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IIIIIIIIIH
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ANECDOTES
ITALIENNES,
DEPUIS
LA DESTRUCTION
DE L'EMPIRE ROMAIN
ES OCCIDENT, JUSQU'A NOS JOURS.
PARIS,
Chez Vincent, Impr'imeur-Libratr*, rue S. Severin.
M DCC LXIX. ^vcc ApfTobaliont Çf Privilège du Roi*
£i=^y^ (g^s^^ï.
AVERTISSEMENT.
ON fera peut-être furpris qu^icne hif-- taire aujji vajle, & auffi compliquée que celle de l* Italie^ n occupe ici qu'un v<^- iume ; mais on ne peut manquer dUtrt court , quand on ru s'attache qu à recueillir les faits intérejfans & dignes de la pofliriti. Cet ouvrage , malgré fes bornes étroites , comprend ce qu^il y a de plus effentiel 5* de plus important dans VHifloire d'italie^y & doit paraître d'autant plus utile y que cette portion fi confîdérable de l'Europe a juf qu'àpriftnt été négligée par nos hifloriens. Une Hijloire camplette d'Italie eft un ou- vrage qui manque à notre langue & à nô- tre littérature. Perfonne ntjl , fans doute y plus en état de remplir ce vuide , que l'Au- teur exact & judicieux de /'Abrégé chrono- logique de THiftoire d'Italie ; mais le vafte plan qiiil s^ejl tracé ^ n'eji pas encore pris d'être rempli; &y quand il le ferait^ nô- tre ouvrage aurait encore fon utilités La forme de /'Abrégé chronologique y2://^^^j voir que fon auteur n écrit que pour Us érudits. D* ailleurs la difpofîtion typogra- phique de cet ouvrage demande des yeux fort exercés à la leElure^ & fait acheter un peu cher l'ihjlruclion qu'on y trouve* Nous
IV Avirtissimint;
croyons que it grand rtomhre des tcSettfi nous f^jura toufours gré d'avoir trouvé un moyen de l'infiruirt ^J'ans fatiguer ni fan ef/>rh ni fis yeux.
Pour plus grande darti , nous avons di- vifi nos anecdotes en deux parties. La première comprend CItalie, formant unfeuî Etat ; & la ficonde comprend cette mémt Italie , formant un ajfemblage de digirens Etats. Dans ciUc-là nous prifeiuons fHif- toire des Rois & des Empereurs, maîtres de l'Italie ; & dans celle-ci, rfUfioire dtsPapes^ rjlifloire des Rois dt Sicile,celU de Florenctt celle de Militn . aui tnUlus ont un arricU à
ANECDOTES ITALIENNES,
DEPUIS LA DESTRUCTION
de l'Empire Romain en Occi-
tieiUfjufqu*à nos jours.
L*Itàlie , confidérée comme uti feul Etat , fous la domination des Rois Goths , des Rois Lombards ^ des Em- pereurs d'Allemagne.
PREMIERE PARTIE.
IVant la fundatlon de Rome,' l'Italie éioit partagée, comme elle Teft encore aujourd'hui , en plufieurs petits États mAé- pendans les uns des autres, & gouvernés, félon leurs loixparticuliiïres,roit par des fouvcraim. Toit par des magiflrats. An. It. Pente I. A
i Anecdotes
Une troupe de pâtres & de brigands*; conduite par Romuliu , éleva, au iiiiiieu de ces peuples divers , une ville dont la foi- blertc fut d'abord un objet de mépris , mnis c|ui , fe fortitî.-int par degrés, ablbrba bient ut toutes les villes voifines, Scfoumit à les loi\ l'Italie entière avec la plus grande partie de l'univers. LoH'que l'empire Ro- main, devenu trop vafle & trop puiflant , ne put plus être gouverné par iin l'eul maî- tre , riialie eut un empereur particulier, qui prit le titre éiemptrtur d'Occident. En- fin cette Rome , autrefois maitrefTe du
iTALIENNiÇS.
an)^
ODOACRE. ^
J^[476.]«^
L'Empereur Zenon rëgnoit en Orient, Julius Népos en Occident, lorfqu'O- doacre , quittant les pavs connus aujour^^ d^iui fous les noms de PomlranU ^ de Hongrie , ai Autriche , &Cf:. entra dans Tlta* lie par la vallée de Trente , fuivi d'un nom- bre proàigieor d'Hérules , de Turcilinges & d'autres Barbares. . La terreur & l'ef&oî précèdent cet heureux conquérant. Tout fiiit , tout fe diflipe à Ton approche. Les campagnes font défertées ; les villes ouvrent leurs portes. Odoacre s'empare de Milan. Il entre viftorieux dans Paviç , & l'aban- donne au pillage. Ravenne n'oppofe qu'une foible réfiftance. Il marche de-là vers ^ome^ où le peuple & le fénat le reçoi- vent comme leur maître.
Odoacre n'avoit de barbare que le nom. Par une modeftie peu ordinaire dans un conquérant , il refuià le titre de roi , d*Iea^ lie y que fes troupes lui avoient donné , Sc fe contenta de celui Aq patriccj qui lui fut déféré par le fénat de Conilantinople. Il ne voulut paroître aux yeux de (qs nou- veaux fujets, que comme le lieutenant de
Aij
4 Anecdotes
leurs empereurs, n ne fe para jamais àts ornemens de h royauté ; jamais il ne fe vêtit de pourpre ; & ne porta ni (ceptre ni couronne. Son règne» qui fut celm de la juftice& de la bonté, mérîtoit d'être plus long.
Thëodoric, roi des Oftrogodis, avoit rendu de grands fervices à Tempereur Zé* non , qui hiî avoit cédé pour récompenfe quelques terres dépendantes de l'Empire. Mais, peu content de ce partage y il tourna fes vues vers lltalie y & pria Tempereur de lui permettre d!attaauer Odoacre. « Quel s» oue foit le fuccès de mon entreprife» lui >» oit-il , elle ne peut être qu'avantageufe » pour vous. Elle vous délivrera d'un allié >» qui vous eft à charge, & d'un peuple dont » le voiiinage peut vous cauier quelque in- ^ quiétude, n Zenon accepte avec joie la proportion. Théodoric entre en Italie; déÊiit Odoacre , & le force à fe retirer dans Ravenne : après un fiége de trois ans , cette ville eft contrainte de fe rendre à Théodoric^ Le roi des Goths fut traité^ pendant quelques jours , avec tous les égards dûs a ùl dignité; m^ ce n'étoit qu'un artifice poUr le perdre plus f&rement. Ce prince, digne d*un AMilleur fort, Ait mafla« cré bientdt après , avec fonfik Télane, par Tordre de Théodoric.
ItAliehhes: f
THÊODORIC
ADMIRATEUR & peoteâeur de la vertu , Thëodoric - la rëcompenfcnt )uft|aes dans fes ennenû. n Ibllicitoit de- puis long-tenu libérius , gouverneur de Câêne , de hii remettre cette place quU iéfendoït avec un courage invincible , de>
Îuis même la mort d'Odoacre. Ayant en> n perfuadé cet illuftre fénateur de fe reib dre à fes follicitacions, il lui fcut gré de là fidélité pour fon premier maître , fie le nomma préfet du prétoire d'Italie. «Vous M vous rappeliez, dit Théodonc au lénat » dans une aefeslettres,queLibérius s'acquit H notre eftime , lors même qu'il étoit no- »tre ennenû. ... Fidèle à fon devoir, il tt attend avec fermeté t'efiet des décrets n de Dieu , 8t ne voulut reconnoître uil » nouveau maître , qu'après avoir perdu n Tancien. Nous lécompeasâroes avec plai- M fir les fenàces même qu^t avoir rendu* » à' notre ennemi ; & plus il nous avoit été wcontiaire, plus il nous parut digne. die Mnotreanùtie.... Nous nous hâtâmes de »le npminer préfet du prétoire; &(Uin^ Aiij
if Anecdotes
ff nîere dont il s'acquitta de cette chai^i 9^ nous donna lieu d'être furpris de voir n tant d'attachement pour nous dans \ui f» homme qdi nous avoit été fi oppofé. fp Ainfî s^exprimoit un prince barbare.
' Les habitans de b Campanie ayant fait feprëfenter à Théodoric les pertes qu^ils «voient fouffertespar une ërupdon du mont Vëfuvc , & prié ce prince de leur remet- tre le tribut qu'ils avoient accoutumé de payer, il leur accorde volontiers leur de- mande. Pénétrés de reconnoiflance , les HapoUtains érigent à leur bien&iteur , au flùlieu de leur ville , une ftatue faite de fietits cailloux de difiérentes couleurs , 6c fi artiflement joints enfemble , qu'ils repré- ïèntoient Théodoric au naturel. Cette fb- tne merveilleufe fut regardée , dans la ^te, comme un préfage de la deffauc- don de l'empire des Goths en Italie.* Si l'on en croit Procope , la tête de la flatue tomba peu de jours avant h mort de Théodoric. Loifque fon fuccefTeur Adialaric Ait proche de fa fin , le ven- rtre de la ftatue fe brifà de lui-même, ^dque tems après , les parties deftinées à b génération tombèrent ; & Ton apprit la mort d'Amabffonte , fille de Théodoric, âc mère du feu roi. Enfin^ loifque Juftinien
Itàiiinnes. 7
iléclara la guerre suix Goths^ lesmalns &c les pieds de la flatue tombèrent , & paru- rent annoncer la chute de l'empire des Goths,
''^i 497* y^
Théodorîc , quoiqu^Arien , avoit un mi« niftre Catholique qu^d aimoit beaucoup , &c auquel il accordoit toute ûl confiance : ceminiftre crut pouvoir s'aflurer de plus en plus les bonnes grâces de (on maître » en renonçant à (a religion. Il embraflâ rAria- nifme. Théodoric , l'ayant appris , lui fit trancher la tête : « Si cet homme , dit il ^ pp eft infidèle à Dieu , me fera- t-il fidèle à » moi^ qui ne fuis qu'un homme ? >»
^#ÎN»[ 500.]e^
Théodoric fait (a première entrée dans Kofhe,; avec une magnificence égale à celle des anciens triomphes. Tous les or*» dres de l'Etat fortent à fa rencontre. Le roi des Goths fe rend d'abord à b bafilique de S. Pierre ; & après y avoir fait fa prière, il'^ prendre féance au fénat. 11 afTure les fénatoqrs de fa bienveillance , & leur promet He faire obferver exaftement les îoix des empereurs. 11 renouvelle enliiite ces promeiTes dans i'aflemblée du peuple».
Aîv
^ 'Anecdotes
Le premier eage c[u'il en donne , edt» célébration des fàtheux jeux du cirque» dont il içavoit que les- Romains avoient été de tout tems fort avides. Ces fpeâacles ^nt fuivis de libéralités vraiment royales. Théodoric affigne. au peuple vingt-cinq mille mmds de bled par an , & en fait graver îa promeffé.-'Il sefligne auilt deux cens livres d*or, pouf relever lès rtiurs de la ville , & pour réttarrer le palais impérial* Le fénat reconnotlteitf , f^ût élever à ce prince une fiatue dé bèemze doré.
Une veuve étant venue fe plaindre à ce prince, de ce qu'ayant depuis trois ans un procès contre un fénateur, eUe n'avoit pu en- core obtenir de jugement,Théodoric fait fur le champ appeller les juges ^ ^ Si- vous ne yf terminez demain cette affiire , leur dit-il » - n je vous jugerai vous-mêmes, w Le lende- main y la fentence eft rendue , & h veuve vient remercier le prince , un cierge allumé à la main. Théodoric mande auffi-»tôc les )uees : « Pourquoi , leur dit-iJ: avec 'A- » dignation , avez- vous prolongé pendant » trois ans une af&ire qui ne voi»^ a coûté H qu'un jour de difcuffion ? ^ Après ce re- proche 9 U leur fait trancher la tete^
Italiennes; ^
Tolonîc , mînifire & confident de Thëo doric , reçoit de fon fouverain une preuve d'affeétion bien extraordinaire. Ils ëtoient proche d'Aquilée, & traverfoient enfem- ble une rivière , mais dans des bannies dif- férentes , lorfque tout-à-coup il s'élève un vent furieux , qui renverfc la barque de Tolonîc, & engloutit fes rameurs. Théo- doric avoit dép gagné le bord , lorfqu il voit le danger de fon ami. Auffi-tôt , ou- bliant fotj ^ng & là dignité , il (è jette dans J'c^u pour le fecourir ; mais , dans ce ni^ment, le courageux Tolonîc, nageant d'une main & foutenant fon fils de l'au- tre , gagne heureufement le rivage.
Le pape Jean eft envoyé parThéodorîc à G)nfiantinopIe, en qualité d'ambafTadeun C'étoit la première fois qu'on voyoit un pape revêtu de ce titre. Le fujet de fon ambaflade étoit fingulier. Le chef de l'églife Catholique alloit prier l'empereur Juftin de révoquer les édits qu'il avoit portés contre les Ariens. Auflî s acquitta-t-il très- mal d'une commifilon fi peu convenable à fon caradere ^^ & reprit le cheni'ui de
ATHALARIC
CE jeune prince , alors $gê de dixan^ fuccede à Ton père. Amalaibnte la mère , eft chargée de la régence , fous le nom de niru.
Italiennes, ij
Âmalafonte vouloît donner à fon âls une éducation <ligne d'un prince ; elle avok chargé d'excellens maîtres Romains de Hn^ tniire dans le$ fcîences. Théodoric avoit ^ iâns doute , approuvé lui-même ce plan d'éducation ; mais Amalafonte , ayant un jour furpris fon fils dans quelque faute grave , lui donna un foufHet. Athalarç s'to- fuit de ià chambre en pleurant, & alla (^ plaindre à quelques feigneurs Goths de & cour. Ses plaintes furent écoutées ; les grands murmurèrent.' Ils n'étoient pas co.n-« tens aue le prince reçût tine éducation fi difTérente de la leur. Il leur iàlloit un guerrier plutôt qu'un fcavant. Ils accusè- rent la reine d'avoir deuein de fiiire mou- rir fon fils de chagrin , pour s'emparer de l'autorité , & déclarèrent qu'ils ne vouloient plus voir Athalaric entouré de pédans^ qu'il falloit plutôt lui donner pour compa-^ gnie de jeunes feigneurs avec lefquels il fe formât aux exercices militaires. La reine, craignant une révolte , . fut contrainte d'à* bandonner fes projets d'éducation , &: de faire élever fon fik à la manière des Bar* bares.
Anecdotes
T H È O D A T,
AThaiariC meurt après un règne as huit ans. Amaiafonte , pour confer- ver fon autorité, époufe Théodat, neveu deThéodoric, homme dont l'cfprit étoit cultivé parla philorophie & par les plus bel- les connoiflances , mais dont le cœur étoit (aux Se traître. Amabronte n'eut tins lieu
Italiennes. ijr
Quelques jours après, il h fitétfangler daa^ le béûn , par fes iàtellites.
Véranîlde, dame illuftre parmi les Godis^^ avoit perdu {es biens, fous le règne de Théodorîc , parce qu'elle avoit abjuré PA* rianifine. Théodat, à la recommandation de l'empereur Juftinien , relevé , par fes Ube* ralités , la fortune de cette dame , & Êtit en/brte qu'elle n'a point à fè repennr d'a- voir changé de reli^on. Ce prince écrit enfulte àVempereur^pour lui rendre compte de ce qu'il a fait en faveur de V«a- nilcle. On trouve dans fa lettre ces paro- les remarquables : « Puifque Dieu permet >» qu^il y ait plufieurs religions, nous n'ofbns >» forcer nos fujets à ne pratiquer que la w même ; nous nous fouvenons dTavoir lu >♦ qu'en doit Sacrifier au Seigneur volontai- >» renient , & fans être contraints par les or- >p drcs d'un maître : quiconque agit contre >> cette maxime , s'oppofe ouvertement >9 aux ordres du ciel. »
Juftinien, fous prétexte de venger lai mort ^'Amalafonte , déclare la guerre à Théodat ; & Bé^faire remporte for ce
z6 Anecdotes
prince lâche & peu guerrier des avanta* ges confïdérables, Procope attribue la lâ« chetë de Théodat à la frayeur qu'il con- çut d'un préfàge finiftre. Ce prince ayant confulté un Juif, qui pafToit pour un fa- meux devin , fur le fuccès de la guerre âont il étoit menacé , cet impofleur lui répondit que , pour fçavoir ce qu*il defî- roit , il falloit qu'il eût trente porcs ; qu'il les renfermât dix par dix , dans trois éta- bles différentes , & donnât à chaque dixaine le nom de Goths , de Romains & de Grecs. Théodat exécuta fidèle- ment les ordres du Juif, & laifTa les porcs àinfî renfermés pendant un certain tems. Le terme étant expiré , le prince , accom- pagné du devin , entra dans les érables, &: trouva les porcs qu'il avoit nommé Gothsj tous morts , à l'exception de deux : parmi les porcs Romains , il n'y en avoit que cinq de morts ; mais le poil leur étoit tombé à tous. Les porcs Grecs furent trouvés vi- yans , &c en bon état , à l'exception d'un très-petit nombre ; ce qui fit comprendre à Tbéodar que les Goths périroient pref- que tous dans cette guerre; que Rome perdroit fon ancienne fplendeur avec la moitié de fes citoyens , & que les Grecs demeureroient vainqueurs.
Les Goths , indignés de la lâcheté de
Théodat ,
Italiennes. \-f
Thiiïdat , &, ne pouvant rouffrirà leur tête un cïief fi méprifable , fe choififfent un autre rot, & proclament Witigès, écuyer de Théodat , homme brave & expéri- ■ïneQté. Thëodat prend la fuite ; mais Oc- tani, fon ennemi particulier, le pourruic par l'ordre de Witigès , l'atteint & le tue , après l'avoir renverfé de deffus Ton che- val
An. It. Partie I.
Anecdotes
VITIGÈS.
LA guerre continue fous ce nouveau roi, Béliiàire marche vers Rome, tjui lui ouvre les pones ; il envoie à l'em- ptreur les clefs de cette ville. Son premier iblii cft de réparer les fortifications , & de fc clifporer à (butcnir un fitgc.
Italiennes; t^
ftite eft extrême, en voyant rennemi venir à lui; mais, pour ne pas augmenter le courage des Goths , par une retraite précipitée , il s'arrête , & les reçoit à la tête de fa pe- tite troupe. Ici la valeur &c les exploits de BéKiàire tiennent du prodige ; &, pour les raconter, Thiftoire femble avoir etii^ prunté les ornemens de la fable. Au plus fort de la mêlée , le brave chef des Ro- mains eft reconnu par quelques transfuges, qui le font remarquer aux ennemis : il fe voit auffi-tôt ajQâilli de tous côtés ; il eft en bute à tous les traits. Mais (ts foldats le défendent avec tant d'ardeur, qu'il n'en eft point atteint : leur courage redoublant avec le danger , ils enfoncent les Barbares & les repouflent jufqu'à leurs retranche- mens qu'ils ofent entreprendre de forcer ; mais , repoufTés à leur tour , ils gagnent une hauteur voifine. Le combat recom- mence en cet endroit. Sur le point d'être accablés par le nombre , les Romains fc re- tirent vers les murailles de la ville. On leur en ferme les portes , dans la crainte que l'ennemi n'entre avec eux. En vain Béli- faire fait entéhdre fon nom aux habifans , & leur crie d'ouvrir leurs portes. Perfua- dés, d'après le rapport de quelques fuyards, qu'il avoir péri dans le combat , ôc ne pouvant d'ailleurs le reconnoître , i caufc
Bij
16 Anecdotes
dn (àng & de h pouffiere qui lui couvrolent le vilst^e, ib n'ont aucun égard à les or- dres. Dans cette extrémité , notre héros anima fo gens 6c fe retourne avec fureur vers l'ennanî qui commenijoit à le l'er- rer de près. Les Goths , s'imaginant qu'il -^toit à la tête de troupes fraîches , ibrties de la ville, lâchent le pied & regagnent leur camp. Bélifaire, ne jugeant pas à pro* pos cle les pourfuivre , rentre triomphant dans la ville. Cette aftion , fi glorieufe pour Bélifaire, n'a pas échappé àlacenfure de
ItALJENNES; 21
i|ues gouttes d'eau, qui rappellerent /es fens;. le levèrent de terre , & le tranfporterent dans le camp. Il vécut encore pluiieurs années , eftimé & honoré parmi les Goths.
Dès le commencement du fiége de Rome , le peuple du Samniiun prévit, dit-on, qu'il aevoit être funefte aux Goths, Voici ce qui donna lieu à cette efpece de prédiétion. Quelques enfans, jouant enfem- ' ble dans la campagne, choisirent les deux plus robuftes d enti'eux , pour les faire combattre enfemble, & donnèrent à Tun le nom de Wiiigh , à l'autre celui de -ffe- lifairc. Le premier fut vaincu par fon ad- veriâire, & (es camarades le pendirent, €u plutôt l'attachèrent aux branches d'un arbre. Sur ces entrefaites , un loup fortit d'une forêt voifine. Ils prirent tous la fiiite , & laiflerent le malheureux Witigès, qui fut dévoré par le loup.
Pendant ce fameux fîége , on admira la valeur d'un cavalier Maflagete, nommé Chorfamandas , qui fe battit feul affez long- tems contre foixante-dix cavaliers Goths ; en tua plufieurs , & m.it les autres en finte,
Witigés , à la faveur d'une faufTe atta- que, fut fur le point de furprendre Rome du côté du Mole ou Tombeau d'Adrien , ap- pelle depuis U château S. Ange. Les Goths dévoient s'en emparer pour pafTer le Ti- bre. Déjà , malgré les traits qu'on leur lan«.
Biij
11 Anecdotes
çoit, ils 3voient appliqué les échelles , 5c coinmençolent à momer, lorsque ceux qiii ïli^tendoiertt le Mole , s'aviferent de briier les iiatiieî de marbre, dont on avoit orné ce niomiinent, & en firent router les mor- ceaux fur la tête des affiégeans , qui, par ce moyen, turent rcnverrës de deflus les échel- les , & contraints d'abandonner leur entre- priCe.
Un Go(h , remarquable par la grandeur de fa taille , & l^meux par Tes exploits , couvert de la ciûraiTe , le cafque en tête , s'avança hors de^ ranirs. vis-à-vis la norte
Italiennes. ij
n'étmt pas éloigné , accoururent vers û, foflfe. Le Goth leur cria de lui jetter une corde , pour l'aider à fortir de cette fofTe. Les Goths ayant jette la corde , le Ro- nain s'en Cmit Se remonta en haut : il dit aux Goths étonnés, qu'il étoit convenu, avec le compagnon de Ton infortune , de monter le premier, de crainte que , s'il ref- toîtle dernier, les Goths, après avoir fàuvé leur compatriote , n'abandonnaffent leur ennemi. Le Goth, retiré de la foflè , con- firma le rapport du Romain , qui fut ren- voyé libre vers les" fiens.
Wirieès , fatigué de la vigoureufe réfif- ftance de Bélifaire , fe détermine , après un an & un jour, à lever le (îége de Rome.
Le pape Silvère étant devenu odieux à Timpératrice Théodora , proteôrice des Eutichiens , un diacre , nommée f^l, en- gage cette princeffe à lui procurer le pon- tificat , à condirion de caflTer tous les dé- crets contre les Eudchiens , & de lui don- ner^ en outre, deux cens livres d'or. Ani- mée par la haine & par la cupidité , l'im- pératrice envoie le diacre à Rome , avec une lettre pour Bçlifaire qu'elle chargeoit de faire dépofer Silvère, & de mettre Vi- gil à fa place, Bélifaire ne tarde pas à fer- vir le caprice de Théodora. Des fcélérats apoftés ayant dépofé que Silvère étoit d'intelligence avec les Goths , pour leur ^ Biv
14
Anecdotes
livrer inccnammentiinedesportEsdeRonir; Je- s^tiitral mande aufTi-tôt ceponlile; lui reproche (à prétendue trahifon ; & , (ans voiiloiv l'entendre , le ftiit dépouiller de fe^ lubils poniifîcaux , & revêtir d'un froc : il le remet, en cet état , dans les mains de fold.its chargés de le conduire en exil. U envoie cnfuite iignifier au clergé d'élire pape le diacre Vioil. Ce nouveau pontife, fe voyant en pofTeflion de ce qu'il deliroir, rc'"i)tà de payer les deux cens livres d'or qu'il avoit promifes.
Italiennes, 15
ifant , une chèvre qui, depuis peu, avolt mis bas Tes petits , accourut promptement; fie, "voyant ce petit malheureux , s'empreflâ de lefecourir: elle s'approcha de lui; luipré- fenta la mammelle ; prit foin d'écarter les chiens &c les autres bêtes , & lui continua long-tems ce charitable office. Les habi- tans de ce village , revenus de leur frayeur, étant rentres dans leur pays, quelques femmes apper^urent cet. enfant, & s'éton- nèrent qu'il fut encore plein de vie. Plu- fieurs d'entr'elles , qui étoient récemment accouchées, voulurent Talaiter, mais l'en- fant, accoutumé au lait de chèvre, detour- noit la tête, & pouiToit des cris perçans. La chèvre , (à nourrice, accourut ; & l'en- fant prit à fa mammelle fa nourriture ordi- naire , en préfence de toutes ces femmes qui ne pouvoient revenir de leur étonne- ment. «Tai vu moi-môme ce prodige, » dit l'hiftorien Procope , qui raconte ce yffaiu Etant dans le Picentin, on memon- >♦ tra cet enfant , comme la merveille du >» pays. On l'irrita exprès , en ma préfence, » pour le faire crier ; & je vis auffi-tôt ac- »> courir à (es cris la chèvre bienfaiiànte, » qui l'alaita devant moi. »
Bélifaîre , après avoir enlevé à Witigès la plus grande partie de fes places , le
%6 Anecdotes
tenoît bloqué dans Ravenne , lorique deux fénateurs arrivèrent de Conibmtinople, char- gés par l'empereur JuAinien de faire la paix avec Wiùgès. Bélifàire ne put voir (ans indignation , qu'on vînt lui ravir Fhon- neur d'achever la conquête de l'Italie. Il fit tous (ts efforts pour empêcher la con- chifion du traité. Sous diâerens prétextes , il amuià les fénateurs , & preflà de plus en plus le fiége. Cependant , par le moyen des traîtres qu'il entretenoit dans Raven- ne , il y faîfoit femer des bruits dé&vanta- gcux à Witigès. Tout-à-coup, au milieu a une nuit , le feu prend aux principaux magaiins de Ravenne & confume toutes les provîfions. Les Goths , fe croyant tra- his par Witigès, envoient propofer à Bé- lifàire de le reconnoître pour roi dltaliew Ce grand homme pouvoit fans crainte ac- cepter cette couronne. Il eût été afTez puif^ iânt pour laconferver, malgré Pempereur; jnais, fidèle à fon maître , il ne feint d'a- gréer une proportion fi âatteufe, que pour ie rendre plus promptement maître de Ra- venne. Des ambaflàdeurs viennent, de la part de Witigès & des Goths , lui offrir pu- bliquement de fe rendre aux condirions qull lui plaira d'impofèr. Bélifàire entre dans Ravenne , fans permettre qu'on y caufe le moindre dégât. Il s'afTure de la per- ibnne de Wifigès y & l'envoie à l'empe*
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Italiennes. 17
renr avec tous Ces tiéCors. LoHque Farmée Romaine entra dans Ravenne, elle parut fi peu confidérable , que les femmes des- GoAs ne purent s'empêcher de cracher aux vifages de leurs maris & de les traiter delac hes.
Juftinten rappelle Bélifàire , qui fe dîfpofe à obéir , maigre les înftances con- tinuelles qu'on lui fait pour accepter la couronne. Les Goths , le voyant ré- iblu de partir , s'afTemblent à Pavie , qui leur appartenoit encore , & choififlent pour roi Ildobald^ neveu dé Theudis , roi des Vifigoths. Le nouveau roi dëfHite encore à Bélifàire , pour le fupplier d'accepter la couronne , raflTurant qu'il efl près d'aller dépofer la pourpre à ks pieds. Bclifàire répond qu'il ne confentira jamais d'être roi, tant que Juflinien vivra. Il part, au bout de quelques jours , comblé de gloire, après avoir conquis avec douze à quinze mille hommes la plus grande partie de l'Italie , & , ce qui efl plus admirable , après avoir refufe une couronne. Il retourne à Conf^ tantînople, pour être affez mal reçu de l'empereur *.
* WVtîgès fiït mieux reçu que fon vainqueur^ L*empereur le créa patrice ; le retint à fa cour, 2( le mit en état dy vivre ielon ia dignité.
t*=
Anecdotes
ILDOBALD.
CE prince fignale les commencemens de ton règne par plufîeurs combats heureux , & regagne toutes les villes de la L^urie & de la Vénétîe ; mais ion impru- dence borne bientôt (a vie & (es exploits* Lz fenune de Vraîas, le plus riche & le plus puiflânt feigneur qu'il y eût parmi les Goths, aUoit un jour au bain, ma- gnifiquement parée & fuivie d'un nom- breux cortège : elle rencontra b reine vêtue très-fimplement y avec peu de fuite ; &, lui coupant fièrement le pafTage , elle ne daigna pas même la (aluer. La reine , irritée de cetaflront^porta fes plaintes à ion époux ^ qui , pour fe venger y fit accufêr Vralas ce crimes fiippofës , & , ibus ce prétexte ^ loi fit perdre la vie. Cette injuftice con- tribua beaucoup à indifpofer les Goths contre lui.
Wilas, Gépide, qui fervoit dans (es gardes, avoit été forcé de quitter une femme qu'il étoit près d'époufer , pour marcher contre les ennemis. Pendant fon abfence, Ildobald contraignit cette femme d'en époufer un
Italiïinnes, tf
totre. Vilas, de retour, n'écouta que fon ïdièntiment, & réfoiut de fe venger. Un jour que le roi donnoît un repas aux grands de la nation, Wilas, qui fe tenoic oenière ce prince avec les autres gardes, lui fit voler la tête fur ta table d'un coup de fabre. Les Goths , làifis d'ëtonnement, doneurerent en filence : 'Wilâs eut le temps de s'entiiir.
£jtARiK,Ruge denation , ellélu roi ; 6c cinq mois après, ileftaffaffinë par les Goths peu contens de Ion gouvernement, fiad- vella fumommé Toiila, neveu d'Ildobald, monte Tur le tfarône.
30 Anë(;D0tes
T O T I L A.
PLUSIEURS générai» de rempereOf Juftimen marchent à Vérone, avec huit milli; hommes, comptant de lu rprendre cette ville (Uns laquelle ils entretenoient des
iiitcllii^cnces fccrettcs. Us font prendre les
Italiëknës; )t
iz des bleffés couvre les chefs de honte & de confufion. Au lieu d'ufer de la plus grande diligence j ils s'ëtoient amufés à diiputer entr'eux fur le partaee du butin
3u ils comptoient Ëiire dans Vérone. Ayant onc manqué leur coup , ils fe retirent du côté de Faënza où ils rencontrentTotila fuivi feulement de cinq mille hommes, Artabafe étok d'avis qu^il ne âlloit pas méprîfer Ten- nemî quoiqu'infërieur en nombre ; & qu^ Àoit à propos de l'attaquer avant que toute fon armée eût paffé la rivière de Lamone, fur laquelle la ville de Faënza eft (ituée. Mais, les chefs n'étantpas d'accord entr'eux, Totila paffe la rivière fans obftacle. Pen« dant que les deux armées s'approchent en ordre de bataille, un Goth dune taille gigantefque , nommé f^aliaris t'avance hors des rangs , & défie au combat le plus brave des Grecs. Artabafe accepte le défi : il court à toute bride , fur ce terrible adverfaire , & lui perce le côté droit avec fa lance. Le Goth demeurant ferme fur la felle , Ar- tabafe lui porte un fécond coup dans le fein ; mais la lance de Vaiiaris le bleffe & lui coupe une artère. Il retourna vers les fiens , perdant une grande quantité de fang,& mourut trois jours après. Ce combat fmgulier fut foivi d'une bataille générale , dont le roi des Goths eut l'honneur , après avoir iaàx un grand carnage des ennemis.
3i
Anec dotes
On dit que Totila , paffant par la Cattt» panie , tilt curieux de voir S. Benoît * dont la renommée publioit des chofes mer- vejlleufes. Il prit le chemin de Ton mo- nr.ftere ; 6(,s'étant amîté aflez loin , il lit donner avis de Ion arrivée. Voulant en- fuiie éprouver le ftint, il envoya vers lui Riggf'n , un de Tes écuyers, auquel il fit prendre fa chauflfure &t (es habits roj-aux , & qu'il fit accompagner de trois (eigiieurs, les plus diftiiigués de là cour. Riggon entra dans le monaftere avec ce cortège. Benoît , qui ctoit ^ffli , le vil de loin ;
I:TA.LIIKNE5« 3}
hfhce, eft Êit priTonnier. Le roi àss Goths preiTe vivement le fiëgé ; & , pour iudmider la gamiibn , il fait conduire , la corde au col , Démétrius jusqu'au pied des murûUes ^ & le force de dire aux affiëgës que Pempereur n'eft plus en état de leur envoyer aucun (ecours. Les Napolitains , prefles par la famine , prennent le parti de & ren<ke« Totila fit éclater fa prudence & fbn humanité dans la manière dont il pourvut aux befoins de ces gens af&més. U fit fermer toutes les portes , & ordonna qu'on diftribuât i chaque habitant une pe- tite quantité de nourriture, qu'il fit augmen- ter chaque jour 9 jufqu'a ce qu'ils eurent entièrement repris leurs forces. \
Les vainqueurs ëtoient occupés â démo*' lir les fortifications de Naples^ lorfqu'un Calabrois vint fe plaindre à Totila, qu'un de fes officiers avoit violé fà fille. Cet of- ficier étoit un brave homme : toute l'ar- rtiée slntérefTa pour lui ; mais Totila , fë* vere obfervateur de la juflice , fit mourir le coupable , & confifqua tous fes biens au profit de la fille qu'il avoit outragée.
. JufHnien renvoie Bélifaire en Italie , pour. An. It. Partie /. C
34 'An EC D O TES -
s'oppdfer aux efforts de Totila* Cette ^ conde expédition ne pouroit être bien glo« fieufe à ce général : il manquoit de tou^ les fecours néceflàires pour la faire réuffir. D pahit de Conflandnople , n'étant preique accompagné cpie de (es gardes ; & tout Taisent qu'il avoir , fut à peine fuffifant pour laflembler quatre mille volontaires. Se voyant hors d'état de faire face aux enne- mis y il écrivit à l'empereur en ces termes : H Je fins venu dans ce pays fans trou* H pes ^ iàns armes & prefipie fans ar- n gent. Privé de ces fecours 9 )e ne puis H^nen Étire. Si vous n'avez eu deftein H que d'envoyer Bâifàire en Italie y vous ff devez être ùûsfak : Bélifàire eft au mi- n lieu de Tltalie ; mais fi vous voulez qu'il y¥ repouflê vos ennemis , foumiffez - lui » les fecours néceflaires pour vaincre.
Totila forme le blocus de la ville de Rome , & fait enforte qu'il n'y puifTe entrer de vivres, ni par terre ni par mer. Il fait bar- rer le Tibre à l'endroit où fon lit avoit le moins de largeur , par le moyen de plu- iieurs longues poutres placées d'un bord à l'autre, & Êiit élever, aux deux extrémités, des tours de bois qu'il remplit de fbldacs. Déjà b famine étott plus grsuide à Rome
T T A L 1 E t^ N E s; ^f
^Vllcne l'avoitëtépendant le dernier éé|e. Les chefs qui 9 de longue*main , avoîent rait desprovifîons confidérables, abu(ànt, pou^ s'enrichir , de la mifere du peuple , ven- doient fort cher leur bled aux riches, &r bi^ (oient les pauvres périr de faim. Ils fai- foient payer fept écus d*or le boiffeau de fa- rine. On ne fe nourrifToit communément dans la vîUe que de chevaux , de chiens , de rats & d'herbes fàuvages. Un père ayant* cinq enfâns près de motirir de faim , &C n'ayant pas de quoi leur donner un mor^ ceau de pain, les mena fur un des ponts de la ville , & fe précipita dans le Tibre , en leur préfence.
Béli(aire fait conftruire un grand nom- bre de barques , garnies tout autour de planches, poiu* mettre les foldats à cou* vert des traits de l'ennemi. Ces planches étoient percées d'efpace en e/pace , pour leur donner la facilité de lancer des flé- chies. U fait charger ces barques d'une grande quantité de vivres ; monte fur la première ; &, conduifant quelques brûlots , il remonte le Tibre , & brûle une des tours des ennemis. Mais , fon entreprife n'étant pas fécondée par les habitans , il ne pexxt réufEr à faire entrer des vivres dans la ville. Le chagrin d'avoir manqué fon coup lui cauû une maladie dangereufe.
e ij
3S Anecdote^
Quelques Toldats d'une compagnie I(àu^ neniie, qui gardoit la porte Afinaria, s'é- tant coules la nuit le long des remparts, par le moyen d'une corde , viennent of- frir à Totila de lui livrer la ville. Le roi, s'étant afluré de la fincérîté de ces foldats Se de la poffibilité de la chofe, envoie, avec les Uauriens, quatre Goths des plus braves &c des plus vigoureux, lefquels, étant montes dans la ville , ouvrent une porte, & intro- duifent toute l'année de Toiila. Beflàs , qui commandoit dans la ville, s'enfuit avec fes Grecs , dès la première allanne. Les
Italienn es. 57
les de leurs maifons toutes nues. On vit pittfieurs perfonnes de la première diftinc- don réduites à mendier ' leur pain de porte en porte. On trouva dans la maifbir de Beibs des trâbrs immenfes , qu*il ayoit amafles pendant le fiége , en vendant du bied à un prix exorbitant,
Todla fe difoofoit i démoNr Rome. U avoit déjà fait abbatre le tiers des murs ; & il alioît mettre le feu aux plus fuperbes édifices de la ville , lorfqu'il reçut une let- tre deBéliiaite, qui le détourna de ce deA (an. Béliiaire lui repréfentoit qu'en dé- truifânt une ville fi ancienne & n illuftre^ il feroit regardé comme l'ennemi du genre humain , pmfqu'il anéantiroit les monu^ mens de la valeur & de la vertu des plus grands hommes. « Si les Gôths, ajoutoit-il, n s'aflurent la conquête de l'Italie , vous ne f» vous pardonnerez jamais d'avoir détruit là~ >» plus belle ville de. vos Etats , pour ne pas n dire de toute la terre ; &t fi, dans le cours >» de cette guerre , h fortune vous aban- H donne , le vainqueur vous aura l'obliga- >»tior> de lui avoir confervé une place 'fi n importante , &: vous traitera avec bien » plus de douceur» >» Totila , perfuadé par
Cuj
3$ ÂNECDOTES^
ces raSfons , fuivît le confeil de Bélifaîre. Q fe contenta de dépeupler la ville de Rome ^ dans laquelle il ne laiflapas un ieul habitant. Quarante jours après la retraite de Totila^ Béliiàire fe transporta à Romç ^ dans le deflein de repeupler cette fiuneufe ville , & d*en réparer les ruines. Il rappeUa les ha- bitans qui fe trouvèrent dans le voifmage ; & , par fes travaux continuels^ il mit bien- tôt Rome en état de foutenir un nou- veau (iége. Â cette nouvelle » le roi des Goths accourut ; &, pendant trois jours, il )ivra fucceffivement pluiieurs aiTauts à la -ville ; mais Bélifaire le repoufla, & le fon^a de fe retirer , après avoir perdu beaucoup de monde.
. Totila fait encore une fois le (iége de Jlome. Diogènes. , qui y commandait , {nroit £9iit femer du bled dans l'enceinte des SBurs , ce qui eût fuffi pour nourrir long- tems la gamifon ; onais la ville fiit encore frahie par les liauriens. Les (bldats de cette nation 9 méconteos de n'avoir point reçu leur paye depuis quelques années , & seyant appris que leurs compatriotes avoient jeté magnifiquement récompehfés parTo- jtila , réfolurent de. fuivre leur exemple. |is convinrent 9 avec le roi dés - Goths ,
tùvrm la porte confiée à leur gârâf ^ ce qulb exécutèrent. A utems marqué ^To- dla fit Tonner les trompettes , vers là par^ te des murailles oppofëe à celle par la- quelle il entroit dans la ville. Aufb-tôt la samifon accourut , où le danger paroiiTôit le plus preflànt ; & , par cet artifice , les Goths ne trouvèrent aucune rëfiibnce.
Maître de Rome pour la féconde fym ^ Toéla ne fonge qu à embellir tine ' ville qu'il avoit voulu détruire lui-même ^ quel- que tems auparavant *• U rappelle le fi* nat, &t rend à cette compagnie (on an« cienne fplcndcur. Il invite les citoyens à rentrer dans leurs biens ; & ^ après avoir peuplé Rome d'Italiens & de Goths , U (m repréTenter les jeux du cirque , avec une pompe digne des empereurs Romains.
L'eunuque Narsès, général des af mées dfe l'empereur Juflinien , arrive en Italie, pour
*TotUa ayant fait demander à Théodebert j; roi des Francs , fa fifie en mariage ; ce prince répondit qail ne vouloit accorder fa fille qu'à un roi, & que Totila ne Tétoit pas , puifqu'îl n'étoît pas capable de conferver la capitale, ÔC avoit été obligé d'en démolir une partie , ôc d*abandonner le refie à l'ennenû. Toula fut fenfi- ble à ce reproche ; ÔL , devenu une féconde foif. maître de Roflae » il s'appliqua à l'embellir»
Civ
f4B A N £ C D O T £ if
s'oppoTer aux progrès deTotila. Son de&irf itoit de ne point s arrêter à des dégtSy & de terminer la guerre par une aékion décifive. n arrive au pied de TApemûa , & fe campe dans un endroit appelbi Us Tombeaux des
: GêUilois y où le célèbre Camille avoit au- trefois dë&it une puiflante armée de cette nation. Totik s'avance à fà rencontre. Les
^ deux /armées en viennent aux mains. Pen* dant la chaleur du combat y Totita , failant des prodiges de valeur, eft bleflë morte)-
.lement par un génénd des Gépides, nommé
^AsbéuUs. Les Goths prennent auffi-tôt la iuite. Leur roi, contraint de s'arrêter à Capra , pour fau-e panfer ù, blefiiire , ex- pire quelque tems après, & eft enterré (è- crettement. Tdlefîttla fin du Êuneux To*
.tila, qui doit tenir un rang diftînguépanm les plus grands rois que vante lliifioire. Théîa, officier d'une rare valeur, fut choifi par tes Goths , pour lui fuccéder.
./*
4f
TtÀLlENKES.
T H E ï A.
CE nouveau roi fignale les commence-' ment defon règne par une horriblç cniamé. Totila , mimant Rome^ pour aAer lEiu-devantdeNarseSy avoh amené, comme otages y les en£auis des principaux Ro« mains , au nombre de trois cens , & les avoit envoyés au-delà du Pô. Théïa , le» ayant trouvés dans cet endroit , les fait tous paffer au fil de Tëpée. - Ce prince en vient aux mûns avec Nai>* ^, Les Goths fe battent en défefperés; Théîa les anime par des aftions d'une valeur' extraordinaire. Envain les ennemis réunif- fent contre lui tous leurs efforts. Animé par le danger , il pénètre de plus en plus dans leurs rangs ; renverfe tout ce qui fe pré- fente fur fon paflage , & reçoit une grêle de traits fur fon bouclier. Déjà la nuit s'approche , & la viftoire paroît pen- cher du côté des Goths, lorique Tintre* pide Théia, qui avoit déjà changé deux fois de bouclier , eft atteint au pied d'une^ flèche y au moment qu'il en prend un
44 Anecoote^
les coups. Les aSiégés éclatent en regntSf & pRroilTeilt fe reprocher le trifle fort de leurs compatriotes. Mais Le fpeâade, dont îh ^■cnoient d'être témoins, n'étoit qu'une vétille illuGon. Narsès, qui n'ëtoit pas cruel, avoic l^it garnir le col des dtages de col- liers de bois rembouTrës, & les avoit inf- truits de ce (ju'ils dévoient feire. Ne dou- tant plus du fuccès de fon artifice, il en- voie promettre aux Lucquois de rendre h vie k leurs compatriotes , s'ils confentent à tenir leur eng^ement : tous le pro- jnettem. Au même inftant, les prétendus &: jottcnt les aiïiégi'
Italiennes; 4f
taApOTte Leutharis avec toute ion arméeJ Bù^elin eft attaqué par Naisés, près de Capoue; & quoique fupérieur en nom- bre * , il eft totalement defàh. Lui- même cft tué dam le combat. Il nefe (auve que dnq hommes , de plus de trente mille qui compofoient l'armée Allemande,
Cinq flûlle Goths ^ qui s'étoient retirés dans le château de Conza , s'y trouvoient bloqués par Narsés. Le commandant^ nommé Regnaris , lui fait demander une entrevue; Narsès y confent. Après queU ques contefiations , ils fe féparent (ans rien conclure. Regnaris , en remontant à U
* Narsès n'avoit qae dix-huît mitte hommes: Bttccelln en avolt plus de trente mille ; mab les Grecs itoient bien difciplinés & bien armés. Le& Allemands combattolent en defordre , & étoient» pour la plupart^ armés à la leeere. L'ufage de la. cuirafle leur étoit inconnu. Ils n*avoîent point de calque , & étoîent nuds jufqu'à la ceinture : des caleçons de toile , ou de cuir , leur deTcendoient jufques (iir les pieds. Leurs armes étoient Tépée, qu*ib mamoient de la main gauche » le bouclier quils portoient fur le bras droit , une petite ha- die à deux tranchans , & des angons , efpece de traits dent le bois étott fort court & couvert de fer y le bout garni deplufieurs pointes tran** chantes 0c recourbées en manière dliameçoiu
46 Anecdotes
place , bnce contre Nan^ une &èi qui le manque. Aullï-tât les Grecs ii font pleuvoir fur ce perfide une grêle âé traits dont il «A blciTé à mon. I^s Goths , Toyant leur chef mon, ne diiîîrent point à î'e rendre.
Le comte WïJin, feigneur Goth, un de ceux qui s'étoîent établis en Italie, du cnnl'cntement de l'empereut de Coniîan- tinople, le révolte & prend les armes. M^
n'ayant pas beaucoup de troupes , il de-
Italienne s; 47
fie. n gouvernoit depuis quinze ans cette grande province, avec autant d'équité que de douceur : il ne put cependant rëuiEr â contenter les Romains. Le fënat , accou- tumé depuis long-tems à n'être plus fous les yeux de fes fouverains , trouvoit mau- vais qu'il eûtchoifi Rome pour le lieu de ù réndence. La pré/ènCe de Narsès ab- forboit toute Ton autorité. Les principaux dtoyens de Rome (ê plaignirent à l'em- pereur du gouvernement de Narsès, 8c demandèrent un autre maître. On prétend que impératrice .Sophie , qui ne l'aimoit pas 9 dit , à cette occafîon, qu'il étoit tems qu'un eunuque tel que lui vînt filer avec les femmes dans le palaiis. On ajoute que Narsès y infiruit de ces paroles , dit , dans Él colère , qu'il fc^auroit bien ourdir une trame que l'impératrice ne pourroit jamais démêler, &que , pour fe venger, il in- vita Alboin , roi des Lombards , à venir £iire b conquête de l'Italie.
Le chagrin , que ce grand homme con- çut de Fineratitude des Romains , & du mépris de 1 impératrice , abbrégea fes jours, 11 mourut à Rome , à Page de quatre- vingt quinze ans.
A N 1 C D O T £ s
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LONGIN, Exarque de Ravenne. ALBOIN, Roi des Lombards.
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LO M.G I N ^ nommé pour fuccéder à Nar(2s, arrive en Italie ^ & choifit Ra«- venne pour le lieu de & réfidence : il prend le dore ^Exarque ^quel'on donnoît ordinai- rement au gouverneur eénëral d'Afrique.
On remarque que , durant les premiers mois de cette année , les pkûnes d^Italie (tirent auffi couvertes de neige que Tefi: ordinairement le (bmmet des Alpes , &C que la récolte fiit enfuite plus abondante qu'elle ne Pavoit jamais été.
Le premier d'Avril 568 , jour dePâ«
Îaes y Àlboin , roi des Lombards , quitte la annonie avec toute la nation , hommes^ femmes » vieillards , enfâns , & vient en Italie chercher un climat plus heureux. Plu- fieurs autres peuples fè joignent à lui , &C sroffiiTent Ton armée. Ce torrent de Bar- bares fe répand d'abord dans la Vénétie. lis s'emparent d'Aquilée, de Vicence, de Vérone , & s'approchent de Nfantoue dont ils ne tardent pas à fe rendre maîtres.
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Italiennes; %^
ta ^Àendent dans les autres cantons de fftalie & y portent le ravage ; la feule ville . de Pavie ofe les arrêter ; Alboin en forme le fiégeavec une partie de Ton armée, tan^ dis qu'avec l'autre il continue Tes couiiès dans ritalie.
Pavie fe rend enfin après un (léêe de trois ans. Alboin , indigné de la réfinance opiniâtre de cette ville , avoit juré de faire pafTer tous les habitans au fil de Tépée ; mais, lorfqu'ily eAtroit, plein d'impatience de voir exécuter cet ordre barbare 9 il arriv«i un prodige qui le fit changer de réfôlution. Le cheval , fur lequel il étoit monté , s'ab- hatit fous lui à la porte de la ville ; Se , quelques efforts que Ton employât pout le relever , on ne put en venir à bout. n Seigneur , lui dit alors un de fès foldats , H Pavie efl peuplée de Chrétiens ; fi vous » ne révoquez le ferment que vous avei M fait , il ne vous fera jamais poffîble d'y n entrer. « Alboin ayant promis de don- ner la vie aux citoyens , le cheval fe re- levé aufll-tôt&t prend de lui- môme le che- min du palais où le peuple fe rend en foule , pour lui prêter ferment de fidélité,
Alboin ne fongeoit qu'a s'afTutet de for An. It, Partie L D
*'** courte, ''°«^'«. Alk*"^ ^«^fin après .
''^'everfr„rio„ei^^&.
^n. If i> "^^Ott Qu'a c'aiT
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^ ANfeCDOTES
€on4iiétes , en friiànt régner par- tout 11 paix & le bon ordre^ lorlqu^il pérît par la trahifon de la reine ion épouie. Ce pônce^ avant que d'entrer en Italie, avoit remporté lur les Gépides une viâoire éclatante 9 & tué dans le combat leur roi Gunimond: il avoit même poufle b férocité jufqu'à changer le crâne de ce roi malheureux en une coupe dans laquelle jï buvoit ordinaire- ment. Un jour qu'à Vérone il donnoit un grand feftin sax prindpaux officiers de (es troupes , dans b chaleur de la débauche^ il força Roièmonde fon époufe » fille de Gunimond, de boire dans le crâne de ion père; cette princefTe conçut une ii grande horreur de cette \iolence , qu'elle réic^ut de fe venger. Elle omununiqua ion pro- jet à Fécuyer d'Alboin , nommé Elmig^i : celui-d tâcha <f engager Péridée , homme dTune force fû^uli^e , i. tuer le roi; mais il ne put venir à bout de corrompre ce ittjet fidelt : il ËiUut que la reine eut recourt ^ un artifice indigne d'elle. Cette prisceflê fçavoit que Péridée entretenoit un coni«* merce de galanterie avec une de fes fem- mes : elle prit , iècrettement, & dans Fob- icurité , la place de b maitiefie de Péri-* dée ; &,loflqueUe çatfoOk lanuit avec lui^ elle fe fit connoitre , & lui décbra qu'a^ près la manière dont il- en avoit uie avec dky il âOoit qu'il Atât b vie i Alboin,
lu qu'Alboîn le fît përir. Përidëe , faifi dé crainte 9 fe détermina enfin à féconder là vengeance de Rofenionde. Quelques jours aprtt y cette princefTe ayant remarqué que le roi s'étoit endormi dans fa chambre,après* dîner , elle eut foin d'en ôter les armes , &c n'y bôflâ que fon épée qu'elle attacha de manière qu'on ne pût b tirer du four- reau. Elle éloigna tout le monde de l'ap- partement du roi , fous prétexte de ne pas troubler fon repos , mais en effet poirf que perfonne n'accourût au bruit. Après toutes ces précautions , elle fît entrer Pé- ridée dans Tappartement. Alboin ^ fe fcn- tmt frapper, fe réveille en furfàut, vole à fon épee; mais il ne peut la tirer du four- reau. Dans fon défefpoir , il fàifit un tabou-' ret qu'il rencontre , & s'en fert pour défen-» dre encore quelque temps fa vie; mais il fuccombe enfin fousles coups de Péridée , ôi tombe noyé dans fon fang. Paul Dia- cre , qui rapporte ce fait , afiure avoir vu lui - même cette affreufe coupe que le prince Ratchis montroit dans un feflin à tous les convives.
Rofemonde , délivrée d'un épour odieux , époufe Elmigife, & fait quelques tentatives pour le placer fur le thrône; mais cette démarche la rend fufpeAe aux Lom- bards , qui l'accufent d'avoir attenté à la vie du roi , de concert avec fon nouvel époux4
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^i ANE.CDOTE:f
Rol'<;monde,poiir fe dérober à la fureur des Lombards , s'enfuit , pendant la nuit , i Ravenne avec Abfwînde fa filie, Elmî- gilc & Péridée , 6î demande un a(yle à l'exarque Longin , qui loi feit un accueil favorable. Il ne tarde pas à concevoir de l'amourpour la reine, & lui fait entendre qu'il eiï prêt à i't^poufer , pourvu qu'elle fè tk'friire d'Elinigife , époux peu digned'elle. Roilmonde , aveuglée par l'ambition , & déjà endurcie par le meurtre de Ton pre- mitr mari , prépare au fécond le même fort. Un jour qu'Elmigife fortoit du bain,
Italiennes; çjf
«randeun L'empereur , craignant qu'un t<l nomme ne formât quelques entreprifes contre lui , ordonna qu'on lui crevât les yeux. Peridëe , irrité de ce cruel traitement, ne fbngea qu'aux moyens de Te venger. Il fe pourvut de deux poignards qu'il cacha dans fes deux manches , & fe rendit au pa- lais impérial , demandant à parler à Tem- pereur , & affurant qu'il avoit des fecrets împortans à lui révéler. L^empereur envoya ▼ers hii deux de fes favoris chargés d'en- tendre ce qu'il avoit â dire, Péridée s^ap- procha d'eux comme pour leur parler en fecret ; & lorfqull fentit qull étott i por- tée y il prend dans chacune de Ces mains un poignard , &c les enfonce en même temps dans le cœur des deux courti&ns , qui tom<* berent mort. Ainfi, dit lliiftorien des Lom- bards j cet autre Samfbn vengea la perte • de fes deux yeux , en privant Kempereur de fes deux plus fidèles amis.
Après la mort d'Albotn , tes principaux de la nation, des Lombards s'aiTemblent à Pavie , & choififTent pour roi Clef ou Cléfony en lui préfentant une pique. Tel étoit Fuiàge des Lombards , dont les rovs^ ne fe fâifbîent point couronner.
♦
Uj
Anecdotes
LONÇ IN, Exarque. m
CLEF, Roi des Lombards.
CLef, auffi cruel qu'Alboln étoït doui* fe rend odieux à fes fiijets: grand homme de guerre, il étsiid les limites de la dominaiion des Lombards en Italie , &
fait trembler Rome 6t Ravenne. Aorèsun
Italiennes.
1T
LONGIN, Exarque. jUistocratie chez les Lombards.
PENDANT neuf ans que dura Tanflo- cniie , les ducs Lombards ne iônge- rent qu'à leur aggrandUTement particulier. Ils firent plufieuis excudions dans le pays des Gaules ; mais , rebutés par le mauvais fuccès de leurs tentatives , \\s fc bornèrent i 17taiie où ils firent de nouvelles con- quîtes. Ils portèrent le fer & la flamme 1 1 extrémité de la Tofcane « dans les envi- rons de Ravenne , ht. dans le voifmage de Rome. L'empereur Maurice, craignant
3i*il5 ne lui enlevaflént ce qu'il pofll^ oit encore en Italie , envoie une ambal^ iàde folemnelle aux rots de France , pour les engager i faire la guerre aux Lom- bards. Childebert , roi d'Auftrafte , per- fuadé par un prëfent de cinquante mille écus aor, promet de porter la guerre en Italie, Les ducs Lombards, allarmés de cette nouvelle , fe déterminent k cfaoifir on roi. Leur ch<Àtombe fur Audiaric, âU d« Clef.
D «
SMERALDE , Exarque. AUTHARIC, Roi des Lombards.
CE prince commence par piendre le nom de Flavius , & ftaïue qu'il fera porto , à l'imitation des empereurs Ro- maiiu, par tous les rois Lombards, fesfuc-
ceflcurs. Confîdérant aufli que les ducs,
Italiennes. ^f
jpereur Maurice 9 paiTeles Alpes aveé une armée confidëiable. Autharic s'enferme dans Pavie y & biffe les François ravager la campagne; mais Childebert eft bientôt rebuté par la multitude des (iéges qu^il luiÊuit entreprendre. Les préfens d'Au- tharic achèvent de le dégoûter de fon ex- pédition. Il s'en retourne dans Ces Etats , emportant avec lui l'argent de l'empereur, & celui du roi des Lombards. En vain on lui redemanda, pendant deux ans , les cin<« quante mille écus d'or, qu'il avoit reçus : il ne voulut jamais rien entendre fur cet article.
Childebert recommence la guerre en Italie, mais avec un fuccès qui ne lui donne pas envie d'y revenir. Autharic s'a*- vance à fa rencontre ; lui livre bataille, &C £dt un horrible carnage de fes troupes.
Autharic 9 \'ainqueur de (es ennemis, fait demander en mariage Théodelinde, iiile de Garibald, duc de Bavière, & Tob* tient. Il envoie auffi-tôt une féconde am- baflàde , pour régler les articles du con* trat ; &c, voulant connoitre par lui-même la princefTe qu'il alloit époufer , il fe met au nombre des ambailadeurs. Il arrive^ fous ce titre, à la cour de Garibald. Le chef de }'«imbaflàde n'a pas plutôt expofé fa com«
)8 Anecdotes
miffion , qu'Autharic prend la parole ^ Se ciit qu'il a des ordres particuliers du roi des Lombards de voir la princeife , afin de pouvoir lui rendre un compte fidèle de Tes charmas: on fait paroître Théodelinde. Autharic , après Tavoir confidérëe quelque tems en filence : « Madame, dit-il , le rot H des Lombards iera trop heureux d'avoir » une époufe fi accomplie ; & Tes peuples I* béniront le ciel de leur avoir donné une I» fi belle reine. >* Il demande enfiiite que^ iliivant Tufiige de leur nation , il foit per* mis aux ambaifadeurs de recevoir le vin ies mains de la princefie ; ce qui lui eflac* cordé. Théodelinde , après avoir offert une coupe remplie de vin au chef de Tambaf- Êule^ s'avance vers Autharic , & la lui pré- &nte. Ce prince, naturellement galant ^ €n rendant la coupe à la princeffe, lui prend adroitement la main , ians qu'on s'en ap-* peri^ive, la ierre amoureufement, oc, ibus prétexte de baifer la coupe, (e la porte iur le fi^nt &L fur les joues. Théode» £nde fe iènt émue. Elle a quelque foup* ^on du déguifement d'Autharic II étoit bien fait, &<à la fleur de l'âge; (es beaux dièveux blonds , fiottans fiir Tes épaules ; Ja beauté mâle & guerrio^ , qui décoroit ion vîfiige, font defirer à Théodelinde dç |ke' pas te tromper dans fes conjeftures.
Italiennes. '^ 9
Le mariage tfAutharîc & de Théode- Jinde (e célèbre dans la plaine de Sardi 9 pr^ de Vérone , avec une magnificence extraordinaire, & un concours prodigieux de Lombards.
Childebert, toujours importuné par l'em- pereur qui lui redemandoit fes cinquante mille écus , envoie en Italie trois de fes plus braves généraux avec une armée de vingt miUe hommes ; mais, au fli malheu- reux que ce prince , ils font battus en plu- iieurs rencontres; 6c l'un d'eux y perd la vie. La maladie s'étant mife dans leur ar- mée , ils font contraints de s'en retourner. Les François fe trouvent réduits , fur la route, à de telles extrémités , que la plu- part font contraints de vendre leurs ha- bits, & même leurs armes, pour avoir de quoi fubfifter.
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Autfaaric , délivré de la crainte d'un fl redoutable ennemi , fe jette dans leSam- nium ; &, ne trouvant aucun obftacle, il fe rend maître de tout ce pays. Encouragé par le fuccès , il traverfe toute la Calabre ; s'avancç jufqu'à Rhege, la pointe la plus f ççul^e dç toute ritane ; poufle fon cher
î6o AmecdoteST
val dans la mer ; &, frappant de (a lancé un pilier fitué (ûr le rivage : « Ce feront- »Ià, dit-il, les bornes de Tempire des 9» Lombards.»» Ce pilier fubfiftoit encore 3a tems de rhiftorien Paul Diacre qui faconte ce Eut ; & il s's^pelloit U PiÙtr JtAuthanc.
Ce prince goûtoit i pdne les douceurs du repos , loriqu*une mort ilibite fenleva dans Pavie , le 5 de Septembre. Le bruit courut qu'on Favoit empoifonné. Su Gré* goire atmbua ià mort a une autre caufe. Il écrivit aux évêques dltalie , que Dieu «voit 6té du monde Texécrable Autharic» ppur le punir d'avoir défendu que les en-^ nns des Lombards fîiflent baptifés dans b rcGgion Catholique.
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ROMAIN ^ Exarque. A G I L U F , Roi des Lombards.
AGiLXJt , duc de Turin , eft proclame roi , dans b diète générale des Lom- bards. Tliéodelinde , veuVe d'Autharic^ avoit prévenu tous les fufïràges, en le choi- (iiTailt pour époux. Ce prince avoit toutes les qualités qui font les grands rois. Il étoit guerrier & politique ; & , ce qui fit pen- cher la balance en fi faveur , il étoit très- bel homme. Il fe montra digne du choix de Théodelinde. Les premières années de fon règne furent fignalées par plufîeurs avantages qu'il remporta fur les ducs , fes vaflaux , & fur Texatque de Ravenne.
Le pape Gréfi[oire I envoie l'évoque Félix , & l'abbé Cipaque , pour travailler à la converfion des idolâtres qui refloient encore en Sardaigne. Ce pontife, dévoré du zèle de laMaifon du Seigneur, &s'ima- ginant que la foi pouvoit être le fruit de U violence ^ écrit, à ce fujet, à l'évêque de
Cag^bri^ que ion întendon eft que VôljL force les pay&ns payens , fetù de réglife^ à fe convertir , &c qu'on les accable de nouveaux impôts , iufqu'à ce qu^ils ayeni abjuré le paganifme.
. Ariulf, duc de Spolete, remporte une grande vt6loire Air Callinique , exarque de Ravenne , fuccefleur de Romain. Pen- dant h bataille, on vit, dit-on, un guer- rier inconnu combattre en Êiveur des Lom<< bards , avec une valeur extraordinaireé Ariulf vainqueur voulut fijavoir quel étoit ce guerrier dont la valeur lui avoit été (i Utile ; mais n^ayant pu parvenir à le con- naître , il reprit , en triomphe , le chemiri de Spolete. 11 y avoit datis cette ville une églife dédiée au martyr S. Savin. Ariulf^ paflànt devant cette églife, demanda ce que c*étoit que cette maUbn. Il étoit payen^ écneconnoiffouguères les églifes des Chré- tiens. On lui répondit que c'étoit le lieu où repofoit le corps du martyr S, Savin , dont les Chrétiens avoient coutume d'im- plorer le fecours , lorfqu'ils alloient à la guerre. Ariulf, ne concevant pas trop quel fecours un mort pouvoit donner aux vi» vans , descend de cheval , & entre dans Véglife, poulfé par la iiinple curioiité. 0
iTÀlTTiÈNKtl j$^
txmuneavec attention les tableaux dônf die étoit décorée : une figure, qui reprëfen- toh S. Savîn , le frappe & fixe Tes regards* li b confidere de pt-ès, & la reconnoît pour celle du guefricr inconnu , qui avoit com^ battu en ùl fiiveur.
Le Khan des Abares fait une îmipHon dans le Frioul , à la tête d'une nombreufe armée. Gîfulf , duc de Frioul , ait forti- fier à la hâte toutes les places de Tes Etats ; & , raffembiant tout ce qu'il peut de trou- pes y il vient préfenter la bataille aux Aba« tes. Son armée eft taillée en pièces, 6c lui- même refte parmi les morts. Les vainqueurs, ne trouvant plus d'obftacles , ravagent la campagne fur leur paflage , &c s'avancent vers h capitale du Frioul. Romilde, veuve de Gîfulf , s'étoit renfermée dans cette place, avec Ces quatre fils Tafon , Caccon, Kodoald & Grimoald , & fes quatre filles^ Le Khan, voulant reconnoître la place, s'a- vance pour en faire le tour. Il étoit jeune 6c bien fait* Romilde, du haut des rem- parts , le voit ; le confidere ; oublié en un inflant tous les maux qu'elle en a re- çus, & conçoit pour lui la plus violente paffion. Elle envoie propofer à ce prince de lui livrer la ville, s'il confent àl'épou-
••Tf
Anecdotes
lier. Le Khan diffimule l'horreur que lu! cauiè une pareille propcfidon , & feint de laccepter. Mais , dès qu'il fe voit maître de la ville , il l'abandonne au pillage &c aux âammes. Il part, après cette expédition^ emmenant avec lui Romilde, Tes enfâns ^ & la plupart des habitans. Pendant la mar- che , les fils de Gifulf trouvent le moyen de fe ikuver. Grimoald , le plus jeune de tous , ayant été renverfé par les fecOuf- ies de Ton cheval , Tafon , un de Tes fre-* res, fe difpofoit à le percer de ùl lance ^ pour qu'il ne tombât pas vi\'ant entre les mains de l'ennemi ; mais , attendri par les pleurs de cet enfant , il lui tend la main^ ' & le place fur b croupe de fon chevalé Cependant une troupe d'Abares pourfui-* voit vivement ces jeunes fugitif;. Un Abare, qui avoit devancé les autres , frappé de la beauté du jeuneGrimoald, l'enlevé de def^ fus le cheval de fon frère , le remet fur le fien; &, content de cette prife, il tourne bride aufli-tôt. Grimoald, qui avoit un courage & une préfence d'efprit au-def^ ' fus de fon âge , fo fàifit adroitement du poignard qui pendoit au côte du Barbare ^ & lui en donne un coup afTez fort, qui le renverfé par terre. Il fe met enfliite en îelle^ & rejoint (es frères. On verra ce jeune homme devenir un des plus £uneux rois des Lombards»
De
Italiênkis: ff
De retour en Pannonie , le Khan des Abares fait maffacrer tous- les homme$ c}u*il avoit emmenés du Frioul, & réferve pour la fervitude les femmes & les enfâns. Voulant tenir, en quelque feçon, fa parole aRomilde, il pafle une nuit avec elle; & le lendemain , il Tabandonne à la brutalité de fes foldats , ^ pour contenter, difoit-il, » la paffion favorite de cette reine. » Après ces outrages, il la fait empaler, & lui dit , en lui montrant le pieu qui devoit être rinfirument de fon fupplice : « Voilà l'é- » poux qui convient à tes femblables. »
Les quatre filles de Romilde, plus ver- tueufes que leur mère , & confervant dans Tefclavage les fentimcns d'honneur que leur infpiroit leur naiffance , eurent foin de cacher toujours dans leur fein de la chair crue , afin que Todeur infefte , qui en fortiroit , écartât ceux qui voudroient attenter à leur vertu. Leur ftratagéme réuf^ iît : les Abares, voulant s approcher d'elles, ne purent fbutenir Thorrible puanteur qu elles exhaloient. Ils crurent que cette odeur leur étoit naturelle , & fe retirèrent, en difànt groffièrement , que toutes les Lombardes exhaloient une mauvaife odeur. Ces princefTes furent , dans la fuite, rache- tées par leurs frères, qui les marièrent comme il convenoit à leur naiffance.
An, It, Partie I. E
£â
Anecdotes
Thoodelinde écrit au pape Grégoire J pour lui feïre part de la naiilànce de Ion rtls. Crcgoire lui répond pour la féliciter, 2i joint a {3 lettre des Philafleres pour le jeune prince. C'étoît une Croix conte- nant du bois de la vraie Croix , avec une leçon de l'Evangile , enfermée dans une boëte de Perfe. On donnoit le nom de pkilaHires à des reliques enchaffées dans diveries mafteres. On les portoit dévote- ment fur foi ; & l'on étoit vivement per-
LÈMIGIUS^ Exarque. AD ALOALp^ Roi des Lombards,
AG I L U L F étant mort , on proclame roi fon fils Adaloald , alors âgé de' preize ans. Théodelinde eft chargée c|e la régence , pendant la minorité dii jeune prmce.
\^ lèpre , maladie contagieufe , jufqu'a- lors inconnue, ou du moins extrêmement rare, commence cette année à fe répan- dre dans ritalie où elle devint enfuite très- commune*
Uexarque Lémîgîus fait voir par ft con- duite combien l'ambition aveugle les hommes fur leurs défauts. Ce vil eunu- que, à peine digne d'être compté parmi les hommes , ofe concevoir le defTem de fe faire empereur d'Occident; k^ tréfors & (ts careiies gagnent Tarmée : il la con- duit à Rome pour iy faire, proclamer & couronner ; m^ les foldats font à peine
Eij
S9 X N E C B O T C î
éloigna de quelques milles de Rsveiine2 qu^ font réflexion fur la baflefle du mai- tre qu^ vont fe donner. Honteux d'a- voir pu concevoir un fi lâche projet , ils maflàcrent fambideux eunuque & envoient ÙL tête à Conftantinople. Le patrice Ukac lui iiiccede.
L^lluftre Théodclinde eft enlevée , cette année , i Fltalie : cette princefle fiit prin- cipalement célèbre par fes pieufes libéra- lités. Elle fit bâtir à Monza, petite ville voifine de Milan , une fuperbe bafilique^ fous l'invocation de S. Jean - Baptifte , pa- tron des Lombards. Elle orna cette églife de préfens magnifiques , dont quelques- uns fiibfiftent encore aujourdliui. On re-' marque fiir-tout trois couronnes d'or , de chacune defquelles pend une croix d'or , enrichie.de pierres précieufes. Au dedans du cercle d'une de ces couronnes , on lit cette infcription : » Agilulf , par la gra- yf cé de Dieu , homme glorieux , roi de » toute ritalie, Tofifre à S. Jean- Baptifte » dans Feglife de Monza. » Une autre de ces couronnes eft appellée la couronne de fer , parce que le bas du cercle d'or eft garni par deaans d'un cercle de fer, que les habitans de Monza prétendent , depxns
Italiennes: 4C9
S[aelques fiecles y avoir été fait dW des doux de la croix du Sauveur*
Ce fut par les exhortations de cette piet^ ferdne, que le roi Âgilulf abjura TAria- lûfine , & rentra dans le fein de Teglife : ce fut elle auffi qm l'engagea à donner des . terres coniîdérables y 6c à accorder de grands privilèges aux ^lifes , fiir-tout aux monaf^ lus ; exemple oangereux pour fes fucceA ieurs.
«;>^SK^
£u)
ISAj4C, Exarque, ARIOALD, Roi des Lombards.
ARiOAtD, gendre de Théodelinde, avoit , auffi-tôt après la mort de cène princefle , ufurpé la couronne fur le roi fon Ijeau-frere. Adaloald avoit été deman- der du fecoiirs à I'exar(|iie de Ravenne ,
Italiennes; yt
Jfune pareille propofidon , lui crKrhe au viâge & lui reproche fbn iniblence. Ada- hilf fe retire confus & dé(e(péré; Maàs, crai- gnant que la reine ne fe plaigne à Ton époux de (â témérité , il va promptemenC trouver le roi , & lui dit qu'il a découvert que la reine a, depuis trois jours , des en- tredens (ècrets avec Tafon , duc de Frioul ;
Sa'elle a môme réfblu de Pépoufer ftc ele placer furie thrône ; que ,pour ac-* complir Ton defTein , elle doit bientôt empoifonner le roi. Arioald , fans autre examen 9 fait enfermer la reine dans le château de Lomello.
Dagobert, roi France, envoie des ambaf^ fadeurs à Arioald , pour lui demander rai- fon du mauvais traitement qu il faifoit éprou* ver à la reine Gondeberge, fà parente. Arioald répond qu'il eu convaincu que la reine efl coupable ; fur quoi les am* baflàdeurs des Francs ^ conformément à leurs inflruâions , propofent de décider la queflion par un combat finguUer, en- tre Faccuûteur & un des amis de la reine j fuivant Tufage des Lombards. Le roi y confcnt. Pifton , dcmeftique de Gonde- berge , fe préfente pour être le cham* pion de la princefTe. 11 combat & tue Ada- lulf fon accufatc^r Gondeberge efl re*
Eiv
yï Anecdotes
connue innocente , & recouvre la con^ fiance de fon époux.
Les foldats Romains, n'ayant point été payés depuis longtemps , éclatoient en mur- mures , & demandoient à grands cris leur folde à Texarque Ifaac. Celui-ci ordonne en fecret au cartulaire Maurice de leur dire que l'exarque n'avoit point de fonds , mais que le trefor de S. Jean de Latran étoit. plein de richeffes; que l'empereur avoit envoyé plusieurs fois de l'argent pour leur paye , & que le pape l'avoit toujours feit dépofer dans ce tréfor. Les foldats , ani- més par ce difcours , volent au palais de Latran : tous les officiers du pape & les ferviteurs de TEglife prennent les armes ^ & défendent l'entrée du tréfor. Les fol- dats s'obftinent, pendant trois jours, à relier dans le palais. Enfin Maurice entre dans le tréfor, & appofe le fcellé fiir toutes les armoires. L'Exarque , inflruit de ce qui s'étoit paffé , vient à Rome : îl envoie en exil, fous divers prétextes, les principaux eccléfiafliques ; fait gar- der le pape à vue; &, libre déformais , il fait enlever les vafes d'or & d'argent , les omemens précieux , & les dons fuperbes dont tant de princes avoiens enrichi la bafi- liqué de Latran. U envoie une partie de ce butin à l'empereur qui en profite , fans trop s'informer d*où il vient.
Italienne 5J ^
L'exarque de Ravenne payolt , tous les ans 9 au roi des Lombards trois cens écus d'or, pour le renouvellement de la trêve commencée en 603 . Arioald remet à l'Exar- que cette çfoece du tribut , à condition qu'il fe défera des ducs de Frioul , Tafon & Caccon , dont la puiflânce l'inquiétoit. L'exarque communique ce projet au pa- trice Grégoire , qui gouvernoit pour l'em- pereur quelques villes voifines du Frioul , & le prie de raider i l'exécuter. En con- féquence, Grégoire qui vivoit en bonne intelligence avec les ducs de Frioul , in- vite le duc Tafon à le venir voir dans la ville d'Oderzo, lui propofànt de l'adop- ter , en lui coupant la barbe , à la manière des Romains. Tafon, ne fe défiant de rien, fe rend auprès de Grégoire , accompagné de fon frère Caccon , oc d'une fuite con- venable ; mais â peine eft-il entré dans la ville d'Oderzo, qu'il reconnoît fon im- prudence. On ferme les portes, & l'on fond de toutes parts fur lui & fur fa troupe. Accablés par le nombre, ils font tous tail- lés en pièces , après s'être défendus jufqu'à la dernière extrémité. Grégoire, par une raillerie barbare , fe fait apporter la tête de Tafon, &, pour remplir fa promeffe, lui coupe la barbe.
r4
Anecdotes
ISA A C y Exarque. ROTHAR, Roi des Lombards.
[636.]t^
AP R è s la mort d'Arioald , les Loiff* bards firent à Gondeberge le même honneur qu'ils avorent &t à Théode- linde, en lui laiflànt le choix libre d'un roi. Gondeberge choifit Rothar, duc de Bre{cia ; mais ce prince ingrat , oubliant qu'il lui devoir le thrône , dépouilla ià bienfaitrice de toutes les marques de fà dignité; la relégua dans un appartement reculé du palais de Pavie , Sc fe livra tout entier à des concubines*
Les Lombards n'avoient point en juA (qu'alors de loix écrites. Ils avoient tou- jours fuivi les coutumes qu'ils avoient re- crues de leurs pères par tradition. Rothar fut leur premier légillateur. Il convoque , cette anliée , une diète générale à Pavie ; & ^ du confèntement des nobles, il j Eût plulieurs loix qu'on rédigea parécnt^ &c
\
ItàIiennes; ht
Jbiir on forma la matière d'un ëdit. Cet éSt^ contenant 386 loix,fut publié ^ Tan- née Aiivante, dans toutes les provinces /bumiies à ùl domination. On lifoit à la tête de Tédit la préface fuivante :
H Ici conmience Tédit que , de Tavis 9f de mes principaux confeillers , j*ai (ak n dans la crainte de Dieu, moi Rothar, n feptteme roi de la nation des Lombards , M la huitième année de mon règne , & la » /bixante - fepdeme depuis l'arrivée des n Lombards dans la province d'Italie, fous n Alboin, roi eh ce temps-là, par la grâce 9» de Dieu. Donné à Pavie , dans le palais. >♦ L'édit /iiivant fera voir combien je m'in- ff térefTe au bonheur de mes fujets. »
Rothar meurt âsé de quarante-fept ans , &eft enterré dans la baiilique de S. Jean , à Monza. Paul Diacre rapporte à ce fujet une hiftoire afTez peu croyable , mais qu'il afTure avoir apprife de témoins oculaires* C'étoit la coutume des Lombards d'enfe- velir les rois $c les grands feigneurs , avec leurs armes & les marques de leur dignité. Long- temps après la mort de Rothar, un voleur , pouffé par le defir du gain , ouvrit fon tombeau , & s'empara de toutes les chofes précieufes qui y étoierit renfer-
7(5 Anecdote<
mées. Il fe retiroit à la hâte avec fon hû^m
tin, lorfqu'il rencontra S. Jean - Baptift^l
3UÎ lui fit les plus vifis reproches, of lu I éclara qu'il étoit le proteftcur de Rothar .3 1 & que, pour venger l'outrage qu'il lui avoi feit , il lui interdifoit l'entrée de Ton égliie.- En effet, depuis ce Jour, lorlque le voleui vouloit entrer dans la balîlique de S. Jeaa^ îl fentoit comme la pointe d'une épée quL, s'appuyant fur & gorge ,1e forçoit à s*él(û- gner. - *'
\ii,\,it. TVï* E s." 77"
RODOALD» Roi des Lombar<]s;
ROqoild, ïils de Rothar , Tuccede à (on peie-. (qï\ lègne ne dura que . àimiùxmcns. kyant violé la femme d'un Umiaid , V'époui furieux \ava ïâ honte ^^ le iâi^ de ce prince.
L'flnpweur Conftant II avo'it publié , en <4^» un édit par lequel il étoit défemîu <ledifputer fur les matières de religion. L'hé- fénedesMonothélites , qui régnou alors, y siioit donné lieu. Le pape Martin 1. coi>- ^*wu, dans un concile , Tédit de Cont tant- L'wiçCTeur indigné chargea l'exar- ^e Olympius de s'aiuirer de U perfoime ^^Ç3^. Ôlympius , après avoir pafleen vain une grande parrie de cette annte à ' Rome, (ans avoir pu trouver l« moyens <Je fe (iidr du pape , rérolut de Vaffaffinet oi trjhîfon. Sous préte-xte de recevoir la Communion de la mairi du pontife, ii fe rendit dans VégUre de faîme Marie ma^ jeure, où Marrin officioit folemnellement.
•p6 Anecdote*
mécs. Il Ce retiroit à la hâte avec (on hfi tin, lorfqu'il rencontra S. Jean-Bapiille cjui lui fit les plus vi^ reproches, 5c liû dL'cl.ira qu'il étoit le proteftcur de Rothar, ' 6: que, pour venger l'outrage qu'il lui avoit taii , i! lui intcrdiibit l'entrée de fou égliie. En effet, depuis ce jour, lorlijue le voleur voiiJiîit entrer dans ta bafilique de S. Jean, il ("cntoit comme la pointe d'une cpée qui, ^'appuyant fur là gorge , le forqoit à s'éloi- gner.
Italiennes; 77
OLYMPIUS, Exarque. RODOALD, Roi des Lombards;
ROdoald, fils de Rothar , fuccede â fon père : fon règne ne dura que . cinq à fix mois. Ayant violé la femme d'un Lombard , Tépoux furieux lava fà honte dans le ùng de ce prince.
L'empereur Confiant II avoit publié, en 648, un édit par lequel il étoit défendu de difputer fur les matières de religion. L'hé- réfie des Monothélites , qui régnoit alors, y avoit donné lieu. Le pape Martin I. con- damna, dans un concile, fédit de ConA tant. L'empereur indigné chargea l'exar- que Olympius de s'aflurer de la perfonne du pape. Olympius , après avoir pafle en vain une grande partie de cette année à ^ Rome, (ans avoir pu trouver les moyens de fc fîiifir du pape , réfolut de l'aflaffiner en trahifon. Sous prétexte de recevoir la Communion de la main du pontife , il fe rendit dans Téglife de fainte Marie ma- jeure , où Martin officioit folemnellement.
7* AKECOOTE'rf
mées. n fe retiroit à b hâte avec Ton In^ '; tin, lodqu'il rencontra S. Jean-Baptifte'' qui lui fit les piu« vi& reproches, oC Iiâ ; cédaia qu'il éioit le proteâeur de Rothar, &que, pour venger foutrage qu'il lui avoit ^t , il lui interdâbit l'entrée de fon églîTe. En effet, depuis ce jour, loiique le voleur vouloit entret dans la bafUique de S. Jean, îl fentoit comme la pointe d'une épëe quï^ s'appuyant iûr fâ gorge , le tbrçott à s'éltâr
A
Italiennes. 8i
Martin ëtant arrive à Conibntinople , on le laifTe au port, depuis le matin jiifqu'à quatre heures après-midi , couché dans le vaiiTeau fur un grabat, expofé en fpedacle â tout le monde. Vers le coucher du fo- leil , on le tire de la barque , & on le porte fiir un brancard dans une prifon , où il de- meure trois mois unis parler à perfbnhe. Au bout de ce tems , il éft interrogé par le (âcellaire ; &c,fes réponfes n'ayant pu ia- tisfiaire des ennemis acharnés à fà perte , il cft livré entre les mains du préfet de Con/lantinople , qui lui fait foufTrir les plus indignes traitemens. Les bourreaux fe faifîflent de h peribnne ; lui ôtent fon pallium fkcerdoml , & le dépouillent de tous Tes habits. Dans cet état ils lui met- tent un carcan de fer au col , & le traî- nent inhumainement par toutes les rues de la ville. Après avoir été ainfi expofé aux infultes de la populace, il eft chargé de chaî- nes , &c reconduit en prifon. On le traî- noit avec tant de violence , qu'en mon- tant les degrés, qui étoient hauts & rudes, il s'écorcha les jambes & les jarrets , & en- fanglanta Tefcalier. Le froid étoit alors exceffif. Deux femmes , qui gardoient les clefs delà prifon, touchées de compaflion An. It. Partie L F
ît Anecdotes
pour ce vénérable vieillard , le mirent dani un lit, 6c le couvrirent bien pour le ré- chauffer. Après trois mois d'uneVigoureufe captivité , Martin fut envoyé en exil d^ins la Cherfonnèfe où il mourut.
Aripert meurt, après avoir régné neuf ans. Avant la mort , il avoit partagé ièfi Etats entre fes deux fils Penharit & Gondebert , qui prirent aufli-tôt poflèf- Cion de la part qu'il leur avoit adignée.
Italiennes; 83
THÉODORE CALLIOPAS,
Exarque. PERTHARIT & GONDEBERT,
Rois des Lombards.
L'Ambition ni tarde pas à défunir les deux frères ; chacun vouloir régner feul. Gbndebert , fe /entant peut-être plus foible , envoie Garibald , dud de Turin ^ demander du fècours à Grimoald , duc de Bénevent. Garibald , abufant de la con- fiance deGondebert, exhorte Grimoald à profiter de la querelle des, deux frères , pour s'emparer lui-même du thrône. Ce confeil âattoit trop Tambitieux Grimoald , pour qu'il ne le fuivît pas. Il fe met en marche i la tête d'une armée confidéra- ble, & fe hâte de joindre Gondebert. Cependant Garibald , continuant de jouer fonrôle, confeilleà Gondebert déloger le duc de Bénevent dans fon palais ; mais il lui fait entendre qu'il ne doit pas fe fier aveuglément à lui, ni fe trouver avec le duc^ Êins avoir des armes fous fes habits. Gon- debert approuve ce dangereux avis; mais, lorfque les deux princes fe voient, pour I9
Fij
84 Anecdotes
piemicrefois,Grimoalti,s';tppcrccvanlq Goiidebert étoir -jxmé , !e perce de loi épée, & l« iaifft.' étendu mort liir la phct Il s'empare enfuîte de l'avie , & des autre Etats de ce prîiice. Penliarit, prince foible b( timide, apprenant le t'um-fle fort dcfoq frère, prend la fuite avec priicipitation ; i moins toigneiis (jue le pieux ttiée, il Ui0l au pouvoir de l'ennemi là femme Rodâî linde, & jbn fils CuniJ^ert. Grimoald à^ livré de Ces deux rivaux, fe fcit proclama roi à Milan ; 6c pour couvrir fon ururoa-l Hon, il fait afleoir avec-lui fur !e tdrofl^
t:, fœm dp Perllnrir ^T de finndpl.crr
Italiennes. 85
jet de réunir l'Italie à fon empire. Il s'em- barque à Conftantinople , Air une flotte confidérable , &C vient aborder à Tarente. Son arrivée répand la frayeur chez les peu- ples voifins. Il profite de cette première iinpreffîon ^ &c amége Bénevcnt. Romoald, fils de Grimoald, chargé par fon père du gouvernement de fcs Etats , fe voyant vi- vement prefTé par l'empereur , envoie Se- fuald , fon gouverneur , demander du fe- cours à fon père. Grimoald fe hâte d'af- fembler une armée. Arrivé fur les frontiè- res du duché de Bénévent, il envoie Sé- fuald annoncer à fon fils , qu'il approche. Séfuald eft pris en chemin par les Grecs. L'empereur le fait conduire fous les murs de la ville , & lui ordonne , fous peine de la vie, de dire aux affiégcs , qu'ils n'ont au- cun fecours à efpércr. Mais Séfuald, ap- percevant Romoald , s'écrie de toutes fes forces : « Ayez bon courage, mon prince, » votre père eft. arrivé fur les bords du San- f> gro , & va bientôt attaquer vos ennemis. » Prenez foin , je vous en conjure , de ma » femme & de mes enfens. Les Grecs vont » me faire payer de ma tôte l'avis que je >»vous donne.» En effet Tcmpereur irrité fait trancher la tctc à ce fidèle officier, &C la fait lancer dans la ville , à l'aide d'une machine. Romoald l'arrofa de fcs larmes, & la fit enfevelir avec honneur.
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8ô Anecdotes
L'empereur, Déjugeant pas à propot d'^itteiidre Grimoald , levé le fiége de Bê- neveiit, & fe retire vers Naples, Dans la retraite , Jbn arriere-garde eft taillée en pièces par un détachement de l'armée Lom- barde. Ce prince, (juclque tems après. Te rend à Rome, Il y avoit long-tems que cette capitale n'avoit joui de la prérençe d'un empereur. On fit à Confiant la ré- ception h plus magnifique. Le pape & le clergé allèrent au-devant de lui, à dx milles des portes, & le conduifirent comme en triomphe dans la bafilique de S. Pierre, Ce prince laifla de riches préfens à cette ^(îlile, & à celle de fainte M.irie majeure.
Italiennes: 8^
îieuX) auquel ils rendoient un culte fuper(E* deux. Une des cërémonies principales de ce cnke confiftoit à fufpenare un cuir au& branches de cet arbre. Enfuite , montant i cbeval , & courant à toute bride , ils lan* cotent, par-deiTus l'épaule, des dards con- tre ce cuir, ikns le voir. Ceux qui étoient aflez heureux pour arracher avec leurs dards quelques lambeaux de ce cuir facre, les comervoient précieufement, & les re* gardoient comme un préfêrvacif afTuré con* tre toutes fortes de dangers. Lorfque l'em- pereur Con/bnt vint mettre le fiëge dè- Tant Bénevent , un faint prêtre , nomme Barbatns y fàifit cette occafîon pour dé- truire ce reft^ odieux du paganifme. Il fit promettre au duc Romoald d'abolir cette cérémonie fuperftitieufe , fi Dieu fauvoit la ville de la fureur des Grecs. Dès que Le iiége fut levé , Barbatus , accompagné dé quelques zélés Catholiques , courut abbatre cet arbre fàcrilége , & couvrit d'un mon- ceau, de terre la place où il avoit été.
Le malheureux Pertharit s'étoît retiré auprès du Khan des Abares. Grimoald, ne fe croyant pas en fureté fur le thrône , tant qu'il auroit à craindre un fi dange- feux rival , enveya prier le Rhan de le lU*
Fiv
S9 Anecootes-
livrer. Le Khan répondit aiuc ambaflk« deurs : « Les dieux font témoins des fer* »» mens que j'ai faits. Ils me puniraient , »»fij'orois les violer.» Mais, lorfque les ambafladeurs lui déclarèrent au'il devoit s'attendre à la guerre , s'il soBftinoit à garder Pertharlt dans fes Etats , le Khan, allarmé de cette menace 9 pria Pertharit de fe choifir un afyle plus (âr.
Ne fçachant où porter .fes pas , le malheu- reux monarque prend une réfoludon bien étrange. II avoit entendu vanter la dé- mence de Grimoald ; il ofe en faire Té- preuve, &part, dans le deflein defe re- mettre lui-même entre les mains da l'unir- pateur. Lorfqu'il eft près de Pavie , il en- voya Unuif , le plus fidèle de fes ferviteurs , en donner avis à Grimoald. Ce prince avoir Tame grande & généreufe : frappé de la démarche haroie de Pertharit , il jure qu'il ne lui fera fait aucun mal. Pertha- rit , fur fâ parole, fe rend à la cour. Lorf^ qu'il aborda Grimoald , il voulut fe jetter à fes pieds ; cette bafTeffe ne dut pas plaire à Grimoald : il ne voulut pas foufllnr qu'un prince s'humiliât devant lui jufqu'à ce point. Il embrafTa Pertharit , lui jura une amitié (încere , & lui donna un magnifique pa- lais dans Pavie.
La généfofîté de Grimoald ne fe foutint pas. Jaloux de rafTc^ion que les grands &c
Italienne s: S^
le peuple témoignoîent à Pertharit ; effrayé (Tailleurs par les foupçons de fcs miniftres , il réfolut de s'affurer de la perfonne de ce prince. Il engagea Pertharit à donner à fss amis un magnilîque repas , dont il fit lui- méme la dépcnfe , efpérant que ce prince s enyvreroît, & que, pendant l'on yvrefTe, il feroit aifé de l'enlever. Pertharit fut averti des funeftes defTeins de Grimoald. II fçut fi bien tromper les convives , qu'il parut boire autant de vin que les autres , quoi- qu'il n'eût bu que de l'eau pendant tout le repas ; & , lorsqu'il alla Te coucher , on le crut auffi yvre que les autres. A peine fe fut-il mis au lit , que le palais flit invefli. Alors le fidèle Unulf le déguiû fous les habits d'un cfclavc ; le chargea de quel- ques meubles, &le fit marcher devant lui, en lui dilànt des injures , & lui donnant même quelques coups de bâton. Les gar- des trompés le laifl'ercnt fortir du palais. Il conduifit ainfi fon maître vers un en- droit des remparts , où il avolt ordonné à quelques domeftiqucs de Tattcndre. Ils fe gl^fler^nt, le long du mur, avec des cordes; montèrent fur des chevaux , qu'ils trou- vèrent dans une prairie voifîne, & prirent la route de Turin , pour fe renare en France.
Cependant Grimoald , croyant avoir Pertharit en fa puiflance , ordonne qu'on
'ço Anecdote*
amené ce prince. On va ftapper i I appartement. Un valet de chambre, en étoit refté , répond , ùm ouvrir , que î maître repofe , & qu'il a tant bu qu^9 peut rien ententlre. On rapporte cette ï ponfe àGrimoald, qui perfide à voU qu'on le lui amené fur le champ. Le K de chambre ne voulant pas ouvrir, onl fonce la porte ; on cherche par-tout ri tharit, mais en vsdn. Le domeftique ( clare enfin que fon maître n'eft plus dans- Pavie. On le traîne aulïî-tôt devant Gri- moald, auquel il raconte ia manière dont Pettharit s'eft fauve. Grimoald demande alors à fcs courtifans ce qu'ils penfent qu'on doit feire de cet homme. Tous pro- noncent qu'il mérite h mort: «Vous yous
I T A L I E N N E S« 91
Ibnme. Le valet de chambre zyant fait pa« Tohe les mêmes fentimens, Grimpald leur permet d'emporter tout ce qu'ils ont de plus précieux , & d'aller joindre leur maî- tre; enviant le fort de Pertharît, qui , dans ûl diigrace y trouvoit encore des lerviteurs û fidèles.
Grimoald;- voulant châtier la rébellion de Loup, duc deFrioul, engage le Khan des Âbares à faire des courfes dans le Frioul. Le Khan fait plus que Grimoald ne demande. Il bat le duc de Frioul dans une grande bataille où ce prince laifTe la vie, & porte le fer & le feu dans les bourgs & dans les villages. Grimoald l'ayant fait prier de fe retirer , il ré- pond qu'il a fait la conquête du Frioul, èc qu'il prétend la conferver. Au/fi-tot Gri- moald levé des troupes, & entre dans le Frioul. Le Khan lui ayant envoyé des am- bafTadeurs, il leur fit attendre long-tems fa lëponfe. Tous les jours il faifoit en leur préfence la revue de la plus grande partie de fon armée. Quoiqu'elle fût afTez peu nombreufe, il trouva le fecret de la leur faire paroître fort confidcrable. Il en faifoit pafTer chaque fois devant eux divers corps, toujours les mêmes , mais deguifés fous des habits & des armes différentes. U les ren-
.'il ne s'en retoumoît, promptement dans fes Etats, lui-ni^iiie irott ' lui en montrer le chemin , avec (oute crtts multitude qu'ils avoieni vue. Le Khan, fat ^ le rapport de fes ambaïïadeurs , n'eut ricn- de plus prefle que de vuider le Frioiii. i Le pape Vilalien avoit exigé de MauT, archevêque de Ravenne, un afte de (bd-' miflion. L'archevfique avoit répondu qu'il étoit fui^ris de la prétention du pape; qu'ils, étoient convenus de ne point s a^ quiéter l'un l'autre; qu'il avoit l'afte et
Italiennes. 95
auparavant , en abbattant un arbre , refte defidolatrie des Lombards, iouiiToitd'un grand crédit auprès de'i héoclerade, époufe de Romoaid , duc de Bénevent ; il s'en ièmt pour abolir julqu'aux moindres verti- ges du paganiime. Sçachant que Romoaid confervoit dans fon cabinet une vipère d'or, idole qui lui avoit été tranlinife par les ancêtres , & foupçonnant le duc de lui rendre quelque culte, un jour que ce prince étoit à la chafTe , il pria la duchefTc de lui remettre cette idole, & la brifà fur le champ^ Il en employa le métal à faire un calice & Une patène d'une grandeur extraordinaire.
Les duels judiciaires étoient en udige chez les Lombards. Un homme, acculé d\ia crime , fe battoit contre fon accufateur ; sM etoit vainqueur , il étoit réputé innocent. On prétend que les Lombards furent Ls premiers peuples , qui s'aviferent de cher- cher la vérité par cet étrange moyen. Civi- moald, ne pouvant abolir entiéremenr cette coutume barbare , fe contenta d'ordonner que, dans les queftions d'état, & lorfqu'il sagiroit deporteffion de biens, les duels ne feroient plus permis après trente ans.
-^•[670.10^ Les Eklavons font une irruption dans h
94 Anecdotes
Frioul , & veulent (urprendrc Cîvidat , c pitalc dece duché. Veilaris, duc de Frioul, informé de leur arrivée, wvanceavec vingt* cinq chevaux , julqu'au pont de la rivière de Natilbne , de l autre côté de laquelle les Barbares étoie^nt campés. Ceux-ci , voyant venir à eux cette petite poignée de gens, commencent à crier par dérifion : M Voici le patriarche qui vient nous com- »> battre avec ïbn clergé, w Le duc , les en- tendant , levé auflî-tôt la viiîere de fon caf'que. Les Abares le reconnoilfent , Sc s'imaginent que Ton armée le lîiit à quel- ■ que diflance. Ilsprennent auflî-tôt la fuite.
I T A t I E N K Ê s. 9^
GRE GO IRE y Exarque.
PERTHARIT rétabli.
VÎK>[67i,]ofW
GRiMOALD laiflbit un fils, encore enfant , nommé Garibald , qui fut Eroclaméroi ; mais Pertharic, informé de i mort -de Grimoald, s'avança auffi - tôt fiir les frontières du royaume. Dès qu'il parut 9 les Lombards fe déclarèrent en fa Êiveur. Tous les officiers du palais , fuivîs d'une foule de peuple , vinrent au-devant Im, & le conduifirent à Pavie. Ainfi Per- diarit remonta fur le thrône , après neuf ans d'exil , & trois mois après la mort de Grimoald. Sa femme & fon fils, lui furent rendus par Romoaldl, duc de Béncvent, k qui Crrimoald en avoit confié la garde.
Maur, archevêque de Ravenne, célè- bre par fes difputesavec l'évoque de Rome, meurt, cette année, dans la difgracedu fiége apoftolique. Lorfqu'il fentit fa fin appro- cher , il fit affemhler fon clergé autour de Ton lit ^ & demanda pardon à tous fes
9^ Anecdotes
prêtres du ftand.Jequ'il pouvoit teur^ csvti'i- ; mais , en môme teim , il leur ceç manda irrflamment de fe coilferver t jours indépendans de l*i5v<;qiie de Roi & de ne jamais rentrer fous le joug ï prétendoil impofer à toutes les églifcs3
Rodelinde, époufe de Penhariti acher cette année, la nouvelle églife qu'elle fàS'^ ibi( élever à Pavie. 11 y avoit auprès <ie cette balilique un fameux cimetiète. o^^ les nobles Lombards fe feifoient enteirwj^
fe iàit rétablir dans Ton fîége. II pa/Ta pat ftvie , où il fiit très-bien reçu du roi Per-^ thariti Ce prince, dans une conveHàtion qu^ eut avec Tarchevêque , lui dit qu'on lai avoit offert de grands préfens , pour
Îu'îl le retînt prifonnier & qu'il Tempêchât aller à Rome : « Mais , ajoûta-t-il , en lui rurontant la manière dont il avoit été traité lui-même par le Khan des Abares , qui ft'avoil jamais voulu le livrer a Gri- inoald^vous êtes en (urcté dans mes Etats» » Si les droits facrés de Thofpitalité ont eu )» tant de pouvoir fur le cœur d'un prince »» barbare & idolâtre , ne dois-je pas , k H plus forte raifbn , les refpefter , moi qui >» connois & adore le vrai Dieu ? Non ^ H pour tous les thréfors du monde , je ne >» voudrois point perdre mon ame. » Per»- tharit garda plufieurs jours Wilfrid à fk cour ; le combla de carefles , & le fit cfcorter jufqu'à Rome«
On voit par une lettre du pape Aga- thon , combien fignorance étoit grande alors, en Italie, parmi les eccléfiaftiques. ce pontife, envoyant à l'empereur de Conf- tantinople des légats pour lui rendre compte de ce qui s'étoit pafjTé dans un concile tenu à Rome, s'excufe fur le choix
An. It. P^nic I. G
^ Ahecdot £ s
ie ces légats, & dît qu'ils font telsqui^ a pu les trouver dans une province ré- duite en (ervitude , & déchirée par des guerres continuelles. D ajoute : «<Des hom- n mes, habitans au milieu dcsBarfaares^ » forcés de fe procurer par le travail de n leurs mains leur Aibfiftance )oun»- m liere , pourroient-ils acquérnr la (cieace n que leur état fembte exiger? >»
L'exarque Théodore U, ayant perdu {<m fecrétau-e, cherchoît par-tout quelqu'un que lut capable d'écrire les lettres qu'il étoit obligé d'adrefier à l'empereur. Quelques nobles de Ravenne lui préfenterent ua citoyen de cette ville , aune très-petite t^e , & difforme de vifage, nommé Jaa/if mec. Théodore , à la vue de cet homme , dont Fextérieur n'annonçoit rien de bon ^ dit à ceux qui le lui avoient amené : i».Vousm'oârez-làunfecrétairede bienmaur 9» vaife mine, n On lui propoià de Êdre l'ef- iài de fon (çavoir. L'exarque fe fit appor- ter une lettre écrite en grec y qu'il avoit reçue de l'empereur , & la mit entre les mains de Joannice , qui lui demanda s^ vouloit qu'il la lût en grec ou en latin ? Alors l'exarque lui donna une lettre Iatine> qu'il lui dit de lire en grec« Joannice ht m avec un fuccés qui furprit Théodore: il le rednt pour fon fecréiaire»
Italiennes. 9^
L'Italie eft affligée d'une horrible pefte ÇMÉdt fur - tout de grands ravages à Pa- Vïc Quelques perfonnes crédules , à qui b crainte du danger avoit troublé la tête , Anaginerçnt voir un diable , qui , durant la plus grande violence de la pefte , frap- poit aux portes des maifons avec un dard ; oc remarquèrent qu'il mouroit dans cha- cune autant de peifonnes qu^l avoit frappé de coups. Quelques - uns affurerent qu'il leur avoit été révélé que le moyen de fedre ceflèr la pefte, étoit d'ériger un au- tel en l'honneur de S. Sébaftien dans Té- gUfe de S. Piei*re-aux-Liens , à Pavie. La crainte rend les hommes furperftitieux. On s^empreflk d'exécuter ce que prefcrivoit la prétendue révélation. On n'élevoit point alors d'autels , qu'on n'y mît des reliques du Saint auquel ils étoient con&crés : on Ht donc venir de Rt>me des reliques de S» Sébaftien ; on les plaça dans l'autel qui fut érigé avec les folemnités ordinaires, Auffi- tôt après , la pefte cefla : on ne crut pas pouvoir attribuer la fin de ce fléau à une autre caufe qu'au pouvoir de S. Sébaftien ; & depuis ce temps , ce Saint fut toujours invoqué en Italie , dans les temps de pefte.
1
iOO AKECDÔTES
Adoption finguliere des fils de l'empe- reur Conftantin Pogonat , par le pape Be* noLt II. Elle confilïoit à recevoir honor»< blement quelques boucles des cheveux ties perfonnes qu'on vouloît adopter. L'empereur, voulant donner au fouverain jKimit'i; une nouvelle marque de fa bien- veillance , lui fit remettre en même terni un afte authentique^ par lequel il difpen- foit .1 l'avenir les papes de faire confirmer leur cleftion.
Italiennes. i<^i^ JEAN PLATYN y Exarque;
CUNIBERT, Roi des Lombards.
ALachis, un des plus puiflkns vaf- ÙMx de Cunibert, entre, à la tête d'une armée, dans la '\alle dePavie , pendant Tab- fence du roi des Lombards ; fe rend maî- tre du palais, & fefait proclamer roi. Cu- nibert, n ayant pas aflez de troupes pour tenir tête à Tufurpateur, fe retire dans Tifle de Comacine & 's'y fortifie.
L'avarice imprudente d'Alachis lui ra- vit bientôt le fruit de fon crime. Ses prin- cipaux amis étoient deux frères , nom- més Aldon & Grawfon , les plus riches citoyens deBrefcia, qui avoîent beaucoup contribné à l'élever fur le thrône. Dès qu'il fe vit parvenu au rang qu'il avoit ambi- tionné , il oublia les fer\'ic^s de fes deux amis , & ne fongea qu'à s'emparer de leurs biens. Aldon avoit un jeune fils, quiétoit page à la cour. Alachis comptant un jour, fur une table , des écus d'or , en laifla tomber un ; le fils d' Aldon le ramaffa ôc le lui rendit : « Oh ! dit Alachis à c«t en-.
lOi Anecdote^
»t tTint,ton père en a beaucoup « Scjcf* yt père qu'il me !es lionnera bieiittx. » Ce dilcours ayant été rapporté aux <lcui frcres , ils (e hâteretit de prendre des me- iurc- pour leur lïireié. lis commencèrent par con/ëtUer à AJachi'i de ne pas toujouis reftt'r enfermé dans Pavle : « II fiiut, lui di- (oient-iU, témoigner plus de confiance à M vus fujets, pour mieux vous aflurer de M leur fidelité-Abfentez-vouSipourqnelqua »• temps, de la ville : jouiffez du plaifirde )i t^ chaffe : nous veillerons en votre ab- » iVncc à h garde de Piivie. uSur leur pa-
I T A I I E K K Ë è. 10)
ftr,& fe place en embufcade. Comme
lUesdâîloient par pelotons, il tombe fuc-
ceffivement fur chacun ; fe fait prêter fer*
fecftt de fidélité par les officiers & par les
fbldats, empêchant fur-^tout qu'aucun ne
retourne en arrière ; &, par ce flratagéme^
il Te voit à la tête d'une armée deftinée
â le combattre. Alors il s'avance vers Pa-
vie , & ne tarde pas à rencontrer Cunibert^
oui Tattendoit dans une grande plaine près
de Came. Cunibert lui propofè de vuider
leur différend par un combat fingulier ;
fnsûs il lerefîifè, alléguant, pour raifon ^e
Cunibert étoit bien plus robufle &c plus
vigoureux que lui*. Tandis que les deux
armées fe rangent en bataille, 2Lénon, diacre
de Péglife de Pavie , demande à parler à
Cumbert ; il étoit de la même taille que
le roi des Lombards : « Prince , lui dit-il ,
n lorfqu^il fut en fa préfence , de votre
m vie dépend le deftin de l'Etat; nos en- '
M nemis, dans la bataille, ne s'attacheront
n qu'à vous faire périr; fouflrez que je
n prenne vos armes ; que je combatte en
* La preuve qu'il en donna , ce fut que , lorf^ ou'étant enfans l'un & l'autre , ils jouoient en* iembte daas le palais de Pavie , Cunibert faiCT- foit de très-gros moutons par la laine , & les le* Tok en Fur d'une feule mam y ce qu'Alachis n*Br- vw îasMiis-p» Caire.
Giv
i04 Anecdotes M votre place , & fous votre nom. La v3 » d'un prêtre oblcur comme moi , ne peui ►f ÈtTe mieux employée qu'à conferver de jt jours auflï précieux que les vôtres. « CunJbert, iênfible à cette marque d'alTecî tion fi extraordinaire dans un ecclt^ftaf tique, lui refufe d'abord la grâce qu'il lit <l=m3nde ; mais les tn{lances de toute ^ cour le forcent enfin à la lui accordée Zenon , revêtu des armes de Cuniberti attire fur lui feul tous les coups des en remis. Alachîs , accompagné des plui braves de fon armée, le cherche de toute) pans. Enfin le prétendu roi, accablé dtil trJits qu'on lui Innce , tombe mon. Ata-
'Italiennes. lof
Cnnibert remporte une viftoire complette. Ce prince , en reconnoiflance, fit élever un fiiperbe maufblée devant k porte de la kfilique de S. Jean.
-Hpa[ 694. }Jg^
n eft quelquefois dangereux de rendre cle trop grands fervices. Âldon & Grawfon réprouvèrent. Cunîbert , rétabli par leur moyen fur le thrône , ne tarda pas à re- douter la puifiance de deux fujets capa- ble de détfarôner & de rétablir des rois à leur gré. U s'entretenoit un jour tête-à-tête avec fon grand écuyer fur les moyens de fe défaire de ces deux hommes trop puiflâns. Il croyoit la converÊition bien fecrette; elle fut cependant entendue. Les deux frères , inflruits des funefles projets du roi, fe réfugient dans uneéglife, &c fe cachent derrière l'autel. Cunibert s'entre- tenoit encore avec fon écuyer, lorfqu'on vint lui dire qu'AIdon & Grawfon avoient pourvu à leur fureté , & cherché un afyle aux pieds des autels. Etrangeçient furpris & cette nouvelle , & ne . pouvant s'imagi- ner par quel moyen les deux frères avoient pu pénétrer (es deffeins , il les envoie cher- cher , & leur donne fâ parole qu'il ne leur fera fait aucun mal. Après quelques ^pUciitions , il reconnoic leur innocence ^
io6 Anecdotes
& Ici reçoit (lan« fei bonnet gracet ; nuW il ;>'ol)fline à leur demander par t]ui ib ont appris la converi'ation avec l'écuyer. Alors les deux frères lui font un ponrak bizarre d'une perlbnne ablblument incon- nue. Le roi, (impie & crédule, s'irn** glne bonnement que c'eft quelque mau- vais génie qui fe plaît à le perfôcuKi» & ne tait pas d'autre recherche. ^h
À Ravenne, les habitans avoient cou^
r
Italiennes; lof
•$i fuccès- n'en fut pas plus heureux pour ceux de k Poterne 9 qui furent encore vaincus y & dont un grand nombre refta fur la place ^ parce que les combattans s'étoient fervis y non-feulement de pierres , mais aufli de i»tons & d'épées. Les v^ncus , défefpë* nuis de pouvoir fe venger de leurs ennemis par la force ouverte , formèrent le projet de la plus noire trahifon* Ils feignirent de fe réconcilier fincérement avec les vain- crueurs : mais , le dimanche fuivant , après 1 office du matin , chacun des hommes du quartier de la Poterne en invita un du quartier de Trigur à venir déjeuner chez lui. Ils étoient convenus entr^eux d'aP- fkffiner chacun leur hôte ; ce qu^ils exé- cutèrent, fans qu'il en échappât un feul. Pour cacher leur crime , ils enfouirent fecrettement les cadavres dans la terre, ou les jetterent dans les égouts. Lorfqu'on s'apperqut dans la ville, qu'il manquoit un fi grand nombre de citoyens , fans qu'on pût fi^avoir ce qu'ils étoient devenus , la défolation fe répandit dans toutes les famil- les qui avoient part à cette perte. Damien , archevêque de Ravenne, ordonna, pendant trois jours , un jeune folemnel & une pro- cefCon générale. Il y aflîfla, précédé des ec- cléfiaftiques & des moines vénis clefàcs , & couverts de cendres.Les habitansde la ville, de tout âge &c de toute condition ^ y mar^*
,ïo8 Anecdotes
choient enftiite , les cheveux ^pars , Scpoi^ tans le cilice. Les femrnes , les veuves Se U filles ruivoicnt en habits de deuil, avec iquia les martjucsdc la plus vive douleur.Les tro^ jours étant L-Àpirés , les cadavres des Trigt riens, furent découverts ; &t leurs meurtrier furempunis du dernier fupplice. On fit mou- rir avec eux leurs femmes & leurs enl'ans^ 6f , pour abolir jurcu'aux moindres traces de ce crime, on détrudit leurs inaifbns« 8c l'on en confuma les démolitions parle i-jn : le quaftter qu'ils habitoient fut apij pelié /i quartier des affajjini. ^
lla^e; fit venir Thëodote au palais, ich trouva difpofëe à écouter fà paffion : il entretint ainn avec elle un commerce iècret pendant quelque temps ; mais il ne tarda pas à s'en dégoûter. Il la fit entrer au monaftere de Sainte Marie , dont elle fiit abbefle.
^*5Kt [700,]e^
Le roi Cunibert meurt , auffi regretté que fon père. Son fils Liutpert lui fuccede; mais^ ù. jeunefle ne lui permettant pas en« core de gouverner par lui-même, AnA prand , fon tuteur, eft chargé de la régence du royaume.
Mécontent de cette dlfpofition , Ragom-^ bert, duc de Turin, fils de Pertharit, fe prépare à faire valoir fes droits à la cou- ronne. Il s'avance à la tête d'une armée vers Pavie; défait Liutpert dans une ba- taille , 6c s'empare du thrône. Sa mort, arrivée huit mois après , y fait monter fon fils Aripert.
i!o Anecdotes
THÈOPHYLACTE, Exar^ta ARIPERT II, Roi des Lombard*.^ Vl^[ 701. ]«^(*"
ANsPRAND fait de nouveaux effort pour rétablirfur le thrône le jeune Liid p<:rt : i! eft baftu une féconde fois. Liutpert blefle tians le combat, eft fait prifonnia Aripert, pour s'afTurcr le tlirône , 6le II vie à ce jeune prince. Il iàit aufli péri par différent fupplices, la femme, les entâiu & les principaux amis d'Anfpiand , Sa nfl fait grâce qu à Liulprand , foti fécond ""*
'JTK'[7o6...]v^
Italienne $• tif
ttent quelques chefs des Efclavôns , fes voifins , à faireune irruption dans le Frioul. Les Barbares ne Ce le font pas dire deux fob. Usfe jettent en très-grand nombre fur ks terres du duc; enlèvent les troupeaux^ & portent par-tout le fer &c la flamme. Le Sculdaïsy ou juge du canton qu'ils a voient lavagé y s'étoit hâté de ^e prendre les ar« mes aux habitans; mais« comme un torrent rapide, les Efclavons n'avoient fait que
riffer ; & ce fut inutilement qu^il fe mit leur pourfuîte: il ne put jamais les attein* dre. Ferdulf, homme aufli peu mefuré dans iesdiicours, quepréfomptueux dans (es en- trepri/ês, voyant revenir le Sculdaïs (ans avoir rien fait , lui dit qu'il étoit fort bien nommé y & qu'il n'étoit en effet qu'un poltron : le Sculdaïs s'appelloit Argaid^ &c le mot Arga^ dans la langue des Lombards ^ fîgnifîoit poltron. Il eft aifé de juger cqm- bien une pareille injure , chez cette nation guerrière , étoit outrageante poiir un hom- me de qualité ^ comme étoit Argaïd : auffi fon reffentiment éclata-t-il auffi-tôt. Il ré- pondit fièrement au duc , qu'il fouhaitoit pouvoir trouver, avant que de mourir, une occafîon , qui fit voir lequel étoit le plus poltron, du duc , ou de lui. Cette occafîon ne tarda pas à fe préfenter. Les Efclavons étant revenus dans le Frioul, quelques jours
Italiennes. hj
toatre les Efclavons , & les iàit élever
aï« fa propres fils. Il avoit épouje une
«ttiple payfaane , nommée Rathâerge ^ qm
o'étoit pas jolie , &c qui n'avoit rien de re-
tommandable que fes vertus. Elle n'avoir
;2inais oublié fbn premier état ; & , lorf-
qu'elle vit fon époux devenu duc, elle le
preflà pluHeurs fois de la répudier , pour
prendre une autre fetnme , dont la naiC-
unce fût plus digne du rang qu'il occu-
poic
'^[ 709. y^
L.*enipeceur Juûinien II, ayant appris que les habiians de Ravenne s'étoient réjouis des dilgraces qu'il avoit eiTuyécs dans fon expédition contre les Sarafins, envoie ordre au patriee Théodore , gouverneur de Sicile , d'en tirer vengeance. Théodore fait au0ï-tôt embarquer des troupes, 6c les conduit lui-même à Ravenne ; niais , ne voulant point entrer dans la ville , il fait drelTêr, à quelque di^ice, un camp niagniiique , au milieu ' duquel étoit fon pavillon. Tous les nobles de Ravenne fe hâtent d'aller lui taire leur cour. On l'es ad- nietdeui(àdeux à l'audience. A mcfure qu'ils entrent, des foldats apoftés fe jettent iîit eux; IcHrmettent des bâillons; les chargent de chaînes, & les traînent fecretcementdan; les vaineaux. Théodore entre enlliite daos
An. lu Partie r. H
'tî4 Anecdotes
Rrwenne. Il livre cette ville au pillage; &^ lorl'cjiie la brutalité de fes foldats eft affoil- vic , il fait mettre le teu dans les princi- paux quartiers. Pour couronner ce bel ex- pkiit, il fait martacrer tous les prifonniers qu'il avoit fur ù iîolte , & retourne, triom- phant , à Conflantinople.
L'empereur Phîlippicus, fiiccefieur de Jufiinien II , écrit à Rome, pour y don- ner avis defon avènement au thrône. Parla
lé te mettra point à la tête des ades ; en» tinque la monnoie frappée à Ton coin nauia point de cours.
An^rand, celui-là même à qui les Loïit- bards , en 700 9 avoient confié la régence du royaume , pendant la minorité de Liut- pert^ entreprend de rétablir ce prince fur le thrône. Il avoit , pour cet effet , em- prunté des troupes à Théodebert', duc de Bavière» S'étant mis à leur tête , il s'a- Vance vers Pavie. Aripert en fort avec fon armée. Les Lombards &c les Bavarois en viennent aux mains; mais, après un com- bat aufli long qu'opiniâtre, ceux-ci rebutés, ou peut-être fe trouvant plus foibles que les Lombards , fe dlfpofenl à retourner dans leur pays. Aripert eft iuftruit de ce deffeîn par fes efpioils ; & , fe croyant débarraffé d'un ennemi tedoutable , il décampe dès la nuit même. Cependant , animés par leurs chefs , les Bavarois s'étoient préparés à re- commencer le combat au point du jour.' Surpris de ne plus trouver les ennemis , ils attribuent leur retraite à défaut de cou- rage , & ie mettent auffi-tôt en marche , pour les joindre. Aripert n^voit pas prévu ce changement. Sa retraite , qui n'étoit qu'un effet de fa prudence , paroît alor«
ti6 Anecdotes
aux yeux des Lombards une lâcheté oi^ priiàble : ils ne veulent plus combattre en ÛL Êiveur , & proteftent qu'ils reconnoif- fent Ânfprand pc^r leur roi légitime. Dans ce péril extrême ^ l'infortuné monarque fort fecrettement de Pavie , après s'être chargé d'autant d'or qu'il en pouvoit por- ter. Cette précaution lui fut des plus fii- neftes ; car ayant voulu pafTer le Téfin à la nage, pour gagner la France , il fut en- traîne par le poids de l'or, & fe noya.
Ani^rand eft élu folemneliement toi des Lombards ; m^is , trois mois après être monté fur le tfarône, il paye le tnbut à la nature. Son fils Liutprand lui fiiccède»
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Italiennes. 117
PA U L y Exarque. IIUTPRÂND , Roi des Lombards.
^[714.]-^
UN des proches parens de ce prince ^ nommé Rotharis , forme une çon- ipîration contre fâ vie & ton thrône. liutprand , en ayant eu quelque (bupçon f le fiut venir en fâ préfence^ H apper^oit que ce fèigneur a des armes cachées fous fes habits , & lui en fait de vifs reprocl^és. Rotharis , piqué , tire fon épée pour en percer le roi ; mais un des gardes le (àifît oc l'arrête. Les autres , accourus au bruit , fe jettent fur le perfide , & le font expirer fous leurs coups.
A peine échappé de ce danger , Liut- prand tombe dans un autre ; mais fi , dans le premier, i! fut redevable de fon falut à la fortune, fon courage & fon intrépidité l'ar- rachèrent au fécond. Deux de fes écuyers vouloient l'alTafliner. Inftruit de leur noir complot , il les mené feuls avec lut , fous prétexte d'une promenade, dans un bois fort épais ; &c là ^ tirant fon épée : « Je fcais, n dit-il ^ que vous voulez m'aflaflUner ;.
Hii)
ii8 Anecdotes
» voyons fi vous aurez le courage de pt( M fiter de l'occafion que j'ai voulu voi n en donner moi-même. » Frappés d'i démarche auffi hardie , les deux écuyers tombent aux pieds du roi qui, non moins géiidreux que magnanime, leur accorde le pardon quila lui demandent.
V>-[7ii. ]<-**■
4
Uutprand , dis la première année de fou règne, avoit revu les loix anciennes , & y en avoit ajouté de nouvelles. Il en publie
vingt- quatre cette anne'e. La première de
Italiennes. it$
kftit aux mains ; & Pemmon volt avec pbifir Tes jeunes élevés fignaler leur coup dcflâi par une triple viftoire. Un véné- rable vieillard , nommé Sigwald , qui avoj^ perdu deux âls dans la première ir- ruption des Efclavons , fous le duc Fer- miy fe iignala, malgré Ton âge , dans les (rois combats qui furent livrés aux Barba- res, &c vengea la mort de ks fils fur plu- fieurs d^ ennemis qu'il tua de fa main. Le duc Pemmon voulant l'empêcher de fe trouver au troifieme combat , le généreux vieillard lui répondit : «J'ai vengé fuffi- » famment la mort de mes fils dans les » deux combats précédons, & je ne veux al- » 1er au troifieme, que pour y trouver une » mort glorieufe, qui me réuniffe avec eux.» Ses vœux furent accomplis ; & , s'il en feut croire quelques hlftoriens , il fut le feul qui périt dans ces trois combats.
L'empereur 9 Léon Tlfaurien , venoît de donner un édit , pour abolir le culte des images.- Le pape Grégoire II lui écrit , à ce fujet , des lettres très-vives , dans lef- quelles il lui. rcpréfente avec fermeté le fcandale que fa conduite caufe à toute l'E- glife. Léon n'en devient que plus furieux : j1 menace le pape de le dépofer, s'il çé*
Hiv
tio Anecdotes t.
lifte à fes ordres. Alors Grégoire , ni .■, croyant plus devoir rien ménager, inftmîr j,, par fes lettres tous les peuples d'Italie des .. attentats de l'empereur contre la religion , . & les exhorte à foutenir avec zèle les an- . ciens uiâges de TEglife. II prend enfinte des mefures pour fe mettre à couvert du relTentiment de Léon. Ses précautions ne furent pas inutiles. Peu de tems après, on découvrit que l'empereur avoit envoyé trois de fes principaux officiers , pour fe dé£me du pape. Paul , exarque de Ravenne* de- voir les aider de fes confetls & de {es troupes ; mais les Romains ayant appris ce qui Ce tramoit contre leur pontife, .Ce ibu- leverent & mirent en pièces deux des conjurés : le troilîeme fe lauva dans un mo- naftere oîi il demeura le refte de fes jours. L'exarque Pau! , qui s'étoit approché de Rome avec toutes fes troupes , ne réulfit pas mieux. II fut attaqué vivement , & contraint de faire une prompte retraite.
Les troubles occafionnés par iTiérèfie des Iconoclaftes offrent à Liurprand, roi des Lombards , une occafion favorable de reculer les bornes de fes Etats. Ce prince , quoique très pieux , n'a garde de la laiflfer échapper. Il levé des troupes nombreuiês;
Italiennes; lai
& le premier efioit de fes armes vaiom- ber /iir la ville de Ravenne dont il fc raid maître par h trahifon d^un des ha- Imans. Cet heureux fuccès eft fuivi de plnfieurs autres : la plupart des villes & duteaux de rExarchat'& de la Penta* pôle le reçoivent de gré ou de force. Il en enlevé des rîchefles immenfes ; après quoi , pour fan Aifier en quelque forte fon expédition , il fait préfent à Téglife Ro- maine deplufieurs de ces places conquifes, qu'il avoit abandonnées. Une pareille do- nation, faite à toute autre puifTancc , eût fans doute été plus à charge mi'avanta- geufe^ puîfqu'elle ne pouvoit fubfifler long- tcms ; mais elle devint pour Rome une foarce féconde de prétentions, que les pa- pes fçurent bien ftiire valoir dans la fuite.
Eutychius, fucceffeur de l'Exarque Paul, ne tarde pas à chaflfer les Lombards de leurs dernières conquêtes. Il fait fa paix avec Rome , après l'avoir dépouillée de ce qu'elle tenpit de la libéralité de Liutprand.
-^?J^[73}.]^>^
L'empereur Léon , indigné de la réfîf- tance que le pape & les peuples d'Italie continuoient d'oppofer à fes ordres, en-
m Anecdotes
voie 'le duc Manez avec une florte nom- ' brculb, pour les forcer à obéir ; maïs une tcmpcte ftirieufe brife la plupart des vaif- fcaux , & met le duc hors d état d'enécu- ter les intentions de fon fouverain. Ne voulant pas cependant s'en retourner Êins rien liiire , il ralTeinLIe les débris de fa fioitc, & s'avance, parle Pô, iufques fous les murs de Ravenne qu'il fe fktte de fiirpreiidre. L'exarque Eutychlus a» étoit abfent ; & , foit qu'il fût incconreM *!cs Ravennales, foit que ceux-ci, lui <!«-_ mcunintSdele^^nefuffentpaspourcelaplilfr
rlifiinr^t 3 nlv^iV n l'.-innffreiir il oli i-fTfair>
Ita^iiennes; "ilj^
journée^ & s'ahftinrent, dit-on, pendant /ix ans, de manger du poifTon de ce bras
duPô. .
Charles Martel , qui régnoit en France , fous le titre de maire du palais ^ envoie kn fils aîné , Pépin , à la cour de Liut-
r'and. Ce prince lui coupe les cheveux la manière des Lombards; Tadoptepour fhj &cle renvoie chargé de riches préfens. On a déjà vu que ces fortes d'adoption , oui ëtoient des témoignages d'honneur &C aeftime , étoient alors en uTage.
"^i 740- ]^ï^ Ratchis , duc de Frioul , fils & fuccef^ feur de Pemmon , (ignala fa valeur dans la guerre que Liutprand fit , cette année, à Thrafimond , duc de Spolete. Il étoit à Farriere-garde de l'armée Lombarde, avec fon jeune frère Aiftulf. Les Spolétains étant venus fondre fur Éi troupe, il les reçut avec la dernière bravoure , & les repoufla vi- goureufement.Dans cette occafion, un Spo- létain , nommé Bcrthon , s'avança feul a la t«îte des autres , & dit à Ratchis , qu'il n'en vouloit mi'à lui. Ratchis l'attendit de pied ferme ; & , lorfqu'il le vit à portée , il le renver(à de cheval d'un coup de lance. Quelques foldats vouloient l'achever ; mais Ratchis s'y oppofa & laiflà Berthon fe
114 Anecdotes
traîner comme il put hors de la miléc* Quelques jours aprèï , paffant fur %in pon * avec Ion trcre , celui-ci fut attaqué par derrière, par deux autres hommes de Spi>- lete. Ratctiîs fe retourne prompteinem ; &, d'un revers de fon épcc . prtîcipite l'un des aflafTins en bas du pom. En mCme temj , il fait face à l'autre , &E le tue.
Le pape, alors Grégoire III, (uccelTénr de Grégoire II , fe voyant pcrlecuté par l'empereur d*Orient, & redoutant (t*«iN^
leurs la piiifTarice du roi des Lombards,
Italiennes. ixç
point de fecours à attendre de Tempereur; die finiflbit par ces mots : « Nous vous i» conjurons, par le Dieu vivant & vérita- i»l)le,& parles clefs très- facrées de la con- ^feffion de S. Pierre , lefquelles nous vous >^ envoyons comme les marques delafou- i^veraiaeté, de ne point préférer l'amitié M du roi des Lombards à celle du prince )»des apôtres.^ Charles requt cette am- baflade avec beaucoup de magnificence; mais on ne voit pas qu'elle ait produit alors un grand effet. Le pape Zacharie , fuccei^ fcur de Grégoire III , eut Tadreffe de con- clure une paix avantageufc avec les Lom- bards , moyennant une donation en forme de pluHeurs villes & territoires que fit Liut* prand â Téglife Romaine.
"^i 744- ^"^^
Liutprand meurt dans.la trente- deuxième année de Ton règne. Aucun roi Lombard n'avoit occupé le thrône avec tant de gloire, ni pendant un fi longtems. 11 fut infiniment cher à ks peuples , dont il fit le bonheur. Hilprand , fon neveu , qui lui iuccéda , contribua beaucoup à le faire re- gretter. Les Lombards , le jugeant indigne du thrône , le dépoferent après fept mois de règne , &c lui fubftituerent Ratchis, duc de Frioul , prince célèbre par fà valeur, & qui marcha fur les traces de Liutprand»
EUTYCHIUS , Exarque, RATCHIS,Roid« Lombards.
CArloman, duc d'Aufirafîe, cond fiîs de Charles- Marte! , change, cette année , Tes Etats contre un froc- Apri}s avoir ïnftitué (on frère Pépin (bo héritier , il fe rend k Rome , & l'était 0^3 m^ns du pape l'habit de moine. Ilfefe-
ItAtllNNES; 117
les racheta de (es propres deniers ^ Se les âffianchit tous : il prit , en même temps , des mefures , pour faire cefTer à l'avenir ce honteux trafic.
J^[749.]vfi-
Ratchis met le iiëge devant PërOuiè , ville du duché de Rome. Âllarmë de cette entreprife, le pape Zacharie va trouver le roi Lombard , & fait tant ^ par Tes préfens & par fes prières , qu'il l'engage à fe retirer. Il £utpius: il lui peint, fous des couleurs* fi vives , la vamté des biem terrefbes , & la réalité des étemels , que ce prince re- nonce , dés ce moment , au monde, & , quelque temps après , abdique la cou- ronne. Suiyi de fa femme Tafîe, & de Ratrude fa fille , il alla demander au pape l'habit monaflique , & fe retira au mont Caffin. Les princefTes fondèrent un monaf^ 1ère de relieieufes , pour y finir leurs jours. Tel étoit 1 efprit de ces fîécles. U n'étoit pas rare alors de voir des Souverains paffer fubitement du thrône dans le cloitre , &c pieufement abandonner à la Providence leurs états & leurs peuples. Aiftulf , freic ëe Ratchis , eft choin pour lui fuccéder.
iiS Anecdotes
EUTYCHIUS, Exarque,
AÏSTULF, Roi des Lombards.
CE prince exécute, dès le commence- ment de fon règne , ce que (a prédé- cefleuis avoient plulieurs fois tenté làns fiiccés. Il détruit la puiHànce des exarques en Italie, après s'être emparé de Ravenne, de la Pentapole &: de toutes les villes ile l'exarchat. Il tourne enfuite les armes con- tre le duché de Rome , & tait trembler cette capitale.
La fituation des afl&ires de l'Orient ne per- mettant pas à l'empereur d'envoyer des troupes en Italie, il charge le pape Etienne d'aller en peifonne demander du lecoutsi Pépin, roideFrance. Le pape, malgré la vi- gilance d'AilhiU', le rend i la cour de Pépin , qui le re^it avec les plus grands honneuisj mais ce pontife, oubliant la commilTion , ne s'occupe que des intérêts de ion fiége. Au nom du clergé , de la noblelTe & du peuple Romain, il déclare Pépin & Tes
Italiennes; izc»
•
kstk y Carloman &c Charles , Pattîces des Romains , c'eft-à-dire Seigneurs 6c Souverains de Rome , & de Ton duché* Pépin, en reconnoiflance, & conformément au projet du pontife , donne à Téglife Ro- maine la ville de Ravenne , l'Exarchat & h Pentapole. Le nouvel hiftorien d'Italio ait a ce fujet la réflexion fuivantc : « Voilà, >» (lit il, de ces faits dont il fe trouve peu n d'exemples dans Thiftoire. Un ambafla- » deuf , chargé de négocier avec un prince * étranger la confervalion d'une partie H des Etats de fon maître , fait deux lots » de cette portion d'Etats, &vend Tune » à ce prince étranger, à condition que ce » prince lui donnera l'autre , quand il en I» fera maître. >»
?^
Pépin , l'année précédente , avoit pafle les Alpes , &. forcé Aïfîulf à faire un traité par lequel il s'obligeoit h rendre Ravenne^ & toutes les places dont il s'étoit emparé ; mais Pépin n'efl pas plutôt retourné en France , que le roi des Lombards , ou- bliant fes fermens, ravage les environs de Rome , & vient mettre le fiége devant cette ville. Le pape Etienne, « ufànt , en cette n extrémité , dit M . l'abbé Fleuri , d'un arti- » fîce fans exemple , devant , ni après , » dans toute l'hiftoire de Téglife , écrivit
An. It. Partie I. 1
130 A N £ C D G T C s
I» au ror , & aux François une lettre j atl » nom de S. pierre, le fai^int parler lui- n même , comme s^il eût encore été fur n la terre. Le titre , imite des Epitres ca- » noniques , commence ainfi : Pierre ap^^ npelUaVapofiolatparJefus^Ckrifiy Fils 9f du Dieu vivant* Il ^t parler avec lui H la Vierge , les anges « les martyrs 6c » tous les autres £dnt$, afin que les Fran- n cois ^àennent promptement au fecours I» ae la fource de leur régénération. Se >» de leur mère fpirituelle. Je vous conjure , H dit - il , par le Dieu vivant y de ru pas ^. permettre que ma ville de Rome & mon n peuple foUru plus long-temps déchirés I» par Us Lombards , afin que vos corps & >» vos âmes ru foitm pas déchires dans >» le feu éternel^ ni que Us brebis du trou^ » peau que Dieu m^a confié, foicnt dif- n perjées , de peur qu^il ru vous rejette & M vous difperfe comme U peupU d^IfraèL y^ Et enfiiite : Si vous nCobéiJfe:^ prompte^ » nuru y vous en recevrez uru grande ré^ H compenfe en cette vie; vous furmontere[ >» tous vos ennemis ; vous vivre^ long-tems , » mangeam Us biens de la terre , & vous » aMre[ fans doute la vu étemeUe, Autre* I» ment , fçache^ qiu ^ par V autorité de n iUla fairue Trinité ^ & la graee de mon s» apoflolaJt y vousfere^ privés du royaume w de Dieu^ & de la vu éterruUe. Cette
Italiennes. tji
lettre , ajoute lliiftorien , eft importante
£our connoître le génie de ce necle-là ^ : jufqu'où les hommes les plus graves H i^avoient pouflfer la fidion, quand ils H ht croyoient utile. » -
Pépin, fenfible aux prières de S. Pierre, repaiie les Alpes, & force Aîftuif à lui remet- tre les places dontils*ctoit emparé. Fulrad, abbé de S. Denb , eft chargé d'en prendre pofTeffion au nom de Pépin : les officier» aAïftulflui en remettent les clefs qu'il em- porte à Rome , où il les pofe fur 1 autel de S. Pierre , avec l'aâe de la donation que le roi de France en avoit fstke au fâint ap Jtre» Ainfi les papes fe virent feigneurs de Ra- venne, & de plus de vingt autres villes , par la libéralité d*un roi de France. Ainfi furent jettes les fondemens de la puiffance tem- porelle de TEglifc Romaine. Pépin cepen- dant confervoit la fuzeraineté fur Rome &c fes dépendances.
Ratchis , du fond de fon cloître , ayant appris la mort d' Aîftuif , fent tout-à-coup Tambition fe réveiller dans fon cœur. Il fort de fon monaftere ; levé des troupes, & difpute le thrône à Didier , duc d'Iftrie , fun des principaux prétendans à la cou- ronne de Lombardie. Ce qu'il y a de lîn- gulier, c'eft qu'il fit toutes ces démarches
^Jï ANECDOtÉS
avec rhabit de moine , qu^il ne quît» ja- mab. Il pria le pape de le Ibutenir dans Ion entreprife, promettant de lui reftituet quelques villes qu'AîftuIfn*avoit pas ren- dues ; mais il n'étoit pas décent au chef de l'Eglife de âvorifer l'apcflalle d'un moine ambitieux. Le pape confeilla  Rat* ctiis de rentrer dans fon couvent ; Tes confôls furent inudles. Ratchis fe main- tint quelquetemps en Tofcane fous le titre ' de Prince des Lombards; & ce ne fiit que lorfqu'il fe vit abfolument fans reflburce , qu^t retourna dans fon cloître, cacher là iionte Si fes regrets. Didier fiit proclamé loi des Lombards.
Italiennes; \^^
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PÉPIN, Patrice de Rome.
DIDIER 9 Roi des Lombards.
J»o[757.]e^fW
L'Orgueil & la vengeance font les pallions des dévots. Lorfque le pape Etienne partit pour la France , Ser- gius , archevêque de Ravenne , n'alla point a fa rencontre: Aîftulf , alors maître de Ra« venne, ne le lui eût pas permis. Le pape, (dius avoir égard à cette raifon , fut cho- qué de la prétendue incivilité du prélat, 8c commen(^a la vengeance qu'il en vouloit tirer, en exemptant le monaftere de faint Hilaire de la jurifdiftion de l'archevêque» Son reflentiment ne fe borna pas à unepeine fi légère. Lorfqu'il fut de retour à Rome , il n'oublia aucune occafion de mortifier Sergius , qui n'évita de plus grandes dif- graces , que par la proteftion du roi des Lombards. Mais, quand Etienne fe vit maî-^ trçdeRavenne, le premier ufàge qu'il fit de fa puifTance , fiit de fe procurer le plaifir d'une vengeance favoureufe. Quelques citoyens zélés de k ville de Ravenne enle- vèrent Sergius,& le conduilirent à Rome o\x
tj4 ANECDOtES
le pape le fit mettre en prifon. L'mfbrtané prélat languit trois ans dans les fers , pen-* dant qu'on lui &iibit fbn procès. Il n'étoit pas aifé de lui trouver de crimes. Enfin le pape s'aviià de Taccufer de s'être Édt or- donner évdque , quoiqu'il Rit marié ; mais c'étoit lui-même qui avoit (àcré Sergius , quoi qu'il n'ignorât pas alors qu'il fut engagé dans les liens du mariage. Les évêques ^ afTemblés en concile pour juger cette af- faire , fentirent combien cette accu(àrion ctoit frivole. Etienne, aveuglé par le defir de la vengeance , voyant que les juges n'en- troientpas dans fà paffion, dit tout en colère qu^il dégraderoit le lendemain Sergius; mais il n*en eut pas. le temps : il mourut fiibite- ment la nuit même ; Ùltïs doute que l'em- portement extrême de ce pape vindicatif excita dans fes humeurs une révolution fu- nefte. On ne voit guères d'exemple d'un refTentiment fi vif & û confbnt pour une caufe fi légère:
Après la mort du pape Paul I , en 767 , Conflantin j feigneur Romain 9 avoit forcé les cardinaux de l'élire â (a place , & s'étcit emparé du palais de Latran ; mais le clergé , la noblcfTe & le peuple avoient protefté contre cette éleâionillégkime ; & , l'année â^après, ils avoient élu pape, d'un corn-
iTALlkNNES. " 131^
non accord , le prêtre Etienne y qui fut
le (roifieme de ce nom. Conftantin avoit
èéanaché du palais de Latran , &c on lui
avoit crevé les yeux. Au mois d'Avril de
cette année , Etienne affemble un concile y
pour y Êdre confirmer la déposition de
Conftantin. Ce malheureux ^ quoiqu'a-
veugle, fut amené dans le concile. On lui
demanda pourquoi y étant laïc y il avoit
ofé fe faire élire & coniacrer pape? Conf-
flantin répondit , fans s'étonner, qu^il avoit
fuivi l'exemple de l'archevéquè Sergius &
de quelques autres , qui , quoique laïcs , &C
même mariés y avoient été iàcrés é véques ,
& reconnus pour légitimes. Cette réponfe
embarrada les pères du concile. Pour fe
tirer d affaire , ils firent donner des foufflets
à Conftantin, & le chafferent ignomi-
nieuTement de raffemblce.
VVo[77o.]c^
La reine Berthe, femme de Pépin , merc de Carloman & de Charles , avoit formé le projet de marier les deux rois de France , îes fils , avec Ermengarde & Defiderate , filles de Didier , roi des Lombards ; & leur fœur Gifelle , avec le fils de ce même roi. Le pape Etienne, qui avoit deflein de détruire en Italie la puiflance des Lombards , s'op- poià fortement à cette alliance. Il écrivit
liv
ijô Anecdotes
aux deux princes , poar les en détournep,*' fous prétexte qu'ils étoient enpgés déjà l'un & l'autre. On ^'imagine , Tans doute , que Carloman & Charles étoient mariés; la vérité cependant eft que ces deux princes n'avoient aucune temme légitime. Ils vi- voient chacun avec une concubine, fiilon' l'uliige reçu chgp toutes les nations (orties du nord. Etienne donc, aveuglé par l'on ambirioh , ne vouloit pas qu'ils abaiidon- ralTcnt leurs concubines pour époufer les filles d'un roi Catholique. Il ne fentoitj^^^ combien il êtoit indécent à un pape d!sf^9 prouver ces fortes d'unions peu foliiles . oui
Italiennes.' 157
h répudia 1 année fuivante ; maïs c'eft quTd cnignoit qu^eile ne fôt un obftacle à la conquête du Royaume des Lombards ^ qull méditoit dès-lors.
Le pape Adrien I, fuccefleur d*Etiennc i fe voyant menacé par le roi DicUer, ap-^ pelle à fon fecours Charles, qui, depuis la mort de Carloman Ton frère , étoit feul loi des François. Ce prince , ayant fait deux corps d'armées de ks troupes , donne le commandement de Tun à fon oncle Ber- nard , & fè met lui-mâme à la tâte du fécond. Ils prennent l'un & l'autre le chemin des Alpes , par des routes diffé- rentes. Didier , féconde de fon fils Adel- chis qu'il avoit affocié au thrône, veut en vain s'opofer au paflTage du monarque François. Les deux rois font contraints de prendre la fuite, & de fe retirer, Didier a Pavie , Adelchis à Vérone : ces deux villes étoient les principales du royaume des Lombards. Charles , ne trouvant rien qui l'arrête , fe rend maître de toutes les villes de Lombardie, fituces entre les Alpes & le Pô. Il vient enfuite mettre le fiég€ devant Pavie ; & ne pouvant l'emporter d'aflàut^ U en forme le blocus^
iijS 'Anecdotes
Ch^es laiiTe fon oncle Bernard de* vant Pavie , &c va fedrc le fiége de Vé- lone : après une vigoureufè défenfe ^ Adeldûs voyant la place ouverte de toutes parts, en fort fecrettement^ emportant avec lui tontes fes richefles. ' Après s*étre afluré de Vérone » Charies prend le chemin de Rome , fuîvi d'un cor* ttge magnifique , i deflein de paflèr les fites de Pâques dans cette capitale du jBonde chrétien. Le pape, quiprévoyoit tous les avantages qu'il pouvoit tirer de ce voyage , avoit fait , pour recevoir digne- ■lent ce prince , les plus grands prépara- fi&» Il envoya tous les magifbatsde Rome^ avec b bannière , près de dix lieues au-de- Tant du monarque François ; & ^ quand il liit à un mille de Rome , il le fit recevoir par toutes les compagnies de la milice , & par tous les étudians qui portoient des pal- mes & des rameaux d'oliviers , & chan- coient des litanies en l'honneur de Char- les. «( Ce prince, dit M. l'abbé Fleuri , étoit j» alors âgé de vingt-fept ans , de la plus j» grande taille, les yeux grands & vi6, » le ne2 aquilin, le viége gai. • • Si-tôt qaîl ityit les croix que l'on portoit à ià ren- ncontre> ilddcendit de cheval, avec les
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^rdgneurs qui l'accoitipagnoient ^ & i^ avança à pied , jufqu'à rëglife de S«*Pierre. ^ U pape ëtoît venu dès le grand matm, M & Tattendoic avec Ton clergé fur les de- ^ grés que le roi baifa tous i puis il em- »br3& le pape & le prit par la nudn. Ib » entrèrent ainfi dans Téglife , le roi ayant » la droite fur le pape ; & tout le clergé ^ commença k chanter à haute voix : Béai nfûit celai qui vient au nom du Seigneur !w Une réception fi magnifique , & telle qu^on la (aifott aux exarques de Ravenne^ lorfqu'ils venoîent à Rome pour la pre- mière foisy avoir uniquement pour but dln- térefltr la reconnoiflancc & la libéralité de Charles. Le lendemain des fêtes de Pâques, le pape Adrien, accompagné des princi- paux du clergé , des magiftrats &c des chefe de la noblefle , va trouver le roi à S. Pierre, & le fupplie de vouloir bien confirmer la donation faite, par fon père Pépin, à réglife Romaine : Charles en fait faire la leÀure ; &, l'ayant approuvée, il ordonne à fon notaire d'en dreffer une pareille. Le pape profite de cette difpofition , & fa po- litique adroite obtient, dit- on , de Charles une augmentation confidérable de villes & de provinces. L'afte , devenu beaucoup plus ample que celui de Pépin , eft revêtu de toutes les formalités néceflàires , & de-
146 Anecdotes
pofé 9 de la propre main de Charles ^ tvat le corps de S. Pierre. Comblé dlionheurs & de bénédiétions , le roi retourne de- vant Pavie y & ferre cette ville de fi près , que les habitans preil& par la femine j ibnt enfin forcés de fe rendre. Didier fut en- voyé prîfbnnier en France , avec la reine fimépoufè.
Aînfi finit en Italie le royaume des Lom* faards 9 après avoir duré deux cens fixans. Charles joignit aux titres de Roi Jcs Fran^ çois & de Patrice Jcs Romains j celui de Roi des Lombards.
italiennes: i[4à' il ^^y^- ^^
CHARLEMAGNE, PairiudcRon» £* Roi des Lombards.
TÂNDts que ce prince étoit encore en Italie , les Saxons , déjà plus d'une (bis vaincus, avoienc repris les armes, & porté le ravaee dans les pays de la do- mination de (Jharles en Allemagne. Ces nouvelles le déterminèrent à partir aufli tbtj quoique fà préfence fût encore néceflàire en Italie , où le duc de Bénevent , nommé Arégijc , trcs-puiffant feigneur parmi les Lombards , avoit refufé de fe foumettre au monarque François , & s'étoit érigé en prince fouverain.
L'anonyme de Saleme rapporte qu'une femme de Bénevent étrangla , pendant la nuit , fon mari, par le fecours d'un homme avec qui elle entretenoit un commerce cri- minel. Cette femme, après avoir commis cet aflaffinat , pouffa des cris affreux : les voifins allarn)^ accoururent au bruit ; elle leur dit que fon mari venoit de mourir d'apoplexie : on la crut fur fa parole, 6c l'on procéda aux fimérailles du défunt.
142 Anecdotes
Arégile , plînce Je Béneveiit, ayant cK: promptement inftruit de cette aventare ; 6t fçachant d'ailleurs que cette femme riiî jouifloit pas d'une fconne réputarion , ' ibupqonna qu'elle poiivoit ^tre coupable de la mort de Ton mari. 11 fit venir en fa préfence rhoiiune qui palToit pour Êti* iôn amant. Se rintimida tellement par fcs menaces , que ce miferable , vaincu par la crainte de U mort , avoua fou crime. Ar^ gife ordonna Kuâî-tôt qu'on l'aitachât tout vivant fur le cadavre du mari défunt. Od le laiflà, pendant trois jours, dam cçtt« fitua- tion , au bout defquels on le détacha , Ô£ Ton trouva, (chofe merveilleufel ) que le mortavoit rongé le nei & levit.igede Ton
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conquis ; & en même tenus , il le chargea particulièrement de veiller à la garde de la frontière ou de la Marche du Frioul, appeU lée autrement la Marche Trcvifane. Ce nouvel emploi fit donner au duc de Frioul le nouveau titre de marquis ; nom qui ëquî- viàut à celui de margraven chez les Alle- mands 9 & qui figrù&efiigneur ou comman^ éiant de la fromiere^ Les ducs de Frioul prirent fouvent indifféremment le titre de duc, ou celui de marquis ^ quelquefois mfime tous les deux dtres à la fols.
Cette même année , ITiiver étant trè$- froîd dans le Frioul , Charles portoit, pour s'en garantir , une bonne peliflfe de peau de mouton.
Ses courti(an<;, plus magnifiques, avoient acheté nouvellement à des marchands Vénitiens des étoffes de foie , & des pel- leteries précleufes , dont ils s'étoient fait faire des habits fuperbes. Charles , voulant les convaincre du ridicule de leur magnifî- cence, leur dit , un jour de fête , au fortir de la mefTe , qu'il partoit pour une par* ôe de chaiTe. Tous le fuivirent aufli-tôt , mus fâchés intérieurement de n'avoir pas été prévenus. Ils s'étoient parés de leurs beaux habits. Le tems paroifToit fort incer* tain : cependant la chafTe fut longue ; & Charles 9 que fa cour ne quittoit point , s'enfonqa pluiieurs fois à deiTein dans le
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plus épaisses taillis. Pour comble de mai» heur, il furvint une pluie trci-t'roide. La peliffe grofliere du monarque réfiÛoit k tout ; mais Its fines étoffa de nos chai^ feurs (buffroicnt autant de l'eau que des brolT^iilles, Quand on fui de retour, le ro! les fit approcher d'un f;rjnd feu, dont la chaleur contribua encore à ^âtcr Icuts ha- bits. Il leur dit, en les congédiant , qu'ils euffent à patoître le lendemain à la cour, avec ces ini?mes b ibits : on juge en quel état ils dévoient ctre. Charlema^ne les railla d'abord fur la partie de chaûe ,' &r leur reprcfcnta eiiliiite l(?ricufeinent, com*
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M>ur lui fucccMer. 11 y avoit déjà plus a*un an , que rëgliie de Conftantinople étoit gouvernée par ce patriarche d'une efpece nouvelle , lorfque le diable appa- rut , pendant la nuit , à Arégife , prince de Bénevent, & lui dit : « Que fais-tu , Arégife ? >f Le prince fe réveille , (aifi de frayeur ; &C le diable continue: « Je vais te dire ce que » j*ai fait moi ; j'ai donné une femme pour » patriarche aux habitans de Conftantino- »ple. « Arégife envoya, dès le lendemain, quelques-uns de fes officiers à Conflanti- nople , pour y faire leur rapport de cette vîfîon. En conféquence , le prétendu pa- triarche fut vi/îté , & reconnu pour femme. On ne rapporte cette fable ridicule , que parce qu'elle efl l'origine du conte auflî ridicule , mais beaucoup plus célèbre de la papefTe Jeanne.
Arégife , prince de Bénevent , ayant ap- pris que Charlemagne fe di/pofoit à mar- chef contre lui , avec toutes (es troupes , envoie ordre à tous les prélats du duché de Bénevent de venir le trouver à Salerne , ville très-forte , dans laquelle il s'étoit re- tiré, Lorfqu'ils furent arrivés , il les fit al^ ferabler dans fon palais, demanda leurs bé- nédiction, & leur dit : « Bienheureux pe- H res , cherchons par quel moyen nous
An. It. Partie L K
146 Anecdotes
n pourrons éloigner de nos frontières lé j* redoutable Charles. » Après avoir tenu, pendant qudque tems, confeil entr'eux , les évéques réfolurent d'aller fe jetter aux pieds de Charles , & de tacher par leurs prières de fléchir ion courroux. Ds fe couvrirent tous de dlices; montèrent fur des ânes, & s'avancèrent vers le roi , dans ce trifte équipage , ne s'occupant que de la prière pendant iput le chemin* Ils fe hâtoient aarriver à Capoue , & pafToient rapide- ment le fleuve Vultume, lorfqu'ds rencon- trèrent un homme qui leur dit : «< Bon 9» voyage, Meflèigneurs ! Où allez- vous ? . . • n Nous «dlons trouver le roi Charles , liû H répondirent les évéques. . . . Dirigez vo- n tre route vers un lieu nommé Garillan , s» repartit cet homme ; vous y trouverez 9» Charles campé avec toutes (es forces. >» Les prélats profitèrent de cet avb , & firent une fi grande diligence , qu'ils ne tardè- rent pas à atteindre le terme de leur voyage* Dis qu'ils apperçurent le camp de Char* les, ils defcendirôit de leurs ânes, & firent marcher devant eux les clercs portant le bâton paftoraL Le roi fiit fiirpris de cette amhaflade d'une e(pece nouvelle. 11 dit : M Que viennent fim-e id les évéques du I» Béneventin , puifqu'ils ont couronné leur » prince? H Pendant qu'il parioit ainfi, les préhîSy iétmt avancés y fe proftemerent la
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fice contre terre , & attendirent pour fe refever, que le roi le leur eût dit trois fois, lorfqu'ils eurent enfin quitté cette humi- Suite pofture , le roi leur dit : « Je vois M des pafleurs iâns leurs brebis i>» Les évc- ^les, ayant repris courage , répondirent : n Le loup eft venu , & a difperfé les bre- I» Us. • • • Quel eft-il ce loup , reprit Char* » les, piqué de fallégorie ? • • • Vous-même y repiquèrent hardiment les évéques. • . . H Vous vous trompez, leur répondit d'un ton humble &c doux le pieux monarque. n Quelque vil que je fois , j'ai reçu le bap- n téme & le glorieux nom de Chrétien ; y^yai foin de me munir fouvent du fîgne >» de la croix : ainfi je ne (liis po'mt un n loup. • • • Nous ne vous feifons point » d'injure , repartirent les prélats , en vous » comparant à cette bête cruelle. Si vous » étiez entré les armes à la main dans le n Samnium , vous euffiez fait un affreux I» carnage des malheureux * chrétiens, H comme un loup dévorant, qui entre dans H une bergerie , égorge &c déchire les ten- >»dres brebis. » Charles parut recevoir avec foumiflîon les remontrances des évé- ques. Il ajouta cependant : « Comment >» puis- je faire pour renoncer à mon en- *> treprife ; j'y fuis enpgé par ferment : j'ai >» juré de mourir, fî )e ne ftappois démon
Ki)
14S Anecdotes
îi> fcej>tre b poitrine d'Arégife. • • . Cal-^ -)»inez votre inquiétude, lui dirent les évé- >»ques ; nous vous donnerons nous* unièmes un moyen d'accomplir votre s» ferment & nous nous engageons , ce >»jour même , de remettre Arégife en >» votre pouvoir; daignez feulement pous 9* accompagner. » Charles (âuta , . plein de joie , de fon thrône , & fuivit les évéques
?ui le menèrent dans une' ëglife dédiée à . Etienne, premier martyr. Les prélats^ après avoir ^t leurs prières, conduiiirent le roi dans un coin de Téelifè , où ils lui montrèrent un portrait d Arégife. Le roi 9 enflammé de colère de fe voir ainfi joué , éclata en reproches contre les évéques, qui^ malgré fes menaces, lui dirent aun ton ironique : « Accompliflez votre ferment ' jf fur cette peinture ; car vous ne verrez ii Arégife, lui-même, qu'au jourdujuge- n ment. » Le roi , voyant qu'il n'avoit point d'autre parti à prendre , fe jetta comme un furieux contre ce tableau ; le frappa de (on fceptre , & brilà l'endroit où la cou- ronne étoit repréfentée fur la tête d' Aré- gife. Après avoir ainfi contenté fon cour- roux , Charles , à la prière des évêques , confentit à la paix , à condition qu Aré- Çife lui donneroit fon fils Grimoald en Otage; ce qui fut exécuté..
ItALI ENNE SJ^ 14^
^*to[ 787. ]vfU
Au mépris de la paix & de Tes fermens ,' Arëgife tramoit encore une nouvelle ré- bellion 9 lorfque la mort arrêta Tes pro- jets. U fut le feul , de tous les ducs d Ita- lie y qui o(a réiîfter à h puiilance de Charle- magne , & qui fe maintint indépendant durant quelques années. Il aima les fcien- ces &c les arts; & Ton comptoit à fa cour )ufqu'à trente-deux philofophes. : nom que l'on donnoit alors afTez communément aux fqavans. Parmi les loix qu'il publia , on remarque celle par laquelle il fupprima les Bifbques , efpece de religieufes qui vivoient feules dans leurs maifons , fans dépendre d'aucun ordre ni d'aucun mo- naftere. Leur inftitut avoit été approuvé par le roi Liutprand ; mais les abus , qu'on y remarqua , engagèrent Arégife à l'a-i bolir.
On ne croyoit pas que Charles dût ren- dre aux Béneventins le fils de leur prince, qui vraifemblablement ne feroit pas plus foumis que fon père ; mais une flatterie adroite du jeune Grimoald déconcerta la politique de Charles. Il avoit fait mander ce prince , au moment qu'il avoit appris la mort d' Arégife ; & il lui dit que fon. père n'étoit plus en vie : «Grand roi ,
«f répondit Grimoald ^ je ne puis croire ce
K..* U)
IfO AHEC9 0TES
9* que vous m'apprenez ; la iântë de moft M père me paroit mdUeure que jamais, 9»&c ik gloire devient, chaque jour, plus n éclatante. Puifle-t*elle croître ain£r de nûécle en fiéde ! . .. Rien n'eft plus vnâ » que ce que je vous dis , reprit le roi; >> votre père efè mort. ••• S^neur, répliqua j» Grimoaldyje ne connoîs point d'autre père n que vous. Du moment qu'on ma remis 9ientre vos mains , je n'ai plus penfë que 9»)'euflè un père, une mère, ni des pa- urens.»» Charles, enchanté de cette ré- ponfè, embraflà tendrement Grimoald, & le nomma Prince de Bénevent.
Le bruit s'étant répandu que les Aba- res fe dif{>oibient à faire une irruption en Italie, Charlemagne ordonne auffi-t^qi^on rétabliflè les forofications de Vérone , qui étoient en très-«nauvais état. A Poccafion de cet ordre , il s'éleva une très- vive dif^ pute entre les ecdéfiaftiques & les boiu** geois. n ^agiifoit de fçavoir lequel de ces deux ordres devoir contribuer davantage à h dépenfe de cette réparation. - Cette conteftation fut décidée par une cérémo- nie que l'on appelloit le Jugemeni de la Croix. On choifit deux champions ; l'archi- prêtre Arégas, pour la bourgeoifie ; far*
Italiennes. lyt
diicËacre Pacifique pour le clergé. Celui qm pouvoit tenir plus long-tems Tes bras en croix y devoit être vainqueur. Us fe pla- cerent tous les deux debout , vis-à-vis (Tun autel où Ton célébra la mefTe. Lorf^ gu'elle fut achevée , le prêtre lut la PaA non félon S. Matthieu ; mais à peine étoit-il à la moitié , que le champion des bourgeob , ne pouvant plus réfifter à la fa- tigue , baiflà les bras infeniiblement ; &, ac- cdblé de laffitude , fe laiiTa enfin tomber parterre ; mais Pacifique, plus vigoureux, loutint îufqu'au bout une pofhire fi gê- nante , & fut proclamé vainqueur. En conféquence, le clergé ne paya que le quart des réparations.
Le pape Léon III , élu pour remplacer Adrien , des Tan 795 , navoit eu garde de s'écarter de la politique de fon prédé- cefieur, dans la conduite qu^il tenoit en- vers Charlemagne. Il avoit eu foin d'en- voyer à ce prince , fi-tôt après fon exalta- tion , des légats chargés des clefe delà con- fclîîon de S. Pierre , & de Tétendard de la ville de Rome , avec d'autres préfens. Ces témoignages tout-à-la-fois de foumiffion & bienveillance lui méritèrent, delà part de Charles , une proteftion confiante & des riclieffes confidérables, a On croit ^ dit
Kiv
ICI AmeCSO TES
»>rhillorieii eccléûnùiaue ^ qaC ce fat de » ces prefens du roi Criarles^ t^tiu U p3[>e, »au commencement de fou ponrificiit, fy » faire (ant de val'es &; d'ornemens pré~ »»cieLJX pour les églifo de Rome. Qti y » expnme,entr'autres, des couloîres dVi^ent »>doré , fervant à purifier le vin qui dc- »> voit être coniâcré. On remarque une t> grande ialle dans le palais de Latran , M (^elle tilt achevée cette année , ) qu'il St » incrufler de marbre , St orner de culom- »ncs Sx. de peintures en molàfque. II en M reile une encore aujourd'hui , où (aiat M Pierre e& tepr^reiitc ailîs , ayant trois » clefe fur Ces' gèfloiix , 5t à ' fcî côt^s le » pape Léon à drni;i: , le roi Charles .\
Italiennes. ij)
toaloitlui en accorder la pemiiflîon ,ît étoit piùcTallerdanslecantpennemireconnoître ia forces des François , & qu'il efpéroit revenir lui en rendre compte. Grimoald , clunnéde fbn courage, lui dit: «Allez à wfnesécuries; choifîitezle meilleur cheval, » & partez. « Le Béneventin fe rend aux écu- ries du prince , donne fur la pone un grand coup de bâton , & choifitle cheval aucjiiel la frayeur du coup fait lever ta tôte le pre- mier. La fortune féconde fon entreprife. II pén<}tre dam le camp des François; &, après avoir tout eitaminé , il revient avec le mOme bonnheur auprès de Grimoald, auquel il ikit un rapport exaft de ce qu'il a vu. Le prince , voulant récompenfer une fi belle aflion , lui demanda fi le che- ■ val qu'il avoit choili , l\ù avoit paru bon } Le Béneveiitin lui ayant témoigné qu'il en avoit été très-content : « J'en fuis bien-aifê , ajouta Grimoald , il eft à vous. » Quelque temps après , un particulier vint dire en fecret à Grimoald , que ce m^me citoyen , dont il ellimoit tant le mérite , avoit conlpiré contre ta vie , &t ajouta qu'il en étoit bien certain , puifqu'il étoit lui - même un des comphces. Grimoald , après avoir mûre- ment pefé la chofe , commença par feire mourir le délateur. Il manda enfuite l'ac- cufé , & lui ditquli pouvoit choifir , ou d'a- voir les yeux crevés, oulesmainscoupées.
i;4 Anecdotes
Celui-à, voulant feire ce choix avec con- iioiHànce de cauiè, voulut d'abord eflâyer lequeldesdeuxétatsluiferoitle plus intom- mode, celui d'aveugle ou celui de man- chot. Dans cette idée, il (c fit d'abord li« les mains , & refla deux jours entîcn en cet étal. Il fe fit enfuite bander les yeux, & demeura dans ctlie fituation le m(!me cfpace de temps. Apres cet examen, il prit un parti que peu de perlbnnes au- roient pris en fa place, 5c demanda qu'on lui crevât les yeux.
L'hiftoire feit mention d'un ftratagftne dont le mcme Criino^d le lêrvit poi|$ ^ chaflcr les Fran(;ois de (qs Etats. H forrit""^ fecrettemenl de l'on camp , pendant la nuit.
Italiennes; Y5f
)>longës dans le fommeil, Grimoald ac- courut & les égorgea prefque tous, ians aucune peine.
Cette même ann^e voit éclater une con« juration contre ie pape Léon. Le fàcellaire Campule, neveu d'Adrien I, & ie primi- cier Pafchal en étoient.les cheÊi. Le 15 d'Avril , jour de S. Marc ., pendant la proceflion des grandes litanies, des gens armés , placés en embufcade près du monaftere de S. Etienne & de S. Sii- veftre , parurent tout-à coup , & fe jet- tereiit fur le pape. Sai/is d épouvante , le peuple & le cleigé prennent aufli-tôt la fuite. Les dTaSStns renversent le fbuvenûn pontife de fon cheval , & le dépouillent, en déchirant fes habits pontificaux, pendant que les autres conjurés le chargent d'une grêle de coups , & s'efforcent de lui arne- cher la langue Se les yeux. Ils le biffent à demi-mort , &c baigné dans fon iâng , au milieu de la rue , croyant l'avoir rendu aveugle & muet ; mais la crainte d'avoir manqué leur coup les (ait revenir un ins- tant après. Emportés par une fureur aveu^ gle , ils font foufirtr au malheureux pape de nouveaux affronts & de nouvelles dou- leurs. Ils le traînent dans l'églife du mo- naftere; & là ^ fur les marches même de l'autel , ils s'efforcent encore de lui arra- cher les yeux & la langue; l'accablent de
ijô Anecdotes
coups de pied & de bàlon , Sî le I jetter , en cet état , dans une étrottc priibii du monaftere de S. Eraûiic, voifin de celui de S. Silveftre, Us avoïem pris , celte précaution , dans fa cniinte qu'on n'en- I k-vAi le pontife la nuit fuivante ; main eHc fut inutile, Albin, cam^rier du pape,& d'autres perlonnés fidèles forctrent le | monaftere ; en tirèrent ie poniifc, qiflls firent defcendre par les murailles de la ville, & Je lïieiicient au Vaficaji. Le peu- ple le croyoit mort , ou tout au mmilt aveugle & muet; on ftit étrangement . furpris de le voir reparoître le lendemain,
It A LI EN NES; 157
les évéques , les abbës & toute la nohletk f/ançoife & Romaine ; & , Charles étant pre/ent, il fait à haute voix la protef^ ùdon dinnocence dont on vient de parler. A voir le grand nombre des préhts qui fe trouvoicnt alors à Rome , on eût dit qu'il ne s agiflfoit rien moins que d'un concile ; & quelqnes hiftoriens en parlent en effet de cette manière. Mais , .îc la juftificadoii du pape 9 & la curiofîté de voir la cour du roi Charles 9 Tuffifoient pour les avoir attirés dans la capitale du monde Chrétien» Le concours des Italiens & des étrangers n'étoit pas moins prodigieux. Le jour de Noël, Charles fe rend à S. Pierre pour y entendre la mefle. Comme il fâifoit fa prière debout devant Tautel , le pape lui pofe fur la tête une couronne d'or ; &C tout le peuple de Rome , prévenu (ans doute , quelques momens auparavant, de la cérémonie, fait retentir la bafîlique du Va- tican de ces cris ; ^ Charles Augufic , cou^ ronni de la main de Dieu ^ grand & /pacifique empereur des Romains , vie 6* vicloire ! Après les acclamations , le pape fe profterne devant le nouvel empereur, pour marquer qu'il le reconnoît pour fon fouverain. Il fe relevé, & lui feit Tonc- tion de l'huile làinte. La mefle eft enfuite célébrée par le fouverain pontife ,-&Char«
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158 Anecdotes
les y rei^oit les honneurs impériaux.' iiiagirtrais , le clergé , la nobleffe ÔC le peu- ple confirmèrent à Charles le titre d'Em- pereur, par un décret d'éteftion, qulls lignèrent tous. Son fils Pépin tut lâcré roi d'iialie.
» Charles, dit M. l'abbé Fleuri, d'a- M pris Eginhard , hiftorien & chancelia" » de Charlemagne & témoin oculaire »t de ce qu'il écrit , s'attendoit fi peu à ce » couronnement, que d'abord il y eutune » extrême répugnance, & protertaque, ») nonobftantla (blemiiité de la f3te ,il ne » l'eroit pas venu à l'églife ce jour-là , s'il >» avoir pu prévoir le deffcin du pape.
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ip» àiople ëtoit gouvernée par une femme ^ M à qui ils croyoient indigne d^obéir ; car 5* la chofe étoit £ins exemple. Ilétoit donc y¥ jufte de réunir le nom d'Empereur à la H puiflànce efieâive; & Texécution s*en #» fit par les mains du pape , à qui fk di- M gnité donnoit à Rome le premier rang. n Ainfi le nom d'Empereur Romain, éteint n en Occident , l'an 476 9 fut rétabÛ après n 324 ans,>»
iCo Anecdotes
CHARLEMaGNE, L<nperéUT.
CE prince s'applique, comme il avoit déjà feu , à rétablir le bon nrdrc, lu paix & la juftice dans l'Italie. Il y "liilTe ion fils Pépin pour coniinucr la guerre contre Grtmoald , prince de Béne-\-em y cji]i iL-fiifoit de fe louinettre, & reprend, avec toute fa cour , le chemin tic (es Etats d'Allemagne & de France.
•J*«[ 806. ].>«%- L'empereur,déja vieux, fait ,1 Tliionvitle'^ dans une diète nombreufe , le partage de les Etats entre ^is trois fils, Charles, Pé- pin &: Louis. Pépin devoît avoir fuaUe , ouiTc une grande partie de l'Allemagne;
iTALIENNEâ; \Si
Att deffine une portion confîdërable pour les pauvres. Il partage enfuite le refte en vingt & une parts pour les vingt & one delîfès métropoles de Tes Eta^ , fca* voir^ ilome, Ravenne, Milan, Aqùilee^ Grado , Cologne , Mayence , Saltzbourg ^ Trêves ^ Sens ^ Befànçon , Lyon , Rouen ^ Reûns ^ Aries , Vienne , Tarentaife j Em- ' brun , Bordeaux ^. Tours & Bourges; Par- mi les curiefités du tréfor de l'empereur ^ on admiroit fur-tout, une table d'or. Se trois d'argtent maifif, avec leurs pieds auffi d'argent : Puné de ces dernières , qui ëtoit .quarrée , ^ dont la gravure ofTroit la def« cription de la ville de Conftantinople , de- voit être donnée à régllfe de Rome ; une autre, auffi d'argent, ronde & repréfen- lant la ville de Rome, étoit deftinée pour Féglife de Ravenne; la troiiieme table d'ar« gent & la table d'or dévoient être partagées entre les héritiers de Charly , & les pau- vres.
Pépin , roi tfltalie , étoit mort à Milan , au mois de }li|tllet 8 lo , ne laiiTant que des fib naturels , dont l'aîné s'appel-^ loit Bernard. Charlemagne, dans une diète d'Aix-la-Chapelle , déclare ce prince, (on petit-fils , roi d^Italie.
Au mois de Janvier, CharlemafnemeiirK An. It, Partit I. L
itt AtrâÊbô ttê
depleunéfie, dans h foixaiicc Se douaemé aimëe de (on âgc^ la <^iacante<iiiipiieme de Ibn règne cnFrance, & ia trebôeme de fim empire, «dlfutregretté^ ditfllîftorieti s» Ecclffiaftjquo ^ non-^èiilement de fes fk* njets 5 mais des itrai^ers & des Payens ^i^méme; & la pofiénté Ta tdlcment re-' * n CoiuM pom gtind j qto^elU en a fiûtle Mfiom de Chaxlemagne , qm tiû eft pm^ ypre. Phifieiirs ^12» particulières Finv<H » quent comme nint ) qttoiqu^en d'ancres^ » comme à Metz ^ on fàiè tous les ans un I» ièr^çe pour le repos de fea ame ; &c il H (axt avouer qpie la mulddide de fes fem* f» mes &c de (es concubines a donné ^piel^ tiqueattâitfe i(a réputation. i» Oeutpouf fiiccefiur fi>nÛs Louis, qu^ avoit dédaiéy Tannée précédente, empereur d^Ocd & rot chs FiançQÛ & des Lombards*
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LOUIS LE DEBONNAIRE,
Empenter,
L
E pape Léon m ëtaiit mort an mois de Juin , Etienne IV lui fuccedé dix )OUTS après. Ce pontife fait prêter fer*' inent de fidélité par tout le peuple Ko^ main , en &veur de Loiiis ; & , le mois d'Août fuivant , il fe met en chemin, pour paflfer en France. II eft reçu Tuf les frontières du royaume pat (Quelques feigneurs qui le mènent à Reims , oii ^empereur avoit téfblude Tattendte. Là plufieurs ëvéques,ac-* compagnes d'un grand nombre d'eccléfiai- tiques, vont au-devant d'Etienne. Louis lui-même s'avance à fà rencontre , à quel-
3ue diibnce. Dès qu'ils s^apperçoivent, ils efcendent tous deux de cheval. L'em* 1>ereur, plein de tefyed pour le chef de 'Eglile , fc proderne , à trois reprifes dif- férentes , aux pieds du pape qui le re- levé la troifieme fois, &c l'embraiTe. Ils mar- chent enfiiite vers la (Cathédrale, précédés de tout le clergé ^ pour y chanter le TtDntmé Le lendemain , l'empereur donne un feftifi fuperbe au pape qui , le jour d'aorès , traite à fon tour magnifiquement i'erapereur#
L i j
164 Anecdotes
Enfin, le dimanche fuivant, te clergé Sel peuple s'Àant TafîembWs enfouie dansU cathédrale , Etienne y facre (blemnelle- ment l'empereur , & lui met fur la tête ane couronne d*or, enrichie de pierreries, qii^îl avoit apponée exprès. Il en met une au- tre fur la tête d'Ermengarde , qu'il décUre impératrice. Cette cérémonie étoit l'uni- que but du voyage qu'il avoït fait en France. Ce pape vouloit (ans doute af- furer à Ces (iiccefleurs le droit de counm- jier les empereurs.
J^.[8i7...i8...].jet A
5L^ Séduit l>ar ^^ T «ombreufe , «»
o«» ^^L^ 5tà de la révolte , jn^J^^ kve r*t«^dard d ,e„t lo
penant ^«'"^^'eTtoutesfestroup»^^^ \c punit » il teconn ^ étatnce =•
^ • ^umblert»ent de W^J ^, „ pnnce
«"*"*; ,me Louis ; »^ .. -ux f ebet ,u(& bon ^; à ^rStS^t de le»
détermine fon^ fc W^^ fe,*
des co"f^;rt. Cette ^f *ïtte , l»
commuée en ,^ ^ ^âle Ten avef ctuf e Ermenç^^^fensmême^^ ^^ otdt« de le^P eux à Bem ^ ^
tant de vvo\ ^ ^ou^ ^, .
i66 Anecdotes
une fièvre violente l'emporta quelques mois après. L'empereur pleura long-temt la mort de Bernard. II s'en reconnut cou-
Eible en prélênce des évoques; re<jut (feux pénitence » & fît de grandes aiunÔQfis pour l^cxpiation de fa foute.
Les Maures ou Sarafins d*Afrique avoient fait une defcente en Sicile dès l'an 810, & s etojent einparéî de Païenne. Ils en 3voieni été chafîes bientôt après. Cette an.
née , ils rentrent dans cçtte ifle , 6i voici
Italien NI s; 'til^
Batbafts le ren^refifi à cette itivît^ùm; Se iétauït répandus dans Pifle 9 commandé^ par aSéuios chefs, ils y exercèrent d'aflTreiui lano^es. Dans Teipaee de quelques années^ bSieik fo&L toule entière fous leur domî* aitkm.
L^ndalf l'Ancien ^ comte de Capoue^ vaiTal du prince de Bénevent , ayant fsôt bâtir Ibr unemamagne,voi(inedeCapoue^ une nouvelle ville très-bien fortifiée ^ im yita Sicon, prince de Bénevent, à la ve* nir voir. Le prince $y rendit ; & ^ après Fâvoir examinée, it demanda quel nom on hii donneroit ? Les courtifàns, par âattericj htt: répondirent qu'on la nommeroit Sic^^ p^iis f (c'eA-à-atre vUU d$ Skon ; ^ nuos lui d'entr'eux s'avila de dire qu'ï faUoit phitât l'appeller ReMlopoiis ^ ( c'eft<4* dire vUU rebelle.^ Scon^ choqué. de ce éakoufs^ lui demauAi pcnirquoi il propo* Ibit dé Jbi donner ce nom ? Le courtnân lui répondit : « CeA paice que les Ca« irpovans^ ayant une lAace auSi fovtë, fe<» irtont |du$ oifpoiîrà Ut révolter |. & moins ir foutnif à yor ocdres«>» .y • ■
« * •
ii'empereur Lom > nalgvé Aa 2gt
L iv
i(S8 Anecdotes
avancé , malgré la piété Icrupuleu^ dortt il tàiloit profefiion , s'ctoit laifie lëduîre par les charmes âe Juditli , & Tavoît épou- iée , quoiqu'il eût déjà trois princes de ion premier mariage. Charles , fruit de (on union avec Judith, devint l'objet de toute làtendrcfTe. Il fRlloit donner à cet enlànt chéri un apanige digne de fe naiflânce ; mais Louit avoit déjà partagé fes Etats entre les trois princes du premier lit, Lo- ihaire. Pépin & Louis. Dans la dit^te te- nue 3 Worim , cefte année , il fit un nou- veau partage , & donna l'Allemagne i fon (ils Charles. Loihriire &Pénin. mécomens
Ital:ienkis« "i^
jpne, & de (e faire moine; mais ce prince fâk jbcrettement demander du fecours â fort troifieme fib, Louis de Bavière , qui le dé^ livre de b tyrannie de (es frères. Louis ^ devenu en état de donner la loi ^ ne voit plus dans {es ennemis qiie des enËuis qui lui font toujours chers. Il les Eût venir en Ùl préfence ; leur reproche avec une dou- ceiur paternelle leur conduite dénaturée ^ te leur pardonne«cn les embraflànt.
inK»[83}.]ofU
Toujours aveugle par fon amour pour Judith & pour Ton fils Charles , Louis ôte â Pépin le royaume d'Aquitaine , qui lui ëtoît échu en partage ^ & en inveuit ce fils bien* aimé. Lothaire & Louis de Ba« viere s*arment pour venger rmjuffice faite i Pépin. Louis marche contr'eux à b tête de {es troupes , & les rencontre dans une plaine auprès de Rouffiac. Les trois frères travaillent fëcrettement â débaucher les Ibidats de leur père 9 & y réufliflent. Louis^ abandonné des fiens, refte au pouvoir de fes fus» Judith eft exilée à Tortone en Italie , & Charles dans Tabbaye de Prum en Allemagne. Les trois frères partagèrent entr'eux tous les Etats de la monarchie. La pbdne de Rouffiac , qui étoit le théâtre d'une fi étrange fcène, fiit nommée ic thamp du menjbngt.
tjé Anecdote*
Les itvtx frères, Loub&Pépîiiï r&à tournèrent dans leais Etats. Lothàre conduilit fôn père à SoilToiis , & l'y tint étroitement renfermé , ne foufratu pas ^e perfonne lui parlât , excepté ceut qui le fervoieni. On ne peut lire, £m« an attencIriiTemem mêlé d'indignation , tes outrages qu'efîiiya ce nialheuretni pritice, dont le plus grand détaut tUt une exceffive bonté. Des nûniifTes dn-Seignear, abufant de fa piété iîmple & crédule, le forcèrent à s'avouer coupable des crimes cju'il plut à fôn Êls de lui Imputer. Vendus à l'am- Mtion fin [.ntliairp . ÏU firpnf rnrniHr** ati
Italiennes; 171?
ijant pas oublié qu'il étoit leur père. Os Arent indignés du traitement barbare^ qu*it éprouvoit de la part de Lothairç & s'un» rent enfemble pour lui rendre h liberté» JLothaire 9 au premier bruit de leur marche^ s'enfuit en Italie , laiâànt fon père dans fdbhskye de S. Denis ; mais^ toujours f» ble & icrupuleux , Louis n'o& reprendrf la ceiitture militaire^ &ies omemensim* périaux , qu'il n'eût auparavant reçu Fab* îblutîon des évéques. Après que ce prince innocent eut été abfous de fes crimes imar ^mùres 9 par des prélats hypocrites , il fè joignit à iês fils Louis &c Pépin , 6c mar-* cbsL contre Lothaire qui perfilloit toujours dans fâ révolte. Ce fils dénaturé , touché des avis de l'évéque de Paderborn , vint, avec Hugues fon beau-pere y & plufîeurs complices de ià rébellion 9 fe proftemer aux pieds de l'empereur , 6c lui demander pardon de fon crime. L'empereur^ ac<:om- pagné de fbs deux autres fils 9 le reçut dans une tente ouverte ^ en préfence des deux armées. Là^ n'écoutant que les mou« vemens de ùl tendrefle , ce tendre per^ bii tendit la main ; lui pardonna tous les outrages qu'il en avoit reçus ^ 6c n'exige» de lui qu un nouveau ferment dç lui être fidèle.
(.oth^e^ b«pôfer à Pavie y av«c beM«
\^^ Anecdotes
coup de magnificence , fa fille Rotrnde? Ermengarde , femme de Lothaire , fut préfemi;; à la cérémonie . & fit voir, clans cène occafion, qu'elle n'étoit pas fort (crw- puleule. Avant la meffe, qui fut célébrée par rarchevêque de Ravenne , fe fcntant preii'ée de la foit", elle fe fit apporter une ^ndc tafTe de vin étranger qu'elle but en cachette ; ce qui ne l'empêcha pas de communier à la moffe.
Scard , prince de Bénevent, aifiégeoil la ville de Naple-; , quî refiifoit de lui payer ie tribut ordinaire. Les Napolitains , prefles par la famine, lui députèrent un nioîiie qui, fe jeitant àfespieih, leçon-
Ïtaliennks; i7|f
tempUs dHin vin exquis , mais qui en ef- fet etoient pleins de fous d'or. Roffired, de retour dans le camp de Sicard , lui rap- porta que la ville ëtoit abondamment four- nie de provifions ; &, fur ce rapport, le prince leva le iîége , content que les N^k>- litains (è fiiiTent engagés par un nouveau traité à payer exaâement le triant,
^^[ 840. ]ç4Pi»
L'empereur Louis , deftiné à être la vic- time de fa bonté & de fâ tendrefle , ap- prend que fon fils Louis de Bavière , <pi avoit toujours paru plus modéré que les frères , s'étoit révolté contre lui ; étok en- tré en Allemagne , & y avoit été recomm joi. Ce père infortuné étoit déjà malade: cette nouvelle achevé de l'accabler. Affin- bli par la maladie & par les années , il eft obligé de fe traîner au-devant d'un fils rebelle , qui devoit être la corifobtion de ÙL vieillefTe. Louis , informé que (on père marche contre lui , ne juge pas à propos de l'attendre , &c regagne fes Etats. Une éclipfe de foleil , furvenue , dans ces circonftances , parut être dans ce fiéde d'ignorance le préfage de quelque grand malheur. L'empereur, toujours crédule 8c fuperftitieux , fiit fi fiappé de ce phéno* mene^ que ùl maladie en augmenta confi-
1^4 AKfeCDOtES I
durablement. SenUnt fa fin approcher , W^ fe fit traniporter dans une ifle du Rhin, aif deflbus de Mayence , & vis-à-vis du châ- teau d'Ingelheim. Il partagea fes meubles & fes bijoux entre les ^glifes , les pauvres & fes fils. 11 envoya des feigneurs en Italie porter à Lothaire là couronne , l'épée & le fceptre d'or garni de pierreries. L'évo- que de Metz, en lui préientani le Viari- que , hii demanda si\ pardonnoit à Ion lili Louis? «Je lui pardonne de bon cœur^ »»répondit l'empereur ; maïs je vous prie M de l'exhorter à fe repentir de fes fautes, M & Air-(out d'avoir réduit fon ,pere à » mourir de douleur. »► Ainfi mourut l'em-
l^inrlûk k latin comme ùt langue natu^
» relie , & entendoît le grec. II aroit ap
)»pris en iajieitnefle <les poëfîes ladnes;
m msis^ depuis , il ne vcuîoit ni les lire
I» ni les entendre. An contraire , il étoit
I» ficM inflmit de PEcriture (àinte , 6c fi^
» voit le fens fpirituel , le moral & fana-
•» logique. Tous les matins ^ il alloit à Té-
# glife, (e mettre à genoux , touchant le
H pavé de fon front y & demeuroît long*
9f tems en prières , quelquefois avec lar-
>» mes. Tous les jours , il donnoit Taumône
9f avant fes repas ; & , par-tout où il étoit,
>• il y avoit des logemens pour les pau-
M vres. Il étoit fobte dans le boire & dans
H le manger. Jamais on ne le vit éclater
n de rire ; & ^ dans les fêtes folemnelles
M où les muiiciens & les bouffons jouoiem
H pour divertir le peuple , il cOntenoit les
>» autres par (on férieux. Il s'habilloit mo-
9f deftement, excepté les grandes fêtes, ou^
f> à l'exemple de les pères , il étoit tout
H couvert d*or , portant la couronne en
9>tête, & le fceptre à la main. Il étoit
» très-libéral , & donna en propriété à
» des particuliers quantité de terres de fod
M domaine. Il ne faifoit rien (ans confeil ;
»>mais il donnoit tant de tems au chant
n des pfeaumes & à la leAure , qu^il aban*
p donnoit trop les affaires à (ts confidens.
176 Anecdotes
» Il entretinr la mauvaife coutume « déji w établie , de faire évoques des gens de »> condition fervile , qui ne manquoient » pas d'affianchir leurs parens 6i de les ëlc- »> ver , ou par les lettres , ou par les al- »» liances avec les nobles. Tel fut ce prince, M ^ue l'on compte pour le premier roi de »> France, du nom de Lotus; & latâcilité »i à pardonner , lui a fait donner te fuf » nom de Dibonnaire. n
Italiennes; 17^
'« ^
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LOTHAIRE, Empereur. WJK»[ 840. ]«>fV
ON a vu ci-deffus que la domination des Lombards en Italie avoit été réduite à la principauté de Bénevcnt, dont Charlemagne avoit eu beaucoup de peine à /è faire reconnoître fuzerain. Gri- moald 111 , fils du prince Arégife , rendu , par Charlemagne , aux Bénéventins , moyennant un traité qui le faifoit vaffal de l'empire , n'avoit pas laiffé de gouver- ner en maître indépendant (a principauté. Grimoald IV, Sicon & Sicard, fes fuccef- feurs , avoient fait de môme. Sicard, prince de Bénévent, depuis 832, ayant voulu x-ioler la femme de Naninghon , noble Bénéventin ; celui-ci fe plaignit au peu- ple de Toutrage qu'il avoit reçu : les Bé- néventins prirent aufH-tôt les armes ; coururent au pal^s, & maffacrerent Sicard. Ce prince s'étoit rendu d'ailleurs odieux aux Bénéventins par fes cruautés & par fon avarice. 11 cft à croire que l'aventure fuivante avoit ajouté beaucoup à la haine publique.
An. It. Partie /. M
îjS Anecdotes
Adelchilê , femme de Sicardj ayant jtî vue, par hazard, toute nue dans une (ente, par im citoyen de Bénevent, elle reiblut de s'en venger. Quelque tems après , elle invitii toutes les feinmes de la ville, k fe rendre au palais, comme pour leur don- ner une {ùte. Lorlqu'elle les eut en (on pouvoir, elle leur fil couper à toutes leurs vêtemens jufqu'au-defilis de la ceinture , & les fit promener , en cet état , dans les rues & dans les places de la ville.
Radelgilè, threforier de Sicard, élu pour lui fuccéder, fîgnale fon avènement à la principauté , par une violence nvû lui fait
ÏTALIBNNES: 17^
ff fenêtres 1» Il fe hâte de fe loitiiîcr dans b nouvelle ville de Sicopolis , & arbore en/îiite l'étendard de U révolte.
Davfre , beau-pere du feu prince Si- card , également indigné du traitement fait à Adelgiiè , (bit de fiénevent avec Tes fils y qui étaient au nombre de cinq , & £|it foulever la ville de Salerne. A cette nouvelle , RadelgiTe envoie Ton confident Adelmaîre , pour tâcher d'appaifer les mé- conte^is \ mais Adelmaire , trahilTaiit la conâance de fbn maître, approuve la dé- marche de Davfre , & s'enferme avec lui dans Saleme. 11 fiût dire enTuîte à Radelgilc qu'il peut & préfenter devant la place , 6c qu'il Â;aura I en rendre maure, fans coup Krir. Radel^ife , plein de confiance , va fe préfenter aux portes de Salerne : il les voit s'ouvrir auflî-tôt, ne doutant pas que cene ibit pour le recevoir ; mais Davfre & fes fils , fécondés d'Adelniaire , fortent tout-â-coup^à la tâte des bourgeois armés; & , liï précipitant fur les troupes de Radel- ^fè , Us en font un carnage horrible.
Après cette aâion , Davfre &£ fes fils perfuadent aux habitans de Saleme d'élire pour prince Siconulf , qui languilToit, de- puis long-tems rlans la prilbn oe Tarente» oit il avoit été confiné par Tordre de fon fre^'c Sicard.
On faitchoixfpour le délivrer, decjuelques Mi]
iSd Anecdotes
jeunes gens adroiis & déterminés J quîfrf déguirent enmarchands , & fc rendent, par differens chemins, àTarente. II fe réunif' feni le foir , près de la prifon ; & , feignant d'arriver dans le moment , ils prient les geôliers de les loger pour cette nuit. Il n'y avoir point alors d'hôtelleries dans les villes d'Italie. Les geôliers tout entrer ces jeunes gens , qui , tous prétexte de reconnoître leur poHtefle , leur font boire d'excellent vin , & les enyvrent, Lortqu'ils les virent enfevelis dans le vin & dans le ibmmeîl , ils forcèrent les portes de la ptifon, & en
*îrPTÉ>nt Siri
i.lf.
,nAW,r,Te
hS<;3-
Italiennes. 181'
IxîSdeux dans Ton églife , qu'il avoîc dé- pouillée de toutes Tes richeffes & de tous (es omemens. Trois cens chevaux mar- choient à ùl fuite ^ chargés de ce riche bu- tin & d'une grande quantité d'or & d'ar- gent. Ce n'étoit pas l'intérêt de la panx^ qui conduifoit George en France. Son def- iein étoitde fe foumaire de la dépendance de révêque de Rome , à l'exemple de (juelques-uns de Tes prédécefleurs. Il ef- péroit gue Tempereur Lothaire , féduit par îes prétens , coniirmeroit les privilèges que les empereurs avoient accordés à IMaur & â quelques autres archevêques de Ravenne. L'ambitieux prélat ne défef- péroit pas même d'obtenir avec fon or la dignité de fouverain Pontife , & c'étoit dans cette pieufe intention qu'il avoit pillé fbn églife. Lorfqu'il fut arrivé avec les lé- gats au camp de Lothaire , il trouva ce prince entièrement éloigné de tout ac- commodement. II réfolut, avant de rien demander à Fempereur , d'attendre la décifion de la bataille qui devoit fe li- vrer ; croyant que , fi ce prince rempor- toit la vi6loire , la joie qu'il reflentiroit d'un fi heureux fuccès , lui feroit écouter plus favorablement les propôfirions qu'il avoit à lui faire. Cependant , pour s'attirer de plus en plus la bienveillance de Lo- ibajre, il dcckmoit indifcrettemetvt àw\s\&.
l8l AN E C D O T e S
cain[) contre fcs deux frères. La veille M labiitaille, îllui ëcbappadedire : «Quand »je verrai Charles vaincu paroître avec les «bras liés, je me dég.mterai pour lui cou- >» pcr les cheveux , ïk te ftirî derc ; 6c je M l'emmènerai dans mon diocKe. " Le iÇ de Juin, la bataille fe livra près de Foute- nai , (ians le comté d'Auxerre; StLothaire fut entièremeni détail. Les légats prireiit la fuite : George en fit autant; mais, (bit Tef fet de fil mauvaife fortune , (bit que l'atti- rail qu'il traînoit après lui , filt an obftacle à (â ri;traitc,il tomba entre les mains detiuel-
Italiennes; tgj
iieconfênm même à lui donner audience» que pour lui reprocher Ton avarice , (à cu- pidité, fon ambition : << Je devrois , ajouta n ce prince , punir les difcours téméraires >> que tu as tenus contre moi ; mais je veux j^ bien refpeâer un caraâere que tu desho* n nores. Ketoume à ton (lége. » Charles, après lin avoir parlé ainfi , le renvoya avec mépris , & lui fit donner de Targent pour fon voyage. Plufieurs des prêtres de Tar- chevéque, qui Tavoient accompagné , fu- rent dépouillés de tout ce qu^ls avoient » & renvoyés nuds en chemifè. Us fijrent ôbEeés de demander Taumôhe , & fe virent pluneursfois en danger de mourir de faim» Comme ils approchoient des Alpes , ils rencontrèrent leur archevêque auquel ils demandèrent quelque léger fecours , avec promeffe de lui rendre à Ravenne le double de ce qu'il voudroit bien leur prê- ter ; mais George, nanirellement dur, leur refiifà toute amfhince , quoiqu'il le pût^ ùm fe gêner beaucoup»
^^[ 843 . ]c4?t»
Les Sarafins , maîtres de la Sicile , în* fefloient fouvent Tltalie , & fe rendoient, de jour en jour, plus redoutables dans le continent. Siconulf, prince de Saleme, voulant fe garantir de leurs ravages , ne
Miv
>84 Anecdote^
crut pas pouvoir mieux faire que de s'aW lier avec eux. 11 prit à fon fcrvice Apolla- iar, un de leurs chefs. Au retour d'une expédition dans laf[iielle ce Maure l'avoît irt's-bien fcrvi , Siconulf , montant avec hi! les degrés (Eu palais de Salerne , le prit dans Tes bras; le porta iufqu'en haut; le pofa à terre, & l'embraflà. Apollatàr s'offenfa de ce jeu qu'il prît pour une infiilie. 11 rompit l'alliance qu'il avoitcon- traftée, Stalla offrir Tes tervices à Radelgi (e, prince de Bénevent.
Siconulf & Gui, fon beau-frere, duc deSonlere. f;iirnicnt rie ronrcrt le fit-oe
Italiennes} 'ï*ç;
Sansle Tibre , &s'avancent jufqu'aux portes de Rome, quils trouvent fennées. Ils fe contentent de ravager les environs, & pillent 9 entr^autres lieux , les églifes de £iint rierre & de faint Paul, qui ëtoient hors des murs. Ils en emportent des richeflfes immenfes , parmi iefquelles on regretta fur- tout l'autel d'argent maffif , pofé fur le fé- pulcre de fàint Pierre. De Rome, ils fe ren- dent à Fondi qu'ils livrent au pillage & aux flammes^ après en avoir égorgé ou fait efclaves les habitans. Quelques troupes Franqoîfes , en gamifon dans Spolete pour l'empereur Lothaire , ayant tenté d'arrêter ces Barbares, elles font taillées en pièces, & pourfuivies jufqu'au mont Caflin. La vue de ce riche monaftere ne manque pas de réveiller la cupidité des vainqueurs; mais, comme il étoit tard , ils remettent au len- demain matin à le piller. Un feul ruif- feau les féparoit du mont Caffin , qui n'a- voit, dit-on , d'ailleurs aucunes dcfenfes. Les moines , n'envifâgeant plus qu'une mort certaine , vont en proceffion à l'é- glife de faint Benoît ; Se là , couverts de facs & de cendres , ils paffentlanuit dans les plus ferventes prières. Tout-à-coup le ciel fe couvre de nuages épais , & verfe un déluge d'eau fur tous les environs du monaftere. Les Sarafins en font fort incom- modés. Au point du jour, comme ils fe
ÏÎS XnecdoteS
préparent à paffer à gué ie ruîffeau cpê les féparoit des moines, ils le tïouvcnt fi prodigieufement gonfié par ta 'pluie, Oirih font contraints de demeurer fur les bords ^ 6c, peu de temps après, tie fe retirer. ~
L'empereur Lothaire tombe tnalade n'efpérant pas d'en guérir, îl partage tes Eiats de France & d'Allemagne entre fes deux fils LothaJre & Charles ; Tans doute qu'il crut fon fils aîné Louis affez bien
Italienne s7 'tî/
LOUIS II 9 Empcreurm
m
CEtt E année eft remarquable par le froid excelfif, quife fit fentîr pendant FhTver en Italie ; pays qui , par (a fituation , femble à Tabri de pareils accidens. Pendant plufieurs mois , la terre fut couverte d'une prodigieufe quantité de neige ; la gelée fit périr lei /èmences & les vignes, & glaça même le vin dans les tonneaux. On prétend que la mer , chofe inouïe ! fut prife en quel-
3aes endroits , & qu'à Venife on fit ufage e traîneaux & de charrettes , où Ton ne i'étoît jamais fervi que de barques & de gondoles. Nos pères ont pu voirà-peu-prôs toutes ces chofes en 1709 ; &, depuis quel- ques années, nous commençons nous-mér mes à les trouver moins furprenantes.
L'empereur Louis II marche à Rome 5/ atec des troupes , pour faire cafTer une (^xitcncQ donnée par le pape Nicolas L
Voici ce qui donna lieu à cette expédi- tion»
'i88 Anecdote^
Lothaire, roi de Lonaine , frère de i'eifl' pereiir , avoir epoufë , en 8 ^ 7 , Thietberge, fille (le Bolbn, Comte d'une partie de b Bourgogne. S'en étant bientôt dëgoûté, il s'attacha à une concubine nommée yal- dradc , qui l'excita à chafTer de l'on palais (on époufe légitime. La reine Thietberge avoit un frère nommé Huhtn^ qui avoit été ordonné fous-diacre , mais qiii , s'étant en- fuite livré à la débauche , fcandalifoît toute la France par fes déréglemens- On accula cette princefle davoîrcommisavecfonfrere Hubert un încefleabominaWe. Thietberge Je nia; &, comme il n'y avoit point de prcu-
Italiennes: iS^
Klcolas' n'en fut pas plutôt informé , qirâi envoya deux nonces à Lothaîre , pour To-. bliger à réparer un fcandale aum grand« Les nonces étoient Rodoald évéque de Porto, Se Jean évêque de Cervia. Que de reflburces n'oflGrent point les richeffes ! Corrompus par l'argent de Lothaire, les deux prélats aflemblerent à Metz un concile compofë d'évêques vendus comme eux au prince , & par qui le divorce avoit été ci-devant approuvé. La fentence déjà rendue , fut confirmée tout d'une voix ; & le mariage de Lothaire avec Vaidrade fut déclaré légitime , d'une manière plus folemnelle. Les archevêques de Mayence & de Cologne fe rendirent enfuite à Rome , dans le deiTein de furprendre le pape par leurs fauffes relations; mais Nico- las , ayant appris comme les chofes s'étoient paflées, excommunia, dans un concile qu'il tmt à Rome , les archevêques de Mayen- ce &c de Cologne , & cafla tout ce qu'ils avoient fait dans le conciliabule de Metz. L'empereur Louis étoit alors dans le duché de Bénevent. Les prélats excom- muniés l'allerent trouver, & fe plaigni- rent de la rigueur avec laquelle le pape les avoit traités , au mépris de la femille impériale , & contre les formes ordi- naires de la juftice. Louis , quoique na- Curellement équitable ^ prêta Toreille à des
190 Anecdotes
diicoiirs pleins de vraileinbUnce , 8c prît le chemin de Rome avec Ton armée, dam le defTein de faire caffer , de gré ou de force, iafenfence du foiiv«aîn po;.tit'e. Au bruit de là marche , Nicolas avoit ordon- né des jeûnes , des proceffions , & des prières, pour qu'il plût à Dieu d'infpircr à reiii|jereur de meilleurs fentimens, ÔC plus de refpeél pour le faint fiége. La pro- ceflîon commenijoit à monter les degrés du Vatican, lorlqnc l'empereur arriva. Ses foldats fe jetterent auffi-tôt fur le peuple & fur le clergé ; les chargèrent de coups de bnton y & rompirent !ps crok & les bannières , fiins épargner une croix Sot . donnée à l'églife de Latrao par faînte
Italiennes. 191
|)iinmon du Ciel. Il envoya prier le pape de le venir trouver ; & la conférence, qu'il eut avec ce pontife , rétablit entr'eux la paix. Louis voidut que les deux archevê- ques retoumaflent en France , dégradés comme ils étoient; & lui-même, fe voyant |;uéri de (à fièvre ^ quitta Rome quelques jours après.
'J^l 966. ]«^
Les Sarafins feifoient des ravages contî^ nuels dans les principautés de Saleme & de Bénevent. Le prince de Bénevent , & Landulf, évêque-comte de Capoue , profi- tant du voifinage de l'empereur , envoient Erier ce prince de les aider à chaiTer ces arbares. Louis fe met aufli-t6t en mar- che à la tête d'une puiflànte armée. Il entre dans la principauté de Bénevent. L'é- vêque de Capoue lejcint fur la route avec les troupes de fes Etats , après toutefois s'être muni d'un ftratagême dont il ne croyoit pas être lui-même la dupe. Peu de jours s'étoient écoulés depuis cette )on^on jlorfqu'on s'apperçut qucles trou- es du prélat défertoient par pelotons ; l ce défordre continua au point qu'il ne reftapas même un feul foldat Capouan dans l'armée impériale ; mais l'évêque demeura, pour ne point laiffer foupçonner la part
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'192 Anecdotes
qu'il avoh à cette manœuvre. D fit iesr dtcufès à l'empereur qui , feign^ de les recevoir, donna des ordres fecrets pour £iire marcher Tarmëe à Capoue. Il fon- <lit tout-à-coup fur cette ville ; en fit le fiége, &c s'en rendit maître, msdgré la ré« fifiance courageufe des habitans : elle fut traité avec la dernière rigueur ; après quoi y Loiù ayant iremercié Tévéque-comte de fes lervices, conduifit fes troupes vifto- rieufe à Saleme. Waifte s'ëtoit nouvelle- ment emparé de cette principauté fiir Ade- maire qu'il avoit confiné dans ime obfcure prifon. La première choie que l'empereur exige du nouveau prince , efl qu^il lui remette Ademaire qu'il aimoit. >» Eh ! fei- n gneur, répondit Waifre , qu'en voulez- » MOUS faire ? Il eft aveugle. >» Auifî-tôt il envoya fecrettement des gens crever les yeux au malheureux Ademaire.
Les maladies & le fiége de Capoue ayant confidérablement diminué l'armée impériale, Louis s'occupe à la recruterj, & fait faire dans toute l'Italie des levées ex* traordinaires d'hommes & d'argent. Il vou- loit employer toutes fes forces poxu* exter- miner des ennemis auffi acharnés que les Sarafins ; mais ces grands préparaùé pro- duifîrent d'abord fort peu d'dfet ; oc ce ne tilt que cinq ans^ après que l'empereur
s'em-
i'empiTi enfin de Ban , place forte où fe retiroient les Sarafins, qui furent obligés defoiùr d'Italie, après lavoir perdue.
Le pape Adrien II, éhi pour fuccéder^ Nicolas I , en 867 , ^toît engagé dans les liens du mariage^ lorfqu'il embraflà l*étàC eccléfiaftique ; & là femme Stéphanie vi-' voit encore , quand il parvint au fouve- lain pondlïcat. Une fille d'une rare beauté, fruit de leur union , étoit l'unique ob- jet de leur tendrefTe , & de leurs foins*' Adrien l'avoit depuis peu fiancée avec uft jeune bomme d'une des plus illuftres fi- milles de Rome. Eleuthcre , fcigneur Ro- main , ^pcrdument amoureux de la fiHe du pape , trouva le moyen de la féduirc ;' & lui ayant infpiré du dégofit pour le ma- nage auquel elle étoit deftinée , il l'en- leva de fon confentement ; maïs le pape' en fit une fi vive recherche, qu'il arracha & fille des mains du ravifieur. Tranfjjorté' de rage , Eleuthère courut k la maifon de Stéphanie , &i poignarda la mère Se la (ille. Il ftit arrêté fur le cliaipp , & mis en pri- fon. Adrien obtint de l'empereur des com* niiflaires, qui jugèrent Eleuthère , fuivant les loix Romaines , & lecoi\damnerentà" mort.
An. It. Partie ï. ' N
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Anecdotes
L'empereur Louis, après s'être empara (le b ville de Bari tue les Sarafins, & de Tarente fur les Grecs, va paffer quelque tems avec (à cour à Bénevent dont le prince ou (lue, nommé Addgifi , féignoit. de lui être Mêle , quoiqu'il eût excité fous main les derniers troubles que Louis avoir heurcufement appaifés. Pendant le iejour qu'il fit dans cette ville, les trou- pes, qu'il avoit amenées avec lui, ne mati- <juerent pas , comme il arrive ordinaire- ment, de comttiêttre quelques déibrdres ai'i dedans & au dehors. Adelgilècrut , ou
iTAtlEKNES: \^f
firâe ordinaire. Le 25 cTAoût, lorfqu'il dormoit fur le midi , le perfide Adelgife /e rend au palais , fuivi d'une troupe de conjures annés de toutes pièces ; en fait biifer les portes que les gardes avoient fermées i la hâte, & court à la chambre de l'empereur, pour fe £nfir de ùl perfonne* Mais j au bruit du tumidte ^ ce prince s'ë« toit Êiuvé dans une tour , avec Timpéra'*' trice 9 (à fille Ermengarde , & quelques do- me/Hques. Adelgife la fait afiiéger auffi-tôt^ & Louis s'y défend pendant trois jours ; mais il couroit rifque d'y périr bientôt|nar la famine , fi l'évéque de fiénevent n'eaSt obtenu d'Adelgife, qu'on lui rendroit la liberté , moyennant un ferment que l'em- pereur y l'impératrice , leur fille & tous leurs gens feroîent fur les reUques des JàintSy de ne jamais tirer vengeance par eux , ou par d'autres , de cet attentat du prince de Bénevent. Louis, ayant approuvé ce traité , jure avec toute fa cour; fort de la ville ; marche â Ravenne , & fait dire au pape de l'y venir trouver pour Fabfou- dre de fon ferment.
Vers les fêtes de la Pentecôte , l'cmpe-i reur fia rend à 'Rome. 11 fiiit déclarer par le fénat Aoelgife criminel de lèfe-Ma-f
Ni)
196 Anecdote^
jeflé. L'année fe paiTe en piépataii& ^0 guerre.
Les Sarafins , chalTés de Bari , leur plus, fone place en Italie , avoient demandé du lecours aux Saraiîns d'Afrique. Tandisque ceux-ci di(po(bient tout pour une nouvelle expédition, Waifre , prince de Saleme, re- çut un jour une lettre d'un de ces Barba- res , auquel il avoit autrefois rendu quel- que (ervice, & fçut , par cette voie, que les Saraftns dévoient bientôt venir fon- dre iur Saleme. Il profita de cet avis," po^r Tortiller là capitale, I& n'eut pas lieu de s'en repentir. Trente mille Sarafîns vien* neni débarquer , cette année , à la côte de
Italienne à; 197
fmr (iicccfrenr Jean VIII , qui tînt te fiége pendant dix ans.
Vï^[ 873. ]=>«*-
Abîméleck, fuccefleur d'Abdila, fevoit forcé par fes propres troupes de lever le fiége de Saleme. L'empereur Louis s'a- vanqoit au fecours de cette ville. Son ap- proche répandit l'épouvante parmi les Sar lafins. En vain Abiméleck eflaya de rani- mer leur courage. Ils fe fâifirent de ûl perfonne ; lui lièrent les mains » &le por- tèrent dans un navire. Enfuite ils s'embar- cpierent tous ^ & allèrent ravager la Calar bre.
L'empereur 9 délivré de la guerre contre les Sarafins , fonge à fe venger du prince de Bénevent ; mais Adelgife n'avoit pas attendu jufqu'alors à prendre (es précau- tions. Il avoit fait offrir à Bafile^ empereur d'Orient , de lui faire hommage de (es Etats ; & ce prince s'étoit engagé réci- proquement à lui fournir des fecours con- fidérables. Ainfi Louis eut à peine tourné fes armes contre le duc, qu'il eut avis qu'une flotte Grecque étoit abordée (ur les côtes d'Italie , &* qu'un grand nombre de troupes s'avançoit pour défendre Béne- vent. Ce contretems ayant rompu toutes ies mefures ^ il ne s'occupa plus que des
Nuj,
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niftyens de (âuver fon honneur/ Il enfj pour cet effet, recours au nouveau pape qu'il fi^avoit être ami il'Adelgife dont il avoit tL-nu un enfant fur les fonts de bap- tùme; &, l'ayant fait venir à Capoue, il fit , par Ton entremîfe , la paix avec le dnc. Mais , depub ce tems , la principauté de Bénevent ne reconnut plus les empereurs Frani^ois pour Souverains, & rentra fous U domination des empereurs Grecs.
Louis meurt à Brefcia , le dernier jour
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CHARLES LE CHAUVE, Empereurs
LA prmcefle Ermengârde , fille unique die Temperéur Louis II ^ &:< la plus fiche héririere qu'il y eût alors en Eu- rope ^s'ëtoit retirée, auffi-tôt âpres la mort de (on père , à la cour de Bérenger , duc & marquis de Frioul , auprès de la prin* ceffe Gîftïe , ùl grartd*^taftte , mete de ce duc. Bofbn, duc de Milan, ôcbeau-frere de reftq>ereur, prince stmbitiéux & intri- guant, qui ne fongeoit qu'aux moyens d'aug- menter fa fortune , ofa jetter les yeux fitr Ermengarde , & fe propofa de l'ayoir pour époufe. Comptant fur la protedion de l'empereur, & fur l'amitié de Bérenger, il furmonta tous les obftacles, qui paroiffoient s'oppofer à ce mariage. Il éteit marié : le poifon le délivra de fa femme. Auffi-tôt, de concert avec Bérenger , il fe tranfporte à Trévife , fous prétexte du fervice de l'em- pereur; enlevé Ermengarde, & l'amené en Lombardie , dans le tems que le pape & l'empereur venoient de fe rencontrer à Vcrceil. Le mariage de Bofon ÔT d'Er- mengarde fut célébré dans cette ville.
N iv.
loo Anecdotes
L'empereur en voulut faire les frais , Sc £rea flofon , duc de Provence.
Charles le Chauve, attaqué de la fiè- vre, meurt dans une cabane, au pied du mont Cènis. On prétend qu'il tut em- poifonné par un Juif, nommé Sédécias ^ ion médecin & fon tâvori. Quoiqu'on eût embaumé fon corps , à deflein de le tranf* potter à l'abbaye de S. Denis en France , l'odeur infupportable, qu'il exhaloit, obli- gea de l'enterrer au monaftere de Nantua, près de Lyon ; mais, quelques années après, on tranfporta fes os à S. Denis. Ce prince, à qui la France eft redevable du rétabliP- fement des lettres , commencé par Cîurle-
Italiennes: ï6i'
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CARLO M AN, Roi d'Italie , pendant la vacam c de r Empire.
CArloman , fils d'aîné de Louis le Germanique , mort à Francfort , Tau- née précédente , étoit en Italie , à la tête d'une armée , pour difputer l'empire à (on oncle ,« Charles le Chauve, lorfque ce prince mourut , comme on vient de le voir. Il n'eut pas de peine à fe faire pro- clamer roi d'Italie. Il écrivit enfuite au pape, qu'il étoit obligé de faire un petit voyage en Allemagne , pour conférer avec (es frères , & qu'il iroit à Rome , dès qu'il feroit de retour , pour y recevoir la cou- ronne impériale. Il finiflbit, en lui promet- tant de travailler plus qu'aucun de /es prédéceffcurs à relever l'Eglife Romaine. On voit, par la réponfe du pape , qu'il cher- choit à vendre l'empire, & à tirer encore de Carloman quelque donation qui pût frayer à la cour de Rome un chemin à l'indépen- dance : « Quand vous ferez revenu de vo- » tre conférence avec vos frères, dit le pape » dans fa lettre , nous vous enverrons les » articles de ce que vous devez accorder » à l'Eglife Romaine , & enfuite une léga- » tion plus folemnelle , pour vous amener
lot Anecdotes
w à Rome, avec la décence convenablcj >i Se traiter enfemble du bien de l'Etat & » du fâlut du peuple Chrétien. » L'intérêt particulier du pape marche , comme l'on voit, avant celui de la religion. Telle étoit là politique de la cour de Rome.
Il cft k prérunier que le pontife ne trouva pas (on compte avec Cnrlnman. II s'en détacha, l'année fuivante ; parcou- rut la France & l'Italie , ofirant fucccflivei inent l'Empire à Louis !e Bègue, fils de Clwrles le Chauve, & à Bofon, duc de Provence, (ëlon les avantages qu'il crnyoit pouvoir en retirer. Mais enfin , obligé de-
Italiennes; io)[
y^ • r,i II -"'*
CHARLES LE GROS, ou LE GRAS,
Empereur.
CArloman étant mort en S8o, le pape Jean traita de l'Empire avec Ton ftere Châties. On ignore quelles furent les conditions arrêtées entr'eux. Charles reçut à Rome b couronne impériale, le 2 de Février.
C^e année eft remarquable par la fin tragique du pape Jean VIII , fuivant quel- ques hiftoires , quoique la plupart le faf- fent mourir naturellement. Un de (o^ pa- rens , dit-on , avide de pofféder (ts thré- fors , lui fit prendre un breuvage empoi- fonné ; mais , craignant qu'il n'en réchap- pât, il lui donna fiir Ja tète plufieurs grands coups de marteau, jufqu'à ce qu'il le vît ex- piré. On joint le merveilleux au tragique ; & Ton dit encore que l'auteur de l'aflaffi- nat , épouvanté par les cris de la populace qu'on avoit informée du malheur arrivé à Sa Sainteté , tomba mort , iàns avoir reçu ni coup ni blefliire.
i04 Anecdotes
Les princes foibles & incapables éi gouverner par eux-mêmes, ne Icauroïent ïrop fe rendre difficiles fur le choix d'un inliiiftre : leur repos & leur gloire en dé- pendent. Charles le Grns en fit la trifte expérience. II sctoit entièrement démisdu foin des affaires entre les mains de Liut- ■wartl, évêque deVerceil, prélat qui, (fans le miniftere , ne voyoit quun moyen Jà- cile de fkmfaire fon avarice rordtde,&[ qui déshonora fort maître, en fe deshonorant lui-même. Charles voulant fecoiirir la Ger- manie infërÎËure, en proie aux ravages des Normands, avoit mis le (iége devant une BJnce forte, oui fervoîl d'afvic à lerirs cheft
iTAtlENNES. lOJ
nands. C'étoit par de pareilles aâiom, dont il n'étoit que finfirunient , que fia.' fortuné Charles s'atoroit le mépris au pen- ple , & contribuoit lui-même à la dilgrace qui devoit le priver du thrône.
L'avarice n'étoit pas le feul défaut de liurvard : il étoit encore dominé par une paflion honteufe pour un prélat, &dontla honte reiaillilToit toute entière fur l'empe- reur , doublement deshonoré par Ion mi- nière. Pour parler plus clairement , IJut- vard entretenoit un commerce galant avec fimpératrice Richarde , & ménageoît £ peu les apparences , que quelques courti- iâns ,