une autre forte de preuve, qui fc fait par de certaines pilluies préparées par les vomitifs. Talapoins, & accompagnées d'imprécations: les deux parties en avallent ; & la marque du bon Droit eft de les pouvoir garder dans l'eftomac fans les rendre, car ce lont des vo- mitifs. xv. Toutes ces preuves fè font non feulement iUccSde devantlesjuges , mais devant le peuple, &fi ccs preu- les deux parties forcent également bien, ou ves. également mal de Tune , on a recours à une autre. Le Roy deSiam les employé aufli dans tes jugements , mais outre cela il livre quel- quefois les parties aux tygres ,& celuy que les tygres épargnent pendant un certain temps , eft ccnfé innocent. Que fi les tygres les dé- vorent tous deux , ils font tous deux eftimez coupables. Si au contraire les tygres ne veu- lent ny de lun ny de l’autre, on a recours à Du Royaume de Siam. x gy quelque autre preuve, ou bien on attend que les tygres fe déterminent à dévorer l’une des parties , ou à les dévorer toutes deux. La confiance avec laquelle on dit que les Siamois fouffrent ce genre de mort, eft incroyable en des gens, qui montrent fi peu de courage à la guerre. Il y a quelquefois plufieus Provinces qui xvr. relTordilent l’une à l’autre : ce qui multiplie Les df' les degrez d’ Appel jufqua trois & quatre. pehdAp" L’Appel eft permis en toutes caufes , mais les frais en (ont toujours plus grands à mefure qu’il faut aller plaider plus loin", &cn un Tribunal fupérieur. t Mais ^es clu'^ y ^01I: avoir peine de mort la x v i r. décifion en eft refervée au Roy feul. Nul autre Les Jusc- Jugeque luy ne peut ordonner une peine ca- “ic! picale, li ce Prince ne luy en donne expréfïe- fervés atJE ment le pouvoir: & il n’y a prevue point fd"cse’ 04 d exemple, qu il le donne horfinis à des Juges CommiC- extraordinaires, que ce Prince envoyé quel-^f* quefois dans les Provinces , ou pour un cas par- Mires, ticuüer , ou pour faire jullice fur les lieux de tous les crimes dignes de mort. On garde tous les coupables dans les prifons jufqua l’arrivée de ces Commiflàires : & ils ont quelquefois, comme a la Chine, le pouvoir de dépofèr, Sc de punir me fine de mort les Officiers ordinai- res, s’ils le méritent. Que fi le Roy de Siam donne d’autres commilîions pour fon fcrvice ou pour celuy de l’Etat, il eft rare qu’il exempté Tom. /. M 1 u i6(S Du Royaume de Siam. le Commiflaire de prendre 1 attache du Gou- verneur dans les lieux où il lenvoye. xviii. La peine ordinaire du vol eft la condamna- du loi* r*on au Jo^le, & quelquefois au triple, par étendue portions égales envers le Juge & envers la par- ZiT tle* ^a*s ce ^ y a de finguÜer en ce- cy, eft que les Siamois étendent la peine du vol atout pofiefleur injufte en matière réelle: de forte que quiconque eft évincé dun héri- tage par procès, non feulement rend l'heri- tage à la partie, mais en paye encore le prix, moitié à la partie , & moitié au Juge. Que fi par une permifiion extraordinaire du Roy \ le Juge peut faire mourir le voleur , alors il peut ordonner àfon choix ou la mort, ou la peine pécuniaire , mais non la mort & la peine pécuniaire tout-enfemble. Or pour faire voir combien la Juftice eft chère en un païs , où les vivres font à fi vil prix , je mettray à la fin de cet Ouvrage un Mé- moire qu on m'a donné des frais de Juftice , où Ton verra encore un détail du ftile : mais les frais ne font pas lesmefines dans tous les Tri- bunaux, comme je l’ay déjà dit. Celuy pour lequel eft ce rôle a quatre Jurildiélions infé- rieures , & il reflortit à une autre , Laquelle refi forrit à la Cour. C H A- Du Royaume de Siam. zÇy Chapitre VI. Des fondions de Gouverneur & de luge dans la Capitale, DAns la Capitale , ou il n’y a pas d’autre T. Tchâou-Meüang que le Roy, les fon- ^^e°r étions de Gouverneur & déjugé font féparées Tchiou- en deux Offices : & les autres fondions des pe- ^ejian§* tits Officiers, qui compofent un Tribunal depftale.C* Tchaou-Mcüang , font diftribuées aux prin- cipaux Officiers de l’Etat ; mais avec plus d’é- tendue & d’autorité , & avec des titres plus élevez. Ils appellent Tumrat le Préfident du Tribu- ir. nal de la ville de Siam , auquel reffortifïênt tous J’office les appels du Royaume. Il porte d’ordinaire le titre d Oc-y a , & fon Tribunal eft dans le Pa- 1,011 i>r0‘ la1S du Roy : mais il ne fuit pas le Roy , quand ïZm- ce Prince s éloigné de fa Capitale; & alors il rend lajuftice dans une tour, qui eft dans la ville de Siam , &hor$ de l'enceinte du Palais Aluyfeul appartient la voix délibérative ; &iî y a encore appel de luyauRoy, filon en veut taire les frais. En ce cas là le procès fe rapporte & s’exami- 1 1 T. ne auConfeil du Roy; mais en (on abfence, 5î'!eJu* jufquà fentencc confultative inclufivement , chez'ie comme il fe pratique auConfeil des Tcliâou-Roy' Meuang. Le Roy n’y affifte que quand il faut quil donne un jugement diffinitif: & félon le M z finie i68 Du R oyaume de SUm . ftile general du Royaume , ce Prince , avant de prononcer , réfume toutes les opinions , & dé- bat avec Tes Confeillers celles qui luy paroillènt injuftes 5 & Ion ma alluré que le Roy dau- jourd’huy s en acquitte avec beaucoup de ca- pacité & de netteté. iv. Le Gouverneur de la ville de Siam s’appelle dePjtfft- Prà-fcdet , & porte auffipour l'ordinaire le ti- det qu’on tre cCOc-yk. Son nom qui eft Baly eft com- PxTfcder P°fédumotPri, dont j’ay parlé plufieurs fois, ’ & du mot Sedet qui lignifie, dit-on , le Roy eft forti j & en effet ils ne difent pas autrement, pour dire que le Roy eft forti. Mais cela ne fait point entendre ce que c eft que l’office de Pru-fedet : & il paroît en plufieurs chofcs , quils ont fort perdu l’exaéfce intelligence du Baly. Mr.Gervaifc appelle cet office Pefedet : je l'ay toujours oui nommer Pra fedet, &par gents habiles, quoy qu’on récrive Pra-fadet. v. * Le cours de la rivière depuis fon embou- LaRece- chûre jufqu’à la Capitale eft divifé en plufieurs ks°Gou-C petits Gouvernemens. Le premier eft Ptpel) , vemeurs je fécond Prepadcm , letroifiémeS^;^, le Envoyés* quatrième Talaccan , & le cinquième Siam. du Roy, Les Officiers de chacun de ces Gouvernemens dansfon reçurent les Envoyez du Roy à l’entrée de leur Gouvcr- reffort , &ils ne les abandonnèrent pas, que nement. jes Officiers du reffort prochain ne les-eullent joints & falüez : &c’éroient les Officiers par- ticuliers de chaque Gouvernement qui fei- foient la tete du cortège. Outre cela il y avoir des Dit Royaume cle'Siam. 169 des Officiers plus confidérables , qui étoient venus offrir les balons du Roy leur Maître aux Envoyez du Roy , à l’embouchure de la ri- vière : & chaque jour il s’y joignoit de nou- veaux Officiers, quivenoient porter de nou- veaux complimens aux Envoyez du Roy de la part du Roy deSiarn; &qui ne quittoienc plus les Envoyez du Roy depuis qu’ils les avoient joints. Les Envoyez du Roy arrivèrent ainfi à vr. deux lieues de Siam à un lieu , que les François L5 licil> ont appelé la Tabanquc ; & ils y attendirent voyés du" huit ou dix jours celuydelcur entrée dans laRoyat- Capitale. Tabanque en Siamois veut dire ^ "S- Donne : Se parce que le logis du Don nier , qui 'eat en- eft à l’embouchûre de la rivière, eft debam-tléc* bou comme tous les. autres , les François ap- pelèrent Tabanqne tous les logis de bambou, où ils logèrent , du nom du logis du Doanier, qu’ils avoient vû le premier de tous. Le jour donc que les Envoyez du Roy vir firent leur entrée , Oc-yk Prkfidet comme LeGo“- Gouverneur de la Capitale vint les chercher , S ce les complimenter à cette prétendue Ta-les y vînt. banque. prendre. M 3 Chjl« I. BesOffi ciers en Chef en general. IL BuTcha- try. III. Bu Calla- liürn. a7° -D/* Royaume de Siam. Chapitre VII. 'Des Officiers d'Etat, & premièrement du Tchacry -, du Calla-hom, (3 du Ge- neral des Ele'phants. P Armi les offices de la Cour font prin- cipalement ceux, aufquels font attachées les .fonctions de nos Secrétaires dffitat : mais avant que d entrer en cette matière, je dois dire que tous les Officiers en chef en quelque genre d’affaires que cefoit, ont fous eux autant ou partie de ces Officiers lubalter- nes, quicompolent le Tribunal desTchaou- Meiiang. Le Tchacry ale département de toute la Police interiéure du Royaume: à luy revien- nent toutes les affaires des Provinces : tous les Gouverneurs luy rendent conte im- médiatement , Si reçoivent immédiatement les ordres de luy : il cft le Chef du Confeil d’Etat. Le Calla-hom a le département de la guerre : il a loin des places , des armes , des munitions : il donne tous les ordres , qui regardent les Armées • & il en efl: naturellement le Ge- neral , quoi que le Roy puilTc nommer {>our General qui il luy plaît. Il paroît par a Relation de van Vliet que le commande- ment des éléphants appartenoit au0î au C.il- la-hom , meime hors de l’Armée : mais au- jour- Ttu Royaume de Siam. iy t jourd’huy c’eft an employ à part, à ce que Ton ma alîucé : Toit que lepete du Roy d’aujour- d'huy , apres s’être fervi de la charge de Cal/a - hom pour envahir le Thrône , ait voulu en divifèr le pouvoir , foit que naturellement ce foient deux charges diftinétes, qu’on peut don- ner à un feul. Quoy qu’il en foit , c eft Oc- Pra Pipitcha - i v. ratcha appelé par corruption Petratcha qui commande tous les éléphants &tous les che- dephants. vaux: &c’eft un des plus grands emplois du Royaume , parce que les eléphans font efti- mez les principales forces du Roy de Siam. Il y en a qui difentque ce Prince en nourrit juf- qu’à dix-mille, mais c’eft ce qu’on ne (auroic lavoir , parce que la vanité porte toujours ees gents là à la menterie : & ils (ont encore plus vains en matière d’eléphants quen autre choie. La Capitale du Royaume de Laos s’ap- pelle Lan-Tchang , & fon nom en la langue du Païs, qui eft à peu prés la mefme que la sfamoi- lé, veut dire , dix millions d: éléphants. Le Roy de Siam en nourrit donc un fort grand nom- bre : & l’on dit qu il faut au moins trois hom- mes pour le lèrvice de chaque éléphant : & ces hommes, avec tous les Officiers qui le& commandent, font fous les ordres d’Oc-Prâ Pi- pitcharatcha : qui bien qu’il n’ait que le titre d’Oc-Prà, ne laifle pas d’être un fort grand Seigneur. Le peuple l’aime parce quil paroît modcrepSc il le croit invulnérable, parce qu’il a M, 4, té- 171 Du Royaume de Siam. , témoigné beaucoup de courage dans quelque combat contre les Pegiians : ion courage luy a attiré auiïi la faveur du Roy fon Maître. Sa famille eft de long temps dans les plus hautes charges : elle sert fouvent alliée à la Couron- ne; &l’on dit publiquement que luy ou fon fils Oc-Lcüangfouraçac y pourront prétendre, s'ils furvivent l’un ou l'autre au Roy , qui régné aujourd’hui. La mere d’Oc-Pra Pipitcharat-* cha a efté nourrice du Roy, & la mere du pre- mier Ambaflàdenr que nous avons vu icy l’a efté auffi : & quand le Roy fit ballonner pour laderniere fois le grand Barcalon frerede cet 4 Ambafîadeur, ce "fut OcdLoüang Souraçac fil d'Oc-Prà Pipitcharatcha, qui lebaftonna par ordre du Roy , & en fa préfence ; la nourrice du Prince mere du Barcalon eftant profternée à fes piés, pour obtenir grâce pour fon fils. Chapitre VIII. De ï Art de la guerre chez les Siamois > & de leurs forces de mer & de terre . Les sia- T ^rc kgLlerre eft fort ignoré àSiam: mois font - ' les Siamois font peu portez à ce métier, rrcs Ma ^'imagination trop vive des pais trop chauds guerre, n eft pas plus propre au courage , que l'ima- gination trop lente des païs trop froids. Il ne faut que la vûc d'une épée nue pour mettre en Du Royaume de Siarx. i- » en fuïte cent Siamois ; il ne faut me fine que le ton alluré d’un Européan , qui porte une épée à (bn côté , ou une canne en la main, pour leur foire oublier les ordres les plus exprès de leurs Supérieurs. Je dis bien plus: tout homme né aux Indes n. eft fans courage ; encore qu’il l'oit né de parents Européans ; & les Portugais nés aux Indes en nés aux ont été une bonne preuve. Une focicté de mar- ^ptifa-' chauds Hollandais ne trouva en eux que le bics du nom & le langage , 8c non la bravoure des Por- cote f 11 tugais ; 8c fi d’autres Européans y alloient cher- C0luacC‘ cher les Hollandois , ils n’y en trouveroient pas qui valufiènt , à beaucoup prés , ceux qui en fix femaines de la campagne de 1671. perdirent 4S. places. Les hommes les mieux conftituëz font ceux des Zones tempérées :& entre ceux- çy la différence des aliments qui leur font ordi- naires, 8c celle des lieux qu’ils habitent, plus ou moins chauds , lecs ou humides , expolez aux vents ou aux mers , plaines ou montagnes , fo- rets ou terres défrichées, & encore plus les di- vers Gouvernements peuvent mettre de fort grandes différences. Car qui doute , par exem- ple , que les anciens Grecs élevez dans la liber- té , ne valuflënt incomparablement mieux que les Gcecs d’aujoutd’huy, abbatus par une-fi lon- gue fervitude ? Toutes ccs railbns concourent à amollir le courage desSiamois, je veux dire la chaleur du climat , les aliments pituiteux P & le Gouvernement Defpotique. M 5 LopjU *74 T>h Royaume de Siam. ï.ts'su- ^ opinion de la Métempfÿcofe leur infpi- moisab- rant l’horreur dufang, leur ôte encore Telprit fang.ent le 8uerre- ne fongent qu’à faire des clcla- V^s‘/ ^ ^es , par exemple, entrent d’un côté fur les terres de Siam, les Siamois entre- ront par un autre endroit fur les terres duPe- gu; & les deux partis emmeineront des villa- ges entiers en captivité. Com- Qüe fi jes Armées Ce rencontrent , ils ne ti- ment ils reront point directement les uns contre les au- «iéguifent très, niais plus haut : 8c neanmoins comme ils combes tâchent de faire retomber ces coups perdus fur ledeflein les ennemis , afin quils en puiliènt être at- kVrTen- teints, s ils ne fc retirent, Tun des deux partis ne nemis. tarde pas beaucoup à prendre la fuite, pour peu qu il lente pleuvoir les traits ou les balles. Que s il eft queftion d’arrêter des troupes , qui vien- nent fur eux , ils tireront plus bas qu'il ne faut; afin que fi les ennemis approchent , ce foit leur faute de s'être mis à portée d’être blelîez ou tuez. Ne tuez, point eft l’ordre que le Roy de Siam donne à les troupes , quand il les envoyé en campagne : ce qui ne veut pas dire qu’on ne tue pas abloIûment,mais qu’on ne tire pas droit fur les ennemis. Com- On ma aflûré fur ce fujet la chofedumonde, ment le paroîtra à mon avis la plus incroyable, sin y0, # ; c ^ ^ ^un ^roven9a^ nommé Cyprien , qui eft pris^par lU encore àSuratc au fërvice delà Compagnie de Uoîfran' France, s’d ne la quitté,ou s’il n’eft mort depuis peu d années : j’ignore le nom de fa famille. Avant Dit Royaume de Siam. x y y Avant que d'entrer au fervice de la Compa- gnie , il avoir fervi pendant quelque temps dans les Armées du Roy de Siam en qualité de canonnier; & parce qu'on lny defendoitde tirer droit, il ne doutoit pas que le General- Siamois ne trahit le Roy fon Maître. Ce Prince1 ayant enfuite envoyé des troupes contre le Tchaou-Meïtanq 7 ou, fi Pôn veut , contre le RoydeSingor mr la côte Occidentale du Gol- phe de Siam , Cyprien lafîe de voir des Ar- mées en préfençe , qui n attcntoient à la vie de perfonne, le détermina une nuit de palier tout feul au camp des rebelles, 5c d'aller pren- dre le Roy de Singor, dans la tente. Il le prit en effet, & le mena au Général Siamois, & ter- mina ainfi une guerre déplus de vint ans. Le Roy de Siam voulut récompenfer ce fervice de Cyprien d’une quantité de bois de Sapan ; mais par quelque intrigue de Cour il n'eut rien , &C le retira à Surate. Orquoy que les Siamois nous paroifïènt fi y i. peu propres à la guerre , ils ne biffent pourtant Lcs.si^ pas de la faire fouvent & avec avantage, parce que leurs voifins ne font ny plus puiflânts ny craindre plus braves qu’eux. ' de leurs * T T> . * _ . y voilins. 1-eKoy deSiam n ad autres troupes entre- vii. tenues que fa garde étrangère, dont je parle- shm°n>a4 ray dans la fuite.. Il eft vrayque Mr. le Che- d'autres» valier de Forbin avoir montré l’exercice dcsttoul>es armes àquatre-cent Siamois , que nous trou- nuës le- vâmes dans Bancok-: & qu’aprés qu’il eut fa M. 6 ' quittdeUin8Ke< 17^ Du Reyaume de Siam. quitté ce Royaume- là, unAnglois, qui avoit cfté Sergent dans la garnifon de Madrafpa- tan fur la côte de Coromandel , montra ce mef- meexcrcice, qu’il avoit apris fous Mr. le Che- valier de Forbiii , à environ huit-cenr autres Siamois, pour faire voir au Roy de Siam que Mr. le Chevalier de Forbin ne luy eftoit pas né- cellaire. Mais tous ces Soldats n’ont autre fôlde, que l’exemption des corvées pour quel- ques-uns de leur famille : 8c comme ils ne iâu- roient Ce nourrir facilement hors de chez eux, parce qu’ils ne reçoivent point d’argent , ils demeurent chez eux , les 400. aux environs de Bancok , & les huit-cent autres à Louvô , ou aux environs. Seulement pour la fureté de Ban- cok des détachements y alloient tour à tour faire une garde continuelle , & les autres eftant aux environs pouvoient s’y rendre en cas d’al- larme. Mais félon l’ulàge ordinaire du Royau- me de Siam les garnifons qu’il peut y avoir , font compofées degents, qui fervent en cela par corvées , comme ils ferviroient en autre chofè; & qui font relayez par d’autres quand ils ont fervi leur temps. vni. Le Royaume de Siam eftant afTez fort par su miû e fes forêts impénétrables , & par le grand nom- îflisz fort bre de canaux, dont il eft coupé, & enfin par Kreffes.r" ^'non<^a“on annuelle de fix mois, les Siamois n’ont point voulu jufques icy de places bien fortes, de peur de les perdre, & de ne les pou- voir reprendre : 8c c’eft la raifon qu’ils m’en ont dite. Dm Royaume de Siam. z 77 dite. Les places qu’ils ont foûtiendroient à peine la première infùlte de nos Soldats ; & quoy quelles foient petites & mauvaifes , par- ce qu’ils les veulent telles , il a fallu néan- moins employer 1 adreffe des Européans à les tracer. U y a quelques années , que leRoy de Siam 1 x; voulant faire faire un fort de bois fur la fron- mCoisSnë tiere du Peau, n’eut pas de plus habile hom-fryent p« me , à qui il en pût commettre le loin , qu’un nommé frere René Charbonneau, qui après bois, avoir efté valet de la Million de St. Lazare à Paris , avoir païïé au fervice des Millions étran- gères, & eftoit allé à Siam. Frere René , .qui pour toute induftrie favoit faire une faignée , & donner un remede à un malade, (car c’eft par de pareils emplois de charité , & par des p relents, que les Millionnaires Ibnt loufferts & aimés en ces pa'is-là) lé défendît tant qu’il pût de faire ce fort , proteftant qu’il n’en eftoit pas capable: mais il ne pût enfin le dilpenlèr d obéir , quand on luy eût témoigné que le Roy de Siam le vouloir abfolûment. Depuis il a eUe trois ou quatre ans Gouverneur dejon- lalam par commilfion , & avec beaucoup d’approbation : & parce qu’il voulût retour- ner à la ville de Siam auprès des parents de fa femme, qui font Portuguais ,1e Sieur Billi Maî- tre d Hôtel de Mr.de Chaumont luy luccéda dans l’employ de Jonfalam. Les Siamois n ont pas beaucoup d’artillerie. De leur M 7 Un a“ükrW. 27$ -Z5# Royaume de SUm. Un Portuguais de Macao , qui eft mort à leur fervice , leur a fondu quelques pièces de ca- non , mais pour eux je doute qu'ils en lâchent jamais faire de médiocrement bons ; quoy qu'on m’ait dit qu’ils en font de fer battu à froid. Comme ils n’ont point de chevaux ( car qu’eft-ce que deux-mille chevaux tout au plus, quon die que leRoydeSiam nourrit?) leurs Armées ne confident qu’en éléphants, & en Infanterie nuë à la mode du païs , & mal ar- mée. Leur ordre de bataille & de campement eft tel. cjuei eit ^ ran"ent fur trois lignes , dont chacune leur ordre compofée de trois gros bataillons quarrez ; U & celui ^ 5 ou General qu’il nomme en Ion de leurs1” agence, fe tient dans le bataillon du milieu, campe- qu’il compofc des meilleures troupes pour la mens, fureté de la perfonne. Chaque Chef particu- lier de bataillon fe tient aufli au cœur du ba- taillon, qu’il commande: & fi les neuf batail- lons font trop gros , ils font divilèz chacun en neuf moindres , avec la même iymmetrie que tout le corps de l’Armée. xiii. L’Armée eftant ainfi rangée , chaqu’un des de'bauU-S neuf bataillons a (èize éléphants mâles der- le. riere. Ils les appellent éléphants de guerre :[& châcan de ces éléphants porte fon étendard particulier , & eft accompagné de deux élé- phants femelles ; mais tant femelles , que mâ- les ils font montez chacun de trois hommes armez ; xi. En quoy confident teurs Ar- mées. XII. D/e Royaume de Siam. *79 armez ; & outre cela l'Armée a des éléphants de bagage. Les Siamois dirent que les élé- phants femelles ne font que pour la dignité des mâles ; mais comme je l’ay déjà dit autre-part , on aurait de la peine à gouverner toûjours les mâles lâns la compagnie des femelles. L'artillerie aux endroits , où la riviere man- >XI.V~ que , eft portée fur des charrettes tirées par Îîe côm- des buffles, ou des bœufs, car elle n’a point mcnceie d'affût. Elle commence le combat : & li elle combat* ne le termine pas , alors ils le mettent à portée de le fèrvir de la moufquéterie , & des flèches, de la maniéré que j’ay expliquée, mais jamais ils n attaquent avec allez de vigueur, ny nefe défendent avec affez dé confiance , pour en venir aux dernieres approches & à la mêlée. Ils le rompent & s'enfuient dans les bois, mais d’ordinaire ils fe raffemblent avec la me- m'ohàffès. me facilité , qu’ils le font rompus : & fi dans à rompre quelque occafion , comme dans la dernière^*131' conjuration des Macaffars , il eft abfolûment neceilaire de tenir ferme , ils ne peuvent fe promettre de retenir les Soldats, qu'en met- tant des Officiers derrière, pour tuer ceux qui prendront la fuite. J’ay dit ailleurs comment ces Macaffars s eftoient (èrvis de l’opium pour fe donner du courage : c’eft un ufage prati- qué principalement par les Ragipouts , &par les peuples Malais, mais non pas par les Sia- mois : les Siamois auraient peur de devenir trop courageux. Ils ^8o Du Royaume de Siam; Eléphants contenc f°rc fLU* ^cs éléphants dans Ies> peu pio- combats , quoy que cet animal pour n avoir on?,! la ny morc*s ny bride ne puifîè eftre gouverné fil- rement , & qu'il revienne fouvent fur fès maî- tres quand on le blefîe. D’ailleurs il craint Ci fore le feu , qu’il ne s y accoûtume prefque jamais. Ils en exercent pourtant à porter , & à voir tirer fur leur dos de petites pièces de trois pies de long , & d’environ une livre de balle , 3c Bernier dit que ce meme ufage eft chez le Mogol. Quant aux fîéges , ils en font tout à fait in- capables , comme gents qui n'ofent même aller à l’ennemi , lors qu’il eft à découvert. Auffi n attaqueront - ils jamais de vive force une place tant foit peu fortifiée , mais feule- ment par trahilon , en quoy ils font fort habi- les, ou par la faim, fi les affiégez ne peuvent avoir de vivres. Le V foV' ^°nt encore P^us folles mcr que fur bieffe fax terre* ^ Peine le Roy de Siam a-t-il cinq ou la mcr. fix vaifleaux . fort petits , dont il fe fert prin- cipalement pour la marchandée ; Sc quelque- fois il les arme en courfe contre ceux de fes voifins , avec qui il eft en guerre. Mais les Officiers & les matelots , à qui il les confie , font étrangers; &jufqu’à ces derniers temps il les avoir choilis Anglois ouPortuguais : de- puis peu d’années il y avoit auffi employé des François. L’intention du Roy de Siam eft, que fes Corfaires ne tuenp perfonne , non plus que XVII. Les Sia- mois in- capables des Siè- ges. Du Royaume de Siam. 281 les troupes de terre , mais qu’ils ufent de tou- tes les fupercheries poffibles pour faire des pri- fes. Il ne le propofe jamais dans (es guerres de mer , que des reprelailles fur quelqu'un de fes voifins , de qui il croira avoir reçu quelque tort dans le commerce : & les fupercheries luy reüfi fiifent tandis que fes ennemis ne font en au- cune deffiance. Outre cela il a cinquante ou foixante galères, dont j’ay dit que les anchres font de bois. Ce ne font que de médiocres batteaux à lin pont, qui portent chacun juf. qu à cinquante ou foixante hommes, pour ra- mer & pour combattre. Ces hommes fe pren- nent par corvées , comme pour toute autre chofe ü n y en a qu'un à chaque rame ; & il eid obligé de ramer debout parce que la rame eft courte pour eftre légère , & quelle n attein- droit pas à l’eau , fi on ne la tenoit prelque toute droite. Ces galères vont feulement le long des- côtes du golphe de Siam. Chapitre IX. Du B arc don , & des Finances . E PrLCUng ou par une corruption des i- Portuguais Le B arc alon eft l'Officier qui a le département du commerce tant du de- dans que du dehors du Royaume. Il eft le fur- intendant des magazins du Roy de Siam , ou fi Ton veut fon premier fadeur. Son nom eft corn- II. Les reve- nus du Roy de Siam viennent de deux fources. III. Ses droits fur les terres la- boura- bles. iSi 2 *)h Royaume de Siam. compofe du mot Bali Pra , dont j a y fi fo lè- vent parlé , & du mot Cl an g qui veut dire Mitgazjn. Il eft le miniftre des affaires étran- gères , parce quelles fe reduifènt prefque tou- tes au commerce y&c c eft à luy que les nations réfugiées à Siam s'adreffent dans leurs affai- res, parce que cen'eft que la liberté du com- merce qui les y a autrefois attirées. Enfin ceft le Barcalon qui reçoit les revenus des villes. Les revenus du Roy de Siam font de deux fortes , revenus des villes , & revenus de la campagne. Les revenus de la campagne font reçus par Oc-yk PolUtep , félon ce qff on iffa dit, ou foret hep, félon Mr. Gervaife. Ils fe reduifent tous aux Chefs fuivants. i. Sur quarante braffes quarrées de terres labourables, un mayon ou quart deTicalpar an : mais cette rente lè partage avec 1 cTcbaou-* Meuang où il y en a ; & même elle ri eft guère bien payée au Roy fur les frontières. Outre cela la Loy du Royaume eft que quiconque ne laboure pas la terre ne paye rien , quoy que ce foit par fa négligence qu'il ne recueille rien.. Mais le Roy de Siam daujeurd'huy pour for- cer fes fujets à travailler , exige ce droit de ceux qui ont poffédé les terres pendant un cer- tain temps , encore qu'ils ceflent de les tra- vailler. Cela ne s'exécute pourtant que dans les endroits, où fon autorité eft bien entière. Il ff aimeroit rien tant , que de voir des étran- gers venir s'établir dans fes Etats , pour y tra- Du Royaume de Siam. 2$; vailler ces grands efpacesincultes, qui en font fans comparaifon la plus confiderable partie: il fcroit liberal en ce cas là deterres en friche > & de bêtes pour les cultiver, quand elles au- roient cfté défrichées. 2. Sur les batteaux ou balons , les naturels IV* du païs doivent pour chaque brade de Ion- baucawc. gueur un tical. On a ajouré (ous ce Régné, que tout balon ou batteau de plus de fix cou- dées de large payeroit fix ticals , & que les étrangers fèroicnt obligez à ce droit aufli bien que les naturels du païs. Ce droit fe lève com- me une efpéce de Doane en certains endroits de la riviere , & entre autres à Tchàïnat quatre lieues au deflus de Siam, où elle fe réunit toute entière. 3. LesDoanes fur tout ce qui. entre ou quîDo^'e^ fort par mer. Outre que le corps du vaifleau °an paye quelque chofe à proportion de fit capa- cité , comme les balons. ^ 4. Sur larak ou eau de vie de ris , ou plûroft Surv1f* fur chaque fourneau où on le fait, qu’ils ap- rak. pellent T tou- lion , les gents du païs doivent un tical par an. Ce droit a elle doublé fous ce Régné, St s'exige fut les naturels dupais, St fiir les étrangers également. On a ajoûtéauflî que chaque vendeur d arak en détail payeroit un tical par an , St chaque vendeur en gros un tical par an par chaque grande cruche, dont je ne trouve pas la 'grandeur autrement marquée dans le mémoire qu on ma donné. y Sur VII. Sur les durions. VIII. Sur le bé tel. IX. Sur l'a* xek. X. Impôts nou- veaux. il. Domaine lefervé au Koy. XII. les pre- tbws* 284 Du Royaume de Siam. 5. Sur le fruit appelé Dtirion pour cliâ* que pié d arbre portant déjà fruit , ou nen portant pas , deux mayons ou demi-tical par an. 6 . Sut chaque pié de bétel un tical par an. - 7. Sur chaque arékier on payoit autrefois trois glansdarek en efpéce: fous ce Régné on en paye fix. 8. Les revenus entièrement nouveaux, ou établis fous ce Régné , font en premier lieu un certaindroit fur une Academie de jeu per- mile à Siam. Le tribut que paye l'Oc-yk Meen eft à peu prés de même nature, mais je ne fày s’il neft pas plus ancien que celuy du jeu. En fécond lieu fur chaque cocotier un demi-tical par an; & en troifîéme lieu fur les orangers, manguiers , mangouftaniers , & fur les pimen- tiez , pour chaque pié d arbre un tical par an. U ny a point de droit fur le poivre , parce que le Roy voudroit que fes fujets s'adonnalïcnt davantage à en planter. 5>. Ge Prince a en divers endroits de fes Etats des jardins & des terres, quil fait culti- ver , comme fon Domaine particulier, tant par fes efclaves , que par des corvées. 11 en fait recueillir & garder les fruits fur les lieux , pour l'entretien de fà maifbn , & pour la nourri- ture de fes efclaves, de fes éléphants, de fes chevaux , & de fes autres bêtes ; & il vend le refte. 10. C'efi; une maniéré de revenu cafaél que . les Du Royaume de Siam. x g y les^prcfènts que ce Prince reçoit aulïï bien que tous les Officiers de fon Royaume, les dons que les Officiers luy font en mourant , ou ce quil prend de leur fuccelfion ; & enfin les faux frais qu’il prend fur fes fujets en plufieurs rencontres: comme pour l’entretien des Am- ballàdeurs étrangers , à quoy les Gouver- neurs , dans le refïort defqucls les Ambaflà- deurspallènt, oufejoument, font obligez de fournir; &pour la conftruétion desforteref- les & des autres ouvrages publics > dépenfe qu il prend fur les peuples chez qui ces ouvra- ges fe font. 1 1. Les revenus de la Juftice confident en xm. confifcations & en amendes. uonSH& ~ 12. Six mois de corvées par an de chacun amendes, de fes fujets : fervice que luy ou fes Officiers znoi» ctendent louvent plus loin 4 qui (cul le dé- de cor- fraye de toutes choies , & dont il luy refte du vécs* revenant- bon. Car en certains lieux ce fervice eft converti en payement fait en ris , ou en boisdefapan, ou en bois daloés, ou en fal- pêtre > ou en elephans , ou en peaux de bêces , ou en y voire, ou en autres marchandifes: & enfin ce fervice effc quelquefois cftimé , & paye argent contant ; & cefi pat de l'argent con- tant que les gents riches s en exemptent. An- ciennement ce fervice efloit eftime un tical par mois , parce qu’il ne faut qu un tical à un homme pour s’entretenir: & cette eftimation fcrc encore de taux aux journées , des ouvriers , qu’un Du Royaume de Siam* qu'un particulier employé. Elles reviennent à deux cicals par mois pour le moins, parce qu'on conte qu'il faut quun ouvrier gagne en fix mois Ion entretien de toute Tannée ; puis qui! ne peut rien gagner les autres fix mois , qu il fert le Prince. Àujourd'huy le Prince tire jufqua deux ticals par mois de l'exemption des corvées. ^es *utre#s revenus viennent du com- merce re- 1^crcc 5 qu'il fait avec fes fujets 8c avec les v-- etrangers. Il la porté à un tel point , que la îuiîeoû rnarchandi/ê neft prefque plus un métier de «fuel, particulier à Siam. Il ne le contente pas de vendre en gros , il a des boutiques dans les Bazars pour vendre en détail. rfsTJiles r Pri“a’pale choie qu'il vend à fes fujets de coton. les toiles de coton: il les répand dans (es magazins des Provinces. Autrefois fes prede- ccflèurs & luy n y en envoyoient que de dix en dix ans , & une quantité modérée , la- quelle^ eftant débitée les particuliers avoienc lieu d'en faire commerce : maintenant il en fournit toujours , il en a dans fès magazins plus qu'il nen (àuroic débiter; & il eft arrivé quelquefois que pour en débiter davantage il a forcé fes fujets à habiller les enfans avant 1 âge accoûtumé. Avant que les Hollandois euflènt pénétré dans le Royaume de Laos, 8c dans d'autres du voifinage, le Roy de Siam y lai.oit tout le commerce des toiles avec un profit confiderable. Tout Bu Royaume de Siam. zgy Tout le Câlin eft a luy, & il le vend tant xvir. aux étrangers qu'à les fujets , hormis celuy , Lc Calin que l’on tire des mines de Jonfalam furie 0uétain* golphe de Bengale : car comme c’eft une fron- tière éloignée , il y laillè les habitans dans leurs anciens droits ; de forte qu’ils joüilTent des mines qu’ils travaillent , moyennant un léger profit pour ce Prince. Tout l’y voire vient au Roy , fes fujets font x vin. obligez de luy vendre tout celuy qu’ils ven- £[0ir'’ dent , & les étrangers n’en peuvent acheter p^onMà- qu’àfon magazin. Le commerce du falpêtre,pan* du plom & du fapan , eft auflï au Roy : on n’en peut vendre qu’à fon magazin, n’y en ache- ter que de Ion magazin , foit-on Siamois ou étranger. L arek , dont il fort beaucoup hors du Roy- x i x. aume , ne peut eftre vendu aux étrangers que L'aick- par le Roy; & il en acheté pour cela de fes fujets, outre celuy, qu’il a de lès revenus par- ticuliers. ‘ Lés marchandées de contre-bande, lavoir xx. kfo,,:fre la poudre & les armes, « peu»e„,^"f; ütre vendues ny achetées a Siam qu’au feul deconuc- magazin du Roy. bande. Quant aux peaux de bétes , ce Prince s’eft x x r. obligé, par un traité fût avec les Hollandois , k“ux de à les leur vendre toutes ; & pour cela il les Ü'CS' acheté de fes fujets : mais les fujets en détour nent beaucoup, que les Hollandois achètent d eux en lecret. Le XXII. Les corn* merces li- bres à tout le monde. XXIII. Lefcl, la pefche, la challe. XXIV. A quelle fomme montent les reve- nus du Roy de Siara. 288 Du Royaume deSUm. Le relie du commerce eft permis à Siam à tout le monde , comme celuy du ris > du poif fon, dufel,dufucre noir, du candi, de 1 am- bre gris , du fer, du cuivre de la cire, delà gomme dont on fait le vernis, de la nacre de perle, de ses nids d’oileaux dont on mange, (qui viennent du Tonkin de de la Cochin- chine , & que Navarrcte dit eltre faits de l'é- cume de la mer dans des roches , par une elpé- ce de petits oifeaux de mer, qui reflèmblcnt à des hirondelles : ) de la gomme-goutte , de l'encens, de l'huile, du coco, du coton, delà canele,du nénuphar quineft pascxaélement comme le nôtre , de la caflè , des tamarins , & de plufïeurs autres choies , tant du ciù du Royaume, qu’apportées de dehors. Chacun peut faire de vendre du fel, pelcher, Sc chalïèr , comme je lay dit autre part , de fins rien payer au Roy. Il eft vray qu'on apporteà la pefche la Police necelïaire; de Oc-Pra-TJii- nam qui reçoit les revenus particuliers de la riviere , empêche ces maniérés de pelcher , qui détruilent trop de poiflôn à la fois. Le Roy de Siam n'a jamais efté bien payé de fes revenus dans les terres éloignées de là Cour. On dit que l'argent contant qu'il en tiroit autrefois , montoit à douze-cent- mille livres, de que celuy qu'il en tire anjourd’huy monte a fix- cent- mille ccus , ou a deux mil- lions. Cell une choie difficile à bien favoir: tout çe que j en puis alsurer, efl qu'on dit en ce Du Royaume de Siam. z8$ ce païs-Ià (comme une chofe tres-confidera- ble, & qu’on croit qui doit paroître hyperbo- lique) que le Roy de Siam d aujourd’huy a au- gmenté Ces revenus d’un million. Chapitre X. Du Sceau Royal , & du Maha Obirat. [ L n ^p?int de Chancelier à Siam. Châ- T. que Orncîer , qui a droit de donner des1*"^? Sentences, ou des ordres par écrit, qu’ils appel- chance! lent Tara en general, a un fceau que le Rovlier à Im donne: & le Roy lui-raefae a fou fceai S";ltLe Roy a1 , qu il ne confie a qui que ce foit, & dont don>ne & de la Garde du Roy de Siam . officiers T ^ refe à parler du Roy, &de faMai- du de- -*■ fon. Le Palais de ce Prince a fes Officiers dude-& du dC(*ans, &tès Officiers du dehors; mais hors. fi différens en dignité, quun Oc-meùing du dedans commande à tous les Ocya du dehors. On appelle Officiers du dedans, non pas feu- lement Du Royaume de Siam. ij, lement ceux, qui logent toûjonrsdans le Pa- lais; mais ceux, dont les fondions s’exercent dans le Palais: & on appelle Officiers du de- hors du Palais, non pas tous les Officiers du Royaume, qui n’ont point defon&ion dans le Palais -, mais ceux qui n’ayant nulle fonction dans le Palais , n’ont pourtant au dehors au- cune fondion , qui ne regarde le fervice du Pa- lais. Ainfi les Efpagnols ont des valets, qu’ils appellent de Efcalera arnba , & d’autres qu’ils appellent de Efcalera abaxo , c’eft à dire des valets de 1 elcalier en haut , ou qui peuvent monter l’efcalier chez leur Maître , & chez ceux aquileur Maître les envoyé, & d’autres qui demeurent toûjours au bas de l’efcalier. Les Palais du Roy de Siam ont trois encein- i T. tes ; & celuy de la ville de Siam les a fi diftantesTi:ois en' l une de l'autre, que l’entre deux en paroît de va- SE, ltes courts. Tout ce que renferme l’enceinte 1>a*a‘s<*a intérieure, favoir le logement du Roy, quel- que coaxf, & quelque jardin , s’appelle ratio en Siamois. Le Palais entier avec toutes fes en- ceintes s’appelle Prajfat, quoy que Vliet dans le titre de fa Relation traduile le mot de Prafflip par celuy de T'hrone. Les Siamois n’entrent dans le rang , nyn’en fortent fans feprofter- ner , & ils ne paflent point devant le Prajfat Et fi quelquefois le fil de l’eau les emporte , & les force a y partèr , ils font accueillis d’une grele dépôts, que les gens du Roy tirent fur eux avec desforbacanes. Mr.de Chaumont & N î les 2 9 2 Royaume de Siam. les Envoyez du Roy mirent pici terre, & aban- donnèrent leurs para-loi déslapremiere entrée du Prafïat. De l’o'e L'Oc-yh Vang commande dans le Vang; yàVang.' & réunit en lui toutes les fondions , qui re- gardent les réparations du Palais, l’ordre qui doit être oblèrvé dans le Palais , & la dépenfe, qui s’y fait pour l’entretien du Roy, 8c pour celuy de fes femmes & de fes eunuques , 8c de tous ceux que ce Prince nourrit dans le Vang. Ce fut L’Oc-yk Vang , qui , àl’exemple de tous les autres Gouverneurs qui avoient reçu les Envoyez du Roy à l’entrée de leur gou- vernement , les vint recevoir à la porte du V mgy 8c qui les introduilit à l’audience du Roy fon Martre. Droites ‘LeS Portes t*u P'dais font toujours fermées ; du Palais, & derrière chacune eft un portier, qui a des &despié- armes , mais qui au lieu de les porter , les avec kf- tient cians & l°ge Pr^'s de h po«e. Si quelqu'un quelles on heurte , le portier en avertit l’Officier, qui mis'.*'1* commande dans les premières enceintes, 8c fans la permiffion duquel perlonne n’entre, nynelort: mais perlonne n'y entre armé, ny après avoir bû de l’arak , pour le bien aflùrer qu’aucun homme yvre n y entre. C’eftpour- quoy l’Officier vilite, &fent à la bouche tous ceux qui doivent y entrer. j esv* Cet Office eft double , & ceux qui en font Mcüing- poutvûs , fervent alternativement & par jour. Tchion, J_es jours de fervice ils demeurent les vinge- quatre T) h Royaume de Sium. i9$ quatre heures entières dans le Palais , & les au- très jours ils peuvent être chez eux. Leur titre cil; Oc-MemngTchion , ou bien Pri- Meüing Ti ehion : car au Palais devant le mot de Meüing il y en a qui mettent le mot de Pr au lieu de celui d’ Oc , quoy qu’on m’ait dit que c’eft Oc- Meüing, 8i non Pra. Meüing qu’il faut tou- jours dire. Ce fût l’un de ces Meüing Tchion , qui porta le premier compliment du Roy de Siam aux Envoyez du Roy , lors qu’ils eftoient encore en rade ; & qui demeura toujours au- près d’eux apres qu’ils furent defccndus à terre, comme Mr.Torpff demeura toûjours auprès des Ambaflàdeurs de Siam. Entre les deux premières enceintes , & fous un hangar, eft un petit nombre de Sol- dats defàrmez 8i accroupis. Ce font de ces Ken- l*\ ow’Brai.peintt , dont j’ay parlé autre-part. L Officier qui les commande immédiate- ment, & qui cftBras-peint lui-mefme, s'ap- pelle Oncarac, 8c lui & eux font les exécu- teurs de la Juftice du Prince; comme les Offi- ciers & les Soldats des cohortes Prétoriennes eftoient les exécuteurs de la Juftice des Empe- reurs Romains. Mais en mefme temps ils ne laiftènt pas de veiller alalurete de lapcrlonne du Prince: car il y a dans le Palais dequoi les armer au befoin. Ils rament le Balori du Corps, & le Roy de Siam n’a point d’autre garde à pié. Leur emploi eft héréditaire comme tous les autres du Royaume • & l’ancienne Loy ^ 3 porte vr. Les Eras- peints. 19i Du Royaume de SUm. porte qu’ils ne doivent être que fix cent : mais cela fe doit fans doute entendre qu’il n y en doit avoir que fix- cent pour le Palais : car il en faut bien davantage dans toute letenduë de l’Etat \ parce que le Roy en donne, comme j’aydit ailleurs, à un fort grand nombre d’Officiers. JdVae Mais ce Prince ne fe contente pas de cette parade garde dans les jours de ceremonie , comme fût çfciavesS CC^U* ^aPremj^ere audience des Envoyez du Roy. En de pareilles occafions il fait mettre fous les armes fes efclaves; &fi leur nombre ne fufïitpas, on arme lesefclaves des princi- paux Officiers. On leur donne à tous des clie- ntes de moufleline teinte en rouge, des motif- quets, ou des arcs, ou des lances, & des pots en tete de bois doré , que l’on tire pour celà du magazin ; & dont la quantité détermine , à mon avis, le nombre de ces Soldats de parade. Ils formoient une double haye à la réception de Mr. de Chaumont ; & dés quil avoit parte, ceux qu’il avoit laiflèz derrière , fè hâtoient de regagner le devant par des chemins détournez, pour aller remplir les places vuides qui les at- tendoient. De nôtre temps ils marchèrent aux cotez des Envoyez du Roy, jufqu’à ce qu’ils fuffirent à border de part & d’autre l’efpaçe, par où ils dévoient paflèr. Nous trouvâmes auffi une partie de ces efclaves profternez au devant du petit cfcalier, qui monte au falon de l’audience. Les uns tenoient ces petites trompettes inutiles , dont j’ay parlé : St les au- tres Du Royaume de Siam. -95 très avoient devant eux ces petits tambours, qu’ils ne battirent jamais. Les Meiiing Tchion . iont les Nâï de tous ces efclaves ; & ces efclaves rament les balons de la fuite du Roy , & on les employé d’ailleurs à divers travaux. Autrefois les Rois de Siam avoient une <*ar- v 1 1 r. dejapponoife compofée de fix-cent hommes : s'^.de mais parce que ces fix-cent hommes feuls fai-p!u!Td"a foient trembler , quand ils vouloient , tout le 8ar1- Le Roy de Siam fournit à toute cette gar- coûte. de des armes, & des chevaux: & outre cela chaque More lui coûte trois cat'ts & douze tei!s par an, c’eft adiré 540. livres , ou à peu prés, &une vefte d’étoffe de laine rouge ; Sc chacun des deux Capitaines Mores cinq caùs & douze teils , ou 840. livres , & une vefte d ecarlatte. Les Ragiboijtes lont entretenus Dtt Royaume de Siam. zç>y for le mefme pié : mais chaque Tartare-Chi- nois ne lui coûte que fix teils ou 45 . livres par an , & leur Capitaine quinze teils , ou 1 1 z. li- vres dix [ois. Dans les premières enceintes font aulïï les xnr. loges des eléphans , & les ccûries des che- &ecIhe'-ntS Vaux , que le Roy de Siam aime le mieux , & vaux du qu’on appelle éléphants & chevaux de Nom : Palais' parce que ce Prince leur donne en effet un nom: comme il en donne à tous les Officiers du dedans de fon Palais,& aux Officiers impor- tants de l’Etat , qui en cela font fort diftinguez des Officiers, à qui il n’en donne point. Celui qui a foin des chevaux, foit pour leur entre- tien , foit pour les dreffier , & qui eft comme le premier Ecuyer, s’appelle Oc-Loiiang Tckoum- pon : fon Belat ou Lieutenant eft Oc-Meüing fîfmg Toup Pa-tcb'at ; mais lui feul a droit de parler auRoy: lonBelatni les autres Officiers inferieurs ne lui parlent point. Les eléphans de nom font traitiez avec X iv. plus ou moins de dignité , félon le nom plus Dhcasnte’e^a- ou moins honorable qu’ils portent; mais châ- nom!" 3 cun d’eux a plufîeurs hommes à fon fcrvice. Ils ne fortent , comme j’ay dit ailleurs , qu’avec appareil; & parce que tous les éléphants de nom ne peuvent tenir dans l’enceinte du Pa- lais, il y en a quelques-uns, qui ontleurs loges auprès. Ces peuples font naturellement tant de cas De^„ des eléphans > qu ils fè font perfuadez qu’un phant N 5 - animalibl“e' *9 S Du Royaume de Siam. animal fi noble, fi fort, &fi docile, ne peut erre animé que d’une ame illuftre , qui ait efté autrefois dans le corps de quelque Prince, ou de quelque grand perfon nage: mais ils ont en- core une plus haute idée des eléphans blancs. Ces animaux (ont rares, &ilsne(è trouvent, dit-on , que dans les forêts de Siam. Ils ne font pas tout a fait blancs; mais de couleur de chair: 8c c’eft pour cela que Vliet dans le titre de (a Relation a dit : l’eléphant blanc 8c rou- ge. Les Siamois appellent cette couleur Peüak^ &jene doute pas que ce ne feit cette couleur tirant fur le blanc, & d’ailleurs fi rare en cet animal , qui luy a attiré la vénération de ces peuples , jufqua leur perfiiader ce qu'ils en difent, qu’une ame de quelque grand Roy eft toujours logée dans le corps d’un éléphant blanc, foit mafle ou femelle, il n’importe, if cas' fo‘r k* mefme railon de la couleur, les che- 3 oo Du Royaume de Siam . tes à clef, & outre cela quelqu'un y veille pen- dant la nuit. Les balons du fervice ordinaire ne font pas fi ornez que ceux de çeremonie ; & parmi ceux de ceremonie il y en a que le Roy donne à fes Officiers pour ces occa- sions là feulement: car ceux qu’il leur aban- donne pour les ceremonies ordinaires , font moins beaux. Chapitre XII. Des Officiers , qui approchent le plus la Perfonne du Roy de Siam, I. En quel endroit du Palais fe tien- nent les couiti- fans. II. Com- ment le Roy de Siam fe montre à eux. TT\ Ans le Vang font quelques-unes de ces falles ifolées que jay décrites; dans lef- quelles les Officiers s^aflêmblent , foit pour leurs fondions , foit pour faire leur cour , c’eft à dire pour y attendre les ordres du Prince. Le lieu ordinaire, où il Ce montre deux, eft le falon , où il donna audience aux En- voyez du Roy ; & il ne $ y montre que par une fenêtre, comme faifoit anciennement le Roy de la Chine. Cette fenêtre eft d’une chambre plus haute , qui a cette vûë fur le falon , & qu’on diroit être d'un premier ctage. Elle a neuf piés de haut ou environ ; & il fallut mettre trois marches au deflous , pour m'élever à hau-* teur de donner la lettre du Roy de la main à la main au Roy de Siam. Ce Prince aima mieux faire mettre ces trois marches , que de fevoir encore D# Royaume de Siam. 50 i encore obligé à Ce bailler , pour prendre la lettre du Roy de ma main , comme il avoir cfté obligé de faire pour prendre celle , que Mr. de Chaumont luy rendit. On fait par la Relation de Mr. de Chaumont, qu’on luy avoit mis entre les mains une efpéce de baffin d’or, qui avoit au delïous un manche fort long de même matière j afin qu’il s’en fervit pour don- ner la lettre du Roy au Roy de Siam. Il le fit, mais il ne voulut pas prendre ce baffin par le manche pour élever la lettre : de forte qu’il fallut que le Roy de Siam Ce penchât hors de la fenêtre pour la recevoir. C’eft avec ce même baffin , que les Officiers de ce Prince luy fer- vent tout ce qu’il reçoit de leurs mains. Aux deux coings du fàlon qui font aux cotez de cette fenêtre ; font deux portes à la hauteur de la fenêtre , & deux efcaliers fort étroits pour y monter. Pour tout meuble il n’y a que trois para-fol , un devantla fenêtre à neuf ronds , &C deux à fept ronds aux deux cotez de la fenê- tre. Le para-fol eft en ce païs là que le Dais efl en celuy-cy. C’eft dans ce fàlon que les Officiers du Roy t- gt de Siam, qu’on appellera, fi l’on veut, de.fà dukoySde Chambre , ou plutoft de fon and- chambre, s'- attendent Ces ordres. Il a quarante-quatre jeu- nes hommes , dont le plus vieux ne pafîe guère vingt -cinq ans: les Siamois les appel- lent Mahatlek^y les Européans les ont. appe- lés Pages. Ces quarante - quatre pages donc N 7 font IV. leurs fon- dions. V. Combien le Roy de Siam aime la le&ure. 3 0 1 Du Royaume de Siam. font divifèz en quatre bandes d onze chacune r les deux premières font de la main droite, & ie profternent dans le fàlon à la main droite du Roy : les deux autres font de la main gau- che, & fe profternent à la main gauche. Ce Prince leur donne à chacun -un nom & un fabre ; & ils portent fes ordres aux pages du dehors , qui font en grand nombre , & qui n'ont point de nom, qui leur foie donné par le Roy. Les Siamois les appellent Caloang & ce (ont ces Caloang , que le Roy envoyé dor- dinaire dans les Provinces pour des commit fions , foit ordinaires , /bit extraordinaires. Outre cela les quarante-quatre pages du de- dans ont leurs fondions réglées. Les uns , par exemple , fervent le bétel au Roy , les antres ont foin de fes armes , d'autres gardent fes livres, & quand il veut, ils lifent en fa pre- fence. Ce Prince eft curieux au dernier point. Il fè faifoit traduire le Q^Curce en Siamois /pen- dant que nous étions là; & il s’eftoit déjà fait traduire plufïeurs de nos Hiftoircs. 11 çon- noît les Etats de l’Europe : & je n’en puis dou- ter, parce qu'une fois , comme il meut donné occafion de luy dire que l’Empire d’Allemagne eft éleétif il me demanda fi outre l'Empire & la Pologne il y avoir quelque autre Etat éleétif en Europe : & je luy entendis prononcer le mot de Polonia , dont je neiluy avois pas parlé. On m’a alsiiré qu’il a dit fouvent que l’art de régner Du Royaume de Siam. regner ne fe devine point , & qu’avec beau- coup d’experience & de le&ure on s’aperçoit qu’on n’achéve pas encore de l’apprendre. Mais il la voulu principalement étudier fut l’Hiftoire du Roy : il eft avide de toutes les nouvelles de France ; & dés que fes Ambaffa- dcurs furent arrivez, il retint le troilïéme au- près deluy, jufqu’à ce qu’il luy eût lu leur re- lation d’un bout à l’autre. Pour revenir aux quarante -quatre pages, VL .. quatre Officiers les commandent -, leiquels , ^ersq af parce qu’ils approchent de fi prés le Prince, comman. font dans une grande confideration , mais non du pas pourtant en égal degré : car il y a une gran- dedans- de différence du premier au fécond, du fécond au troifiéme , & du troifiéme au quatrième. Ils ne portent que le titre d'Oc-Meüing, ou de Pr a-Meüing : APeiiaia V ai, Mcümg Sara- pet , MeüingSemeungtchâi , Meiiingsii. Les fabres & les poignards , que le Roy leur donne, font ornez de quelques pierreries. Tous qua- tre font des Nâï confiderables , ayant beau- coup a Officiers fubalternes fous eux ; &quoy qu’ils n’ayent que le titre de Meüing , ils ne laiffent pas d’eftre Officiers en Chef. Les Pa-yà, les Oc-yà, lesOc-Pta, & les autres titres ne font pas toûjours fubordonnez entre eux : feu- lement l’un doit commander à plus de per- fonnes que l’autre. Au refte ce fût Meiiingsii , qui accompagna Meüing Tchion à bord de nos vaiffeaux, pour y porter aux Envoyez du Roy 504 T>h Roy Aime de Siaaf. Roy le premier compliment du Roy deSiam y Si ce fût à luy que Meiiing T cbion , quoy que plus élevé en dignité , céda la première place & la parole ; parce que Meïiing Jii eftoit plus âgé que luy de trois ou quatre ans : mais le plus âgé de tous les deux n’en avoit pas trente. Oufeui x ^en^ant S116 les Envoyez du Roy étoient officier, à l’audience du Roy deSiam, il y avoit en un qui ne fe endroit , quon n’apercevoit pas un Officier , pas devant <îu^ ^ » à ce qu’on m’a dit , a droit de ne fie Je Roy de profterner pas devant le Roy fbn Maître; & Siam. ceja rencj pon office fort honorable. J’ay ou- blié d’en écrire le titre dans mes mémoires. Il a toujours les yeux attachez lùr ce Prince , pour recevoir fes ordres , qu’il connoît à de certains lignes , & qu’il fait entendre par lignes à d’autres Officiers, qui font hors du làlon. Ainfi dés que l’audience fût finie, je veux dire dés que le Roy eut cefië de nous par- ler , ce Prince, dans ce filence qui eft pro- fond , fît quelque ligne, auquel nous ne prî- mes pas garde; & d’abord on entendit au fond du làlon, & en un endroit élevé, qu’on ne void point, un bruit de quinquaillerie, comme celle , dont eft garni un tambour de bafque. Ce bruit eftoit accompagné d’un coup , qu’on donnoit de temps en temps fur un tambour, qui eft lîilpendu fous un hangar hors du falon , & qui pour eftre fort grand , rend un lôn grave & majeftueux : il eft garni de peau d’elephant. Per- Du Royaume de Siam. 3 o j Perfonne cependant ne fît aucun mouvement, jufqu a ce que le Roy , dont une main invisi- ble tira peu à peu le fiege par derrière , s éloi- gna de la fenctre , & en ferma les volets : & alors le bruit de la quinquailleric , & celuy du gros tambour ceflerent. Chapitre XIII. Des femmes du Palais (y des Officiers de la (jarde-robbe. Haut à la chambre du Roy de Siam les i- ^■véritables Officiers en font les femmes , il Cambre n’y a quelles qui ayent droit d’y entrer. Elles du Roy font fon lit & la cuifine : elles l’habillent & le de Slim* fervent à table : mais perlonne que luy-mêmé ne touche à là tête quand on rhabille , ny ne pallè rien par delliis là tête. Les pourvoyeurs portent les provilîons aux eunuques , & ceux- cy les donnent aux femmes : & celle qui fait la cuifine, n’employe le lêl & les épices que par poids ; afin de n’en mettre jamais ny plus ny moins : ufage qui iveft , à mon avis , qu’une loy des Médecins à caufe de la mauvailè lànté du Roy , & non une ancienne coutume du Palais. Les femmes ne lortent jamais qu’avec le n. Roy , ny les eunuques fans ordre exprès. On dit qu’il a huit ou dix eunuques feulement, tant femme Sc blancs que noirs. La feuë Reine qui eftoit fa fafœur- femme 5 o6 T) h Royaume de Siam « femme & fa fœur en même temps sappeloit Nang <*s£camahifîi. Il n’eft pas facile de fàvoir le nom du Roy : ils le cacnent avec foin , & par fuperftition , à mon avis, de peur qu’on ne lui fafïè quelque forcellerie fur Ion nom : & d’autres difent que leurs Rois n ont un nom qu’apres leur mort, & que c'eft leur fïiccet feur qui les nomme : & cela feroit encore plus fur contre les prétendues forcelleries. IIT’ , Pe Reine Acamahifii eft née , comme Princeüe fà autre-part, la PrincefTe fille unique du là fille Roy de Siam, laquelle a aujourd’hui rang & unique, niaifon de Reine. Les autres femmes du Roy (qu’on appelle en general Tek Aon Tang, parce que le mot dcTchaou , qui veut dire Seigneur, veutauffi dire Dame &! JlTaîtreffe ) lui obéît lent , ôc la regardent comme leur Souveraine. Elles (ont foûmifès à fà juftice , aufli bien que les femmes ,& les eunuques, qui les fervent; parce que ne pouvant fbrtir , pour aller plaider ailleurs, il faut neceflairement que ce foit la Reine , qui foit leur juge , & qui les faflê châ- tier pour les maintenir en paix. Celafè pra- tique ainû dans toutes les Cours d’Afie : mai* il neft vray ny à Siam , ny peut-eftre nulle part de l’Orient > que la Reine ait aucune Pro- vince àvgouverncr. Il eft aifé aufli de com- prendre que , fi le Roy aime quelqu’une de iis Dames plus que les autres, il fait la louftraire a la jaloufic , & aux mauvais traittemens de la Reine. Du Royaume de Siam. 3 07 De temps en temps on prend des filles à IV. Siam pour le fervice du Vang, ou pour eftre Jesum maitrefles du Roy , fi ce Prince s'en accom- prend les mode : mais les Siamois ne baillent leurs filles * que par force, parce que c’èft pour ne les re- pourlon voir jamais; & ils les rachètent tant qu’ils peu- ralaiSj. vent pour de l’argent. De forte que cela de- îTy pilîL vient une efpéce de concuffion : car on prend beaucoup de filles à deficin Amplement de les rendre aux parents , qui les rachètent. ■ Le Roy de Siam a peu de Dames, c’eft à v>. dire huit ou dix en tout , non par continen- Dames. 6 ce , mais par épargne. J’ay déjà dit qu avoir beaucoup de femmes eft en ce pais- là plûtoft magnificence que débauche. C’eft pourquoy ils font fortfurpris d’entendre dire qu’un auüi grand Roy que le nôtre n’a qu’une femme, qu il n a point d’elephants , & que les terres ne portent point de ris ; comme nous le pouvons eftre, quand on nous dit que le Roy de Siam n a ni chevaux , ni troupes entretenues , ÔC que fon païs ne porte ni blé ni raifin ; quoi que toutes les Relations relèvent fi fort la richeilè &la puiffancc du Royaume de Siam. La Reine a les éléphants Ôc fes balons, & VI-, des Officiers pour en avoir foin, & pour lac- fondelà compagner quand elle fort : mais il n y a que fes femmes ôc fes eunuques qui la voyent. Elle eft cachée à tout le refte du monde; & quand elle fort, foit fur un éléphant , foit en balon, elle eft dans une chaife fermée par des rideaux , 3cS Du Royaume de Siam. rideaux , qui lui permettent de voir ce qu’elle veut , & qui l’empêchent d’eftre vüë : & le refpeét veut , que fi on ne la peut éviter, on lui tourne le dos en le profternant, quand elle pafîè. vu. Outre cela elle a Ion magazin, fes vaifTeaux & gasinJe ^cs finances. Elle fait commerce; & quand nous les vaii- arrivâmes en ce pals- là, laPrinceflè, que j’ai féaux. dit eftre traittée en Reine , eftoit fort brouillée avec le Roy ion pere ; parce qu’il s’eft refervé à lui fenl prelque tout le commerce étranger , & que par là elle s’en trouve privée , contre l’an- cienne coutume du Royaume. viii. ^ Les filles ne fuccedent point à la Couronne: «ffionT à Peine y font elles regardées comme libres, la Cou- Ce ferait le fils aîné de la Reine , qui y devrait icsTaufo toûjours fuccéder par la Loi. Néanmoins par- quî la ce que les Siamois ont de la peine à concevoir rendent qu’entre des Princes à peu prés de même rane, taiiu. |e pins âge le profterne devant le plus jeune , il arrive fouvent qu’entre freres , quoi qu’ils ne loient pas tous fils de la Reine , & qu’en- tre oncles & neveux , le plus avancé en âge eft préféré : ou plutoft c’efl: la force qui en décide prefque toûjours. Les Rois mêmes contri- buent à rendre la fiicccffion Royale incertai- ne; parce qu’au lieu de eboifir conftammenc pour leur fuccellèur le fils aîné de la Reine, ils lùivent le plus fouvent l’inclination qu’ils au- ront pour le fils de quelqu’une de leurs Dames dont ils feront amoureux. C’efl: Du Royaume de Siam. 309 C’eft pour cela que le Roy deBantam , par ix. exemple, a perdu la Couronne & la liberté. Oc.cafîo“ Il voulut avant fa mort faire reconnoître pour du* i«ei1' fon fuccdfeur l’un de lès fils , qu’il avoir eu de ^ollau\ quelqu’une de fes Maîtreflès : & le fils aîné très de*1' qu’il avoir eu de la Reine, fe jeta entre les brasB*num• des Hoilandois. Ceux - cy le mirent fur le T rône après avoir vaincu Ion pere , qu’ils tien- nent encore jgn prifon , s’il n’eft mort : mais pour le prix de ce (èrvice ils font demeurez les maîtres du Port , & de tout le commerce de Bantam. La fucceilïon n’eft pas mieux réglée à la X. Chine , quoy qu’il y ait auffi une Loy ex-fc^nfuac* prefiè & fort ancienne en faveur du fils aîné Royaume de la Reine. Mais quelle Régie y fauroit-ildC;!aChi' avoir en une chofe, quelque importante qu’elle foit , quand les paillons des Rois cherchent toujours à la brouiller? Tous les Orientaux, dans le choix d’1111 Maître , s’attachent tour au plus à la famille Royale, &non à un cer- tain Prince de la famille Royale : incertains dans la feule choie où les Européans ne le font point. Dans tout le refîe nous varions tous les jours, & ils ne varient jamais. Toujours mêmes mœurs chez eux , toûjours mêmes Ioix, même religion, même culte: comme 011 en peut juger en comparant ce que les an- ciens ont écrit des Indiens , avec ce que nous en voyons aujourd’huy. J’ay dit que ce font les femmes du Palais, xi- quiDcUGat* de-robe du Roy de Siam. I. Les heu- res du Confeil. IL Divifion du jour & de la nuit félon les Siamois. 3 r o Du Royaume de Siam. qui habillent le Roy de Siam ; mais elles n*ont pas foin de fa Garde-robe : il a des Officiers pour cela. Le plus confiderable de tous eft celuy qui touche à Ton bonnet , quoy qu il ne luy fbit pas permis de le mettre fur la tête du Roy Ton Maiftre. C eft un Prince du fang Royal de Camboya ; parce que le Roy de Siam levante d’en eftre ifTû , ne pouvant fe vanter «1 eftre de la race des Rois les predecellèurs. Le titre de ce Chef de Garde-robe eft Oc-y à Out baya tanne , ce qui fait allez voir que le titre de Pa-yh ne fignifie pas Prince, puis que ce Prince ne le porte point. Au deffous de luy Oc - Prd Rayja V ounsa a foin des habits. Rayja ou Raja ou Ragi ou Ratcha ne font qu’un terme Indien diverièment prononcé, qui veut dire, Roy ou Royal , ôc qui entre dans la compofi- tion de pluficurs noms chez les Indiens* Chapitre XIV*. Des coutumes de la Cour de Siam , & de l.i Politique de [es Rois . L’Ufage ordinaire de la Cour de Siam eft de tenir le Confcil deux-fois le jour: vers les dix-heures du matin , & vers les dix-heures du foir , à conter les heures à nôtre maniéré. Pour eux ils divifent le jour en douze-heu- res depuis le matin ju(qu a la nuit. Ils appellent les heures Mong : ils les content comme nous, &ne Du Royaume de Siam. 3 ! r & ne leur donnent pas un nom particulier à chacune , comme les Chinois. Pour ce qui eft de la nuit , ils la divifent en quatre veilles, qu’ils appellent Tgiam , &l’on voit toujours clair à la fin de la quatrième. Les Latins , les Grecx , les Juifs , Si d’autres peuples ont divifé de mê- me maniéré le jour & la nuit. Le peuple de Siam n’a point d’horloge; mais 1 1 r- comme les jours y font prefque égaux toute iog“t.hor' 1 année , il leur eft aile de favoir toûjours quelle heure il eft, à la feule vue du Soleil. Dans le Palais du Roy ils ufènt d’une forte d’horloge d eau : c’eft une taflè de cuivre fort mince, au fond de laquelle ils font un trou prefque imperceptible. Ils la mettent toute vuide fur de l’eau : l’eau y entre peu à peu par le petit trou ; Si quand la taffe eft allez pleine pour couler à fond , c’eft une de leurs heures , ou une douzième partie du jour. Ils meforent les veilles de la nuit par une méthode fèmblable. Si ils font du bruit for des baflins de cuivre , lors que la veille eft finie. J’ay dit comment les procès fe terminent iv. dans IcConfeil du Roy de Siam: les affaires d’Etat s’y examinent Si s’y décident à peu prés Roy de de même. Celuy des Confcillers , à qui ce siam fa!t Prince adonné une affaire, en fait le rapport, des ’Xu qui confifte en leéhire autant qu’il fè peut ; Si ies dans puis l’on procède aux opinions confultati-fcij, &0"’ ves ; Si julques-là la préfèncc du Roy n’eft comment pas neceftâire. Lors qu’il eft arrivé il entend 3 1 1 Du Royaume de Siam . le rapport , qu’on luy lit de la confaltation precedente , il réfume tous les avis , réfuté ceux quil n’approuve pas , & puis décide. Que fi l’affaire luy femble mériter une plus mûre deliberation , il ne décide pas : mais après avoir propofé fcs difHcultez , il en com- met l’examen à quelques-uns de fon Confeil, qu’il nomme exprès \ & principalement à ceux qui eftoient d’un autre avis que le lien. Ceux- cy , après avoir confulté derechef enfemble, font faire le rapport de leur nouvelle confulta- tion par l’un d’entre eux , en plein Confeil & devant le Roy \ & (iir cela ce Prince achève de prendre Ion parti. Quelquefois néan- moins, maistres-rarement, & dans des affai- res de certaine nature , il çonfultera les prin- cipaux Sancrâs, qui font les fapérieurs des Ta- lapoins; defquels il rabaiffe d’ailleurs le cré- dit autant qu’il peut , quoy qu’il les honore fort en apparence. Enfin il y a telle nature d’affaires , où il appellera les Officiers des Pro- vinces : mais en toutes rencontres , & en tou- tes affaires , il décide quand il luy plaît •> ôC iln'eft jamais contraint ny à demander avis à perfonne, ny à fuivre aucun autre avis que le lien. v. Souvent il punit un mauvais confeil , ou il les mau- en recompenfe un bon. Je dis bon ou mau- vaiscon- vais félon fon fens, car luy feul eneft le juge, co mpcnÆ Ainfi fos Miniftres s’appliquent bien plus à les bças. deviner fon fentiment > qu à luy déclarer le leur Du Royaume de Siam. 3 x 3 leur, 5c ils ne lai lient pas de s’y méprendre, parce qu’il s’applique aufli à leur cacher I3 penfee. • a U re^e jv’a^"a'te » far laquelle il les confulte, v r. nefl: pas toujoursune vraye affaire: c*efl; quel- Qiiel5iuc- quefois une queftion, qu’il leur propofe par confulte maniéré d exercice. desafoi- . 11 a de couftuflSe d examiner Tes Offi- invcn~ ciers fur le Pr a-Tam-Rh , qui eft ce Livre , que manière J ay dit qui contient tous leurs devoirs ; & il fait d- ex€r- chàtjer, mefmes du bâton, ceux qui ne répon- C* vi ir cent pas allez bien , comme un pere châtie fes 11 exam*’ enfans en les inftruifant. 2e.fes ?f* elt une ancienne Loy de TEtat établie ^curso^^" pour la fureté du Roy , dont l’autorité eft «a- Svni rurellement prefque defarmée, que les Cour- co'n- Szzàrz??*'*' rm-s ûP"mir- «ïïïi non expreiie , & feulement aux noces , & aux Grands. runeratlles& qu’ils ne fe parlent , quand ils fe rencontrent , que tout haut, & en préfence d un tiers: mais fi les Rois de Siam font peu habiles, ou négligens , aucune Loy ne les met en fureté. Aujourd’huy les Courtifans peuvent fe retrouver à l’Académie de jeu, où Je grand nombre femble ôter toute occafion aux cabales. x L.e 7êder de délateur , fi detefte par tout i X. ou les hommes naiflène libres, eft ordonné Le mêtlCI a tout le monde à Siam fous peine de mort tt? or' pour les moindres chofes: &ainfi ce qui eftdonné à lu de^deux témoins, eft prefque infailliblement m‘ ‘ P rap-. 5 1 4 Du Royaume de Siam. rapporté au Roy ; parce que chacun fè hâte de l’en avertir, de peur d’être prévenu en cela par Ton compagnon , & de demeurer coupable du filcnce. Le Roy deSiamd’aujourd’huy ne fe fie pas en une affaire importante au feul rapport de celuy , à qui il Ta commife ; mais il ne fe fie pas aufli au rapport dun feul délateur. Il a nombre d’efpions fecrets, qu’il interroge fe- parcment > 8c il en envoyé quelquefois plus d’un interroger ceux , qui ont eu part à l’affai- re, dont il veut eftre informé. Et neanmoins il eft aifé quil foit trompé: IücsTm car partout pais tout délateur eftunmal-hon- fouvent nefte homme, &toutmal-honnefte homme inutiles, eft infidèle. D’ailleurs la flatterie eft fi grande aux Indes , quelle a perfuadé aux Rois Indiens, que s’il eft de leur intereft d’eftre informez , il eft de leur dignité de ne rien entendre , qui leurpuiflè déplaire. Par exemple, on ne dira pas au Roy de Siam , qu il manque d’efclavcs ou de corvées , pourquoi que ce foit quil veiiillc entreprendre. On ne lui dira pas qu’on ne fauroit faire ce qu’il veut : mais on le fera mal; & quand le mal paroîtra, on l’excufera par quelque défaite. On lui apprendra une méchante nouvelle tout autrement qu’elle n’eft ; afin que la vérité ne revenant à lui que peu à peu le blefiè moins , & qu’il foit plus aifé de l’adoucir à plufieurs reprifes. On ne lut confcillera pas un mauvais parti: mais on le x. Précau- tion du Roy de Siam pour n’ê- tre pas trompé. XI. Du Royaume de Siam. ? r lui inipirera par infinuation ; afin qu’il s’eii croyeiui-mefme l’auteur, & qu'il ne Ce prenne quà lui du mauvais fuccés. Ec puis on ne lui dira pas qu’il faut changer une choie , qu’il aura mal faite : mais on lui perfuadera de la faite encore meilleure par quelque côté, qui ne fera qu’un prétexte : & dans le nouveau pro- jet on fupprimera , làns l’cn avertir , ce qu’on a deliein de reformer , & l’on mettra à la place ce que I on voudra eftablir. J’ay vu. moy-met me partie da ce que je dis, & l’on m’a bicnaf- lure le relie. Or de pareils artifices (ont toûiours fort xrr. périlleux: on ne blelfe en rien impunementJufticerri- eRoy de Siam d’aujourd’hui. Severe jufqu’à HS? 1 extrême rigueur il fait mourir fans formalité deSiam- lui/lait> la main de qui Un. plaît, &e„ fi ptefeuce, & quelquefois acculateur avec le coupable , l’innocent avec le calomniateur: car lorsque les preuves de meurent douteufes, ilexpofe, comme jel’ay dit, les deux parties aux tygres. Apres 1 execution il infulte au corps-mort xir r. par quelques paroles, qui font une leçon aux Com;. avaller L*T* ^oir fait ET avaller de 1 argent fondu a celuy , qui avoir c,davre- vole dans fon magazin , il dît aucadavre: mi-xhomW, ferable, tu mas volé dix livres d’argent, &ilinfu,ta de ?S u fipE r livic-f aa„sfaire,l„itqrVfeÛPrrr^^ 0 * quel- XIV. Divers fuppliccs de laCour de Siam* XV; # Les châti- ments y' ont du rapport aux cri- mes. i i G Du Royaume de Siam. quelquefois de lès cruautez précipitées , foie qu^il veuille faire croire qu’il n’eft cruel que dans le premier emportement. Quelquefois il expofe un coupable à un taureau qu’on irrite, &on arme le coupable d’un bâton creux, & par conféquent propre à faire peur, mais non àbleflèr, avccquoy il le defend quelque temps. D autres fois il le don- nera aux éléphants, tantôt pour eftre foulé aux piés & tiié , tantôt pour eftre balotté /ans eftre tiié: car on allure que les éléphants font dociles jufqu a ce point, &ques’il nefautque balotter un homme , ils fe le jettent l’un à l’au- tre, &le reçoivent fur la trompe, &fur les dents, fans le biffer tomber à terre. Jenel’ay pas vu , mais je n’en ay pu douter de la maniéré dont on me l’a alluré. Mais les châtiments ordinaires font ceux, ’ qui ont quelque rapport à la nature des cri- mes. Par exemple , la concufîion exercée fur le peuple, &le vol fait de l’argent du Prince, feront punis par faire avaller de l’or ou de l’ar- gent fondus : la menterie ou un fecret révélé feront punis par coudre la bouche. On la fen- dra pour punir lefilence, où il ne le falloir pas garder. Quelque faute dans l’execution des ordres fera châtiée par piquer la tète , com- me pour punir la mémoire. Piquer la tète c eft la taillader avec le tren chant d un fabre : mais afin de le manier furement, de de ne passi- on le tient dune feu- re de trop grandes blcilures , Bu Royaume de Sianr. ? , . feule main par le dos, &non pas par la poi- gnee. v La peine du glaive ne s’exécute pas feule- xvt. nient pat couper le col , mais par couper un pônc nomme par le milieu du corps : &le bâton y & Su eft quelquefois auffi une peine de mon. Maison, lors mefine que le châtiment du bâton ne doit pasallerjulquàlamort, il ne laillè pas d’cftre tres-rigoureux, & de faire perdre Couvent tou- te connoilTance. S il eft queftion de faire mourir un Prince 'xvn oans les formes , comme il peut arriver, ou lors Supplie^ qu un Roy vent fe défaire de quelqu’un defesduq“eion proches , ou lorsqu’un ufurpateur veut étein- El? dre la lace, a laquelle il a ravi la Couronne, ils fe font une religion de ne pas répandre le fang Royal . mais ils feront mourir le Prince de laim , & quelquefois d’une faim lente en lui ioultrayanc tous les jours quelque chofe defes aliments : où ils l’étoufferont avec des étoffes precieules: ou bien ils 1 etendront fur de le- carlatte , dont ils font- grand cas , parce que la laine y eft rare, & chère; & là ils lui enfon- ceront 1 eftomac avec un billot de bois de fàn- dal. Ce bois eft odoriférant & fort eftimé. ft y en a de trois efpéces: le blanc eft meilleur que le jaune ,& tous les deux ne croilTentque dans les Ifles de Solor & de Timor à l’Orient LC, frUge eft le m°i»dre de tous, & il croit en plufieurs endroits. Les Rois d’AGe mettent toute leui fureté à xvnr. ^ Dcfiencc o fe ? 1 8 Du Royaume de Siam. extrême fe faire crajncjre & temps immémorial ils de siam. n ont point eu d autre Politique : loitquune longue expérience ait fait voir que ces peuples font incapables d’amour pour leur Souverain, ou que ces Rois ne fe (oient pas avifez que plus ils font craints, plus ils ont à craindre. Quoy qu’il en (oit, l’extreme défiance dans laquel- le vivent toûjours les Rois de Siam , paroîc aflez dans les foins, qu’ils prennent d’empê- cher tout commerce (ecret entre les Grands, de tenir les portes de leur Palais fermées , de n y laiffer entrer perfonne qui foit armé , & d'y de/àrmer leurs propres gardes. Une arme-à- feu lâchée, par hazardou autrement, fi prés du Palais que le Roy l’entende, eft un crime capital; & comme on avoir entendu un coup de piftolet dans le Palais , peu après la con- fpiration des MacafTars, on doutoitfi le Roy n’avoit pas tué de ce coup Pun de fes freres ; parce que le Roy feul lavoit pû tirer , & que d’ailleurs l’un de fes freres avoir efté fonpçonne d’avoir trempé en cette conipiration : Sc ce doute n’êtoit pas encore éclairci quand nous partîmes de Siam. xix. Outre ces punitions que j’ay dites , ils en fcmantes" ontde moins douloureufes, mais plus infaman- tes , comme d’expofer un homme en place publique chargé de fers, ouïe col paifé dans une forte d’échelle, qu’on appelle Cayigut s en Siamois Ka. Les deux cotez de cette échelle font longs d’environ une toifè , & font attachez ® a un Du Royaume de Siam. 5 1 9 à un mur ou à des poteaux , chacun par l’un de les bouts, avec une corde ; de telle forte que l’échelle peut fe hauflèr & s’abaiflêr , com- me fi elle tenoit à des charnières. Au milieu delechclle font deux échelons , entre iefquels eft le col du patient, &il n’y a point d’autres échelons que ces deux-là. Le Patient peut s’af- lèoir à terre , ou fo tenir debout lors que le poids de l’échelle, qui porte fur fes épaules, n eft pas trop grand , comme il l’eft quelque- fois ; ou lors qu’on n’attache pas l’échelle par tous les quatre bouts : car en ce dernier cas elle eft couchée en l’air , portant par les extré- mitez fur des appuis, & alors le patient eft com- me pendu pat le col : à peine touche-t-il à terre par la pointe des piés. Outre cela ils ont l’ufà- ge des ceps & des menottes. Le patient eft quelquefois dans une folié pour être plus bas que terre ; & cette folTe n’a pas toûjours de la largeur: mais fouvent elle eft tout à fait étroite. Scie coupable y eft, à proprement parler, en foüy jufqu’aux épaules. Là pour une plus grande honte ils lui font don- ner des foufflets, ou des coups fur la tête; ou feulement ils lui font pafler lamainpardelïùs la tête , outrages eftimez très-grands , fur tout fi on les reçoit de la main des femmes. Mais ce qu’il y a en cela de fort particulier, xx. eft que le châtiment le plus infamant n’eft jahok"te honteux qu’autant qu’il dure. Celui qui l’a m=ms nè‘ louftat aujourdhui, rentrera demain , fi leduIe O Prince qu’autaiit que les châti- ments. XXI. Elle eft fuivie d'hon- neur. XXII. D’autres que le coupable font en- veloppes dans le châti- ment. 5 i o Du Royaume de Siam. Prince le veut, dans les charges les plus impor- tantes. Bien plus , ils font gloire des châtimens, quils reçoivent par ordre de leur Roy , comme d’un foin paternel de fà part pour celui , qu’il a la bonté de châtier. On reçoit des compli- ments&desprefènts apres les coups de bâton, &c’eft principalement dans tout l’Orient que les châtiments paflènt pour des témoignages d’affeétion. Nous avons vû un jeune Manda- rin eftre renfermé pour eftre puni ; & comme un François s’offrit à lui, pour aller deman- der fa grâce à fon Supérieur : non , répondit le Mandarin en Portugais , je veux voir juf- ques 011 ira Ion amour ; comme un Europcan auroitdit : je veux voir jufques où ilpouflèra fa rigueur. Etre réduit d’une charge éminente à une plus balle n’eft pas une honte, Ôc cela cftoit arrivé au fécond Ambaffadeur que nous avons vû ici. Cependant il arrive aufli qu’on fe pend en cepaïs-là de defefpoir , quand d’une haute charge on fè voit réduit à une extreme pauvreté , ôc aux corvées dues au Prince , quoy que cette chute ne foit pas honteufè. J’aydit en un autre endroit, que lepere a quelquefois part à la punition du fils, comme devant répondre de l’éducation qu’il lui a don- née. A la Chine un Officier répond des fautes de tous ceux de la famille, parce qu’ils préten- dent que qui ne fait pas gouverner fà propre fa- mille n’eft capable d aucune fonction publique. Du Royaume de Siam. $zx £a crainte donc , qu’ont les particuliers de voir forcir de leurs familles des emplois, qui en font leclat & l’appuy , les rend tous fages , comme s’ils eftoient tous Magiftrats. De me fine à Siam & à la Chine, un Officier eft pu- ni des fautes d’un autre Officier qui eft à lès ordres; parce qu’il a dû veiller fur celui, qui dé- pend de lui , & qu’ayant droit de le corriger d doit répondre de là conduite. Ainfi il n’y a pas bien des années qu’on a vu à Siam pen- dant trois jours Oc-Prâ-Simô-ho-fot , Brame de Nation , qui eft encore aujourd’hui du Gonfeil d Etat du Roy de Siam , expolé à la c ar,gue avec la tête d’un malheureux, qu’on avoit fait mourir, pendue à fon col; fans qu’il fuc accufé d avoir eu d’autre part au crime de celui, dont on lui avoit pendu la tête à fon col, que trop de négligence à veiller fur un nomme, qui lui étoit foûmis. Après cela on ne s donnera pas , à mon avis, que les coups de bafton fuient fi frequents à Siam. Quelquefois on y verra plufieurs Officiers à la cangue difpo- iez en cercle, &au milieu d’eux fera la tête a im homme, qu’on aura fait mourir ; & cette rete pendra par divers cordons du col de cha- cun de ces Officiers. Ce qu’il y a de pis c’eftjque le moindre airxxm. de cnme y rend une aélion criminelle : il fuffit Vümbre aâmn de ffiN accu^ pour-.eftre coupable. Une cftpiuSto ouennJn° inn,°Ce;Ue devient mauvaife , dés que quelqu un s avrfe d’en faire un crime. Et 0 5> ' de XXIV. Politique des Rois deSiara cruëlle contre tous, & contre leurs pro- pres fre- ICS, XXV. Le Gou- verne- ment de Siam plus fâcheux aux Grands, qu’au me- nu peu- ple. 321 Du Royaume de Siam. de là viennent les difgraces fi frequentes des principaux Officiers. On n a fû , par exemple, me conter tous lesBarcalons, qu’a eût le Roy de Siam depuis quil régné. La grandeur des Rois , dont 1 autorité eft Defpotique, eft de pouvoir tout contre tous, & contre leurs propres freres. Les Rois de Siam eftropient les leurs, enplufieurs façons, quand ils peuvent : ils leur font ôter ou débi- liter la vûë par le feu , ils les rendent impotens par diflocation de membres , ou hebetez par des brûvages , ne s’aflurant eux-mefmes & leurs enfants, contre les entreprifes de leurs freres, qu'en rendant leurs freres incapables de régner : celuy qui régné aujourd’hui n’a pas mieux traitté les fiens. Ce Prince n’enviera donc point à nôtre Roy la douceur d’être aimé de les fujets , & la gloire d’être fi craint de fès ennemis , qu’ils fè croyent à peine affez forts tous enfcmble contre lui feul. L’idée d’un grand Roy n’cft pas à Siam , qu’il fe rende ter- rible à fes voifins , pourvû qu’il le foit à fès fujets. H y a neanmoins cette reflexion à faire fur cette forte de Gouvernement , que le joug en péfe moins > pour ainfi dire , fur le menu peu- ple, que fur les Grands. L’ambition en ce paîs- îà meine à l’efclavage: la liberté & les autres douceurs de la vie font pour les conditions vul- gaires. Plus on y vit inconnu au Prince, & loin de luy , plus on y eft àfonaifè; &Pour Du Royaume de Siam. 31$ cette raifon les charges des Provinces y font regardées comme une recompenfe des fervi- ces rendus dans le Palais. Le Miniftere y eft orageux : non feule- xxvr. ment par l’inconftance naturelle, qui fo peut Coml’!cn trouver dans l’efprit du Prince ; mais parce que fte« Tft les voyes font ouvertes à tout le monde , pour °PS'UX 9 porter des plaintes au Prince contre fes Mini- Siara‘ ftres. Et quoy que les Miniftres & tous les au- tres Officiers employcnt tous leurs artifices à rendre inutiles ces voyes de plainte , par où 1 on peut les attaquer tous, neanmoins tou- tes les plaintes font dangereufos : & quelque- fois c’eft la plus legere qui nuit , & qui ren- verfe la faveur la mieux établie. Ces exemples, qui arrivent aflez fouvent , édifient le peuple: & fi le Roy d’aujourd’hui n’avoit porté trop foin les exactions (ans aucun befoin véritable. Ion Gouvernement plairoit autant aux petits, qu'il eft redoutable aux Grands. Neanmoins il a eu cet egard pour fou peu- xxvii. pie de ne pas augmenter fos droits fur les terres Esards labourables , & de n’en mettre ni fur les grains, si°mdc ni (ûr le poiflon ; afin qu’au moins ce qui eft Pour |0IJ neceflaire à la vie n’encherît pas : modération peuple‘ d’autant plus admirable , qu’il fomble qu’on n’en doive attendre aucune d’un Prince nourri dans cette maxime, que (à gloire confifte à ne mettre aucunes bornes à fon pouvoir , & à au- gmenter toûjours fon threfor. Mais ces Rois qui font fi abfolument les xvia ~ Inconvc^ O 6 Maî- ïiîents de cette Do- mination. Elle rend le Piince chance- lant fur Ton Tlirô- ue. 5 24 Du Royaume de Siam. Maîtres de la fortune & de la vie de leurs (11- jets, en font doutant plus chancelans fur le Tlirône. Ilsne trouvent en perfonne, outout au plus en un petit nombre de domeftiques, cette fidélité & cet amour que nous avons pour nos Rois. Les peuples , qui nepollédent rien en propriété , &qui ne content que fur ce qu’ils ont enfoliy en terre, comme ils n'ont nul ctabliflèment folide en leur païs , ils n y ont aulïi nul attachement. Refolus à porter le rnefrne joug fous quelque Prince que ce foit, &afiurez de n en pouvoir porter de plus pe- fanr,ilsne s’intereflènr point à la fortune de leur Prince : & l’cxperience fait voir qu’au moin- dre trouble ils laiffent aller la Couronne , à qui la force ou Padreflè la donneront. Un Siamois, un Chinois , un Indien mourront facilement pour exercer une haine particulière , ou pour éviter une vie trop mal heureufè, ou une mort trop cruelle: mais mourir pour leur Prince & pour leur païs neft pas une vertu à leur ufage. Parmi eux ne fe trouvent point les puilïans motifs , par lefquels nos peuples s’animent à une vigoureufe defenfe. Ils n’ont nul héri- tage à perdre , & la liberté leur eft fouvent plus onereufè que la fervitude. Les Siamois , que le Roy du Pegu aura pris en guerre, demeu- reront tranquilles dans le Pegu, à vingt lieues des frontières deSiam; &ils y cultiveront les terres, que le Roy du Pegu leur aura données , fans qu’aucun fouvenir de leur pïs leur fafie Du Royaume de Sium. 3 2 f haïr leur nouvelle fervitude. Et il en eft de meme desPegüans, qui font dans le Royaume de Siam. Les Rois d’Orient font regardez , fi vous x xix. voulez , comme les fils adoptifs du Ciel. L on croit qu’ils ont des âmes céleftes , &! aufli éle- extrême vées au deffus des autres âmes parleur mérite, £c/nt°’x que la condition Royale paroïr plus heureufe pourlcms que celle des autres hommes. Cependant , fi Koisfe* quelqu'un de leurs fujets fe révolté, le peuple Sc? °* doute bientoft laquelle . des deux arnes vaut le mieux , ou celle du Prince légitimé , ou celle du fujet : rebelle, & fi ladoptioil du Ciel lia pas pafféduRoyau fujet. Leurs Hiftoires font toutes pleines de ces exemples: & celle de la Chine , .que le P. Martini nous a don- née, eft curieufe dans les raifonnements, par lelquels les Chinois, je dis les Chinois Philo- sophes , fc font. Souvent perfuadez qu'ils, fiii- voient 1 inclination du Ciel en changeant de Maiftre , & quelquefois en préférant un vo- leur des grands chemins . à leur Prince légi- timé. Mais outre que l’autorité Defpotique eft ces^du- prelque dépourvue de défenfè , elle eft d’aih ces per- leurs plûtoft ufurpée fur celuy qui la poflëde, vent leur" en ce que l'exercice en eft moins communi- autorité qué. Quiconque fè faifit de TeSprit ou de la pîr en Perfonne du Prince , lia preSque plus rien àjalou?.°P aire pour dépofièder le Prince même ; parce que exercice de 1 autorité eftant trop réuni 9 7 dans XXXI. Péril à réunir toute l’autorité Royale dans le fceau. XXXII. Th ré for public Z )u Royaume de Siam. dans le Prince, il n'y en apoinc horsdeluy, quille défende au befoin. Auffi n'eft-il pas per- mis à un Roy de Siam d'eftre mineur , ou trop facile à fè lailfcr gouverner. Le Sceptre de ce païs-là tombe bien-toft des mains, qui ont be/oin d appui pour le loûtenir. Au contraire dans les Royaumes , ou plufieurs corps per- manens de Magiftrature partagent l’éclat & Texercice de l'autorité Royale , ces mêmes corps la confèrvent toute enticre pour le Roy , qui leur en fait part ; parce qu’ils n3en livrent pas à rilfurpateur cette partie , qui eft en leurs mains , & qui feule fuffit à fauver celle , que le Roy même n'a fû retenir. Dans les anciennes révoltes de la Chine il paroît que celuy , qui fè îaififloit du fceau Royal , fe rendoit d’abord le Maiftre de tout y parce que les peuples obéïfloient aux ordres, où le Iceau Royal paroifloit, fans s'informer entre les mains de qui eftoit le fceau. Et la ja- loufie que le Roy de Siam a du fien , que j'ay dit qu'il ne confie à perfonne , me perfuade qu'il en eft de même en fon païs. Le péril eft donc pour ces Princes dans ceenquoyils met- tent leur fureté. Leur Politique veut que toute leur autorité foitdans leur fceau, pour l’exér- ccr eux-feuls plus entière : & cette Politique expofè autant leur autorité , que leur fceau eft aifé à perdre. Le même danger fe trouve dans un grand thréfor, unique reflburce de tous les Gouverne- ments Du Royaume de Siam. 3*7 ments Delpotiques , où les peuples ruinez ne necefTairc peuvent fournir de fubfides extraordinaires aux Gou' dans les neeeflitez publiques. En un grand threlor le reüniilènt toutes les forces de l’Etat, Defpoti* &qui s’empare du thréfor, s’empare de l’Etat, quels « Si bien qu outre qu un thréfor ruine les peu- iont lcs pies, fur qui on le lève, il fert fouvent con-ST tre ceux qui l’accumulent 5 & cela même en entraîne la diffiparion. Le Gouvernement Indien a donc tous les xxxur, delauts du Gouvernement Dclpotique. Il fi0°n decc rend la fortune du Prince , & celle de les fùjets Chapitre, également incertaines : il trahit l’autorité Royale, & la livre toute entière , fous pré- texte d en mettre l’exercice plus entier entre les mains d’un feulj & il luy ôte d’ailleurs fa dé- fenfe naturelle , en féparant tout l’intérêt des lujets de celuy du Prince & de l’Etat. Après avoir donc dit comment les Rois de Siam traittent leurs lîijets, il relie à voir comment ils traittent , tant avec les Princes étrangers par les Ambalfades , qu’avec les Nations étrangè- res , qui font réfugiées à Siam. Chapitre XV. Du fitle des Ambaffades a Siam. TT N AmbalTadeur par tout l’Orient n’eft autre choie qu’un Meflager de Roy : il bXeu» ne reprefente point fon Maiftre. On l'honore d’0rient ne icpxc- peu iêntent pas leurs .Maiftres , & font moins honorez qu’en Eu- lope. II. Les Am- baflades Siamoilès coniiftent en trois perfon- ues. 3 ï'8 B a Royaume de Siatrt, peu à comparaifon des refpeéts , qu’on rend à la lettre de créance , dont il eft porteur, Mr. de Chaumont , quoy qu’Ambaflàdeur extraordinaire , n’eût jamais de balon du corps , non pas meme le jour de Ton entrée; & ce fût dans un balon du corps que fût mile la lettre du Roy, qu’il avoir à rendre au Roy de Siarn. Ce balon avoit quatre para-fol tin à chaque coin du fiége ; & il eftoit accompagné de quatre autres balons du corps ornez de leurs para -fol, mais vuides; comme le Rcy d’Efpagne quand il va en carrofle > & quil veut eftre vû & connu , en a toujours un qui le fuit à vuide, qu’on appelle de refpeto 3 terme & ufage venus d’Italie. Même les prefents du Roy iû- rent portez dans les balons du corps ; & tou- tes ces mêmes choies s’obfcrverent à l’entrée des Envoyez du Roy. Audi les Orientaux ne mettent-ils nulle différence entre un AmbaC fadeur , & un Envoyé : & ils ne connoiffent ny les Ambalîàdeurs , ny les Envoyez ordinai- res, ny.les Réfidens; parce qu’ils n’envoyent perfonne pour réfîder en une Cour étrangère , mais pour y faire une affaire , de s’en re- tourner. Les Siamois n’envoyent jamais ny plus ny moins de trois Ambafiàdeurs enfemble. Le premier s’appelle Rayja Tout , c’eft à dire Royal Meflager; le fécond Oubba Tout , Sc le troifiéme [Tri Tout (termes que je n’en- tends point) mais les deux derniers Am ballà- deurs Du Royaume de Siam. 3 XCJ deurs font obligez à fiiivre en tout favis du premier. Tout homme donc, qui eft porteur d’une ut lettre de Roy, eft cenfé Ambalfadeur par tout Ils„ f°nl 1 Orient. C ’eft pourquoy , après que i’Ambaf- comme iadciir de Per fe, que Mr.de Chaumont laifla^esMeK au pars de Siam, fût mort àTéuaflèritn, fes £££,?“ domeftiques ayant élu l’un d’entre eux , pour unelettre. rendre la lettre du Roy de Perle au Roy de. Siam , celuy qui fut ainli élu , fut reçu fans au- tre caraétere , comme l’eût efté le véritable Ambalîàdeur, & avec les mêmes honneurs , C[ue le Roy de Perfe avoit auparavant accordez a 1 Ambalîàdeur de Siam. Mais ce en quoy principalement ils trait- iv. tent mi Ambalîàdeur comme un fimple Mef-wa™ fager, c eft que le Roy de Siam dans l’audience ne point de conge luy donne un recepiffe de la lettre £e 1 a rcÇuë de luy ; & fi ce Prince fait réponlè un r««. n ne la luy donne pas , mais il envoyé avec luy les AmbalTadeurs pour la porter. Un Ambalîàdeur étranger qui arrive à Siam, v.- eft arrêté à 1 entrée du Royaume , iufqu’à ce Com', que le Roy de Siam en ait eu l’avis ; & s’il eft Roy de accompagné dJ AmbalTadeurs Siamois, comme siam. e.ft nous l’étions , c’eft aux AmbalTadeurs Siamois ?We . e devant> P°ur porter au Roy leur.fu" Ain‘ Maiftre la nouvelle de leur arrivée, & de celle avec eux îadCUr <'ttan§er » qu’ils amcinent "1 ont Ambalîàdeur étranger eft défrayé & unVAm- logé bairadcut jjo * Du Royaume de Siam* cft défraie logé par le Roy de Siam, & il peut pendant doi1taCo|nIMeitemps de fon Ambaffade exercer la mar- muniquer chandifè : mais il ne peut traitter d'aucune af- ™IU" foire, quil n ait rendu fa lettre de Créance , & communiqué fes Inftruètions en original. Ils ont fait grâce à Mr.de Chaumont , &aux Envoyez du Roy de ce dernier article : mais les Ambalîâdeurs de Siam ne s en difpenferent pas en France : ils communiquèrent leurs Ia- ftruèlions. vil L'Ambafladeur ne peut entrer dans laCa- dansCfare qu’ il n' 'aille tout droit à l'audience , ny Capitale demeurer dans la Capitale après l'audience de Janfà*1" congé : en forçant de l’audience de congé il l’audien- fort de la ville, & il n'effc plus reçu à rien né- fort^eia Soc*er* C'eft pourquoy la veille de l’audience Capitale de congé le Roy de Siam lui fait demander en fortant $[[ n*a autre chofe à propofer , &C dans lau- dfencede dience de congé il lui demande s’il eft con- tongé. tent. vni. La Majefté du Prince réfide principalement Jes au* dans la Capitale: c’eft là que fe donnent les fôtemne- audiences folemnélcs : hors de là toute au- to- dience eft cenfée particulière , & fans de véri- tables ceremonies. Toute la garde tant 1 or- dinaire , que celle d’oftentation , fut mile tous les armes pour l’audience de Siam : les cle- phans & les chevaux parurent avec leurs plus beaux harnois , 8c en grand nombre > ur ® paflàge des Envoyez ch: Roy : & il n y eut Pri"h que rien de tout cela pour les audiences y üe du fond du Salon de l \Audieni ■e du Ta Lus de Siam 0M£i\ r : zz' !... ■ cccc :• : ..qa « . - T>u Royaume de Siam . 3 3 ! Louvo. A Siam le para- fol, qui eftoit devant la fenêtre du Roy, avoit neuf ronds, &de$ deux qui eftoient à côté en avoient chacun fept : à Louvo le Roy n'avoit point de para- fol devant lui 5 mais deux de chaque côté, qui navoient chacun que quatre ronds , & qui s’élevoient beaucoup moins que ceux de Siam. Le Roy n eftoit pas à Louvo à une fimple fenê- tre comme à Siam : il eftoit dans une tour de bois attachée au fond du falon, dans laquelle il entroit par derrière , & de plain-pié , par une pièce plus haute que le falon. De forte qu en- core que ce Prince fût auffi élevé à Louvo qu'à Siam , néanmoins il eftoit à Louvo dans le falon de l'audience; au lieu qu'à Siam il eftoit dans une autre pièce , qui avoit une veûé dans le Salon. D'ailleurs la porte du falon de Louvo eftoit grande , & au milieu du mur , c’eft à dire vis à vis du Roy ; au lieu qua Siam la porte eftoit bafïe 3c étroite , ôc prefqu'au coin du falon : différences , qui ont toutes leurs rai- fons en ce païs-là , où les moindres chofos font mefurées , & faites aVec attention. A l'au- dience de Siam il y avoit cinquante Mandarins profternez dans le falon , vingt-cinq de cha- que côté, en cinq rangs de cinq chacun: aux audiences de Louvo il ny en avoit que trente- deux , foize de chaque côté , par quatre rangs de quatre chacun. L'audience de réception, °uA|a lettre de Créance eft rendue, fo donne toujours dans la Capitale , & avec tout l'appa- rat IX. Ce qui s’obtèrve dans les audien- ces. X. Il ne don- ne au- dience 352 Du Royaume de Siam: rat poffible , pour le refpeft de la lettre de Créance : les autres audiences fè donnent hors de la Capitale , & avec moins de farte, parce qu'il n y paroît point de lettre de Roy. I/.ufage eftdans toutes les audiences que le Roy parle le premier & non pas l’Ambailà- deur. Ce qu’il die dans celles de ceremonie fe réduit à quelques interrogations à peu prés toujours les mêmes : après quoy il dit à l’Am- bailadetir de s’adrefïèr au Barcalon pour tou- tes les propositions , qu’il aura à faire. Les harangues ne iuy conviennent point du tout; quoy qu’il ait eu la bonté de me faire dire, fur les compliments que j'eus l'honneur de réciter devant luy, quejetois un grand Ingé- nieur de paroles. On a beau les imbellir de figures , 8c y employer le Soleil , la Lune &• les Etoiles^ ornements du difeours , qui en au- tre chofe peuvent leur plaire) ce Prince croit que plus un AmbafTadeur parle long-temps le premier, moins il l’honore. Et en effet dés que l'AmbafTadeiir 11’eft qu’un Meflàger , qui rend une lettre, il eft naturel qu'il n'ait rien à dire qu'on ne l’interroge. Apres donc que le Roy a parlé à l'Ambafladeur, il luy faic donner de 1 arek 8c du bétel, & une verte dont Y Am- bafladeur fè revêt fur le champ , & quelquefois un labre & une chaîne d'or. Ce Prince donna des fabres , des chaînes d’or 8c des vertes , ou quelquefois feule- ment des vertes aux principaux Officiers Fran- çois 3 T) fi Royaume de Siam% $ $ j cois , maïs il ne leur donna audience, que com- qu’en pa'f« me par rencontre dans (es jardins , ou hors de *?nt aux fon Palais à quelque fpeétacle. qui n?** Dans toutes fortes d'affaires leslndiensfont Ambaf* lents àconclûreàcaufede la longueur de leurs fadeur^ Confèils : car ils ne (è départent jamais de leurs Lef ufages. Ils ont beaucoup de flegme 8c de dif-dïens font fimulation. Ils (ont infinüants dans leurs pa- Précau- roles, captieux dans leurs écritures, fourbes^fourbes autant qu on veut felaiflèr tromper. La louange dans leurs que les femmes & les Courtilans du Roy de uon°s?a~ Siam luy donnoient , quand ils vouloient le flatter au dernier point , c'eftoit de luy dire, non pasqif ileftoic un Héros , ou le plus grand Capitaine du monde , mais qu'il avoir tou- jours efté plus fin que tous les Princes, avec qui il avoit eu affaire. Ils ne s'engagent par écrit que le moins quils peuvent. Ils vous recevront plutoft dans un port, ou dans une place, qu'ils 11e conviendront avec vous de vous les livrer par un traitté en bonne forme, 8c fèélé par leurBarcalon. Les Portuguais naturellement fiers & dé- x**- fians ont toujours traitté les Indiens avec beau- ^rc0.eS coup de hauteur 8c avec fort peu de confiance : péans ont & les Hollandois ont crû ne pouvoir mieux éprîuvé, faire que d'imiter en cela les Portuguais ; par- qu’il faut ce qu'en effet les Indiens nourris dans un lc# efprit de fervitude, font ruiez, & comme je avec hau- lay dit en un autre endroit, fournis à ceux,tcur* qui les traittent avec hauteur , & inlolens en- 334 D/s Royaume de Siam* envers ceux , qui les ménagent. Le Roy de Siam dit de fesfujets qu^ils lônt du naturel des finges , qui tremblent , tant qu'on tient le bout de leur attache , & qui ne reconnoiffènt plus demaiftre, dés que Eattache eft lâchée. Les exemples ne font pas rares aux Indes des Am- ples fadeurs Européans > qui ont frappé im- punément du bafton des Officiers des Rois Indiens : & il cft conftant que de certaines re- parties vigoureufes, que Ton fait quelquefois en ces païs-cy, nous paroiflént plus hardies, que les coups de bafton ne le font en ce païs- là : pourvu qu'on les donne de fàng froid & non par emportement : un homme qui fe laiflè emporter a la colère, eft ce que les In- diens méprifènt le plus. XIII. Mais comme le commerce eft leur plus fèn- ftnts^fbiit Æble interet, les préfents font eflèntiels pour cflentiels eux dans les Ambaffades. (7eft un trafic à titre brades” honorable, &deRoyàRoy. Leur politelîc dans r o- les porte à témoigner par plufieurs démonftra- jient. tions combien ils eftiment les préfents qu'ils ont reçus. Si c’eft quelque chofe d’ufàge, quand même ce ne feroit pas de leur ufàge , ils préparent publiquement tout ce qui fera ne- cefiàire pour s'en fervir, comme s'ils en avoient une véritable envie. Si c'eft quelque choie à porter fur foy , ils s'en pareront en vôtre pre- ïèncc. Si ce font des chevaux , ils bâtiront ex- près une écurie pour les loger. Ne fut -ce qu'une lunette de longue vûc , ils bâtiront une tour Du Royaume de Siam. 3 3 j tour pourvoir de plus loin avec cette lunette; de ainfi ils paroîtront faire un cas extrême de toutes fortes de prefents pour honorer le Prin- ce qui les leur envoyé , à moins quon eut reçu des prefents de leur part aveç des moin- dres démonftrationsd’eftime. Néanmoins ils ne font véritablement touchez , que du pro- fit. Avant que les prefents du Roy fortifient de nos mains , quelques Officiers du Roy de Siam vinrent en faire une exaCte defeription pat écrit , jufqua conter toutes les pierreries de chaque forte, qui eftoient parfemées dans les broderies: de afin quil ne parût pas que le Roy leur Maiftre prenoit ce foin , pour s’em- pêcher d’eftre volé par ceux de fes Officiers, par les mains de qui les prefents dévoient paf- ièr, ils dirent que ce Prince eftoit curieux & impatient, & qu’il falloir luy aller rendre conte de ce que c’cftoit , de eftre prêt à luy répondre exactement fur les moindres chofès. Tous les Princes Orientaux fe font un grand x 1 v- honneur de recevoir des Ambaflides , & de riemaux n’en envoyer que le moins quils peuvent ; fe fon* parce que c’eft , à leur avis, une marque qu’on honneur ne peut fê pafièr deux de de leurs richeflès,& de rece- qu'ils peuvent fe pafièr des richcfièsdes étran- Ambli! gers. Ils regardent même les Ambafiades, fades, comme une efpéçe d’hommage ; de ils retien- nent dans leurs Cours les Miniftres étrangers, autant qu’il leur cft poffible , pour prolonger d’autant plus l’honneur qu’ils reçoivent. Auffi le 3 3 6 Bu Royaume de Siam. le Grand -Mogol, & les Rois de la Chine & du Jappon n’envoyent- ils jamais d’AmbalIà- deurs. Le Roy dePerfc même n’en envoya à Siam , que parce que l’Ambafladeur du Roy deSiam luy en avoir demandé comme je vais dire. xv. Les AmbalTàdeurs Siamois lont contables , baffadcursparce qu’ik ^nc chargez de marchandée: & siamois il n’arrivc guère qu’ils en rendent affez bon tables?”' contePOLir eviter entièrement le bafton. Ainfî Agi Selim ( c’eft le nom dun More , que le Roy de Siam envoya il y a huit ou neuf ans en Perfe , comme fon Ambaifadeur, fut rude- ment châtié a fon retour, quoy qu’en appa- rence il eût parfaitement bien fervi. Il avoit établi le commerce avec la Perle , ôc avoit amené avec luy cet Ambafïàdeur de Perfe, que jay dit plufieurs fois, qui mourut àTénaflè- rim. Ceftoit un Moula ou Doéteur de la Loy de Mahomet , qif Agi Selim avoit demandé au Roy de Perfe, pour inftruire, diloit-il, au Mahometifme le Roy de Siam. Bernier rap- porte tome IL page 5 4. que pendant Ion fé- jour aux Indes, desAmbafladeurs du Prefte- Jan , qui fait, comme tout le monde fait , pro- feffion d’eftre Chreftien , demandèrent au Grand -Mogol un Alcoran , & huit Livres des plus renommez qui foient dans la Reli- gion Mahometane : flatterie indigne, qui fean- dalifa beaucoup Bernier. Mais généralement parlant ces Rois marchands fe fervent fort du Du Royaume de Siam. $ 3 7 prétexte de la Religion pour l'augmentation de leur commerce. Chapitre XVL Des Etrangers de différentes Nations réfu- giez. & habituez, a Siam. Etoit, comme je lay dit, la liberté du r. 7 Commerce, qui avoit autrefois attiré àPo!i & acheter une nouvelle charge chèrement, tpte d'attendre à Siam une nouvelle làifonde Puttir, lànselpérance de faire un meilleur né- goce. Au relie ce ne font ny les richefles naturel- s> ny les manufactures du Royaume de Siam, ] P i que1 V. Les Sia- mois na- J 40 Bu Royaume de Siam. turels ne que Ion feroit tenté d y aller chercher. Les £2« Siamois naturels, ruinez comme ils (ont par commer- des impôts & par des corvées, ne fauroient ce écran- fajre un grand commerce , quand ils en au- roient toute la liberté poffible. On ne fait le commerce que d'un argent fuperflu , & à peine l’argent neceffaire à la vie fe trouve- t-il dans les lieux , où les impôts font trop grands. Le trop d'argent levé fur le peuple revient lentement au peuple , & fur tout aux Provinces éloignées : & il n'y revient pas tout, parce qu'il en demeure une grande partie en- tre les mains de ceux, qui fervent aux rece- ptes &aux dépenfes du Prince. Et quand à cette partie qui revient au peuple, elle ne de- meure pas en fes mains pour (es ufages : elle en fort bien - tôt pour retourner aux coffres du Prince : fi bien qu’il faut au moins que tous les petits commerces ceflènt faute d'argent, ce qui ne peut être, que le commerce gene- ral d'un Etat n'en fouffre beaucoup. Mais cela eft encore plus véritable à Siam , où le Prince accumule tous les ans fes revenus, au lieu de les dépenfer. Après avoir ainfi expliqué tout ce qui regarde le Roy , les Officiers , & le peu- ple de Siam , il me refte à parler de leurs Prê- tres, ceft adiré desTalapoins. Ch A- ; * \ $ i Bu Royaume de Sîam. 3 4 x Chapitre XVII. BesTalapoins, & de leurs Couvent s, ILs vivent dans des Convents , que lesSia- 1. mois appellent Fat ,6c ils fervent des Tcm- °risine pies, que les Siamois appellent Pihan , & les raSo'(k. Portugais Pagode , du mot Perfan Poutgheda, qui veut dire T emple d’idoles : mais les Portu- gais employait le mot de Pagode , pour ligni- fier également l'Idole & le Temple. Le Temple 6c le Convent occupent un jx. fort grand terrein quarré entouré d’une clôtu- Defcri"- rede bambou. Aumilieudu terrein eftleTem-^o°nnvf”s pie comme au lieu eftimé le plus honorable*? Taia? dans leurs campemens: &aux extrémitez de poins’ ce terrein , & le long de la clôture de bam- bou, font rangées les cellules des Talapoins, comme des tentes d’Armée : 6c quelquefois les rangs en font doubles, ou triples. Ces cellu- les font de petites malfons ifolées, & élevées fur des piliers , & celle du Supérieur eft de mê- me, mais un peu plus grande & un peu plus haute que les autres. Les pyramides font prés duTemple & tout autour: &le terrein que le Temple & les pyramides occupent , outre qu'il cft élevé , eft enfermé entre quatre murs : mais depuis ces murs jufqu’aux cellules il refte encore un grand terrein vuide, qui eft comme fa Court du Convent. Quelquefois ces murs font tous nuds , & ne fervent que de clôture au P 3 ter- 342 2)# Royaume de Siam. terrein, qu occupent le Temple & les pyrami- des : quelquefois le long de ces murs il y a des galeries couvertes de la figure de celles , qu on appelle le Cloître , dans nos maifonsRe- ligieufes : & fur un contremur à hauteur dap- pui , qui régné le long de ces galeries, ils pofent tout de fuite & prés à prés un grand nombre d’idoles quelquefois dorées, ni. Quoy quil y ait à Siam des Talapoiiines, cellule fCS a ^re des femmes, qui obfervent en la pour les plulpart des chofes la Régie des Talapoins , el- Taia- les n’ont pas neanmoins d’autres Convents que poumes* çeux des Talapoins mefmes: les Siamois efti- mant que lage avancé de toutes ces femmes, car il n’y en a pas de jeunes, eft une caution fuf- fifiante de leur continence. Il n’y a pas à la vé- rité des Talapoiiines dans tous les Convents: mais dans ceux où il y en a, leurs cellules font le long de l’un des cotez de la clôture de bam- bou, dont j’ay parlé, fans eftre autrement fé- paréesde celles des Talapoins. IV. Les Nens ou enfant Talapoins, fontdifper- rnentles > 1111 > ^UX > OU tr°is ^anS c^aque ce^e ^ cnfknts S Talapoin, & ils fervent leTalapoin chez qui Cont ioiDS l°§ent > a dire auPr^s d° qui ont e^e gw! ° mis par leurs parens : li bien que quand un Talapoin adeuxou trois Nens, il n’en reçoit pas davantage. Ces Nens aurefte ne font pas tous jeunes: il y en a qui vieilliffcnt dans cette condition , qui n cft pas cenfée entièrement Religieufe, & ils appellent Tôt en le plus vieux Du Royaume de Siam. 343 de tous. C’eft à lui entr autres chofes à arracher les herbes, qui croiflènt dans le terrein du Cou- vent, ce que les Talapoins ne peuvent , à leur avis, faire eux-mcfmes fans péché. LJEcoIe des Nens eft une fâîle de bambou v. ifolée ; & outre cette falle , il y en a toujours ^vcm quelque autre, auffîifblée, où le peuple porte ^ ‘ fes aumônes aux jours que le Temple eft fer- mé, & où les Talapoins saflémblent pour leurs conférences ordinaires. Le Clocher eft une tour de bois auflï ifolée, v 1. ils l’appellent ho-racang , c’eft à dire tour delà ^ee^l°" cloche; mais la cloche i:f a point de battant de Cr* fer. Ils la frappent avec un marteau de bois pour la fonner ; & ce n’eft qu’à la guerre , ou pour deschofes deguerre, qu'ils frappent leurs baffins & autres inftruments d’airain, ou de cuivre, avec des marteaux de fer. Chaque Couvent eft fous la conduite d’un vit. luperieur appelé TchAou-Prat y c’eft; àdireSei- ^rSs^Cé gneur ou Maître du Convent; mais tous les Su- périeurs ne font pas dune égale dignité. Les plus honorables font ceux, qu’ils appellent Sancrat , & le Sancrat du Convent du Palais eft le plus révéré de tous. Nul Supérieur nean- , moins, ny nul Sancrat n’a autorité ny jurifdi- £Hon fur un autre. Ce corps feroit trop à crain- dre s’il navoit quune tête, &s’ilagifloit tou- jours de concerr, & par les mefmes maximes. Les Millionnaires ont comparé les Sancrats v 1 1 1. ù nos Evcfques , & les fimples Supérieurs à nos Dcs San'- P 4 Curez j®* 5 44 Du Royaume de Siam. Curez; &ils ont du penchant à croire que ce païs-là a eu autrefois des Evêques Chrétiens , aufquels les Sancrats ont fuccedé. Il ri y a à la vé- rité que les Sancrats, qui puiflcnt faire des Tala- poins, comme il riy a que les Evêques, qui puit fent faire des Prêtres. Mais d'ailleurs les Sancrats riont aucune jurifdiétion ny aucune autorité, ny furie peuple, ny fur les Talapoins qui ne font pas de leur Convent;& on ne m'a pu dire qu'ils ayent quelque caraélere particulier qui les fâilê Sancrats , finon en ce qu'ils font Supérieurs de certains Couvents deftinez à des Sancrats. Tout Couvent donc deftiné à un Sancrat eft diftingué des autres Convents, où il riy a que de fimples Supérieurs > par des pierres plantées au tour du Temple & prés de les murs , donc chacune eft double,& a quelque reftemblance, mais bien éloignée, avec une mître pofée fur un piéd'eftail. J'en ay mis la figure dans Peftampe de celle d'un Temple. Leur nom en Siamois eft Sema. Or c'eft cette reffemblance telle- quelle de ces pierres avec des mitres, qui eft le principal fondement du foupçon , qu’ont les Millionnaires , que les Sancrats peuvent avoir fuccedé à des Evêques. Plus il y a de ces pierres autour d'un Temple , plus le Sancrat eft cenfé élevé en dignité; mais il n'y en a jamais moins de deux,ny plus de huit. L'ignorance ou font les Siamois de ce que ces pierres fignifienr, a réduit les Millionnaires à en chercher 1 origi- ne dans le Çhriftianifme. T Du Royaume de Siam. 3 4^ Le Roy de Siam donne aux principaux San- I X- crats un nom , un para-fol , une chaife & des hommes pour la porter ; mais les Sancrats ne fe «ats. fervent guère de cet équipage que pour aller chez le Roy , &ce ne font jamais des Talapoins qui portent la chaife. Le Sancratdu Palais s'ap- pelle aujourd’hui Prâ-Viriat. L’elprit de l’Inftitut des Talapoins eft de le x. nourrir des péchez du peuple, de mener une dè'ceUn- vie pénitente pour les péchez de ceux , qui leur tout, font l’aumône, &rde vivre d’aumônes. Us ne mangent pas en communauté , & encore qu’ils foientfort hofpitaliers envers les féculiers , qui ont recours à eux>& mefme à l’égard des Chré- tiens, il leur eft pourtant défendu de fe faire part des aumônes qu’ils reçoivent , ou au moins de s’en faire part fur le champ; parce que chacun d’eux eftant ccnfé faire afièz de péni- tence , n’a nul befoin de racheter fes pechez en failànt l’aumône à Ion compagnon , & peut- être a-t-on voulu auffi les obliger tous à la fa- tigue de la quête : il n’eft pas neanmoins dé- fendu à unTalapoin de rien donner jamais à Ion confrère , ou de l’aflifter dans un véritable befoin. Ils ont deux loges , une à chaque côté de leur porte pour recevoir les paflants, qui cherchent un gîte chez eux. Il y a deux lortes de Talapoins à Siam, com-> x 1; me dans tout le refte des Indes. Les uns vi- vent dans les bois &les autres dans les villes ; Tait! ^ & ceux des bois meinent , dit-on , uue vie qui Poins' • P 5 p a- J4^ Du Royaume de Siam. paroîcroic intolérable, & qui la feroit fans doute en des païs moins chauds que Siam , ou que la Thébaïde d’Egipte. xii- Tous, c’eit àdirc ceux des villes, &ceux obligez ^Cs doivent fous peine du feu garder ex- au céli- aéfcement le célibat, tandis qu'ils demeurent peineTu c1:‘ns ^eur profeffion-, &le Roy de Siam, à la feu. jurifdiétion duquel ils ne fe font point fou- ftraits, ne leur fait point de grâce fur ce cha- pitre: car comme ils ont de grands privilèges, & qu’entre autres chofes ils font exempts des fixmoisde Corvées, il lui importe que la pro- fellion de Talapoin ne devienne pas tout à fait commode , de peur que tous fes fujets ne l’em- braffent. \ cer * Mefme pour diminuer le nombre de ces pri- talneTit- vfiegiez 3 il les fait examiner de temps en temps terature fur leur favoir , qui regarde la langue Balie & fes ^*vres : & quand nous arrivâmes en ce païs-là, chaflczdu il venoit d'en réduire plu/ieurs milliers à la Couvent, condition feculiere , parce qu’ils ri avoient pas elle trouvez allez lavants. Leur examinateur avoit efté Oc-Loümg Souraçac jeune •hom- me de vingt- huit à trente-ans, fils de cet Oc- rPrâ Pipitcbaratcha , que j’ay dit qui com- mande les éléphants: mais lesTalapoins des forêts avoient refufé de fubir l’examen d’un féçulier -, & ne confentoient d’eftre examinez que par quelqu’un de leurs Supérieurs. s ^evcnc la jeuneiîè , comme j'ay dit; veut la & fis expliquent au peuple leur Do&rine, felon quelle Du Royaume de Siam. 3 47 quelle eft écrite en leurs livres Balis. Ils prê- jeunelTe client le lendemain de toutes les nouvelles & de toutes les pleines Lunes, & le peuple eft toû- peuple, jours afièz affidû aux Temples. Quand le lit de la rivière eft plein de leau despluyes, juf- qua ce que l’inondation commence à baiflèr, ils prêchent tous les jours , depuis fix heures du matin jnfqu au dîner, & depuis une heure apres midy jufqu a cinq du foir. Le Prédicateur eft adisles jambes croifées dans un fauteuil élevé, & plufîeurs Talapoins fè relayent les uns les au- tres dans cet office. Le peuple approuve laDoétrine qtton lui XV. prêche par ces mots Balis , fa-tou- fa , qui veu- lent dire oily Monfeigneur , ou par d'autres Sia- tif. mois qui reviennent au mefme fens; &puis il donne 1 aumône au Prédicateur: & ceux qui prêchent fbuvent , non feulement en ce temps- là, mais durant tout le cours de Pannée, devien- nent aifément riches. Or c'eft ce temps-laque les Européans ont xvr. appelé le Carême desTalapoins. Leur jeûneDu ?are- elt de ne rien manger depuis midy-, horlmis Talapoins- qu'ils peuvent malcher du betel : mais quand & «je leur mefme ils ne jeûnent pas, ils ne mangent de- jeûner, puis midy que du fruit. Les Indiens font natu- rellement fi fobres, quun jeûne de quarante jours , & mefme de cent , ne leur paroît pas in- croyable. Tvvift Auteur Hollandois rapporte dans fa Defcription des Indes , que ï expérience si certainement fait voir qu il y a des Indiens , P 6 qui 34$ Du Royaume de Sium, qui peuvent jeûner vingt , trente , & quarante jours , fins rien prendre quun peu de liqueur mêlée de quelque bois amer mis en poudre . Les Siamois m'ont cité 1 exemple d'un Talapoin , qu’ils prétendent avoir jeûné cent-fept jours fans rien manger. Mais quand j’ai fondé leur penfée là-deffus, j'ay trouvé quils attri- buoient ce jeûne à magie : & pour me le prou- ver ils ajoûtoient qu'il étoit facile de vivre de l'herbe des champs ; pourvû qu’on louftlat det fus, & quon dît certaines paroles, quils ne fa- voient pas , ou qu'ils ne vouloienr pas me dire, Sc qu'ils difoient que d’autres (àvoient. xvn. Après la récolte du ris les Talapoins vont siamois^ Pcnc^ant trois fèmaines veiller les nuits au mi- dans les ücu des champs, fous de petites hutes de feüilla- &MUme §es ran§^es en quarré ; & le jour ils reviennent queV vifiter le Temple , & dormir dans leurs ccllu- pcupie en les. La hute du Supérieur eft au milieu des au- rres &plus élevée. Us ne font point de feu la nuit pour écarter les bêtes féroces, comme tous ceux qui voyagent dans les bois de ce pais- là, ont accoûtumé d en faire , & comme on en fai- foit autour des Tabanques où nous logions : fi bien que le peuple regarde comme un miracle que les Talapoins ne (oient pas dévorez,& je ne fay quelle précaution ils y apportent , horfmis celle de s’enfermer dans un parc de bambou. Mais (ans doute ils choififient des lieux peu ex- pofèz, éloignez des bois , & où les bêtes féro- ces ne (auraient arriver avec la faim , mais après avoir Du Royaume de Si im. j avoir trouvé beaucoup à manger, car celtia faifou où il y a beaucoup de fourage fur la terre. Le peuple admire auffi la fûreté, dans laquelle vivent les Talapoins des forêts : car ils n'ont ny Convent ny Temple pour fe reti- rer. Il croit que les tygres , les éléphants & les rynocerots les refpcélent, & leur lèchent les piés& les-mains , quand ils en trouvent quel- qu’un d’endormi: maisceux-cy peuvent faire du feu de bambou pour fe garentir de ces animaux , ils peuvent coucher dans des forts bien épais ; & d’ailleurs quand le peuple trou- veroit les relies de quelque homme dévoré, il ne prélùmeroit jamais que ce fût d’un Tala- poin ; & quand il n’en pourrait douter , il prélùmeroit que ceTalapoin aurait elté mé- chant , & ne laillèroit pas de croire que les betes relpeélent les bons. Et il faut bien auffi que les forêts ne loient pas li dangereules qu’ils difent, puis que tant de familles y cherchent un azile contre la Domination. Je ne lày au relie ce que les Talapoins pré- xvnr. tendent ny par cette veille, ny par leur carê- poinlont mc ; j’ignore auffi ce que veulent dire des un chape- chapelets de cent huit grains , fur lelquels ils Iet‘ recirent de certaines paroles Balies. . Ils vont nuds pies & nue tête, comme le XIX- telle du peuple: ils portent autour des reins & bit” hi' des cuilîés la pagne des léculiers, mais de toile pune , qui eft la couleur de leurs Rois , & celle ,es de la Chine : & ils n’ont ny chemife P 7 de J 5 o B h Royaume de Siam. de mouflèline , ny aucune vefte. Leur habit eft d'ailleurs de quatre pièces. La première quils appellent Angfa , eft une efpéce de ban- doliere de toile jaune , large de cinq ou fix pouces: ils la portent fur l'épaule gauche, & la boutonnent avecunfeul bouton fur la han- che droite; &elle ne defcend guère plus bas que la hanche. Sur cette bandoliere ils met- tent une autre grande toile jaune, quonap- {>elle la pagne de Talapoin , de qu eux appel- ent P a Schîvon , c eft à dire toile de plusieurs pièces, parce quelle doit eftre rappiècetée en plufieurs endroits. Ceft un efpéçe de Scapu- laire , qui defcend prefque jufqu’à terre par derrière de par devant ; de qui ne couvrant que répaule gauche revient à la hanche droit- te , de laifl'e les deux bras , de toute lepaule droite libres. Pardeflùs le Pa Schîvon eft le PaPkt. Ceft une autre toile large de quatre ou cinq pouces qu’ils mettent auffi fur lepaule gauche, mais en maniéré de chaperon: elle defcend par devant jufqu’au nombril, de au- tant par derrière que par devant. Sa couleur eft quelquefois ronge : les Sancrat s de les plus vieux Talapoins la portent ainfi , mais l Angfa &le P a Schîvon ne peuvent jamais eftre que jaunes. Pour tenir en eftatle P a Pat de le Pa Schîvon , ils fe ceignent le milieu du corps d'une écharpe de toile jaune, quils appellent Rappacod, de qui eft la quatrième de la der- nière pièce de leur habit. Du Royaume de Starn. . ^ Quand ils vont à la quête ils portent un ban- xx. dége de fer, pour recevoir ce qu’on leur don- 1Is.ont un ne : & ils le portent dans un lac de toile, qui jfofcfa* leur pend au côté gauche , aux deux bouts P°?r d’un cordon paflé en bandolicre fur l’épaule C'Uctc" droite. Ils Ce raient la barbe , la tête , & les four- x x'i- cils ; & pour fe garentir du Soleil ils ont le & Talapat , qui eft leur petit para -fol en forme la tête, &. d écran , comme je l’ay déjà dit autre part. Le °cnn\ Supérieur eft réduit à le râler luy-mcme, parce'» main, que perfonne ne luy pourroit toucher à la tête , làns luy manquer de rclpeét. Par la même railbn un jeune Talapoin n’olèroiten raferun vieux : mais il eft permis aux vieux de râler les jeunes , je yeux dire ces enfans dont on leur commet 1 éducation, &qui ne fàuroient fe râler eux- mêmes. Néanmoins quand le Supérieur eft fort vieux , il faut bien qu’il louffrc qu’un autre le raie ; &c cet autre le fait après luy en avoir demandé permiffion ex- preflè. Au relie les rafoirs de Siam font de cuivre. Les jours aufquels ils fe rafent , font ceux xxii. de la nouvelle & de la pleine lune ; & ces jours- là les Talapoins & le peuple jeûnent , c’eftàits feial dire qu’ils ne mangent point depuis midy. Le l,ctir,lont peuple s’abftient auffi ces jours-là d’aller à la dfdivo- pelche , non pas parce que la pelche eft un tra- tion Pout vail > car ils ne s’abftiennent d’aucun autre tra-k £’eui’le* Vai* > mais parce, à mon avis , qu’ils n’efti- meat Du 'Royaume de S'uMî . ment pas la pefche entièrement innocente i* comme nous verrons dans la fuite. Et en^- fin le peuple porte ces jours-là auxConvents des aumônes , qui confident en argent , en fruits, en pagnes, ou en bêtes. Si les betes font mortes, les Talapoins les mangent : fi elles font en vie , ils les laiffent vivre & mou- rir'autour du Temple; & ils ne les- mangent, que quand elles meurent d'elles-mêmes. 11 y a même prés de certains T emples un vivier pour le poilion vivant, que l'on offre au Temple: & outre ces jours de Fête communs à tous les Temples, chaque Temple en a un fingulier- deftiné à recevoir des aumônes , comme fi c’eftoit la Fête de fà Dédicace: car je n’ay pu lavoir ce que c'eft. XX II T. Le peuple affifie volontiers à ces Fêtes, Sc Y fait parade de fes habits neufs. Une de leurs parer pour grandes chantez c’eft d y rendre la Iibertc a. Temples: des animallx > qu’ils achètent de. ceux , qui & facha- les auront efté prendre dans les champs. Ce versks donnent à l'Idole , ils ne l'offrent pas animaux. immédiatement à l'Idole, mais aux Talapoins : & ceux - cy le prefentent à l’Idole , ou en le tenant fur la main devant l’Idole , ou en le mettant fur l’Autel; & peu de temps apres ils le retirent, & le convertiffent à leurs ufages. Quelquefois le peuple offre des bougies al u- mées , que les Talapoins attachent aux genoux de la ftatuë, & cela fait quau moins l’un des genoux de beaucoup d'idoles eft dédoré* Pouc D u Royaume de Staw. $$$ çe qui eft de facrifice Cinglant, ils n’en font jamais* il leur eft défendu au contraire de rien tuer. A la pleine lune du cinquième mois les Ta- xxiv. lapoins lavent l’Idole avec des eaux parfumées, mais le refpcéfc ne permet pas qu on luy lave vent leurs la tête. Us lavent enfuite le Sancrat. Et le peu- pie va auffi laver les Sancrats & les autres Ta- iapoins,& lapoins : & puis dans les familles particulie- lcurs Pa~ res les enfans lavent leurs parents, fans avoir c égard au fexe: car le fils &la fille lavent éga- lement le pere & la mere , Uayeul & Tayeule. Cette coutume s’obferve auffi au pais de Laos , avec cette fingularité , quon y lave le Roy même dans la riviere. Les Talapoins- n’ont point d’horloge : & *xv\ ils ne fe lèvent que quand il fait affez clair hqueiîcre pour pouvoir difeerner les veines de leurs lèvent les mains , de peur que s’ils, fe levoient plus ma- tin, ils ne tiraffent en marchant quelque in- fefte fans l’apercevoir. Cela fait qu’ils fe lèvent un peu plus tard aux jours plus courts, quoy que leur cloche ne biffe, pas de les éveiller avant le jour. Etant levez ils vont avec leur Supérieur au xxvi. Temple pendant deux heures. Là ils chan- au Teîn- tcnt ou récitent du Bail, &ce qu’ils chantent pic dés le- eft écrit fur des feuilles d’arbre un peu Ion- raatin' gués > & rattachées par l’un des bouts , comme )ay dit en parlant de l’arbre qui les porte. Le peuple n’a aucun livre de prières. La conte- nance 354 Z)# Royaume de Siam. nancedesTalapoins pendant quils chantent,, eft d’eftre aflïs les jambes croifées , & d’agiter- tousjours leur Talapat ou éventail en forme d écran , comme s’ils vouloient toûjours fè donner du vent: de forte que leur éventail va ou vient à chaque fillabe quils prononcent , quoy qu’ils foient habil- Poins* kz comme les Talapoins , hormis que leur habit eft blanc, & non jaune. Ils reçoivent ‘argent que l’on donne aux Talapoins, parce tjue les Talapoins n’en peuvent toucher fans péché : ils ont foin des jardins 5c des terres,, que peut avoir le Couvent , Sc en un mot iis fout dans les Convens, pour les Talapoins, tout ce que ies Talapoins croyent ne pouvoir faire Du Royaume de Stanr. faire par eux-mêmes , comme nous verrons dans la fuite. x. L’Ele- &ion du Supé- ikur. XI. Corn- Chapitre XVIII. De l'Elethon du Supérieur , & de la réce- ption des Talapoins , & des Ta- lapoiiines. QUand le Supérieur eft mon, foit-il San- crat ou non , le Convent en élit un au- tre , & pour l’ordinaire il choifit le plus vieux Talapoin de la mailbn , ou au moins le plus, (avant. V Si un particulier fait bâtir un Temple , il ment fait convient avec quelque vieux Talapoin à Ton un fécu- choix , pour venir eftre le Supérieur du Con- bâtitun vent > clu' ^ bâtit autour de ce T emple , à me- Temple , fure que d’autres T alapoins y veulent venir ha- mence'ün ^ter: car oa ne bâtit point de loge deTala- Convent. poin par avance. ni. Si quelqu’un veut fe faire Talapoin , il com- menton mence Par convenir avec quelque Supérieur, cft receu qui veuille le recevoir dans fon Convent : & Talapoin. parce qU*ü n>y a qu’uil Sancrat , comme j’ay dit, qui luy puiile donner l’habit , il va le deman- der à quelque Sancrat, fi le Supérieur avec qui il veut demeurer , n’eftluy-même Sancrat j & le Sancrat luy donne heure à peu de jours de la & pour l’aprés-dînée. Quiconque s’y oppo- firoit pécheroit ; St comme cette profdlion Du Royaume de Sium. 3 ^ eft lucrative ,& quelle ne dure pas neceffaire- ment toute la vie , les parens font tousjours fort aifes de la voir embrafler à leurs enfaiïs. Je n'ay pas oiiy dire ce que rapporte Mr. Ger- vaifo, qu on ait befoin d'une permiffion par écrit d'Oc-yà Prâ-fedet pour eftre reçu Tala- poin. Je ne voy pas même comment cela fo- roit pratiquablc dans toute l'étendue du Roy- aume j & Ion ma toujours alfûré qu’il eft libre à tout le monde de fe foire Talapoin, & que fi quelqu'un s'oppofoit à la réception d'un autre dans cette profeflîon, ilpécheroit. Lors donc que quelqu'un doit eftre reçu , fos parens ëc fes amis l'accompagnent à cette ceremonie avec des inftrumens & des danfèurs , & de temps en temps ils s'arrêtent en chemin pour voir danfer. Pendant la ceremonie le Poftu- lant & les hommes , qui font de la fuite, en- trent dans le Temple où eft le Sancrat : mais les femmes, les inftruments, ny les danièurs n'y entrent point. Je ne fay qui rafè la tête , les fourciis & la barbe au Poftulant , ou s'il ne fe la rafe pas luy-même. Le Sancrat luy donne l’habit de la main à la main , & il s’en reveft : laifiànt tomber l'habit feculier par dellous, quand il a mis l'autre. Le Sancrat prononce cependant plufieurs paroles Baltes : & quand la ceremonie eft achevée , le nouveau Tala- poin s'en va auConvcnt où il doit demeurer; & fcs parens & fes amis ly accompagnent: mais dés fors il ne doit plus entendre d’in- IV. S'il y a divers de grés de Tala- poins. V. ‘ Des Tala- poiiines. 558 Du Royaume de Siam. ftrumcnt, ny regarder aucune danfe. Quel- ques jours après les parens donnent un repas auConvent; & ils donnent beaucoup defpe- ttacles devant le Temple , lefquels il eft dé- fendu aux Talapoins de regarder. Mr. Gervaife diftingue les Talapoins en B a - loiiang , Tcbaou-cou & Pic ou. Pour moy j’ay toujours oüy dire que Taloüang , que les Sia- mois écrivent Tat-loiïang , n’eft qu’un titre de refpeét. Les Siamois le donnoient aux PP.Jefuïtes, comme nous leur donnons le ti- tre de reverence. Je nay jamais oüy parler en ce païs-là du mot de Ptcou , mais feulement de celuy de Tchaou- cou que j’expliqueray dans la luite , 3c quon ma dit eftre le mot Sia- mois qui veut direTalapoin. De forte qu’ils difènt, c eft un7 châou-cou> 3c je veux eftre T chaou-cou , pour dire ceft un Talapoin 3c je veux eftre Talapoin . Néanmoins comme ii peut y avoir entre les Sancrats& les Talapoins quelque différence , dont les gents que j’ay confultez , n’ont fû , quoy qu’habiles d’ail- leurs , m’expliquer le véritable fondement > il peut bien eftre qu’il y en ait aufli quelqu une entre les Talapoins mêmes, dont quelques- uns foient Pat-loümg 3c d’autres Picou> 8c que le nom general de tous foit Tcbaou-cou : je m’en rapporte à Mr. Gervaife. Les Talapoüines s’appellent Nang Tchii: Elles font vêtues de blanc, comme lesTapa- câou , 3c ne font pas eftimées tolit-à-fait Rcli- gieu- T)u Royaume de Si dm. $59 gîeufcs. Un (impie Supérieur fuffit à leur don- ner l’habit, auffi-bien qu’aux Nens : &quoy qu’elles ne puiflènt avoir aucun commerce charnel avec les hommes, néanmoins on ne Jes brûle pas pour cela, comme on brûle les Talapoins, qu’on furprend en faute avec les femmes. On les livre à leurs Parens pour les châtier du bafton ; parce que les Tala- poins ny les Talapoüines ne peuvent frapper perfonne. r Chapitre XIX. De laDottrine des Talapoins . HT Cutes les Indes (ont pleines de Talapoins i. nomqu^ ^“yent pas par tout ce même JS*. uAm > ** qu ils ne vivent pas par tout d une Talapoins meme forte. Quelques-uns fe marient , & ^ a*}! les d autres gardent le célibat: quelques-uns man- ” gent de la viande > pourvu qu on la leur donne tuée , d autres rfen mangent jamais : quel- ques-uns tuent des animaux > d’autres n^en tuent point du tout \ & d’autres n en tuent que ^tement & pour quelque fàcrifice. Leur Do- mine ne paroît pas non plus exaétement la même par tout , quoy que le fond en foit tou- jours l’opinion de la Metempfycofc : & leur culte auffi eft divers , quoy quil fe rapporte toujours aux morts. T T K (emblc qu’ils crovent toute la nature ani- com-' niée, mem ils Uon. 3 6o Du Royaume de Siam. croyent mée-, non feulement les hommes , les bêtes & les plantes , mais le ciel, les aftres, la terre & nimce,& les autres éléments , les fleuves , les monta- îdéc^ils §nes 9 ^es v*^es 9 ^es ma^ns mêmes. Et d’ail- ont de leurs comme toutes les âmes leur paroiflènt de même nature , & indifférentes à entrer dans tous les corps > de quelque efpéce qu'ils foient , il femble qffils n’ayent pas de l'ani- mation l'idée que nous en avons. Ils croyent que lame eft dans le corps , & qu elle régit le corps , mais il ne paroît pas qu'ils croyent comme nous que lame foit unie phyfique- ment au corps, pour faire un tout avec luy. Bien loin de penfer que le penchant naturel des âmes (bit d’eftre dans les corps , ils croyent que c’eft un foin pénible pour elles, ÔC une occasion defouftnr, & d’expier leurs pechez par leurs fouffrances ; parce qu'en effet il n'y a pas de genre de vie qui n’ait fes peines. La fùpréme félicité de lame eft, à leur avis, de n'eftre plus obligée à animer aucun corps , mais de demeurer éternellement dans le repos : & le véritable enfer de l'amc eft au contraire, félon eux , la neceflité perpétuelle d animer des corps , & de paffer de Fun dans 1 autre par de continuelles tranfmigrations. On dit que parmi les Talapoins , il y en a qui afferent hardiment qu'ils fe fouviennent de leurs trans- migrations paflees: & ccs témoignages lurti- fent fans doute pour confirmer le peuple dans l'opinion de la Metempfycofe. Les Euro- Du Royaume de Siam. 'Si péans ont quelquefois traduit par le mot de Génie iutelaire les âmes que les Indiens don- nent à des corps , que nous eftimons inani- mez : mais ces génies ne font certainement dans l’opinion des Indiens que de véritables âmes, qu’ils fuppofent animer également tous les corps où elles font prefentes, mais d’une manière qui ne répond pas à l'union pkyftque de nos Ecoles. La figure du monde eft éternelle félon leur m. doétrine, mais le monde que nous voyons Ce pour le dérober à ^attouchement & à la vue ; quoy qu'ils croyent d'ailleurs que fi on en bief- {oit quelqu’une , le fang qui couleroit de -fit bleflure, pourroit paroître. Tels eftoient les mânes & les ombres des Grecs & desRomains, & c cft à cette figure des âmes pareille à celle des corps > que Virgile fiippole qu’Enée re- connut Palinure, Didon , & Anchife dans les enfers, v. Or ce qu’il y a de tout-à-fait impertinent danscette opinion , c’eftque les Orientaux ne opinion, fauroient dire pourquoy ils donnent la figure humaine plutôt que toute autre, aux âmes qu'ils fuppofènt pouvoir animer toutes fortes de corps , autres que le corps humain. Lors que le Tartare qui régné aujourd’hui à la Chine, , voulut forcer les Chinois à fe rafèr les cheveux à la Tartare , plufieurs d'entre- eux aimèrent mieux fouffrir la mort, que d'aller , diloient- ils , en l'autre monde paroître (ans cheveux devant leurs Ancêtres : s’imaginant que Ion rafoit la tête de i’ame en rafant celle du corps. v x* . Les âmes donc , quoy que materielles (ont ne? & des pourtant imperiflàbles dans leur opinion ; oS récom- au fortir de cette vie, elles font punies ou re- fera ?ac compenfées par des lupplices , ou par des Du Royaume de Siant. firs proportionnez par la grandeur & par la après is durée à leurs bonnes ou mauvaifes œuvres, juf- mott- qu a ce quelles rentrent dans le corps humain, où elles doivent jouir d’une vie plus ou moins heurcufe , félon le bien ou le mal qu’elles ont commis en une vie anterieure. Si un homme eft malheureux avant que vii. d’avoir failli , comme s’il meurt avant que Com- de naître, les Indiens croyent qu’il l’a me-expu-1* rite dans une vie anterieure , & qu’alors peut- 9“«?t 1*, eftre il a fait avorter quelque femme groflè. des mé-C Si au contraire ils voyent prolpercr un mé- cfl3nts . 8c chant homme, ils croyent qu’il jouit de la re- heu^de* compenlè qu il a méritée en une autre vie par bons, de bonnes aétions. Si la vie de l’homme eft mêlée de bien & de mal, c’eft, difent-ils , que tout homme a bien & mal fait quand il a au- trefois vécu. En un mot perlonne ne fouffre , a leur avis , aucun malheur , s’il a tousjours efté innocent, ny il n’eft tousjours heureux , s’il a quelquefois efté coupable , ny il ne joiiit d’aucune profperité qu’il ne l’ait méritée par quelque bonne aétion. Outre les diverfcs maniérés d’être de ce mon- v 1 1 r. de, comme de plante , ou d’animal, aulquelles les âmes font tour à tour attachées apres la l’amépaf- m°rt, ils content pluficurs lieux hors de cefe aPr«U monde , où les âmes font punies ou recom- mott‘ penfées. Il y en a de plus heureux que le mon- e ou nous lômmes, & il y en a de plus malheu- ux* * s P*acent tous ces lieux comme par étages XX. Elle y re- liait. 3 64 Du Royaume de Siam. étages dans toute letenduë de la nature; Sc leurs Livres varient dans le nombre ; quoy que l'opi- nion la plus commune eftqu’ii y en ait neuf d'heureux , & autant de malheureux. Les neuf heureux font au deffus de nos têtes , les neuf malheureux font au deflous de nos piés ; & plus un lieu eft élevé, plus il eft heureux , comme auffiplus il eft bas, plus il eft mal- heureux : de forte que les heureux s’étendent bien au de£ fus des étoiles, comme les malheureux s’abyt ment bien au deflous de la terre. Les Siamois appellent Theuadà les habitants des mondes Supérieurs, PU ceux des mondes inferieurs, & Manout ceux de ce monde. Les Portugais ont traduit le mot àzTbeuadk par celuy d’ An- ges, 3c le mot de PU , par celuy de Diables: 6c ils ont donné le nom de Paradis aux mondes Supérieurs, 6c celuy d’enfer aux inferieurs. Mais les Siamois ne croyent pas que les âmes en fortant du corps paflènt en ces lieux- là , comme les Grecs 6c les Romains croyoient qu’elles pafloient aux enfers : elles liai lient, félon eux , aux lieux où elles paflent ; 6c elles y vivent d’une vie , qui nous eft ca- chée , mais qui eft fujette aux infirmiez d e ccl- le-cy , & à la mort. La mort & la renaiflance font toujours le chemin de lun de ces lieux a un autre, &ce neltqu’aprés avoir vécu en un certain nombre de lieux, & pendant un certain temps, qui s’étend d’ordinaire àplulieuisnn - liers d’années, que les Ames, punies par-^> Du. Royapimc de Siam. ou recompenfées vienneiit-renaître au Monde où nousfommes. Or comme ils fuppofent cjue les âmes ont x. un nouveau ménage dans les lieux où elles Pour y vi- renaillènt, ils croyent quelles ont befoindesvie pîdne choies de cette vie; & tout l’ancien Pnganil- ûe Moins me l’a crû de mefme. Les Gaulois brûloient «u^cy. avec le corps d’un homme mort les choies, quil avoit le plus aimées pendant là vie, meu- bles, animaux, efclaves , & mefme des per- fonnes libres , s’il y en avoit eu de finguliere- ment attachées à (on fèrvice. On pratique encore anjourd’huy pis que xr. cela , s il efb polfible , parmy les Payens de Pour pour rejoindre fon ame en l’autre moh-coî^de ue. Je fày bien que quelques-uns preiùment leur mary que cette couftume fut autrefois introduite1110”’ aux Indes, pour garentir les maris de la trahifon de leurs femmes , en les forçant de mourir avec eux. Mandelllo rapporte cette opinion ; & Strabon l’avoit rapportée avant luy , & l’avoit des-approuvée , ne trouvant pas probable ny qu’une telle loy fût établie , ny qu’une tel- le raifon de l’établir fût véritable. En effet, outre que cette couftume s’eft étendue aux meubles & aux animaux, toutes chofes inno- centes , elle eft libre à l’égard des femmes, dont nemcurt cette maniéré , fi elle ne e e tire; & elle a été reçue en trop de pais, 0^5 pour XII. Cette coîîtume eft reçue parmi les Tartares, & n’cft pas fans exemple chez les Chinois. 366 Du Royaume de Siam. pour croire que les crimes des femmes yayent donné lieu. Les femmes pour eftre efclaves, ou comme efclaves de leurs maris , aux lieux où la coûtume en eft eftablie , n’en font nyplus mécontentes de leur condition ny plus enne- mies de leurs maris , & elles ne changent nulle part de condition à cet égard, par un fécond mariage. Aufli voit-on que les Indiennes ont tousjours regardé non comme une peine, mais comme un bonheur qui leur ‘eft offert, la liberté quelles ont de mourir avec leurs ma- ris. Les femmes efclaves fuivent quelquefois leur maîtreflè au mefme bûcher , mais volon- tairement <3e fans y eftre forcées. Et d ailleurs ce n'eft pas une chofe fans exemple aux Indes, qu’un mary amoureux de (à femme veuille le confirmer avec elle, par Y elperance d’aller jouir avec elle d'une autre vie. Navarete dit que c’eft une coûtume des T ar- tares,que quand il meurt quelqu'un parmy eux, Tune de fes femmes fe pende, pour le fuivre en l'autre monde ; mais que leTartarequi re- gnoit à la Chine en 1668. abolit cette coutu- me:& il ajoûte , que quoy qu'elle ne foit pas or- dinaire aux Chinois, ny approuvée par Confu- cius,elle n'y eft pas neanmoins fans exemple. Il en rapporte même un de fon temps, du vice- Roy de Canton, qui s'étant empoifonne luy- même, & fè Tentant mourir, appela celle de les femmes qu'il aimoit le mieux , & la pria de e fuivre: ce quelle fit en fe pendant désqud u mort. ^ Du Royaume de Siam. 3 67 Mais certainement ny les Chinois, ny les xm. Tonquinois, ny les Siamois' ny les autres In- diens d’au de-là du Gange , n’ont jamais reçu, chinois que l’on lâche, la coutume de laiflèr brûler les v0ffinsUrS ' femmes : & d'ailleurs ils ont établi par une (âge dans'îes oeconomie , qu’il fuffiloit de brûler avec les corps morts, au lieu de véritables meubles & de s' véritable monnoye, ces mefmes chofes figu- rées en papier découpé , & fouvent peint ou doré : fous couleur, à mon avis, qu’en matière d’ombres , celles des chofes en papier étoient aulli bonnes que celles des chofes rnelmes, que le papier reprefente. C’eft pourquoy le peuple dit que ce papier qu’on brûle , fe convertit en l’autre vie aux chofes qu’il reprefente. Les plus riches Chinois ne laiffent pas de brûler au moins de véritables étoffes , & ils brûlent d’ail- leurs tant de papier , que cette feule dépenfe ne laiflè pas d’eftre conhderable. Mais tous ces peuples d’Orient ne croyent Xiv, pas feulement qu’ils peuvent dire fêcourables d^morts aux morts, comme je viens de l’expliquer ; ils fur lesvi- penfènt aulli que les morts ont le pouvoir de da tourmenter & de lêcourir les vivants: & de-là culte de* vient leur foin ÔC leur magnificence dans les m0Its* funérailles : car ce n’eft qu’en cela qu’ils font magnifiques. De-là vient aulli qu’ils prient les morts, & principalement les Mânes de leurs Ancêtres jufquaù Bilâycul, ou au Trilâycul, prclùniant que les autres font tellement écartez par diverfes tranfmigrations, qu’ils nefauroienc Q_4 plus 3 68 Bu Royaume de Siam. plus les entendre. Les Romains prioient auffi leurs Ancêtres morts , quoy quils ne les crut fent pas Dieux. Ainfi Germanicus dans Ta- cite, au commencement d'une expédition mi- litaire prie les Mânes de fon père Drufus de la rendre heureufè, parce que Drufiis avoit luy- mefme fait la guerre en ce païs-là. IhxJ- Mais par une prévention , que je voy ré- craignent paoduc mcfine parmy les Chrétiens , qui ont que les ^ peur des efprits , les Orientaux n attendent, connoif- ne creignent rien des morts des païs fance. étrangers, mais des morts de leur ville, ou de leur quartier , de leur profefllon, ou de leur famille. Chapitre XX. Des Tuner ailles des Chinois, & de celles des Siamois. rt T Es funérailles des Chinois font décrites en pade°desC plufieurs Relations , mais je ne lailleray funeraii- pas d'en dire un mot, pour faire mieux en- Chinois. ten(^rc celles des Siamois ; parce que les mœurs d'un païs s'éclaircillent toujours mieux par la comparaifon des mœurs des païs voifins. H- Le premier loin des Chinois dans les crffoînics funérailles eft d’avoir une bière de bois pre- principa- cieux ; en quoy ils font quelquefois une depen- üanccs?n au deflùs de leur fortune : 8c quoy quils enterrent les corps Guis les brûler, ils ne Gui- Du Royaume de Siam. 3 ^ fent pas de brûler, en les enterrant, meubles, maifons , animaux, monnoye, & tout çe qui eft neceffaire aux commoditez de la vie ; mais le tout en papier , hormis quelques étof- fes véritables qu’on brûle aux funérailles des riches. Le P. Semedo rapporte qu aux fu- nérailles d’une Rcyne de la Chine , on brûla réellement fes meubles. Le fécond foin des Chinois dans les funérailles eft de choifir un lieu propre pour le tombeau. Ils le choififl lent fur lavis des Devins, s’imaginant que le repos du mort dépend de ce choix, & que le bonheur&le repos des vivants dépend du re- pos du mort. Si donc ils ne font pas les pro- priétaires du lieu indiqué par les Devins, ils 11e manquent pas de l’acheter, & quelquefois chè- rement. Et en troilîéme lieu , outre leconvoy funebre qui eft grand , ils donnent des repas magnifiques au mort , non feulement quand ils l’enterrent, mais a pareil jour toutes les années, & mefme plufieurs fois l'année. Ils ont dans leur maifon une chambre de- ni. ftinée aux Mânes de leurs Ancêtres , ou de^esdes temps en temps ils vont rendre à leur figure les mefmcs devoirs , qifils ont rendus à leur corps en f enterrant. Ils brûlent de nouveau des par- fums, des étoffes, & des papiers déponpez, & ils leur font de nouveaux repas. LesTonquinois, félon le P. de Rhodes, mêlent à cès fortes de re- pas des mets de papier qu’ils brûlent. Le même ■Auteur raconte bien au long les prières que les Q^5 Ton-» 57° Du Royaume de SUm. Tonquinois font aux morts : comment ils leut demandent une longue & heureufe vie : avec quelzele ils redoublent leur culte & leurs priè- res dans leurs malheurs , quand les Devins leur afiûrent qu’ils en doivent attribuer la caufe à la colere de leurs Parens morts, iv. Plufieurs Relations de la Chine aflurentque nois^au- les Gents- de- lettres , qui font en ce païs-là iourd’huy les Citoyens les plus importants, ne regardent ticrcmcn ^es ceremonies des funérailles , que comme impies, des devoirs Civils, aufquels ils ne mêlent au- cunes prières : quils nont aujourd^huy aucun fentiment de Religion, &ne croyent nyTexi- ftence d aucun Dieu , ny l’immortalité de Pâ- me; &qu encore qu’ils rendent à Confucius un culte extérieur dans les Temples qui luy font confacrez , ils ne luy demandent pour- tant pas lafcience, quelesGents-de-lettres du Tonquin luy demandent. Domine Mais, foit que les funérailles que les Chi- nes an- nois lettrez font à leurs Parents foient fans noUfar1* prières ou non, il ne laifle pasd’eftre certain le culte que l'ancien efprit de la Doélrine des Chi- morts 5c nois écoit de croire l’immortalité de lame, cfat- cju’ii eft tendre des biens & des maux de la part des bîabieCra- morts > & de leur adreffer des prières, finon qu'ils dans les funérailles, au moins dans les difgra- ^ont ja- ces de la vie pour s’attirer leur proteftion.D’ail- morts lcu^s quelque opinion qu’ils ayent eu du pou- funct^i vo*rc*es morts à fecourir les vivants , il eft vray- lcs!CXai ièmblable quiis eftimoient, que les morts écoient T)n Royaume de Siam. 371 étoient dans le befoin au moment des funé- railles, c’eftà dire .dans l’entrée & dans l’éta- bliirement d’une autre vie, &que c’étoit alors aux vivants àfocourir les morts, &non à leur demander du fecours. Mais il eft temps de dire quelles lont les fu- v î. nerailles des Siamois. Dés qu’un homme eft^îj^™,** mort 011 enferme (on corps dans une bière de Siamois* bois , que l’on fait vernir par dehors, & mefme dorer: & comme le vernis- de Siam n’eft pas fi bon que celuy de la Chine, & qu’il m'em- pêche pas tousjours que la mauvailè odeur du corps mort ne palfe par les fentes de la biè- re , ils tâchent à confirmer au moins les infte- ftins du mort avec du mercure, qu’ils verfent dans (à bouche, &qui fort, dit-on , enfin par le fondement. Us fe fervent aufli quelquefois de bières deplom, & quelquefois aufli ils les font dorer ; mais le bois de leurs bières n eft pas fi précieux qu’à la Chine, parce qu’ils ne font pas fi riches que les Chinois. Ils placent par refpeét la bière (ur quelque choie d’élevé, & d’ordinaire fur un bois de lit qui ait des pies , & tant qu’on garde le corps au logis , foit pour at- tendre le Chef de la famille , s’il eftabfent, foit pour préparer les honneurs funèbres , on brû- le des parfums & des bougies auprès de la biè- re; & toutes les nuits lesTalapoins viennent chanter en langue Baliedans la chambre où on l’expofo : ils s’y arrangent le long des murs. On les nourrit , & on leur donne quelque 6 VIL Com- ment ils brûlent les corps. 3 7 z Du 'Royaume de Siam. argent : & ce qu’ils chantent, font des moralitez fur la mort, avec le chemin du ciel , qu’ils pré- tendent montrer à lame du trépade. Cependant la famille choilît un lieu à la campagne pour y porter le corps & pour l’y brûler. Ce lieu eft d’ordinaire un efpace prés du Temple que le mort, ou quelqu’un de fes de- vanciers auront fait bâtir ; ou auprès de quelque autre Temple, s’il n’y en a pas de propre à la famille du mort. On enferme cet eipace d’une enceinte en quatre laite de bambou avec quel- que forte d’architeélure , du mefme ouvra- ge à peu prés que les berceaux &r les cabinets de nos jardins, & ornée de ces papiers peints ou dorez, quils découpent pour reprefenter des maifons , des meubles & des animaux do- meftiques &c fauvages. Au milieu de cet en- clos eft le bûcher compofë entièrement ou en partie de bois odoriférants , comme font le fon- dai blanc ou jaune , & le bois d’aigle , & cela fé- lon la richefle &la dignité du mort. Mais le plus grand honneur des funérailles confifte à élever le bûcher, non à force d’y mettre du bois, mais par de grands échaffaudages, fur lefquels ils mettent de la terre & puis le bû- cher. Aux funérailles de la feueReyne, qui mourut il y afeptou huit ans, lechaffaut fut le plus élevé qu’on eût encore vu en ce pais- là, 6c il fallut demander une machine aux Euro- péens, pour lever la bière avec décence à cette hauteur. III. Du Royaume de Siam. il i Quand il elt queltion dé porter le corps au v lieu du bûcher ( ce qui fe fait toûjours le ma- L0C con* tin) les parens & les amis le portent au fon de V°y beaucoup d’inftruments. Le corps marche le premier , puis la famille du mort hommes & femmes tous habillés de blanc, la tête même voilée d’une toile blanche , & fe lamentants beaucoup & enfin le relie des amis & des parents. Si le convoy peut faire tout le che- min par eau, on le fait. Dans les funérailles fort magnifiques on porte de grandes machi- nes de bambou couvertes de papier peint 6c doré , qui reprefentent non feulement des Pa- lais, des meubles, des éléphants, & d’autres animaux ordinaires , mais des monftres bizar- res , dont quelques-uns approchent de la figure humaine , 6c que les Chrétiens pren- nent pour des figures de Diables. Ils ne brûlent pas la b: ère , mais ils en ôtent le corps qu’ils laillènt liir le bûcher : & les T alapoins du Con- vent, prés duquel on brûle le corps, chantent pendant un quart d’heure , & puis fe retirent pour ne paroître pas davantage. Alors com- mencent les Ipcélacles du Cône &duRabam, que Ion reprefente en même temps, & tout le long du jour , mais fur des théâtres diffe- rents. Les Talapoins ne penfent pas y pou- voir affilier fans péché ; & ces fpeélades ne font appelez aux funérailles par aucune vûé de Re- ligion , mais feulement pour les rendre plus magnifiques. Ils donnent à la ceremonie un Q_7 air ÏX. te valet des Tala- poins al- lume le bûcher. 3 74 Du Royaume de Siam. air de Fête , & néanmoins les parens du mort ne laiflènt pas d’y foire beaucoup de lamenta- tions, & d’y verlèr beaucoup de larmes: mais ils ne louent point de pleureufes, à ce qu’on m’a affùré. Sur le midy le Tayackou ou valet des Tala- poins met le feu au bûcher , qui brûle pour l'ordinaire pendant deux heures. Le feu ne con fume jamais le corps , il le rôtit feulement , & louvcnt fort mal : mais il eft toûjours cenlc pour l’honneur du mort , qu’il a efté tout-à- fait confirmé en lieu éminent , & qu’il n’en refte que les cendres. Si c’eft le corps d’un Prince du fong, ou d’un Seigneur que le Roy ait aimé , le Roy met luy-même le feu au bû- cher , 8c fans fortir de chez luy. Il lâche un flambeau allumé le long d’une corde , que l’on tend depuis l’une des fenêtres du Palais julqu’au bûcher. Quant aux papiers décou- pez qui font naturellement deftinez aux flam- mes , les Talapoins les en garentilfent fou- vent, &s’en foififfent pour les prêter à d’au- tres funérailles ; & la famille du mort les laiflè faire. En quoy il paroît qu’ils ont oublié la raifon , pourquoy les Nations voifines ne ie dilpenfent pas de brûler effectivement de tejs papiers : 8c en general on peut aflurer qu il n y a gents au monde , qui ignorent leur propre Religion autant que les Talapoins. Il eit, dit -on, très -difficile d’en trouver quelquun parmy eux qui lâche quelque choie : h laL’c Du Royaume de Siam. y?<> chercher leurs opinions dans les livres Ba- lis, qu'ils conforvent, & qu’ils étudient fort peu. La famille du mort nourrit le convoy , & pendant trois jours elle fait des aumônes: fa- tuTfan^ voir le jour que l’on brûle le corps, aux Tala-Iailles* poins qui ont chanté auprès du corps, le len- demain à tout leur Couvent, &le ttoifiéme jour à leur Temple. Voilà ce qui fo pratique aux funérailles XI\ desSiamois : à quoy il faut feulement ajoûterf^^ quils embellirent le ipeéèacle par beaucoup blées. de feux d’artifice , &que fi les funérailles font d’un homme d’une haute confoquence , elles durent avec les mêmes Ipeétacles pendant trois jours. Il arrive auflï quelquefois qu’un homme de x 1 T- , grande dignité fait déterrer le corps de fon terrez C" pere, quoy que mort depuis long-temps, pour Pour. ie* luy faire des funérailles magnifiques ; fi lors“ev°j's qu’il eft mort, on ne li\y en a pas fait, qui grands fu fient dignes de l’élévation préfonte du fils, Cela font les mœurs des Chinois, qui com- muniquent autant qu’ils peuvent à leurs pa- ïens morts , les honneurs aulquels ils parvien- nent. Ainfi , quand un homme n’eftant pas né fils de Roy parvient à la Couronne de la Chine , il fera avec de certaines ceremonies donner le titre de Roy à fon pere mort. / Après que le corps d’un Siamois a efté brû- XI 1 f c> coinme j’ay dit, toute la pompe efl: finie : feu nc on 37^ £)// Royaume de Siam. eft*6 on renferme les relies de Ton corps dans la ferré fous" bière, & fans façon Ton met ce dépôt fous des pyra- une de ces pyramides , dont ils environnent comment ^eurs Temples. Quelquefois auffi ils enter- les sia- rent des pierreries & d autres richeffes avec le ^Uên?" corPs 5 Parce <3ue ^cs mettre en lln lieu ce s pyra- que la Religion rend inviolable. Il y en a qui nudes. difènt qu^ils jettent les cendres de leurs Rois dans la riviere , & j ay lu des Pegüans quils font une pâte des cendres de leurs Rois avec du lait , & quils lentcrrent à l’embouchure de leur fleuve quand la mer eft retirée : mais comme le feu ne confume jamais tout , & qu’il épargne principalement les os-, les Sia- mois & les Pegüans mettent ces relies de leurs Rois fous des pyramides. Ces pyramides s’ap- pellent Pra T chiai- du Pra eft ce terme Baly, dont j^ay fouvent parlé. TcbUi-di veut dire cœur -bon, c’eft à dire contentement comme je lay expliqué autre part : de forte que Pra Tchtaz-dt revient à ces mots repos facré > au- tant que ceux de repos & de contentement fe reffemblenr. xiv. Un tombeau tout plat comme les nôtres ne fenn w? pas à leur avis allez honorable , il leur goût des faut quelque chofe d eleve : & voila le goût dSaIour ^cs pyramides d’Egypte & des Maufolées. Des les tom- peuples encore plus vains y ont joint les epi- bcaux. taphes : & parce que le temps efface lçsln- feriptions , qui font expofées à la vue, d autres put mis leurs noms à couvert fur les pierres fon- Du Royaume de Siam. 377 fondamentales de certains édifices lùperbes : fi bien que quand on les y découvre , leur ou- vrage eft déjà renverfé jufqu’aux fondements. Les Siamois s’en tiennent encore au premier degré de vanité , qui eft des fimples pyrami- des fins epitaphe , & fi peu fondées, que cel- les qui durent le plus , ne durent jamais un fiécie. Ceux qui n’ont ny Temple ny pyramide, xv- gardent quelquefois chez eux les reftes mal fe°Usu-°* brûlez de leurs parens : mais il n’y a guère de mois ai- Siamois allez riche pour bâtir un Temple qui blti'fdes ne le faiïe , & qui n’y enfoiiiiTe les richelîès Temples, qu’il a de refte. Les Temples font des aziles inviolables , comme j’ay dit , & les Rois de Siamauffi bien que les Particuliers , leur con- fient leurs Thrélors. Je fiy que des Siamois °nt demandé des limes lourdes à des Euro- peans , pour couper de grolles barres de fer qui lioient des pierres dans des Temples, lous lelquelles il y avoir de l'or caché. Les Siamois qui n’ont pas dequoy bâtir un Temple , ne Liftent pas de faire faire au moins quelque Idole, qu’ils donnent à quelqu’un des Tem- ples déjà bâtis. Ce qui en ces peuples eft un intiment de vanité ou de Religion , au lieu que la conftru&ion des Temples peut eftre autant l’intérêt de conferver leurs richelîès à Lur famille , que toute autre chofe. x v r Les^ plus pauvres enterrent leurs parens fans Funeraii. fis brûler ; mais s’il leur eft poftible ils y ap- ks^’s_ pel- pau'ICS‘ XVII. Honneurs funèbres retardez. XVIII. Ceux qui font pri- vez des honneurs funèbres. XIX. Le Deuil. 378 2) h 'Royaume de Siam. pellent les Talapoins , qui ne marchent pask lans falaire. Ceux qui n ont pas même dequoy payer les Talapoins > croyent faire affez d'hon- neur à leurs parens morts, de les expoferà la campagne en lieu éminent : c’eft à dire fur un échaffaut, ou les vautours & les corneilles les dévorent. J’aydéja dit que dans les maladies épidémi- ques ils enterrent les corps fans les brûler; & quils les déterrent & les brûlent quelques an- nées après , lors quils croyent tout le péril de 1 épidémie paffé. Mais ils ne brûlent jamais ny ceux que la Juftice fait mourir ny les enfants morts-nez, ny les femmes qui meurent en accouchant, ny ceux qui fe noyent, ou qui periffènt par quel- que autre defaftre extraordinaire, comme par un coup de foudre. Ils mettent ces malheu- reux au rang des coupables , parce qu’ils- croyent que de tels malheurs n arrivent jamais à des perlonnes innocentes. LeDeiiil à la Chine eft preferit par laloy, & celuy du père & de la mere y dure trois ans , & prive ou dépouille le fils pendant ce temps- là de toute fortç demploy public , s il n eft militaire : encore me femble-t-il que cette ex- ception pour les emplois militaires eft un établiftemcnt récent. Les Siamois au contraire n’ont point de Deuil forcé : ils ne donnent e marques dedouleurqu’autant qu'ils font an 1- gez ; fi. bien qu’il eft plus 'ordinaire à Siam JJ h Royaume de Siam. 379 que le pere & la mere y prennent leDeuil de leurs enfants, que non pas que les enfantsfy portent de leur pere 6c de leur mere. Quel- quefois le pere fe fait Talapoin 6c la mere Ta- lapoiiine , ou au moins ils le raient la tête l’un 6c l’autre : mais il n’y a que les vérita- bles Talapoins, qui puifient fe rafer auffi les lourcils. Il ne ma pas paru , que les Siamois invo- * quent leurs parens morts , quelque interroga- siamois tion que j’aye pû faire fur cela 5 mais ils ne Pricm les lailîènt pas de fe croire fouvent tourmentez moIls‘ de leurs apparitions: 6c pour lors ils portent des viandes à leurs tombeaux que les bêtes mangent ; & ils font des aumônes pour eux aux Talapoins, parce qu’ils croyentque l’au- mône rachète les péchez des morts auffi- bien que des vivants. Outre cela les Siamois font prelque en toutes rencontres des prières aux bons Génies , &c des imprécations contre les mauvais , dequoy j’ay déjà donné quelques exemples : & ces Génies ne font certainement dans leur opinion que des âmes , toutes , com- me j’ay dit, de même nature. Les méchants Génies font les âmes de ceux, x x î. qui meurent, ou par ordre de la jullice, ou Par quelqu’un de ces malheurs extraordinai- faut en- qui les font juger indignes des honneurs “ned£s funèbres. Les bons Génies font toutes les âmes de* autres âmes, eftimées plus ou moins bonnes ^°"nsg^it *elon quelles ont cité plus ou moins vertueu- en Anges, fes & celle des mé- chants en Diables, XXII. Les In- diens n’ont • point de Dieu qui foit le Juge des actions humai- nes. 3 80 Du Royaume de Siam. fes en cette vie. Et cela revient tout-'a-fair à l'opinion de Platon , qui vouloit qiPon s atta- chât à la vertu pendant la vie , afin que l'habi- tude en durât après la mort. Cela revient en- core à cette ancienne opinion , qui eftoit ré- pandue même parmi quelques-uns des anciens Chrétiens , que les âmes des bons fe chan- geoient en Anges, 8c les âmes des méchants en Diables. Mais chez les Indiens cette Do- éïrine nJeft autre chofe , fînon que les âmes des bons renailTent après la mort dans un de ces lieux , que les Portuguais ont appelé Pa- radis , 8c les âmes des méchants dans un de ces autres lieux , qifils ont appelé Enfers. Les unes continuant d'eftre bonnes apres la mort, font du bien aux hommes , les autres conti- nuant d’eftre méchantes , nuifènt aux hom- mes & à toute autre chofe , autant quelles peuvent. Et qui fait fi ces divers Paradis quais croyent, ne font pas un fouvenir confus des divers Ordres des Efprits céleftes? Or par un aveuglement incroyable les In- diens n admettent aucun Etre intelligent , qui juge de la bonté, ou de la malice des aélions humaines , 8c qui en ordonne le châtiment ou la récompenfe. Ils n admettent pour cela qu\ine fatalité aveugle, qui fait, difent-ils, que le bonheur accompagne la vertu , & le malheur accompagne le vice ; comme elle détermine les choies pelantes àdelccndre, 8C les légères à monter. Et parce que rien ne rc- r pugne: Da R oydttmc de Siam. 5 3 1 pugne davantage à la railoii , que de fuppo- fèr unejuftice exaéte dans lehazard, ou dans la necdîité du deltin les peuples Indiens fe portent à imaginer quelque choie de corporel dans les œuvres bonnes ou mauvailès, qui a, difent-ils , la force de faire aux hommes le bien ou le mal qu’ils ont mérité. Mais puis que nous avons louventdit, que les Indiens reconnoilfent la diftinétion des œuvres bon- nes’ou mauvaifes , il eft à propos de donner les Principes de leur Morale. Chapitre XXI. Des Principes de U Morale Indienne. T Ls fe reduifent à cinq préceptes négatifs, à . *• xè peu prés les mêmes dans tous les Cantons ceptesné- des Indes. Ceux des Siamois font tels. Ëauts- I. Ne rien tuer. z. Ne rien dérober. 3. Ne commettre aucune impureté. 4. Ne point mentir. J. Ne point boire de liqueur qui enyvre, qu’ils appellent Laou en general. Le premier Précepte îrielt point borné à ne 1 1- focr ny hommes ny animaux : mais il s’étend ^*rPp^_ aux plantes & aux kmences ; parce que, parceptes’e- u»c opinion allez vray-femblable , ils croyent p^nte^sc clUc la femence n’eft que la plante même dans aux fe Une enveloppe. L’homme obfervant donc ceracnccs- p te- ïii. Et à ne rien dé- truire dans la nature. IV. Ils ont en plulieius 381 Du Royaume de Shm. premier Précepte, comme ils 1 entendent, ne fauroit vivre que de fruit ; d’autant qu’ils re- gardent le fruit, non comme une chofèquia vie, mais comme une partie d’une chofequi a vie , & qui ne fouffre point , quoy qu’on luy ôte fon fruit. 11 faut feulement en mangeant le fruit ne manger ny pépin ny noyau , parce que ce font des femences : & il faut enfin ne point manger de fruit hors de la fàifon , ceft adiré, à mon avis, avant la frifon; parce que ceft faire avorter la femence que le fruit con- tient, en l’empêchant de mûrir. Outre cela le Précepte de ne point tuer s’é- tend à ne rien détruire dans la nature: parce qu’ilseftiment que tout y eft animé, ou, fi Ion qu’il y a des âmes par tout , ôc que c’eft veut, déloger une ame par force , que de détruire quoy que ce foit. Us ne veulent même rien eftropier, ny rien mutiler. Ils ne cafteront pas , par exemple , une branche d’arbre , com- me ils ne cafteront pas le bras à un homme innocent. Ilscroyent que c'eft offenfer lame de l’arbre. Mais quand une fois lame a efte çhaflee d’un corps , ils regardent cela comme une deftruétion déjà faite , & ne croyent rien détruire en fe nourriflant de ce corps. Les Talapoins même ne font aucun fcrupule de manger ce qui eft mort , mais de tuer ce qu’t s eftiment vivant. # En pluficurs chofes ils témoignent phis d’horreur dufang que du meurtre. Il l^r c Du Royaume de Si.im. j8$ défendu de faire aucune incifion, d’où il forte chofes du fang ; comme fi lame eftoit principale- d'horreur ment dans le fang , ou qu’elle ne fût que le du fang fang. Et c’eft peut-eftre un fouvenir confus de meunM. l’ancien Précepte de Dieu , qui en permettant à l’homme l’ulâge des viandes, luydéfendoic de manger le fang des animaux , farce que le fang leur tient lieu d'ame. Il y a des Indiens , qui n’ofent couper une certaine plante, parce qu’il en fort un fuc rouge, qu’ils prennent pour le fang de cette plante. Les Siamois ne font fcrupule d’aller à la pefche , que les jours que les Talapoins fe raient la tête. A cela prés il leur femble que quand ils pefehent , ils ne commettent point de faute ; parce qu’ils ne s’eftiment pas coupables de la mort des poit fons. Ils ne font, difent-ils, que les tirer de l’eau , & ils ne répandent pas leur làng. Le moindre détour leur fiiffit pour éluder les Pré- ceptes. Ainfi ils ne croyent pas pécher en tuant à la guerre, parce qu’ils ne tirent pas droit à l’ennetny : quoy qu’au fonds ils tâchent de tuer , comme je l’ay expliqué en parlant de leur maniéré de combattre. Que fi on leur dit que félon l’opinion de la v; Metemplÿcofe, le meurtre paroît fouvent loiia- de UMe* ble, puis qu’il peut délivrer uneame d’une vie ^?Pfy- rnalhcureufe : ils répondent que c’eft toûjours rabi/ au°' offenlèr les âmes que de les déloger par for- meurtre ce; &que d’ailleurs on ne les foulage point, h^reux', parce quelles rentrent en des corps pareils, fi elle ne’ _i1r rend tout meurtre indiffè- rent. VI. Se tu'ér foy- mê- me leur paroît une chofc louable. 384 Du Royaume de Siam. pour y remplir le refte du temps , pendant le- quel elles (ont deftinées à cette forte de vie. Mais ils ne (entent pas que cette raifon prou- veroit auffi qu on ne feroit nul véritable tort en tuant: &les Chinois qui penfenten cecy autrement que les Siamois, tuent leurs enfans quand ils en ont trop , & ils difènt que c’eft pour les faire renairre plus heureux. Déplus tous les Indiens penfent que de (e tuer foy-même eft non feulement une chofe permife, parce qu’ils fe croyent les maîtres d’eux-mêmes; mais que c eft un (àcrifïce utile à famé , & qui luy acquiert un grand degré de vertu & de bonheur. Ainfi les Siamois fe pen- dent quelquefois par dévotion à un arbre quils appellent en Baly ^Pra, Jl mahk T* ont. & en Siamois Donpo. Ces motsBalisfemblent vouloir dire lExcellent ou le (àint Arbre du grand Mercure : car pour veut dire Mercure dans le nom Bali du Mercredy. Les Europeans appellent cet arbre l<*s4rbre des Pagodes , parce que les Siamois le plantent devant les Pago- des. Il croît dans les forêts comme les autres arbres du païs,mais nul particulier n en peut avoir dans fon jardin : & c eft de ce bois_a , qu on fait toutes les ftatuës deSommona-Co- dom, que Ton veut faire de bois. Mais dans zele qui détermine quelquefois les Siamois pendre , il y a toûjours quelque (ujet evi dun grand dégoût pour la vie, ou d une SrailL^ crainte , comme eft celle de la colere du 1 rinC^ T) a Royaume de Siam. j8y Il y a fix oufept ans qu’un Pegiian fè brûla vit. dans l’un des Temples , que les Pegtians ont à Siam , appelé Sam-Pihan. Il s’allie les jambes güan . qùi croifées , & s’enduifit tout le corps d’une lutile [c brû,d fort épaiffe, ou plûcôt d’une forte dégommé, me. me~ Si y mit le feu. On difoit qu’il étoit fort mé- content de fa famille, laquelle pleuroit pour- tant beaucoup autour de luy. Après que le feu l’eut étouffé & bien grillé , on couvrit fou corps d’une forte de plâtre; &on en fît une ftatuë qu’on dora , Si qu’on mit fur l'autel , der- rière celle deleurSommona-Çodom. Ils ap- pellent ces fortes de faints Prâtiante'e , Ttan veut dire véritable, tee veut dire affurément. Voilà donc comment les Siamois entendent le premier Précepte de leur Morale. Je nay rien de particulier à dire for vin. le fécond : mais quant au troifiéme , qui La^éftn* défend route forte d’impureté; il ne s’étend l'impure- pas feulement à ladultére , mais à tout com- lé s'étend mercc charnel de l’homme avec la femme, Uledu & au mariage mefm’e. Non feulement lecéli- mariage, bat eftehez eux un étatdeperfedion, mais le mariage y cft un état de péché : foit par cet "Prit de pudeur, qui chez toutes les Nations f attaché à l’ufage du mariage , Si qui fèm- b'e y foppofer un mal dont on rougit : foie pat une averfion generale de toutes les mal- pfoprctez îiaturelles , dont quelques-unes é- oient des inapuretez légales chezlcsjuifs. On C ÏLe clle2 de certains peuples apres avoir vu Tm.r. R (i TX. Les Phi- lofophes Chinois eftiment le divorce une a&ion veitueufc. / X. Toute li- queur qui Du Royaume de Siam. fa femme, comme après quelque autre forte defoiiillûre. Mahomet a crû les femmes indi- gnes du Paradis ; & fans dire ce qu’elles devien- dront, il en promet de plus blanches & de plus nettes à fes élus. Les Philofophes Chinois difent que la fem- me eft une chofe mauvaiie en foy , & qu’il ne faut ny garder la fienne , ny en prendre une au- tre, dés qu’on a des enfans , qui puiflent ren- dre aux parens dont ils font nez , & à leurs au- tres Ancêtres, les devoirs que la Religion Chi- noifè croit neceflaires au repos des morts. Sans cette prétendue neceflité ils croiroient le ma- riage illicite; &dés qu’ils ont allez d’enfans, ils eftiment qu’il y a de la vertu à faire divorce. Ils- citent l’exemple de Confucius , qui quitta fa femme, dés qu* il en eut un fils: ils citent l’exemple de ce fils, qui quitta auffi la fienne; & l’exemple & le fentiment de plufieurs autres Philofophes Chinois, qui ont fait divorce avec leurs femmes, &qui ont conté le divorce par- my les aétions vertueufef. Us condamnent comme une corruption des mœurs anciennes de la Chine, l'opinion du peuple Chinois d au- jourd’huy , qui auffi bien que le peuple Sia- mois, guidé par les fentimens de la Nature, regarde le divorce , finon comme un ma , pour le moins comme un malheur. Jelie rien touchant le quatrième Précepte , qui mé- rité d’eftre expliqué. , Le cinquième ne defend pas feulement^ Dpi Royaume de Sïam. 387 s’enyvrer ; mais de boire d’aucune liqueur , qui puiiïè enyvrer , quoy que l’on ne s’en eny vre pas. Ils eftimentune choie mauvaife enfoy , qui peut nuire par la quantité. C’eft ainfi qu'ils entendent leurs Préceptes: mais auffi 11e croyent-ils pas que l’exaétc vertu foit faite pour tout le monde , mais feulement pour les Talapoins. Ils cftiment que ce qui eft péché enfoy, eft péché pour tous; SclesTa- lapoins ne font ny vœu, ny quoy que ce foit, qui rende péché à leur égard, ce qui n’eft pas péché pour tout le monde : mais , félon eux, le métier des feculiers eft de pécher, &celuydes Talapoins eft de ne point pécher, & de faire penitence pour ceux qui pèchent. Ils com- prennent comme nous que ceux , qui font de- ftinez à expier les péchez des autres par la pe- nitence, doivent eftre plus purs que les au- tres 5 & que la peine deuë & necellàirement attachée au péché, peut neanmoins paftèrdu coupable fut l’innocent , fi l’innocent veut bien s’y foûmettre, pour en délivrer le coupable. D’ailleurs ils conçoivent la nature du péché fort groffierement &fort matériellement: car les •Talapoins fe contentent de sabftenir eux-mê- mes des aétions qu’ils croyent mauvaifes , mais ils ne font point de fcrupule de les faire com- mettre aux feculiers pour en profiter. Ainfl quand ils veulent manger du ris , comme le ris eft ime femence , ils ne le peuvent faire bouillir fans péché , parce que c eft le faire R z mou- peut en- yvrer, dé- fendue. XI. La vertu à leur avis n’eft pas faite pour tout le monde. 3 8 S Du Royaume de Siam * mourir: mais ils font commettre cc prétendu péché à leurs Tapaciou qui font leurs domesti- ques feculiers, ou bien ils le font commettre aux enfans-Talapoins qu’ils elevent : & quand le ris eft botiilli , alors ils le mangent. De mef me il leur eft défendu d’uriner ny lur le feu, ny dans l’eau, ny fur la terre, parce que ce feroit éteindre leifeu, ou corrompre cesdeux autres éléments: ils urinent dans quelque va- fe , & un ferviteur feculier le verfe où il luy plaît , & il n importe qu'il pèche. Les feculiers donc ny n’obfervent les Préceptes, ny ne les éludent, que par la crainte des châtiments pu- blics , ou par l'éloignement naturel qu’ils pour- ront avoir à ce qu’ils eftimeront péché : mais ils rachètent leurs péchez par leurs bonnes œuvres , qui confident principalement à fai- re 1 aumône aux Temples 8c auxTalapoins, félon i ancienne tradition connue peut-être par toute la terre, & fi fouvent repetée dans rEcricure fiunte , que l'aumône racheté les péchez. Il eft aifé aufïï de remarquer en eux un fend ment très -.naturel & tres-jufte, qui eft qu’ils condamnent bien davantage les pé- chez , qui fe peuvent aifément éviter , que ceux qui font inévitables, quoy qu’ils croyentque tous foient des péchez. Mais afin qu onc on- noillè encore mieux la Morale des Ta a- poins, je mettray à la fin de cet Ouvrage a plupart de leurs maximes mot à mot, C°irH me on me les a données: jy ajoûterayfëu ' ment Du Royaume de Siam. 3 89 ment quelques notes pour les faire mieux en- tendre. On y verra le refpeét qu’ils ont pour les x 1 x. éléments & pour toute la nature. Il leur eft • défendu de dire des injures à aucune chofe na- mes des ' turelle: de faire aucun creux en terre, & de ne Tala" le pas remplir après l’avoir fait : de cuire de^0'"5* la terre , comme de cuire du ris : d’allumer du feu, parce que c’cft détruire ce avecquoyon l’allume , & de l’éteindre , quand il eft une fois allumé. On y verra qu’ils ont foin de la nette- té & des bieniéances autant que de la véritable vertu : qu’ils ont des idées de prefque toutes les vertus, & qu’ils n’en ont prefque aucune qui foit exaéte ; parce qu’ils portent les unes juf- qu’à des fcrupules fuperftitieux , & qu’ils de- meurent au deflous des antres. D’ailleursces maximes font feulement pour xnr. les Taiapoins : non qu’ils croyent que per- Tonne les puifîè enfreindre fans péché: mais eft impof- c’eft qu’ils voyent bien qu’il eft impoflible quefible* quelqu’un ne les enfreigne : par exemple, il faut bien que quelqu’un faflèdufeu. Ils font furpris de la beauté denôtre Morale , quand on leur dit quelle appelle égalemenrtous les hom- mes à la vertu, parce qu’ils ne comprennent pas- que ce foie une chofè pratiquable : mais quand on le leur fait entendre, & qu’on leur dit que la vertu ne confiftc pas en ces choies impoflibles, en quoy.ils la mettent, ilsmépri- ent ce qu on leur dit , & fe croyent bien plus R 3 purs XIV. Vanité desTala- poins. XV. Quelques apparçn- 35)0 Dti Roy Mme de Siam . purs & plus vertueux , que les Chrétiens : ou plutôt ils reviennent à croire qu’eux feuls font Creeng , c^eft à dire purs , & que les Chrétiens font cahat ou deftinez au péché , comme le refte des hommes : prévention , qui nous doit bien confondre, &qui prouve l'extrême be- foin que la raifon humaine a d’une lumière Su- périeure , pour ne fe pas égarer dans la connoifi fance du bien & du mal, dont neanmoins les idées nous paroiflènt fi faciles & fi naturelles. Si donc les Talapoins fo croyent feuls ver- tueux, il ne faut pas s’étonner s’ils fe permet- tent aufii tout l’orgueil poflible à legard des fé- culiers. Cet orgueil paroît en toutes choies : comme en ce qu’ils affeélent de s’affeoir plus haut que les feculiers, de ne fàluër jamais au- cun feculier , ôc de ne pleurer jamais la mort d’aucun , non pas mefine celle de leurs parens. Ils ont une pratique, quireiïèmble àlaconfet fion , car de temps en temps ils femblent ren- dre compte en fècrec à leur Supérieur de leurs déportements: mais bien loin de s’avouer pécheurs, ils ne font que parcourir les Pré- ceptes , pour dire qu’ils ne les ont point en- freints. Je n’ay point dérobé , difent-ils , je n ay point menti, &ainfi du refte. En unmot ils ne font point humbles, &ils ont plutôt 1 idee des humiliations & des mortifications que celle de l’humilité. Ils femblent connoître le recueillement & la retraite. Vn Talapoin pèche fi en 1 Du Royaume de Siam. 391 chant dans les rués il ri a pasfesfens recueillis, ces de ZJn Talapoin pèche s il Je mêle d'affaires & tat . O11 ne sen mêle guère fans beaucoup de Monafti- diftraâtion, & fans s’attirer l’envie & la haine de plufieurs: ce qui ne convient pas à un Talapoin, poins. qui ne doit fonger qu’à Ton Cqnvent , & à édi- fier tout le monde par fà modeftie. Mais d ail- leurs je croy qu’une fage Politique a eu beau- coup de part à interdire toutes affaires d’Etat à desgents, qui ont tant de pouvoir fur l’efprit des peuples. Ils connoiflent robcïflance Reli- gieufe. L’obeïffànce eft lavertude toutlemon- de en ce païs- là ; 8t il ne faut pas s'étonner quelle fe trouve dans leurs Cloîtres. Ils con- noiflent auffi la chafteté. Un Talapoin pèche s’il touffe pour attirer fur luy les regards des femmes-, s’il regarde lui-même une femme avec complaifànce , ou s’il en defire quelqu’une : s’il ufe de parfums (ûr fa perfonne : s’il met des fleurs à fes oreilles^ en un mot silfe pare avec trop de foin. Et l’on diroit auffi qu’ils connoif* fent la pauvreté: car il leur eft défendu d’avoir plus d’un vêtement , & d’en avoir de précieux : de garder rien à manger du foir au lendemain: de toucher ny or ny argent, ny d’en defirer. Mais au fonds, comme ils peuvent abandonner leurprofeffion, ils font fi bien , que s’ils vivent pauvrement, tandis qu’ils fontTalapoins, ils 11e laiflent pas d’amaflèr dequoy vivre à leur aife , quand ils ceflèront de l’être. Et ce font là les idées que les Siamois ont de la vertu. R 4 C H A- 3 yz Du Royaume de Siam. Chapitre XXII. De la fupréme félicité > & de F extrême in ■* félicité félon les Siamois . LapTarfai- TL refte a expliquer en quoy ils mettent te félicité. **- la parfaite félicité , c^eftà direlafuprémeré- compenfè des bonnes œuvres , & le dernier dé- gré de malheur , ceft à dire la plus grande punition des coupables. Ils croyentdonc que fi par plufieurs tranfmigrations , & par un grand nombre debonnes œuvres dans toutes les vies, une ame acquiert tant de mérite, qu’il ny ait plus dans aucun monde aucune condition mortelle, qui foie digne d’elle, ils croyent, dis-je que cette afïie eftdéslors ex- empte de toute transmigration, 3c de toute ani- mation : qu'elle n'a plus rien à faire : quelle ne naît plus , ny ne meurt plus : mais quelle jouît d’une éternelle inaétion , & d une vraye im- paffibilité. Nireupan> difent-ils, ceft à dire cette ame a dilparu. : elle ne reviendra plus en aucun monde: &c'eft ce mot que les Portu- gais ont traduit par ceux- cy , elle sefl anéantie , & par ceux-cy encore : elle efi devenue un Dieu , quoy que dans l'opinion des Siamois ce nefoit pas un anéantiflement véritable, ny une acquiîition d'aucune nature divine. Tel eft donc le véritable Paradis des Indiens : “gais car quoy qu'jls fuppofènt une grande félici- & té dans le plus haut des neuf Paradis , dont il. Ccquelcs Portugais entai Parai nous Du Royaume de Siaffi. 3 23 nous avons déjà parlé, ils difènt pourtant Enfers, nt quecette félicité a’eft pas éternelle, nyexem- p°?fa"£la pte de toute inquiétude ; puis que c’eft un gen- félicité, ny redevie, où l’on naît ,& où l’on meurt. Par une pareille raifon leurvray enfer rfeft aucun félon les de ces neuf lieux , que nous avons appelé en- Slamois* fers , &en quelques-uns defquels ils (uppo- fent des tourments & des flammes éternelles: car quoy qu’il y doive avoir éternellement des âmes dans ces enfers, ce ne feront pas tou- jours les mefmes âmes: aucune ame n’y fera éternellement punie ; elles- y naîtront pour y vivre un certain temps, &pour en forcir par la mort. Mais le vray- enfer des Indiens r/eft corn- ht. me je lay déjà dit , que les tranfmigrations éternelles de ces âmes , qui. ne parviendront cttnfeli- jamais au Nireupan c’eft à dire a difparohre cue* dans toute la durée du monde, qu'ils penfent devoir eftre éternelle. Ils croyent de ces âmes, que c’eft pour leurs péchez , & faute d’ac- querir jamais un allez grand mérite, quelles paflèront toujours d’un corps en un autre. Le corps, quel qu’il foit, eft toujours, félon eux, une prifon pour lame, où elle eft punie de (es fautes. Mais avant qu’un homme entre dans la lu- LJ^'ec^ preme félicité , avant qu’il difparoiffe , pour par- veilles 1er comme eux, ils croyent qu après l’aéfion , par laquelle il achève de mériter le Nireu - homme pan y il jouit dés cette vie de grands Privilèges. R ; IIstc c ** 3 9A Du Royaume de Stat». comment Ils cr°yentclue c’cft P™' lorsqu’un tel hom. ils luy nie pteclie la vertu aux autres avec bien plus confa- d'efficace : qu’il acquiert une fcience prodi- Temples. giePlc> mie force de corps invincible, le pouvoir de taire des miracles, &la connoiflance de tout ce qui luy eft arrivé dans toutes les tranlmigra- tions de ion ame , Si de tout ce qui luy doit ar- river jufqu’à fa mort. Sa mort mefme doit être d’une efpéce finguliere, qu’ils trouvent plus noble que la maniéré commune de mourir. Il difparoît , difènt-ils, comme une étincelle qui fc perd en l’air . Et c’eft à la mémoire de ces è fortes d’hommes , que les Siamois confacrent leurs Temples. oüo Or ffuoy *îu difent que plufieurs (ont par- quas en venus 3 cette félicité ( afin , à mon avis , que croyent plufieurs elperent d’y parvenir) ils n’en ho- fis'n’en*’ norent pourtant qu’un feul , qu’ils eftiment honorent avoir furpaffé tous les autres en vertu. Ils l’ap- pellent Sommona- Codom : & ils difènt que sommo- Codom eftoit fon nom , Sc que Sommona veut dom °" ^re en ^angue Balie , unTalapoin des forêts. Il ny a pas félon eux, de véritable vertu hors de la profellion de Talapoin , & ils croyent lesTalapoins des forêts encore plus vertueux que ceux des villes. t vi. Et c’eft là certainement toute la Doéfrine idée de ^es Siamois , en laquelle je ne trouve nulle Divinité idée de Divinité. Les Dieux de l’ancien Paga- ' Siamois nifme que nous connoiflbns, regifloient la nature , punifioient les méchants , Si recom- Du Royaume de Stam. 3 9 j penfoient les bons: &quoy qu’ils fuflentnez comme les hommes, ilseftoient de race im- mortelle, &ne connoiflfoient point la mort, Les Dieux d'Epicure n’avoient foin de rien , non plus que Sommona-Godom -, mais il ne paro'ît pas que ce fuflent des hommes parve- nus par leur vertu à cet eftat d'une inaction bien-heureufè : ils ne naifloient , ny ils ne mouroient. Ariftote a reconnu un premier Moteur , ceft à dire un Etre puifiànt, qui avoir arrangé la nature , & qui luy avoit donné, pour ainfi dire, le branfle, qui y confèrvoit l'harmonie. Mais les Siamois n’ont nulle idée femblable, bien éloignez de reconnoître un Dieu Créateur : & ainfi je croy qu’on peut a £ furcr que les Siamois n'ont nulle idée d’aucun Dieu , & que leur Religion fe réduit toute en- tière au culte des morts. Et il faut bien que les Chinois Y entendent ainfi , S c qifils n efti- ment pas que Pagode veuille dire Dieu : car le P. Magaillans nous apprend qu’ils s offen- fent quand on traite Confucius de Pagode y\ parce que ceft le traiter , non pas de Dieu , ce qui ne feroit pas un outrage pour Confucius? mais d’homme parvenu à la fupreme vertu des Indiens , que les Chinois croyent fort infe- rieure à la vertu de Confucius. ) p S Du Royaume de Siam. Chapitre XXIII. De l'Origine des Talapoins , de leurs Opinions . i. Uand j’ay voulu chercher par quels de^ IuMlIlale '^g1^2 k ra^on humaine a pu fè preci- faille 1 pirer dans des égarements fi étranges , jecroy dansl'An cn avo*r crouv^ ^es veftiges dans l’Antiquité ticjîüté n Chinoife. chinoife. Les Chinois font fi anciens , qu’on doit pre- si le? An- frimer qu’ils ont au commencement connu le ciens chi- y \y Dieu , & par luy la diftinélion des œuvres connu la bonnes & mauvaifes , & les recompenfes ou Divinité, les peines que les unes & les autres doivent ac- bfen-tôt0t tendre de ce Juge tout-puiflànt : mais que peu corrompu à peu ils ont obfcurci ôc corrompu ces idées, l'idée. Dieu, cet Etre fi pur &c fi parfait, eft devenu tout au plus lame materielle du monde en- tier, ou de fa plus belle partie,qui eft le Ciel. Sa Providence & laPuiflance n'ont plus été qu’une puiiTance & une providence bornées , quoy que pourtant beaucoup plus étendues que la forçe &la prudence des hommes. Itfemble , dit le P. Trigaut , au premier livre de fin Expédition Chrétienne à la Chine, chap. io . que les anciens Chinois ayent cru le Ciel & la Terre animez. , & qu'ils en ayent adore l Ame comme un Dieu fupréme , l'appellant le Roy du Ctel 3 ou jimplement le Ciel & la Terre. Le P. Trigaut pouvoit former le même doute fur ü r roures Du Royaume de Siam. 357 toutes chofcs : car la Doétrine des Chinois a de tout temps attribué des efprits aux quatre parties du monde , aux aftres , aux monta- gnes, aux rivières, aux plantes, aux villes & à leurs foffez,aux maifbns & à leurs foyers, & en un mot à toutes chofes. Et tous les efprits ne leur paroiffent pas bons : ils en re- connoiflênt de méchants, pour eftre la caille immédiate des maux & des dcfiftres aufquels la vie humaine eft fujette. D ailleurs comme ils ont crû que la terre & la mer tenoient. au Ciel par fhorifbn , ils nont attribue qu*un même elprit, ou qu’une même ame au Ciel la terre: quoy que néanmoins, &peut- eftre par quelque penfée contraire à leur pre- mière opinion, ils ayent bâti deux Temples differents, Tun confacré au Ciel, & l'autre à la Terre. Comme donc lame de l’homme eftoit, leur avis, la Iburce de toutes les aérions vita- ôté à Dieu les de r homme ; ainfi ils donnoient une amela*«>vi- au Soleil, pour eftre la fource de les qualitez &de fes mouvemens : & fur ce principe lesîaToute-1 âmes répandues par tout , caufant dans tous ruiü*ncc% les corps les aérions qui paroiffent naturelles à ces corps , il n'en falloir pas davantage pour expliquer dans cette opinion toute l’Oecono- miede la nature, & pour fuppléer la Toute- Puilfance , & la Providence infinie , qu'ils n admettoient en aucun Elprit , non pas même en celuy du Ciel, R 7 A la IV. Ils ont fait de Dieu comme un Roy de toute la nature, mais non pas un Roy tou- jours obéi. V. Confu- cius croit l'extrême vertu im- poffible, & par 'confé- quent il croitim- poflîble l’idée , que nous avons de Dieu. 3 9 S Du Royaume de Siam, A la vérité, comme il (emble que l’homme^ ufant des choies naturelles pour là nourriture , ou pour fa commodité, a quelque pouvoir fur les chofes naturelles, 1 ancienne opinion des Chinois, donnant à proportion unfemblable pouvoir à toutes les âmes, fuppofoit que celle du Ciel pouvoit agir fur la nature , avec une prudence & une force incomparablement plus grandes que la prudence & la force humaines. Mais en même temps elle reconnoiffoit dans Famé de chaque chofe, une force intérieure, indépendante par fa nature du pouvoir du Ciel , & qui agifloit quelquefois contre les delleins du Ciel. Le Ciel gouvernoit la nature comme un Roy puilfant : les autres âmes luy dévoient obéïitance : il les y forçoit prefque toujours , mais il y en avoit qui fé dilpenfoient quelquefois de luy obéir. Confucius parlant de la vertu fans bornes, qui eft la vraye idée , que nous avons de la Divinité , la croit impoffible. Quelque ver- tueux , dit -il * que Ji oit un homme , il y aura encore un degré de vertu , auquel il n aura pu atteindre . Le Ciel même & laT erre , ajoute- t-il , quoy que fi grands , fi parf lits & fi bien* faifknts , ne peuvent néanmoins fatisfatre les defirs de tout le monde ; à caufe de lyin confiance des temps & des éléments : de telle forte que l'homme trouve en eux dequoy reprendre , o même de jufies fujets d'indignation . C efipouïM quoy fi l'on comprend bien la grandeur de l esc- Du Royaume de Siam. 3 99 tre'me vertu , on avouera nécejjairement que l'Univers entier n’en petit contenir ny joûtenir le poids. Si au contraire on fonge à ce point fubtil G? caché de perfection en quoy elle con- ftfle , on avoiiera que le Monde entier ne la fauroit divifer ny penetrer Ce font les paro- les de Confucius , telles que le P. Couplet nous les a données , par où ce Philofophe femble n’avoir eu autre intention que de dé- crire la véritable Divinité , laquelle il croit impoffiblc , puis qu’il ne la trouve nulle part , non pas même dans l’Efprit du Ciel &c de la Terre , qui eft ce qu’il croyoit de plus par- fait. La PuiHànce & la Providence Divines étant v T*, ainfi diftribuées comme par morceaux , à une aa au ‘tC multitude d’ Ames infinie, les anciens Chinois créateur fe trouvèrent obligez d’adrelïèr à cette infinité créatures dames ou d’efprits, les vœux & le culte qu’ils p« les au- ne dévoient qu’à un feul. ““ssC*1** Ils firent de la nature une Monarchie invifi- v 1 1. ble, qu’ils moulèrent fur la leur , & dont ils croyoient que les membres invifibles avoient la nature une continuelle correfpondance avec les mem- u“ ^tat bres de la Monarchie Chinoife, quils croyoient Feur! ^ occuper à peu prés toute la Terre. Ils donnè- rent à TEiprit du Ciel fix principaux Mini- focs, comme le Roy de la Chine en a fix > qui font les Préfidents des fix premiers Tribu- naux , où eux feulement ont voix délibéra- tive. Ils croyoient que le Roy du Ciel ( car ils don- 4oo Du Rêyaume de Siam. donnoientce titre à TEfprit du Ciel ) ne fe me* loit que de la perlonne & des mœurs du Roy de la Chine: que tous les hommes dévoient honorer ce fupréme Efprit , mais qu'il n’y avoit que le Roy de la Chine , qui fut digne de luy offrir des facrifices ; & ils navoient pour ces facrifices aucun autre Prêtre. Les Miniftres de. la Chine offroient des facrifices aux Mini- ftres du Ciel: & chaque Officier Chinois ho- noroit ainfi un Officier pareil à luy auprès du Ciel. Le peuple fàcrifioit à la foule des Efprits répandus par tout, & chacun eftoit Prêtre en cette forte de Culte : fans qu’il y eût aucun Ordre, ou Corps Religieux , pour le fervice des Temples, & pour les facrifices. Ce ueles Les Indiens croyent aujourd'huy comme indiens eS les anciens Chinois, des Ames, tant bonnes ont ajoù- qUe niauvaifes , répandues par tout ; aufque!- cncurs? ^es üs ont diftribué,pour ainfi dire, la Toute- Puiflance Divine. Et Ton trouve encore des reftes de cette opinion même parmy les In- diens , qui ont embrafle le Mahometifme. Mais par une nouvelle erreur les Payais des Indes ont crû toutes ces Ames de même na- ture, & ils les ont fait toutes rouller d un corps en un autre. L’Efprit du Ciel des anciens Clu- nois avoit quelque air de Divinité: il eftoit , ce femble, immortel, &nonpasfujet a viei - lir, & à mourir, & à laiffer fa place à un i uc- ceffeur: mais dans la Doélrine Indienne uu a Metempfycofè, les Ames ne font fixes Du Royaume de Siam. 401 part , 8i fe fuccédant par tout les unes aux autres , elles 11e valent pas mieux l’une que l’autre par leur nature : elles font feulement deftinées à de plus hautes ou à de plus baffes fondions dans la nature , félon le mérite de leurs œuvres. Audi les Indiens n’ont-ils pas conlàcré de IX- Temples auxEfprits, non pas même à celuy indiens du Ciel : parce qu’ils les croyent tous des n’ORt Ames , comme toutes les autres , qui font en- confàcré core dans la voyedes tranfmigrations: c'eftà deTemjpie dire dans le péché, & dans les peines de’dif- pritsfnon ferentes fortes de vie , & par conlèquent in- pas même dignes d’avoir des Autels. dl* Que fi les anciens Chinois avoient, pour x. ainfi dire, mis en pièces la Providence St la f Toute -Puiflance de Dieu, ils n’avoient pas nois ont moins divife là Juftice. lis aftûroient que les di^ee^c Efprits j comme desMagiftrats cachez, étoient pieu, principalement occupez à punir les fautes cachées des hommes : que rEfprit du Ciel pu- niffoit les fautes du Roy , les Efprits Miniftres du Ciel les fautes des Miniftres du Roy & ainfi des autres Efprits à legard des autres hommes. Sur ce fondement ils difoient a leur Roy, XI- qif encore qu’il fut le fils adoptif du Ciel, le Ciel néanmoins ne fè lailferoit mener à fbn étoitpim- egard par aucune forte d’affe&ion , mais c^'oc^ Par la feule confideration du bien , ou du cupée à mal, qu’il feroit dans le Gouvernement defun'rl<£, fon Royaume. Ils appeloient l’Empire Chi- Rois de nOlS k* Chine» XII. Com- ment ils croyent leurs Rois icfponfa- bles en- vers le Ciel des mœurs de leurs fii- jecs. 4 02 Du Royaume de Siam. nois le Commandement Celefie ; parce, di- (oient-ils, qu'un Roy de la Chine dévoie gou- verner (on Etat comme le Ciel gouvernoit la nature , & que c’eftoit au Ciel , qu'il devoir de- mander la fcience de gouverner. Ils recon- nofloient que non feulement Tare de regner eftoic un préfent du Ciel : mais que la Royauté même eftoit donnée par le Ciel , & qu elle eftoit un préfent difficile à conferver ; parce qu'ils fîippofoient que les Rois ne fe pouvoient maintenir fur le Thrône fans la faveur du Ciel* ny plaire au Ciel que par la vertu. Ils portoient cette Dottrine fï avant , qu'ils prétendoient que la feule vertu des Rois pou- voir rendre tous leurs fujets vertueux ; Sc que par là les Rois croient les premiers refponla- bles envers le Ciel des mauvaifès mœurs de leur Royaume. La vertu des Rois , c eft à dire l'Art de regner félon les Loix de la Chine, eftoic, à leur avis , un Don du Ciel, qu'ils appeloient Raifon celefie ou Raifon donnée par le Ciel, & pareille à celle du Ciel: la vertu des fujets , ceft à dire félon eux , les égards des Citoyens , tant des uns envers les autres, que de tous envers leur Prince , félon les Loix de la Chine , eftoit l'ouvrage des bons Rois. C’eft peu, difoient-ils, de punir les crimes faut qu’un Roy les empêche par fà vertu, s louent un de leurs Rois d'avoir règne vingt- deux ans fans que le peuple s'en appelait, c e , à dire fans qu'il fentît le poids de J) u Royaume de Siam. 405 Royale , non plus que la force , qui meut la nature , & qu’ils attribuent au Ciel. Ils difent donc que pendant ces vingt-deux années il n’y eut pas un (cul procès dans toute la Chine, hy une feule execution de juftice : merveille qu’ils appellent gouverner imperceptiblement comme le Ciel, & qui feule peut faire douter de la fidelité de leur Hiftoire. Un autre de leurs Rois rencontrant, difènt -ils 3 un mal- heureux , que l’on menoit au fupplice , s’en prenoit àfoy-même, de ce que fous fon régné il (è commettoit des crimes dignes de mort. Et un autre voyant la Chine affligée d’une fté- rilité de fept années ,. fe condamna , s’il en faut croire leur Hiftoire , à porter les crimes de fon peuple, comme s’en eftimant feul cou- pable ; & voulut fe dévouer à la mort , & (è (àcrifier luy-mcme à l’Efprit du Ciel vengeur des crimes des Rois. Mais leur Hiftoire ajou- te , que le Ciel content de la pieté de ce Roy l’exempta de ce facrifice , & rendit la fertilité aux terres par une pluye fubite & abondante. Comme le Ciel donc ne fait juftice que du Roy, & qu’il ne s’en prend qu’au Roy de ce qu’il void de puniffable dans le peuple , les Mi- niftres du Ciel font juftice des fautes fecrettes que font les Miniftres du Roy , & tous les Of- ficiers qui dépendent d’eux : & de la même maniéré les autres Efprits veillent fur les a étions des hommes, qui ont dans le Royaume de la Chine un rang pareil à celuy, que ces Efprits occu» XIII. Les Chi- nois crai- gnent leurs pa- rents morts. XIV. Impiété des Chi- nois d'au jour- d’huy , qui font gents de lettres. 404 Du Royaume de Sidm. occupent dans la Monarchie invincible de Î3 nature , dont l’Efpritdu Ciel eftleRoy. Outre cela l'horreur naturelle qui la plûpart des hommes ont des morts > quils ont fort connu vivants; & l’opinion que plufieurs ont de les avoir vû s’apparokrei eux, foit par un effet de cette horreur naturelle , qui les leur reprefente, foit par des fonges fi vifs-, quais reflemblent à la vérité , portèrent les anciens Chinois à croire que les âmes de leurs Ancê- tres , qu’ils eftimoient eftre d'une matière fort fubtile, fe plaifoiem à demeurer auprès de leur pofterité, & quelles pouvoienr, encore après leur mort, châtier les fautes de leurs enfants. Le peuple Chinois eft encore aujourd'huy dans ces mêmes penfees des peines & des récom- penfes temporelles , qui viennent de l’Ame du Ciel & de toutes les autres Ames ; quoy que d'ailleurs pour la plus grande partie ils ayent embraflé l'opinion de la Metempfycofè inconnue à leurs Ancêtres* Mais peu à peu les gents de lettres, c'efta dire ceux qui ont des Grades de littérature, qui feuls ont part au Gouvernement, eftant devenus tout à-fait impies , & n ayant pour- tant rien changé au langage de leurs prédecei- feurs, ont fait de l'Ame du Ciel , & de toutes les autres âmes , je 11e fây;quelles fubftances aeriennes , & dépourvûes d’intelligence ; & pour tout Juge de nos œuvres , ils ont établi une fatalité aveugle, qui fait ? à leur avis, ce Du Royaume de Siam. 40 j que pourroit faire une Juftice toute-puiflànte & toute-éclairée. Combien cette impiété eft ancienne à la Chine , il ne m appartient pas de le décider. Le P. de Rhodes dans fon Hiftoire duTonquin en accufe Confucius même: le P. Couplet à qui nous devons la Traduétion de plufieurs Ouvrages de cePhilolbphe, len prétend juftüier : & il rapporte en même temps plufieurs raifonnements des Chinois récents, par lefquels ils tâchent de faire voir que c’eft une choie toute-conforme aux prin- cipes de la nature, que par des fimpathies fe- crettes , mais certaines , entre la vertu &C le bonheur , & entre le vice & le malheur, la vertu (oit toujours heureufe, & le vice toû- jours malheureux : mais en vérité leurs raifon- nements font fi guindez & fi forcez, & con- viennent fi mal au langage de leurs Ancêtres, quon void bien, quils ne font que l'effet d’un grand déreglement d'imagination , qui n’étoir point dans leurs Ancêtres. Les Siamois ne craignent pas moins les T xv; 17 r * » / — 1 r • « *■ «h >• Les Sia- hipncs,, que les Chinois; quoy qu us nima-mois ginent peur - eftre pas de la conformité entre n'0.nt le Royaume des morts & le leur, & comme d-°‘mre d’ailleurs ils nont pas moins perdu que lésina dea Chinois l’idée de la Divinité , & qu’ils ont humaines pourtant confervé ccttc ancienne maxime, que la fa- qui promet des récompenfës à la vertu, qui menace le crime de châtiments , ils n’ont , pu prendre d’autre parti , que d’attribuer cette juftice XVI. Les In- diens croyent les Tala- poins & leur Do- urine nuflï an- ciens que le genre humain. XVII. Les Chi- nois nomment Che Kià pour l’Auteur de cette Do&rine. 40 G Du Royaume de Siam. juftice diftributive à une fatalité aveugle. De forte que {èlon eux , c’eft la fatalité , qui fait paffer les âmes d’un eftat à un autre meilleur ou pire , & qui les y retient plus ou moins pro- portionnément à leurs œuvres bonnes ou mauvaifes. Et c’eft par ces degrez que les hom- mes font tout à fait déchus de la vérité , quand ils ont voulu fo conduire par cette raifon fi foi- ble , dont ils fe glorifient fi fort. Quant à 1 origine des Talapoins , & de leurs pareils , qui font répandus dans tout rOrient , fous divers noms , comme de Bramines, de Jogues & de Bonzes , elle eft fi cachée dans l’antiquité , quil eft difficile , à mon avis, qu’on la découvre jamais. Il paroït que les Indiens croyent ce genre d’hommes , & leur Doétrine auffi anciens que le Monde. Ils ne nomment point leur Inftituteur ; & ils pen- fentque ceft de cette profeffion, quont efte tous les hommes , dont les ftatues font hono- rées dans leurs Temples , & tous ces autres qu’ils fappofènt avoir efté adorez avant ceux, qu’ils adorent aujourd’hui Les Chinois difent que les Bonzes & leur Do&rine leur font venus des Indes , la hui- tième année du régné de Mim-ti , qui répond à la 65 mc- de nôtre (àlut: & comme ils aiment adonner l’origine de toutes chofes , ils aliène que ce fut un Siamois nommé Che-Kia> qui en fut l’Auteur , environ mille ans avant a Nailfance de Jesvs-Christ, qu°y Du Royaume de Siam. 40 7 les Siamois mêmes ne difent rien de pareil 5 & que fe piquant d’ancienneté en toutes choies , comme tous les autres Indiens , ils penfent que laDoétrine de la Metempfycofè foit auffi an- cienne que les âmes mêmes. Les Japponois appellent Chakk, le Che-Kià des Chinois, &c les Tonkinois ont corrompu ce même nom d'une autre forte : car ils l’appellent Thikk , félon le P. de Rhodes. Or ces mots de Che-Kia & de Cha^k ap- xvm. prochent allez de ces mots Siamois 7'chiou-ck & T ch (Lou- coh pour me faire foupçonner qu'ils n’eft ap- n’en font qu’une légère corruption. Tchaou - Parem- ca , & Tchaou-coù veulent dire Monfeigneur> k nom ou mot à mot Seigneur de moy\ avec cfctte dif- Siamois r* , ù , x y, .. desTala- rerence , que le mot de ca qui veut dire moy* poins. ne s’employe que par les efclaves en parlant à kur maître , ou par ceux qui veulent rendre un pareil refpeét à celuy , à qui ils parlent ; au Iku que le mot de cou, qui veut dire auffi ™oy , n’eft pas h refpeélucux , & fe joint au mot de Tchaou , pour parler en tierce per- fonne de celuy, qu'on traitte de fon Seigneur. En parlant donc à un Talapoin on luy dira Tchaou- ck , & en parlant de luy à un autre on le nommera Tchaou- coù. Mais ce qui eft à remarquer , c’eft que les Talapoins n’ont point d autre nom en Siamois : h bien qu’on dit mot à mot, je veux efire AionÇeigneur , pour dire je veux ejlreTalapoin 5 crai pen Tchaou - c°à. Ils appellent leur Sommona - Codom Pri- 408 Du Royaume de Siaw. Pri-pontt Tchaou , ce qui mot à mot veut dire le grand qui veut dire un Do- cteur de la Loy , fignifïe proprement Seigneur , & le mot de Alaitre elt équivoque en nôtre langue : on le dit d’un Doéteur , & on le dit aufîi du Roy. Je trouve donc de l'apparence à croire que les Chinois ayant reçu la Doétrine de la Metempfycofè de quelque Talapoin Sia- mois, ils ont pris le nom general de la pro- feiïion , pour le nom propre de T Auteur de la Doétrine : & cela eft d’autant plus plauft- ble , qu’il eft certain d’ailleurs que les Chinois appellent auüi du nom de Che-ICih leurs Bon- zes , comme les Siamois appellent Tchaou- cou leurs Talapoins. On ne peut donc aflu- rer fur le témoignage des Chinois, qu'il y ait eu mille ans avant J e s u s - C h R i s t un In- dien nommé Che-Ktk Auteur de l’opinion de la Metemplycofe : puis que les Chinois, qui n’ont reçu cette opinion, que depuis la mort de Jesus-Christ, & peut-eftre bien plus tard qu’ils ne difent , font obligez davoüer qu’ils iront rien dit de ce Che-Kt à que fur a foy des Indiens ; lefquels n’en difent pas un leul mot, ne fongeant pas quil y alt ja- mais eu aucun premier Auteur de leurs opi- nions. Avant Du Royaume de S tant. 409 Avant les Bonzes venus des Indes àlaChi- xix. ne , les Chinois n’avoient aucuns Prêtres ny ï->ancicP,; Religieux ; & ils n’en ont pas encore pour leur re d’i’n!'"" ancienne Religion , qui eft celle de l’Etat. Par- ftruite le* nai eux, comme parmi les Grecs, la plus an- S'pVc cienne maniéré d’inftruire les Peuples étoiepar ,aPoëfie» la Poêfie & par la Mufique. Ils avoient trois- ^que. cent Odes , dont Confucius fait grand cas, pareilles aux Ouvrages de Salomon : car elles contenoient non feulement la connoifïânce des plantes , mais tous les devoirs d’un bon Citoyen Chinois , & fans doute toute leur Phi- lofophie : & peut-eflre que ces Odes fe lont encore confèrvées. Les Magiftrats avoient foin de les faire chanter publiquement, Confu- cius fè plaint de ce qu il voyoit de fon temps cette pratique prefque éteinte , & toute l’an- cienne Mufique perdue. Selon luy , la plus fure marque de la perce d’un Etat efloit la per- te de la Mufique , & Placon croyoit comme luy la Mufique eflèntielle à la bonne politique. Ces deux grands Philofophes avoient compris que les mœurs ne fe peuvent conferver fans l’inftruétion continuelle dupeuplc, &que les Loix, c’eftàdire l’unique fondement de l’Au- toricé publique & du repos public , ne peuvent durer long-temps , où les mœurs font corrom- pues: car où les mœurs font corrompues on ne longe qu’à violer ou à éluder les Loix. Les Savants remarquent dans le Pentateuque les vertiges d’une pareille Pocfie, qui contcnoit Tm.I. - S l’Hi- 4io Du Royaume de Siam, l'Hifloire des Hommes llluflres > mefme de ceux qui eftoient plus anciens que le déluge : Moïfc en cite de certains endroits, où Ion re- marque le ftile Poétique. Conf’ Je m^mag^ne donc que ^es hommes en- tent les nuycz de chanter tousjours les mefmes cho- Taiapoins lès, & perdant peu à peu l'intelligence des par élu S vieilles chanfons , ont celle de les chanter , &C peuvent ont cherché des commentaires aux Vers, qu^ils cédéràlUC* ne^chantoient plus faute de les bien entendre : l’ancienne qu'alors les Magiltrais ont laiflé le foin de ces àlaMuif commentaii:es^ci>auti:es hommes, & que ceux- que. cy abufant peu à peu de la créance des peuples, ont mêlé à leurs leçons bien des chofes à leur avantage particulier , qui font la.fource de la vénération fuperfticieuie , que les Indiens ont encore aujourd’huy pour les Talapoins & pour leurs Confrères. Quoy qu'il enfoit, leur habit, leurs Con- vents, & leurs Temples font inviolables, en- core que les révolutions de ce pais - là ayent fait voir des exemples du contraire. Vliet , que jay fouvent cité , rapporte que quand le Père du Roy, quiregne aujourd'huy, s’empara de la Couronne , il ne crut pas pouvoir atten- ter fûrement fur la perfonne de l’un des Prin- ces de la famille Royale , que par adreflè il ne luyeût fait quitter auparavant la pagne de Ta- lapoin qu'il portoit. De mefme lors que cet llfurpateur fut more. Ion fils qui régné au- jourd’huy, voyant fon oncle paternel s^empa- Du Royaume de Sia m. 4 1 j rerduThrône, fefitTalapoin pour mettre là vie enfûreté, comme jel’ay rapporté au com- mencement de cette Relation. C H a î 1 T R. e XXIV. Des Contes fabuleux quelesTalapoins & leurs pareils ont entez fur leur Doftrine. Es Talàpoins font donc obligez de fnp- T. -®-'pléer la Mufique ancienne , & d’expli- commu quer au peuple de vive voix leurs livres Balis.nes à tou* Ces livres font remplis de contes: extravagans J,e.s In* entez fiir la Doétrine que j’ay expliquée : & ces fables font à peu prés les meltnes par toute l’In- de , comme le fonds de la Do&rine eft par tout lemelme, ou à peu prés. Ils croyent par tout laMetcmpfycofe, & qu'elle n’eft qu'un moyen de punir les âmes de leurs fautes, & de les porter peu à peu à la perfection. Ils croyenc des efprits répandus par tout , bons & mauvais, capables d’ayder&de nuire, mais qui 11e font autres que les âmes des morts , & ils admettent le culte de ces efprits, qiioy qu’ils ne leur élé- vent point d’autels ; mais feulement aux mâ- nes des hommes, qu’ils croyent eftre parvenus au comble de la vertu , autant qu’ils croyenc a vertu pollible. Ils ont tous quelque bête à quatre pies , qu’ils préfèrent à toutes les autres, que que oyfeau favory , & quelque arbre, qu’ils everent principalement. Ils croyent tous la S i même 4 1 2. Bu Royaume de Siam. même chofe du prétendu dragon qui caufe les éclipfes , & de la prétend uë montagne , autour de laquelle tout le Ciel tourne pour faite les jours & les nuits. Ilsont à peu prés les meftnes cinq préceptes de Morale , ils content à peu prés le melme nombre d’Eiafcrs & de Paradis, lis attendent tous d’autres hommes , qui doi- vent mériter des autels, comme ceux à qui ils en ont déjà confacré ; afin que chacun ait le champ libre de prétendre à la fupremc vertu. Ils fuppofent tous que les aftrcs, les montagnes, les rivières , & en particulier le Gange, peuvent penfer,. parler, fe marier & avoir des en fans. Ils content tous des Metempfycofes ridicules des hommes qu’ils adorent , en cochons , en finges ôc en d’autres bêtes. Abraham Roger dans fon Livre de la Religion des Bramines raconte que les Payens de Paliacate fut la côte de Coroman- del, croyent que leur Brama quils adorent, nacquit à peu prés comme quelques livres Ba- lis content que Sommona-Codom eft né, la- voir d’une fleur, qui eftoit née du nombril duu enfant , lequel, difcnt-ils, eftoit une feuille d bre en forme d’enfant le mordant ortui , e nageant fur l’eau qui feule fubfiftoit avec ^ Heu. Us ne prennent pas garde que lafemlle-enja t fubfiftoit autli : & félon Abraham u croit en Dieu en ce Pars- la, mais en un qu’on n’adore point : & lans doute q avancé avecauflï peu de fondement , que d au très ont écrit que les Siamois croyent un ^ D u Royaume de Siam. 4 r j Ilnapas tenu à nïoy qu’on rie tuait donné !a I t.= vie de Sommona-Codom traduite de leurs livres, M?cFâ‘ mais ne 1 ayant pu avoir , j en rapporteray ce les sia- qu’on m’en a dit. Quelque merveilleufe qu’ils prétendent qu’ayt efté fanaifiànce, ilsnelaif- leursom- fent pas de luy donner un Père & une Mère. rao'ia‘ Sa Mère dont on trouve le nom dans quelqu’un C° °m" de Jeurs livres Balis , s’appeloit , difent-ils, Ma- h a Maria, ce qui femble vouloir dire la gran- de Marie , car Mahà veut dire grand. Mais on trouve écrit Mania aulfi fouvent que Ma- ria: ce qui prouve prelque que ce font deux mots manya, parce que les Siamois ne confon- dent 1 ’n avec lri qu’à la fin des mots , ou à la fin des fyllabes , qui font fuivies d’une confone. Quoy qu’il en foit , cela n’a pas Mlle de donner de l’attention aux Millionnaires , & a peut- être donné lieu aux Siamois , de croire queje- fus étant fils de Marie, croit frere de Sommona- Codom, & qu’ayant efté crucifié, ileftoitee frere leelerat , qu’ils donnent à Sommona-Co- dom fous le nom de Thevetat , & qu’ils dilènt être puni en enfer d’un fupplice , qui tient quel- que choie de celuy de la Croix. Le Père de Sommona-Codom ctoit- lêlon ce mefme livre Bali un Roy de Lève Lança, c’eft à dire un Roy. de la célébré Ceylan: mais les livres Ba- lis fins date & fins nom d’auteur , n’ont pas plus d'autorité que toutes les traditions, dont ?n ’g'iore l’origine. Voicy maintenant ce que on raconte de Sommona-Codom. S y On 4*4 ES# Roy Mme de Sim* On dix qu'il fit une aumône de tous fes biens ; & que fa charité ri. étant pas encore fa- tisfaite , il s'arracha les yeux , & tua fà femme & fes enfans , pour les donner à manger aux Talapoins de ion fiécle. Merveilleufe contra- riété d’idées en ce Peuple, qui nedefend rien tant que de tuer, &qui rapporte les plus exé- crables parricides, comme les œuvres les plus méritoires de Soin niona- Codorn . Peut-être penfent-ils qu’à titre de propriété un hom- me a autant de droit fur la vie de fà femme, ôc fur celle de fes enfans , qu’illeur femble qu’il en a fur la fîenne propre : car il n importe ü d’ailleurs l’Autorité Royale défend aux Sia- mois particuliers d’ufèr de ce droit prétendu .de vie 8c de mort fur leurs .femmes, fur leurs enfans , 8c fur leurs efclaves : au lieu qu elle feule en ufe égalementfur tous fes fujets, peut- être par cette maxime du gouvernement De- Üpotique,quela vie des fujetsappartient au Roy en propriété. Les Siamois attendent un autre Sommq- na-Codom , je veux dire un autre homme mi- raculeux comme ltiy , qu'ils nomment^ déjà Pra Narotte y 8c qu’ils fiippofent avoir efte pré- dit par Sommona-Codom mefîne. Et ils difènt deluy,par avance, qu’ikuéra deux enfansquii Aura, qu’il les donnera à manger aux Talapoins, 8c que ce fera par cette pieufe aumône qu î confommera fa vertu. Cette attente d un nou- veau Pieu , pour me lèryir de ce renne, les ren ^ T>h Royaume de Siam. 415 attentifs & crédules, toutes les fois qu on leur propofe quelqu'un, comme un Perfonnage ex- traordinaire, (tir tout fi ccluy qu'on leur propo- fe, eft entièrement ftupide , parce que l'entière ftupidité reffemble à ce qu'ils fe figurent de Imaétion & de l'impaffibilité du Nireupan. Par exemple, il parut il y a quelques années à Siam , un jeune garçon né muet , & fi hebeté, quil ne fembloit avoir rien d’humain que la fi- gure : neanmoins le bruit fe répandit par tout le Royaume , quil eftoit de la race des premiers hommes, qui ont habité ce païs là, & qu'il devoir quelque jour devenir Dieu , c eft à di- re parvenir au Nireupan. Le peuple accou- rût à luy de toutes parts, pour l'adorer &luy faire des prefens, jufqu’à ce que le Roy crai- gnant les fuites de cette follic, la fit ceflèr par le châtiment de quelques-uns de ceux , qui s'y eftoient laiffé aller. Jay lû quelque chofe de pareil dans 1 ' India Orient ale deTofi. Tom.l. fag. 203. Il rapporte que les Bonzes de la Cochinchine ayant élevé parmy eux un en- fant ftupide , le montrèrent au peuple com- me un Dieu , & qu’aprés s'eftte enrichis des prefents que le peuple luy fit , ils publièrent que ce Dieu prétendu vouloit fe brûler , & il ajoute qu'ils le brûlèrent en effet publi- quement , apres luy avoir ravi les fens par quelque brûvage , nommant extafe l'état in- fenfible , où ils l'avoienr mis*. Cette derniere Hiftoire eft donnée , comme une fripponnerie S des 4 1 6 Du Royaume de Siam. des Bonzes , mais elle fait voir , suffi bien que la première , la creance quont ces peu- ples, qu’il peut tous les jours naître quelque nouveau Dieu, & l’inclination, qu ils ont à prendre l’extreme ftupidité,pour un commen- cement du Nireupan. Sommona-Codom s^étant dégagé par les aumônes que j’ay dites , de tous les attache- mensdelavie, s’adonna au jeûne, àl’oraifon, & aux autres pratiques de la vie parfaite : mais comme ces pratiques ne font poüibles qu’aux Talapoins , il embrallà la profeffion de Ta- lapoin ; &c quand il eut mis de comble à fes bonnes œuvres, auffi-tôt il en acquit tous les privilèges. Il fe trouva doiié d’une fi grande force, quil vainquit en combat fingulier un autre homme d une vertu déjà confommée , qu’ils appellent Frd Soiiane , & qui doutant de la perfe&ion , à laquelle Sommona- Codom étoit parvenu , le défia pour éprouver fes forces , & fut vaincu. Ce Pra Soiiane, n’eft pas le feul Dieu, ou plutôt le ftul homme parfait, qu’ils prétendent avoir efté contemporain de Som- mona-Codom. ils en nomment plufieurs au- tres, comme Fri Artaferia , de qui ilsdifent, qu’il avoit quarante brades de haut , que lés yeux en avoient trois & demie de large,& deux & demie de tour , c’eftà dire , moins de circon- férence que de Diamètre, s’il n’y a faute dans 1 écrit d’où j’ay tire cette remarque. Les Sia- } J mois D ti Royaume de Slam. 417 mois ont un temps de merveilles, comme en avoient les Egyptiens & les Grecs , & comme les Chinois en ont. Par exemple , leur prineii pal livre qu’ils croycnt être l’ouvrage deSom+ mona-Codom mefme, conte qu’un certain éléphant avoir trente-trois têtes , que chacune de fes têtes avoit fept dents, chaque dent (ept étangs, chaque étang fept fleurs, chaque fleur fept feuilles, chaque feuille lèpt tours, &'châ~ que tour lèpt autres choies, qui en avoient cha- cune fept autres, & celles- cy encore d?autres> & tousjours par lèpt : car les nombres ont tous- jours efté un grand fujetdefuperftition. Ainfi il y a dans l’Alcoran, lima mémoire ne- me trompe, un Ange a un fort grand nombre de têtes, dont chacune a autant- de bouches, 8C chaque bouche autant de langues, qui louent Dieu autant de fois chaque jour. Outre la force corporelle Sommona - Co- dom eût la puiflance de faire toutes fortes de miracles.. Par exemple, il pouvoir fè rendre auflï gros & aulfî grand qu’il vouloir ; & au contraire il le. rendoit fi petit , quand il vou- loit, qu’il fe dérobait à la vue, &ferenoit fus la tête d’un autre homme , fans être nyfenti par fon poids, ny aperçû des yeux d’autruyk Des lors il eût pû 's’anéantir luy - me (me & mettre quelque autre homme à fa place: c’eft à dire que dés lors il eût pû jouir du repos du Nireupan. Il connut tout d’un coup & parfaitement toutes les choies- du Monde : il S 5 pene-- 4 ï S pu Royaume de Siam. pénétra également le paflè& l’avenir; & ayant donné à fon corps une agilité entière , il fe tranfporta fins peine d’un lieu à un autre , pour prêcher la vertu à toutes les Nations. Il eut deux principaux Difciples, l’un de la main droite , & l’autre de la main gauche : on les met tous deux derrière luy , & côte a côte lun de lautre fur les autels , mais leurs ftatués font moindresque lafienne. Ce- luy qu’on place à fa droite s'appelle PraMo-* glâ , & celuy qui eft à fa gauche s'appelle Pri Sanbout . Derrière ces trois ftatués , & fur le mcfme autel , il y en a toûjours quelques autres, qui ne reprefentent que les Officiers du dedans du Palais de Sommona-Codom. Je ne fàurois dire, fi elles ont des noms. Le long des galeries en forme de Cloître , qui font quelquefois autour des Temples , fout les fta- tués des autres Officiers du dehors du Palais de Sommona * Codom. Us content de Pra Moglâ, qu a la prière des damnez ilrenverfà la Terre, & prit dans le creux de fâ main tout le feu d’Enfer; mais que voulant l'éteindre il n'en pût venir about, parce que ce feu féchoit les rivières au lieu de s’y éteindre , Sc qu il con- fumoit tout ce fur quoy Pra Moglâ le pofoit. Pra Moglâ alla donc prier Pra Pouù TchÂou , ceft à dire Sommona-Codom , d'éteindre le feud’Enfer : - mais quoy que Pra Pouti Tchaou eût pu le faire, il ne le trouva pas à propos, parce , diioit-il , que les hommes devien- droient j&u 'Royaume de Sïam. 415? cfroient trop méchants , s’ils perdoient la crain- te de ce fupplice. Or depuis même que Pra Pouti Tchâou fut parvenu à cette haute vertu , il ne laiflà pas de tuer un Mar , ou un Man (car ils écrivent Mar & Man , quoy qu’ils prononcent tous- jours Man : ) & en punition de cette grande faute, là vie ne s’étendit que jufqii a quatre- vingt ans , après quoy il mourut en difparoif'int tout d’un coup comme une étincelle qui le perd en l'air. Les Man étoient un peuple ennemy de Sommona-Codom , dont ils appellent le Roy Paya Man ; & parce qu’ils fuppofent que ce. peuple étoit ennemy d’un fi làint homme, ils en font un peuple monftrueux, avec unvilàge fort large, des dents horribles par leur gran- deur, &des fèrpems à la tête au lieu de che- veux. Un jour donc que Pra Pouti Tchaou man- gea de la chair de cochon, il en eut une colique qui le tua: finadmirable d’un homme fi abfti- nent : mais c’eft qu’il falloi t qu’il mourût par un cochon , parce qu’ils fuppofent que lame du Man qu’il tua , n etoit pas alors dans le corps- d’un Man, mais dans le corps d’un cochon t comme fi une ame pouvoir eftre eftimée , met me félon leur opinion, l’ame d’un Man , quand, elle eft dans le corps d’un cochon. Mais tous ces forgeurs de contes ne font pas fl attentifs, aux Principes deleurDoétrinc. S 6 Som- 4*o Du Royaume de Siam* Sommona - Codom avant de mourir or- donna quon luy confacrât des ftatu'és & des Temples, & depuis fa mort il eft dans cet état de repos , quils expriment par le mot de Ni- reupan. Ce n’eft pas un lieu , mais une maniè- re d’êcre:car à parler juftejdilènt-ils^ommona- Codom n’eft nulle part, & il ne jouit d aucu- ne félicité: il eft fins nul pouvoir, &horsde- tar de faire ny bien ny mal aux hommes : ex- preffions que les Portugais ont rendues par le mot d’aneantiflèment. Neanmoins d’autre part les Siamois eftiment Sommona-Codom heu- reux, ils luy adreflent des prières, & luy deman- dent tout ce dont ils ont befoin : foit que leur Doétrine ne convienne pas avec elle-mefme: {bit qu’ils portent leur culte au de-là de leur Dodtrine : mais en quelque fens qu’ils attri- buent du pouvoir à Sommona-Codom,ils con- viennent quil n en a que fur les Siamois, & qu’il ne fe mêle point des autres peuples, qui adorent d’autres hommes que luy. III. Comme donc ils ne difent rien que de fa- Qp’ii y a buleux de leur Sommona-Codom , qu'ils ne le ience que regardent pas mefme comme l’Auteur de leurs Sommo- Loj|x & leur Do&rine , mais tout au plus domn'a comme celuy qui les à rétablies parmy les jamais hommes , & qu’enfin ils n’ont nul memoi- re raifonnable de luy, on peut douter, cerne fèmble, qu’il y ait jamais eu un tel homme. Il paroît avoir été inventé à plaifir pour ene l’idée d’un homme, que la vertu, comme ils Du Royaume de Siam. 42a la conçoivent > ait rendu heureux, dans les temps de leurs fables , ceft à dire au de- là de tout ce que leurs Hiftoires ont de certain. Et parce qu’ils ont crû necelfaire de donner en même temps une idée oppofée > d'un homme que fa méchanceté ait fournis à de grandes pei- nes, ils ont apparemment inventé ce Tévetat? qu’ils fiippofent avoir efté frere de Sommona- Codom & fon ennemi. Ils les donnent tous deux pourTalapoins, &quand ilsdifentque Sommona- Codomaefté Roy., ils le difent, comme ils difent quil a efté linge & cochon. Ils fuppofent que dans les diverfes tranlmigra-* tions de (on ame il a efté toutes chofes , & toû- jours excellent dans chaque efpéce , ceft à dire quil a efté le plus louable de tous les co- chons , comme le plus loiiable de tous les Rois. Je ne fay d’où Mr. Gervaife tient que les Chinois prétendent que Sommona -Codom eftoit de leur païs : je n’en ay rien vu dans les Relations de la Chine, mais feulement ce que j’ay dit de Chekià ou Chakà. On m’a donné la vie àçTévetat traduite du Bali,mais pour ne pas interrompre mon dû- cours , je la mertray à la fin de cette Relation. Ceft auffi un tiflù de fables , & un curieux échantillon de la maniéré de penfer de ces gens-là , touchant les vertus & les vices, les peines & les recompenfes , la nature & les tranfmigrations des âmes. îv Je ne doy pas obmettre ce que je tiens de conjeâtî- S 7 Mr.Hcr- IC ful ^ 422 Du Royaume de S ram. tymofo- Mr. Herbelot. Jay crû le devoir confulter fut lommo- tout ce °llie je % de Siamois ; afin quil vît na-co- ce que les mots, que j’en fay, peuvent avoir fuiquellc de commun avec l'Arabe, le Turc, & le Per- langue fin: & il ma dit que Suman, qu’il faut pro- fane* noncer Souman , veut dire Ciel en Perfan , & que Codum ou Codom veut dire ancien en la même langue ; fi bien que Semmona - Codom femble vouloir dire le Ciel éternel ou in crée , parce quen Perfan & en Hebreu , le mot qui veut dire ancien fignifieaufli incrée ou éternel. Et touchant la langue Balie , il m’a dit que l’ancien Perfan s'appelle Pahalev) ou P ah ait, & qu’entre Pahali & Bahali les Perfins ne met- tent point de différence. Ajoutez que le mot Pont qui en Perfin vent dire Idole , ou faux- Dieu , Sc qui fins doute vouloit dire Mer- cure , quand les Perfins eftoient Idolâtres * lignifie Mercure chez les Siamois, comme je Pay déjà marqué. Mercure, qui eftoitleDieu des Sciences, paroi t avoir efté adoré par toute la terre , parce fins doute, que la Science eft un des plus effentiels attributs du vray Dieu. Remarques qui pourront à l’avenir exciter la curiofité des gents Savants, qui feront defti- nez à voyager en Orient. > ? v. Mais je 11e fiy fi dés à cette heure il n cil biclou" Pas Permis de croire que c’eft une preuve de ver que le ce que jay dit, que les Ancêtres des Siamois c/e? des doivent avoir adoré le Ciel , comme les an- chinois ciens Chinois, & comme peut-eftre les an- ciens Du Royaume de Siam. 423 ciens Perles; Çi qu’ayant enftiite embraffé laeft plus Dodtrine de la Metempfycofe , & oublié le sum que vraylèns du nom de Sommona-Codom, ils l’opinioa ont fait un homme de l’Efprit du Ciel , & luy feenlf î£f" ont attribué toutes les fables que j’ay dites. cofe. C^eft un grand art, pour changer la créance des peuples, de leur laiffèr leurs anciens mots en les revendant d’idées nouvelles. Ainfî , il, peut-eftre que les Ancêtres des Siamois ayent crû que l’efprit du Ciel régiffoit toute la na- ture , quoy que les Siamois d’aujourd’hny ne le croyent pas de Sommona-Codom : ils croyent au contraire, comme jay dit, qu’un tel foin eft oppofé à la fupréme félicité. Ils croyent auffi que Sommona-Codom a péché, & qu’il en a eftépuni, lors même quil eftoit déjà digne duNireupan, parce quilscroyent l’extrême vertu impoffible. Ils croyent que le Culte de Sommona-Codom n’eft que pour eux , & que chez les autres Nations il y a d au- tres hommes , qui fc font rendu dignes des autels , & que ces autres Nations "doivent adorer. Tous les Indiens en general font donc per- v T- fiiadez que de differents peuples doivent avoir î^fprifae de differents cultes, mais en approuvant que % des les autres peuples ayent chacun leur culte , ils oulï foa- ne comprennent pas que Ton veuille leur ôter miOion le leur. Ils ne penfent pas comme nous que la foy foit une vertu : ils croyent , parce qu’ils \'adu ne lavent pas douter ; mais ils ne fc perfuadent u‘ons- pas ont 4M 23# 'Royaume de Siam. pas qu>iî y aie une foy & un culte, qui doivent* eftre la foy & le culte de toutes les Nations* Leurs Prêtres ne leur prêchent pas quJune ame fera punie en l’autre monde , pour n'a- voir pas crû en celuy-cy les Traditions defon pais, parce qu'ils ne s’aperçoivent pas qu'au- cun d'eux nie les fables de leurs livresi Ils font» prêts à croire tout ce qu'on leur dit d'une Re- ligion étrangère y quelque incomprehenfible qu'elle foie : mais ils ne peuvent croire que la leur foit faufïè : & encore moins pourroient- ils fe. réfoudre, à changer leurs Loix , leurs mœurs & leur culte. On a beau leur faire voir des contrarietez & des ignorances groffiércs dans leurs livres : ils en conviennent quelque- fois,. mais ils ne rejettent pas pour cela leurs livres; comme pour quelque choie de faux, nous ne rejetons pas tout un Hiftorien ny tout un livre de Phylîque. Ils ne croyent pas que leur Doétrine ait efté diélée par une vérité, éternelle & infaillible , dont ils n ont feule- ment pas l'idée , ils croyent leur Dc&rine née. avec l'homme, décrite par des hommes, qui leur paroiflent avoir eu un lavoir extraordi- naire, & avoir mené une vie fort innocente: mais ils ne croyent pas que ces hommes n ayent jamais péché : ny qu’ils -ne le foient jamais trompez. Comme ils ne reepnnoi - lent nul Auteur de l’Univers , ils ne recon- noiflènt nul premier Légillateur. Ils bâtiflent des Temples à. la mémoire de certains hom- ^ r mes > Du "Royaume de Siam ■ 415 mes, de qui ils croyent mille fables, que la fuperftition de leurs Ancêtres a inventées dans le cours de plufieurs fiécles : & c’eft ce que les Portuguais ont appelé les Dieux des Indes. Les Portuguais ont crû que ce qui eftoit ho- noré d’un culte public , ne pouvoir eftre qu’un Dieu : & quand les Indiens ont accepté ce mot de Dieu pour ces hommes à la mémoire des- quels ils conlàcrcnt IcursTemples , c’eft qu’ils n’en ont pas compris la force. Il n’y a rien qui fe prenne en plus de fens vn. divers , ny qui reçoive plus de differentes in- terpretations-que le culte extérieur. Les fta- Siamois tués n’ont pas toûjours efté des marques d’un paSpqru“iv$e honneur divin. Les Grecs & les Romains en croyent ont élevé, comme nous faifons, à- des hom- mes encore vivants , fans aucun defièin d’en faire des Dieux. Les Chinois paflènt plus avant , & non feulement ils conlàcrcnt des ftatués à des Magiftrats encore vivants , mais ils leur élévent des elpéces de Temples, ôc d’édifices facrez : ils leur établiffent un culte accompagné de profternations, de parfums». & de lumières ; & ils confervent de certaines choies de leur habillement comme des reli- ques : quoy qu’on ne puiffe croire qu’ils re- gardent ces Magiftrats encore vivants comme des Dieux , mais comme des hommes fort inférieurs au Roy delà Chine leur Maître, dont ils ne font pas une Divinfté.Il y a plufieurs Prin- çes Chrétiens, qui font fervis à genoux; &lcs Du Royaume deSiatn. Députez du tiers Etat ne parlent au Roy qu'en cette pofture. Nous donnons de l’encens aux Particuliers dans nos Eglifes ; & les Chrétiens honorent leurs Princes de beaucoup , & de grandes marques du culte extérieur. Ainfi le culte extérieur des Indiens n’cft pas une preuve qu'ils reconnoiffent, du moins àpréfent, au- cune Divinité ; & jufques-là on doit les ap- peler Athées plûcolt quidolâtres. Mais quand ils offrent des lacrifices à d’autres , qu'a Dieu, & qu’ils y joignent des vœux pour fe les rendre propices, on ne peut les excufer d’idolâtrie : car pour avoir entièrement oublié la Divinité , ils n en font que plus Idolâtres , lors qu’ils ter- minent leur ailte à ce qui neft pas Dieu, Sc qu ils en font le feul objet de leur Religion. Chapitre XXV. Diverfes Obfervations à faire en prêchant l'Evangile aux Orientaux. î. T“\ E tout ce que je viens de dire des opi- r; wlre ^ nions des Orientaux , il eft aifé de com- fcandaiife prendre de quelle difficulté eft l’entreprife de ksoncn- jes amener à la Religion Chrétienne , & ^e pluficurs quelle confequence il eft, que les Miffi°nnal chofes, res 9 qUj prêchent l’Evangile en Orient con ftudroit nohîent parfaitement les mœurs 8tk crc(f|1|c^ pis leur de ces peuples. Car comme les Apôtres ex le RnspîV premiers Chrétiens, lors même que Dieu ap- Du "Royaume de Siam. 42.7 povoît leur prédication par tant de merveilles camion, g ne decouvroicnt pas tour d un coup aux Payens don des tous les myftéres que nous adorons , mais leur miiacksi •déroboient long- temps , & aux Cathecumé- nes mêmes la connoiiïànce de ceux, qui pou- voient les fcandalifèr , il me fèmble à plus, forte raifon* que les Millionnaires, qui n’ont pas ie don des Miracles, ne doivent pas dé- couvrir d abord aux Orientaux ny tous les Myfteres , ny toutes les pratiques du Chriftia- nilme. Il feroit bon , par exemple , fi je ne me trompe, de ne leur pas prêcher fans de gran- des précautions le culte des Saints : & à 1 egard même de la connoiffancc de Jésus-Christ, je croy quil faudroitla leur ménager pour aiufi dire , & ne leur parler du myftére de ^In- carnation , qu'aprés les avoir perfuadez de 1 exiftence d'un Dieu Créateur. Car quelle apparence de commencer par perfaader aux Siamois doter Sommona-Codom , Prâ Mo- glà , SC Prà Saribout des Autels , pour met- tre Jesu s-C h ri st, S. Pierre & S. Paul à leur place ? Il ne feroit peut-eftre pas plus à propos de leur prêcher Jésus-Christ crucifié , qu ils neuffent auparavant compris qu on peut être malheureux & innocent , & que par la régie receuë , même parmi eux , qui eftque l'innocent peut fe cherger des fau- tes du coupable , il efloit neceflàire quun Dieu fè fît homme , afin que cet homme -Dieu fitisfit par une vie pénible , & par une mort hon- IT. Que la !e- fture de l’Ecriture Sainte ne leur doit être per- mit qu’a- vec pré- caution. 418 Du Royaume de State. honteufe, mais volontaire, pour tous les pé- chez des hommes : mais avant toutes chofes il faudroit leur donner la véritable idée d’un Dieu Créateur, &juftement irrité contre les hom- mes. L’Euchariftie après cela ne fcandalife- roit point les Siamois, comme elle fcandalr- foit autrefois les Payens d’Europe : d’autant plus que les Siamois croyent queSommona- Codoma pu donner fa femme & les enfansà manger aux Talapoins. Au contraire, comme les Chinois font re- fpeélueux envers leurs parens jufqu’au icru- pule, je ne doute 'pas que li on leur mettoit d’abord l’Evangile entre les mains > ils ne fuf- lent Içandalilez de cet endroit, où quand on vint dire ^Jésus-Christ que fa Mere & fès Frères le demandoient , il répondit de telle maniéré , qu’il femble à n’y regarder pas de prés, qu’il affe&oit de les méconncître. Ils ne le ieroient pas moins de ces autres paro- les myfterieufes , que nôtre Divin Sauveur dit à ce jeune homme, qui luy demandoitle temps d’aller enfèvelir lès parents, taillez* luy ditril, aux morts le foin denfevelir leurs morts. On fait la peine que les Japonois témoignoient à St. François Xavier fur l’éternité de la dam- nation , ne pouvant fè réfoudre à croire que leurs parents morts fulTent tombez dans un il horrible malheur ,. faute d’avoir embra c le Chriftianifme , dont ils nivoient jamais oüy parler. 11 paroît donc neceflâire de prev<:~ Du R oyaume de Siam. 43. 9 Kir & d adoucir cette penfée , par les voyes dont ce grand Apôtre des Indes le fer voit , eu établiflànt d'abord l'idée d'an Dieu tout-puil- fant, tout- intelligent , tout-jufte , auteur de tout bien , à qui uniquement t-out eft du, & par la volonté de qui nous devons aux Rois , aux Eeclefiaftiques, aux Magiftrats,& à nos parents les relpeéts, que nous leur devons. Ces exem- ples fuffifcnt pour faire voir avec quelles pré- cautions il faudroit préparer les efprits de l'O- rient à penlèr comme nous , &c à ne le point fcandaliler de la plupart des Articles de la foy Chrétienne. Les Chinois 11e refpe&ent guère moins leurs * 1 r* Précepteurs que leurs parents ; & ce fenti- foutparfcx ment eft fi bien établi parmi eux, quils châ- aux o- tient le Précepteur du Prince héritier pré- q^vec fompuf de la Couronne, des fautes que faiteftime ce Prince ; & qu'il s'eft trouvé des Princes , Lé gifla* qui étant devenus Rois, ont vangé leurs Pré- teuis. cepteurs. Les Indiens honorent encore da- vantage la mémoire de ceux , qu’ils croycnt leur avoir prêché la vertu avec efficace: ce font ceux-là , qu’ils ont jugé dignes de tout leur culte de ils Ce fcandalifent de ce que nous nous en fcandalifons. Pouvons -nous moins faire, difent ils, pour ceux , qui nous ont prê- ché une fi lainte Doélrine ? Le P.Hierôme Xa- vier Jdiiïte Portuguais ayant fait à Agra une elpécc de Cathechifme fous le titre de Mi- ïoir de vérité . UuPerfan d’Hifpahan nommé 4 3 o B h Royaume de Siam. Zin el Mbedin y fît une réponfe fous le titre de Miroir repou , que la Congrégation de propagande fide crut devoir faire réfuter : & elle en donna îe foin au P. Philippe Guadagnol de l’Ordre des Clercs Mineurs réguliers. Mais celuy-cy parla fi mal de Mahomet, que fa ré- futation en devint inutile; parce que laMif- fîon d’Hifpahan n'ofa jamais la publier : Sc Comme cette Million demanda que le P. Gua- dagnol modérât un peu fa Satire , ce bon Pere fe jetant dans 1 autre extrémité, fit le Panégy- rique de Mahomet, qui luy attira une répri- mandé de la Congrégation de propagande. Il faut donc en ces fortes de matières oblèrver une fage modération, & parler avec eftime, au moins aux Indiens , de Brama , de Som- mona-Codom , 8c de tous les autres, dont on void les ftatuësfur leurs autels. Il faut conve- nir avec eux que ces hommes ont eu de gran- des lumières naturelles , 8c des intentions dignes de louange, & leurinfïnuër en même temps quêtant hommes, ils fefont trompez en plufîeurs chofes importantes au ûluc éter- nel du Genre-humain , 8c principalement en ce qu'ils ont méconnu le Créateur. tv. Mais à cet aveuglement prés, quil faut Légifla- ^*re v°ir inexcufable, pourquoy ne loüeroit- teurs peu- on pas les Légiflateurs de l’Orient, atifli bien loUez en °)ue fes Légiflateurs Grecs , de ce qu'ils fe font quelques appliquez a infpirer aux peuples ce qui feu* a chofes. palu pius vei;tucux & le plus propre à les main-i Du Royaume de Siam . 43 % maintenir dans la paix & dans l'innocence? Pourquoy les blâmer oit- on des fables , qu’une longue fuite de liécles pleins d’ignorancea in- ventées fur leur fujet, & dont probablement ils n’ont point efté les auteurs: vu même que quand ils auroient parlé magnifiquement de leurs perfonnes , ils n’auroient fait que ce que Ton pardonne à prefque tous les autres Lé- giflateurs ? Ils ont le mérite d’avoir connu avant les Grecs des Etres intelligents lupérieurs à l’homme, & l’immortalité de famé. Que fi ils ont crû la Métempfycofè , ils y v. ont efté portez par des raifbns apparentes. DoftUne Ignorant toute création , & établiflant d’ail- de hMé* leurs qu’une ame ne pouvoit naître d'une cofcPpeût- ame , & qu’il n’y pouvoit avoir un nombre être excu- actuellement infini d’ames , ils eftoient forcez ^e^rsdc5 de conclure , que le nombre infini des vivants, phyfi- qui s’eftoient fuccedé les uns aux autres dans ciues* le monde , pendant toute cette éternité pafi* (éc , qu’ils fuppofoient que le monde avoir déjà duré ; n’avoieiit pu eftre animez par ce nombre fini d’ames , fins quelles euflènt paffé une infinité de fois d’un corps en un autre. L'opinion de la Métempfycofè eft donc fon- dée fur plufieurs Principes,que nous recevons; & n’en contient qu’un certainement faux, qui eft l’impollibilité prétendue de la Créa- tion. VT. Quant aux fuites naturelles de cette Doctri- uîfon^** ne j la defènle des viandes eft tres-laine dans poiiù- les ques’ 4 j i Du Royaume de Siœm. les Indes, & l'horreur du fang feroit utile par tour. Le grand Barcalon Frere aîné du pre- mier Ambafladeur deSiam, ne ccflbit de re- procher aux Chrétiens les fureurs (ànglantes de nos guerres. Dautre part l'opinion de la Métempfycofe confole les hommes dans les malheurs de la vie , & les affermit contre l'hor- reur delà mort, parl’efperance, quelle donne de revivre une autrefois plus heurculement: 3c parce que les hommes font crédules à pro- portion de leurs defirs , on remarque que ceux , qui s'eftiment les plus malheureux en cette vie, comme les Eunuques, s'attachent plus fortement à cette efperance d'une autre vie meilleure, que la Doétrine de la Metempfy-* cofc donne aux gens de bien. icntsa‘ pour leurs parens morts. Confucius en fait morts ex-p unique fondement de toute bonne Politique. devrai-1 Et en effet elle établit la paix des familles & Tons Poli- dçS Royaumes : elle plie les hommes al obeii- ciqucs. pânce ^ jes rencj pjus fournis à leurs parents & aux Magiftrats: elle conferve les mœurs Ot les Loix. Ces peuDles-là ne comprennent pas vu. £a crainte des pa- Mais fi l’erreur peut-être utile , quelle autre peut l'étre autant que cette crainte des enfants Du 'Royaume de S tant. 433 des morts, où ils croyent que lame eft reçue aufortirdecettevie, & où elle eft bien ou mal accueillie des âmes de Tes Ancêtres, félon fes vertus, ou lès vices. C’eft pour cette confideration , que les Rois vin. légitimés de la Chine fefont toujours abftenus c^e de rien innover au gouvernement. Il n’y a que fait la fu- ies Ufurpateurs qui l’ayent ofé faire, non feu- LoUdtu lement par le Droit que donne la force , mais chine, parce que notant pas ifi'ûs des Rois leurs Pre- decefleurs, ils n’ont crû devoir aucun refpedfc à leurs établiflêments. Néanmoins comme toutes les erreurs ont 1 X. de mauvais cotez , Confucius interrogé par Elle a quelqu un de les Duciples , 11 les morts avoient les încon- quelque fèntiment des devoirs, que leurs en- v qu’il reçoit prelque fans exa- men les opinions de celuy , qui l’avifiblement convaincu de Tes premières erreurs. Perfuadez bien à un malade que le remede dont il ufe, n’eft pas bon, il prendra incontinent le vôtre. Mais ceft à mon i'ens l’un des plusimpor- xii. tants articles de la conduite des Millionnaires, de s accommoder tout à fait à la fimplicité des fionnai"i« Mœurs des Orientaux, dansla nourriture, dans djoivcnt les meubles , dans le logement , & dans tout ce mode?" que prefcrivent les Réglés des Talapoins, oùaux elles n’ont rien de contraire au Chriftianifme. j-gg exemple du P. de Nobilibus Jefuïte eft ce- desOiien- lebre. Etant en Million au Royaume de Ma- tai]1-x^”ic£ duré dans les Indes , il fe refolut à vivre en Jo-????"*' gue , c’eft à dire en Bramine des Forefts , à al- P0’"1. la 1er nuds pies & nue telle , & le corps prefque RdlS‘°n' nû , dans les fables brûlants de ce Païs-là , 8c à fc nourrir avec cet excès de frugalité , qui pa- roit intolérable : 8c l’on dit qu?il convertit par ce moyen prés de quarante - mille petlbnnes. Or comme cette imitation exaéte de la rigidité Indienne eft le vray moyen de faire des conver- sons, auffi plus on s’en éloignerolt, plus on s’attireroit le mépris & la haine des Indiens. Il faut apprendre en ces Païs-là, à fe palier de iout ce dont ils fe paflent , 8c n’y pas porter les T 1 be- 45 6 Du Royaume de Siam. befoins , ou plutôt les fuperfluitezde ces Pals- cy, fi Ton ne veut donner de lajaloufie&de l’envie à des Nations , dont les Particuliers ca- chent leur fortune , parce qu’ils ne (àuroient la conferver qu’en la cachant. Moins les Mit fionnaires paroiiïent établis, plus la Million s’affermit , & mieux elle perfuade la Religion. Comme l’Orient n’eft pas un Pais d etabliffè- ments pour les perfonnes privées : on auroic tort de fongcr à s’y en faire: les Naturels du Païs ne joüiflent eux-mêmes d’aucune fortune folide ; & ils ne manqueroient pas de faire des querelles à ceux , qui paroîtroienc plus riches qu’eux, pour les dépouiller de leurs richeflès. D’ailleurs les Orientaux ne fèmblent avoir de l’éloignement pour aucune Religion , que j'ay promifes. Fin du premier Tome , TA. T A B L E Des Cartes Géographiques , Plans, & Figu- res de ce premier Volume. *\/T Aifon de bambou faite exprès pour les i-VJ. Envoyez, du Roy , elle fert de Vignet- te* page r Carte du Royaume de Siam. y Carte du Cours du^SMenam depuis la ville de Siam jufyua la Mer.. c Plan de Bancob. g Plan de la ville de Siam. 14 L'Arbre de Bambou & l’Arvore de Raïz.. 3 2 La Charrue des Siamois , & le bafin d’or oie l'on port oit la lettre du Roy. y0 L'Arékier arbre. Mandarin Siamois. Autre. Femme Siamoife. Appartement du Roy mois. Un Temple de Siam. Le Plan du Temple 69 •75 ibid.. <5 matjon d'un Sia- 95 . 9* ibid- Palais de Bambou pour le Roy de Siam dans les Forêts. IOO Balon de Mandarin. 123 Les Pagayeurs. 124 Autres Balons. 1Zy Une Chançon Siamoife. zoj Inftruments d‘ 'accompagnement pour la Mst- faut* 20g Mon- TABLE DES CARTES, &c.' Vue du fond du Salon de l'Audience de Siam. Avertijfement necejptirc. D Epais que cette Relation eft faite, nous* avons appris la mort du Roy de Siam dont elle parle , & qu Oc-Prà Pipitcharatcha luy a fticcedé. On verra dans cét Ouvrage que cêtoit à Siam le bruit public , pendant que jy ctois , qu’Oc-Prâ Pipitcharatcha, ou (oiv Fils Oc-Loiiang Souraçac parviendraient à la- Couronne , s’ils furvivoient l’un ou Pautre àuRoy , qui regnoit alors : & j’en rendis con- te à feu M.le Marquis deSeignelay à mon re- touf? dans un Mémoire qu'il defîraque je luy donnafïè. APonnoyes de Siam. Coup an Monnoye du Rapport. 220 222 Plan de ce Salon. Convent de Talapoins. Statues de Sommona- Codom . 33° 3 3 1 34* CQ U Tom.î. pag. jj-i EXPLICATION Du plan du Salon de l’Audience de Siam. A Trois marches que l’on mit fous la feneftre , où etoit le Roy de Siam, pour m’élever à hauteur de luy donner la lettre du Roy de la main à la main. Trois Para-fol. Deux efcaliers pour monter à Pendroit, où étoit le Roy de Siam. D Deux tables couvertes de leurs tapis, fur lefquel- les étoient étalés les prefens du Roy , qui y pou- voient tenir. E Le fils de Monfieur Ceberet debout, tenant la lettre du Roy dans un*bafiin d’or de filigrane à triple étage, dont la figure eft à la page yo. E Deux placets quarrez Sc bas, couverts chacun d ’un petit tapis, pour afieoir les Envoyez duRoy . Monfieur de Chaumont enavoit eu un pareil. G Monfieur l’Evéque de Metellopolis Vicaire A- pofiolique afiis les jambes croifées. H Monfieur Confiance profterné à ma droite,^ en arriéré pour me fervir'd’interprete. I Le Pere Tachart afiis les jambes croifees. K Cinquante Mandarins profternés. L Les Gentils-hommes François afiis les jambes croifées. M Petit efcalier de briques pour monter aufalon de l’audience. N Le mur où tient cet efcalier. 7. oY'fV à'cv 7 .* • ^ ; ’v U- ' r & * *-• 4 V V" * : g* .. /tii ’ '{ i . !'• > . : . . ’ : T # * ' * • % i.:‘ ri n ^ y : : D U ROYAUME DE SI AM, PAR MON $R. DE LA LOUBERE, Envoyé extraordinaire du Roy au- près du Roy de. Siam en 1687. & 1688. TOME SECOND. Contenant plufieurs Pièces détachées. Sui vant U Copie imprimée à Paris • A AMSTERD A M, Chez Abraham Wolfgang, prés de la J3outfe , I6yi, TJ (T ~ -■ T- *v- ~~ r? j: i t ,r ■' ' ' > ' : a •: ■?:: J o.i : r î i ... VJ o : :: ?. : ' • ' T 1 . .Ï V. • v: • ' J-V a . - t J -: i i. yi; -* 3 •' ..... ...... - ' •• AU LECTEUR. SE n’ay prefque d’autre part à ce Volume, que d’en avoir ailemblé les Pièces. Quel- ques-unes font des Tradu- ctions , qui ne font pas de ma façon : en quelques autres je n’ay prefque fait que tenir la plume , quand on m’en a diélé la fubftance. S’il y en a qui paroiflènt trop étrangères aune Relation de Siam , elle ne le font pas tant à mon Voyage, dont on m’au- roit peut-être pardonné l’Hiftoire, fi j'eulîe entrepris de la faire : & encore moins à la connoiilance generale, que j’ay tâché de donner de tout TOrient , pour faire mieux connoître par là le génie des Siamois. En tout cas je demande grâce pour deux ou trois Pièces au plus , qui ne déplairont peut-être pas en elles-mêmes , & que j’ay données à la curiofité de quel- ques perfonnes , que j’honore. * % T A- TABLE Des Pièces contenues en ce Volume. LA Vie de Tévétat traduite du Bali. Page ï Explication du Patimouc ou du Texte du Vt- nac. 2 7 Les principales Maximes des Talapoins de Siam tra- duites du Siamois. ' Mémoire des frais de Juflice traduit du Siamois . 4) Des M*efures,des Poids ,& des Monnayes de Siam. 47 Lifte des Meubles , des Armes, & des Habits des Sia- mois, &des Parties de leurs Maifons. 5° Les Noms des Jours, des Mois, £?> des Années des Sia- mois. 59 Des Moupons & des Marées du Golphe de Siam • ^4 Defcription des principaux fruits de Siam. ^7 De la Langue Siamoife, & de la Balie. . n . 73' Infiniment a Turner, dont les Mores , qui ont a Siam > fe fervent. . 95 Jeu des Echecs des Chinois. < 97 De ly Infiniment a conter des Chinois • * 02 Du Cap de Bonne- Efperance. 1 04 Régies de l'Aftronomie Siamoife pour calculer les Mouvements du Soleil fade la Lune , traduites du Siamois , & depuis examinées & expliquées par Monfieur Caf/îni, &c. 11fl Réflexions fur les Régies Indiennes. x5° Le Problème des quarrès Magiques félon les in- diens. v , , 7, 2 Du foin des Mœurs chez, les Chinois , &del anct ^ netè de leur Hiftoire. Réflexions fur la Chronologie Chinoife par Caffini » ^ - Irj De la Taprobane parle meme Monfleur CaJJ * 3 t A Pag. l LA VIE D E T E y E T A T, 'ï raduitte du Bail. Prés lanaiflance de Pouti Sat*, *c’eftun qui par fes bonnes œuvres dans des noms la fuitte des temps parvint au mon?-' Nireupan , Ton père le Roy T a- codom oufoutouc confulta les devins ’ ? pour favoir ce qu’il deviendrait, & la fortune veut dire qu’aurait un fils , à la naiflànce duquel il avoit paru tant de merveilles. Tous l’aflurércnt qu’il comme avoit grand fujet de fe réjouir, puisque fifon ™f°tt fils demeurait dans le monde , il ferait Empe- mois! Sc reur de toute la terre , ou que s’il fe faifoit Ta- ai.nfî on . lapoin en abandonnant les plaifirs du fiécle , il satf parviendroic au Nireupan. Il faut favoir que Vo^} cet Empereur avoit fept fortes dechofes, qui luy Soient tellement particulières , qu'il ny Pouti cft avoit que lui qui les eût. La première eftoit Eali* uncboulle deverre, dont il fc fetvoit pour fe défaire de fes Ennemis , en la jetant contre ceux , qu’il vouloir faire mourir ; laquelle étant lâchée alloit couper le col à l’ennemy , puis retournoit d’elle-mdme. La fécondé ce- toient des eléphans & des chevaux d’une bon- té & beauté extraordinaires, quivoloient avec Tom.II. A ‘ la i Du Royaume de Siam . la mefine facilité > qu ils marchoient. La troi- fiéme eftoit une pièce de verre , par le moyen de laquelle il pouvoir avoir tant d'or & dtar- gent qu'il vouloir : car pour cela iliïavoitquà la jeter en l’air, &de la hauteur quelle alioir, il croilloit une colomne d’or ou dtargent. La quatrième eftoit une Dame > venue du côte du Nord , d une beauté merveilleufe , qui avoit une marmite de verre foutenué par trois co- lomnes de mefine : puis quand elle vouloir fai- re cuire du ris, elle n avoit quà y mettre tant foit peu de ris , & le feu s’allumoit de luy-mei- me , & s’éteignoit auffi de lui-mefme lors que le ris eftoit cuit : le ris fe multiplioit tellement en cuifant , qu elle en pouvoir nourrir juiqu a 500. hommes & davantage. La cinquième eftoit un homme , qui avoit foin de ta mailon, & qui avoit des yeux fi penetrans , qu il yoyoit l’or, 1 argent, & les pierreries dans le feinde la terre. La fixiéme eftoit un grand Mandarin dune force & dun e valeur extraordinaires. La derniere eftoit qu il avoit mille en fans e a Reyne feule, qui à la vérité ifêtoient pas tous fortis de (on ventre. Un feul en eftoit orti , & les autres s’eftoient engendres ce eau , <- fàng, & de tout ce qui fort àl accouc îemcj ^ Chacun de cesenfans en particulier e _ ai venu grand, eftoit capable de terra £ * A a vaincre tous les ennemis, que leur pe _c avoir. Or il y eut un des devins, qui P gi$ le père à part , lui dit qu’aflurement Du Royaume de Siam. < abandonnerait le fiécle , quitterait la Royau- té, & fe confacreroit à la penitence en fefai- Ctnt T alapoin pour pouvoir par Tes bonnes œu- vres arriver au Nireupan. Ses parents au nombre de dix-mille, ayant appris par la réponlè des devins , que le domai- ne univerfel de tout ce monde , ou le Nireu- pan eftoient allurés à ce jeune Prince, refolû- rent cntr’eux de lui donner , quand il ferait un peu avancé en âge , chacun un de leurs fils, pour cllire à l'a fuitte: & ils le firent ainfi. Quand donc ce Prince , après la penitence de quel- ques fept années qu’il fit dans les bois , fut de- venu digne du Nireupan, quantitéde cesjeu- nes gens dont nous venons de parler qui étoient a la fuitte, le firent Talapoi ns avec lui: mais parmi cette grande troupe il y en eut fix , qui quoiqu’ils fulïènt fes parents, & à fa fuitte ne Voulurent pourtant point le liiivre. Nous en rapporterons les noms , à caufe que dans la fuitte nous ne parlerons plus que d’eux. Le premier s appelle Pattia , le fécond Anourout, le troifiéme Aanon , le quatrième Packou , le cinquième Quimila , le fixiéme * Tévetat: 8c c’eft de ce dernier que nous écrivons l’Hiftoi- re. Un jour les pères de ces fix jeunes Princes s’eftant par hazard rencontrez enfemble, après avoir parlé long- temps de plufieurschofès in- différentes, l’un d’eux fit faire reflexion aux autres qu’aucun de leurs fils n’avoit fuivy le Prince pour fe fùre Talapoin: &ils difoient A z cn- * Les Sia- mois di- fcnc que Tévetat ctoit frère de Som- mona- Codom, par cette Hiftoirc il n’eftque ;fon pa- rent. 4 Vu Royaume de Siam . cntrenx : cft - ce que , parce qu aucun de nos enfans n a voulu le faire Talapoin, nous cef- ferons pour cela d’eftre fes parents? Voilà pourquoy le père d’ Anourout i un de ces fix jeunes Princes > qui fut le fuccefleur du Roy Tâoufoutout , dit à fon fils que quoy qu’il fût de fang Royal; cependant li Sommona-Co- dom vouloit le recevoir a fà compagnie pour Talapoin , qui! ne l’en empêcheroit pas 5 en- • core que des gens de fa condition ne niiviflent pas cet exemple. Anourout Prince accouftumé à fes plaifirs & à avoir tout ce qu’il fouhaittoit , ne conv prenoit pas ce que vouloit dire cette parole de refus, non. Un jour que ces fix jeunes Prin- ces (e divertilfoient au jeu de boulle,&r jouoient des confitures pour la collation > Anourout ayant perdu , envoya un homme a fa mè- re la prier de luy envoyer des confitures, ce qu’elle fit : puis les ayant mangées , ils jouèrent une fécondé collation , puis une troifiéme, &une quatrième; & fa mère luy envoya des confitures , jufqu’à ce quelles tarent ache- vées: mais comme Anourout en vou ut en voyer encore chercher , fa mere a.ors it a fcrvitcur: non, il ri y en a plu*. Ce qui ay.m efté rapporté au fils , & le fils ne &aprés quelques difeours il luy dit , qu'étant déjà dans un âge fort avancé , il neftoit pas jufte qua l'avenir il prit tant de peine, mais qu’il devoit fonger à paffer le relie de fes jours doucement & à fonaife. Jefuis,ajoûta-t- il5 prêt à vous ayder en tout ce que je pour- ray , & comme le foin de tant de Religieux vous accable, vous pourrez à 1 avenir vous en décharger fur moy. Ceft le langage, que luy mettoit à la bouche ledefir extrême de fè voir au deftus de tous. Sommona- Codom qui le connoiffoit, refufa & méprifà la demanderont Tévetat fût fi outré qu'il ne fongea plus qu’aux moyens de s'en venger. Il s'en retourna à la ville deRachacreu chercher Achatafatrou fon difciple, & luy perfuada de fe défaire de fbn père pour monter plutôt fur le Thrône , & pour luy donner enfuite les moyens de faire mourir Sommona-Codom , &de fè mettre a fà place. Achatafatrou fit donc mettre fonpe- re dans une baffe fofïè chargé de fers, &s'em- T>u Royaume de Siam. ly para du Thrône. Tévetat luy en témoigna fa joye, & le pria de le fouvenir de la pro- mcllè qu’il luy avoit faite. Le nouveau Roy luy donna tout aufli-toft 500. hommes armez de flèches, pour aller tuer Sommona-Codom. Ils le trouvèrent qui fepromenoit au pié d’une montagne ; & fa feule veuëleur imprima tant de crainte Si de refpeét , quil n’y en eut au- cun, qui ofât jamais lâcher une flèche: ils de- meurèrent tous immobiles , chacun avec l’arc bandé. Sommona-Codom les pria de luy dire l’auteur de leur attentat ; & quand ils le luy eurent dit, il leur fit une prédication , à la fin de laquelle ils parvinrent julqu’au premier de- gré de perfection , & s’en retournèrent chez eux. Aulli-tofi: que Tévetat vit qu’ils avoient manqué leur coup, il s’en alla luy-même fur la montagne, &fe mit à rouller des pierres en bas , à deflèin de tuer Sommona-Godom : & quand il crut en avoir afïèz roullé pour le tuer, il delcendit de là , Si l’appella deux ou trois fois par Ion nom. Sommona-Codom qui avoit monté la montagne par un côté, lorsque Tévetat delcendoit par l’autre, refpondit qu’il eftoit en haut : aulli-toft Tévetat remonta, Si en même temps Sommona - Godom , qui le làvoit làns le voir delcendit fans eftre vû. Té- vetat remonta encore inutilement , & il en mouroit de rage. Cependant Sommona-Co- dom lè voyant ainfi perlècuté , le difoit à luy- meme , quelle faute ay-je fait , quel crime, A 7 quel * Som- mona- Codom péchc, & en eft puni me- me en Enfer. 1 4 25# Royaume de Siam. quel péché? Prefèntement que je fuis an com-* ble de la perfection, que j ay fait une fi grande pénitence , que j ay tant prêché & enfeigné une fi fainte Doétrine , on ne celle pourtant de me pourfuivre pour me faire mourir. Et en s examinant ainfi il fe fbuvint , qu’un jour eftant yvre , * il avoit atteint un Talapoin d une petite pierre quil luy avoit jettée , & qui luy avoit fait fortir un peu de fàng & il connut . tLl il en devoit eftre puni dans cinq cent gé- nérations de fuite , qui! l’avoit efté déjà dans 4^5). &queceftoir icy lacinqcentiéme: outre quoy il avoit efté long-temps en Enfer- C eft pourquoy fâchant d’ailleurs que s’il ne permettoit à Tévetat de luy faire quelque mal > il te feroit mourir de rage , & aller en Enfer apres (a mort, il voulut bien qu’un petit éclat dun caillou que luy jeta Tévetat , & qui fe brila contre un autre , vint le blefTer au pié jufqu’à luy tirer un peu de fang. Ce fut même luy qui tendit fon pié pour recevoir le coup» &par là il modéra la colere de Tévetat, qui oublia pour quelque temps la refolution de le tuer. Un jour comme Sommona-Codom s en alloit demander l’aumône à la ville de Racha- creu, Tévetat en eftant averti fit que le Roy luy envoya au devant fès plus méchants élé- phants , pour luy faire du mal s’il ne fe reti- roit pas. Sommona- Codom ne laifîà pas de continuer fon chemin avec fèsTalapoins ; & comme Dpi Royaume de Siam . r j comme ils furent prés des elephans , Aanon le mit au devant de ion maître , pour le garentir de la fureur des elephans en s'y expofant, mais ils ne firent mal à perfonne. Au forcir de la ville Sommona-Codom fe retira dans une Pagode, où le peuple en foulle luy apportoit à manger. Il mangea, & prêcha enfuite à tonte cette multitude , qui eftoit for- tie au nombre de dix millions de perfonnes, pour le venir entendre : & il s en convertit quatre-vingt-quatre-mille , dont les uns allè- rent j u (qu'au premier degré , les autres juf* ques au (ècond , les autres juiqu'au troifiéme > Vautres juiqu'au quatrième degré de la per- feèbion. Plufieurs s'étendirent fur les loüan- ges d* Aanon , ce quil aimoit aiTez ion maî- tre , pour avoir expofé (a vie pour luy. Sur- quoy Sommona-Codom leur dit que ce n'é- toit pas la la première fois qu> Aanon l'avoit fait. Une autrefois leur dit-il , que f étois Roy des Ong (c'eft une efpéce d oyfeaux) Aanon étant Ong auili &mon cadet, il me iàuva la vie en expofant lafienne à ma place. Quand le Roy Achatafurou eut entendu ainfi loiier Aanon d avoir expofé fa vie pour ion maître , il retira les 5 00. hommes , qu'il avoir donnez àTévetat : & ainfi Tévetat fe vit abandonné de tout le monde. Il avoit beau demander, perfonne ne luy donnoit , non pas meme pour vivre : réduit à l'extremité de chercher luy- tneme & vie , il retourna auprès de Som- mona- itf Du Royaume de Siam. mona - Codom , & luy fie cinq propofitions qu’il le pria de luy accorder. La première, que s’il y avoit des Talapoins qui voulurent sob- liger à vivre dans les bois & loin du monde le refte de leurs jours , il le leur permit. La féconde que ceux qui voudroient s'engager à. ne vivre que d’aumônes , puflènt s’y foumet- tre. La troifiéme qu’il lailfàt la liberté des’ha- biller pauvrement à ceux qui le defireroient toûjours faire, &quis’obligeroient à fe con- tenter toujours de vieilles pagnes rapetallées & folles. La quatrième qu’il permît à ceux qui le voudroient , de renoncer pour toute leur vie, à avoir d’autre Convent ou d’autre logis y que le defïous d’un arbre ; & enfin que ceux qui ne voudroient jamais manger ny viande ny poiilbn, puflènt s’en ôter la liberté. Sommona- Codom luy répondit qu’il falloir laiflèr à cha- cun fa volonté, & n obliger perfonne à plus* qu'on ne voudroit , ou même quon ne pour- toit. Tévetat fe leva après la réponfe de Som- mona-Codom , & dit tout haut à tous les T a- lapoins qui eftoient prefénts : que tous ceux* qui voudront eftre bien-heureux me fuivent : &auffi-tôt une troupe d’ignorans au nombre de cinq-cent, deçûs par la belle apparence de fés faufles intentions , fé refolurent de le fui- vre , & de garder exa&ement les 5 • chofcs qu’il venoit de propofér. Ils avoient des dé- vots qui les nourriflbient, & qui pourvoyoienc à tous leurs, befoins : quoy qu'ils Cùilènt que Bu Royaume de Siam. \ y Tevetat avoit, pour ainfi dire, mis la guerre entre lesTalapoins en fe féparant de fon maî- tre. Quand Sommona-Codom vit qu’il pre- noic une fi méchante conduite, il tâcha de le ramener , par diverfes prédications qu’il luy fit , pour luy faire voir qu’il n’y avoit pas de plus grand crime que celuy-là. Tévetat l’écouta allez paifiblement , mais fans en faire aucun profit: car il quitta brulquement Sommona- Codom. Il rencontra en chemin Aanon qui demandoit l’aumône de porte en porte dans la ville de Rachacreu, ôc luy dit qu’il venoit de quitter Ion Maître , pour vivre à l’avenir à fà fantaifie. Aanon le dit à Sommona-Codom, qui répondit qu’il le làvoit bien, qu’il voyoit que Tévetat eftoit un malheureux, qui iroit en Enfer. Voilà juftemenc, ajouta-t-il , com- ment font les pécheurs : ils commettent de grands crimes , Ôc ils appellent cela faire du bien &C ce qui eft bien ils l’appellent mal. Les hommes vertueux font le bien làns peine, au lieu que c eft: un fupplice pour les méchants ; & tout au contraire le mal déplaît aux bons , & les méchants s’en font un plaifir. Sachant donc le lieu ôc l’endroit, où Tévetat s’eftoit retire avec lès joo. dilciples , il y envoya Moglâ ôc Saribout pour les luy enlever. Ils trouvèrent Tévetat prêchant, &lors qu’il les vit , il crut qu’ils avoient comme luy quitté leur Maîcre. C’eft pourquoy après Ion Ser- mon> il leur dit : je fay. que quand vous étiez avec i S Du Royaume de Siam. avec Sommona-Codom vous étiez fes deux favoris , & qu’il vous faifoic affeoir i un à la droite & l’autre à fa gauche, je vous prie d’ac- cepter la même chofe auprès de moy. Pour ne le point fâcher, & pour mieux couvrir leur delTein , ils luy dirent qu’ils le vouloient bien , & suffirent en effet à les cotez. Alors il les pria de prêcher à là place pendant qu’il iroit repoier. Saribout prêcha, & après Ion Ser- mon tous ces 500. Talapoins arrivèrent juf- qu a la perfection d’Ange , s’élevèrent en l’air , & difparûrent. Conkali dilciple de Tévctat courut l’éveiller & luy conter tout ce qui s’eftoit paflë. Je vous avois bien dit de 11e pas vous fier à eux, luy dit-il : puis il commença à fe fâcher , ôc à tel point, qu’il battit Conkali jufquà luy faire lortir le fang par la bouche. D’autre part quand les Talapoins, qui eftoient avec Som- mona-Codom , virent revenir Moglâ & Sari- bout avec leur compagnie , ils allèrent aulli- tôt avertir leur Maître , & luy témoigner l’é- tonnement où ils eftoient de voir revenir Moglâ & Saribout li bien accompagnez, après les avoir vu partir feuls. Moglâ & Saribout vinrent aullï faluér leur Maître , & les Tala- poins nouveaux- venus dirent à Sommona-* Codom, queTévetat l’imitoit en toutes cho- fes. Vous vous trompez fort de croire leur dit-il , qu’il fafle ce que je fais : à la vérité au- trefois il m’a contrefait , mais prefentement il en ufc de meme. Pour lors Tes difciples luy dirent : Du Royaume de Siam. jp dirent : nous làvons nôtre cher Maître que Tévetat vous contrefait prefentement , mais qu’il vous ait contrefait par le paflfé nous n’en lavons rien , c’eft pourqnoy nous vous prions de nous l’expliquer. Il prit donc la parole , & leur dit : vous làurez qu’autrefois eftant oy- feau, mais un oyfeau qui cherchoit là vie tan- tôt hir les eaux, tantôt fur la terre, Tévetat en ce même temps eftoit oyfeau de terre, & a grands piés. Il voulut à mon exemple pren- dre du poiflôn , mais il s’embarraila le col dans des herbes , làns jamais pouvoir en lor- tjr > & il y mourut. Il me fouvient aulli que j êtois une fois un de ces petits oylèaux rou- ges, qui mangent les vers des arbres, Téve- tat eftoit un oyfeau d’une autre elpéce, & il affeéfcoit de le nourrir comme moy. Je cher- chois les vers dans les arbres , qui ont le cœur enfermé au milieu du tronc, «Se je cherchois ces arbres dans une grande & fpacieufe forêt, luy cherchoit les vers dans des arbres fans cœur , mais qui ont une apparence de cœur ; & là tete fe brilà par punition. Une autrefois j etois né Rachafi , & luy eftoit né chien Sau- vage. Or les Rachafi ne vivent que des ele- phans , qu’ils tuent dans les forêts : & le chien des bois voulut faire comme moy , mais il luy en prit mal : car les elephans le foulèrent aux piés & 1 ecraferent. Quelqu’autre jour Sommona-Codom prê- chant à les dilciples leur parla de Tcvetat , Sc leur ao Du Royaume de Siam. leur dir. Une foisj’êtois un de ces grands ov- feaux terreftres à grands piés, & luy eftoit Ra- chafi. En mangeant de la viande il voulut avaller un os , qui luy eftant demeuré au gozier 1 etrangloit. J’eus compaffion de luy , je luy tiray l’os de la gorge à la priere qu’il m’en fie , en avouant que quelque force qu’il eût, il ne pou- voit pourtant le fecourir. J’entray donc dans là grande gueule , qu’il ouvrit, & luy ôtay cet os avec mon bec: & comme il m’a voit promis re- compenle > je luy demandai feulement quel- que choie à manger, mais il me relpondit que m’ayant laifle entrer dans là gueule, & en lôr- tir làin & làuf, c eftoit la plus grande grâce qu’il pouvoit me faire. J etois une autrefois un cerf, &Tévetatun chalïèur. Etant allé un jour à la chalïe il monta iiir un arbre , qui porte de pe- tits fruits que mangent les cerfs , &s y fit com- me une petite mailon , pour le tenir à l’affu , & caché en attendant fa proye: & comme le cerf «'«no Un * ^ arr*v'c fort prés de l’arbre, Té- deSjom-S vetat luy jeta des fruits pour le faire approcher moiia- davantage : mais le cerf Poutilàt voyant ces Codom. frujrs tomber de côté & d’autre , Ce douta de l’affaire , & remarqua le chalïèur fur l’arbre , auquel il dit de ne plus l’attendre, qu’il n’iroit pas le chercher plus prés. C’eft ainfi queTé- vetat déliré beaucoup. Une autrefois Téve- tat eftoit pefeheur : ayant un jour jeté là ligne,, ihameçon le prit à un arbre tombé dans l’eau : luy croyoit que l’hameçon tint à un gros poif- Du Royaume de Siam. 1 1 ion 5 & fongeant déjà quil en devroit faire part à fes amis , il en fut fâché , parce que ces prelens luy en ofteroient la meilleure partie. Pour prévenir cet inconvénient il envoya fon fils qu’il avoit avec luy, porter à fia femme la nouvelle de la prife quil croyoit tenir , & ordre de s’en aller fur le champ faire querelle à tous fes voifins. Elle prit donc fon petit chien , 6c sen alla fur l’heure chez le plus proche , monta chez luy , 6c commença à luy chanter poiiille & à là femme : de là elle s en alla chez un autre , 6c enfin chez tous. Tévetat eftoic cependant après fà ligne quil ne pouvoit retirer, de forte que pour l’avoir il fe dépouilla , mit fes habits fur le bord de 1 eau , (e jeta dans l’eau, ôc donna contre l’ar- bre un fi malheureux coup , qtfiil fe creva les deux yeux. Les paflants luy dérobèrent fos habits : 6c la querelle de fa femme avec fos voi- fins luy coûta tout le peu d’argent qu’il avoit, par un procez qu’ils luy firent pour cette injure. Après cela Sommona-Codom fortit de la ville de Rachacreu pour aller à Savati : il y fût ma- lade dans itn convent où il fe logea : 6c en mê- me temps Tévetat fût aufli malade d’une ma- ladie, qui le tint neuf mois. Il avoir une ex- trême TpafIioa de revoir Sommona-Codom fon Maître , 6c il le témoigna à fos difciples , les Pdant de luy faire la grâce de le porter vers LT*r^S ^ demandèrent comment il y ofoit PCil cr ? 6c quel bien 6c quel focours il oloit at- tendre 2 z JDu Royaume de Siam* tendre de luy, & après lavoir tant perfecuté. Ileftvray, leur dit-il 3 que pour le bien qu’il m a fait, je ne luy ay fait que du mal : mais n’importe portez moy à luy , cela me fuffit. Ils luy obéirent, &l’ayant mis fur une claye, ils fe mirent en chemin pour aller chercher Sommona-Codom. Comme ils approchoienr, les difciples de Sommona-Codom coururent avertir leur Maître , queTévetat malade ve- noit pour le voir. Je le fay , leur refpondit-il, je (ay quil vient, mais il ne me verra pas. De- puis que vous luy refufâtes , répliquèrent les difciples, la grâce quil vint vous demander, touchant les cinq articles qu’il defîroit obfër- ver , nous ne l’avons vû icy. A ces mots Som- mona-Codom leur dit : Tévetat eft un mife- rable, qui a toujours fuivi (on caprice , &ne s'eft jamais (oucié de garder la Réglé , que j'ay tant pris de peine à luy enfeigner* c’eftpour- quoy , quoy qu'il vienne exprès pour me voir, & quelque bonne envie qu'il en ait, il ne me verra pourtant pas ; parce qu’il a voulu s’op- pofer à moy , & mettre la divifion entre mes difciples. Comme Tévetat fut à une lieue du lieu, où eftoit Sommona-Codom, tous fès difciples l’en allèrent avertir derechef ; & il leur dit encore : je le fay bien, mais pourtant Tévetat ne me verra pas. Quand Tévetat fut à une demie lieue de la Ville , les difciples re- vinrent le dire à Sommona-Codom : il eft vray, leur dit - il, cependant il ne me verra Dfi Royaume de Siam, 2 j pas. Quand T évetac fut arrivé à l'étang , quils nomment Bukoreni , prés du lieu où eftoit Sommona - Codom , les Talapoins allèrent encore dire à Sommona- Codom qu'il eftoit tout prés , à quoy il refpondit : quelque prés qu'il foit, néanmoins il ne me verra pas. Té- vetat eftant donc arrivé à cet étang , (es difei- ples le mirent à terre fur le bord de l'eau : & comme il voulut commencer de marcher , fes pies s'enfoncèrent , & entrèrent dans la terre, & peu à peu il y entra jufqu'au col , puis juf- qu'au menton. Se voyant en cet eftat il com- mença à fè recommander à Sommona-Co- dom , & à s'offrir à luy , confeflfant quil eftoit très - parfait , très -grand : qu'il ramenoit les perfonnes égarées au bon chemin , comme fait un palefrenier qui a foin de battre fes chevaux pour les corriger quand ils font méchants: qu'il connoiftoit tk favoit tout : qu’il eftoit plein de mérites. Il s’humilia , reconnut la faute qu'il avoit faite, &en demanda pardon. Sommona -Codom cependant penfant à ce malheureux , fe diloit à luy* même : pourquoy l’as-tu reçu chez toy ? pourquoy luy as-tu donne 1 habit ? ne valloit-il pas mieux le lailler de- meurer dans le monde ? mais non, reprit-il, car s'il y fût demeuré , il n auroit fait que trans- greftèr les cinq commandements , & pécher. auroit ôté la vie à une infinité d’animaux : °n void Jlfe feroit faifi du bien d’autruy, partout où^dio” il en auroit pû attraper : il le feroit laiiîë aller à quels font toute 24 -P« Royaume de Siam. les cinq toute {orte d’impureté : il auroit efté menteur demems" ^ impoflcur : on l’auroit veu toujours yvre des sia- comme une bête : & enfin il n’auroit fait au- *no«. cun bien , & n’auroit jamais fongé à l’avenir. Voilà pourquoyje l’ay reçu. Après celaSom- mona-Codom prophetifa qu’aprés cent mille * reut- * Kan Tévetat feroit Dieu & fê nommeroit iVl'i; ,aU£ Attifàripethiequepout. Cependant Tévetat fuc dire dix .en^vefy dans la terre, &julquaux enfers , où ramions, ^ns pouvoir fè remuer , faute d’avoir pour dire aimé Sommona-Codom, Son corps cfthauc fions”1" d’un Jod , c’eft à dire de huit mille brafl'es : il d’années: eft dans l’enfer Avethi grand de 6 5 o. lieiies : cn^’au- ^ a ^ur ^tece comme une grande marmite de très en- fer toute rouge de feu, & qui luy vient juf Indes Lee ^ues ^ur ^es épaules : il à lès piés enfoncez dans fe prend la terre jufqu’à la cheville , ôc tout enflamez. pourcent Deplusune grande broche deferquipafïèdu liées, an" couchant au levant , luy entre parles épaulés quovque & luy fort par la poitrine ; une autre le perce iïm-~ Par ^es cotez, qui fort du Midy & s en va au plement Nord , & travetfo tout l’enfer ; & une autre le?lOnl luy entre Par k tete & le perce jufqu’au pié. void par Or routes ccs broches tiennent des deux bouts, droit11' ^ ^)nc ^en enfoncées dans la terre. Il eft com- debout fans pouvoir Ce coucher , ny fe remuer, ment ils Les difciples de Sommona-Codom parloient dent que entre -eux du pauvre Tcvetat , allant qu 11 des *rnè* n>avo^ P11 venft clue julqu’a l’étang Bukorent chantTfe & non jufqu’au couvent , qui en eft proche: peuvent &Sommona* Codom prenant la parole leur purifier à dit Du Royaume de S tant. dit que ce n’eftoit pas la première fois , qu'il force de eftoit arrivé un lèmblable châtiment à Téve- tranlmi' tat, d’eftre englouti & enfeveli dans les enfers, oniedd Il me louvient , pourfuivit-il , que Tévetat dans ffi gue une de fes générations eftoit chafteur , & que p»,™qui pour lors j’eftois éléphant des bois. Comme veut dire» donc un jour il eftoit à la charte , & qu’il fe entred^ns fut égaré & perdu ne lâchant où il eftoit, moy ccnomde le voyant dans une fi grande afflidion , j’eus ne d^ pitié deluy, je le mis fur mon dos, le tiray pas que hors des bois , le rendis prés de chez luy, & bau puis m’en revins. Etant retourné une autrefois ne vienne à la chafie , comme il me vit avec de fi bel- » les dents , il luy vint en penfée que s'il en avoit paye' vu' de femblables , il les vendrait fort bien, &les ,si?-. fur cela il m’en coupa les deux bouts. Ayant mangé l’argent qu’il en avoit eu , il revint m'en deux couper autant, & une troifiémefois il ache- des'iXes va de couper ce qui m’en reftoit. J’en fus ex diffcren- tremement affligé , & en témoignay tout le£sk™!s reflenument dont j eftois capable: mais il nePeuexafts porta pas loin là faute , car comme il m’eut îaif- or^kur le, la terre s’ouvrit & l’engloutit, fans luy don- graphe- ner le temps de demander pardon. A ces mots de Sommona - Codom , tout le monde le rejoint de la mort de Tévetat: &Sommona- Codomdit encore. Je me Pouvions qu’ancien- nement Tévetat eftoit né Roy de la ville de Pa- ranafi. Il avoit nom Pingqucleracha. Il tour- mentoit tellement fes fujets qu’il n’y en avoit pas un ieul qui l’aimât : au contraire tous Pau- Tm B Kfait i <> Ou Royaume de Siam. roient voulu voir mort : & f à mort arriva lors qu’il s’y attendoit le moins. On en fie des ré- joiiiflànces publiques, hormis le Portier de la ville , qui pleuroic de tout (on cœur : &côm- me on luy en demanda la raifon : ah! dit -il, je pleure , parce que ce malheureux , méchant comme il eft , tourmentera les Diables, comme il nous a tourmentez , & les Diables ne le pou- vant foufFrir -, nous le rendront , & nous ferons auffi miferables qu'auparavant. Voilà le fiijec de mes pleurs. Sommona-Codom ayant cefie de parler, les Talapoins le prièrent de leur dire oùeftoit alors Te vetat, & dans quel lieu il eftoit allé re- naître : & il leur dit qu’il eftoit allé renaître dans le grand Enfer Avethi : mais, luy dirent- ils, eft-ce qu’aprés avoir tant (bufïèrt en cet- te vie , il eft encore allé fo offrir en Enfer î oiiy, leur réponditSommona- Codom, car vous devez favoir que tous les pécheurs, quels qu’ils foient, & de quelque condition qu’ils puiflent eftre , foit Talapoins , foit laïques , après toutes les fouffrances de ce monde-cy , en auront d’autres incomparablement plus grandes & plus facheufes. Fin de la Vïe de Te'vetat. On me donna cette Vie de Té vetat au mo- ment que je p art ois pour mon retour ; & je la re-, fus fans avoir le temps d'y regarder, faq trouve Tu Royaume de Siam. xy au bout, le commencement d'un autre Ouvra- ge , fur lequel je nay pu interroger per fonne 9e donne ce que yen ay. Explication du P a t i m o îtc , ou du Texte du Vïnac. XT oicy quatre chofes, que Ion doit faire V avant que d’entrer dans l’explication du Patimouc, félon ce queSommona-Codoma enfeigné. i°. Il faut balayer la falle où l’on s’at femble. i°. Il faut allumer les lampes ouïes bougies. 3°. L’on doit préparer de l’eau dans des gargoulettes , ou dans d’autres vafes de- ftmez à cela , pour ceux , qui auront foif. 4°- L’on doit eftendre des nattes pour s’alfeoir, ou des tapis. Apres donc que les difciples ont balaye, ils le vont dire au Maître , qui leur ré- pond qu’ils ont bien fait : puis ils luy difent qu’ds ont allumé les lampes , & le Maître leur dit qu il n eftoit pas neceffaire puilque le Soleil luit , & qu’il fait grand jour. Enfuite les difci- ples luy difent qu’ils ont apporté de l’eau & eftendu îles nattes: bon, leur dit le Maître, voi- la qui eft bien. Voilà donc, difent les difciples au Maître, ces quatre chofes que Sommona- Codom a enfeignées Si ordonnées avant que de commencer la leéturc du Vinac. Oiiy ré- pond le Maître. Le Difciple. Quelles font les quatre chofes qu’il faut encore faire après celles B 2 donc 1 8 Du Royaume de Siam. dont nous venons de parler , & lefquelles Sommotta-Codom a auffi prefcrites ? nefont- cepascelles-cy, i°. Quand il arrive quelques nouveaux Talapoins apres l'explication com- mencée , s'ils font moindres en nombre que les auditeurs , ils font obligez de dire qu'ils croyent & reçoivent de tout leur cœur ce que l’on a déjà expliqué: que fi au contraire ceux qui arrivent font en plus grand nombre que les premiers ,il faut recommencer tout de nou- veau ce que l’on a déjà lu, i°. Il faut (avoir & dire dans quelle (àifon de l’année l'oneft, 3°. conter le nombre des auditeurs , 40. enfeigner. Commencez donc, s^ilvous plaît, parla pre«- miere de ces quatre chofès. Fin du Fragment. Les principales Maximes des T dapoins de Siam , traduites du Siamois . NE tuez point les hommes. Non feule- ment les Talapoins ne tuent pas , mais ils ne frappent jamais perfonne . Ne dérobez point. Ne commettez point le péché de la chair. Ne vous glorifiez pas difentque vous elles arrivé à la fainteté. Tout homme qui Talapoin , nefauroit devenir faint , c ep a dire quti nefauroit parvenir a un certain degre de mérité . Du Royaume de Siam. 29 Ne creufez point la terre. Ceft par refpe 5t pour cet elemsnt , r Ne foires mourir aucun arbre. Il leur efi de - fendu d'en couper aucune branche Ne tuez aucun animal. Ne bûvez aucune liqueur, qui enyvre. Ne mangez point de ris apres midy. Ils peu- vent manger des fruits le foir , &wafcherdv bétel tout le long du jour . Ne regardez point les chants , les danfes , ny les joueurs d’inftruments. Ne vous lèrvez point de lenteurs fur vous. Ne vous aflèyez, ny ne dormez dans un lieu auffi élevé, que celuy de vôtre Supérieur. Ne gardez ny or ny argent. Il leur efi mefi- me défendu d’en toucher ; mais ils obfervent mal cette réglé. Le métier de Talapoin- efi un metier a devenir riche , & quanâjls le font afi fez, ils quittent le cloître & Je marient. Ne vous entretenez pas de chofes*, qui ne regardent pas la Religion. de Relig^^ ^ ^ 0uvra2e 5 clu'1 ne foit ouvrage Ne donnez point de fleurs à des femmes. Ne puifez pas de l’eau en un lieu , où il s’en-' gendre des vers. Un Talapoin qui va faire fes necelïïtez, 8c qui n’a pas auparavant puifé de l’eau pour fe la- ver, pèche. Les filetez naturelles leur paroi (l lent des fautes. r J Ne faites point amitié avec les.feculiers* B 5, en j o Du Royaume de Siam. en vue* de recevoir des aumônes d eux. N'empruntez rien des feculiers. Ne prêtez point à ufure , quand ce ne feroit quun foui cory. N e gardez ny lance , ny épée , ny aucune ar- me de guerre. Ne mangez pas avec excez. Ne dormez pas beaucoup. Ne chantez point de chanfons mondaines. Ne joiiez d'aucun infiniment, & évitez tou- te forte de jeux & de divertiffements. Ne jugez point vôtre prochain, ne dites pas : celuy-cy efl bon, celuy la efi méchant. Ne brandillez pas les bras en marchant. Ils obfervent peu ce precepte . # Ne montez pas for les arbres. Cefi de peur d'en caffer quelque branche . Ne cuifoz point de tuile, ny ne brûlez le bois. Cefi par refpeftpour la terre (S pour le bois. IL efi au fi mal fait de cuire la terre que le ris , & U efi mal fait de détruire le bois. Ne clignez pas les yeux en parlant, ôc ne regardez pas de travers avec mépris. Ne travaillez pas pour de l’argent. Ils doi- vent vivre dé aumône^ non du travail de leurs mains. Ne donnez pas de médecines fortes aux femmes enceintes. De peur défaire mourir l'enfant. Ne regardes pas les femmes pour contenter vos yeux. Ne ~Dti Royaume de Siam. 3 X Ne faites aucunes incitions, qui faffent fortir du làng. Ne vendez, ny n’achetez aucune çhofe. En mangeant ne faites point tchibe tchibe , tcloiabetchiabe , comme font les chiens. C'efi le bruit defagreable que font certaines gents en * mafchant lentement C5 mollement. Les Siamois ont grand foin des décences. Ne dormez point dans un lieu expofé à la vue. Ne donnez point de médecine où il entre dupoifon. esLcaufe du péril de tuer. L’art de la Medecine ne leur efi pas défendu : ils s’en metent beaucoup. C eft pourquoi bien loin que les Siamois fe fcandalifent de voir les Mif fionnaires exercer la Médecine , c’efi par là principalement qu’ils les foujf'rent , CS qu’ils les aiment. Il faut ejue les Miffionnaires guérif- fent gratuitement le s malade s, ou par l’art de la Médecine, ou par Miracle. Un Talapom pèche , fi en marchant dans les ruës il n a pas lès lèns receüillis. Un Talapoin qui ne raie pas (à barbe , les cheveux & lès fourcils , & qui ne fait pas fes on- gles , pèche, fe ne fay fi cela a d'autre fonde- ment qu'un excès de propreté. Un T alapoin qui eftant alïïs , a fes pies éten- dus ou lui pendus , peche. La modeftie veut , a leur avis , que les jambes [oient croi fée s , CS les pies placez, prés des genoux. Après que vous avez mangé ne recueillez S 4 poiut 3 * Du Royaume de Siam. point les relies pour le lendemain. Ils les don- nent aux bêtes . N’ayez pas plufïeurs vêtemens. Le -peuple leur en donne fouvent par aumône, & ils en font part à leur famille. Un Talapoin qui aime les petits Talapoins, &lescarefle comme ficeftoient des femmes, pèche. UnTalapoin qui fait fèmblant d’eflre aufli auftere quun Talapoin des bois, & de garder la réglé plus exaèbement qu'un autre , qui fait la méditation pour eftre vu , & qui ellant feul n’obferve rien de tout cela, il pèche. Un Talapoin qui a reçu une aumône, & qui va auffi-tôt la donner à un autre, pèche. UnTalapoin qui parle aune femme en lieu fecret, pèche.' Un Talapoin qui fè mêle dans les affaires du Roy, qui ne font pas de la Religion, pèche. Un T alapoin qui cultive la terre , ou qui éle- vé des canards , des poules , des vaches, des buf- fles , des éléphants , des chevaux , des co- chons, des chiens à la façon des feculiers, pè- che. Ne pus cultiver la terre , efi un refpetl pour cet element : le refte fent purement la pau- vreté Monaftique. Un Talapoin qui en prêchant ne parle pas Bali , pèche. Cette maxime nefl pas bien rendue par le traducteur. Leur maniéré de prêcher efl de lire du Baly , où ils ne doi- vent rien changer , mais ils doivent le commen- cer Du Royaume de Siam» 53 ser en Siamois , & ne rien dire qui ne [oit dans leTSaly. Un Talapoin qui parle dune façon & penfe d une autre, pèche. Un Talapoin qui dit du mal dautruy, pé-< ehe. Un Talapoin qui eftant éveillé ne fe lève pas auffi-tôt , & fetourne dun côté & d’autre, pèche. Il faut pourtant quü foit heure de fe lever , cefi a dire quils puijfent dif cerner les veines de leurs mains . Un Talapoin qui saffied fur une mefrne natte avec une femme, pèche. Un Talapoin qui embrafïe une femme , pé« che. Un Talapoin qui fait cuire du ris, pèche. Parce que cefi faire mourir cette femence. Un T alapoin qui mange quelque chofe , qui ne luy a pas efté offert les mains jointes, pè- che. C’eft vanité , car le refpeéi veut en ce Pats-lh quon donne tout h deux mains . Les Talapoins fe croyant faints y font fort vains x l'égard des feculier s , quils croyent chargez de péchez . Ils ne falüentperfonne.non pasmefme le Roy , quand le Sancrat prêche ou parle au Roy y le Roy efi derrière un voile pour mettre d couvert la ALajefié : mais quand ce Prince ne peut éviter unTalapoin , il leptine, ($UTala- poin ne falu'é pas le Prince . Un Talapoin qui fonge en dormant qui! votd une femme, en forte que l'effet du fonge B 5 réveil* 5 4 Du Royaume de Siam. 1 éveille, pèche. Quoy que tout celafoit invo- lontaire. Un Talapoin qui delïre le bien dautruy, pèche. 1 Un Talapoin qui urine fur le feu, fur la terre, ou dans l’eau , pèche. Ce feroit éteindre lefeuy 6 corrompre cet deux autres éléments . Man- deljlo rapporte qu il efi défendu aux Banianes dunner h terre . Iln 'a pas fuie precepte entier ; &sl a cfté trompé , quand il la cru fondé fur la crainte de tuer quelque infede. Si cela et oit il feroit défendu aux Banianes de répandre au- cune liqueur , & d ailleurs ils ne croyent aucun infede dans le feu. Pythagore defendoit duri- ner contre le Soleil. Un Talapoin qui dit des injures à la terre, au vent, au feu, à l’eau, ou à quelque autre cho- ie.que ce foit, pèche. Un Talapoin qui excite lesgents à rompre enlemblc, pèche. ^ Un Talapoin qui va fur un cheval , fur un éléphant, ou enPalenquin, pèche. Il ne doit charger ny homme ny b été ny arbre. Un Talapoin qui eft habillé avec des vête- ments précieux, pèche. Un Talapoin qui fè frotte le corps contre quelque choie, pèche. Un T alapoin qui fe met des fleurs aux oreil- les, pèche. Un Talapoin qui lèfert de fouliers , qui ca- chent lès talons, pèche. Un Du Royaume de Siam. $ 5 UnTalapoin qui plante des fleurs, ou des arbres, pèche. Ils nefiiment pas permis défaire des creux en terre. Un Talapoin qui reçoit quelque choie de la main d’une femme , pèche. La femme pofe quelque part l’aumône quelle fait au Ta- lapotn , & leTalapoin la prend ou la femme l'a pofée. Un Talapoin qui n aime pas tout le monde également, pèche. Ce n’efi pas dire qu’il faille aimer autruy autant que foy -même. Un Talapoin qui mange quelque chofequi ait vie, comme par exemple des grains qui peu- vent encore porter fruit, pèche. Ils ne défendent pas de manger une chofe,quiait eu vie. Un Talapoin qui coupe ou arrache quelque çhofe, qui ait encore vie, pèche. Un T alapoin qui fait une Idole,péçhe. C’efi, di fient -ils, parce que l’Idole efi au dejfus de l homme y & qu'il y a de l’incongruité que l'I- dole fit l’ouvrage de l’homme , dautant que dans la jufiiee l’ouvrage eft au de/fous de l'ou- vrier. Le feculier donc qui fait l'Idole, pèche aujfi, mais félon eux, le péché e/l inévitable aux feculiers. Au refie les Particuliers n’ont point d Idole chez, eux, & les Siamois n’en font ny n’en- vendent , que pour mettre dans les L emples. Un Talapoin qui ne remplit pas une folfe qu'il a faite, pèche. Il pèche enfaifant lafofe, & H pèche en ne réparant pas le mal qu’il a fait. 3 6 Du Royaume de Siam. " UnTalapoinqui n ayant point de travail à faire, rctrouflè la queue de (a pagne, pèche. UnTalapoinqui mange dans de l'or ou de l'argent, pèche. UnTalapoin qui dort après avoir mangé, au lieu de faire le lervice de la Religion , pè- che. Un Talapoin qui après avoir mangé ce qu’on luy aura donné daumône , fe plaît à dire, cela eftoit bon , ou cela n'eftoit pas bon, pèche. Ces difeours [entent la fenfualité> & non la mor- tification. UnTalapoinqui fe glorifie, difint: je fuis fils d’un Mandarin , ma mère eft riche, pè- che. UnTalapoin qui porte des pagnes rouges, noires, vertes, ou blanches,péche. Ils compren - vent fous ces quatre couleurs & fous la jauney toutes les autres couleurs , hor frais les couleurs des animaux y qui ont fouventdes noms parti- culiers. Le jaune & le feuille-mort eypar exem- ple , ont un 7nefme nom , le bleu (S le verd de mefme: ils appellent le bleu petit verd. Un Talapoin qui en riant élève fi voix , pè- che. Un Talapoin qui en prêchant- change quel- que chofè au texte Baly pour plaire, pèche. Un Talapoin qui donne des charmes pour rendre invulnérable, pèche. Ils croycnt que l'on peut fe rendre invulnérable mcfme aux coups des bourreaux en execution de juftice* Un Du Royaume de Siam. ; 7 Un Talapoin qui fe vante d ’eftrc plus Payant que les autres, pèche.. Un Talapoin qui defire de l’or 011 de l'ar- gent , difant : quand je fortirai du couvent je me marierai , & je ferai de la dépenfe, pèche. Un Talapoin qui s’attrifté de perdre fes pa- rents par la mort, pèche. Il n'eft pas permis aux Creng , c cft a, dire aux Saints de pleurer les Gahat , c'efi a dire les Séculiers. Un Talapoin qui fort le foir pour aller voir d’autres que fon pere, ou là rnere, ou fes lœurs, ou fes freres, & qui fans y penfer s’amufe à eau- fèr dans le chemin , pèche. Un Talapoin qui donne des pagnes , de l’or, ou:de l’argent à d’autres qu’à fes pere & mere , freres & lœurs, pèche. Un Talapoin qui court hors du couvent, pour attraper des pagnes , ou de l’or , ou de l’ar- gent , qu’il croit que l’on a volé , pèche. Un Talapoin qui s’affied fur un tapis tiffu d’or ou d’argent , qui ne luy aura pas efté don- né, mais que luy-même aura fait faire, pèche. Un Talapoin qui s’affied làns prendre une pagne, qu’ils ont pour s’aflèoir delïùs, pèche. Cette pagne s'appelle fàntat , & fert a élever le Talapoin , c/nand il e(l afiis. Qttelcjuefois ils fi fervent pour cela d'une peau de buffle pliée en plufieurs doubles. Un Talapoin qui marchant dans les rues n’a pas boutonné un bouton qu’ils opt a leur ha- B 7 bit. 5 S Du Royaume de Siam. bit, pèche: & fi allant dans un balon il n’a pas déboutonné ce même bouton, ilpéche auffi Oeft le bouton de l'Angfa. fe ne fay pas la rai - Jon du précepte . Un Talapoin qui voyant une troupe de filles affifes, touffe, ou fait du bruit pour leur faire tourner la tête , pèche. Un Talapoin qui n’a pas la pagne de défi fous bordée , pèche : & fi celle qu’il a fur l’é- paule n’eft pas de plufieurs pièces , il pèche auffi. Un Talapoin qui ne prend pas fes vêtemens dès le grand matin , pèche. Un Talapoin qui court dans les rués, comme fi on couroit après luy , pèche. Un Talapoin qui après avoir lavé fes piés, fait du bruit avec fes piés , foit fur du bois, foit fur de la pierre , puis monte au logis d’un fécu- lier , pèche. Ce bruit efi pour faire remarquer la propreté de fes piés . Un Talapoin qui n’a pas appris de certains nombres , ou calculs , pèche. Ce font des nom- bres fuperfticieux. Le P. Martini dans fonHi- ftoire de la Chine, p. 16. nous apprend que les Chinois font auffi extrêmement fuperfti- cieux fur les nombres , & qu’ils croyent entre autres choies le nombre 9 . le plus parfait 3c le plus heureux de tous, &celuy de 10. le plus imparfait, & le plus malheureux. Par cette raifon ,1e Roy de la Chine a pour le fervice de Ion Palais 9999. harqucs &c non pas 1 0000 > &dans Du Royaume de Siam. 3 5? Si dans quelqu’une de Tes Provinces il a 9519. refervoirs, ou viviers, & non pas 1000. Il préféré le nombre heureux & bizarre, au nom- bre rond & malheureux. Quand les Chinois le làluënt c’eft par neuf profternations. UnTalapoin qui montant au logis de quel- qu’un fait du bruit avec fes pies , & marche pefàmment, pèche. En plufieurs de ces régies on découvre plufieurs chofes , où Us Siamois mettent en partie la politejfe, carilslaveulent extrême dans lesTalapoins. UnTalapoin qui lève fa pagne pour palier l’eau, pèche. Un Talapoin qui lève fa pagne en marchant dans les rues, pèche. Un Talapoin. qui juge des gents qu’il void , difant : celuy-cy a bien fait , celuy-là a mal fait , pèche. Un Talapoin qui regarde les gents fière- ment, pèche. Un Talapoin qui fe mocque de quelqu’un ,, ou qui le raille , pèche. ( Uu Talapoin qui dort (îir quelque chofe delevè, pèche. Ils n'ont point d'autre bois de lit , eyu'une claye. UnTalapoin le nettoya'nt les dents avec un certain bois ordinaire pour cela, fi le bois eft long, ou s’il les nettoyé en parlant avec d’au- tres, il pèche. Un Talapoin qui mange , & qui en même temps çaufe avec quelqu’un , pèche. Un 46 Du Royaume de Sum. UnTalapoin qui en mangeant fait tombes du ris d’un côté& d’autre, pèche. Un Talapoin qui après avoir mangé , & après avoir lavé fa bouche , cure fes dents , & puis fiflfle des levres en prelence des feculiers , pèche. Un Talapoin qui ceint (à pagne au defïous du nombril, pèche. Un Talapoin qui prend les vêtemens d’un mort ,lelquels ne font pas encore percez, pè- che. Ils prennent volontiers chez* un homme, qui vient de mourir. Un Talapoin qui menace quelqu’un de le faire lier, ou de le faire mettre à la cangue,ou de luy faire donner des coups de coude , ou qui le menace de quelque autre fupplicc , ou de parler au Roy , ou à quelque Grand contre luy , ce Talapoin qui en ufè ainfî pour le faire crain- dre, pèche. Un Talapoin qui allant quelque part que ce foit , ne penfe pas à garder les commande- ments , pèche. UnTalapoin qui fèlave le corps, & prend le courant de leau au dellùs d’un autre Tala- poin plus ancien que luy , pèche. Un Talapoin qui forge du fer, péçhe. Cela ne Je fait pas fans éteindre le feu dont le fer ejî rouge. UnTalapoin qui penfant aux choies de la Religion , doute de quelque chofe , qu’il n’en- tend pas clairement; & qui par vanité ne veut pas Du Royaume âe Siam. 4 1 pas interroger un autre , qui pourroit l’éclair- cir, pèche. Un Talapoin qui ne connoîtpas les trois faifons de l’année, & combien il le doit faire de conférences en chaque làilon , pèche. fay dit en parlant des faifons , que les Siamois n en ont que troif, l’hyver, le petit efté , & le grand «fié. Un Talapoin qui foit qu’un autre Talapoin doit de l’argent à quelqu’un , & qui cependant entre dans le Temple avec ce Talapoin, pèche. ■Nous avons vu cy-dejfui une réglé qui leur dé* fend d'emprunter des Séculiers. Un Talapoin qui eft en inimitié ou en co- lère avec un autreTalapoin , & qui néanmoins vient avec ce Talapoin aux conférences, qui le font des choies de la Religion, pèche. , Un Talapoin qui fait peur à quelqu’un , pèche. Un Talapoin qui fait prendre quelqu’un, qu’il lait qui perd de l’argent, fi c’eft moins d’un tical, pèche; fi c’eft plus d’un tical, ce Tala- poin doit eftre chalTé de la Religion. Un Talapoin qui donne des médecines à un homme, qui n’eft pas malade, pèche. Ils ne veulent point de médecines de précaution. Un Talapoin qui fifïle avec là bouche pour le divertir, pèche. Ce précepte efl general. Il eft défendu auxTalapoins de ftffler pour quel - que raifon que ce foit de jouer d'aucun in- finiment ; de forte que ces mots , avec fa bou- 4 z T)u Royaume de Siam. che pour fè divertir , qui font dans ce pré h cepte, ne font pas pour en rétraiffir la figmfic a- tion , mais feulement parce que la langue Sia- moife aime a exprimer la maniéré des cbojes > quelle exprime. La langue Hébraïque efl du meme genie , millier fi iufcepto femine pcpe- rerit filium , &c. Et cette même remarque fe peut appliquer a quelques autres de ces maxi- mes des T alap oins. Un Talapoinqui crie comme les voleurs > pèche. Un Talapoin qui a coutume d’avoir de lcnvie contre quelqu'un , pèche. On diroit que y félon eux y un al le d'envie nefl pas pê- che' y mais il peut efire qu en cela latradnïïion ne re/pond pas bien au fins naturel du pré- cepte. Un Talapoin qui fait luy-même du feu , ou qui le couvre, pèche. Iln efl pas permis d* allu- mer du feu y parce que cefl détruire ce qui fe brûle y ny de couvrir le feu > de peur de ï étein- dre. Pjthagore défendoit de donner un coup dé épée dans la flamme. Un Talapoin qui mange du fruit hors de la laifon de ce fruit , pèche. Je fuis perjuadé que ces mots hors de la failon fe doivent ent en -» dre avant la faifon , parce que c'efl tuer la fe - mence qui efl dans le fruit y faute de la laijfer mûrir. Un Talapoinqui mange d'une de ces huit chairs, favoir d’homme, d’elephant, de che- val* Du Royaume de Siam. 45 val, de fcrpent, detygre, de crocodille, de chien , ou de chat , pèche. UnTalapoin qui va tous les jours deman- der l’aumône à un même endroit, pèche. UnTalapoin qui fait faire un bandége ou baffin d’or ou d’argent , pour y recevoir les au- mônes , pèche. Ils reçoivent les aumônes dans un bandége de fer. Un Taiapoin qui dort dans un même lit avec fes difciples, ou autres perfonnes que ce foit, pèche. Un Taiapoin qui met la main dans la mar- mite , pèche. C'efi four cette raifon que l'in- jure de çuliere à pot eftla plus grande, qu'on puijfe dire à un Siamois. Un Taiapoin qui luy-même pile du ris, le vanne , 8c le nettoye , ou qui prife de l’eau pour le cuire , pèche. Servir au péché eft péché. Un Taiapoin qui en mangeant fè barbouille autour de la bouche comme un petit enfant, pèche» Un Taiapoin qui demande l’aumône , & qui en prend plus qu’il n’en peut manger en un jour, pèche. UnTalapoin qui va faire (es neceflitezen lieu découvert, pèche. UnTalapoin qui prend du bois, ou autre chofe pour faire du feu , en un lieu où quelque animal a coûtume de prendre fon repos, pè- che. Il y a encore dans l’exprejfton de ce pré- cepts 44 Z2# Royaume de Siam. cepte quelque chofe du génie de la langue Sia* moife , car ce précepte ne veut pas dire que le T alapoin puijfe pour quelque raifort que ce [oit prendre du bois en un heu > où quelque animal a coutume de prendre fin repos > ny quîl puijfe faire du feu de quelque bois que ce puijfe ejlre: mais le fens du précepte efi> que cejl une double faute défaire du feu > & de prendre du bois en un lieu , ois quelque animal a choifi fin gîte . Un Talapoin , qui allant demander lau-* mône toufïè, afin quon le voye, pèche. Il pèche tout de même toutes les fois quil touffe pour attirer les regards des antres , quand ce ne Jer oit pas en allant demander P aumône. Lia Talapoin qui allant dans les rues fè cou- vre la tête avec fa pagne , oamet.ua chapeau , comme font quelquefois les feculiers , péçhe. Les Talapoins fi couvrent du foleil avec leur éventail enforme d'écran , quils appellent: Talapat. Un Talapoin qui ôte fà pagne , afin que quelqu’un voye fon corps, pèche.. Un Talapoin qui va chanter , ou plutofl réciter , chez un mort , pèche , s’il ne fait ré- flexion fur la mort, fur ce que tout le monde doit mourir , fur Pinftabilité des choies humai- nes , fur la fragilité de la vie de l’homme. Cejl en partie la matière de leur chant auprès des corps morts . Un Talapoin qui en mangeant n’a pas les jam* Du Royaume de Siam. 43 jambes croifées , pèche. En general ils ne peu- vent s’ajfeoir autrement en nulle occafion. Un Talapoin qui dort dans un lieu, ou d'au- tres ont couché enfemble , pèche. Un Talapoin qui eftant avec d’autres fecu- liers, & caufant avec eux étend fes pies, pè- che. La modeftie veut qu’ils crotfent leurs jambes. Mémoire des frais de Jujlice , traduit du Siamois. QUand le Juge reçoit la première requête , pour ce i.livr. Lejuge, ou Tchâou-Meùang fait conter les lignes & les ratures , & fait mettre fon Iceau à la requête , pour ce 3 . livr. Le ÎTckâou -Aîe'üang envoyé la requête à examiner à l’un des Confeillers , tel qu’il luy plaît , mais ordinairement au Nâï des Par- ties , & pour montrer le logis des deux cau- tions des Parties 1 . livr. Pour celuy qui va fommer les deux Parties de venir à la Salle de Juftice. 3 . livr. Qqand il faut dormir une nuit en chemin , 4. livr. Pour avoir la liberté de donner chacun une caution, pour lejuge 16. livres pour le Gref- fier qui écrit. 3. livres c'eft l’acceptation des cautions. Pour 46 Du Royaume de Siam , Pour copier les raifons des deux parties pour prefenter au Juge, au Greffier 3. livres, aujuge 3. livres. Pour le Greffier qui va oiiir les témoins. 3 . livr. Et s'il y a un jour &une nuit de che- min 4. livr. En ce pats-là on va chercher les témoins chez, eux pour recevoir leur dépofi- tion , on ne députe k cela qu'un greffier . La loy ne prefirit ny recollement ny confrontation de témoins , quoy que les Juges ne laifent pas quelquefois de confronter , au moins ïaeeufa - teur avec îaeeufé \ Les reproches contre les té- moins n'y font pas aujfi en ufage , & fouvent l'accufé ignore qui font les témoins qui dépofent contre luy . Si les Parties font oüir plufieurs témoins, on prend pour chaque témoin i.livr. Pour copier les dires ou produirions des deux Parties, & les mettre en eftat deftre pre- fentées au Juge pour juger. 4. livr. tant au Con- cilier qu'au Greffier. Pour le Gouverneur oujuge pour fèoir en la Salle de Juffice. j.livr. Quand il y a des Oc-Pra pour Second ou Belat 9 & pour Confeillers , à chacun 5 . livr. aux Oc-Loiiang 3 . livr. Quand le procès eft jugé, pour celuy qui le garde 3. livr. Collation ou repas des Confeillers, 3 . livr. Quand il eft dit & jugé de voir la loy du Païs, quils appellent , Prd Rayja cit ds ca& ajat Du Royaume de Siam. 47 ajat caan ; pour le Confeiller qui la lit , qu’ils appellent Peng , 3 . livr. Plus une toile blanche d environ quatre aunes , plus environ cinq livres pefant de ris , plus une bougie de cire jaune, plus cinq bouchées d’arek & de bétel , plus une poule, plus deux pots d’arak, plus des fleurs & une natte pour mettre fous les livres. Dequoy les deux Parties payent autant l’une que l’autre. De Mefures , des Poids & des Mon- noyes de Siam. LEs mefures Siamoifes fe forment ou fe I. compofentde cette forte. Peetmet caoù pleüâc , c’eftàdire, huit grains de ris entier , dont la première envelope n’a pas efté brifée au moulin , valent un doit , en Siamois mou. Douze doits valent un kenb , c eft à dire une yaulme , ou l’ouverture du pouce & du doit moyen. Deux Keub valent un fok-, c eft à dire depuis le coude jufqu’aux bouts des doits. Deux Sok_ valent un ken , c’eft à dire une coudée, depuis le bout des doits jufqu au mi- lieu de la poitrine. Deux Ken valent une brafle qu’ils appellent y ma , & qui vaut à peu prés un pouce moins que nôtre toile : fl bien qu’il s’en faut tres-peu de choie que leurs huit grains de ris, qui font leur 48 Du Royaume de Siant. leur doit , ne vaillent p. de nos lignes que nous eftimons égales à p. grains dorge. Vint Voua font une corde qu’ils appellent fin. Et cent fin , c’eft à dire cent cordes font une de leurs lieues , qui revient à deux mille brafi fis. Ils appellent leur lieue rôë neng, c’eft à dire, un cent , rôë veut dire cent, 8c neng veut dire un. Ainfi les Italiens difènt un mille. Enfin quatre de leurs lieues , ou 8000. voua ou brajfis, font un jod. Et çe font là toutes leurs melùres des longueurs, n. Voicy les noms & les valeurs des poids & & ^cs monn°yes tout-enlemble. Il eft vray que ftoyes. quelques-uns de ces noms ne lignifient pas des monnoyes, mais des valeurs ou deslommes, comme en France le mot de livre ne lignifie pasunemonnoye, mais la valeur d’une livre pefant de cuivre, qui eft une fomme de vingt lois. Le pic vaut cinquante Catis. Le cati vaut vint teils. Le teil quatre ticals. Le tic al eft une monnoye d’argent ,& vaut quatre majons , & c’eft le poids d’une demie once, à railbn dequoy le cati pélê deux livres 8c demie. Le mayon eft une monnoye d’argent , & vaut deu xfoiiangs. Le foiiang eft aulli une monnoye d’argent, 8c yaut quatre payes. Du Royaume de Siam. 49 La paye n’eft pas une monnoye, Si elle vaut deux clams. Mais la fong-paye , c eft à dire les deux payes font une monnoye d’argent , qui vaut la moitié d'un foüang. Le ef^aulli n’eft pas une monnoye, mais il eft cenfé peler douze grains de ris. Voilà ce que l’on ma dit. Si fur ce pié là le tical peferoit 7 <5 8. grains de ris entier. Ce que je riay point éprouvé. T ous ces noms-la ne font pas Siamois , mais vulgaires parmy les Européans qui font à Siam. Je ne fay de quelle langue eft le mot de pic. Il lignifie aux Echelles du Levant une forte d’au- ne, dont les neuf en valent cinq de Paris: à Siam c eft le poids de cent vingt-cinq livres de foize onces. Le mot de caù eft Chinois , & s’appelle fehang en Siamois ; mais le caù Chinois vaut deux catts Siamois. Te il, ou comme d’autres écrivent tael , eft aulïï un mot Chinois, qui le dit tamling en Sia- mois , mais le catt Siamois ne vaut que huit taels Chinois, au lieu qu'il en vaut vint Sia- mois, comme j'ay dit. Tical 8c mayon font des mots dont j’ignore l’origine , & que les Siamois appellent baatSc feling. ' Foüang , paye & clam font du langage Siamois. a Quant au rapport de cette monnoye à la notre, à le prendre vulgairement, & fans cette precuion qui n’eft pas necellàire au commerce, Tom.ir. C m 5 O D« Royaume de Siam. unbaat ou tical , quoy qu’il ne péie qu’un de- myécu, vaut neanmoins trcntefept (ois & de- my de nôtre monnoye , à raifon dequoy un cati Vaut cinquante écus. Lijle des Meubles , des Armes, & des Habits des Siamois , d? des par- ties de leurs Maifons. r. Inftru- mens communs à tous. PRâ , gros couperet qui leur tient lieu de hache. Ci ou , ci (eau de Menuifier. Le uni y fie. Kob y rabot. KabiUy virebrequin. Qjiiob y une befche. Reüàn , maifon. il. Saou y piliers de bambou, qui portent la d^un? maifon , quatre ou fix en nombre , plantez à maifon. égales diftances fur deux rangs: ils ont douze ou treize pies fur terre. Root y les deux bambous gifànts ou pofèz en travers, comme des poutres fur les piliers, le long de la face, &le long du derrière delà maifon. Ranecngy les autres bambous gifants ou cou- chez fur les piliers , deux ou trois ennombre, le long des deux côtef de la maifon , & fur les deux piliers du milieu , lors que la maifon eft aflife fur fix piliers. Rremngy Btt Royaume de Siam. $ r Preükng , clayes fervant de blancher bas, ou de premier plancher. Fak> bâtons plats & liez parallèlement en- lemble, pour mettre fur le plancher, au lieu, de carreau , ou de parquet : on en met auiïi fur les clayes qui fervent de mur, au lieu de lam- bris. Adefà , mere-muraille , ce font les clayes ou laménuiferie,qui fervent de mur extérieur. ç > les clayes qui font les principales doi- LoukJ'a , fils de cloiions, c’eft à dire les moindres cloifons. Takctoù , bouche de devant, c’eft à dire la porte du logis. T^veut dire bouche. Nâ-tang , garde -vifage ou feneftre, ce font des maniérés d auvent que Ion hau^Te, &que l’on foûtient avec un bâton, & qu’on laifie retomber quand on veut fermer la fenê- tre. Il n’y a nulles vitres. Nâ veut dire vifage tang , garder. b * Keu, la claye qui fèrt de plancher d’enhaut, ou de plat- fond. ’ ^Sj^eux P'^ers de bambou pour por-< , , le bambou gilànt ou couché fiir ces cieux piliers , pour faire le dos danc du comble. Cloon , les clayes du comble mifes en pente des deux cotez de l’Okkai. F .. feuillages qui fervent de chaume. Rraboùang , les tuiles: mais les maifons des C z par- HT. Les Meu- bles. Du Royaume de Siam. particuliers n’en ont pas , fi elles ne font de bri- ques : auquel cas elles appartiennent aux Eu- ropéans, aux Chinois, ou aux Mores. JPe* le comble. Hong , chambre. Çadaï y l'échelle de la maifon. Tongy les deux bambous qui font les deux cotez de l’échelle. Kangadaz y les échelons. Sezià y natte de jonc. Ti-non y laplaceoùlon met la natte pour fe ‘ coucher, quand on n’apoint de bois de lit. Non veut dire dormir. Tz veut dire lieu . Tiang-nony un bois de lit (ans quenouil- les ny doffier , mais avec quatre ou fix pies > qui ne font pas joints par des traverfos. Le fond de ce bois de lit eft un treillis de gros jonc, comme en ont ces chaifos > qui nous viennent d’Angleterre , & dont les Anglois envoyant le bois aux Indes , pour l'y faire garnir de jonc. Créy un pareil bois de lit, niais fans pies. Tous ces bois de lit font fort étroits , par- ce qu’ils ne fervent qu’à une feule perfonne. 11 n’y a que les gens du peuple, qui couchent en un même lit avec leurs femmes 5 & ils n ont point de bois de lit. Parmy les gens riches, chacun a fon lit & fa chambre à part , mais en petit. Fütil^rovg-non , matelas , ou plutôt lit deçà- poc>d péce d’oüette au lieu de plume. Ils iieioHt Du Royaume de Siam. y ^ point piquez , rang veut dire défions , »ôn, dor- mir. Pa-pou-nôtt , toile de deflous à dormir, ou drap de lit. Ils n'ont point de fécond drap de lit, qui foit autre que la couverture. Pa-houm-nôn , toile de defliis à dormir , c’cft à dire la couverture. Ce ne font que de Amples toiles de coton. Mon , oreiller un peu long, mais lors mê- me quils couchent enfemble , chacun a le fien, comme en Eipagne. Mon veut dire aufliun carreau à s’appuyer , car ils ne s’alfeyent jamais defliis. Man-can-tlnên , rideau de devant le lieu à dormir. Mm veut dire rideau ou tapifl'erie. Can veut dire devant. Ils mettent un rideau devant leur lit pour n’êtrc pas vus, parce que dune chambre al autre il n’y a point de porte qui ferme. Man - can -fa fi re/ikn , tapiflerie de toile. Mm rideau ou tapiflerie, can devant ,/^les bâtons plats liez parallèlement pour fervir de lambris, reiian veut dire maifon. "P rom , tapis de pié. K/am y c’efl: la même choie. J loum , tables a rebord & (ans pié, appelées autrement bandsges , & par nos Marchands platteaux. Quand ils mangent enfemble, chî- cun a fa table à Siam , comme à la Chine. Ils n’ont ny nappe ny ferviettes , mais le'bois verni de leurs tables fe nettoye fort aifément C 3 avec 5 4 Du Royaume de Sianr. avec de l’eau chaude: &ain(î ils fe paffent ai-< Cément de nappe. Ht p, coffre. Hrp, cbipoÙMyCoStc du Japon. Hip-lîn , cabinet à tiroüers. Tad, un plat de cuivre , ilsy fervent d’ordfe naire leurpoiflbn. Mê-can, pot à mettre de l’eau , can veut dire pot , mê veut dire mere. Can-nam , bouli de cuivre à faire boüillir de l’eau pour le Thé, nam veutdire de l’eau. Can nam-noi petit cannam. C’eft un gobe- let arrondy par le bas & fins patte. IConthoo, pot à biberon. ICon thii , bouli de terre pour le thé. Tiocnoy , petite taflè à thé. TiocyÀï , taflè plus grande. Tabdi-tong-kin-nam , culiere de cuivre pour boire de l’eau. Ils en ont auffi de coco pour cetulâge: ils petfentune taflè de coco de part en part, &pouflènt un bâton dans les deux trous , qui trav.erfe le coco & fert de manche. Tong veut dire également de l’or & du cuivre jaune , Tong di , or bon , Tong , leüang, or faux ouléton. Kin veut dire également manger & boire , félon qu’il le dit d’une chofe folide ou liquide. Ainfi les mots de prendre 8i d’avaller font communs en nôtre langue , aux aliments folides & aux liqueurs. Tao'ùac , culiérc à pot. C’efl: la plus gran- de injure qu’on puiffe dire à quelqu’un, comme Du Royaume de Siam. y y fi on le taxoit d’eftre allez gourmand pour prendre de la propre main au pot , & fans atten- dre que le pot foit vuidé dans le plat. 11 n’y a que les efdaves qui failênt les culiéres à pot , ou qui les touchent. T oit ai, affiette, ou plat de porcelaine. Tcham , jatte de porcelaine à mettre du ris. Hsulènt beaucoup de porcelaine , parce qu’il y en a de fort grolliére & à tres-vil prix. 7 tan , petite foûcoupe à mettre fous la talîè à prendre du thé. Alo cmt, poëllon à cuire le ris , mo elpece de pot ou de poclloii, clou, ris. Quion, cuiller. Ils n’en ulentque pour pren- dre des confitures, dontonfert toujours dans de petites foûcoupes de porcelaine avec le thé.. Ils n’ont point de fourchette, nyde faliére. Ils ne fervent point de fel à table. Adid , couteau , ils en ont chacun un petit pour fendre l’arck , ils ne s’en fervent pas com- me nous, en tenant ce qu’ils veulent couper entre le pouce & le trenchant du couteau, mais ils mettent toûjours le pouce fur le dos du couteau , & ils en guident le trenchant avec 1 index de la main droite qu’ils tiennent étendu. Midcoune,xÀd\\zi ou couteau à rafer. Leurs rafoüers font de cuivre, canne veut dire ralèr. Tin cjHian , chandelier. Tin veut dire pié, yuian elt une bougie de cire jaune. Us ne favent pas. blanchir la cire , dont ils ont en abon- C 4 dance: s 6 Du Royaume de Siam. dance: & comme ils n’ont point de bouche- rie, ils n’ont point de fai f, & lefuiffèroit en ce Païs-là dun méchant ufàge , il fondroit trop à caufe du chaud. Pen , une autre forte de couteau plus grand , qu ils portent fur eux pour leur ufà- ge, &qui pourroit leur fervir d’arme en cas de bcfoin. Mtd-tok > forte de couteau 'a travailler le bois, avec lequel ils attachent le feuillage qui leur fert de chaume. Krob y boîte d’or ou d’argent pour l’arek& le bétel. Le Rojf les donne , mais ce n’eft qu’à certains Officiers confîdérables. Elles font grofTes & couvertes , & fort légères : ils les ont devant eux chez leur Roy , &! dans toutes les cérémonies. Tiab , autre boîte pour le même ufàge, mais fàns couvercle , & qui demeure au lo- gis. ' Ceft comme un grand gobelet , quelque- fois de bois verni; &plus la tige en eft hau- te, plus il eft honorable. Pour l’ufage ordi- naire ils portent fur eux une bourfe , où ils mettent leur arek& leur bétel, leur petite tafle de chaux rouge, & leur petit couteau. Les Portugais appellent une bourfe bojfetay & ils ont donné ce nom aux Krob y dont je viens de parler, & après eux nous les avons appel- iez bojfettes. Ca ton y crachoir, dont ils ufent tous à caufè du bétel, qui les fait fort cracher. Reual *Du Royaume de Siam . 57 Re'ùk , balon ou batteau étroit & long pour un Officier feul. Creuy balon pour une famille entière, Morngy mofeadiere y c eft un ciel & un tour de lit de gaze, dont les (culsTalapoins le fer- vent pour netre pas incommodez des coufins* & 11e fe mettre pas dans la néceüité d'en tuer. Les féçuliers n’ont point de ces mofcadieres-, mais ils tuent les coufins fans (crupule. Kaou-iy fauteuil. Il n’y a que le Roy , &Ies Talapoins,qui en ayent,pours'affeoir plus haut que les autres gens. LesTalapoins fe croyent fort au defliis des autres hommes. Monamout , pot de chambre. Les feuls Talapoins en ufent , parce qu il leur eft d6- fendu d'uriner ny fur la terre ny dans l’eau , ny dans le feu. Lojnfok^y bonnet de ceremonie. Lomvcut iv: dire bonnet, pokjvç ut dire haut. Il eft blanc ha‘ d ordinaire , mais à la chaflè ôc à la guerre il eft Ub* rouge. Pa-noungy toile-autour. C^eft lapagne^u’ils portent autour des reins & des cuiflès. Le Roy donne les plus fines , qu’on appelle Pafômpac 0 &on n’en peut porter de cette finefiè , qu’il ne les donne. Se'ùa -kdou y la chemife de moufleline, qui eft leur véritable habit. Le mot de fe'ùa veut dire aufli natte , mais alors il a un autre ac- cent , & les Siamois l’écrivent avec dautre&c&i raétéres. Cl V. Aimes. 5 S Bu Royaume de Siam. Tchet-nâ, mouchoir. Les Seigneurs le font porter par leurs efclaves, & ne s’en chargent qu en entrant dans le Palais : mais ils n’ofè- roient le moucher devant le Roy : la pluspatt font fins mouchoir. Pa-houm , toile de dejfus. C’eft cette toile, qu’ils portent en manière de manteau contre le froid , ou en cçharpe fur les épaules & autour des bras. Rat-fa-yoù , ceinture dans laquelle ils pailènt leur poignard. Ils la mettent auffi comme une écharpe lùrle juft-au- corps de guerre. P afibâi , écharpe de femme. Seiia cr eiiang , vefte à mettre fous la ch cm i le de mouffciine. Se'ùk boum , juft-au- corps ou chemifè rouge pour la guerre, &c pour la chafTe. Moak. , chapeaui Ils les aiment de toutes cou- leurs, hauts, pointus, & d’un doigt de bord. Peun-nokzfap, moulquet ou fulll. Peun veut dire canon. ieunyÂï canon grand , pour dire le gros canon. T oh mi , lance à laSiamoife. Stok^y zagaye, ou lance à la Morefque, c’eft comme une lame de fibre au bout d’un bâton. Bab y fibre. Ils le font porter par un efcla- vc , qui le tient par reipeét fur I épaulé droite, comme nous portons le moulquet fur la gauche. Krtd , poignard que le Roy donne aux Man- 3'ït' Royaume de Siam. 5 9 Mandarins. Ils le portent paffé dans une cein- ture au côté gauche , mais, beaucoup fur le de- vant. Les Européans rappellent crift par cor- ruption. Kantar , arc. LS, rondafche. Na-mai, arbalefte, maivt ut dire ballon; Lan, dard, c’eft un bambou ferré. LÀou, dard de bambou durci au feu fans être’ ferré. Làou écrit dune autre forte veut dire toute liqueur, qui peut enyvrer. Mai-taboug, malle d’armes., Aîtii-iÂou , bâton à s’appuyer. Les Noms des Jours des Mois & des Années des Siamois. VAn en Siamois veut dire jour. Les noms T. des j ours font. Lesjours» Van zAthit, jour du Soleil, ou Dimanche. Van T* chan, jour de la Lune, ou Lundy. Van Angkaan, jour de Mars, ou Mardy. Van P out, jour de Mercure, ou Mercredy.. Van Pr ahaat , jour d e Jupiter, oüjeudy. Van Souc, jour de Vénus, ou Vendredy. . Van Saou, jour de Saturne, ou Samedy. Les noms des Planètes font donc AthiK T chan, Angkaan,&c. Il eft vray qu’ils ne nom- ment pas les Planètes hors des noms des jours, lans leur donner le titre de Prà, lequel, ainfi C S quç éo Du Royaume de Siam . que je lay die plufieurs fois, marque une tres- grande excellence. Ainfî Prâ Athit veut dire le Soleil , Prâ Tchan veut dire la Lune „ Pra Pra - haat veutdirejupiter : mais le mot Pra s écrit avec un P. plus fort que celuy qui eft dans la première fyllabe du mot Prabaat . Tous ces noms au refte font de la Langue Balie. Le So- leil s’appelle Tavan en Siamois, & la Lune 7)oè'n. Abraham Roger dans fon Hiftoire des Mœurs des Br amines nous adonné les noms des jours en Samfcortam , qui eft, dit- il, la Lan- gue lavante des Bramines de Paliacate fur la Côtede Coromandel, lis font pris auffi des Pla- nètes. Suriawaram Dimanche, fendrawaram Lundy , Angaracawaram , Mardy , Buttawa - ram Mercredy iBrahafpita7i/aram]eudy,Suc- crawaram Vendrcdy, Sennivuaram Samedy. 11 eft évident que Waram veut dire jour, que Suria eft le nom du Soleil , peut-être avec quel- que inflexion pour marquer le génitif ; &que ‘-fendra eft le nom de laLune peut-être auffi avec quelque inflexion , laquelle étant ôtée lait feroit quelque reffemblance entre ce mot , & le bali Tchan. Quant aux autres nom s}Angar aca tient aflèz Angkaan : Butta , quil faut pro- noncer Boutta , n’eft autre chofe que "Tout : Prahat convient avec le commencement de ‘Brahafpita , & fuccra & Joue font un mefme mot. Semü & Saou paroiflènt plus éloignes, Sc Suria & Athit n’ont rien de commun : mais ce que le même Auteur ajoûte> eft remarquable» Du Royaume de Siam. 6 r que le Dimanche eft appels Aditawaram dans la langue vulgaire dePaliacate: car c'eft là que nous retrouvons le mot bali Athit. Les Chinois , félon le P. Martini dans fon Hifioria Sinica, p. 3 j. ne nomment pas les jours par les Planètes , mais par les foixantc noms , qu’ils donnent aux (oixante années de chaque. Cycle : de forte que leur femaine , pour m’expliquer ainli > eft une révolution de foixantc jours. Les Siamois nomment les mois, par leur ordre. Deüan, veut dire mois. Deüan aï, mois premier. DeüanTgii , mois fécond. Deüan Sam , mois troiliéme. . Deüan fii , mois quatrième. Deüan haa , mois cinquième.. Deüan houk ’j mois fixiéme. 'Deüan ket , mois fèpriéme. Deüan peet , mois huitième. Deüan ckou , mois neuvième». Deüan Jîb , mois dixiéme. Deüanfîb-& , mois onzième. Deüan Jtb-fong , mois douzième. Le Peuple Siamois n’entend pas les mots aï & Dgii , qui font les noms des deux premiers mois ; mais il y a apparence que ce font deux vieux mots numériques , qui veulent dire un & deux : & cela eft même évident du mot Tgit parce que les Siamois difent Tgii-Jtb C 7 pour III. Les ail- les. 6 z Du Royaume de Siam . pour dire vint , ce qui eft mot à mot deux-' dix. Tous les autres noms de mois (ont en- core en ufàge pour lignifier des nombres , avec cette différence que quand ils font mis de- vant le fubftantif ils lignifient de purs nom- bres, & que quand ils font mis apres , ils de- viennent des noms qui marquent Tordre. Ainfi fam Deüan veut dire trois mois, & Deüan mois troifiéme. Pü veut dire année. Les douze noms des années font. CP/V ma mia , Tannée de la petite Jument. Pü ma me , Tannée de la grande Jument. Piivok^ Tannée dufinge. PüRakaay Tannée de la corneille. PiiTcbiby Tannée du Mouton. Pü Counne y l’année du Cochon*. *Pü Choiiat , Tannée du Lapin. PiiTchloUy Tannée du Lézard. Pii Kan , Tannée des Poules. PiiThô , Tannée du Bouc. PU ma Rong , Tannée de la Canne de met; Pii ma feng , Tannée du grand Serpent. La plupart de ces noms iontauffi de la lan- gue Balie. Or comme les Siamois fe fervent du Cycle de foixante années , ils devroient avoir foixante noms, pour nommer les foixan- te années de chaque cycle ; & pourtant les perfonnes , que j ay pû confulter , ne m en ont fu donner que douze, qui fe répétant cinq fois en chaque cycle , pour parvenir au nom- Du Royaume de Siam. 4 Du Royaume de Siam. Des Mouçons & des Marées dit Colphe de Siam. "NJ Ous éprouvons fur nos Mers, quequoy . ^ que les vents y foient fort changeants , ils changent pourtant avec cette réglé prefque infaillible , de ne pafièr du Nord au Midy, que par le Levant ; ny du Midy au Nord , que par le Couchant ; ny du Levant au Couchant, que par le Midy ; ny du Couchant au Levant, que par le Nord. De (orte que le vent fait toûjours ainfi le tour du Ciel , partant du Nord vers le Levant , & du Levant vers le Midy, & du Midy vers le Couchant, &du Couchant vers le Nord , & prefque jamais en un fèns contraire, que les Pilotes appellent à contre. Cependant dans la ZoneTemperée, qui eft au Midy de la Ligne , lorfque nous naviguions ces Mers, qui font au Levant de l’Affrique , nous avons à nôtre retour de Siam éprouvé que les vents alîoient toûjours à con- tre ; mais pour aflurer que cela doive eftre toûjours ainfi , il faudroit plus d'une épreuve. Quoy qu’il en loir le vent ne va point à con- tre dans le Golphe de Siam , mais il ny fait le tour du Ciel qu’en un an ; au lieu que fur nos Mers il le fait en un petit nombre de jours , Sc quelquefois en un jour. Lorfque dans les Indes le vent fait le tour du Ciel en un jour. Bu Royaume de Siam. 6$ jour , il efl: orageux : c’eft ce qu’on appelle proprement un ouragan. Dans les mois de Mars , d’ Avril , Si de May le vent du Midy régné à Siam , le Ciel s’y brouille , les pluyes commencent ; & font déjà 'liiez frequentes en Avril. En Juin elles iont prefque continuelles , Si les vents tournent au Couchant , c’eft à dire tiennent du Couchant & du Midy. En Juillet, Aoufl; ôc Septembre les vents font au Couchant ou prefque au Cou- chant, Si toujours accompagnez de pluyes, les eaux inondant les terres à la largeur de neuf ou dix lieues , & à plus de cent cinquante lieues au Nord du Golphe. Pendant tout ce temps -là , Si principale, ment vers la my-Juillet, les Marées font fi for- tes , qu elles montent jufqu’au deflus de Siam , & quelquefois jufqu a Loôvo ; & elles décroît lent en vingt-quatre heures avec cette mefure, que Peau ne redevient douce devant Bancok que pendant une heure ; quoy que Bancok foit à lëpt lieues de l’embouchure de la riviere : encore l’eau y efl: -elle toujours un peu fau- rnaftre. En Oétobre les vents tiennent du Couchant & du Nord , 8c les pluyes ceffcnt. En No- vembre & en Décembre les vents font Nord, nettoyent le Ciel , Si lèmblent abbatre fi fort la Mer, qu'elle reçoit en peu de jours toutes les eaux de l’inondation. Alors les Marées font fi peu (ènfibles , que l’eau eft toujours douce à deux G G T) h Royaume de Siam. deux ou trois lieues dans la Riviere , & qua certaines heures du jour , elle Peft même à une lieue dans la Rade. Mais en tout temps il n’y a à Siam , quun flux , & quun reflux en 2 4. heures. En Janvier les vents ont déjà tourné au Levant, & en Février ils tiennent du Levant & du Midy. C’eft une circonftance confiderable , que dans le temps que les vents font au Couchant ou quils tiennent du Couchant, les courants du Golphe portent rapidement les VailTèaux fur la côte Orientale , qui eft celle de Cam- boya, & les. empêchent de s'en relever ; & que dans le temps que les vents font au Le- vant, ou quils tiennent du Levant, les cou- rants portent fur la côte Occidentale, de forte qifalors il faut craindre en Naviguant de s’y affaler, comme difent les Pilotes, c’eft 'a dire de s y abbattre. Or cela prouve, ce me fem- ble, que les vents ont beaucoup de part aux mouvements de la Mer , d’autant plus qu’on a éprouvé , que ces courants ne font quen la partie fuperieure des eaux , & qu'au deffous elles ont un courant tout contraire , parce que Peau fuperieure eftant continuellement roul- lée fur le rivage , s’en retourne par deflous vers le côté d’où elle eft venue. De même il fe m- ble que ce font les vents de Midy , qui pouf* fent le flux , & le foûticnnent pendant fix mois bien avant dans la Rivière , & que ce font les vents de Nord , qui luy défendent Du Royaume de Siam. £7 prevue l’entrée de la Riviere pendant les fix autres mois. Defcription des principaux fruits de Siam. T Es figues d’Inde , que les Siamois appel- -fl-' lent T rompes-d’Elephant, Cloiiey-ngouan- tchang , n’ont point du tout le goût de nos figues , 3c félon mcy elles n’en ont pas le mérite. Ainfî les melons de Siam ne font pas de vrais melons , mais le fruit d’un arbre connu dans les Ifles de 1 Amérique fous le nom de Papayer. Je n ay point mangé de ce fruit là. Mais pour revenir à la figue , elle eft de la gran- deur & de la figure d’un cervelat. Sa peau verte, qui devient jaune & tachetée de noir dans la maturité , lé fépare aifement de fa chair molle & pâteufe ; & c’eft ce qui luy. a fait don- ner le. nom de figue: mais dans le milieu de la chair il ny a point de vuide > ny de ces pe- pins , qui font comme un petit gravier dans nos figues , lors qu’elles font un peu féches. Son goût eft fort , & il a quelque chofe d’aigret & de douceâtre tout enfemble. ; La banane, que les Siamois appellent dent- d’Elephant, Cloiïey - ngaa - tcbang , eft à peu prés la même chofe que la figue , finon quelle eft plus verte & un peu plus longue, & qu’elle a des angles, & des faces ou côtes plattes, qui fc 68 Du 'Royaume de Siam . fe réunifient en pointe par les deux bouts. Ces fruits pendent par bouquets , ou plûtoft par greffes grappes du haut du tronc des arbres qui les portent. Les figues fe durciiTent à la braife,les bananes qui ne font pas tout-à-fait fi délicates crues, s'y ramolliffent , y perdent ce quelles ont de douceâtre , & y acquiérent le goût de nos pommes de reynette cuittes au pommier. La goyave (en Siamois Louc-Kiac , loue veut dire fils, Kiac eft le nom du Goyavier) eft de la grofTeur d'une pomme médiocre. Sa peau eft d'un verd grifâtre, comme celle de certaines poires : fous cette peau eft une chair de la confiftence de celle du citron , mais pas fi blanche. Quand on la met dans la bouche elle fent la fraife , mais bien-toft ce goût de fraife fe perd * parce qiiil devient trop fort. Cette chair qui n’eft que de l’épaiffeur d'un écu contient une fiibftance liquide comme de la bouillie, mais grifâtre, & qui ne feroit pas moins agréable à manger que la chair, fi elle n'eftoit mêlée d'un nombre innombrable de petits pépins fi durs, qu'on les peut difficile- ment mâcher. Lesjacques, en Siamois Ca-noun > font de la figure d'un gros melon mal arrondy. Us ont fous une peau grife & façonnée comme du chagrin, un allez grand nombre depepinsou noyaux : noyaux fi Ton prend garde à leur grolfeur , qui eft prefque comme d un oeuf de pigeon i X i 'To- z-jptty- à y - Du Royaume de Siam. pigeon; pépins par le bois mince & poli qui les renferme. Ces noyaux donc ou pépins eftant grillez ou bouillis ne different de nos marrons ny par le goût, ny par la confiftence, finon en ce qu’ils lont, ce mefemble, plus délicats. Ils tiennent par un bout à une pulpe qui les enveloppe tous , & les fépare les uns des autres. Elle fe déchire aifément félon le fêns de fès fibres : elle eft jaune , fucculente , pâteufè , & même gluante , d’un goût douceâ- tre & d’une odeur forte. On ne làuroit la mâ- cher , on ne fait que la fiiccer. Ils nous fèrvirent un fruit femblable à des prunes , & nous fuîmes trompez à l’appa- rence. Il avoir la chair & le goût de la neffle , & tantoft deux, tantoft trois noyaux , mais plus gros , plus plats & plus lices , que la neffle ne les a. Ge fruit s’appelle moitjjidœ en Sia- mois. Le cœur -de -bœuf a efté ainfi nommé à caufë de fit groflèur de fa figure. La peau en eft mince , & ce fruit eft mol , parce que ce n'eû au dedans qu’une elpcce de crefme blan- che, & d’un goût afléz agréable. Les Siamois l’appellent Mancout. Le Durion , en Siamois Totirrien , qui eft un fruit fort cftimé aux Indes , m’a paru inlîip- portable pat fit mauvaife odeur. Ce fruit eft de la grofleur de nos melons couvert d’une robe épineufe comme nos châtaignes. Il a même, comme les Jaques , plulieucs coques , mais 7° Dft Royaume de Siam. groflès comme des œufs , dans le/quelles effc contenu ce que l’on mange , au dedans dequoy il y a encore un noyau. Moins il y a de ces coques dans un même Durion , plus le fruit (cft agréable. Il ny en a jamais moins de trois. ( La Mangue , en Siamois Ma-motion , tient d abord du goût de la pelche & de l’abricot : fur la fin ce goût-là devient un peu plus fort, 8c moins agréable. Les Mangues font fort efti- mées, j’en ay vû de grandes comme la main d un enfant , elles font plattes & en ovale, mais pointues par les deux bouts , à peu prés Comme nos amandes. Leur peau ed de la confidence de celle de nos pavies , de couleur tirant fur le jaune ; mais leur chair ried quune pulpe qu’il faut fiicccr, & qui ne quitte pas un grand noyau plat qtf elle enveloppe. Je ri ay point vû le Mangoudan qu’on dit eftre encore meilleur que les Mangues. Les Siamois ont des fruits aigrelets qui dcfàlterent , & qui pour cela me paroiffoient les plus agréables de tous. Ils (ont petits com- me des prunes > & ont un noyau entouré d une chair blanche qui fond aifément dans la bouche. LeTamarin ed auffi aigret. C’eft un fruit enfermé dans un bois comme une amande , & puis plufieurs de ces fruits font encore enfer- niez.dans une goude. J’en fis confire , & jeu trouvay le firop fort agréable pendant mon retour; Du Royaume de Siam. 7 *. retour : mais peu à peu il perdit la petite ai- greur , de il ne luy refta plus que le goût de la pimprenelle. Auili l’arbre qui le porte & qui eft fort grand , a-t-il la feuille femblableà la pimprenelle. J’ay apporté de ce paîs-là plufieurs fortes de confitures liquides qui efloient venues de la Chine à Siam , il y avoit deux ans , & elles n’ont pas laiiTé de fè conferver allez bien juf- qu’à Paris. Le firop fur tout en eftoit fort beau & n'avoit rien de candi, malgré la cha- leur des climats par lelquels il avoit pâlie. Ces confitures avoient peut- dire efté faites avec du fucrc candi , qui eft le feul purifié , qu’ayent les Orientaux. Je m’en rapporte aux Confi- turiers. . Je »e parle point des cannes de fucre dont Siam abonde, ny du poivre , parce que jè n y en ay pas vû. Le Roy de Siam en a, dit-on, fait planter cent-mille piés. C’eft une plante qui a befoin d’appuy comme la vigne, & le poivre y pend auffi j>ar petites grappes pareilles à cel- les- des groleilles. L’Ananas, en Siamois, Saparot , a la chair blanche & le goût de nos pavies. Sa chair eft mêlée d’un peu de bois , non pas d’un bois qui en (bit leparé , comme il y en a dans nos nois, mais d’un bois qui y tient , & qui n’eft que la ch’air même trop durcie ; & c’eft par le centre quelle commence à fe durcir. On croit l’Ananas mal fàin , parce que fon jus , dit-on , ronge 7 Z Du Royaume de Siam. ronge le fer. Il jaunit quand il eft mûr , & alors à le fentir (ans Couvrir , il a l’odeur d’une pomme cuitte. Sa figure eft comme d’une groflè pomme de pin , il a de petites pellicu- les bien arrangées, fous lefquelles , à les voir, on croiroit que font les pignons. La plante qui le donne le porte au fommet de fa tige , qui n'a pas trois piés de haut. L’Ananas y tient tout droit fur le petit bout ; & il a au gros bout une touffe de feuilles , comme de petits glayeuls , courtes , recourbées en dehors , & dentelées. Quelquefois du corps de ce fruit, & par les cotez , il fort en maniéré de loupes, un ou deux autres petits ananas qui ont aufll leurs touffes. Or toute touffe coupée 8c mifè en terre peut donner un autre ananas , mais chaque plante n’en porte qu’un, 8c ne porte qu’une fois. Le coco, en Siamois , met-prâou eft une efpécede noifette, mais bien groflè à la vérité pour une noifette , comme on peut voir par ces taftès de coco que l’on nous vend. C’en eft le bois qui eft naturellement revêtu, com- me celuy de nos nois , d’un brou ou écorce verte épaiflè de plus d’un pouce , 8c pleine de fibres , dequoy on peut faire des cordages. Dans le bois du coco eft une liqueur tres- agréable, &C le bois en eft fi plein, quelle jaillit allez loin quand on le perfe. A mefùre que cc fruit mûrit, cette liqueur fè congèle aux ex- trémitez ; c’eft à dire auprès du bois , & y forme i • . * i Du Royaume de Sium. forme une chair de noifetté fort blanche & d’un fort bon goûc ; l’eau qui n’eft pas encore congelée demeure toujours au centre du fruit, & à la longue elle fe congèle toute. De U Langue Siamoife,& de la Balle. T A langue Siamoife atrente-fept lettres, & la Balie trente-trois , mais ce font toutes conformes. Quant aux voyéles & aux diph- tongues , dont il y a un grand nombre dans 1 une & 1 autre langue , elles ont à la vérité des caraftéres particuliers , dont on fait d’autres alphabets : mais de ces cara&éres quelques-uns replacent toujours devant la confonne, quel- ques- autres toûjours après , d’autres deffus , autres denous : & neanmoins toutes ces voyé- les& toutes ces diphtongues ainfi diverfement lituees al egard de la confonne, ne fe doivent prononcer qu’aprés elle. Que fi dans la prononciation la fylîabe com- mence par une voyéle, ou par une diphtongue, OU h elle n eft qu une pure voyéle , ou une pu- re ip itongue, alors ils ont un caraétére muet, qui tient la place d^une confonne, &qui nefe doit pas prononcer. def e f ïa?érc eft le dernier dans les mofs il a lafietS T™ &Bali> Dans le Si^ Ull 0 lors n -H'6 ”Ôtre 0 ’ & vaut en effeC Tom n 1 e C Prononcer > & notre pas ’ O cou* 74 Du Royaume de SUm . confonne muette, c'eftàdire lors qu’il eft pré- cédé d’une confonne, oudeluy-même. Dans lalphabeth Bali ce dernier çaraélére vaut ang9 quand il n’eft pas confonne muette ; mais là figure n’a nul rapport à pas une de nos let- tres. Ainfi la première lettre de TAIphabeth Hébreu qui eft XAleph , fort, de confonne muette , par rapport à laquelle on place les points qui font les voyéles; & il y a apparen- ce que YAlepb s eft prononcé autrefois, com- me Y Alpha des Grecs, qui a pris fon nom de YosAleph. Les prononciations Siamoifes nous font très -difficiles à imiter: & elles répondent iî mal à la plupart des nôtres, que de dix mots Siamois écrits en caractères François , & lus par un François, il ny en aura peut-être pas un, qui foit reconnu & entendu par un Sia- mois naturel , quelque foin qu on prenne d ac- commoder nôtre orthographe à leur pronon- ciation. Us ont IV. que les Chinois nfont pas. Ils ont nôtre v confonne, mais ils le prononcent fouvent comme le w. des hauts Allemans, & quelquefois comme le w. des Anglois. Ils ont auffi le ng des Allemans , que nous n avons point: car les Allemans prononcent Engels par exemple, d'une manière que nous attra- pons difficilement, &qui n’eft qu'un g. pro- noncé devant IV & IV , comme devant lVi , mais fortnioUement & beaucoup du nez. Du Royaume de Siam. 7 y ont une prononciation moyenne entre nos deux prononciations de yo &de jb , &de ,l yient que les Européans dilènt tantôt cam^ b°ja , & tantôt camboya , parce qu’ils ne la- vent prononcer jufte à la Siamoife ces fortes de mots. Il en eft de même du mot Kiai qui veut di- re , cœur. L’on ne lait s'ils dilènt plutôt Kiai que ci ai prononcé à l’Italienne , parce qu’en effet ils ne difent exa&ement ny l’un ny l’au- rre, mais quelque chofequi tient del’un&de 1 autre. Ils ont notre alpîration qu’ils prononcent pourtant plus doucement , & quand ils en mèt- rent le caractère devant une conlonne (ce que « langue Françoife ne fouffre jamais) ils ne le font que pour affaiblir la prononciation delà conlonne : & en general ils parlent fi molle- ment > qu on ne lait louvent s’ils prononcent Une m. ou un b. ti'o. où Tchi'o. Ils n’ont point nôtre u voyelle que les Chi- nois ont > mais ils ont nôtre e tel que nous e prononçons dans nos monofÿllabes ce , ley te ; mais ccc e ne fouffre point rerl lonAen icur langue, comme en la nôtre. Joe meme dire qu'ils ffont point dautre e que celuy-là y non pas mdme dans les cris Pagayeurs , ho, he , he , quils pronon- ent, comme nous prononcerions ho, heu , ny ^ans les fyllabes qui finifïènt par une conlonne , comme celle -cy , pé't, qui veut D z dire J 6 Du Royaume de Siam. dire diamant brut, & qu’ils prononcent plutôt peut , que pet. Ils ont un a extrêmement bref qu’ils écri- vent par deux points, ainfi, : , & qu ils pronon- cent nettement à la fin des mots , comme en ce rnotBaly, Pray qu’ils donnent à tout ce qu’ils honorent le plus: mais quand cet a fe trouve au milieu d'un mot , il pâlie fi vite qu’on ne le difcerne pas, & qu’il revient à nôtre e muet. De là vient que le mot Pa-yk qu'on a traduit par celuy de Prince , & dont le premier a s écrit „ par deux points , fe prononce Pe-yci , ou Pik, quoy que dans les Relations on le trouve écrit P ejk & Pujk , par la confufion de Ve muet avec Vu 8c de 1 *y avec 1 j conlonne. Cet a marqué par deux points ne foulîce point d autre lettr.e après luy dans une même fyllabe. C’eft une chofe fort finguliére que dans les fyllabes qui finiffent par une confonne , ils n achèvent pas de la prononcer à nôtre maniè- re: mais leur langue demeure attachée ou au palais, ou aux dents, félon la nature delà cou- ronne y ou bien leurs lèvres demeurent fer- mées : & c’cft ainfi qu’ils terminent ces for- tes de prononciations, je veux dire fans redé- tacher la langue , & fans rouvrir les lèvres. Ils ne fauroient même prononcer une afpirate à la fin d'une fyllabe , fût-elle au milieu d un mot. Ils prononcent Petpayktong , quoy qu ils écrivent Petchpuyktong. Ils appellent leCon- vent du Palais vat fi ptrapety quoy qu’ils écri- vent Du Royaume de Siam. 77 vent farapetch. Ainfi quand ils vouloîent dire un œuf i]s difoient un œub , mais ils ne rou- vraient pas les lèvres pour achever à nôtre ma- nière la prononciation du b. Par la même rai- son ils prononceront une n pour une r ÔC pour une/, à la fin d'un mot, parce qu a la fin des mots ils ne détachent pas la langue du pa- lais , comme illen faut détacher dans la pro- nonciation de IV. ou de 17: car dans celle de /. la langue ne tient point au palais parles cô- Ils écriront Tahar , & Mar , & ils diront T ah an & Man. Us ont beaucoup d’accent comme les Chi- nois : ils chantent prelque en parlant -, & 1’ Al- Phabeth Siamois commence par fix caraétércs dinerens, qui ne valent tous qu’un K. plus on moins fort , & diverfement accentué. Car quoy que dans la prononciation les accents ioient naturellement fur les voyéles, ils en marquent néanmoins quelquts-uns en va- riant les confonnes, qui d’ailleurs font d’une meme valeur. D’où il eft peut-être permis de conjecturer qu ils ont écrit au commence- ment fans voyéles, comme les Hébreux, 8c qu enfin ils les ont marquées par des traits etrangers à leur Alphabeth , ôc qui pour la plu- part le placent hors du rang des lettres, comme es points , que les Hébreux récents ont ajouté dol>Ur ancienne manière d’écrire. Quiconque onc a appris à donner levray accent auxiix 4 enilers caialanche.To.zj>j8 SÔrois dLljihaJreth Siamois . JtCa Jx/jû ftiho'lxbo Khoo 'Jxboo-nûojl Cho chodcho So choo yo jj do to tho thb t.#>2 9(9» t2rs> 20 So ' ho la Oy ° 2*10 zat j 'üû, OLCt TU T rro ro rr / r StZaaiL SLCam 'Kn . ro; o? f>; ZtCtiau Tfiou diymi Tfeiiv 'Keyÿ bK-oüy TZoui TCeuy bKaai 3. roe; fr>&> frrd oo od f)9 #9 n; ov IKeou JCteu yKffûy K>n 3s.tmat Kiaâu^j^ ^2=^ coq ccoo /re; r>£>£; ooa rf?&® rot) Zæ Suitte de cet •Æphaleth cjt ala, planche Suiuante . \\ C \ X zj ^ ■ ' .. . •r.. ' t : » > 'c *• \i ' i wr . J* ^ \ y r.« ‘ •• •*' • •' ".V • t v sA*. \Y_. ;\vA 4 x. \y’/\ &ZK. l\^. i* - - 4^-' h ° 'Vv r:'- C-. % or;> . .■ • rv::p S ? ’ -. T: - Y " \ s\ .0<‘y \ ■v. •> ' . '■• v;> \ '• \ i • •- y ; > ••■ ' •> <'• , r- < -<■'■ ->K- '■ ■-■• H \ îj O v\ i: :) : JSta. 'JCeua.. 'ICeüa, / i y 'JCoüa y JCoiia JSe 'Z' ^ Seconde planche 'To . 2 .jjoa. y S JCe df>&: érf>D : 9 so: so: sso: SyKo ^1C tient iCcmni 'J.Cam 'JCarturut 'ICo 'JCeiitu , 'ICetta /?> z ssxk f> jd coJbb reu reu leu leu ëQ a rQ o32 oPg bfreris ^LlrjJi abeth bBalis . Ci JS. h a, JSb/z ya. — nya jj Tha Tha Tha Tha — ya jj Û3 T~ :. ' . 1 • ' \ V ^-0 - t , uXvNVV^ '/'r i*.V> : ■ ~s'JZ iv^v/lv. X'X ta :/\~ -> . ■_•., . V A vt:. O • ' '>~x 0 . . \ x \ 1 ' . 3 c-:^> \ -s * » V • iW> \ '-' \ i ; VO ' ' “f V V - i. .X Y *v- N > —1 J"V.,1. ïiïV'ji. Tà (0 V3 \w> «H itv •*« - i.V- 3.<\\ ~\f '; * >■• « > 1.3 Ô- S.** U X.„ v> Ce \ t‘N J G tvT. °x 7 \V. v r r N c 'V *A Te 'T ? .-U \ V ' c. . f* 'XL ^ 'Kàr* O c Lrai/ienie vhtruzbe 'Toîtl . z ■J’&ü- J& • "Kait iKoii 'TCe 'Zfcads *. cfh cTb en en en cen /„ "UC et — m ZLCa~dZ£j^> 'Hùt-no<\ - o£*- , / _ )J 2Za.-na.ou TZaruuio 7 cnca enSc crûs enese 2Za- îicC ZJdCC 02 O n CY) ^ Les Chiffres Siamois . & 3 ï 5 / Y 7 P 10 £~) o Les CComs nvmeraux Siamois . I z 3 2 5 6.7 S 7 to tt ZA/èruJ- Sang. Sam. SU. h a, a, . hauZK . JCet. jyeet. Cacni. Si.o . Sio-et IZ . 2° 3e Sih-Sona Cfÿii-Sib. Sam - SU . &Cc . ■ctv > . ' ■ ; o *s> \ «* W . Kt\z> {-■ r uJx, *s\ *■ V5 O * ’ & \ \ r ii-'" V_ A y r, - rw:. ** o :a w : . . • •- i • & ^CC) -P • ;f U',' V . v rJÊA» .C\) V C ( o* * y‘ o'vV.r) /x V*. C à O4 C l C> . So À ... A- *$&” $<*Â. /\ «■ v *•*.■' •'• '„ „ S ( *^Sp •V 3*' fcX\ . :.'/i r-.'; ;Y' - \ .'•‘■'vr • V.i V:V:.. • . . - . y - • ' 5 ■■ w 3-CCb > V*, -i N T. "X ' ° ■v*. *. U, ,o; A y; 'V-£ • y J* &\V . C; * e •' <. 5. X . V^a -O XV*.* .\**ViV v-. 0£ . - tv\V> «V&. - 'wC\L ^xvo^- Du Royaume de Siam. 79 ïambe avec la lettre fuivante , lors qu’ils difent leur Alphabeth par cœur. J’ay mis des accents aigus ou graves fur la va- leur de certains caraéteres, pour marquer qu’en ceux là les Siamois haufient, ou baillent la voix. L’aigu marque l’élévation de la voix , & legra- ve en marque l’abai dément; mais l’abaiflèment n’eft pas égal à l'élévation. Où ils élévent la voix , c’eft de plus d’une quarte , & prcfque d’une quinte ; & où ils l’abaiflènt , ce n’eft de guère plus d’un demy-ton. Où j’ay mis une h apres le K. c’eft pour mar- quer que le K. fe doit prononcer avec une afpi- ration à l’Allemande , & non auffi Amplement que noftre c. dur ; & où j’ay mis deux pp. c eft pour marquer un p. plus dur que le nôtre. Le Ngo fe prononce devant toutes les voyel- les , comme nôtre g. devant l’a , ïo & 1 ’#> avec cette différence qu’il Ce prononce beau- coup plus nonchalamment & tout à fait du nez , ce qui luy donne quelque chofe de l’« au commencement de là prononciation. A la fin des mots il le prononce fans détacher la langue du palais: on dira Tong, &non Tongue. . Les trois premières lettres de la fécondé di- vifion le prononcent entre le cjuio & le cio des Italiens. Le co fe prononce à la Caftillane en gtaf feiant. Le do qui eft à la troifiéme divifion le D 4 pro- 8o Du Royaume de Siam. prononce comme un to à la fin des mots, & ils n’ont point d’autre to final. _ Ils ont un double yo , l'un à la fécondé di- vifiim & l’autre à la cinquième ; ils les pronon- cent entre nôtre yo & nôtre jo , & il n’y a entre ces deux lettres d’autre différence , fînon que le dernier jo qui eft celuyde lacinquiéme divifxon eft le véritable yo final : ils le mettent après les voyelles pour faire des diphtongues , quoy qu’ils ne laiifent pas d’y mettre quel- quefois l’autre, mais par ignorance: car cette ortographe n’eft pas dans leur Alphabet, où font toutes leurs Diphtongues. Or ces jo font pourtant cenfèz des confbnnes, comme Xi eftcenfé confonne en Alleman & en Efpagnol dans ces diphtongues ta, ie, io, iu , avec lefquel- les une voyelle qui les précède dans les Vers, nefe confond point, mais fait fa fÿllabeà part. Et néanmoins quoy que les Siamois mettent les^’o parmyles confonnes, ils fentent fi bien qu elles forment comme des voyéles , qu’en écrivant lesmots, qui commencentpar un yo dans la prononciation , ils placent à la tête un o muer , comme ils font à la tête des mors , qui commencent par une voyéle : cela n’eft pas ré- gulier , mais ils font incapables de toutes ces pe- tites attentions. Le No qui eft la derniete lettre de la troi- fiénje divifion ne (e prononce pas à la fin des mots comme nôtre ». mais comme 1’» des Gaf- cons Si des Efpagnols. Je l’ay écrit par une n Du Royaume de Siam. 81 fimple , en écrivant les mots Siamois par nos caractères ; & quelquefois pour éviter des ren- contres ridicules , que ces mots faifoient avec des mots denôtre langue, j’y ay ajoûté un e féminin; quoy que cela foir mal, en ce que lés Siamois n en prononcent point , puis qu’ils ne détachent pas la langue du palais en pronon- çant leur » àlafindesmots. LeK o fe prononce indifferémment com- me notre v conlonne , ou comme le w. des hauts Allemans , qui eft un b. prononcé mol- lement , & lans achever de fermer les lèvres , ou enfin comme l’wdes Anglois, c’eil adiré comme nôtre oh dans le mot oui. Le V'o fe met aulli apres des voyelles pour former cer- taines diphtongues, auquel cas il le prononce comme nôtre ou. Les trois yâ de la dernière divifion ont l’ac- cent tant foit peu plus aigu l’un que l’autre, la voix montant pat degrez jufqu’au dernier. Le ho Ce met quelquefois devant les con- fonnespour en adoucir la prononciation. L’O eft une conlonne muette comme fay dit qui fèrt à placer les voyelles, comme YAleph (ert à placer les points des Hebreux,, lors que la fyllabe commence par une voyel- le , ou qu elle n’eft qu’une voyelle : mais lu devient voyéle , & fe prononce comme nô- tre o quand il eft précédé d’une autre confon- ne> ou de luy-même. 8 z Du Royaume de Siam. T) u fécond Alphabeth Siamois. T E fécond Alphabeth Siamois eftceluy des ' voyelles placées à legard du premier Ko , comme on les place à legard de toute autre confonne, & à l'égard de i’o muet. J'ay mis fur chaque voyelle là valeur expri- mée par nos caraâéres. " L’accent aigu mar- que que la voyelle eft brève & d’un ton élévé, l’accent circonflexe marque que la voyelle eft longue & d’un ton bas. Et la différence de ces deux tons eft d’un peu plus d’une tierce ma- jeure. Ve , Si IV tiennent toujours un peu de nôtre eu j quoy que la prononciation de IV foit beau- coup plus ouverte que celle de IV, & qu’elle tienne moins de nôtre en. Eu , ou & ai font des prononciations Am- ples, quoy que nous les écrivions châcune par deux lettres. Ai eft une diphtongue & non une fimple voyelle , & fê prononce comme dans nôtre ex- clamation de plainte , ai. o/Îû'a eftaulîi une diphtongue qui fê doit prononcer comme au en Italien Sc en Efpa- gnol ; mais l’orthographe Siamoilc en eft tout- a-fait bizarre : car elle vaut ea. Am eft une fyllabe & non pas une voyelle. Va y eft marqué nettement après le Ko , & ce petit 0 qui eft par délias , marque 1 ’m finale. Us ont mis l’m finale parmy les voyelles, parce DV Royaume' de Siam. 83 parce qu’ils l’ont marquée au defiùs des con- sonnes à la manière des voyelles : ils placent auffi quelquefois à la fin des fyllabes & des mots l’m qui eft dans leur Alphâbeth des con- fonnes. Le dernier a qui fe marque par deux points eft un a fort bref, qui ne fouftre point d'autre lettre après luy dans une même fylla- be , & qui ne fe prononce guère qua la fin des mots: car au milieu il fèperd louvent, & devient nôtre e muet , tel que le premier e de pureté : ç’eft pourquoy en plufieurs mots Siamois j’ay obmis cet a , & quelquefois je lay écrit par un e . Ainfi j aymis pochât pour foccabat , Blat ou Bclat pour Balat , parce que * cette orthographe approche plus de leur pro- nonciation. r Le cara&ere du premier a (e lie toûjours à la conlonne, & fe met toûjours après elle, c’eft un a long , qui en vaut deux, comme nous écrivions autrefois aage pouf âge. Les quatre voyellesîuivantes fe mettent toû- jours fur la conlonne , & les longues (ont mar- quées par unirait déplus. Les deux voyelles d après , (avoir la fixiéme & la (eptiéme (è met- tent detTous, & la (èptiéme n’eft que le trait double de la fixiéme. Les cinq d’après fe met- tent devant la confonne, & le long n’eft que IV ktef redoublé. L’âou confifte en deux caraétéres qui va- lent ea comme j’ay dit, & IV fe met toûjours D 6 devant S4 Du Royaume de Siam. devant la confonne, & l'a apres, fuivant leur nature. Vm finale marquée par un petit o fe met tou* jours fur la confonne, 8c fe prononce fans re- dérachcr les lèvres. L’a bref & aigu marqué par deux points fe met toujours après la confonne , & ne fouffre nulle lettre apres luy dans la même fyllabe. - Toutes ces voyelles ainfi difpofëes, tantôt deflus, tantôt defîous, tantôt devant, tantôt apres la confonne , fe prononcent toûjours après elle, comme je lay déjà dit. Cela feroit un embarras pour nous, quand la fyllabe com- mence par une mute & une liquide , comme celle- cy prêt , dont ils arrangeaient les lettres de cette manière eprt , de forte que nous ne fau- rions s'il faudroit dire prêt ou pert : mais ils pro- noncent toûjours la liquide devant la voyelle, difant prêt, 8c non pert. Ils nefàuroient même prononcer /wf, mm petit: ils diront mfLpent pour pelt>8c ils arrangeront ainfi les lettres, lept, ou rept ou nept. Ve fe prononçant toûjours après la confonne , qui le fuit dans i 'écriture, ne leur laiflè aucun doute dans cette orthographe. Pour pnet ou pent , pmet ou pemt : ils pronom* ceront toûjours, 8c pemt. Du troifiéme Alphabet Siamois. CEt Alphabeth eft des diphtongues, dont la plûparc font bien orthographiées 8c ai- fées Royaume de Siatu. S y fées à lire ; mais dont quelques-unes fe pro- noncent d'une maniéré ailes differente de leur orthographe. On remarquera dans celles-là que les voyelles s’y prononcent félon leur ar- rangement, celles qui precedent laconfonne fè prononçant les premières , quoy quelles fe prononcent pourtant après la conibnne. Par où il paroît que voulant placer certaines voyel- les devant la confonnc , ils ont choifi celles , qui dans la prononciation des diphtongues le prononcent les premières. Il y a aufli dans cet Alphabeth quelques iÿllabes, qui ne font pas des diphtongues. D'un quatrième Alphabeth Siamois que je n ’ay passait graver. Et Alphabeth eft des iÿllabes qui com- mencent , &c qui finillènt par des cou- ronnes, & il apprend deux choies. La pre- mière, ce font deux voyelles, un a &un o y qui ne doivent jamais ny commencer la iÿllabe ny lafinir, mais eitre toujours entre deux con- fonnes. Elles ont un accent particulier. L’n fe marque par un accent aigu ', fouvent fort allongé , Si toujours placé fur la première conionne de la iÿllabe ; Si Vu fe marque par un double accent aigu " qu'ils mettent auffi fur la première conibnne de la fyllabe. Quand dans la prononciation la iÿllabe ne finit pas par une conforme , ils mettent le muet à la D 7 place ? S Du Royaume de S tant, place de la fécondé con fonne, comme on le1 peut voir dans la fyllabe Ko dansTAlphabeth des Diphtongues Siamoifes: ils s'en difpenfènc néanmoins quelquefois après 1 accent qui marque Va , mais jamais apres les deux ac- cents * ' , qui marquent Vv. Quelquefois auffi au lieu du double accent , qui marque Vo ils mettent un petit o fur la première confonne, & quelquefois ils ne mettent rien , & toutes les fois que deux confonnes font une fyllabe, c eft Vo qu il y faut fous-entendre. La féconde chofè que cet Alphabeth apprend , ce font les confonnes finales : (avoir le premier kÿ > Ie ngo> h do y le no, le mo > ôclebo. Toutes les fois qu’ils finiffent une fyllabe , par quelque autre confonne , c’eft une faute contre leur orthographe. Ils ne prononcent jamais que celles-là à la fin des (yllabes , & ils ne mon- trent à lire à leurs enfants aucune fyllabe , qui finiffe par aucune autre confonne , que par celles que je viens de dire. Il eft vray qu ils prononcent le do . comme un to , & le bo comme un po à la fin des (yllabes , & des mots. Des Alphabeths Baîis . ILs ne font pas difficiles à entendre apre's ce que j’ay dit des Siamois; les lettres fur la valeur defquelles j’ay marqué un accent aigu , fo prononcent d’environ une tierce majeure plus haut que les autres, & toutes les autres Du Royaume de S km. Sy Ce prononcent dans une parfaite monotonie. Le tiret marque que les deux lettres entre, let quelles il Ce trouve font un ïambe dans la pro- nonciation. Les cinq qui fuivent la vintiéme , ne font pas aujourd’huy de valeur differente des cinq, qui les precedent immédiatement: mais peut-eftre cela eftoit-il autrement , lors que cette langue eftoit vivante. Des Chiffres Siamois. T E n’ay rien à dire des chiffres Siamois , (mon ^ qu’un habile homme m’a dit qu’ils reflèm- blent à ceux , qu’il a trouvez dans quelques médaillés Arabes de quatre à cinq -cent ans d, ancienneté. Voicy les Noms Siamois des Puiffances du nombre dix. Noce , qu’ils prononcent NoÂi veut dire nombre. Stb, qu’ils prononcent//» , veut dire dix , de dix ai ne. Rôr, qu ils prononcent Roe, veut dire cent-, & centaine. Pan , mille. Me'ùing , dix-mille. Seen , ou fin , cent - mille , ou centaine de mille. Abraham Roger pag. 104. Des Mœurs des Bramines , dit qu’à Paliacate Lac veut dire cent-mille, & Bermer dit Leque, dans fa Relation des Gentils de l’Indoufian. pag. 1 2 1 . Cot, million. Abraham Roger à l’endroit cité. 8 8 Du Royaume de Siam. cité > die qu’à Paliacate > Coti vaut dix mil- lions. Lan , dix millions. Les nombres fe mettent devant le fubftan- tif , comme en nôtre langue: mais ces mê- mes nombres fe mettent après le fubftantif pour lignifier les noms d'ordre. Ainfi Sam deïtan veut dire trois mois, & Deiianfam lç troifiéme mois* Des Pronoms de h première pyerfonne. COây cây raotiy dtamdpapp Cœ-Tcbaou , Câ-ppa- tchdou , atanou , /ont huit ma- niérés de dir eje, ou nous : car il n’y a point de différence du pluriel au fingulier. Coti eft du Maître parlant à fon efclave. Cd eft un terme relpeâueux de l'inferieur au fuperieur , & par civilité entre égaux: 1 es Talapoins ne s’en fervent jamais à catile qu'ils fe croyent au deffus des autres hommes, Râou y marque quelque fuperiorité ou di- gnité, comme quand nousdilbns, Noustel^ dans les aétes* Roub veut dire proprement , corps c eft comme fi l'on difoit mon corps: pour dire moy, il n y a que les Talapoins qui s’en fervent quel- quefois. ^4tamapapp , eft un terme Bali affe&é plus qu’aucun autre aux Talapoins. Cd Tchdou y efteompofé de cd qui veut dire Du 'Royaume de Siam . 8p dire moy , & de Tchaou qui veut dire Seigneur > comme qui diroit moy-du-Seigneur, ou moy qui appartiens à vous Monfeigneur, c’eft-à- dire , qui fuis vôtre efclave. Les efclaves en ufènt envers leurs Maîtres , le menu peuple envers les Grands , & tout le monde en par- lant aux Talapoins. Ca-ppa-Tchaou a encore quelque chofe de plus fournis. ou par lèou > & quelquefois par tous les deux. Mais te met toûjours devant le verbe , & lêou apres: ainfi dai pen , ou rao ddï pen j ay efté , ou bien raou pen lêou , ou bien encore Raou dai pen lêou, Dai veut dire trouver , lêou veut dir cfin. Le plus que parfait fe compote des particu- les de l’imparfait, & du paffé. 4 Ainfi pour dire , quand vous vintes j'avois déjà mangé, ils di- ront , moult tan ma , raou das kin fam-red Lêou y Du 'Royaume de Siam. c> i Lêou , ceft à dire mot à mot , temps , ou quand vous venir , moy déjà manger achever. Ma veut dire venir , & avec d autres accents & une autre orthographe il veut dire cheval & chien . Kin veut dire manger , Jam-red veut dire achever : & ce terme s’ajoute ail palTë pour former le plus que parfait. Tcha eft la marque du futur : rkou cha pen y je feray : cette particule précédé toujours le verbe. Hat marque l’impératif , & fe met devant le verbe. T eut le marque aufti de le met tou- jours à la fin de la phrafè: haï kin > manges,, ou bien , kpn teut , ou bien haï kin teut. Haï veut dire proprement donner > & on s’en fert aufli pour dire, afin. A Reû la marque de l’interrogation. Kin lëoH r eu ? a- t-il mangé 1 ou avés vous mangé ? DeoUy comme nous avons dit, eft la marque du paflë , rcu fe met toujours à la fin de la phrafe. Pour dire je manger ois y ils difent, je vou- dray manger , tcha eraï kin. Tcha eft la mar- que du futur, crdï veut dire vouloir y &ainlï tcha crdi veut dire, je voudray, ôc kin veut dire manger. Pour dire fi fétois d Siam , je feroit content , ils difoient mot à mot , fi moy être ville Siam > ™°y cœur bon beaucoup. Cœur bon veut dire content y & le verbe je ferois y eft fous -en- tendu* j )Z Du Royaume de Siam, De U Conftrucîion. ILs ont des pronoms démonftratifs, & point de relatifs. Us ont des prépofitions & des adverbes , on au moins des noms pris en ce fèns là. Le nominatif précédé toujours le verbe le verbe précédé les autres régimes. La prépofition précédé auUi ce qu elle ré- gi* Quand deux fubftantî fs & fuivent le der- nier eft cenféau génitif. Fan athit> jour du Soleil , athit qui veut dire Soletl eft au génitif. L’adjeétif eft toujours- apres le lubftantif, & l’adverbe apres lad je&if, ou apres le verbe auquel il fe rapporte. Leur conftruétion eft toujours plus courte que la nôtre , parce quelle manque d arti- cles, & de beaucoup de particules que nous avons , & fouvent de verbe : mais le tour de leurs expreffions nous paroît long , fi nous les traduifons mot à mot. Pour dire, com- ment cecy a-t-il nom? ils difent ny fcbeu rai y c eft à dire mot à mot cecy nom comment ? où ils lûppriment le verbe. Mais pour dire appor- tez moy cela, ils diront, allez, prenez cela , & venez . Pour dire donne du ris h ton en - fant y ilsdifènt, prend r is , donne enfant man- ger : la conftruélion eft tousjours courre , mais. Du Royaume de Siam. $$ niais le cour de lexpreffion eft long , parce qu'ils expriment toutes les circonftances de ia&ion. En nommant les chofès particulières ils fc fovent prefque toujours du mot general, au- quel ils ajoûtent un autre mot pour la diffé- rence. Ils difènt, tête de diamant, pour dire diamant , & ils ont deux mots l’un pour le diamant brut, pce, & lautre pour le diamant nais en œuvre , ven: hoiik pêt , hoiik ven, boita Veut dire tête . Pour dire un homme , ils difent poutchdy , pour dire une femme pou y ing, qu’ils pronon- cent prefque pouging , & pou veut dire per- fonne: pour nommer les bêtes, ils mettent le niot de corps , corps de bœuf, corps de vache. £0#^ veut dire fils, loul^fchdou , fils jeune > c eft a dire fille. Schâou en Siamois , veut dire jeune , comme nang en Bali. Pour marquer la femelle parmy les animaux , ils employeur le mot mia. Ils mettent le mot ban , qui veut dire village, à prefque tous les noms de leurs villages. Ban-pac-tret-ydïy village de la bou- che du détroit grand. Banc-pac-tret-noê , vil- lage de la bouche du de'troit petit. Ban-vat y village du couvent. Banc-pac-nam >village de la bouche de l'eau. Le 94 Du Royaume de Siam, Le Pater nojler, & l'Ave en Siamois avec la traduction inter Une aire. . Pere^nous qui eftre au Ciel. Nom de Dieu le de l’iml Pô. raou you fàvang. Scheu Prâ * haï peratif. glorifier en tout lieu par gents tous offrir à Dieu prâkoc touk heng kon tang-lâï touâï Prâ loiiange. Royaume de Dieu , je demande trouver à pôn. Meüang Prâ cô hâi dâi kê nous. finir conformément au chœur de Dieu au raou. haï léou ning tchaï prà Royaume delà Terre également du Ciel. Nourriture Meüang Pen-din femô fàvang. Ahan ^«nous de tous les jours je demande trouver à nous raou touk van cô haï diï kê raou en jour ce. Je demande pardonner offences de nous, van ni. cô prot bap raou, également nous pardonner 4M*perfonnes qui faire offence à femo raou prot pou tam bap kc nous. Ne nous tomber dans caufe de péché : raou. Yà haï raou tok nâïkoüan bap: ^délivrer dehors malheur tous. haï poun kiac anerâï tang-poang. Amen. L'Ave. TIcine de grâce. Dieu être dans It Ave Maria Ten anifong , Prà you 1* Nang ^cu vous. Vous ou femme jufte-bonne ^ eftee mot heng *f Nang. Nang foum-boiu > Jltl* t plus que toutes. Avec fils jeune, & y>ngkoüâ Nang Tang-lâï. Toüi louk qui ajouté vcntïc> dans le lieu de vous Dieu, la Pcifonne de aux 2ioms outong , heng nang Prà , Ongkîào ; iv»Otv . \<,\0v. i «t ' y v ".\\N Nsasîwwv*^ '.'• va. /.v, : •1l\kp>'v . v T,;. ? \ '-$ ' : i' ¥; Sïfc. %, Z*#*., il • • " • • Vu Royaume de Siam. y y ]efu iufte-charitablc plus ^ que tous. \efii foum- boiii yingkoiiâ Tang-lâï. mafculins Merc de Dieu ayder par prière à les rend Sanéta Maria Me Pra thoüi ving von fermnms* Dieu pour nous gents de péché maintenant & au Prâ * pro râou koa bap teic-bat-ni le * c’eft.Ie temps de nous mourir. mot latin. nioüa râou f tcha tâï. Amen. f Particu- le du fil- , r tlir. Infiniment a fumer dont les Mores , cjni font à Siam, fie fervent. ILs ont une bouteille de verre de la figure de nos carraffes , horlmis quelle a une patte pour eftre plus ferme , ils l’emplitîènt d’eau à demy , & ils mettent dans le goulet , qui eft égal par tout & allez long , un tuyau d’argent entouré d’un ruban de laine afin qu’il ferme mieux : mais ce tuyau n’y entre que de la lon- gueur de deux travers de doigt , quoy qu’il ait plus d’un demy pié de long. Au haut bout elt une petite tafle ou d’argent ou de porcelaine laquelle a le fond perfé pour communiquer avec le tuyau ; & c eft dans cette talfe qifeft le tabac fur lequel ils mettent un charbon ardent. Du côté du tuyau il en fort un autre plus petit en forme de biberon , ou plûtoft c’eft le petit qui entre dans le grand par le côté, & il defeend par dedans le grand , & autant que le grand meme , fàns néanmoins en remplir toute la capacité , mais laiflant du vuide par lequel 9 6 Jjh Royaume de Siam. la fumée du tabac , lequel fe confume dans la tafîè de porcelaine , puiile defcendre dans la bouteille. Enfin à l’orifice inferieur du petit tuyau ils mettent un autre petit tuyau de bambou entouré aufli d’un petit ruban ou d’un peu de foye platte , lequel defcend jufques dans l’eau. Maintenant ccluy qui veut fumer ayant pôle à terre cette bouteille de verre, ou plûtoft toute cette machine que je viens de décrire, met dans l’orifice fuperieur du petit tuyau d’argent, le bout d’un brin de bambou , qui quoy que d’un feul jet, cft quel- quefois long de fept à huit pies. Les deux bouts en font garnis d’or ou d’argent ,& ou- tre celà lun des deux eft garni d’un petit tuyau de cri liai, que celuy qui fume met entre fes lèvres. De cette forte il femble qu’en vou- lant fumer , il devroit attirer à fa bouche l’eau de la bouteille , à caufe de la communication, qu'il y a depuis la bouche du fumeur jufqu’à 1 eau de la bouteille , lavoir par le grand brin de bambou , par le petit tuyau d’argent au- quel il tient , Sc par le petit tuyau de bambou qui entre dans l’eau , 8c qui tient au bout in- ferieur du petit tuyau d’argent : mais au lieu de cela 1 ait extérieur ne pouvant entrer dans la bouteille , la fumée du tabac defeend le long du grand tuyau d’argent non feule- ment jufques dans la bouteille , mais juf- ques dans l’eau pour s’infinuer dans le petit tuyau de bambou, d’où elle monte jufqu a la bouche 35. z. Cchtquier Chinais . z-Ity-SJ- t . Le Lqy . Z. Les tardes . 3 » Les Clejrhans . y . Les Cheualiers 5 * Les Chariots . *f. JC&f Cartons . y . Les Lions . 8. La. Limer e . ' *v»- 1 >'vi \ ^ ' il »\\* % wViiv:^; >vL ù ^vnuîL t*X . ?> ri5\ X î ; . isV. vi^i , v î / X V ÀXviV-A* • " .X * . <-Vu.V\tA* » :.f-.~v Du Royaume de Siam. 97- bouche de celuy qui fume. De forte que celuy qui a inventé cet infiniment, a fort bien com- pris qu'il feroit plus naturel que la fumée fut attirée dans l'eau, &de l’eau jufques à la bou- che du fumeur, que non pas que l'eau, qui cft plus pélante que la fumée , cédât à la force de ccttc attraction. Quelquefois il y a plufieurs petits tuyaux, autour du grand , afin que plufieurs perfonnes puiflent fumer de compagnie au même inftru- uient, &pour l’affermir davantage onl’aflïet fur un bailin de cuivre couvert en cet endroit d’une petite pièce de drap , qui empêche la patte de la bouteille de gliffer fur le baffin. Jeu des Echecs des Chinois. Eur Echiquier eft compofé comme le nô- r- ,.ft! “e de ^4-quarrez, mais qui ne font pas distinguez en blancs & en noirs. Audi nepla- leur Echu cent-ils pas leurs pièces dans les quarrez, mais 3uier* ^ aux coings des quarrez, c’eft a diré aux points brement ou les lignes de l'Echiquier s’entreconpeur. De dc- !eur5 plus 1 Echiquier eft partagé en deux moitiez trente deux quarrez pour chacun des deux joueurs, &ces deux moitiez font feparées par un elpace, qu ils appellent la Riviere. Il eft de agrandeur d’un rang de quarrez , & ne va pas un joueur à l’autre: mais du même lènsdont on range les pièces fur l’Echiquier. Ce ne font Tom' 11 ' E donc 9% Du Royaume de Siam. donc pas Iesquarrez qui font les cafèsdeleur jeu , mais les coings des quarrez. Et ainfi ils ont neuf cafés fut chaque ligne , & il y en a cinq fois neuf ou quarante -cinq en chaque moitié de l'Echiquier; je les ay marquées par des ronds. Ils ont trente-deux pièces comme nous , fei* zepour chaque joueur, les unes blanches , les autres noires : mais ces pièces ne font pas tou- tes les mêmes que les nôtres, &ils ne lesdif* pofènt pas tout-à-fait de même manière. Cha- que joiieur a un Roy ôc point de Dame , deux Gardes, deux Eléphants,deux Chevaliers,deux Charriots , deux Canons , ôc cinq Pions. Chacun des joiieurs place neuf pièces fur la première ligne de l'Echiquier qui efl de fon coté , aux points où cette première ligne efl: divifée , &à ceux ou elle efl: terminée. Ces neuf pièces font , le Roy qu’on met au milieu, les deux Gardes qui font prés du Roy, lun à droit & 1 autre à gauche , les deux Eléphans qui font près des Gardes , lun à droit &1 autre à gauche , les deux Chevaliers enfuite , aufli lun à droit , & l’autre à gauche & enfin les deux Charriots qui occupent les deux coings de l'E- chiquier. Les deux Canons fe placent à la deu- xième cale devant les deux Chevaliers, &les Pions à la première, à la troifiéme, à la cin- quième , à la feptiéme & à la neuvième ca- les de la quatrième ligne, c efl: à dire de cel- le, qui dans nôtre Echiquier leparre les premiè- res T) h 'Royaume de S tans. 99 res cafés de devant les pièces , d’avec les fé- condes. Le Roy ne fait qu'un pas non plus que dans 1 1. nôtre jeu, mais il n'en peut pas faire en tout fois ; U va en avant, ou en arriéré, ou à côté, leurs pîé- commc vont nos Tours, mais il ne va pas de ccs‘ biais comme nos Fols. Déplus il ne peut for- tir d’une marrelle , qui eft fon champ de ba- taille ou fon Palais , & qui contient quatre quarrez, qui dans nôtre Echiquier font ceux, où nous plaçons le Roy & la Dame , & les Lions du Roy 8c de la Dame : & enfin ils ne roquent jamais. Les deux Gardes ne fortent point auflî de la marrelle , & ils ne font jamais qu’un pas , mais de biais, comme nos fols, & non autre- ment. Les deux Eléphants vont du fens de nos fols, mais ils font toujours deux pas, & jamais ny plus ny moins, &ils ne pafTent pas la rivière : ils n’entrent point dans le camp del’ennemy. J’ay appris que l’Eléphant s’appelle^/ en Ara- be, & que c’eft de ce mot fil que nous avons pris celuy de fol pour cette pièce de nos échecs qui répond à l’Elephanr. Le Chevalier va deux cafés comme le nô- tre , dont l’une eft félon le fens de la marche de nôtre Tour , & l’autre eft félon le fens de la marche de nôtre Fol. Mais leur Chevalier ne paftè pas par deffus les pièces : il faut qu'il ait le chemin ouvert , au moins d’un côté. Je E 1 m’ex- i co Du Royaume de Siam. inexpliqué. La marche du Chevalier eft com- pofée de deux pas, comme jayditj dont l’un eft félon la marche de nôtre Tour, & l'autre félon celle de nôtre Fol. Il faut donc que lepre- mier pas du Chevalier foit libre au moins en un fens , c eft à dire ou félon la marche du Fol ou félon celle de la Tour. D^ailleurs le Chevalier peut pafler lariviere, & la largeur de lariviere eft eftimée un pas, de deuxqiifil doit faire, comme fi elle eftoit un rang de quarrez. Les Charriots marchent comme nos Tours, & peuvent pafler la rivière. Les Canons ont auiïï la marche de nos Tours, & peuvent pafler la riviere. Les Pions ne font qu'un pascommeparmy nous , ôc ils n'ont jamais la liberté d'en faire deux, non pas mefme la première fois quon s’en fèrr. Ils peuvent pafler la rivière qui eft toûjours contée pour un pas , & quand ils Font pafiée,ils peuvent aller non feulement en avant, maisauffi à côté comme la Tour, & jamais de biais comme le Fol,& comme nos Pions quand ils prennent, ny auffi en arriéré, non pas mefme quand ils ont eftéauboutdujeu, ce que nous appelons aller à Dame. in. Le but du jeu eft de donner échec &mat, ]eu.but comme parmy nous ; & le Roy eft obligé par- my eux, comme parmy nous, defe tirer de- chec, ou en changeant déplacé, ou en lé cou- vrant de Téchec. T oute pièce prend , en fe mettant à la pl*cc de IV. Com- ment Du Royaume de S ram. ï o r de la pièce qu'elle prend , pourvu, que le che- leurs pic- iTiin de lune àlautre foie libre, lin y a que le Canon qui a befbin qu’il y ait une pièce entre n % î & celle qu’il prend , & il n’importe que cette pièce Toit amie ou ennemie. I/on dit quelle luy fert dafFuft. Ainfi ilfautqu^il y ait une pièce entre le Canon & le Roy, pour que le Canon donne échec au Roy *, & fi la pièce qui eft entre deux, eft du jeu du Roy, çeluy de qui le Roy eft en échec * le peut tirer d cchec en ôtant cette pièce, & en découvrant le Roy devant le Canon. Au refte un Canon peut fer- vir dafFuft à un autre Canon. Leurs Pions ne prennent point de biais, comme les noftres, mais dans le fe ns naturel de leur marche, qui eft en avant, quand ils n ont pas paflé la rivière ; & en avant ou à co- fté félon la marche de noftre tour, quand ils ont paflé la riviere. On ne peut mettre ny laiffer fon Roy vis à vis de l’autre Roy , qu’il n y ait une pièce entre deux, celuyqui le feroit, ou qui vou- droit ofter la pièce qui feroit entre deux , met- troit luy-mefme Ion Roy en échec , ce qui ne fe peut. Le Roy pourtant ne peut rien pren- dre que ce qui eft à une café prés de luy , & fé- lon la marche de noftre tour, &non félon la marche de noftre fol. LïOi Du Royaume de Stam. De F Infiniment a conter des Chinois. L 'Infiniment à conter dont fè fervent les Chinois eft un chaflïs de bois de figure quarrée,mais beaucoup plus long que large. II eftdivifé en deux quarrez longs, par une trin- gue parallèle aux deux grands coftez , & ter- minée aux deux petits. Ces trois tringues pa- ralleles (je veux dire les deux grands coftez du chaflis & la tringue du milieu ) font enfilées à angles droits par plufieurs brochettes ou de bois, ou de fildarchal, lefquelles font toutes parallèles entre elles , & parallèles aux deux pe- tits coftez du chaflis, & placées par égales di- ftances pour la bonne grâce. Et enfin dans cha- cune de ces brochettes font paflèz fèpt bou- tons, deux dun cofté de la tringue du milieu „ & cinq de l’autre, lefquels peuvent aller & venir le long des brochettes, c’en à dire s’approcher de la tringue du milieu, & s’en éloigner. Cet inftrument qui eft compofé tout au plus de vint ou de vint-cinq brochettes : car le nombre n’en eft pas certain, fepofè tout plat & non fur le cofté , & l’on tourne vers foy les bouts des brochettes qui portent chacun cinq boutons. La maniéré de s’en fêrvir eft fondée i°. fur ce que les boutons ne marquent, que quand on les pouftè prés de la tringue du milieu. z°. fur ce que chacun des cinq boutons vaut un point , & chacun des deux boutons pinq Du Royaume de Siam. 10$ cinq points , toutes les fois que ces boutons va- lent quelque chofe, c’eft adiré toutes les fois qu’on les approche de la tringue du milieu. 3 °. fur ce que les brochettes de fuite , à les pren- dre de la droite à la gauche , valent nombre , dixaines , centaines , mille , & toutes les autres puillànces du nombre dix dans leur ordre na- turel. Aurefte on peut en mefme temps mar- quer plufieurs fommes en divers endroits de £et infiniment, en prenant telles brochettes, quon veut pour marquer nombre , & les pro- chaines à gauche pour marquer dixaines , & centaines , &ainfi de fuite. Et cela fiiffit pour faire comprendre lufàge de cet inftrument à ceux , qui fa vent conter au jeton. La vîteftè avec laquelle j’ay vu les Chinois qui font à Siam sen fervir , eft inconcevable , mais ils di- ftnt que ceft un effet dun apprentilîage de deux années. Linftrumentpeut être plus (im- pie (i Ton veut, en ne mettant à chaque bro- chette que quatre boutons d’un cofté & un de fautre , parce que cela fuffit à marquer jufqu a neuf en chaque brochette , qui eft tout ce dont on a befoin ; &c eft dans cette {implicite qu é- toit rinftrument Romain , que j’ay dit dans nia Relation , que Pignorius nous a donné. P ou les (avants tireront à leur gré leurs con- jectures, pour décider lequel de ces deux in- drumens eft probablement 1 original , ou le pluscompofé , ou le plus (impie. Le (impie -emble une correction du compofé,le compofé E 4 femble i 04’ Du Royaume de Siam. fèmble avoir ajoûté aufimple, pour plus de facilité & dexaélitude dans lufage. Du Cap de Bonne-Efpera?tcc. J'En donne trois vues differentes , dont les deux font entièrement nouvelles, &latroi- fiéme, qui eft celle dont le point de vue eft à ]a rade , eft copiée d apres une fort bonne Car- te Hollandoilè. Tout le monde fait que les Hollandois y ont un établiflèment important, qui allure leur navigation des Indes Orientales. Le Fort qui le defend , ne feroit peut-être pas grand choie en Europe: mais il fuffit en un Païs , où il n’y a point de voifin à craindre , & ou il ïie peut aller d'ennemi confîderable , que de fort loin, &parconfequent avec beaucoup de difficulté. Le Jardin de la Compagnie , dont le plan eft dans Tune de ceseftampes, eft fort fpacieux , comme on en peut juger en le comparant au fort: & quoy que le terroir n’enfoit pas trop bon , il fournit en abondance les choux , les ci- trouilles, les oranges, les grenades,& en un mot leslegumes , & les fruits , qui fe confervent à la Mer, & dont les Navigateurs font avides dans les voyages de long cours. J’y ay vu en un coin , & fous un mefme abry, un camphrier, un figuier d’Europe , & un rtüts d\Artthm il « ■ .illlïil.. ■1111 mgrn i 'î:. ■ . I La. ^HontiTone du Hûtl a, l 'eft . I Jie/eruair ene les îl&viresjvnt de leau . zJty- to5 K Sommet de ùt ^Montagne dit Lier . X, Croupe de ta me/me ^Alontsuqie - M Alontapne de laJâble . 3X ÎTkmùtpœ duVent. O.TJloukn P L ’endroit ou, eteitJîr JoLut quand il a, fait ce De/7ein, . /f C Le Jardin, . D Les*ALn/brts E +Alaz/on, du Jardinier » Llu/leurs Sources. G- t'J/Ze JRolin - H Cabanes des JJotantot s . !.. «F ï lOs è.-À WW .v< -.’iÇiîa 1 *vw‘> • v\» » x\ SkV. A^r^v'L 1 5 s * : *v<’ï: ,. \ *A\.tX. v‘> ^ ‘ w ;AUiV v jr &&&W'VUV y%\iv^iuS vSvroÿrvY . \iV _l -SVV&V.? ;wk^A&£ Ï .: vv'ySL vavVA t> k fcîîvîfY* . lit î,% ^ Y Ai J - H ^a>il A VvA > » \ 0 . 4\{L*i^«fA O j v*XU*. A» # ’ï)» Royaume de Siam. ray arbufte haut d’environ deux pies , qn on di- foiteftre celuy qui porte le Thé, &quej ’euflè pris pour un jeune poirier. Il n’avoit ny fleurs, ny fruit , & fort peu de Feuilles. T out auprès & fous un autre abry eftoient deux ou trois pies d’ Ananas, &ce fût tout çe que l’on m’y mon- tra de rare pour le Païs. Le raifin n’y eft plus rare , mais il n’y a que celuy , que les Hollandois y ont planté. Le vin en eft blanc & allez bon. Quelques-uns de noftre troupe allèrent jus- qu’au Sommet de la Montagne de la Table, pour y chercher des plantes extraordinaires: mais ils n’y en trouvèrent point. Neanmoins à y regarder de prés, il n’y en a aucune, qui n’ait quelque choie de particulier , que les plantes de ces Païs-cy n’ont pas. Les coquillages que l’on y trouve ne font pas des relies du Déluge , com- me quelques-uns ont foupçonné : les Oyléaux, les Singes , &les Hotantots, les y portent, & les y laiflênt. Les Allées dû Jardin s’entretiennent pres- que d’elles -mefm.es , parce que le terroir ne produitquedela moufle s’il n’eft cultivé : d'ail- leurs la propreté dujardin n’a rien , qui ne fente une fage économie , ny rien , qui fente une trop grande négligence , comme un jardin po- tager de Marchands , plus attachez au profit, qu’ils en tirent, qu’à des agréments, dont ils ne jouiraient point. L’eau qui l’arroulc par plufieurs petits ca- naux , y entre au lortir d’un moulin quelle fait E 5 mo'.v ioS Du Royaume de Shim. moudre , & au deflous du jardin elle fèrt au blanchiflàge. On en détourne feulement une partie, que Ton conduit àunrefèrvoir, qui eft au bord de la Rade , & où les Navires en vont prendre leur provifion. Le jardin eft divife en plufieurs quarrez grands à peu prés comme le quart de la Place Royale. Ils font entourez d’efpalliers, pour les mettre à couvert des vents, qui /ont quelque- fois allez furieux , pour faire périr les Vaiflèaux à la Rade , s'ils mont de bons ancres & de bons cables. Ces vents fe forment des niiages, qui $ aflèmblent quelquefois entre la Monta- gne de la Table, & celle qu'on a appelée la Montagne du Vent à caufe de ces orages. Une allée de citroniers & dorangers plantez enter- re, qui va d’un bout du jardin à l’autre, lereC fent tout à fait de leur fureur. A cela prés la fîtuation du jardin, & celle du village qui eft un peu plus prés de la Rade, font fort bon- nes ; car elles font tout à fait expo fées au So- leil , & à couvert des vents de Midy , qui font les vents froids de cePaïs-là. LesHollandois, qui y font habituez, difent que fi le vent de Sud-Oiieft n'y fouffle pendant leur efté , qui eft noftre hyver, les maladies dupoulmony font frequentes & dangereufes. Le peu de féjour, que j'y ay fait, ne m’a pas permis de m’inftruire à fonds des Mœurs des Hotantors habitants naturels du Cap : quoy qua la fimplicité extrême , dans laquelle ils vivent, 3^o tantôt s Du Royaume de Statu. i 07 Vivent, ce ne paille eftre une longue eftude. On les appelle Hotantots , parce que quand ils danfent , ils ne difent jamais en chantant que cette parole Hotantot. L’amour du tabac & de l’eau de vie, que les eftrangers leur of- frent, & qui leur a fait recevoir les Hollandois- en leur Païs, les fait danfer tant qu’on veut , e’eft à dire frapper tantôt d’un pié , & tantôt de l’autre , comme qui foulle de la vendange , & dire inceflàmment, & avecvivaciré hotantot, hotantot , mais d’une voix tout à fait baflè, comme s’ils eftoient effoufflés, ou qu’ils crai- gniflènt d’éveiller quelqivun. Ce chant muet n’a nulle diverfitédetons, mais de la mefure : les deux premières fyllabes de hotantot font toujours deux noires, ôdaderniere toujours une blanche. Ils vont tous nuds comme l’on peut voir dans la figure, que j’en donne.' Ils n’ont qu’une peau fur leurs épaules en maniéré de manteau r encore la quittent-ils à tout bout de champ; &alors il ne leur refte , qu’une petite bourfè de cuir pendue à leur cou par un cordon , & une pièce de peau un peu plus grande que la main, pendue pat devant, & attachée avec un autre cordon au tour de leur corps : mais cette petite pièce ne les couvre plus , ny quand ils fe mon- trent par le codé, ny quand ils font quelque mouvement un peu vif. Us ont la taille agréable , & La démarché plus aifée, qu’on 11e fauroitdire. Ils nailfent £ 6 auflj io S J) h Royaume de Sim. auffi blancs que les Efpagnols > mais ils ont les cheveux fort cotonnez, & les traits tenant quel- que chofe de ceux des Negres : & d ailleurs ils font toûjours fort noirs ; parce qu'ils le grai£ fènt le corps &levi(age. Ils fe graillent auffi la tête, Sc on les lent de vint pas, quand ils ont le delfus du vent. Nos gens leur donnoicnt les marmites , & les chaudières à laver ; ôc avant toutes choies, ils enprenoient la graille a pleines mains , & s’en oignoient tout le corps depuis la tefte julqu’aux pies. La graille les dé- fend delair & du Soleil, les rendfains &di£ pos, & ils preferent ces avantages naturels à la bonne odeur & à l'agrement. Ils font fi agi- les que plufieurs d entre eux gagnent les che- vaux à la courle. Il n’y a torrent , qu'ils ne paf- fënt à la nage. Ils font adroits à tirer de Y arc, & à darder ; & ils ont du courage jufqu a ïïn- trepidité. Ils viennent quelquefois à bout dun lion , pourvû qu'ils ayent ou allez de peaux , ou allez de hardes pour bien garnir leur bras gau- che. Ils le mettent ainfi dans la gueule de cet animal , & ils le percent dun dard'ou d un cou- teau quils auront à la main droite. S'ils font deux , lun tue le lion tandis que l’autre lamufe. S'ils font plufieurs, & quils n’ayent rien pour le garantir des coups du lion, ils ne Iailïènt pas de s expofer tous à la fois : lun deux périt d’or- dinaire, mais le lion périt auffi par les coups que les autres îuydonnenc. Quelquefois ils lelau- Vent tous, & le défont du lion. Leurs Du Royaume de Sîam. xoy . Leurs femmes fe graillent comme eux, quoy quelles affe&ent quelque parure, com- nie d’attacher à leurs cheveux courts, cotonnés, & pleins de graille de petits os, &de petits co- quillages. Elles ont aulli des colliers de diver- ses couleurs de verre, d’os ou de telle autre ma- tière, félon que les étrangers leur en donnent, ou leur en vendent. Elles ont à chaque jambe une cinquantaine d’anneaux de cuir, qui bat- tent les uns fur les autres, & font quelque bruit, quand elles danfent, &qui les défendent des ronces , quand elles vont faire du bois ; car ce foin les regarde , & non leurs maris. Eux & elles mangeoient les tripailles làns prefque lesvuider, quand nos gens leur en don- noient, & à peine les mettoient-ils un mo- ment for les charbons. Si nous leur offrions de 1 eau de vie, ils ramafïoient pour la rece- voir , la première coquille , qu’ils trouvoient à terre, ôc après avoir (buffle dedans, ils s’en lèrvoient pour boire. Ils mangent leurs poux auffi bien que les Cochinchinois : & quand on le trouve étrange , ils répondent en plai- santant , que c’eft parce que leurs poux les mangent. 1 Us logent fous de petites huttes faites de feuil- lage ou de ^roffes nattes de jonc, dont le haut me veaoit a peine à my-corps>.& il me fem- oloit que je n’euffe pu me coucher dedans de ma longueur. Ils font un trou en terre fous ces nattes, & dans ce trou profond d’environ deux E 7 piés ï i o Du "Royaume de Star». pies ils font leur feu, fans fe foucier de la füL mée dont leurs huttes ne defempliflènt point. Us vivent ‘de chalïè , de pefehe, du lait & de la chair de leurs troupeaux. Dans cette pauvreté ils font toujours gays , chantant &danlànt toujours, vivant (ans a ii ai- res Si fans travail, &ne fe fouciant de l’or Sc de l’argent qu’autant qu’il leur en faut pour avoir un peu de tabac Si d’eau de vie -r cor- ruption que le commerce étranger a gliflée dans leurs mœurs. Comme quelques-uns d’entre eux fe furent exercez à darder devant nous , je leur offris cinq ou fix pacquets de colliers de grains de verre coloré ; & ils me fai firent tous fi bien la main , que je ne pouvois plus l’ouvrir pour lâcher les colliers, Si je ne pouvois d’ailleurs m’expliquer à eux. Je fus quelque temps dans cet embarras , jufqu’à ce qu’ils s’aperçurent qu’ils dévoient me lailîèr en liberté pour avoir ce qu’ils defiroient. Ils aiment ces colliers pour leurs femmes, & quand nous eûmes re- mis à la voile , je fus qu’un laquais des nôtres en avoit vendu un écu à l’un d’entre eux. Le peu d’argent qu’ils ont , & dont ils font peu de cas , eft le falaire du fervice , qu’ils rendent quelquefois aux Hollartdois , Si aux autres étrangers , qui abordent au Cap : mais us s’emprefl'ent peu à leur en rendre. Ils n’ont chacun qu’une femme, leur Cher feulement en a trois, Sc l’adultere eft puni de mort Du Royaume de Star». rti ïnort parmi eux. Ils tuent leurs enfants, quand ils en ont trop : & comme ils marient en tres- sas âge çeux qu’ils gardent , on voit parmi çux beaucoup de petites filles déjà veuves , qui manquent d’un article au petit doit : car quand Hue femme perd fon mary , elle le coupe un article du petit doigt , ou du quatrième doigt , n elle a efté allés fouvent veuve , pour s’eftre coupé tout le petit. Elle peut néanmoins s’en difpenlér , fi elle veut : & il y a quelques maris qui ne s’en dilpenfènt pas , quand ils ont perdu leur femme. La plûpart d’entre eux fe font eunuques a demy , pour eftre plus propres aux femmes ; 8c quand lage vient d’y renoncer, ils fe font eunuques tout à fait, pour fe pri- ver entièrement de leur commerce , & joüir d une vieillefle plus faine. Les Hollandois avoient élévé à l’Européane , un enfant Ho- tantot , 8c l’avoient envoyé en Hollande.. Quelque temps apres ils le firent retourner au Cap, où il pouvoir leur eftre utile parmi ceux de là Nation : mais dés qu’il le fût retrouvé parmi eux, il y demeura, & renonça à l’habit & à la façon de vivre des I lollandois. Ils ne commettent point de vol entre eux ,, 11 y dans les mailons des Hollandois , où ils. font reçûsfàns précaution: &C fi le cas arrive, ils lepunillènt de mort. Néanmoins à la cam- Pague , lorsqu’ils le peuvent lûrement , & elperent de n’eftrepas découverts, ils alWuncnt quelquefois pour voler , & font voir n% Du Royaume de Siarœ. voir que le mépris des richefles neft chez eux que la haine du travail. Les Hollandois nomment leur Chef, 5c ce Chef eft leur Juge : mais ceux qui n’ont pu fupporter cette dépendance étrangère , font allez plus avant dans le Païs vivre avec les au- tres Caffres. On m’avoit dit d abord qu’ils n’avoient nul fentiment de Religion : mais enfin je fus, que quoy qu’ils n’aient ny Prêtres ny Temples, ils ne laillènt pas aux nouvelles & aux pleines Lunes de faire des réjoiiiiïancespubliques, qui /entent le Culte. Je foupçonne qu’ils ont quel- que teinture du Manicheïfme , parce quils reconnoifïènt un Principe du bien , & un au- tre du mal , qu’ils appellent le Capitaine d en haut, 5c le Capitaine d’en bas. Le Capitaine d’en haut, difent-i!s, eft bon , il n eft pas ne- ceffaire de le prier , il n y a qu a le laiffer faire , il fait tousjours bien : mais le Capitaine d’en bas eft méchant , il le faut prier pour le dé- tourner de nuire. C’eft ainfi qu’ils parlenr , mais il ne paroît pas à leur conduite extérieu- re , qu’ils prient beaucoup. Un Hollandois, qui avoit de l’efprit ôc du favoir , me dit qu’il avoit trouvé parmi les Hotantots les noms d’Afdrubal Sc de Bocchus- Du Royaume de Siam. 11$ Réglés de UJlronomie Siamoife , four calculer les mouvemens du Soleil & de la Lune , traduites du Siamois , & depuis examinées & expliquées par M. CaJJini de é Academie Royale des Sciences. A/T Onfieur de la Loubére, Envoyé extraor- -®“dinaire du Roy à Siam , a rapporté un Manufcrit Siamois , qui comprend des régies pour calculer les mouvemens du Soleil & de la Lune félon la méthode dece Païs-là , & dont il m’a communiqué la traduûion , qu’il a auflî apportée de Siam. „ Cette méthode eft extraordinaire. On ne fT, . t point de Tables ; mais feulement de 1 addition, fouftradfcion , multiplication , & divifion de certains nombres, dont on ne voie pas d’abord le fondement , ny à quoy ces nom- bres fe rapportent. On cache fous ces nombres diverlês pério- des d’années folaires , de mois lunaires, & d’au- tres révolutions , & le rapport des unes avec les autres. On cache autfi fous ces nombres dtverlès elpéces d’époques qu’on ne diftingue P°int , comme l’époque civile , l’époque des lunaires , celle des équinoxes, celle des jtpogées , & cellc du cycle iolaire. Les nom- tes dans lefquels conlifte la différence entre ces zi 4 2)# Royaume de Siaw* ces époques, ne (ont pas ordinairement à h tête des operations aufquelles ils fervent , com- me ils devroient eftre félon Tordre naturel : ils font fouvent mêlez avec certains nombres; & les fomrnes ou les différences font multipliées ou divifées par d’autres ; car ce ne font pas tousjours des nombres fimples, mais fouvent ce font des fra&ions tantoft (impies , tantoft compofées > fans eftre rangées en forme de fra&ions > le numérateur eftant quelquefois dans un article , & le dénominateur dans un autre ; comme fi Ion avoit eu un deffein formé de cacher la nature & Tufagede ces nombres. On entremêle au calcul du Soleil des chofès qui n appartiennent qu'a la Lune, 6c d^autres qui ne (ont neceflàires ny à l’un ny à 1 autre x (ans en faire aucune diftinftion. On y con- fond enfèmble des années folaires & des an- nées lunifolaires , des mois de la Lune & des mois du Soleil, des mois Civils & des mois, Aftronomiques, des jours naturels & des jours artificiels. On y divife le Zodiaque tantoft en- douze Signes félon le nombre des mois de l’année, tantoft en 27. parties félon le nom- bre des jours que la Lune parcourt le Zodia- que, & tantoft en 30. parties félonie nombre des jours que la Lune retourne au Soleil. On n y parle point d’heures dans la divifion du jour j mais il s y trouve des 1 1 mesdes 705 mcs & des 800 mcs parties de jour, qui refultent des operations arithmétiques que Ton preferic. Cette Dts Royaume de Siam . i x j Cette méthode eft ingenieufe ; & eftant aevelopée , rectifiée , & purgée des choies Superflues , elle fera de quelque utilité , fe pou- vant pratiquer (ans livres par le moyen de di- vers cycles & de la différence de leurs époques : Ceft pourquoy j’ay tâché de la déchiffrer , quelque difficulté que jV aye trouvée d’abord y n° u ieulement à caufe de la confufion qui y regne par tout , St des noms qui manquent aux nombres fuppofez, mais aufli à caulè des noms extraordinaires quon donne à ce qui refulte des operations , dont il y en a plus de vint qui n'ont pas cfté interprétez par le Tra- ducteur, &dont je n’aurois jamais trouvé la lignification , fi je n’a vois auparavant décou- vert la méthode 5 ce qui ma auffi fait connoL- tre que l’interpretation que le Traducteur a faite de trois ou quatre autres noms , n’eftpas aflèz jufte. Dans cette recherche j'ay diftingué premiè- rement , & féparé des autres nombres ceux qui appartiennent aux époques, ayant reconnu que ces nombres font ceux que l’on donnoità ajouter ou à fouftraire , ou Amplement, ou en ks divilànt ou multipliant par certains autres nombres. Secondement > j’ay confideré les analogies Sui réfultent des multiplications & divifions autres nombres féparez des époques 5 & c cft dans les termes de ces analogies que jay prouvé les périodes des années, des mois, & ru6 Du Royaume de Siam. des jours, & les différences des unes aux autres que lexperience des chofes aftronomiques , & Toccafion de diverfes operations que j'ay fai- tes , ma fait reconnoltre. J’ay crû que les Millionnaires , à qui 1* Aftro- nomie donne entrée chez les Grands & chez les Sçavans par tout l'Orient, pourroient tirer quelque avantage de ce travail pour l'intelli- gence & pour l’explication de l'Aftronomie Orientale , que Ton pourroit aifément réélifier & conformera la nôtre fans apporter que tres- peu de changement à la méthode, en corri- geant les nombres dont elle fe ferr. J^ay crû aufli quil ne feroit pas inntile^de réduire l’Aftronomie de l'Europe à cette for- me, afin de s'en pouvoir fervir ail defaut des T ables qui abrègent beaucoup le travail. Cette méthode feroit bien plus facile à pratiquer dans la forme de Tannée Julienne & de la Grégo- rienne dont nous nous fervons , que dans la forme de Tannée lunifolaire dont les Orien- taux fe fervent : car leur difficulté principale confîfte à réduire les années lunifolaires &t les mois lunaires civils aux années &aux mois du Soleil , que la forme de nôtre Calendrier nous donne immédiatement 5 & ce qui ma donné le plus de peine, ça efté de reconnoi- tre la methode dont ils fe fervent pour les re- duire, dans laquelle les diverfes efpéces dan- nées, de mois, & même de jours, que ion fuppofç & que Ton cherche , ne font point 1 diftin- Du Royaume de Siam . 1 1 7 diftinguées. C’eft pourquoy on ne verra pas d’abord la raifon de l’explication que je donne, & de la détermination des genres auxefpéces que je fais dans le commencement 5 mais on ta comprendra dans la fuite par la connexion des chofës , & par ce qui en réfulte necet tairement. De F Epoque Aftronomique de cette méthode . T Ay tâché de découvrir quelle eft FEpoque d’où l’on commence à compter icy les mou- Vemens du Soleil de de la Lune ; de à quelle année , quel mois de quel jour de nôtre Calen- drier elle fe rapporte : car il n’en eft point parlé dans cét Extrait , qui la fuppofe ou connue, ou expliquée peut-eftre dans les chapitres pre- Cedens du manuferit d’où cét Extrait a efté dré, puifquefansla connoiflance de l’Epoque il eft abfolument impoffible de pratiquer cette méthode. J^ay trouvé que cette Epoque eft Aftrono- ^ique , & quelle eft differente de la Civile : ^e que j’ay reconnu , parce que l’on preferit lcy de commencer à compter les mois de lannée courante par le cinquième mois dans 1 année Embolifmique qui eft de 13. mois, de par le fixiéme mois dans lannée commune qui cit de i2. mojs# Car cela ne feroit pas intel- ligible , ft poa ne fuppofoit deux differentes i iS Du Royaume de Siam . Epoques d’années , dont Tune , qui doit eftrô TAftronomique , commence tantoft au cin- quième, & tantoft au fixiéme mois delautre* qui eft la Civile. Ce qui nTa fait encore con- noître que TEpoque Aftronomique eft diffe- rente de TEpoque Civile non feulement dans les mois , mais aufli dans les années, c^eft Toperation que Ion fait icy pour trouver Tan- née de la naiffance de quelqu’un , en fou- ftrayant (on âge du nombre des années échues depuis TEpoque ; car cette operation fèroit inutile, fi Ton ne demandoit que Tannée dé la naifïance après TEpoque Civile que Ton connoît immédiatement , & que Ton com- pare à Tannée courante pour Içavoir lage d une perfonne. Cela eftant fuppofé , j’ay cherché premiè- rement le fiécle auquel cette Epoque Aftrono- mique fe peut rapporter ; & ayant trouvé dans le calcul du Soleil fait par cette méthode , que deux lignes & vingt degrez qu^on y employé ne (àuroient marquer que Tendroit du Zodia- que où fètrouvoit Tapogée du Soleil dans 1 E- poque, lequel apogée devoir eftre au vingtième degré des Gémeaux; j’ay jugé que cette épo- que devoit eftre vers le feptiéme fiécle , ou Tapogée du Soleil fè trouvoit au vingtième de- gré des Gémeaux félon la plûpart des Tables Aftronomiques. Secondement , ayant trouvé que le nom- bre 61 1 , que Ton entremêle au calcul du So- ^ leu, Du Royaume de Siam. xiy leil , ne Suroît eftre que le nombre des jours compris entre l’Epoque Aftronomique & le retour de l’apogée de la Lune au commence- ment du Zodiaque ; 8C que le nombre 3 2 3 2 , rjue l’on y employé enfuite , ne fauroit eftre *lue le nombre des jours pendant lelquels cét apogée fait une révolution ; jay établi que l’apogée de la Lune , qui en 62.1. jours fait ceux Signes 8c 9. degrez , eftoit dans cette Epoque au 2 1 . degré du Capricorne : Et parce que l’apogée de la Lune par la révolution qu’il Eut en 8. ans & * , retourne au même degré du Zodiaque douze fois en un fiéclc; j’ay diftin- guc les années du fiéde aulquelles l’apogée de |a Lune s’cft trouvé en ce degré, 8c j’ay exclu les autres années. Troifiémement , ayant trouvé par la ma- mere dont on le fert icy pour calculer le lieu du Soleil , que cette Epoque Aftronomique eft tres-proche de l’Equinoxe moyen du prin- temps , qui au feptiéme liécle arrivoit le 20. ou 21. de Mars ; parmi ces années choifies j’en ay cherché une dans laquelle l’apogée de la Lune arrivât à ce degré du Capricorne vers *e 2 ï. de Mars, ce qui 11e fe rencontre qu’une Eois en 62. années à quelques degrez prés-, 8c |ay trouvé qu’en l’année d 3 S. parce qu’on réduit le$ mois lunaires en jours pour trouver le nom- bre des jours depuis T Epoque , & la valeur des mois entiers eftant ôtée de la fomme des jours, le refte fert pour trouver la diftance de la Lune au Soleil. En l'année 638. de Jesüs-Christ la nouvelle Lune équinoxiale .arriva le 21. de Mars à trois heures du matin à Siam, lors que le Soleil par fon moyen mouvement parcouroit le premier degré d’Aries, lapogée du Soleil eftant au 20. degré des Gémeaux, & celuy de la Lune au 2 1. degré du Capricorne. Ce jour fur encore remarquable par une grande eclipie de Soleil qui arriva le même jour , mais 1 4. heu- res après la conjôndtion moyenne. Cinquièmement , par la maniéré de trou- ver le jour de la femaine qui eft pratiquée icy , il paroît que le jour de l’Epoque fut un Samedi : & le 2 1 . de Mars de l’an 6 3 8. fut auffi un Sa- medi. Cela confirme encore la certitude de cette Epoque , & fait connoître le favoir cC le jugement de ceux qui lont établie , qui ne fè font pas contentez d’une Epoque Civi e, comme ont fait les autres Aftronomes : majs qui en ont pris une Aftronomique , qui fut e principe naturel de plufieurs révolutions, le- quelles 11e fauroient recommencer enlem e qu après plufieurs fiécles. Cette Epoque e ^ éloignée de 5. ans &c 278. jours de 1 Epoque Perûennc de Tefdegerdes > dont la première J ** année . f Du Royaume âe Siam. X2i année commence en l’an de Jesus-Christ 6>z- au 16. de Juin. Ces régies Indiennes pourtant ne font pas tirées des Tables Perfien- nes rantiA..'. .. ^ . r- , , ^ ~ lapogee I r ,w U(_ lx ^egrez ; ce qui ne s’accorde pas fi bien avec j}os Tables modernes. Les Tables Pcrfiennes ont auffi l’équation du Soleil plus petite de j2" minutes, & celle de la Lune plus grande rte 4* minutes ; ce qui s’accorde mieux avec les modernes. . Ces régies Indiennes ne font pas non plus mees des Tables dePtolomée où l’apogée du ooleil eft fixe au degré & demi des Gé- meaux; ni des autresTables faites depuisqui ont toutes cét apogée mobile. Il femble donc H11 elles ont efté inventées par les Indiens; ou que peut - être elles ont efté tirées de TA- utonomie Chinoife, comme on le pourroic conjeéturcr de ce que dans cét Extrait les nom- bres font écrits de haut en bas à la maniéré des Chinois : mais il fe peut faire que cette manie- re d’écrire les nombres foit commune à ces ^ux nations. Ayant trouvé l’Epoque Aftronomique de cette méthode, &le rapport quelle a avec les ^nnees Juliennes; on peut réétifier les Epoques ,^s mouvemens du Soleil & de la Lune par les . * es modernes , en ajoûtant environ une mute par an à l’apogée du Soleil, & en cor- Tm ■ F rigeant lit Du Royaume de Siam. rigeant Ica autres périodes. Ainfi il n’y aura plus de difficulté à réduite en jours les an- nées & les mois depuis l’Epoque ; & fi l’on cor- rige auffi les équations conformement aux Ta- bles modernes , on trouvera par cette meftne méthode le lieu du Soleil & celuy de la Lune avec beaucoup plus de jufteflè. Nous donne- rons cette corre&ion avec le fupplement de ce qui manque à ces réglés , après que nous les aurons expliquées. Explication. I. i°. T 'Ere en ce lieu eft le nombre Régies pour trouver le lieu du Soleil & de la Lune au temps de la naijfance de quel- qu'un. I. i°. p Ofi*. /'Ere. des années depuis l’Epoque Aftronomique , d’où ?on prend le mouvement desPlanettes, jufqua l’année courante; qui paroîtra dans la fuite. i°. Soujlrayez. l'âge de z°. L'dge de la perf on- ia perfonne de /'Ere, ne eft le nombre des vous aurez, l'âge de la années depuis (à nai - naijfance . * fance jufqua l’année courante , qui eftant ôté de l'Ere , refte / âge e la naijfance y c'eft-à-dire, lan depuis 1 Epoque aftronomique dans lequel la nailîance eft ar- rivée. c ; . En Du Royaume de Siam. j * ^ 3° En multipliant 30. Multipliez. -la l annécs par i z. on par 1 2. es réduit en mois. Ces mois feront folaires ctlacun de 30. jours 10. heures & demie, un Pcu plus ou un peu moins, félon lesdiverfes hypothefes , fi les années font folaires ; ou à peu prés fi elles font lunifolaires & en fi grand «ombre, que l’exçés des unes recompenfè le défaut des autres. La forme de I année dont il s agit tcy> eft lunifolaire ,puis qu’Ü y en a de com- munes de 12. mois mnaires , & d abon- dantes ou embolifini- Sues , appellées Atti - kamaat > de 1 3 . mois Junaires. De ce que i’on commence à compter les mois3non par le premier mois 4°. Ajoutez-y le nombre des mois de Vanne e courante: CJ pour cela , fi Vannée courante eft Attika- maat, ccft-h-dire , H elle a 13. mois de la Lune y vous commen- cerez. a compter parle S • mois-, que fi elle n eft point Attikamaat , vous commencerez à compter par le 6. mois . 'k l’année , mais par le cinquième, fi l’année ^mbolifmique, & par le fixiéme fi l’année e« pas embolifmique , j’ay inféré qu’il y a eux Epoques &deux formes d’années diffè- res , l’une Aftronomique , & l’autre Civile ; e premier mois de l’année Aftronomique au cinquième mois de l’année Ci- fanc r rQlifmicîue » 9“ feroit Ie fixiéme mois Hnlertion du mois embolifmique qu’on F z ne 124 Du Royaume de Siam. ne compte point parmi les i z. mois , & quon fuppolè être inféré auparavant ; & que dans les autres années, dont tous les mois lont comptez de fuite fans intercalation , le premier mois de l’année Aftronomique n’eft compté qu’au u- xiéme mois de l’année Civile. Mais comme l’on ne détermine pasicy ex- prelTemcnt fi on doit commencer à compter un mois entier au commencement ou ala nii du 5 e ou de 6e mois, il fe peur faire que l’on prenne pour premier mois de l’année Aftrono- mique celuy qui finit au commencement des mois dont ileft parlé dans cét article. En ce cas, l’intervalle entre le commencement de 1 amiee Civile , & le commencement de l'annee Altro- nomiquene lèroitquede j. ou de 4. mors en- tiers : au lieu que fi Ton ne compte un mois en- tier qu’à la fin du 5 e ou du 6e mois , & que le premier mois que l’on compte félon cette ré- glé foit le premier de l’année Aftronomique; i’intervalle entre les commencemens de ces deux cfpéces d’années fera de 4. oude^.moi^ entiers. Nous verrons dans la fuite, que es n diens ont diverfes efpeces d’annees A miques, dont les commencemens iont .rens, &ne font pas beaucoup éloignez e quinoxe du Printemps ; au licuque _anPC,.r tv_. vile doit commencer avant leSolftice ver , tantôt au mois de Novembre , mois de Décembre de l’annee Gregor • On ajoute le nombre des mois de 3 Dit Royaume de Siam. i courante ,qui font mois lunaires, à ceux qu’on a trouvez par l'article 3. qui font mois folai- res 5 & l’on fuppofe que la fournie , toute hete- r°gene qu’elle eft, foit égale au nombre des toois folaires échûs depuis 1 epoque Aftrono- mique. On néglige la différence qu’il peur y avoir, qui en une année ne fçauroit montera tin mois entier ; mais on pourroit s y tromper d\in mois dans la fuite des années, fi on ne pre- . noit bien garde aux intercalations des mois , après lelquellcs le nombre des mois que l’on compte dans l’année Civile , eft plus petit que celuy que l’on compteroic fans les intercalations precedentes; 5°. 6°. 70. On cher- che icy le nombre des mois lunaires depuis l’époque A- ftronomique donc on a parlé à l’article 1 , ) u (qu’au commence- ment du mois cou- rant : ce que l’on fait en réduifànt les mois folaires que l’on hippofe avoir efté trouvez cy - defîîis , en mois lunaires, par le moyen de la différence eft entre les uns & les antres. Dans les °pcrations que l’on fait , on fuppofe que com- îîle ZiS.eft à 7 > ainfi le nombre des mois folai- F 5 res y°. Multipliez* -par 7. le nombre trouve art . 4. 6°. DivifezUjom - me par 228. 7°- f oignez, le quo-* tient de la divijîon au nombre trouvé art. 4 \ cela vous donnera le Maafaken ( cefi-k- dire , le nombre des mois ) que vous car- derez,. ï là Du Royaume de Siam. res donné, efl à la différence dont le nombre des mois lunaires lurpafïè le nombre donné des mois folaires écoulez pendant le mefme efpace de temps ; quainfi en 2 2 8 mois folaires, qui font 1 y années , il y a 2 2 8 mois lunaires Sc 7 mois de plus , c eft-à-dire ,235 mois lunaires. Voicy donc une période fèmblable à celle de Numa & de Meton , & à noftre Cycle du nom- bre dOr de 15? années pendant lelquelles la Lune fe rejoint 235 fois au Soleil. Nous verrons neanmoins dans la fuite que ces périodes qui s'accordent enfemble dans le nombre des mois lunaires & des années folai- res, ne s'accordent point dans le nombre des heures, à caufe de la grandeur de l’année folaire & du mois lunaire , qui eft fuppofée diverfè dans ces diverfes périodes : & que llndienne neft point fujette à une faute fi grande que le cycle ancien du nombre d'Or , quon a efté obligé d oter du Calendrier Romain dans la correétion Grégorienne, parce quil donnoitles nouvelles Lunes plus tardives qu'elles ne font, à peu prés d’un jour en 3 1 2 années 3 au lieu que les nouvelles Lunes déterminées par cette pé- riode Indienne s'accordent avec les véritables dans cét intervalle de temps à une heure prés , comme Ton trouvera en comparant ces réglés avec les fiiivantes. IL II. le Maa- réduit icy A faken. Vv les mois de la Lune Du Royaume de Siam. 1 17 Lune en jours: mais z°. Multipliez. - le parce qu’on fait tous par 3 o. les mois de 30. jours, 30. joignez.- y les ce ne feront que jours du mois cou - des mois artificiels rant. plus longs d’environ 1 1 heures, 1 G minutes *îae les Aftronomiques , ou des jours artifi- ciels qui commencent aux nouvelles Lunes, &font plus courts de 11 minutes, 31 fécon- dés que les jours naturels de 24 heures, qui commencent toujours au retour du Soleil au toefme méridien. On réduit les jours 40. Multipliez, le en onzièmes de jour, tout par ri. en les multipliant j°. Ajou.tez.-y en- Par 1 1 : & on y ajou- cor ele nombre de 6 5 o. te 6 5 o* onzièmes , qui font j 9 . jours & Je trouve que ccs j 9. jours & J font les jours ar- tificiels , qui au jour de l’Epoque étoient échus depuis qu’une onzième partie de jour naturel, & une onzième de jour artificiel avoient com- mencé enfemblelous le meridiendes Indes au- quel on accommoda ces réglés. Ayant mis à part 6°. Divifez le tout 5e qu’on ajoûte tou- par 703. jours par l’article 5e, 70. (fardez, le nu- r } , paroit par la 2 , 3 , (>. & 8. operation, ^Ue comme 703. eft j1 1 1 > ainfi le nom- re des jours artifi- merateur que vous ap- pellerez, Anamaan. 8°. Prenez lequo - "tient de la fraîi ion- trouvé art. 6. le F 4 fou- Du Royaume de Siam. foufirayez. du nom - ciels qui réfulte des bre trouvé art. 3 : le operations de fart. 2, refie fera V horocon- & 3 . eft au nombre ne (c eft- k- dire, le des jours à raba- v nombre des jours de tre pour avoir le /’Ere) que vous gar - nombre des jours derez. naturels qui répond à ce nombre des jours artificiels: d'où il pa- roît qu’en faifint le mois lunaire de 30. jours artificiels ; 703. de ces jours furpafTent d’on- ze jours le nombre des jours naturels qui les égalent. On peut trouver la grandeur du mois lu- naire qui refiulte de cette hypothefe : car fi 703 . jours artificiels donnent un excès de n. jours; 3 o. de ces jours qui font un mois lunaire , don- nent un excès de*** de jour; & comme 70 3. eft à 330, ainfi 24. heures font à 1 1 . heures , 1 y. minutes, 5 7. fécondés*, & ôtant de 3o.jours cét excès , il refte 19. jours ,12. heures, 44. mi- nutes, 3. fécondes, pour le mois lunaire, qui s’accorde à une féconde prés au mois lunaire déterminé par nos Aftronomes. A legard de la valeur de 55?. jours & ,îque Ton ajoûte avant la divifion,il paroît que fi 70 3 « joursdonnent n. àfouftraire, 55?. jours &,î donnent**’ de jour, qui font 22. heures, 1 1 ‘mi- nutes & demie, dont la fin du jour artificiel a dû arriver avant la fin du jour naturel que on prit pour l'Epoque. Lanamaan eft lenombre des705mes pi- tiés Du Royaume de Siant. 119 ties de joue qui relient depuis la fin du jour artificiel julqu’à la fin du jour naturel courant. s’en 1ère dans la fuite pout calculer le mou- vement de la Lune , comme on l’expliquera ey-aprés. Le quotient que l’on ôte du nombre des jours trouvé par fart. 3 . eft' la différence des jours entiers , qui le trouve entre le nombre des jours artificiels & le nombre des jours naturels depuis l’Epoque. L’horoconne eft le nombre des jours natu- rels écheus depuis l’époque Aftronomique jut ^u au jour courant. Il fembleroit qu a la rigueur l’addition des jours du mois courant preferite par l’article 3 , ne lé devroit faire quaprés la multiplication & la divifion qui fert à trouver la différence des jours artificiels aux jours na- turels, parce que les jours du mois courant font naturels , & non pas artificiels de 3 o. par mois: Mais on voit par la fuite que cela fe fait pour avoir avec plus de jufteflè l 'anamaan- qui fert au calcul du mouvement de la Lune. III. III. T L fuit de cette i°.T) O fez. /’ horo- operation & de -L conne. 1 avertiffèment , que 20. Divifez - le f1 après la divifion par 7. l* relie 1 , le jour 30. Le mtméra- c°urant léra un Di- teur de U fraüion manche ; & que s’il eft le jour de la fe* ne relie rien, ce fera maire. F 5 un* r 3 o Du Royaume de Siam . un Samedy : l’époque Aftronomique de l 'ho* roconne eft donc un Samedy. Nota ^ Que lepre- Si Ton fcait dail" mier jour de la fe - leurs quel jour de la marne ejl le Diman- femaine eft le jout €^e- courant , on verra fi les operations precedentes ont efté bien faites* ir. i°.T) O fez. ï horo- -L conne. i°. Multipliez* -le par 8oo. 3°. Souftrayez*-en 37}- 4°. Divifez-le par 25*2207. 50. Le quotient fe- ra /'Ere, & le numé- rateur de la fraftion fera /é’Krommethiap- ponne , que vous gar- derez*. IV, ON réduit icy les jours en g00mes de jour. Le nombre 373 delar- ticle 3 fait3,*’ de jour, qui font 1 1 heures 3c 1 1 minutes. El- les ne peuvent venir que de la différence des Epoques , ou de quelque corre&ion, puis que c eft toûjours le meime nombre que Ion fouftrait. L'Epoque de cette Se&ion I V. pourra donc cftre 1 1.. heures & 1 1. minutes après la prece- dente. U Ere fera un nombre de périodes de jours depuis cette nouvelle Epoque , 800. defquel- les feront 191 207. jours. La queftion eft de fça- voir quelles feront ces périodes? 800. années Grégoriennes , qui approchent de fort près d’autant Du Royaume de Siam. 1 3 1 d’autant d’années {blaires tropiques , font *9* 194 jours. Si donc nous iuppofons que * Ere (oit le nombre des années lblaires tropi- ques depuis l’Epoque, Soo de ces années fe- ront trop longues de 13 jours félon la corre- ction Grégorienne. f Mais fi nous fuppofons que ce (oient des an- nées anomaliftiques pendant lefquelles le So- leil retourne à fon apogée , ou des années aftra- les pendant lefquelles le Soleil retourne à la mefine eftoile fixe ; il n’y aura prefque point d’erreur: car en 13 .jours, qui eft l'exces de 800. de ces périodes fur 8 00. années Grégoriennes, le Soleil fait par fon moyen mouvement izd. 48'. 48". que l’apogée du Soleil fait en 800. ans àraifondejy". 39'". par an. Albategnius fait le mouvement annuel de l’apogée du So- kilde 39". 4"'. & celuy des étoiles fixes de 5 4". 3-4 • & il y a des Aftronomes modernes qui font ce mouvement annuel de l’appogéedu So- leil de S7 y &cel uy des étoiles fixes de 5 1". Donc fi ce qui eft icy appellé£r^, eft le nom- bre des années anomaliftiques ou aftrales ; ces années feront à peu prés conformes à celles qui font établies par les Aftronomes anciens & Modernes. Neanmoins ilparoît par les réglés ^ni fuivent , que Ion fe fert de cette forme d*an- j^ée comme fi elle eftoit la tropique , pendant ^quelle le Soleil retourne au mefine lieu du ^°diaque> & quon ne la diftingue point des^ ^nx autres elpecesd années. - F 6 Le 1 5 i Du Royaume de Siam. DeKrommethiapponne qui relie après la di- vifion precedente , c’eft-à-dire , après avoir pris toutes les années entières depuis l'Epoque , fera donc les 8oomes parties de jour, qui relient après le retour du Soleil au même lieu du Zo- diaque: &ilparoîtpar les operations lùivantes que ce lieu elloit le commencement d’Aries. Ainli lèlon cette hypothefe l'Equinoxe moyeu du printemps lèra arrivé 1 1 heures i i après l’Epoque de la Seèlion precedente. r. v. i°.p Ofezle Krom- p Uifqu’ à l’article methiappon- J- je on a trouvé le ne. jour de la femaine z°. Souflrayez.- en par Yboroconnc d’u- /'Ere. ne maniéré tres-fâ- 3°. Divifèz. le re- cile , il ell inutile fie par z. de s’arrefter à celle- 4°. Négligeant la cy qui ell plus lon- fraüion , fouftrayez. z gue & plus compo- du quotient. iée. 5°. Divifez. le refiepar 7 : la fraction vous donnera le jour de la femaine. Nota , Que quand je diray la fraction , je n'entends parler que du Numérateur . VI. VI. i°.T T Oroconne. Etre loultraélioii fl a». Soufra- ^ de 6z 1 que l’on yez.-en 61 1. ôte toûjours de 1 boro* 3°. Divifez. le re- confie , quelque nom- fiepar$z$z.Lafra- bre que Yhoroconne Du Royaume de Siam. 1 3 3' contienne , marque Üion s'appelle Ou- une Epoque qui eft thiapponne,^^^ 1 • jours apres TE- garderez.. poque de Yhoroconne. Le nombre 3252. doit eftre le nombre des j°urs que lapogée de la Lune employé à par- courir le cercle du Zodiaque ; car 3 2 3 2. jours font S. années Juliennes & 3 10. jours. Pen- dant ce temps cét apogée achevé une revolu- Uon à raifqn.de g\ 41", quil fait par jour, ^eme félon les Aftronomes d’Europe. L’apo- gee de la Lune acheva par conlcquent (a révo- lution 61 1 . jours après F Epoque de Yhoro - tonne. On fait donc icy : Comme 3 z 3 2. jours font à une révolution de lapogée , ainlî le nombre des jours après l’Epoque del’Wtf- conne eft au nombre des révolutions de Fapo- gee. On garde le refte qui eft le nombre des jours appellé Outhiappontie . L ’Outhiapponns fèra donc le nombre des jours échûs depuis le retour de l’apogée de la Lune au commence- ment du Zodiaque ; ce qui paroîtra plus évk demmentdans la fuite. Ayant déjà expli- Sivousvoulez.avoir Suélavraye méthode le jour de la femaine de trouver le jour de par /’Outhiapponne, L femaine , il eft in- prenez . le quotient de Utile de s’arrêter à la divifion Jufdite ÿ celle. cy. On laiflèle multipliez.- le par 5 5 foin de 1 examiner, puîsjoignez.-leàl'0 u- ^ d'en chercher le thiapponne;/ww/?**~ F 7 firajezr. i } 4 Royaume de Siam. frayez.- en 2. jours y fondement à ceux divifez. par 7. lafra - qui en auront la cu- ftion marquera le riofité. jour. Nonobftantle nom Tout ce que deffus de Force du Soleil s'appelle Poulafouriat, que Ion donne icy comme qui diroit la aux operations pre- force du Soleil. cedentes , il eft con- fiant que ce qui a efté expliqué julqu'àprefentr appartient non feulement au Soleil, mais auül à la Lune. VIL POur trouver ce que ceft que le nombre 24350, il faut confidererque le Krommethiapponne font les 8ooraes par- ties de jour qui relient après le retour du So- leil au même lieu du Zodiaque , & que Tannée folaire contient 292207. de ces parties, comme il a efté dit dans lexplication de la Seétion 4. La cou- ziéme partie d'une année contiendra donc 24 3 5 o. & de ces 8oomcs parties : ceft pour- quoy le nombre 24350. marque la 12. partie d’une année folaire pendant laquelle le So ei par fon moyen mouvement fait un Signe. Puis que donc de jour donnent un figue , le Krommethiapponne divifé par 24 3 f VII. 1. T) Ofez.-le Krom- A methiapponne. 2. Divifez.- le par 24350. 3. Gardez. - le quo- tient y qui fera le Raafi , ceft -a -dire y le Signe où fera le So- leil Du Royaume de Siam. 1 3 y donnera au quotient les Signes que le Soleil a. parcouru depuis fon retour par fon moyen gouvernent au même lieu >. le Raafi donc eft *c nombre des Signes parcourus par le moyen gouvernent du Soleil. On néglige icy la fra- ™°n 11 > de forte que Tannée folaire refte icy de ceft-à-dire, de 3 6 y jours ’, comme * année Julienne. Puis que par Tarti- ne precedent de jour donnent un Si- gne du moyen mou- vement du Soleil, la 30e partie de i4i'0°0. donnera un degré , Sui eft la 3 o. partie 40. Pofez, la frattion de la divifion fufdite > Û? la divifez, par 8 1 1 » 50. Le quotient delà divifion fera le Ong- faa , c eft -a- dire , le degré ou fera le So- leil. d un Signe. La 3 oe partie de 243 3 o. eft 8 1 1 *; qui font un degré: divifànt donc le refte par ® 1 1 * 5 on aura le degré du moyen mouvement du Soleil. Onnégligeicy les * qui ne peuvent faire une différence confiderable. Puis que dans un 6 °. PofezUfraEHon degré il y a * ”, parties ; dans une minute, qui eft la 60e partie d'un degré, il y aura 13& de ces parties. Négli- geant la fraélion , Ton prend le.liombre 14 , qui divifant le refte, donnera les minutes. de cette derniere di- vifion , la divifez ; par 14- 70. Le quotient fera le Libedaa , ceft-k- dire la minute. 8°. Souftrajez, 3 . du Libedaa. 5°. Mettez, ce qui 1*3 6 Bu Roy Atone de Siam: eft au Libedaa , au La fouftra&ion qu c de flous de l’Ongfâa, l’on fait icy de 3.1ni- & 1*0 ngfaa au défi nutes eft une redu- feusduRzàfi : cela fe - dion dont nous par- ra une figure qui s ap- lerons dans la fuite. fédéra le Matteiom- On preferit iev de me du Soleil que vous mettre les degrez feus garderez,: fecroy que les Signes, & les mi- défi locus médius So- nutes fous les degrez lis. en cette maniéré > raafiy Signes. ongsaa , degrez. libedaa , minutes. Cette difpofition des Signes, degrez &mintî- tes Tun au deffous de lautre eft appellée , figu* re , ôc elle marque icy le lieu moyen du So- leil. VIII. Tour trouver le vray lieu du Soleil. Soleil , défi -a- dire y la figure qui comprend ce qui efi dans le raafî, le Ongfàa , £> le Li- bedaa. 2°. Souflrayez.i>du raaii. Que fi cela ne fi peut , ajoutez. 1 2. au raalï pour le pou- VIII; LE nombre 2, que Ton fouftrait du Raafidzns Particle 2 , & le nombre 20 , que Ton fouftrait de 1 Ongfaa dans 1 arti- cle 3 , font 2. Signes & zo.degrez qui mar- quent fans doute ^e lieu Je l'apogée du Soleil félon cette hy- Du R oyauwe de Siant . 137 pothefe, dans laquelle voir faire \ fuis le °n ne voie aucun faites . nombre qui refponde 30. Souftraye z 20. mouvement de du Ongfàa. Oue (i ^apogée. Il paroît cela nefe peut , tu d°nc que cét apogée rez. 1. du raafî , qui kippofé fixe au vaudra 30. dam le ^o. degré des Gé- Ongfôa \ puis vous tu J^eaux qui précédé rerez le lo.fufdit . e Üeu véritable de l'apogée, comme il eft à Paient, de 17. degrez, que cét apogée ne fait Suen 1000. ans, ou à peu prés: d'où Ton peut juger que l'époque de cette méthode eft envi- ron mille ans avant le fiécle prefent. Mais comme la grandeur de l'année s'accorde mieux tayavec le retour du Soleil à l’apogée & aux étoiles fixes, qu'avec le retour du Soleil aux équinoxes; il fe peut faire que le commence- ment des Signes dont on {è fèrt icy , ne (oit plus pmfentemcnt au point équinoxial , mais qu'il foie plus avancé de 17. ou 1 8. degrez , & ainfi d aura befoin d’eftre corrigé par l’anticipation des Equinoxes. On fouftrait donc icy l'apo- gée du Soleil de fon lieu moyen appelle Mat - xfiorrmje , pour avoir l’anomalie du Soleil ; & *e nombre des Signes de cette anomalie eft ce qu on appelle Kenne. E paroit par ces re- 40. Ce qui refera* ps que le Kanne eft après , cela s'appellera 1 n°mbre des demy- Kenne. 5lSnes de la diftance 50. Si le Kenne eft o?i. 138 Du Royaume de Siam * o, i> oui: multipliez > le par 1 -, vous aurez* le Kanne. 6°. Si le Kcnne efi 3 , 4, ou 5 \vou6 foujlrai - rez. la figure de cette figure -cy 5 60 s' appelle ixi?x\àax> 6. Signes. 7°. SileKcnne efi 6, 7, S 5 foufirayez. G. du raafi , / G? 12. Signes : le refie dans /°. Si vous pouvez, y tirez* 1$. du Ongfaa, ajoutez. 1 . Kanne : fi vous ne pouvez, point , nj ajoutez, rien. de lapogée ou du pe- rigée , prife félon la fuite des Signes , félon que le Soleil eft plus proche d’un terme que de l’autre: de forte qua l’article on prend la diftance de f apogée félon la fuite des Signes , à l’arti- cle G. la diftance du périgée contre la fuite des Signes , à 1 arti- cle 7. la diftance du périgée folon la fuite desSignes, & à arti- cle 8. la diftance de: r apogée contre la fui- te des Signes. Dans les articles G, 7> & 8. il femble qu'il faut toujours fous enten- dre. Multipliez, le raafi par z , comme il paroît c&ns la fuite. Dans fart. G . quand les degrez de l'ano- malie excédent if 9 on ajoute 1. au Kan* ne ; parce que le Kan* ne y qui eft un demy- Signe ? bu Royaume de Siam. 135, Signe, vautij.de- _ 1 o“. Multipliez. - le grez. On réduit icy lesde- g^ez & les minutes du Kanne en minutes, nont le nombre eft appellé le pouchalit. Il paroît par ces ope- Onglàa par 60. 1 1°. f oignez. -y le Libedaa : cela fera le pouchalit , que vous garderez.. 1 z°. Confidérez. le Kanne. Si le Kanne étions , que le Ch a- eft o , prenez, le pre - ataaed lequation du mier nombre du chaa- Soleil calculée de 1 j ,etl ij. degrez, dont le premier nombre eft 3 j, le fécond 67 , le troifiéme 94 ; & Sue ce Ibnt des minu- tes > qui font entr’el- les comme le finus ®ei j , de 30, & de 4 J. degrez : d’où qui jl s'enfuit que Ifs équations te6°> 75, p S>o. degrés °nt 116 , lz9> 134* difpofez cn cette forme , 35 67 S>4 1 16 119 134 part & relpondent par ordre pouchalit. jaa du Soleil , qui efi 35 ; Û? multipliez.- le parle pouchalit. 1 3 °. Si le Kanne eft quelqu autre nombrey prenez, félon le nom - bre , le nombre du chaiaa aattit, & le fou - firayez. du nombre du deffous 5 puis ce qui refera dans le nom- bre du deffous , multi- pliez.-en le pouchalit. Par exemple , fi le Kanne eft i > fou - firayez. 35. de 67, du refie multipliez.. Si le Kanne efi 2 , fou - firayez. 67. de1 9 4 , ££ du refie multipliez, le 140. Divi - 7)u Royaume de Siam. au nombre du Kanffl 140 1 40. Divifez* la fora- ine du pouchalit mul- tiplié , par? 00. 150. Joignez* le quo- tient au nombre Jupe- rieur du chaiaa dont von* ejles fervis . 1 6°. Divifez* la fem- me par 60 . 1 70. Le quotient fera ongfôa : la fraÈhon fera le libedaa. Met- tez* un o au lieu du xaafi. 180. Mettez, la fi- gure trouvée par /’ ar- ticle precedent vis -à- vis du matteiomme du Soleil. 15 )°. Con/idérez* le Ken de cy-deffus. Si le Ken efi 4, 5 ) il s'appelle Ken fo lift rayant: ainfi vous foufirayerez* la figure trouvée h l'article 1 7. du matteiomme du Soleil . zo°. Si le Ken efi 6 > 7*8,9, 10,1 1 , il s'ap- pelle Ken ajoutant : P°ur les autres degrez on prend la partie pro- portionnelle de la différence d'un nom- bre à l'autre, qui ré- pond à 15. degrez qui font 900. minutes, faifant: Comme 900, à la différence de deux équations ; ainfi leS minutes qui font au for plus du ICanne , à la partie proportion- nelle de l'équation, qu'il faut ajouter aux minutes qui relpon- dent au Kanne pour faire 1 équation totale. On réduit ces minu- tes de l’équation en degrez &■ minutes, les divifant par 60. La plus grande équa- tion du Soleil eft icy de 2. degrez, nutes: les Tables Al- phonfines. la font de 2. degrez , 10. mi- nutes ; nous la trou- vons Du Royaume de Siam. 1 4 x Vous dan degré , 57 ainfi vous joindrez, minutes. On appli- ladite figure au mat- péréquation au lieu teiomme du Soleil ; ttioyen du Soleil, pour ce qui vous donnera *voir fon vray lieu enfin le fômmepont p’on appelle fomwe- du Soleil que vous font. garderez, pre'cieufe - ment . *9°. Cette équation , conformement à la réglé de nos Aftronomes dans le premier demy-cercle de l’anomalie, eft fouftraétive ; & dans le fécond demy-cercle , additive. On fait icy les operations arithmétiques mettant l’un fous l’autre ce que nous mettons à côté, &fau contraire mettant à côté ce que nous mettons fun fbus.1 autre. Par exemple : s S S sâ S raajt, 808 fignes.' ongfaa 1$ 1 27 degtez. Itbedaa , 40 4 44 minutes. 1 4 z Du Royaume de Siam. IX. i°. T) O fez. le Som- A- mepont du Soleil. z°. Multipliez, par 30 .ce qui efi dans le raagi IX. IL parole par ces operations que les Indiens divifent le Zodiaque en 27. par- ties égales , qui font chacune de 13. de- 3 joignez.-) ce qui grez, 4o.minutes. Car par les fix premières efi dans le onglàa 50. Multipliez, le tout par 60. 6°. joignez.) ce qui efi dans le libedaa. 70. Divifez-le tout par 800. le quotient fera la reuc du Soleil. 8°. Divifiz. la fr a- Slion refiant e par 1 3 . le quotient fera le naati reuc , que vous garderez, au dejfous du reuc. operations on réduit les Signes en degrez , & les minutes duvray lieu du Soleil en mi- nutes ; & en les divi^ (ànt apres par 800, on les réduit en 27mes parties de cercle ; car 800 minutes (ont la 2 7 me partie de 1 1600 minutes qui font dans le cercle : on appelle donc reuc le nombre des 27mcs parties du Zodiaque , dont cha- cune eft de 800. minutes, c eft -à- dire, de 1 3. degrez, 40. minutes. Cette divifion eft fondée fur le mouvement journalier de la Lu- ne, qui eft environ de 1 3 . degrez, 40. minutes ; comme la divifion du Zodiaque en 3 6o. de- grez, a pour fondement le mouvement jour- nalier du Soleil dans le Zodiaque, qui eft à peu prés dun degré. Du Royaume de Siam. 145 La 6ome de ces parties eft 13J , comme il paroît eu divilant 800. par 60 * C’eft pour- quoy on divife le relie par 13, négligeant la fraction , pour avoir ce qu on appelle icy na* twenC) qui font les minutes ou 6omes parties uJun y eue. X. X C Elon l’article 7. de y la III. Scéfcion 1 tnamaan eft le nom- bre des 703mcs par- 7 our la Lune . Pour trouver le matteiom - me de la Lune . i°. T) O fez, Pana- -L maan. 2°. Divifez.-le par . - 2** ries de j our qui relient 3 °. Afeprifez. lafra- ^epuis la fin du jour tlion , & joignez, le artificiel julqua la fin quotient avec /* ana- jour naturel. Quoy HUe félon cette régie ne puillè limais monter juf- Wà 705 ) néanmoins l'orijpofe 7 o 3. pour maan. 4°. Divifiz. - le tout par 60 Je quotient fera ongfaa , la fraction fera libedaa, vous mettrez, un o au raafi. J fnamaan> & quon le divife par a y > félon 1 article 2,011 a 2 8 4 pour le quotient. Ajou- J?™ *8. à 70 3 , félon Tarticle 3 , la Ibmme 73 1. |?ra un nombre de minutes de degré. Divi- ian5 731. par 60 > félon l’article 4 , le quotient Sui eft X2.d5 j j' ^ eft le moyen mouvement j°ùtnalief par lequel la Lune s’éloigne du So- De 144 25 u Royaume de Siam ; De ce qui a efté die dans la 1 1. Sedtion il re- fuite qu'en 30. jours l 'anxmaan augmente de 3 30. Divifant 3 30. par 25 > on a dans le quotient 13*. Ajoûtant ce quotient à 1 ’anfr maan> la fomme eû 343 , cefl>à-dire. 5. d.43 7* dont la Lune s éloigné du Soleil en 30. jours > outre le cercle entier. Les Tables Européanes font le mouvement journalier de n.d. n'. & le moyen mouve- ment en 3 o. jours, de j. d.43'. Zl"- outre e cercle entier. 50. cjPofez. autant de jours que vous en avez, mis cy-dejfus au mois courant feiï. 2. m$. 6°. Multipliez, ce nombre par 12. 70. Divifez.-le tout par 30. le quotient , mettez.de au raafi de la figure precedente qui a un o au raafi , la fraction joignez.- la a /onglàa de la figure . 8°. Joignez, toute cet- te figure au mateiom- me du Soloil. 9®. Soufirayez. 40. du libedaa. Que fi Après avoir trouve les degrez & les mi- nutes qui convien- nent à r anamaan > on cherche les Signes Si les degrez qui con- viennent aux jours ar- tificiels du mois cou- rant. Car les multi- plier par n. Si lesdi- vifer par 3 o , c’eft la même choie que ae dire. Si trente jours artificiels donnent iz. Signes, que don- neront les jours at' tificiels du mois cou- rant ? On aura dans le quotient les Si"1 gnes. La fra&ion fo^ des 2># Royaume de Siam. des 5 ornes de Signe, cela ne fi peut, vont c eft -a- dire des de- grez. On les joint °uc aux degrez trou- Vez par Yanamaan , eft lexcés des jours naturels fur les artificiels tirerez, i. du ongfaa, qui vaudra 60. libc- daa. io°. Ce qui refle- r a dans la figure eflle matteiomme de la Lune cherché . La figure dont il eft parlé icy eft la diftance e « Lune au Soleil , apres qu'on en a ôté 4° minutes, ce qui eft ou une corre&ion fai- ,e a lepoque, ou la réduction d'un Méridien a un autre : comme on l'expliquera dans la lutte. Cette diftance de la Lune au Soleil étant ajoûtéeau lieu moyen du Soleil, donne le lieu UtoyendelaLune. Sxr. UrlaSetftionVL on a remarqué ^Ue l’ otttbiapponne eft ‘e nombre des jours ®prés le retour de apogée de la Lune ^ui fe faic en jz}i l°urs; 8oS jours font n°nc la quatrième Partie du temps de la Solution de l'apo- See de la Lune, pen- ^Vclilfaic^Si- g , quj fon't ja qUa. Tm. //. XI. i°. "O O fez. Outhiap- ponne. 2°. Multipliez. -le par j. 3°. Divifez-le par 8o8. 4°. Mettez, le quo- tient au raafi. 5°. Multipliez, la fraction par ; o. 6°. Dtvtfcz.-la par 8o8. le quotient fera ongfaa. 7°. Prenez, lafra- G ïltoti 146 Bu Royaume de Siam. ttion rcfiante , g? 4? triéme partie du cer- multipliez, par Go. 8°. Bivifez la fora- ine par 808. le quo- tient fera libedaa. ç)°. Ajoutez. 1 au libedaa \le raafi,/ong- fàa , & le libedaa fe- ront le matteiomme de louthia , que vous garderez cle. O11 trouve donc par ces opérations le mouvement de l'apo- gée delà Lune, fai&nt Comme 808. jours font à 3 . Signes ; ainû le temps paflé depuis le retour de lapogoe de la Lune cft au mouvement du mefme apogée pendant ce temps. 11 paroît par les operations vivan- tes que ce mouvement fe prend du même prin- cipe du Zodiaque d’où Ton prend le mouve- ment du Soleil. Donc le matteiomme de louthia, eft le lied de l'apogée de la Lune. XII Four le Sommeponi de la Lune. i°.T> O fez le mat- A teiomme de la Lune. 2°. 7>ofez vis - h- vis, le matteiomme de louthia. 3 °. Souflrayez le matteiomme de I011- thia du matteiomme de la Lune. XII. TOaces ces réglés font conformes à celles de la Section VIII. pour trouver le lieu du Soleil , s’entendent allez pat l’explication faite de cette mefme Se- ttion. A La différence n elt que Du Royaume de Siam. 147 *llIe dans le Chaiaa 4®. Ce qui refie a ^ ^une dont il dans le raali fera le e® parlé icy à l’ar- Kenne. Iz> & iy. Ce 50. Si le Kenne Chaiaa confifte dans efto>i,z, multipliez- ces nombres, 77 148 205? 256 286 296 , La plus grande équation de la Lune eft donc de 4. de- Srez 56. minutes, comme la font quel- qnesAftronomes mo- dernes , quoy - que la plupart la faflent de 5 degrez dans les conjonctions & dans les dons. le par 2 , & fera le Kanne. 6 °. 5* /4 > 5 , fwfirayez.- le de cette figure -cy , J *5> 60 7°. &* / ^ 1 1 °. Multipliez /onglaa par 60, Cf joignez \ h€pe J^edaa , /? pouchalit , vous gar- G 2 n°.Pre^ 148 Du Royaume de Siam. ii°. Prenez, dans le Chaiaa de la Lune k nombre conformément au Kanne , comme il d cté dit du Soleil 3 foufirayez le nombre de dejjus de celuy de dejfous. 1 3 °. Prenez, le refie > £> en multipliez, le potf- châlit. 1 40. Divifiz celapar 900. 150. fagp&z ce quotient au nombre de défi fus du Chaiaa delà Lune. 1 6°. Divifiz cela par 60 : le quotient fira ongfaa, lafraHion libedaa, & un o pour le raafi. 17". Mettez, vis- a - vis de cette figure le roatteiomme de >la Lune. i8°. Confidérez le Ken. Si / /*pian- res operations A ne 9 çg ie p0tm fervent à réduire en fez.* minutes la diftance 2°. Multipliez le de la Lune au So- raafi par joignez- fell : la divifant par y le ongfaa. ^ . ?z° y on la réduit à j°. Multipliez le des 3omes parties de tout par 60 *, & jei- Cercle, car- 720. mi- nutes fonda 3omcpar- tie de 2 1 600 minutes Hui font toute la cir- conférence. Le fon- dement de cette di- vifion eft le mouve- ment journalier de feLune au Soleil, qui à peu prés de la 3°me partie de tout j cercle. Onconfidere donc lapofitiondela ^une 5 non-feulement dans les Signes & dans G 5 fes gnez-y le libedaa. 4°. Divifezle tout par 720 , le quotient s appelle itti , que vous garderez . j°. Divifezlafra - Slicn par 1 2^ le quo- tient fera natti itti. Fin du Souriat. 2 f o Du Royaume de Sium, fes dations, mais aufïî dans les 5 omes parties du Zodiaque qui font de 11. degrez chacune, & s’appellent itti j divilânt le relie par 1 z. on a les minutes ou les loixantiémes paniez d’un itti, qui font chacune de 11. minutes de degrez, dont la Lune s’éloigne du Soleil dans la foi- xantiéme partie d’un jour j ces ioixantiémes parties s’appellent mtti itti. / Réflexions fur les Régies Indiennes. I. Des Epoques particulières de lit méthode Indienne. A Prés avoir expliqué les régies comprifès dans les Sections precedentes, & trouvé diverfès périodes d’années, de mois,& de jours, qu’elles fuppofent: ilnousrefteà expliquer en détail diverfes Epoques particulières que nous avons reconnues dans les nombres employez dans cette méthode , qui étant comparées en- fèmble peuvent fèrvir à déterminer l’année, le mois ,1e jour, l’heure, & le méridien de 1 Epo- que Aftronomique dont il n’cft point parle dans les réglés Indiennes, qui la fùppolènt con- nue d’ailleurs. Par les régies de la Seétion I. on cherche le nombre des mois lunaires échus depuis 1 h- poque Aftronomique. L’Epoque quel on lup- pofè dans cette Seétion eft donc celle des mois JUJWl'' Du Royaume de Siant. i y t binaires ; & par conféquent elle doit eftre à l’heure de laconjonétion moyenne d’où com- mence le mois où eft l’Epoque.. Par les réglés de la Sedtion 1 1. on réduit pre- mièrement les mois lunaires echûs depuis l’E- poque enjours artificiels de 30. par mois, qui “nt plus courts que les jours naturels , d'un midy à l’autre, de,” de jour, c’eft-à-dire , de 21 minutes 3 z fécondés d'heure. Ces jours ar- tificiels ont donc leur commencement aux- ^ouvelles Lunes, & à chaque trentième partie de mois lunaire; mais les jours naturels com- mencent toujours naturellement^ minuit (bus- l,n même méridien. Le terme des jours artifi- Clels ne s'accorde donc pas avec le terme des- jours naturels dans la même heure &-lamême minute, finon quand le mois, ou une des 3 omes parties du mois commence à minuit fous le me- hvien donné au choix del’Aftronome. Après « commun commencement la fin du jour ar- tificiel prévient la fin du jour naturel fous le mefme méridien de de jour , dans lelquel- ks confilte pour lors YAnamaan , qui aug- mente toûjours d’une 703 me de jour à chaque onzième partie du jour , jufqua ce que le Nombre des 703 mes parties , monte 3703, ou mtpaflè ce nombre : car alors on prend 7 o 3 de Ces parties pour un jour dont le nombre des jours artificiels furpaflè le nombre des jours na- mtels éçhûs depuis l’Epoque ; & le relie , s’il y en a> eft XAnatman. Le jour de cette ren- G 4 contre 2 y i Du Royaume de Siam. contre ou concours du terme des jours artifi- ciels avec le terme des jours naturels fous le méridien que Ton choiiït , eft toujours une nouvelle Epoque de 1 ’Atiamaan, qui fe réduit à rien > ou à moins de 1 1 , apres avoir atteint ce nombre 70 3 ; ce qui n'arrive qiVa peu près* à chaque période de 64 jours > comme il pa- role en divifimt 703 par 1 1 5 &plus exacte- ment * onze fois en 703 jours. On prend donc à chaque tempsdonné pour l'Epoque de VAnamaan le jour de la rencontre precedente du commencement des jours artificiels avec le commencement des jours naturels, qui fous un mefme méridien n arrive que cinq oufixfois en une année. Puifque donc à l'article 5,. de la SeCtion IT> on ajoute 6ço onzièmes de jour à celles qui font achevées depuis l'Epoque de la SeCtion I, on fuppofe que cette Epoque fut procedée dune autre Epoque qui ne fçauroit être que celle de 1 's/înamaan , de 650 onzièmes de jour; c eft-à-dire, de 5 5? jours qui donnent de jour pour ï eAfnamaan, fous le méridien des Indes Orientales auquel on accommoda les ré- glés de cette SeCtion 1 1. Ce qui marque que fous ce méridien la conjonction moyenne qui donna principe au jour artificiel depuis l'Epo- que Aftronomique, fut de ‘J® de jour avant la fan du jour naturel dans lequel cette conjon- ction arriva ; & par confequent qu’elle y arri- va à une heure 40. minutes du matin , fous jp n ienr Dh Royaume de Star». 153 Méridien que Ion luppofe à la melme Section : niais à l’article 9. de laSedion X, on ôte 40 mi- Hâtes au mouvement de la Lune , & à Parti-» ck 8. de la Sedion V 1 1 , on ôte 3 minutes au • mouvement du Soleil; ce qui éloigne la Lu- ne du Soleil de 5 7 minutes , à l’heure que l’on • fuppofoit être arrivé la conjondion moyenne de la Lune au Soleil, à la Sedion 1 1. C’eft pourquoy j’ay jugé que les 40 minutes* orées au mouvement de la Lune, &les trois- minutes ôtées au mouvement du Soleil', reful- tent de quelque différence entre le meridieiv duquel ces réglés ont efté accommodées du commencement, & d’un autre méridien au- eje el on les a réduites depuis : de forte que fous le méridien fuppofé à la Sedion 1 1 , la nouvelle Lune dans l’Epoque arriva à 1 heure 49 minu- tes du matin; mais fous le méridien que l’on mppofè à l’article 9. de la Sedion X, à la melme 1 heure 49 minutes apres minuit , la Lune cftoit encore éloignée du Soleil de 3 7 minu- tes quelle fait en une heure 15 minutes; donc- fous le méridien fuppole dans l’article 9. de la Sedion X, la nouvelle Lune ne ferait arrivée SUa trois heures 2 minutes après minuit. Le méridien auquel ces réglés ont efté rédui- tes , ferait donc plus oriental que le méridien choifi du commencement de 1 heure 1 3 mi- nutes, c’eft-à-dire , de 1 8 degrez & un quart , & ^yant fuppofé qu’on les ait réduites au méri- dien de Siam, elles auraient été accommodée» G 5, du- 154 23# Royaume de Siam. du commencement, à peu prés, au méridien deNarfinga. Ce qui perfiiade davantage que cette fou^ ftraéHon de 40. minutes au mouvement delà Lune > & de 3 . minutes au mouvement du So- leil , eft caufée de la différence des méridiens de 1. heure 13. minutes, eft qu en 1. heure 1 3 . minutes la Lune fait 40. minutes, & le So- leil en fait 3 : c’eft donc par la mefme différen- ce de 1 . heure 1 3 . minutes que Ion a ôté 3 . mi- nutes aumouvement du Soleil , & 40. minutes au mouvement de la Lune. Sans cette correfpondance de ce qu on ôte au mouvement du Soleil avec ce qu’on ôte au mouvement de la Lune , qui montre avoir pour fondement la même différence de temps, & par confequent la mefme différence des mé- ridiens , on auroit pû croire que la fbuftra- (ftion de ces 40. minutes a efté faite long- temps après ces premières réglés 5 parce que Ton s- eft apperceû dans ia fuite des temps, que le mouvement de la Lune n’eftoit pas precife- ment auffi vite , qu’il refulte des réglés pre- cedentes, qui font le mois lunaire environ trois quarts d’une féconde plus court que les Ta- bles modernes ; & cette différence monte à une heure & 1 3. minutes d’heure en 4^0. ans, ou à peu prés. Ainfï , (1450. ans après l’Epo- que on eût comparé les premières réglés aux obfervations, on auroit pü juger que la Lune retardoit , à l’égard de ces premières réglés. JÔk Royaume de Siaw» i j $ ce r . heure & 15. minutes, ou de 40. minutes de degré. Mais cette différence qui eft toû- jours la mefme quand on l’attribué à la diffé- rence des méridiens, ne feroitpas toûjours la ftefine fi elle dépendoit du mouvement de la Lune ; car elle augmenterait d’une minute en 1 r. ans, à quoy il aurait fallu avoir égard dans ■ L correftion de ces réglés. L/. Détermination de l’Epoque Ajlro -- nomique de U méthode Indienne. T) Uis que ces réglés Indiennes ont efté apj ■L portées de Siam, &que l’année Civile des:' Siamois commence dans la fàifon que nous * trouvons devoir commencer félon les réglés de Seétion I , comme nous montrerons cy- aprés , il eft raifbnnable de fnppofèr que le mc- ^dien auquel ces réglés ont efté réduites par* fes additions dont il eft parlé dans laSeélion 1 , & dans la SettionX, eft le méridien de-- : donc par le calcul que nous venons de a*re 5 la nouvelle Lune quon a pris pour* ^poque, a deû arriver à 3. heures du matin à > Comme le mois lunaire de cette mé- thode s’accorde à une féconde prés avec le mois • unaire établi par tous les Aftronomes d’Euro- pe on pcutfuppofèr que cette heure delà nou- Vc;Ue Luue ^ l'Epoque eft allez precife, pou- Vant être tirée des obfervations des éciipfes G 6 de Du Royaume de Sim . de Lune, qui font beaucoup plus faciles à de J terminer que tous les autres phénomènes des Planètes. Nous nous pouvons donc fèrvirdes Tables communes pour chercher les nouvel- les Lunes arrivées vers le feptiéme fiécle a trois heures du matin au méridien de Siam , dont la différence au méridien de Paris nous efl: connue affèz exactement par plusieurs ob- fervations d'eclipfes de Lune , & des Satelli- tes dejnpiter, que lesPeresJefuïtes envoyez par le Roy dans l’Orient en qualité des Mathé- maticiens de Sa Majefté , ont faites à Siarn , & par les obfervations des mefmes éclipfes fai- tes en mefme temps à Paris à rObfervatoire Royal; par la comparaifon dclquelles obfer- vations on trouve que la différence des méri- diens de ces deux Villes eft de fîx heures 34 minutes. A ce caraCtere de temps nous pouvons ajou- ter la circonftance de l’Equinoxe moyen du Printemps , qui félon Phypothefè de la SeCtion 1 V, a deû arrivera 1 1 heures 1 1 minutes apres la minuit qui fuivoit la conjonction moyen- ne de la Lune au Soleil prife pour Epoque , le- lon ce qui a efté dit fur l'article 5^ de la Se- ction 1 V, ou Ion ôte \H de jour , c eft-à-dire ? 1 1 heures & 1 1 minutes des jours échus de- puis lJEpoque;ce qui diminué d autant le ICrom - methiapponne que nous avons dit être le temps échu depuis le retour du Soleil ail point du Zo- diaque \ d’où Ton prend le mouvement du Du Royaume de Siam. \ yy Soleil & de la Lune, qui doiteftre le point équinoxial du Printemps. Mais il ne faut pas prétendre que les Tables modernes donnent la même heure de cette Equinoxe : car elles ne s'accordent pas bien enfemble dans les Equinoxes , à caufe de la grande difficulté que l’on-trouve à les détermi- ner precifemcnt. Elles ne. conviennent pas avec les Tables anciennes de Ptolomée dans les Equinoxes moyens, à 3 ou 4 jours prés : e’eff pourquoy il fuffit que nous trouvions par les Tables modernes une nouvelle Lune arri- vée à 3 heures du matin à Siam , à un ou deux jours prés de l’Equinoxe moyen du Printemps- trouvé par les Tables modernes. Le lieu de l’apogée du Soleil , qui félon ce que nous avons tiré des réglés des articles 2.& 3.de- laSeétionVIII, eftoit au temps de l'Epoque- Agronomique au 20* degré du Signe desGé- m eaux marque le fiécle où il faut chercher cette nouvelle Lune Equinoxiale, laquelle fé- lon des Tables modernes, fut environ le fè* ptiéme après la Naiflànce de Jesus-Christ. Il eft vray que comme ces réglés ne donnent point de mouvement à l’apogée du Soleil , on pourroit douter , s'il n'eftoit pas en ce degré au temps de l’Epoque , ou au temps des observa- tions fur lefquelles ces réglés ont efté faites. Mais le fiécle de cette Epoque eft encore déter- miné par un autre caraétere joint aux prece- tfensic’eft le Eeu.de l’apogée de laLune,qui félon G 7 ce 1^5 8 Dh Royaume de Siam. ce que nous avons tiré des articles 2. & 3. a# la Section V I, eftoit au temps de 1 Epoque au 20e degré-du Capricorne, & auquel ces ré- glés donnent un mouvement conforme a ce- luy que luy donnent nos Tables ; quoy qu el- les ne s’accordent enfemble dans les Epoques des apogées, qu’à un ou deux degrez près. Enfin le jour de la femaine a deu eftre un Samedy dans l’Epoque, puifque félon la Se- ction 1 1 1 , le premier jour après l’Epoque fut un Dimanche > 3c cette circonftance jointe a ce qui a efté dit que le même jour fut près de l’Equinoxe , donne la derniere détermination à l’Epoque. . Nous avons donc cherché une nouvelle Lune Equinoxiale , à laquelle tous ces cara- ctères conviennent ; 3c nous avons trouve qu’ils conviennent à la nouvelle Lune qui ar- riva Pan 6 38. après la Naiflànce de J e s u s- Christ, le 21. Mars , félon la forme Ju- lienne, un Samedy à 3. heures du matin, au- méridien de Siam. Cette conjonction moyenne de la Lune avec le Soleil, félon les Tables Rudolphines qui font prefentement le plus en ufage, arriva en ce jour-là à Siam à la meme heure , la ré- duction des méridiens eftant faite félon nos obfèrvations : & félon ces Tables ce llC 16. heures après l’Equinoxe moyen du 1 rtn- tcmps ; l’apogée du Soleil eftant a 19. e- grez ; des Gémeaux 5 l’apogée de la Lunej* Du Royaume de Statu. j^p * '•^egrez & demy du Capricorne ; & le nœud uefcendant de la Lune à 4.degrez d’Aries: de l°rte que cette conjon&ion Equinoxiale eut aulu cela de particulier, quelle fut écliptique, e tant arrivée à fi peu de diftance d’un des- ll(£uds de la Lune. Cette Epoque Aftronomique des Indiens e*rant ainfi déterminée par tant de caraéteres ne peuvent convenir à aucun autre temps, ?}} trouve par ces réglés Indiennes les conjon- ions moyennes de la Lune avec le Soleil vers e temps de cette Epoque , avec autant de ju- te“e cluc pur les Tables modernes, entre lef- Quelles il y en a qui donnent pour ce temps- là !a même diftance moyenne entre le Soleil & j3^!ne » a un ou ^eux minutes prés, la re- uction eftant faite au même méridien. , Mais, depuis cette Epoque, àmefure qu’on a en éloigne, les moyennes diftances de la J-Une au Soleil trouvées par ces réglés, ftirpaf- |ént d’une minute en douze ans celles que les Labiés modernes donnent , comme nous ~Vons cy-deflus remarqué; d’où l’on peut in- eter que fi ces réglés Indiennes , au temps quelles ont efté faites, donnoient les moyen- nes diftances de la Lune au Soleil plus juftes quelles ne les ont données depuis , elles ont Jfte faites allez prés du temps de l’Epoque éta- b*fe par ces mêmes réglés. Elles pourroient neanmoins avoir efté établies long -temps apres lùr des obfervaaons faites allez prés du temps sé que les autres faites long-' temps avant & après. J IL De l’Epoque Civile de Siamois. T ’Ay jugé par les régies de la première Se- J étion , que l’Epoque Civile qui eft en ujage- aux Indes Orientales , eft différente de 1 Epo- que Aftronomique de la méthode Indienne que nous avons expliquée. J’en ay prefontement de nouvelles aüuran- ces par diverfes dates de Lettres Siamoifès- qui m’ont efté communiquées , par Mr. de la Loubére, & par d’autres dates des Lettres que le PereTachard vient de publier dans fon fé- cond, voyage de l’an 1687 ; par lelquelles 1 paroît que l’année 1687. fut la 123 ime e puis l’Epoque Civile Siamoife , qui fe rapporte, par conléquent à l’année 544. avant la Nai - lance de ïesus-Christ; au lieu que par les re' gles a. & 3 . de la Seûion VHf&patd autres caractères de cette méthode Indienne , on que l’Epoque Aftronomique fe rapporte ai 7,me. liécle après la Nailfance dejESUS-CHMsav T) h Royaume de Siam. jfiï Cette Epoque Civile Siamoife eft du temps ^ePythagore, dont les dogmes eftoient con- formes à ceux que les Indiens ont encore au- jourd'huy , &que ces peuples avoientdéjadu te!^ps d’Alexandre le Grand , comme Onéfi- Critus envoyé par Alexandre même pour trai- ter avec les Philofophes des Indes , leur témoi- §aa> au rapport deStrabon au livre 15. , f-es Lettres que les Ambaftàdeurs de Siam ecrivii;Çnt le 24. Juin 16S7, eftoient datées elonMr. de laLoubere du huitième mois , le Pjemier jour du decours de t année P itofap foc de i Ere 12 3 1 5 Sc félon le P. Tachard , du hui - Xlémemois^ le fécond plein delà Lune de l'an- !*ee Jhoh napafoc de ï Ere 223 x. Le plein de la Lune n arriva que le jour fuivant : & le mois lunaire qui couroit alors , eftoit le troifiéme apres l'Equinoxe du Printemps ; le premier apres cét Equinoxe ayant commencé le 1 2 A- de la même année: donc le premier mois depuis PEquinoxe fut le fixiéme mois de lan- cée Civile , qui dût commencer- le 15. No- mbre 1686. 11 paroît auffi que la 1 ^°lifmique de 13 mois, < même année fut Em- imique de 13 mois, & qu'il y eût un mois Hu’on ne mit point au nombre des autres : car e *0. Oétobre de la même année on com- mit le cjuinniéjne jour de là Lune onzième de z 1 3 1 } & entre k pleine Lune de Juin Sc CeHe d’Oétobre il y eût 4 mois lunaires. Ce- rclant on n en compta que 3 , puifqua la pleine i (j il T)u Royaume de Siam . pleine Lune de Juin on comptoit le huitième mois , & à celle d^Oétobre on ne comptoit que le onzième ; il y eût donc dans cet inter- valle de temps un mois intercalaire qu on ne compta point. On trouve auffi cette interca- lation en comparant les Lettres des Ambafla- deurs avec trois Lettres du Roy de Siam dü> 1 1. Décembre de la même année 1687 > r^P- portées par le Pcre Tachard aux pages 2 Sa? iSSySc^oy ^ qui font datées du 3 . du decour* de la première Lune de l? année 2231 : Et U paroît que fi la Lune de Juin fut la huitième Lune de l’année Civile 223 1 > celle de e- cembre fut la quatorfiéme de la même année Civile, que l’on compta pour la première Lune de l’année {uivante , quoy - que 1 année ioit encore nommée 2231, au lieu que drivant les dates precedentes elle devroit eftre nom- mée 2232. Peut- eftre ne change - 1 - on pas le nom de l’année Civile , quelle ne fbit aftez avancée ?■ de qu’elle n’ait atteint le commencement e l’année Aftronomique : ou bien jufqua ce temps-là ils la nomment en deux maniérés» Car une autre date que Mr. de la Louber vient de me quée. Le 8. de l'année zz bre 1687. W marque que l'aimcc ptui >.»* . mée ou azj 1 , ou zz$z : ce qui a du rap- mumquer , eu ***- oiffant delà première Lune qui efi ï onzième D/ce.m‘ le oue cetce forme de date Du Royaume de Siam . 164 Port à la forme dont on fè fert prefèntement «ans les païs Septentrionaux , où Ton mar- ^Ue fouvent les dates en deux maniérés, fça- Vo^r félon le Calendrier Julien , & félon le Grégorien ; & aux dix premiers jours de Fan- nee Grégorienne, on marque une année de P^s que dans la Julienne. En comparant la date du z o. Octobre , qui- luPpofe que le premier de la Lune fut le 6. de Ceniois (lequel jour fut aufliceluy de lanou- Lune ) avec lautre date du onzième -ecembre, qui fuppofe que le premier de la E^ne fut le 4. de ce mois, on trouve 5 5?. jours ^ deux mois, comme le mouvement de la Eune demande. Selon ces dates le n.Decem- I a dû eftre le 19.de la Lune, c'eft-à-dire, J? quatrième jour du decours , qui dans les ettres du Roy de Siam eft marqué le 5 . du ^cours , le plein de la Lune eftant fuppofé ï 5 : ce qui marqueroit l'intercalation dun )°ür faite au plein de la Lune , à moins que c°s Lettres ne foient antidatées d'un jour, ou ^ on n ait manqué d'un jour dans le rapport ^on en fait à nôtre Calendrier. Parmi les dates precedentes , & quelques que nous avons, examinées , il ny a ^ celles du 20. Octobre & du 1 1 . Décembre ^ s’accordent bien enfemble & avec le mou* ^ent de la Lune , & dans lefquelles on Prend le jour même de la conjonction de la avec le Soleil par le premier jour du mois* 1^4 B** 'Royaume de Siam. mois. Les autres dates different entre elles de* quelques jours ; car dans celles du 24. Juin on prend pour le premier jour du mois un jour qui précédé la conjonction ; an contraire , dans les dates du 2 2; Décembre Ton prend pour le premier jour du mois un jour qui fuit la con- jonction. Ainfi les dates qui prennent pour- premier jour du mois le jour même de la con- jonétion , peuvent eftre cenfées les plus ré- gulières. Nous avons calculé ces conjonctions* non feulement par les Tables modernes, mais aufîi par les réglés Indiennes , de la maniéré que nous dirons* cy- après , & nous avons* trouvé qu'elles s'accordent enfèmble dans les mêmes jours de Tannée. Ces réglés Indiennes peuvent donc fêrvir a' regler le Calendrier des Siamois, quoy-qu el- les ne foient pas prefèntemenr oblervées' ex-^ actement dans les dates des Lettres. Sans un Calendrier où les intercalations des mois Si des jours foient réglées félon cette méthode r on ne pourroit fé fervir de ces réglés Indien- nes dans-le calcul des- Planètes fans faire la même erreur qui fe féroit gliflee dans le Ca- lendrier ; à moins que cette erreur ne fût con- nue par Thiftoire exacte des intercalations , Si qu’on y eût égard dansde calcul. Quoy-que par les règles Indiennes on cher- che le nombre des mois échûs depuis une Epoque , par le moyen d'un Cicle de 2 2 8 mois Solaires fuppofez égaux à 325 mois Lunai- res Du Royaume de Siam. rfff *es > ^l«i eft équivalent au Cicle de nôtre nom- bre dot de dix -neuf années dans le nombre es mois Solaires & des mois Lunaires qu’il comprend ; on voit pourtant par la plupart es dates Siamoifes que nous avons pu avoir, clUe je premier jour de leur mois, même en Ce fiécle , ne s’éloigne guere du jour de la b°ojon£l:ion de la Lune avec le Soleil ; & que e Calendrier des Indiens n’eft pas tombé dans * faute dans laquelle eftoit tombé nôtre vieux Calendrier , où les nouvelles Lunes eftoient *eglées par Cicle du nombre d’or qui les donne plus tardives quelles ne (ont : de forte Sue depuis qu on eût introduit ce Cicle dans le Calendrier (ce qui fur vers le quatrième hécle) jufqûau fiécle pafle , Terreur eftoit pontée à plus de quatre jours. Mais les In- iens auront évité cette faute ; en fé férvant des réglés de la Seéfcion I. pour trouver le Nombre des mois Lunaires; 3c des réglés de Seétion II. pour trouver le nombre des jours & des heures qui font dans ce nombre des mois; lefquelles eftant fondées fur Thypo- thefè de la grandeur du mois lunaire qui ne jffere pas de la véritable d’une féconde en- *lere > ne féauroient manquer d’un jour qu’en- '?r°n en 8000 ans; au lieu que l’ancien Cicle de nôtre nombre d’or fuppofe qu’en 2.3 5 mois lunaires il y ait le nombre de jours & d’heu- res qui font en 19 années Juliennes, lefquel- es excédent 2 } ; mois JLuaaires d'une heu- re \66 Du Royaume de Siam. re 17', 33"; qui font 5. jours en 1563 • arH nées. Il paroît auffi que le Calendrier des Indiens eft fort different de celuy des Chinois , qlU commencent leur année par la nouvelle Lune la plus proche du quinziéme d’Aquarius, félon le P. Martini , ou du cinquième du meme Signe > félon le P. Couplet ( ce qui n arrive qu'un mois & demy avant PEquinoxe du Pnn^ temps ) & qui règlent leurs intercalations un Cicle de foixante années : ce que font aul * Jes Tunquinois , au rapport du P. Martini dans lès Relations. I V. CMcthode de comparer les dates Siamoifes aux régies Indiennes* POur examiner fi les dates Siamoifès s ac- cordent avec les régies Indiennes , nous avons cherché par ces régies le nombre des mois compris dans les années écheues depuis PEpoque Aftronomique & Tannée courante > & nous y avons ajouté les mois de Tannee cou- rante, que nous avons commencé à compté par le fixiéme mois de Tannée Civile , poUc la première date qui fut du huitième mois avant Tintcrcalation d’un mois; & pour la & .conde date qui fut de Tonziéme mois , & aPre l’intercalation d’un mois , nous avons com- mencé à compter les mois de Tannee cou- rante par le cinquième des onze mois que on Dts Royaume de Siayt. igj comptoic alors , qui eft le même mois que on avoir compté pour le fixiéme avant i’inter- calatioii d’un mois , félon l’explication que !l0Us avons donnée à l’article quatrième de la LSe qui fe- ront la fomme de 1 2 5 9 1 mois. Les 2 Royaume de Siam. Les multipliant par 7, article ; , le produit lCra 88 157. Le divifant par 22S , 6, le quotient fera 3 86 à ajouter à 12/91 , article 7 ; & la omnie fera 11977 mois Lunaires. Par les régies de la Seclion II. Multipliant ce nombre de mois par 3 0 , ar- ‘°lei , le produit donnera 3 895 10 jours ar- «hciels. Lesmultîplianspar 1 1 , article 4, le produit Içrade 4282410. , Divifant ce produit par 703 .article 6,1e quo- tlent (êta 609 1 «J. L’ayant fouftrait de 3 8 3 3 1 0 jours artificiels, Vlcle 8> ü telle 383218 *« , qui eft le nombre es jours naturels écheûs depuis l’Epoque A- fronomiqne jufqu a la nouvelle Lune duhui- ^eme mois de Tannée Indienne 2251. La fraélion^ eftant réduite donne 5 heu- tes 4' 34" dont çette conjon&ion arriva plus acdà Siam, fiiivant ces réglés, que celle de 1 époque Allronomicpe de l’an 638. Par le moyen de nôtre Calendrier on trou- ve nombre des jours écheûs entre le vingt- Uieme mois de l’année Julienne 1638, &le Juin de l’année Grégorienne 1687 par ce . Depuis l’année 638 , qui fut la fécondé Pr« la bidèxdle 636, jufqu’à l’année 1687, Tm' Il : H qui 170 Du Royaume de Siam. qui futlatroifiéme apres labiflèxtile 1684, il y a 1049 années, parmi lefquelles il y eût z6z bifïèxtiles qui donnent z6x jours plus qu au- tant dannées communes. En 1049 années communes de 365 jours, ilyai82925 jours* & y ayant ajouté z6z jours pour les biiïexti- lésion aura 483 187 jours en 1049 années tant communes que bilïéxtiles entre le 21e Mats de l’année Julienne 63 8,&le 2 ic Mars de lau- née Julienne 1 687 ,qui eft le 3 ic Mars de l’an- née Grégorienne. Depuis le 3 icMars jufqu’au iojuin il ya 7 1 jours,quieftantajoûtczà 383 i47,donnenc 3832 18 jours entre le 1 ie Mars de Tannée Ju- lienne 638, où eft TEpoque Indienne des nou- velles Lunes, &le 10e Juin de Tannée Grégo- rienne 1687, jour de la nouvelle Lune du hui- tième mois de l'année Siamoife 2231. Ce nombre de jours eft le mefmeque nous avons trouvé entre ces deux nouvelles Lunes , fuivant les réglés Indiennes. Pour trouver le mefme nombre de jours par Tune & par l’autre méthode dans la conjon- ction d’Octobrc de la même année 1 6 S7>apres Tintercalation quiparoît en comparant la date de ce mois avec celle du mois de Juin prece- dent; il a fallu compter 8 mois, commençant Êar le cinquième des onze que Ton comptoir. >ans la conjonction de Novembre on en a compté S;& dans celle de Décembre d où com- mença le premier mois de Tannée iz} 2 > on Dit Royaume de Siam. iji en a compté 9 , ajoutant 8 mois à ceux de Tan- née courante jufqu’à la nouvelle Lune du 3 1 Mars 1688, d'où commença lecinquiéme mois de Tannée ai 3 a. On commença à com- pter de ce 5 e mois pendant toute Tannée qui mivit l’intercalation & qui fut commune ; & on ne commença à compter du fixiéme mois, qu’à *a nouvelle Lune qui arriva le 19 Avril de cet- te année 1689. On commencera aulli à com- pter du fixiéme mois , à la nouvelle Lune qui privera le 9 Avril, julqiTà l’intercalation qui (è *eta dans la mefine année , après laquelle on (ùi- Vra le même ordre qu’aprés l’interçalation pré- sente. Nous avons j ugé à propos de rappor- ter diftinClement ces exemples , afin de dé- terminer plus precifement l’article 4 de la j. Section, auquel on pourroit fe méprendre l|on nel’avoit éclairci; &l’on n’auroit pû le ^terminer (ans plufieurs calculs faits félon la méthode precedente. V. Les termes des premiers mois des années Indiennes. A Yant calculé par la mefine méthode , (ùi- vant les réglés Indiennes , les moyennes Conjonctions de la Lune au Soleil pour plu- leurs années de ce ficelé 8c du fiécle fuivant ; ’ous avons toûjours trouvé , que chacune de Conjon£tions tombe à un jour auquel la n°yenne conjonction arrive félon nos Tables, H 2 mais i-j z Du Royaume de Siaw. niais prefque trois heures plus tard que par les réglés Indiennes. Par ce moyen nous avons déterminé dans nôtre Calendrier les termes entre lefquels doit arriver la nouvelle Lune , d'où il faut com- mencer à compter les mois de lannée couran- re, fuivant l'article 4 de la ISeétion; &nous avons trouvé qu’en ce fiecle cette nouvelle Lu- ne eft celle qui arrive entre le 28 Mars & Ie 27 Avril de l’année Grégorienne , qui font prefentementle 1 8 Mars &le 17 Avril de lau- née Julienne. Nous avons auffi trouvé que ces termes dans le Calendrier Grégorien s'avancent d’un jour en 2$ 9 années, & reculent d’un jour dans le Calendrierjulien en 3 02 années: cequil fal- loit fcavoir pour pouvoir fe fervir parmy nous de ces réglés Indiennes. Pour déterminer dans ces Calendriers les termes entre lefquels doit arriver la nouvelle Lune d’où doit commencer Tannée Civile des Siamois félon ces réglés , il nous a fallu établir un fyftême d’années communes &em- bolifmiques bien ordonnées dans le cycle e 19 années, lequel fyftême foit tel, que le cm^ quiéme mois de la première année apres 1 en> bolifinique, &le lîxiéme mois des nées, commencent en ce fiecle entre le 2. o i ar & le 27 Avril de l’année Grégorienne. Selon cette réglé Tannée Civile devroi commencer en ce fiecle ayant le * 1 Decem^ Du Royaume de Siam. ij - Car fi elle commence le 1 2 , l’année fiiivante S11' commenceroit le i Décembre lèroit après 1 année commune , & félon la règle on ne com- nienceroit point à compter par le cinquième niois qui arriveroit le 2j>"Mars , mais par le nxiéme mois qui commenceroit le 2 S Avril: cc qui eft contraire à ce que nous avons trou- Ve par le calcul , qif en ce ficelé il faut commen- Cer à compter par le mois qui commence cn- tre le 28 Mars & le 27 Avril. On pourroic doncfè tromper dans l’ulàgede ces réglés aux années qui commencetoient après le x 1 Dé- cembre de l’année Grégorienne. Nous trouvons aulïj par nos calculs que fc- lon ces mefmes réglés l’année Siamoife devroit commencer au 12 Décembre en l'année Gré- gorienne 1700, qui ne fera point biflèxtile. Ce le ta donc le terme le plus avancé , qui doit être éloigné du terme precedent d’un mois entier. Ainfi la nouvelle Lune qui arrivera le fieele fuivant entre le 1 2 Novembre & le 1 2 Décem- bre, fera celle d’où devroit commencer lèlon ces réglés l’année Civile des Siamois. Cependant nous avons vû depuis peu une ^ate du premier Janvier 1684, oùl’on nippo- nne le commencement de l’année Siamoilè *uc à la nouvelle Lune qui arriva le 1 8 Décern- ée 1683. Cette datte eftant comparée avec celles des A mbaflàdeurs de Siam, où l’on fup- P°fe que le commencement de l’année 2231 Ut a la nouvelle Lune qui arriva le 1 G No- H 3 vembre î74 Dh Royaume de Siam. vembre 1 686, montreroit que les termes du premier mois de Tannée Siamoifo, félon 1 ufage de ces temps, font éloignez entreux tout au moins de 3 2 jours, quoy que félon les réglés ils ne deuffent pas être éloignez de plus d uu mois lunaire, ou de 3 o jours. Cela confirme ce que nous avons déjà re- marqué , qu’en ce fiécle on ne le conforme pas exactement à ces réglés dans les dates , quoy qu’on ne s en éloigne pas beaucoup.^ Mais com- me ces réglés font obfcures , & qu il fout fuf> pléer des circonftances qui ri ÿ fout pas expri- mées diftinftement, il peut facilement arriver que le peuple s y méprenne. Ainfi, après avoir déterminé ce qui le devroit faire félon ces réglés , il fout apprendre des Re- lations des Voyageurs ce qui (e pratique actuel- lement. Cependant nous fçavons par les dates que nous avons vûës, que lufoge prefent ne s’éloigne pas beaucoup de ces réglés. VL Diverfes e fèces d- années Solaires félon les régies Indiennes . CHacun de ccs termes dont nous avons parlé, peut être confideré comme le com- mencement d’une elpece d année (blaire la grandeur eft moyenne entre celle de A.an Julienne & celle de la Grégorienne, P*f f nous avons remarqué que dans la fuite es 1 - clés ces termes s’avancent dans Tannee Grégo- rienne, Du Royaume de Siam. 175 ïienne, & reculent dans la Julienne : le terme qtii tombe prefentement au 2-8 de Mars, eftli proche de l’Equinoxe du Printemps, qu’il pour- toit être appelle Terme Equinoxial , & pour- rit être cenlé le commencement d’une année Claire Aftronomique. On ne Içauroit accorder enfemble les ré- glés de diverfes Serions qui parlent du nom- bre. des années écheûê's depuis l’Epoque fous le nom à’ Ere, fans fuppoler diverfes elpeces d années Indiennes. 11 eft parlé de Y Ere dans la I Seétion , où eous avons dit que Y Ere eft le nombre des années écheûê's depuis l’Epoque Aftronomi- cjue. On la réfout en mois folaires & en mois lunaires dans la mefme Seétion ; & dans la Se- ction 1 1 on réfout les mois lunaires en jours artificiels de 3 o par chaque mois lunaire , & en jours naturels tels qu’ils font dans l’ufage commun. 11 eft aufli parlé de Y Ere dans la Seétion I V, où l’on voit quelle eft compofée d’un nombre de ces mefmes jours qu’on a trouvé à la Se- dlion 1 1 ; de forte qu’il {èmbleroit d’abord » ^ue ce fût la fynthcfe de la mefme Ere, dont on a fait l’analyfc àlaSeétion I & II. Mais ayant calculé par les réglés de la Se- ^ronl &II, & parle Supplément, dont nous Parlerons , le nombre des jours qui doivent cftte en 800 années, lequel nombre dans la Sc&ioniv eft fuppofé être 291107 ,nous n’y H 4. avons i“j6 Du Roy mine de Siam. avons trouvé que le nombre de 191197 jours, 8 heures & 27 minutes ; qui eft moindre de 9 jours, 1 5 heures, 3 3 minutes, que celuy de 291107 jours que lonfuppofedansla iVSe- clion fè devoir trouver en ce mefine nombre d années. Cette différence eft plus grande que celle qui fe trouve entre 800 annéesjuliennes* qui font de 292200 jours ; & 800 années Grégoriennes, qui ne font que de 29219+ jours; dont la différence eft de 6 jours: &en 800 de ces années qui refultentdes réglés des deux premières Serions, il y a un excès &r les Grégoriennes de 1 3 jours , 8 heures, 24 mi*4 nutes; & un defaut à legard desjuliennes de 2 jours, 15 heures, 3 3 minutes; au lieu que 800 années de la SeéKon IV, excédent de 7 jours 800 années Juliennes, 6c de 13 jours un pareil nombre d années Grégoriennes. Comme Tannée Grégorienne eft une année Tropique, qui confîfte dans le temps que le Soleil employé à retourner au mefine degré du Zodiaque, lequel degré eft toujours egale- ment éloigné des points des Equinoxes 6c des Solfticcs ; il n’y a point de doute que Tannee tirée des réglés de la Seétion I 6c II, appro- che plus de la Tropique que Tannée tirée des réglés de la Seétiôn I V, qui, comme nous avons remarqué, approche de Tannée Aftrale déter- minée par le retour du Soleil à une mefme eftoile fixe, Sc de Tanomaliftique derermince par le retour du Soleil à fon Apogée , laquelle plu- Du Royaume de Siam. 177 piufieurs Agronomes anciens & modernes 11e diftinguent point de l’Altrale , non plus que les Indiens, lùppofant que l’apogée duSoleil eft fixe parmi les eftoiles fixes -, quoy - que la plû- Part des modernes luy attribuent un peu de Mouvement à leur égard. Cependant,. il paro'it que leslndiens fe fer- ont de l’année folaire de la Section I V,comme nous nous lèrvons de la Tropique, lors que fi'lon les réglés de la Section VII, VIII, X , &X[ , ils calculent le lieu du Soleil &celuy de fini apogée, & le lieu de la Lune, & de fon apo- gée. Car le temps ccheûdepuis la fin de cette année appelle Krommethiapponne leur fèrt à trouver les lignes, degtez,& minutes du moyen mouvement du Soleil. Ils fuppofent donc que cette année conlifte dans le retour du Soleil au commencement des lignes du Zodiaque com- me nôtre année tropique. Il eft vray que prefèntement les lignes du Zodiaque lè prennent parmi nous en deux maniérés qui n’eftoient pas autrefois diftin- guées. Quand les Anciens cûrent obfervé la rrace du mouvement duSoleil parle Zodiaque, Qu’ils refirent divifée en quatre parties égales Pat les points des Equinoxes & des Sollti- ccs, & qu’ils eurent fbus-divifé chaque qua- trième partie en trois parties égales , qui font tout les 1 2 lignes , ils obfetverent les con- Jldlations formées d’un grand nombre d’étoi- fixes qui tomboient dans chacun de ccai H 5 figues.-, , 1 7 S T)u Royaume de Siam. lignes , & ils donnèrent aux lignes le nom des conftellations qui s y trouvèrent, ne fuppofant pas alors que les mefmes eftoiles fixes deuflèitf jamais quitter leurs fignes. Mais dans la fuite des fiecles on trouva que les mefmes eftoiles fixes n'êtoient plus dans les mefmes degrez des fignes, foitque les eftoiles fe fufïènt avancées vers l'Orient à 1 egard des points des Equinoxes& des Solftices , ou que ces points mefmes fè fufïènt éloignez des mef- mes eftoiles fixes vers l’Occident ; & on trouve prefentement qu'une eftoile fixe pafïè du com- mencement dun ligne au commencement d’un autre environ en 2200 ans. Ceft pourquoy depuis que Ptolomée , au deuxième fîecie de Jesus-Christ, con- firma cette decouverte encore douteufe , qui avoit efté faite trois fiecles auparavant par Hip- parque; on fait diftinétion entre le Zodiaque quon peut appeller local, qui commence du point équinoxial du Printemps &eftdivifé en 1 2 lignes, & le Zodiaque aftral compofé de 1 2 conftellations qui retiennent encore le mê- me nom, quoy-que prefentement laconftel- lation d'Aries ait pâlie dans le ligne du Tau- reau, & que la mefme chofè foit arrivée aux autres conftellations qui ont paffé dans les fi- gnes fuivans. Les Aftronomes neanmoinsrapportent or- dinairement les lieux & les mouvemens des planètes au Zodiaque local ; parce qu'il eft im- J % Royaume de Statu. 179 portant de fçavoir comment elles fê rappor- tent aux Equinoxes & aux Solftices, cToù dé- pend leur diftance de l 'Equinoxial & des Po- ks, ladiverfè grandeur des jours & des nuits, la diverfité des Saiions , & quelques autres cir- c°nflances dont la connoiflance eft d’un grand üfage. Copernic eft prelque le lèul parmi nos A- fttonomes qui rapporte les lieux & les mou- Veniens des aftres au Zodiaque aftral ; parce qu’il fuppolè que les eftoiles fixes font immo- biles , & que l’anticipation des Equinoxes & tics Solftices n’eft qu’une apparence caulee Par un certain mouvement de Taxe de la ter- te. Mais ceux mefmes qui fuivent Ion hypo- tbelè , nelaiflent pas de marquer les lieux des planètes à l’égard des points des Equinoxes clans le Zodiaque local , à caulè des confequen- Ces de cette lituation que nous avons remar- quées. Ce feroit une chofe admirable que les In- diens qui fuivent les dogmes des Pithagori- c'ens , fe conformaftènt en cela à la méthode ^Copernic, qui eft lereftaurateur de l’hypo- thefc des Pithagoriciens. Neanmoins il n’y a pas d’apparence qu’ils ayent eû deifein de rapporter les lieux des Planètes plutôt à quelque eftoile fixe , qu’au P°jnt équinoxial du Printemps. Car il femble Qu’ils auroient choiiî pour cela quelque étoile bxe principale comme a fait Copernic, qui a H 6 choili i8o Du Royaume de Sim. choifi pour principe de fon Zodiaque le point auquel fe rapporte lalongitude delà première eftoile d’Arles, qui le trouvoit au premier de- gré d’Arles où eiloic le point équinoxial du Printemps, lors que les Aftronomes commen- cèrent à placer les eftoiles fixes à l’égard des points des Equinoxes & des Solftices. Mais à l’endroit du ciel où les Indiens po- fcht le commencement des lignes du Zodia- que félon la Seétion I V , & les Seétions fui van- tes, ilify a aucune eftoile confiderablc : il y a feulement aux environs quelques-unes des plus petites &des plus obfcures eftoiles de lacon- ftellation des Poifions , mais ceft l’endroit où eftoit le point équinoxial au temps de leur Epo- que Aftronomique, d’où les eftoiles fixes fè font enfuite avancées vers l’Orient j de forte que le foleil par Ion mouvement annuel ne re- tourne à la mefme eftoile fixe qu environ 20 minutes après fbn retour au même point du Zodiaque local. Il eftoit difficile que cette peti- te différence eût efté apperceue en peu dafl- néespar les Anciens, qui ne comparoientpas immédiatement le Soleil aux eftoiles fixes, comme on le compare prefèntement, & qaL comparoient feulement le Soleil à la Lune pen- dant le jour, & la Lune aux eftoiles fixes pen- dant la nuit , quoy- que du j our à la nuit la Lune change de place parmi les étoiles fixes, tant pat fon mouvement propre qui eftvîte & inégal, que par fa parallaxe qui n’êtoit pas bien connue Du Royaume de Siarn. 1 8 x au* Anciens. Ceft pourquoy ils ne s^pper- ceûrent que fort tard de la différence qu'il y a entre l’année Tropique, pendant laquelle le Soleil retourne aux points des Equinoxes & des Solftices , & l’année Aftrale pendant la- quelle il retourne aux mêmes étoiles fixes; &: pour lors ils avoient une année folaire de 365 jours & un quart, que Ton trouve prefen- tetnent eftre moyenne entre la Tropique &C I Aftrale , & qu'elle furpalTe la tropique de I I minutes, & eft plus courte, que 1 aftrale. de 9 minutes». VU. Détermination delà gra?tiïeicr des deux efpéces à' années- Indiennes-. T L eft aifé de trouver la grandeur de Tannée -■“* que Ton fuppofe dans la Seétion IV, en divilant 25)2207 jours par Soo années, dont chacune fe trouve de 3 .65 jours 6 heures U', 3 S'- il eft un peu plus difficile de trouver celle ^ui réfulte des Seélions I & 1 1 dans lelquelles d faut même (lippléer quelques réglés qui y manquent pour en pouvoir faire cét ulage. Car dans la Seélion I on fuppofe que les années font compofées de mois lunaires entiers , Sue le nombre des mois qui relient , eft connu daillcurs: Et,à la Seélion II on. fuppofe que fos mois entiers ont efté . trouvez par la So- H 7 étiouly i 8 z Du Royaume de Sim. étion I, & que le nombre des jours qui re- lient, eft connu d’ailleurs. Cependant un nom- bre d'années folaires, qui n’eft que tres-rare- ment compofé de mois lunaires entiers , doit avoir non feulement le nombre des mois, mais suffi le nombre des jours déterminé. En effet, nous trouvons que c es réglés fiippofent tacite- ment une année fblaire compolée de mois , jours , heures & minutes , qui réglé les années lunifolaires. „ La maniéré de la trouver par ces réglés ei- de réfoudre une année en mois folaires & en mois lunaires , par les réglés 3 , 5, d, & 7 de la I Seétion , & de ne point négliger la fraétion qui refte après la divifîon faite par l’article 6 e la même Seétion ; mais de la réduire en jours , heures , minutes & fécondes , ou en parties décimales de mois , allant jufqu’aux mille mil- lionniémes, pour la préparer aux operations que Ton doit faire félon les réglés, r , 2. , 3 , 4j & 8 de la II Seétion, tant fur cette fraétion que fur les mois entiers; & enfin,' de réduire de là même maniéré la fraétion appellée Ana- maun dans la Seétion II. . On peut encore trouver d’une maniéré pws fimplela grandeur de cette année, en fe fervant des hypothefes que nous avons développées dans ces deux Seétions , pour trouver une pe^ riode d’années qui foit ccmpofée d un no bre de mois lunaires entiers, & auffi d un nonl bre de j ours entiers. v Du Royaume de Siam. 1 8$ En fuppofant félon nôtre explication des hypothefes de laSedion II, qu’un mois lunaire eftégal à j o jours artificiels, &que 703 jours Mtificiels font égaux 2692 jours naturels, on Couvera qu’en 703 mois lunaires il y a 20760 jours naturels ; &y ajoûtant l’hypothefe delà ^edion I, félon laquelle le nombre de 218 jttois folaires (qui font 19 années) font égaux a *3 5 mois lunaires, on trouvera qu’en 1 3357 années folaires il y a 165205 mois lunaires fntiers, qui font 4878600 jours naturels: d’où truite qu’un mois lunaire , félon ces hypo- ^fiefes, eft de 29 jours , 1 2 heures , 44'^ 2", *•} ', 23"", & l’année folaire de 365 jours, J heures 5 5 1 3 ", 46"', 5 Cette année Indienne cachée dans les hypo- thelès tacites de ces deux Sedions, s’accorde a deux fécondes prés avec l’année Tropique . Hipparque 8c de Ptolomée , qui eft de 365 jours, 5 heures, 55', 12"; & à 13 fécondes prés avec celle deRabbi Adda Auteur du 3 fié- cle , laquelle eft de 565 jours, 5 heures, 5 î'> 26". Si l’on pouvoir vérifier que ces an- tres & ces mois enflent efté déterminez par es Indiens fur les obfervations du Soleil, in- dépendamment de l’Aftronomie Occiden- ^ale ; cét accord de plufïeurs Aftronomes de diverfes Nations fi éloignées les unes des au- tres ferviroit pour prouver que l’année Tropi- a efté autrefois de cette grandeur, quoy- ^Ue prefontement on la trouve plus petite de 6 mi- 3 j4 13# 1 loyAumt de Siami- 6 minutes j qui font en i o ans une heure , 8C en 240 ans- un jour entier. Mais ii y a appa- rencc que cette grandeur de l'année n’a elle déterminée que par les oblcrvations des écli- pfes &des autres lunaifons , & par l'hypotheiê que dix-neuf années fblaires font égales à deux- cent trente- cinq mois lunaires ; laquelle hypo- thefê approche fi prés de la vérité, qu’il eiloic difficile d’en oblêrver la différence que dansla fuite des fiécles j ce qui empêcha Hipparque &C- Ptolomée de s’en éloigner dans la déterminai lion de la grandeur de l’année folaire. VIII. Antiquité de ces deux efpéces dû années Indiennes. ■ NOus n avons point de connoiflànce plus precifè des années Indiennes , que celle que nous venons de tirer de ces réglés. Scali-* ger qui a ramaffé avec beaucoup de foin tous les Mémoires qu’il a pû avoir des Auteurs an- ciens , du Patriarche d’Antioche , des Million- naires, & de differens Voyageurs, & qui les a inferez non feulement dans ion ouvrage de la Correction des temps , mais auffi dans les Commentaires fur Manilius, 8C dans fes Ifagq' ges Chronologiques, jugeant que ces mémoi- res doivent contenter tous ceux qui ont que - que 'goûc des belles lettres , n’établit rien la- defliis qui fatisfaffe le P. Petau ; & il eft con- fiant que l’année Indienne.de Scaliger ne e rap- Du Royaume de Siam. i Sj apporte ny à l’une ny à l'autre de celles que nous venons de trouver. Mais dans le Traité du Calendrier du Car- ^nal de Cufe , il y a des veftiges de ces deux €'péces d'années Indiennes. Celle que nous ayons tirée de la Seétion IV, s'y trouve prêt en termes formels; celle que nous avons *!ree de la comparaifon de la I & de la 1 1 Se- tion s y trouve auffi , mais dune maniéré fi °Mcure , que l'Auteur même qui la rapporte fa pas comprife.. Ce Cardinal dit , que félon Abraham Aven- ue , Aftronome du douzième fiécle , les In- ^ens ajoûtent (à l'année de 365 jours) la Quatrième partie d'un jour & la cinquième par- d’une heure , lors qu'ils parlent de l'an- pendant laquelle le Soleil retourne à une ^ême étoile.. Cette année eft donc de 3 6$ l°Urs, 6 heures , 8c 12.'; 8c elle s’accorde à 3 6 fécondes prés , avec l’année que nous ve- nons de trouver par l’hypothcfè de la Se- ^ion IV. Cét Auteur ajoute que ceux qui Pilent de l’année félon laquelle les Indiens reglent leurs Fêtes, difentque de la quatrième Partie il refaite un jour de plus en 3 20 années , quart a fins 3 20 annis diem exurgere : ce S11 n explique d'une maniéré qui ne feauroie ubfifter. Cette année y dit- il, eft plus grande ^kc nôtre année commune , dé un quart , de p ficondes de 30 tierces , qui 3 5 3 années ***** jour , On ne voit, pas le moyen de tirée un ï 8 6 Du Royaume de Siam. un fens raifonnable de cette explication. Car un jour partagé en trois cent cinquante - trois années donne à chaque année 4 minutes 4 > & non pas 23 ", 3 o'". Le véritable fens de ces paroles, quart a plus 320 exttrgere> eft, ce me femble, que 3 20 années de 3 6 5 jours & un quart furpaflènt d un jour en-* tier.320 de ces années Indiennes. Un j°uc partagé en 3 20 années donne à chacune 4 re- mîtes, 3 o fécondés, lefquelles eftant ôtées de 365 & un quart, laillènt 365 jours, 5 heures, 55 minutes & 30 fécondés, qui fera la gran- deur de l’année qui réglé les Fêtes Indiennes, Cette année îfexcede que de 16 fecondes la grandeur de Tannée que nous avons trouvée par la comparaifon des hypothefes de la I oC de lallSeébion des réglés Indiennes : ceft pour- quoy il ny a pas lieu Redouter quelle ne foit celle dont il s agit, IX. Epoque des années folâtres Syn- diques des Indiens. Ette efpéce d années folaires tirées des re ^-^gles des deux premières Serions , PeUC eftre appellée (ynodique, parce quelle relu te de légalité que Ton fuppofe eftre entre 19 ^ ces années folaires & 23 5 mois lunaires qni terminent à la conjonétron de la Lune ave Soleil On peut prendre pour Epoque ec années le jour & Theure de la moyenne con Du Royaume de Siam. 187 jondlion de la Lune avec le Soleil , qui arriva ej°ur même de l’Epoque Aftronomique, à lln jour prés de l’Equinoxe moyen du Prin- 'Çmps ; quoy-que l’on puiffe inférer des arti- c*Cs y, 6, & 8 de la Seétion II, que l’on prit P°ur Epoque de ces années le minuit qui fuivit 1Uiinediatement cette conjonction moyenne, méridien auquel les réglés de cette Se&ion Urent accommodées. Ainfi dans les calculs Particuliers , on n’aura plus beloin de l’opera- rion preferite à l’article y de laSeétion II , qui fondée fur la différence qui fut entre l’in- ‘tant de cette conjonétion moyenne & le mi- j^it fuivant , à un méridien particulier plus occidental que Siam ; ny des operations pre- stes à l’article 8 de la Seétion VII, & à l’ar- tlcIe 5> de laSeéfionX, que nous avons jugé parquer les minutes du mouvement du Soleil ^de la Lune entre le méridien de Siam & le Méridien auquel avoient efté accommodées les *egles de la Seûion 1 1 ; & il lùffira d’avoir eû ^Eard à ces trois articles une fois pour tou- jours. , L’Epoque de ces annéesSynodiques fera donc !e Mars de l’année 6 3 8 de Jesus-Christ, a. 3 heures, 2 minutes du matin au méridien ^Siam. La grandeur de ces années, félon le Chapi- rc V I Ide ces Reflexions , eftant de 3 65 jours, 5 taures, J y', 13", 4 <5'"> y '"S on trouvera le c°mmencement des années fuivantes dans les années ï 88 Du Royaume de Siarn. années Juliennes, par l’addition continuelle 5 heures, 5 5', 1 3", 4 6'\ ôtant un jour de h fomme des jours qui refaite de cette addition dans les années biiïèxtiles ; ainfi nous trouve- rons les commencemens de ces années res lynodiques dont nous avons examine Ics dates comme nous les avons icy calculées, ^ll méridien deSiam aux heures comptées api‘cS minuit. Dans les <*✓ Années 168} Juliennes. Jours. Mars 17 H. M- zi 57 BiÆ 16S4 Mars 17 3 i68f Mars 17 9 47 1686 Mars 17 15 41 i68j Mars *7 11 3S Biff. 1688 Mars 17 3 33 Dans les Années grégoriennes. Jours. H. M. Mars ij ZI S 7 Àlars 27 3 Mars 27 9 47 Mars 27 42 Mars 27 ZI 38 Mars 27 3 33 Années Aftronomiques complétés* 1045- 104 6 . 1047 1048 1045? ioyo Ces Du Royaume de Siam. rS^ Ces commencemens d’années arrivent ua jour & demy avant les Equinoxes moyens Printemps, félon Ptolomée; & cinq jours & demy avant les mêmes Equinoxes , félon les Modernes : c’eft pourquoy ils peuvent eftre pris pour une elpéced’Equinoxes moyens des Indiens. La première nouvelle Lune depuis les commencemens de ces années folaires lÿno-> djques , doit eftre la cinquième de l’année Ci- v‘le quand l’intercalation a précédé ces com- U'encemens , ainfi qu’il eft arrivé l’an 1 6 8 y & l’an 1 688 ; & elle doit eftre laftxiéme de lan-> née Civile aux autres années. Voicy ces premières nouvelles Lunes depuis les Equinoxes de cette efpéce > calculées pour les années precedentes.. Années AJlronomiques complètes. 104* 1045 1047 1048 1049 fOjQ Années Grégoriennes courantes. 1(385' BifT. 1684 1685 1 68(3 1687 BilE 4688 Rre* t P o Du Royaume de Siam. Premières conjonctions des Années Agronomiques courantes. Jours. Avril Avril Avril Avril Avril Mars Après rnidy. H 3 22 1 1 3i H. 11 7 16 14 22 7 M. 41 3° iS 5° 38 z7 Années Solaires zAfironomi- ques couran- tes. 1046 1047 104S 104P 1050 105 1 X. De la période Indienne de 1 9 années. POurconnoître les premières conjon&ions des années folaires fÿnodiques Indiennes dans nôtre Calendrier , il fuffit de calculer les commencemens des années de ip en ip an- nées après l’Epoque. Car chaque dix -neuvième année lôlaire lÿnodique depuis l’Epoque finit par la moyen- ne conjonction de la Lune au Soleil , d ou commence la vingtième année. On trouve la grandeur de cette période en refolvant i$> an- nées en mois lunaires par les articles * &7 delaSeétion I, & en refolvant les mois lunaires en jours par les articles "i de la Seétion II; & enfin en reduifant la ha- * - ètion Du Royaume de Siam . ip £ ^ion des jours appellée <±Anamaan en heures, Minutes , fécondes & tierces : & par ce moyen 0ï} trouvera que la période Indienne de 1 9 an- Uees eft de 65)35; jours 16 heures, ^mirn^ iCs> 1 1 fécondés, 3 5 tierces. ^uoy-que cette période Indienne de 1 9 an- nées s’accorde dans le nombre des mois Iunai- *Cs qu’elle comprend , avec les périodes de ^tima, de Méton, & de Calippus, & avec ^otre cycle du nombre d or , comme nous ^°ns remarqué dans Implication de la Se- hon I ; elle en eft pourtant differente dans le Nombre des heures. Celle de Méton qui contient 65)40 jours , plus longue que flndienne de 7 heures, 3° minutes, 38 fécondés, 25 tierces. Celle ^ Calippus, & celle de nôtre nombre d'or ^i contiennent 6935) jours, & *8 heures font ™s longues que flndienne de 1 heure , 3° minutes, 38 fécondés, 2j tierces. Celle Numa devoir eftre d'un nombre de jours e^tiers, félon Tite-Live dont voicy les ter- mes : curfum Luna in duodecim menfes ^Jcribit annum , quem ( quia tricenos die s jgulis menfibus Luna non explet , défunt que lSs folido anno , qui folfhtiali circumagitur 6'^e ) intercalares menfibus interponendo , ita jpenfavit , ut vigefimo anno ad metam ean - en* folis unde orfi effent , plenis annorum fpa - dies congruercnt . O11 lit vicefimo anno ans tous les Manufcrits anciens que nous avons i ï> x Du Royaume de Siatn. avons vus, & non vigejimo quarto , comme dans quelques Exemplaires imprimez. La période de 19 années des Indiens eft donc plus jufte que ces périodes des Anciens» & que nôtre cycle d’or ; & elle s’accorde a 3 minutes & y ou 6 fécondes prés avec la Pe' riode de 235 mois lunaires établie pat leS Modernes , qui la font de 69 39 jours , 1 6 keU' res, 3 2 minutes, 27 fécondes. Voicy le commencement de la période In- dienne courante de 19 années, & des autres qui fuivent pendant plus d’un fîécle dans Ie Calendrier Grégorien , au méridien de Siam» aux heures après minuic. Jours. H. M. 1683 Mars 27 21 57 1702 Mars 28 H 16 1721 Mars 28 6 56 Biff 1740 Mars 27 23 *5 1759 Mars 28 S* 1778 Mars 28 S 24 1797 Mars 28 0 53 Biff 1816 Mars 28 17 2f XL Des Epatfes Indiennes. L’Epa&e des mois efl la différence du temps qui efl entre la nouvelle Lune &c la nn <_ mois fblaire courant} & l’Epaéte annueuee Du Royaume de Siam . ipf a différence du temps qui eft entre la fin de année lunaire fimple ou Eraboliimique , &la J1'1 de l’année folairequi court quand l’année lünaire finie. Suivant l’expofition de la Seélion I, 22S ^°is lunaires plus 7 autres mois lunaires font egaux à 228 mois folaires. Donc ayant partagé e tout par 2 1 8 , 1 mois lunaire plus J, de mois Unajre, eft égal à un mois folaire. , L’Epaâc Indienne du premier mois eft donc '»» d’un mois lunaire. , L’Epadte du fécond J} &ainfi de fuite; Si Epaéte de 12 mois qui font une année lunaire Utopie eft : l’Epaéle de 2 années lfss : l’Epaéte cle î années feroit \H ; mais parce que ”jfonc ^n mois y on ajoute un mois a la troifiéme gnée qui eft Embolifmique , Si le refte eft 'fcpaefce . - ^infi l’Epadle de fix années eft .43 Epacte de 18 années eft m** ÿ ajoûtant l’Epaéte d’une année qui eft *î** Epactede 19 années feroit . » El)i font un mois lunaire. Onajoûte donc un treiziéme mois àladix- toviéme année pour la faire Embolifinique: pii^l’Epaéte à la fin de la dix- neuvième année eft o. Si l’on ordonne les années lunifolaires de Ctto maniéré, elles finiront toujours avant l’E- rWnoxe lynodique , ou dans l’Equinoxe mê- e- Mais on les peut ordonner en forte qu’el- r«f». II. 1 les î c) 4 Du Royaume de Siant. les finirent toujours après l’Equinoxe fynodi- que: ce qui arrivera > fi quand TEpaéte eft o> on les commence par la nouvelle Lune qui ar- rive un mois après l’Equinoxe fynodique : & de cette forte lç.premier mois de l’année Afl*0" nomique commencera au commencement du cinquième mois de Tannée Civile après T£lTP bolilme ; au lieu que dans Tannée de la pre' miere maniéré, le premier mois finiroit au com- mencement du cinquième mois de Tannée Ci- vile après TEmbolifme. Cette Epa&e Indienne eft beaucoup P^LlS precifeque nôtre Epaéte vulgairequi augmen- te de 1 1 jours par année ; de forte qu on en ôte 3 o jours quand elle excede ce nombre pre- nant 3 o jours pour un mois lunaire , & la dix- neuviéme année on en ôte 29 jours , que Ton prend pour un mois lunaire pour réduire TEpa- <3e à rien à la fin de la dix-neuvième année lu- nifolaire. # . L^Epaéte Indienne cTun mois eftant réduite en heures, eft de 21 heures, 45', ^ ' L’Epaéte d’une année eft de iojours, 21 heu- res, 6', 45". L'Epaète de 3 années eft de 5 jours, 2 heures, 3 6\ 1 3". L’Epa&ede 1 1 années, qui eft la moindre de toutes dans le cycle de 1 9 an nées, eft de 1 jour, 1 3 heures, 1 8', 7 . * On peut confiderer TEpacte Indienne - Tcfgard des années Juliennes & Grégoriennes , ôc elle fervira à trouver le commencemen des années Civiles & Aftronomiques ues ^ Jju Royaume de Siant. rjy diensdans nôtre Calendrier, après qu’on aura eftabli une Epoque, & marqué les termes. D’une année commune ou bilïèxtile , à l'arn tiee fuivante commune, Julienne ou Grégo- rienne , l’Epaéte Indienne eft de i o jours , i y Meutes, 1 1', 3 2". D’une année commune à l’année bilïèxtile fuivante , l’Epaéte Indienne eft de 1 1 jours, 1 J heures, 1 1', 32". L’Epaéte annuelle doit être fouftraite de la première nouvelle Lune d’une'année , pour trouver la première nouvelle Lune de l’année fuivante. Mais quand après la fouftraéUon, la nouvelle ï-une précédé le terme ; on ajoute un mois à 1 année pour la faire Embolifmique. Ainfi'ayant foppofé la première nouvelle Lune après l’Equi- ftoxe lÿnodique de l’an 1685 comme au Cha- pitre I X, au z j Avril, 22 heures, & 4 1 minutes aprés midy , ceft-à-dire, au 16 Avril, à 10 heu- res, 41 minutes du matin au méridien de Siam, Pour avoir la première nouvelle Lune de lan- cée fuivante 1 684 qui eft bilTextile,on ôtera de Ce temps 1 1 jours , 1 3 heures , x 1 minutes , 3 1 fecondes;& on aura le 14 Avril à 15) heures, l9 minutes , 28 fécondes de l’année x 684 : & Pour avoir la première nouvelle Lune de l’an- tK-’e Polaire fynodique de l’année 168; , qui eft immune , on ôtera des jours precedens 10 Jours, 1 y heures, 1 1 minut. 3 2 fécondés; & on ai3ra le 4 Avril à 4 heures, 1 7 min. ; 6 fécondés. I a Enfin iç)6 Du Royaume de Siam. Enfin pour avoir la première nouvelle Lu-1 ne de Tannée folaire fynodique de Tannée lui- Vante 1686 > qui eft commune, ôtant enco- re le melme nombre des jours , on aura le 24 Mars à 1 5 heures , 6 minutes, 24 fecon- des. Mais parce que ce jour précédé le terme des années fynodiques , qui pour ce fiecle a efté trouvé le 27 Mars ; il faut ajouter un molS lunaire de 25? jours , 1 2 heures , 44 minutes > 3 fécondés: ainfi Tannée fera Embolifmiqne de r 3 Lunes ; & 011 aura la première nouvel- le Lune de Tannée fynodique Indienne le 23 Avril à 1 heure, 50 minutes, 27 fécon- des du matin à Siam; &C continuant de la même maniéré, on aura toutes les premières nouvel- les Lunes des années fuivantes. Dans ces réglés Indiennes le nom d’Embo- lifmique ou zsfttikamaat convient à Tannée qui fuit immédiatement Tintercalation. On peut auffi ordonner les années lumfo- laires de telle forte que laddition du mois in- tercalaire fe faffe quand TEpaéle excede [\t > qui font la moitié du mois: afin que le ter- me foit comme moyen entre les divers com- mencemens des années dont les unes commen- cent plutôt , & les autres plus tard ; com- me il fe nrafiniie dans nos années Eccleha 1 me il fe pratique dans nos années 1 ques, qui commencent avant TEqu***— Printemps, quand TEquinoxe arrive avan^ 1 5 de la Lune ; & qui commencent apres . ' quinoxe, quand TEquinoxe arrive ^?tcs^Q 'Ijh Royaume de Siam'. zyj r4 de la Lune. Mais il eft plus commode pour les calculs Aftronomiqucs de commencer Pan- sée toujours avant, ou toujours apres l’Equi- noxe , comme on le pratique dans l’année Agronomique Indienne , félon nôtre explica- tion. Neanmoins il faut remarquer que le point du Zodiaque , que les Indiens prennent pour le commencement des lignes , liiivant les ré- glés de la Section IV & des Sections fuivan- tes , & qu’ils confidercnt en quelque manie- tc comme le point Equinoxial du Printemps , eft éloigné en ce fiecle de plus de 1 3 degrez du terme Aftronomique des années dont il eft parlé dans la Seétion I ; de forte que le Soleil y arrive le quatorzième jour après l’Equinoxe fynodique. C’eft pourquoy une partie des an- nées Aftronomiques lunifolaircs qui com- mencent après le terme cftabli par les réglés de la Section I , commencera en ce fiecle avant cette efpece d'Equinoxe ; & l’autre partie com- mencera après : de forte que cette elpecc d’E- ftuinoxe eft comme au milieu des divers com- mencemens des années lunifolaires qui com- mencent au cinquième & au fixiéme mois de l’année Civile. XII. Cor : 5 2 8 Du Royaume de Siaffl. XII. Correction des mois lunaires , & des années folaires fynodicyues des Indiens . IL eft tres-aifé d’accommoder les mois In* naires des Indiens 8c leurs années (blaires fynodiques aux hypothefès modernes. Apres avoir fait les calculs félon les réglés Indiennes , il faut divifer le nombre des an- nées écheûes depuis l’Epoque Aftronomiqne ?. par 6 8c par 4. Le premier quotient donnera un nombre de minutes d’heure àajouter; 8c le fécond quotient donnera un nombre de fécon- des à fouftraire du temps des nouvelles Lunes calculé félon ces règles. E X E M P E E. L'An ié8SdejEsus-CHRiST>le nom- bre des années écheûes depuis l’Epoque Aftronomique des Indiens eft 1050. Ce nom- bre cftant divifé par G > le quotient, qui eft 1 7 y> donne 175 minutes > c’eft-à-dire 2 heures > 5 5 minutes à ajouter. Ce mefme nombre eftant divifé par 4 > quotient eft 262, qui donne 262 fécondés* c’eft-à-dire 6 minutes , 22 fécondés à fquftrai- re; & l’équation fera 2 heures, 48 minutes , 3 8 fécondés. Ayant ajoûté cette équation a a première conjonction de l’an folaire fynodi- que 1 o j 1 , laquelle , fuivant ces réglés, arrive le Du Royaume de SUm . 195) 3 1 Mars de l’année i£S8 à 19 heures , 28 mi- nutes, 2 4 fécondes apres minuit; la conjonction, moyenne fera le 3 1 Mars à 22 heures, 17 mi- nutes, 12 fécondés au méridien de Siam. La mefme équation fert aux années fynodiqucs qui refultent du temps de 1 3 5 mois lunaires partagé en 1 9 années. La première divifion par 6 fuffira , fi I011 prend une fois & demie autant de fécondes à fouftraire , qu'on a trouvé de minutes à ajoutera X III. Différence entre les années fi- laires fynodiques des Indiens & les années Tropiques . SI les Indiens prennent pour année Tropi- que le temps que le Soleil employé à re- tourner au commencement des (ignés du Zo- diaque, félon la Seétion I V fi a que Du Royaume de SUm. 2 o r dix -neuvième année depuis l'époque A- fttonomique des Indiens, on ôte 2 heures du terme Equinoxial calculé par les réglés Indien- nes fans la correction ; & fi l’on en ôte auiîj 1 4 heures , 46 minutes pour le temps dont on peut fuppofer que l’Equinoxe moyen précé- da l’époque des nouvelles Lunes , félon les hypothefes modernes ; on aura l’Equinoxe moyen du Printemps de l’année propofee de- puis l’époque , conformementaux hypothefès Modernes.. Exemple. L’An 1686 le flombre des années depuis l’époque Aftronomique des Indiens eft >048. Ce nombre eftant divifé par i il fera au 16 degré & demy des Poifïbns , à 5 degrez ôC demy du Soleil. L'apogée de la Lune fait une révolution félon la fuite des lignes en 223 2 jours, félon les réglés Indiennes j ou en 223 1 jours & un tiers , félon les Aftronomes modernes.^ Les nœuds de la Lune dont ilneft pas parle dans les réglés Indiennes, font une révolution con-* tre la fuite des lignes en 6798 jours ). Par ces principes on trouvera autant d au- tres Epoques que Ton voudra de lapogee des nœuds. XVI IL Du Royaume de Siam. 107 XV III. Epoque des nouvelles Lunes prés de V apogée & des nœuds de U Lune. & de l'Equinoxe moyen du Printemps. T L ne fè trouve point que la nouvelle Lune Equinoxiale fo ic arrivée plus prés de nôtre tCrnps, & tout enfemble plus prés defonapo- gce&d’un de fcs nœuds, que le 17 Mars de J année 1029 dejE s us-Chris r.Cejour- à midy , au méridien de Paris , le lieu rnoyen du Soleil fut au milieu du premier de- gré d’Âries,à 3 degrez & demy du lieu moyen de la Lune, qui fe joignit au Soleil le foir du ftiême jour. L’apogée de la Lune precedoit le Soleil d’un, degré & demy ; & le nœud defcendant de la Lune le precedoit d’un degré , l’apogée du So- leil eftant au 2.6 degré des Gemeaux. II lèroit inutile de chercher un autre retour de la Lune à fon apogée , à fon nœud , au So- leil , & à l’Equinoxe du Printemps. Le con- cours de toutes ces circonftances enlêmble eftant trop rare, il faut le contenter d’avoir des époques feparées en divers autres temps, dont cn voicy trois des plus precilcs. La conjonébion moyenne de la Lune avec le Soleil dans l’Equinoxe moyen du Printemps, atriva l’an de J e s u s - C h r i s T 1 1 92 , le H Mars fur le midy , au méridien de Rome. L'apc* ioâ Du Royaume de Siam. L'apogée de la Lune fut au commencement d’Aries dans PEquinoxe moyen du Printemps Pan 1460 >. le 1 3 Mars* Le nœud defcendant de la Lune fut fau corn-" mencement d'Aries dans l'Equinoxe moyefl du Printemps > Pan 1513, le 14 Mars. ^ Une fera pas inutile d’avoir des Epoques par- ticulières des nouvelles Lunes propres pour le Calendrierjulien ,auquel la plupatt des Chro- nologiftes rapportent tous les temps paffez* Jules Cefàr choifit une époque d'années Ju- liennes dans laquelle la nouvelle Lune arriva le premier jour de l’année. Ce fut la quarante- cinquième année avant la NaiflàncedeJ.E su s-. Christ, qui eft dans le rang des biflexti- les, félon que ce rang fut depuis établi par Au- gufte, 6c qu'il eft obfervé encore preiintement. Le premier de Janvier de la même année quarante-cinquième avant J esus-Christ la conjonction moyenne de la Lune au Soleil arriva fur les fix heures du fbir au méridien de Rome. Et le premier de Janvier de Pannée Jesus-Christ la conjonction moyenne arriva precifement à midy au méridien de Rome. La plus commode des Epoques prochaines des moyennes conjonctions dans les années Juliennes, eft celle qui arriva le premier dejan- vier de l’an 1500, une heure Sc demie avant midy au méridien de Paris. XIX. Du Royaume de Siam. ioy X I X. Ancienne Epoque Aftronomi- que des Indiens. jSJ Ous avons remarqué au Chapitre III p" ^ de ces Reflexions, que les Siamois dans *eurs dates fe fervent d’une Epoque qui pre- Cede Tannée de Jesus-Christ de 5 44 an- nccs , & qu après le douzième ou treiziéme J?°is des années depuis cette Epoque , qui Jjniflcnt prefentement en Novembre ou en j^cembre > le premier mois qui luit & qui ^vroit eftre attribue à Tannée fuivante , eft en* attribué à la même année: ce qui nous a ^°nné lieu de conjeéturerquon attribué auiïï même année les autres mois jufquau com- mencement de Tannée Aftronomique qui Commence à TEquinoxe du Printemps. Cette ^°nje£ture a efté confirmée par le rapport de de la Loubére , qui juge mêmes que cette %oque ancienne doit eftre auffi une Epoque Aftronomique. La maniéré extraordinaire de compter le fumier & le fécond mois de la même année ®Ptés le douzième ou apres le treiziéme, peut a,lre croire que le premier mois de ces an- *lees > qui commence prefentement en No- mbre ou en Décembre, commençoit ali- gnement proche de l’Equinoxe du Prin- fenips,& que dans la fuite du temps leslndiens, 0lt par méprife , foie pour s’eftre fervi d’un iio Du Royaume de Siam, cycle trop court , comme feroit celuy àc Go années dont les Chinois fe fervent , ont quelquefois manqué d'ajouter un treiziéme mois à Tannée quiauroit dû eftreEmbolifmi- que ; d’où il eft arrivé que le premier mois a reculé dans Thiver ; ce qui ayant efté appct- ceû , les mois de Thiver appeliez prefentemen* premier , fécond & troifiéme , ont efté attri- buez à Tannée precedente , qui lelon Tinfl1-* tution ancienne ne doit finir quau Vtw temps. AinfiPannée Indienne, que Ton appelloit 2231 à la fin de Tannée 1687 de Jysys- Christ, ne devoir finir , félon Tinftitutiou ancienne, qu'au Printemps de Tannée 16S0* Ayant fouftrait 1688 de 2231, il refte J 4 3 eft le nombre des années complexes depuis l'Epoque ancienne des Indiens jufqu'à Tan née de J e s u s-C H R i s T. Cette Epoque appar- tient donc à Tannée 544 courante avant Jé- sus-Christ, félon la maniéré plus com- mune de compter. En cette année la conjonction moyenne de la Lune arriva entre TEquinoxe véritable cG l'Equinoxe moyen du Printemps à 1 5 oegrez de diftance du noeud Boréal de la Lune e 27 Mars félon la forme Julienne un jour e Samedi , qui eft une Epoque Aftronomique^ peu prés femblable à celle de Tan 6} S , aura efté choifie comme plus recente oc plus precife que la precedente*. Du Royaume de Siam . 2 1 i Entre ces deux Epoques Indiennes il y a Uî}e période de 1 1 8 1 années , laquelle eftant jointe à une période de 19 années , on a deux Périodes de 600 années, qui ramènent les nou- illes Lunes proche des Equinoxes. XX. Rapport des années Synodic[ue$ des Indiens a celles du Cycle des Chinois de 6 0 années . v Elon la chronologie de la Chine que le S* Pere Couplet vient de publier, & félon le : efo Martini dans fon Hiiloire de la Chine, ?es Chinois fe fervent données lunifolaires, 8c p les diftribuënt en cycles fexagenaircs , dont £ 74 commença en Tannée de Jésus- pRisT 1 68 3 $ de forte que le premier cy- p auroit commencé 265)7 ans avant la Naii- ance de Jésus-Chris t. Par les réglés Indiennes de la première Se- pon, en 60 années (ynodiques, il y a ? 2 o mois Maires, & 742 mois lunaires, & JJ. Il faut î^jetter cette fra&ion , parce que les années llnifolaires font compofées de mois Lunaires enders. Cependant cette fra&ion en 19 cy- v [cs fexaginaires, qui font 1 1 40 années, monte î VJ qui font deux mois : donc fi les cycles leXagenaires des Chinois font tous uniformes, **4o années Chinoifes font plus courtes de mois que 1 140 années fynodiques des 'icns. C’cft pourquoy fi les Indiens ont réglé- %jz Du Royaume de Siam. réglé les intercalations de leurs années civiles par cycles fexagenaires uniformes, le commen- cement de Tannée civile 2131, a dû précéder d'un peu moins de 4 mois le terme de leurs années lynodiques qui eft prefentement ajj 27 Mars de Tannée Grégorienne ; ainfi qali eft arrivé en effet : ce qui confirme ce qlie nous avions conjecturé au Chapitre precedent de Fanticipation des années civiles. Pour égaler les années du cycle fèxagenaire aux années fynodiques réglées félon le cyclfi de 19 années, il faudroit que parmi 19 cycles fexagenaires il y en eût 17 de 742 mois lunai- res, & 2 de 743: ou plutoft , il faudroit qu a- prés 9 cycles de 742 mois, qui font 74° ajv nées, le dixiéme cycle fuivant, qui s'accompli- roir à la 600 année, fût de 743 mois. Mais il v a lieu de douter s'ils en ufent ainfi* puis que Tannée Chinoife a eû plufieurs fois befoin d'eftre reformée pour remettre (on commencement au même terme ; danslcque néanmoins les Relations modernes ne font daccord qua 10 degrez prés, le Pere Martini le marquant au 15 degré d’Aquarius, &lePere Couplet au 5 du même Signe ; comme fi le ter- me eût reculé de 10 degrez depuis le temps du Pere Martini. . . Il eft indubitable qu'une grande ^ éclipfes & des autres conjonâions que les C 1- nois donnent comme obfèrvées , ne peuven pas eftre arrivées aux temps qu'ils prétendent* Du Royaume de Sium. n y felon le Calendrier réglé de la maniéré qu'il eft prefentement, comme nous avons trouvé par Ie calcul d un grand nombre de ces éclipfes, & Jpcine par le feul examen des intervalles qui lont marquez entre les uns & les autres : car plufieurs de ccs intervalles font trop longs ou trop courts pour pouvoir eftre terminez par des éclipfes, qui n arrivent que quand le So- ‘^1 eft proche d'un des nœuds de la Lune ; où d n auroit pas pu retourner aux temps mar- S^ez, fi les années Chinoifes avoientefté re- nées dans les fiécles paflez comme elles le l°nt prefentemenr. Le Pere Couplet même douce de quelques-unes de ces éclipfes , à caufe du compliment que les Aftronomes Chinois krent à un de leurs Rois quils feliciterent fur Ce qiûine éclipfe qu'ils avoient prédite, n efloit ^°int arrivée , le Ciel, difoient-ils , luy ayant ?Pargné ce malheur : 8c ce Pcre a laiflé à Mr. ^hevenot un exemplaire manuferit des mê- éclipfes qu’il a fait imprimer dans fa Chro- nologie , lequel a pour titre Eclipfes ver a & y fans que les unes foient diftinguées des autres. Mais fans accufer les Chinois de fauflèté, °n peut dire qu’il fe peut faire que les éclipfes I ^arquées dans la Chronologie Chinoifè foient arrivées , & que la contradiction qui y paroît ^cnne du dérèglement de leur Calendrier fur e4ucl on ne peut faire aucun fondement. XXL Com- z 14 Du Royaume de Siam. XXL Compofîtion des Périodes LmifoUires . L* Intervalle entre les deux Epoques des In- diens, qui eft de n8i années, eft une période lunifblairc , qui remet les nouvelles Lunes prés de l'Equinoxe, & au même jour de la lemaine. Cette période eft compofëe de G 1 périodes de 1 9 années , qui font plus lonu gués que 1159 années tropiques; & de deux périodes de 1 1 années , qui font plus courtes que 2.1 tropiques; le defaut des unes recoud penfànt en partie l'excès des autres. Comme le mélange des années Ianifblai- res , les unes plus longues , les autres plus cour- tes que les tropiques , recompenfe plus ou moins le defaut des unes par l’excès des au- tres, autant que l’incommenfarabilitc qui peut cftre entre les mouvemens du Soleil & de la Lune le permet ; il fait les périodes lunifo- laires d'autant plus precifes , qu elles ramènent les nouvelles Lunes plus prés des lieux du Zo- diaque où elles eftoient arrivées du comment cernent. # Les Anciens ont fait premièrement l’elfe^ des petites périodes , dont la plus célébré a elle celle de 8 années, qui a efté en uiàge non feu e- ment parmi les anciens Grecs , maisaufoparm les premiers Chreftiens ; comme il paroi t par le Cycle de Saint Hippolyte, publie au com- mencement du troifiéme fiécle. _ . Cette Du Royaume de Siam. lie Cette Période compofée de cinq années or- dinaires 8c de trois Embolifmiques , s’eftant Couvée trop longue d’un jour & demy , qui zo périodes font plus d'un mois; on eftoit obligé de retrancher un mois à la vingtième période. Mais dans la fuite la période de 8 an- J?ees fut jointe à une autre d’onze ans compo- ee de fept ordinaires & de quatre Embolifmi- ÿes , qui eft trop courte environ d’un jour ** demy ; & on en fit la période de i 9 années > l^e l’on fùppofa d’abord eftreprecifê, quoy- H 11 elle ait depuis eû belbin de correétion dans *e nombre des jours & des heures qu’elle com- prend. La corre&ion de cette période fut °rigine de la période de 7 6 ans compoféede * périodes de 1 9 ans corrigées par Calippus j ^ de la période de 304 ans compoiëe de 1 6 périodes de 19 ans corrigées par Hippar- Les Juifs eurent une période de 84 ans, compofée de quatre périodes de 1 9 ans , 8c ^ une de 8 ans qui remet les nouvelles Lunes Près de l’Equinoxe au même jour de la fc- ttiaine. Mais la période la plus célébré de celles qui ?ut efté inventées pour remettre les nouvel- es_ Luncs au même lieu du Zodiaque , 8c au lïleine jour de la fèmaine , eft la Victorienne de s 3 z ans compofée de z8 périodes de 1 9 ans. Cependant la nouvelle Lune qui devroit etminer cette période n’arrive que deux jours zi 6 Du Royaume de Siam. après le retour du Soleil au meme point du Zodiaque, & deux autres jours avant le meme jour de la femaine auquel la conjonction eftoit arrivée au commencement de la période ces defauts lé multiplient dans la fucceffiou des temps félon le nombre de ces périodes. Néanmoins , après même que les defauts e cette période ont efté connus de tout le mon- de, plufieurs célébrés Chronologies n ont pas lailïë de s’en fèrvir, & ils la terminent a même jour de la femaine & au même jour e Tannée Julienne, laquelle dans cét interval e de temps excede Tannée folaire tropique e 4 jours entiers , & def année lunifblaire un peu moins de i jours. . Ils multiplient auffi cette période par le cy- cle de ij anneés qui eft celuy des Indictions* dont l’origine iTeft pas plus ancienne que de 1 3 fiécles pour en former la periodejulienne de 75Æ0 années , dont ils établirent TEpoque 47 1 3 années avant TEpoque commune e J e s u s-C h r i s t. Ils preferent cette perl° ^ imaginaire, dans laquelle les erreurs delà & riode Victorienne font multipliées ic rois* aux véritables périodes lunifolaires , & ils pre ferent auffi cette Epoque ideale quils fupp|> fent plus ancienne que le monde , aux ^ po ques Aftronomiques & aux Hiftoriques. )t ques-là qu’ils y rapportent les faits Hd °riq des temps anciens avant J e s u s-C H & I s T avant Jule Cefar, bien que les Indicho^n Du Royaume de Siam. x:y ïülïènt point encore en ufâge, qu'il ny eût Point alors de Calendrier auquel cette perio- depût fervir pourregler les jours de lalèmai- ,le> & qu’enfin le cycle de ij> années eftendu à Ce temps-là, ne montre point l’eftat du Soleil njde la Lune; qui font les trois chofes prin- C|pales pour lefquelles ces trois cycles qui for- int la période Julienne ont efté inventez. C’eft pourquoy elle ne donne point uneidée jufte des temps anciens qui n'eftoient point reglez de cette maniéré, que de ceux des treize derniers ficelés qui eftoient reglez parmi ^ous félon l'année Julienne. Mais les périodes lunifolaires de i 9 années, ^ui à l’égard des années tropiques font un peu tr°P longues, e fiant jointes à des périodes de 1 1 années qui font trop courtes , forment d au- tres périodes plus precifes que celles qui les ^otnpofent. Parmi ces périodes les premières ~es plus precilês font celles de 3 5 4, de-3 y 3 & ^ 3 7z ans , dont la derniere fe termine aulïi a«rnême jour de lafemaine , & pourroit eftrc à la place de là Victorienne. XXI I. Périodes Lunifolaires compo- fe'es de fiécles entiers. A première période lunifolaire compolee 77* deliecles entiers, eft celle de <5bo années, eft auffi compofée de 5 1 périodes de 1 5», ?une de 1 1 années. Quoy-que les Cfiro- Tom. rr ~ K nota- \Antiq • JucU.l *.3« f. 1 8 Du Royaume de Siam. nologiftes ne parlent point de cette période, elle eft pourtant une des plus anciennes qui ayent efté inventées. Jofèphe parlant des Patriarches qui ont vécu avant le Déluge, dit que Dieu prolongée# leur vie , tant keaufe de leur vertu , que pour leur donner moyen de perfectionner les Sciences de la Cjéometrie & de CAflronomie qtiüs avoient trouvées ; ce quils n auraient pu faire si* avoient vécu moins de 600 ans, parce que ce nefi qu après la révolution de Jix feecles c[UC s accomplit la grande année* > , Cette grande année qui s’accomplit aptes fixfiecles, de laquelle aucun autre Auteur ne parle, ne peut être qu’une période d années lunifolaires femblable à celle dont les Juu rs e font toûjours fervis , & à celle dont les indiens fc fervent encore aujourd’huy. C’eft pourquoy nous avons jugé à propos d’examiner quelle a dû être cette grande année félon les réglés In- diennes. - On trouve donc par les réglés de h } ' ûion , qu’en 600 années il y a 7 zoo mois o laires, (SC742. 1 mois lunaires &&• U gliger icy cette petite fraétion ; Parce ^ - les années lunifolaires finiflènt avec les mo lunaires , eftant compofées de mois lunai entier s. „ „ tt O11 trouve par les réglés de la Se 1 * que 742 1 mois lunaires comprennent z M jours , n heures, 57 minutes, $z c ^es; Du Royaume de Siam. n9 des : fi (Jonc nous compofons de jours en- tiers cette période, elle doit être de 21 $1 ±6 Jours. 600 années Grégoriennes font alternative- ment de 219145 jours» &de 215? 146 jours: €ües s’accordent doncà un demi jour prés avec J^ue période lunifolaire de 600 ans , calculée fe- l°n les réglés Indiennes. La féconde période lunifolaire compofée de fiecles eft celle de 2 3 00 années, qui eftanc jointe à une de 600 , fait une période plus prê- ché de 25100 années: Et deux périodes de 2300 années , jointes à une période de 60 o années font une période lunifolaire de 5200 années, t]ui eft l’intervalle du temps que l’on compte folon la Chronologie d’Eulebe depuis laCrea- llon; du monde jufqua l’Epoque vulgaire des *nnéesde Jesus-Christ. X XI IL Epoque Agronomique des an- nées de Jésus-Christ. O Es périodes lunifolaires, & les deux Epo- T^ques des Indiens que nous venons d’exa- fomer , nous montrent comme au doigt l’Epo- l're admirable des années de Jésus-Christ, Sui eft éloignée de la première de ces deux Epo- ^Ues Indiennes, d’une période de 600 années moins une période de 15» années; &qui pre- Cede la féconde d’une période de 600 années, ** deux de ip années. Ainfî l’année de De Trln. /. 4. 5* 1 16 Du Royaume de Siatn. J e s u s-C h r i s t (qui eft celle de fon Incar- nation &defa Nailîànce, félon la tradition de l’Eglife , & comme le Pere de Grandamy le ju- ftifie dans fà Chronologie Chreftienne, & Pere Riccioli dans fon Àftronomie reformée ) eft auffi une Epoque Aftronomique, dans la- quelle 3 fuivant les Tables modernes, la conjon- ction moyenne de la Lune au Soleil arriva 'le 24 Mars , félon la formejulienne rétablie -un peu apres par Àugufte, à une heure & demie du matin au méridien de Jerufalcm , le jour meme de l'Equinoxe moyen , un Mercredy , qui eft Ie jour de la création de ces deux Aftres. Le jour fuivant, 1 j Mars, qui félon 1 ancien- ne tradition de l'Eglife rapportée par Saint Auguftin, fut le jourmême de l’Incarnation deNôtre-Seigneur, fut auffi le jour de la pre- mière phafe de la Lune; & par confequent il fut le premier jour du mois félon lufage des Hé- breux, & le premier jour de T Année Sacréeqtu par rinftitution divine devoir commencer par le premier mois du Printemps, &lc premier •jour d’une grande année dont l’Epoqüe natu- relle eft le concours de l'Equinoxe moyen de la conjonction moyenne de la Lune avec Soleil. . j ? Ce concours terminadonc les périodes 1 nifolaires des fiecles precedents,& fat j ^ que d où commença un nouvel ordr^ ^ .clés, félon l’oracle de la Sybiile rapporte pat Virgile en ces termes , Dti Royaume de Si.itn: ür Magnus ab integro faclomm nafiitur £%■ +. or do : fam nova progenies e&lo dimittitur alto. > Cet Oracle femblé refpondre à la Prophétie s. d’iûïe, Parvulus nam efi nobù , où ce non- f' 7 ‘ ^auné efb appelle Dieu 5c Perc du fiede àve- 111 1 ; D eut fort is, Pater fut un f&culi. Les Interprètes remarquent dans cette Pro- phétie comme une choie myfterieufe lafitua- tlon extraordinaire d’un Mem final (qui cil le oharaétere numérique de doo ) dans ce mot ad multiplicandum , où ce A-iem final eft à la fécondé place , fans qu’il y en ait d’autre exemple dans tout le texte de l’Ecriture Sainte, où jamais une lettre finale n’eft placée qu’à la fin des mots. Ce chara&cre numérique de 6oo oans cette fituationpourroit faire allufionaux périodes de 6oo années des Patriarches , let Quelles dévoient le terminer à l’accompliflè. nient de la Prophétie qui eft l’Epoque d’où n°us comptons prelèntementles années dej e- sUs.-Christ.. ^ X IV. Epoques des Equinoxes Ecole - fiajliques , & du cycle vulgaire du nombre d’Or. Es Chrétiens des premiers fiecles ayant re^ i marqué que les Juifs de ce temps-là avoicnc °ublié les réglés anciennes des années Hebraï- K 5 quesj iu Dh Roymme de Sim, ques; de forte qu'ils celebroient la Pafque deux Tuftb. de fois en une année , comme témoigné Conftan- flanuïr r^n k Grand dans la lettre aux Eglifès , emprun- tib.î.jt.9. terent la forme des annéesjuliennes rétablies par Augufte, qui font diftribuées par despe- riodesde 4 années, dont trois font commu- nés de 365 jours , & une biflfextile de 36^ jours, &fiirpaflfent les années lunaires de 1 1 jours. Us marquèrent donc dans le Calendrier Julien le jour de l'Equinoxe &les jours de la Lune avec leur variation , &ils lareglerentks mis par le cycle de S années, les autres par te cycle de 15) années ; comme il paroît par te reglement du Concile de Cefaréede l'an 15?^ de Jésus-Christ, 3c par le Canon de Saint Hyppoly te , &par celuy de Saint Anato- lius. Mais enfuite le Concile de Nicée tentl l'an 325 ayant chargé les Evcques d^Alexan- drie, comme les plus verfez dans 1* Afttonomte* de déterminer le temps de la Fête de Pafque; ces Prélats fe fervirent de leur Calendrier Ale- xandrin , où l’année commençoic par Ie 29 d'Aouft ; & ils prirent pour Epoque des cy- cles lunaires de 19 années, la première annee Egyptienne de l’Empire de Dioclétien 5 parce que le dernier jour de l’année precedente, qui fut le 28 d'Août de l'an 284dejEsus^CHRisT, la nouvelle Lune eftoit arrivée prés de nu y au méridien d* Alexandrie. En comptant *e cette Epoque en arriéré les cycles de 1 9 années* ou vient au 28 d'Août de l'année qui prece e Du Royaume de Sianr. z z 3 l’Epoque de Jesus-Christ; de forte que ta première année de Jesus-Christ eft ta fécondé année d’un de ces cycles. C’eft ainfi que l’on compte ces cycles encore prefente- Uient, depuis que Denis le Petit tranfpotta les eycles de la Lune du Calendrier Alexandrin au Calendrier Romain , & qu'il commença à compter les années depuis l’Epoque dej esus- Christ au lieu de les compter de 1 Epoque de Dioclétien , marquant l’Equinoxe du Prin- temps au z 1 Mars, comme il avoir efté marqué dans l’Epoque Egyptienne. On auroit pûprendre pour Epoque des cy- cles lunaires la conjonction équinoxiale de l’année mefrne de Jesus-Christ plutôt que la conjonction du a 8 Août de l’année precedente, &la renouveller après 6 1 6 années» qui ramènent les nouvelles Lunes au meflne jour de l’année Julienne , & au mefme jour de ta fe maine; qui eft ce que l’on demandait de ta Période Victorienne* mais on ne fongea qu’à conformer au reglement des Alexandrins » qui eftoit le fèul moyen d’accorder l’Eglifè- Orientale & l’Occidentale. Ainfi ces regle- tuens ont efté fui vis jufqu’au fîecle pafïè; quoy- qu’oneût apperceû depuis long-temps que les Nouvelles Lunes réglées de la forte, fuivantle cycle de 1 9 années anticipoient prefque d’uni j°ur en 3 1 z annéesjulienncs , & que les Equi- u°xes anticipoient environne 3 jours en 400 de ces années. K 4 XX r. La 2*4 D# Royaume de Siaw. XXV» La Fer io de Solaire Grégù - Vienne de 400 années. VErs la fin du fîecle pafle l’anticipation des Equinoxes depuis l’Epoque choifie par les Alexandrins eftoic montée à 10 jours: & celle des nouvelles Lunes dans les mefmcs années du cycle lunaire continué fans interruption- eftoit montée a 4 jours : c^eft pourquoy on parla en divers Conciles de la manière de cor- riger ces- defauts ; & enfin le Pape Gregoi- re XIII apres avoir communiquéion deifein aux Princes Chrétiens & aux plus célébrés üniverfitez, & avoir entendu leurs avis, ota' dix jours à l’année 1582, & remit l’Equinoxe au jour de l’année où ilavoit eflé au temps de* l’Epoque choifie par les Députez du Concile. deNicée. Il eftablit auffi une période de 400 années plus courte de 3 jours que 400 années Julien-* lies, faifant Communes les centièmes années1 à la referve de chaque 4oomc, à compter dey puis l’année 1600; ou,cequirevienr à la me- me choie, à compter depuis l’Epoque de J E' sus-Christ, Ces périodes de 400 annéesGregoriennes re- mettent le Soleil aux mêmes points du Zodia- que > aux mêmes jours du mois , & de la fèmai- 11e , & aux mêmes heures fous le même méri- dien, la grandeur de l’année eftantfupp0*ce de i 6 y jours, 5 heures, 4?, 1 1 . . Du Royaume de Siam. nj 4>SeIon les oblervations modernes, auxcen-, bernes biflèxtiles l’Equinoxe moyen arrive le Z l Mars à 20 heures après midy au méridien ti^Rome; ôch^6e après la centième biflèx- tile il- arrive au 21 Mars 2 heures, 43 minutes aprés midy, qui eft l’Equinoxe qui arrive le plu- tôt. Mais’ la 3 03 c année après la centième bif- kxtile, TEquinoxe moyen arrive le 2 3 Mars à "7 heures , 1 1 minutes aprés midy , qui eft le plus tardif de tous les autres. Par ces Epoques , & par cette grandeur de j’année , il eft ailé de trouver pour tousjours *®s Equinoxes moyens du Calendrier Grego-i tien. XXVI. R é glanent des Ep actes Grégoriennes. T'y Ans la correction Grégorienne on n’in- terrompitpasla luire des cycles de 1 9 an- nées tirée de l’ancienne Epoque Alexandrine, commc on auroit pû le faire 3 maison obferva a. ^uel jour de la Lune finit l’année Grego- tlenne à chaque année du cycle Alexandrin. nom bre des jours de la Lune à la fin d’une ailnée elU’Epaéte de l’année fuivante. On lt°uva qu’aprés la correétion en la première année du cycle , Epaéfe eft 1 . Chaque année °n l’augmente de x 1 jours; mais aprés la 1 9 an- llee on l’augmente de 1 2 , ôtant toujours 3 o 'faand elle fijrpalïè ce nombre, & prenant le K j refte n ce qui fiippofe le mois lunaire de 25? jours* 1 1 heures, 44V J ", 1 o'", 4 1\. Caiend. Maispour trouver les EpaCtes Grégoriennes Cre*' c,2‘ de fiecle en fiecle , on fit trois Tables differen- tes dont on 11e crut pas pouvoir 'bien expliqué, jExpiïc. Ca- la conftruCtion que dans un Livre à part, qüi l™ii.nïiî. ne ^lK achevé que vingt ans apres la coire-* dion. On crut d'abord que toute la variation des EpaCtes Grégoriennes eftoit renferme^ dans une période de 300000 années : mais cela ne s’eftant pas trouvé conforme au projet de la correction > on fut obligé d’avoir recours à des équations difficiles, dont on ne trouva pas aucune période déterminée. XX VU. Nouvelle Période Lunif?* Lire & Pafchale. POur fuppléer à ce defaut, & trouver fanfr Tables les EpaCtes Grégoriennes pour les fiecles à venir, nous nous fervons d'une p& riode lunifolaire de 1 1600 années , qui a pouf Epoque la conjonction équinoxiale de 1 an- née de J e s v s-C h r 1 s t , & qui ramené les nouvelles Lunes depuis la corredion au mem^ Dh Royaume de Siam. 227 jour de l’année Grégorienne, au mefme jour de la (emaine , & prefqu a la mefme heure du jour fous le mefine méridien. Suivant cette Période nous donnons à chaque période de 400 années depuis J E s u s-C h r 1 s t, 9 jours ' d Epacle équinoxiale, en ôtant 29 quand elle [urpaiïè ce nombre; & nous ajoutons 8 jours a l’Epaéce équinoxiale depuis la correétion, pour avoir l’Epaéte çivile Grégorienne , en ôtant 30 , quand la femme furpafle ce nom- bre. A chaque centième année non -biflcxtile,’, pous diminuons l’Epaébe équinoxiale de 5 jours à l’égard de la centième precedente, 8c nous prenons chaque centième année pour Epoque de 5 périodes de 19 années,pour trou- ver l’augmentation des Epaéles pendant un fiecle à chaque année du cycle, à la maniéré Accoutumée. Ainfi, pour avoir l’Epaéte équinoxiale de ''année 1 600 , qui eft éloignée de l’Epoque de J e s u s-C h r 1 s t de 4 périodes de 400 an- nées , multipliant 4 par 9 011 a 3 6-, d’où ayant oté 29 , ilreftey, Epafte équinoxiale de l’an- née 1 600 , qui marque que l’Equinoxe moyen, de l’année 1 600 arriva 7 jours après la moyen- !le conjonction de la Lune, avec le Soleil : y Ajpûtant 8 jours , on a 1 y , qui eft l’Epaéle Qvile Grégorienne de l’an 1600, comme elle marquée dans la Table des Fêtes Mobiles 410< Grégoriennes. K 6 H 1 1 8 Du Roy mm de Sianto Il eft évident que l’Epaâe équinoxiale de * lannée 1 1600 qui termine cette période doit être o. . Mais pour le trouver par la mefme mé- thode *, puis que Tannée 1 1600 eft éloignée de l’Epoque de Je s u. s-Chris t de 19 pé- riodes de 400 années , multipliant 19 par 5?) & divifànt le produit par 19 , on a le quotient 9 r o* » 1 1600 qui fera 8 , comme Clavius Ta trouve par les Tables Grégoriennes , à Ta page 168 de ^Explication du Calendrier. Ce qui fait voir la conformité desTpaétes des fiecles à venir trouvées par le moyen de cette période dune maniéré li aifée , avec les Epadtes Grégoriennes trouvées par le moyen de trois Tables du Ca- lendrier Grégorien. Si Ton demande aufli les heures Ôc les mina-» tes de cesEpa&es équinoxiales aux4ooes an- nées; on y ajoûtera toûjours 8 heures > & de plus; d’autant d’heures qu’il y a de jours entiers dans TEpaéte*. &un tiers d’autant de minutes. Ainfi pour Tan 1 600 , donc TEpaé ^ équinoxiale eft de 7 jours ; un tiers de 7 heu- res eft 2h, 20': un dixiéme eft oh? 4~ \ u? tiers de 7 minutes eft 2': la fomme ajoutée ^ 7 jours 8 heures fait 7 jours 1 ih > 4 > h-PaC équinoxiale de- Tan 1 6oo* . Otant cette Epaéfce du temps, de Tequm moyen , qui en 1600. arrive le 21 M*rs a après rnidy à Rome > on aura, la mq) e1^ Du Royaume de Siam: 22$* c°njon6Hon precedente au 1 4 Mars à 8h , 5 G' : y goûtant un demy mois lunaire qui eft de H jours , t 8h , 11 , on trouvera i’oppofi- î[on moyenne au 25? Mars à 3 !l, 18'. Dans la Table des Fêtes mobiles où l’on néglige les Expi. cat minutes, elle eft marquée au: 29 Mars 4i0* ) heures. Pour avoir à heures & minutes l’Epade équinoxiale aux centièmes non-biiïextiles, on 'ôtera à l’Epaète trouvée dans la centième bit ^éxtile precedente f jours , 2", 1 1 pour la première , le double pour la fécondé, le tri- ple pour la troifiéme ( empruntant un mois de 25 jours i2h, 44', s’il le faut) &on aura ï’Epaéte à.la centième propofée, dont on fs fervira comme dans l’exemple precedent, la comparant avec l’Equinoxe moyen delamême année. Par cette méthode cm trouvera- les oppofî- t*ons moyennes aux centièmes années non- Eiffextiles un jour avant qu’elles ne font mar- quées depuis l’an 1700 julqu’à l’an 5000 dans laTable des Fêtes mobiles qui eft- dans lelivrs Expi. ca de l’Explication du Calendrier, où elles font ^arquées- un jour plus tard que les hypothet- ssi. fès mêmes Grégoriennes ne demandent. Ce 2or* qtu eft arrivé aufli dans les préceptes , ôc ^P. S95. dans les excmpleslde trouver les progrès des f£s°9' Nouvelles & pleines Lunes, & dans les Epo- i' ' ques des centièmes années non- biflèxtiles, & dans tous les calculs qui en font tirez K 7 comme xjcr 25# Roytutfrnc de Sût#. comme Ton reconnoît en comparant enftrtf- ble les pleines Lunes calculées dans la meme Table , dont Tanticipation , qui d une annee commune à un autre commune doit toujours dire de io jours, 15 heures , s y trouve tantoft de 5? jours, 15 heures, comme de lan alan 1700; tantoft de 11 jours, 15 heures, comme de lan 1700 à l’an 1 701 5 & ainu de même aux autres centièmes non-biflèxtiles. Il y eut fur ce fujet des différends qui don-' nerent occafion d’examiner avec foin le pr<> grés des nouvelles Lunes d’une centième Gre-4 Bxpi. Cal . gorienne à l’autre } & néanmoins ces con- M- 5P5. teftations ne furent pas capables de dévelopcr pour lors les vrayes différences qu il y a entre diverfès centièmes communes, & biuextues# Mais comme ces calculs des pleines Lunes H ont eflé faits que pour examiner les EpaèleS qui eftoient réglées d’ailleurs , les différends ne tombent que fur l'examen , qui eflant reéh-* fié , fait voir la jufteffe de ces Epa riennes plus grande que les Auteurs mêmes de la correâion ne la fuppofbicnt. . C eft une chofe digne de remarque que hypothefes Aftronomiques du Calendne^ Grégorien fe trouvent preientement plus con formes aux mouvcmens celeftesque Ion n^ les fuppofoit au temps même de la corr^p°^ car comme ilparoît par le projet que c aP, Grégoire XIII. envoya aux Princes C re tiens Tan ij 77 , on Ce propofà de fuivre dan Du Royaume de Sium. le reglement des années les Tables Alphonfi- «es qu’on jugeoit eftre préférables aux autres ; mais pour retrancher trois jours à 400 an- néesjuliennes , on fut obligé de fuppofer 1 an- «ée lôlaire plus courte de quelques fécondés S«e l’Alpnonfine , & de prefcrer cette com- modité à une plus grande jufteilè : & néan- moins tous les Agronomes qui ont depuis conféré les obfèrvations modernes avec les anciennes, ont trouve que l’année Tropique eh effet- un peu plus courte quel’Alphon- fine, quoy-qu’ils ne fcient pas d’accord dans- la différence précife. La grandeur du mois lunaire qui réfulte de l’hypothefè Grégorienne de l’équation des Epaétesqui eft de 8 jours en 2 y 00 années Ju- liennes , eft aufli plus conforme aux Aftro- «omes modernes , que le mois lunaire des Al- Phonfines;. & la difpofition desEpaétes Gre- goriennes , & les nouvelles & pleines Lunes S.u* en refultent , font aulli fouventplus préci- ses que ceux mêmes qui donnèrent la derniere: main à la correction ne pretendoient. Enfin, tout leSyftême du Calendrier Gre* gorien a des beautez qui n’ont pas efté con* «u’és par ceux mêmes qui en ont efté les-Au- foeurs^ comme eft celle de donner les Epaétes conformes à celles qui fe trouvent par la gran- Période Lunifolaire qui a pour Epoque f^nnéemême de Je su s-Chri st, &le four même, qui félon la tradition ancienne, pre- ’Bxpl. Cal. t«&. 4- ïjîr Vti Royaume de Sim. précédé immédiatement le jour de 1 Incarna- tion ; d’où l’on peut tiret les Equinoxes & le • nouvelles Lunes avec plus de facilite que l’Epoque Egyptienne du nombre d’Or, dont, on a voulu en quelque maniéré garder le rap- P°n eûteftéàfduhaiterque, puifquedans là projet envoyé aux Princes Chreftiens oc aux Univerfitez on propofa de retrancher de i an née Julienne fur la fin du fiécle pane 10 ou 1 3 jours ; on en eût retranche i z q111 e différence entre idoo années Ju icnnes idoo années Grégoriennes, pour mettre Equinoxes aux mêmes jours de année gorienne qu’ils eftoient dans 1 anneeju » félon la forme rétablie par Augufte , dans l’Epoque même de J e s U s-C H R i s T, plutolt eue de les remettre aux jours où ils eftoient au temps de l’Epoque étrangère choifie par les Alexandrins pour leur, commodité particu- lière : & qu’au lieu de regler les Epaétes par cycle defeétueux des Alexandrins , & de cher- cher des équations & des corrections p°ur Epactes p'ortées par ce cycle , on eut aul pris garde à la grande Période Lumfolaire d 1 1 6oo années, que nous venons de Pr.°P°“ fer , qui donne immédiatement les vrays jours des Epaétes ; qui ramene les nouvelles Lunes au même jour de l’année & de la (è marne , e q une Epoque la plus augufte & la p*us n^n; ble parmi les Chreftiens que l’on pufte ima- giner. Du "Royaume de Siam. 2*3 y Je ne doute point que fi 011 eût trouvé dés ce temps- là cette période que nous venons de propofer , on ne leût employée non -feule- ment par l’excellence de fon époque, mais auflî- parce que la grandeur du- mois quelle fuppofe- eft autant conforme aux Tables Alphonfincs Sue la grandeur de l'année qu’ils établirent pour fè conformer à ces T ables le plus que la- commodité du calcul le permettoit. Par cette période eft compofee de 143 472 mois lunaires , & de 4- 3 ^8 1 3 jours naturels >- &.par confequent elle fuppofe le mois lunaire de 29 jours, nh, 44 , 3 j 5 > 2° > 4°. »■ 2Ô"""t Si les Tables Alphonfines le fuppofent de 29 jours, nb,44, 3 »2 5 5° > 5 J >Sul eft plus court de T", que celuy de nôtre pé- riode. Selon Tycho Brahé , le mois lunaire eft de *9 jours, i2h, 44, 3 ,8 > 29 > 46 > 4Ô » qui excede le nôtre de 3"; ainfi ce mois eft moyen entre celuy d’Alphonfè & celuy de ’î'ycho Brahé. C’eft pourquoy cette grande période -com- pofée d’un nombre de ces mois entiers, & d ùn «ombre de périodes Grégoriennes de 400 an- nées , Si par confequent de femaines entie- rs, & de jours entiers, pourrait eftre propo- se pour fervir comme de règle a comparer en-. *cmble toutes les autres périodes , & pour y Apporter les temps avant & après l’Epoque de Jesus-Ghju ST.» laquelle ferait la fin- % j 4 Du Royaume de Siam. de la première de nos périodes & le commen- cement de la féconde : & comme cette grande période a efté inventée dans les exercices qui fe font à l'Academie Royale des Sciences & a rObfervatoire Royal^, fous la protection oc par les ordres du Roy y il femble que fi la^pe- riode Julienne a pris (on nom de Jules Ce(ar> & la Grégorienne de Grégoire X 1 1 I > celle-cy pourroit à auffi jufte titre eitie nommée la PERIODE LVNISOLAIKE DE LOUIS’ LE GRAND. Notez , que ce qui eji dit ah commencement de la page i z i y. que dans cet Extr ait les nom- bres font écrits de haut en bas a la maniéré des Chinois , fe doit entendre quils mettent la femme des minutes feus ' celle des degrés , celle des fécondés fous celle des minutes , celle des tierces font celle des fécondés , & ainfi de fuite y comme nous mettons les femmes les mes feus les autres , lorfque nous en voulons faire lad * dit ion : mais dans chaque femme particulière r foit des degrés yfoit des minutes , fécondés , tier~ cçs 5 ou autres, les chiffres font rangés dans cet Extrait félon n otre maniéré de les ranger. Notez, auffique le mot de Souriat, quife trouve page 154 & ailleurs , efi le nom f* Soleil dans la langue favante de Paliacate , (3 que le mot aatit , qui fe trouve pag> i}9 eJ encore le nom du Soleil, mais dans la langue Balte, Vu Royaume de Siam. z $ y Balte , fif aufli dans la langue vulgaire de P a~ Hacate , comme il a ejle' remarqué cy-dejfus au chapitre des noms, des jours, des Mois , & des t, /innées . F I N. £<* Problème des Sfnarrés Magiques, félon les Indiens. GE Problème eft tel : Un quarré eftant divifé en autant de pe- tits quarrés égaux que l’on voudra, il faut rem- plir les petits quarrés d’autant de nombres donnés en progrellion Arithmétique , de telle forte que les nombres des petits quarrés de châque rang, lôit de haut en bas, foit de droit * gauche , 8c ceux des diamètres fàcent tou- jours une même fomme. Or afin qu’un quarré Toit divifé en petits Quarrés égaux , il faut qu’il y ait autant de rangs de petits quarrés, qu’il y aura de petits ^narrés à chaque rang. J’appelleray les peti ts quarrés des cafés , & les rangs de haut en bas des montants , & ceux de droit à gauche des gifants ; & le mot de rang parquera également les montants & les gi- lants. J’ay dit que les cafés doivent cftre remplies dénombres en progrellion Arithmétique, & parce 2 $ g Du Royaume de Siam. parce que toute progreffion arithmétique eft- indifférente pour ce Problème , je prendra^ la naturelle pour exemple > & j8- prendra^ l’unité pour le premier nombre^ de la pt& greffion. Voicy donc les deux premiers exemples lavoir le quarré de neuf cales > & celuy de 1 6 9 remplis, l'un des neuf premiers nombres de- puis Punité julqu’à neuf , des^ feize premiers nombres depuis l'imité jufqu'à 16 : de telle forte que dans le quarré de 5? cafés la fbmme de chaque montant , & celle de chaque gi/an* eft 15 , & celle de chaque diamètre aufli 15 • & que dans celuy de 1 6 cafés la fomme de cha- que montant , & celle de chaque gifant eft ivy ÔC celle de chaque diamètre aulfi 16» I *s *4 4 * — —— ■ 1 — IX 6 7 9 10 11 ; — . — — I3 3 2 1 6 4 1- 2 7 '■l 7 8 I 6 On appelle ce Problème les quarrés Magi- ques, parce qu' Agrippa dans (on lecond Livre de Occulta rPhilofophiâ , chap. 22. nous ajv prend quon s'en eft lèrvi comme de Tan - mans , après les avoir fait graver fur des la- mes de divers métaux : ladre (le qu il y a a sanger les nombres de cette maniéré > ayant- Du ■‘Royaume de BUm. 237 paru aflez merveilleufe aux ignorants , pour en attribuer l’invention à des elprits ftipe- tieurs à l’homme. Agrippa a donné non fea- ■kment les deux quarrés precedents , mais les cinq d’enfuite , qui font ceux de 2; , de 3 6> "de 4p , de 64, & de 8 1 cafés: & il dit que ces fept quarrés ont efté confierez aux fept Planètes. Les Arithméticiens de ces temps- cy les ont regardez comme un jeu d Arith- métique, & "non comme un myftere de ma- gie : '•& ils ont cherché des méthodes generales pour les ranger. Le premier que je fâche qui y ait travaillé a efté Gaipar Bachet deMeziriac, Mathémati- cien célébré par lèsSavants Commentaires fur Diophante. Il trouva une Méthode ingenieufe pour les quarrés impairs , c eft à dire pour ceux, qui ont un nombre des cales impairs: mais il n’en pût trouver pour les quarrés pairs. C’eft dans un livre m 8° , qu'il a intitulé, Pro- blèmes-plailànts par nombres. Mr. Vincent dont j’ay fouvenr parlé dans ma Relation , me voyant un jour , dans le Vaif- feau pendant nôtre retour , ranger par amule- meiit des quartés magiques à la maniéré de Cachet , me dit que les Indiens de Suratte les tangeoient avec bien plus de facilité, & m’en- fèigna leur methode pour les quarrés impairs Seulement , ayant , difoit-il oublié celle des paits. Lc premier quatre qui eft celuy de ? cafés reve^ zj8 Du Royaume de Siam . tevenoit au quarré d’ Agrippa , il eftoit feu- lement renverfé : mais les autres quarrés im- pairs eftoient eflèntiellement differents de ceux d’ Agrippa. Il rangeoit les nombres dans les calés tout d’un coup , & (ans héfiter , & j’efpere qu’on ne defapprouvera pas que je donne les réglés, & la demonftration de cette méthode , qui eft furprenante par Icn ex- trême facilité à exécuter une choie, quia paru difficile à tous nos Mathématiciens. i°. Après avoir divifé le quarré total entés Iietits quartez , on y place les nombres lèloti eur ordre naturel , je veux dire en commen- çant par l’unité, & en continuant pari, 5,4? èi par tous les autres nombres de fuite , SC l’on place l’unité, ou le premier nombre de la progreflion arithmétique donnée , à la cale du milieu du gifant d’en haut. z\ Quand on a mis un nombre dans la plus haute café d’un montant, on met le nombre fuivant dans la plus bafe café du montant qui luit vers la droite : c’eft à dire que du gifant d’en haut on delcend tout d’un coup à celuy d’en bas. 3 *. Quand on a placé un nombre dans la derniere cale d’un gifant, on place le fuivant dans la première calé du gifant immédiate- ment fùperieut , c’eft à dire que du dernier montant à droit on revient tout d’un coup a gauche an premier montant. 4°. En toute autre rencontre après avoir D u Royaume de Siam. *39 placé un nombre, on place les fùivants dans les cafés qui fuivent diamétralement ou en echarpe de bas en haut & de la gauche à la droite , jufqu’à ce qu’on arrive à l’une des ca- fés du gilânt d'en haut, ou du dernier raon- à droit. s° . Quand on trouve le chemin bouché Par quelque café déjà remplie de quelquenom- brc, alors on prend la calé immédiatement au Relions de celle qu’on vient de remplir , & |°n continue comme auparavant diamétra- lement de bas en haut & de la gauche à la droite. Ce peu de réglés ailées à retenir faffifènt 4 ranger tous les quarrés impairs générale- ment. Un exemple les va rendre plus intelli- gibles. l7 24 ' I 8 r; . — — — — 5 7 r4 Uj — ■ — . — 4 6 20 22 10 12 i5> 21 3 ^ .u . - - — — — • — II iS 2 9 Ce quatre eft clTentiellement different de Cehiy d’ Agrippa : la Méthode de Bachet ne s’y accommodc pas aifemenc ; & au contraire la Me- z 40 Du Royaume de Siam. Méthode Indienne peut aifement donner les quartés d’ Agrippa en la changeant en quelque ■chofe. . À 1 On place Tunité dans la ca(e > qu^ immédiatement fous celle du centre, oC on pourfuit diamétralement de haut en bas , de la gauche à la droite* 20. De la plus baffe café d’un montant on paflè à la plus haute café du montant qui ui à droit; & de la derniere café d’un.guanto revient à gauche à la première café duguan immédiatement inferieur. 3°. Quand le chemin eft interrompu > 011 -reprend deux cafés au deffous de celle qu on vient de remplir.; & s'il ne refte. point deçà ^ au deffous , ou qu’il n en refte qu une la pre- mière café du même montant, eft cenfee re- venir en ordre apres la derniere , comme h elle eftoiten effet au deffous de la plus baffe* Exemple tiré â' Agrippa. 1 1 *4 7 20 ? .4 11 ~8 16 17 ; 1 3 21 9 xo 18 I H a . , — — — • 6 2P 2 15 Comme Du Royaume de Sium'. 14?, Comme Bachet n’a pas donné la demon- itcatiou de là Méthode , je l’ay cherchée ne joutant pas quelle ne me donnât auffi celle de k Méthode Indienne : mais pour faire enten- "te ma Demonftration , ileft necelfaireque je donne la Méthode de Bachet. i°. Le quarré eftantdivifé par cafés, pouc eftre rempli de nombres dans l’ordre Magi- que , il l’augmente avant toutes choies par les ' Quatre cotez en cette maniéré. Il ajoûte au defliis du premier gifant , un autre gilànr, ,T1ais raccourci de deux cafés , lavoir d’une à châque.bout. Sur ce premier gifant raccourci ’i en ajoûte un fécond raccourci de deux nou- illes cafés. Au fécond il en ajoûte un troi- sième plus raccourci que le precedent, au troi- sième un quatrième, & ainfi de fuite, s’il eft •’ecelfaire , jufqua ce que le dernier gifant J} ait qu’une cale. Au delïous du dernier gi- Sant il ajoûte de me fine autant de gilànts plus Accourcis l’un que l’autre : & enfin au pre- mier montant à gauche , & au dernier mon- fant adroit il ajoûte aufll autant démontants aiufi raccourcis. IL L 241 D« Royaume deSiam. Exemples. 4 ^ font les quatrés de 9 & de a J cafés b b font les cales d’augmentation. Le quarré eftant ainlî augmente Bacnet y place les nombres fuivant l’ordre naturel tant des nombres que des cales, en la maniéré bu- vante. Dans cette dilpofition on voit que les cales du véritable quarré font alternativement P Du Royaume de Siam. nes , & alternativement vuides, ÔC que fes deux diamètres font entièrement pleins. Or les cafés pleines ne reçoivent aucun change- ment dans la fuite de l'operation , & les dia- mètres demeurent toujours tels qu’ils font par pofition dans le quarré augmenté : mais pour les cafés du véritable quarré , qui font enco- re vuides , elles fo doivent remplir des nom- bres, qui font dans les calés d’augmentation , en tranlportant en bas ceux d’enhaut, & en haut ceux d’en bas, chacun dans fonmonrant; ceux de la droite à la gauche & ceux de la gau- che à la droite , chacun dans fon gilant j 8c tous à autant décalés, qu’il y en a dans le côté du véritable quarré. Ainfi dans le quarré de S» cafés, qui n’en a que trois dans fon côté, l’u- jrité qui eft dans la café d’augmentation d’en haut, lé tranlporte à la troifiéme café audeffous dans le même montant, qui eft dans la café d augmentation d’en bas Ce tranlporte à la troi- héme calé au déliés dans le même montant. 3 qui eft à la calé d’augmentation à droit, lé hanlporte à gauche à la troiliéme calé dans le même gilânt: ÔC enfin 7 qui eft dans la calé , augmentation à gauche létranfporte adroit a ta troifiéme calé dans le même gilànt. bfo même dans le quarré de 25 calés, qui jn a S dans fon côté, les nombres, qui font ans les calés d’augmentation d’enhaut def- cendent y calés au deffous châcun dans fon Montant. Ceux des cafés d’augmentation d’en L z bas 244 Royaume de Siam. bas montent cinq cafés au deffus chacun dans fon montant. Ceux des cafés d augmentation à droit pafîent 5 cafés à gauche chacun dans fon gifant ; & ceux des cafés d augmentation à gauçhe pafîent f cafés à droit > chacun auln dans fon gifant. Il en doit eftre demcfmedans tous les autres quarrés à proportion > & PaC a ils deviendront tous Magiques. Définitions. i°. Dans le quarré augmenté de Bachet, les rangs d'augmentation feront appelés com - flements des rangs du véritable quarre , dans lefquels les nombres des rangs d augmenta- tion doivent eftre tranfportés : & les rangs, qui doivent recevoir des compléments , seront appelés rangs défaillants. Or comme par la Méthode deBachet chaque nombre des cafés d'augmentation fe doit tranfporter à autant de cafés, quil y en a dans le côté du vérita- ble quarré, il s'enfuit que chaque rang e ai lant eft autant éloigné de fon complément > qu’il y a de cafetans le côté du véritable quarre. , z°. Parce que le véritable quarre , c dire celuy qu’il faut remplit de nom rc^ , l’ordre Magique , eft toujours compri ^ le quarre augmente , je le coniide X le quarré augmenté , & j appelleray & fes diamètres , les rangs & les diai véritable quarré: mais fes rangs , lolt Süanfoic Du Royaufne de Siam. z 4 y foit montants , comprendront les cafés d’au- gmentation, quils ont aux deux bouts; parce que les nombres qui font dans les cafés d au- gmentation, ne fortentnyde leurgifantny de leur montant > quand on les transporte dans les cafés du véritable quarré félon la Méthode de Bâcher. 3 °. Les Diamètres du quarré augmenté font le montant moyen , & le gifant moyen du vé- ritable quarré, &ce font fes feuls rangs; qui ne font pas defaillants , & qui ne reçoivent point de complément. Ils n acquièrent , & ne perdent aucun nom bredans* l'opération de Cachet: ils fbuf&ent feulement letranfportde leurs nombres de quelques-unes de leurs cafés en d’autres. ^ 4°. Comme le quarré augmenté a des rangs d’un autre fens, que ne font les rangs du vé- ritable quarré , jelesappellcray bandes Scbar~ rcs. Les bandes delcendent de la gauche à la droite , comme celle où font les nombres 1, 1, 3 ) 4 , 5 , dans 1 exemple precedent , les barres defeendent de la droite à la gauche, comme celle , où (ont les nombres i ,6, n ,16,11, dans le même exemple. Préparation à la Dcmonjlration. Le Problème des quarrés Magiques confifte en deux chofes. La première eftque chaque R'iànt & chaque montant fallait même fom- me > & la fécondé que chaque diamètre fade L 3 aufli Lu Royaume de SUnt. aufli cette même fomme. Je ne parleray pas d^abord de cette derniere condition , non plus que fi je ne la cherchois pas. Et parce que pour parvenir à la première, il ntft pas aeceilaire que tous les nombres, qui doivent remplir un quarré Magique , foient en proportion Arith- métique continué , mais quil fuffit que les nombres d’une bande foient arithmétique- ment proportionnaux avec ceux de toute au-* tre bande , je marqueray les premiers nombres de chaque bande par les lettres de T Alphabeth latin, & les différences entre les nombres d une même bande par les lettres de l’Alphabeth grec : & afin que les nombres d’une bande ioient arithmétiquement proportionnaux aux nombres de toute autre bande, je marquera^ (b l Wffl c vtb tw d fri Xia e ffc X+C $tï> W fy-e les Du Royaume de Siam. 147 les différences des nombres de chaque bande par les mêmes lettres grecques. i°. Rien n’empêche qu’on ne mette le fi. Î;ne — < au lieu du ligne ou devant toutes es différences , ou devant quelques-unes,pour- YÛ que le même ligne foit devant la même dif- férence en chaque bande : car ainli la propor- tion arithmétique ne fera point altérée. a°. Plus unquarré fera grand, plus il aura de lettres latines, & de lettres grecques: mais chaque bande n’aura jamais qu’une lettre la- tine, & toutes les lettres grecques; &la let- tre latine fera differente en chaque bande. Chaque barre au contraire aura toutes les let- tres latines, & toutes hormis la première au- ront une lettre grecque , qui fera differente en chaque barre. Demonfiration. De- là il s’enfuit i°. que les Diamètres du cjuarré augmenté ont chacun toutes les lettres «dues & toutes les grecques, parce qu’ils ont chacun une café de chaque bande, &une cafe de chaque barre , & que les cafes de chaque bande leur donnent toutes les lettres latines, ^ les cafes de chaque barre toutes les grecques. l-a fonime donc de ces deux diamètres eft la nieme, fàyoir celle de toutes les lettres tant grecques que latines prifes une fois. Or ces eux diamètres font un montant & un gilànt aas le quarré Magique , parce que dans i’ope- L 4 ration 248 JDu Royaume de SUm. ration deBachet leurfommene change point par la perte ou par lacquifition de quelque nombre, comme je l’ay déjà remarqué. 2°. Comme les rangs du véritable quarre* foit gifants , foit montants, (ont autant éloi- gnez de leurs compléments, quil y a de ca- fés dans le côté du véritable quarré, il s enfuit que les bandes , & les barres , qui commen- cent par un complément ou au deffus de ce complément, n atteignent point, ceft-à-dire n ont point de café au rang defaillant de te complément; &que les bandes & les barres qui commencent par un rang defaillant ou au defïus, n’ont point de café dans fon complé- ment : donc les lettres du rang defaillant font toutes differentes de celles des compléments, parce que differentes bandes ont differentes lettres latines , que differentes barres ont differentes lettres grecques. Mais parce que toutes les bandes & toutes les barres ont cha- cune une café dans tous les rangs defaillants ou dans leurs compléments: donc quelque rang defaillant que ce foit, aura toutes les lettres, quand il aura reçu fon complément u aura toutes les latines , parce que toutes les ban- des pafïànt par tout rang defaillant , ou par fon complément y laiflènt toutes les lettres a- tines , & il aura toutes les grecques , Par^ que toutes les barres pafïànt aufli par to^1.^1 s defaillant ou par fon complément y lai en toutes les lettres grecques. Et ainli tous e Du Royaume de Siam. 2.4 e, rangs defaillants feront mefme fomme dans le quarté Magique , & la me fine fomme que les diamètres du quatre augmenté , qui font les deux fouis rangs non-defaillants du vérita- ble quarré. J^ue cette Méthode ne peut convenir aux quarrés pairs. LaDemonftrationque je viens de donner, convient aux quarrés pairs, comme aux im- pairs, en ceque dans le quarré augmenté pair, tout rang defaillant & fon complément font la fomme qu’un rang du quarré Magique doit faire: mais il y a cet inconvénient aux quarrés pairs, que les nombres des cales d’augmenta- tion trouvent remplies par d’autres nombres, les cales du véritable quarré qu’ils devroienc remplir: parce que toute café eft pleine, qui Vient en rang pair après une cale pleine , & que dans les quarrés pairs les calcsdes rangs defail- lants viennent en rang pair après celles des compléments, les rangs defaillants ellant au- tant éloignez des compléments , que le côté du eprarré a des cales , & le côté de tout quarré pair ayant fos calés en nombre pair. Des Diamètres des quarrés (Magi- ques impairs. îl eft clair par l’operation de Bachet, qu’il c«tend que les diamètres font tels qu’ils doi- Vent eftre par la feule polition des nombres - L y dans-» i $ o Du Royaume de Siam. dans le quarré augmenté: & cela fera toûj ours vray pourvu feulement que Ion fùppofe que le nombre de la café du milieu de chaque ban- de foit moyen arithmétique* proportionnel en- tre les autres nombres de lamême bande pris deux à deux : condition , qui eft naturellement renfermée dans le Problème ordinaire des quarrés Magiques, où l’on demande que tous les nombres foient en proportion arithmétique continué. Alternando le nombre moyen de chaque barre fera aufli moyen arithmétique- proportionnel entre tous les nombres de la me- me barre pris deux à deux: &par là chaque moyen pris autant de fois quil y a de cafés dans la bande ou dans la barre , ce qui eft tout un , fera égal à la fomme totale de la bande ou de la barre. Donc tous les moyens des bandes pris au- tant de fois qu’il y a de cafés dans chaque ban- de , ou, ce qui eft tout un , dans le côté du quar- ré, feront égaux à la fomme totale du quar- ré: donc pris une fois feulement, ils feront égaux à la fomme de l’un des rangs du quarre Magique : & il en fera de même des moyens des barres: & parce que les moyens des ban- des font un diamètre, &les moyens des bar- res l’autre, il eft prouvé que les diamètres fe- ront juftes par la feule pofition des nombres dans le quarré augmenté , pourvu que chaque moyen débandé foit moyen arithmétique-pro- portionnel entre tous les nombres de la bande pris deux à deux* Du Royaume de Siam. 2$ 1 Au relie comme il ny a dans les quarrés augmentez pairs , ny véritable quarré, ny diamètres du véritable quarré, parce que les bandes des quarrés pairs n’ont pas un nombre moyen , c’eft encore une raifon , qui fait que cette Méthode ne fe peut accommoder aux quarrés pairs. Moyens de varier les quarrés Magi- ques far le quarré augmenté de Bachet. ' î °. En variant l’ordre des nombres dans les bandes, ou dans les barres, pourvûque l’ordre qu’on prendra loit le même dans toutes les bandes , ou le même dans toutes les barres, afin que dans cet ordre les nombres d’une bande °u d’une barre foient arithmétiquement pro- portionnels à ceux de toute autre bande ou barre : mais il faut qu’aucun des diamètres ne perde aucun de lès nombres. Ou bien (ce qui reviendra au même) en pariant l’ordre des bandes entre elles , & celuy des barres entre elles dans le quarré augmenté : c.ar cela ne trouble pas la proportion arithme- l|que qui eft le fondement de la Demonftra- ~0n precedente : mais il faut le louvenir de lait cr. c°ûjours en leur place la bande & la barre * qur font les deux diamètres. 3°- En nc mettant, pas le premier nombre L 6 de z qui exprime la multi- tude des cafés du véritable quarré, & ainfi je Tappelleray la racine du quarré. Prenez donc un nombre à vôtre choix, pourvû neanmoins qu’il foit moindre que la racine du quarré , & premier à cette même racine , & qu’en y ajoûtant deux points , il foit encore premier à la même racine du quar- ré : ce fera par ce nombre , que nous déter- minerons le choix de la féconde café capitale- & appellons-le nombre déterminant. La Du Royaume de Siam. z La féconde café capitale ne doit pas eftre la féconde café de la fécondé bande , parce que cette féconde calé fé trouve dans le diamètre montant du quatre augmenté , & qu’il ne doit y avoir deux lettres pareilles dans aucun des diamètres du quarré augmenté : & ainft comme la première calé capitale cft déjà dans le diamètre montant , la féconde n’y peut eftte. Il faut au contraire que la café , que vous choilîrez dans la féconde bande , pour féconde capitale, s’éloigne autant delà féconde café du diamètre montant , que vôtre nom- bre déterminant aura d’unitez, & en même temps vôtre féconde capitale , féra éloignée de fa première café capitale d’autant de gifàncs, que vôtre nombre déterminant -+ z aura d’unitez. Ainfî dans l’exemple precedent la féconde café capitale favoir la café de la fé- condé bande, où eftla lettre d , eft la féconde café après celle , qui eft dans le diamètre mon- tent , & elle eft dans le quatrième gifant au deflôus de la première café capitale , qui toute féule eft regardée comme un gifànt , & le nom- bre z , qui détermine cette fécondé café capi- tale , eft premier à v > qui eft la racine du quarré, & z — i- z c’eft-à-dire 4, eft encore premier à y , la troifiéme café de la féconde bande eft donc la première, qui s’éloigne du diamètre montant , & c’eft par celle - là qu’il raut commencer de conter l'éloignement des autres ; de forte que la première cale de cette féconde *5 6 Bu Royaume de Sia?». fécondé bande eft en ce fens-là la plus éloignée de la fécondé café , quoy qu’à conter d’un feus* contraire elle la touche. Vous pouvez donc dans l’exemple prece- dent , où la racine du quarré eft 5 , prendre ou 1 ou 2 , ou 4 3 qui vous donnent trois cafés differentes, dont vous pourrez faire vôtre fé- conde café capitale, 1 eft premier à 5, & 1 c’eft-à-dire 3 eft auffi première à 5 , & 1 vous donnera la café où eft b , diftante de trois gi- fânts de la première café capitale. 2 eft pr<> mier à 5, & 2 -r 2 c eft- à -dire 4 eft auffi premier à 5 , & 2 vous donnera la café ou eft d , diftante de 4 giiants de la première café capitale. 3 eft auffi premier à 5 , mais parce que 5 -ri c eft - à - dire 5 n eft pas premier, à 5 , 3 ne vous peut donner en cet exemple > quune faufîè café capitale. 4 eft premier à 5 * &4 -f 2 c’eft - à - dire 6 eft auffi premier à 5 > mais de 6 il faut ôter 5 qui eft la racine, reftera 1. Et 4 vous donnera la café où eft y y la quatrième en éloignement de la café du dia- mètre montant , & a un gifant prés de la première capitale. Le nombre 4 vous don- nera donc l'arrangement de Cachet , qui a mis toutes les cafés capitales dans la première barre : & testes les fois que vous prendrez pour nombre déterminant , un nombre moindre de lunité , que la racine du quar- ré , vous tomberez dans i’arrang^ent de Bachet. .v 30. De-la- Du Royaume de Siam. ^ 5 7 3!- De-là il s’enfuit que le Diamètre mon- tant n’aura aucune autre café capitale, que la- première , qu’il a déjà , & qivainfi il n’aura 1 pas deux fois la lettre, qui fera dans les cafés capitales. Pour le prouver fuppofbns que nos bandes (oient aflèz allongées vers la droite , pour faire autant de nouveaux montants, que nous voudrons ; & marquons le premier mon- tant , qui fera autant éloigné du diamètre montant, que la racine du quarré a d’unités t e’eft _ à _ dire qui fera le cinquième à droit du diamètre montant , fî la racine du quarré eft 5. Et à pareille diftance de ce premier mon- tant marqué , marquons en un fécond , & puis untroifiéme , & un quatrième , toûjours a pareille diftance l’un de l’autre, jufqua ce qu’il y aie autant de montants marquez que k nombre déterminant aura d’unités. En ce cas-la comme le nombre déterminant &lara- Clne du quarré font premiers entre eux , le damier montant marqué fera lafeul, dont la- diftance à la prendre depuis le diamètre mon- ^nt , foit divifïble par le nombre détermi- nant. Suppofbns aufli , que maintenant que les Mandes (ont aflez longues , on y marque les paies capitales tout de fuite , & (ans revenir jamais aux premières cafés des bandes, comme I folloit faire avant que les bandes fulfent al- longées , parce qu alors elles n’avoient pas afléz ^ cafés après la capitale, pour recevoir tou- tes. ï ^ 8 Du Royaume de Siar». tes les lettres de fuite. Je dis que dans ces fup- pofitions , nul de ces montants marquez n’aura de cale capitale fi-non le dernier . parce qu’il eft le feul montant marqué donrla di- ftance depuis le diamètre montant jufqu a luy > eft divifible, par le nombre déterminant : car comme les montants , où font les ca»es capi taies , font autant éloignez ( favoir le prenne du diamètre montant, le fécond du prenne j le troifiéme du fécond , & ainfi de fpjte ) ql le nombre déterminant a d unités , u s cn u que nul montant n’a de café capitale que diftance , depuis le diamètre montant ju qu luy, ne foit divifible par le nombre determ nant. Il demeure donc prouvé que nu tant marqué horfmis le dernier n aura capitale : & la café capitale qu’il aura lera la première au delà du nombre des cales necet- faires à vôtre quatre augmenté , parce qu’en contant la première cale capitale , 1 yen aura autant d’aucres avant celle-cy , que la racine quarré a d’ unirez. . , Or quand vous marquez les cafés capitales dans un qûarré augmenté félon la met w - que j’en ay donnée cy-deflùs, de te e que quand vous parvenez à la derniere d’une bande, vous revenez à fa première ca > » comme fi elle eftoit apres laderniere , ne fàites’autre chofe, que placer fucccflivc toutes les calés capitales à l’égard u tre montant , comme dans le cas dc J)tt Royaume de Sîam. 2 ç 9 genient des bandes vous les placeriez Tune après l’autre à l’égard de tous les montants mar- quez fuccellivement. Et aucune de vos cafés capitales , finon une première iurnumeraire ne peut tomber dans vôtre diamètre montant , comme nulle autre finon une première fur- numeraire ne tomberoit dans vôtre dernier Montant marqué. 4°. Que fi vous regardez la première cale capitale comme un gilànt , & que vous falficz fes mêmes fuppofitions qu’auparavant, de telle forte qu’il y ait autant de gilànts marquez, que fo nombre déterminant j ~ aura d’unitez , & aufli diftants (lavoir le premier de la première café capitale, le fécond du premier, le troi- fiéme du fécond , & ainfi de fuite ) que la ra- cine du quatre aura d’unitez : De ce que la racine du quarré , & le nombre détermi- nant -f 2 font premiers entre eux , & de ce ^ne le nombre déterminant -+ 2 exprime la ^'fiance des gifants , où feront les cafés capi- taJes , vous prouverez qu il n’y aura que le der- nier gïfùnc marqué , qui ait une cale capi- tafo , qui fera la première furnumeraire : & par c°nfequent , que le rang défaillant , dont la Première café capitale eft le complément , n>ai,ra pas de café capitale, parce qu’il eft le Premier gifant marqué : & vous prouverez que la première café capitale fiirnume- taire doit revenir au gifant de la première cale Capitale, & comme elle doit revenir aulfiau dia- Mjo I>u Roy Mime de Siam. diamètre montant , il s'enfuit que la première café furnumeraire , c’eft-à-dire celle que vous voudriez marquer apres la derniere desnecel- faires, eft la première cale capitale meme» parce qu'il n y a que celle-là qui foit commu- ne , a Ion gifant & au diamètre montant. 5 °. De l'ordre des lettres, pareil dans toutes les bandes & pareil auffi dans toutes les bar- res, vous prouverez que toutes les lettres pa" reilles, font en meme diftance les unes des au- tres, & en même ordre entre elles, que les lettres des cafés capitales entre elles , & qu ainu toutes les cales qui contiennent lettres parei - les peuvent eftre regardées comme capitales > de telle forte que deux lettres pareilles ne le trouvent jamais ny en même montant ny en même gifànr, ny en un rang défaillant & en fon complément. Ce qui n’a pas befoin d'au- tre démonftration. Demonfration. Cela fuppofé la démonftration du Problème eft facile , car dés que nulle lettre n'eft deux fois ny dans aucun des diamètres du cluar^ augmente , ny dans aucun rang défaillant fon complément, il s'enftiit que chacun deux diamètres, & chaque rang défaillant, fon complément ont toutes les lettres, par confequent ils font même fomme. J Va Du Royaume de Siam. z6z Des Diamètres. La bande qui faic l’un des Diamètres eftant magique par pofition , comme elle le doit eftre , demeure magique » parce qu elle ne reçoit aucune lettre nouvelle , ny ne perd au- cune des liennes. La barre qui fait l’autre dia- mètre fe trouve magique par l’arrangement, & la preuve en eft telle. Autant que la barre de la féconde café ca- pitale s’écarte de la première barre , autant *a barre de la troifîéme café capitale s’écarte de la barre de la fécondé, & ainfi de foire, les premières barres aufquelles vous revends eftant contées en ce cas -là comme venant après les dernieres. Or la barre de la féconde calé capitale s’écarte de la première barre d’au- tant qu’il y a d’unités dans le nombre déter- minant i . C’eft pourquoy fi le nombre déterminant — i eft premier à la racine du quarré la démonftration precedente fuffit pour prouver qu’aucune barre n'aura deux lettres pareilles , c’eft pourquoy la barre qui fervira de diamètre n’aura pas auffi deux lettres pa- pilles, & ainfi elle aura toutes les lettres une fois. Que fi le nombre déterminant H- 1 eft par- tie aliquote de la racine du quarré, alors cha- que barre aura autant de lettres pareilles qu’il y aura d’unitez dans le nombre détermi- nant —h i , & il y aura autant de lettres diffe- * rentes 1 6 1 Du Royaume de Siam . rentes qifily aurad’unitez dans 1 autre aliquotc de la racine du quarré , qui fera le quotient de la divifîon faite de la racine par le nombre dé- terminant -+ i. Ces lettres diverfes feront donc en nombre impair , parce que ce quo- tient ne peut eftre qfîun nombre impair, eftant aliquote d’un nombre impair. De ces lettres en nombre impair l’une fera la moyenne de la première bande , les autres prifes deux à deux feront pareilles à des lettres de la pre- mière bande qui prifes auffi deux à deux fe- ront également éloignées de la moyenne. Tune vers la tête de la bande 1 autre vers la queue: de forte que fi l’ordre des lettres de la première bande eft que la moyenne par fafituation , foit moyenne proportionnelle entre toutes les au- tres qui prifes deux feront également éloignées d’elle alors la barre qui fervira de diamètre fera magique, parce que fi elle n’a les lettres moyen- nes de toutes les bandes , elle en aura la va- leur , car des autres lettres , qui ne feront pas moyennes, fi eftant prifes deux à deux, l’une eft plus foible que vla moyenne de fa bande, l’autre fera plus forte dautant que la moyenne de la fienne ; & ainfi les deux enfemble vau- dront les moyennes de leurs bandes. Par ex- emple dans le quarré de 8 1 cafés , dont la ra- cine eft y , fi le nombre déterminant eft i comme i -h i c’eft-à-dire $ eft partie ali- quote de 9, dont l’aliquote correfpondante, c’eft-à-dire celle , qui revient de la divifîon de 9 par 3 , Du Royaume de Siam . 263 par 3 , eftauffi 3 , il y aura dans chaque barre, trois lettres diverfes qui y feront répétées cha- cune 3 fois. La première des differentes , fera la moyenne de k première bande , les deux autres d'entre les differentes, feront pareilles a deux de la première bande également diftan- tes delà moyenne. De même dans le quarré de 22 y cafés dont la racine eft 15 , file nom- bre déterminant eft encore 2, comme 2 H- 1 , ceftà-dire;3 eft partie aliquote de 15 (dont 5 eft l’aliquote correfpondante, ) il arrivera qu'il y aura dans chaque barre y lettres diverfes ré- pétées chacune 5 fois. L’une fera la moyenne de la première bande , les 4 autres feront pa- reilles à 4 de la première bande , qui prifes deux à deux feront équidiftantes de la moyenne. La conclufion eft donc que lorfque le nom- bre déterminant -+ 1 eft premier à la racine du quarré, la barre qui fort de diamètre ne peut cftre que magique : mais que fi le nombre déterminant 4 1 eft aliquote de la racine du quarré, la barre qui fert de diamètre ne peut eftre magique , que la lettre moyenne de la première bande ne fbit moyenne arithméti- que de toutes les autres lettres de fa bande pri- fos deux à deux , & qu’elle ne la fbit des lettres de fa bande qui prifes deux à deux font en éga- les diftances d’elle , & dont les pareilles doi- vent entrer dans la barre qui fervira de diamè- tre. A cela prés l’ordre des lettres de la pre- mière bande eft arbitraire. Au Du Royaume de Siant. Au refte les plus proches de ces lettres, équidiftantes feront chacune autant éloignées de la moyenne que le nombre déterminant Hr i aura d unifiez , les fuivantes feront autant éloignées de ces premières , chacune de la fienne , & ainfi de fuite. J’ay dit qu’il fout prendre la fécondé cale capitale dans la féconde bande , quoy qu’on b puifte prendre en telle autre bande que 1 on voudra, pourvu que la bande de là troifieme café capitale foit aufli diftante de la bande de la fécondé café , que ceile-cy le fera de la pre- mière , & que la bande de la quatrième cale- capitale foit en cette même diftance de la bande de la troifieme, & ainfi de fuite, les premiè- res bandes revenant en ordre apres les derniè- res. Mais outre cela il faut que cette diftance foit exprimée par un nombre premier à la ra- cine du quarré , 6c la chofe reviendra au me- me , çeft- à-dire à mettre une café capitale en chaque bande. Que fi vous mettiez la féconde café capitale en une bande , dont la diftance depuis la première bande , ne fût pas exprimée par un nombre premier à la racine du quarre , alors plufîeurs cafés capitales tomberaient en la première bande , laquelle cftant luppolee pleine de toutes les lettres differentes, ne pour- roient recevoir les lettres pareilles , qui ren> pliffcnt les cafés capitales. Autre Du Royaume deSiam. igy Autre moyen de varier les ([narrez. Magiques. Vous doublerez les variations precedentes, « vous faites dans les barres, ce que nous ve- nons de faire dans les bandes , & dans les ban- des ce que nous venons de faire dans les bar- res : prenant pour l’un des diamètres , une barrequi loir magique par pofîtion , & rendant magique par l’arrangement la bande qui fera l’autre diamètre. De ces principes il s'enfuit que le quarré de cales eft toujours le mefmefins pouvoir re- cevoir de varierez elîènticlles , parce qu’il ne peut avoir que i pour nombre déterminant : & parce que le tranlport des bandes ou des bar- res entre elles ne fait qu’un fimple renverfe- ment , a caufe qu il n’y a que deux bandes & deux barres fujettes à tranlpofition , & que la bande & la barre qui fervent de diamètres, ne peuvent fe déplacer. Il s’enlùit auffi que toujours l’un des dia- métrés pour le moins doit ellre magique par Pofîtion : & que le plus grand & le plus petit des nombres propolèz pour remplir unquar- te Magique , ne peuvent jamais ellre au cen- tre > parce que le centre elt toujours rempli par quelqu’un des nombres du diamètre par Pofition, dans lequel, Ibit-il bande ou barre, Ic plus grand nombre ny le plus petit neneu- Vent ellre. 1 Tom. If. M A« 166 Du Royaume de Skm. Au contraire If nombre moyen de tout h quarré , c’eft-à-dire celuy qui par la pofition eft au centre du quarré augmenté, demeurera au centre du quarré Magique , toutes les fois que le diamètre par pofition aura la cale capitale à l’un de fes bouts , mais en tout autre cas il en fortira , & il ne forcira pourtant jamais du dia- mètre par pofition. Toutes lefquelles chofes fe doivent enten- dre félonies fuppofitions expliquées cy-deflus. D’ailleurs je fayque lesquarrez Magiques im- pairs peuvent eftre variez en un nombre fur- prenant de maniérés , aufquelles tout ce que je viens de dire ne conviendroit pas. Au refie Tune des diverfés Méthodes, qui reluirent des principes , que j'ay expliqués, efl l’Indienne , comme on le pourra éprouver en tranfportant dans un quarré augmenté les nombres d’un quarré Magique Indien , de telle forte que les cafés daugmentation foient plei- nes des nombres , qu elles doivent rendre au véritable quarré. On verra que les nombres feront rangez dans le quarré augmenté , en Tune des manières que j ay expliquées. Eclairci[fement de U Méthode Indienne. Comme j eus communiqué aMonfieurde Malezieu Intendant de Monfeigneur le Duc du Mayne les quarrés impairs Indiens , faus Du Roy au me de Siam. i c-j ïuy rien dire demademonftration, que jena- vois pas encore achevé de débrouiller, il en trouva une qui na nul rapport auquarré au- gmenté de Baçhet , & que j’expliqueray en peu de mots , parce que les chofes que j’ay dites, m'aideront à me raire entendre. Soit un quarré que nous appellerons natu- rel, dans lequel les nombres foient difpofes; félon leur ordre naturel en cette maniéré. I i 3 4 5 — —— • — “ — 7 s 9 IO — — — — * — ■ II 12. 1 ? H l5 — — ■ — 16 *7 18 *5> zo • — • — • — ■ — • — . Z I zz *3 H *5 Il s’agit de difpofèr ces nombres Magique- ment dans une autre quarré d’autant de cafés & vuide. i°. En confiderant ce quarré jevoyque les deux diamètres, & le montant, & le gifmt moyens font Jamefme fouîmes ce que Mon- fieur de Malezicu croit avoir donné lieu au Problème , par l’envie de rendre égaux auffi les aut5es gifmts &les autres montants , fans dé- truire légalité des diamètres. z°* Je voy que le premier gilant contient tous les nombresdepuis l’unité jufqu a la racine M z du i6S B Pi Rofaume de Sïaiff. du quatre : que le fécond gifànt contient ces mefmes nombres & dans le mcfme ordre, mais augmentez chacun d'une racine : que le troifieme contient auffi ces mefmes nombres dans le mefme ordre augmentez chacun de 2 racines : qu'il en eft de mefme de chaque gi- fànt, finonque le quatrième a chacun de ces nombres augmenté de 3 racines, que le cin- quième les a augmentez de 4 racines , & ainfi à proportion des autres gifants , s’il y en avoir da- vantage. j . Il s’offre donc naturellement à mon efprit de confiderer un autre quarré , oùje met- tray dans chaque gifànt les mêmes nombres , qui (ont dans le premier, c’eft- à-dire depuis l'unité jufquà laracine du quarré , (ans les au- gmenter daucune racine en aucun gifànt ; & je trouve d'abord que les gifants feront égaux en leurs fommes, ayant chacun les memes nombres *, & que les montants de ce nouveau quarré auront le même excès les uns fur les au- tres, que les montants du quarré naturel, par- ce que la différence des montants dans le quar- ré naturel., ne vient pas des racines attachées aux nombres, mais de ces nombres qui fout repétez d ans chaque gifant , comme 1 on voici en cet exemple , où les traits attachez aux nom- bres marquent les racines dont chaque nom- bre eft augmenté dans le quarté naturel 1 Dti Royaume de Siam. 269 I 1 3 | 4 5 t r / t l Z 3 4 l" l" U t 3 // ( 4 . K 5 x'" m 1 ut 3 t "4- tu s Utt r/ff tôt Z 1 3- 4 5 4°. Il eft évident qu en ce quarre tous les gifants font égaux ,• en ce qu’ils ont chacun les mefmes nombres , & que les montants ne font inégaux que parce qu’ils n’ont pas cha- cun tous ces nombres differents qui forçt en chaque gifant , mais W contraire un feul de ces nombres répété autant de fois qu'il y a de quarrés en chaque montant. C’eft pour- quoy je rendray les montants égaux entre eux^ fî je fais que pas un de ces nombres ne (bit deux fois en chaque montant , mais que tous y foient une fois. Et parce que ces mefmes nom- bres portenr chacun mefmc nombre de ra- cines en mcflne gifànt , je rendray auffi les gifants égaux entre eux , fi je fais que chaque gifant n’ait pas tous ces divers nombres de luy- mefme , mais qu’il en emprunte un de cha- que gifant. Ain 11 les Diamètres font déjà égaux entre eux, parce quils ont chacun les nom- bres divers qu’il faut avoir, & qu’ils enpren- nem un de chaque gifant, c’eft-à-dire l’un M 3 fans 270 Du Royaume de S tant. fans racine > iaurre augmenté d’une racine *, l’autre de 2, l'autre de 3, &ainfi de fuite. Doncie véritable fecret éft de difpôfçr tous les nombres de chaque gifant de fens diamé- tral, ceft - à- dire en écharpe > de telle forte qu ayant pofé un nombre , le fuivant foie en un autre gifant & un autre montant en mefme temps. Ce qui ne fe peut mieux exécuter que de la maniéré Indienne. Voilà les nombres du premier gifant df- fpofèz en écharpe, deforte .quil ny en a pas deux en mefme montant ny en mefme gifant. Je doy donc difpofèr les nombres du fécond gifant dç mefme maniéré , & parce que jedoy éviter de mettre le premier nombre de ce gi- fant fous le premier de lautre , je ne puis mieux faire que de le mettre fous le dernier , en cette maniéré. x Du Royaume de Siam. 271 1 1 3. 5 2' 4 r 1 t 5 3 2 7 4 Je difpofe avec la .me [me économie les autres gilànts, mettant toûjours le premier nombre de l’un fous le dernier de l’autrej& je mets pour lun des Diamètres le gifant du milieu, parce que naturellement il eft Magique. r/r 2 Ut\ 4 1 f 3 5" 1 ffU 3 5 z rt 4 r" 4 t 1 3" •U S 2"" ’ 5 2" w 4 1"" 3 H l 3"' Wt 5 1 f 4 Il eft clair que dans cette difpofîtion aucun gifant ny aucun montant n’ont deux nombres ny d'un mefine gifant , ny d’un même montant du quarré naturel , & que le diamètre que nous n avons pas fait par pofition , n’a auflî qu’un M 4 nom- 2-7 1 Du Royaume de Stem. nombre de chaque gifant &de chaque mon- tant du quarré naturel. C eft ce que Monfîeur de Malezieu a penfé , fans avoir eu le loifîr de l'approfondir davantage ; & c'eft évidem- ment le principe, fur lequel la Méthode In- dienne &mefme celle de Bachet (ont fondées, & toutes les autres , dont j'ay fait voir qu'on peut varier les quarrez Magiques. Et ii Ton prend garde que dans un^ quarré Magique, les rangs en écharpe ou parallèles aux diamè- tres font defaillants, & qu'ils ont leurs com- pléments, on verra que le quarré augmen- té de Bachet , & le quarré Magique ont des proprietez oppofecs. Dans le quarré augmen- té , les bandes qui font tes véritables rangs, ne font pas Magiques, 8c fes rangs defaillants augmentez de leurs complements le font. Dans le quarré Magique au contraire les rangs font Magiques, & les rangs defaillants, & leurs com- pléments contiennent chacun ce que contient une bande du quarré augmenté. Pour achever ce que Monfîeur de Malezieu a penfé , il y faut feulement accommoder ce que nous avons dit du choix des cafés capitales: & parce que cela eft aifë à faire, je n'en parle- ray pas davantage. Monfîeur de Malezieu s’eft avifé auffi que fon Principe doit fervir aux quarrés pairs , & cela eft vray: mais il te trouve encore icy delà difficulté dans l'exécution , parce que dans, les quarrez pairs les rangs defaillants & leurs ~ com^ Un Royaume de Siam. 273' complemens ont chacun une café dans le mê- me diamètre, ou n’y en ont point du tout, deforte qu’en difperiant les nombres d’un gi- fant dans un rang defaillant & dans fon com- plément , on met deux nombres de ce gifânt dans un mefme diamètre , où l’on n’y en met point du tout, & l’une & l’autre de ces deux choies eft également mal. D’ailleurs il n’y a point de gifànt dans les quarrez pairs , qui puif- fe fournir un diamètre par pofition: & ainfî il faudroit s’éloigner un peu dans les quar- xés pairs , de la maniéré Indienne de difpen- fer les nombres , & en mettre un dans cha- que rang, & un dans chaque diamètre: mais la Méthode ne s’en prefënte pas d’abord. En. voicy néanmoins le premier exemple. 8 II 14 I 2 1 M 1 V*» 11 7 9 6 3 1 6 lS 4 S 10 De la Méthode Indienne des narrés pairs.. Je croy l’avoir devinée fur les Exemples des Qn arrés de 1 6, de 3 6,& de 64 cafés, qu’ A grip- pa nous a donnés. i-°. Comme les rangs font en nombre pair M dans . 274 Du Royaume de Sium. dans lesquarrés pairs, ils peuvent eftreconfi- derez deux à deux. Comparant donc le pre-* mier au dernier, le fécond au pénultième, le troifiéme à Tantepenultiéme , tk ainfi de fuite en nous éloignant également du premier & du dernier rangs, nous les appellerons oppofez* foient-ils gifents, foient-ils montants. Or parce que les nombres d un rang font arithmétiquement proportionnaux avec ceux d un autre rang de mefme fens, il eft clair à ceux qui entendent la proportion arithméti- que , que deux rangs oppofez font la mefme fomme totale que deux autres rangs oppofez, & que fi Ton partage cette fomme endeux éga-* les , chaque moitié fera la ibmme que doit faire un rang Magique. 2°. Les nombres oppofez font auffï le pre- mier & le dernier détour lequarré, le fécond & le pénultième, le troifiéme & lantépenul- tiéme , & ainfi de fuite en nous éloignant éga- lement du premier, & du dernier nombres: de telle forte que lafomme de deux nombres oppofez eft toûjours égale à la lomme de deux autres oppofez. De là il eft évident que les nombres oppofez à ceux d un rang,font les nombres qui font dans le rang oppofé , & que pour rendre les femmes de deux rangs oppofez égales, il ne faut que prendre la moitié des nombres de l'un des rangs, & les échanger contre leurs oppofez.* qui (ont dans 1 autre. Par exemple. x Du Royaume âe Sïam. I 14 4 15 2 3 16 î. i. 3. 4. font le premier rang naturel du quarré de 16 cafés, & 13. 14. rj. 16. en font le dernier rang. Il ne faut pour les rendre égaux, que prendre 2 & 3 qui font la moitié des nombres du premier , & les échanger con- tre 14 & iy leurs oppofez:&ainfi 1. 14. r j.40. feront la mefine fomme que 13.2.3. 16. Les gifonts entre eux , & les montants en- tre eux fo peuvent rendre égaux par cette Mé- thode: mais parce que le choix des nombres oppoftz fe peut foire de plufieurs façons, les Indiens en ontchoifi une, qui eft aifée à re- tenir , qui laifïè les diamètres tels qu’ils font dans le quarré naturel , parce quils font tels qm’ils doivent eftre , & qui arrange les mon- tants , lors qu'on ne fonge qu^a arranger les gifants. Toute la méthode confiftedonc à fo- voir arranger deux gifants oppofèz , & en voicy les réglés. i°. On prend la moitié des nombres dt* gifont fuperieur , & on les tranfporte au gi- font inferieur: & on prend leurs nombres op- pofezdans legifont inferieur, &on les tranf- porte au fuperieur. z°. Les nombres qui demeurent en chaque rang > y demeurent en leur place naturelle , & dans leur ordre naturel : les tranfportez fo M 6 pla* ijC Du Royaume de Siam. placent chacun dans la café de fonoppofe, St par çonfequent en ordre renverfè. 3°. Le premier & le dernier nombres de chaque rang demeurent dans leur rang natu- rel , le deuxieme & le troifïéme font tranfpor- tez, le quatrième & le cinquième demeurent , le fixième &le feptiéme font tranfportez, St ainfi alternativement deux font tranfportez >- & deux demeurent. Exemple. I £3 4 5 59 58 57 7 6 60 6 1 0 2 x.2. 3. 4. y. 6. 7.8. font le premier rang na-* turel du quarrè de 64 cafés, 57. 58. 59. 60. Ci. 61. 63.64. en font le dernier. i&8pre- mier & dernier nombres du premier rang y* demeurent & en leur place naturelle. 57 ^6 64 premier & dernier nombres du dernier rang y demeurent de en leur place. Enfuite 2. St 3 font tranfportez, 4 & 5 demeurent, C & 7 font tranfportez: &demefme des nom- bres du rang oppofè 5 S &y<> font tranfpor- tez 60 & 6 1 demeurent , Ci St 6$ font tranf- portez. 1. 4. y. 8. qui demeurent au premier rang y font dans leurs cafés naturelles, dc.par çonfequent dans leur ordre naturel. 2. 3 • ^*7* qui fpnt tranfportez > font dans les cafés de leurs Du Royaume de Sianr. ijj leurs oppofez , & font dans un ordre ren- verfé. De même 57. 60. 61. 64. qui demeu- rent dans leur rang , y font dans leurs cafes naturelles, & dans leur ordre naturel. ^8. 59.62.63. qui font tranfportez font dans les cafés de leurs, oppofez & dans un ordre ren- verfé. Tous lès rangs oppofez fé doivent ranger fur ce peu de réglés : mais il nfeft pas toujours certain quil faille mettre le premier nombre du rang à la première café à gauche , car de cette forte le premier & le dernier montants . conferveroient tous leurs nombres, naturels, & ne feroient pas égaux. Cfeft pourquoy il faut les rendre égaux par les mêmes réglés que les gifànts , en tranfportant la moitié des nom- bres du premier montant dans les cafés de- leurs oppofez , laiflànt le premier &.le dernier dans leur montant , tranfportant le deuxie- me & le troifiéme , laiflànt le quatrième & le cinquième, tranfportant le fîxiéme & le feptié? me , & ainfi de fuite félon les réglés que nous avons données pour les gifànts. La tête de chaque gifant fera donc à droit ou à gauche félon que fon premier nombre fera demeuré ou tranfporté, au premier ou au dernier mon* tant , à droit ou à gauche. 278 Du Royaume de Siam. Exemple du quarré' de 64 cafés. I 6 3 6l 1 4 5 52 58 8 5* IO I I 53 . 5* 14 1 5 42 * ■ — ■ — — — . — . 48 18 12 45 44 22 23 4.1 • — • ■ — — ■ — . *5 35? CO 28 *2 35 34 3* * — • — ■ ■ ■ — 3 1 3° 3* 37 Z 2 6 40 ' — — — — - ' • — — 1 H 4* 43 22 20 4 27 5? rement pair, ont chacun un nombre de cafés impairement pair: mais fi Ion ne prend pas garde aux deux cafés moyennes de chaque gi- fànt, alors il reftera en chacun un nombre de cafés pairement pair , que nous appellerons les cafés pairement paires. La première réglé eft donc de tranfporter la moitié des nombres des cafés pairement paires , & de tranfporter ceux , qii'On choifiroit pour cela , dans un gifânt d’un quarré pairement pair. Ainfî le premier & le dernier nombres demeurent dans leurs cafés , le deuxieme & le troifiéme font tranfportez, le quatrième & le cinquième demeurent, le fixiéme& leféptiéme fonttranf* portez , & ainfî de fuite : mais je ne parle que des nombres des cafés pairement paires , & je ne comprens que ceux-là au conte que je fais , non plus que fi les cafés moyennes n'a- voient pas des nombres. 20. Les nombres tranfportez ne paflént pas aux cafés de leurs oppofez, mais dans les cafés qui font vis-à-vis des leurs , c’efoà-dire dans leur meme montant : & ainfî ils ne fe trouvent point en ordre renverfé dans le gi- &nt où ils paflént. x8s> Du Royaume de Siam. Exemple pris du quarre de 100 cafés. I 4 7_ 10 1 3 8 9 r Je n’ay pas marqué les nombres 5 & 6 dans céc exemple, parce que ce font ceux des deux cafés moyennes du premier gifànt , & que les nombres des deux cafés moyennes du premier gifànt , dans chaque quarré impairement pair, ont une réglé particulière , que je donneray. Quant aux huit autres nombres, 1 , 1 , 3 ,4, 7> 8, p, 10, qui font ceux des calés paire» ment paires , ils font rangés félon les réglés que j’sy données. i°. le premier & le. dernier font en leurs cafés naturelles, puis le deuxième & le troifïeme font tranfportez , le quatrième & le cinquième demeurent en leurs cafés natu- relles, lefixiéme & le feptiéme font tranfpor- tez. a0, les tranfportez, favoir 2, 3, 8, p, font dans les cafés vis-à-vis des leurs, & dans leur ordre naturel , & non dans un ordre ren» verfé. 3'. Quant aux deux nombres moyens, le premier demeure, & le fécond efttranfporté: mais le premier ne demeure pas dans là café naturelle. Il pallè à la café du fécond, & le fécond n’cft pas tranfporté à la café qui elt vis- à-vis de la fienne, mais dans celle defon op- polé : parce qu’il faut que le premier laide là- çdc Dm Royaume de Siam. 2 S 1 cale naturelle à Ton oppole , qui fera trans- porté en ce premier gifànt , 5c que le fécond lai fie auffi à ion oppofé , la cale qui eft vis-à-vis de la fienne. I _4 5_ 2 10 1 3 6 8 9 Les nombres 5 & 6 font les moyens, y de- meure dans fon gifànt, mais ilpaife à la cale de 6 y Si 6 eft tranlporté à la calé de fon op- pofé, Si non à celle, qui eft vis - à -vis de la fienne. 4°. Les nombres dudernier gifànt s arran- gent de cette maniéré. Le premier Si le der- nier demeurent dans leurs cafés, les autres rem- pliftènt les cales qui font demeurées vuides. dans les deux gilànts , & il faut les y placer tout d’une fuite , mais dans un ordre renverle. De cette maniéré les deux gilànts deviennent égaux, parce qu’ils le font donné l’un à. l’autre la moitié de leurs nombresdes cales pairement Paires , & que leurs nombres moyens font tontine pareille en chaque gifànt , les oppolès «ftant enfemble & non en gifants differents. Ou pourroit li l’on vouloir ranger le fécond', gifànt comme nous avons rangé le premier, mais alors il faudrait ranger le premier com- me nous avons rangé. le fécond,. 1 i&z Du Royaume de Siam. X 99 98|_4 9f 1 J _7 93 92 1 10 91 1 31 97 6l 95 94 S 9 [ 100 Les nombres 91 & ioo , qui font le premier & le dernier, du dernier gilànr, demeurent' dans leurs places naturelles , les autres qui font5>2,23 ,5)4,95, 9^>97> 98 >99 * rem; plifTent les cafés, qui eftoient demeurées vui- des dans les deux gifmts , & ils y font mis tout de fuite , mais dans un ordre renverfé. 50. Le premier & le dernier montans des quarrés impairement pairs fè rangent l’un par rapport à lautre , comme le premier & le der- nier gifans : & par ce moyen tout le quarre impairement pair fè trouve Magique , & par une Méthode aifée à retenir, & à exécuter de mémoire. La Démonftration en eft fènfible. Car à confîderer les nombres comme nous les ve- nons d’arranger dans le premier & dans le der- nier gifàns, on void que les nombres oppo- fèz pris deux à deux y font placés ou diamé- tralement dans les cales première & derniere de chaque gifant, ou vis-à-vis dans un meme montant , & parce que les nombres oppo- lez pris ainfi deux à deux font toujours fouî- mes égales : il senfuit que ces deux gifants eftant au haut & au bas du quarré pairement pair & intérieur déjà Magique , ajouteront Du Royaume de Siam. zS j Tommes égales aux diamètres & aux mon- tants de ce quarré pairement pair intérieur, Sc tant du premier & du dernier gifants, que du premier & du dernier montants: car ces nom- bres n’cftant pas placés chacun vis-à-vis de fon oppofe ajoûtentdes fommes inégales aux gifants & aux montants moyens du quarré pairement pair intérieur. Donc pour reparer cette inégalité, qui n'eft que de deux points , il faut faire un petit changement dans le quarré pairement pair intérieur, ce qui fera la derniere. réglé de cette Méthode. 6°. En rangeant le quarré pairement pair intérieur , félon les réglés des quarrés Magi- ques pairement pairs ; il faut renverfer Tor- dre, que devroient avoir félon ces réglés des quarrés pairement pairs , les deux nombres moyens du dernier gifant du quarré de 16 ca- fés > qui eft au centre de tout , & les deux nombres moyens du dernier montant du mê- me quarré de feize cafés. Vous affoiblirez ainfï le premier montant & le premier gifant moyens du quarré pairement pair : d'autant que 284 D# Royaume de Sicîm, que dans le premier gifànt du quarré de 1 6c& fcs, le premier nombre moyen efl toûjours plus fort que le fécond, & que dans le dernier montant du même quarré de 1 6 cafés, lenorn- bre moyen fuperieur, efl plus. fort, que Tii> ferieur. Quarré de trentefix cafés. I 3 5 54 32 6 30 8 zS 2 7 I I 7 14 23 1 î 16 K 15? J 12 21 22 20 18 1 2 2 6 _5>- 10 M 51 2 4 3 5 5 56 Ce quarré efl celuy d’ Agrippa, fi-nonqu® y ay. mis à droit , ce qu'il a mis à gauche , parce qu’il a pris- les quarrés qu'il donne , d'apres des Talifmans Hébraïques, où l'ordre natu<* rel des nombres efl de la droite à la gauche félon la. maniéré d’écrire des Hebreux. Quarré 25» Royaume de Sium. 28$ 'narré de 100 cafés. I 99 98 4 96 5 L7 1- 92 10 90 11 88 87 J5 1 G 84 83 19 1 1 So 19 23 24 76 75 17 28 72 21 5i 6ç> 1 £.i 34' GG f 5 37 58 (52 70 Go 4* 58 57 45 4^ 44 1 49 51 41 52 48 47 55 5^ 54 43 59 5° <5i 39 <5 3 6 4 35 37 G7 GS 32 40 30 If) 73 74 16 ■H 77 78 22 71 .10 Si 7s *7 8(2 h ; !3 89 "Si 9 1 1 3 97 9* 94 ~8 9 IOO Dans le quarré de 3 G cales les nombres 9 10, qui font les moyens du dernier gilànt du quarré de 1 G cafés , qui cil: au centre , font dans un ordre contraire à ccluy qu'ils devraient avoir félon les réglés des quarrés pairemcnt pairs. Ainfi 14& 20 qui font les moyens du dernier montant du même quarré de 1 G cales , font dans un ordre contraire , à celuy qu’ils devraient avoir par les mêmes réglés : car il foudroie que xo fut devant 9 , Sc que 14 fût fous 2q. Dans Du Royaume de Siamo Dans le quarré de ioo cafés au feptiéme gifant les nombres moyens 3 j & 3 G font mis contre les mêmes réglés des quarrés pairement pairs : 3 G devroit précéder 3 y félon les réglés: & 44 & 54 qui fout les moyens du feptiéme montant fontauffi renverfez, parce que 44 de- vroit eftre fous 54. ^ Dans tout quarré pairement pair rangé ma- giquement fuivant les réglés que fay don- nées, il eft infaillible que dans legifàht qui eft immédiatement fous les gifànts moyens , les deux nombres moyens foient dans un ordre renverfé , ceft à dire que le plus fort précédé le plus foible : car où ces nombres moyens font tranfportez, & par confèquent dans un ordre renverfé > où ils ne font pas tranfpor- tez, 3c ils font encore dans un ordre renverfé parce qùalors leur gifant commence à droite : d'autant que fi les nombres moyens de cha- que rang ne font pas tranfportez comme on le fuppofe , les moyens du premier montant ne le font pas , 3c ainfi les gifânts moyens conv mencent à gauche , donc le gifant au deflous commence à droite. Par un pareil raifonne- ment on prouvera que félon les réglés des quarrés pairement pairs les nombres moyens du montant qui eft immédiatement après les montants moyens, font ranges de telle forte, que le plus fort eft toujours audefliis du plus foible. Voilà la Méthode dès quarrés pairs d* Agrip- pa, Dit Royaume de Siam. 2 S 7 Pa> qui font à mon avis les Indiens, dont le Petite ne conlifte pas à donner la feule ma- jore poflible de ranger les quarrés pairs, mais *a plus ailée à executer de mémoire : car ceft a cela principalement quil fembleque lésin- ons , fe fbient attachés. Au refte les quarrés pairs Indiens feront auffi Magiques dans la pro- greffion Géométrique. Les Indiens ont donc connu deux Princi- pe pour le Problème des quarrés Magiques * dont ils ont appliqué Pun aux quarrés im- pairs , & lautre aux pairs. Les Mathématiciens de ce Païs-cy , qui ont travaillé là deffiis, n ont connu que l’un de ces deux Principes , qui eft celuy des quarrés pairs ; mais ils Pont ac- commodé aufli aux quarrés impairs , & de plus Üs ont ajouté une condition finguliere à ce Problème , qui elt que le. quarré Magique foie rangé de forte, qu’en luy ôtant la première enceinte, ceft-à-dire Ion premier & Ion der- nier gifants, fon premier & Ton dernier mon- tants , le quarré intérieur qui reliera , fe trouve Magique de cette même elpéce , ceft-à-dire pouvant perdre toutes les enceintes lune après 1 autre, & laifter toujours pour refte un quarré Magique, pourvu que ce refte ait au moins y, °u 1 6 cafés : parce que le quarré de 4 cafes ne Luroit eftrc Magique. ! Mon lieu r Arnoud a donné la folution de dernier Problème à la fin de fes Eléments de Gcometrie , & avant quil leut fait impri- mer i 8 8 Du Royaume de Sim. mer la première fois , j’avois auffi réfoîu cc même Problème dans toute Ion étendue, m’ayant efté propofë par feu Monfieur de Fer- mât Confeiller au Parlement de Thouloufè, dont la Mémoire eft encore en vénération parmi les (avants , & parmi les gents de bien: mais alors je ne devinay point le principe des quarrés impairs d’ Agrippa , ny la raifon de la Méthode de Bachet. Enfin je doy rendre ce témoignage à Mon- fieur Sauveur Profellcurdes Mathématiques a Paris , qu’il a trouvé une démonflration des quarrés impairs Indiens , que Monfieur de Maiezieu luy a communiquez: & qu’ila trouve auffi une Méthode pour ranger les quarrés pairs. Je luy laifiè le loin d’en faire un jour parc au Public , & de plufieurs autres chofes de fon invention , parce que ce Chapitre eft déjà trop long. Du foin des Mœurs chez, les Chinois* CT de i ancienneté de leur Hijloire. A Chine eft heureufement fitiiée pour n’avoir point à craindre de guerre étran- gère. Elle n’a d’autres Voifins que laTartarie au Nord, & le Tonquin au Couchant dhy- ver. Par tout ailleurs elle eft bornée ou par l'Océan* ) Du Royaume de S tant. 28 p ^Occan , ou par un defert de plufieurs jour- nées de chemin , ou par des Forêts , & des Montagnes prefque impratiquables. Le Ton- *ïuin eft un fort petit Etat, fi on le compare à la Chine : & il eft fitüé fous ces Climats chauds , d où il n’eft jamais lorti de Conquérant. Le Tartare eftde tout temps accoutumé à ne faire que des courlês fur fes ennemis, &non des guerres en forme. Une muraille fur les frontiè- res de la Chine , qui ferme les partages , que les Montagnes laiflènt ouverts, a fùffi durant une longue fuite defiecles, pour arrêter toutes les eiitreprifès des Tartares. Il ne faut donc pas s’étonner fi les Chinois '°nt peu belliqueux, & fi les Tartares quoy que plus foi blés , & d’ailleurs peu propres a faire des conquêtes , les ont pourtant Yubju- t,uez deux fois dans 1 clpace de trois à quatre nulle ans. Mais autant que les Chinois ont ignoré la guerre, autant ont -ils eflc habiles dans la fcience du gouvernement. Leur bon efprit na- turel la leur a fait cultiver avec tant de foin dans le repos dont leur Païs a prefque toujours JPui , qu après les Loix que Dieu donna à Moï- e> il n’y en a peut -être point qui faflênt un Corps de Politique plus complet, nydont les Parties concourent mieux à même fin , que Çs Loix Chinoifes. Auffi ce Peuple eft -il le P us nombreux qui ait jamais efté au monde, xcepié peut-être le Peuple de Dieu : ce qui , N à mon 190 Du Royaume de Siam. à mon fèns , eft la meilleure marque d'un/fieu- reux gouvernement. J^a^aflez^dit^ns ma Relation , comment les Chinois ont accommodé leur Religion à leur Politique, enfaifànt del’Efprit du Ciel & des autres Elprits une Republique invilible pa- reille à la leur , dontils fuppofeht que les mem- bres ont une correlpon dance fecrete avec les membres de la leur , &: qu’ils puniftent les fautes cachées de leurs Rois, de leurs Magî- ftrats , & de chacun de leurs Citoyens en par- ticulier. J ’ay marqué auffi comment ils ont pourvu à la durée de leurs Loix par la crainte de leurs parents morts , qu'ils fuppofent devoir s'irri- ter en l'autre vie , des fautes que leurs enfants commettent en celle-cy , & principalement du grand manque de refpeétque cefèroit aux Chinoisenvers leurs ancêtres, de changer les Loix quils leur ont laiflées. Ce n eft donc pas une vaine ceremonie que cedeiiil de trois ans accompagné dune extrême aufterité , & fepare de toute fon&ion publique , que les Loix Chi- noifes ordonnent aux enfants à la mort de leur Pere &deleurMere, &dont elles nedilpen- fentpas même leurs Rois. Elles nepouvoienr trop imprimer dans les Efprits ce refpeél , qui a toûjours efté leur plus grand appuy. Mais ce que j admire le plus dans les Loix de la Chine, c’eft le foin qu'elles ont de for- mer les mœurs , puis qu'il n y a que les bonnes mœurs. Du Royaume de Siam. 2 p 1 ïnœurs, qui paillent maintenir les Loix , corn- ue il n’y a que les bonnes Loix qui puiflènt faire les bonnes mœurs. Platon , ce me lèm- tle , a connu toute l’importance de cette ma- rine , & fi ma mémoire ne me trompe , il veut en quelques endroits de Tes Loix , qu’elles fè mêlent de l’interieur du domefiique de lès Citoyens: & parce qu’il craignoitque cela ne parût trop nouveau à des Peuples auüi libres que les Grecs l’eftoient de fon temps , il cher- che quelque excule au peu qu’il en dir. Les Chinois au contraire nont point hefitc adonner des Loix à prelque toutes les avions des hommes. Un de leurs plus anciens livres réglé non feulement lesRites, qui concernent la Religion &les Sacrifices, mais tous les de- voirs des enfants envers leur Pere , & du Pere envers lès enfants , du mary envers la femme, de la femme envers le mary , des freres 8c des amis entre eipc. /du Roy envers fesfujets, &des fujets envers leur Roy, des Magiftrats envers le Peuple, & du Peuple envers les Ma- Riftrats. Dans ce Livre qui a autorité de Loy, les Vieillards font regardés comme les Pères de tout le monde & du Roy même , les Orphe- J ls y font regardez comme fes Enfans , & tous pS Citoyens comme freres entre eux. Le •Martini dit, qu’il n’y a prefque point d’a «on humaine, quelque petite quelle foit, à/,,3Sl- aqueilc ce Livre ne donne des Loix , jufques ulec de l’ennuy par un trop petit détail. Te N z ie zyz Vu Royaume de Sidm. ne cloute pas que tous lesEuropeans nen ju- geafient comme luy , fi ce Livre venoit à nô- tre connoifiànce , mais ceft: toûjonrs un té- moignage bien ancien , du foin extreme que les Chinoisont pris de tout temps des bonnes mœurs. Et parce qu'ils (àvoient la force qua l'exem- ple des Rois fur les Peuples, leur, plus grande étude a efté toujours dînfpirer la Vertu àieurs Rois. Le Peuple , difent-ils , eft comme les épies dont une campagne eft couverte , les mœurs du Prince font comme lèvent, qui les incline, où il veur. Leur Politique lia donc point de mœurs particulières pour leurs Rois , 4 Royaume de Siam. Je ne finirois point fi je voulois rapporter tous les exemples de l’extreme relpeétqueles Rois Chinois ont pour leur Pere, & pour leur Mere , j a}oûteray feulement quils ne chan- gent point leursOfficiers j comme ils n’inno- vent rien en leurs Loix. Ils font élevés auffi à n’avoir pas moins de rcfpeét pour leurs Gouverneurs, que les Parti- culiers en ont pour leurs Précepteurs. Ils appel- lent Colao leur Gouverneur , quils font pour l’ordinaire leur premier Miniftrc, comme le Grand Seigneur appelle jfon Grand Vizir lalk , c eft- à-dire Gouverneur. Ce refpeél eft fi en- tier chez eux, qu’ils châtient, comme je l’ay dit en quelque endroit dema Rdatipn jJe Gou- verneuiTdu Prince heritier prefomptif de la Couronne, des fautes que fait ce Prince, 8c qu’il s’eft trouvé des Princes, qui eftant deve- nus Rois ont vengé leurs Gouverneurs. Outre le Colao, qui eft le principal Con- fèil du Roy , il a d’autres Officiers, dont la feule fonéüon eft de le reprendre publiquement de fes fautes. Yvus le premier Roy de la race Hiâa , qui félon leur Hiftoire commença de regner 2207 ans avant Jesus-Christ donna pleine liberté à tous lesgents de bien de luy donner des confeils: & néanmoins par- ce qu’il fe trouva une fois repris avec trop d’aigreur en prefence de fes principaux C011- feillers , il en fut fi fâché , qu’il avoit rèfoltf de faire mourir celuy qui luy avoit fait cet afe Du Royaume de Siam. zy j affront : mais fa femme Pappaifa. S eftant pa- rée plus qu’à l’ordinaire, elle fe prefènta de- vant luy : & comme il fût encore bleffé de cette parure, qui dans le chagrin où il eftoit, luy fèmbla hors de propos , elle luy dit, quel- le le venoit féliciter, d avoir dans (a Cour des fêrviteurs allez courageux & allez fideles , pourofer luy dire la Vérité, Cette liberté d’a- vertir le Prince paflà en Loy dans la fuite du temps: il y eut comme j’ay dir, des Offices créez exprès pour l’exercer: (ans néanmoins Pôter à pas un autre Officier de PEtat; & les Chinois ont toûjours efté fî jaloux de cet- te prérogative , que plufieurs font morts pour la foûtenir, & qu’il y a eu, mefme en ce fie- de, des exemples, que lors que le Roy s'eft obftiné à ne pas écouter quelque correction Importante , les Officiers de fa Cour , au nombre quelquefois de deux- mille, font entrés dans fon Palais , pour y depofèr les marques de leurs Offices. De forte qu’il eft impoffi- ble qu’un Roy de la Chine puifle demeurer Roy, s’il eft vicieux à un certain point. Aufli, luy dit -on fins celle , que c’eft fon exemple qui doit rendre les Magiftrats , & le Peuple vertueux , & que s’il fe départ de la Vertu de fes Ancêtres , les Magiftrats & le Peuple venant afè corrompre dans leurs mœurs, oublieront la fidelité qu ils luy doivent , & qui eft leur premier devoir , & leur première vertu. Les exemples en font frequents dans leur Hiftoire : N 4. en *5> 6 Du Royaume de Siam. en quoy ils n’ont pas mieux pourvu à la fureté de leur Maître, que tous les autres Etats De- fpotiques. Selon eux il y a 4000 ans que leur Royaume dure dans ces maximes , qui le ren- dent l’admiration de tons les voifins. Saint François Xavier rspporte.dansfesLettres, que Japponois luy objeétoient inceflamment que la Religion Chrétienne ne pouvoir être véritable, puis qu’elle étoit ignorée desChir* nois. Je fây pourtant que les Chinois ont des vices, mais ils pèchent peut- être moins contre leur Morale, que nous. ne péchons contre la nôtre. Combien nos mœurs n’ont- elles pas dé- généré de celles de nos ancêtres ? & les Chinois incomparablement plus anciens que nous, efti- ment encore que c’eft une honte de violer leurs mœurs en public , &. de manquer aux égards qu’ils fe doivent les uns aux autres, ou par quelque defobeïllànce envers leurs parents, ou par quelque querelle avec leurs égaux. Ils font infidèles, dit-on, dans le commerce: mais peut-être ne le font -ils qu’avec les étrangers, comme les Hebreux ne prêtoient à ufure qu’aux étrangers : & d’ailleurs, les Chinois qut ont commerce avec les étrangers , font ceux des frontières, donc ce même commerce étran- ger a gâté les mœurs. Le plus grand vice des Chinois fans doute eft une extreme hypocrifîe : mais outre qu’il y en a par tout, parce que c’eft un vice qui ic dérobe à la correéUon desLoix, ceft peut- être. Du Royaume de Siam. 297 être un moindre mal > qu'une corruption pu- blique. Que s’il en faut croire l’Hiftoire Chinoi- fe , c’eft la vertu toute feule qui a formé ce grand Empire : l’Amour de leurs Loix , qui furent d’abord établies en un coin de ce Païs- là, attira peu à peu au même joug toutes les Provinces voifines , fins qu’il paroifte que les Chinois ayent fournis ces Provinces par aucu- ne guerre. Il eft vrayque tous ces petits Etats, qui cftoient au commencement autant de fiefs héréditaires donnés pour l’ordinaire aux Princes du làng Royal , ont efhé réunis à la Couronne par des guerres Civiles , lors que la race Royale a changé, &que des Ufurpa- tcurs ont chafié du Thrône les Rois légitimés : mais il paroît que la première fujetiondetous ces petits Etats à la Couronne de la Chine a efté volontaire. Ils dilènt que 44 Royau- mes amoureux de la vertu de Venvam, Ce fou- rnirent à fes Loix. Il régna lùr les deux tiers de la Chine , lors quelle eftoit encore divifée.. Quoy qu’il en foit , les Chinois ont efté de tout temps ennemis de toute guerre , comme de la principale caule de la corruption des • mœurs, & ils ont préféré les mœurs à toute la gloire des conquêtes , & à tous les avantages duxommerce avec les étrangers. Le Roy Siven , neuvième de la race Hana, 6° ans avant la Naiflince de Jésus -Christ, craignant les fuites de quelque mouvement N -j; des. !<)% B h Royaume de Sim. des Tartares, qui quelque temps auparavant avoient efté confinés dans leurs Montagnes par Hiâovu , & qui eftoient revenus s’emparer du plat Païs , voulut les prévenir , & leur faire la guerre, avant qu ils femiflènt cneftatdela porter dans la Chine. En un autre Pays cette prudence eût pû être approuvée , mais elle ne le fut pas à laChine., où le foin des bon- nes mœurs eft la première affaire de l’Etat. L’Hiftoire donc rapporte que fon premier Mi- niftre lediflliada de cette entreprit par ce dit cours. Quoy Seigneur , vous fongez à envahir les Pays étrangers, quand il y a défi grandes chofes à reformer dans le vôtre. Prodige jufc qu a cette heure inoiii parmi nous ! en cette année un fils a tué fonpere, feptfreres cadets ont tué 2 5 freres leurs ainés. Voilà des traits d’tfne audace intolérable, & qui prefagent une rrcs-dangereufe corruption dans nos mœurs. C eft de quoy nous devons nous allarmer , c eft à quoy il faut appliquer un prompt remede: car tandis que ces crimes ne feront pas foufrerts à la Chine , la Chine n’aura rien à. craindre desTartares: mais s'ils eftoient une fois fouf- ferts , je crains qu’ils s’etendroient non feule- ment dans toutes les terres de l’Empire , mais mêmes dans le Palais Impérial. Sous fuen^ dixiéme Roy de la même race, les Provinces de Quangtong , & de Quan- gfi > & Rifle de Hainan s’eftant révoltées , il afiembla autant de forces qu’il luy futpoffible> ï)u Royaume de Siam. xyp pour les ranger h leur devoir: mai sKiaJît> qu’il nomma pour leur General le détourna de cecre guerre par ces paroles. Autrefois le Royaume . de la Chine dioit borné au Levant par l’O- céan , au Couchant par le défert fablonneux, &t au Midy par le Fleuve Kiang : mais peu à peu il cftendit fes limites moins par les armes, que par la vertu. Nos Rois recevoient humaine- ment fous leur empire, ceux qui syfoûmet- toient deux-mêmes par l’amour de nôtre jufti- ce & de nôtre douceur, &plufieurs Provinces Voifines s y fournirent: aucune n'y fût contrain- te par la force. C’eft mon avis que vous vous abfteniez de cette guerre, & qu'imitant les bons Rois qui ont vécu avant vous, vous lesfaffiez revivre dans vos maximes. Ceft aux appas de la vertu , & non à l’horreur des armes, à rappe- ler à leur devoir les Peuples rebelles. La Chine pourtant a eu quelques Rois Con- quérants, mais deux ou trois tout au plus , fi je ne me trompe: encore difent-ils, qu^Hiàovu, qui fût l’un de ceux - là fè repentit des guerres qu’il avoir faites, &nefe fouciapasde confer- ver fes Conquêtes. Çu-Cum Pun des Dilcipletf de Confucius luy demanda un jour quelles chofes étoient ne- cefliires à un bon gouvernement. Abondan- ce de vivres, luy répondit-il , aflêz defoldats, de munitions de guerre, de la vertu dans le Roy & dans lesfujets. J’entends ce que vous toc dittesj reprit le Difcipk, mais s’il falloir / N 6 man- joa Du Royaume de Sium. manquer de l’une de ce s trois chofès , laquelle, abandonneriez- vous la première? Lesfoldats, repartir le Philofophe. Mais s'il falloit encore manquer de vivres ou devenu, lequel de ces. deux partis choifiriez- vous? Jechoifirois, dit- il, de manquer de. vivres. Il ne pouvoir mieux, témoigner le mépris de la guerre, & l'amour des bonnes mœurs. Platon ne vouloir qu'un petit nom bre de Citoyens dans fa République > parce qu’il craignoit la corruption dans la trop, grande multitude , & qu’il ne fe fbucioit pas. tant que (a Republique durât, comme qu'elle fût heureufe , & par confequcnt vertueufe, tan-» dis qu elle dureroit. Enfin les Chinois n’ont jamais négligé Pin- ftruélion du Peuple. Outre qu'il eft aifé de lavoir desLoix qui font publiques, &qui ne changent jamais, ils publient tous les quinze jours, par cry &par affiche un peut nombre de Préceptes, qui font le fondement de leur Morale,comme les Commandements de Dieu le font de la nôtre. Ils n’ont pas auffi négligé les châtiments, puis que les Magiftrats répondent des fautes de leur famille, les parents de celles de leurs enfants, les fuperieurs de celles de leurs infé- rieurs , & qu'ils ont tous droit de punir les fuites de ceux , dont ils répondent : mais j ay déjà touché ces chofes, & quelques autres dans ma Relation. C cft ce que j'avois à dire du foin que les Chinois Du Royaume de Siam. J©* Chinois ont eu de conferver leurs mœurs,donc la durée e£l fans doute la plus grande merveil- le qu’on ait vû parmi les hommes. On peut Soupçonner que leur Hiftoire eft flattée en quelque chofe. Ils ont pu mentir, fans crain- dre d’eftre contredits par leurs voifins : & il 7 a de l'apparence qu’ils n’ont pas toûjours dit la vérité , p.uilque leur Hiftoire eft Pou- vrage de leur Politique. L’Office d’Hiftorien éîï cïïéz eux un Office public. L’Hiftoire d’un Roy s’écrit après là mort par l’ordre de Ton fuc- celîeur , qui quelquefois a efté fon ennemi , «Scaucune Hiftoire. ne fe publie, qüe la race des Rois dont elle parle , ne foit éteinte , ou au moins chaflée duThrône. Il n’eft permis à aucun Hiftorien de révoquer en doute les HL lloires déjà écrites , ny à aucun particulier d écrire 1 Hiftoire : chacun feulement peut faire des abrégez des Hiftoires déjà publiées. Il n’y a donc qu’une feule Hiftoire generale, & point de Mémoires particuliers. Cepen- dant il n’v a nulle apparence , qu’ils ayent cor-r rompu à deflein le gros des événements ; & les Hiftoriens Romains n’ont peut - eftre pas efté plus fidèles dans tout ce qu’ils ont écrit à l’honneur de leur Patrie , & à la honte de leurs ennemis. Mais une railon particulière jette un grand doute for l’Hiftoire Chinoife depuis le comr mencement de leur Monarchie jufqu’à envi- ron zooans avant Jésus-Christ, parce que N 7 Xia jo r 7) h Royaume de Siani. Xin le premier Roy de la raceCina, qui re- gnoic^enWron 200 ans avant Jésus- Christ, fît brûler autant qu’il luy fût poflîble, tous les livres de la Chine , qui ne traittoicnt pas de Medecine ou de Divination. Leur Hiftoire marque qu'il exerça de grandes cruautez , contre ceux qui cachoient des livres, & qu’ainfi il en échappa peu à fa fureur , & qu il n'éa échappa prefque point dentiers : événement fort Singulier parmi ceux , qui détrutfent de temps en temps la Mémoire des choies pal- fées. Cela fuffit donc à mon avis pour douter fi l’on veut, que ce grand Empire le foit formé finis aucune guerre." Malgré cette perte de leurs livres, les Chi- nois ne laillènt pas de donner une Hiftoire complette non feulement depuis le commen- cement de leur Monarchie , mais depuis l'ori- gine du Genre humain, qu’ils font remonter à plufieurs milliers d'années au delà de la vé- rité. Ils reconnoiflènt pourtant eux - mêmes que leur Hiftoire a lair dune Fable , en tout ce qui précédé le commencement de leur Mo- narchie , mais il a efté difficile jufqua cette heure de leur perfuader qu’ils n ayent pas en une longue fuite de Rois avant Jésus-Christ* qui remonte au delà du temps , où nôtre Chro- nologie ordinaire met le Déluge: deforte que plufieurs d’entre les Millionnaires ont cru qu’il falloir avoir recours à la Chronologie des Septante, félon laquelle le Déluge eft plus an- cien Du Royaume de Siam. cien de plufîeurs Siècles , que félon la Chro- nologie commune. Ce qui rendoit V Hiftoire Chinoife plus vray-femblable , c’eft qu’elle Marque fous chaque Roy les Ecliples, & les autres Phénomènes céleftes de fon Régné : niais Monfieur Caffini ayant examiné le temps d'une conjon&ion des Planètes, qu'ils mettent fous leur cinquième Roy, il l’a trouvée plus récente de y oo ans que leur Hiftoire ne la fait: & il prouve ce même méconte de joo ans par une autre remarque Aftronomiquc rapportée au régné de leur feptiéme Roy. Ainlï la Mo- narchie Chinoilé paroît moins ancienne de 5 oo ans que les Chinois n ont crû , & on peut préfumer que dans cette fuite de Rois quils nous donnent, ils en ont mis qui ont régné en même temps eu diverfes Provinces de la Chine , lors qu’elle eftoit divifée en plusieurs petits Etats feodataires d’un même Maître. Monfr. Caffini m’ayant donné les Reflexions force fujet, j'ay crû devoir lesajoûter icy , & enrichir encore une fois mon Ouvrage dfon Chapitre de fa façon. Et parce qu'il m'a com- muniqué line nouvelle penlèe qu’il a eue for la .foliation de la Taprobane des anciens , je ï’ay prié de me la donner : tout ce qui regarde fos Indes ne pouvant eftre hors de propos dans ce livre , & tout ce qui vient de Monfieur Caffini eftant toujours bien reçu de tout le Monde, Re^ j.04- B# Royaume de Siaœ< Réflexions fur la Chronologie Chinoife par Monfieur C A S S I N I. L Syfiéme des Chinois. Lunaires, les autres Embolifmiques de 15. Le premier jour du mois eft ordinairement le premier jour apres la. conjonction de la- Lune avec le Soleil, de forte que lesEclipfes. du Soleil arrivent ordinairement le dernier jour du mois, comme Ion peut voir dans- la Chronologie Chinoife du P. Coupler. Si les commencements des mois s’éloignent de cét Epoque des conjonctions, il eft aifé de. les y remettre après lob&rvation d’unEclipfe. du Soleil. L’ordre des années communes & Embo- lilmiques eft réglé par le cycle de 60 années,, dans lequel 22 font Embolifmiques , Scies* autres communes. Suivant le P. Martini dans (on Hiftoirc Chi- noife, les années commencent à la conjon- ction de la Lune avec le Soleil la plus proche, du quinziéme degré d’Aquarius : c’eft-à-dire du point du Zodiaque qui eft à égales diftan- ces des points du Solftice d’hy ver , Se de rEqui* L Es années des Chinois fontLunifolaires? dont les unes font communes de 1 2 mois- Du Royaume de Siam. 305 £ear a efté obfèrvé depuis le vingt-cinquième fiécle avant la Naillànce de J e s u s-C hrist julquaufiécle prefent: quoy que ce commenr cernent ait varié fiiivant la volonté de divers Empereurs , & qu’on ait efté obligé quelque- fois de corriger Tannée , des erreurs qui s y eftoient gliflëes. Il y peut y avoir plus d^erreur dans PEpo- qne des années , que dans TEpoque des mois» parce que les points du Zodiaque qui détermi- nent les premiers mois des années , ne font> pas vifibles immédiatement , comme les Ecli- pfes du Soleil, qui déterminent les commen- cements des mois* 11 eft confiant , comme le P. Martini re-* marque , qu après une période de 60 années Lunifolaires les Tcon jonctions de la Lune avec le Soleil 11e retournent pas au meme point du Zodiaque , mais quelles anticipent de trois degrez, que le Soleil ne parcourt qu’en trois jours , qui en dix Périodes de 60 années mon- tent à 3 o jours. Ainfi pour empêcher le com- mencement des années de s’éloigner de plus d'un ligne du quinziéme degré d^Aquarius , il leroit nccefïàire que les Chinois ajoûtaflent, a chaque Période de 600 ans un mois extraor- dinaire par defiiis les 12. mois, quon ajoûte a chaque Période de 60 années. Neanmoins 1e P. Martini dit qu'ils n'ont pas befoin fd’au- cune intercalation : ce que je croy quil faut Rendre désintercalations de ces trois, jours à, Part? jo 6 Dm Royaume de Siam. part, mais non pas des intercalations extraor^ dinaircsdes mois, quand cette différence de trois jours eft montée au mois entier* IL Doutes fur h Chronologie Chinoife. Mais on ne fçait pas fi cela fe pratique ré- gulièrement, ou fi les Chinois ajoutent quel- que mois extraordinaire à leurs années lans regfe> quand ils s’aperçoivent que le commen- cement de l’année s’eft trop éloigné du mi- lieu d’Aquarius , & fi les intercalations des mois tant ordinaires qffextraordinaires , fe font à propos. Nous avons fujet d’en douter, de ce que îe P. Couplet , qui a efté long-temps à la Chine , dans fonTraitté de la Chronologie Chinoife ditquelesChinois commencent leurs années à la conjonéfcion de la Lune avec le Soleil la plus prochaine du cinquième degré d’Aqna- rius, ce qui doiteftre ainfi prefentement : de- forte que depuis le P. Martini jufqua prefent TEpoque des années Chinoifes auroit reculé de lodegrez. Si Tobfervation rapportée par le P. Martini au feptiéme livre de lonHiftoireeftoit vérita- ble , le commencement de Tannée Chinoife fè feroit éloigné de pluficuts lignes du quin- ziéme degré d'Aquarius, depuis le temps que ce degré a efté alfigné pour limite moyen des années Du Royaume de Sium, 307 années Chinoifes : car il dit que fùivant les Hiftoriens Chinois, dont la foy luy eft pour- tant lufpeéte , Tan Z04 avant l’Epoque de Jesus-Christ, dans le commencement de l’année , cinq Planètes Te trouvèrent, dans la conftellation de Cing , qui prefentement s’étend depuis le commencement du Cancer jufqu’au commencement du Lion , & alors par confequent s'étendoit depuis les 4 ou 5 des Jumeaux jufquaux mêmes degrez du Cancer. On peut voir lans autre calcul que cette obfer- vation ne s accorde pas au fifteme des années Chinoifes: car puifque Mercure ne s'éloigne pas du Soleil de plus de zS degrez, ny Venus de plus de 48 \ il eft confiant que Venus ne. pouvoit eftre dans la conftellation Cing avant que le Soleil eût palïéla moitié du ligne d’A- ries qui eft éloigné de deux lignes entiers du niilieu d’Aquarius; ôc que Mercure ne pou- Voic fe trouver dans cette conftellation à moins que le Soleil neut pafïë le commencement du Taureau , & parce qu'il eftoit necelïàire qu’au moins un de ces deux Planètes fe trou- ât dans cette conftellation pour accomplir le Nombre de cinq , ou tous les deux , (î la Lune ne s y trouvoit pas, (car le Soleil dans cette hypothefe ne pouvoit pas s’y trouver) il eft gonflant que le Soleil ne pouvoit eftre moins éloigné du milieu d'Aquarius que de deux “Çucs entiers dans le commencement de Pan- 23ce * auquel on mafque cette conjonction.. joS Du Royaume de SUm. L’Hiftoire Chinoîfe marque auiïi qu*en divers temps il s’eft trouvé des égarements dans les années Chinoifcs qui ont obligé divers Empe- reurs de les remettre à la première Epoque* Ges égarements peuvent cftre arrivez pour avoir intercalé des mois trop fouvént , ou pour- avoir négligé les intercalations des mois > quand il falloir les faire, & comme nous n’a- vons pas l’Hiftoire de ces intercalations, on ne foauroit fe tirer des embarras qu’il y a pour cette caufe dans la Chronologie Chinoifé* • On fç ait quel a efté celuy des Chinois en co même fiécle : car nonobftant l’ancienneté de leurs magnifiques Qbfcrvatoires fournis de toutes fortes d’inftruments , 3c les amples Colleges 3c les Magiftratures d’Aftronomie cette Nation tres-jaloufede fa. propre gloire* & ennemie des étrangers a efté obligée de mettre à la tête de (es Aftronomes pour la correétion de leur Calendrier lesPPJefuites* qui y font allez pour y porter une Religion contraire à la leur, & de combler d’honneurs les PP. Ricci, Schall, Verbicft , & Grim&ldi y qui du temps même de (on abfènce en Italie a efté éleu par rEmpereur de la Chine pour Pre- fident du Magiftrat de PÂftronomie. D’oi l’on peut juger que les Chinois n’avoient pas dcMcthode fi certaine de rcgler leurs années* quils nayent reconnu, qu’ils ne font pas ca- pables de les regler tous feuls fans de grandes erreurs. III. Ob - JjH Royaume de Siam . 5 cep II L Ob fer vallon ancienne du concours des Planètes dans la conftel - laiton Xe. Le P. Martini attribue au cinquième Empe- reur de la Chine qu’il dit avoir régné depuis lan 2515 jufqu’à Pan 2455 avant J e sus- C h r 1 s t , la réglé de commencer l’année par la nouvelle Lune la plus proche du 1 j d5 Aqua- rium. Il dit quefiiivant TAuteur de Hdiftoire Chi- noife cet Empereur vit cinq Planètes jointes enfèmble au jour même de la conjonction du Soleil & de la Lune dans la conffcellation Xe> qui prefèntement commence vers le dix-hui- tième degré du ligne des Poiffons , & s’étend jufqu’au quatrième degré d'Ariés , & quil prie ce jour-là pour le commencement de l'année. Il ne dit pas en quelle année de fon régné fut la conjonction des Planètes : Mais comme cette conjonction elt tres-rare > nous pouvons chercher li elle a pu arriver entre l'année 25 15 & 245 ^ avant Jésus-Christ dans cette conftellation Xe. Cette recherche clt importante, dautant que cette Epoque feroit plus ancienne que le Dé- luge de pluheurs liécles fuivant le calcul de ceux qui le mettent environ 2200 années entre Dé- luge & la Naiflànce de J e s v s-C h r i s t. IV. Des 3 1 o Du Royaume de S'tam» IV . Des conflellations chmoifes. Pour l'intelligence de ce charaétere celefte, nous avons examiné les conflellations C hi- fi oifès, dont ie P. Martini dans fonHiftoire, & dans fon Atlas Chinois donne le Catalogue calçulé pour Tannée 1628 à la maniéré d'Eu- rope , & nous les avons comparées avec nos conflellations calculées pour la même année. Nous avons trouvé par cette comparaifon que chaque conftellation Chinoife commen- ce ordinairement par quelque étoile fixe con- fiderable^, qui en Tannée 1628 fè trouve dans le Catalogue de Tycho , prelque toujours dans la même minute , que le commencement de la conftellation correipondantc dans les deux Catalogues du P.Martini, à la referve de 3 ou 4> dans lelquelles il paroît quil y a erreur de nom- bres dans les deux Catalogues, où la diftance prile du point de Téquinoxe ne s'accorde pas avec les degrez & les minutes du ligne du Zo- diaque, auquel ces conflellations font rap- portées , comme elle s y accorde dans les au- tres conflellations. C'eft pourquoy nous les mettons icy en deux maniérés, fuivant les nombres du P. Mar- tini & fuivant nôtre correction. Du Royaume de Siatn. 5 n Ço?ifieUatio?jes Sinenfes ex P. Martini hifloria , 0- e* ejM Atlante Sinico adannum itf2S. Nomen. Longitudo. Gradus. Signa. Kio n 193 3P IS 39 -ru Kang î 2ûP 14 29 14 =Û= Ti b 2IP 84 9 84 m. Fang 0 237 48 27 48 ÎÎL Sing 3) 242 34 2 34 +* Vi S 250 7 20 7 +9 corrige 2(50 7 Ki £ 2(55 43 43 '+9 Teu 21 275 3 5 3 Mo Nieu $ 298 84 2$ 84 Mo Ni u D god 38 <5 38 HV Hiu O 31s 14 18 14 tW Guei 3 328 !3 28 13 ♦4W Xe c? 34 l?o 3^ 0 31 m; Ye c? I <3 S 3* 18 16 m; Chin ÿ I8S 3<* 5 =û= 3 rz Du Royaume de Siam. Fixa ad initia Conftellatmium Sinenfium ex cfîiï* paratione tabula pracede?itis cum Tycbo - nie a deduttœ. Longitudines Tychonicæadannum 161S* Nomina. Fixa:. Grad. Kio. Spica Virginis. =£= 39 Kang. Auftrina in fimbria Virginis. =£= 29 l4 ïi. Lucidalancisauftralis. ÎR 9 54 Fang. Auftr. trium in fronce Scorp. îîf 2.7 49 Sing. Præced.lucent.in corp.Scorp. 44 2,34 Vi. Dexcer humérus Ophiuci. 44 10 $ Ki. CufpisSagiccarii. 44 2 ) 43 Teu. Antècedens in jaculo Sagitt. "jo ç J Nieu. Auftr. in cornu præcedXapr. vjo2S54 Niu. Anrecedensin manu Aquarii. îXZ 6 1$ Hiu. In humeio fi niftro Aquarii. 1 S 14 Guei. Dexrer humérus Aquarii. îw 2$ i2 Xe. Prima alæ Pegafi. X iS 20 Pi. Extrema alæ Pegafi. V 4 I Quei. Infiniftro brachio Andumed. ^ 15 3Z Leu. Sequens in cornu auftr. Arier. V 2$ 4^ Guey. -In femore Arietis. # 11 4^ Mao. Occid. trium lucid.imPleiad. V 2 3 '37 Pie. OculusTauri Barcus. XT 3 Sang. RecedensBakheiorientis. n 17 *4 Cu. In exrremo cornu auftr.Tauri. n 19 3$ Cing. Pesfequens præced. Gemin. Ç3 0 7 Qii’ei. Boreapræc.inquad.lar.Canc. Q. °33 Lieu. Septentrion, in roftro Cane. Çi 5 3° Sing. CorHidræ. Q 22 ^ Chang. In medio corpore Virginis. itp 0 W Ye. In bafi Crateris. Itp -lS $6 Chin. Terria in ala auftrina Virg. =2= 4 57 Bu Royaume de Siant. 3 13 Cet accord des nombres de ces Tables Chi- noilès avec celles de Tycho , à peu prés dans la même minute, nous donne lieu de juger que ces Tables ont efté calculées par les Pe- resjefuitcs , qui depuis un fiécle font allez à la Chine, &non par les Chinois. Car quelle ap- parence y a- t-il, que fans être tirées des Tables de Tycho elles y fûflènt fi conformes ? Nos Aftronomes de ce fiécle ont de la peine à s’ac- corder dans la meme minute dans le lieu des étoiles fixes : & l’on fait qu’entre le Catalo- gue de Tycho &celuy duLangrave de Helle faits en même temps par d’excellents Aftrono- mes, il y a une différence de plufieurs minutes. C’eft pourquoy il n’eft pas vray-femblable que les obfervations des Chinois s’accordent pres- que toujours avec les obfervations de Tycho dans la même minute. V. Méthode de terminer les conjlella- tions Chinoises a chaque temps. Le P. Martini remarque , que les Chinois déterminent les longitudes dans le Ciel par les Pôles du monde : c’eft-à-dirc par de grands cer- cles tirez par les Pôles perpendiculaires à l’£- quinoxial, où nous marquons les afeenfions droites des étoiles. C’eft pourquoy les étoiles qui font entre deux cercles qui paflènt par les pôles & par les deux étoiles fixes qui termi- nent une conftellation fè rapportent à cette conftellation meme. Torn. //. O Mais 3 H DÀ Royaume de SUm. Mais ilparoît par lacomparaifon des deux: Tables precedentes, queies longitudes ne font: pas marquées dans la Table du P. Martini dif- féremment de ce qu’elles font marquées dans laTablcdeTycho , qui réduit les étoiles à l'é- cliptique, & non pas à lequinoxial. Elles nÿ font donc pas marquées à la Chinoife; mais pour les réduire à la maniéré Chinoife , il eft nc- ceffaire de rapporter les étoiles qui font au com- mencement de chaque conftellation à l'équi- noxial, & de trouver leurs afeenfions droites, & les points du Zodiaque qui auront les mê- mes afeenfions droites, feront au commence- ment de ces conftellations. Quand une étoile tombe dans le colure des folftices , comme le pie desjumeaux dans cet- te Table d’où commence la conftellation Cingy il n y a point de différence entre fa longitude à nôtre maniéré, &fon alcenfion droite, qui eft la longitude à la Chinoife; mais àmefure que les étoiles s'éloignent du colure des folfti- ccs , la différence de leurs longitudes Sc de leurs afeenfions droites augmente d’autant plus , que les latitudes ou les dcclinaifons des étoiles font grandes. Et parce que les étoiles fixes s’éloi- gnent toujours d’un colure & s’aprochent de l’autre par un mouvement parallèle à i’edipd- que & oblique à l’equinoxialc, cette différence varie continuellement , & autrement en une conftellation qu’en une autre : d’où il arrive que d’un fiécle à l’autre la même conftellation Chi- Du RoyAume de Siam. 3 1 y Chinoife déterminée par deux cftoiles fixes s élargit ou fe rétraiflït,& ne comprend pas tou- jours le mefme nombre d’eftoiles fixes. Ceft pourquoy pour favoir en quelle con- ftcllation Ghinoife tombe une Planete en un certain temps , il faut trouver pour ce temps- là Paflènfion droite de la Planete, & lafcen- fion droite des eftoiles fixes prochaines , qui déterminent le commencement & la fin des conftellations;. ce que nous n’aurions pas feeu fins la reflexion que nous venons de faire , que chaque conftellation commence par une cer- taine eftoile fixe, &fins lavis que le P. Mar- tini- nous donne, que les longitudes Chinoi- ses fe prennent des Pôles du monde, c'eft-à- dire différemment de ce quelles font marquées dans cette Table. Il paroît par cette Table , que la conftella- tion Xe dont eft queftion , commence par la première de l’aile du Pegafe , & finit par la derniere de la mefme aile, puifque Suivant la Seconde colonne de cette mefme Table cette conftellation commence lan 1628 par les iS degrez & 20 minutes des Poiflbns, où nous trouvons en la mefme année la première de 1 aile par la Table deTycho réduite au mefme temps ^quoique la première colonne de la Ta- ble Chinoife donne deux degrez de moins, ce qui fans doute eft une erreur d'impreffion ou de calcul, qui s'eftgliirée dans les deux Ouvra- ges du P. Martini. O z Les 3 1 6 Du Royaume de Siam. Les originaux des Tables deTycho & de Longimontanus donnent auffi la derniere de l’aile en 4 degrez & une minute d’ Ariés,où finit la conftellation Xe , & où commence la con- ftellation fuivante Pi quoique les Tables Ru- tuïrxfZ. dolphines , les Philolaïqucs & celles du P. Ric- cioli montrent la mefme étoile en 4 degrez des. Poifibns , ce qui certainement eft une erreur descopiftcs, qui s’eft gliffée dans les ouvrages de ces Agronomes. Comme ces deux étoiles ont une grande latitude Boréale , la première en ayant 19 degrez & 2 6 minutes, la fécon- de 1 1 degrez & 3 j minutes ; la différence en- tre leur longitude & leur afeenfion droite , que les Chinois prennent pour longitude , eft corn fiderableprefentement, dautantque ces étoi- les (ont proche "du colure des équinoxes , où cette différence eft plus grande qu’ailleurs. Mais elle n’êtoit pas fi confiderable ancienne- ment quand ces étoiles eftoient proche du co- lure des folftices. VI. Détermination dit temps du cor** cours de cincj Planètes dans la conjlellation Xe. Ayant réduit ces étoiles à l’équinoxial au vingt- quatrième & au vingt- cinquième fiécle avant la Naiflànce de Jésus- Christ, nous n’avons point trouvé , qu’entre les cercles des declmailbns qui paffent par ces étoiles, cinq Du Royaume de Siam . 317 Planctes fe (oient: trouvées jointes enfemble, ny en ces fiécles, ny en deux autres avant & après , pendant que le Soleil étoit dans le fi - gne d’Aquarius, ainfi que porte THiftoire Chi- uoifè. Mais nous avons trouvé que Saturne , Ju- piter, Venus, Mercure, &la Lune (e trou- vèrent dans cette conftellation Chinoifè dé- terminée par cette méthode, le Soleil eftant au 20 d’Aquarius , Tannée 2012- avant TEpo- que de J-esus-Christ, le 16 de Février (uivant la forme julienne le 9 de Février fui- vant la forme Grégorienne ,• qui court prefen- tement ,.&que le jour (uivant de Février à G heures du matin à la Chine arriva la conjon- ction de laLune avec le Soleil, qui peut être celle qui fut prile pour époque des années Chinoifes, Alors (uivant le catalogue de Tycho , & fuivant le mouvement qu'il donne aux étoi- les fixes , la première de Taile du Pegafe d où commence la conftellation Xe étoit à 16 de- grez 50 minutes du Capricorne, & le cercle de (a declinaifon coupoit l’écliptique à 24 de- grez du mefine figue. La derniere de Taile du Pegafe étoit à 1 a dc- grez & demy d" Aquariums &fon cercle de de- clinaifon coupoit 1 écliptique, & le raportoic à Tonziéme degré du mefine figne. Le matin du J Février dans' le crcpufcule k la Chine*. 3 1 8 Du Royaume de S km. Commencement de la conflellation Xe Mo 24 Saturne étoic Jupiter ^ 0 z6 Mercure 'Jo 27 Venus XX 4 La Lune xx 8 Fin de la conflellation Xe T T Et en 24 heures ou environ arriva la con- jonction de la Lune au Soleil. La Chronologie Chinoife met cette con- jonction des Planètes entre l’an 25x3 & l’an 245 ; avant la Naiflànce de Je s u s-C hrist. 11 y aura donc une différence de 5 fiécles en- tre le temps marqué par cette Chronologie & le vray temps. Ainfi l’Epoque Chinoife fera plus récente de 5 fiécles que les Hiftoriens Chi- nois ne la fuppofent. VIL obfervation ancienne d' un folJHce d'Hyver faite d la Chine. Cette différence de cinq fiécles dont il pa- roît fuivant ce calcul , que les Chinois font leur Epoque trop ancienne , e(t confirmée par un autre endroit de l’Hiftoire du P. Martini, où. cet Auteur dit que fousjâo feptiéme Empereur des Chinois le folftice d’hyver fut obfervé vers le premier degré delà conflellation Hiu , qui prefentement commence vers le 1 8 d’Aqua- rius , de forte que depuis ce temps le folftice c’eft éloigné déplus de 48degtez de fon pre- mier lieu, il rapporte cette obfervation alan- Du Royaume de Siam. 3 i pt née lodejâo laquelle il dit avoir efté la 2342, avant la Naiflance de J e s u s-C h r i s t. Il paroît par laTabieque cette conftellation Hiu commence par l'étoilequi eft dans l'épau- le gauche d’Aquarius qui lan 1628 eftoit à îSdcgrez 16 minutes d’Aquarius; mais l'an- née 20 de Jào elle eftoit en 29 degrezduSagi- taire & quelques minutes, puis que lefolftice d’hyver, qui eft toûjpurs au commencement, du Capricorne eftoit au premier de la conftel- lation Hiu. Ladiftance entre ces deux lieux; du Zodiaque eft de 49 degrez 1 6 minutes * que les eftoiles fixes fuivant la Table de Tycho font en 3478 années, à raifon de 5 1 fécondés par an : doit ayant ôté 1625 années au plus qui font depuis l'Epoque de Je su s-C h ri s t,. la 20 de Jao fcroitl'année 1852 avant lanaif- fànce de J E s u S-C h r i s t , que le P. Martini foivant l’Hiftoire Chinoifè met en l'année 2 3 47 avant J e s u s-C h r i s t , la faifant plus* ancienne d’environ de 497 années. Ainfi il y a environ 5 fiécles de différence entre cette Epo- que tirée de THiftoire Chinoifè, &la même Epoque tirée du mouvement des étoiles fixes fait dans cet intervalle de temps , comme nous avons trouvé par l'examen de 1 obfervation des. j Planètes dans la conftellation Xe . Selon le P. Mctrtini^au commencement de fon Hïjl.oire de la Chine > il fembleque les Chinois O 4 ne 3 2 o Du Royaume de Siam. ne content que cinq Planètes , Saturne , Jupiter* APars y V mus , g? Mercurey G? ÿjv7/x fuppofint au temps de leur cinquième Empereur le con- cours de ces cinq Planètes en la conftellution Xc , au meme jour qu il y eut conjonction delà Lune avec le Soleil. APais fi cette observation Ch moi fi fidevoit entendre ainfi , cefiroitune bévue toute pure y ££ fans fondement : un tel con- cours ri étant point arrivé au temps marqué par les ChinoiSy ny bien loin de là y deforte quon ner fauroit peut-être ou le prendre. Les Hifioires appuyées d’obfervations Aflro - nomiquesyineritent donc à être examinées avant quon y ajoütefoy . Amfi un conte déclypfes , qui ejl au commencement de Diogene Laèrce , G? quil rapporte après Sotion , ejl condamné de faujfité par APonfieur Cajfini. Sotion contoit 48863 années entre Fulcain , G? Alexandre le Cjrandy G? dans cet intervalley ilmettoit 373 éclypfis folairesy & 8 3 2 lunaires. line faut pas aujfi ajouter une foy trop prom - 4 une Hiftoire y parce qu elle nous donne une fuite de Rois bien arrangée . /Vr/àf «0/# donnent une de cette nature , «uw /avons être pleine de f au/fit és: G? nous avons des gé- néalogies de nos Rois depuis }6\ 5 > jgr