HAkXARI) l'NlXI^RSirY. L I H U' \ K' ^ MUSEUM OF COMPARATIVE ZOÔLOGY. 1(0/ .... -37" 10» .... ôi-l ryi ..... i.ï 41 ... . ÔH IS .... 40 1.- . . . . m l'I . . . ."{) 47 .... 38 i :H) .... Ho U .... 50 55S . . . . (i-2 3i2 .... r,(î Si;') .... 0 i 1 355 . . . . <'.o i 520 . . . . GC ' "26.') . . . . fiO 60 .... 78 i 155 .... 81 .3-13 .... Ul 515 .... 54 A. J. H. 31.-. .... 55' 502 .... 29 A.J.Ii. 28 .... 24 28 .... 17 24 .... 23 24i. . . . 10 » Deux de ces positions ont été tracées par M. A.-J. Had- ley, membre du Yale Collège. » Lundi soir, 2o novembre, le ciel se trouvait partielle- ment couvert, mais la présence des météores était évidente; ils se montraient à peu près de moitié aussi nombreux que la soirée précédente, et une moitié de ce nombre observé radiaient des environs de (Gamma) 7 Andromedae. (25) » [.c ciol était coiimmI le mardi soir 20, mais le im;r- credi 27, nous eûmes mi speclaele hrillaiil; en moins d'une heure nous eomplàmes mille étoiles filantes et 750 durant les soixante et dix minutes suivantes; leur parcours était généralemeîit très-petit et la majeure partie des météores étaient peu brillants comparés à ceux des mois d'août et de novembre. » Le point radiant se trouvait situé dans le nord et un peu à l'est de y (Gamma) d'Andromède, couvrant toutelois cette étoile, et occupant un espace qui s'étendait suivant la direction des cercles de déclinaison, sur une longueur d'au moins 8° et ne dépassant guère 12 à do degrés. » La largeur N.-S. de celte bande avait moins d'extension. » Il me paraît presque certain que ces météores accom- pagnaient la comète de Biela ou que ce sont des fragments de celle-ci. * » Le matin du 14 novembre précédent, le mauvais temps nous a empêché de continuer l'observation du phénomène. » Dans la îuatinée du 11 août 1872, j'ai observé pen- dant quelque temps, mais comme je me trouvais tout à fait isolé dans les déserts du Nord, je n'avais avec moi aucun instrument, pas même une montre; les météores de ce jour furent, dans cette région, plus brillants et au moins aussi nombreux que dans les apparitions ordinaires d'août. Deux entre autres laissèrent derrière eux des queues ou traces persistantes, dont l'une descendit vers le S.-E. et l'antre vers l'E. ; j'estimai leur vitesse apparente à environ 1° par minute. » Je crois " = rt'6' ; si, au con- traire, a'b'c'd' .... n'était pas une ligne droite, on aurait : «"6"< iî'b' H- b'b" , ou a'b" 1.2 -1 ' Ll.ti.") ^2.3.4 (X— l)x(j-+-l)J 1.2... («—1) 1.2...(/J — I) ri .IL. .An — J ^ ^'^"1 1.2... n "■1 .3...(// -^ \) »-2...0^-l) -j (.r — l)x... (x-4- W — i>)J a (a — 1) ...(a — /t -4- 1) a 1 1 (-')"2 x(x -t- Il ... .r -+- n — I) (X -(- «1 (/a. Or on a , en général : \ I 1 1.2.../* '■l.T)...[n+\ \ 1 (x — I) X ... (.r -t- n — 2) 1 ! n — \ 1.2.5...(n— I) /( — 1 x (x -+- 1) ... (.t -+- /i — 2) La formule (2) peut donc s'écrire : ^^ — - j log X — X + 1 = 21 log x+ %y\- -^ -W' -'4!:- -iTi^j --(-')■''-[' --^ ■■■("- ')] _^r ' ! 1 n — \\_\.1.~y...[u— I) x(x-H I) ... (x -h n — 2)J -[-\Y\ 1 )...('/—« -H .X(x -t- 1) ... (x -+- ri — 1)(x H- a) rfa. ( -"55 ) Si, après avoir remplacé, au st'coiid momhrc, les termes en X par leurs valeurs eu X„ (eu laisaut, de |»lus, - = Xq), on prend pour inconnue^ log x, on oblienl : / \ 2i '%'-r = U - - j lo^ X — X -+- |5oX« — fi.X, -+- (5), (-ir-'P„_.x„ .-(-!)" 2; i — 3o-4-- 1)" -% — n...(a-n) « x(x-^ 1 }...[x-\-n){x 'h V.) Je poserai , pour simplifier a (a — I ) ... (a — )l) \ a. — - X (x -+- 4) ... (x ■+■ n) (x -f- a) da = I. 3. Supposons que x et n augmentent indéliuiment; alors les deux sommes et X ' ■ PoXo — f^,X, -+- -.. -4-(-l)" 'p„_,X„ tendent simultanément vers zéro. En effet, en considérant d'abord la première, on a : 2;"' '=T~~^J^' (- 1) (--^«4) (a — 5) (a — 4) (a — W) (x — 1 -^ 5) (x — 1 H- 4) ... (x — 1 -t- n) (x -t- «) S"" SÉHIE, TOME XXXV. 3 rfa= {Zi ) 2;".-iïïxi7rïy[./-'<^-"<^--»K (a — 3) (a — 4)... (jc-n) {.r — 1 -+- 3) (x — I -4- 4) ... (.r — 1 -h h) (x -h x) (liiri'rnilicllc) dr. r Dans rime (jnelconquc des deux iiilégrales comprises entre les crochets, tous les élénienls dilTércntiels ont h; même signe. Or si Ton avait simplement, sous le signe d'intégration, tx{a — 1) (a — 2) (a — ^) )(x— l-t-3)...(x— 1h-// Un raisonnement tout à fait semblable à celui qui a été fait plus haut prouverait que l'intégrale qui se trouve au second membre ne devient inOnie pour aucune valeur de i\. Soit N la limite supérieure de sa valeur absolue (*). La somme des valeurs absolues de [3,X,, (^^X^,... sera infé- rieure à ■ ^ ^^ -^i x(/i-+- 1) (x-+- n) et, à plus forte raison, inférieure à (') Il osl facile d' voir que celle limite supérieure, relalive à n, esl nulle elle-iiiLiii:'. (|uaiul x auj^nienle indéliniment, mais on n'a pas hisoin d'cniulovcr ici cille considéralion. ( •■>^ ) qui se réduil à ~, lorsque n augmente indéliniment. D'ail- leurs, X augmentant aussi indéliniment, cette limite est égale à zéro. A. Si l'on introduit les Iiypotlièses x ^oo, » =00, dans l'équation (5), celle-ci devient donc : j limf^^ ' logx-(^x— -jlo-.r + jj = (4)1 n,„ [-,-,„ ..^1-...-'-"-^-']", On sait d'ailleurs, par l'application de la formule de Wallis, que (5) lim y^ log X — ( X - I loii; x -+- x ^ - log 2rr. On a, par conséquent, en série convergente : 2 2 n n-t-1 ou, ce qui revient au même : II (^ _ n) [a— -j f/a = 1 _- log 27r. 5. Supposons maintenant que x seul augmente indéli- niment, n ayant une valeur déterminée. I I t (57) \/.\ somme %\i) — l'iiXi + ■•■ + (—1)" '|3„ ,X,._, est ( ncoie nulle, mais ^ I n'est plus nulle, et l'équation (5) devient : Iitn|V^ loiTj — l.r — - 1 iog X -H X =1 — ^o-v— La conjparaison avec [A] et (5) donne, cette fois : /?(a-l)...(a-«)L-i) |\' = =^I==y = =° ~ / -^ -(U- 1-^'=.' -^^=' x(.r-f-l)...(x-H;?) / a -f-x 6. Supposons encore que n seul augmente indéfiniment, X ayant une valeur déterminée. Alors c'est ^^ l M^i est nulle, tandis que la somme [3qXo — PiXi h — ne l'est pas, et la formule (3) devient 2^'' log a; :-= [x - -j log X — X H- [3nXo — fi.X, h- ••• + (- l)"-'S„-,X,._, H- •■• -t- 1 -p„-H I - ... (38 ) |)uis, eu égard à l'équation (0) : («) 2r' '"» •'■ ^1 '"^ '^^-^Y -4) '*'-•'■ ■" -^-^^Xu- .'^ix,-*-... -f-(-l)" % .X„_, -f - formule identique à celles de Binel et de Caucliy. 7. Supposons enfin que n et x soient tous deux finis, ce qui conduira à la délerminalion du reste complémentaire. La série conserve alors la Ibrme (5) et si l'on vent, à l'exemple de M. Genocclii, lui donner la l'orme (8), il faut prendre pour reste complémentaire, à ajouter après le terme (—1)" 'f^,. iX„-.: ou, d'après l'équation (7) : (-1)"-'^-. 1 -l(.g^27rj En comparant à la formule de Binet, on trouve : ou (- ')'■ r X [X — \ ) ... [x '') l ^- X (x -f- I ) ... (x -^ II) (x -+- a) a(,_.|)...(a_;0('/-^) X (x -t- i) ... (x -+- n) {ti -t- I) da. ( ">9 ) Si, en s'anèlnnt à mi terme quelconque, on développe les intégrales contenues dans les termes employés et dans le reste complémentaire, on est ramené à la série de (iu- dern)aim {*). On peut aussi trouver diverses expressions, pins ou moins simples, de la limite de l'erreur commise en s'arrê- tanl à un terme quelconque. Il suffit, pour cela, de suivre une marche analoL^ue à celle du paragraphe 5. En relisant les calculs de ce paragraphe, on voit déjà que, pour h au Fnoins égal à 3, la valeur absolue ± y* I du reste complémentaire est moindre que M ^00 i Or ^«J^l f 1.2 1.2.5 X 2x(.r-4-l) 5a:(x-Hl)(x-+-2) 4x(x-4-'l)(a[;-+-2)(x-i-5) 1111 III 2 111 2 X x2x-t-l X 5 X-+-2 x-hl X 4 X + 3 XH-1 x-4-2 donc ^. I / I 11 M 11 ^. ï yP ^' x' \ X X 2' X 5' X k^ ^- x' \ X et le reste complémentaire est moindre que^. Il con- verge donc vers zéro, à mesure que n augmente, conclu- sion évidente, d'ailleurs, en vertu de ce qui précède. On pourrait obtenir d'autres expressions, soit au moyen du même reste comj)lémentaire, soit au moyen de 2I(-irp,x„; *) Journal de C relie , l. XXIX. ( ^0) rien ne serait plus facile, par exemple, que d'amener au dénoininalcur n-, n^, ..., an lien de n\ mais, |>arn)i toutes les limites (pie l'on obtiendrait ainsi, il serait dillieile d'as- signer la pins avantageuse ; car celle-ci devrait se rappro- cher autant que possible du reste complémentaire lui- même, sans cesser d'être facileiiieiil caladahle. Or celle dernière condition est trop vague pour servn- de base à un choix rationnel. JSote sur une configuration singulière des taches de la pla- nète Mars, ohsercèe par le R. P. Secchi , le IS octobre 1862; par M. F. Terbv, docteur en sciences, à Lou- vain. Occupé d'une étude comparative de toutes les observa- tions ;■/ ,V\\'/ 30 Z:/Jr /-:-'.",.;■. '/w.vr A".v.i ( ^^7 ) menvz les cercles (PaQ), (PbQ) el soient A', B' les seconds points d'intersection de ces cercles avec le cercle / : les points A', B' sont deux points de la courbe C4. Remarque. — Ce théorème donne une solution très- simple de ce problème : construire la courbe C/., définie par ses points doubles et cinq autres points. Second théorème. — i° La tangente à la courbe C4 en run des deux points A , B, au point A par exemple, est la tangente en ce point au cercle passant par les points A, B et par le second point de rencontre du cercle 1 avec le cercle PAQ. 2" La tangente au point Q est la tangente au cercle passant par le point P et par le second point de rencontre des deux cercles s, (QAB). 5° Les deux tan- gentes au point P sont les deux tangentes aux cercles pas- sant par ce point, par le point Q et par les deux points d'intersection des cercles (ABP), 2. Remarque I^ — Les trois points A, B, Q étant quel- conques, il résulte de ce théorème la construction de la tangente en un point quelconque. Remarque Il^ — L'étude des affections du point double P est ramenée à l'étude de l'intersection des cercles (ABP), 2. Troisième théorème. — Si l'on suppose les deux points A,B, confondus en A suivant la direction AB, le cercle tangent à cette droite en A et passant par le second point de rencontre du cercle PAQ avec 1 est le cercle osculaleur en A rt la courbe C4 . Remarque. — L'hypothèse précédente étant toujours admissible, d'après le théorème précédent, il en résulte la construction suivante du cercle osculateur en un point quelconque A d'une courbe C4 définie par ce point sa tan- gente AT, le point double P, el trois points 1, 2, Q. (48) Règle : Par les points 1 , % faites passer les deux cercles respectircmcnt tanrjents en A à la laiif/cnle AT; soient r, !2' leurs iitlerseclious arec les cercles (IMQ), {P2Q), et 1 le cercle {Q, i',2'); le cercle osculateur en A est le cercle tangent en A à AT et passant par le second point d^ intersection des deux cercles (1*AQ), i; . 2° Ttiêorcmes aur la surface d'èinslicitc ['). Construction préliminaire. — Prenons à volonté dans l'espace une surface d'élasticité E, définie par son point double P, une section circulaire C et quatre points 1,l2,ôQ; menons les cercles (PIQ), (P2Q), (P5Q)et imaginons les sphères (Ci), (C2), (Co); soient l',2', o les seconds points d'intersection de ces cercles avec ces sphères; si l'on considère la sphère z déterminée par les quatre points Q, i',2', 5', on peut énoncer les théorèmes suivants : Premier théorème. — Soit \f. un point quelconque de 1 et / la sphère passant par ce point et par le cercle C; si l'on considère le cerc/e (Pp-Q), il coupe / en un second point M qui est un point de la surface E. Second théorème. — T Le plan tangent en Q est le plan du cercle d'intersection des deux sphères Z, (CQ). 2" Le cône tangent en P est le cône qui a son sommet en ce point et a pour base le cercle d'intersection des deux sphères 2, (CP). C) M. Catalan, dans son mémoire Sur une transformation géomé- trique et sur la surface des ondes, a donné pinsienrs définitions do (•2 ) voulu lui conléier en ra|)|)L'l:uil à la liante mission de (lii ij^er lenrs déhals pendant l'année qni vicnl de s'écouler, mission, dil-il, (jn'il s'est elTorcé de remplir avec tout le /('le cl le soin dont il est caitahle. « Je suis heureux, a-l-il ajouté, de céder le fauteuil au conlVère si capable et si lahoiicux (|ui a su, dans son remarquable rapport écrit à l'occasion du jubilé, faire ressortir les travaux de la classe et montrer la part qu'elle a prise au mouvement intellec- tuel du pays, d M. Thonissen, en prenant place au bureau, a exprimé à M. De Decker les remercimenls de ses confrères pour la manière dont il s'est acquitté de ses fonctions de directeur et a ensuite remercié personnellement la classe pour l'hon- neur qui lui avait été fait d'être appelé à diriger ses séances. Il a installé ensuite M. Chalon. RAPPORTS. Mémoire sur Voriçjiiie rationnelle de la parole écrite et sur ranti(piité reluliie des premiers systèmes d'écriture {runes, hiéroglyphes, alphabets phénicien, chinois, sanscrit, etc.), par M. le capitaine Verstraele. nnpporl tie M. Alph. l,€- noy . « Des deux thèses dont l'honorable auteur s'est proposé de prendre ici la défense, la [)remiôre est loin d'être neuve. M. Verslraete la formule en ces termes : « Les caractères d'écriture doivent être l'image de l'articulation elle-même, c'est-à-dire indiquer de quelle façon et par quelles parties (53) de r;i|»|);ir('il vocal clic est produite, la diicctiou de la boiiclie, parlicllcmciit rcprcsciilcc par chacune des Ictlros, indiquant la succession de celles-ci dans le texte (I). » Il y a deux siècles que François-Mercure Van Ilelmnnl tenta de démontrer que, si l'on pouvait Taire ahstraclion des influences sociales, l'iiébreu serait la langue de. tout le monde, par la raison que ses caractères représentent (idèlement les modidcations subies par nos organes lorsque nous les [ïrononçons (2). Paradoxale ou non, son idée eut le mérite (réveiller l'attention sur un problème qui a été résolu plus tard : je veux parler de la possibilité d'exercer les sourds-muets à l'articulation , en plaçant sous leurs yeux des ligures dont on leur fait imiter les contractions musculaires (5). Vers le milieu du XVIH* siècle, Wachler, en Allemagne, construisit sur les mêmes bases une théorie complète des concordances de l'écriture et du langage oral (4) et obtint un certain crédit parmi ses contemporains. Le président des Brosses se déclara partisan d'une hypo- thèse qu'il trouvait ingénieuse; l'abbé Bergier s'en préoc- cupa comme lui, mais pour la combattre, avec sa linesse .ordinaire, par les armes du ridicule. Grand admirateur de Bergier, l'auteur du Monde primitif ùûm'il cependant que certaines lettres ont tiré leur forme de la disposition de la bouche au moment de l'émission du souffle ou du son. Ainsi le £ des Hébreux la dessine de proUI, et l'on (1) .\iiisi les lellres hébraïques oui leur ouveilure du eôlé gauche , parce que l'hébreu se lit de droite à gauche, et le contraire a lieu pour ralphai)et latin, parce que nous lisons de gauche à droite. (2) Alphabeti veri vaturalis hebraici (klineatio. Sulzhach, 16G7, in-12. (3) V. Alex. Rodenbach, Les aveugles et les sourds-mucls. Uruxelles , 1853, in-12, p. 92. (i) Nalurœ etscriplurœ concordia. Leipzig, 1752, in-4". (54) y (lislinguc netlomonl les deux lùvrcs cl l(!S doiils siipé- ririircs; le ^ (lési^nc encore la Itoiielie sous un autre point (le vue, comme ayant la propriété de contenir, de renlernier, etc. (I). Notons seulement que, selon Court lie Gébelin, ces signes sont liiérogly|)lii(jnes, liypothèse (lianjétralenient opposée à celles de Van Ilehnonl et de Wachter, voire même à l'explication de la lettre 0 par le maître de piiilosopliie de M. Jourdain (2). Dans notre XIX' siècle, le célèbre écrivain hollandais iiilderdyk en revint, au contraire, aux anciens errements, et dressa des tableaux comparatifs où les formes de toutes les lettres des principaux alphabets sont mises en regard de celles des organes vocaux (5). M. Verstraete pourrait donc invoquer en sa faveur plus d'une autorité respectable^ si en pareille matière les autorités signifiaient quelque chose. Mais notre investigateur ne veut s'appuyer que sur ses propres recherches, et je n'aurais certes qu'à l'en louer, s'il ne commençait par élever sa proposition fondamentale à la hauteur d'un axiome. Or la science du langage par la voix, par le geste et par l'écriture est essentiellement une. science d'observation, ni plus ni moins que l'histoire natu- relle; la prudence la plus ordinaire exige qu'on n'y décide rien à priori. Sur cette grave question de l'origine de l'al- phabet, qui lit déjà réfléchir Platon (4), on a disserté de- puis des siècles sans parvenir une bonne fois à s'entendre, (1) T. II, p. 256. (2) Nous icmonlerittns au besoin jusqu'à Isidore de Séville, qui dit que l'U a reçu la ligure du gosiei', parce qu'il se prononce d'une manière gut- turale {Élijmol., c. ô). (3) Van het letterschrift. Rotterdam, 1820, in-S», pp. 24 et suiv. (■*) Philèbe, p. 223 (éd. de Deux-Ponts, l. IV). ( ^5 ) parce qu'on s'est obstiné, juscju'à nos jours, à doj^jmatiser de part et d'autre au nom d'hypothèses préalablement ad- mises. Je me contenterai de répartir les opinions rivales en trois groupes naturellement déterminés par les éléments mêmes du j)roblème; il me paraît utile d'établir ici oîi finit la conjecture et où commence la critique. Pour les uns (les plus nombreux), il est hors de doute que l'écriture a été d'abord hiérogl_vi)hique, une simple peinture des choses. Les Aztèques n'en ont jamais connu d'autre; les sauvages des rives du S. Laurent y ont encore recours. A l'image plus ou moins fidèle se joignit le sym- bole ou l'analogie, à mesure qu'on éprouva le besoin de donner un corps aux idées métaphysiques; les signes se simplifièrent d'autre part sous l'influence de l'habitude; une notation partielle devint suffisante et permit d'échanger plus rapidement les pensées ; en combinant artificiellement les signes, on se trouva en mesure, avec des éléments moins nombreux, d'exprimer toutes les notions, tous les rapports possibles; enfin le sens primitif des formes rete- nues par l'usage s'oublia; par là môme elles devinrent abs- traites et ne traduisirent plus que les sons eux-mêmes. C'est ainsi que certains signes de l'écriture chinoise ont acquis une valeur phonétique, syllabique du moins. Un de- gré d'abstraction de plus, nous aurons l'alphabet propre- ment dit, c'est-à-dire les articulations pleinement déga- gées, les ossements mêmes de la parole rendus visibles (1). (1) Ainsi raisonnait, entre autres, feu P. Kersten, dans un travail resté inédit, qui devait faire suite à son remarquable Essai sur l'activité du principe pensant considérée dans l'institution du langage. Liège, 1H51- 1863,5 vol. in-8. — V. le Journal historique et littéraire , l. XXXIF, pp. 216 et suiv. ( ^>« ) Les savantes recherclies de MM de Saulcv, Ojjpert cl ou le 6 de notre écriture. » — « Tous ces systèmes, dit encore M. Verstracte, sont plus ou moins illogiquement déduits du prototype, et en prétendant les compléter, on n'a fait (|ue les abâtardir par des additions où il n'est plus possible de trouver une trace certaine des lois sur lesquelles la forme primitive était basée. » J'en demande pardon à l'in- génieux runopfiile; mais s'il en est ainsi, c'est-à-dire si nous sommes hors d'état d'arriver à une certitude quant à ces déviations, sommes-nous bien assurés que nous ne nous trompons pas aussi au sujet du prototype? La forme des runes est essentiellement logique, me répondra-l-il. Mais n'y a-l-il d'autre forme logique, de grâce, que celle qui attache certains appendices à un trait vertical (2)? Qui prouve donc à M. Verstraete que la forme primitive des caractères phéniciens , hébreux, etc., n'était pas aussi (1) Prise à rebours, naturellement, puisque les langues sémitiques s'écrivent de droite à gauche. (2) Je voudrais bien savoir ce que deviendraient les explications de M. Verstraete en présence de l'alphabet runique du Helsingland, dé- pourvu de la barre perpendiculaire. ( 65 ) ralionnelle,dans le sens où il l'entend, que celle des lettres norroises, sans qu'il y eût pour cela, entre les unes et les autres, autre chose que des ressemblances accidentelles, comnfie l'admet, par exemple, Jacob Grmim? A-t-on même le droit d'aflirmer que les runes « s'appartiennent tout en- tières à elles-mêmes » et qu'elles ne sont pas une imitation? Il n'est sans doute nullement absurde de considérer les runes comme provenant directement d'Asie, ce qui nous reporterait au temps des vieilles migrations; de Keralio, en 1793, supposait déjà (1) qu'Odin, à qui la tradition fait hon- neur de l'invention ou de l'importation de cet alphabet, n'avait fait peut-être qu'altérer la simplicité de caractères plus anciens encore, en y mêlant les lettres de Cadmus; on voit toutefois par là, notons-le en passant, que ce savant regardait l'alphabet runique comme dérivé. En pareille matière, l'étude matérielle des traits ne saurait conduire à aucun résultat décisif : on en tire un peu tout ce qu'on veut. L'histoire et l'archéologie, si elles ne sont point muettes, pourront seules quelque jour soulever un coin de ce voile épais. Or nous ne connaissons pas de monuments très-an- ciens portant des inscriptions runiques. Il y a plus d'un siècle et demi que les illusions d'Olaus Rudbeck (2) et de Verelius (5), qui assignaient à certaines pierres une date voisine du déluge, ont été prises par les érudits pour ce qu'elles valent. La pierre de Gallehuus (Schleswig) , sur laquelle on remarque des runes saxonnes, est la plus vénérable que l'on connaisse; personne n'a osé la faire (1 ) Mém. de TAcad. des inscriptions, t. XLV. (2) Allant., p. 1, c. 6, p. 125. (Ô) AiUI. ad Bunographiam Scandicam. (04 ) roiuontcM- au delà dii IV'" siècle de noire ère. L'inlluencc de l'art de la Home impériale est très-visihic dans les des- sins des nombreux objets rnniqucs rassemblés à Copenlia- giie,el trouvés d'ailleurs péle-mèlc avec des monnaies de date plus récente, ou même avec des inscriptions byzan- tines ou arabes (1). Pas un indice d'écriture avant la pre- mière période de l'âge de fer; voilà certes un lait bien étrange. D'autre part, il est arrivé que les Pliéniciens ont traliqué, sinon directement, du moins par intermédiaires, pendant la période dite de bronze, avec les nations septen- trionales; or, dit fort bien M. Renan, partout où ils opérè- rent des échanges, l'alphabet fut un de leurs « objets d'ex- portation. » 11 n'en aurait pas été ainsi qu'on ne saurait encore rien conclure, puisque dans tous les cas les régions de la Baltique ne nous offrent aucun monument écrit an- térieur au temps des Romains, Et encore, qu'est-ce que les anciennes runes? Peut-on y voir une écriture proprement dite, à l'usage de tout le monde, une écriture reproduisant complètement les sons de la langue parlée? C'étaient de simples entailles qu'on pratiquait sur certaines parties du corps (une sorte de tatouage) ou sur des bâtons, comme nous l'apprend Tacite (2), et auxquelles s'attachait une signilication mystérieuse. La masse du peuple n'y était (1) V. le Rapport de M. Eug. Dognée sur le Congrès archéologique de Copenhague, dans le Bull, des commissions d'art et d'archéologie, IX" année (1«70), n»' 5 et 4. (H) Sortium coDsuetudo simplex : virgam, frugiferae arbori decisam, in surculos amputant, eosque, nolis quibusquam discrelos, super candidam vestem temeré ac l'orluilo spargunt. Germ., c. 10. — Je rappellerai à ce propos deux vers de Venanlius Forlunalus (Épigr., VIII, 18) : Barbara fraxineis pingalur Runa tabeilis; Quodfiue papyrus agit, virgula plané valet. ( 65) point initiée; de là elles parurent suspectes aux premiers missionnaires, qui ne parvinrent pas pourtant à en sup- primer l'usage. Leur première origine est peut-être très- ancienne; l'Islandais Brynjulfsen, avant M. Verstraete, les a considérées comme nous aidant à remonter au ber- ceau de l'écriture (1). iMais cette thèse ne s'appuie que sur la comparaison des alphabets; il faudrait d'autres éléments de preuves; il faudrait établir positivement que les runes ont précédé les lettres cadméennes, et nous ne savons ab- solument rien à cet égard. Les runes, au reste, n'eurent pas toujours un caractère exclusivement sacerdotal; peu à peu elles servirent à des épitaphes, à des inscriptions de batailles, aux indications du calendrier (2). Elles se vulgarisèrent donc avec le temps, mais par là même le besoin de compléter un alphabet si indigent (si c'était à la lettre un alphabet) se fit de plus en plus sentir. Au XI" siècle, selon quelques-uns, au XIII'' seu- lement (5), selon d'autres, nous voyons apparaître en Dane- mark le système des points diacritiques, appliqué à sept lettres pour en marquer les modifications; chez les Ger- mains, plus anciennement déjà, on compta 22 runes (4); les Anglo-Saxons, enfin, en élevèrent le nombre à 50. Ceci me ramène au système de M. Verstraete. Si les anciennes runes avaient constitué un alphabet aussi ration- nellement combiné qu'il le prétend, et se prêtant à toutes les inflexions du langage parlé, pourquoi aurait-on dû (1) Periculum runoloijkum. Copeuhaguf, 1823, in-S. (•1) V. ^iM-inler, Lettres sur rhlaiule. (ô) Sous Waldemar II, le victorieux (Sejcr). [i) Vulphilas s'en servit pour composer son alphabet, eu les coinbinanl avec les lettres grecques. S™"" SÉRIE, TOME XXXV. 5 ( 66 ) rorcénicnl le compNHor |)lns tard? Parce que, nie dira Tailleur, la tradition primitive s'est graduellement perdue, l't qu'il est devenu indispensable de représenter par des points ou par d'autres signes les modifications des con- sonnes, (le mrrne (pie les Massor('tes ont dû inventer des |)oinls pour conseiver le souvenir de l'antique prononcia- tion des voyelles hébraïques. Fort bien; mais il faut partir pour cela de la supposition que les signes primitifs ont été des lettres pro|)rement dites, autre chose que des sigles, et c'est ce qui reste Tort douteux (I). A l'époque où nous les rencontrons, ils ont certainement une valeur phon(''- liquc; mais à cette époque les alphabets européens étaient depuis longtemps connus dans le .\ord. Pour connaître toute la pensée de M. Verstraele, il est nécessaire de relire un ouvrage qu'il a publié il y a dix ans (2), et où il déclare que son but pratique (assurément très-louable) est la réforme de l'enseignement du flamand et son extension dans nos provinces wallonnes. Il vise au perfectionnement de l'orthographe, et c'est à ce propos qu'il a été amené à s'occuper des runes. L'orthographe actuelle est défectueuse, parce qu'on y emploie des con- sonnes doubles. En n'admettant qu'une seule lettre pour chaque articulation, on ferait disparaître comme i)ar enchantement toutes les irrégularités apparentes ; or on en viendrait là en adoptant tout simplement ce que fauteur appelle la loi runiqiie. Rien de plus élémentaire, il y a des consonnes immuables; celles-ci ne sont pas en question. Mais il y a aussi des consonnes mobiles (les muettes), c'est- (1) V. Jacob Grimm, Gesch. der deutschen Sprache. Berlin, 1868, iii-S", t. I, pp. 110-111. (2) Es.mi sur Vorlhophonic et l'ortlioépic tudesques. fiaïul, 18(12, ii)-8". ( 07 ) à-(lire ayant deux modes, le mode dur et le mode doux; désignez ce dernier par un point placé sur la lettre, et tout sera dit. Il n'y aura plus qu'à enseigneraux élèves les six arti- cles de la loi, en d'autres termes, les règles de l'attraction. Dans quels cas une muette s'adoucira-t-elle ou conservera- t-elle sa dureté? On n'a pas besoin d'en savoir davantage, pour en arriver à une représentation lidèle et rationnelle de la langue parlée. Je ne saurais, pour ma part, que faire réloge des intentions de M. Verstraete, et je suis loin de disconvenir que son système ne présente un côté sérieux et utile. Je n'irai pas cependant jusqu'à y voir une décou- verte; l'auteur n'a lait qu'appliquer à une langue déter- minée les lois générales de la phonétique , en proposant un moyen de les rendre plus saisissables par une simplilicalion rationnelle de l'orthographe. Les essais de ce genre sont dignes de toute considération , ou du moins d'un examen plus attentif que celui dont ils sont ordinairement l'objet. Mais le nouveau mémoire a d'autres prétentions. M. Ver- straete trouve dans l'alphabet norrois la preuve de l'excel- lence de son système, et il pense qu'en appliquant ce système à récriture actuelle, on ne ferait qu'en revenir à la perfection antique. Je répète une dernière fois son rai- sonnement. L'écriture runique est la seule qui repose sur les fondements logiques de tout langage humain; elle est donc la plus ancienne de toutes; les autres ne sont « qu'une traduction inévitablement infidèle et inutilement compliquée de la parole. » Mais quoi ! cette perfection exceptionnelle serait évidente, que je ne saurais encore, pour ma part, résoudre le problème historique ainsi que le fait M. Yerstraele. On aurait le droit de conclure que l'invention des runes ne peut être attribuée qu'à des hommes d'une intelligence supérieure, mais nullement («8 ) que celle écriture remonte à une époque Irès-reculée; son caraclère paraîtrait plutôt factice et conventionnel, nulle- ment j)rimilir par conséquent. Les inductions historiques demandent une méthode plus sévère. Ce n'est pas sur de pures spéculations que les Guillaume (Jrimm, les Magnu- sen, les Kemble, les VVorsaae, les Liliencron, les Thorn- sen, les Kirchhofî, les Dielrich et leurs successeurs ont fondé la science des runes et essayé de déterminer l'âge des inscriptions Scandinaves. Je propose à l'Académie d'adresser à M. Verstraele des remercîments pour son intéressante communication , et de déposer dans les archives un mémoire qui , sur certains points de détail, pourra être utilement consulté par les linguistes. Qu'il me soit permis, en terminant, d'appeler l'attention des personnes pour qui ces sujets ont de l'attrait, sur l'ouvrage important que M. Wultke vient de consa- crer, en Allemagne, à l'histoire de l'écriture (1). Les innombrables solutions qui ont élé proposées du problème des origines y sont exposées et discutées avec soin; ces sortes de revues rétrospectives rendent toujours de grands services, ne fût-ce qu'en ce qu'elles apprennent aux nou- veaux investigateurs que bien des questions qu'ils étaient tentés de croire neuves, sont, au contraire, depuis long- temps épuisées. » (1) Gescliichtc (1er Schrifl und des Sch.rifUliuni:^. Derlin , 1872, iii-S", l. 1. ( 01) ) « Après examen du mémoire de M. Emile Verstraele, je me crois autorisé à adopter les conclusions de M. Al- phonse Le Roy pour des motifs analogues à ceux que notre honorable confrère vient de nous exposer. La thèse de l'auteur nous semble exclusive, non fondée en iiistoire et trop absolue : il ne se borne pas à affirmer l'ancienneté de l'alphabet runique; mais encore il prétend en défendre la priorité sur tous les alphabets connus. Cet alphabet qui nous est représenté par l'écriture norroise serait le prototype ou une forme peu ditférente du proto- type général de tous les autres. De plus, il offrirait un système rationnel, répondant le mieux à la construction de l'appareil vocal et fournissant la transcription la plus concise de la parole humaine. Enfin, il serait l'invention des « ancêtres » delà « race teutonique » : ce qui complique la recherche scientifique d'une question de nationalité. Or, on a signalé d'ancienne date d'autres systèmes d'écri- ture qui ne sont pas moins conformes que l'alphahet runique aux lois de l'articulation de la parole. Ces systèmes ont une mention expresse dans les annales dçs peuples civilisateurs»de l'antiquité, et l'on invoquerait en leur faveur une tradition historique qui l'emporte en clarté et en certitude sur les documents relatifs aux runes du Nord. Si curieux que soient en eux-mêmes les matériaux dont la paléographie s'est enrichie dans notre siècle, le prohlèmc inhportant à résoudre était celui de la décou- verte du premier, du véritable alphabet. Il semble résolu définitivement en faveur des Phéniciens qui auraient mis (70) en usage, pour la première lois, une écriture al|)liabéliquc lirée d'un des systèmes graplii(iues de l'Egypte : à leur invention se rattachent, pinson moins immédiatement, ions les alpiiabets |)roprenient dits qui ont été et qui sont encore en usage sur la surface du globe. C'est l'objet du mémoire de M. François I.enormant, associé de notre compagnie, qui a été couronné eu 18(^8 par l'Institut de France, mais (jui va être publié sous une forme développée jusqu'à former cinq volumes : Essai sur la propaf/alion ilc l'alphabet phénicien dans l'ancien monde (tome I", partie I, seule parue, Paris, 1872, Maisonneuve, 190 pp. gr. in-8", avec planches. — Voir pages 111 et 112.) D'après ce travail, fruit de dix ans de recherches, les écritures runi(iues forment, parmi les rejetons de la même souche, un tronc distingué des autres par le nom de sep- tentrional. C'est une seule famille, selon M. Lenormant, « (jue constituent les ruinas des peuples germaniques et scandinavei établis à dater d'une certaine époque dans le nord de l'Europe, mais venus de l'Asie, où ils résidaient encore pendant une partie des âges historiques et où ils durent recevoir communication de l'alphabet inventé par les Phéniciens. Quelques éléments des écritures runiques paraissent se rattacher à une communication directe de l'écriture par les navigateurs chananéens. D'autres, au contraire, portent l'empreinte certaine (|^ l'inlluence grecque A la suite des runes germaniques et Scandi- naves, nous étudions les écritures anciennes des |)euples slaves, dont l'origine se rattache aussi à un système rnnique, connu par quelques rares monuments et assez étroitement apparenté à celui de la Germanie. Ces runes slaves se sont conservées presque intactes, avec de simples modifications de paléographie, dans l'alphabet glagolitique; ( 71 ) (|ueiqu('s-uiR's sont mêlées aux lellres grecques dans Tal- pliabel ovrillien, » Les mêmes invesligalioiis ont l'ail reconnaître la vérilahle origine des écritures savantes de l'Inde et des pays de l'Asie méridionale qui doivent à l'Inde leur civilisation. Elles relèvent d'un mode d'écriture caractérisé par la notation séparée des voyelles, et qui, ayant son point de départ dans l'Arabie méridionale, serait qualilié d'indo- Homérite. Elles ont pour type ancien l'alphabet du Maga- dha, royaume florissant au VI'= siècle avant notre ère, dans le nord de l'Inde. L'écriture des livres sanscrits, le Dévanàgarî n'est qu'une dérivation, relativement moderne, de cet alphabet dont il présente les éléments graphiques tracés avec plus de symétrie et de roideur : ce n'est pas un système d'écriture vraiment antique et original. Depuis plus de quinze ans [Zeitschrift der deiilsclien morrjenl. Gesellschaft, B. X, 1856), M. le professeur Weber de Berlin a démontré l'origine sémitique de la majeure partie de l'alphabet indien, et ses conclusions ont été généralement adoptées. M. Verstraete a pris une peine inutile en signa- lant ce que le Dévanàgarî a d'artihciel et d'imparfait. Il aurait du remonter plus haut et produire de meilleures preuves pour établir la supériorité des runes comme sys- tème simple et éminemment rationnel. » Conformément aux conclusions de ces rapports, la classe vote des remercîmentsà M. le capitaine Verstraete et décide que son travail sera déposé dans les archives. ( 72) COMMUMCATIONS 1:T LI-XTIHKS. Lettre d'au ambassadeur milanais relative à Vliilippe de Commines , par M. le baron Keivyn de Lcllenliove, niembre de l'Académie. Parmi les ambassadeurs milanais qui furent envoyés on France à la lin du quinzième siècle, il n'y en eut point de plus habile que François de Pelrasancta qui, tout en se plaçant sous la protection de Notre-Dame, servait, selon son propre aveu, une divinité païenne, la Forlune, alors qu'elle venait de faire succéder la puissance des Sforza à celle des Visconti. Personne n'a fait ressortir avec plus de viva- cité ce qu'il y avait d'étrange et de bizarre dans le carac- tère de Louis XI, et à côté du portrait du maître, il nous a laissé celui du favori, que nous recueillons avec non moins d'attention ; car il s'agit de Philippe de Commines. « Très-illustre et excellent seigneur, » Grâces à Dieu et à Noire-Dame à laquelle je nje suis voue, grâces aussi à la bonne Forlune et à la sagesse de Voire Seigneurie, j'ai pu accomplir ses désirs. Il serait un \)vu long de raconter la conduite que j'ai lenuc, l'intervention de M*"^ d'Argcnlon cl l'cnlreticn que j'ai eu avec ce roi Irès-chrclicn pour préparer la matière. Ayant été conduit devant le roi, je lui exposai de ( 73 ) la plus belle manière et avec les plus douces paroles que cela me lut possible, l'objet de ma mission dans les termes mêmes (jne Votre Excellence m'ordonna de le faire. Sa Majesté me réjiondil : « Le duc de Milan s'est joué de moi par le passé, il » m'a causé le plus grand tort : il m'a fait offrir ces jours der- » nicrs à Lyon de le réparer. Comment pourrais-je com|)ler . sur ces promesses , sur cette réparation , sur le payement de • l'argent qu'il est tenu de me donner à cause du tort qu'il » m'a fait en s'alliant avec mon ennemi? » A ces moJs il me prit la main, et simul et semel ôtant son chapeau et me faisant la révérence, il me dit : < François, par cette main et cette .. foi que vous m'avez données, me promettez-vous que le duc . de Milan observera tous les traités et toutes les obliga- » lions mutuelles que nous avons ensemble, nous lui accor- » dant à sa demande le renouvellement de son alliance et lui ). renonçant à celle de Bourgogne? » — « Sire, assurément, » dis-je, ex loto animo. Monseigneur vous engagera sa foi , et » elle est inviolable. » — « El moi aussi, dit Sa Majesté, je » promets sur ma foi que je suis satisfait. Je veux renouveler " et confirmer toutes les alliances faites avec son père et avec i> lui ; je lui maintiendrai le fief de Gènes et de Savone comme t vous lavez demandé. Je tiens désormais le duc de Milan » pour mon bon frère, et tout ce qui autrefois aurait pu faire » naître quelque difficulté entre notre frère et nous, doit être » mis en oubli. Nous serons tous les deux à l'avenir de bons " frères ensemble, comme nous l'étions jadis. « En achevant ces paroles, il ôta son chapeau , m'embrassa et me salua. Puis il dit à M^"^ d'Argenton d'appeler le chancelier pour qu'il rédi- geât l'acte dans la forme convenue et qu'il m'en montrât la minute, y ajoutant ou en retranchant à mon gré. Deinde il ajouta quil voulait que je commençasse à parler fran- çais et que je devinsse un bon Français. Il me fit tant de caresses et tant de familiarités, en me montrant ses armes {U) cil riant el en plaisanlanl avec, moi que je ne saurais on raj)- porler la nioilir. Il inc «lit de iKiuvcau : « Voyez, depuis que » vous êtes iei, on vous a eonsidéro comme un ennemi, parce » qu'on savait que le due de Milan était le mien. Maintenant » (|ue par votre enli-emise nous sommes léconeiliés et (juc notre » fraternité est rétablie, vous serez traité tout autrement. » Et il ordonna à M"' d'Argenton de veiller à ee que désormais je fusse bien logé et honoré conimc l'ambassadeur de son bon frère. Post liœc , il me dit : « Écrivez à mon frère que pour . eliose qui soit au monde, il ne veuille embrouiller les affaires ;> de Piémont, car j'ai appris qu'il y envoyait des gendarmes, » mais qu'il travaille, au contraire, à conserver cet Ktat à notre » neveu son gendre, el nous ferons de même. Qu'il sache )> bien que sil faisait quelque déplaisir à ce pays, il le ferait » en même temps à nous-mème, et nous ne ie souffririons » pas. >• — Je lui ai répondu : « Votre Majesté a déjà ent(;ndu » ce que je lui ai dit à ce sujet des bonnes dispositions de » mon maître de conserver cet État au duc Philibert. » — « Comment, interrompit le roi, dites-vous qu'il se nomme? » Philibert? En vérité, nous ne savions pas qu'il s'appelât » ainsi. » Le roi ajouta : « Nous voulons aussi que vous écri- " viez à votre maître qu'il me sera agréable que dès à présent ') ou le plus tôt qu'il le pourra, il donne sa fillc au duc de » Savoie et que les noces soient célébrées solennellement à « Chambéry. Dans quinze jours nous reviendrons ici, et vous « serez avec nous. » Pour tout dire, Monseigneur, en ce qui se rapporte au bon succès de ces affaires. M" d'Argenton a été le principe, le milieu et la fin. Soins il a été présent à toutes mes démarches. Soins il gouverne et couche avec le roi. C'est lui qui est tout in omnibus et per omnia. il n'y a personne qui soit un si grand maître, ni d'un si grand poids que lui. Il s'attend à ce que Votre Seigneurie, api)réciant un si grand ser- vice, lui accorde quelque rémunération honorable. S'il en était ( 75) (ililcj-, il pourrait à coup sûr en résulter quelque grand prcju- (liie in fidurum. Si Votre Seigneurie dispose de lui, elle pourra dire qu'elle dispose du roi. Votre Scip;ncurie est très- sage , et je lui signale ce qui me parait le plus avantageux. » A Roanne, le samedi 20 juillet 1470. De Votre Altesse, le très -dévoué serviteur François de Petrasancja. » — Après la lecture de celle notice, M. le baron Kervyn a fait une communication verbale au sujet de quelques tra- vaux récents relatifs aux assises de Jérusalem. Au moment où ! on s'occupe beaucoup de ces questions, il croit devoir signaler l'inlérèl que présenterait la publication des assises données en 1204 par Baudouin, comte de Flandre et de Hainant, à l'empire latin de Conslantinople. Il en a retrouvé une traduction du commencement du quinzième siècle, qui porte pour titre : Qiteslo sie lo libido dele usanze e slatuli delo imperio de Romauia ordenad e stabeUid al tempo de lo serenissimo signor lo conte Baldino de Flan- dres, miser Bonifacio marchese de Montferanto, miser Rifjo Dandolo, dote de Venezia e moltri altri baroni in lo tempo che fu conquislado lo imperio de Piomania e Constantinopoli. Il y aurait lieu de comparer ce texte avec celui qui a élé mis au jour par Canciani [Leges barb. antiq., t. III, p. Ad) d'après un manuscrit de la chancel- lerie de Venise. (76) l'iic }n()iiii(({(! frappée à Alost an nom de Gnillauinc l", coiule (II' llainant, (h' Hollande et de Zi-landc; iiolict' par .M. K. (llialoii, lueiubie de rAcadciiiit'. Les services que les médailles antiques ont rendus el qu'elles peuvent rendre encore à l'histoire ne sont contes- lés par personne. Il serait donc inutile de venir ici plaider, sans contradicteurs, une cause gagnée d'avance. Mais il n'en est pas de même des monnaies du moyen âge; pour cette époque, il est assez rare, au contraire, de rencontrer une pièce qui fasse connaître un fait ignoré , une particu- larité qui ail échappé aux historiens. La monnaie dont nous soumettons le dessin à la classe est une de ces exceptions. Les types tlu droit et du revers sont absolument identiques à ceux des cavaliers que Guil- laume I" de Hainaut faisait forger à Valenciennes; mais la légende du revers, au lieu de porter : moneta nova va- le)icenensis, se lit très-distinctement : moneta ville alos- tentesis. ( 77 ) Onsailquc, pendant les conlestalions entre les d'Avesncs et leur mère, Marguerite la Noire, le roi des Romains, Guillaume de Hollande avait, en qualité de suzerain, in- léodé les fiefs de la Flandre qui relevaient de l'cnipire, à son beau-frère, Jean d'Avesnes. Cette inféodation, qui n'avait pas eu de résultats durables, servit de base aux prétentions des eomles de Ilainaut sur une partie de la Flandre. Guillaume I", petit lils de Jean d'Avesnes, voulut, à plusieurs reprises, faire valoir ses droits. En 1510, une première paix intervint, par laquelle Guillaume renonçait i\ ses prétentions sur le pays de Waes et des Quatre-Mé- tiers. Mais, en 1515, la trêve entre la France et la Flandre étant expirée, le comte de Hainaut crut le moment favo- rable de rompre avec le comte de Flandre. Il se jette sur le pays de Waes, brûle Piupelmonde, Kieldrechl, Burght et Zwendrecbt, ravageant le pays le long de l'Escaut, en bon prince qu'il était. Une trêve fut conclue alors, à la de- mande du cardinal-légat; puis, après la mort du comte Robert, son petit-lils et successeur, Louis de Crécy fit définitivement la paix avec le comte de Hainaut, à la mé- diation du roi de France, Cbarles le Bel. Par un traité fait à Paris, en 1522, Louis déchargeait Guillaume de tout hommage pour la Zélande, et celui-ci, de son côté, renon- çait à tous droits sur Alost et son territoire, le pays de Waes, les Quatre-Métiers et Grammont. Il ne restait que Lessines et Flobecq, qui, sous le nom de terre de débats, demeurèrent contestés entre la Flandre et le Hainaut, jus- qu'au milieu du siècle dernier. Nous n'avons trouvé, dans aucun historien que, pendant celte longue guerre, entre la Flandre et le Hainaut, Guil- laume se soit emparé d'Alost, la localité principale du ter- ( 78 ) riloire qu'il réclamait. C'est une particularité nouvelle qui nous est révélée par une petite monnaie. On objectera peut-être que Guillaume a pu l'aire forger cette monnaie à Valencicnnes en y mtîllant le nom d'Alost, comme alfirma- lion de son droit; nniis des protestations de ce genre, assez usitées dans les temps modernes, étaient complètement in- connues au XI V*" siècle. Il est plus rationnel de croire que le comte Guillaume a occupé, momentanément, Alost,el qu'il a prolité de l'atelier monétaire considérable qui exis- tait dans celte ville, pour y faire forger des cavaliers sem- blables à ceux de Valencicnnes (1). (1) Otio pièro fait jiMilio du inédaillior delà Kibliollièiiuo roynio rie Biuxellrs. ( 79) CLASSE DES BEAUX- 4 RTS. Séance du 9 janvier i875. M. Ed. Fétis, directeur. M. Ad. Quetelet, sccrélaire perpétuel. Sont présents : MM. L. AI vin , G. Geefs, A. Van Hasselt, H. Vieuxtenips, J, Gecl's, C.-A. Fraikin, Eclm.De Busscher, A. Balat, Aiig. Payen, le clievalicr L. de Burbure, J. Franck, G. De Man, Ad. Siret, Julien Leclercq, Ernest Slingeneyer, Alex. Robert, A. Gevaert et Ch. Bosselet, membres. M. Ed. Mailly , correspondant de la classe des sciences, assiste à la séance. CORRESPONDANCE. M. le Ministre de l'intérieur transmet une expédition de l'arrêté royal du 19 décembre dernier nommant président de l'Académie, pour l'année 1873, M. ïhonissen, direc- teur de la classe des lettres pour ladite année. — La classe reçoit l'hommage des ouvrages suivants : 1° Les armoiries des comtes de Flandre, dissertation hisloriqno par M. VÂm. De Busscher; in-8". (80) 2" Les quatre incarnations dn C/tristy poëmc social, nouvelle édition, par M. André Van Hassell; 1 vol. in-S". Des retnercîinents sont volés aux auteurs de ces dons. CAISSE CENTRALK DES AUTISTES BELGES. M. Éd. Fétis annonce, en sa qualité de secrétaire du comité directeur de la caisse, que la commission organisa- trice de l'exposition générale des beaux-arts de 1872 a prélevé, au profit de la caisse, la somme de 2,000 IV. sur le produit de la vente des œuvres d'art- Il propose de remercier M. Balat, vice-président de la commission, pour la manière dont il a défendu et fait valoir les intérêts de l'institution patronnée par la classe. — Applaudissements. KLECTIONS. Il est procédé à l'élection de deux associés de la section des sciences et des lettres, en remplacement de MM. Bock et Van Westrheene, décédés. Les suffrages se portent sur M. LiJBKE, à Stuttgart, et M. Vosmaer, à la Haye. — La classe procède ensuite à l'élection de son directeur pour 1874 : M. De Keyser réunit les suffrages. M. Éd. Fétis, directeur sortant, se lève et prononce les paroles suivantes : « Arrivé au moment de céder le fauteuil à M. Alvin, mon devoir est de remercier mes confrères de l'honneur et de la bienveillance dont j'ai été l'objet de leur I (81 ) part, pendant l'exercice de mes fonctions de directeur pour l'année qui vient de finir. J'invite M. Alvin ù vouloir bien prendre place au bureau. » M. Alviu répond que « l'année écoulée a été niéniorablc pour l'Académie; non-seulement le jubilé a amené parmi nous des associés de l'étranger et des savants de grand mérite, mais la classe a obtenu de récents succès, dus à l'inilialive de ses membres. Je veux parler, ajoute-t-iî, du monument destiné aux expositions. A l'occasion de la célé- bration du centième anniversaire et de la discussion pour l'édifice à élever, notre directeur a eu une grande et importante besogne; il a rendu compte également, dans le Livre commémoratif , des travaux de la classe depuis sa création. Je propose donc non-seulement des remercîments à M. Fétis pour avoir dirigé nos séances, mais aussi pour les travaux extraordinaires qu'il a accomplis. » Des applaudissements ont accueilli cette motion. OUVRAGES PRÉSENTÉS. Quetelet {Ad.). — Annuaire de rObservatoirc royal de Bruxelles, 1875, 40' année. Bruxelles, 1872; in-18. Dewcdqiie [G.]. — Rapport séculaire sur les travaux de la classe des sciences de lAcadémie : sciences minérales. Bruxelles , i87i>;in-8°. Van Husselt {André). — Les quatre incarnations du Christ, poëme social, nouvelle édition. Namur, 1872; in-S". Commission royale pour la publication des anciennes lois et ordonnances de In Belgique. — Coutumes du pays et duché "2""^ Sfcr.lF, TOME xxxv. 6 ( «2) (II- Unihanl. Quartier (l'AiiveiN. Tome III'^; coiitiimcs de la ville il Anvers, par G. De Loiij,^''. Hriixcllcs, 18.7- ; 1 vol. iii-4". lUipports (les connu issious , vol. VII c Vlll. Vérone; C» cali. iii-8". Sccchi {Angelo). — Le slelle eadenli del 27 noNcinhre 187:2. Roiuc, 1873; iii-4". Schiajndclli (G.-V.) e Deiizu (/•'.). — Sulhi giMiidc |iioj;^ia di slelle cadenli del 27 novembre 187-2. Milan, 1872; in-8". Viniercuti {Giiido). — Inloiiio ealla piinia idea délie ealdaie luholari. Florenee, 1875; in-8". Revista scient i/ico-itidnslriulc, conjpilala da Guido Vimer- cali, deecnihre 1872. Fiorciiec;; in-8". Jieule ucradcinia arclwulogia Icllere e belle urli di Ncipoti. — Alti, 18GG-1871. Naples, 4 vol. in-4". Cudel (Socrate). — Nouvelles éludes sur le choléra asiatique, tradnelion du comte Charles des Dorides. Rome, 1872; in-8". Cerutti {Anyelo). — Inforno e vocaholi opporluni a distin- guere le nature dei vcrhi. Rome, 1872; in-8". Academia olinrpica di Vicetize. — Atli, j)rimo semestre 1872. Vicence; in-S". Royal Societrj of London. — Philosophieal Transactions, vol. 161 , part H; vol. 1G2, part I; — catalogue of seientific papers, vol. VI (Tka-Zyl); — lisl, 50 ih. november 1871; 5 vol. et 1 cah. in-4"; — Proceedings, vol. XX, n"' 130-157. 8 eah. in-8". Anthropological fnsiitute of London. — Journal, april and july-oclober, 1872, vol. H, n"' I and II. Londres; 2 cah. in- 8"; — list, mardi 1872. Londres; in-8''. Chemical Society of London. — Journal, vol. X, ser. 2, may- october 1872. Londres, 6 cah. in-8". Brilish Association for the udvanccment of science. — Re- port of llie forly-first meeting hcld at Edimburgh in august 1872. Londres, 1872; in-8". Roijnl (jcographical Society of London. - Proceedings, vol. XVI, n" m et IV; — journal, vol. 41 ; — - classilied cata- logue of Ihe lihrary to december 1870. Londres; 2 cah. cl 2 vol. in-8». (87) Howard Association of London. — ncfcois in Ihc «riiuinal admiiiistralion and ponal Icgislalion of Grcat I5ril;iiii ;iiid Iro- laiid, witli remédiai siiggcslioiis. Londres, 187:2; iii-8". Meleoruhxjiral Sociefij of London. — Qii.irlorly jouni;d, 187:2, october. Londres; in-8°. Geolo(]icul Socieli/ of London. — The quartcrly journal, vol. XXVlll, p. 4. November I, 187:2; — lisl. Londres; :2 cali. in-S". Xutnisnudic Sorieti/ of London. — The numisniiitic chro- niele, 1871, part IL New séries, n" XLIL Londres; in-8". Owen (/?.). — On the carpal copnlatory spines (or sup[»osed Horn) of tho iguanodon. Londres, 1872; in-i". llam.saij (.1.-6'.). — Physical gcology and geography of (ireatUfritain. Third édition. Londres, 1872; in-8". Roijid astronomical Societij of London. — Mcinoirs, part 11, vol. XXXIX, 1871-1872. Londres; in-4°. Edinblirgh geological Society. — Transactions, vol. II, 4)art I. Edimbourg, 1872; in-S". Asiulic Society of Bengal, at Calcutta. — Proeeedings, n"' VI-VIII, june-augnst 1872; — Journal, part II, n" 11, 1872. Calcutta; 4 cab. in-8". Report of the meteorological reporter to the government of Bengal. — Meteorological abstract for the ycar 1871. By Henry F. Blanford. Calcutta, 1872; m-4°. Société impériale d'agriculture de Moscou. — Publications (en langue russe), série IV, tome XI, n"' 5 et 4. Moscou; 2 cab. in-8". Société impériale des naturalistes de Moscou. — Bulletin, 1872, n» 2. Moscou; in-8°. . Lyceum ofnalural history of New-York. — Annals, vol. IX, n" 15, vol. X, n"' 1-7. New-York; 4 cab. in-8°; — Proeeedings, vol. I, p. 1-250. New-York; in-8". The american journal of science and arts. Tbird séries, vol. IV, n» 22 à 24. New-Haven , 1872; 5 cab. in-8". (88) United States Xaval Observatory at Wnsh in g t on.— \slrono- mical and meteonilogioal olisnvalions diiriiig ihc yoar ISOO. NViisliiiiîjlon. IS7:2; in-V". War Dt'parlemcnt, signal scrriVc /'. »S. Ann;/, Washington. — Three copies of ihe Iri-daily woatlicr Map, and lliicc copios of thc Iri-daily Bulletin, curimt i>suo. Wa^Iiinglon ; in-folio. Inslituto hisloricu do lirazil, no Hio ilc Janeiro. — Hcxista trimensal, lonio XXXV, parte prinieira , il trinnvslr.-. Uio de Janeiro, 1872; in -8". BULLETIN UK L'ACADÉMIE KOYALE DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 1873. — N" 2. CLASSE DES SCIEilCES. Séance du V février '1875. M. Gluge, directeur. M. Ad. Quetelet, secrétaire perpétuel. Sont présents : MM. d'Omalius, .T.-S. Slas, L. de Koninck, P.-,l. Van Beneden, Edm. de Selys Longcliamps, IL Nyst, L. Melsens, .1. Liagre, F. Duprez, G. Dewalque, E. Quetelet, H. Maus, M. Gloesener, E. Candèze, Cli. Montignv , Stei- clieii, Ijriaimont, E. Dupont, Ed. Morren, membres; Th. Schwami, E. Catalan, Pli. (jilhcii, associés; C. Malaise, Éd. Mailly, Alp. Briart, J. De Tilly, F. Plateau et Fr. Cré- pin, correspondants. 2""' SÉRIE, TOME XXXV. 6 ( ^>0) CORRESPONDANCE. M. le Minisire de l'intérieur adresse, pour la bibliothèque de rAcadémie, dilTérents ouvrages qui seront mentionnés au bulletin de la séance. — Le même haut fonctionnaire exprime le désir de voir donner la plus large extension aux relations académiques avec l'Institut égyptien d'Alexandrie. — Le déparlemerit de l'intérieur envoie une ordonnance de payement de 10,000 francs, pour les dépenses urgentes de l'Académie pendant les premiers mois de l'année ac- tuelle. — Dilférentes sociétés savantes remercient l'Académie pour le dernier envoi de ses publications. — M. le secrétaire perpétuel présente , pour le Recueil des phénomènes périodiques : 1" le résumé des observa- tions météorologiques faites pendant l'année 1872 à Bruxelles (Observatoire); à Gand, par M. Duprez;à Liège, par M. I). Leclercq; à Ostende, par M. Cavalier; et à Chi- may, par M. Christ; les observations météorologiques de Somergem, par M. Yertriest, pendant les mois de novembre et de décembre 1872, et le résumé météorologique pour Ostende, par M. Cavalier, pendant le mois de décembre 1872; 2" les observations botaniques, faites à Bruxelles, par M. Quetclel, pendant l'année 1872; les observations sur l'eUeuillaison, la floraison en 1872 et relfeiiillaison du 21 octobre de la même année, à Namur, par M. Bellynck; ( 9i ) les mêmes observations pour Anvers, par M. Acar; 3° les observations sur le règne animal, à Melle, en 1872, par M. Bernardin; à Ostende, par M. Landlzwcerl, et à Visé, par M. Quaedviieg. — M. Edouard Morren fait hommage d'un exemplaire du recueil qu'il publie sous le titre de : La Belgique Iior- ticole (année 1872). — Remercîments. — La classe renvoie à l'examen de MM. Nvst,de Koninck et d'Omalius la seconde partie du mémoire de MM. Alph. Briart et P.-L. Cornet, intitulé : Description des fossiles du calcaire grossier de Mons. Gastéropodes, ordre 1, Prosobranches. Section B. Holostomes (l"^' partie). — M. Montigny est chargé d'examiner une nouvelle communication de M. Brachet, Sur un monoculaire astro- nomique. PROGRAMME DE CONCOURS POUR 1874. La classe arrête son choix sur les questions suivantes pour former le programme de 1874 : PREMIÈRE QUESTION. Perfection)ter en quelque point important, soil dan," se,*- principes, soit dans ses applications , la théorie des fonc- tions d'une variable imaginaire. DEUXIÈME QUESTION. On demande une discussion complète de la question do la lempérature de l'espace, basée sur des expériences , des ( !>2 ) observalions ri le calcul, motivant le choix à faire entre les différentes températures qu'on lui a attribuées. On noil devoir faire observer ;uix coiicurreiils (|ue la question i)osée dans les leinies les plus généraux se lal- lache à la connaissance du zéro absolu, délinilivcmenl lixé à — !27!2"8o C, mais qu'une reclierche historique et analylitiue des iravaux entrepris, avant 1820 environ, pour résoudre celle question, pourrait ofîrir un intérêt scienti- fique réel. On appelle particulièrement l'attention sur les travaux de la lin du dix-huitième siècle et du coninience- ment du dix-neuvième, entre autres ceux de lilack, Irvine, Crawford, Gadolin, Lavoisier, Kirwan, Lavoisier et de Laplace, Dalton, Désornies et Clément, Gaij-Liissac, etc.. On signale aussi la température — 160" C. qu'indique Person; d'après sa formule, qui lie la chaleur latente de fusion aux chaleurs spécifiques, ce nombre représenterait le zéro absolu. Comme il se rapproche de celui que donne Pouillct, il serait important de rechercher quelle en est la signification , le sens ou la valeur physique exacte. TROISIÈME QUESTION. On demande une étude complète, théorique et, au besoin, expérimentale, de la chaleur spécifique absolue des corps simples et des corps composés. QUATRIÈME QUESTION. On demande de nouvelles expériences sur l'acide urique et ses dérivés, principalement au point de vue de leur struclnre chimique et de leur synthèse. CINQUIÈME QUESTION. I.e polfjmorpliisme des champignons attire de plus en plus l'attention des botanistes et des physiologistes, il ( 95 ) semble même devoir fournir des éléineiils iioii veaux à la soPulion (lu problème de la vie en général. 0// demande : 1" un résinné criiique siicdnct des obser- vations connues relativenienl au polymorphisme des Mu- cédinées; 2" La détermination exacte — ne s' appliquerait-elle qu'à une seule espèce — de la part qui retient, d'abord, à la propre nature du véf/êlal [à son énergie spécifique), ensuite aux conditions extérieures de son déceloppemcut; 5" La preuve positive, ou la négation suffisante, du fait que des champignons de ferment (micrococeus, zoogloea, palmella, ie{)fotbrix, arthrococcus, mycoderma, etc.), dans des circonstances quelconques, peuvent se tra)ts former en champignons supérieurs. SIXIÈME QUESTION. Faire connaître, notamment au point de vue de leur composition, les roches plutoniennes, ou considérées comme telles , de la Belgique et de l'Ardenne française. Le prix pour la 1"', la 5" et la 5" question sera une mé- daille d'or de la valeur de six cents francs; le prix pour la 6^ sera de la valeur de huit cents francs et le prix pour les 2*^ et 4"' questions sera de la valeur de mille francs. Les auteurs des mémoires insérés dans les recueils de l'Académie ont droit à cent exemplaires de leur travail. Jlsont, en outre, la faculté d'en faire tirer un plus grand nombre, en payant à l'imprimeur une indemnité de quatre centimes par feuille. Les manuscrits devront être écrits lisiblement, rédigés en latin, en français ou en flamand, et adressés, francs de port, à M. Ad. Quetelet, secrétaire perpétuel, avant le 1" août 1874. ( 'y^ ) L'Académie exige la plus grande cxacliliide dans les cilalions; les auteurs auront soin, par conséquent, d'indi- quer les éditions et les pages des ouvrages cités. On n'ad- niQllra que des planches manuscrites. Les auteurs ne mellronl point leur nom à leur ouvrage, mais seulement une devise, qu'ils répéteront dans un hillet cacheté renfermant leur nom et leur adresse. Les mé- moires remis après le temps prescrit ou ceux dont les auteurs se feront connaître de quelque manière que ce soit seront exclus du concours. L'Académie croit devoir rappeler aux concurrents que, dès que les mémoires ont été soumis à son jugement, ils sont déposés dans ses archives comme étant devenus sa propriété. Toutefois, les auteurs peuvent en faire prendre des copies à leurs frais, en s'adressant, à cet efï'et, au secrétaire perpétuel. 1 RAPPORTS. MM. Dupont, P.-J. Van Beneden et de Selys Longchamps donnent lecture de leurs rapports sur la note rectificative présentée par M. Schucrmans à la classe des lettres et ren- voyée par celle-ci à la classe des sciences. La classe décide, après avoir entendu également la lec- ture des rapports des commissaires de la classe des let- tres sur le même travail , que l'impression de la note de M. Schuermans sera votée si l'auteur consent à supprimer et à modifier certains paragraphes, conformément aux in- tentions des rapporteurs. (9S) Note sur les tremblements de terre en 1870 , avec supplé- ments pour les années antérieures de 1845 à 1869 {XXVUt relevé annuel), par M. Alexis Perrey. Kappovl de M. Kd. .ffailly. a Dans l'examen que je fus appelé à faire, l'an dernier, de la Note sur les tremblements de terre en 1869, trans- mise à l'Académie par M. Perrey, deux choses me frappèrent principalement : le caractère diffus de cette chronique, et la longueur des suppléments pour les années antérieures à partir de 1845. « Les matériaux, » lis-je observer, a n'ont pas été soumis à une critique bien sévère, et demanderaient à être rangés parfois avec plus d'ordre et un sentiment mieux entendu de l'importance relative des événements signalés. Tout en maintenant le cadre adopté depuis tant d'années par M. Perrey, il y aurait moyen, par une autre forme de rédaction et en élaguant certains détails trop per- sonnels ou sans rapport bien marqué avec le phénomène principal, de diminuer considérablement l'étendue du tra- vail, il serait bon aussi, peut-être, de ne pas publier, chaque année, un supplément aux notes précédentes, à partir de i84-5, et d'attendre que deux ou trois ans se soient passés. En différant aussi de quelques années l'impression de la note principale, les suppléments deviendraient moins con- sidérables, et les recherches plus faciles. » La nouvelle note, présentée à l'Académie par M. Perrey, donnerait Heu aux mêmes remarques. La deuxième partie, consacrée aux tremblements de terre en 1870, occupe 84 feuillets du manuscrit, et la pre- (% ) iniùrc, rcnrcniKiMt les siipplérncnls, en occupe 111. Sur ces 111 l'eiiillels, |)rès de la moitié se ra|)porteiil à l'an- née 1869; le supplément répèle souvent ce que Vimprimé contenait déjà; d'aulrcs lois , le supplément donne, pour un même lieu, des laits iinniédiatoineiil antérieurs à ceux dont on a été informé par l'imprimé; il présente aussi des rectilicalions. Tout cela aurait été évité, si l'on avait su attendre. Je rends pleine justice au zèle et au dévouement de M. Perrey, mais je crois qu'il a trop |)erdu de vue le but des publications de l'Académie. Ce but n'est pas de fournir au monde savant des notes sur tel ou tel objet, au fur et à mesure qu'on les reçoit, mais de lui présenter des tra- vaux bien digérés et aussi complets que po.ssible. Ce qui serait parfaitement à sa place dans un journal, ne l'est pas, au même degré du moins, dans les mémoires d'une Aca- démie. Je pose en fait que, pour tirer parti des documents communiqués par M. Perrey, il faudrait une élaboration aussi longue que pénible, et, comme nous devons désirer qu'elle se borne au passé, j.'aurai l'honneur de proposer à la classe : 1" d'imprimer la partie du travail de M. Perrey comprenant les suppléments aux années 1845 à 1868 in- clusivement; 2" d'ajourner l'impression du supplément à l'année 1869 et de la note sur les tremblements de terre en 1870, jusqu'au moment où ces deux années pourront être présentées d'une manière complète ; o" d'inviter M. Perrey à mettre tous ses soins à Ja coordination des faits, à les présenter de la manière la plus concise, en éla- guant les détails inutiles, et, quand la description d'un tremblement de terre ou de l'éruption d'un volcan a été donnée dans un journal périodique, à se borner, comme ( î>7 ) rAcadéiiiic en a déjà exprimé le vœu, à donner une courte analyse de l'article; enfin, à adopter, pour les citations, un système uniforme et le plus simple possible. » Mtappoft de JU. Ad. Quetetet. « Depuis plus d'un quart de siècle, M. Alexis Perrey s'est appliqué, avec une constance inaltérable, à former le catalogue des tremblements de terre qui ont lieu dans les différentes parties du globe. Tous les pbysiciens, pour- rait-on dire, se sont fait un plaisir de lui communiquer les résultats de leurs observations; et notre Académie royale a bien voulu concourir à ce grand travail, en pu- bliant les épbémérides de ces rechercbes. Un nouveau relevé nous a été adressé récemment, mais les juges que l'Académie a nommés pour en faire rexanien croient bon de proposer pour ce travail des limites plus resserrées et qui seraient en même temps plus utiles. Ils désireraient donc que l'honorable et savant rédacteur du mémoire réduisît ses descriptions, comme le demande M. Mailly, et qu'il évitât de revenir, chaque année, sur des faits qui se trouvent déjà consignés dans les Notes anté- rieures; ainsi condensés, nous sommes persuadé que le monde savant tiendrait compte à M. Perrey de ses rensei- gnements, qui forment un des recueils les plus utiles et les plus intéressants qui aient été publiés dans les sciences. » La classe adopte les conclusions du rapport de M. Mailly, ainsi que les conclusions du rapport de M. A. Qiie'telet, au- quel M. E. Quetelet a déclaré se rallier avec plaisir. (98) COMMUNICATIONS ET LECTURES. Sur les étoiles /ilnittes du :>7 noremhre '/ heures du matin, le 1" février, de vives lueurs rouges se montraient à l'E.; ces lueurs disparurent quel- ques instants après, mais pour reparaître ensuite avec plus d'intensité. A 5 '/i heures l'aurore avait complètement disparu. ( 100 ) CLASSE DFS LETTRES. Séance du 5 février 1873. M. J.-J. Thonissen, directeur, président de l'Académie. M. Ad. Quetelet, secrétaire perpétuel. Sont prêsenf.s : MM. Steur, J. Grandgagnage, J. Roulez, J. Gaehard, A. Borgnet, P. De Docker, J.-.ï. Halis, M.-N.-J. Le- clercq, le baron Kervyn de Leltenhove,R. Chalon, Th. Juste, le baron Guillaume, Alphonse Wauters, E. de Laveleye, G. Nypels, membres; J. Noiet de Brauwere Van Steeland, Aug. Scheler, associés; Ém. de Borchgrave, A Wagener, E. Poullet, P. Willems, correspondants. M. Slas, membre, et M. Éd. Mailly, correspondant de la classe des sciences, assistent à la séance. CORRESPONDANCE. 11 est donné connaissance de la mort de M. le baron Charles Dupin, associé de la classe depuis le H janvier 1847, décédé à Paris le 19 janvier 1875. — La classe reçoit les hommages suivants, au sujet desquels des remercîments sont votés aux auteurs : 1" Guillaume le Taciturne, d'après sa correspondance et les papiers d'État, par M. Th. Juste; vol. in-8". ^.»<>» ) 2" Vu .simatns-considk' romain contre les industriels qui spéculent sur la démolition des édifices, par M. Fggcr; iii-8; 7)" Volks-Ahnanak voor Nederlandsc/ie Kal/ioiieken, I8GÎ2-1875, par M. Albcrdingk Thym; in-8". — MM. Clacijard, Th. Juste cl Waulers sont nommés commissaires |)our l'examen d'un n)émoire de M. le haron (iuillaume, membre de la classe. Ce travail porte pour litre : Histoire des bandes d'ordonnance des Pays-Bas. CONCOURS DE 1875. Selon les prescriptions réglementaires, le terme fatal du concours annuel expirait le 1" février. Les travaux manuscrits suivants ont été présentés : 1° En réponse à la deuxième question, ainsi conçue : Traiter l'histoire politique de la Flandre depuis 1 305, Ole, un mémoire, avec billet cacheté , a été reçu. Il porte pour devise : Dampierre, Béthune, Ncvers et Maelc, Sont des licros dignes du peuple flamand. MM. De Smet, le baron Kervyn de Lettenhove et Sieur sont nommés commissaires. 2° En réponse à la troisième question, demandant une Appréciation du rèqne de Charles le Téméraire, etc.. ( 102 ) trois mémoires, avec billet caclielé, ont été présentés. Ils Horlenl rcspeclivemenl pour devise : Le premier, Tcnicrairc l'sl-il iioiiiiiié, Terrible ;i-l-il été. Le second , Histoire vient du mol grée 'tçz-^p ([ui signifie juge. Le troisième, Je l'ai empreins, bien en aviengiie. (Devise de Charles le Téméraire.) Commissaires : MM. Th. Juste, le baron Guillaume et le baron Kervyn de Lettenhove. — La classe avait prorogé , jusqu'au 1" février de cette année, le terme fatal de la remise des travaux en réponse à la question suivante, posée pour la 2""' période du con- cours sexennal d'histoire fondé par M. le baron de Slas- sart : Exposer quels étaient, à Vèpoque de l" invasion française en 1794, les principes constitutionnels communs à nos dicerses provinces. Un mémoire avec billet cacheté et portant la devise : Tanquam explorator, a été reçu en réponse à ce concours. MM. Borgnet, Leclercq et Faider en feront l'examen. — Il a été présenté déjà, pour le concours annuel de 1874, un mémoire en réponse à la première question de ladite année concenràniSeptinic SécèreA.c billet cacheté porte pour devise : Payez bien tes soldats et méprisez le reste. Il est pris acte de ce dépôt. ( 105 ) ÉLECTION. La classe a procédé, en comité secret, à l'élection des (rois memhros qui, de concert avec le bureau, seront char- gés de la présentation de candidats aux places vacantes. COMMUNICATIONS ET LECTURES. Elisabeth el Henri IV; par M. le baron Kervyn de Lel- tenhove, membre de l'Académie. L'intervention de l'Angleterre dans les troubles et dans les guerres civiles de la France au XVP siècle fut consi- dérable. M. Delpit a publié, il y a quelques années, une quittance signée de Coligny et portant la date du 15 mars I562(v.st.): « pour espèces d'or et d'argent receues de Trokmorton p au nom de la royne d'Angleterre. » On sait que les huguenots livrèrent le Havre aux Anglais. Henri IV montra plus d'honneur et de patriotisme. Il repoussa les propositions d'Elisabeth lorsqu'elle réclama la forteresse de Calais, ce legs brillant des Guise à la nationalité française. Cependant il faut constater à regret que dans les premières années de son règne il appela les Anglais en France el reconnut le prix qu'il attachait à leur appui , par de trop vives protestations de gratitude. En i591, la reine d'Angleterre avait envoyé en France ( iOi ) lin corps (lo (roupos commandé par le comlc d'Fsscx, lequel oUiail dans son esprit aventureux plus d'une (jua- lité commiint» au Ijéarnais. Le diantre de la flenriade a tracé du comte d'Essex un portrait qui rai)pelle ceux que le Tasse nous a laissés de SCS héros : Des Aiifçlais la ("ormidablc élite Par le vaillant Esscx à cet assaut coiuluilc Marchait sous nos drapeaux pour la première fois. Esscx avec éclat paraît au milieu d'eux, Tel que dans nos jardins un palmier sourcilleux A nos ormes touffus mêlant sa tête altière Paraît s'enorgueillir de sa tige étrangère. Henri IV écrivait le 18 juin 1591 au comte d'Essex : « Mon cousyn, j'ay grande oecasyon de louer et publier la honte de la royne madame ma bonne sœur quy a surmonté les mauvais offices quy me peuvent avoir esté fais en son cndret pour la destourner du soyn et assystauce de mes afères, me reconnoyssanlde nouveau grandement obligé à elle du secours qu'yl luy a plaist donner à mon pays de Bretaygnc en l'es- trcsme besogne qu'il an a, ainsi que le S*" Roger Williams m'a fet anlandre ... » (Autographe (1). (1) (Archives du marquis de Salisbury à Ilalfield.) Un grand nombre de lettres de Henri IV sont conservées à Hatfield. Une lettre de Henri IV à Klisabelli, du -20 juin 1591, se rapporte au dé- birquement des Anglais en Normandie. Une autre lettre qu'il écrit eu 1596 à la reine d'Angleterre, exprime des plaintes assez vives. Parmi celles qui sont adressées au comte d'Essex, je citerai : Une lettre sans date oii il lui mande qu'il envoie Roger Williams en ( ior> ) Le duc (Je Montpensier, qui était chargé de faire lace à cet extrême besoin où se trouvait la Bretagne, louait avec non moins d'enthousiasme l'Angleterre et sa reine si éner- gique et si puissante : a Monsieur, votre désirée bienvenue en France a non seule- ment porté nng souvcrayn conlenlenient dans le cueur des bons François, mais aussy ung tel bien et advancemcnt aux affaires du roy mon seigneur par la vertueuse conduitte de votre valleur et mérite que les provinces les plus esloignées en ont eu beaucoup de ressenlymcnt, spéciallement, monsieur. Angleterre afin d'obtenir des secours contre le prince de Parme, qui se prépare à entrer en France; Une lettre du 21 mai 1391 où il lui donne des détails sur ses succès; Une lettre du 17 septembre 1591 où il mentionne ramiliéqui unissait le comte d'Essex et le maréchal de Biron; Une lettre du 20 octobre 1591 où il le félicite sur le courage qu'il a montré au siège de Gournay ; Une lettre du 5 octobre 1593 où il se plaint do quelque altération dans les sentiments d'Elisabeth au moment où il a grand besoin de son appui. Rien n'est plus nécessaire qu'une alliance étroite contre l'Espagnol, leur ennemi commun; Une lettre du 3 avril 1397 où il dit qu'il espère que ses amis ne l'aban- donneront pas. La perte d'Amiens a déjoué tous ses plans. Il envoie Fouc- quesolle exposer sa situation. Je mentionnerai aussi une lettre du 20 mai 1589 adressée par Henri IV à lord Burleigh et relative à la défaite de l'Armada. Le U avril 1591, Elisabeth écrivait à l'électeur palatin Casimir pour l'exhorter à former en Allemagne une ligue contre la maison de Lorraine et les Espagnols. En 1578, le duc Casimir avait promis un secours de huit mille chevaux et de quatorze mille fantassins. Elisabeth devait donner cent mille écus : Hern'i IV, dix-neuf mille. On lit dans une lettre de Pallavicini qu'il ne paya rien.' Il y a à Hatfield plusieurs lettres fort remarquables écrites par Maurice de Nassau en 1593 et en 1597 au comte d'Essex. 11 en est une où Mornay le remercie de l'accueil qu'il a reçu en Angleterre (1591). 2"' SÉRIE, TOME XXXY. 7 ( 106) cfllc-ci où la généreuse nation anglaise a dosjà laissé marque aux ennemis de leur redoutal)le valeur. Et n'ayant voulu perdre roccasion de vous eongraiulkr de votre bienvenue, je vous diray, monsieur, (jue j'y suis cncon' daullaiil plus convié par l'honneur qu'il pieu à la royne d'Angleterre me faire, à l'in- stanee du roy raondit seigneur, de m'assister de ses forces, et à vous, monsieur, de m'y avoir préparé de vos bonnes et gran- des faveurs, desquelles vous estant étroitement obligé, je vous supplierai bien humblement croire que je me rendrai toujours besoigneux de m'en acquitter sur quelque service qui vous soyt agréable. Et si je reçois cette faveur d'y cstre employé, vous trouverez combien j'y ay le cœur et la volonté disposée, oultre la très-humble et particulière obligation que j'ay à la- dite dame royne quy me lye de rechercher toute occasion à moy possible pour luy rendre preuve de mon irès-hurable ser- vice et à vous, monsieur, de demeurer éternellement votre bien humble et affectionné cousin à vous servir. » Henry de Bourbon. » Au camp de Gahart ce xni octobre. » A monsieur, monsieur le comte d'Esseix lieutenant-géné- ral de la royne d'Engleterre en son armée venue en France. » Henri IV ajoutait le 13 mai 1592 dans une autre lettre au comte d'Essex : « Mon cousyn, l'envie que nos ennemys ont eu d'eschapper pluslot que de combatre, les a fet hasarder à passer la ry vyère de Seyne sur des bateaus avec beaucoup de peyne et dyfyculté, qui n'est pas aussi sans perte de réputasyon; mes ce n'est assés sy je n'ay moyan d'ampcschier qu'yis ne ce rcmetent sus, ce que je ne puys sans l'ayde de la reyne madame ma bonne seur à laquelle sur cete ocasyon j'escrys ancores mayn tenant pour le nouveau cecoursdontje lay supplyéc, donnant charge ( 107 ) jju S' (le Boauvoyr mon ambassadeur luy représenter les resons (juv me meuvent à luy fayre eeste nouvelle despcsclie, lesquelles y! vous fera aussy anlandre alyu d'y ayder de vos l»ons ofyccs aicouslumés comme je vous pryc les y vouloir amployer eelon ja fyance que jay de vostre amytyé, et pour ec m'aii rcmclant à sasufysance, je ne vous feray la présente plus longue que pour pryor Dieu qu'yl vous ayt, mon eousyn, an sa saynte garde. » Ce XV"" may à Yvetot. » Henry. » A mon cousin le comte d'Esscx. » (Autographe (1). L'année suivante vit l'abjuration de Saint-Denis et l'apai- sement des discordes civiles qui avaient si longtemps dé- (1) Jecilerai aussi, d'après les arcliives d'Halfield , une très-belle lettre de Heiui IV adressée à ce même comte d'Essex le 28 décembre 1595 au mo- ment où sa réconciliation avec le duc de Mayenne avait probablement fait naître le bruit qu'il allait rompre son ancienne alliance avec l'Angleterre : o Mon eousyn , je suys assuré que vous avés defandu ma cause contre ceus qui ont osé douter de ma foy anvers la royne ma très-chère seur sur ledyre d'un charlatan mal congrcu, car je juge de vous par moy-mcsme et vous promès que j'eusse très-volontyers fayt le semblable pour vous en pareyile occasion. Quelle plus grande yiijure aussy peut-on fayre à un prynce quy préfère son honneur à sa vye que de mettre sa foy an com- promys sur un sy foible et débiile sujet ? Je m'an playns à la royne, non que j'aye opynyon qu'elle s'an soyt émeue, mays d'avoyr anduré que l'on an aye osé parler. Je vous y apelle pour seconde, loulefoys an qualyté de tesmoyn seulemant; car ma cause et mon espée sont trop bonnes pouravoir besoyn de secours à favre mouryr de honte ceux quy ont osé fayre compte de telles ympostures à mes despans. Je ne vous écryray autre chose pour le présent, pryant Dieu, mon eousyn, qu'yl vous ayt an sa saynte i,'arde. Ce xxvHj™» décambre à Foulambray. " Henry. » A mon eousyn le comte d'Essex. » (Autographe.) ( i08 ) cliiré la France. La reine d'Angleterre apprit avec indi- gnation la détermination de Henri IV et laissa sa colère s'exhaler dans une lettre au maréchal de Bouillon, l'un des chefs du parti calviniste en France (1). Cette lettre, écrite en français et entièrement de la main d'Elisabeth, mérite d'être recueillie à raison même de la haine qui l'a dictée et des menaces qu'elle reproduit; car on va jusqu'à y dire que si ceux dont Henri IV a pu écouter les conseils, se trouvaient en Angleterre, ils y subiraient le châtiment qui atteignit naguère les amis de la catholique Marie Stuart : Mon cousin, sy l'amitié se trouve la plus asseuréc entre les volontés le mieux accordants, je crois que ; mais . dés la fin de 17:24, CbarlesVl l'avait désignée pour ce gouvernement. (2) Les différentes provinces y contribuaient dans la proportion sui- vante: Flandre, 225,000 florins; Brabanl, 100,000 ; Luxembourg, 15,000; Hainaul, 3:j,000; Nainur, 9,000; Limbourg, 8,400; Tournai et Tour- ( iil ) Marie-Élisabelh avait quarante-cinq ans quand elle vint aux Pays-Bas. Klle était la lille aînée de l'empereur Léo- pold et de sa troisième femme, Éléonore-Madeleine de Neubourg. Elle n'avait jamais eu d'inclination pour le mariage; on avait même cru qu'après la mort de l'impé- ratrice sa mère elle serait entrée dans un cloître (I). Elle n'était pas belle; mais son air était grand et majestueux , et, quoiqu'elle eût beaucoup d'embonpoint, elle dansait avec légèreté et noblesse (2). De rares qualités étaient réunies en elle : elle possédait une instruction étendue; elle par- lait plusieurs langues. A l'âge de dix-neuf ans elle avait écrit, en latin, une histoire de la maison d'Autriche (3); lorsqu'elle arriva aux Pays-Bas, le recteur magnilique de l'université de Louvain, le chanoine Sloupy, lui ayant, à son passage par cette ville, adressé une harangue latine, elle lui répondit dans la même langue (4), Elle était très- naisis, 6,600; Malioes, 4,300; Gueidre, 2,333; Flandre rétrocédée ou VVcst-Flandre, 51,300; terres franches, 13,400. L'aide pour Yenlretien de la cour (c'est ainsi qu'on la nommait) était demandée et accordée annuellement. Les princes de la maison impériale qui succédèrent à Marie-Ëlisabeth dans le gouvernement des Pays-Bas jouirent de la même liste civile qu'elle. (1) ^< Elisabetta, la prima (arcliiduchessa), già avanzata a gl'anni 28, ornata di bontà piii che di vaghezza , credesi disposta a preservar illibato el flore virginale. Mancando la génitrice, v'è obi la suppoue inclinata al retiro ne' chiostri (Relazione di Daniel Dolfin, 1708, dans Die Bêla- lionen dcr Botschafler Vcnedigs liber Oslerreicit im 18'" Jahrhunderl, de M. d'Arneth, p. 6 ) (2) Lettres et mémoires du baron de Pollnitz, t. III, p. 127. (3) Notice des manuscrits concernant Vhistoire de la Belgique qui existent à la Bibliothèque impériale , à Vienne, p. 139. (4) Lettres et mémoires de Pollnitz, 1. c. — Relations véritables (Gazelle des Pays-Bas) du 9 octobre 1725. ( 112 ) charitable, et elle distrihiiait de» nomhiTuscs aumônes; jamais elle ne maM(jiiai(, le jeudi sainl, de laver les |)ieds à douze pauvres vieilles femmes et de les servir à lahie, après les avoir habillées de neuf : c'était une tradition de la cour de >ienne, qui elle-même l'avait empruntée à la cour de Madrid. Klle s'occupait av(!(' ap|»licalion des affaires de son gouvernement. On lui reprochait toutefois de se montrer trop scrupuleuse : ce (pii occasionnait, dans ses résolutions sur les rapports qui lui étaient présentés, des relards préjudiciables au service |)ublic; on trouvait aussi qu'elle accordait Iroj) d'influence à son confesseur, le jésuite Amiodt (1). Au demeurant, elle était respectée et aimée des peuples des Pays-I»as (t2). Marie-Élisabeth avait une cour nombreuse et brillante. La comtesse d'Uhlfeld , sœur du comte de SinzendorfT, chancelier de l'Empire, était sa grande maîtresse; le comte Julio Visconti, d'une des plus illustres familles de la Lom- bardie, son grand maître en même temps que son premier ministre; le prince de Rubempré , de la maison de Mérode, son grand écuyer; le comte de Lannov de la Moltrie son grand maître des cuisines; le baron de Woestenraedl son grand échanson. Ses dames, ses chambellans, apparte- naient aux premières familles des Pays-Bas et d'Alle- magne. Le prince Emmanuel de Nassau-Siegen était le capitaine de la garde noble des archers, le comte de Maldeghem le capitaine de celle des hallebardiers. L'éti- quette à la cour de Bruxelles ne différait point de celle qui s'observait à la cour de Vienne : les dames mêmes de (1) Notice des manuscrits concernant l'histoire de la lichjiquc qui existent à la Bibliolltèquc impériale, à Vienne, p. 117. (2) Voir, dans les Appendices, les pièces ir» Il el III. (113) la plus haute noblesse ne pouvaienl s'asseoir en présence (le rarchiducliesse, et il leur était interdit de venir au palais en carrosse à six chevaux. Les mènios honneurs qu'à Vienne on rendait à l'empereur étaient rendus à la gouvernante des Pays-Bas : personne n'était admis à prendre place à sa table, où, comme l'impératrice, elle était servie par ses dames. Marie-Klisabeth ne lit pas ex- ception à cette règle, même pour l'électeur de Bavière, Charles-Albert, qui s'arrêta à Bruxelles en revenant de Paris, quoiqu'il eût épousé une de ses nièces : ce qui lit dire à l'électeur qu'il était plaisant que lui, qui couchait à iMunich avec une archiduchesse, ne pût pas manger avec une archiduchesse à Bruxelles (1). II. Un grand bal devait être donné au palais le lundi 5 février 1731 ; des préparatifs se faisaient, depuis plusieurs jours, dans les offices pour cette fêle. Le samedi soir, vers onze heures, par l'imprudence des chefs qui préparaient les confitures, le feu prit à la partie de ces offices qui était située au-dessous de l'appartement occupé par l'Archidu- chesse, et il se propagea avec tant de rapidité et de violence qu'en peu de temps il atteignit le plancher de la chambre où la princesse reposait. On rapporte que Marie-Elisabeth dut son salut à un petit chien qu'elle avait couché sur son lit, et qui l'éveilla en la grattant au visage (2). Elle sentit la fumée, sonna ses femmes; dans le même moment ses (1) Lcllrcs cl mèinoin's ilc Polliiilz, t. III , ji|). 127 vl loi. (i>) Ibi'l., p. 1-24. ( M* ) gardes enfonçaient la porte tic sa chambre : elle n'eut que le temps Je passer une robe et un bas et de gagner la cha- pelle, où elle se mit en prière. Cependant le feu s'étendait' de proche en proche; déjà les llammes enveloppaient une grande partie du palais : l'Archiduchesse en sortit et se réfugia chez le prince de Rubempré, dont Thotel y faisait face. Il était alors deux heures et demie. Mademoiselle de lUibempré donna à la sœur de l'empereur ce qui lui man- quait pour se vêtir. Sur ces entrefaites, le comte de Vis- conti, qu'on était allé prévenir, accourut à l'hôtel de Rubempré, et les voitures de la cour y étant venues aussi, il conduisit l'Archiduchesse à l'hôtel d'Orange (i), où il avait sa demeure. Dans le danger auquel elle s'était vue exposée, Marie-Élisabeth avait montré uncalme, une présence d'esprit remarquables : ses médecins jugèrent prudent néanmoins de la faire saigner, par mesure de pré- caution. La grande maîtresse de l'Archiduchesse et celles de ses dames qui logeaient au palais purent se sauver : mais la comtesse Elisabeth d'Uhlfeld, en courant à la chambre de sa mère, qu'elle croyait encore endormie, fut surprise par les flammes. Atteinte au pied et à la main, elle tomba; on l'emporta dans un étal déplorable; elle expira le lende- main, au milieu de cruelles souffrances, qu'elle endura avec une édifiante résignation. Elle était fort jeune, fort chère à la comtesse sa mère et à la veille de faire un établissement avantageux : sa fin lamentable excita une compassion universelle. Plusieurs des femmes de la domes- ticité du palais périrent aussi, ou consumées par le feu, (1) Aujourd'hui le Musée, où IWcadéniic lionl ses scauces. ( ii5 ) ou (les suites des brûlures qu'il leur avait occasionnées (1). deux qui les premiers s'aperçurent de l'incendie s'ima- ginèrent vraisemblablement qu'ils pourraient parvenir à l'éteindre; ils n'en tirent pas de bruit et ne songèrent point à aller réclamer des secours au dehors. Lorsqu'à minuit on vint, de la graud'garde postée aux bailles de la cour, relever les deux sentinelles qui étaient en faction dans une salle conduisant aux appartements de rÂrcbiduchesse,on ne vit et on n'apprit rien de ce qui se passait à l'intérieur du palais. A deux heures d'autres sentinelles lurent posées; on ne remarqua rien encore qui put donner des inquié- tudes. A deux heures et un quart ces sentinelles enten- dirent le bruit d'une clochette; elles éveillèrent un des domestiques de la cour lequel couchait à côté de la salle où elles étaient; et celui-ci ayant ouvert la porte d'une chambre voisine, les flammes qui en sortirent au même instant le forcèrent de reculer. Les deux soldats allèrent aussitôt donner avis au poste de ce qu'ils venaient de voir. Sans perdre de temps, le capitaine Malaise, du régiment de Wurtemberg , qui commandait la grand'garde, (it bat- tre l'alarme, sonner la cloche de la cour, tirer des coups de fusil ; il envoya à l'abbaye de Caudenberg , qui touchait au palais, afin qu'on sonnât le tocsin; il avertit le comte de Visconti, le feld-maréchal comte de Wrangel, gouver- neur de la ville, et le général de Vehlen , commandant en chef des troupes (2). (1) Lellre du comle de Visconti au marquis de Rialp, secrétaire de la dépêche universelle à Vienne, du 6 février 1731. — Relations véritables, année 1751 , p. 88.— Gazette de France, même année, p. 82. — Lettres et mémoires de Pollnilz, t. 111, pp. l-2i-126. (-2) Uelalion du capilaine Malaise, dans les appendices, n" 1. ( 116 ) Le général Wrangel prit inimédialcmcnl les mesures qu'exigeaient les circonstances, il commanda que cent grenadiers et autant de fusiliers de la garnison se rendis- sent aux bailles de la cour, munis de haches et de pioches; qu'un piquet de cavalerie fût posté devant les bailles; que (les patrouilles circulassent dans toute la ville ; que le reste de la garnison fut consigné dans ses quartiers pour mar- cher au premier signal. Il requit le bourgmestre de se trouver à l'hôtel de ville, alin d Sur ce que vous nous avez fait connoitre que vous ■> seriez d'intention de faire faire une recherche et inquisition à l'égard » des faits passés à l'occasion de l'enibrasenient de notre cour arrivé la « nuit du ô au 4 de ce mois, nous avons considéré les circonstances qui » y concourent. Et prévoyant que ladite inquisition , dans l'étendue que » vous pensez de la faire, pourroil causer de l'animosité entre les bour- » geois et les militaires, ce qu'il convient d'éviter, nous vous faisons » cette pour vous dire que, comme par ladite inquisition on ne peut plus » remédier au malheur (jui est passé, vous ne passerez outre à son exé- » cution. » Cependant, le même jour, l'Archiduchesse ordonna que tous les servi- teurs de la cour fussent interrogés, sur ce qu'ils avaient vu ou appris, devant le secrétaire de Rossi et l'alcade royal baron de Nicolard. Ces inter- rogatoires commeiicèrout le 15 mars et durèrent jus(]u'au 17 septembre. Le procès-verbal, rédigé en allemand, en existe aux Archives du royaume; il forme un gros volume in-folio. (2) M. Vandenbroeck, conservateur des archives de l'Klal et archiviste de la ville, à Tournai, m'a envoyé une résolution des consaux de cette ville (|ui témoigne de l'impression produite dans le pays par fincendie du pa- r ( 119 ) noblesse qui liabilaient la capitale se préseiUùrcnl chez l'Archiduchesse, pour lui otï'rir leurs couiplimenls de con- doléance. Les députés permanents des états de Flandre se trouvaient en ce moment-là assemblés à Bruges; ils envoyèrent à la princesse une adresse où ils exprimaient la « vive douleur » dont ils étaient pénétrés, et « la part « que témoignaient d'y prendre tous les fidèles sujets de « l'empereur dans la province qu'ils représentaient (1). » Les députés des états de Hainaut firent partir pour Bruxelles leur pensionnaire, avec la mission d'être, en leur nom, l'interprète des mêmes sentiments (2). Les dé- putés des états de Brabant se rendirent en corps auprès de l'Archiduchesse, afin de lui faire connaître combien ils avaient été heureux de la conservation de sa personne et de sa précieuse santé au milieu du danger qu'elle avait lais royal. Celle résolution , prise à la séance du 13 février i 751 , est ainsi conçue : « On a prié le sieur conseiller Vertegans de représenter à monsieur le doyen du chapitre de la cathédrale de cette ville le péril imminent auquel tant leglise el bibliothèque de ladite cathédrale que le palais épiscopal, les bâtiments publics, maisons des chanoines, et que des quantités des par- ticuliers sonl exposés, à cause de la contiguïté de la grange des dîmes dudit chapitre à ladite église et bibliothèque de ladite cathédrale, et de faire attention au funeste accident arrivé au palais de Son Altesse Séré- nissime la 7iuit du 3 au â de ce mois, et de prier ledit sieur doyen d'en- gager messieurs du chapitre de ladite cathédrale de faire transférer leur grange des dismes dans un lieu écarté. » Celte démarche eut l'effet qu'en avait espéré le magistral : le chapitre fit construire ailleurs une autre grange pour recevoir les produits de ses dîmes. (1) Voir celle adresse, en date du 6 février, dans les Appendices, n» II. (2) Registre aux résolutions des députés des états de Hainaut de 1730 à 1734, aux Archives de l'Élat, à Mons : séance du 16 février 1731 . ( 120 ) couru (1). Les magislrals d'Anvers s'étaient empressés de la faire complimenter par un de leurs pensionnaires. Crai- j^nant que ce député n'eût pas « trouvé des expressions » assez conlornies, selon leurs désirs, aux mouvemenls vils » et sincères de leur tendre et respectueuse aflection, » ils lui en réitérèrent les assurances par écrit. Dans la let- tre qu'ils lui adressèrent, ils la priaient d'être persuadée qu'aucune ville des Pays-Bas ne ressentait aussi fortement que celle d'Anvers le déplaisir qu'elle avait eu du fatal acci- dent arrivé pendant la nuit du ô février, ni qui put éprou- ver une égale satisfaction à réparer la perte qu'elle avait subie. Ils se trouveraient mille fois heureux, ajoutaient-ils, s'il leur était donné d'avoir « l'honneur de recevoir parmi » eux l'image vivante de leur auguste et digne souverain ; » à cette lin ils mettaient à sa disposition, pour y établir sa (1) CeUe démarche eut lieu à la suite d'une délibération en date du 15 février, à laquelle avaient pris part, outre les députés ordinaires, plu- sieurs membres des états. Voici le texte de celle délibération : on remar- quera que les membres présents discutèrent le point de savoir si l'on ferait un compliment de condoléance , et qu'ils le résolurent négativement : « Heefl den raedl-grellier, ingevolge van de resolulie van gliisteren, in deliberalie gestelt synde oIT het niet geraedtsaem eiide taenieljck soude wesen dat die heeren ordinarie gedeputecrde souden aHleggen een com- pliment van condoleantie aen H. D H., ter occasie ende ten opsicbte van het ongeluck van brandi, waerdoor in den nacht van den 'i'° tolten o'" deser vergaen is bet hove oft paleys, mette principaelste meubelu van H. D. U. Ende, naerdien deshalvens versclieyde aenmerckiugen door de présente heeren waeren gemaeckt, hebben desolve eyntelyck goelge- vonden ende verstaen dat die heeren ordinarie godeputeorde ter dese occasie souden behooren te doen een enckel complinienl, niot van condo- leanUe.maer wel loi belhoogen van hcl deel d'weick sy hebben genomen in de conservatie van de persoon ende van de hoochachtbaere gesontheyl van n. D. H., in bel. overgroote gevaer waerinue dcselve H. D. H. door den brandi van haer voorseyden paleys is gestelt gevveesl. » ( 121 ) résidence, le grand hôtel bâti par les villes li.'ins«'.'i- liques (1). On peut dire que tous les ordres de l'État s'associèrent aux manilesta lions que nous venons de rap[)orter. Les évèques d'Anvers et d'Ypres ne se bornèrent point à des compliments de condoléance : le premier oflVit cent gui- nées, en s'excusant de ce que le mauvais état de ses affaires ne lui avait pas permis d'épargner davantage (2); le second offrit trois mille florins (5). Nous n'avons pas vu, dans les documents que nous avons consultés , que l'exemple donné par ces deux prélats ait eu des imitateurs. IV. Les pertes causées à l'Archiduchesse par l'incendie du palais étaient considérables. Elle avait l'ait extraire, de la cassette où ils se gardaient, les plus riches de ses joyaux, pour en garnir un costume qu'elle devait porter au bal du 5 février; ce costume fut la proie des llammes avec les diamants, les perles, les pierreries dont il était garni (i) et qu'un journal du temps évalue à un million (5). Los objets précieux qui se trouvaient dans les appartements de la princesse, ainsi que toute sa garde-robe, eurent le même sort. L'argenterie put seule être sauvée. Quand le feu fut entièrement éteint, on relira des décombres une cin- quantaine de diamants qui étaient demeurés dans le cabinet (1) Voir celle lellre dans les Appendices , n" III. {'2) Lellre du G février 1751 au coniie de Viscoiiti. (5) Lellre du 11 février au niènie. (4) Lettre du comte de Visconli au marquis de Piial[), riu 0 février IT."^!. (5) Gazelle de France^ année 1731, p. 107. S""*" SKllIK, TOiMF, XXXV. 8 ( 122 ) (lo rArchiiiiichossc (I); on retrouva aussi qiialro dos agrafes de (liamanl de son liahit de bal (ii). Mais la plus grande partie des bijouv fut ou détruite ou volée : ou eut sans doute des raisons de croire que beaucoup étaient passés dans des mains suspectes, puisqu'un décret du i^ouvcrne- nuMit prescrivit à la jointe des monts de piété de donner des ordres aux directeurs de tous les monts de piété du pays et d'écrire dans le même sens à ceux des monts de piété des l-'llats voisins, afin que, si on leur présentait des bijoux ou d'autres objets de prix qu'ils crussent provenir du palais, ils les retinssent et en envoyassent la liste à Bruxelles (5). En outre, une ordonnance fut publiée dans toutes les provinces par laquelle il était enjoint à ceux qui auraient en leur possession des effets, meubles, joyaux, vais- selles, etc., emportés du palais, de les remettre, dans les vingt quatre heures, aux greffes des magistrats munici- ' paux (4). Si sensibles que pussent être à la gouvernante des Pays- Bas les pertes qu'elle venait de faire, il y en eut de plus regrettables encore, car elles étaient à jamais irrépa- rables. Les archives du conseil des linances, qui formaient la collection la plus ancienne et à bien des égards la plus imf)ortanle des papiers de l'État, périrent presque tout en- tières. Il en fut de même de celles de la chambre héral- dique, où se conservaient les litres et les généalogies d'un grand nombre de familles. Les magnifiques toiles de Ru- (1) Relations véritables, année 1731, p. 120. (2) Gazette de France, année 1751, p. 151. (5) Décret du 12 lévrier 1751. (Registre aux résolutions et dispositions du conseil privé, du l" août 1750 au 30 septembre 1752.) (4) Cette ordonnance, en date du 13 février, est dans toutes nos collec- tions de placards. I ( ^23 ) bens qui ornaient le salon dit (rKspagne (1), s'abîmèrent dans les flammes. Combien d'autres œuvres d'art ne lurent- elles pas enveloppées dans ce terrible désastre? Personne ne saurait le dire, car il n'existe pas d'inventaire des ob- jets qui ornaient le palais de Bruxelles avant sa destruc- tion, et il est douteux qu'après l'incendie on ail constaté les ravages qu'il avait laits (2). Chose curieuse! Une partie des anciennes tapisseries, et notamment celles qui représen- taient !a Bataille de Liège, l'histoire de Joseph et de Gé- déon, la Passion de Jésus-Christ, l'Apocalypse, purent être préservées des atteintes du feu. En i74o elles ftirent trans- portées au palais du prince Charles de Lorraine (r)^; que sont -elles devenues depuis? On sauva aussi une quaran- taine de tableaux (4). Marie- Elisabeth était demeurée à l'hôtel d'Orange, que le comte de Visconti avait quitté. Le 9 mai elle assembla (1 ) MM Henné et Waulers, Hisloire de Bruxelles, t. Il I, p 5'27, donnent les sujets de ces talleaux. (2) L"Arcbitluciiesse ordonna pourtant qu'ils fussent constatés, ainsi que cela résulte d'une lettre du contrôleur des ouvrages de la cour, B Aimé, écrite au conseilles finances le 14 juin 175î,et qui nous paraît assez, intéressante pour que nous la fassions connaître tout entière. Nous la donnons dans les Appendices, n" IV. Les ordres de l'Archiduchesse restèrent-ils sans exécution? Nous ne sommes pas en état de le dire; mais c'est en vain que nous avons recherché une liste ou un inventaire des objets perdus par suite de l'incendie du 3 février. (ô) Nous-croyous qu'on nous saura gré de donner l'inventaire qui en fut dressé à celte époque : on le trouvera dans les Appendices, n" V. (4) L'indication de ces tableaux est dans la lettre du contrôleur Aime citée à la note 2. ( I2i ) (Ml sa présence le conseil d'État (1). Elle lui exi)o.sa Tin- siiilisance (k; col liôU'l pour le loi,'('ineiit de sa cour, h- désir de l'enipereur et le sien que le j)alais IVil rchàli, Tiin- [jossihilité, loutelbis, où se trouvait le trésor royal de sub- venir à une dépense aussi grande. Elle lit donner lecture (les lettres qu'elle avait reçues à l'occasion de l'événement du T) lévrier, et invila le conseil à délibérer sur ces deux points : s'il co:ivrnait (pfellc transférât sa résidence à An- vers pendant (pielqiu! temps, suivant le vœu des magistmis de cette ville, et à (jnels moyens il lallait recourir pour !;i réédilication du j)alais. Tous les membres du conseil lurent d'opinion que la princesse ne changeât point ' fournir aux dépenses nécessaires pour pouvoir parvenir » à la réédification du palais, ef^qu'ainsi il faut absolu- .. ment trouver des moyens extraordinaires pour enlre- B prendre un si grand ouvrage, nous avons trouvé con- » venir, avant tout, de vous faire cette, afin que, par une (!e la /elaiiiJe cl Hollande, ol qu'on y a conslruil reconinicnl tant de belles chaussées hors de loules les pm-les et dans la Corel de Soii^ne , (|ui rendenl la situation de celte ville encore plus agréable. • ( 120) » conliniialion de voire zèle, vous nous suggériez les ') moyens les plus efTicacos pour i)Ouvoir parvenir à la plus » prompte rééJilicalion dudil palais : ne doutant pas que ■>■> vous prendrez en considération particulière la salisfac- \> tion que nous aurons de pouvoir continuer notre rési- )■' dence dans la ville de Bruxelles, pour le plus grand î> avantage de tontes les villes et généralement de la pro- » vince de Bradant (1). » Les états délibérèrent sur la lettre de rArchiduchesse gouvernante dans leur assemblée générale du M octobre. Ils reconnurent qu'il « était d'une nécessité inévitable de j> trouver des moyens extraordinaires pour entreprendre t> avec succès un aussi grand ouvrage que la reconstruc- » tion du palais royal et le conduire à une heureuse per- » lection ; » mais, dans le Brabanl, les habitants des cam- pagnes, comme ceux des villes, étaient déjà accablés d'impôts : il fallait donc trouver « quelque expédient qui » ne retombât pas à la surcharge du peuple. )> Les états s'étaient récemment engagés à emprunter six millions de florins qui devaient servir à rembourser aux Hollandais des sommes qu'ils avaient prêtées à l'empereur et pour les- quelles ils avaient hypothèque sur le bureau des douanes de Saint-Philippe. Ils comptaient que, après liquidation, il resterait, sur les six millions, cinq cent mille florins de disponibles. Ils proposèrent à l'Archiduchesse d'afl'ecter à la reconstruction du palais ces cinq cent mille florins, et de plus, aussi longtemps que la dépense n'en serait pas entièrement couverte, les revenus du bureau de Saint- Philippe qui excelleraient l'intérêt annuel des six millions à emprunter; mais ils y mettaient une condition, et c'était qu'il leur fût donné un octroi et privilège exclusif de pou- (1) Voir, dans les Appendices, n° VI, le texte de celte lettre. ( 1:27 ) voir établir, à leur prolit, des loteries dans toute retendue des Pays-lias (1). Marie-Élisabelh convoqua le conseil d'État pour exa- miner celte réponse. La proposition des états fut appuyée par le prince de Rubempré, les comtes de Kônigsegg, de Lalaing et de Maldegbcm, ainsi que par le président du grand conseil de Malines. Le cbancelier de Brabant ex- prima la crainte que, si on la mettait en pratique, elle ne répondît pas à ce qu'on s'en promettait, la liquidation qu'il y avait à faire avec les états généraux pouvant être sujette à plus d'une difficulté. Le comte de Baillet, cliel' et prési- dent du conseil privé, en revint à son idée d'imposer « les » perruques et autres espèces vicieuses qui ne servaient )) qu'au luxe.» L'Arcbiducbesse, après avoir entendu toutes les opinions, déclara qu'elle s'en remettait aux états de Brabant du soin de rechercher les moyens les plus prompts et les plus eificaces pour la réédificalion du palais (2). Que se passa-t-il qui modilia les dispositions des états de Brabant ou celles de la princesse? Nous n'avons rien trouvé pour nous en éclaircir; mais toujours est-il que, sous le gouvernement de Marie -Elisabeth, cette affaire n'eut pas d'autre suite. Le prince Charles de Lorraine la reprit en 1751. Il en avait parlé à plusieurs membres des états, qui lui avaient témoigné des dispositions favorables; il saisit un moment où les représentants de la province étaient réunis en assemblée générale, pour les en entretenir : « Il y a près » de vingt ans, leur écrivit-il , que le plus beau des palais (1) Voir, dans \es Appendices, n° VII, la lettre des états à rArchiduchesse da 16 octobre 1731. ("2) Rolalion de la séance du conseil d'Etat du î) octubrc, aux arciiivos de ce conseil. ( '^^8 ) « lU's anciens souverains de ce pays-ci a élé réduit en cen- ï- dies en cette ville de Rrux<'lles: l'anjoiir des peuples le « !('ur asail érigé, et ce rcs|»('(lal)le niomiinc ni aniiuii(.ait )) en même temps la gloire de la nation helgiipic. f>es » mêmes motifs, les mêmes causes, semblent devoir le )' l'aire enfin sortir de ses ruines. Le Brabant a dans ce B ivlablissemenl un intérêt particulier : c'est celle des » provinces du pays qui profite le |)Ius du séjour de la » cour à Bruxelles. Cette considération nous engage à nous » adresser à vous les premiers, pour savoir vos sentiments » sur ce rélal)lissemenl et la somme que vous pensez que » le Brabant voudrait y contribuer, soit à la lois ou pen- » dant le temps de deux à trois années, afin que nous B puissions, sur les manpies de zèle que nous attendons » de vous en cette occasion-ci, diriger les proposi- ). lions que nous comptons faire également, à la même i> lin, aux autres provinces. El afin que vous puissiez » reconnaître vous-mêmes qu'en cas que nous .soyons » mis en état d'effectuer ledit rétablissement, nous nous » proposons ûv. combiner l'économie avec la décence, » nous vous en remettons le plan, par lequel vous pour- » rez observer qu'on conservera non-seulement le grand B salon et la chapelle, mais aussi la plupart des anciens » fondemenls (1). » I/assemblée des états était très-nombreuse (2). Tous ses (1) LeUre du 1 1 février ITiil . (Arcliivos dos élals de Biabanl.) (:2) On y comptait : De l'état ecclésiastique, lY-\c(jue d'Anvers, les abbés de Vlierbeck, de Viliers, de .Saint -Bernard , de .Sainl-AIicliel , de Grimbergbe, de Pare, d'Everbode, de Tonfjerloo, de Diligbeni et de Sainte-Gerirude; De l'étal noble, le duc d'Arenl)erg etd'Arschol, le duc d Ursel d'Hoboken, les princes de Uornes, d'Ovcryssche, de Rubempré, les eointes de Capelie , de Limniinghe, de Lalaing, de Tliildonck, de Corroy, d'Arbcrg, de Dionle- ( 12i) ) membres auraient souliailé pouvoir complaire an prince qui, par la douceur de son gouvernement, s'était acquis les sympalliiesde la nation; tous ap|)lau(lissaient au dessein de réédilier le j)alais royal. Mallieurensement les circonstances n'étaient pas propices : la j)rovince se ressentait encore des suites de l'occupation rran(;aise après la balaille de Fontenoy; elle avait à acquitter des dettes énormes; li! lirahant wallon, qui avait particulièrement souffert des exactions commises par les troupes de Louis XV, était obligé, pour faire face à ses charges, de recourir à des impositions extraordinaires et à des emprunts; dans le quartier d'Anvers la misère était telle que les habitants du plat pays abandonnaient leur résidence et allaient s'éta- blir en Hollande, où, pendant plusieurs années, ils jouis- saient de l'exemption de toutes taxes. C'est ce que les états représentèrent au duc Cliarles. Ils l'assurèrent en même temps que, pour peu que la province se trouvât dans une situation meilleure, ils se feraient gloire de lui donner des preuves de leur zèle et de leur attachement inviolable en ce qui concernait la réédilica- tion du palais aussi bien qu'en toute autre chose (1). Ces temps meilleurs dont parlaient les états ne se tirent pas beaucoup attendre : déjà, pendant la guerre de sept ans, la Belgique s'était assez relevée pour pouvoir M«tnl, do S:irl, d'Argciileau, de Dongelberg, Suys de Malèves, les barons de Duras, de Carloo, Vander Nool, Sclioonliove-Warez, I.aniioy, de SonihieHe, d'Hoogvoorsl, de Deynze, de Duffel,de Baulerscni, de Spangfii, de Hereul, Arenberg de Pervvez et Varick de Honlez ; Du tiers étal, MM. Eynatlen, Vanden Broeck, de Celles, Vander Dilfl. Va» LangeiidonCrt, Van Hove et Van Kessel, bourgmestres et pensionnaires des chefs-villes de Louvain, de Bruxelles et d'Anvers. (1) Lettre du 15 féviier 1751. (appendices , W VIII.) ( 150 ) roiiiiiir à iMarie-Tliérèse des subsides considérables; après la paix (riliibcrtsbourg elle parvint à un degré de i)rospé- rité inouï de|)uis deux siècles dans ses annales. Ciiarles de Lorraine ne revint pourtant point à la charge. Il avait, en 1736, acheté de la maison de iSassau (1) l'Iiùtel dOrange avec toutes ses dépendances et deux maisons y atte- nantes, il y avait fait beaucoup d'embellissements; il l'avait agrandi encore au moyen d'acquisitions nouvelles (2) : il ne souhaitait plus changer de résidence. L'hôtel d'Orange, qu'on appela la nouvelle Cour, par opposition à la Cour brûlée, servit également de demeure à l'archiduchesse Marie-Christine et au duc Albert de Saxe-Teschen , son époux, qui, après la mort du prince Charles, lui succédèrent dans le gouvernement de la Bel- gique; et ce fut là encore qu'habita l'archiduc Charles- Louis, frère de l'empereur François II, quand en 1795 ce gouvernement fut commis à ses soins. Croirait-on qu'à cette dernière époque, alors que l'Au- triche était engagée dans une guerre terrible avec la France, que la Belgique venait d'être envahie et minée par les armées de la République, on ait pu songer encore à reconstruire le palais incendié en 1751 ? Le 9 mai 1795, au château de Laeken, le conseiller de Limpens, qui avait eu une grande part à la création de la place Royale et du Parc, soumit à l'archiduc Charles un plan destiné à la réalisation de ce dessein. Le nouveau palais aurait été érigé, entre les portes de Namur et de Louvain, sur les terrains des anciennes fortifications; la dépense en était évaluée à deux millions de llorins. L'auteur du plan calculait qu'on (t) Pnr acte du 18 juin passé devant le notaire Planclion, à Rruxelles. Le |)i ix d'aciial lut de 65,000 florins , argent de change de Brabanl. (2) En 1766 et 177-2. ( 151 ) aurait pu réuuir à riiùlcl d'Orange tous les dicastères civils et militaires, et vendre les bâtiments que ceux-ci occu- paient, vente qui, selon lui, aurait produit six cent mille florins : de façon que la dépense à faire aurait été réduite d'autant (1). Il n'est pas besoin de dire ce qu'il advint du projet du conseiller de Limpens : tout le monde sait qu'au moment où il le présentait au frère de l'empereur, les jours de la domination autrichienne en Belgique étaient comptés. La victoire de Neervvinde avait fait rentrer la maison de Habsbourg en possession de nos provinces; la défaite de Fleurus les lui fit perdre sans retour. APPENDICES. N° I. Relation du capitaine de la grande (jarde. (Traduite de l'allemand.) Moy soussigné, capitaine au régiment d'infanterie de Son Altesse le prince Louis de Wurtemberg, général d'artillerie, prêt à faire mon serment, je déclare et promets, par celle, de vouloir mettre au jour tout ce que j'ay vu et entendu pendant ma grande garde, le 3 jusqu'au 4 de ce mois, au sujet de l'in- cendie de la cour, comme il s'ensuit : i" Les deux sentinelles qui étoient posées à minuit jusqu'à (1) Archives du royaume : dossier conservé dans la colleclioii du con- seil des (inances. ( 152 ) CHEVI>S ET Co>SEIL DE LA VILLE n'A>VERS. A. M. N\\ Kessel, i7ôl. Anvers, le 1:2' de mar- 1701. (Archives du n\vaume. collection du conseil d'ElaU .\ IV. Lettre ilu contrôleur i de lu (onr, R. AmK- . au Conseil (les finances. Messei^ncur-, j espérois que \ os Seigiieuriis lilusirissiuics auroient eu la bouté de me mettre en état ;ur ( *'"' ' laquelle je u'ay pas encore eu de réponse. Je les supplie de pren; luinicro. 12'2. V. La fèlc du vivier dOyc. L'adoration des (rois Hois, di' la ilia|)elic. Le Seigneur en croix, d<' la même cliapclle. L'n paysage sans fignrc B. n" '■27). Une vieille l'cmmc N" ô V. {^n liiver. La joye el la mélancolie. Les armoiries de Charles-Qninl. Charles s( cond. N° 5Ô. Pay> avec figures sans Icilic el sans n". Ln Chai'Ies second encore. • B. n" 81 . Charles second étant jeune. Philippe cinq. L'empereur Charles six à présent, placi- au conseil des finances (I). Je supplie Irès-humhlement Vos Seigneuries Illustrissimes de me donner leur résolution sur ledit inventaire général à faire, mentionné dans madite lettre, afin que je sache fi quoy me régler, et témoigner à Vos Seigneuries Illustrissimes le respect avec lequel j'ay l'honneur dètrc, Messeigneurs, De Vos Seigneuries Ilhistrissimes Le très-humble et très-obéissant serviteur, B. .Aimé. Bruxelles, le 14' juin 1751. (Archives du conseil des (inances, canon 269.) (1) Chez le vicomte de Thisqucn par ordre du conseil. ( «•■^9 ) N" V. Inventaire des tupinsei'ies de la cour sauvées de l'incendie y survenu la nuit du 5 au 4 février 1751 , et qui ont été re- mises au chef-contrôleur de la cour de S. A. R. monseigneur le prince Charles de Lorraine, le 20 août 1755. Deux pièces représentantes la Bataille de Liège, en laine et or, doublées en plein : 1. Contenante 20 aunes de Brabanl de longueur sur sept aunes et un quart de hauteur. 2. Contenante 21 aunes et demie de longueur, aussi sur sept aunes et un quart de hauteur. Deux autres pièces représentantes les douze Pairs de France, aussi en laine et or doublées en plein : 1. Conlenanio 55 aunes et ^|^ de longueur sur 7 aunes de hauteur. 2. Contenante 22 aunes et '/« de longueur sur 6 aunes de hauteur.- Une pièce représentante l'Histoire de Joseph, aussi en laine cl or doublée en bandes : 1. Contenante 23 aunes de longueur sur 7 aunes de hauteur. Neuf pièces représentantes l'histoire de Gédéon, fond ar- gent et figures en or et soye, doublées seulement en bandes : 1. Contenante 15 aunes de longueur sur 8 aunes de hauteur. 2. Contenante 13 aunes de longueur sur 8 aunes de hauteur. 5. Contenante 21 aunes et ^ < de longueur sur 8 aunes de hauteur. 4. Contenante io aunes de longueur sur 8 aunes de hauteur. 5. Contenante 15 aunes de longueur sur 8 aunes de hauteur. 6. Contenante 10 aunes et '/j de longueur sur 8 aunes de hauteur. 7. Contenante 13 aunes de longueur sur 8 aunes de hauteur. 8. Contenante 10 aunes et i/,de longueur sur 8 aunes de hauteur. 9 et dernier contenante 15 aunes et ^/4 de longueur sur 8 aunes de hauteur. ( i '^0 ) Sept pièces iioininécs PÉrnAnguE, sans or ni ari^cnl, doublées en bandes : 1. Coiilenanlc 0 auin'S ol '/* d<' loiii,'ui'ur mu V. aiiiios et ' 2 cit." Iiauleur. '2. Coiilfiiaiile 10 aunes de lon^^iicur, haiilcur idem. ô. Coiilt'iianie î) aunes et ''|^ de lun^îueur, liauleiir idem. •i. Conlenanle S aunes el demie de lontjue.ur , liauleur idem. 5. Conleuanle 10 aunes de longueur, hauteur idem. G. Conlenanle 9 aunes de longueur, hauleur idem. 7. Contenante H aunes de longueur, hauteur idem. Une pièce (|ii'on croit i,a Ui:i.\e M.stiieh, sans oc ni accent, doublée en bandes : 1. Contenante 7 aunes el '/* ^^^ longueur sur G aunes de hauteur. i)(ii\ pièce.s représentantes lne Cii.\sse en boc.\ges, sans or ni argent, doublées en bandes : 1. Contenante 7 aunes el '/* de largeur sur 5 aunes de hauteur. '2. Contei\anle 5 aunes et '"Jt de largeur sur 5 aunes de hauleur. Six pièces représenlanles la Passion de Jésls-Ciiiust, travail- lées en laine et or, toutes doublées : 1. Contenante 10 aunes de longueur sur 6 aunes el ' i de hauleur. 2. Contenante 9 aunes el "V« de longueur, hauteur idem. ô. Contenante 10 aunes et '/« de longueur, hauleur idem. A. Contenante 10 aunes et ■' ^ de longueur, hauteur idem. 5. Contenante 3 aunes de longueur, hauteur idem Uepré.senlante le Seigneur descendant aux enfers. Il n'en reste que la largeur de trois aunes , le surplus ayant été brûlé. 6 Représentant le Seigneur portant sa croix. Enlièremenl rompue et partie brûlée, et ne peut servir qu'à raccommoder les autres; il contenoil neuf aunes el un quart de largeur sur la même hauteur des autres. Une pièce représentante les sept Ages, travaillée en laine et or, entièrement brîilée : 1. Contenante 2d aunes el •/, de longueur sur G aunes et '/» de hau- teur. ( 1^1 ) Six pièces représentantes i/Apocai.ypse, loiiles en laine et doublées : 1 . Contenante 16 aiinos de longueur sur ."> aunes el '/« (Je h:iuleur. 2. Contenante 17 aunes de loof^ueur, hauteur idem. 3. Contenante 17 aunes el 'is de longueur, hauteur idem. 5. Contenante 1 G aunes de longueur, hauteur idem. N. B. i contenante 15 aunes de longueur el même hauteur, el G conte- nante li aunes el '/« de longueur elmème hauteur, n'ont point élé remises avec les autres pièces, el doivent se trouver au conseil des finance?. Ilcm, une pièce mauvaise, rompue, qui n'est propre (juà raccommoder d'autres : FicunES tuavailliîes, laine et or. Item, une tapisserie étrangère : Bocages et Figures, conte- nante 6 aunes et '/a de longueur sur 4 et "/i de hauteur. Item, une pièce Chasse et Bocages pareille à i , contenante 7 aunes et '/idc longueure sur d aunes de hauteur. Sept pièces de tapisseries de l'empereur Charles-Quint, bro- dées sur velours cramoisi : 1. Contenante deux aunes el trois quarts el demi de longueur sur o aunes et ^!^ et demi de hauteur. 2. Contenante 5 aunes el ~'|^ de longueur, hauteur idem. 3. Contenante 3 aunes el '/« de longueur, hauteur idem. i. Contenante 3 aunes el V* de longueur, hauteur idem. 3. Contenante 2 aunes el '/^ J^" longueur, hauteur idem. 6. Contenante -2 aunes et =/, et '/"^ '••• longueur, hauteur idem. 7 Contenante ô aunes i/^ el '/« de longueur, hauteur idem. N. B. Toutes ces sept pièces sont ou doivent se trouver aux finances. Toutes Icsdites tapisseries, remises au contrôleur de la cour par Dciieve, sont en partie déchirées ou cassées de vieillesse. ( li^i ) N" VI. Lettre de l'Arcliidiichesse aux états de Brabant. MaRIE-KlISABI-TII , l'AU l.A GHACE 1)1- DiEU , PlUNCESSE ROYALE UE IIoNCiiiE, UE Bohème et ues Ueux-Siciles, Akchidlciiesse d'Autriche, etc., Gouvernante générale des Pays-Bas. Très-rcvércnds, révérends pères en Dieu, nobles, elicrs et bien-aimés, il vous est connu (ju'il ii |)ln;i Dieu île nous envoyer le funeste accident de l'embrasement du palais royal en cette ville de Bruxelles. Vous nous avez témoigné, tant en corps que chacun en particulier, la part (|ue vous [)i-eniez à ce malheur, donnant dans cette aflliction des marques très-consolantes de votre attention pour notre personne, dont nous vous savons bon gré. Il vous est aussi connu que nous avons été obligée de nous réfugier dans un hôtel peu spacieux pour [)ouvoir contenir notre cour avec toute l'aisance nécessaire, dans lequel cependant nous avons tenu notre demeure jusqu'à présent, nonobstant les instances qui nous ont été faites pour que nous voulussions transférer notre résidence ailleurs, où il se tiouve des bàtimens très-spacieux, avec offre de les mettre en état de pouvoir y l'aire notre résidence avec toute l'aisance et décence requise. Et comme Sa Majesté Inijiériale et Catholique, notre très-cher frère et seigneur, nous a fait connoitre qu'elle sou- haitoit que ce palais royal si respectable par son antiquité, con- struit sous les ducs de Brabant, et mis dans sa perfection sous le règne de l'empereur Charles-Quint, tous glorieux prédéces- seurs souverains de ces Pays-Bas, fût rebâti le plus tôt qu'il se pourroit, afin (jue nous puissions y avoir une demeure conve- nable et capable pour notre cour, nous navons pas voulu jus- (pi'à présent nous résoudre à transférer notre résidence, dans la ferme confiance que l'on pourra bientôt ti'availlei' au réta- ( 145 ) blisscment dudit palais. Mais, coniinc il est notoire que, dans la conjoncture présente, les finances de Sa Majesté sont réduites, par les pressans besoins de l'État, à une impossibililé de four- nir aux dépenses nécessaires pour pouvoir parvenir à celte réédificalion, et qu'ainsi il faut absolument trouver des moyens extraordinaires pour entreprendre un si grand ouvrage, nous avons trouvé convenir, avant tout, de vous faire cette, afin que, par une continuation de votre zèle, vous nous suggériez les moyens les plus eflicaces pour pouvoir parvenir à la plus prompte réédification dudit palais : ne doutant pas que vous prendrez en considération particulière la satisfaction (pie nous aurons de pouvoir continuer notre résidence dans la ville de Bruxelles, pour le plus grand avantage de toutes les villes et généralement de la province de Brabant. A tant, etc. De Bruxelles, le 16 juin 1751. I-Jloit paraphé De Baill. v', signé MARiE-Éi,isAnKTH, e( plus bas, Par ordonnance de Son Altesse Sérénissime : en absence de l'audiencier, conlte-signé M. de Commi.nes. ( Registre aux résolutions des états de lirabanl de l'année 1751.) N" Vil. li épouse des élats de Brahant à l'An'IiiduvIiesse. Madame, nous avons reçu, avec un très-humble respect, la lettre qu'il a plu à Votre Altesse Sérénissime de nous écrire le 16 de juin dernier, au sujet du funeste accident de l'embrase- ment du palais royal en cette ville de Bruxelles, et pour nous notifier la résolution que Sa Majesté Impériale et Catbolique avoil prise de faire rebcàtir ce palais le plus tôt qu'il seroit possible, afin que Votre Altesse Sérénissime y pourroit avoir ( 144 } une demeure convenable à la grandeur de sa personne auguste el proporlinnnre aux besoins de sa cour. Nous concevons aisément, .Madanic, qu'il est d'une nécessité inévitable de trouver des moyens extraordinaires pour entre- |)iendro ce grand ouvrage avec succès et le conduire à une bcurousc perfection : njfiis V. A. S. nous permettra (s'il lui plaît) que nous ayons llioiiiiciir de lui représenter, en toute bumililé, qu'il est notoire (|nc les liabitans de cette province, soit les citoyens tant des grandes que des petites villes, soit les manans de la campagne, se trouvent si fort chargés par le poids des impôts et subsides qu'ils fournissent d'année en année pour le service de Sa Majesté el pour I entretien de la cour de Votre Altesse Sérénissime, et qui depuis quelque temps ont monté à onze cent mille florins par an, (jue certai- nement, dans celle occasion, il faudra avoir recours à (juclque expédient extraordinaire qui ne retombe pas à la surcharge du peuple. Sur ce principe, pour nous régler suivant l'intention de V. A. S. exprimée dans sa lettre ci-dessus, nous estimons, pour nos deux premiers états , de ne pouvoir lui suggérer aucun moyen plus prompt ni plus cllicace |!0ur pouvoir i-arvenir à la réédification dudit palais, que celui d'y employer, par provision , l'excrescence ou ce qui restera de bon de la sojnnie de six millions, laquelle peut être levée sur les fonds des reve- nus des droits d'entrée et de sortie au bureau de S'-Pbilippe et autres destinés et affectés au remboursement des deniers négociés ci-devant en Hollande sur ces mêmes fonds , après la liquidation qui en sera faite avec les seigneurs états généraux des Provinces-Unies : excrescencc qui, suivant le rapport qui nous a été fait du projet de cette liquidation , pourra porter près de cinq cent mille florins, et, pour le surplus, d'y em- ployer aussi, pendant le cours du temps nécessaire, le revenant- bon des susdits fonds au-dessus de l'intérêt annuel de ladite somme de six millions, en reculant pendant ce temps le rem- boursement qui s'en devroit faire en conformité de l'acte d ac- ( ^^ ) ceplation provisionnelle de Voire Allessc Sérénissinic, en dote du 19 de décembre 1730, à condition néanmoins et moyennant que Votre Altesse Sérénissinic trouvai Ijon de donner .iii\ trois états lic Br.ibanl un octroy et pri\ilégc exclusil' do pou- voir eux seuls, dans toute l'élendue de ces Pays-Bas, établir telles loteries (ju'ils trouveront les plus convenables, sur leur crédit, garantie et direction, pour employer le gain et le profit qui en viendra au remplacement des sommes qui auront éié diverties des susdits fonds et (jui auront été employées au réla- bli^sement dudit palais, lequel oclroy et privilège exclusif de- vra subsister et avoir son plein effet jusqu'au parfait rempla- cement desdites sommes. Parmi quoi, nous, prélats et nobles, espérons qu'au cas que la proposition et demande de ce moyen extraordinaire se fasse en la forme ordinaire et requise aux trois étals de Bra- bant, elle pourra réussir, Et sommes, avec un très-profond respect, etc. Le 1 1 octobre 1751. (Registre aux résolutions des étals de Drabant de l'année 1751.) N° VIII. Réponse des états de Brabant au duc Charles de Lorraine. Monseigneur, nous avons reçu la lettre que Votre Altesse Royale nous a fait Ihonneur de nous écrire le 11'" du mois cou- rant, à l'effet d'être informée de notre sentiment sur le rétablis- sement du palais, et la somme que nous pensons que le Bra- bant voudroit y contribuer, soit à la fois, ou pendant le terme de deux à trois années, afin qu'elle pourroit diriger suivant ce les propositions qu'elle comptoit faire également, à la même Un, aux autres provinces. V«i ftemiami mm baç espace et lr^& Xaui ^MMiatf:»^ fimètru et b pl«sviveiia«leBr4e»iK- liwiverAMsaaesteatkMfW ■e MMbi- pcfaart paa. t acenw à ■■ Id paial 4aa$ ks ymlwi ? dTâaivers, fae k» kahifeaK> ae paavaal saaieair b gjiaa4pai4? 4es chavfies fai ks aecayeat:^ abaa4aaaeal k pajs, et vaat $~êldkir saas b 1 4es états giêaâraax 4cs Fiwnaice»-iraie$, aà aa lear Le Wiii«a fcalaal^ <|ai avait ea «pKiqpK bfaa iaaitaa ks ■îganaiy et saîBcs lacWâies 4e b 4efaière gaewe. ar tiaaic à piêseal «ftuK» b 4are aêeesâtê 4e 4evair aiaâr maars à 4k iaiyaâtiaw. eiti laiiBarin : et kirres 4~ac^eBl à ialêiit : car ks S0«acs ^~aa kar 4naaa4e à pccicat Maaical à 4es «■■Mes esKCssôcs^ ^'Ss ae scraat pas ca êlal 4e iHeaîr ca kiea 4a leiK.. Les fraê 4cs vacaliaas, 4es «■aaiitiaas et ( l-^i7 , autres inséparables des devoirs prescrits et ordonnés pîn If règlemenl du 1^ août 1740 (1), ne conlrihuenl [),'is peu à auiifuenler leurs charges. .Nous O'^ons cependant assurer Votre .\U(--e l{o\ale que, pour [Hii i|ue le pays sera remis de la fâcheuse situation dans laquelle il se trouve, nous nous ferons gloire de signaler noire zèle et atlachenienl in\iolahle pour le bien du service, et d'en dfjnner des preuves réelles en celte occasion aussi bien qu Cn touK; autre. Kt nous sujiplions très-hurnblernent Votre Altesse Royale d'être pleinement convaincue de la droilujc de nos sen- timens et intentions à cet égard, et de \ouloir bien prendre en con>idération que, lorsque nous >eroiis parvenus en iiii tems plus favorable, il sera nécessaire d'en faire faire la \n(i- position par le chancelier de Brabant, sur le pied et de la nia- uièie observée en pareil cas, afin de prévenir par ce moyen les dillicultés qui se j)Oiirrf)ient rencontrer dans les chefs- villes. Nous sommes , avec un très-profond respect , Monseigneur, De Vostre Altesse Ro\ale Les Irè— iiiiniijics et très-obéissants serviteur.-, Les PutLATs, Nobles et Dépités des Chefs- Villes, beprésema>t i.Ks Tiioi> États d'icl- l.( V PAYS ET DL'CHÉ DE BkABA.>T. De notre assemblée gc'-nérale tenue à Bruxelles, le lô' fé- vrier 1751. (Registre aux résolutioDs des états de Brabant d<.' l'année 17bJ.) (1; Celait une ordonnance de l'impératrice concernant la levée des aides, subsides et autres char;;es puldiques dans la province de Brabani. Elle est aux l'iaranta de Brabant, t. JX, p 24.3. ( I i^ ) — M. Wagenor rnppollo, comme complément à la lec- ture (le M. Cinchard, (jiic, parmi les dégâts de l'incendie du palais royal de liriixelles, du ." février ITôl , on a eu surtout à déplorer la perte «le tableaux de Kuhens, Ces œuvres d'art avaient été heureusement reproduites sur toile, au dix-septième siècle, [)ar Théodore Van Thulden. Comme ces tableaux, qui se trouvent actuellement dans l'église Saint-I*ierre à Gand , donnent une copie fort exacte des œuvres primitives, l'art n'a eu à regretter, en cette cir- constance, que les tableaux originaux de l'illustre peinte anversois. Notes de critique et crexégèse sur Horxce,' Satires, I, 6, vv. 7-!2"2; par M. P. Willems, correspondant de l'Aca- démie. Dans toutes les œuvres d'Horace il n'est peut-être pas de passage plus controversée que les 22 premiers vers de la 6°" satire du 1" livre. Les éditions et les commentaires de ce poète, classique entre tous, sont extrêmement nom- breux; et cependant, parmi tant d'interprètes, c'est à peine si l'on en trouve deux ou trois qui s'accordent en tout point dans l'explication de ce passage. Encore tout récem- ment un philologue allemand, M. G.-T.-.\. Kruei];er, bien connu par son édition des satires et épîtres d'Horace (1), a fait un appel à tous ceux qui s'intéressent à l'étude de ce poète, et il les a invités à exprimer leur opinion sur les difficultés multiples dont notre passage est hérissé (2). (1) Leipzig, Teubner, fi' éd., 1869. (i) Rhein. Mus. f. Philol, nouv. série , t. XXVII, p. 91 (1873). ( 119 ) C'est ce (jui m' a engagé à comminiiciiier ;i la classe des lelties les obseivalions qu'une longue élude de la 0"" satire m'a suggérées. La 0'"" satire, intitulée d'ordinaire : Sur In vraie no- blesse, ne se compose que de 151 vers. Il n'est donc pas étonnant (pie l'inlerprélalion, donnée aux 122 |)reuiieis vers, indue sur la tendance et le but assignés à la saliie entière, et que les opinions des philologues sur ce dernier sujet ne sont pas moins divergentes que les essais d'exé- gèse de l'introduction. Aussi me semble-t-il nécessaire de présenter d'abord une analyse succincte et lidèle de la satire, pour déduire de là la pensée principale que le poêle a développée, le but qu'il s'est proposé, et, peut-être, l'occasion qui a donné naissance à cette composition. La 6'"'' satire peut être résumée, ce me semble, en ces termes : L Malgré la noblesse de ton sang. Mécène, tu ne mé- prises pas, comme le grand nombre le lait, les citoyens de naissance obscure {ignobiles), pourvu que leur conduite personnelle inspire de l'estime. Tu ne juges pas de tels citoyens indignes des magistratures; mais le peuple élec- teur, qui en général n'estime les candidats qu'en raison de l'illustration de leurs ancêtres, repousse systématique- ment tous les liomines noii. En cet état de choses, quel est le parti à prendre par un fiomo novus? La réponse, bien (]u'elle ne soit pas énoncée par le poète, est sans aucun doute celle-ci : qu'il ne se porte pas candidat. Vv, i-22. Mais, continue le poète, on m'objectera que les roturiers [ignobiles) ne sont pas moins sensibles à la gloire que les nobiles; qu'ils ne sont pas moins entraînés par le désir de , m) s'illuslrcr, en suivant la carrière des honneurs. Eh bien! répoDil le poète, Vhomo nocus , qui, malgré un échec presque certain et par ambition , brigue les honneurs, est bien insensé. Car supposons qu'il devienne magistrat ou sénateur, quel prolit en aura-t-il tiré si ce n'est de s'ex- p<^ser aux cancans perlides que l'envie répandra sur lui et sur toute sa famille? Vv. iô-i-i. II. Moi-m»'mt\ on me do» liire et on me raille d'être un lils d'affranchi, et le motif de celte jalousie, c'est l'amitié dont tu m'honores , Mécène. Cependant en ceci le vulgaire a tort : car ton amitié est la récompense de mes seules vertus personnelles. Vv. -40-04. Or mon honnêteté, je la dois uniquement à l'éducation soignée que me donna mon père , un affranchi. Vv. 65-88. lil. Aussi n'ai-je ni honte ni repentir d'être le fils d'un affranchi. Bien plus : s'il m'était permis de choisir moi- /nême mes ancêtres, je n'agirais pas comme le vulgaire; je ne m'aplanirais ps l'accès aux honneurs, eu me dres- sant une longue généalogie de consulaires; mais je me con- tenterais (et tu me donnerais raison, je pense), de mon père affranchi (vv. 89-99/. et surtout pour ce motif que la vie d'un simple particulier est bien plus commode, et con- vient beaucoup mieux à mes goûts que celle d'un magis- trat ou d'un sénateur (vv. 99-151) (i). (I) Cette aiuiTK sait Uèleaeat le texte, et me «emble poar ce motir pccléraUe à tout» celles q«i reiienl les difcrcnles peasces . eipriaMo par le pacte, par me série iTiiiêes setB-eatcndnes. C'est sa reproche qv^il est ypfi* Je iairc swioat à ■■ 4e» deraicfs essaif d*aiial7' éd. Paris, lf<58, t. I , p. -2r;8 suiv. ( «o2) cootieot le récil d'un vo\^ge de Rome à Brindes dans le- quel Horace accompagna Mécène, chargé de conclure au nom d'Oclavien une nouvelle convention a\ec Antoine. Ce traité fut fait à Tarente en Pan 717 de la ville (1). Horace av^il été reçu dans l'amitié de Mécène fort peu de temps auparavant^ vers la tin de 716 !2) ou tout au com- Beocement de 717 ;3i. Or, dans la 6"' satire, le poète entre en des détails fort minutieux sur l'origine de cette amitié, et cela j>our combattre la jalousie que cette liaison enviée avait excitée contre lui. Ne faut-il pas conclure de là que la satire a été composée peu de temps après que Mécène eut admis Horace à son intimité, mais après le voyage de Brindes: car c'était précisément ce voyage qui avait mis en évidence les hautes liaisons du poète; ce n'était que depuis lors qu'il avait le droit de s'appeJer le commensal de Mécèoe, comme il le dit au v. -47 : Naoc quia som Ubi. Maeeenas, eonyictor — Nous sommes donc autorisé à dire avec la plupart des interprètes d'Horace, que la satire a été écrite en 718 de la Tille. Oreili-Balter, 5' éd. (TBoraoe, Zonci , î »-=ir . ; : -^t • - • . C. kircùner. Q. H. fLSeimmm. L. II, Lôpz^, !**54. - : /r - i:'^ Einlatvng, pfL»-IO. Fr. Rhter.^ ff. Fl^eaman. crû. H ejc-i : .'.- L :r:^. !h.t6- 1837, ad Serai , I, 6. G. DOknkvser, Q. H. FI n: r : .rr. uair Ed. 4' fcM, I8M, ad Sena^ 1. 6. (1) M-wntii, Hùmtii râla ordime €hromoh§ieo éelimeala, Lerdoi, 17(*8, adaaa. ■. c 717. C- Erdiarr, Qmantkma harmliamae^ I. p 5i soir Wjtekfirr, l I, p. â07 sut. iH HasMB, ad au. 716 S 5. « 733 ^ 3, i. Difleobsrger, pp. 7-S. i3> Eiithan, daaslllfd- ysl.de soaéd.,pp. C-7. SiUer.ad Sena. Il, 6,4«. I 153 ) Homee, oé le 8 déeeiobre 689. était alors dans b timgl- neuvième année de SOB i^e. Qa'oo se nppdle qo'à cette ép*oqae le primus grudvs honoris était la qoesUire (1), et qoe l'âge reqoîs pour bn> guer cette inagistnlare [oetas ieyitima^ était de 39 ans, pour la gérer, de 50 1^2). La r^orme tf'Ai^iisle,qw orjganisa les collèges mineurs, tels que les /// riri cmpùmiet, les X tiri sllitihmt Jtulicandi*, etc^ en on seal collège, ap- pelé .VA' ciratus, qni eo fit le pfemier degré des nugislfa- lores, et qai, en o'adin^tant â.ce eoOége qne les ■cnibies de Tordre équestre, sobordomn b gestion des ■ugistra' tores à la possession d'âne fortnne âerée, cette nfmmt â importante est poslmewe en date de pies de 30 ans (â). Noos âToos prooTé josqolci deox points : d'abord , b &^ satire traite b question sll convient à u iymetUis de ponrsoirre b carrière des bonnenrs, et, en second lien , le poète , ignobilis, a écrit cette cenTre précisément à cette année de son âge on le dtojai pent légalement hri- goer b qoestore, le premier degré des mag^ntmcs, et où, par cmiséqoent, les jennes gos se décident à entrer dans la vie pabiiqne on non. Celte coïncidence si remarquable, et qni cependant n*a pas été remarquée jusqu'ici , ne nous aulorise-'t-dle pas à sopposer qu'Horace fut pressé par ses amis de tenter b carrière des honneurs, et de se porter candidat à b qnes- Tome ut*", ô** sékie. 10 ( i^i ) luK' aux comices de l'année suivante? Il riail , il est vrai, Hhertino paire ludus; et \v inos niajonnn excluait les fils (rnllVaiicliis dos niagislratiires (1). Mais n'y avait -il j)as eu dos exceptions à celte règle, surtout à son époque (2)? D'ailleurs n'avait-il pas déjà été tribiuius rniiitinn (5)? El n'élait-il pas maintenant l'ami de Mécène, du favori du toul-|)uissant Oclavien? La 0'"" satire est une réponse à ces conseils. Le poète renonce formellement aux chances de briguer la questure; et il motive sa décision. Qu'on relise la satire, en ne perdant pas de vue l'occa- sion toute spéciale, qui, d'après ce que nous venons d'ex- poser, engagea le poète à composer cette œuvre, et la suite des idées se présentera, j'en suis convaincu, avec une clarté nouvelle. Je ne citerai, en passant, que deux dé- tails. I/acquisition de la dignité sénatoriale, du latus datas et du calcens senatorius, occupe dans les développements du sujet une place au moins aussi considérable que la ges- tion des magistratures (-4) ; or la magistrature qui d'ordi- naire ouvrait aux citoyens l'entrée du sénat, était précisé- ment la questure (5). Le poète, ai>rès avoir décrit l'emploi journalier de son temps, termine la satire par ces vers : Uis nie consolor vicluruni suavius. ac si QuAESTOK avus palcr alque meus patruus(|uc fuisscf. Le choix de la questure dans ce trait final est tout sini- (1) p. Willems, Droit publ. rom., p. 99. (:2) Cf. 0. Ribbeck, de fforatii Sat. I, 0, n. 7-44 commentalio. K'iel, 1805, p. 11. (-î) Serm.,I, 6, v. 48. (4) Cf. vv. 20-21, 25, 27-28, 110. (5) P. Willems, I. I, p. 18G. ( m ) picment iiu-xpticabk', si Ton n'admet pas le but spécial que j'ai allriltiii' au poënio. (!(' même [loinl de v(ie aidera, je |)eiis«', à mieux corn- piciidre le passage si cuiilroversé des vers 7-2^. La liaduelioii lillérale, !a |)liis con l'orme à riiiieipréla- lioii des derniers connïifiitateiiis allemands, me sendtle èlre eelle-ei : « Quand lu dis, Mécène, qu'il importe peu de (juel père on soit né, pourvu que l'on soit honnête homme [iuye- nuiis) ( I), tu exprimes, et à bon droit, cette conviction, que déjà avant le règne de Tullius, ce roi de basse extrac- tion, bien des gens de naissance obscure ont cependant mené une vie honorable, et ont été élevés à de hautes dignités; tandis que f.évinus, un descendant de ce Valérius qui chassa Tarquin le Superbe du Irôneel de Rome, n'en a jamais valu un as (un sou) de plus, l.évinus qui fut blâmé même par ce juge que tu connais, le peuple stupide qui accorde souvent les honneurs à des citoyens indignes et qui est sottement l'esclave do la renommée , qui se laisse l\) Bion qu'Horacfi emploie dans la snile deux fois le mot ingenuus (vv. 21 et Ul) dans son sens ordinaire et juridique : un homme né lilire (qui est e.rmntre liber iAac //(' uut. deor.,\U, 18), nous pensons cependant avec le scoliasle Acron, le commentalor Crnquiaiius, Cruquius, Sauadon, Dacier, Doering, Kriieger, Doederlèln et Tvclio Mommscn,que le mot a ici l'accep- tion morale dViomme pro'ie . honnête homme, qu'il a, par exemple, chez Cicéron, Lael., c. IS. Cf. Horat. Serm., II, ô, I8!l. Ce qui le prouve, c'est d'abord la pensée générale de la satire qui altrihue la vraie noblesse aux «eu/ps qualités personnelles l v. G4 ); c'est encore rexem|)le suivant du roi Tullius, qui étail, lui >- p«(rH nullo maire serra." (Tile-Livc, IV, ."S); ce sont enfin les élo^.es que le poëic donne plus loin à son pro|)re père, tandis qu'ici il le déclare indigne de l'amitié de Mécène, si l'on prend imjniuus dnn< son sens juridii|ue ( i5() ) éhlouir par les poilrails de raiiiilk' et leurs iiiscriplions. Qiio convieiil-il 7 ) Vs. 97-98 : DCIIR'IIS Judicio volgi, sanus forlassc luo lit qiianil il faut prouver par un exemple que Mécène a raison, en déclarant que l;i noblesse de naissance seule ne suffit pas pour rendre un citoyen estimable, le poëte choisit une personne dans l'appréciation de laquelle Mécène et le vulgaire sont précisément d'accord, Lévinus. Apparem- ment le choix n'est pas'heureux. il y a plus. L'interprétation que nous avons reproduite lait dire au poëte, aux vers 14-15, que dans la personne de Lévinus le peuple a ratifié le jugement de Mécène, ce qui signifie évidemment qu'il a refusé son'vole à Lévinus dans les élections; et quatre vers plus loin, aux vers 19-20, Horace affirme que ce même peuple, s'il devait choisir entre ce f.évinns et un homo novits, fùt-il aussi méritant que les célèbres Décius, préférerait Lévinus. Est-il possible de se contredire d'une manière plus formelle? Cependant, parmi les nombreux commentateurs d'Ho- race, c'est à peine si deux ou trois, tels que Laevinus Tor- rentius(1)et]Dacicr (2), ont relevé cette difficulté réelle (5). (1) O. ff. Fl. cum erudilo L. Torr rnmm.^ Anvers, 160S. (2) Œuvres d' Horace en latin eten français avec des remarques criti- ques et historiques. Hambourg, 17ôô. (ô^ Daciep cro^'ait écarter la difficulté, en distinguant entre le jugement moral et le jugement polilique du peuple. D'apiès lui, le peuple, d'accord avec Mécène, déclare que Lévinus, au point de vue moral, ne vaut pas un sou; néanmojns dans les élections il l'eût préféré à un Décius. Pour renverser celleexplicalion, il suffît de remarqiker que la phrase relative qui suit les mots no(fl/ife popu/o, indique expressément qu'il n'y est question que du juge- ment politiqui'. Quant à prétendre que le peuple a repoussé Lévinus, parce qu'il avait d'autres nnhik'S pour compétiteurs, mais qu'il l'eût |)référé à un ( 1-Ï8 ) I/lioni»(Mir icsicnl à M. Piin/., directeur di; IYgoIc normale (le Liège, d'avoir Iiî preiriier allaqué de Iront celle conlra- diclion, (huis un arlicle inséré dans la Hevuv (l<; rinstruc- lion publique en liclr/ifjin' en I8()(l (I). (Quatre anr)ées plus lard, en 1870, un |)liil()loi,Mie allemand, K. Dzialzko, publia dans le R/icinisch Muséum fucr P/iilolorjic (2) une élude dans laquelle, sans ciler el |tar conséqnenl sans connaîlre l'opinion de Prinz, il dévelo[)pe les mêmes observations que celles qui avaient été présentées par Prinz. I,es deux philologues rcneonlrèrenl des contradicteurs; Prinz, de la part d'un anonyme dont la réponse l'ut publiée dans la Reçue de rin.sirucfion puhlUiue en 1867 (5), et qui , poui- Iwmo noms . cv/Ac iiito!jif.'(aiioii, comme l)/ialzk() {filiein if/us ^ iXiuc Fulije, I. XXV, |). "17^ I)' I) le loniaeqiK- juslcinenl, est trop reclie reliée, el elle n'est niiUiiiicnl itnliiiuéc par Horace au v. 14. — Une aiitie question est de savoii" si I.évinus a été, oui ou non , inafjistrat .' Ce personnage ne nous est connu que par une nolice de l'oiplivrion : • ///c f . ] '«/< riiis mho foedis et proji'flis in omncni lurjiiCudinem incribus vixit ut provrhi non poîuc- rit ultra (juaestoriani diynitnteni. "^ liien que nous ne i)!iissions gaianlir la vérité histoiique de celte nolice, rien cependant ne nous empêche d'ad- mellre le l'ait historique (|ui en est le fondemeni. Nous sommes même porté à croire que la teneur priniilive de celte nolice ( par exemple dans les traités do iKtrsonis horat/anis) contenait que I.éiittus, mah/ré sou immoralité^ a été élu à la questure: cl nous pensons que la (orme sous laquelle celle notice est présentée i)ar Porphyrion, fut une conséquence de la ponctuation erronée (voj'cz plus loin) qui est déjà suivie par Porj)h}'rion et qui a complè- tement altéré le sens du passage Quoi qu'il en soit, ici encore le choix d'un questeur coriobore l'opinion que nous avons énoncée j)lus haut sur l'ori- gine de celle satire. (1) Nouv. série, t. IX, llô-llr"! - L'article de Gross sur ce passage, publié dans les Blaetter fucr dus bnyerische Gymud.^ialwesen^ l. I,ne m'est connu que par le résumé qui se trouve dans le Pfiilolofjus, t. XXVI, n 7ô8 A en juger par ce résumé, il ne change guère rinlerprétation ordi- naire du passage. rj) ^eue Folge, t. XXV, pp. ."15-^,18 .-.) T. X, p|). r,'j-m. ( i^i> ) quoi ne pas le nommer, ne fut ■.niUr que Vr. I)uel)ner; Dzial/k(),(le la part de (1. Kiue^'er, dans un arliele assez étendu, inséré dans le Wicinisc/i Muséum de 18712 (I) : non pas que Ducbner et Krueger nient la eonlradietion qui, selon Prinz et Dziafzko, existe dans rinter|)rél;ili()n or- dinaire du passage; elle est trop évidente pour être niée; mais ils se séparent d'eux dans la manière de résoudre la difficulté. I*our écarter la double dirticullé que nous avons signalée, Prinz et Dzialzko pro|)osent un siniple changenjenl de ponctuation. Tous les éditeurs d'Horace et déjà les anciens scoliastes rattachent l'ablalil' absolu nolanto... populo à la phrase précédente : Coiilra Laeviuum uiiius assis Ncm uiKiuarii prclio pluris licuissc^ iiolaiilc. Judice, quo nosli, populo, (|ui f.e régime de notante est dès lors Laerinum : et de là la double dilliculté. Prinz et Dzialzko adoptent la ponctuation suivante : Contra Lacviiiuni uni us assis Non unquam prelio pluris licuisse. Notanlc Judice, quo nosti, populo, qui stultus. . , Qui slupct in litulis lI iniaginibus, (juid oporlot Nos facero ? Par cette ponctuation les mots notante populo sont complètement séparés de la phrase précédente; notante (.1) T. XXVII, p|. »')-91. ( m) ) n'a plus pour irgimc Ijicrinuni , cl ne conlienl plus un hlâmo (lu peuple ;'i l'ailiesse de ce personnage.' Ce l)l;iuie étant éearlé, il n'v a plus de euntradielion. l/al)latir alisolu nolaiitc jidpnlo déleiiniiieia la pliiase suivante : Qnid oporiel nos fnccre? el il fait l'onction d'une j)roposilion c'oiii's'., I. 17, I;'». ( '^' ) num, un indicium (cf. Plièdrc , IV, 25, v. 22), favorable {nota virlulis, Cic, p. ï\ah. perd., 15 5^ 5G), ou défavo- rabk; {(iirpis nola^ Ovid., llcroid, 9, 20). De mrinc iiola- tio : description exaclc , ou, pour me servir de la délinilion do VAuclor ad Ilerennhtm (IV, 50) : ISotalio csl, cum aliciijiis natura cerlis describitur sifjnis, quoe, sicuti notae quacdam, naturac smit nfln'hulae. Dc là le sens d'apprécia- tion, examen : par exemple dans Cicéron {Philipp., V, 5) : dilectus et notalio judicum. De même enfin, notare, juger, apprécier : tel est sans conteste le sens qu'il faut lui ailri- l)uer dans ces vers d'Ovide (llcroid., 2, 85-80) : Carcal successibus oplo Quis(]iii.s ab cvciilu facta notanda pulat. Kh bien! Dans le passage qui nous occupe, le i)oëte a soin dc déterminer [tar les mots judkc quo nosli , qu'ici aussi notare signilie juger, api)récier, estimer, acception que le scoliasle Acron lui a d'ailleurs déjà attribuée, en interprétant : jiidicantc , aestinianle. Mais où et comment le peuple exprime-t-il son. juge- ment? Par l'incidcnle explicative: populo, qui slultus honores sacpe dal indirjnis , le poêle indique clairement qu'il entend parler du jugement que le peuple porte par son vole sur les candidats qui briguent les magistratures. Cela est confirnjé par le développement ullérieur : NaiDquc, eslo, populus I^acviiio niallel honoroni Quam Decio rnandarc novo. Et le terme notare convient éminemment pour exprimer une telle appréciation : car le ciloyen vote aux comices ( l«"i ) électoraux , ou marquanl sur une labk'Uc lo nom do son candidat : )i()laf tabcUam (I). Kniin qui le prupli* jui;o-l-il ? Evidoinmont les candidats qui l)rii;u('iil les lionneurs, et ici nos (v. 18), c'est-à-dire, comme nous le démontrerons plus loin, les ignobiles, bien entendu ceux qui posent leur candidature. Bref, au jugement porté par Mécène sur les it/nobiles, le poêle oppose ici celui du peuple, et nous traduirons avec D/iatzko : « Mais si c'est le peuple, ce juge que tu con- nais qui nous apprécie, nous estime (par sou vote aux élections), que devons-nous faire? Mais, objecte Krueger, pour marquer cette opposition, le i»oële aurait dû lier les deux phrases par une particule adversativc. Car, dit-il, la première proposition est trop longue pour (pie rantithèse ressorte d'elle seule. L'objec- tion ne me parait pas fondée. Les mots si expressifs: y «fZ/cc (jtiu nosti, sont placés précisément au commencement du vers entre notante et populo, alin que l'opposition, qui est dans la pensée du poète, n'échappe pas au lecteur. Peut-être trouvera-t-on encore à redire à ce qu'une; phrase nouvelle commence à la lin d'un vers, ou qu'une proposition interrogative principale soit précédée d'une proposition subordonnée assez étendue; mais Dziatzko a (!) NoUire Inbellas . dans un sens yénëral, est une expression iisuolle. Cic , T'err , Il , "2, j-J § 7'J : ttibellas non modo cera vcruni ctiant S'tnijuine nolabit. Ovid , iWctani., iX,5-2l siiiv. : Vacnam tenel ;illi'r:i ceraiii. liicipil l't duliilal : scribit d.iiiiiialque laliellas : i;i notai cl delel; mutât culpalque probatqiie. CI. l'iin , //. .V. , Vil, ."34 {'ti) : lYasica in lo'ja cdmlida bis rcpulsa noUi- tus a populo. ( ie5 ) écarlé cette double objection par d'autres exem[>les tirés des satires et des épîtres d'Horace (1). D'ailleurs ce (jui prouve pleinement (jue la voie, suivie pai Prinz et Dziatzko, est la seule bonne, c'(;st que les essais, tentés par leurs deux contradicteurs pour lever les diflicultésen conservant l'ancienne ponctuation, nous sem- blent complètement manques. Duebner dit : « Volante, etc., ne se rapporte en aucune laçon à l'airaire de Lévinus, mais à la manière de voir de Mécène, qui est repoussée par le peuple Le sens est donc : mais le juge que tu connais bien, le peuple blâme ton jugement » Le régime de nolanie : te, judicium ttmm, le lecteur perspicace doit aller le découvrir sept vers plus haut , et puis , est-il croyable qu'Horace ait représenté le peuple, le voUjus, comme censeur des opinions de Mécène? La solution , proposée par Krueger, est encore plus recherchée. Violante judice, dit-il, n'est pas un ablatif absolu, mais un ablatif de comparaison dépendant de piuris. Krueger construit : Persuades tibi Lnciinum non unquam iicuisse preiio unius assis piuris quant popti- lum notantem [Laevinum). » Tu es persuadé que Lévi- nus n'a jamais valu un as de plus que le peuple qui le jugeait: (ce qui, d'après Krueger, veut dire ici) qui le tenait en si haute estime. » il suflira de remarquer que cette construction est bien compliquée, la pensée bien étrange et l'interprétation du mot notare peu ordinaire et dirticile à justilier. N'y eùt-il que la possibilité grammaticale de construire (I) I*our la première pailiciilarité comparez Scrm., II, ô, i'o'Jj pour la seconde, EpisL, 1, 10, ]-2-]i; 18, «I-8i, 104-100^ 11, 1, 40; ô, 8f.. cic. ( '<>^- ) les mois iiolnnlc populo do l;iiil de manières difléreiiles, celte seule considération siiHirail pour condanmer l'an- cienne ponctualion,surlonldans un aiileiir coiiiinc Horace, ciiez qui VobscnrUé n'esl pas un dt-laiil ordinaire : quo vilio minime lenehfilur [vi(a Ilorali , allrihuéeà Suéllione). Nous adopterons donc la imnctualion de Prinz et de Dzialzko, et nous poursuivons : Notante Judice, quo iiosti, populo, qui stultus honores Saepe dat indignis et faniae servit ineptus. Qui slupet in lilulis et iniaginibus, quid oporlcl Nos faccrc a vnhjo loiujc longequn rnnolos? Quel est le sens des mots : a volfjo longe lomjequc remotos? Porphyrion, le meilleur seoliaste d'Horace, paraphrase : nos qui non vulcjariler sapimus, nous qui par l'intelligence l'emportons de loin sur le vulgaire. Cette interprétation a été suivie par la plupart des commentateurs modernes, Torrenlius, Cruquius (I) , Bentléc (2), Sanadon (5), Gess- ner, Heindorf (4), Doering (5), Orelli-Baiter (6), Kirch- ner (7), O. Ribbeck (8) , Keck (9) , Krueger (10; et Tychu (1) Q.fIFl.cumcomm. Anvers, 1011. (5) Q. H. FI. ex. rec. et cum notis /?. B. Ed. nov. Leipzifj, \^-2C). Cô) Les pnésies d'Horace trad. en français avec des remarques et des dissert. crit. iNoiiv.éd Am-ilerd., 175G. (4) Des Q. //. FI. Salin'n erklaert. Brcslan , 1815. (5) Q. H. FI. rec. et ill. Ed. 2\ Leipzig, 1858. (6) ô'éd. Zurich, 185-2. (7) Q n FI. Serm L II, Leipzig, 1854-1 85".. (8) De Hor Snt I , G . v.~- ii comm. (9) IVeue Jnhrb fiir Philolo^iie. Leipzig, IHP.l, t. 8ô, p 780. (10) o' éd. des Salines et Épîlrcs d'Horace el dans le Rhein Mus. l. XXVII,p. 'JO. ( 165 ) Momnisen (I). Toutefois Bcnllée fait une observalion fort juste : nos — vcmoios compieml évidemment la per- sonne d'Horace. Comment Horace peut-il se dire si supé- rieur au voUjus? « Non génère, poursuit Benllée, non re, non loto et condilione. At ingenio fartasse dices et virtute alque docirina : apage, sodés, inanem jactantiani. Non cognosco JSoslruni tam supevbnm et gloriosum. » 'Aussi Bentlée remplace-t-ii nos par vos : « Augnstos scilicet, Maecenales, PollioneSf Messallas , etc. » Cependant, ex- cepté Sanadon, la conjecture de Bentlée n'a guère ren- contré d'approbateurs. C'est qu'en effet elle brise toute liaison entre cette phrase et la proposition suivante qui s'y attache par la particule namqne. D'autres (2) ont justifié l'interprétation de Porpliyrion, en prétendant que le pronom nos comprend à la fois Mécène et Horace. Ils se trompent. Le poète a fait connaître plus haut le jugement de Mécène, et il l'a approuvé. Dès lors est-il autorisé à redemander ici à Mécène quelle opinion celui-ci devrait avoir, ou à lui donner des conseils? On n'a pas remarqué suffisamment, ce me semble, que le poète se sert du ternie facere, non pas de judlcare. Or facere ne marque pas ici une pensée à exprimer, un jugement à formuler, comme l'interprètent tous ceux qui suivent la paraphase de Phorphyrion, et comme Tycho Mommsen le soutient expressément, mais ce terme indique un acte à poser, une résolution à prendre. Cette résolution est : de briguer ou de ne pas briguer les magistratures. La phrase (1) Bemerk. zum erst. Bûche der Sat. diS Hor. (3) Dacier, Doering, Heindorf, 0. Ribbeck, Tycho Mommsen. [ m ) tiutnque poiJidus mallet honorein, oU'., (pii siiil iiiiiiu'dia- tcmcul, le prouve. Il en résulte que le pronom nos no peut s'entendre en aucune «lanière de Mécène. Il ne s'agit pas non pins d'Horace seul, coninu! le veulent Kirchner et Ililler (I) : car partout où le poêle parle spécialement de lui-même, il se sert de la première personne du singulier. A'os, ce ne sont pas même, comme Krueger et d'autres le disent, Horace et les autres iynohilcs qui partagent ses opinions; 1108, ce sont les ignubiles tout court (2). Pour s'en con- vaincre, il sullitde comparer le vers G : Ignotos ul me lil)erUiio patrc nafuni et la suite , surtout vv. 25-24 : Scd fulgenlc trahit constriclos gtoria cniTii Mon minus ignotos gcncrosis. Ceci étant admis, le sens attribué par Porphyrion aux mots longe remotos n'est plus soutenable; car il ne saurait s'ap- pliquer à la catégorie générale des if/nobiles, surtout si l'on réfléchit à la force du superlatil/o;/*/e lonyeque. Le scoliaste Acron ne me semble pas avoir eu une opi- nion bien arrêtée sur le sens de ces mots. Tantôt il suit Porpbyrion , en paraphrasant: 7ios qtii sumus sapientiores populo; tantôt il présente une interprétation nouvelle : nos qui vuUjo sumns ignolissimi. Celte dernière a reçu l'assentiment de Ritter. Je ne doute aucunement que ce ne soit le terme ir/noli des vv. 6 et 24 qui ait donné lieu à la seconde explication. Seulement il est à remaniner que le (1) Q. //. FI comm.cril. et exeg. Ul. Leipzig, ISi'ifi-lSi')/ (2) Telle semble être aussi l'opinion de Dzialzko. ( 167 ) lernio ignolus dans les deux passages cilés est synonyme de ignobilis, liomo noviis : un I)omme, non pas inconnu, mais issu d'ancêtres inconnus, de naissance obscure. D'ail- leurs Horace ne peut pas avoir atfirmé de lui-même qu'il est complètement inconnu du peuple ; car il se serait donné un démenti formel au v. 4(5, où il déclare : Nunc ad nie rcdco Quem rodunl omnes libertino patrc natum. Une troisième interprétation, suivie par Doederlein (I) et Prinz, traduit : nous qui nous tenons si éloignés du peuple, qui avons si peu de rapports avec lui. Cette inter- prétation est certainement plus conforme au texte latin que les deux précédentes; mais, à moins de prétendre avec ces deux philologues qu'il y a en cet endroit une lacune, ce qui n'est pas notre opinion (2), on ne saurait l'ad- mettre. En effet Horace peut-il dire de tons les içjnoii et même de lui-même : qu'ils vivent à l'écart, qu'ils n'ont aucun rapport avec le peuple (5)? En résumé aucune des interprétations que nous avons énumérées, ne nous satisfait. Peut-être que la phrase sui- vante nous fournira quelque éclaircissement. Le poëte continue : Namque, esto, populus Lacvino mallet honorcni Quam Decio mandare novo, censorquc moverct Appius, ingenuo si non cs.sem pâtre natus : Vel raerito, quoniara in propria non pelle quiesscm. (i) HorcLzens Satiren Lateinisch und Deutsch Leipzig, 1860. (2) Voyez plus loin. (ô) Dziatzko proposait d'interpréter : Nous, qui, par notre naissance et par noire position, pouvons si peu prétendre à la faveur du peuple. Cette [ m) Mais celle proposilion osl elle-même une nouvelle source d'embarras. Deux conslruclions grammaticales dif- férentes, indiijiiées déjà lonles deux par le Commentalor Cruquianns, ont été proposées par les commentateurs d'Horace. D'après Sanadon, Heindorf, Doering, Kirclmer, Ritler, Doederlein, Dillenbnrger (I), Keck et Ilofmann Peerl- kamp (2), esto indique une supposition; les verbes nwllef. et moverel (avec ellipse de la conjonction si) forment la proposition subordonnée de la phrase hypothétique dont la proposition principale est exprimée elliptiquement par les mots vel merito. On traduit : « Car, je le suppose, si le peuple préférait Lévinus à un Décius, vel merito id faceret, il aurait raison. » Cette construction a été combattue avec succès par K. Nipperdey (3), Krueger, Dziatzko et d'autres. Elle pré- sente en effet de nombreuses difficultés. i° Quand Horace supprime la conjonction si, en d'autres mots, quand il énonce par une proposition principale une proposition hypothétique subordonnée, il met le verbe de inlei prélalion, comme le remarque Krueger, est excessivement recherchée, et elle a été irailleiirs abandonnée par son auteur. (Rluïn. Mus., XXVll, 91, n° 1). (I) O. H. FI. rec. et comment, inslr. Etl 4a Bonn, ISGO. (-2) Hor.Serm., Amsterdam, 180ô. (5) De locis quibusdam Horatii ex primo Salirarum commentatio prior. Jena, 1838, p. 10 suiv. — Malgié mes efforls, je n'ai pu me procurer le programme de Hertel (Torgau , 1 865) qui, d'après la préface de Krueger à la S-' éd. d'Horace, a donné une explication, nouvelle, mais très-forcée de ce passage. J'ai été fort étonné de voir que la critique radicale de Lehrs {Q. H. FI. mit vorzugsweiser Ruecksiclit auf die unechten Stellen und Gedichle, Leipzig, 1869) n'a pas eu la moindre observation à faire sur toute la 6" satire. ( 1(19 ) ii'Ue proposition à rindicatif, à l'impéraliC on niiore ;iii présent ou parl'iiil du subjoiictir. Do r(Miiploi de Tinipar- l'ail ou du |)liisque-parrail du subjonctif il n'j a en tonique deux exemples (I) : cl dans ces deux passages le poëlc exprime une action qui dans sa pensée n'eut pu se réaliser (pie dans un temps passé (2). Or, s'il est vrai de dire que Ton pourrait, à la rigueur, juslilier l'iniparlait mallcl parce qu'il contient une hypothèse empruntée an temps passé, on ne peut contester que le second membre de la proposi- tion, où la propre personne du poëlc est en jeu, n'indi(p]e nécessairement une liypolhèse, réalisable dans le temps présent, et qu'ici l'imparfait moveret ne constitue un solé- cisme (3). Ajoutons à cela que l'ellipse de la proposition principale est bien hardie, et que la particule vslo, bien que le poëte l'emploie encore ailleurs, comme ici, d'une manière absolue, n'exprime nulle part une supposition (4). 2° En ce qui concerne le sens, la difficulté est plus grande encore. Certainement nous n'avons rien à redire, quand Horace approuve le censeur qui le rejetterait du sénat, lui le fils d'un affranchi. Il exprime d'ailleurs une opinion analogue aux vers 49-50 : Ut forsil lionoreni ■Jure milii invidcat quivis. Mais nous lui dénions le droit d'alïirmer que le peuple (11 5erm., 1,5, 15. A.l'., 439. (2) Dziatzko, Rhein. Mus., XXV, .510 n» ô. (ô) EIsperger, progiamme J'Ansbacli , 1858. — Kruegor, ad Serm. I, fi, 17-24 Dzialzko, 1. 1. (i) K Jansen, A^ei*e/a/ir6. fuer PliiloL, 1863 , t. 87, pp. 41-42. 2""' SÉRIE, TO.ME XXXV. î I ( ^70 ) agirait sagement, on préférant dans une élection un nohilis indigne à un Df'cius ignohilis. Car ce serait donner ici son adhésion au [tréjugé du |)CU|)le qu'il venait précisément de combattre, quelques vers plus haut, en approuvant le jugement opposé de Mécène. 5" En outre celte proposition se lie à la phrase précé- dente par nainque; elle en est donc le développement ou l'explication. Si l'on adopte rinterprélation que nous com- battons, un tel rapport ne saurait exister entre les deux idées, liées par nanicjuc. Aussi Orelli, Krueger, Dziatzko, Tycbo Mommsen sont- ils revenus à la construction syntaxique , indiquée déjà par Acron, et adoptée, il y a trois siècles, par Lambinus (1) et Cruquius. Daprès eux, esto marque une concession , mallet et mo- veret sont les verbes de la proposition principale, et le vers 22 : lel merilo, etc., est une remarque accessoire qui n'aflecte que le second membre de la proposition : move- ret. Il faut donc traduire : « Car, je le concède, le peuple préférerait Lévinus à un ignobilis, fùt-il un Décius, et un censeur, comme Appius, m'exclurait du sénat, pour le motif que je ne suis pas né d'un père iiiyenuiis, et, en ceci (en ce qui me concerne), il aurait raison , car etc. » Cette construction est de loin préférable à la première; elle est conforme à la syntaxe latine, et surtout elle écarte l'approbation que le poêle donne d'après la première in- terprétation à l'échec d'un Décius. INous faisons cependant une réserve formelle pour la particule esto. Elle marque, dit-on, une concession; mais (l) Comment, in Q II. PL Frankfort, 157 ( '"1 ) une concession à qui (I)? N'est-ce pas, au contraire, sa propre thèse que le poëte défend ici? Qu'on relise attenti- vement le passage; et l'on verra que ce n'est pas une con- cession, mais une affirmation ou même une prolcslalion que l'on aurait attendue du poëte (2). Reste la liaison namque. Déjà Doederlein a remarqué ici une incohérence dans la suite des idées, il est d'avis que la proposition, à laquelle nainquc etc. sert de dévelop- pement, a été omise par les copistes; et il admet donc dans les manuscrits d'Horace la lacune d'un vers qu'il pro- pose de compléter ainsi : Quid oportct Nos facere a volgo longe longeque remotos ? Vivcre perpeluo longe longeque rcmotos. Namque. . . , L'opinion de Doederlein a reçu l'approbation de Keck, de Hofmann Peerikamp et de Prinz , qui cependant se sépare de lui dans la manière de compléter la lacune. Il propose : Quid oportet Nos facere? A volgo longe longeque rcmotos Degere 7iec petere imperium rigidasque sccures. Namque. . . . (1) Jansen, dans l'article cilé plus haut, et Ribbeck suppléent: eslo me candidatum fieri. Mais où cherclienl-ils ce sous -entendu? Le mol eslo, comme le dit foil bien Piini {Revue de l'Instruction publique en Bel- gique, XV, p. lOô;, w réclame impéiieusemenl une pensée, non sous-en- lendue, mais exprimée, si le lanf^age humain a encore quelque valeur. » (2) C'est ce qui avait été déjà compris par Dacier. Il annote : « Namque esto n'est pas une supposition, ni une concession, comme parlent les ijram- mairiens; c'est une reprise, et l'on s'en sert ordinairement pour assurer une chose qui est hors de toute contestation. » Seulement il était nécessaire de prouver que esto a celle sijïnificalion ; et c'esl ce que Dacier u"d pas fait. ( 172) Hemédier à une dillicullô par le système des lucunes, est toujours un moyen violent, auquel il n'est prudent de recourir qu'à la dernière exlrétnilé, surtout clic/ Horace, où, de l'avis général, il y a lieu d'admettre plus d'interpo- lations que de lacunes. D'après Krueger et Dziatzko, namque ne motive pas la question précédente, mais la réponse qui est dans la |)ensée du poète : « Que devons-nous l'aire? (Nous ne devons pas nous porter candidats). Car le peuple ne nous élirait pas. » Cette explication pourrait nous satisfaire, s'il n'y en avait pas d'autre plus simple. J'ai démontré plus liant que les différentes interpréta- tions des mots lonrje longeque remotos, qui précèdent immédiatement le namque, donnent prise à des diflicul- lés sérieuses. Je crois qu'il est possible d'expliquer ces mots d'une manière plus littérale et de trouver dans cette interprétation nouvelle la clef de la liaison. Tous les commentateurs attribuent ici à remotos la fonc- tion d'un adjectif, et ils considèrent a coUjo comme un ablatif de distance : éloignés, écartés de la foule. Horace emploie le terme remolus 11 fois, 6 fois comme adjectif (1), 5 fois comme participe passif (2). Qu'est-ce qui nous em- pêche donc de dire que remotos fait ici aussi fonction d'un participe, et que les mots nos remotos sont mis pour : nos qui removemur, nous qui sommes repoussés, écartés. Ceci étant admis, a volgo ne saurait être que l'ablatif déterminant ie participe passif: par le vulgaire (3), Quant (1) Carm., 11,-3, 10 ;ô, C; H), 1; 1V,14, 47j 5crm., II, 4, 04; v^. P., Ô84. (2) 6'arm,I, 28,8;I1I, 6, 28; IV, 4, 7; Serm , 11,7,74; A. P., 161. (3) On objectera sans doute que cette construction de Pablatif à votgo n'est pas ordinniio Je le veux bien. Mais faut-il pour cela la rejeter, quand (m) au complément indirect sous-entendu, le contexte l'indique sufTisommenl : hnnoribua ou ab honoribus capcsaendis. liemovcrc, subinovcrc alirp(ein wlministratione rc/'publi- cae (I), a repnblka (2), honore, sont des expressions usuelles, et signifient tantôt (leslUucr quelquun d'une fonction, publique qu'il exerce (par exemple dans Suéthone, T/ô., 55 : Alium et quaesfura removit), tantôt enipècher itu candidat d'arriver à une dignité (comme dans Pline, Epist., [f, J2 : suni7no!u)u n procotixulatu) (5). Nous pro- posons donc de traduire : « Lorsque le peuple nous juge aux élections, que devons-nous faire, nous autres que le vulgaire repousse loin, l>ien loin. En effet, con- tinue le poêle, le peuple préférerait un Lévinus à un Décius, etc. » On voit que de cette manière la pensée, introduite par nanique, se rattache intimement à nos remotos : elle n'en est que le développement. Mais que faire du mot esto que j'ai réservé plus haut ? Mon opinion est que le poëte n'a pas écrit esto, mais est ei : Namque est : ei populus Lacvino inallel honorcm Qiiam Dccio mandarc novo.... seule elle donne un sens raisonnable ':' D'ailleui's voici certains passages qui peut-èlre justifient cette construction : Suélli., Jul^ 1(5 : « donec ambo adminislratioiie reipublicae décréta patrum submoverentur. t, Oie , p. Bosc. Jmer., 'io \ 70 : ■< ii magnitudine pocnne malefic o stibmoveren- lur. " Térence, Hec. prol., 2, 14 : poetam ...propejam remotum injuria adversariUm ab studio alque ab labore atque arte musica. ■■ (1) Suélh., Jul.,1C). (5) Cic. fragm. ap. Quint , XI, 1 s. f. Caes , B. 6'., III, 21. Sénèq., de ira ll,34.Véll. Pat., II, 68. (ô) Cf. Cic., ad Quint, /"r., II, G : Catoncin Len'ulus a lerjibus removit (c'csl-à-ilire a leijibus ferendis). ( i7i ) « Car cela est, il n'y a pas à en douter : le peuple prélé- rerait conlier une magistrature à ce Lévinus plutôt qu'à un homo novus, lut-il un Décius.... » Le terme est, employé d'une manière absolue, indique que le poêle va confirmer par une proposition nouvelle la pensée qu'il vient d'énoncer. Cette fonction de la propo- sition est est trop connue pourqu'il soit nécessaire d'insis- ter longuement. Deux exemples suffiront : Horace [Epod., 7, 17) : Sic est : acerba fata Ronianos agunl, etc., et Cicéron (fragm. ap. Lactant., I, 18) : Est vero, Africane : nam et Uerculi eadeni ipsa porta paluit (1). Quant à l'adjectif déterminalif ee, il nous semble être ici parfaitement à sa place, parce qu'il introduit plus de symétrie dans l'expres- sion du poëte, en opposant ei Laevino à Decio novo , et surtout parce qu'il rappelle l'attention du lecteur sur ce Lévinus, qui a été mentionné 7 vers plus haut. Notre conjecture peut, à notre avis, se justilier parfai- tement au point de vue de la paléographie et de la mé- trique. 1. Examinons-la d'abord au point de vue de la critique diplomatique et de la paléographie. MM. Keller et Holder, les auteurs de la belle édition critique d'Horace (2) qui servira désormais de base à toute discussion philologique sur le texte du poëte, ont divisé tous les manuscrits d'Horace en trois classes ; et ils ont établi en principe que là où ces trois classes présentent (1) Cf. Cic , deamic.,'2 : « Sunt ista, Laeli. Nec enim ... » De rep., I, 40 § 65. >< Est, inqitit^ut dicis. Est vero., inquit Scipio, in pace etolio. « De orat., II, 56 : ■ Est, ut dicis, Jntoni, etc. • (-3) Lcipzify,Tfnbner. 2 vol. 18fi4-1870. ( 173) l;i iiu^'ine lec^on , celte leçon esl celle (run archétype très- îiiicioii cl en ijjénéral Ircs-coriccl (1). Notis nous r:iri;,'<'oiis voloiilicrs à ccl avis. Mais loiijonrs esl-il que, de l'aveu uième (le Keller el llolder, il y avail dcjà dans ccl arché- type quelques Taules, quelques erreurs. Partant, hicn (luc la leçon es(n , étant commune à tous les manuscrits colla- lionnés d'Horace, soit la leçon de rarclictype, il n'en ré- sulte pas nécessairement que ce soit la leçon primitive. Je vais plus loin; je suis convaincu que ce n'est pas la leçon primitive, et j'en trouve la preuve en ce que les Unnmata de l'orpliyrion, du plus ancien des scoliastes d'Horace, et dont on place l'époque dans la première moitié du HP siè- cle après J.-C. {'2), ne donnent pas esto, mais est (3). Quel est le mot, nécessairement monosyllabe, qui se trouvait entre est. et pojmlua? C'est ce que Porphyrion ne nous indique pas; il na pas ajouté de scolie à celte phrase : nouvel indice, ce nous semble, que son manuscrit d'Ho- race ne donnait pas eslo; car alors il n'eût pu se dispenser d'une explication. Le changement de est en esto ne date peut-être que de l'époque intermédiaire entre Porphyrion et Acron (4). Celui-ci lit eslo; aussi a-l-il consacré une explication Tort longue el tort embarrassée à la justifica- tion de celle particule concessive. (1) Voyez la préface du 2^ fascicule du S^ volume, p. XVI-XVIII, (2) Baelir, Gescliichteder memiscfien Uteratur. Carlsruhe 1808. 4« éd., t. I p. 596, n» 10. (ô) II est vrai que rédition des Scolia fioratiana de Hautliai ^Berlin, 18fi4) donne esfo ; mais cela doit être une erreur. En effet, Holder affunie (ad Serm., I, 6, v. 19) que la leçon est se trouve dans les lemmata des codicex Monacensis et TT'olfenhutlelanus. (•i) Ceci ne semble-t-il pas infirmer l'opinion de Keller et Holder, que l'archélype de nos manuscrits' d'Horace remonte jusqu'au premier siècle après J.-C? ( i7() ) Je [X'iise i\[\v le iiionosyllalxi |)lacô entre est et popu- liis lui ei. D'abord ce mot convient à la pensée expri- mée, et il la complète; eiisiiile dans l'écriture onciale, qui était en usage à l'époque à laquelle je place l'orij^iue de la fausse leçon (1), rien ne semble plus aisé que de con- Ibndre Cl <'l C Celte confusion s'explique encore plus facilement lorsqu'on examine les graffiti ou inscriptions murales de F'ompéi, dont les caractères devaient se rap- procher le plus de l'écriture ordinaire des manuscrits. Dans ces f/raffiti le caractère o ( 0 (^ 0 ^4" ) présente une analogie frappante avec e suivi de / : î) f) (2). If. Au point de vue de la métrique, je considère ici t'/ comme monosyllabe. Celle synérèse me sera facile- ment concédée, je l'espère. \\ sulïira de rappeler ceci. Tous les poètes classiques font dein monosyllabe, dcincle, (/e?nce/)5 dissyllabes (3). Lucrèce emploie deux fois3 23 Tolal. . . (V. i;V<-l{) 83 H. — DÉPENSES. 1. Frais d'administration (2) li'. 492 - 2. Pensions annuelles 2,400 " 'A. Sceours temporaires loo >■ 4. Achat de rente belge à i • 3. Intérêts annuels des fonds placés 7,861 » 4. Progression sur l'année précédente : fr. 108 de rente .... 9,140 30 Bruxelles, le 6 février 1873 Le trésorier, L. Alvin. OUVRAGES PRÉSENTÉS. Jusle [Théodore). — Guillaume le Taciturne, d'après sa correspondance cl les papiers d'État. Bruxelles, 1875; in-8". Morrcn [Edouard). — La Belgique horticole, 18712. Liège; in-8". (1) Le produit de l'exposition générale des beaux-arts de Bruxelles, n'ayant été encaissé qu'en janvier 1873, ne figurera qu'aux comptes de l'exercice procliain ; il est de 2,000 francs. (2) Les dépenses d'administration ont été augmentées par suite du salaire dos préposés à l'exposition des tableaux de M L. Gallait, ( iSI ) Kvrvijn 1»0RTS. MM. Stas et Dewalque donnent lecture de leurs rapports sur un projet d'une Ilisloire naturelle générale de la Bel- gique, soumis par M. Dupont à M. le Ministre de Tinté- ric'iir et renvoyé par celui-ci à l'Académie. La classe décide la communication de ces rapports à M. le Ministre. — M. de Selys Longchamps annonce que M. H.Schuer- mans s'est empressé de satisfaire aux observations pré- sentées par les commissaires relativement à sa note recti- ficative sur l'époque à laquelle Teiha-O lagopus, etc., a disparu de nos contrées. La classe décide, en conséquence , l'impression de cette note, ainsi que des trois rapports qui y ont donné lieu, dans le Bulletin de la séance. Description des fossiles du calcaire grossier de Mons , deuxième partie, par MM. Alpli. Briart et Fr. Cornet. Bapitofl de !tïï. iïï . .\ytit. a Le mémoire que MM. Briart et Cornet ont présenté à r.4cadémie forme la deuxième partie du travail paléonto- logique sur les fossiles du calcaire grossier de Mons, qui a été publié dans le volume XXXVI des Mémoires cou- ronnés et des Mémoires des savants étrangers et qui com- prend la description des espèces exclusivement marines, appartenant aux Mollusques gastéropodes prosobranches .siphonés. Dans cette deuxième partie les auteurs décrivent les Mollusques gastéropodes prosobranches holos tomes dont ( i90 ) ils loiit coniiailic (Jou/A'|j;t'nics et (iiialie-viii^t-une espèces, Ion les parlai temenl rcpréseiilées par des dessins supérieu- rement exécnlés par l'un de ces messieurs et lormant un superbe album in-i", composé de sept plancbes. Un genre nouveau, voisin des Pyrainidelles et des MalhiUla,esi proposé par les auteurs et dédié à notre savant et regretté confrère Kugènc Cocmans; il porte le nom de {'.ocniansia, et n'est composé que de deux espèces qui sont nouvelles pour la science, et doivent prendre place parmi les espèces marines. Parmi les douze genres décrits dans le travail présenté, les genres l*olamkles, Mclania, Mclanopsîs cl Pi/rena, exclusivement composésde coquilles fluviatiles, se trouvent mélangés à des genres dont les espèces sont marines, à savoir les genres Maticn, Pijramidella, Turbonilla, Coe- mansia, liulima, Cerithiiun, Turrifella et Scalaria. Les auteurs, joignant à ces observations celles qu'ils seront encore à même de nous donner par la suite, nous signalent déjàaujourd'bui la présence d'un certain nombre de genres terrestres qui leur indique que la faune du cal- caire grossier de Mons est un fort bel exemple de faune d'estuaire, qu'ils auront plus tard l'occasion d'examiner plus en détail dans les considérations générales qu'ils se proposent de donner. Dans le nombre des quatre-vingt-une espèces décrites, les onze suivantes ont été identifiées avec les espèces éocènes des environs de Paris, savoir : Natica Parisicnsis, Cerithiiun slriidinn, — Infundibulum , — unisulcalmn, Ccrillnum biscriulc , Turbonilla liordcula, — slrialuiHf — Drsliaycsii. Pi/rnmidclla rhiirnrti. Mclanopsin buc.cinoïdcs, Tnrbnttillii III icnld , TnrrUrUa iiiidlisulriiln. ( i91 ) Plusieurs aulros paraissenl aussi avoir do grands rap- ports avec dos espèces de la même lornialion. I.c soin que les auteurs ont apporté à la comparaison minutieuse de leurs éclianlillons , ainsi que le caractère distinctildcs espèces qu'ils font ressortir dans les descrip- tions, nous paraissent devoir faire admettre les espèces nouvelles qu'ils proposent, mais dont malheureusement nous ne connaissons encore que quelques-unes. Cet important travail étant encore appelé à enrichir nos connaissances sur notre faune tertiaire, j'ai Phonneur, d'en proposer l'insertion, ainsi que des sept planches qui raccompagnent, dans les Mémoires in-^" de la Compagnie et de remercier les auteurs de leur communication, dont le monde scientifique attend avec impatience la suite. » ftfippo»'t de M. fie finniitch. « La deuxième partie du grand travail entrepris par 31 M. Cornet et Briart sur la faune tertiaire des environs de Mons, dont ils nous ont révélé l'existence, est digne en tous points de la première partie insérée dans le tome XXXVI des Mémoires couronnés et des Mémoires des savants étrangers, in-4". Elle comprend la description détaillée de quatre-vingt- une espèces réparties entre douze genres, parmi lesquels se fait remarquer un genre nouveau que les auteurs ont eu la bonne pensv'ede dédier à la mémoire de leur excellent ami, notre regretté confrère Eugène Coemans. Oiioifpic leur description soit aussi exacte et aussi minu- ( 194 ) lieuse que possible et bien qu'ils aienl eu soin d'indiquer les rapports et les diflénîiices qui servent à l'aire reconnaître les espèces, ils ont été d'opinion (pie dans bien (ks cas ces soins ne snlliseiit pas pour alleindre le but proposé. Je partage complètement leurs vues à cet égard et j'ai con- staté avec bonheur (jue leurs descriptions étaient corrobo- rées et rendues beaucoup |)lus précises par de magniliques dessins représentant chacune des espèces sous ses aspects les plus importants. Ces dessins, exécutés sur sept j)lanclies m-A" , sont dus au crayon de l'un des auteurs et ont été faits avec cette snrelé de Fuain qui dénote non-seulement le talent du natu- raliste, mais démontre, en même temps, à un haut degré celui de l'artislc. Je me rallie avec plaisir aux conclusions de mon savant confrère M. Nyst, dont le rapport plus détaillé me dispense d'insister sur le sujet du travail, et je demande avec lui (jue la classe en veuille bien ordonner l'impression dans le recueil de ses iMémoires et adresser des remercîments aux auteurs pour leur excellente communication. » itapitot't il*' M. J. d'Outalitis. « Je me joins à mes deux savants confrères pour demander à la classe d'ordonner l'impression du beau tra- vail de MiM. Briarl et Cornet dans le recueil in-i" des Mémoires couronnés et des iMémoires des savants étran- gers. » La classe décide, conformément aux conclusions favora- bles de ces ra|)ports, l'impression du travail et des idanchcs ( 195 ) qui raccompagnent ilaiis le recueil in-i" des Mémoires couronnés et des Mémoires des savants étrangers. [.a classe décide le dépôt aux archives de diflérentes notes de M. Éd. Robin, au sujet desquelles M. Gluge exprime verbalement son opinion. liecti/icalion à la note de M. Dewalque, sur Vépoque à ■ laquelle Tetrao lagopus a disparu de la Belgique , \mv M. H. Schucrmans. BSappoi'l dv n. *.'. Uti/ioHl. « La classe des lettres a renvoyé à l'appréciation de notre classe une note qui lui a été adressée par M. II. Schuer- mans. Dans la séance du mois de juillet dernier (liullelins, t. XXXIV, p. 21), M. Dewalque nous avait entretenus de la découverte d'ossements d'oiseaux dans les fouilles prati- quées pour l'étude d'un tumulus romain à Fouron-le-Comte. Il Taisait remarquer que ces ossements d'oiseaux se rap- portent, d'après les déterminations de M. P.-,Î.Van Beneden, non-seulement au grand et au petit Coq de Bruyères, mais aussi à la Perdrix des neiges [Tetrao lagopus) que, dans l'état de nos connaissances, nous considérons comme l'une des espèces caraclérisques de l'âge du Renne dans l'Europe occidentale. M. DewaUpie croyait devoir admellrc (jne ces ossements étaient les restes de la nourriture des hommes ( i94 ) (jui élevèrciil K; liiinulus, el comme celui-ci est de ré|)0(|ue romaine, il en ressortait la conclusion que les paléontolo- gistt's (JL'Viiicnl modilier leur appircialion sur l'époque de la disparition de la l*eidrix des nei^'es dans nos contrées. La note de M. Scliuermans paraît avoir pour but de compléter les observations relatives au gisement des osse- menls en (piestion. Il lait connaître qu'ils n'ont pas été trouvés dans le lumulus |)ropremenl dit «jui a été l'oiiillé antérieurement, mais dans des explorations laites par lui danslessubstructionsdece lumulus. Partantde la remarque (|ue de telles substructions sont toujours construites avec des matériaux renianiés, il conclut qu'on ne peut faire judicieusement appel à ces ossements pour considérer le Telrao lagopus comme contemporain des objets archéolo- giques découverts à Kouron-le-Comte. Les observations de M. Schuermans complétant les don- nées que M. Dewalque a présentées à notre classe au mois de juillet, il est utile qu'elles soient insérées dans le Bul- Iclin. J'ai donc l'honneur d'en proposer l'impression. tta/tiiot'l (le .n, P.-J. l'a»* Mtetêeden. « Je partage l'avis de notre savant confrère M. Dupont au sujet de la notice de M. Schuermans, c'est-à-dire d'im- primer ce qui est relatif aux fouilles opérées à Fouron- le-Comte. On a trouvé dans ces fouilles des os d'oiseaux qui n'existent plus dans le pays (Tctmo lagopus de F. inné ou mieux ÏAujopm albus des ornithologistes); mais le ter- rain dans lequel ils étaient a-t-il été remanié? C'est pour élucider celle <(ueslion que nous demandons la publication ( m ) (lu passage qui y a trait. Quanta la disparition tic toutes CCS espèces, que Ton trouve encore, les unes au sud, les autres au nord, elle n'est pas due à une émigration, mais à une destruction. Les petites espèces ont seules pu conti- nuer à vivre en présence de l'homme. » ÊSappuÊ'l f/e n fia Sely LoufffhniHps. J'ai relu la note de notre honorable confrère iM. Dewalque (sur l'époque à laquelle Teirao lagopm, L. a disparu de la Belgique, t. XXXÏV, p. i21 de nos Bulletins, séance du 6 juillet 1872). J'ai pris également connaissance de la rec- tilication à cette note présentée à la classe des lettres par M. le conseiller Schuermans, ainsi que des rapports faits à cette classe par MM. le baron de \Yitle, Wagener et Wau- ters, qui en ont renvoyé l'examen à la nôtre. F^a rectification de M. Schuermans répond à la question posée par notre confrère M. Dewalque, relativement à l'âge qu'il faut assigner à nos tumuli, et l'auteur, à mon avis, a bien fait de prendre l'initiative de cette réponse, puis- que l'erreur sur le gisement des os, qui s'est introduite dans la note de M. Dewalque, provenait de ce que celui-ci n'avait pu recevoir de M. Schuermans les renseignements nécessaires. M. Schuermans a fouillé méthodiquement un grand nom- bre de nos tumuli; il a acquis des connaissances tout à fait spéciales en celte matière; c'est lui qui a recueilli les ossements qui font l'objet de la note de M. Dewalque; je trouve donc naturel qu'il ait pris l'initiative de répondre à la question, bien que ce soit à nos confrères de la classe des lettres (ju'elle ait été adressée par M. Dewahpie. ( 1% ) Je |)L'iisc on conséquence qu'il est utile de rini|niuiei', et je ne vois rien qui doive en être éliminé. Pennelte/.-inoi encore. Messieurs, d'ajouter à cette occa- sion un mot relativement au Trtrao lar/opus (I). D'après l'axiome « principiis obsta » il est bon d'empêcher des erreurs de se produire, lorsqu'elles existent dans la déter- mination d'une espèce; or, IJnné dans ses premiers ouvraLçes, a compris deux espèces distinctes sous le nom de Tcirao Inr/opns. Voici leur synonymie rectifiée, et mise en concordance avec la nomenclature moderne. 1. Lttxopiis ulpinuM, Niissoii. Tcirao laijopus varielas alpina , Linné. T. lagopus Gnicl. Teinni. T. islandonoii , Faber (Race)? En anglais : Plarmiijun. En français : le Lagopède des Alpes. Habite les moiitagiies Alpines de la Scandinavie, de l'Écos.se, de la Suisse, des Pj-réiiées, de la Sibérie et de l'Amérique septentrionale. Je n'ai pas connaissance (ju'on Tait recueilli jusqu'ici parmi les osse- inentspréliislori(iucsdos cavernes de Trance et de Belgique ('2). En tout cas, il est bon de noter que cette espèce existe de nos jours dans les (1) Dès la séanc? du Tjuillot, à l'audilioii delà note de M. DewaUjue, je lui ai écrit pour lui si^Mialer l'erreur qui existait dans la déterniiiiation spé- cifique et dans l'habitat actuel de l'oiseau. (H) Note additionnelle. —Le mol j«s9«'icj était prudeniniciil cm|)lo\è par moi dans le présent rapport, car mon honorable confrère M. Éd. Dupont ni;' lait reniarcjner que M. Milne Edwards a reconnu les deux espèces dans les cavernes et que lui-même a rencontré dans colles de notre pays, en même tenq)s(|ue V Aldus, les ossements d'un Tetrau ayant des caractères analogues, mais constamment plus petit, de sorte (pi'il est |)orté à croire ([uc les deux espèces se trouvaient aussi chez nous. ( 197 ) montagnes Alpines aussi bien du nord que du centre de rKiir(»|)f. '2. LuKopiiN AlbuB. Gmelin. Tetrao lagopus (Pars) L. Tetrao albus, Gniel. syst. nat. Ed. Xltl. Lagopus subalpinus, Nilsson. Tetrao Salkeli, Temminck. Vulgairement : Perdrix des neiges ou des saules. Habile les parties subalpines de la Scandinavie , de la Russie, de la Sibérie et de l'Amérique septentrionale. N'existe pas en Islande. On en a recueilli de nombreux restes dans les grottes de l'époque du Renne dans les Pyrénées et en Belgique. Cette espèce, à la différence delà précédente, a disparu complètement de l'Europe centrale et méridionale. 11 faut noter toutefois que très-probablement le Tetrao scotictis de Latham , du nord des îles Britanniques (en anglais Gromc) n'en est qu'une race, dont le plumage ne devient pas blanc en hiver j de sorte qu'on ne peut affirmer si les ossements de nos cavernes appartiennent au L. alhus arctique, ou à la race britannique nom- mée en français Lagopède d'Ecosse ou Tétras rouge. Je me rallie à l'opinion de ceux qui attribuent à une modification dans les conditions de climat, et non à une destruction, l'émigration vers le nord du Lagopus albus, du Glouton, du Renard blanc et du Lemming, ne voyant pas bien pourquoi des animaux de même taille et ayant la même manière de vivre que ceux-ci auraient échappé à la destruction. On comprendra qu'en présence de la diver- gence d'opinion qui existe à cet égard , il y a une grande importance à bien spécifier les animaux dont on parle. ( l^H ) COMMUNICATIONS ET LECTURES. De Vhomme considéré dans le si/slènie social, ou comme unité, ou comme fragment de t espèce humaine; par M. Ad. Quelelet, secrétaire perpétuel de l'Académie. I/homme, sans s'en apercevoir, a deux rôles à remplir : non-seulenionl il n'a jamais eu l'idée d'en combiner l'élude, mais il n'a pas même , parut la première édition de mon ouvrage Sur l'homme et le développement de ses facultés ou Essai de physique sociale. La publication de cet écrit et sa tra- duction dans les principales langues de l'Europe, me don- nèrent un puissant encouragement. Je sentais fort bien néanmoins ce qui manquait à mon travail, pour le mettre au rang qu'il devait s'cfTorcer d'atteindre pour répondre à sa destination. Sir John Fr. William Ilcrschel, qui fut toujours pour moi un ami sûr et un juge éclairé, m'encouragea vivement dans mes travaux, pendant son séjour scientifique au cap de Bonne-Espérance. II me demanda, avec raison, la formule exprimant les conditions de croissance pour'lcs tailles de l'homme et la loi de ses proportions aux diflerents âges. Il avait véritablement aperçu le point délicat de la théorie qui m'occupait et il en demandait la solution. Je lui répon- dis qu'en l'absence des documents nécessaires sur l'homme, je m'étais trouvé dans l'impossibilité de déterminer plus tôt cette formule qu'il désirait connaître : mais je fus assez heureux pour pouvoir la donner bientôt après. On la trou- vera dans la seconde édition de la Physique sociale (2). (1) Quand je publiai, en 1831, mes Recfierches sur le penchant au crime, los rosulUils furent acceptés avec bien plus de confiance que celles que je donnais en niènK; temps Sur la croissance et Sur le poids de l'homme. Les résultats que j'obtins et (jue je ne craignis pas de publier, après trois à qua- tre années d'expérience, que venait de parcourir la France, turent admis avec une étonnante facilité, tandis que les résultats pliysi<) — COFL Ar; cVsl un poim (|iii niriilc d'être examiné et sur lequel je me réserve de revenir plus tard. Il y a cependant une méthode propre à donner et, à mon avis, certainement, la mono-cyanliydrinc méthylénique, c'est la réaction de l'acide cyanhydriqne anhydre sur l'al- déhyde formique CH.j — 0; on sait , en efTel, avec quelle facilité et quelle énergie les oxydes biatomiques, notam- ment les aldéhydes et les acétones se combinent par ad- dition avec H CAc; MM. Armand Gautier et Maxwell Simpson qui ont signalé les premiers cette réaction si remarquable, ont obtenu avec Valdéhydc acéliqne {\) CH3 — CHO, la mono-cyanhydrine élhylidénique ou le nitrile CH3 — CH(IIO) — CaV de l'acide lactique ordi- naire; tout récemment M. Urech (2) a signalé le dérivé analogue de l'acétone CO(CH3)2 ou le nitrile d'un acide oxy-bulijrique, (CHs)^ — C(II()) — CAr (acide acélonique de Staëdeler) (5). Aussi ncdoulé-je nullement que laldé- hyde formique, c'est-à-dire l'oxyde de méthylène CIÏ2 0, ne se combine aussi aisément avec HCA- pour donner la mono-cyanhydrine (HOjCH.^ — CAc. Malgré l'espoir l'onde de la voir couronnée de succès, je n'ai pas cru, jusqu'ici, devoir tenter cette réaction qui m'apparaît entourée de difficultés et surtout de danger. L'aldéhyde lormique est en effet un corps peu aisé (4) à produire et que son état gazeux rend difficile à manier ; (1) Comptes rendus, tome LXV, page 414 (1867). (2) Annalen der Chemie und Pharmacie , tome CLXIV, page 255. (3) Annalen der Chemie und Pharmacie , tome CXI, page 320. (4) Hoffmann, Annalen der Chemie und Pharmacie, tome CLXVil, page 124. ( 214 ) j'avoue, en outre, que j'éprouve en général, mais surtout dans le local qui me sert de laboratoire, peu de propen- sion à manipuler un produit aussi terrible que l'acide cyan- hydrique anhydre. Dans ces conditions , je me suis proposé de combler la lacune que laisse dans le groupe des dérivés méthyléniques cl glycolliques, la mono-cyanhydrine HO CH., — CA:;, en réalisant un des dérivés alcooliques correspondants (CnH2„^,0)CH2 — CA^. C'est dans ce but que j'ai préparé Véthfjloxy-cyanhy- drine méthylénique (CaHriO) CH.^ — CAr:, c'est-à-dire le ni- trilede l'acide éihyl-glycoliique (C^H^OjCH.^ — COHO. Ce produit s'obtient aisément par la réaction de l'anhy- dride phosphorique sur réthyl-glycollamkle (CaH^jOjCHa — COH.2AC. On chauffe au bain de sable, dans une cornue, suffisamment spacieuse, en rapport avec un réfrigérant de Liebig, le mélange des deux corps, à molécules égales. La réaction n'a pas lieu à froid; pendant cette distilla- tion, la masse se boursoufle notablement et se charbonne quelque peu; le thermomètre ne montre pas au delà de lOS^-HO" au ma.\imum. La réaction est des plus nettes : de 20 grammes d'éthyl-glycollamide, j'ai obtenu en deu->^ opérations successives 10 grammes de produit; d'après la théorie, j'aurais dû en recueillir 16; cette différence, assez notable, tient certainement, en grande partie, à ce qu'une portion du liquide formé reste emprisonné dans l'acide métaphosphorique, masse poisseuse et boursouflée, qui se forme en même temps; quoi qu'il en soit, le produit brut obtenu est d'une pureté remarquable : dès la pre- mière rectification, il passe, fixe et constant, à 1d4''-1oo" et est propre à l'analyse. Le nitrile éthyl-glycollique résulte également de l'action du pentachlorure de phosphore sur l'éthyl-glycollamide. J'ai ( 2ir; ) opéré comme je l'ai indiqué loiil à riiciiro; l«'s dcMix corps ont élé aussi employés à molécules égales. La réaction s'établit déjà à froid; il se dégage de l'acide chlorliydrique en abondance, et la masse se fond en un liquide jauiie-brun qui se boursoude considérablement. La distillation s'opère surtout vers 90''-100"; le thermo- mètre marque vers la fin lOo"; à ce moment la masse se carbonise et laisse un résidu spongieux considérable. Il se dégage en même temps de l'acide cyanhydrique; autant la réaction de l'anhydride phosphorique est donc nette et simple, autant celle-ci parait complexe. Le produit est un liquide clair , incolore, fumant à l'air; soumis à la distillation, il passe surtout vers 100"-! 05", mais en se décomposant à la lin; ce liquide est une com- binaison du trichlorure de phosphore avec le nitrile élhyl- glycollique, combinaison du même genre que celles qu'a signalées autrefois M. Henke (1) pour les nitriles acétique et butyrique. On a trouvé dans ce produit oO, 8 ^/o de chlore, la formule (CJIy) OCHa-CAr, P/tC/,-, en demande 47,86. Je n'ai pas cru devoir faire faire une nouvelle analyse de ce corps, à cause de la difficulté qu'il y a à le^purifier, alors surtout qu'on n'opère que sur une faible quantité; ce chiffre indique du reste suffisamment la nature du pro- duit obtenu; le trichlorure de phosphore renferme 77,45 "/o de chlore et l'oxychlorure 69,58. Traité par l'eau, ce produit, surtout les portions recueil- lies vers la lin de l'opération, donne du nitrile éthyl-glycoi- lique sous forme d'huile surnageante. Mais le rendement de l'opération est en somme très-faible; c'est là une méthode de production et nullement une méthode de pré- paration; si le pentachlorure de phosphore est si avanta- (1) Anrmlen rler Chemie tmd Pharmacie: t. OVI,p. 272. ( !21() ) geux pour obtenir les nilriles aromatiques (1), il n'en est pas de même pour les nitriles r/ras en générai; ceux-ci se préparent surtout aisément à l'aide de l'anhydride phos- phorique — c'est ce que j'ai constaté récemment encore, à l'occasion de la préparation du cyanolormiate d'éthyle (C.,H:jO)CO-CÂ- aux dépens de l'oxamélliane (C-JI^O) CO-COH2A-(2) — soit quelquefois, ainsi que je l'ai lait voir précédemment, à l'aide du pentasulfure de phosphore. Un essai préliminaire m'ayant démontré que ce dernier corps était moins propre que l'anhydride phosphorique à me donner à l'état de pureté le nitrile éthyl-glycollique, je n'en ai pas approfondi la réaction sur l'éthyl-glycolla- mide, n'ayant du reste à ma disposition qu'une quantité fort restreinte de ce produit. Le nitrile éthyl-glycollique (C, H5 0) CHv, — CAc con- stitue un liquide mobile, incolore, limpide, d'une agréable odeur, éthérée, rappelant celle du formiate d'éthyle. Sadensitéà4-5"estégaleà 0,918; il bout sans décompo- sition, sous la pression de 750 millimètres, à 454''-135'' (3) (1) L. Heury, Berichte, elc, t. H, p. 666. (2) Berichte, L V, p. 946. (5) Ce poinl d'ébullilion est celui qu'indique approximativement la tliéorie. Dans les dérivés de l'éthaue C^Hg, on constate entre les composés chlorés et oxy-élhyliques correspondants, une différence, quant à la volatilité, d'euvirou 20" à 25". CH^C/. Éb. 11». CH2(C2HsO). Éb. 33». CH3. CH3. CXz. Ëb. Uo". CA=. Éb. lôo». CH,C/. CH2 — C2H5O. Le poinl d'ébuUition de l'acétonitrile monochloré a été fixé par M. En- tier (') vers 1 io" environ. Je ferai remarquer à cette occasion combien il est étrange de voir l'acé- (') Annalen der Chemie und Pharmacie, l. CXLI.X, p. 50i. ( 217 ) (non corrigé). Sa tlcnsilé de vapeur a élé trouvée égale à 5,05. Cette densité a été déterminée à l'aide de l'appareil de M. IIoiTmann. Subslaiice employée 0 gr. 0,'iiK> Température de la vapeur. . . 100". Volume — — ... 85 oc. 4. Pression barométri(|U('. . . .. 7ti)"'. Mercure soulevé 060'". La densité calculée est 2,95. Le nitrile étiiyl-giycoliique, à l'inverse de i'acétonilrile, n'est pas ou fort peu soluble dans l'eau qu'il surnage; il ne se dissout pas non plus dans la solution des alcalis caustiques ou carbonates; mais il se dissout dans l'alcool et l'élher, dans l'eau chargée d'acide chlorhydrique et les liqueurs acides en général. A la façon des nitriles proprement dits, il se combine vivement avec l'acide brondiydrique (jazcnx, en donnant un produit solide, blanc, cristallin, insoluble dans l'éther anhydre et qui, au contact de l'eau, se dédouble immédia- tement dans ses générateurs. lonitrile Iricliloré bouillir à 81», alors que le monocliloro-acétonilrile bout vers lia" et que l'acétonitrile lui-même bout à 8:2"; ce point d'ébul- iilion de CC/3 — CA^ est celui indiqué par MM. Dumas, Leblanc et Mala- guti ('); j'éprouve trop de respect pour les indications d'un chimiste aussi éminent que M. Dumas pour prétendre cependant que ce chiffre est inexact, ijuoi qu"il en soit, j'ai chargé mon préparateur, M. le D' Bisschopinck, qui s'occupe en ce moment des acélonilriles chlorés , d'examiner ce point avec attention. Au nitrile éthyl-gljcollique, (CjHsO) CH^ — CA:, nitrile éthylique d'al- cool, correspond le cyanoformiàte d'éthyle (CjHsO)GO — CAv , nitrile éthylique d'acide; il est aussi assez étrange et contraire à toutes les ana- logies, que le premier bouille à 105" et le second à llîi"— 110", ainsi que l'a indiqué M. Weddige et que je l'ai constaté moi-même. {•) Annalen der Chemie und Pharmacie, l. LXIV, p. 3S5. 2"'' SÉRFE, TOME XXXV. 14 ( 218 ) Bouilli avec les acides ou les alcalis en solution, il régé- nère aisément l'acide élhylglycollique (C.2 H5O) CH2 - COHO et l'ammoniaque. L'analyse de ce produit a fourni les résultats suivants : I. 08^ 1,738 de substance ont donné 0^'. 1,348 d'eau et 0^^ 3566 d'anhydride carbonique. II. 0°"^. 2,074 du même produit ont donné Os^ l,o38 d'eau. Le carbone, dans cette combustion, a été perdu. in. Os^ 1802 de substance ont donné 0^^ 5718 d'an- hydride carbonique et 0"% 1386 d'eau. IV. 08^ 6,030 de substance ont donné i^\ 5,865 de chloroplatinate ammoniaque (Az H4)2 ViCIq (I). CALCULÉ. in UUVÇ.. (CjHsO)CH,CAz. I. II. III. C« — 48. . . 56,47. 55,96 « 56,34 H, - 7. . . 8,25. 8,61 8,24 8,54 As - 14. . . 16,47. « » 0-16. . . 18,82. » » » 16,51. 85. La notice dont je viens d'avoir l'honneur de donner lec- ture à l'Académie fait partie de cet ensemble de recher- (1) Le dosage de Tazole dans ce produit a été fait de la manière sui- vante : On a chauffé le produit, pendant quelques heures vers 100", au bain d'air, dans un tube scellé avec de l'acide chlorhydrique de concentration moyenne. A l'ouverture des tubes , on a constaté une certaine pression dans leur intérieur, pression due sans doute à la formation du chlorure d'éihyle par l'action de HC/ sur l'acide (Cj Hj 0) CHj — COHO régénéré. L'analyse a été continuée suivant la méthode ordinaire. Les diverses combustions relatées ci-dessus ont été faites par mon pré- parateur M, le Df L. Bisschopinck. ( 211) ) ches que je poursuis depuis plusieurs années déjà, et à des points de vue divers, sur les dérivés élhérés des acides cl des alcools poiyatomiques. En préparant le nilrile étliyl- glycolliqué, mon but n'était pas tant de combler une la- cune dans la série des combinaisons glycolliques existantes que d'établir nn t'ait nouveau pouvant servir d'exemple et deconlirmation de cette stabilité particulière,et à mon sens si remarquable, des groupements oxy-alcooliques, mé- thoxyle CH3 0, éthoxyle C^ 11^ 0, etc., vis-à-vis des agents, tels que les cblorures, bromures, etc. de pbospbore, l'anhy- dride phosphorique, etc., qui attaquent si facilement et en général dès la température ordinaire, le groupement hy- droxyle HO, équivalent et correspondant à ces groupe- ments oxy-alcooliques (1). Ce nouvel exemple me semble particulièrement concluant : on voit, en effet, dans la production de l'éthyl-glycolnitrile à l'aide de l'anhydride phosphorique, de même que dans la production du nitrile anisique (2) à l'aide du pentachlorure Ph C/^, s'éliminer, aux dépens d'une amide, les éléments d'une molécule d'eau non préexistante, en même temps que les groupements (1) L'atome d'oxygène, dans le groupement HO n'est en rapport qu'avec un seul atome de carbone; dans les groupements oxy-alcooliques CH3O, CjUgO etc., il est eu rapport avec deux. H ne serait cependant pas exact de dire, d'une manière générale, que l'atome d'oxigène, rattaché à deux atomes de carbone différents, est insensible à l'actiou de Pli G/j, P/i Br-j etc.; divers composés renfermant de l'oxygène, dans ces conditions, sont en effet très -vivement attaqués par ces composés phosphoriques. C'est le cas pour les oxydes glycolliques HgC — CH2, GIT- — HC — CH,, CH,Ci — HC,— CHj etc., les anhydrides acides, etc. (2) Berichte der Deutschen chemisclien Gesellschaft zu Berlin, 1. 11, p. 666. ( ±2{) ) éthérés CH3 0, C, H5 0, de. soiil ijairaitcmeni respectés. C'est à l'occasion d'une notice sur le chlorure acide de l'acide éthyl-glycollique (C^ II5 0) CH2 — CO C/, notice que j'eus l'honneur de présenter à l'Académie, à une époque déjà ancienne (1), il y aura, en effet, prochaine- ment quatre ans, que je crus devoir, pour la première l'ois, attirer d'une manière spéciale l'attention des chimistes sur ce fait important et qui me paraissait avoir été peu re- marqué jusque-là. J'exprimais en même temps l'espoir que, me fondant sur le fait de cette stabilité, je parviendrais à réaliser diverses transformations et diverses combinai- sons parmi les composés polyatomiques , transformations et combinaisons possibles avec les dérivés alcooliques ou éthérés, impossibles avec les dérivés correspondants sim- plement hydroxylés. Je n'avais, à cette époque, pour appuyer et prouver cette idée générale, que le seul fait de la production du chlorure d'éthyl-glycollyle,que je décrivais dans ma notice, et quelques autres réactions déjà connues, mais dont on n'avait tiré aucune conséquence. Ces idées ne sont pas restées une généralité stérile : aujourd'hui des faits existent, nombreux et évidents; je ne crois pas inutile (2) d'en rappeler l'ensemble et j'espère que l'Académie voudra bien me permettre de lui en pré- senter le résumé succinct. J'ai soumis à l'action du pentachlorure de phosphore un grand nombre d'éthers neutres, que l'éther ordinaire, l'acé- tate, le butyrate, le valérate d'élhyle; le benzoate de mé- (1) Bulletins de CAcadéinie royale de Belgique, l. XXVII, p. 691 (1869). (2) Voir le rapport de MM. Stas el De Koniiick, Bulletins, t. XXVII , p. C-27; et le Bapport séculaire sur les traraux de chimie, etc., p. 54, etc. ( m ) Ihylo, celui d'élhyle, le carbonate et le clilorocarbonalo d'élhyle; Toxalate, le succinate, le lumarale d'élhyle; le glycollate diéthyliqiie, etc.; j'ai constaté (lu'à la tempéra- ture ordinaire, dans les conditions où l'Iiydroxyle (JIO) est, quelle qu'en soit la fonction, acide, alcool ou phénol, si énergiquement attaqué, les groupements éthérés, CII5 0, C, H;; 0, etc., demeurent inaltérés, (juellc que soit aussi leur fonction. J'ai également soumis à l'action du penlachlorurc et du l)enlabromure de phosphore divers éthcrs neutres d'acides alcooliques, tels que le glycollale et le lactate d'élhyle, le maiate et le lartrale diéthyliques. J'ai constaté que, dans ces réactions, les élhers se comportent comme les acides libres eux-mêmes, sauf Tinaliération des groupements éthérés Cn3 0,et CII^O correspondants à l'hydroxyle acide (1 ). J'ai fait voir que, sous l'action de P/i Ci_i et de P/i Br^ les éthers méthylique et élhylique du phénol ordinaire se transforment, contrairement aux prévisions exprimées par M. Kekulé dans son grand ouvrage (2), en dérivés mono- chlorés et monobromés, les groupements Cil-, 0 et C, H5 0 demeurant inaltérés et P/< C/^ et PA B/v se comportant, dans ces circonstances, comme du chlore ou du brome libre et PA C/5 et Vh Br-, (5). L'action de Vh C/^, sur l'acide éthyl-glycollique m'a permis d'obtenir le chlorure d'éthyl-glycollyle (C.1H5O) CH, — coa(4). (1) Berichte dcr Deulschen ehemischen Gesellschaft zii Berlin, l. Ilf, p. 704, et Comptes rendus de l'Acad. des se. de Paris. (2) Lehrbuch der organische Chemie, 1. 111, p. 71. (3) Berichte, t. II, p. (t) Berichte, t. II, p. 270. ■( 222 ) Soumis à l'action de Vh C/^, l'alcoolatc de chloral C/3C — CH(C, H50)(H0), m'a donné un clher élhy- lique tL'trachloré C/, C — CH (Ca FL; 0) C/ où la cliloro- éthyline élhylidénique trichlorée , produit intéressant au- quel M. Wurtz, dans un travail récent, a fait jouer un rôle important dans la préparation du chloral (I). L'action de l'oxychlorure de phosphore PAO C/5 sur Toxalovinate de potassium m'a fait ohtenir le chlorure d'éthyloxy-oxalyle Cl CO — CO (C^ H5 0), produit qui rem- place la mono-chlorhydrine oxalique C/CO — COHO, in- connue et impossible à obtenir et à l'aide duquel j'ai pu réaliser la synthèse de l'acide oxalurique(2). Par l'action du pentachlorure de phosphore sur Vamide anisique, j'ai obtenu le nitrile anisique['5) Co'H4 (CH-;0) — CA:;, produit analogue de composition au nitrile éihyl- glycollique que je viens de faire connaître aujourd'hui. Cette réaction me paraît, au point de vue qui m'occupe en ce moment, d'autant plus instructive que sous l'action du même agent, Vamide salicylique se transforme en chloro- benzonitrile, Cq H4 Cl — CAz (4). J'ai constaté que soumis à l'action de P/i C/g, l'oxamate d'éthyle (C^ H5 0) CO — CO (H.2 Ac) se transforme en cyano- carbonate d'éthyle (C^H^jCO — CXz (5), produit qui s'obtient à la vérité beaucoup plus facilement à l'aide de l'anhydride P/i2 Og (6) , ainsi que je viens de le constater (i) Bërichte, t. IV, pp. 101 et 455. (2) ]dem, t. IV, pp. 398 et 644, et Comptas rendus de l'Acad.des sciences dti Paris. (ô) Idem, t. II, p. 666. (4) /dem, t. Il,p. 490. (5) Comptes rendus, août 1870. Bërichte, t. V, p. 496. (6j Weddige, Journal fur praktisclie Cliemie,\. VI, p. 117. l ( 223 ) encore pour son analogue, le nilrile éthyl-glycolliqiic. Enfin, j'ai fait voir que tandis que les biclilorliydrines, bibromliydriues glycériques ((%. 11^) 110 (X, (C, II;,) (IIO) hr.2, etc., se transforment si facilement sons faction des alcalis caustiques en oxy-chlorurc, oxy-bromure (C3 H») C/ 0 et (C:, il;;) BrO, c'est-à-dire l'épicblorhydrine et répibromhydrinc, les dérivés alcooliques correspondants, c'est-à-dire les bichlornres et les bibromures d'oxyde de méthyl, et d'oxyde d'étliyl-allyle (C.- Hg) X^ (CH- 0) et (C3 Hji) Xo (C2 Ih 0) se transforment dans les mêmes con- ditions en oxyde de méthyle ou d'étliyle-allyle monochloré, monobromé, C^H^X (CH,0) et C5H4X (QH^jO), etc., les groupements CII^, 0 et Ci 11^ 0 demeurant inaltérés (I). Kn présence de ces faits, je crois avoir le droit de dire (jue les idées que j'ai émises autrefois, et qui ont servi de point de départ à ces divers travaux, sont vraies; comme toutes les idées justes et vraies, elle sont fécondes. Èthyl-gbjcollamide (C2 H^ 0) CH. — CO (H.^ Ar). J'ai pu constater, à l'occasion de ce travail , quelques particu- larités relatives à l'amide élhyl-glycollique, qui ne se trou- vent pas dans le mémoire de M. Heintz (2) concernant ce corps. L'élhyl-glycollamide fond à 77"78"; elle se sublime déjà à quelques degrés au-dessus de ce point; elle bout sans décomposition, sous la pression de 772 millimètres, à 225° (non corrigé). J'ai constaté que l'acétamide se fond , ainsi qu'il est indiqué, à la même température que la glycollamide éthy- (1) Rerichte,l.\, p. 186 et 449. (-2\ AiinalendcrC hernie uni r/iarmacj>, l. CXXIX, pp. 39 el suivantes ( m ) lique, mais qu'elle bout, sous la pression indiquée plus haut, à 215" — 2\& (non corrigé). Le thermomètre qui m'a servi à faire ces constatations est un thermomètre très-sensible et très-exact, construit par M. le D"^ H. Geissier de Bonn. J'ai remarqué également que cette amide éthylglycol- lique s'obtient beaucoup plus aisément par l'action, sur l'éthyl-glycollate d'éthyle, de l'ammoniaque aqueuse que de l'ammoniaque en solution alcoolique. A première vue, on devinerait le contraire. Je continue l'étude des combinaisons éthyl-glycolliques; j'ai fait réagir récemment le chlorure (.réthyloxy-(jlycollyle (C2H5O) CïLj— COC/ sur le zinc-éthyle, en vue d'obtenir une acétone élhyloxylée et un glycol primaire et tertiaire. co — c/ 1 (^■^Hs (HO)C<^;!;= CHa-CaHjO CO 1 CHo-C.HsO CH,(C,HgO). J'ajourne à plus tard l'exposé des résultats de cette réaction. J'espère en outre être prochainement en possession de Valdéhyde éthyl-glycollique (CgHyO) CH2 — CHO. M. Melsens met sous les yeux de ses confrères un tube fermé contenant du charbon chloré^ destiné à prouver la liquéfaction des gaz absorbés par le charbon. Il communique ensuite quelques expériences nouvelles qui ont trait aux notes dont l'Académie a ordonné l'impres- sion dans sa séance du 7 décembre 1872; il se propose d'en donner lecture à la prochaine réunion et prie l'Aca- ( 225 ) demie de vouloir bien lui accorder la permission de les imprimer à la suite des premières qui sont sous presse aclueilemeuf, en les disposant dans Tunire suivant : \° Préparation et usarjes de V acide sulfureux et de ses dérivés; 2" Point d'éhullilion et tension de Vanfnjdride sulfureux; 5° Sur le chlorure de sulfurijle; 4" Sur la com- hinaison directe du chlore et de C/iydrof/ène dans l'obscu- rité parfaite; b" Sur la liquéfaction des gaz condensés par le charbon. 11 termine en faisant connaître quelques expériences sur les boissons alcooliques glacées portées à des tempé- ratures très-basses. Rectification à la note de M. Dewalque (sur l'époque à laquelle le Tetrao lagopus a disparu de la Belgique, t. XXXIV, p. 21, des Bulletins de r Académie); par M. H. Schuermans, conseiller à la Cour d'appel de Liège. Le numéro de juillet 1872, des Bulletins de l'Académie, contient un appel adressé par M. Dewalque aux archéo- logues de la classe des lettres , à l'effet de savoir si l'époque de l'érection des tumulus de notre pays peut être déter- minée avec précision. Les honorables confrères de M. Dewalque ne manque- ront pas de lui répondre à l'aide d'une distinction : Dans les tertres peu éminents, légers renflements du sol s'élevant à un mètre environ au-dessus du niveau, on a trouvé des antiquités gauloises ou germaines; Dans les tertres de grande dimension , comme ceux de ( 226 ) Fresin, etc., on n'a découvert jusqu'ici en Belgique (il eu est autrement en France) que des objets de l'époque romaine. M.Dewalque est parfaitement renseigné quand, parlant des grands lumulus de la province de Liège, il dit : « On y a trouvé jusqu'à des monnaies romaines. » Le mot « jusqu'à » est même superflu : tout, dans les tumulus de la Hesbaye (1), est romain, comme du reste, tout est romain dans les grands tumulus de la Belgique, sans excep- tion. S'il est donc vrai que le Telrao lagopus , L. a été trouvé dans un tumulus romain , cela doit singulièrement rappro- cher de nous l'homme préhistorique dont on s'occupe tant de nos jours; car M. Dewalque nous l'apprend, le Telrao lagopus appartient à l'époque du renne, et a émigré avec celui-ci vers les régions boréales; cette émigration serait donc postérieure à la conquête romaine, à l'ère chrétienne. Certes, s'il s'agit d'un tumulus de l'époque romaine, il y aura lieu de dire avec M. Dewalque que les ossements d'animaux et surtout de volailles, trouvés dans Vagger du tumulus, sont la preuve que les espèces signalées ont servi de nourriture aux constructeurs du monument : l'hypo- thèse d'un archaïsme systématique, pour expliquer la pré- sence d'objets antérieurs, est en tout cas inapplicable à des ossements de simples gallinacés. Malheureusement, en fait, il ne s'agit pas de fouilles faites dans un tumulus, où les conclusions peuvent revêtir (1) Voir au Bull, des commissions royales d'art et d'archéologie, mes Explorations des tumulus de la Hesbaye, t. II, pp. 99 à 208; t. III, pp. 256 à 261 ; 285 à 361; t. IV, pp. 567 à 402 ; 414 à 473; l. V, pp. 147 à 186; 422 à 516, elc. ( 2-27 ) un caractère précis : les ossements transmis par moi à l'Université de Liège (voir la note du travail de M. Dewalque) proviennent de louilles opérées à Fouron-le-Comte, dans les subslructions du lieu dit Op de saele, signalées par Miraeus (1). Or des substructions ne produisent jamais que des pro- duits mélangés, et à Fouron-le-Comte, cette fois, on a dû travailler à d'assez grandes profondeurs, ce qui a encore favorisé le mélange : il est donc impossible de conclure avec certitude à la conlemporanéité des ossements de Tetrao Imjopus , et des débris belgo-romains exhumés au même endroit. Il est à remarquer même que non-seulement les espèces aujourd'hui émigrées vers le Nord, mais aussi celles dont l'émigration s'est faite en sens inverse, ont laissé leurs traces dans les substructions d'Op de saele : les fouilles ont révélé la présence d'ossements de lion, et d'autres espèces analogues (déterminations faites par M. Spring). L'honorable M. Habets , président de la Société archéo- logique du duché de Limbourg , s'est chargé de la mission de rendre compte des fouilles de Fouron-le-Comte dans le Bulletin des commissions d'art et d'archéologie. Ce sera à lui à examiner si ces ossements de lion et de Tetrao lagopiis sont eux-mêmes contemporains entre eux, et appartiennent à une époque où notre climat aurait eu « des étés moins chauds, des hivers plus doux (2) », per- mettant au renne de vivre sur notre sol en même temps que des animaux d'espèces aujourd'hui méridionales. Ou (1) Uer. belg. chron., p. 196. (2) Congrès ùUernalional d'anlhropolonie de l'uris, 1867, u. 279. ( 228 ) bien il examinera si Fouron-le-Comte (où a été fouillé un autre établissement belgo-roniain , celui du Slccnhosch) a vu peut-être des jeux d'ampliilliéàlre, expliquant ces ossements de lion. Je ne veux pas, quant à moi, déflorer ce sujet. Ma rectification a pour but de ne pas laisser se vulgariser le fait erroné qui a servi de point de départ à l'honorable M. Dewalque. J'ajoute que ce dernier est d'autant plus innocent de l'erreur commise par lui, qu'il avait pris la peine de s'adres- ser à moi pour obtenir des renseignements sur les fouilles de Fouron, et que je m'étais borné, ne connaissant pas la portée de sa demande, à le renvoyer à la future descrip- tion de l'honorable M. Habets. ( 229 ) CLASSK DKS LETTRES. Séance du 5 mars 1875. M. R. Chalon, vice-diiecleur, occupe le fauteuil. M. Ad. Quetelet, seciélaire perpétuel. Sont présents : MM. Stcur, .1. Grandgagnage, J. Roulez, Gachard,A.Borgnet, P. De Decker, J.-J. Haus, M.-N.-J. Le- clercq,Cli.Faider, le baron Kervvn de Letlenhove, Th. Juste, le baron Guillaume, F. Nève, Alphonse Wauters, H. Con- science, E. de Laveleye, membres; J. Noiet de Brauwere Van Steeland, Aug. Scheler, associés; Ém. de Borchgrave, J. ïlereraans, E. Poullel et P. Willems, correspondants. M. L. Alvin, membre de la classe des beaux-arts et M. l^d. Mailly, correspondant de la classe des sciences, assistent à la séance. CORRESPONDANCE. M. Chalon fait part à ses confrères que M. Thonisseu , empêché d'ouvrir la séance à cause d'une indisposition , l'a prié de vouloir bien le remplacer au fauteuil. — M. le.Ministre de l'intérieur envoie différents ouvrages imprimés pour la bibliothèque de l'Académie. — Remer- cîmcnts. ( 250 ) — M. Picard, Ministre de France à Bruxelles, écrit qu'il se fera un plaisir de transmettre, sous le couvert de la légation, les derniers travaux académiques destinés aux établissements de l'État, à Paris. — M. Tailliar, président honoraire de la cour d'appel de Douai, remercie pour l'envoi des derniers bulletins de la Commission royale d'histoire. — M. le baron Kervyn de Lettenhove offre, au nom des auteurs, un Essai sur V organisation économique, finan- cière et industrielle du Hainaut français, par M. Caffiaux, archiviste de la ville de Valenciennes, et VHistoire de la peinture au pays de Liège , par M. Helbig. c< Dans le premier de ces ouvrages, dit 'M. le baron Kervyn de F.ettenhove, le lecteur recherchera avec une sympathique attention les traces profondes qui, dans une province séparée de la Belgique malgré des liens séculaires, attestaient la vitalité de nos anciennes institutions, même sous Louis XIV. — Dans le second , nous suivons avec un vif intérêt le tableau de la renaissance de l'art sous les Van Eyck et leurs émules, et ici encore nous retrouvons l'une de nos plus brillantes traditions nationales. » M. le baron Kervyn de Lettenhove fait ensuite hommage d'un exemplaire du tome XVP des Chroniques de Frois- sart, publié au nom de la commission académique des grands écrivains du pays. Des remercîments sont votés aux auteurs de ces diffé- rents dons. ( 231 ) ÉLECTIONS. La classe se constitue en comité secret pour entendre la lecture de la liste des candidatures aux places vacantes, arrêtée en réunion du comité de présentation, tenue avant la séance. Cette liste est adoptée; elle sera envoyée à tous les membres , sous l'orme de circulaire imprimée. COMMUNICATIONS ET LECTURES. Origine des douanes en Belgique. — Étude de droit con- stitutionnel; par M. P. De Decker, membre de l'Aca- démie. Il y a vingt-cinq à trente ans, je me suis occupé de réunir les éléments d'une série d'Études politiques et sociales. Ces notes sont restées ensevelies dans mes oubliettes littéraires. Si l'Académie me le permet , j'en détacherai , de temps en temps, quelques pages où je compte traiter, d'abord, certaines questions de notre ancien droit constitutionnel. Ces recherches, pour n'être pas précisément palpitantes d'actualité, n'en offrent pas moins un intérêt sérieux , comme tout ce qui se rattache à nos vieilles institutions, qu'on pourrait appeler les incunables de nos institutions d'aujourd'hui. ( 232 ) ï. En Belgique, comme chez toutes les nations qui l'en- tourent, un principe général , remontant à nos premières origines, est inscrit dans toutes les constitutions : le peuple ne paie d'impôts que ceux auxquels il a librement cori' senti. Résumant les principes constitutionnels communs au- trefois à toutes nos provinces , notre honorable confrère , M. Faider, dit : Le peuple doit donner son consentement à r impôt. On tenait pour maxime que la Belgique n'est pas un pays d'impôt, mais de subside : een land van bede (1). Lors de l'établissement des communes, une des dispo- sitions-types des Keuren ou des Paix stipulait te droit pour les bourgeois de voter les impôts à payer. Pour le prélèvement des impositions ayanJ un carac- tère plus général, le consentement populaire se donnait par des mandataires constitués sous diverses dénomina- tions, telles que États, Parlements, Diètes, Cours, etc. En Belgique, les subsides se demandaient par provinces, répartis en proportion de leur importance respective. Ils étaient votés d'ordinaire aux états de nos provinces. Dans les grandes circonstances, le souverain convoquait les états généraux formés des délégués des états provin- ciaux. On peut affirmer que toutes les difficultés qui, aux époques les plus tourmentées de notre histoire, se sont (1) Éludes sur les constitutions nationales, p. 29. ( 235 ) élevées entre le prince et les états, sont nées à l'occasion des demandes d'ini[)ôls, aides et subsides. Aussi, c'est un spectacle navrant que celui de la mendi- cité périodique organisée par tant de souverains (1), venant march;iiider, la menace à la bouche, les aides nécessaires pour des guerres toujours entreprises sans le consentement de la nation et toujours pour elle si lecondes en ruines. C'est sous la puissante maison des ducs de Bourgogne que ces luttes do nos riches communes prennent, dans les fréquentes convocations des états généraux , un carac- tère particulier d'aigreur et même de violence. On croit assister à cette scène dramatique où Charles le Téméraire se trouve aux prises avec ce qu'il appelle les dures tesles (le Flameufjs, au sujet de l'aide demandée pour l'exécu- tion de ses projets belliqueux, Ne venant pas à bout d'une résistance à laquelle il n'était pas habitué, il lutte, pour ainsi dire, corps à corps avec ces lières populations réunies en armes au Marché du Vendredi, et leur adresse ces mots, précurseurs de l'orage qu'il fit fondre sur elles : Vous avez toujours méprisé ou haï vos princes : s'ils étaient faibles, vous les méprisiez; slls étaient puissants, vous les haïssiez... J'ayme niieulx estre hay que contempné! Plus tard, voyez Charles-Quint lui-même, l'illustre aspirant à la monarchie universelle, qui ne parvient pas, quoique bourgeois de Gand, à obtenir de ses compatriotes quelques misérables subsides, et qui, courroucé de ce (1) Un prince-évêque de Liège, Louis de Bourbon, reçut du peuple le surnom de mendiant , à cause de ses fréquents appels à la bourse des contribuables. (Prem- de l'histoire de Liège, par W.\rskoemg, traduit par Stanislas Bormans.) 2'°'' SÉKIE, TOME \XXV. 15 ( 254 ) refus , accourt du fond de l'Espagne, pour jeter la terreur dans sa ville natale. Puis, ce fut le tour de Philippe II. Dans sa hauteur cas- tillane, il ne lui convenait pas de s'incliner au rôle de solliciteur que Marie de Hongrie lui conseillait de pren- dre (1). Il quitta la Belgique, en recommandant à la gou- vernante d'éviter tonte convocation des états généraux; mais bientôt, pressé de payer les arriérés de la solde des troupes étrangères qui dévastaient les provinces qu'elles étaient chargées de défendre , il envoya le farouche duc d'Albe, pour arracher aux mêmes états généraux ces 10""^ et 20'"'= deniers qui mirent le comble à l'exaspéra- tion de nos populations. Et alors, dans la pensée, non pas de céder devant les justes répugnances du pays, mais de se débarrasser de l'intervention , inopportune pour lui, des représentants de la nation dans les affaires du temps, celui-ci lit joue)- tous les ressorts de son astuce et de son énergie pour substituer à la perception des 10""= et 20""* deniers le payement d'une rente annuelle de 2 millions, et surtout pour faire admettre le principe de la perpétuité de cette rente. Mais, écrivait-il à son maître, les états abhorrent la perpétuité, parce qu'ils ne peuvent plus être les tuteurs du roi, comme ils le prétendent tous, depuis le plus grand jusqu'au plus petit (2). Les états compre- naient, en effet, que le vote des impôts, aides et subsides était la sauvegarde dernière et suprême des libertés publi- ques. (1) « Marie de Hongrie engageait Philippe II à imiter Cliarles-Quint, à diriger lui-même les négociations avec les états, enfin à se faire solliciteur comme lui. » ( Juste, Histoire des étals généraux, t. II, p. 88.) {i) Juste, ibidem, p. 120. I ( 25;; ) Pendant que Philippe II lutlail ainsi pourobtenir des sub- sides, une circonslance imprévue^ viul lui ollVii- un moyen de créer des ressources pour le Trésor, toujours épuisé par les événemeuls qui accablaient nos malheureuses pro- vinces. De son autorité privée, et sans demander le con- sentement préalable des états, il établit des clroiis d'oitri-e et do sortie sur les marchandises. Ces droits, établis, d'abord, provisoirement, à la faveur des hostilités avec les pays voisins, devinrent, plus tard, les droits de douane. L'origine de ces droits l'orme le sujet de cette étude sur une question peu importante, en apparence, mais fort sérieuse au fond, de notre ancien droit constitutionnel, question qui a été à peine indiquée par nos écrivains mo- "^ dernes et dont la solution illégale a eu pour notre pays des conséquences fatales (1). II. A dater des premiers développements de notre com- merce, — et l'on sait que nous avons devancé toutes les autres contrées du Nord, — nous avons joui de la plus entière liberté dans nos relations internationales. Ni le prince, ni les villes, dit Guichardin, dans sa Description des Pays-Bas, ne peuvent lever aucune gabelle sur quelque marchandise qui arrive au port (d'Anvers) om qui en sort. — (1) L'année dernière , j'avais proposé à la classe de mettre au concours la question suivante : Exposer l'origine et les modifications successives du système de douanes dans nos provinces. Je persiste à croire que celte question mériterait , par son importance historique et économique, d'être traitée avec tous les déveiop[)ements qu'elle comporte. Les maté- riaux abondent dans nos archives et dans nos bibliothèques. ( 25() )• « Avant le siècle dernier, dit le conseiller Delplanck (1781), il n'y avait pas de droits permanents à rentrée et à la sortie des marchandises. Le commerce avec les étrangers était libre de toute imposition (1). » En revanche, il existait un grand nombre de péages établis, de temps immémorial, à l'intérieur du pays, par toutes les petites souverainetés qui se partageaient l'admi- nistration de nos provinces; ces péages, connus sous le nom de tonlieux, constituaient un vaste réseau d'obstacles à des transactions que l'intérêt général commandait, mais en vain, d'en affranchir. Chaque province y trouvait une partie de son revenu, et la perception de ces tonlieux était devenue une ressource, un bénéfice pour une foule d'em- ployés subalternes s'opposant à leur suppression. 11 y avait même une chambre des tonlieux pour décider les contes- tations auxquelles donnaient lieu ces péages (2). En cas d'hostilités avec une puissance voisine, tout rapport mercantile se trouvait brusquement interrompu entre cette dernière et la Belgique. Telle était la règle; mais, en pratique, une interdiction aussi absolue avait des conséquences désastreuses pour le commerce. Le gouver- nement de Philippe H concéda donc des privilèges parti- (1) Mémoire manuscrit sur les douanes (Archives du royaume). — Voyez aussi tous les mémoires de l'Académie relatifs au commerce. — Voyez encore le -î""* volume du recueil manuscrit (18 volumes in-fol.) intitulé : Description des finances belgiques, en 1781, également déposé aux Archives du royaume. (2) Parmi ces tonlieux, il y en avait un , dans les temps anciens, qui pré- sentait un mode de perception assez original ; il s'appelait roerthol. A l'arrivée d'un navire, un employé faisait enlever là barre ou gouvernail ( en flamand roer) qu'on restituait au départ , contre payement d'un droit déterminé. ( 257 ) ciilicrs ou passe-pot^ts , en vertu desquels certains négo- ciants acquéraient, moyennant payement d'une redevance proporlionnello, le droit d'importer ou d'exporter des catégories de denrées ou de marcliandises jugées les plus nécessaires : ces privilèges s'appelaient licenles (1). L'introduction des licentes ne rencontra pas immédiate- ment de l'opposition , parce qu'elle n'avait qu'un carac- tère provisoire et que, d'après l'engagement formel du gouvernement, elle devait cesser à la paix. D'ailleurs, le commerce;, entravé par l'interdiction du négoce avec les nations belligérantes, était heureux de rentrer, même au prix de quelques sacrifices, dans cette liberté de trafic qui avait fait depuis des siècles sa prospérité. Mais on ne tarda pas à soupçonner le danger qu'il y avait à abandonner au souverain la faculté d'établir ainsi, sans l'intervention des états, une imposition d'un nouveau genre et dont il était difficile de prévoir les applications ultérieures; car la pro- tection du commerce n'était que le prétexte, dit le con- seiller Delplanck, c était le revenu qu'on pourmivait. Dès le 10 décembre 157G, le prince d'Orange appela l'attention des états généraux sur les licentes (2); mais des questions autrement graves les préoccupaient à cette époque. Cependant on est autorisé à supposer que c'est (1) Mémoire sur les douanes (1781).— Le mol //ce;i/e s'explique facile- ment : il vient de Ucere et signifie permis, encore en usage aujourd'hui. — L'élyniolojïie du mot douane est plus difficile à donner. Notre confrère M. ScHELER . dans son excellent Diclioiinaire d'étymologie française , après avoir exposé les opinions divergentes des savants, risque son avis personnel. D'après lui, le mol douane, en italien dogana, sigiiili:»it l'impôt du doge (à Venise) , comme les regalia étaient les impôts du roi. (2) 0 AciuRD. — Actes des étals (jénôraux des Pays-Bas , de 1 576 à 1 ;j8a , t.l,l>.r)7. ( 258 ) contre rétablissement illégal de ces droits d'entrée que lurent dirigés les articles 20 et 21 du traité d'Arras (17 mai 1579) ainsi conçus : « Art. XX. Et pour l'advenir, ne seront aulcunement gabellez, ta} liez ne imposez aultrement ny par aultre forme et manière qu'ils ont esté du temps et règne de notre dict feu seigneur et père Charles V" et par consen- tement des estatz de chascune province respectivement. » Art. XXT. Que tous et quelzconcques previleges, us et coustumes, tout en gênerai que en particulier, seront maintenus; et si aulcuns ont esté violez, seront reparez et restituez (1). » Le gouvernement, qui avait épuisé tous les moyens légaux pour parer aux nécessités du Trésor, n'eut garde de se laisser arrêter par ces stipulations du traité d'Arras. Il lit plus : les licentes furent étendues au commerce avec l'Angleterre, afin que les Hollandais et les Français, contre qui l'interdiction du commerce avait été primitivement stipulée, ne parvinssent pas à l'éluder, en employant l'in- termédiaire de navires anglais. M. Gachard (2) signale diverses ordonnances sur les licentes, sous les dates du 30 novembre 1586, du 3 no- vembre 1587, du 6 avril 1589; car ce système de tolé- rance pour le trafic réciproque avait été surtout introduit dans les Pays-Bas méridionaux après la prise d'Anvers et la réduction de Dunkerque et de Nieuporl. — On peut voir aussi dans le Recueil des placards des Flandres une série d'ordonnances de 1591 , de 1595 et de 1598, rela- tives au même objet. ( I ) Gachard. — Appendice au 2« volume du même ouvrage. (i) Gachard. — Actes des états ijenéraux de 1600,; iiilroduction. ( î239 ) Le règne d'Albert et Isabelle, si bienfaisant sous d'autres rap|)orls, n'apporta pas le soulagement désiré au point de vue de notre commerce qui continua d'élre vinculé de fous côtés et qui, — cliose qu'on croirait à peine si rarlicie 8 de l'acte de cession de nos provinces à rinfante ne le stipu- lait lormcllement, — fut exclu de tout commerce direct avec les Indes. Dans la session des états généraux en IGOO, les députés (lu Brabant et de la Flandre, les deux provinces les plus importantes et les plus intéressées dans la question , pro- lestèrent contre l'établissement des licentes. Les états de Brabant insistèrent en particulier pom^ restauration de leurs privilèges et réparation des poinctz enfrainct: de leur Joyeuse-Entrée. — Les députés de Flandre deman- dèrent également, comme une des premières conditions de l'aide à accorder aux archiducs, la suppression des droits d'entrée et de sortie nouvellement établis contrairement aux privilèges et anchiens droictz du pais que leurs Altczcs avoient promis et juré d'entretenir. — Les députés de Tournay et du Tournaisis s'associèrent à ces protesta- tions (1). Les archiducs répondirent par l'apostille suivante : « L'on députera commissaire pour en communiquer amia- biement avecq les estatz et en vuyder, s'il se peult; et, ou que non, la voye de justice sera ouverte : qu'est ce qu'il se peult et doibt demander. » Cette apostille lut l'objet de nouvelles observations de la part des états. Ceux de Flandre réclamèrent une déci- sion dans les trois mois. Ceux de Brabant déclarèrent qu'ils aimaient mieux voir examiner et résoudre la question des (1) GvcFiARD. — Mêmes actes, p. 701. ( 2i0 ) licentes parles commissaires dont la nomination était pro- mise, que d'en venir à des procès avec le prince, ce qui devait amener beaucoup d'embarras et d'inconvénienls(l). Le produit des licentes avait déjà acquis une certaine importance. Le conseiller d'Âssonleville, dans une lettre à l'archiduc, en date du 15 lévrier 1599, disait que les licentes valaient annuellement au fisc de 2 à 300,000 flo- rins. Dans d'autres documents olViciels, le produit annuel en est évalué à 500,000 florins (2). Aussi, même pendant la trêve de 12 ans, ne fut-il pas question de les supprimer; on allégua pour prétexte que, la paix n'étant point con- clue, il fallait maintenir les précautions exceptionnelles nécessitées par l'état de guerre. A la réunion des états généraux, en 1652, ceux-ci repro- duisirent, en tète de leur remontrance générale, les mêmes réclamations, auxquelles l'apostille suivante servit de ré- ponse : « Cet article se consultera avecq les conseils privé et des finances, pour, après avoir ouy sur ce les pro- vinces, villes ou personnes intéressées, y ordonner ce que de rayson (5). » Depuis lors, les états généraux n'ayant plus été réunis, les états de Brabant ne cessèrent de renouveler des protes- tations, toujours accueillies par les mêmes moyens dila- toires, plus ou moins justifiés par la continuation des hostilités avec les Provinces-Unies de Hollande. Les gouverneurs généraux qui, après la mort de l'infante Isabelle, avaient repris, pour compte de l'Espagne, l'admi- nistration de nos provinces, avaient maintenu l'offre, faite (1) Gachard. — Mêmes actes, p. 72-2. (•2) Gachard. — Mêmes actes, introduction. (5) Gachard. — Actes des élals généraux de f632. ( 2il ) par les archiducs, de laisser la justice décider de la légalité des droits d'entrée et de sortie. C'était soulever l'une des questions sans contredit les plus difficiles et les plus graves du droit public l'quel est le pouvoir compétent pour décider les contestations entre lo souverain et les états?... Et en cas de résistance, com- ment forcer Texéculion de ces décisions?... Plus loin, nous examinerons ces problèmes constitutionnels; je dois me contenter de raconter brièvement les diverses phases de ce long et interminable conflit. « Sur ce point de justice, dit le président De Paepe, il y eut grande altération parmi les trois états, quelques uns demeurant d'opinion qu'il ne fallait pas procéder, d'autres étant de sentiment tout autre, que le prince ofi'rant la voie de justice, les sujets ne pouvaient pas la refuser (1). » Les objections se présentaient en foule. Les états faisaient remarquer que le tribunal appelé à juger le différend, où l'intérêt du souverain était directe- ment en jeu, entendrait Vajfaire conformément à l'inten- tion de celui-ci; — que ce tribunal, appartenant à l'une des provinces, ne pouvait pas trancher des difilcultés qui con- cernaient toutes les provinces. — Ils ajoutaient que les privilèges accordés par la Joyeuse-Entrée étaient clairs et qu'ils ne devaient ni ne pouvaient les rendre litigieux. — Ils manifestèrent donc une invincible répugnance à accepter des juges qui ne semblaient pas offrir les garanties nécessaires pour l'apaisement de la conscience publique. De leur côté, les représentants du gouvernement disaient: d) Traih^ de la Joyeuse-Entrée. ( 242 ) « que le prince avoit plutôt sujet de récuser la justice que non pas les états, parce que le conseil de Brabant, qui devroit être juge, étoil composé de Brabançons, et ainsi de personnes intéressées au lait des privilèges et de la levée (suppression) des dites licentes, et qu'une des prin- cipales raisons pour lesquelles ceux du conseil font ser- ment aux états, étoil afin de juger conformément à leurs privilèges (1). » Sur ces entrefaites s'ouvrirent les négociations ayant pour but de faire cesser les hostilités entre l'Espagne et les Provinces-Unies. Comme celles-ci, par mesure de repré- sailles, avaient aussi, de leur côté, entravé par des droits d'entrée et de sortie les relations commerciales avec les provinces belges, les représentants officiels du gouverne- ment espagnol avaient reçu mission, pour satisfaire aux incessantes réclamations des états de Brabant, de proposer la suppression réciproque de licentes entre les deux pays; mais, ces propositions ne furent pas accueillies. Ces états, supposant sans doute que ie gouvernement, grandement intéressé à conserver les revenus des licentes, n'en avait pas, dans les négociations avec les Provinces-Unies, demandé la suppression avec assez de conviction et de vigueur, sollicitèrent, dès le 29 mai 1647, l'autorisation d'envoyer un de leurs membres au congrès de Munster, pour y défendre leurs intérêts dans la question spéciale dont il s'agit. Cette autorisation leur fut refusée, sur l'avis du conseil d'État (l^ juin 1647), tant pour la jalousie et ombrage quen pourroient concevoir les aiiltres provinces obeyssantes, aussi parce que tels députez soubs couleur {[) Traité de la Joyeuse-Entrée. ( 2i5 ) d informer de telle matière, pourraient advanccr et se f/lisser en Ventreniiae d'aullres j)oin€lz[[). Le Iraitt'' de Miinsler lui signé le 30 janvier 1G48. La j)ai\ conclue entre Tlispagnc et les Provinces-Unies faisait (li.s|)ai'ailre le niolif principal allégué par le gouvernement pour juslilierrétablissement et le maintien des liccntes :1a continuation des hostilités. Le caractère provisoire qui y avait été olUciellement donné , pour la durée de la (juerre^ venait donc à cesser. Dès ce moment, il y eut recrudescence d'attaques contre les licentes. « Les étals de Brabant, dans cette occasion comme en beaucoup d'autres, se signalèrent avec tant de succès, qu'ils en lirent cesser et révoquer la perception, par trois déclarations du souverain, en date des 4 et 19 juillet et du 7 novembre 1G48. Pliilippe IV qui régnoit alors, inl'ormé par l'archiduc et par son ministère, du |)ré- judice que cette suppression causoit à l'État et aux sujets, puisque les Anglois et lesHollandois percevoient des droits d'entrée et de sortie sur les denrées et marchandises qui entroient dans les Pays-Bas ou qui en sortoient, en fit faire des remontrances aux états beigiques qui restèrent inflexibles. Il soumit la question à l'examen de tous ses fiscaux et de tous les conseils, (jui unanimement déci- dèrent que, dans le cas dont il s'agissoit, le prince avoit le pouvoir de faire percevoir des droits sans l'aveu des états. En conséquence de cette décision, les ordres du gou- vernement furent délivrés |)Our le rétablissement des bureaux. Les états y lirent la plus vive opposition. Ceux de Brabant refusèrent nettement le subside : ils restèrent (1) Rcj^islrc du Conseil d'Klal, ii" 5 (Archives du royaume) ( 244 ) trois ans sans le payer. La caisse de guerre qui n'a point d'autre aliment que le produit du subside, tomba dans une pénurie complète. Les troupes n'étant plus payées, le gouverneur général fut obligé de les loger dans ies cam- pagnes, à la charge des paysans (1). » Le gouvernement n'était pas encore à bout d'expédients. « La politique espagnole, dit un ancien pnbliciste, con- sistait à diviser les provinces et à les aigrir les unes contre les autres. Le gouvernement se servit adroitement de ce prétexte de désunion (2). » Les charges résultant des droits payés à l'entrée et à la sortie des marchandises, pesaient particulièrement sur la Flandre et sur le Brabant. Les autres provinces n'étaient pas fâchées de voir que ces produits de la douane dispensaient le Trésor de recourir à d'autres impositions qui eussent frappé le pays tout entier; et, quant à la question des droits ou des privilèges consti- tutionnels^ les provinces, matériellement désintéressées, étaient moins disposées à en réclamer le respect et à apprécier les conséquences politiques que leur violation pouvait entraîner. Le Brabant et la Flandre étaient donc les seules provinces qui s'étaient jusqu'alors préoccupées sérieusement de ces graves intérêts. Même entre elles l'union ne tarda pas à se rompre. Les ecclésiastiques et les quatre membres de Flandre, qui avaient longtemps appuyé les énergiques protestations (1) La République belgique tome III, page 73. — Ou trouve quelques pièces concernant cette lutte opiniâtre, dans les archives du royaume, (Registre du conseil d'État n" 3. — Besoudere register n«s 3ô7 et 558 des registres des étais de Brabant). Malheureusement presque tous les regis- tres des états de Brabant et ceux du conseil des tinances ont péri lors du bombardement de Bruxelles et de l'incendie du Palais. (2) L'ami du prince et de la nation, brochure, p. 32. ( 245 ) du Brabant, finirent aussi, sans doute sous ririlluence des manœuvres du pouvoir, par se séparer du Brahant et jiar traitlcr et ajuster Fa/faire sans contradiction (1). Ceux du magistrat d'Anvers conlinuèrenf d'adhérer plus vivement que jamais à l'opposition du Brabant : comme celte ville souffrait particulièrement de toutes les entraves mises au commerce, il y eut notables violences et voyes de faict d'aucuns esprits séditieux du peuple (2). Ainsi isolés, ou à peu près , les états de Brabant se trou- vant confus , en voyant le blasme Cju'ils alloient encourir devant les yeux de tout l'univers (3), changèrent de tac- tique. Ils déclarèrent qu'ils étaient prêts à s'en remettre à la justice, « à condition qu'ils fussent préalablement réin- tégrés en leur possession d'exemption ; et, ayant sous cette condition consenti un notable subside, le prince l'accepta et fit de nouveau cesser les licentes en 1650 (4). » Cependant, les Provinces-Unies de Hollande ayant maintenu les droits d'entrée et de sortie que la Belgique supprimait, la position faite à notre commerce devenait des plus critiques. Le gouvernement, pour remédier à cette situation et pour paraître au moins entrer dans les vues des états de Brabant, les autorisa à faire de nouvelles tentatives direc- tement auprès des Provinces-Unies. Il est permis de sup- poser qu'il ne se faisait pas grande illusion sur l'efficacité de ces démarches; peut-être même n'était-il pas lâché de (1) Rapport du conseil d'État (carton n° 483). (2) Même rapport. (3) Expressions du même rapport. (i) Dk Paepe, Traité de la Joyeuse-Entrée, % 91. - Consulte du cou seil d'Étal (carton n» 483). ( 246 ) créer, par un échec probable, cerlains embarras aux étals qui le tracassaient par leur opposition opiniâtre. Les états envoyèrent donc des députés à la Haye (1). Ces négocia- tions parurent commencer sous des auspices favorables : les étals généraux de Hollande consentirent à ouvrir des conlërences à Malines (2); mais on vit bientôt qu'on avait trop présumé des bonnes dispositions de notre vieille rivale. * Cette puissance, qu'on pouvait croire jalouse d'augmen- ter encore la prospférité de son commerce par la suppres- sion des droits, était soucieuse, avant tout, d'empêcher les provinces belges de se relever de l'état d'assujettisse- ment dans lequel elle venait de les maintenir par les sti- pulations relatives à la fermeture de l'Escaut. Dans les premiers jours de J65o, les étals généraux de Hollande rompirent les négociations par un refus net et positif de supprimer les droits d'entrée et de sortie. Le gouvernement espagnol, heureux, au fond, de ce refus qui lui fournissait un motif plausible de rétablir aussi chez nous les droits dont le produit lui était néces- saire, ne manqua pas de saisir cette occasion d'en tinir une bonne fois avec l'opposition qu'il rencontrait de la part des états de Brabant. 11 publia donc l'édil dont le texte suit et qui est généralement considéré comme la base des tarifs des droits de douane, permanents et réguliers. (1) L'ami du prince et de la nation, p. 55. (•2) Arcliives du conseil d'État (carton n° 485). ( m ) Placart du Roi touchant les droits d'entrée et sortie des denrées et marchandises. Du 12 octobre 165i. Philippe, par la grâce de Dieu roi de Caslillc, de Léon, d'Aragon, etc., à tous ceux qui ces présentes verront, salut. Comme ainsi soit que par droit de souveraineté nous com- pète notoirement, comme à tous autres princes et Etats souve- rains, la faculté de régler et arbitrer le commerce et trafic de nos pais avec les étrangers, tant au regard de la défense que de la permission de l'entrée et sortie des denrées et marchan- dises, prenant égard au bien, profit ou préjudice qui en peut résulter à l'État et aux sujets en particulier dans leur com- merce et manufactures et de, pour ce, lever certains droits à leur entrée et sortie, proportionnés à leur qualité, nature et portée, ensemble au besoin et utilité ou dommage qui en peut revenir, laquelle faculté nous avons exercé de tout tems im- mémorial, non seulement durant les guerres avec nos voisins, mais aussi pendant la paix et trêve tant avec l'Angleterre qu'avec la France, Hollande et autres États, ainsi que le même a toujours été réciproquement pratiqué de la part d'iceux à l'endroit de nos bons sujets , ayant par aucuns traités de paix été réglés et déterminés lesdits droits et par d'autres, le règle- ment et fixement en a été laissé respectivement à l'arbitrage des princes et États souverains d'une part et d'autre, pour en user selon quils trouvcroient convenir, chacun en droit soy et leurs sujets, et comme ce non obstant il sera arrivé qu'aucuns États et villes de par deçà auroient, à l'occasion du traité de paix avec les seigneurs états généraux des Provinces-Unies, donné à entendre, par diverses requêtes, écrits et remon- trances , que la cessation desdits droits d'entrée et de sortie pouvoit gi'andement servir au rétablissement du commerce, ' ( 248 ) supliant |)ar ainsy d'y apporter notre consentement, sous presupposition et assurance qu'ils disoient avoir que de suite lesdits seigneurs états-géneraux des Provinces-Unies se con- formeroient à pareille et réciproque abolition de leur côté; nous désirant de traiter favorablement nos sujets, tant -qu'il seroit en notre pouvoir, permîmes à nos ambassadeurs à Mun- ster (bien qu'à contretems, dans une saison qui requcroit plu- tôt l'accroissement que le decroissement de nos finances), d'en faire rouverture aux ambassadeurs desdits états-generaux, qui n'y voulurent entendre, tellement que pour un bien plus grand et gênerai des peuples, il n'auroit été excusable d'accrocher et corrompre la négociation de la paix sous prétexte d'une telle convenance; à la suite de quoi et pour avoir ladite paix été conclue avec cette présupposition que lesdits droits d'entrée et de sortie continueroient de deux cotés, leçdits seigneurs états-generaux les ont levés jusques à cette heure, sans inter- ruption ni contredit, et non seulement au pied ancien et accou- tumé, mais encore plus onéreux, voyant que les denrées et marchandises le pouvoient supporter, par la suspension qu'il y avoit de la levée desdits droits de notre coté, laquelle nous dissimulâmes et tollerames encore toujours, sous ce même espoir et assurance qu'aucuns Etats de par deçà continuoient de nous donner qu'ils ameneit)ient lesdits seigneurs états gé- néraux des Provinces-Unies à une conformation amiable, mais le tems ayant fait foi que cette espérance etoit entièrement vaine, combien que nous eussions un très-juste sujet de ne tollcrer ni dissimuler davantage leur surséance, non plus que les insolences, voies de fait et violences qu'aucuns particuliers avoient exercés en ce regard; toutefois par une bonté exces- sive, après tous moyens inutilement tentés vers lesdits sei- gneurs états généraux par aucuns des États de par deçà, nous y voulûmes encore nous-mêmes porter la main et faire un ultérieur essai si par l'interposition de notre autorité et sous certaines offres, lesdits seigneurs états ne s'y laisseroient per- ( m) ) suader; ce qui a clé fait dans ccrlaine conférence tenue à Malines, d'entre les députés de deux cotés, d'où ceux députes de notre part n'ont rapporté autre chose (prune déclaration expresse et réitérée desdits seigneurs états généraux en date du 13 janvier 1035 qu'ils ne pouvoicnl et n'entendoient con- sentir à ladite abolition réciproque des droits d'entrée et sor- tie, déclarant icelle abolition être contraire audit traité de paix et répugnante à divers articles exprès d'icelui, renseignés en ladite conférance préliminaire, à la Chambre mi-partie, à laquelle a été réservée, par le même traité, la eonnoissance et règlement des charges réciproques de l'cntrecours du com- merce; tellement que n'y restant plus rien à espérer du pré- tendu accommodement de nos sujets par cette voie, nous avons Gnalement fait mettre autrefois cette affaire en même délibé- ration de conseil où a été reconnu : 1° Que cette surséance des droits de notre coté n'a en rien abaissé le prix des denrées; 2° Que le commerce n'en a été bénéficié; 5" Que les sujets étrangers profitent principalement de la suspension desdits droits de notre côté, ou plutôt que les Etats voisins les lèvent eux-mêmes indirectement; 4° Que ce seroit une injustice manifeste d'empêcher de ce côté la levée desdits droits tandis qu'elle se continue et se reçoit de l'autre; 5" Que le but et l'intention de nos sujets en demandant, et la nôtre en accordant ladite surséance, n'a été autre que d'y attirer et obliger quant et quant les États voisins dont il ne reste plus aucun espoir, y obstans lesdites déclarations et traités; (i" Qu'il y va du bien propre de nos bons sujets de charger, ceux desdits Etats voisins lorsque eux-mêmes en sont chargés comme étant Tunique moyen d'arrêter et contenir les imposi- tions immodérées, ainsi qu'il a toujours été pratiqué tant au 2°" SERIE, TOME XXILV. IG ( 250 ) teras de paix que de guerre, iiièine à la réquisition et instance de nos propres sujets ; 7° Que lesdits droits sont les plus équitables et faciles à supporter, comme se levant sans exécution de personne, soit ecclésiastique, soit séculière , militaire ou civile, privilégiée ou non privilégiée, même aussi en grande partie à la charge des étrangers et produisant un revenu très-prompt et très-utile, au plus grand soulagement et meilleure conservation de nos païs ; 8" Que les mêmes droits n'auroient d'ailleurs pu être abo- lis en préjudice des charges, dettes et obligations contractées pour cause tant de ladite paix que de la guerre précédente, laquelle doit être censée de durer encore pour ce sujet, à rai- son des hypothèques spéciales y affectées, parmi la grande diminution et autres emplois inexcusables de nos aides et sub- sides, outre la vente et engagement de nos domaines et la consomption des sommes immenses par nous si libéralement remises par deçà, aux fins que dessus; 9° Que, par la continuation de la guerre de France, d'où se retire une si grande abondance de denrées et marchandises au bénéfice d'icelui roïaume, notre souveraineté doit être spé- cialement l'econnue, au regard de notre permission et toUe- rance volontaire du trafic et commerce de nos sujets avec la France, dont nous pouvons exclure et admettre à notre arbi- trage, selon le droit des gens qui se pratique dans toute la terre, l'entrée et sortie desdites marchandises tant mediate- ment qu'immédiatement. Et finalement, que ce seroit choquer les principes de la conservation de l'État contre les ennemis, en retranchant un moicn public si ancien et invétéré et si peu onéreux aux sujets en cette conjoncture de teras, et lorsqu'il y a une nécessité précise d'accroître les moiens publics , au lieu de les diminuer ou retrancher. Toutes ces choses considérées, nous avons, jiar la délibéra- ( 25i ) lion de noire 1res cher cl 1res aîné bon cousin Leo|)o!(l (Juil- lauinc par la grâce de Dieu ai-cliidiic d'Aulriclic, duc de Bour- .•j;ogne, »'tc., lieulcnanl gouverneur et capitaine gênerai de nos l'aïs-Bas et de Bourgogne, etc., et sur avis de nos conseils d'État, prive et finances et de notre propre et certaine science revo(iué et révoquons par les présentes toutes les surséances et acics de la suspension et abolition desdits droits, comme dépêchés et faits sous la presupposilion d'abolition cl surséance pareille de l'autre côté, qui n'est arrivée ni ap|)arente d'arri- ver, cl en tout cas comme très-énormcment Icsifs et préjudi- ciables à nous cl à lÉtal, et en celle suite à l'exemple des décrets faits dans pareils cas par feu les archiducs Albert et Isabelle, sans contredit, aucun en l'an IGiO, lems de la trêve; Déclarons Icsdits droits d'entrée et sortie nous être légiti- mement dus, ordonnant que doresnavant la levée en sera continuée en la même forme que par ci-devant, selon les der- nières listes et tarifs et celles qui en seront i)lus particulière- ment dressées, prenant égard au cours des marchandises et denrées et égard au bien de l'État et du commerce, ensemble au bénéfice des manufactures de par deçà, en chargeant les inutiles venant du dehors et préjudiciables à ce pa'ïs, et soula- geant tant que faire se pourra les manufactures de j)ar deçà cl ce seulement par provision et forme d'essai, pour le tems que lesdits États voisins en continuent la levée et durant la guerre , des calamités de laquelle, lorsqu'il plaira à Dieu de délivrer nos bons sujets, nous aviserons de nouveau ce qui sera le plus utile et convenaLle au bien de nos États. Bien attendu que si les états d'aucunes provinces ou villes prétendent , non obstant les raisons susdites, que l'exécution de la présente ordonnance et déclaration seroit contraire ou préjudiciable à leurs privilèges, ils s'y pourront oposer par voie de justice, laquelle nous promettons en parole de prince, de leur faire rendre loïalcnient, en dedans un mois ou six se- maines, après les causes conclues en droit, dont rinstruction ( 252 ) se fera à brefs délais et peremptoirs, par devant juges non suspects aux parties, et desquels il y ait raison de se contenter, pris égard à la nature et qualité de l'afTairc concernant la gé- néralité des provinces et mcnic les étrangers et Etats voisins. Si donnons en mandement, etc., car ainsi nous plait-il. En témoin de ce nous avons fait mettre notre scel à ces présentes. Donné en notre ville de Bruxelles le 12 octobre 1634 et de nos règnes le 54" (1). Les états de Brabant ne s'avouèrent pas encore vaincus. Ils continuèrent leur opposition (2); mais ils ne consen- tirent jamais à accepter l'intervention de l'autorité judi- ciaire, intervention qui fut trouvée ridicule el dérisoire. L'affaire traîna en longueur, sous le nouveau prétexte qu'il fallait consulter Madrid. « Des temps malheureux, des guerres successives survinrent; l'affaire resta ouverte après une foule d'écritures et le gouvernement demeura en possession de ses douanes (o). » Selon un autre écri- vain, les états aimèrent mieux laisser la question indécise, que de courir le risque d'un jugement qui les aurait infail- liblement condamnés ; ils gardèrent le silence et le souve- rain resta en possession des droits d'entrée et de sortie (4). De Paepe, écrivant vers 1680, est visiblement embar- rassé pour se prononcer entre la nation et le gouverne- ment : l'homme du pouvoir l'emporte enûn sur le juris- consulte. Après avoir dit que ce long conflit est une lutte (1) Manuscrit swr les finances belgiques. — Ce placard se trouve, je crois, dans les Placcaerlen van Flaenderen. (2) En 1669, ils députèrent encore le baron de Goyck, pour présenter leurs doléances contre l'imposition des licentes ou droits d'entrée et de sortie. (De Paepe, Traité de la Joyeuse-Entrée, p. 92.) (•") L'ami du prince et de la nation. (4) fM République belgique, t. III, p. 74. ( 255 ) entre h passion et Vintéri't, que la conscience y trouve ses assurances d'un côté et d'autre , comme deux avocats plai- dants à diverses fins sur une a/faire embrouillée, ne laissent pas de passer pour hommes de bien et zélateurs de la justice, il émet son avjs dans les termes suivants : « Au regard du point des droits d'entrée et sortie, me semble considérable (à considérer) pour le roi ce que les jurisconsultes traitent des causes qui l'ont cesser les privi- lèges, que l'on ne donne pas bonne résolution au mol onghelt qui semble comprendre les charges qui s'imposent par un bon prince; que les susdits droits sont maintenant inexcusables (inévitables), attendu la nécessité, et pour être plus juste et moins lésif, moyen pour la propre con- servation des sujets; que depuis la concession des Joyeuses- Entrées, tous les princes et États et souverains ont pra- tiqué semblables moyens et qui en certaine façon règlent le commerce en faveur des sujets, et qu'ainsi l'établisse- ment de tels droits et règlements de commerce est devenu juris gentium, attendu la raison de réciprocité, qu'il y a lieu d'en user au regard de ceux qui en usent envers nous (1). » Pendant que ces discussions restaient ainsi suspendues, l'opinion publique, distraite par les eflroyables calamités qui vinrent fondre sans interruption sur nos malheureuses provinces, cessa ses protestations. Le gouvernement avait prévu, sans doute, celte lassitude des esprits. Il avait compté aussi sur la puissance des intérêts créés, durant ces interminables contestations, par ces droits d'entrée et de sortie qui, si mal combinés qu'ils fussent, étaient dès (1) Traité de h Joijeiise-Enlrée ^ p. di , in fine. ( 'iU ) lors considérés comme une indispensable protection pour les industries qui se relevaient et comme une condition essentielle de la conservation des relations commerciales qui nous restaient après tant de commotions politiques. ï Les états de Brabant, dit notre éminent confrère M. Gachard, avaient une prépondérance marquée sur ceux des autres provinces, et forcèrent le gouvernement, à toutes les époques, d'observer de grands ménagements envers eux. On pourrait écrire des volumes sur les discus- sions qu'ils eurent avec l'autorité souveraine, pour le maintien des droits et privilèges du pays (1). » Nul doute que, dans cette question, où ils restèrent si longtemps sur la brèche pour la défense de nos prérogatives consti- tutionnelles, le gouvernement n'eût pas osé les braver, si ceux-là mêmes qui étaient les plus intéressés à les sou- tenir, ne les avaient lâchement abandonnés. III. A la domination de l'Espagne succéda celle de l'Au- triche. Nous ne fîmes que changer de maîtres. L'atonie des esprits devint plus incurable en se prolon- geant. Nos intérêts matériels furent sacrifiés à un système de bascule, variant selon la prépondérance des influences étrangères qui se disputèrent l'exploitation de notre pays. N'ayant pu obtenir l'intervention oflicielle des états dans l'établissement primitif ni dans les modifications successives des droits d'entrée et de sortie, le commerce (1) Mémoire sur la composition et les attributions des anciens états de Brabant, p.'ii. ( 255 ) belge, justement préoccupé de cette question vitale pour lui, avait cherché, par voie indirecte, à conserver sinon à étendre le rôle consultatif qu'il remplissait depuis des siècles. L'Angleterre, ce pays constitutionnel par excellence, a maintenu jusqu'à nos jours la double tradition des enquêtes parlementaires et de Y intervention o/pcielle de l'élément industriel ou commercial dans la négociation des traités de commerce (I ). F.a Belgique avait les mêmes traditions. Déjà en 127o, la comtesse Marguerite a formé un con- seil de trente personnes tirées toutes du corps des mar- chands appelé Coomans-ghilde ; ce conseil était chargé de l'éclairer pour toutes les mesures à prendre concernant le commerce (2). En 1417 les négociants de Flandre stipulèrent des garanties de sécurité pour leurs intérêts et de neutralité pendant les guerres. Jean sans Peur, à cause des grans et notables services, courtoijsies et plaisiers qn'ilz ont faicts au souverain, promet de nommer une commission formée de quelques-uns de ses conseillers et de quelques marchands qui s'y entendent (5). Vers la môme époque, en 1424, des délégués des cités brabançonnes se réunirent à Bruxelles pour se concerter (!) Le traité de 1860 avec la France, négocié surtout par Richard Cobdeii, ancien fabricant, en ibnrnit un récent et éclatant exemple. — Un honinie d'Étal anglais, lord Vvellesley, a dit : L'Angleterre a toujours emploijè des négociants pour ses traités de commerce; c'est la cause de sa supériorité. {Cinquième mot aux Belges, p. 168.) (•2) Verhoeven , Mémoire sur l'étal des manufactures et du commerce aux Pays-Bas. (ô) Bulletin de r Académie . t. XVIII. ( 250 ) sur les moyens de combattre la concurrence anglaise. — Le 16 juillet 1427, assemblée analogue à Malines, avec des députés de Flandre et du pays de Liège (1). Du temps de Cliarles-Quint, des bourgeois de Gand firent des démarches auprès de François l" pour établir une alliance commerciale avec la France. Au mois de fé- vrier 1552, une grande enquête fut ouverte, à Anvers, par ordre du même empereur, pour combattre les procédés hos- tiles de l'Angleterre (2). En 1630, une autre enquête gé- nérale fut ordonnée par l'infante Isabelle, afin de constater la situation générale de notre commerce. Pendant la dernière moitié du dix-septième siècle, alors que le gouvernement espagnol avait établi et maintenu, de son autorité privée, les licentes et plus tard les droits de douane, les négociants belges insistèrent plus vive- ment encore pour faire intervenir directement l'élément commercial dans toutes les négociations à ce sujet. Voici ce que stipule Alexandre Farnèse dans le dernier article de l'ordonnance de 1680 : « Son Altesse charge le conseil des finances de veiller » à l'observance d'icelui tarif, avec déclaration expresse » que, s'il s'offrit de faire quelqu' innovation à ce qui est » disposé, n'aura aucun effet ^m'après avoir ouï les né- » GOCIANTS ET MARCHANDS DES VILLES DE COMMERCE. » En effet, quand les résultats du tarif de 1680 eurent démontré combien les intérêts de nos industries avaient (1) Henné et Wauters, Histoire de la ville de Bruxelles, l. I, p 227. — L'histoire de nos provinces abonde en faits de celte nature. (2) Briavoine, Histoire de l'industrie en Belgique. — Dans sou Histoire du commerce belge , Van Bruyssel dit que Charies-Quinl fit faire souvent des enquêtes concernant les relations commerciales des Pa^vs-Bas. ( 257 ) clé sacriliés à la Hollande, il y eut dos cniolions telles, de la part des nations de Bruxelles secondées par un mouve- ment spontané du pays(l), que l'électeur de Bavière, gou- verneur général de nos provinces, fut obligé d'ouvrir la solennelle enquête de 1G99 (2). Les droits d'entrée lurent élevés dans l'intérêt du travail national. Et lorsque les puissances victorieuses à Bamillies (1706), nous eurent forcés, d'après leurs convenances, à en revenir à l'applica- tion du tarif de 1680 qui fut maintenu contre nous par le Traité de la barrière (1715), les mêmes nations de Bruxelles, exaspérées par la faiblesse du gouvernement plus ou moins complice de l'étranger, suscitèrent ces troubles que le marquis de Prié réprima si odieusement dans le sang d'Agueessens. Bientôt le gouvernement ouvrit les yeux et parut vouloir réaliser les idées alors dominantes dans le pays, par l'adop- tion d'un système protecteur qui, sous l'administration populaire de Charles de Lorraine, valut à nos provinces une période d'incontestable prospérité. Il est permis d'attribuer cette réforme de la législation douanière à l'influence exercée par les chambres de com- (1) Voici ceciu'on lit dans une consulte du conseil d'État (25 août 1699): « Ce n'est pas l'animosilé des nations qui provoqua cette enquête; la de- mande en fut faite par les états de Flandre et par le magistrat de Bruxelles. » (Archives du royaume.) (2) Cette enquête est la plus importante et la plus complète qui ait été faite dans notre pays; elle donne une idée exacte de la situation matérielle de la Belgique à la fin du dix-septième siècle. Tous les documents qui la concernent reposent aux Archives du royaume. L'opinion publique avait été fortement émue par deux importantes brochures tlamandes : Den oorspronck van de ruine en aermoede der spaensche Nederlanden , et T'samenspraecke over den leghenwoordighen slael der spaensche Neder- landen (1699). ( 258 ) mcrce qu'on venait d'instituer dans les trois villes com- merçantes du pays, Anvers, Gand et Bruges , et qui étaient appelées à servir d'organes légaux au négoce et aux fabri- ques pour la réglementation de leurs intérêts (1). L'institution de ces corps consultatifs, — qui venaient d'être créés aussi en Angleterre et en France (2), — produi- sit moins d'effets chez nous, à cause de la division exis- tant malheureusement entre nos diverses provinces. On ne tarda pas à reconnaître la nécessité de créer un centre d'action, de réunir en un faisceau les avis et con- seils émanés de tous ces corps et de les contrôler les uns par les autres; mais le gouvernement, soit impuissance, soit peur des influences inséparables d'une pareille cen- tralisation, recula devant celte satisfaction a donner aux vœux du pays (o). (1) Voir, pour l'organisation des chambres de commerce, le placard du 31 octobre 1 729 concernant celle de Gand , dont les membres étaient ge- kosen door de generaliteyt van de coopUeden-grossiers. (2) En France, l'intervenlion officielle des négociants dans la rédaction des lois et règlements concernant le commerce, datait de Henri IV. « Ce prince, dit M. Forbonnais, gémissait de se voir entouré d'un conseil com- posé de gens jamais d'accord quand il s'agit du bien public et toujours d'intelligence quand il s'agit d'impôts et d'exactions sur le peuple. « D'après ses ordres, Sully s'adressa à des négociants, parce qu'au parlement de Paris ce ne sont que maîlres es arts qui tous n'y entendent rien (Mémoires, livre XIII). Mais ce fut Colbert qui, sous Louis XIV, organisa le conseil royal de commerce. Voici ce qu'il disait au grand roi : « 11 faut que dans les affaires de cette sorte. Votre Majesté ne consulte que ceux qu'elle a éta- blis par son conseil. Les gens de robe n'y entendent rien ; tout au contraire, ils ne sont bons qu'à tout gâter. » [Testament politique de Colbert.) (3) La chambre de commerce de Gand avait commencé par demander que des délégués du commerce des principales villes se réunissent tous les mois à Bruxelles. D'autres proposaient l'établissement d'une de ces Jointes qui étaient, à cette époque, en faveur chez nous. D'autres sollicitaient la ( 259 ) Chose curieuse, pendant qu'on cherchait ainsi à orga- niser une certaine représentation olficielle du commerce et de l'industrie, la question de la légalité des droits de douane établis par la seule autorité du souverain, ne fut plus soulevée par personne : dans tous ces documents ofli- ciels et olficicux, nulle trace des énergiques et persévé- rantes protestations de nos états. VA, chose plus triste encore à constater, tous les écrivains politiques qui, vers le milieu du dix-huitième siècle, traitèrent de noire orga- nisation intérieure, se montrèrent unanimes à soutenir la prérogative du souverain. Wynants, de liovînes, de Leen- lieer, et les autresàîeur suite, se gardant bien d'examiner la création, à Bruxelles, d'une chambre suprcme de commerce à nommer par le gouvernement, laquelle lui donnera des infornialious toutes les fois qu'elle trouvera des choses à représenter pour la meilleure direction des affaires. Il existe, aux Archives du royaume, des liasses de projets relatifs à cette partie de l'administration. Du reste, celle idée faisait, dans ce lemps-lo, le tour de l'Europe. Voici ce qu'en dit le baron Bielefeld qui, dans ses Institutions politiques, reproduit assez bien les notes dominantes de l'opinion publique dans la dernière moitié du XVIII' siècle: K Si j'étais appelé à donner mon avis louchant le gouvernement d'un Etat, un de mes premiers soins serait d'établir un conseil supérieur de commerce, donl le ministre des finances serait le chef. 11 aurait sous lui un président, deux conseillers lettrés, deux conseillers banquiers, deux con- seillers négociants, deux conseillers pris entre les principaux fabricants, et quatre assesseurs, sans compter les secrétaires et les commis. » Ce sénat ou conseil .supérieur, établi dans la capitale, devient le centre commun auquel toutes les affaires des provinces puissent se réunir. Il y aurait donc, dans chaque province, une chambre subdéléguée, chargée de veiller aux intérêts du commerce et d'en rendre compte tous les mois au conseil supérieur, qui, de son côté, enverrait tous les ans une députalion de ses membres dans chaque province pour examiner toutes choses sur les lieux, vérifier les rapports (jui ont été faits, et écouter les plaintes ou les représentations des marchands et autres personnes intéressées dans le commerce. " ( 260 ) question de droit, se bornèrent à approuver la conduite du gouvernement par quelques courtes considérations repro- duites d'après De Paepc. Leurs relations avec le pouvoir peuvent expliquer celte condescendance peu patriotique, mais ne la sauraient justifier. Il y a plus : le président de Nény, dans ses Mémoires, ne souffle mot de ces longs démêlés constitutionnels. Voilà à quel degré d'abaissement était descendu l'esprit public dans nos provinces! Seuls les étrangers qui, à cette époque, visitèrent notre pays et en étudièrent les institutions avec un intérêt sym- pathique, crurent devoir signaler, plus ou moins exacte- ment, la solution inconstitutionnelle donnée au différend relatif à l'origine des licentes converties en 1654 en droits de douane. Voici ce qu'en dit l'un deux : « Tant que la guerre avait duré, on avait levé un droit d'entrée et de sortie nommé lîcente sur plusieurs mar- chandises et denrées qu'on tirait des pays voisins, ou qu'on y envoyait. La liberté du commerce ayant été rétablie par le traité de paix fait entre toutes les puissances belligé- rantes, les états des différentes provinces des Pays-Bas s'opposèrent à ce que ces droits d'entrée et de sortie, qui s'étaient perçus pendant la guerre, le fussent après la paix ; ils appuyaient leurs oppositions sur ce que les habitants et sujets des Pays-Bas ne pouvaient être chargés d'aucune imposition sans le contentement des états. La perception des droits fut donc interrompue. Mais Philippe IV et ses ministres, imaginant que cette interruption nuirait au commerce national autant qu'elle favoriserait le com- merce de la P'rance qui, ainsi que l'Angleterre et la Hol- lande, avait laissé subsister les mêmes droits d'entrée ( 201 ) et de sortie qu'elles levaient sur les marchandises et den- rées des Pays-Bas, ils résolurent d'en rétablir la percep- tion. Mais, auparavant, Philippe IV deuianda l'avis (h; tous les liscaux assemblés et de ses conseils dans les Pays-Pias, qui tous lurent d'opinion que, dans ces circonstances, le souverain pouvait l'aire continuer la perception des droits d'entrée et de sortie. Les états s'y opposèrent comme au- paravant et même avec plus de chaleur et refusèrent con- stamment, pendant trois ans, toute espèce de subsides; de manière que, les troupes ne pouvant être payées, le gouver- nement se vit forcé de les loger dans le plat pays, qui lut obligé de donner tant par jour aux officiers et aux soldats. » Le roi d'Espagi>e lit alors une démarche fort extraordi- naire auprès des états : il leur proposa de soumettre la question au jugement des tribunaux de justice, vis-à-vis desquels il ferait défendre son droit comme eux le leur. Les états, mis au pied du mur, n'acceptèrent pas la propo- sition, mais restèrent en repos, et les droits d'entrée et de sortie furent perçus. Depuis ce temps, le souverain est resté dans la jouissance d'imposer les droits d'entrée et de sortie, sans demander le consentement des différentes pro- vinces (1). » L'Anglais Schaw, dont V Essai sur les Pays-Bas autri- chiens (1788) dénote une connaissance particulière des principaux événements de notre histoire comme de nos institutions, consacre aussi quelques lignes au conflit que nous venons de raconter. « Il faut remarquer, dit-il page 48, que le droit de mettre des taxes sur l'importation et sur l'exportation des (1) Lettres sur l'état présent des Pays-Bas autrichiens, 1778, 1. 1", p. 75. ( 2G2 ) inarcliandises des Pays-Bas aiilricliiens est une préroga- tive du prince, dont une grande partie du revenu est fondée sur les droits de douane qui lui appartiennent. Philippe II fut le premier qui se saisit de cette prérogative, qu'il est difficile d'allier avec une constitution libre et avec les in- térêts du commerce peu connu autrefois. Cela arriva peu de temps après la réconciliation des provinces catholiques avec l'Espagne. Les états des provinces et particulière- ment ceux du Brabant firent des remontrances contre cette invasion de leurs privilèges, mais elles furent infruc- tueuses. Philippe ne se désista jamais de cette préroga- tive qu'il transmit à son successeur et qui est devenue un privilège du prince. » L'écrivain français Dérivai, observateur également judi- cieux, apprécie aussi, mais d'une manière plus superfi- cielle, le différend dont il s'agit. « En Brabant, ce n'est pas le souverain qui impose, c'est le peuple, représenté par les états, qui s'impose lui-même. Le subside, dont ce souve- rain a besoin, est demandé aux états aux nom du souve- rain par le chancelier; si les états l'accordent, ce sont eux qui règlent les moyens de le lever, et le souverain n'a aucune part à la perception des impôts : ainsi, pour celte partie, les états exercent la puissance législative. Le sou- verain peut aujourd'hui établir, comme les états, des droits d'entrée et de sortie : anciennement, les états jouissaient seuls de ce droit; mais, pour que les droits d'entrée et de sortie, que mettent les états, puissent se lever, être augmentés ou diminués, il faut le consente- ment du souverain (1). » (1) Le voyageur dans les Pays-Bas autrichiens, ou, Lettres sur l'état actuel de ces pays (1782;, l. I, 2'"^ partie, Lettre 10^ ( 2G5 ) A défaut d'écrivains du |)ays, les étrangers empècliù- ront donc la prescription du silence : l'ancien droit con- stitutionnel restait debout, car le déni de justice, de même que Tahus, perpetuo clamât. Une occasion s'olîrit bientôt de faire des représentations contre la violation de ce droit comme de tant d'autres politiquement plus importants; la lutte s'annonçait contre le gouvernement de Josepb II. Les principaux négociants d'Anvers élevèrent les pre- miers, comme de raison, la voix et rappelèrent, à propos des droits de douane dont la vicieuse perception provo- quait tant de plaintes, l'origine inconstitutionnelle de ces droits. Voici comment ils s'expriment dans un Mémoire provisionnel des commerçants de la ville d'Anvers, du 6 juin 1787(1) : « Et quel est le but de toutes ces ordonnances qui trou- blent ainsi la tranquillité publique? C'est pour percevoir et multiplier quelques charges publiques imposées sur le commerce sous la dénomination de droits d'entrée, sans la participation ni le consentement des états du pays. La Joyeuse-Entrée nous promet cependant très-positivement que le duc de Brabant ne mettra aucune charge sur ses sujets sans le consentement des trois états de la province; les droits d'entrée sont donc diamétralement opposés aux lois constitutionnelles, et c'est contrevenir directement au premier article de la même Joijeuse-Entrée que d'employer la force contre les négociants pour les faire percevoir. En vain voudrait-on, par une interprétation infidèle, faire com- (1 ) Celle pièce figure dans le Recueil des mémoires sur le commerce des Pans-Bas autrichiens (1787). Il est signé : Los députés des commerçants de la ville d'Anvers, Jacq. Dierexsens, Gilles De Pauw , F. Truyens, M. Van don Boiraerl cl ('.. Claessons. ( 264 ) prendre que le tonlieu, étant un droit sur les marchan- dises et reconnu pour une propriété du prince, il s'ensuit naturellement que le gouvernement a le pouvoir illimité et indépendant de faire émaner toutes les ordonnances nécessaires pour le maintien et l'amélioration de ce droit, et qu'il peut changer et augmenter les charges sur les marchandises suivant les circonstances du temps pour le bien-être de ces provinces. Il résulterait de ce raisonne- ment que le souverain pourrait, sans le consentement des états, mettre sur les sujets des charges aussi considérables que des courtisans imprudents lui conseilleraient; car n'est-ce pas la même chose, quant à l'effet, que le souve- rain puisse arbitrairement faire payer à ses sujets dix flo- rins pour leur habit ou dix florins pour leur maison, ce ne serait que changer le nom et la forme de l'imposition, mais nullement la nature. » Qu'on ne s'imagine pas aussi qu'un silence persévé- rant des étals sur cette enfreinte portée à la Joyeuse- Entrée soit devenu une approbation de ces impositions en faveur du souverain; car, indépendamment qu'une pa- tience constante ne peut motiver une oppression ni une infraction aux droits naturels et stipulés des peuples, il est notoire que les états, en différentes occurrences, ont fait contre ces infractions maintes représentations, dont les unes ont été suivies du succès désiré et les autres ont maintenu l'existence des prétentions et des droits établis. » De leur côté, les députés de la chambre de commerce deGand, dans un mémoire adressé aux états de Flan- dre, le 23 juillet 1787, disaient : « Les droits d'entrée sont une imposition sur le peuple, qui, au fond, ne diffère d'aucune autre et qui, arbitraire ( 26;J ) parce que ses représenlanls n'ont pas été consiillés, est illégale et contraire ;"i !a constitution, ainsi (jn'i! résulte des articles relatifs à la Paci/icalion de Gand, (>' livre des fÀUls de Flandre, art. 4(1).» La plupart des défenseurs politiques de la Belgique, à celte époque, — sans doute par suite du grand nombre de réclamations d'une importance plus généralement com- prise, — ne protestèrent pas contre ce grief national qui étaitcependant un des plus réels et des plus frappants. C'est une nouvelle preuve du décousu qui régna alors dans la défense de nos droits et de l'ignorance où l'on était géné- ralement des vrais principes de notre ancien droit consti- tutionnel. Pas un des manifestes publiés dans ces jours de troubles ne signale ce grief. Van der Noot lui-même n'y consacre que deux lignes : il trouve qu'il ne vient pas à propos de relever les contestations que suscita l'intro- duction des droits d'entrée et de sortie , entre le prince et les états, et il baisse la tète devant le fait accompli (2). Du reste, tous les corps chargés de représenter le com- merce furent unanimes à réclamer l'exécution de la dispo- sition ûnale de l'ordonnance de 1680 citée plus haut. Tous, ils s'élevèrent contre ce système destructif de tout négoce, qui permet à V arbitraire de quelques employés de tailler^ trancher, diriger, de faire la pluie et le beau temps; de disposer, en un mot, de la fortune d'un pays entier, par des règlements qui se détruisent mutuellement et dont la multiplicité excède l'imagination, des règle- ments qui ne servent qu'à vexer le commerce honnête et (1) Julème Recueil de mémoires, Y), i^^. (•2) Requête par divers ciloyens présentée aux états de Brabant, le 2'! mai /7V(V, rédigée par II.-C.-N. Vau doi" Noot, junior, aVocat au conseil souverain de Brabant, p. 33. :2"'* SÉRir, TOME XXXV. 17 ( â66 ) qui sont fulminés sans entendre personne, pas même ceux qui y trouvent leur désolation et leur ruine. Ils furent una- nimes à réclamer, en faveur du commerce et de l'industrie, le droit d'être consultés chaque fois qu'il s'agit d'apporter des modifications à la législation douanière. C'est au nom des traditions nationales, confirmées par le gouvernement lui-même en 1680, au nom de leurs intérêts compromis et do leurs sentiments de dignité froissés par ce despotisme bureaucratique, qu'ils élevèrent d'universelles protesta- tions, prélude d'une révolution (1). Quand les divisions intestines eurent fait avorter l'insur- rection et que le pays rentra sous la domination de l'Au- triche, le savant Raepsaet fut prié de faire connaître ses vues sur les mesures à prendre par le gouvernement res- tauré ; il rédigea une Note sur les points à considérer dans la nouvelle constitution que ce gouvernement annonçait l'intention de donner à la Belgique. Les premiers articles de cette note étaient : « Tous les ans au 1" avril et au \" octobre seront convoqués les états généraux des provinces. » Il ne sera fait aucun changement au tarif des droits d'entrée et de sortie, sans le consentement des états géné- raux (2) » En même temps parurent deux publications fort impor- tantes, l'une, sous le titre de : La république belgique {ilQO) , attribuée à Brialte, pasteur protestant de Namur, réfugié en Hollande; — l'autre, sous le titre de : L'ami du prince et de la nation, ou dissertation sur neuf principes fonda- (1) Toutes ces réclamations rédigées avec beaucoup de vigueur ont été réunies en un volume de 400 pages sous le titre de : Recueil de mémoires ■sur le commerce de Pays-Bas autrichiens. {"2) Voir Pièces justificatives à la suite de la biographie de Raepsaet ; loiiie i de ses œuvres complètes. ( -^tJ' ) mentaux communs aux constitutions des différentes pro- vinces belyiques {\19\), ouvraj^e Uaduil du llaiiiand. -- Dans ces deux publications, les plus sérieuses qu'on ait laites à celte époque si incroyablement abondante en bro- chures plus insignifiantes ou plus odieuses les unes que les autres, on expose sommairement le conflit constitutionnel provoqué par l'établissement illégal des licentes et des droits de douane. Alors parut la Déclaration duroi Léopoldi^ mars 1790), dans laquelle chacun des articles du programme libéral du nouveau gouvernement constitue le redressement d'un des griefs de la nation. Dans cette déclaration, on annonce officiellement : a Que le souverain offre aux états des Pays-Bas en général et de chaque province en particulier la pleine con- firmation de la Joyeuse-Entrée. » Qu'il ne peut imposer aucuns impôts, gabelles ou droits quelconques, que du libre consentement des états, qui ne les accorderont qu'en forme de subside annuel, etc. (1). » L'article 5, § 8 du traité de la Haye (10 décembre 1790) stipula, en effet, que Sa Majesté se propose d'entendre aussi les états sur les changements essentiels qui pour- raient être faits aux tarifs de douanes. Les événements qui suivirent ne permirent pas l'exécu- tion de ce programme. Pour comble de malheur, l'inconsli- tutionnalité des droits de douane, contre laquelle nos états avaient tant protesté, fut tournée contre nous et devint, de la part des démagogues auxquels nous livra l'invasion française, la cause d'une nouvelle injustice et l'occasion d'un préjudice nouveau. (i) Documents politiques et diplomatiques sur la révolution belge de 1790, pai- GaclianJ. ( 268 ) Un arrêté des commissaires de la convention, Merlin, Cossuin et ïreilhart, supprima les douanes des Pays-Bas sur les frontières de la république. Les représentants en Belgique sollicitèrent, à titre de récij)rocité, la libre entrée de nos produits en France. Leur requête lut repoussée. On prétendit que les droits de douane n'étaient pas établis en Belgique par l'autorité du souverain légitime, mais par la volonté absolue des despotes; qu'ils pouvaient, par consé- quent, être abolis; mais qu'en France on ne percevait que des droits établis par la volonté générale de la nation (1). IV. Je viens de parcourir rapidement les diverses phases du long démêlé de nos souverains avec les états de nos principales provinces relativement à l'établissement des licenles converties, après la paix de Munster, en droits de douane. Il importe de démontrer, par quelques considérations , l'extrême gravité de ce conflit et ses funestes conséquences pour notre pays. D'abord, l'établissement arbitraire de ces droits , sans le consentement de la nation, enlevant toute stabilité et toute sécurité au commerce, mettait la fortune des particu- liersà la merci des agents du pouvoir, souvent inexpérimen- tés dans ces matières spéciales et toujours irresponsables. On ferait un volume des récriminations et des protestations provoquées par la conduite de ces agents; leurs caprices (1) Lettre des commissaires de la Convenlion, en date du li février 1795. — Il était dilHcile, ajoute M. Levae, dans son ouvrage : Les Jacobins et les patriotes {p. 580), de se moquer avec plus d'impudence des règles du iiou âeus! ( 200 ) n'en tk'citlaient pas moins de la ruine de nos provinces, Wynants lui-même, malgré ses attaches avec le gouver- nement, critique amèrement l'usage qui était fait du pou- voir administratif en matière de droits d'entrée et de sortie. Dans une Instruction pour son fils, il se sert d'une compa- raison pittoresque, mais juste : C'est un rasoir, dit-il, dont le tranchant est admirable ; mais, gouverné par une main malhabile, il taille la chair vifve et bonne , et les blessures sont d'une çiuérison difficile (i). Parmi les causes qui, dans la dernière moitié du dix- septième siècle, contribuèrent à la décadence commerciale et industrielle de nos provinces, il en est une qui est généralement signalée, c'est l'avidité du gouvernement ne se préoccupant que des recettes à opérer, et sacrifiant à cette mesquine et inintelligente préoccupation les intérêts les plus sérieux du pays, par une législation douanière faite sans la participation des états chargés de les défendre. « On comprend aisément, dit, en 1788, l'Anglais Shavv, le tort que fait au commerce l'indiscret usage de ce pouvoir. De bonnes branches de commerce, qui peuvent supporter des impositions modérées, sont perdues quand elles sont soumises à des impôts plus pesans. Quand un prince veut augmenter ses revenus en augmentant les droits de douane sans réflexion, il tarit la fontaine, source de ses richesses. Cette vérité n'a pas toujours été bien comprise par les princes qui ont gouverné les Pays-Bas. Le déclin du com- merce de ces provinces, sous les princes espagnols, dans le dernier siècle, doit être en grande partie attribué à l'exercice peu judicieux d'une prérogative qui soumet le {\) Mémoire maniiscril, i^ièce n"189(laloint; III des papiers de WynaïUs. Cfs papiers sont déposés aux archives générales du royaume; ils contien- nent des choses Tort intéressantes. ( 270 ) commerce à la volonté arbitraire d'un monarque (1). » Et puis, il est une autre considération qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est que les produits de ces droits allaient grossir le trésor personnel du souverain, dont ils consti- tuaient, dit le baron de Solelet, les revenus les plus solides et les plus liquides (2). Or, les finances royales étaient distinctes de celles de la nation; et, si je comprends bien cette distinction essentielle, ces dernières étaient consa- crées exclusivement à assurer la marche des divers services administratifs dans le pays, tandis que les souverains pou- vaient disposer à leur gré des finances royales, les employant souvent à l'entretien de troupes dans les guerres du dehors et nous engageant ainsi, contre notre volonté, dans des conflits internationaux, au moins étrangers, si pas con- traires aux intérêts de nos populations. Les finances royales, avant l'introduction des droits d'entrée, se composaient de trois éléments : les domaines, les subsides accordés par les états et les parties casuelles telles que médianates, postes, confiscations, etc. Le pro- duit des droits d'entrée vint fournir une quatrième base (3) et les documents historiques attestent qu'elle devint bientôt fort considérable et qu'elle ne cessa de progresser. Voici quelques chiffres officiels que nous avons pu recueillir. On trouve dans les papiers de Wynants (4) que ces (1) Essai sur les Pays-Bas autrichiens, p 48. (2) Manuscrilintilulé: r/-a;7e de la consistance et de l'emploi des revenus des Pays-Bas. — Solides, liquides : le financier officiel a voulu faire de l'esprit; cependant, le non> même qu'il portait aurait dû le rendre prudent en matière de jeux de mots. (5) Gachard, Tableau de la situation de la Belgique à la mortde Marie- Thérèse (Revue de Bruxelles., année 1837). — Voir aussi tous les manuscrits déjà cités sur les ûiiances du pays. (4) Archives du royaume. ( ■i'i ) droits turent affermés en 1718 pour la somme de 1,700,000 florins, et le baron de Sotelet alFirme qu'avec une adminis- tration moins mauvaise, ils auraient pu produire dès lors 5,000,000 de llorins. L'administration des douanes était confiée à un bureau général de régie , dirigé par un con- seiller des linanccs; elle comprenait 23 départements à la tète de chacun desquels se trouvait un contrôleur qui véri- fiait les perceptions (1 ). En 1754 les droits d'entrée produisirent 2,254,070 flo- rins. D'après les rapports du trésorier général, baron de Crassier (2), ils produisirent, de 1757 à 1785, les sommes suivantes : ANNÉES. REVENUS. ANNÉES. REVENDS. 1 11757 1758 1759 1760 1761 1762 1763 1764 1765 1766 1767 1768 1769 1770. .... 1771 Florins. 1,925,502 1,987,577 1,943,101 ■ 2,220,896 2,289,312 2,104,552 2,261,497 2,702,945 3,058,475 2,942,152 3,013,113 2,737,996 2,762,092 2,813,933 2,968,463 1772. 1773 . 1774. 1775. 1776. 1777. 1778. «779. 1780. 1781 . 1782. 1785. 1784. 1785. Florins. 2,891,941 2,886,948 2,941,009 3,055,273 5,149,791 5,055,654 2,887,744 2,945,582 5,105,700 3,018,900 3,274,200 3,220,900 3,332,700 5,''jt)3,100 (1) Van Bruyssel, Histoire du commerce belge, l. III, p. 288. (2) Archives du royaume. ( 272 ) Ces chiffres prouvent que la perceplion de ces droits devait avoir une importance extrême aux yeux du gouver- nement. Mais c'est à un autre point de vue que je tiens à faire ressortir cette importance. Le but de la présente étude est d'examiner surtout la question de droit public qui se rattache à l'origine des licentes et des douanes dans nos provinces. Cet examen n'exige pas de longs développements. Les faits que nous venons d'exposer prouvent assez que le gouvernement, alors même qu'il s'épuisait en expédients et en chicanes, avait la conscience qu'il heurtait des dispositions formelles de notre ancienne constitution. Et d'abord, la disposition relative à la liberté commer- ciale reconnue, à travers tous les régimes, comme une des principales causes de notre prospérité. Je me contenterai de reproduire les lignes qu'y consacre le plus récent com- mentateur de nos Joyeuses-Entrées, notre jeune et savant correspondant M. Poullet : « L'art, 6 de la Joyeuse-Entrée consacre pour tout Brabançon la liberté du commerce intérieur : chacun peut commercer librement et paisiblement enpaijant son lonlieu légitime, c'est-à-dire, en payant certains droits de pas- sage dépendants du domaine des souverains. Par là le duc s'interdit, non-seulement de soumettre les trafiquants à des taxes arbitraires, mais encore de défendre entière- ment le commerce à certaines catégories de ses sujets, ou d'en faire dépendre l'exercice d'un octroi particulier acheté à sa puissance souveraine. » Celte garantie, qui n'était pas nouvelle dans le droit brabançon (charte de Corlenbergh), puisque , depuis long- temps déjà, les ducs ne pouvaient plus frapper leurs sujets ( "^75 ) d'impôts arbitraires, est d'autant (dus pn-cieusc qu'elle donnait au commerce la première de ses conditions de succès : une base lixe pour ses calculs et ses op»'ra- tions(i). » — Nos lois fondamentales^ dit à son tour M. Brit/ (!2) , avaient établi ta liberté de commerce; Philippe U établit le monopole par les ordonnances. Ensuite, rétablissement des droits d'entrée, par la seule autorité du prince, violait manifestement le principe lon- damental, garantie et sanction de toutes les autres fran- chises: la nécessité du consentement de la nation à l'impôt. Les défenseurs olïiciels et officieux des souverains pré- tendaient, il est vrai , que ces droits d'entrée n'étaient pas des impôts ordinaires; — mais le motif qui avait fait intro- duire le principe du consentement préalable, existait à plus forte raison pour l'établissement des droits d'entrée, dont les conséquences pouvaient être autrement désas- treuses pour le pays que celles des impôts. « En effet, dit l'historien des douanes en France, les droits à percevoir sur le transport des denrées et des marchandises d'un état à un autre requièrent de plus grandes vues que les autres impôts, une connaissance plus étendue, une combinaison plus approfondie des besoins du trésor public et des inté- rêts politiques et commerciaux (5). » Ne pouvant nier le privilège de la nation de donner son consentement à l'impôt, quelle qu'en fut la dénomination, on objectait la formule introduite pour la première fois par Philippe II : qic'il maintiendra fermes et stables toutes les (1) Mémoire couronné sur l'ancienne constilut ion brabançonne, p. 71. (2) Mémoires couronnés de l'Académie. (3) Saulmeh, liecficrrhcs hisloriqurs sur tes droits le douane; iiilro- duclioii. ( 274 ) garanties stipulées , si avant qu'elles sont a observer et SONT observables. Pouf réfuter cette objection , nous ne pouvons mieux faire que de reproduire l'argunientation de notre confrère qui fait autorité dans la matière. « Philippe lï, dit M. Faider, en introduisant celte for- mule, avait-il une arrière-pensée? C'est ce que nous ne rechercherons pas; nous dirons seulement que lorsque ce souverain, aussi bien que Joseph II, a voulu porter atteinte à la Joyeuse-Entrée , il y a eu insurrection : la clause ne tirait donc pas à conséquence et n'altérait en rien l'obliga- tion écrite dans l'article 58 : de n alléguer jamais^ ni faire alléguer que le prince ne serait pas tenu d'observer le pacte solennellement juré. » De Paepe semble ne pas avoir tenu compte de cette dernière stipulation lorsque, dans le§ 160 de son traité, il examine à qui appartient de prendre connaissance de la possibilité de l'observance , et qu'il répond : au prince. C'est là une erreur : si, dans une circonstance donnée, un article de la constitution devenait inexécutable ou son exé- cution nuisible, le prince devait consulter les états, et, d'accord avec ceux-ci, prendre une résolution ; mais jamais le prince, sans courir le danger d'une protestation ou d'un refus de subsides, ne pouvait se permettre de juger seul de la possibilité d'observance ou de la nécessité d'infrac- tion : le principe émis par De Paepe, dans l'intérêt du pou- voir royal, est donc dangereux et faux (1). » L'intérêt qui s'attachait à ce conflit n'était donc pas exclusivement d'un ordre matériel; c'est ce que les deux par- ties, le prince comme les étals, comprenaient parfaitement. (1) Éludes sur les constitutions nationales. ( 27;; ) De là la persistance des souverains à maintenir la préro- gative qu'ils avaient usurpée, mais aussi racharncmenl mis par nos corps constitués à défendre avec une persévé- rante énergie nos privilèges violés. En effet, c'était pour le gouvernement le seul moyen de se débarrasser du con- trôle des états qu'il ne convoquait qu'à regret et lors- qu'une absolue nécessité le forçait à subir rhumiliation d'une aide à demander [bede) au pays. Ainsi s'explique naturellement ce fait qui a tant exercé la sagacité de nos historiens : que, depuis "1632, no.s états généraux n'ont plus été convoqués , jusqu'en 1790 , à Vépoque de la révolution brabançonne! Sans doute, d'autres causes ont été et peuvent, à bon droit, être assignées à ce grand fait; mais il est impossible de ne pas le rattacher aux actes dont l'appréciation fait l'objet de la présente étude. Il est permis d'affirmer que le souverain ne convoquait les états que lorsqu'il ne pouvait pas se passer de leur in- tervention pour obtenir les subsides dont il avait besoin; il est donc évident que, si nos princes n'avaient pas eu à leur disposition les ressources, considérables et certaines, fournies par la perception des licentes et, plus tard, des droits de douane, ils eussent été obligés de réunir, avec une périodicité plus ou moins régulière , les états généraux du pays. * Or, ce fait de la non-convocation de nos états généraux pendant cent cinquante-huit ans domine fatalement toute la partie moderne de notre histoire politique. Tous ceux qui sont quelque peu familiarisés avec l'étude de nos an- nales ont pu apprécier les conséquences désastreuses de cet étouffement de notre vie nationale, qui coïncide avec la période la plus douloureuse de notre lente et incurable ( 276 ) décadence. Les états généraux convoqués, ne fût-ce que dans quelques grandes circonstances, il est innpossible de supposer que ce réveil de l'esprit public n'eût pas changé la face des événements dont nous avons été les victimes. Voilà donc la conséquence capitale qui découle de celte lutte à outrance dont nous venons de décrire les phases successives. Plus on approfondit les résultats de l'établis- sement inconstitutionnel des droits de douane, plus on en sent la gravité. Ce n'est pas sans motif que notre histo- rien Raepsaet affirme que le privilège de consentir à l'impôt est de tous nos privilèges celui dont les Belges se sont ton- jours montrés le plus jaloux. Ce n'est pas sans intention que le juriste De Paepe, président du conseil privé, rat- tache à l'opposition de nos états contre l'introduction des licentes , l'examen de la question : Si la violation des pri- vilèges par le prince est une raison de révolte contre lui. Cette question, il va de soi qu'il la résout négativement; mais la même solution n'y fut pas donnée par d'autres nations, chez lesquelles le même fait de l'introduction de droits d'entrée sans le consentement de leurs représen- tants légaux, a conduit aux résolutions les plus extrêmes. Et, d'abord, en Angleterre, le malheureux Charles 1" souleva avec son peuple un conflit d'un caractère absolu- ment identique, et il vint, lui, se briser contre l'énergie de son parlement. — Lui aussi, pour continuer une guerre entreprise cependant de l'assentiment du pays, il se créa des ressources par la perception de droits de douane connus sous les noms de droits de tonnage, de pondage et de ship- money, établis de son autorité privée et sans le consente- ment des communes. — Lui aussi, pour échapper aux pro- testations de la représentation nationale, crut terminer le différend en le soumettant à la décision de juges qui lui ( ^77 ) donnèrent raison, mais que l'histoire à llélris (1). — Lui aussi, s'irrilant des barrières constitutionnelles qu'on oppo- sait à sa puissance, ajourna pendant douze ans la convo- cation du parlement; et tous les historiens sont d'accord à signaler celle lutte comme ayant conduit latalement à la sanglante péripétie qui fournit à l'histoire de l'Angleterre sa page la plus lugubre. Je me contenterai de citer l'opinion de Blackstone (2). a Les ministres de Charles l", dit-il, n'attachèrent jias assez d'importance au renouvellement légal de la conces- sion de ces droits (de tonnage, etc.) qui furent néanmoins levés et perçus, quinze ans de suite, inconstitulionnelle- ment et sans le consentement des Chambres. Ce fut une des causes, fondées dans l'origine à plus d'un titre, de ces soulèvements malheureu.v qui dégénérèrent enfm en rébel- lion et amenèrent le crime de régicide. » (1) « On ne saurait imaginer combien de mal fit à la Couronne et à l'Élat ce reproche non immérité d'infamie dont on chargea les juges , pour avoir servi d'instrunieuls à l'arbitraire en cette circonstance. <^ (Essai sur riits- toire du gouvernement el de la conslitution britanniques, par le comte Joh.nRussell, chap. VII.) Le retentissement de ces faits fut grand. Bodi\ , dans le chapitre de sa République, oii il signale les imperfections de la conslilution anglaise , dit : a Charles 1" leva les droits de tonnage, de pondage el ce ship-money malgré le Parlement, et il eut, pour s'autoriser, la décision de tous les juges d'Angleterre qui la signèrent par corruption, par complaisance ou par crainte. « Serait-il téméraire de supposer que la connaissance de la conduite dé- loyale des juges anglais, au plus flagrant des luttes entre le gouvernement et les états de-Brabaut , ait été pour quelque chose dans le refus persistant de ceux-ci de soumettre leur dillérend à la décision de l'aulorilé jiitii- ciaire ? (2) Commentaire des lois anglaises, 1. 1, p. 573. — Voyez aussi lord John Russell, Villemain, etc. (.î278 ) Si le peuple anglais, exaspéré de cette violation systé- matique et préméditée de sa constitution, n'a pas reculé devant l'horreur si légitime qu'inspire le régicide, le peuple américain, dans une situation identique, n'a pas reculé devant une révolution. On ignore généralement que la cause, non-seulement occasionnelle, mais effective, de la cjuerre de Cin(lépen~ dance américaine fut l'établissement par l'Angleterre de certains droits d'entrée, contrairement aux privilèges de sa puissante colonie transatlantique. Je résumerai brièvement les faits, tels qu'ils ont été exposés par les derniers historiens des États-Unis (1). Le premier état, l'état de Virginie, avait stipulé, dès 1652 : que le commerce serait aussi libre en Virginie qu'en Angleterre, et qu'aucune taxe, douane ou impôt ne seraient établis dans la colonie sans le consentement de la grande assemblée. » En 1692, l'état de Massachusetts dé- créta : qu." aucune imposition ne pourrait être levée sans le consentement des représentants rassemblés en cour géné- rale. En 1704, l'assemblée législative de New- York renou- vela les mêmes déclarations (2). « La prospérité régnait dans toutes les classes de la société... Nul ne songeait à se séparer de la mère patrie. Aucun motif de haine n'existait entre la colonie et la mé- tropole... Quiconque eût prédit alors une séparation vio- lente entre elles, eût passé pour fou... L'Angleterre avait besoin d'argent pour réparer les dépenses de sa guerre du (1) GuizoT, Notice sur Wasliinglon. — Cornelis de Witt, Histoire de Washington et de la fondation de la république des États-Unis. — Xavier EvMA, La république américaine , ses institutions , ses hommes. (2) CORNKLIS DE WiTT. ( -279 ) Canada contre la France; pliant sous le poids d'une dette de cent millions de livres sterling, elle songea à en prendre dans ses riches colonies (1 ). » Laissons parler à son tour M. Guizol : « Tel était l'heureux état des colonies anglaises, lorsque, par une arrogante agression, l'Angleterre entreprit de dis- poser, sans leur consentement, de leur fortune et de leur destinée... « Quand le roi Georges III et son parlement, plutôt par orgueil et pour empêcher la prescription du pouvoir ab- solu que pour en recueillir les fruits, prétendirent taxer les colonies sans leur consentement, un parti nombreux, puissant, ardent, le parti national, se leva soudain, prêt à résister au nom du droit et de l'honneur du pays. a Question de droit et d'honneur, en effet, non de bien- être et d'intérêt matériel. Les taxes étaient légères et n'imposaient aux colons nulle souffrance. Mais ils étaient de ceux à qui les souffrances de l'àme sont les plus amères, et qui ne goûtent de repos qu'au sein de l'honneur satis- fait. De quoi s'agit-il et de quoi dispulons-nous? Est-ce pour le payement d'une taxe de six sols par livre de thé comme trop lourde? Non, c'est le droit seul que nous con- testons. Tels étaient, au début de la querelle, le langage de Washington lui-même et le sentiment public, sentiment vraiment politique aussi bien que moral et qui prouve au- tant de jugement que de vertu (2). » a L'Angleterre, ajoute Xavier Eyma, eût laissé à ses colonies le soin de s'imposer ces taxes, que les colonies les eussent accordées et au delà peut-être; mais l'Angleterre (1) Xavier Eyma, t. 1, p. 104. (2) Notice iur W'aslii nylon , p. 9. ( 280 ) empiéta sur les privilèges des colonies, et elles redressèrent la tète. Question de droit et d'honneur : voilà en quelques lignes l'histoire des causes de la révolution américaine et de cette révolution elle-même (1). » Notre patriotisme aurait à se voiler la face, quand on pense que, chez nous, les états lurent sacrifiés pour avoir compris, eux seuls, cette question de droit et d'honneur. Bien plus : les révolutionnaires brabançons de 1789 n'eu- rent que des sarcasmes pour leurs confrères d'outre-mer. Voici, en effet, ce qu'on trouve dans l'organe du parti Vander Nootiste : « Les Américains, rebelles pour la taxe d'un sol sur le thé, viennent de se donner une constitution, et pour cela on les appelle le peuple le plus sage et le plus vertueux du monde. Risum teneatis (2). » Je ne puis terminer ce travail, qui dépasse déjà, je le sens, les proportions d'une lecture académique, sans exa- miner ce qu'est devenu, dans les temps modernes, le prin- cipe pour lequel nos ancêtres ont si vaillamment lutté. Bien que, d'après le droit public tel qu'il est pratiqué de nos jours chez les peuples constitutionnels, il semble qu'on ne puisse plus mettre en doute la nécessité de leur consentement pour l'établissement des droits de douane comme pour les autres impôts directs ou indirects, il s'en faut qu'aucune tentative n'ait été faite par le pouvoir pour échapper à celte tutelle de la représentation nationale. {\) La république américaine, elc, 1. 1 , p. 1 10. (2) Le journal lirlRloniadaire l'Ami dex Belges, iv du 14 mal 17!)0. ( 281 ; C'est à la faveur des traités iiUernalionaux que certains gouvernements ont cherché à ressusciter le droit de mo- difier les tarifs de douanes sans l'intervention de la légis- lature. La France qui, toujours emportée dans des courants contraires, semble osciller fatalement entre le despotisme et la révolution, la France a vu, à diverses reprises, même de nos jours, son gouvernement reprendre les anciens errements contre lesquels les états et les parlements d'au- trefois se sont si énergiquement soulevés. La politique commerciale du premier empire eut, sous ce rapport comme sous tant d'autres, le caractère le plus absolu. L'empereur faisait les traités de commerce comme il faisait les traités de paix et d'alliance; il se réservait de consulter, de prendre des avis; mais il décidait souveraine- ment. La restauration se garda bien de répudier ce précédent. L'article 14 de la charte nouvelle attribuait au roi le droit de faire les traités de paix, d'alliance et de commerce. La couronne entendit maintenir, sous ce rapport, le droit public tel qu'il avait été établi par l'empire; et c'est dans ce sens que l'article 14 de la charte fut entendu pendant la vie de Louis XVIII et jusqu'en 182G. A celte époque, un débat solennel fut ouvert, auquel prirent part toutes les sommités parlementaires. L'opposi- tion, fortement organisée, réclama, par l'organe de Royer- Colard, contre celte prérogative de la couronne, qualifiée par lui de prélenlion d'un ordre nouveau, d'un ordre inouï. M. de Villèle releva le gant, en citant le précédent récent de traités de commerce qui n'avaient pas été soumis au vote des Chambres et qui n'avaient pas soulevé la moindre critique au point de vue constitutionnel. 2™" SÉRIE, TOME XXXV. 18 ( 282 ) M. de Saint-Cricq, ministre du commerce, alla plus loin; il soutint, dans les termes suivants, la vieille thèse que les droits de douane ne peuvent pas être assimilés aux im- pôts : « Je soutiens qu'aucunes taxes de douanes pouvant ré- sulter d'un traité de commerce n'ont et ne sauraient avoir le caractère d'impôt, et que prétendre le leur attribuer sur le motif qu'il y a impôt partout où il y a perception, ce se- rait annuler par un jeu de mots le droit réservé au roi par l'article 14 de la Charte... Je vous le demande : concevez- vous un traité de commerce, un seul, d'où puisse ne pas résulter des perceptions? Et si toute perception est à vos yeux un impôt, si elle doit être autorisée par les Chambres, ne déclarez-vous, par cela même, que le roi. fait les traités de commerce, mais que les Chambres les ratifient, c'est-à- dire que le roi ne fait pas seul les traités de commerce, c'est-à-dire encore que l'article 14 de la charte cesse d'exis- ter?... » C'est que les droits de douane, en tant qu'il peut s'agir de les débattre avec l'étranger, ne sauraient être des impôts proprement dits, c'est-à-dire des charges im- posées aux peuples , dans la vue de subvenir aux besoins publics; el j'ose dire que c'est à celles-là seulement qu'on peut donner avec bonne foi le nom d'impôt... Quant aux droits qui ont pour objet la défense des intérêts agricoles et manufacturiers, est-ce jamais en vue de l'impôt que vos négociateurs pourraient tendre à les élever, ou seulement pour mieux assurer la défense de ces intértês (1)? » Malgré les efforts du gouvernement, la Chambre des (1) Moniteur de 1S26,p. 555. ( ^85 ) députés, à la voix de Casimir Périer, consacra la vraie doc- trine constiliitioiiiiello et un article important du traité de commerce avec TAiii^Meterre l'ut rejeté après de vives dis- cussions. Un député, qu'on n'accusera pas de tendances révolutionnaires, M. de la IJourdonnaye, alla jusqu'à s'écrier : grâce au système défendu par le fjouier)ieiuenl ^ un ministère qui s'entendrait avec ^étranger n aurait pins besoin do Chambres pour le cote de l impôt! Le second empire, bien que proclamant en toutes cir- constances les principes de 89, mais en réalité préoccupé de la pensée de reproduire l'esprit du premier empire, s'empressa de restaurer la théorie qui considère les traités de commerce comme un droit régalien pur et absolu, s'exerçanl en dehors de tout concours de la représentation nationale. L'article 6 de la constitution du 14 janvier 1852 donna à l'empereur le droit de faire des traités de commerce, et, en vertu de cette disposition, le gouvernement impérial se crut autorisé à négocier, à signer, à promulguer ces sortes de conventions diplomatiques sans l'interventiou du pou- voir législatif. Cette fois encore, il se trouva des hommes de loi, et des plus éminents, qui apportèrent au service des prétentions du nouveau césarisme l'autorité de leur science juridique et de leur haute position politique. L'article 5 du sénatus-consulte portant interprétation et modification de la constitution du 14- janvier 1852, était ainsi conçu : a Les traités de commerce faits en vertu de l'article 6 de la constitution ont force de loi pour les modilications de tarif qui y sont stipulées. » L'exposé des motifs de ce sénatus-consulte , signé par ( 284 ) MM. Baroche , Rouhcr et De Langle, justifiai l cet article 5 dans les termes suivants : « L'article 6 de la constitution donne au chef du pou- voir exécutif le droit de faire les traités de paix, d'alliance et de commerce. Lorsque la nation française traite avec une autre nation , l'empereur doit être son seul représen- tant; ce droit est écrit dans toutes les constitutions mo- narchiques qui ont régi la France depuis 1789. « Cependant, une interprétation, imposée par des exi- gences parlementaires, di^divi altéré cette haute attribution et en avait, pour ainsi dire, subordonné l'exercice à la sanction du pouvoir législatif. On avait consacré, en droit public, que les tarifs établis ou modifiés par un traité de com- merce ne seraient définitifs qu'après avoir été convertis eu lois par les Chambres. Une faculté aussi exorbitante est incompatible avec la dignité de l'empire; elle déplace le droit, sans profit pour la nation. Les stipulations doua- nières insérées dans un traité d'alliance sont presque tou- jours dominées par de hautes questions politiques que le chef de l'État doit seul trancher. L'empereur , en effet , éclairé par les conférences diplomatiques, peut toujours apprécier les intérêts généraux politiques et industriels des deux pays, mieux que le Corps législatif, placé néces- sairement à un point de vue exclusif et devant lequel ne sont pas représentés les intérêts de l'autre nation contrac- tante. C'est donc avec raison que le gouvernement vous propose de déclarer que les traités de commerce portant modification de tarifs auront force de loi par le fait seul de leur promulgation. » M. le président Troplong parut moins explicite. — Le Sénat n'ayant pas, dit-il, à faire la loi politique, mais à l'interpréter, la commission dont il était l'organe dut se ( 285 ) l)orncr à en rechercher l'origine, l'esprit, la portée précise et positive. Tout en reconnaissant que l'article de la nou- velle constitution relatif aux traités de commerce peut donner lieu à de légitimes iiésitations, l'émincnt rappor- teur le justifie par des considérations que nous croyons devoir reproduire en partie (1) : « Pour bien faire comprendre l'utilité et l'opportunité de l'article 5, il faut se pénétrer de l'esprit générateur du système qui nous gouverne; il faut se dégager d'antécé- dents empruntés à des constitutions fort différentes par la forme et le principe fondamental. Après les événements qui, depuis le 2 décembre 1851 , ont si bien à propos détourné les affaires publiques d'une voie fatale, l'équilibre des pouvoirs a du prendre un point d'appui autre que celui qui, sous les deux précédentes monarchies, avait servi de base à l'organisation constitutionnelle. L'opinion unanime de la France ayant porté du côté du pouvoir, trop long- temps affaibli, sa sollicitude et ses espérances, il a fallu retirer le gouvernement du sein des assemblées délibé- rantes qui en étaient devenues maîtresses, et le consolider sur le piédestal élevé par le vœu populaire. Quand le roi gouvernait, le moins possible, sous la tutelle des Cham- bres, il pouvait convenir d'agrandir, aux dépens de la couronne, l'influence du Parlement, et c'est à quoi l'on était parvenu, surtout depuis 1850. » Nous ne voulons nous permettre aucune réflexion critique sur ce système politique; il a eu ses jours de po- pularité et d'éclat, ses côtés brillants, ses grandes res- (\) Rapport fait au nom de la commission chargée (V examiner le projet (le sénatus-consulle portant interprétation et modification de la constitution du li janvier IHiii. ( 286 ) sources d'habile politique; nous nous bornons à constater ici les différences capitales entre ce qui a cessé d'être et ce qui est aujourd'hui, entre ce qui est tombé par des crises irréparables , et ce qui se fonde en France par un élan national irrésistible. Or, nous disons que le pouvoir impé- rial, sorti du sein du pays par trois élections immenses, doit avoir d'autant plus de force, qu'il a des racines plus profondes; qu'un pouvoir si fortement trempé dans les sources populaires, marche en avant de tous les autres en tête de la société; qu'il est le dépositaire le plus intime de la confiance nationale, et qu'entre toutes les délégations de la puissance publique, la sienne est la plus large et la plus complète; non pas qu'il doive effacer l'influence des corps politiques placés près de lui par la constitution pour modérer ses mouvements. Il est contenu, et, ce qui est mieux , il veut être contenu par le libre examen du Sénat et du Corps législatif, par la controverse des hommes expé- rimentés que renferment ces assemblées, et même par les discussions graves et réfléchies que des esprits sérieux peuvent incontestablement soulever dans la presse. Mais il n'est pas moins vrai que dans ses mains repose au plus haut degré l'impulsion gouvernementale; qu'il est chargé de la suprême direction des alïaires avec une part d'initia- tive, correspondant à l'étendue de son mandat, et qu'à côté de la responsabilité qu'il assume, et que ne décline jamais un gouvernement prévoyant et sincère, il a le droit de tenir le timon des affaires d'un bras ferme, résolu et respecté. » Cette manifestation de la force sociale dans la personne de l'empereur s'est produite d'une manière si insigne dans toutes les occasions où la nation a été appelée à se pro- noncer, que la Constitution de 1852 ne saurait être taxée ( 287 ) (l'avoir été trop libérale dans la part qu'elle a laite au pou- voir exécutif. Il est évident, pour tous les bons esprits, qu'elle a fait le pouvoir ce qu'il doit être dans une démo- cratie qui chercbc son assiette après tant de révolutions et de secousses. Jusqu'ici, ce qu'on a ébranlé facilement en France (l'expérience ne l'a que trop montré), ce n'est pas la liberté, celte puissance qui, dans ce pays aux allures indépendantes, survit à tout, môme à ses plus grands excès, et qui se conserve toujours ou par le côté des mœurs, ou par le côté des lois : c'est le pouvoir qu'un mal- heureux esprit de soupçon a tenu en échec depuis soixante ans, comme s'il fût un ennemi ou un mal , tandis qu'il est une nécessité, une garantie, un élément de salut. Le mo- ment est venu, Messieurs, où le pouvoir reprend ses droits et met un terme à ces écarts funestes : la démocratie française, éclairée par de grandes leçons, vient d'abdiquer les préjugés déplorables dont l'avait infatuée une fausse philosophie; elle scelle avec un pouvoir national une ré- conciliation qui fera époque dans notre histoire. » Cette théorie, acceptée d'abord avec la docilité résignée qui marqua la première phase du second empire, souleva une explosion de murmures, lorsque fut signé, en 1860, le traité avec l'Angleterre, signalé comme un véritable coup d'état commercial parles organes les plus sérieux de l'opinion publique dans les deux pays contractants. M. Casimir Périer, l'homme politique qui, dans ce mo- ment même, joue un rôle important à l'Assemblée nationale de France , donna le signal d'une levée de boucliers faite au nom des doctrines constitutionnelles comme au nom des intérêts lésés. Sa brochure : Le traité avec V Angleterre, fi>t un acte de courage au milieu du mutisme imposé par la peur. « La Constitution, dit-il, qui ne permet pas au ( 288 ) souverain de disposer, sans une loi, de la plus petite par- celle des finances de l'État, d'autoriser une commune à emprunter, a-t-elle pu lui donner une puissance aussi redoutable pour tous, aussi dangereuse pour lui-même?... — Mais les traités de commerce ont force de loi. — Bou- leverser de fond en comhie la législation commerciale d'un pays, changer son régime économique tout entier, faire disparaître un principe écrit de tout temps dans ses lois, porter une profonde atteinte à la condition des classes ou- vrières et à la fortune privée, engager à long terme et sans possibilité de retour la fortune publique, — est-ce faire un traité de commerce?... » Puis il ajoute cette dernière considération : « Il peut s'agir, non-seulement de la fortune, mais de l'indépendance nationale. Une erreur peut livrer à une puissance rivale, non-seulement les sources de notre bien- être, mais jusqu'aux armes nécessaires à notre défense (1). » Pendant que la France subissait les théories absolues du nouvel empire, lord Palmerston proclamait en Angle- terre, devant la Chambre des communes, les véritables principes constitutionnels. « Les arrangements, dit le chef du Foreign-Oflîce , qui sont stipulés dans le traité avec la France sont purement conditionnels et ont besoin de la sanction du Parlement. A moins que nous n'ayons la sanc- tion des deux Chambres, nous sommes libres de tout en- gagement envers la France (2). » A la suite de sa brochure, M. Casimir Périer invoque le souvenir d'un autre traité entre la France et l'Angleterre, et il cite quelques pages éloquentes d'un historien français (1) Casimir Périer, Traité avec l'Angleterre, pages 6 à 12. [H) Discours de lord Palmerston, à propos du traité avec la France. ( :289 ) pour (Jémonlrer l'inlluence qu'exerce sur ces conventions iiiteniatioiiiiles la rorme des inslilnlioiis politiques d'un pays. Je crois tievoir reproduire ces réllcxioiis, saisissantes de vérité et toujours pleines d'actualité. et Deux gouvernements étaient en présence dans les négociations du traité de 1780 : un gouvernement libre et un gouvernement absolu. Considérez, un moment, de quel poids avait été dans leur conduite réciproque, la forme respective de leurs institutions. » L'un, le vainqueur, le gouvernement anglais, avait, dans les préliminaires du traité , été entouré de tous les renseignements, de toutes les lumières que l'intelligence et l'expérience d'une grande nation pouvaient mettre au service de la direction de sa conduite; pendant les négo- ciations il n'avait agi, d'une part, qu'éclairé par l'enquête préalable à laquelle il s'était livré; d'autre part, que con- tenu par cette pensée que, le traité aussitôt signé, il aurait publiquement à rendre compte à la nation assemblée de ses moindres prescriptions. Après les négociations, un débat solennel s'était ouvert, et la sanction définitive du traité n'avait été accordée par le peuple anglais qu'après un examen contradictoire où non-seulement l'esprit de critique, mais l'esprit d'opposition le plus systématique et le plus passionné avait été libre de faire valoir à rencon- tre, jusqu'aux plus déraisonnables objections. » Quelles garanties pour les intérêts de l'Angleterre! A chaque pas, ses institutions avaient soutenu sa conduite , préparé son triomphe et rendu, en tout cas, sa défaite impossible. » Regardez maintenant le gouvernement français. D En sa qualité de gouvernement absolu, il n'était tenu à consulter personne que qui il lui plairait; il agissait sans ( 2î)0 ) responsabilité. Qu'arrive-t-il? Non-seulement il ne pro- voque pas d'enquête, mais, quand on lui propose d'en ouvrir une, il éconduit l'honnête homme (M. liovetet, commissaire général du commerce) qui se fait l'organe de cette proposition. Un utopiste se présente (iM. Dupont de Nemours) pour lui tenir lieu de toute la nation; il suit jusqu'aux plus incroyables conseils de cet utopiste. La France tremblante attend l'arrêt de sa fortune publique de la décision d'un seul homme. Elle est déclarée, de par son gouvernement, inepte à être consultée sur ses intérêts, inepte à en surveiller la conduite, inepte à donner ou à refuser son adhésion au traité, quel qu'il soit, dont le pain de ses ouvriers est l'enjeu. Elle ne peut rien prévenir, rien empêcher, rien conduire, et il lui faut tout -supporter, jus- qu'à la ruine ! » Quand il n'y aurait dans l'histoire que ce seul exemple pour prouver que le premier principe de l'économie in- dustrielle et commerciale d'un peuple est le sacré et im- prescriptible principe de la liberté politique, cet exemple ne suffirait-il pas (1)? » Le traité de 1860 a été récemment dénoncé. Je n'exa- mine pas les conséquences économiques qui peuvent résulter de ce mouvement de recul de la politique fran- çaise dans les voies de la liberté commerciale. Je n'ai eu en vue, dans la présente étude, que de signaler les diverses phases de la lutte si importante et si acharnée qui s'est livrée, chez nous et chez les principales nations de l'Europe, sur le terrain des droits de douane que Macau- (1) Histoire de la politique commerciale de la France, par Ch. Gol- BAUD, t. Il , |). 45. ( 29i ) lay appelle le terrain- frontière entre les droits de la Couronne et les prérogatives du Parlement. Espérons, pour l'honncnr des principes et pour la sau- vegarde des droits, que la civilisation aura décidément opéré l'une de ses plus sérieuses conquêtes : la libre dis- cussion de leurs intérêts ne sera plus contestée aux peuples, au nom de prétentions surannées, condamnées par les tra- ditions nationales autant que par les progrès de la raison publique. Ou plutôt, élargissons la sphère de nos espérances et osons prévoir la chute des dernières barrières que les douanes élèvent encore entre les nations. Il n'y a pas longtemps que le principe si élémentaire et si fécond de la liberté des mers a été dégagé des obscu- rités dans lesquelles la diplomatie l'avait enveloppé; et c'est de la Belgique, longtemps victime de cette diplo- matie, qu'est parti le principal cri de délivrance qui eut tant de retentissement en Europe (1). Notre génération a vu consacrer la liberté des fleuves; et c'est encore la Belgique qui, par ses négociations et ses sacriûces, a le plus contribué à faire triompher l'affran- chissement de ces grandes artères par lesquelles circule la vie active des nations. * Le couronnement de cet édifice de progrès, désormais incontestés, serait la proclamation du principe iulerna- tional de la liberté commerciale (2). (1) Le Mare liberum de M. de Pati>, président du conseil de Flandre, parut on 1726. Cet ouvrage, rédigé en latin, comme celui que Grolius avait publié sur' le même sujet, l'ut traduit en français et en flamand; il exerça une inconteslaole influence, parce qu'il était la raison écrite. (2) Sans doute, nous n'en .sommes pas encore là, et je reconnais volon- tiers que la situation est telle, (lue de prudents ménagements sont corn- ( 292 ) Les douanes intérieures, dont l'origine se confondait avec celle des nationalités et auxquelles se rattachaient tant d'intérêts publics et privés, ont disparu, et l'on se demande comment elles ont pu si longtemps résister aux efforts de tant d'hommes éminents dans la science et dans l'administration qui en réclamaient la suppression. Et les douanes extérieures, existant depuis deux à trois siècles à peine, on voudrait en proclamer l'inéluctable pérennité! « Sire, disait Sully à Henri IV, Votre Majesté doit mettre en considération qu'autant il y a de divers climats, régions et contrées, autant semble-t-il que Dieu les ait voulu diver- sement faire abonder en certaines propriétés, commodités, denrées, matières, arts et métiers spéciaux, afin que par le trafic et commerce de ces choses-, dont les uns ont abon- dance et les autres disette, la fréquentation, conversation et société humaine soient entretenues entre les nations, tant éloignées puissent-elles être les unes des autres. » Cette considération si élevée, qui frappait l'esprit du grand ministre, à l'époque même où il préparait l'éta- blissement des douanes en France, comme elle s'impose aujourd'hui, lumineuse et décisive, à nos méditations, après l'expérience de tant de systèmes ayant pour but de spéculer sur la division des races et l'antagonisme des intérêts! Oui, ce Dieu, qui fait briller son soleil sur toutes les nations, a voulu les rapprocher par cette universelle loi de la solidarité qui naît de la réciprocité des besoins; aussi mandés aux gouvernements. Mais, pour tout observateur impartial, il doit être évident que l'abolition des douanes n'est plus qu'une question de temps; or, dans le cours des siècles, que sont quelques années? ( '^95 ) a-t-il départi à chaque peuple son génie et ses aptitudes, à chaque contrée son climat et ses produits. Et parce que les combinaisons d'une étroite fiscalité sont venues momen- tanément méconnaître ces merveilleuses dispositions de la Providence, une politique myope oserait indéfiniment en nei^traliser les bienfaits! El, au moment même où leurs relations sont multi- pliées et facilitées par une accumulation de découvertes scientifiques telle qu'il n'en existe pas d'exemple dans l'histoire, — les nations resteraient séparées par des bar- rières artificielles; elles seraient condamnées à ne rentrer jamais dans la possession de leur liberté naturelle, c'est- à-dire, dans l'exercice complet de leurs facultés, dans la plénitude de leur existence et des incalculables développe- ments que leur réserve l'avenir ! Celte pensée serait impie. Notes de critique et iV exégèse sur Horace, Satires, 1,6, vv. 71-78 et 122-125; par M. P. Willems, correspon- dant de l'Académie. Vv. 71-78 : Causa fuit pater his, qui macro paupcr agello Noluit in Flavi iudum me mittere, magni Quo pueri maguis e centurionibus orti, Laevo suspensi loculos tabularaque lacerto , 75. Ibant octonis referentes Idibas aéra , Sed pucrumst ausus Romam portare docendum Arles, quo.s doccat quivis equcs atque senator Semet prognatos. Depuis l'interprétation donnée par Lambinus à ce pas- ( 294 ) sage, il était généralement admis que Flavius, l'instituteur de Venoùse dont il est ici question, n'enseignailà ses élèves que les mathématiques, et que c'était précisément pour ce motif que le père d'Horace s'était décidé à conduire son fils à Rome. Cela résulte évidemment, disait-on , des vers 74-75. Car le poète y représente les enfants de Yenouse, se rendante l'école, munis uniquement des objets néces- saires pour les opérations d'arithmétique, à savoir, la ta- bula ou la tablette à compter et les loculi ou la bourse de jetons ou de cailloux dont ils se servaient pour faire les calculs, et rapportant à leur maître la solution de la ques- tion qu'ils avaient dû traiter à domicile, et qui était le calcul des intérêts qu'un capital donné peut produire de- puis un terme déterminé jusqu'aux Ides d'un mois fixé [referentes Idibus aéra). Cependant, en ce qui concerne le vers 75, certains com- mentateurs, comme Sanadon,Gessner et Doering, préfé- rèrent à l'explication de Lambinus celle qui avait été don- née par Acron,le commentator Cruquianus et les premiers éditeurs d'Horace. Us traduisent referentes Idibus aéra par : rapportant à leur maître la rétribution scolaire aux Ides de chaque mois. Tel était l'état dans lequel se trouvait l'exégèse de ce passage (1), lorsque le célèbre philologue, Ch. Fr. Her- mann,y consacra en 1858 une étude spéciale dans un écrit académique de l'Université de Marbourg (2). Les résultats de cette dissertation sont ceux-ci. Il n'y a (1) Nous nous sommes contenté d'indiquer d'une manière générale les interprétations reçues avant Hermann, sans entrer dans le détail des nuances qui distinguent chaque commentateur en particulier. (2) Disputatio de loco Horatii Serm.^l^ 6, 74-76. Marbourg, 1838. ( '2m ) aucun motif pour pri'tcMidre que l'école do Flavius à Vc- iiouse lût uniquement réservée à l'élude des nialliémati- ques. C'était, selon toute probabilité, une école primaire où les enfants apprenaient à lire, à écrire et à calculer. Par- tant, les objets mentionnés par le poëte au vers 74 ne sau- raient être que les objets nécessaires dans une telle école : la planclie couverte de cire pour écrire ou pour calculer [tabula) et la boîte ou l'étui, renfermant principalement les livres de l'écolier [loculi, synonyme de capsa, ttjjV/) (1). Le trait satirique que le vers renferme, ne concerne pas les objets, portés par les élèves, mais la personne qui les porte. A Rome la bienséance demandait que l'enfant qui se rendait à l'école fût accompagné de plusieurs esclaves et entre autres d'un capsarius qui portait la boîte à livres de son jeune maître (2). Et le père d'Horace, tout affran- chi qu'il était, n'avait eu garde de manquer à cette règle de convenance (vv. 78-79) : Vestem servosque sequentes In magno ut populo , si qui vidisset. . . . tandis qu'à Venouse on voyait les enfants même des cen- turions aller en classe, chargés eux-mêmes [laevo suspensi lacerlo) de la tabula et de la capsa. (1) Aux passages, mentionnés par Hermann, pour justifier son inlerpré- talion du v. 74 (Suélh., Nér. . 30, Juvén., X, 117), il faut ajouter le témoignage, cité par Becker-Marquardt, Handb. der roem. Jlterth ,\^ , 114, n« 584) : Philostr., v. Soph., p. 111 , 36. Kayser : 'Ispèv âù x«T/cIà)y Kxi ■Katrh.yuyoùii rt ^poaKuQifnévoiJi , àxolcùdov;, xe nxiêo^; a%6>f pifj'ilxv (2) Suéth., Nér.f 36. Même les enfants de familles peu aisées étaient suivis (1 un capsarius. Juvén , X, 116-117. ( 296 ) Au vers 75 le poêle fait ressortir la modicité du salaire mensuel que l'écolier devait à Flavius. Cette rétribution n'était que d'un as par mois (1), et elle était acquittée aux Ides, mais seulement /)e«rfa«^ huit mois de l'année {octonis Idibus); car, pendant les quatre autres mois, des Mes de juin aux Ides d'octobre, il y avait vacances. La plupart des commentateurs d'Horace, qui sont venus après Hermann , ont approuvé son interprétation en tout ou en partie (2). Et en effet, après l'exposition si savante et si lucide de Hermann , il ne me semble guère possible de revenir encore à l'ancienne interprétation de Lambinus. Il y a cependant dans l'étude de Hermann deux points dont la démonstration ne me semble pas fort concluante : c'est l'explication des mots octonis et aéra. . Le mot octonis a fait dès l'origine le désespoir de tous les commentateurs d'Horace. Tous les efforts pour lui donner un sens raisonnable, s'adaptant au passage, étaient vains (3). Hermann prétendit avoir trouvé dans une épi- (1) Sur le payement mensuel de la rétribution scolaire voyez Eecker- Marquardt, 1. 1., 94, n« 499. Il y a cependant aussi des exemples de paye- ment annuel. Juvén., VII, 242-243. Becker-Marquardt, th., p. 95. (2) L'étude de Hermann fut d'abord combattue par Obbarius dans les Neue Jahrb. fuer PhiloL, t. XXVIII, p. 244 (1840). Cette attaque donna lieu à une réplique dans laquelle Hermann maintint, avec de nouvelles preuves à l'appui, sa première opinion. La réponse de Hermann fut insérée dans Zimmermans Zeitschrift fuer Altcrlhumswissenschaft , Neunter Jahrgang, Darmstadt, 1842, pp. 234-252. Obbarius se rallia alors à l'opi- nion de Hermann {Neue Jahrb. fuer Phil., 1844 , t. XL, p. 170). (5) L'interprétation la plus généralement adoptée de Mus octonae était : les Ides qui viennent huit jours après les Noues. Mais d'abord cette traduction ne justifie pas le distributif ocfotme, et ensuite l'épithète serait ridicule. C'est comme si nous disions en français : le 15 janvier qui vient 5 jours après le 1 0. Cependant , après l'étude de Hermann , cette ancienne interprétation a encore été reprise par Orelli et par Ritter. ( 297 ) gramme de Martial (X, 0:2) la preuve que dans les écoles de Home il y avait amiuellemenl (jiialre mois de Nacaiiees. Restaient doue huit mois scolaires, et, parlant, huit rétri- butions mensuelles à payer par l'écolier à son maître. L'énigme des oclonae Jdiis était résolue. Cette découverte semblait heureuse et fut avidement reçue (1). Un examen attentif de l'épigramme de Martial décidera si elle est réel- lement vraie. Cette épigramme contient ceci : 1. Ludi magister, parce siraplici turbac. 6. Âlbac leone flammeo calent luces , Tostamque fervens Julius coquil messem . » 10. Ferulaeque tristes sceptra pacdagogorum Cessent, et idtis dormiantin octobris. Aestatcpueri si valent, satis discunt. L'époque à laquelle les vacances cessent y est nettement mdiquée : sceptra paedagofjorinn dormianl in ïciiis octo- bris (15 octobre). Mais quand commencent-elles? D'après Hermann, le poëte indique qu'au mois de juillet il n'y a plus de classe; Hermann en conclut que les vacances com- mençaient aux Ides de juin (15 juin). Cela est-il bien exact? Martial dit au maître d'école qu'il est temps de finir ses cours : car le mois de juillet fait déjà mûrir les moissons, et, précisant davantage l'époque, le poëte ajoute: le soleil est déjà entré dans le signe du lion [leone flammeo (1) Les vacances d'été du 15 juin au 15 octobre furent depuis lors consi- dérées comme un fait établi. Voyez, par exemple, Becker-Marquardt ^ Bandb. der roem. Alt.^ V, 95, Baehr, Geschichte der roem. Litter., A' éd., t. I, p. 65, Carlsruhe, 18G8. ^""^ SJ^;FUE, TOMR XXXV. 19 ( 298 ) calent luces)\ or le calendrier romain place le lion du 20 juillet au 19 août (1). Il s'ensuit que les vacances ne commencent pas aux Ides de juin, mais au plus tôt aux Ides de juillet (15 juillet). Hermann invoque encore à l'appui de son opinion les vacances judiciaires, mentionnées par le poëte Stace [SUv., IV, 4, vv. 40-41) : Messesque reversae Dimisere forum. Mais les moissons, qui, d'après ce passage, ramènent les vacances des tribunaux, ne commencent elles-mêmes qu'à la fin de juillet. Le vers 7 de l'épigramme de Martial, citée plus haut, le prouve suffisamment. Concluons que la durée des vacances était de 5, non de 4 mois, et partant , que l'in- terprétation, donnée par Hermann à l'expression octonis Idibus, tombe à faux. D'ailleurs que les vacances aient duré 5 ou 4 mois dans la capitale de l'empire romain à l'époque de Martial, vers la fin du 1" siècle après J.-C, serait-il permis de déduire de là que, plus d'un siècle auparavant, vers 60 avant J.-C, dans une ville de second ou troisième rang comme Ve- nouse, les vacances fussent aussi longues? La conclusion est au moins hasardée. Notre seconde objection concerne le mot aéra, que Her- mann traduit par im as. Le pluriel aéra a-t-il jamais été synonyme de uniis as? Hermann invoque le témoignage de Varron {de ling. lat., IX, 49) : pro assibus nonniin- quam aes dicebant antiqiii. J'avoue ne pas comprendre en (1) Th. M.Qmmien^Dieroem. Chronologie bis aufCaesar. Berlin, 1858 p. 59. ( 299 ) quoi ce passage jusliliel'inlerprctalion que Flermann donne au mot acra. De plus, on a fait remarquer qu'une rétribu- tion moiisuolle iïiin as, environ cinq centimes, est inad- missible. Car cet instituteur eùt-il eu 100 élèves, et lùt-il célibataire, sa recette meusuelle'ne lui eût pas suffi pour subsister (1). Il est vrai que Hermann en appela d'abord à un vers de Juvénal (X, 117) : Quisquis adhuc uno parcam colit asse Minervam pour établir que le salaire mensuel d'un as n'était pas quelque chose d'inouï; mais il a été démontré, comme Hermann l'a d'ailleurs reconnu, que dans ce passage de Juvénal il s'agit, non pas de rétributions mensuelles, mais d'un cadeau spécial, appelé Minerval, que les écoliers fai- saient à leur maître aux fêles des Quinquatrus (2). Aussi Krueger, qui, dans tous les autres points, a adopté les opinions de Hermann, en diffère dans l'explication du mot aéra. Acra, dit Krueger, signifie d'une manière géné- rique de la monnaie de cuivre; de là une certaine somme d'argent., nurami, par exemple dans ce vers de l'Art poé- tique (v. 545) : Hic meret aéra liber Sosiis. Ensuite, dans un sens plus spécial, la rétribution sco- laire., 70 âi'^oLxrpov , par exemple chez Juvénal, VU, 217 : Minus est aulcni quam rhcloris acra. Mais l'expressisn n'implique nullement per se l'idée ^^1) Orelli, Excurs. ad h. 1., et Kirchner, ad h. I. (-2) Kircliner ad h. 1. Cf. Becker-Marquardl , 1 i., p. 95. ( 300 ) d'une somme modique; car, dans les deux passages que nous venons de citer, il est au contraire question de sommes relativement considérables. Toutefois , dans le passage d'Horace qui nous occupe, poursuit Krueger, le contexte indique que le poëte a voulu exprimer par aéra une rétri- bution minime (1). Cependant croit-on qu'Horace, en comparant l'école de Venouse à celles de Rome, se soit contenté de dire : ces élèves portaient aux Ides leur rétribution scolaire à leur maître [referentes aéra). Qu'y avait-il de si étonnant en cela? Le jeune écolier de Rome ne payait-il pas, lui aussi, un salaire mensuel à son maître ? Ne croit-on pas qu'Horace eût dû préciser combien l'enfant de Venouse payait par mois à Flavius, pour que le lecteur de la capitale, qui savait par expérience ce que l'instruction de ses enfants lui coû- tait, pût faire la comparaison, et apprécier ainsi la conduite du père d'Horace, qui, malgré la médiocrité de sa fortune, macro pauper agello^ avait osé conduire son fils à Rome pour lui donner une éducation plus libérale. Eh bien ! à côté de la^econ : Ibant octojiis referentes Fdibus aéra qui, à mon avis, présente des difficultés insurmontables, il y a une autre leçon qui non-seulement écarte toutes ces difficultés, mais qui en outre peut invoquer l'autorité de tous les meilleurs manuscrits d'Horace. Et, chose surpre- nante, l'édition de Keller et Holder est la première de toutes les éditions d'Horace qui ait reçu cette seconde leçon (1) Telle est aussi l'interprétation d'Orelli, Ritter et Doederlein. ( 501 ) dans le texte (1). Nous espérons qu'elle ne sera plus jamais Iruslrée du droit qui lui revient. Elle porte : Ibant octonos rofercntcs Idibus acris c'est-à-dire : les écoliers de Vmouse se rendaient en classe, apportant à leur maître huit as aux Ides de chaque tnois. L'autorité diplomatique de cette leçon est à l'abri de toute attaque. Elle est ia leçon commune des manuscrits de la première classe de liokkv [Codices Arrjentoratensis, Monacensis i46So, Ambrosianus , Parisinus 7.975,) du Codex Gothanus B. 61, le seul des manuscrits de la 2'""' classe qui renferme ce vers (2), et du scoliaste Acron, comme le témoigne sa paraphrase : octonos asses aeris (o). (1) Kirchner (dans l'éilition des Épîtres de 1854-1855) avait appelé l'at- tention sur cette seconde feçon qu'il avait trouvée dans le Codex Mona- censis t46S5 ; il l'appelle une notabilis leclto et il la préfère , en ce qui concerne le sens, à la leçon vulgaire; mais il n'avait osé, sur la foi d'un seul manuscrit, la recevoir dans le texte; et il s'était contenté de l'explica- tion de la première leçon par Hermann. Fr. Ritter (éd. de 1857) signale la même leçon (octenos) comme se trouvant dans le Codex gothanus, B.G\] mais malgré l'importance qu'il attache d'ordinaire à ce manuscrit, il a con- sidéré la leçon, bien à tort, comme une conjecture des scoiiasles. Nous sommes étonné que l'ancienne leçon ait été maintenue par L. Mueller dans l'édit. d'Horace (Teubner, 1870 ). Mais comme celte édition a paru une année seulement après le 1" fascicule du t. II de l'édition de Keller et Ifoîder, comprenant les Sermonvs , il est probable que L. Mueller n'avait pas encore ce fascicule à sa disposition dans la préparation de son édition. (2) La 6'' satire ne se trouve pas dans le Codex Bernensis ô6ô; la partie du Monacensis 14685 qui appartient à la 2* classe, cesse au v. 41. Quant au Blandinius antiquissimus , en l'absence de toute remarque positive de Cruquius, il est impossible de dire quelle leçon il contenait. (ô) Porphjrion ne dit rien du v. 75. Il est curieux de signaler ici le procédé du commenlntor Cruquianus , qui a su concilier la paraphrase d'Acron avec la leçon vulgaire, en disant que le poëte s'est servi d'une y7rj(/)ay>j (!), et qu'il a écrit ocfonts Idibus acra au lieu de singulis Idibus octonos asses acris. ( 302 ) La leçon oclotiis-acra ne se trouve comme leçon de pre- mière main que dans des manuscrits de la 5'' classe de Ilolder, c"est-à-dire de la moindre autorité [Codices Pari- sini 7971-74, Leidensis , Bernensis 5/, Dessaviensis , Samjallensis oppid. 313., clc.)(l). L'expression octonos aeris, au lieu de oclonos asses aeris, est usuelle. Voici quelques exemples, réunis par Kirchner et par Holder, qui le prouvent surabondamment : Orelli-Henzen, n" 7115,6 : Municipes praesentes acci- perent aeris octonos. Pline, H. ^^, XIV, 16 (14) : Censores edixerunt ne quis vimim (jraecum octonis aeris singida qiiadrari' talia venderet. Cicéron, p. Rose. Coin., 10 § 28 : iSam -illa membra merere perse non amplius potueranl duodecim aeris. Scol. Bob.., p. 500 éd. Orelli : Ut populus in singii- los modios senos aeris et trientes pretii noniine exsolveret. La leçon octonos aeris, que nous venons de défendre au point de vue diplomatique et de la latinité, est intéressante en ce qu'elle nous révèle un détail qui n'est pas sans impor- tance pour l'histoire de Finstruction chez les Romains. Horace était fort jeune lorsqu'il quitta Venouse. V. 76 : Scd puenmist ausus Romam portare docendum. Il n'était pas âgé de plus de 7 à 8 ans (2) ; car c'est à Rome qu'il a fait toute son éducation. Epist., Il, % 41 : Romae nutriri mihi contisit (1) Voyez la varia lectio de Holder au vers 75. (-2) Franke, Fasti Hor., pp. 8-9. Walckenaer, Hisl. de la vie et des poés. d'ffor., I, p. 9. ( 503 ) et Epist., II, 1, 70 : Memini quae plagosum mihi parvo Orbilium diclare Or le père d'Horace se fixa à Rome, précisément pour ne pas devoir envoyer son fils à l'école de Flavius. Une inslilution, fréquentée par des enfants de 7 ans, ne pou- vait être qu'une école primaire. Flavius était donc un instituteur primaire ou un lUterator, enseignant à lire, à écrire et à calculer. Eh bien! Horace nous apprend ici qu'à Venouse, ville assez importante de l'Italie , vers 58 ou 57 av. J.-C, le prix mensuel de l'école primaire, qui était fréquentée par les enfants des meilleures familles de la ville, était de 8 as, c'est-à-dire 2 seslertii, '/s denarius ou environ 40 cen- times (I). Il n'est peut-être pas sans intérêt de rechercher à ce propos quelle était à cette époque la valeur relative d'une telle rétribution mensuelle, et si de cette donnée nous pouvons tirer quelque^^conséquence certaine sur l'état de bien-être ou de misère du maître Flavius. Une remarque essentielle, c'est que pour la solution d'un tel problème, il ne faut pas perdre de vue les diffé- rences notables que le climat et les époques introduisent dans les conditions de l'économie domestique. Il est donc nécessaire de se rappeler d'abord que l'Ila- (1) Le sesterce (jiie nous évaluons d'après l'opinion généralcmenl reçue à environ 20 centimes, était d'abord (de 2C9 à 217 av. J.-C.) l'équivatenl de 2 iarf/(2); il dispose donc par mois de 500 as ou 15 francs. De cette somme il doit se nourrir, se vêtir et entrenir son équipe- ment (5). Et encore cette solde ne date que de César, vers 49 av. J.-C. (4); antérieurement, partante l'époque qui nous occupe, en 60 av. J.-C, le légionnaire ne touchait par an que 120 denarii ou par mois 10 denarii ou 8 francs; et le centurion, les magni centiiriones , comme Horace les appelle, le double ou 16 francs par mois (5). Mais, dira-t-on, il est difficile d'établir une comparai- son entre Flavius et un légionnaire ; car d'ordinaire le sol- dat n'a pas charge de famille. Je prendrai donc un autre exemple. (1) lîecker-Marquaidt, i. 1., 1112,89. (2) Ib., p. 76. (5) Ce n'est que depuis Auguste que le frumentum est distribué aux légionnaires, sans être décompté de leur paye. Becker-Marquardt, ib., p. 78, n' 369. (4) Suéth.. Ces., 26, place cette innovation de César à l'époque où celui-ci briguait, ab.sent, un second consulat, et où il se préparait déjà à la guerre civile. (5) Becker-Marquardt, III-, 76-77. Quelle était la solde du centurion depuis César? Avait-il encore le double du légionnaire ou recevait-il plus? C'est ce que nous ne savons pas. Cf. A.-W. Zumpt, Comment, epigraph., 1, 452. Berlin, 1850. ( 507 ) Cicéroi), dans un discours composé vers 76 av. J.-C.{i), dit que le maximum du salaire qu'un journalier puisse gagner à Rome, est de 12 as par jour ou 00 ccnlimes. Notons en passant que le salaire moyen des ouvriers à Paris est actuellement d'environ 4,50 francs (2); et qu'il n'y a pas un mois, la ville de Bruxelles ne parvint, mcMiie à ce prix, à se procurer les ouvriers nécessaires pour enlever la neige des rues de la capitale. Si l'ouvrier dont parle Cicéron, travaille tous les jours du mois, sans chômer un seul jour de fête, il se fait une recette mensuelle de oOOasou 18 francs. Mais c'est un taux maximum, et qui n'est donné que dans la capitale de la République; la preuve en est que le salaire mensuel de cet ouvrier est supérieur à la solde mensuelle du centurion. Mais aussi résulte- t-il de là qu'une somme de 18 francs devait ample- ment sulfire à la subsistance mensuelle d'un artisan et de 0 sa famille, même à Rome. A l'ouvrier de la grande ville nous comparerons le paysan, le petit cultivateur. Dans les premiers siècles de Rome la culture de deux^w^era ou '/2 hectare de terre a dû suffire à l'entretien d'une famille (o) : deux jugera formaient le lot d'un colon, et s'appelaient un haeredium. Plus tard le lot du colon fut augmenté; il va jusqu'à 7 et 10 jugera {4). Encore à la fin de la République une pro- priété de \0 jugera formait une petite ferme, un agellum. (1) Pro Roscio com., 10, § 28. (2) Duc d'Aycn, Revenu, salaire et capital. Paris, 1872, p. 69. (3) Voyez la démonstralion de ce fait dans un article de M. Voigt : Ueber die bina jugera der aelteslen roemischen Agrarverfassuny , publié dans le Rhein. Mus. f. Philol., t. XXIV , pp. 52-71 (1869). (4) P. Wiilems, Droit publ. rom., p. 354. (508) Dans une Épître (ï, 7, v. 55 suiv. ) Horace raconte que l'orateur L. Marcius Philippus, qui fut consul en 91 av. J.-C, ayant inspiré à un certain Vultéius Menas, crieur public de profession, l'amour de la vie champêtre, l'en- gage à s'acheter une petite propriété rurale, un agellum (v.81). A cet effet il lui donne 7000 sesterces, et il promet de lui en prêter autant : en tout 14000 sesterces ou 2800 francs. Menas achète pour cette somme V agellum désiré; il récolte du froment et du vin, il élève du bétail (v. 84 suiv.); bref, il engage son capital dans une exploitation agricole complète. Avec ce capital il ne pouvait certes pas acheter plus de 10 jugera. Au commencement du i" siècle de notre ère \e.jugerum ('/i hectare) de terre, propre à la viniculture, est évalué à 1000 sesterces (1). Supposons que Menas, qui vivait un siècle plus tôt, ait acheté le fonds à un prix même moins élevé, par exemple 900 sesterces, les 5(lD0 sesterces qui lui restaient après l'acquisition des \0 jugera, lui étaient amplement nécessaires pour l'achat du bétail et des outils de labourage et pour frais généraux d'établissement (2). Or Varron, écrivain de la même époque, déclare qu'un fonds de '2.00 jiigera rapporte, bon an mal an, un produit brut de 50000 sesterces (5). Cela ferait pour une propriété de 10 jugera 1500 sesterces. Supposons même queces jugera produisent un peu plus, par exemple 1800 sesterces, puisque le petit cultivateur exploite en général mieux son fonds que le grand propriétaire; suppo- (1) Columella, 111,5 § 8. (2) Les frais préparatoires, nécessaires à la viniculture, étaient surtout élevés. Voyez le passage cité de Columella , et sur ce passage Mommsen , Roetn. Gesch., 1, 839, note"" et Becker-Marquardt, 1. I., V-, p. FiG. (ô) Rer.rust, 111,2, § 15. ( 309 ) sons en outre que Menas lasse 600 sesterces par an du bétail qu'il vend; son exploitation agricole lui rapportera au maximum un produit brut annuel de 2400 sesterces : soit 200 sesterces ou 40 l'rancs par mois. Avec ces 40 francs par mois, il ne doit pas seulement pourvoir à son propre entretien, à l'entretien de sa famille, de ses esclaves ou domestiques et de son bétail, mais encore à tous les frais de la culture. Pour en revenir maintenant à Flavius, l'instituteur pri- maire de Venouse, cpii reçoit de ses écoliers une rétribu- tion mensuelle de 40 centimes, il lui suffît d'avoir 20 élèves pour gagner autant que le légionnaire; 40 élèves, pour avoir un traitement égal à la solde du centurion; 4o élèves, pour égaler le taux maximum du salaire qu'un journalier peut gagner à Rome. Enfin s'il a 100 élèves, il se fait une recelte égale au produit brut d'une exploita- tion agricole de 10 jugera. Mais Flavius avait-il, pouvait-il avoir autant d'écoliers? Venouse était une ville importante. Déjà vers la fin du 5® siècle av. J.-C, lorsqu'elle fut conquise par les Romains, elle était To).yâj/5pw7ro;, et Rome y envoya en 291 av. J.-C. une colonie qui, au dire de Denys d'Halicarnasse, se serait composée du nombre inouï de 20000 colons (1). Vers 43 av. J.-C. les 2^' triumvirs promettent à leurs vétérans de les établir dans dix-huit villes des plus riches de l'Italie (>cai i7Sfii:u(ji'çi jcot'i hrÂ-^ei k'/I c'iKoii et; yAWo; o/a-j-épcuca/) , Ct au nombre des plus importantes de ces villes («js/^^ayt-ffrara/) l'historien Appien cite Venouse (2). C'est assez dire que (1) Denys d'Halic. Jntiq.rom., Excerpt. ex lib. XVII et XVIII, 5, éd. Kiessiing. (2) Appien, ^ C, IV, ô. ( 340 ) vers 60 av. J.-C. Venouse était une ville considérable dont la population pourrait être estimée sans exagération à 30 ou 40,000 habitants. L'école de Flavius était fréquentée par les enfants de toutes les familles notables de la ville (vv. 72-73) : Magni Quo pueri magnis e centurionibus orti (1) Ibant et nous restons certainement au-dessous de la réalil<î quand nous admettons que Flavius avait au moins une cinquantaine d'écoliers. La situation pécuniaire de l'instituteur Flavius était donc relativement belle. Aussi n'est-ce pas sur ce point que le poète appelle notre attention. Ce qu'il fait ressortir, c'est la rétribution modique, payée à Venouse,au litterator, par opposition aux écoles de Rome où l'argent scolaire était certainement beaucoup plus élevé. Mais le contraste porte encore sur un autre point. Tandis qu'à Venouse il (1) Comment expliquer la présence de nombreux centurions à Venouse vers 60 av. J.-C? Cela ne peut s'expliquer que par la déduction d'une colonie militaire, quelque temps avant cette époque. Or il ne saurait être question ici de la colonie des vétérans dont Venouse fut menacée par les 2'Js triumvirs et qui y fut en effet établie vers 40 av. J.-C. (Horace, Serm , II, 2, 115 et les commentateurs de ce passage et Zumpl, Comm. epig., I , ÔÔ2 ). Dès lors nous devons conclure que A'cnouse fut au nombre des villes italiques dans lesquelles Sulla établit ses vétérans vers 80 av. J. C. ( App., £. 6'., I, 100), et, partant, les centurions, dont Horace parle ici, furent d'anciens centurions de Sulla. Cette opinion avait été déjà indiquée par Nie- buhr (Fortrage ueber roem. Geschichte, t. III, lôô, Berlin, 1848 et par Kirchner, ad. v. 7ô); et elle trouve sa confirmation dans ce fait que Venouse, quoique colonie latine, avait fait défection pendant la guerre sociale, et fut prise de force par les Romains en 88 av. J.-C App., B. C , I, 4-2 et suiv.Cf. Zumpt,l. 1., pp. 242 et 257, n» 1. ( 511 ) n'y avait, selon toute probabilité, que des écoles élémen- taires, à Rome il y avait déjà trois degrés d'enseignement : l'instruction primaire, donnée par le ////era/or, l'instruc- tion moyenne ou l'explication des grands auteurs grecs et latins, faite par le grammalicus o\\ lilteratus, et l'ensei- gnement supérieur ou l'art oratoire professé par le rhelor{{). Horace suivit à Rome ces différents degrés de l'instruction : vv. 76-78. Sed puerumst ausus'Romara portare docendum Arles, quas doceat quivis eques atque senator Semet prognatos et il entendit plusieurs professeurs (v. 81-82) : Ipse raihi custos incorruptissiraus omnes Circum doctores aderat. A l'époque de Juvénal, vers 100 apr. J.-C. , la rétribu- tion annuelle du rhéteur à Rome était de 2000 sesterces ou 400 francs (2), c'est-à-dire 55 francs par mois. Le traitement du grammalicus était moindre (5); le salaire du litterator était encore beaucoup inférieur à celui du grammalicus. kmû dans l'édit de Dioclétien, 501 après (1) Becker-Marquardt , 1. 1., V^, 93 suiv. (2) Juvén , VII, 186. Les professeurs officiels de rhétorique à cette époque étaient bien payés. Suélh. Fesp.^ 18 : Primus e fisco Lalinis Graecisque rhetoribus annua ceniena constituit (20000 francs par an). C'était un traitement égal qu'Auguste donnait à Verrius Flaccus pour l'instruction de ses petits-fils. Suéth., de gramm., 17. (3) Juvén., VU, 217. Cf. Sénèq., Controv., 26, pp. 265, 24, Burs. : Nunquam magnas mercedes accepisse eos qui ermeneumata docerent. Suélhone ( de gramm.^ 9 , 1 1 , 20) parle de grammatici , qui ne firent pas fortune, entre autres d'Orbilius , qui fut un des maîtres d'Horace. £pist., II, 1,71. D'autres étaient mieux payés. Suétb , de gramm., 3 et 23. ( 312 ) .].-C. (1), le maximum du salaire mensuel du magistcr institulor lUlerarum était lixé à 50 dcnarii (5 francs) (2); celui du grarnmaikus graccus site latimis à 200 denarii (20 francs). La proportion était donc de 1 à 4. Bien que ces chiffres ne nous permettent pas d'évaluer même approximativement ce que l'instruction coûtait à Rome à l'époque d'Horace, les lecteurs contemporains pour qui le poëte écrivait, se rendaient facilement compte de la différence énorme qu'il y avait entre la soniime que le centurion en retraite dépensait a Venouse pour l'instruc- tion de ses enfants, et le prix d'une éducation complète à Rome; et ils devaient apprécier ainsi les sacrifices que le père d'Horace s'imposait, en allant s'établir dans la capi- tale, uniquement pour procurer à son lils lé bienfait d'une instruction supérieure. C'est précisément le but (jue le poëte s'est proposé dans tout ce passage. Vv. 122-125. Ad quartani jacco j post hanc vagor aut ego Iccto Aut scriplo quod inc tacitum juvet; unguor olivo. Porphyrion ajoute aux mots ow^ej/o/ec^o cette remarque: « Lecto prodncta priore (5) syllaba cnuntiare debcmus , quia frequentaliimni est ab eo quod est Icgo. » Dans le codex Parisinus 7975 (XI'' siècle) lecto est suivi de la (1) Th. Mommsen, Das Edikt des Dioclet. de pretiis rcrum vénal. Leipzig, 1851, p. 21. (-') D'après Mommsen, la valeur du denier de Dioclélien élail de */, Groschen, environ dix centimes. (5) Sur le sens de cette scolie voyez Lacbmann, Comm. in Liicret., p. 55. ( ôlô ) gloso pro teclilo (1). Knlin le (lonuncnfalor Crurjuiuniis présente /*■> ) iiièiii»' passiige? Ce serait un |)liéii()iiiùiie sans précécleiil. Si les verbes lectare et scriptarr étaieiil inconnus à Horace, comme nous venons de le dénionlixT, leclo et scn'pio ne sauraient être que des ahlalils du |)arlic. pass. des verbes lerjcn- ol scribere. A ce sujet tout le monde est d'accord. Dès lors lec/o aul scripto sont des ablatifs abso- lus, dont le sujet ou le substantif est remplacé j)ar la pro- position quod me (acitum juvet : construction syntaxique qui n'est pas seulement usitée par les îiistoriens, mais dont le texte d'Horace lui-même présente plus d'un exemple (1). Mais ici commence l'embarras des commentateurs. Com- ment construire et interpréter les deux vers? 11 y a deux opinions différentes. La première, représentée par Bentlée et approuvée par Meinekeet Hofmann Peerlkamp (2), admet la ponctuation suivante : Ad quarlam jaceo ; post hanc vagor aut ego Iccto Aut scripto quod me tacitum juvet. Unguor olivo La traduction française serait celle-ci : a Jusqu'à la quatrième heure du jour je reste dans mon lit d'étude : après celle heure, quand j'ai lu ou écril quelque chose qui me charme pendant mon repos, je flâne. ,1e me frotte d'huile, etc. » Bentlée a consacré une note étendue à la justilicalion de son opinion. Ad quarlam jaceo, dit-il, ne signilie pas: je dors jusqu'à la i'"*^ heure du jour. Horace n'était pas si { I ; Serin , 1 , 1 , 'J4 : parla quod avebas. Episl., 1 , 1 0 , i)0 : pxceplo quod tionsimul esses. Cf. .1. Gantrelle, Gramm. de la langui lat., § 174 , i'i. (5) A CM jujrer d'nprès la ponclualion , celle inteiprélalion est ailoplée au&si |iar Linkcr , IlaiiiJl , l.elii.s el L. Muelici'. ( 510 ) paresseux, si l'on en juge d'après d'autres passages. Ainsi Kpîl''« 11, 1, V. 112 il dit: Prius orto Sole vigil calamiim cl cliartas cl scriiiia posco. A i'Ëpître l, 17, V. G , il déclare qu'il n'est pas possible ù Konie de dormir jusqu'à la prima hora : Si te grata quics et primam somnus iii horani Delectat Fercntinum ire jubebo. Enfin, à l'Épître I, 18, y.*o4, pour dépeindre un fai- néant, il emploie ces traits : Donniet in iucem, scorto postponct honestum (1). Jacere, dit Bentlée, ne saurait donc être ici synonyme de dormire. Le seul sens qui lui convienne, et que ce mot a en effet en certains passages, c'est slndere, in Icctulo scilicet lectioni aut scriptioni vacare. D'ailleurs cela résulte du contexte même, poursuit Bentlée. Car Horace conti- nue : vagoi' aut lecto aut scripto, je flâne après avoir lu ou écrit. Il a donc lu ou écrit avant de sortir, par conséquent il n'a pas dormi ad quartani. Et pour démontrer d'une manière plus palpable que l'abl. abs. leclo aut scripto ne saurait être qu'une explication de jaceo, Kircliner (2) fait cette réflexion, forte juste à première vue, que, sortant (1) On peut encore y ajouter Epist., 1,2, 34-05 : Et ni Posées ante diem librum ciim lumine... (2) Kirchner combat la constriiclion giaramaiicale de Benllén; mais il croit avec lui que lecto aut scripto se lajjporte àjaceo. ( 5i7 ) post (iiiatlam, cl rcntraul pour le déjeuner du midi, Horace dispose de deux heures : temps sulfisaul à la rigueur pour Hàner ou jouer à la halle au (^liauip de >hirs el pour prendre le haiu, comme le poêle ralhrme. Mais où le poêle chercherai l-il dans ces deux heures le temps de faire en outre des lectures ou des composilious? Cependant l'inlerprélation que nous venons d'exposer, présente des dilhcultés sérieuses. ]" « L'on est hien en droit d'être choqué, comme Qui- cherat le dit fort justement (1), de cet (',70, qui ne se rap- porte à aucun verhe,ou qui a un ellet rétroactif (i2). C'est là une singularité dont il eût été à propos de produire un exemple. » En effet, des exemples cités par Bentléc et par .Meineke pour justifier la place extraordinaire, assignée ici à erjo^ aucun ne présente une analogie réelle avec le cas présent (5). 2" Vagor-unguor se suivent sans liaison : asyncleton qui n'a pas de raison d'èfre dans noire passage (4). 5" F^a manière dont le poêle décrit la succession de ses occupations, ne nous permet pas d'admettre que l'abl. abs. lecto aut scripto serve d'explication au verbeyaceo. En effet, com-ment s'exprime Horace, si l'on adopte la construction de Benllée? « Je me repose ad quarkun (supposons jusqu'à 9 heures) : post hanc (c'esl-à-dire une heure plus tard, à 10 heures) je vais flâner après avoir lu ou écrit. » En (1) Revue de l'instruction publique en France^ n" du 2ô janv. IXOiJ, p. 683. — La même objection a été présentée par Heindorf , Kircliner el Rilter. (-2) S'il est le sujet de vayor. (ô) Bentlée compare Serm., I, 4, 13.3. Meineke, Carm., Il, 11 , 15;IV, 12, 26; fporf., IX, ô; Serm., Il, 5, 9 el 103; Episl.,l, 10 , llî; II , 2, 22. (4) Kircliner. ( 5IS ) bonne logique que faudrait-il conclure de là? Que le poëte a lu ou écrit, non pas avant 9 heures, mais entre 9 et 10, non pas dum jacct, mix\s postquam jnciiit. Examinons donc si les motifs, produits par Bentlée et Kirchner et que nous avons exposés plus haut, sont assez puissants pour qu'ils nous obligent d'adopter la construction dont nous venons de démontrer les difficultés en ce qui concerne la syntaxe et la suite logique des idées. Jaceo, dit Bentlée, ne signifie pas ici dormio, mais in lectulo studeo. Le contexte justifie-t-il cette interpréta- tion? Dans tout ce passage Horace décrit sa vie journa- lière pour montrer combien sa vie est plus commode, plus agréable que celle d'un magistrat ou d'un sénateur. Vers le soir, dit-il , je flâne au forum ou au cirque ; puis je rentre chez moi pour dîner. Après le dîner je vais me coucher {deinde eo dormiium), sans me préoccuper de l'heure à laquelle je me lèverai le lendemain : Non sollicitiis , iiiihi quod cras Surgendum sit mane. Et le poète continue : Ad quartam jaceo. Pour celui qui prête quelque attention à la suite des idées, il est évident que ces mots veulent dire : Je reste ou lit, je lie me lève pas avant la 4" heure. Dort-il ou ne dort- il pas jusqu'à alors? Je n'eti sais rien. Lit-il ou écrit-il dans son lit? Je ne le pense pas : au moins le poète ne le dit pas. Ce que le poète veut exprimer, à mon avis, c'est que jusqu'à la 4' heure du jour il ne fait rien, et que s'il a som- meil, il ne se gênera pas pour dormir jusqu'à cette heure. Faut-il gronder Horace si fort sur sa paresse s'il dort ad quartaml Ici il est nécessaire de faire d'abord une ob- servation élémentaire, mais dont les interprètes d'Horace ( 31!' ) noiii pas tcmi assez compte dans l'explication de ce passnge. On sait q:ie dans l'usage journalier les Grecs et les Ro- mains ne se servaient pas d'heures équinoxiales ou astro- nomiques qui, étant la 2i' partie du temps (jui s'écoule de midi au midi suivant, sont d'une durée égale pendant toute l'année. Ils comptaient d'après les heures naturelles (1). F.'heure naturelle est la 12'" partie du jour vrai, c'est-à-dire de l'espace qui s'écoule du lever au coucher du soleil; par conséquent la longueur de l'heure romaine varie selon que la durée du jour naturel augmente ou diminue; et hien que la 7'' heure coïncide toujours avec le milieu du jour ou notre midi, les rapports des autres heures à nos heures équinoxiales changent de jour en jour. Ainsi la quarlahora va au solstice d'hiver de 9 46' à 10 51', à l'équinoxe de y à 10, au solstice d'été de 8 15' à 9 29' (2). La quaria hora commence donc en été à 8 '/^ heures, en hiver à 10 heures moins un quart; la différence est assez sensihie, et pour juger le cas d'Horace, il neserait pas inutile de savoir à quelle saison de l'année il a écrit notre satire. Je pense que le passage même qui est ici en question nous permet de déterminer cette saison. Horace avait l'hahitude de prendre son repas principal [ccna] vers le coucher du soleil (.so/e suprcnio), même en ('(é (5). Mécène avait cette même hahitude; il dînait sub lumina prima {k). Dans notre salire aussi le poète raconte (1) Becker-Marquardl,V" , 26?. (2) Ihid., p. arw. (3) Epist., 1,5, ô. — Celte Épitre fut écrite en été. Cf. v. 1 1 : Aestivam sermone benigno lendere noctem. La leçon aestivam , mise en suspicion par certains commentateurs d'Ho- race, est bien défendue par Rilter. (i) Hor., Serin., Il , 7 , 35. ( 5^20 ) qu'il tlànc an forum vers la brune , el qu'ensuite il va dîner chez lui (v, 115 suiv.) : VcspertiiiunKjue percrro Saepe l'orura, adsisto divinis, indc doimiin me Adporri et ciccris refero lagaiiique caliuuin. Il ne dîne donc qu'après le coucher du soleil. Le soleil se couche au solstice d'hiver à 4 27', à Téquinoxe à 6, au solstice d'été à 7 55'. Le repas que le poëte prend est frugal; il ne saurait donc être de longue durée. Après la cena Horace va se coucher [cleindc eo dormUtnn, v MO). Cela démontre sulïisamment, ce me semble, que notre satire a dû être composée pendant l'époque où les jours sont les plus longs; car quand le poëte dînait à 472 ou même à 6, il n'est pas probable qu'il se couchât immé- diatement après. Le solstice d'été, c'est-à-dire le jour le plus long, est lixé par le calendrier julien au 24 juin (1). Cette époque est confirmée par un autre détail que le poëte donne plus loin. Il dit (v. 125) qu'il se livre chaque jour à des exercices corporels jusqu'à ce que l'ardeur du soleil [sol acrior) le chasse du Champ de Mars. H écrit donc à une sai.son où le soleil, à certaines parties du jour, est déjà brûlant, comme à la lin de mai ou la première moitié de juin, tandis que pendant les mois suivants, tels (|ue juillet et août, la température élevée ne permet pas à Home de jouer au jeu de balle, même de dix heures à midi, et que les personnes aisées recherchent alors le repos (Je la villégiature. Ceci étant admis, Horace se lève donc à 8 V* heures. Mais comment concilier ce passage avec les autres textes (1) Tb. Mommsën, Die roem. CItronol., p. l'o'J. ( 5^21 ) cités par lieiillée, dans lesquels l'iieure du lever est, d'après noire poëte, au plus tard la prima hota. Il y a à ce sujet difTcrenles observations à faii'C. D'abord, pour alliriner qu'il y a là une contradiction réelle, il faudrait savoir à quelle saison de l'année Horace a écrit les épîtres dont ces passages sont extraits; car la prima fiora d'hiver, 7 53', ne diflère guère de la qnarla liora déié, 8 15'. Ensuite ces épîtres ont été composées par Horace entre l'âge de 44 et 54 ans (1). Notre satire a été écrite quand le poëte était dans sa Sy*" année. A d'autres âges, d'autres habitudes. En troisième lieu, et c'est la remarque principale, il ne faut pas perdre de vue le but spécial que l'auteur poursuit dans ce passage. Il tend à démontrer que \m, privatus, il mène une vie facile et agréable qui est interdite au magis- trat, au sénateur. Aussi, comme nous le verrons plus loin, le genre de vie qu'il décrit ici, s'éloigne en plusieurs points de la vie journalière du citoyen romain. Eh bien! tandis que le magistrat devait être présent au forum dès la tertia hora (2), le poëte déclare, avec une certaine exagération sans doute :a(/ quarlamjaceo, je ne me lève qu'à 8 '/'i heures (5). (1) L'Épîlre I, 2, à 44 ans, I, 18, à 45, I, 17, à 45 ou 4fi, II, 1, à 5> ou "A ans. Vo^'ez rintroduclion du Riller à ces diflerenles Épîtres. (-1) Ikcker-Marquaidl , V , p. îHjl . (ô) Les hommes politiques n'étaient pas mécontents quand un jour férié leur pei initiait de dormir un peu plus lard que de coutume. Témoin ce passage d'Horace ( Epist., I, 5, U-IO) : Cras nato Caesare festus Dat veniam somnumque dies. Des doimeurs ad quintain sont mentionnés par Perse, 111, 4, et prope admeridiem par Aulu-Gelle, VU (VI), 10, §5. ( 32â ) Posl hanc, c'esl-à-dire à 9 V2 h., varjor, je sors pour llàuer. Que fait-il de S ^ih 0 '/2? Bien que le poëte ne le disf pas, il fait apparemment sa toilette, et il prend le pre- mier déjeuner {jeiUacnlum). C'était l'heure ordinaire du jentaculum (1), et ()uis, il n'est pas probable qu'il sorte à jeun. Se rend-il à 9 '/2 h. directement au Champ de Mars pour jouer à la balle? Non, car il flâne d'abord, et quand il ne flâne pas, il lit ou il écrit. Supposons qu'il se promène ou qu'il étudie jusqu'à onze heures, il lui reste au moins encore une heure pour le jeu de balle. Puis, quand il est fatigué de jouer et que la chaleur commence à être trop vive (vv. 120-126) : Ast ubi mefessum sol acrior ire lavalum Admonuit vers midi, il va prendre le bain. Après quoi, vers 1 heure il déjeune pour la seconde fois (prawdmm). Mais, dira-l-on, c'était l'habitude à Rome de prendre le second déjeuner vers midi (2). C'est vrai; mais si les habitudes, décrites par Horace, ne s'écartaient pas des habitudes ordinaires de la vie journalière, pas n'était besoin de les exposer aux lecteurs contemporains. Ainsi, en règle générale, le Romain se livrait aux exercices corporels et il se baignait dans l'après-midi avant le dîner {ccna) (3); Horace fait cela avant le prandium (4). En règle générale le Romain dînait (1) Beckei'-Marquaidt, V*, 271 , n^ 1701. (2) Ibid., 27^-273. (ô) /Wrf.,277. (4) Sur des exemples analogues à celui-ci voyez Beckei-Marquanll , ibid., n° 1737. ( 5î2r> ) il la 0' ou !0'" heure (I); Horace après la 112'. D'ailleurs, ayant déjeune vers 9 iieures et ne dînant qu'à 7 'Ai ou 8 heures du soir, Horace prenait nalurellemcnt le second déjeuner un peu plus tard (ju'on ne le laisail d'ordinaire. Des développements qui précèdent, nous concluons que les raisons, par lesquelles Bentlée et Kirchner prélend«'nl prouver que l'ahl. ahs. Icclo aul scripto est une explication (lejaceo, ne sont nullement décisives : partant , que la con- struction, donnée par Bentlée à la phrase, doit être écartée. La seconde construction, proposée parla majorité des interprètes d'Horace (12) , est celle-ci : Ad (|iiarlain jaceo : post hanc vagor, aut ego (Iccto Aiit scripto quod me tacitum juvct) ungiior olive « Je me repose jusqu'à la quatrième heure : après cette heure je flâne ou bien, après avoir lu ou écrit ce qui me charme pendant mon repos, je me frotte d'huile, etc. » Cette construction est plus simple que la première; la suite des idées est plus naturelle. Elle donne lieu néan- moins à certaines objections. Le poète aurait dit : lagor aut ungiior oHvo. Il est sin- gulier qu'il coordonne ici par la particule aut deux actes dont l'un dure une heure ou même plus [vagor], le second seulement quelques minutes [unguor olivo). « Il serait bien singulier aussi, d'après la juste remarque de Qui- cherat (5), qu'un poète eût subordonné la leclure et la composition à un soin aussi trivial que la friction » (lecto aut scripto unguor). (1) /6îV/,ô05'. (-2) Torienlius, Dousa, Sanadon, Heindorf, Orelii, Ritter et Doederlein. Holder semble suivre (également cette seconde construction. (3) Revus de l'instruction publique en France ^ n" du 3ô janvier 180^, p. 683. ( 52i ) En second lieu, d'après celte inlerprétation, le po«'le flâne ou bien il se froUe d'huile pour se livrer à des exer- cices corporels; tandis que les vers suivants semblent indiquer qu'il joue tous les jours au Champ de Mars. Enfin, si l'on adopte celte construction, la particule disjonclive aut répétée joue dans cette phrase un rôle tout à fait exceptionnel. La répétition de aut sert à opposer deux propositions disjonctives (I), ou bien, si la particule est répétée dans la même phrase, elle oppose deux mem- bres coordonnés de la proposition, le sujet au sujet, le régime au régime, etc. (2). Ici, au contraire, on construit vagor x\]T ^ lecto aut scripto, îtwr/wor; en d'autres mots. (1) Hor, Serm, I ,9,58-39 : Inteream , si Aut valeo stare aut novi civilia jura. 11,5,59: 0 Laerliade , quidquid dicam, aut erit aut non, etc. (2) Hor, Carm., III, 20, 15-16 : Qualis aut Nireus fuit aut aquosa Raptus ab Ida. IV, 8, 6: Quas aut Parrhasius protulit aut Scopas. Serm., 1,2, 133 : Ne nummi pereant aut puga aut denique fania. Carm ,1,7, 1-2. Laudabunt alii claram Rliodon aut Mitylenen , Aut Epheson , etc. Surm., I , -23-^20 : Quemvis média elige turba , Aut ob avariliam aut miser» ambitione laborat. ll,7,"i.n-26: Aut quia non sentis, quod clamas, rectius esse, Âul quia non (îrmus rectum défendis, etc. ( ''SS ) la première parliciile anl lie les deux propositions princi- pales, la seconde coupe la première disjonclion pour lier deux membres subordonnés. Un second exem|)le d'une lelle dérogation à la clarté de la pbraséoloj^ie latine serait didîcile à trouver (I). Une troisième interprétation, sorte de moyen terme entre les deux premières, a été défendue par Kircliner, Dillenburger et Krueger. Ces pbilologues suivent, au point de vue grammatical, la construction précédente, mais, malgré cela, ils considèrent, à l'exemple de Benllée, l'abl. (1) Les auteurs latins, quand ils entremêlent des disjonctions de difl'é- renle nature, donnent de la clarté à la phrase, en marquant les différentes disjonctions par des paiticules différenles. Cic, Acad., II , 4, ^ 1 1 : l'ide- renlurne illa Philonis , aut en 7ium vel e Philonf^ vel exuUo Jcademir.o audivisscl aliquando? De orat., I, 12, § 52: j« hominum mentibus vel ad irim aut ad odium aut ad dolorem incilandis vel ab hisce lisdfm permotionibus ad lenitatem miserkordiam que revocandis? Cf. Hand, TurselUnHS sett de particulis lut. Leipzig, 1829, I, pp. o28 et 548. Un exemple bien connu d'Horace est celui-ci : Carin., IV , 2, vv. 10 suiv. : Sen per audares nova dilhyrambos Vcrba devolvil nuineris^ue fertur Lege solutis Seii deos resiasve canit Sire, quos Elea domiini rcducit Pabiia coelesles pu^ilemrc equunirc Dicit H centum , etc.. On m'opposera peut-être des exemples comme ceux-ci : Cic, de or^it., F, U, § .35 : ne aut de C. Laelii, soceri met, aut de httjus generi aut arte aut gloria detraham. In Pison., 39, ^ 94 : re.v ipsa et reipiiblicae tempus aut me ipsum, quod nolim, aut alium quempiam, aut inoitahit aut deliorta- bitiir. Mais dans ces passages il n'y a pas deux disjonctions entremêlées ni subordonnées, mais simplement deux disjonctions qui se suivent et dont chacune est exprimée avec beaucoup de précision et de clarté par un aut répété. ( 5:2() ) abs. lecto aut scriplo comme uneexpiicalioii du verbe yaceo. Cet essai de conciliation ne résout aucune difficulté; et il est exposé à toutes les objections que nous avons faites à chacune des deux premières interprétations. Il me reste une dernière observation à faire. Elle ne concerne pas seulement toutes les interprétations de ce l)assage que nous avons énumérées, mais le texte lui- même que la tradition des manuscrits a transmis. Cette observation se rapporte au pronom ego. Le nom. sing. ego est exprimé très-fréquemment par Horace (i), mais nulle part il ne se trouve sans une raison spéciale. Il sert ou bien à marquer une opposition avec un autre personnage, ou bien à faire ressortir un acte, une opinion propre à la personne, indiquée par ego; et partout le mot ego est !)lacé tout près de la personne à laquelle il est opposé, ou (le l'acte sur lequel il appelle l'attention, de manière à marquer par sa place même le motif de son emploi. Or qu'en est-il dans notre passage? Que le pronom ego soit le sujet de vagor ou d'unguor, toujours est-il qu'il se trouve à distance du mot qu'il aflfecte spécialement. El puis, dans tout ce passage le poète compare sa vie jour- nalière à celle d'un magistrat; il énumère, dans une série de 19 vers (vv. HO-128), tous les actes qu'il pose pen- dant une journée : ego vivo-incedo-percontor-pererro- adsisto-me refero-eo dormitum-j aceo-vagor ego iinguor- fugio-otior ; et le pronom ego dont la seule fonction est de marquer le contraste et que le poète a en effet placé en tête de sa narration au vers 110, aurait été répété, une seule fois, au bout du treizième vers, pour appeler l'at- tention spéciale du lecteur sur un des deux actes qui (1) E(jo se trouve plus de cent fois dans les œuvres d'Horace. ( 527 parmi Ions soiil les plus insigiiiiiaiils : hi llàiiciir on la IViclion? Cela n'est pas admissible (J). Aussi, sans hésilalioii , je remplace eyo \)i\\' Icf/o. Celle seule coiTection sulïil |)Our écarter toutes les (iillicullés de ce passage si controversé. Ad quartani jacco; post liaiic vagor aut Iri/o; Icclo Aut scripto quod nie tacitum juvel, uiiguor olivo « Je me lève à 8 '/i h.; vers 9 '/s h. je flâne ou je lis; après avoir lu ou écrit tant qu'il me plaît d'être en repos (2), je me frotte d'huile, etc. » (1) Heindorf compare e(iiii , vl\ (528) La source de la fausse leçon ego saute aux yeux. Du moment qu'un scoliasle s'était figuré que tecto et scripto étaient des fréquentatifs de lego et de scribo, il devait se dire que lego lecto était évidemment une faute, et rien de plus simple que de corriger : ego leclo. Enfin pour justifier la quantité de l'o de lego, qui est ici bref, il suffit de rappeler qu'Horace, dans les satires et épîtres, donne assez fréquemment cette quantité à l'o final du présent de l'indicatif. Nous en avons un exemple dans la G*" satire même au v. 1 19 : èô (1). — MM. Faider et Poullet, inscrits à l'ordre du jour pour une lecture, feront, vu l'heure avancée, leurs com- munications lors de la prochaine séance, fixée au lundi 7 avril. (1) Les autres exemples sont énumérés par L. Mueller, De re metrica poet. lat., p. 537, et dans V Index grammaticus et metricus de son édition d'Horace, p. 276. ( 529 ) CLASSE IIDS BEWX-ARTS. Séance du 6 mars IS75. M. L. Alvin, directeur. M. Ad. Quetelet, seciélaire perpétuel. Sont présents : MM. X. De Keyser, L. Gallait, A. Van flasseit, H. Vieuxtemps, Ferd. De Braekeleer, C.-A. Frai- kin, Éd. Fétis, Edmond De Busscher, .1. Porlaels, Alpli. Balat, Aug. Payen, le chevalier L. deBurbure, J. Franck, G. De Man, Ad. Siret, Julien Lecicrcq, Ernest Slingeneyer, Alex. Bobert, Aug. Gevaert et Cb. Bosselet, membres; Ed. De Biefve, correspondant. MM. R. Clialon , membres de la classe des lettres , et Ed. Mailly, correspondant de la classe des sciences, assis- tent à la séance. CORRESPOiNDANCE. M. le président du Sénat remercie pour les 64 exem- plaires du tome II de l'ouvrage intitulé : Centième annicer- saire de fondation, destinés aux sénateurs. — M. le Ministre de l'intérieur adresse une expédition de l'arrêté royal du 20 lévrier dernier ouvrant un double concours pour la composition d'un poëme en langue fran- 2""^ SKRIF, TOME XXXV. 21 ( 330 ) çaise el d'un poëine en langue llamande, destinés à être mis en musique par les concurrents pour le prix de com- position musicale de 1873. Conformément à l'invitation, faite par la même lettre, de s'occuper de la formation de la liste double de candidats parmi lesquels seront choisis les sept membre du jury chargé de juger ce concours, la classe a procédé à l'élection des quatorze noms qui seront transmis à M. le Ministre. M. le secrétaire perpétuel donne connaissance, à ce sujet, qu'il a déjà reçu , pour le concours des cantates de cette année, les poëmes français dont les litres suivent : N" 1. Judas Iscariote. — Devise : Aurù saa^a famés. N" 2. Ariane et Bacchus. — Devise : Êvo/ié. N° 3. Prométhée enchaîné. — Devise : Ma seule offense C'est ma fierté, C'est ta défense, 0 liberté! iS" 4. Saïd. — Devise : Béni soit le juste! N" 5. Avant Vorage. — Devise : Essayons quand même. N" 6. La Veillée de Noël aux enfers. — Devise : Israël, réjouis-toi! le jour est proche. Il viendra! (Ezéghiel, pro- phétie.) — M. le Ministre a demandé à la classe d'indiquer les trois membres qui devront, en conformité de l'arrêté royal du 5 mars 1849, composer la section permanente du jury chargé de juger le grand concours de composition musicale de 1873. La classe renouvelle, à cet effet, le mandat de MM. A. ( ùôi ) Gcvaerl, Cli. Bosselct et le clicv. !.. de Biirbure, membres sortants. — M. J. Cuypers, lauréat du concours de la classe en 1872, envoie une reproduction pliolograpliiijue de son bas-relief ayant pour sujet les travaux de l'agriculture, qui a obtenu le prix pour la sculpture. — Réservé pour les archives. RAPPORTS. Il est donné lecture du rapport de la commission nommée pour la réponse à faire à la lettre ministérielle relative aux échanges des œuvres d'art du Musée de l'État. La classe vote la communication de ce document à M. le Ministre de l'intérieur. M. Gevaert fait part des résolutions de la Commission mixte chargée d'examiner les propositions de la section permanente du jurij des grands concours de composition musicale^ concernant les modifications à apporter au règlement de ces concours. Ces résolutions ont pour objet : i° de laisser dans le statu quo l'article 14 du règlement, relatif aux voyages des lauréats; la commission se réserve d'examiner ultérieu- rement cet article d'une manière approfondie; 2° l'adop- tion d'un concours préparatoire plus rigoureux que celui existant actuellement; il aurait une durée de trois jours, et serait obligatoire pour tous les concurrents; à cet effet, on ( 332 ) prescrirait dorénavant une double épreuve, consistant a) dans la composition d'une fugue, et b) dans la composition d'un chœur peu développé, avec orchestre; o° l'adoption du programme pour un examen littéraire auquel seraient soumis les lauréats avant leur départ pour l'étranger. Voici le rapport de la commission, qui a été commu- niqué à M. le Ministre de l'intérieur : « Lors de la séance de la classe du 6 février dernier, à la suite de la lecture du rapport de la section permanente du jury des grands concours de composition musicale, sur des moditications à apporter au règlement de ces concours, diverses observations furent émises concernant la question des voyages ainsi que sur l'opportunité de prescrire aux lauréats un concours préparatoire plus rigoureux que celui qui existe actuellement. La classe décida l'impression du rapport renfermant les propositions nouvelles et la distribution de ce rapport avant la prochaine séance, aiin de mettre les membres à même déjuger en pleine connaissance de cause, lorsqu'elle serait appelée à prendre une décision. Elle nomma en même temps une commission composée des quatre mem- bres de la section de musique, MM. H. Vieuxtemps, le chev. L. de Burbure, Ch. Bosselet et Gevaert et de MM. Gai- lait, Fraikin, De Man et Éd. Fétis, avec la mission d'exa- miner la question et d'émettre une opinion définitive sur la proposition à transmettre au gouvernement au nom de la classe entière. Cette commission , présidée par M. L. Alvin, directeur de la classe, s'est assemblée à deux reprises. Dans la première réunion, les membres de la section permanente, dont les conclusions avaient donné lieu au ( 553 ) renvoi du rapport à la commission mixte prémentionnée , ont exprimé de nouveau leur opinion et ont donné avec tous les dé\*cloppomenls nécessaires, leur avis sur la ques- tion des voyages des lauréats des grands concours et sur l'opportunité de prescrire un examen préparatoire |)lus rigoureux que celui existant actuellement. Après une discussion approfondie de toutes les ques- tions soulevées dans le rapport de la section permanente, la commission mixte adopte sans restriction les conclusions de la section relativement aux nouvelles dispositions à in- troduire dans la réglementation du concours préparatoire. Sur la question des voyages, au contraire, la section permanente ne parvint pas à rallier à son avis la majorité de la commission mixte. Après un long débat, toutefois, on essaya de concilier les deux opinions contradictoires et l'on s'arrêta à une espèce de compromis résumé dans les trois points suivants : « 1° Les lauréats seuls, qui acceptent l'obligation de » voyager pendant trois années, recevront la pension du » gouvernement pendant cette durée de temps. Cette » catégorie de lauréats acquerra, par ce fait, la jouissance » de la pension chez eux, dans leur pays, pendant la » quatrième année; » 2" Ceux qui ne voudraient pas voyager pendant tout » le temps prescrit, n'obtiendront qu'une pension limitée » à la durée de leurs excursions. Ces lauréats ne jouiront » pas de la faculté prémentionnée de toucher la pension » pendant la quatrième année; D 3° Ceux.qui ne veulent pas voyager du tout recevront » une somme de mille francs une fois donnée. Ils ne seront » astreints à aucune des obligations prescrites relativement aux morceaux, aux rapports à soumettre à l'Académie. » ( 354 ) Mais dans une seconde réunion , la commission recon- nut bientôt que la création de trois catégories de lauréats entraînerait une réglementation très-compliquée et pré- senterait dans l'exécution des difficultés presque inextri- cables. Elle a donc pensé qu'il valait mieux réserver éventuel- lement cette question et ne pas toucher pour le moment à la législation en vigueur concernant les voyages. . En conséquence , elle a l'honneur de présenter à la sanc- tion de la classe ses conclusions définitives qui sont les suivantes : 1° Il n'y a pas lieu, quant à présent, d'apporter des mo- difications à l'article 24^ du règlement, article conçu dans les termes suivants : « Le lauréat doit voyager un an et demi en Allemagne, dix mois en Italie, et séjourner ensuite huit mois à Paris. Pendant la quatrième année, il ne peut jouir de sa pen- sion qu'en habitant la Belgique. » Il envoie, avant le 1" mai des trois dernières années où il jouira de la pension, deux grandes compositions mu- sicales , l'une vocale avec accompagnement d'orchestre, l'autre symphonique, lesquelles sont soumises à l'examen de la section permanente du jury et deviennent l'objet d'un rapport qui sera publié. Dans le cours de la dernière année, il doit faire la remise d'un morceau instrumental à grand orchestre, qui ne sera point examiné, mais qui sera exécuté dans la plus prochaine séance de distribution des prix du concours de composition musicale. » Il adresse, en outre, tous les Iroh mo\s cm gouverne- ment un rapport sur ses voyages et sur ses travaux. » Ces rapports sont également communiqués à la sec- tion permanente du jury. ( 355 ) » Il se conlorinc, au surplus, aux instructions que le Ministre lui remet après avoir consulté le jury. » Les dispositions de cet article sont nettes et précises, et il convient d'observer que M. le Ministre de l'intérieur a le moyen de contraindre les lauréats à les observer stricte- ment, soit par la suspension du payement de la |)ension, soit par tout autre moyen qu'il conviendrait d'adopter. 2" il y a lieu d'imposer un concours préparatoire plus rigoureux que celui qui existe actuellement, afln que le prix ne puisse être décerné avant que le musicien soit en pleine possession de toutes les ressources teclmiques de son art. Cette mesure aura pour résultat salutaire d'éloi- gner du concours les jeunes gens qui n'ont pas une voca- tion décidée pour l'art de la composition ; 5" Le concours préparatoire aura lieu pour tous les concurrents, soit qu'ils aient déjà concouru, soit qu'ils se présentent pour la première fois. De cette manière le jury aura la garantie que l'artiste ne se relâche pas de ses études dans l'intervalle d'un concours à un autre. La sec- tion propose, à cet effet, en modification de l'article du règlement concernant cet objet : qu'il y ait une double épreuve consistant 1" dans la composition d'une fugue et 2" d'un chœur peu développé avec orchestre. En vue de cette modification, le laps de temps à passer en loge devrait être augmenté de 24 heures et porté, par conséquent, de 48 heures à 72 heures, soit trois jours; 4" La section propose qu'aucun concurrent ne soit admis à prendre part plus de trois fois aux concours bisannuels. Enfin, la commission estime qu'il serait convenable d'adopter une disposition analogue à celle qui existe dans le règlement des concours de peinture et d'astreindre les lauréats, avant leur départ pour l'étranger, à un examen ( 356 ) ayant pour but de constater que l'artiste, par ses connais- sances générales, est en état de tirer tout le fruit possible de son voyage. Elle a adopté à cet égard le programme suivant qu'elle vous propose de soumettre à M. le Ministre de l'intérieur. Langue française. — Le lauréat devra, dans un travail écrit, fournir la preuve qu'il est en état d'exprimer ses idées en langue, française. Le sujet qui lui sera donné à traiter sera choisi parmi les objets de ses études d'artiste. Littérature générale. — Le lauréat sera interrogé sur les grandes œuvres littéraires suivantes ; les poëmes d'Homère, du Dante; les drames d'Eschyle, de Sophocle, d'Euripide, de Shakespeare, de Corneille, de Goethe, de Schiller. I! donnera une idée sommaire de ces compositions, des ressources que son art peut y trouver, et des principaux personnages créés par ces grands génies, il sera interrogé également sur la Bible au point de vue littéraire. Les lauréats pourront indiquer, eux-mêmes, aux jurys les ouvrages qui ont tout particulièrement fait l'objet de leurs études. Histoire et antiquités. — Notions générales sur l'histoire universelle. L'histoire de la Belgique avec plus de détails. Histoire musicale dans l'antiquité, le moyen âge et les époques modernes; connaissances et appréciations esthé- tiques des principales œuvres musicales composées depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours. Telles sont, iMessieurs, les propositions que croit devoir vous faire la commission à laquelle vous aviez donné le mandat de juger de l'opportunité de revoir le règlement des grands concours de composition musicale, » (337) COMMUNICATIONS ET LECTURES. M. Portaels donne leclure d'une lettre qui lui a été remise lors de son dernier séjour i\ Rome par les {)ension- naires du gouvernement, les pensionnaires de la fondation d'Archis et les jeunes artistes belges résidan t dans cette ville. Celle lettre a pour objet d'appeler l'attention du Gou- vernement sur les conditions matérielles précaires dans lesquelles se trouvent actuellement ces artistes, par suite de la position nouvelle faite à la ville de Rome comme capitale de l'Italie et le changement complet de l'ancien ordre des choses. Ils ont trouvé heureusement quelque allégement à leur position, ajoutent-ils, griice à l'obligeance et aux bonsoiïices de M. Hébert, le directeur actuel de l'Académie française. Les pensionnaires demandent également la création d'un institut artistique à l'instar de l'Académie de France et du Kxuisl-Verein, fondation qui offrirait des avantages non-seulement au point de vue de l'art, mais aussi sous le rapport économique. M. Portaels fait suivre la lecture de cette lettre de con- sidérations personnelles sur la possibilité de réaliser le projet précité. Il termine en signalant combien M. Hébert, par ses procédés pleins de courtoisie à l'égard des artistes belges, a des droits à la reconnaissance du pays. La classe, après avoir pris en considération la proposi- tion écrite de M. Portaels et décidé son inscription à l'ordre du jour de la prochaine séance, vote, par acclamation, des remercîments à M. Hébert , l'un de ses associés. Elle prend ( 338 ) également en considération la question de la création d'un institut belge à Rome. Elle s'occupera, à cet effet, dans sa prochaine séance de la nomination d'une commission appelée à discuter toutes les questions relatives au séjour des lauréats à Rome. Voici la lettre des artistes belges adressée à M. Portaels : « Les pensionnaires du Gouvernement, les pension- naires de la fondation d'Archis, et les jeunes artistes belges résidant à Rome, profitent de votre séjour au milieu d'eux, pour vous faire part de quelques observations touchant les conditions dans lesquelles ils se trouvent. » Rome est la ville désignée de préférence aux artistes lauréats, spécialement aux peintres, sculpteurs et archi- tectes, pour le temps le plus long à y séjourner, par les règlements artistiques de tous les pays. Chacun de nous a déjà pu juger des avantages qu'elle offre à toutes les branches de l'art. Mais malheureusement le pensionnaire belge d'à présent n'en peut plus jouir comme ses prédé- cesseurs. En effet, la nouvelle position faite à la ville de Rome a changé complètement l'ancien ordre de choses. Tel atelier et logement, qui était à une époque pas très-éloi- gnée à la portée de la bourse des pensionnaires, se trouve maintenant plus que doublé de prix. La vie a augmenté dans des proportions plus fortes encore. L'art en souffre certainement, car le pensionnaire ne produit que ce que le chiffre de la pension lui permet d'oser. En un mot la ques- tion matérielle est devenue si importante, que nous ne saurions trop appeler votre attention. Monsieur, sur l'urgence d'une augmentation immédiate des pensions des lauréats actuellement à Rome. Nous vous prions instam- ( 359 ) merit d'insisler sur l'opportunité d'une telle mesure, qui, si elle n'est pas prise, mettra les j)ensionnaires dans rimpossiliilité de remplir leur mission eomme leurs pré- décesseurs. » Par la suite, la création d'une institution artistique belge à Rome olîrirait au gouvernement des avantages sérieux, non-seulement au point de vue de l'art, mais sur- tout au point de vue économique. Les exemples que nous avons sous les yeux prouvent par leurs résultats l'excel- lence d'un tel projet. Toutes les nations qui s'honorent d'un passé artistique glorieux et qui ont à cœur l'avenir de leurs écoles, ont ici, soit un institut, soit un local, qui per- met à chaque artiste de profiter, dès qu'il arrive,du bénéfice de sa pension, en lui épargnant les embarras d'installation et les recherches, qui durent souvent des mois, que chacun de nous a rencontrés à son arrivée ici. » Nous n'essayerons pas de faire ressortir tous les avan- tages que donnent aux artistes, français et allemands par exemple, des institutions dans le genre de l'Académie de France et du Kunst-Verein. L'Académie de Lille, qui envoie également des pensionnaires à Rome, y possède un local spacieux avec ateliers, entièrement à leur service. L'Insti- tut de France possède à Athènes un établissement destiné aux pensionnaires qu'elle y envoie. Bien des artistes belges, les architectes surtout auxquels est imposé, par le règlement, le voyage d'Athènes, ont joui des bénéfices de cette institution d'une nation amie. » Nous-mêmes, à Rome, avons trouvé à l'Académie de France un acceuil des plus sympathiques, surtout dans la personne de son directeur actuel, M. Hébert, qui a tou- jours été, pour les pensionnaires belges, d'une amabilité exquise. Il n'a jamais manqué de leur rendre tous les ser- ( 340 ) vices qu'ils réclamaient de lui, et a conquis par cela nn titre incontestable à la reconnaissance de tous les amis des arts en Belgique. » Les pensionnaires actuels ne jouiront probablement pas du bénéfice de la création de cet institut, mais c'est une question sur laquelle il serait important d'appeler l'attention du Gouvernement vu la facilité qu'il aurait de créer un établissement utile et nécessaire à tous les points de vue. » Nous venons donc, Monsieur, connaissant la sollici- tude que vous avez toujours eue pour les jeunes artistes , vous demander d'être notre interprèle auprès de l'Académie royale de Belgique. Nous serons doublement heureux si elle daigne accueillir des réclamations qui nous sont dictées par notre expérience, laquelle, pour être jeune, n'en est pas moins patriotique et juste. Elles sont surtout com- mandées par l'ardent désir que nous aurions de voir la nation, peut-être la plus artiste du globe, représentée digne- ment dans cette métropole des arts qui s'appelle Borne. » Veuillez agréer, avec nos remercîmenls, les senti- ments les plus distingués de vos tout dévoués , Gaston Marchaivt, Ernest Dieltiens, sculpteur. architecte. Léon Philippet, Jean Van den Eede , peintre. compositeur. Ch. Brunin, F. Nisen, sculpteur. peintre. Xavier Mellerv, Rome, janvier 1873. peintre. ( •">^t* ) OUVRAGES PRÉSENTÉS. Acadéinie royale de Belgique. — Compte rendu des séances de la Commission royale d'histoire, III® série, tome XIV*, 5' hiilielin, 1V= série, tome I", 1" bulletin. Bruxelles, 4872, 1875; ii cah. in-8". Commission académique de publication des œuvres des grands écrivain-< du pinjs. — OEuvres de Froissart publiées par M. le baron Kerv) n de Lettenhove. Tome XVI. Bruxelles , 1873; in-8°. Catalan (E). — Nouvelle formule d'intérêt composé. Paris, 1872; in-8". Catalan [Eugène). — Sur quelques questions relatives aux fonctions elliptiques. Seconde note. Rome, 1873; in-8°. jVève (Félix). — Les quatre facultés de Nancy. Louvain, 1873; in-S". — Martin Dorpius ou les études d'humanités dans les écoles de Louvain au commencement du seizième siècle. Louvain, 1873; in- 12. Knpff'ersclilaeger {Isidore). — Dosage de l'acide carbonique. Bruxelles, 1872;in-8°. Ilelbig {Jules). — Histoire de la peinture au pays de Liège. Liège, 1873; in-S". De Blanckart-Surlet {baron Charles). — Essai sur l'histoire moderne de 1740 à 18(50, tome 1". Liège, 1872; in-8'\ Aristide le Solitaire. — Souvenir de famille. Dour, 1872; in-8". Conseils provinciaux des neuf provinces du royaume. — Bulletin des séances pour 1872; 9 vol. in-8". Commission centrale de statistique. — Bulletin, tome XII. Bruxelles, 1872; in-4°. ( 342 ) Revue de Belgique, h" année, l"^" à 3'' livr. Bruxelles, 1875; 5 cah. in-8°. Chronique de l'industrie, vol. 1, n°' 49 à 53, titre et table. Bruxelles, 1873; (5 feuilles in-4". L'Abeille, XIX* année, 1" à 5Mivraison. Bruxelles, 1875; 0 cah. in-8°. Commissions royales d'art et d'archéologie, XI" année, \\ et 12. Bruxelles, 1872; in-S". Journal des beaux-arts et de la littérature , publié sous la direction de M. Ad. Siret, XV" année, n"' 1 à 6. Saint-Nicolas, 1873; 6 feuilles in-4». Revue de l'instructiou publique en Belgique, XX' année, 6MivT. Gand, 1872; in-8°. Inscriptions funéraires et monumentales de. la province de la Flandre orientale, 64" à 69" livr. Gand; 3 cah. in-4". Choix de graines récoltées au jardin botanique de runiver- sité de Liège en 1872 ; in-8°. L'Illustration horticole, tome XIX, 20" livraison. Bruxelles, 1872;in-8°. Société malacologique de Belgique. — Procès-verbal de la séance du 2 février 1875. Bruxelles; feuille in-8''. Académie royale de médecine de Belgique. — Bulletin , 1872, 5" série, tome VI, n" 10 et dernier. Bruxelles, 1872; in-8». Société royale de pharmacie de Bruxelles. — Bulletin, 17" année, n"' 1 à 3. Bruxelles, 1875; 5 cah. in-S". Annales de médecine vétérinaire, 22" année, 1"'' à 3 cahiers. Bruxelles, 1875; 5 cah. in-8°. L'Echo vétérinaire, 2" année, n"' 11 et 12. Liège, 1875; 2 cah. in-8''. Le Scalpel, 25" année, n"' 27 à 59. Liège, 1873; 13 feuilles in-4''. Annales de l'électricité médicale, 13" année, 10 à 12 livr. Bruxelles , 1 875 ; 3 cah. in-S". ( 51.-, ) Annales d'oculistiqiie , 38'" année, i"' ot 2""^ liv. Bruxelles, 1875; cah. in-8°. La Presse médicale belge, 25" année, n"» \ à 13. Bruxelles, 4875 ; 15 feuilles in-i". Société de médecine d'Anvers. — Annales, XXXIV année, livr. de janvier à mars 1875. Anvers; 3 cah. in-8°. Société médico-chirunjicale de Liège. — Annales, 12 année, janvier à mars. Liège, 1875; 2 cali. in-8». Alberdingk-Thijm [Jos.-Alb.). — Volks-alnianak voor ne- derlandsche kalholieken, jaars 1 802-1875. Araslcrdaiu; 12 vol. in-12. Slernicarte in Leiden. — Annalen, 5'" Band. La Haye, 1872; in-4". Pimentel [Henriquez). — Invioed van 'den aard of de soorl van bcdrijf op den gemiddelden levensduur der arheiders. La Haye, 1875; in-S". Butaviaasch Genootschap van kunslen en wete?ischappen. — Verhandelingen, deel XXXVL Batavia, 1872; in-4»; — Tijdschrift voor indische taal-, land- en volkcnkunde, deel XVIII, 6'^'= série, deel I, allev. 5-0. Batavia, 1808-1872; 2 cah. in-8''; — Notulen, deel X, 1872, n«' 1,2, 5. Batavia, 1872; 5 cah. in-8''. Académie des sciences de Paris. — Comptes rendus hebdo- madaires des séances, tome LXXVI, n"* 1 à 15. Paris, 1875; 15 cah. in-4". Société de géographie de Paris. — Bulletin, février 1875. Paris; in-8°. Revue scientifique de la France et de l'étranger, 2* série, 2' année, n°' 27 à 59. Paris, 1875; 15 cah. in-4"'. Revue politique et littéraire, 2= série, 2* année, n°' 27 à 59. Paris, 1873; 15 cah. in-4°. Lenormaut {François). — Lettres assyriologiques , seconde série : Études acadicnnes, tome 1", l"' et 2* parties. Paris, 1873; 2 cah. in-4° autographiés. ( 344 ) Hamy {le D' E.-T.). — Note sur les ossements humains fos- siles dans la seconde caverne d'Engihoul. Paris, 4872; in-S". Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué pendant les années 1S66 , 1867 et 1S68 , par une commission française, présidée par le capitaine de frégate Doudart de Lagrce, et publié par les ordres du Ministre de la marine, sous la direc- tion de M. le lieutenant de vaisseau Francis Garnier avec le concours de M. Delaportc, lieutenant de vaisseau, et de MM. Joubert et Thorcl, médecins de la marine, membres de la commission. Paris, 1873; 2 vol. in-i» et 2 atlas in-folio. Revue hebdomadaire de chimie scientifique et industrielle, publiée sous la direction de M. Ch. Mène, i" et 2" années; 18G8-1869, 18C9-1870. Paris; 2 vol. in-8°. Linder. — Des granules magnétiques qu'on observe dans quelques dépôts du bassin delà Gironde. Bordeaux, 1871 ; in-8°. Portrait gravé sur cuivre de Humbert- Guillaume de Pre- cipiano, évèque de Malines. Dijon ; in-folio. Société météorologique de France, à Paris. — Annuaire, tome XVI% 1868, tableaux météorologiques, feuilles 1-4, 11-14; tome XVIIP, 1870, bulletin des séances, feuilles 9-14. Paris, 1872; 3 cah. in-4°. Revue des questions historiques, Vil" année, 25^ livraison, l" janvier 1873. Paris; in-S". Société linnéenne de Normandie à Caen. — Mémoires , an- nées 1865-69, 1869-72, XV'' et XVI«= volumes. Caen, 1869 et 1872; 2 vol. in-4''; — Bulletin, 2' série, ^^ volume, années 1869-70. Caen, 1871 ; 1 vol. in-8°. Société d'agriculture de Dowa?'. — Bulletin agricole, an- née 1872, n" 2. Douai; in-8». Société des sciences , de l'agriculture et des arts de Lille. — Mémoires, année 1872, III-"" série, 10™" volume. Lille, 1873; in-S". Comité flamand de France, à Lille. — Bulletin, tome VI, n"» 3 et 4. Lille, 1872; cab. in-S". ( 345' ) Académie des sciences et lellres de Montpellier. — .Mé- moires : seclioii des sciences, tome VI, "I" et 7v Case, toiiu' Vil , 1" à 4* fasc, tome VIII, 1"" Case; section de iiK-dccinc, tome III , 4" et 5'' Case, tome IV, 3' Case; scclion des lettres, tome IV', 2* à 4* Case, tome V, 1" et 2« Case Montpellier, 18G;J- 1870; 1;i eili. in-4". Académie de Slanislua, à Nancy. — Mémoires, 1870 et 1871. Nancy, 1872; iii-8". Chatttard {./.). — Des rapports de la physique avec les an- tres sciences. Nancy, 187ô; in-8°. Journal de ragricullure, 1875, lome I, u° 195 à 207. Paris; 15 cali. in-8°. La Revue médicale française et étrangère, 53' année, tome I", 4 janvier. Paris , 1875 ; cali. in-8". Archives de médecine navale, 1875, janvier à mars, n" 1 à 5. Paris; 5 cah. in-8". Revue des sciences médicales en France et à l'étranger, tome I, n" I. Paris; in-8". Reviie britannique, 1875, janvier et Cévrier. Paris; 2 cali. in-8°. Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de V homme , 8°" année, octobre à décembre 1872. Toulouse; in-8°. Société d'agriculture de Valenciennes. — Revue, tome XXV, n''12. Valenciennes, 1872; in-8". Caffiaux [Henri). — Essai sur le régime économique finan- cier et industriel du Ilainaut après son incorporation à la France. Valenciennes, 1875; in-8°. Bulletin scient ifif/ue du département du Nord, à Lille, o* année, n"' 1 à 5. Lille, 1875; 5 cali. in-8". Société vaudoise des sciences naturelles à Lausanne. — Bulletin, 2' série, vol. XI, n" (".8. Lausanne, 1872; in-8". Société d'histoire de la Suisse romande à Lausanne. — Mémoires et documents, tome XXVII. Lausanne; in-S". 2""* SÉRIE, TOME XXXV. 22 ( 340 ) K. Preuss. Akadonie (1er Wissenscitaflen zu Berlin. — 3Ioiiatsl)Ciiclit, Novcrnbor 187:2. Berlin; iii-8°. Devfsclw clieniische Geselhchaft zii licrlin. — Berlchle, Vh'" Jahrg., n" 1 à 4. Berlin, 1873; 4 hrocli. iii-8°. Société dlùsloirc mdiirellc (Je Colmur. — Bulletin, 1:2" et 15' années, 1871 et 1872. Colniar, 1872; in-8°. Frunkc [Angusl Morilz). — Die Erdc als organischer Korper; — Besehreibung einer Sammlnni^ von Gebirgsarten. Dresde; 1873; 2 cali. in-8". Jtistus Perllies' geoçjruplnsrhe Anstalt zu Gollui. — Mil- theilungen, 19. Bd. 1873, I, II. Collia; 2 cah. in-i". Astronomische Gesi'll.'ichaft zii Leipzig. — Vierteljahrs- selirift, VIII, Jahrg., 1. lleft. Leipzig, 1873; in-S". K. Bayer. Akademie der Wissenschuflen zu Mûnchen. — Inliallsverzeiehniss zu Jahrg. 1860-1870 der Sitzungsberichte; — Sitzungsberichte derphilos.-phiiol. und histor. Classe, 1872, Heft II-III; — Sitzungsberielite der matli.-phys. Classe, 1872, Heft II. Munich, 1872; 4 eah. in-8". K. Bayer. Bolan. Gesellschaft in Regenshurg. — Flora, Neue Reihe, 30. Jahrg. Ratisbonne, 1872; in-8"; — Reperto- riuni der period. bot. Literalur vom Beginn des Jahres 1864 an VII. Jahrg. 1871. Ratisbonne, 1872; in-8°. Gr((ssinann {Robert). — Die Erdgeschichte odcr Géologie. Slcttin, 1875; in-8°. Wirtembergisches Urkundeiibiidi , lierausgegeben \on dcm K. Slaatsarchiv in Stuttgart. I., 11., 111. Bds. Stuttgart; 5 vol. in-4'\ Verein [tir vaterlandiselie Xutiirkunde in Wurliemberg , zu Stuttgart. — Jahreshefie, X.XVIIP"^^^ Jahrg, ï. 3. Hefte. Stutt- gart, 1872; 2 eah. in-8". Universitiit zu Tubingen. — Sclirirtcii , 1871-1872. 5 cah. in-4° et 12 in-8-. K. Akademie der Wisseiiscliaflen in Wien. — Silzu/ig der ( 5^7 } math.-n.'itmw. Classe, Jahrp;. 1873, n"' I à 0. Vioiiiuî; 0 fouilles in-8°. A'. K. Universiliit zii Wien. ~ Ubersichider Akndeiniselien Beliorden fiir das Sliidieii Jalir- I87^-!S7.". Vienne. iS?/); in-t". Publicazioni del rente Osservatun'u di lirera in Mlhino, M" I. Milan, 187Ô; in-4". Sa^ji/io (lellc opère di Leonardo du Vinci. — Con venti- (luatlro lavole fotolilografielie di scritliire e disegni Iralti dal eodice Atlantieo. Milan, 187:2; I vol. in-folio. Accadeinia oliinpica de' Vicenza. — Atti, secondo semestre, 1872. Vienne, in-8". ncvista scien(i/ico-industri(de, anno V, fel)I)raio. Florence, 1873; eah. in-8". Genocclii {Angelo,. — Intorno ad nna lottcra del sig. conte L.-F. .Meiiahrea. Rome, 1873; in-4''. Stutislical Socieli/ of London. — Journal, deccmber, 187± vol. XXXV, part IV. Londres; in-8°. The ncudciuy, n"' O.j à 70, january 1, 1873, to march, la. Londres; 8 cali. in-i". Nature, vol. 7, n*"* lOlià 178. Londres, 1873; I3cali. in-4". Museitin of coinparalive zoologij, al Harvard collège, Cam- bridge [E.-U.). — llluslrated catalogue, n" VIL Revision of the Echini; by Ale.xander Agassiz. Parts I-ll, witli forty-nine pla- tes. Cambridge, 1872; 2 cali. in-4°; — Bulletin, vol. III, n"' o- 0. Cambridge; 2 eah. in-8". K. danske Videnskahernes Selskubs , till Kjœbenhaven. — Skrifler, 5. Raekke, naturvid. of math. Afd. IX Band, (5; Ilistor. og j>liilos. Afd., 4. Band, 7; Oversigt, 1871 , a" 5 , 1872 , n" I. Copenhague; 2 eah. in-4'' et 2 eah. in-S". Jfinisferio di agricoltura dltalia. — Annali, 1870, parte prima. Florence, 1870; in-8°. R. conu'tcito geologico d'Itulin nel Firenze. — Bollettino, n"' H e 12. Florence, 1872: in-.'JA.\o\r, en outre , les annexes de cette notice et les sources qui y sont indiquées. k ( 370 ) IV. Le droit de disposer des charges de gouverneur était un de ceux que les souverains, au moins depuis 1540, eurent toujours soin de réserver à leur personne (I). Alors même que les lettres patentes des pourvus étaient expédiées à la cli^ncellerie de Bruxelles, elles ne l'étaient que sur leur ordre direct ou en vertu de leur consentement exprès (2). Le gouverneur des Pays-Bas était simplement consulté dans l'occurrence. Ses instructions ne lui permeltaient que de nommer des gouverneurs provisionnels ou de commis- sionner quelqu'un pour remplir une gouvernance vacante en attendant un titulaire; et encore exigeaient-elles, pour légitimer une nomination de l'espèce, que l'on se trouvât dans un cas d'urgence (3). (1) Henné, Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique , t. VU, |). 126. Gacharcl, Correspondance de Philippe II, t. I", pp. 183,475; l. II, p. 652 : Commissions et instructions de Marguerite de Parme, du duc d'Albe, de Requesens, et passirn dans le texte. Wynants, Mémoires manuscrits contenant des notions générales sur tout ce qui concerne le gouvernement des Pays-Bas , passirn; Bulletins de la Commission d'his- toire, ô" sér., t. VI , p. 55 : Analyse des instructions de Maximilien de Ba- vière. Sources citées dans les Annexes , à la suite des différents noms qui y sont mentionnés. (2) La plupart des lettres patentes des gouverneurs pendant les règnes de Philippe II, Philippe IV, Charles II, Charles VI , Marie-Thérèse, Jo- seph 1! , etc., sont datées de Madrid ou de Vienne. Fort peu d'entre elles sont datées de Bruxelles. Voir dans la Correspondance de Philippe II, t. II, p. 137, une lettre fort curieuse sur la manière dont le roi traitait avec les gouverneurs généraux de la collation des lieutenances provin- ciales. (3) Voir les sources citées à la note avant-dernière. ( 371 ) l)c'|)uislMiili|)[)elcBonjusqu'ùravL'nL'nieiildcCliarles M, les gouverneurs de province, à deux ou trois exceptions près, lurent tous des hommes de guerre ayant un haut rang dans le système n)iiitaire du temps (I). D'antre part, depuis Philippe le Bon jusqu'à la lin de Tancien régime, et à moins de circonstances exceptionnelles, ils furent pris dans les rangs de la j)lus haute aristocratie, et même dans les rangs des chevaliers de la Toison d'or. Leur liste s'ouvre, pour ainsi dire, par ces fameux frères de Croy,dont la colossale fortune offusqua, non sans raison, Charles le Téméraire; elle se ferme par le feldmaréchal prince de Ligne, esprit aussi brillant qu'heureux et vaillant soldat. Les noms des Nassau , Bourgogne, Egmont, Gand-Vilain, Ligne, Ligne-Aremberg, Melun, Lannoy, Lalaing, Lon- gueval-Bucquoy, Glymes-Berghes, Croy, Mérode, etc., s'y coudoient (^). A peine y renconlre-t-on les noms de quel- ques gentilshommes de second ordre. Le seul homo novus, peut-être, qui s'y trouve inscrit, c'est ce célèbre Jean Bcck, nis d'un courrier du conseil de Luxembourg, qui conquit à la pointe de l'épée et d'étape en étape sa baronnie de Beauforl et la gouvernance du duché où il était né (3). Que ces faits ne nous étonnent pas. Avant le dix- huitième siècle, le caractère de tous les anciens offices (1) On peut le constatcM' en parcourant les Annexes de celle notice, le i\'obiliaire des Pays-Bas à la main. De peur de trop allonger ces listes, je n'ai pas voulu faire mention des grades militaires. (2) Mémoires du duc de Saint-Simon , édition de 1856, t. I", \t. 10. Le hautain duc et pair trouve moyen, quoique étranger, de constater le lait (jue je signale i» propos du gouvernement de Namur, et de raccom- pagner de conimenlaires peu agréables pour le comte de Guiscard, nommé par Louis XIV. (3) Biographie nationale. ( 57-2 ) fie politique et de justice était à la lois civil et militaire (1). D'un autre côté, toute la haute noblesse était dans les camps et son éducation la préparait au maniement des grandes affaires. A côté d'un brillant soldat de fortune qui se rencontrait il y avait vingt cavaliers d'ancienne maison possédant des titres sérieux à la confiance du pou- voir. Le système gouvernemental de la maison de Bour- gogne et de la maison de Habsbourg d'Espagne était d'ailleurs de s'appuyer sur l'aristocratie militaire : avant Philippe II, dans le gouvernement général du pays comme dans les provinces; après Philippe II, au moins dans les provinces (2) ; et ce système était d'accord avec les néces- (1) Les grands officiers, baillis, maïeurs, écoutètes, prévois, elc , étaient notamment les chefs militaires directs des milices féodales, rurales et bourgeoises de leur ressort. (2) Sous les ducs de Bourgogne , rien ne peint mieux l'influence de l'aristocratie (jue la position faite aux chevaliers de la Toison d'or, frères d'armes, contidents, censeurs et conseillers naturels du prince. Sous Charles-Quint, on voit l'empereur ordonner, presque impérieusement, à sa tante Marguerite d'Autriche, de ne rien traiter, « à part ny abscon- ditement » sans l'intervention des grands : Bullelins de la Commission (l'Imloire, 2<=sér , t. V, p.54. — Sous Philippe 11,1a première atteinte portée à l'influence des grands dans le gouvernement de l'Ëlal est l'institution officieuse de la Consulte. Plus tard , le roi cherche à donner dans les corps de l'administration centrale une influence prépondérante aux hommes de robe. En 1595,1a Jointe réunie par l'archiduc Ernest, et dont le travail se trouve dans les^c^es des États Généraux de ICOO, insiste pour que le con- seil d'État soit composé de grands seigneurs. Sous Philippe IV, par une instruction secrète' du 18 octobre 1632, il est question de composer de nouveau ce conseil des premiers cavaliers du pays :Wynants, Mémoires manuscrits cités , chap. II. Ce projet n'est pas entièrement exécuté, et un grand nombre de nobles de second ordre deviennent conseillers d'Étal. Neny, Mémoires, t. II, p. 95. Mais dans les provinces , sous tous les gou- vernements successifs jusqu'au dix -huitième siècle, la prépondérance appartient aux seigneurs. ( 373 ) sites do rélat social. Le prestige du rang était encore incontesté. Si un homo novus, placé dans un grand corps de l'État, participait à l'éclat dont était entouré ce corps lui-même, la splendeur d'une grande situation personnelle et héréditaire était encore indisi)ensable à tout homme chargé de représenter directement le souverain: elle seule lui donnait une force morale suffisante pour faire plier les nombreuses sommités provinciales avec lesquelles il était journellement en contact. Au dix-huitième siècle, sans doute, l'esprit aristocratique allait lentement à son dé- clin (1) et l'importance de l'aristocratie militaire était minée sans relâche par le système de Habsbourg d'Au- triche. Mais la tradition était établie, et les mœurs publi- ques exigeaient encore, au moins ad pompam, que de grands seigneurs fussent censés diriger les provinces. Le souverain nommait les gouverneurs sans tenir compte de leur nationalité provinciale. Au quinzième siècle, les états de Namur, se fondant sur une charte de Philippe le Bon, et oubliant les dispositions contraires du privilège de la duchesse Marie de 1477, demandaient souvent acte de non-préjudice quand le prince leur envoyait un gou- verneur né hors de leur territoire (2). En Hainaut une difficulté analogue se produisait parfois à l'occasion de la collation de la charge de grand bailli. Mais tous les privi- lèges écrits, confirmés et octroyés au seizième siècle, en (1) On peut voir dans les Documents inédits concernant l'histoire de liclijKjue , t. III, des pièces iiiléressaïUes par rapport au crédit que les elats accordaient aux ifraiids seii,'neurs, et par rapport à la posilion (|u'ils auraient voulu leur maintenir. ii) Bulletins de la Commission royale d'histoire, 2« ser , t. VI, p. "284. — Grandgagnage, Coutumes de Namur, pp. i287 et 292. ( 374 ) vertu desquels les Flamands, les Malinois, les INamurois, les Hennuyers pouvaient exclure les étrangers de l'exer- cice des Jonctions publiques dans leur province, faisaient exception en termes exprès pour la charge de gouver- neur (1). Au surplus la tradition et la possession étaient partout en faveur de la liberté d'action du pouvoir central; et celui-ci n'hésitait même pas, — jadis dans des cas exceptionnels, au dix-huitième siècle moins rarement, — à conférer des gouvernances à des seigneurs nés hors du territoire des Pays-Bas (2). Au quinzième siècle, les gouvernances participaient de la nature de tous les offices de collation souveraine : elles étaient amovibles et elles devenaient vacantes de plein droit à la mort du prince qui les avait conférées (5). (1) Neny, Mémoires^ chap. 25, art. 5, 6, 7. — Faider, Coutumes du Hai- naut, t. I", etc. Ces actes reconnaissent également une capacité générale aux chevaliers de la Toison d'or. (2) Cette dernière pratique suscita parfois des plaintes '.voir les Mé- moires du fekimaréchal de Mérode-Westerloo, pp. 22o, 220; les Actes des États Généraux de 1600, pp. 91, oOl, 702, etc. — Pour le reste, voir les Annexes. — Après l'arrestation du conseil d'Étal, en 1576, certains gouverneurs furent nommés par les États Généraux, d'autres par les États Généraux et l'archiduc Mathias, d'autres, enfin, parles Étals provinciaux eux-mêmes. Bilderdyck, Gesc/iiedenis des vaderlands , t. VII, p. 7. (5) On peut vérifier ce fait jusqu'à un certain point par les Annexes. Le caractère amovible des oCBciers au quinzième siècle est, d'ailleurs, parfaitement connu. Voir Gachard, Analectes belgiques, p. 16, note 2, la résolution prise, en 1506, par les États Généraux, à propos des ofliciers nommés par Phili|)pe le Beau, qui venait de mourir; voir encore, même recueil , p. 259. ( 375 ) Il n'y avait d'exception que pour celles de Frise orientale cl (le ï.iixembonrg : Maxiinilicn avait donné la première, à titre héréditaire, an duc Albert de Saxe, et il avait e/z/yagré la seconde au marquis Christophe de lîade(l). Au seizième siècle, la iradiliou, insensiblement trans- formée en principe de droit public, rendit tous les offices de collation souveraine inamovibles. Quand le souverain donna une gouvernance, il fut censé la donner à vie (2). Ce changement, propre à maintenir et même à raviver la vie nationale des provinces, avait un inconvénient majeur. Il ne faisait plus reposer l'obéissance des gou- verneurs, à l'impulsion de la souveraineté dont ils étaient les organes, que sur un sentiment de fidélité susceptdde d'oblitération et de défaillances, et sur Vullinia ratio de poursuites criminelles souvent difficiles à intenter. Marguerite de Parme fut déjà dans le cas de solliciter de Philippe II, mais sans l'obtenir, l'autorisation de déposer des gouverneurs désobéissants. Le roi Philippe II consulta cependant Granvelle,et plus tard le duc d'Albe,sur le point de savoir s'il ne serait pas utile de rendre les gouverne- ments temporaires comme l'avait jadis proposé Marie de Hougrie. Après avoir penché pour la négative, Granvelle émit l'opinion qu'il serait bon de les rendre triennaux. Le ducd'Âlbe, au contraire, qui avait d'abord hésité, finit par déclarer à Madrid que si les gouvernances étaient conférées ad temjms personne n'en voudrait plus, et que môme il était impraticable de mettre des conditions à leur collation (5). (1) Henné, ouv. cit., l. Il, pp. 159, 2il. (2) Juste, Les Pays-Bas sous Philippe //, t. I", p. 165. (3) Juste, loc rjV., d'après les papiers d'Ktal de Granvelle. — Gachard, Correspondance de Philippe II, 1. 1", pp. 501 , 561 ; t. Il, pp. 136, 239, etc. (376) Sur ce point le duc d'Albe avait compris la véritable situation des choses, et les événements lui donnèrent raison. Le roi, sans prendre de mesure absolue, essaya de conférer certaines gouvernances pour un temps limité, et d'en conïévtiTprovisionnellemenl d'autres. Il croyait par là se réserver le moyen de tdter ses lieutenants provinciaux, et de ne leur donner des patentes définilives qu'à bon escient. 11 se trompa. Les circonstances du temps et la situation générale des choses ne lui permirent presque jamais de ne pas laisser en charge les personnages qu'il avait une fois nommés (1). Il est presque superflu de le dire : le principe de l'héré- dité des gouvernements ne prévalut jamais dans le droit public belge. Charles-Quint se garda bien d'imiter les exem- ples que Maximilien lui avait donnés. 11 parvint à racheter les droits des enfants d'Albert de Saxe sur la Frise orien- tale; après des efforts considérables, il réussit à faire cesser VoKjarjère du Luxembourg qui avait eu pour ses intérêts, aussi bien que pour le repos du duché, de malheureuses conséquences; et ni lui ni ses successeurs ne donnèrent plus de charge de gouverneur ni à titre d'héréditaire ni en engagère (2). La seule chose qu'on peut constater, tant au seizième siècle que jusque vers la fin de l'ancien régime, c'est une tendance marquée des gouvernances à rester dans les mêmes maisons. On voit, par exemple, un grand nombre de lîls ou de neveux de gouverneurs succéder à leur père (1) Voir les Annexes, et notamment ce qui concerne Noircarmes, Phi- lippe LJe Laiaiiig, Charles de Croy. prince de Chimay en Hainant; Moi^hcni, enGueIdre et en Frise; Max de Hasseiighien, à Lille, etc. (:2) Henné , ouv. cit., t. V, p. 140; l. Il, pp. 518, 519. — bullelinn de la Commission royale dViistoire, o" sév., 1. 1", p. 366. (377) OU à leur oncle. On rencontre quelques concessions de ntr- vivnnceK. On voit le souverain consentir, de temps en tem[»>, à ce qu'un gouverneur donne sa démission au prolit d'un fils, d'un gendre, d'un parent. On trouve que la plupart des chefs, et même des chefs de branche des maisons de Croy, de Ligue-Areraberg, et pendant deux cents ans de la maison de Lalaing, obtinrent des gouvernements. On dirait même, en parcourant les annexes de celle notice le nobiliaire des Pays-Bas à la main, que les filles des trois grandes races, que je viens de nommer, apportaient des gouvernances dans leur corbeille de noces (i). M. Si tous les gouvernements des provinces avaient à peu près le même rang, ils ne donnaient pas tous les mêmes avantages et n'étaient pas tous entourés du même éclat (2). Je ne sache pas qu'on en fit jamais un classement officiel : mais je constate que l'on regardait comme une promotion de passer de celui de Limbourg , « charge qui fait plus de fumée que de feu (3), > ou de celui de Tournai-Toumaisis à celui de Namur. Il n'était pas rare non plus de voir un (1) A consulter les Annexes. ti) Certains gouverneurs avaient un traitement fixe; d'autres un trai- tement variable, comprenant un tantième sur les recettes judiciaires qu'ils faisaient au nom du souverain; d'autres, enfin, un traitement de caractère mixte. Je ne puis insister sur ces détails , qui m'entraîneraient trop loin. (5) Bulletins delà Commission royale (fhistoire, 3' ser., t. IX, p. 541. D'après lescopaptes de la recette générale du dix-sepiiéme siècle, les gou- verneurs du Limbourg avaient un traitement de 1000 florins carolus. Le prince do Nassau, le premier, reçut un traitement global, pour toutes ses charges, de 9,000 florins. ( 578 ) seigneur aller, de plein gré, de Nainur, ou d'Artois, ou de quelque autre province, en Luxembourg ou en Gueidre. En temps de guerre, le poste d'honneur était toujours de- vant l'ennemi le plus dangereux. En temps ordinaire, le gouvernement de la Hollande, à cause de son étendue ter- ritoriale, et ceux de la Gueidre et du Hainaut, à cause des prérogatives spéciales qui y étaient attachées, étaient les plus courus par les seigneurs. Il est môme sans exemple qu'un cavalier ait quitté volontairement le grand bailliage du Hainaut, uni à la capitainerie générale, pour devenir représentant du prince dans quelque autre pays (1). Je pense qu'à la rigueur le souverain avait la faculté de contraindre un gouverneur, même pourvu de patentes définitives, à accepter une gouvernance communément réputée plus avantageuse que la sienne, et dans laquelle il pouvait être plus utile. Il avait d'autre part un moyen sûr, quoique détourné, de mettre de côté un de ses représentants se montrant incapable de diriger une pro- vince ou ne répondant pas assez à ses vues : c'était de l'appeler à une haute charge de l'État, ou bien de lui donner un siège soit au conseil d'État ,soit au conseil des finances (2). Dans la pratique des choses un cavalier pou- Ci) A consulter les Annexes. (2) On connaît le cas du comte de Homes, qui perdit son gouvernement dt Gueidre en obtenant l'amiraulé de la mer. Quand Berlaymont devint chef des finances, le roi Philippe II voulut aussi lui enlever le gouverne- ment de Namur, mais il finit par se rendre à ses instances et lui permit de cumuler, etc. — 11 est à remarquer que la combinaison dont je parle pouvait souvent être employée sans aucun inconvénient. Tel homme se montrait insuffisant ou dangereux comme chef d'une province, qui était capable de remplir convenablement son rôle dans un collège de conseillers ou à la tête d'un service spécial. ( ^7!» ) vail (lifllciloment refuser un»' promotion «le l'espèce : el il dépendait du souverain seul d'admettre ou de rejeter U'. cumul d'une gouvernance avec toute autre charge de poli- tique ou de guerre qui eût obligé le titulaire à résider à Bruxelles ou à tenir campagne hors de son ressort. Kn effet, non-seulement le ciunul était une laveur, mais les gouver- neurs étaient astreints à fixe résidence. Ils ne pouvaient, aux termes de leurs instructions, appeler leurs administrés hors de leur ressort sinon dans des cas d'une urgence ex- ceptionnelle el avec la permission du pouvoir central; en Gueldre ils ne le pouvaient même jamais par suite de« pri- vilèges du pays (I). Le droit de refuser le cumul était donc, le cas échéant, une arme ou si l'on veut un instrument politique entre les mains du pouvoir central. Mais je me hâte d'ajouter qu'il s'en servait bien rarement. La plupart des gouverneurs de province furent, sans perdre leur charge, ou capitaines d'une bande d'ordonnance, ou colonels de tercios, ou maî- tres de l'artillerie, ou généraux de la cavalerie ou de l'in- fanterie, ou membres du conseil d'État, ou du conseil des linances,ou dignitaires de la cour. Quelques-uns même, tels qu'Adrien deCroy, comte du Roeulx, furent maréchaux {]) Acte de création du conseil de Luxembourg en 1531 : Miraeus, sup- plément, l. II, p. 1-282. — Bulletins de ta Commission royale d'histoire. 2« sér., t. V, p. 3-12: Lettre de Phili|)pe II au grand bailli du Hainanl; 3« sér., t. X, p. 571 : Lettre de l'empereur Charles VI ; Instructions de Nassau-Châlons, en 1341; de Wercliin, en \ai\; d'Oost-Frise, en 1542; de Praet, en \Ui; de Mansfeld, en 1343; de Berlajmonl, en 1554.; de Megbem, en 1353; d'Egmont, en 1359, etc. — En Gueldre les états faisaient parfois de la résidence du gouverneur une condition de Taccord des subsides, inventaire des Archives de la chambre des comptes, t. m, p. 90. ( 380 ) de Vost, c'est-à-dire commandants suprêmes de l'armée des Pays-Bas. D'autres, possédèrent à la lois deux gou- vernances distinctes : celles de Namur et du Luxembourg, celles de Flandre, de Flandre gallicante et d'Artois, celles d'Artois et de Tournai-Tournaisis, celles de Gueidre et de Frise, celles de Limbourg et de Gueidre, etc. (1). VII. Un gouverneur de province, avant d'entrer en charge, prêtait serment de fidélité au souverain en conformité du dispositif de sa commission, soit entre les mains du souve- rain lui-même, soit entre les mains du gouverneur général des Pays-Bas ou de quelque haut personnage délégué par ce dernier (2). Parfois le pouvoir central annonçait lui-même aux états, au conseil de justice et au magistrat de la capitale d'une province, l'arrivée d'un nouveau gou- verneur (o) ; le plus souvent celui-ci produisait lui-même ses patentes au tribunal supérieur du ressort, ou même aux états (4), puis il se faisait solennellement recevoir et installer. (1) A consulter les Annexes, le Nobiliaire des Pays-Bas , la collection des Patentes militaires aux Archives du royaume, etc. (2) Guichardin fait allusion à ce principe d'ordre. — A consulter le texte de toutes les commissions. (3) On trouve un certain nombre de lettres missives de l'espèce dans la collection des Patentes militaires, notamment aux t. XXII, fol 537, 358, t. XXIV, fol. 68, t XXVI , fol. 61 et 22-2. — II y en a une autre, du dix-hui- tième siècle; dans les Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, t. II, p. 163. (4) Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, t. Il, p. 164, pour le Hainaut; Buzelinus, GalloFlan- (381 ) La forme de celle installation dilTérail d'après les tradi- tions locales. En Gueldre, les états recevaient le nouveau représentant du prince el c'était entre leurs mains qu'il jurait de respecter les privilèges de la province et d'ob- server le traité de Venloo. A Namur, l'inslallation se fai- sait tantôt par les états, tantôt par le conseil de la pro- vince et parle magistrat de la ville; et le gouverneur prêtait son serment d'abord à Saint-Aubin, puis à la cita- delle. Dans la Flandre gallicante, le gouverneur était re- connu et assermenté dans la réunion des corps constitués ou, pour parler la langue politique locale, dans le conclave échevinal de la ville de Lille. A Tournai, il produisait sa commission aux Consaulx el se faisait installer par eux; en Limbourg, il prélait serment à la haute cour du duché et devant les états du pays d'observer la conslitulion et les coutumes de la province el de garder la religion catho- lique , puis il remplissait une formalité analogue dans chacun des pays d'oulre-Meuse; en Hainaul, tout grand bailli devait se faire reconnaître non-seulement à Mons, mais aussi dans les principales villes du comté; et il était astreint à prêter partout des serments analogues à ceux que le comte prêtait à sa joyeuse entrée (1). dria, p. 489, pour la Flandre irançatise; Archives du conseil privé, n»21, pièces concernanl le gouverneur prince de Nassau, pour la Gueldre; pour Luxembourg et Naniur, les Instructions de Pierre de Wercliin : elles lui enjoignent de conférer avec le conseil de la province, pour savoir s'il doit, oui ou non, communiquer sa commission aux états. (1) Sourcescitéesà la page précédente: liulletinsde laCommissioni'oyale d'histoire, 2-^ sér., 1. 1", p. 217; 2= sér., t. VI, pp. 284-285, 299, Ô15;ô<= sér. t. XI, pp. 400 et suiv.; Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois el ordonnances, t. I'"-, p. 201 ; Lacroix , Archives du Hai- naul, Inventaire des chambres, etc., p. 75. — Notes fournies par M. Pos- 2"°* SÉRIE , TOME XXXV. 25 I ( 382 ) VIII. Au quinzième siècle, selon toutes les vraisemblances, les gouverneurs avaient une délégation à peu près complète de la souveraineté. Peu à peu celte situation changea. Des traditions politiques s'établirent; et avec une commission, ou des lettres patentes d'institution, le souverain donna à ses lieutenants provinciaux des instructions détaillées. Le plus ancien document de l'espèce, que je connaisse, est l'instruction de 1488 donnée au gouverneur engagiste du Luxembourg, marquis de Bade (1). wick (Eugène) d'après le manuscrit n" 13778 de la Bibliothèque royale, les Archives des états de Limbourg, etc. — Voici le texte du serment prêté par les gouverneurs de Limbourg : « Nous, ..., ayant faict vision de la patente qu'il a pieu à S. M. nous » conférer de Testât de gouverneur et capitaine général de la province de « Limbourg et d'Outremeuze, jurons et promettons de maintenir la ville » et bourgeoisie de Limbourg dans ses anciennes franchises , coustumes » et privilèges, mener, gouverner et faire mener les bourgeois de la dite » ville suivant l'enseignement de la haute justice du dit Limbourg, comme » aussi maintenir les prélats, ecclésiastiques , seigneurs, nobles, officiers, » eschevins, bourgmestres et autres subjects et inhabitants de cette pro- « vince et pays d'Outremeuze, dans leurs anciens droits, coustumes et » privilèges , les gouverner et faire conduire par droict et jugement des « juctices compétentes, ensamble de défendre et protéger la ville, pays et « province selon notre pouvoir, comme aussi de garder et faire garder » par nous et nos domestiques la foy catholicque, apostolique et romaine. n Ainsy nous ayde Dieu et tous ses saints. » — Voir encore Ubaghs, ouv. cit., pp. 41 et suiv. (1) On trouve de nombreuses instructions dans le volume des Archives de l'audience que j'ai cité à la note 3 du § II , et dans le manuscrit n» 2041 1 de la Bibliothèque royale. On en trouve encore, pour les grands baillis du Hainaut, dans le tome II des Bulletins de la Commission pour la publi- cation des anciennes lois et ordonnances, pp. 84 et suiv. ( 383 ) Les lettres patentes des gouverneurs étaient presque toujours conçues dans le même style, et leur dispositif changea peu du quinzième siècle à la fin de l'ancien ré- gime. Elles marquaient les différentes charges spéciales que le souverain conférait à l'impétrant dans sa province. Elles lui prescrivaient de garder les droits, hauteurs, seigneurie et domaine du prince; de tenir en bonne police le pays qui lui était confié; de le défendre avec vigilance; de pour- voir à la sûreté des villes fortes et des châteaux qui s'y trouvaient, en contraignant les sujets à l'assister dans l'ac- complissement de ce devoir; de préserver les sujets de toute foulle ou oppression; de faire administrer droit et justice à tout le monde; de faire, enfin, tout ce qu'un hon et léal gouverneur doit faire. Très-peu de lettres patentes entraient dans des détails plus précis (1). Cependant, si vague que fût en général leur libellé, ces lettres, interprétées par la tradition et mises en rapport avec les précédents de la gouvernance, servaient de base principale aux rapports officiels du représentant du prince avec les corps constitués et avec les sujets de son ressort. Les instructions^ au contraire, réglaient avant tout les rap- ports du gouverneur avec le pouvoir central : elles ne devaient être divulguées aux corps constitués ou aux (1) On trouve des lettres patentes dans les sources citées à la noie précédente; dans la collection des Patentes militaires , notamment t. I", p. 18, 1. 111, pp. 110, 113,116, t. VI, p. 29, t. XII, p. 261, etc.; dans la col- lection des Patentes d'offices de la chancellerie des Pays-Bas, notamment au volume 129, fol. 36. La commission de Philippe de Croy (1432), grand bailli du Hainaut, se trouve dans Pinchart, ouv. cit., p. 7; celle de Guil- laume le Taciturne, dans le tome I«% p. 488, de sa correspondance publiée par M. Gachard (elle est assez explicite); celle du comte d'Egmont dans la Correspondance de Philippe //, t. I", etc. ( 384 ) administrés que dans les cas de nécessité. Dans la plupart d'entre elles on trouve la recommandation suivante : « il » ne divulguera ceste son instruction plus avang que le » besoing soit et les affaires le requerront (1). » Ces instructions présentent pour le publiciste et pour l'historien beaucoup plus d'intérêt que les patentes. Elles ne laissent presque rien dans le vague. Elles tracent les termes et les limites de la délégation donnée par le prince à son représentant en province; elles précisent les pouvoirs dont il peut user ainsi que les affaires auxquelles il lui est interdit de s'entremettre. Elles vont même jusqu'à lui prescrire point par point comment il doit se conduire pour faire pénétrer partout l'action de la souveraineté et pour faire prévaloir ses aspirations. Après l'organisation des conseils collatéraux de 1551 on voit clairement que les documents, dont je parle, reflètent un système gouverne- mental complet et longuement médité. Le pouvoir les jette tous dans un même moule, en se bornant à ajouter aux dispositions générales les dispositions nécessitées par les anomalies et par les circonstances locales (2). Il n'est pas sans intérêt de signaler ce fait que les in- structions données en 1559, et plus tard, par le gouverne- ment de Philippe II, sont presque calquées mot pour mot sur celles de la deuxième période du règne de Charles- Quint (5). On n'y trouve ni une attribution de plus, ni une attribution de moins. On constate seulement que le para- graphe concernant le maintien de la religion catholique y (1) Instructions de Nassau-Châlons, Werchin, Mansfeld, Egniont, etc. (2) Voir l'ensemble des instructions dans le volume de l'audience que j'ai cité. (3) Après 1531, et surtout après 1540. ( 385 ) est un peu plus accentué, en ce sens que son objet est signale comme tenant fort à cœur au Roi (1). C'est seule- ment au dix-septième siècle qu'on voit paraître chez le pouvoir central, et se refléter dans les instructions de l'époque, des préoccupations nouvelles. Je m'occuperai de celles-ci plus loin. Je veux montrer d'abord quelle était au seizième siècle la situation de droit public laite aux gouverneurs de province par leurs instructions, leur com- mission, la traditioiï et les précédents. IX. Et d'abord, dans le régime du temps, les lieutenants provinciaux du souverain prenaient rang dans les grandes cérémonies publiques immédiatement après les chevaliers de la Toison d'or (2), cl ils faisaient partie du gouverne- ment central des Pays-Bas avec voix consultative. Plu- sieurs d'entre eux étaient ordinairement membres du con- seil d'État ou chefs des finances. Ceux qui n'avaient ni l'une ni l'autre de ces qualités pouvaient, au gré du gou- verneur général, être appelés dans le conseil d'État soit comme chevaliers de la Toison d'or, soit précisément à titre de leur gouvernance. Si dans ces cas ils n'avaient pas le droit de délibérer, ils étaient au moins entendus; et, (1) A comparer les instructions de Hierges, en, 1572, de Lalaing-Ren- nebourg, en 1577, de Berlaymont, en 1582, avec celles d'Egmont, Orange, Berlaymont, Oost-Frise, etc., en 1559, et avec celles de Nassau-Chàlons, Wercliin, Lalâing, de Prael, en 1510, 1511, \oH, etc. (i) Voir l'abdication de Charlos-Quint, les grandes réunions des États Généraux, les pompes funèbres des souverains, etc. — Voir encore Actes des Étals Généraux de 1600, Introduction, p. lxxviii. ( 386 ) dans la pratique des affaires, aucune résolution importante ne se prenait en matière de politique, de finance ou de haute administration (au moins avant l'arrivée du duc d'Albejsans que le pouvoir central s'entourât de leurs lumières et tâtât le pouls de l'opinion des provinces par leur intermédiaire (1). Dans le besogné de la grande Jointe de 1595, réunie par l'archiduc Ernest pour aviser sur la situation du pays, et dont plusieurs gouverneurs firent partie, nous lisons : « Que en choses qui touchent les affaires des provinces, » les gouverneurs d'icelles en ont accoustumés avoir » part : estantz evocquez au dit conseil (d'estatz) s'ilz sont » en court ; sinon s'en confère avecq eulz par lettres et » communication (2). » » Tels étaient — disait à son tour, en i768,la Jointe des » administrations et des subsides — tels étaient alors les » arrangements domestiques, pour ainsi dire, du gouver- » nement des Pays-Bas, que la première noblesse et parti- » culièrement ces grands baillis et gouverneurs particuliers » des provinces en étaient membres et entraient dans » l'examen et la discussion de la plupart des affaires pu- » bliques (5). » Revenus dans leur ressort, les gouverneurs y étaient de droit strict les subordonnés du gouverneur général des Pays-Bas : ils étaient tenus d'obéir à son impulsion et de (1) Henné, ouv. cilé, l. V, p. 165. Guichardin : Description de tous les Pays-Bas, édition de 1582, p. 59. — Piiilippe II, depuis une certaine époque, évita autant que possible de créer les gouverneurs conseillers d'État en titre: voir Correspondance de Philippe II, t. III , p. 569. (2) Gachard, Actes des États Généraux de 1600 , p. 441. (5) Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, t. II , p. 124. ( 387 ) se souraellre à sa surintendance (1). Ce principe était le gond principal sur lequel pivotait le système politique du temps, car, à part la subordination à laquelle ils étaient obligés, les gouverneurs étaient encore au seizième siècle, comme au quinzième, les véritables lieutenants du prince dans toute l'acception du mot. Si la variété des institu- tions provinciales ne se prétait pas à ce qu'ils eussent tous une position uniforme, partout au moins, comme capi- taines généraux ils dominaient l'ordre militaire, et, comme gouverneurs ou comme baillis, l'ordre civil. Partout, grâce à des attributions multiples, qui se complétaient les unes les autres sans qu'on pût les faire dériver avec précision de la gouvernance ou de la capitainerie, la plupart des attributs de la souveraineté étaient concentrés entre leurs mains. Partout une pompeuse étiquette déterminait les hon- neurs qu'on devait leur rendre. A l'instar des gouver- neurs généraux ils avaient une garde particulière de hal- lebardiers, trabans (trouvvanten) gouges, entretenue soit aux frais du domaine, soit aux frais de la province. En Hainaut le grand bailli ne tarda pas à avoir une compa- gnie de gardes à pied et une autre compagnie de gardes à cheval; et, au dire d'un écrivain du dix-septième siècle, sa puissance était si grande : « que sans son entremise et » participation il n'y a presque nuls ordres ou mandements » venus de dehors et delà cour qui soient respectés dans » le conté (2). » Dans cet état de choses on comprend que l'application du principe de la subordination des gouverneurs de province (1) Instructions citées passim. — Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances , t. II , pp. 84 et suiv. (2) Le gouvernement politique des provinces des Pays-Bas, cité p. 91. ( 388 ) au pouvoir central subissait des oscillations continuelles et que jamais elle n'était complète. Autre chose était de don- ner des instructions à des dignitaires forts par leur posi- tion sociale, par la nombreuse clientèle qui les entourait, par leurs relations de famille, par leur influence de grands propriétaires et de seigneurs terriens, par les attributions concentrées entre leurs mains, autre chose de les faire observer par eux à la lettre. La sincérité et la fidélité des chefs des provinces à se soumettre aux ordres et à l'impul- sion du gouverneur général dépendaient un peu de leur caractère personnel, beaucoup des circonstances extérieures et du caractère ainsi que de l'attitude du gouverneur gé- néral lui-môme. Sous Marie de Hongrie, par exemple, les gouverneurs marchaient avec assez de docilité dans la voie que la cour leur traçait. Sous Marguerite de Parme, au con- traire, ils obéissaient dans la mesure de leur convenance : au point que Granvelle croyait indispensable de changer leurs instructions, c'est-à-dire de réduire leurs pouvoirs, pour les remettre dans la position qu'ils avaient eue sous Marie de Hongrie (1). Pendant l'administration du duc d'Albe, de nouveau, ils ne faisaient aucune difficulté pour se soumettre à la direction qui leur était donnée ni pour rendre compte de leurs agissements (2). Il en était de même quand Farnèse eut repris entièrement la haute main sur la direction des affaires dans les Pays-Bas méridionaux. Mais je n'insiste pas sur un fait qui ressort à l'évidence de l'his- toire politique du seizième siècle. Pénétrons plutôt dans le détail ; et, avant de parler des pouvoirs de l'ordre politique et civil que les gouverneurs avaient dans leur province, (1) Gachard, Correspondance de Philippe II , 1. 1", p. (2) Idem, t. II, p. 239. 561. ( 389 ) parlons de leurs pouvoirs dans l'ordre militaire. Ceux-ci, on le comprend sans peine, servaient de soutien, ou si l'on veut de sanction, à ceux-là. Ils plaçaient la force pour con- traindre à côté du droit de commander. Dans les idées de I époque je pense même qu'ils passaient avant les autres, pour être entourés de plus de prestige et d'éclat, et pour être plus illimités. X. Dans l'organisation militaire du seizièmesiècle, un gou- verneur avait sous sa surintendance et sous ses ordres toutes les troupes sédentaires ou mobiles cantonnées ou rassemblées dans son ressort : les bandes d'ordonnance, les « souldoyers réguliers,» les milices féodales et muni- cipales, les levées du plat pays. Il en était le chef suprême quand ni le gouverneur général des Pays-Bas, ni le maré- chal de ro5^, quand il y en avait un, n'étaient sur les lieux. II était responsable de la sûreté de sa province ainsi que de celle des villes fortes et des châteaux qui y étaient si- tués. En conséquence il disposait parfois de la capitainerie des places de guerre et d'une foule de charges de milice; et partout il pouvait contraindre tous les chefs de guerre à lui montrer leur commission, à le reconnaître pour chef et à lui obéir dans l'accomplissement de sa charge. Le gouverneur avait la police militaire des routes et des rivières navigables, et le cas échéant, le droit de faire visiter le charroi ou les bateaux qui les fréquentaient, de faire rompre les chemins, ponts et passages, de faire barrer les cours d'eau. Le plus souvent, soit en vertu de ses pa- tentes, soit en vertu d'une commission spéciale, il était capitaine ou châtelain immédiat de la principale citadelle du pays : en Flandre de celle deGand ; en Hainaut de celle ( 390 ) de Valenciennes; à Tournai, à Luxembourg du château qui dominait la ville; en Limbourg du château de Lim- bourg ou de celui de Fauquemont. Il avait ses entrées dans toutes les places de guerre, grandes ou petites, et pouvait y exercer la police militaire, y donner le mot du guet et souvent exiger les clefs des portes. S'il n'avait pas la fa- culté de décréter et de faire exécuter proprio motu des tra- vaux de défense extraordinaires, il était obligé, aux termes de ses instructions, de maintenir en bon état de répara- tions les fortifications des places et des châteaux dans les limites des ordonnances générales rendues sur la matière. Il avait charge de veiller à ce que les places de guerre fussent convenablement armées et approvisionnées (1). Il devait entretenir dans chacune d'elles (2) une garnison de piétons réguliers et l'y maintenir à demeure pour parer à toute surprise, sans pouvoir l'employer à un service mobile fût-ce même à sa garde personnelle. D'autre part il distri- buait les garnisons aux troupes mobiles cantonnées dans sa province et pourvoyait à leur logement en s'entendant avec les villes et avec les communautés (3). (1) En entrant en charge, les gouverneurs faisaient ordinairement un rapport au pouvoir central sur cet objet ; et c'était sur leurs indications que le pouvoir central ordonnait les travaux de fortification extraordi- naires. Voir les instructions de certains gouverneurs au seizième siècle, et Gachard, Actes des États Généraux de 1600, p. 433. (2) Les seigneurs feudataires étaient, à titre de service de fief, tenus de recevoir garnison dans leurs châteaux en temps de guerre. Le gouverneur de la province avait, le cas échéant, à les requérir de prester leur obliga- tion. (3) Les États Généraux de 1600 et de 1632 insistaient beaucoup sur le maintien de cette règle, car, quand elle était méconnue, le plat pays était en proie aux exigences arbitraires des commandants de troupe. Actes des Étals Généraux de 1600, pp. 429, 535, 696, etc ; Actes des États Géné- raux de 1632, p. 559 , etc. ( 39i ) Le gouverneur disparaît du clockslag au nom du souve- rain : c'esl-à-dire qu'il lui appartenait d'appeler aux armes, au son du tocsin, les nobles et même tous les sujets sans distinction de condition, en cas d'urgence, soit pour pour- voir à un danger intérieur, soit pour défendre le sol na- tional contre l'étranger. Quand le pouvoir central jugeait nécessaire de rassembler les milices féodales, bourgeoises, rurales, chaque gouverneur procurait ce* rassemblement, dans sa province, par l'intermédiaire des grands officiers de justice. Ces milices sortaient-elles du ressort , c'était lui qui les commandait en chef. L'armée avait-elle besoin de pionniers, c'était lui encore qui veillait à ce que les com- munautés les livrassent. Il n'y avait pas jusqu'aux levées de « souldoyers réguliers » qui se faisaient sous l'influence et à l'intervention des capitaines généraux des provinces. Ou bien le pouvoir central chargeait directement ces per- sonnages de procurer les levées dans leur ressort a aux moindres frais possibles (i); » et alors ils délivraient eux- mêmes des commissions de recrutement. Ou bien , si les commissions des chefs de guerre étaient délivrées à Bruxelles, c'étaient au moins les capitaines généraux qui en surveillaient la mise à exécution, qui faisaient proclamer les revues d'enrôlés, et qui souvent assistaient à celles-ci avec les commissaires aux montres (2). (1) Presque toutes les instructions du seizième siècle contiennent la clause suivante : « Quand on lui mandera de faire lever des troupes, il le » fera aux moindres frais possibles. «> (2) Pour l'ensemble: fîu//e/wsrfe la Commissionroyale d'histoire, l''«sér., t. XI , pp. 209-210; 2* sér., t. VI, pp. 273, 280, 281, etc., t. II, pp. 269, 314, 316,317, 285, 286, etc., 3' sér., t. VIII, p. 442. — Publications de la So- ciété pour la recherche des monuments historiques du Luxembourg, t. X, pp. 96 et suiv. — Annales de la Société archéologique de Namur, t. VIII. — Henné, ouv. cit., 1. 111 , pp. 37, 183, t. IV, p. 220. — Instructions de ( 392 ) Les gouverneurs avaient encore une juridiction crimi- nelle] d'une certaine étendue sur plusieurs catégories de gens de guerre. Ils avaient charge de prêter main-forte aux justiciers ordinaires de l'armée, et surtout aux prévôts des maréchaux (1). Enfin, en temps de guerre, ils dirigeaient en maîtres les opérations défensives ou offensives qui se faisaient dans leur ressort ou à leurs frontières, à moins que le souverain, le gouverneur général du pays ou le maréchal de l'ost ne vinssent prendre en personne le com- mandement (2). XI. En abordant maintenant l'examen de la position poli- tique et civile des gouverneurs de province, je veux con- stater d'abord que ces personnages étaient les gardiens Bernard de Bade, de 1328; de Nassau-Chàlons , de 1540; de Werchin, de 1541; d'Oost-Frise, de 1542; deLalaing, de 1344; dedePraet, de 1544; de Mansfeld, de 1543; de Berlaymont, de 1554; de Meghem, de 1333; d'Egmont, de 1359; d'Orange-Nassau, de 1359; de Berlaymont de 1582, etc. Buzelinus, Gallo Flandria, p. 489. — Sohel, Instituts de droit, liv. I, litre XXXVI, cbap. m. (1) Bulletins de la Commission royale d'histoire, 2« sér., t. II, p. 278. — De Robaulx de Soumoy, Étude historique sur les tribunaux militaires. — Quelques commissions de gouverneurs insistent en termes exprès sur cette juridiction, entre autres, celle du gouverneur de Tournai du 3 juillet 1656. — Les Étals Généraux de 1600 insistèrent beaucoup sur le maintien de cette juridiction des gouverneurs et sur son exercice sérieux: voir. 4cies des États Généraux de 1600, pp. 405, 452, 682, 685, 426, 465, 532, 693, etc. (2) Henné, ouv. cit., t. III, p. 177. — Général Guillaume, Histoire de l'organisation]militaire sous les ducs de Bourgogne , p. 140, etc. — On peut consulter, au surplus, le détail de l'Histoire militaire du seizième siècle. — Peut-être quand le souverain rassemblait une armée, dans un but spécial, dans une province, le gouverneur n'en était-il capitaine général qu'en vertu d'une commission particulière : voir Gachard, Analectes belgi- queSy p. 19, note 1. ( 395 ) suprêmes des droits, hauteurs et souveraineté du prince (1 ), et qu'ils étaient les agents responsables du maintien de l'ordre, de la paix, et de la tranquillité publique dans leur ressort. L'exposé rapide de la mission qui leur incombait, en celte double qualité, me servira de transition naturelle entre ce que j'ai déjà dit et ce qui me restera à dire. En effet, c'est pour remplir celte mission dans toute son étendue, qu'il leur importait surtout d'avoir les armes à la main. Les gouverneurs veillaient à la sûreté des chemins, et défendaient les marchands et les sujets de toute foulle ou oppression soit de la part des hordes de vagabonds, soit de la part des soldats débandés ou licenciés qui travaillaient périodiquement le pays (2). Ils devaient comprimer, au besoin, l'esprit turbulent de la noblesse des campagnes et, surtout dans les provinces éloignées du centre, pour- voir par des mesures énergiques à ce que les rivalités et les querelles de gentilshommes ne dégénérassent pas en guerres privées (5). Ils avaient charge de pourvoir à ce « qu'aucun, de quelqu'état ou condition que ne soit, face i> aucun fors en leur gouvernement ou augmente nota- D blement les fors y estans, » sans le consentement du (1) C'était le dispositif de leurs commissions ; je l'ai déjà dit. Leurs in- structions s'exprimaient dans le même sens. Voir, en outre, Buzelinus, ouv. cit., pp. -489 et passim. (2) En Flandre le souverain bailli, dans les autres provinces le prévôt de l'hôtel, en Drabant le drossart du duché, avaient une mission ana- logue. (3) Comte de Villermont : Ernest de Mansfeld. — On trouve dans cet ouvrage des détails fort curieux sur les mœurs de la gentilhommerie pro- vinciale, encore au commencement du dix-septième siècle, et sur ses relations avec les gouverneurs. Les officiers de justice ordinaires avaient peu d'action sur les grands seigneurs. (394) souverain ; et de faire combler les fossés creusés et dé- molir les constructions élevées en contradiction des or- donnances princières ou des privilèges locaux (1). C'était à eux d'empêcher les rassemblements de gens de guerre formés sans permission du prince ou de ses agents, et de les disperser de force avec l'aide des nobles et des autres sujets : Œ tenant tousjours bon regard que les commence- » ments sont plus facilement à remédier que quand les » violences sont passées plus oultre (2). » C'était à eux , dans l'effervescence des hérésies du seizième siècle, de sur- veiller et de disperser les conventicules et les assemblées de religionnaires défendues par les placards (5). Qu'une ville semblât vouloir sortir de la fidélité due au prince du pays, le gouverneur de la province avait mission de la rappeler au devoir et, le cas échéant, de la maintenir par la force et par une occupation militaire. Qu'une insurrec- tion locale menaçât de s'étendre, il devait induire les villes encore fldèles à recevoir une garnison , et empêcher leur défection par son adresse ou par son énergie. Qu'un sujet puissant se rendît coupable de haute trahison ou machinât quelque grave complot, il avait l'obligation de s'assurer de sa personne, soit directement, soit par l'intermédiaire des officiers de justice, et de mettre ses biens sous le séquestre (1) Le terme de îoni&callons contraires aux privilèges se trouve dans les instructions du gouverneur de Frise. (2) Instructions citées , et Correspondance de Philippe 11. t. II , pp. 623, 629 , etc. (3) Instructions citées et Correspondance de Philippe II, t. II , pp. 568 , 606, etc. — Buzelinus, loco cilato. — Bulletins de la Commission royale dhistoire, 2°" série, t. VIII, p. 154, Circulaire du duc d'Albe aux gou- Yerneurs. ( 395 ) (le la puissance publique (1). Qu'un gentilhomme s'avisât d'en appeler à son épée et à ses paysans pour venger ses injures, il avait le droit de l'interner et de lui infliger des arr(}ts (2). Dans un ordre plus pacifique, mais toujours comme gardiens des droits et des intérêts de la souveraineté, les gouverneurs, ou par eux-mêmes on en donnant l'impul- sion aux ofliciers locaux (5), empêchaient les seigneurs par- ticuliers, propriétaires et engagistes, d'empiéter sur les droits régaliens, et les contraignaient à se soumettre au clockslag et aux aides (4). Ils pourvoyaient à ce que les états ne sortissent pas de leur rôle, à ce que les villes n'étendissent pas leurs privilèges au détriment de l'auto- rité du prince. On ne manquait pas de leur enjoindre, notamment en Hollande et en Flandre, de mettre obstacle à ce que dans les lieux où la loi se renouvelait librement par le souverain, il se formât des coutumes restrictives de son droit (5). Partout ils veillaient à ce que les droits réga- liens ou domaniaux ne fussent aliénés que sous forme de lettres patentes délivrées par le conseil des finances. Ils prêtaient main- forte aux receveurs des tonlieux et aux autres receveurs des revenus du prince; surveillaient ces (1) Voir l'histoire du seizième siècle depuis les troubles de Gand jusqu'à la fin d« gouvernement de Farnèse. La notoriété des faits me dispense encore une fois d'entrer dans les détails. (2) Ernest de Mansfeld,t. l" ,passim. (3) Maïeurs.ammans, baillis, prévôts, châtelains. (4) Ce dernier point était particulièrement recommandé aux gouver- neurs de Limbourg, parce que dans leur ressort il y avait de grandes seigneuries engagées dont f&s possesseurs visaient à une complète indé- pendance. (5) Instructions de Nassau-Chàlons, de Praet, Bourgogne, Egmont, etc. ( 396 ) mômes agents el avertissaient le pouvoir central des abus qu'ils remarquaient dans leur gestion; les soutenaient, eux et les gens de la chambre des comptes , dans les occasions où il y avait moyen d'accroître le domaine (1). En Hollande on leur recommandait d'avoir l'œil aux atterrissements, aux alluvions, aux relais des fleuves, des rivières, de la mer, el d'en prendre possession au nom du comte; en Hollande et en Flandre, de surveiller les offi- ciers préposés aux dicaiges et de signaler au gouverneur général ceux qu'ils trouveraient négligents à remplir leurs fonctions (2) ; en Frise , d'empêcher l'émigration des hommes de Saint-Martin (Sinte-Martens hoerichluden) et la vente de leurs biens; de pourvoir au reboisement des frontières « ten eynde dat die nabueren daer op niet en » treden ofif eenige possessie crygen , » de garder tous les droits du seigneur dans l'Yssel (3). Les instructions du gouverneur de Limbourg lui pres- crivaient de veiller aux empiétements continus que se permettait la ville d'Aix-la-Chapelle, mais sans rompre avec elle les rapports de bon voisinage. Elles lui faisaient cette recommandation qui aurait été sans objet dans les autres provinces : « Ne souff'rira aussy qu'aucun forge de » la monnaie es limites de son gouvernement. » Elles le chargeaient de surveiller de près les fermiers de la co/a- mine, d'avertir le pouvoir central s'ils méconnaissaient les clauses de leur contrat et si, ne se contentant pas d'ex- traire du charbon pour les besoins de leur industrie, ils se permettaient d'en extraire soit pour la vente, soit pour (1) Instructions des gouverneurs citées, lïBzelinus, loco cilato. (2) Instructions de Nassau-Châlons,de Praet, Egmont, etc. (3) Instructions de Max d'Egmont en 1 540, de Jean de Ligne en 1 549, etc. ( 397 ) im usage cxlraordiiiaire. Elles l'iiivilaicnl même à s'infor- mer (le la valeur marchande de la calamine pour que le renouvellement du eonlrnl avec les exploilanls se fît sur un pied avantageux pour le domaine; et à l'aire iccherclier si Ton ne pourrait empêcher les eaux de noyer les mines de plomi) du pays et trouver un moyen de tirer parti de celles-ci (I). Il arrivait que certains gouverneurs reçussent, à raison des circonstances du temps, des missions fort délicates. C'est ainsi, par exemple, que les instructions de René de Nassau-Chàlons et celles du seigneur de Praet, gouverneurs de Hollande sous Charles-Quint, les engageaient à tenir la main : « pour avecque le temps practiquier quelqu'im- » pùst gracieux au prouffîl de l'Empereur, des marchan- » dises qui sortent d'Amsterdamme (2). » XII. En dehors des attributions et des pouvoirs dont je viens de parler, les gouverneurs de province avaient une mis- sion de politique internationale; ils étaient dans leur res- sort les grands moteurs de la politique intérieure et les agents directs du pouvoir central ; ils avaient la haute main sur l'administration de la justice; ils avaient des relations fréquentes avec les états; ils conféraient, au nom du (1) Inslruclion du comte d'Oosl-Frise. — Sur les débals relatifs à la propriété de la calamine entre les ducs de Limbourg et la ville d'Aix-la- Chapelle, voir. Ernst , Histoire du Limbourg , t. i" , pp. 97 el suivantes. Les comptes de la 'ccelte générale du Limbourg lournissent des détails intéressants sur la calamine au quinzième el au seizième siècle. (2) Voir leurs instructions. 2""* St-'.RIE, TOMK XXXV. 2C ( 398 ) prince, une foule de magistratures et d'oirices. Je vais les suivre pas à pas dans les phases multiples de leur rôle. Comme agent de politique internationale, un gouverneur devait entretenir et l'aire entretenir par ses subordonnés de bons rapports avec les princes étrangers dont les terri- toires touchaient au sien; se tenir au courant de leur poli- tique et de leurs agissements; avertir le pouvoir central des faits graves qui se passaient, des bruits qui couraient, des projets qui se tramaient aux frontières; régler et au besoin interdire les relations commerciales des regnicoles avec les peuples voisins. Ses instructions ne manquaient pas non plus de l'inviter à demeurer en relations bienveil- lantes avec les gouverneurs nationaux limitrophes (i). Tous les gouverneurs, sauf celui de Flandre, étaient dans leur ressort les agents directs et immédiats de la transmission des ordres du pouvoir central (2). Ils pu- bliaient les placards qui leur étaient envoyés de Bruxelles et les faisaient publier par les officiers locaux dans les villes et dans les communautés du pays. Ils procuraient, selon les exigences du temps, la publication réitérée des ordonnances anciennes qui menaçaient de tomber en dé- suétude (5). Ils faisaient des placards locaux et provinciaux (i) Instructions citées, pass/wi. (2) Ubaghs, ouv. cité, p. 41 ; Bulletins de la Commisaion royale dliis- toire, a™' série, t. VI, pp. 277, 278, etc.; t. VIII, pp. 27, 39, etc.; An- nales de la Société archéologique de Namur , t. VHI. — Comme je le dirai plus loin, ils devaient, comme agents de transmission, agir de con- cert avec les conseils de justice. — Voir tous les mandements d'exécution dans les collections de placards. (3) Bulletins de la Commission royale d'histoire , 2™^ série, t. VIII, p. 23, etc.; t. XII, pp. 90, 99 et suivantes; ô""^ série ,t. X, p. 370. — Le gouvernement central transmettait parfois des ordres directs à une ville, à un corps, etc. ( 5î)0 ) (pi;mtl lo pouvoir cenlral lui ou douuail l'ordre, lis pou- vaieul même, dans certaiuos circouslauces, user du droil de hnn, c'est-à-dire faire des ordonnauccs avec sanction pénale proprio violu. En Gueidre et en Hainaut, et surtout en Ilainaut, le pouvoir édictal du stadlliouder et du grand hailli était des plus étendus (I). \i\\ Flandre, le conseil de justice du ressort agissait seul comme agent de transmission et de publica- tion, le gouverneur n'avait qu'un simple droit de ban (2). Comme représentants directs du souverain et comme moteurs suprêmes de la politique intérieure, tous les gou- verneurs avaient le droit absolu de mander devant eux les magistrats, les officiers civils, les seigneurs, les nobles, les sujets de tonte condition du ressort, de leur donner une impulsion, de les contraindre à obéir « en toutes choses » honnêtes et raisonnables, » et bien entendu dans les limites des droits de la souveraineté reconnus par les institutions nationales (5). Ils pouvaient enjoindre aux (1) Gachard, Correspondance de Philippe II , I. Il, pp. 580, 598, elc. — Jhillelins de la Commission pour la puhlication des anciennes lois et ordonnances , t. II , p. 9i et suivantes; les chartes de Hainaut. — Bulletins de la Commission royale d'histoire , '2'"' série, t. XII , pp. 97 et suivantes, pour Tournai, etc. (2) Sur la publication des placards en Flandre, voir la Collection des placards île Flandre. (ô) Instructions de N'assau-Chàlons , Werchin, Oost-Frise, Lalaiug, de Praet , Mansfeld, IJerlaymont, Egmoiit, etc. — Bulletins de la Commission royale d'histoire, 2"": série, t. VIII, pp. 40,41. — En Limbourg, les quatre hauts drossarts devaient obéir au gouverneur en matière d'adminis- tration et de politique, mais le gouverneur devait leur laisser une grande indépendance en matière judiciaire : Instruction du comte d'Oost-Frise. Les états de Limbcurg disaient en 1600 : « Le gouverneur adoncfj e.st " chieirde.N ofTiciors ayant maniance des alTairos politiques : » Actes des Klals Généraux de 1000, p. 59Ô. — Les étals des autres provinces auraient pu dire la même chose de leur lieulenanl provincial. ( KM) ) magistrats des communes de dresser des ordonnances en rapport avec les nécessités du moment; prendre des me- sures générales ou locales pour la circulation monétaire ou pour la police des marchés (1); et, dans certaines pro- vinces, notamment en Hainaut, à Namur, à Luxembourg, faire des règlements d'administration pour les communau- tés du plat pays et pour une foule de personnes morales (2). Dans le comté de Namur le magistrat des villes n'avait pas la faculté de promulguer des ordonnances politiques sans le consentement préalable du gouverneur et du conseil de la province (5). En Hainaut, conformément à une charte de 1428, donnée par Jacqueline de Bavière, le magistrat de Mons devait faire approuver non-seulement par le pré- vôt, mais encore par le grand bailli, les édile et les règle- ments qu'il faisait (4). Les gouverneurs étaient, avec les conseils de justice, les instruments principaux au moyen desquels la puissance temporelle prêtait aide et protection à l'Église catholique. Ils avaient charge expresse, tant sous Charles-Quint que (1) Bulletins de la Commission royale d'histoire, \^' série, l. XI, pp. 370 et suivantes; 2"" série, t. VIII, p. 55. — Gachard, Rapport sur les Archives de Lille , p. 420. — Henné, ouv. cit., t. VII , p. Iiî6. (2) Hainaut, Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances , t. Il, pp. 94, 145, etc. Le fameux règlement de Soignies, qui servait à l'assiette des impôts dans le comté, était signé par le grand bailli, prince de Derglies. — Namur, Annales de la Société archéologique de Namur , I. Vil, p. 255, etc. — Luxembourg, Acte d'érection du conseil de Luxembourg ; Mineus, Supplément, t. Il, p. 1282. — Il est à remarquer qu'à Namur et au Luxembourg, le pouvoir réglementaire devait s'exercer par le gouverneur de concert avec le con- seil. J'insisterai plus tard sur ce point. — Sohet, ouvr. cité, lac. cit. (5) Grandgagnage, Coutumes de Namur, p. 301. Privilège de Maxi- milien de 1511. — Annales de la Société archéologique de Namur, t. Vni,pp. 5 et 570. (4) Pinchart, om\ cit., pp. 30,31. ( iOi ) sous Philippe II, de faire extirper les sectes et de mainte- nir la religion. Lors de la piil»lita(ioii des (l(''(ietsdu concile de Trente el du synode provincial de Cambrai , ils re(.urent avec les conseils l'ordre de prêter main-forte aux évèques pour l'exécution de ces actes, en tant que l'intervention du bras séculier pouvait être nécessaire (1). Dans loulcs les i)rovinces les lieutenants du prince avaient mission de faire prévaloir, dans la mesure du pos- sible, les aspirations de la souveraineté, de grandir son action, d'assurer son inlluence, d'exercer sa tutelle dans toutes les sphères où elle prétendait intervenir. C'est ainsi, par exemple, que leurs instructions leur ordonnaient : d'empêcher les seigneurs de se porter comme protecteurs des cloîtres, communautés, villes, abbayes, et de veiller à ce que ces personnes morales ne réclamassent aucun défen- seur spécial autre que le prince ou son lieutenant (2); de procurer l'exécution des édits qui subordonnaient à cer- taines conditions la validité des acquisitions immobilières faites par les gens de mainmorte (3) ; d'avertir le pouvoir central dès qu'ils verraient poindre des dissensions intes- tines dans une ville ou dans une communauté rurale, ou des rivalités entre les villes , pour que le souverain pût intervenir à temps; de mettre obstacle à ce que les villes (1) Instructions citées, passim. Commission du prince de Nassau- Siegen pour la Gueidre ; Bulletins de la Commission royale d'histoire, S™' série, t. VIII, p. -i7; l. V, p. 54:2. — Gachard , Correspondance de Philippe II, passim. — Lettres de Marguerite de Parme aux gouverneurs et aux consaulx sur ia pui)lication du conseil de Trente; d'All)ert et d'Isa- belle sur le synode de Cambrai, etc. — Soiiet, ouvr. cité, loc. cil. (2) Instructions citées, passim. (3) Idem el Henné, oui', cil.., l. Il, p. 118. — 11 s'agit ici du célèbre édit de 1520. ( 402 ) ou les comniuiiautés lisseiil des empninls, cliargeassenl leurs biens ou levassent des impôts sans octroi de la sou- veraineté (1). Dans le Namurois, le gouverneur assistait comme com- missaire du souverain à la reddition des comptes de la capitale du comté et d'un certain nombre de personnes morales; en Frise, il intervenait à la reddition des comptes municipaux avec le receveur général du pays ; en Flandre, il y intervenait aussi en qualité de commissaire spéciale- ment désigné, et de concert avec trois ou quatre collègues que la cour lui donnait; en Hainaut, en Hollande, il nom- mait les commissaires préposés au nom du prince pour couler ces comptes; en Hollande et en Flandre, il avait charge expresse, dès le seizième siècle, d'y taire retrancher toutes les dépenses superflues, dépenses que les villes avaient une véritable propension à faire (2). A Tournai, les règlements portés par Charles-Quint contraignaient le magistrat à appeler dans son sein le gou- verneur et le grand bailli pour la décision des affaires im- portantes, en attribuant trois voix au premier et deux voix au second. Si les deux charges étaient réunies sur une (1) Instructions chées , passim ; Gachard, Mémoires sur la législation des octrois . passim. — Pour le Hainaut : Lacroix , Mémoire sur l'an- cienne législation du Hainaul, etc. — Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances , t. II , p. 9-4, etc. (2) Instructions deNassau-Cliâlons,Beriaymont, Egmont, Ligne-Arem- berg, etc. — Annales de la Société archéologique de Namur, t VIII, pp. 195 et suivantes. — Bulletins delà Commission royale d'histoire, t. VIII, pp. 195 et suivantes; Bulletins de la Commission pour la publi- cation des anciennes lois et ordonnances , t II, p. 139 , u" ô8, etc. Voir dans VInventaire des archives d'Fpres, plusieurs patentes de commis- saires pour renouveler les lois et entendre les comptes des villes. ( 403 ) même tète, leur titulaire disposait de ciiuj suflrages et, en fait, il était en situation de donnncr rassemblée (I). Kn Flandre, le gouverneur n'intervenait pas de droit aux délibérations des magistrats communaux; mais les villes prétendaient parfois qu'il était de son devoir de leur don- ner conseil dans les circonstances difficiles (2). XIII. Dans un état social où le pouvoir judiciaire était loin d'être un pouvoir indépendant, même en théorie (ô), l'ac- tion qu'exerçaient les gouverneurs de province sur l'admi- nislraiion de la justice se rattachait par bien des liens à leur mission politique. En vertu de leurs instructions, ils avaient tous charge de procurer droit et justice à qui- conque le demandait, par le moyen « des juges et officiers à ce ordonnés (4) » et en respectant les privilèges locaux « si avant que ceux-ci étaient en usage; » de garder et de Caire garder étroitement les édils, ordonnances et pla- cards, par les magistrats, gens de loi et officiers, auxquels il incombait de les appliquer dans l'exercice de la judica- ( 1 ) Henné , ouv. cit., 1. 1 1 , p. •i'26. — Bulletins de la Commission royale d'histoire, 1" série, t. XI, pp. 537 et suivantes. — Gacliard, Documents inédits relatifs à Vhistoire de Belgique, t II, Rapport sur les Archives de Tournai. (2) Henné, ouv. cit., t. IV, p. 71 ; voir un exemple remarquable se ral- lacliant aux troubles de Gand sous Charles-Quint. (ô) On peut s'en convaincre en parcourant les écrits des jurisconsultes et des praticiens belges du seizième et du dix-septième siècle. (A) La commission du souverain baillidc Flandre, au moins au .seizième siècle , lui attribuait une mission analogue : Mémoires de Jean de Dadi- zeele, imbliès par la Société d'Emulation ; Annexes, p. 42. ( iOi ) turc (1); de pourvoir à l'exécution eflectivc îles sentences des tribunaux de leur ressort, « sans permettre que par le » manquement de ce la justice vienne à cesser (2); » de prêter au besoin main-forte militaire aux exécuteurs des sentences aussi bien qu'aux porteurs de mandats judi- ciaires (5). D'autre part, il leur était défendu de suspendre le cours de la justice, d'évoquer devant leur personne les affaires pendantes soit à Un tribunal inférieur, soit au con- seil de la province, de contraindre les parties, qui n'y consentaient pas, à plaider devant des commissaires nom- més par eux (4), On ne saurait douter cependant que les gouverneurs, sans suspendre le cours de la justice, inter- vinssent parfois, par des suggestions ou par des ordres directs, dans les délibérations des tribunaux ,• soit au nom de la raison d'État, soit pour répondre aux avances que les magistrats eux-mêmes leur avaient faites. C'était l'esprit de l'époque, surtout dans les matières politiques: et rien n'était plus naturel que de voir le représentant du prince faire pro- prio molu dans sa province ce que le pouvoir central fai- (1) Iiislruclions citées, passim. — Bulleliiia de la Commission royale d'histoire , 2™« série , t. VIII , pp. 23 , 2-i, 59, 40, -47 , etc. — Annales de la Société archéologique de Namtir, t. V'III, p. i, etc. — Ubagbs, ouv. cit., p. il. (2) « Aiusy qu'on est accoustumé auxdits pays, pailiculièrement de Limbourg, « ajoutaient los inslruclions du conile d'Oosl-Frise. (ô) Instructions citées. Leclercq, Coutumes du Luxembourg , t. II, p. 223; dans les cas graves le gouverneur de la province exécutait les sentences du siège des nobles. [A) Instructions citées. Elles faisaient parfois une exception pour l'évo- vocalion dans le cas où » qu'il n'y eusl chose d'inconvénient qui ne puist j) soufl'rir, >^ et alors elles voulaient que le gouverneur avertît inconti- nent le pouvoir central. ( ^05 ) sait parfois lui-même sur toute la surface du territoire (1). Les gouverneurs s'érigeaient souvent en arbilres^ enlre les puissants personnages de leur ressort, dont les que- relles judiciaires auraient eu des conséquences politi- ques, ou entre lesquels il importait au pouvoir de main- tenir l'union et la bonne entente (2). Enfin, abstraction faite de la surintendance générale sur le fait de h justice, dont j'ai parlé plus haut, la plupart d'entre eux partici- paient d'une manière régulière et normale à l'exercice de la juridiction et parfois même à plusieurs titres différents. En Luxembourg, en Gueldre, à Namur, en Artois, en Hollande, en Frise, le gouverneur était le véritable chef du conseil de robe longue de la province. Quoique homme d'épée avant tout, il y avait ses entrées avec présidence, droit de semonce et voix délibérative. Quand il siégeait, c'était lui qui mettait les affaires aux voix; on délibérait en sa présence; c'était à lui qu'il appartenait de conclure à la majorité des suffrages sans qu'il put empêcher personne de voter; tous les actes et arrêts du conseil étaient faits et rendus en son nom et au nom du président et des gens du conseil collectivement (5). (1) C'est un fait établi que celte intervention du pouvoir souverain dans l'administration de la justice pendant l'ancien régime. Je me per- mettrai de renvoyer seulement aux preuves que j'ai recueillies dans le Mémoire sur le droit pénal dam le duché de Hrabant depuis l'avéne- mciU de Cliarlcs-Quinl jusqu'à la réunion de la Belgique à la France, que l'Académie a bien voulu couronner. (2) Actes des États Généraux de 4600. Les étals du Limbourg disaient de leur gouverneur : « Souvent appoincle les parties en leurs diffé- » renls. » (ô) Instructions des gouverneurs de ces provinces. — Celles du gou- verneur de Luxembourg sont un jf»eu en contradiction avec l'acte d'érec- lion du conseil provincial qui donne au président, même en présence du ( 406 ) En Gueidreet en Frise, le conseil ne pouvait expédier aucune alîaire importante sans avertir le stadtfiouder, pré- sent dans la province, et sans l'attendre s'il désirait assister à la délibération. Quand le stadthouder était hors de son ressort, le conseil devait encore l'avertir, mais non l'at- tendre, ni suspendre le cours de la justice (1). A Namur et en Luxembourg, il était marqué en termes exprès dans les instructions du gouverneur que les président et gens du conseil leur devaient soumission et révérence. Mais, en revanche, il y était stipulé que sous aucun pré- texte le gouverneur ne pouvait enlever les sceaux au pré- sident (2). Dans la Flandre gallicante, le gouverneur était chef des sièges de la goucernance éiùbWs à Lille et à Douai; à Namur, du souverain bailliage du comté, juge privilégié des nobles ; à Tournai, au moins quand il était grand bailli, du bailliage provincial, juge ordinaire du plat pays, et juge privilégié des cas royaux dans la ville. Comme tel il présidait le tribunal quand il l'entendait, et a\ait en même temps des attribu- tions d'olïicier criminel fort étendues dans tout le ressort (5). gouverneur, le droit de mettre les affaires en délibération. — Wynants, Manuscrit cifé^ chapitre V. — Bulletins de la Commission royale d'his- toire, 2°"^ série, t. VI, p. 288. — Commissioa de Guillaume le Taciturne. — Commission du comte Adrien de Lannoy de Clervaux pour Namur au dix-huitième siècle. — Le gouvernement politique des provinces des Pays-Bas . ouv. cit., pp. 75, 76, 77 , 80, 99. (1) Instructions de Jean de Ligue, Berlaymont, Hierges, Meghem, Bornes, etc. (2) Instructions de Mansfeld, Berlaymont , etc. (3) Bu/.elinus, ouv. cité., p. 489. — Placards de Flandre , t. i"', p. ô56. — Annales de la Société archéologique de Namur, t. VIII, p. 5. — Bul- letins de la Commission pour la publication des anciennes lois cl ordonnances , t. III, p. 192. — Sohet, ouv. cité, liv. I", titre XL VU. ( 407 ) Eu Gueidre et en Hollande, à Nanuir comme souverain bailli, à Toiiinai (iiiaïul il était grand hailli, le j,'ouverneur était lieutenant des lielsdu due, du comte, du seigneur, et présidait avec droit de semonce la liante cour féodale (1). A >"amur, depuis 1482, il élail, pour ainsi dire de droit, grand veneur et bailli des bois et avait par conséquent sous sa direction le tribunal de la vénerie et celui de la foresterie (2). Dans les duchés de Luxembourg et de Lim- bourg, où existaient des olficiers spéciaux préposés à ces deux services, les gouverneurs n'avaient, l'un et l'autre, qu'une mission générale de procurer la conservation de la chasse au profit du prince, en compensation de laquelle on leur permettait de chasser avec modération; le gouverneur du Luxembourg ne devait pas s'occuper du régime des forêts; celui du Limbourg avait simplement charge de veiller à la conservation, du s'Hertoghenwald , et de pour- voir à ce que les droits utiles qu'y exerçaient les sujets ne prissent pas un accroissement abusif (3). Quant au grand bailli du Hainaul, flont je n'ai pas en- core parlé, il était, dans toute la force du terme, le grand justicier du comté dépositaire de tous les attributs de la (1) Commissions des gouverneurs de Gueidre. — Actes faisant suite aux instructions de René de Nassau-Chàlons, gouverneur de Hollande. — Annales du cercle archéologique de Namur, t. VIII, etc. — A Tournai la cour du bailli s'appelait la cour de Maire. — En Flandre, il y avait un lieutenant des (iefs spécial ; en Limbourg sa charge était unie à celle de dros- syrt du duché; et d'ailleurs il y avait un drossart lieutenant des liel's spécial pour chacune des pays d'outre-Meuse. En Luxembourg, le justicier des nobles tenait lieu de lieutenant des liefs, etc. (2) Annales de In Société archéologique de Namur, t. VIII. — Voir les .\nnexes. — Inveiilaire de la chambre des comptes , i. Il, p. 450. [ô) Instruction du comte d'Oost-Frise, Werchin , Mansfeld, etc. ( 408 ) souveraineté se rattachant à la juridiction. Il avait la qua- lité de lieutenant des liefs, de chef et de semonceur de la noble et souveraine cour de Mous, consistoire féodal for- mant le tribunal suprême de la province, et n'ayant pas encore été amoindri par l'érection d'un véritable conseil de robe longue (1); les sentences s'y rendaient en son nom et au nom des féodaux. Il était le seul chef des trois sièges dits de Vaudience, du terrage et de Voffice du grand bailliage, dont la réunion formait ce qu'on appelait le conse«7 ordinaire. 'ïous les actes s'y expédiaient exclusivement en son nom sauf au terrage où ils se faisaient au nom du grand bailli et des gens du conseil conjointement. C'était à son clerc qu'était confié le sceau du grand bailliage, seul sceau comtal du pays (2). Il accordait seul les lettres d'attache nécessaires pour donner force exécutoire en Hainaut aux sentences des tribunaux étrangers. Il était le premier ofïi- cier de justice du pays, ayant surintendance sur tous les officiers comtaux ou seigneuriaux (5) et pouvant exploiter partout, sauf dans les seigneuries privilégiées, tant en ma- tière civile qu'en matière criminelle. Il avait la curatelle des insensés,desfurieux,desfaiblesd'esprit. Il réglait les conflits de juridiction et connaissait des actions de complainte pour déni de justice intentées contre les officiers ordinaires ou contre les seigneurs. On peut dire, en un mot, qu'aux attri- butions d'un officier de justice ayant pour territoire la pro- vince entière, il unissait celles d'un chancelier ou d'un (1) Dès le seizième siècle il y eut des lenlalives dans ce sens. Voir Lacroix, Archives du Hainaut. — Inventaire des chambres, passim. (2) Pinchart, ouv. cit., p. 6. (3) Cette supériorité , chose remarquable , était déjà marquée dans les Charles de 1200. ( m.) ) président de conseil (I). Sa position était si haute qu'on discutait la question de savoir si, par son décès, le cours de la justice n'était pas interrompu en Hainaul (2). Les seuls gouverneurs de Flandre et de Limbourg étaient, au point de vue qui nous occupe maintenant, dans une situation exceptionnelle et inférieure. Celui de Flandre avait charge de procurer droit et sentence aux sujets et de surveiller l'action des officiers de justice, mais il n'avait pas ses entrées dans le conseil de la province; il ne présidait aucun tribunal; il n'avait aucune des attribu- tions d'un oflîcier criminel (5). Le stadthelder du Limbourg ne siégeait dans Tune ou l'autre haute cour du duché que dans les cas exceptionnels où il avait une patente de drossart,soit de Limbourg, soit de Fauquemont (4). Ses instructions lui enjoignaient de laisser aux drossarts du pays une certaine liberté d'allures en matière judiciaire (5). Enfin, par rapport à la surin- (1) Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, 1. 1*"", p. 195, notice de M. Gachard Sur le conseil sou- verain de Hainaut^eH. II, pp. 81 et suivantes.documents relatifs au grand baillage du Hainaut. On trouve dans ces documents une instruction de 1779 fort importante. Comme elle est restrictive des droits anciens du grand bailli, on peut en conclure que ceux qu'elle maintient ne sont pas d'introduction nouvelle. — Voir en outre : Pinchart, otiv. cit., pp. 7,8, 9, etc. ('2) Bulletins de ta Commission roijale d'histoire, S"*" série, t. I'', p. 217; t. XII, pp. -118 et suivantes. — On décidait cependant la (|uoslion négativement. (5) Voir, entre autres , le Mémorial d'Hopperus , cité, p. 233. (4) Inventaire des Archives de la chambre des comptes, l. Il, p. 520 et suiv. — On peut y voir une liste des drossarts de Limbourg. Peu de gouver- neurs s'y trouvent mentionnés. Voir en outre les Annexes. (5) Voir notamment les instructions du comte d'Oost-Frise. ( 410 ) tendance générale sur le fait de la justice, qui lui compé- lail comme aux autres gouverneurs, il était sous la direction immédiate du conseil de Brahant : il était obligé de suivre « les commandements du chancelier et gens du conseil » ordonné en Brahant en tout ce qui concerne la justice, » et souffrir l'exécution de tous mandements qui seront » décernés par ledit conseil, et faire sérieuse aide et » assistance aux exécuteurs d'iceux quand il en sera » requis (1). » C'était la conséquence de l'union indi- visible du Limbourg et des pays d'outre-Meuse au Bra- hant, union consacrée par la Joyeuse Entrée (2). Les gouverneurs de proviuce n'avaient pas en règle gé- nérale le droit de créer de nouveaux tribunaux : il ne leur appartenait pas de mo En Luxembourg, le gouverneur conférait la i)Iu|)arl des offices subalternes des prévôtés (2); à Na- mur, presque toutes les cbarges du souverain bailliage, du bailliage des bois et de la vénerie, les offices d'huissier au conseil de la province (5); en Hainaut le bailliage des bois; les offices de greffier féodal , de contrôleur, de gref- fier et de sergent de la navigation, de sergent de justice exploitant dans le comté, d'huissier de chambre, de prévôt des maréchaux , de quartier-maître, de corratier ou agent d'affaires, et souvent même de maïeur « ou d'aultres ma- » nières d'officiers (4). » Partout les gouverneurs étaient entendus par rapport à la collation des charges dont dispo- sait le pouvoir central :«:veu, disait la Jointe de 1595,qu'ilz » cognoissent mieulz les suffisances et qualitez des gentils- » hommes méritans estre employez et honorez es pro- » vinces dont ils sont natifs et ont servi (5). » Faut-il ajouter, pour qui connaît l'esprit de l'époque, qu'à l'égard du droit de nomination aux charges publiques (1) Actes des Etats Généraux de 1600, pp. 593, 703. Il est néanmoins certain que les grandes drossarderies et chàtellenies des quatre pays, les lieutenances des fiefs, etc., étaient exclusivement conférées par le pouvoir central. (2) Leclercq, Coutumes du Luxembourg , t. II, p. 85 elpassim. (3) Bulletins de la Commission, royale d'histoire, 2' sér., t. V, p. 355. — Il avait encore une partie de ces droits au dix-huitième siècle. — Sohet , ouvr. cité, livre I", titres XLVII .XLVIII. (4) Pinchart, ouv. cit., pp. 7,3-i, etc. — Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, t. Il, pp. 82 et suiv. — On peut énoncer comme règle que les droits possédés par le grand bailli, au dix-huitième siècle, lui appartenaient à fortiori au seizième. (5) Actes des États Généraux de iCOO , p. 441. Voir, au surplus, les sources citées aux pages précédentes, les instructions de Bernard de Bade, etc. ( 417 ) les gouverneurs ne respectaient pas à la lettre les limites mises à leur prérogative? Les rôles dont j'ai parlé ou n'existaient pas, ou étaient facilement méconnus. Ltanl sur les lieux, avertis les premiers des vacances qui se produi- saient, comptant sur les ménagements qu'on aurait pour leurs talents, leurs services, leur inlluence, sachant qu'on ne voudrait guère les désavouer spécialement pour chaque nomination indue, les lieutenants provinciaux usurpaient souvent à l'envi. (Jranvelle se plaignait de cet abus dès loG7 (I). En 1G04, quand le comte de Berlaymont et de Lalaing succéda au vieux Mansfeld, dans le Luxembourg, le souverain ne connaissait plus du tout l'étendue de ses droits dans celte province. Les archiducs enjoignirent au nouveaii gouverneur de faire dresser wi rôle de tous les offices de collation souveraine pour qu'on décidât ensuite, en connaissance de cause, ceux dont il pourrait disposer et ceux qui seraient réservés à la disposition du prince. Mais le mal était si fortement enraciné qu'à la mort de Berlaymont le râle demandé n'existait pas encore; et que le gouvernement de Philippe IV insérait dans les instruc- tions du comte d'Oost- Frise, en 1626, l'injonction de le faire dresser dans un délai préftx (2). En matière de collation de bénélices et de dignités ecclésiastiques la situation des gouverneurs de i)rovince était la même qu'à l'égard de la collation des offices. Leurs instructions faisaient la distinction d'abord : entre les dignités, prélalures et abbayes, d'une part, et les bénéfices de l'autre; ensuite entre les bénéfices portés sur le rôle de (1) Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 561. (2) Voir les instructions du comte de Berlaymont et du comte Chrih- lophe d'Oost-Frise de 1604 et 1626. I (418) S. M. et les bénélices portés sur un rôle spécial. Elles leur défendaient de disposer des bénéfices réservés aussi bien que des dignités, préiatures et abbayes, et même de mettre en possession les bénéficiaires simples au préjudice du droit exclusif du souverain. Parfois leur pouvoir était res- treint dans des termes plus exprès. C'est ainsi, par exemple, que l'instruction du comte de Hornes, pour la Gueldre, lui permettait seulement de conférer les vicairies et les cos- treries à l'exclusion des personats et des cures; et que celle du comte d'Oost-Frise, pour le Limbourg, lui défen- dait de disposer de toute cure ou église quelconque (1). Mais, encore une fois, le fait était loin de correspondre au droit strict : et sauf pour les abbayes, dignités et préia- tures, que le souverain donnait toujours en personne, les lieutenants provinciaux empiétaient à chaque instant sur la prérogative du gouverneur général (2). XV. Pour parcourir le cercle entier des attributions des gou- verneurs, il me reste à esquisser la partie peut-être la plus délicate de leur rôle. Si l'on se rappelle que dans l'ancien régime national les états avaient le droit exclusif de voter les subsides; qu'ils pouvaient mettre des conditions à leur vote; qu'ils pouvaient accompagner celui-ci de représenta- tions portant sur toutes les sphères de la politique et de l'ad- (1) Instructions des gouverneurs de Hollande, Namur, Luxembourg, Gueldre, Flandre, Frise, etc.; pour Werchin, Berlaymont, Mansfeld, Ber- nard de Bade, Egmont, Jean de Ligne, Meghem, Oost-Frise, etc. (2) Voir les instructions de Berlaymont, eu IGOi, d'Oost-Frise, en 1626 de Gueldre au dix-septième siècle, etc. (419) minislralion ; (juc (1rs It; sei/irrno siùcle le souverain avail un besoin permanent et impérieux ilu concours (inan- cier des sujets pour pourvoir aux nécessités publiques, on comprendra comment les agents cbargés de traiter avec les corps représentatifs des provinces, de les manier, d'emporter leur consentement, de les induire à se rendre aux vues de la souveraineté, avaient dans l'économie des institutions une importance de premier ordre. Or, au sei- zième siècle comme au quinzième, ces agents n'étaient autres que les gouverneurs dans les provinces où il en exis- tait un. Et dabord, quand un gouverneur était dans son ressort et qu'aucun obstacle ne l'empècbait de vaquer aux devoirs de sa charge, c'était à lui seul qu'il appartenait de convo- quer les états provinciaux a en suivant l'ancienne cou- tume (1): » en 1341 , la reine Marie ayant fait rassembler les états du ^amurois par le conseil, au préjudice des droits du souverain bailli qui n'était ni absent ni malade, celui-ci protesta vivement (2). Dans le Limbourg, cependant, où les états du duché et ceux des trois autres pays d'outre-Meuse (1) Buzelinus , loc. cit., p. 523, 524. — Lacroix, Archives du Hainaul, Inventaire des chambres 1 etc., [)p. G9, 72, 7-i, 1 2 i, 2 10, etc. — Gachard, Analectes belgiques, pp. 70 et suiv. — Commissions de Guillaume le Taci- turne, du comte A. de Lannoy de Clervaux, etc.— Instructions des comtes de Lalaing et de Hornes pour la Gueidre; du duc d'Aremberg pour le Hainaut.etc. — Bulletins de la Commission royale d'histoire, S» sér., t. II, p. 505; t. VI , p. 275; t. XII, p. 291. — Gachard , Rapport sur les Archives de Lille, pp. 420 et suiv. — Didletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances , l. II , p. 92. — Publica- tions de la Société pour la recherche, etc., des vionumcnls du Luxem- bourg , volume de 1848, pp. 90 et suiv. (2) Uenne, ouv. cit., t. VII, p. 217. ( 420 ) rormaient ()tialre corps séparés, le gouverneur faisait con- voquer ceux-ci par les quatre hauts drossarts (1). Au quinzième siècle il est certain que les gouverneurs l)Ouvaicnt rassembler les états de leur ressort, non-seule- ment sur l'ordre ou sur l'invitation de la cour, mais encore en vertu de leur initiative personnelle et quand ils le jugeaient utile. C'était une nécessité du temps. Au seizième siècle il n'en était plus ainsi. A mesure que les ressorts du gouvernement général des Pays-Bas s'étaient consolidés et que des traditions politiques stables s'étaient formées, le pouvoir discrétionnaire possédé dans l'espèce par les lieutenants provinciaux avait été circonscrit. On avait peu à peu taxé d'abus et d'usurpation toute convoca- tion des états faite par ces personnages sans l'impulsion préalable de la cour de Bruxelles. Celle-ci, sans doute, était fort souvent obligée de fermer les yeux et de tolérer ce qu'elle ne pouvait empêcher : les gouverneurs conti- nuaient à agir comme leurs devanciers et les états les sou- tenaient, dans l'espoir de conserver des occasions multiples de peser sur la marche des affaires. Mais quand les circon- stances étaient favorables et qu'elle avait le moyen de se obéir, la cour ne manquait pas d'exiger qu'on la laissât seule juge des cas où il pouvait être opportun de réunir les représentants des sujets et de leur ouvrir la bouche (2). La présidence de l'assemblée des états appartenait de droit au grand bailli de Hainaut,au gouverneur souverain (1) Ubaghs, Ernsl, etc., locis cit. (2) Gachard, Correspondance de Philippe II , l. P'', p. b06. — Docu- menls inédits, t. I'"'', Régime provincial. — Bulletins de la Com7nission royale d'histoire, 2^ sér., t. XII, p. 291. — Buzelinus, Gallo-Flandria, pp. 523, 489, elc. Les termes des instructions, chose singulière , laissaient le point en litige dans le vague. ( ^-Si ) bailli (le Nanuir, et je pense au gouverneur ou stadlhouder tles autres provinces, excepté en Luxembourg et en Gueidre. En llainaut le grand bailli prenait même le litre de chef des états du comté (1). Partout c'était au gouverneur, à moins de circonstances exceptionnelles, d'exposer au nom du prince le motif de la réunion; de procurer l'exécution des mesures que le souverain désirait voir prendre par les corps représenta- tifs; de faire nommer par eux, le cas échéant, des députés à l'assemblée des états généraux; de conduire ces députés à l'assemblée, d'être enfin commissaire pour la pétition des subsides (2). Le pouvoir central avait le droit strict, sauf en Ilai- naut (5), de substituera son lieutenant provincial un délégué spécial ou de lui adjoindre un grand person- nage de cour pour traiter avec les états. Mais on conçoit aisément combien, surtout au seizième siècle, il lui était délicat d'en user (4). La substitution ou même l'adjonction (1) Gachard, Documents inédits, loc cil. — Lacroix, ouv. cil., pp. 103, "218, eic — Cliaml)re des comples, regislre 75, fol. 100, règlement de 1739 pour Namur. — En Gueidre el en Luxembourg, on le sait, le présidenl des élals était le maréchal héréditaire des nobles; en Flandre, au moins depuis la suppression du gouverneur, ce fut le premier échevin de Gand. (2) Bulletinsde la Commissionroijale d'histoire, 'i''sér.,tAl,[tp.ôôi,AOS, •t09 ; t. III, pp. 210, 218, 557, 250, 200, 204, 313; t. XII, p. 291. — Corres- pondance de Philippe li ,l.Ul, p. b^O. — Analectes belgiques, \oc.c\l. — Buzelinus, Gallo-Flandria^ loc. cit. — Lacroix, ouw cil , loc. cil. — Le gouvernement politique des provinces des I^ays-Bas. etc., pp. 87, 89, etc. — Pincharl, ouv. cit., pp. 10 et suiv. (3) Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, t. II, p. 92. (4) Il y a cependant des exemples , tant au quinzième qu'au seizième siècle. — Bulletins de la Commission roijale d'histoire , 2' sér., t. VI , p. 282. — On trouve des commissions données à des délégués spéciaux ( 422 ) d'un étranger, au représentant ordinaire du prince, était facilement interprétée par celui-ci comme une marque de défiance on comme un certificat d'incapacité; et, d'ailleurs, personne n'était, en thèse générale, plus capable que lui d'entraîner par la persuasion le consentement des états. Les abbés et les prévôts, membres de l'ordre clerc, n'étaient pas nommés par le gouverneur de la province, mais celui-ci avait au moins eu une certaine part d'influence dans leur nomination, et tous avaient intérêt à rester en bons termes avec lui. Le tiers état était presque dans sa main par la faculté de renouveler les lois qui lui apparte- nait. L'ordre équestre, enfin, était entièrement sous son influence : d'abord , en l'absence de règlements précisant les conditions d'idonéiié requises pour y entrer, le gou- verneur avait en fait un pouvoir presque discrétionnaire pour y introduire les gentilshommes (I); ensuite, les nobles provinciaux, cela va de soi, prisaient fort haut la fami- liarité et l'amitié du dépositaire du pouvoir royal dans leur province, qui, en même temps, était socialement parlant le supérieur de l'immense majorité d'entre eux (2). pour traiter avec les états , et surtout pour demander des subsides, dans un volume des archives de l'Audience, intitulé : Papiers d'État; Instruc- tions pour différents personnages en mission à l'intérieur. On doit pren- dre garde que souvent, quand on voit un commissaire spécial traiter avec un corps d'états, c'est que le gouverneur est malade. Il y a différents exemples dans Lacroix, ouv. cité. (1) Ces règlements ne datent que du dix-septième siècle. A voir dans les Bulletins de la Commission royale d'histoire, 3« sér , t. VIll, p. 438, et 2« sér., t. IX, p. i6i, ce que pouvait un gouverneur avant l'émanation de ces règlements. (2) Cette influence naturelle des gouverneurs sur tous les ordres des états est fort bien expliquée, à propos du grand bailli du Hainaul, dans un rapport de la Jointe des administrations et des subsides; Bulletins de la ( 425 ) Si les gouverneurs étaient ainsi les agents ordinaires du souverain , chargés de traiter avec les états des subsides et des autres affaires graves, ils n'étaient pas toujours libres d'agir dans l'occurrence suivant leur propre impul- sion. Avec l'ordre de convoquer les représentants des sujets, en vue d'un objet déterminé, le pouvoir central leur faisait tenir d'abord une lettre de créance aux étals, ensuite une instruction spéciale portant les caractères d'une instruc- tion diplomatique. Celle-ci, en effet, tout en laissant une marge suffisante à la mobilité des circonstances extérieures et à l'habileté de son destinataire, dictait à celui-ci le lan- gage qu'il aurait à l'aire entendre pendant la session, la conduite qu'il devait tenir, les engagements qu'il pouvait prendre au nom de la souveraineté : elle allait même parfois jusqu'à lui indiquer d'avance les obstacles à vaincre et les moyens à employer pour atteindre le but. En par- courant quelques-unes de ces instructions d'un œil atten- tif, on apprend bien des choses sur les grandeurs et sur les misères de la vie politique de l'époque {i). Lorsqu'un subside avait été accordé par les états d'une province le rôle des gouverneurs n'était pas fini. C'est à eux qu'il incombait partout de prêter main-forte aux offi- ciers des finances chargés de lever les impôts et, au Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, l. II, pp. 125, 126. — Quelques-uns usaient parfois de violences ou d'inlimida- lion pour arriver à leurs fins ; voir Ubaghs , ouv. ciL, pp. 49, 50, etc., pour ne pas parier des affaires du dixième denier, si connues. (1) Actes des États Générauxde 1600^ pp. 7, 8, 10, 85, eic On trouve des instructions de l'espèce dans le volume cité des papiers d'État; Commis- sions et instructions pour les gouverneurs, notamment aux fol. 200, 2 12, 288, 292, 296, 356, -362, 108, etc., et dans un autre volume : Instructions pour dilférentes personnes en mission à l'intérieur, fol. 30, 95, 509, etc. ( 424 ) besoin, de contraindre à acquitter leur quote les commu- nautés récalcitrantes (1). Bien plus, à mesure que les états étaient entrés en possession des droits d'administration, qu'ils avaient pris en main la direction des finances et celle des principaux intérêts matériels de la province, cer- tains gouverneurs avaient été investis de prérogatives en grande partie nouvelles (2). C'est ainsi, par exemple, qu'en Hainaut le grand bailli (3), à Namur le souverain bailli, étaient devenus les chefs de la députation permanente des corps reprévsentatifs aussitôt que celle-ci avait été formée. Ils procuraient avec son concours la répartition et l'assiette des subsides et des impôts, l'exécution des mesures décré- tées par les états, l'observation des règlements faits par eux. Ils présidaient enfin à la reddition des comptes pro- vinciaux (4). XVf. J'espère avoir tracé dans les pages qui précèdent un tableau presque complet des attributions réunies au seizième siècle dans les mains des lieutenants provinciaux (1) Voir, entre autres : Publications de la Société pour la recherche, etc., des monuments du Luxembourg , tome de 1848, pp. 96 et suiv. — Bulle- tins de la Commission royale d'histoire, 2' sér., t. VI, pp. 277, 278, etc. (2) C'est seulement au seizième siècle que, dans la plupart des pro- vinces, les états acquirent des droits d'administration. Antérieurement, l'assiette et la levée des impôts se faisaient par les officiers des finances du prince. (3) Dès le quinzième siècle. (4) Annales de la Société archéologique de Namur, t. VIII, p. 5. — Registre n" 75 de la chambre des comptes, fol. 100: Règlement de 1739 pour Namur, réorganisant ce qui existait déjà. — Bulletins de la Com- mission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, t. II, pp. 92 et suiv. Sohet, Instituts de droit, liv. I , titre XXXVI , chap. m. ( 425 ) dii souverain des Pays-Bas. Je dois encore, pour placer ce tableau dans son véritable jour , essayer de marquer par quelles combinaisons de ressorts on s'efforçait de main- tenir ces puissants dignitaires dans la dépendance du pou- voir central , et quels étaient les droits de la souveraineté dans l'exercice desquels leur participation était étroitement mesurée. Les gouverneurs de province, si facilement en mesure de se permettre des écarts politiques et des usurpations, ne pouvaient, sans se mettre en étal de révolte ouverte, se soustraire tout à fait à l'impulsion du souverain ou de son lieutenant gouverneur général, d'abord : parce qu'il ne leur appartenait pas de lever, sans ordre supérieur, des corps de troupes permanents autres que les petites garni- sons des places fortes (I); ensuite, parce que le pouvoir central conférait directement les grandes charges dont les titulaires étaient les instruments principaux de leur action; ensuite encore, parce qu'ils avaient dans l'exercice de leurs attributions des assesseurs, des collaborateurs en sous-ordre ou des conseils obligés qu'ils ne créaient pas; enfin, et surtout, parce qu'ils n'avaient pas le maniement discrétionnaire des deniers du souverain. Je m'arrête un instant à ces deux derniers points; ce que j'ai dit plus haut me dispense d'insister sur les autres. Les gouverneurs de province n'avaient pas le droit de choisir discrétionnairement leurs agents ni leurs conseils. Au quinzième siècle le souverain leur adjoignait parfois un conseil de gouvernement, dont malheureusement l'organi- (1) Leurs instructions ne parlent jamais que de levées de l'espèce. D'ailleurs, le fait est aussi notoire que naturel. ( 426 ) salion el les allribulions précises me sont inconnues (i). Au seizième siècle ces corps avaient disparu, mais pour l'aire place aux conseils de justice. En vertu de leurs instructions, les gouverneurs de l'époque de Charles-Quint et de Philippe II ne pouvaient pas entremettre « aux affaires gens qui ne sont ni officiers, » ni en service, ni assermentés au souverain. » Avaient- ils besoin d'instruments, ils devaient s'adresser aux offi- ciers ordinaires; avaient-ils besoin de conseils, aux mem- bres du tribunal supérieur de leur ressort (2). Dans les matières graves ils avaient même ordre exprès de consulter ces derniers avant d'agir (5); enfin, dans l'exercice de cer- taines attributions, ils étaient en droit strict obligés d'agir de concert avec eux. C'est ainsi, par exemple, que dans les (1) Il en est question dans les documents relatifs à Tengagère du gou- vernement du Luxembourg à Christophe de Bade; et dans les instructions de Bernard de Bade de 1S28 il est parlé du « conseil lequel S. M. entre- i> tient ouitre un gouverneur pour espécialement assister aux affaires du « pays. » Voir le volume cité des Papiers d'État. — En Limbourg, d'après les notes que me communique M. Posvvick, ce conseil se composait parfois de dix personnes. Les châtelains et drossarts locaux en faisaient souvent partie avec le receveur général du pays. Dans le registre n» 2436 de la recette générale du Limbourg, aux fol. 70, 72, il en est question dans les termes suivants : « Par bonne declairation soubs les scels dudit gouver- » neur et de trois ou quatre conseillers de Mons. en son dict pays el » duché de Limbourg. » (Ann. 1390-93.) « Le premier jour du mois fut à Limbourgh le conseil de mon très-re- » doublé seigneur de Bourgoigne en ses pays ouït la Meuse, establi, assa- » voir le gouverneur, le sire de Gronsl'eld , Mess. Herman Hoen, le demy- » seau de Haren, Goeswin de Heer, Jehan de Vilers le receveur, Henry » de Clermont. » (1392.) (2) Instructions de Werchin, de Praet, Mansfeld, Berlaymont, Meghem, Egmont, etc. (3) Instructions de Meghem, en 1555, de Berlaymont, en 1554, de Ber- nard de Bade, en 1528. ( -127 ) provinces où le gouverneur élail cher d'un conseil de robe longue, la publication des placards, la transmission des ordres du pouvoir central, l'émanation des règlements d'administration publique, la publication des mandements militaires, et même la convocation des étals, devaient or- dinairement se l'aire en leur nom collectif (1). En Hainaut, le droit édiclal et réglementaire du grand bailli était tout à lait personnel. Mais ce grand oflicier était au moins tenu d'agir avec les gens du conseil ordinaire, comme agent de publication et de transmission (2). Quoi qu'il en soit, ne nous faisons pas illusion sur la portée pratique des principes légaux que je viens d'énon- cer. Il est certain que les gouverneurs de province ne lais- saient pas que de trouver dans les conseils de justice des contrôleurs et jusqu'à un certain point des surveillants. Mais c'était à peu près tout. Les lieutenants provinciaux du souverain avaient une tendance fort accentuée, au sei- zième siècle, à faire sentir durement leur suprématie légale, l'éclat de leur pouvoir militaire, parfois même la hauteur de leur position sociale, aux hommes de robe qui les entouraient. Les instructions de Bernard de Bade ne jugeaient pas inutile de lui enjoindre de donner audience aux receveurs, avocats et autres ofïiciers de l'empereur, quand ceux-ci avaient à l'entretenir d'affaires de ser- vice (5); celles de Florent, comte de Berlaymont et de (1) Voir les sources citées plus haut à propos de ces droits des gouver- neurs, et, eutie autres, les Bulletins de la Commission d'histoire, S»" sér., t. VI, pp. 284 et suiv., l. II, pp. 307, 317, 370, 420. (2) Pincharl, ouv. cit., p. 2«. — Jiulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, t. II, pp. 84 et suiv. — Correspondance de Philippe //, passim. (3) Dans les premiers articles. ( 428 ) Lalaing, en 1604, de lui rappeler qu'il devait honorer et respecter les membres du conseil de Luxembourg : « Pré- » supposant, disaient avec dignité les archiducs, qu'ils » sont nos conseillers et ministres et non les vôtres et que j> chacun doit estre respecté en son degré et qualité (1); » celles de tous les gouverneurs du seizième siècle, de leur défendre d'employer les gens de robe à leurs affaires per- sonnelles et de les distraire du service de l'État (2). Ce n'était pas seulement en Hainaut que le grand bailli main- tenait les gens du conseil ordinaire au rang de collabora- teurs subalternes et en sous-ordre. Presque partout les gouverneurs agissaient de même, à l'occasion, vis-à-vis des conseillers de robe longue. Ils décidaient en maîtres, dans les cas oîi ils devaient agir en nom collectif avec eux; et trop souvent ils allaient même jusqu'à croire qu'il leur appartenait d'agir sans tenir compte de leurs avis ou de leurs votes, ou en dépit même de ces votes etde ces avis (3). Il va sans dire que dans les provinces où le gouverneur n'avait pas ses entrées dans le conseil de justice du ressort, comme en Flandre et dans la Flandre gallicante (4-), la position était très-différente. Les prérogatives propres du conseil contenaient singulièrement celles du représentant direct du souverain. Je puis me borner à signaler le fait sans m'y arrêter davantage, et passer aussitôt à l'examen du frein le plus sérieux qui contint les gouverneurs. (1) Celte instruction est faite avec soin pour essayer de corriger une foule d'abus enracinés sous le vieux Mansfeld. (2) Instructions de Werchin, de Praet , Berlaymont, Meghem, Mansfeld, Egmont, etc. (3) Voir les instructions citées de Florent de Berlaymont, du comte d'Oost-Frise, son successeur, du gouverneur de Gueidre, après 1640, etc. (4) La Flandre gallicante était dans le ressort du conseil de Flandre. ( 429 ) En matière linancière les lieutenants provinciaux étaient tous sous la dépendance directe et immédiate du gouver- neur général des Pays-Bas. C'était ce personnage seul qui leur dispensait d'une main prudente et attentive le nerf de la guerre et des affaires gouvernementales. Ces mêmes gouverneurs qui, dans leur ressort, dominaient l'adminis- tration judiciaire, l'administration militaire, la politique, qui renouvelaient les lois, qui nommaient à une foule de charges publiques, qui traitaient d'ordinaire avec les états, n'avaient absolument aucun pouvoir propre sur les finances publiques. Aux termes de leurs instructions ils ne pouvaient, sous aucun prétexte, se mêler de la gestion du domaine, ni pour passer des actes de vente, ni pour passer des actes de location, ni pour toucher des revenus, ni pour donner des quittances ou faire des remises de dettes. Chargés, comme je l'ai dit, de surveiller la conduite des officiers des finances et, au besoin, de leur prêter main-forte, ils n'avaient pas qualité pour leur donner des ordres ni pour les soumettre à leur impulsion ; ces officiers ne ressortissaient qu'aux autorités centrales : le conseil des finances et les chambres des comptes (1). Les gouverneurs, qui étaient titulaires d'un office domanial ou d'un grand ou souverain bailliage, faisaient seuls les recettes de juridiction criminelle, sous forme d'amenc/es ou de coinposi lions, qui en dépendaient, mais tous les ans ils devaient au moins une fois produire (1) Insiruclions de Weichin, Oost-Frisc, de Praet, Nassau-Châlons, Mansfeld, Berlaymont, Lalaing, en 1604, Oosl-Frise, en 1G26, celles dos gouverneurs de Gueldre après IGiO, etc. 2""= SÉRIE, TOME XXXV. 28 ( 430 ) un état détaillé de leur gestion aux chambres des comptes, et subir leur contrôle minutieux (1). Les gouverneurs n'avaient et ne pouvaient jamais avoir la disposition des aides ou subsides, accordés au prince sur la bourse des sujets par les corps représentatifs pro- vinciaux. Leurs instructions allaient jusqu'à prévoir le cas où il serait mis pour condition à l'accord d'un subside qu'ils en auraient la distribution, et elles leur défendaient de se prévaloir de celte clause sans l'assentiment formel du pouvoir central (2). Les gouverneurs n'avaient pas non plus de pouvoir dis- crétionnaire pour faire des dépenses, sauf à présenter après coup le compte à payer au souverain. Leurs instructions leur défendaient de faire des travaux extraordinaires, dans leur ressort, sans l'aveu préalable du pouvoir central. Elles leur enjoignaient de « tenir, garder, ensuyvir et faire gar- » der les estats faits parceulxdes linances et des comptes » sans les enfreindre. » Quand se produisait une nécessité immédiate et inéluctable de méconnaître cette dernière prescription, ils devaient incontinent avertir le pouvoir central à Bruxelles (3). Enfin, les gouverneurs, qui étaient chefs de la députation permanente des états, ne disposaient des deniers propres de la province qu'en conformité des décisions prises par (i) Inventaire de la chambre des comptes , t. 11 , pp. 256 et suivantes. Comptes des grands baillis du Hainaul, du souverain bailli de Namur, du grand veneur de Namur, du bailli des bois de la même province, etc. Le bailli de Tournai-Tournaisis seul n'était pas comptable. Inventaire cité, t. H, p. vil. (2) Voir les instructions citées à la note avant-dernière. (3) Instructions de Werchin, Oost-Frise, Nassau-Chàlons, Lalaing,de Praet, Mansfeld, Berlaymont, Meghem, Hornes, Egmont, etc. ( 43i ) les états eux-mêmes; ils n'étaient que les exécuteurs des volontés de ceux-ci (i). Dois-je ajouter, comme signe du temps, qu'on croyait nécessaire de leur défendre en termes exprès de rien recevoir, prendre ou pratiquer des pays, outre la coutume, sans le consentement du gouverneur général? Toujours est-il que, contrairement à l'esprit sinon à la lettre de cette défense, une foule de lientenants pro- vinciaux du prince trouvaient moyen de se faire octroyer |)ar les étals des dons de Joyeuse Entrée, ou des gratifica- tions annuelles dont l'import était souvent fort élevé (2); et que d'autres se permettaient d'exiger des taxes des marchands qui traversaient leur ressort, ou percevaient des redevances sur les objets destinés à la consommation des soldats. Les étals généraux de 1652 furent obligés eux- mêmes d'élever la voix contre ces dernières pratiques (5). Sans insister davantage sur ce point, qui me permettrait d'entrer dans des détails piquants mais étrangers au but de cette notice, parlons des droits de la souveraineté à l'exercice desquels les gouverneurs de province ne pre- naient, en général, qu'une part étroitement limitée. Ces droits étaient ceux de l'ordre gracieux. (1) Les rapports des députations avec les états sont trop connus pour que je m'y arrête maintenant. (2) Instructions de Werchin, Nassau-Chàlons, Oost-Frise, de Praet, d'Egmonl, etc. — Ernst.dans sa Notice sur les états du Limbourg, insérée dans les Bulletinsde la Commission roijale d'histoire, 2* sér.,t. XII, p. 292, raconte une piquante anecdote à propos du prince de Nassau-Siegen el des états de la province en 16G8. — Voir les Actes des étals généraux de 1600, pp. 593; 705, etc.; Vlnvenlaire des archives de la chambre des comptes, t. 111, Comptes des aides et subsides, passim. — Voir l'Annexe à celte Notice concernant Tournai-Tournaisis. — Sohet, ouvr. cité, loc. cit. (3) Actes des États Généraux de 1632 , p. 564 — Sous Charles-Quint, les marquis de Bade levaient de véritables impôts à leur profit dans le Luxem- bourg : Henné, ouv. cit., t. IV, p. 8. ( 432 ) A Namur, en Luxembourg, en Limbourg, en Frise, en Hollande, en Artois, en Flandre, dans la Flandre galli- cante,dans le ressort de Tournai-Tournaisis,les lieutenants provinciaux du souverain des Pays-Bas n'avaient pas la fa- culté de donner des privilèges et des franchises, de créer des foires ou des marchés francs, de légitimer des bâtards, d'accorder des octrois aux villes et aux communautés pour vendre leurs biens, pour s'imposer, pour faire des travaux publics, etc. En matière criminelle ils n'avaient pas le droit de grâce : leur pouvoir ne s'étendait qu'à accorder rémission du crime d'homicide simple, et encore à charge de faire faire la composition par les officiers de justice ordinaires. Il ne leur appartenait pas non plu.s de délivrer des passe-ports , des sauf- conduits, des lettres de placet sur bénéfices, des lettres de sûreté de corps. Tout au plus pouvaient-ils donner des lettres d'attache aux passe-ports délivrés par le conseil des finances ou par un autre corps du gouvernement central (1). En Gueldre et en Hainaut, il en était autrement. En Gueldre, il existait, en vertu du traité de Venloo, une grande chancellerie où se dépêchaient pour le duché une foule d'espèces de grâces et d'octrois en concurrence sinon à l'exclusion du conseil privé (2); et le stadthouder (1) Instructions de Werchin , Nassau-Chàlons , Oost-Frise, de Praet, Mansfeld, Beilaymont, Meghem, Egmont, etc. — Voir un exemple de grâce octroyée par le souverain bailli de Namur : Bulletins de la Commission royale d'histoire, 2" sér., t. VI, pp. 285, 286. (2) Ce n'est pas ici le lieu de faire l'histoire de cette chancellerie. Je me contenterai de dire qu'en dépit des réclamations des états de Gueldre, qui, conformément à l'esprit du traité de Venloo, voulaient la placer sur la même ligne que celle du conseil privé, le pouvoir central travaillait tou- jours à en diminuer l'importance. Il ne réussit pleinement dans ses des- seins qu'à la fin du dix-huitième siècle. ( 435 ) avait en lait cette chancellerie sous son étroite dépen- dance (1). En Ilainaut, tant en vertu des chartes générales que d'une tradition constante à laquelle on n'aurait encore osé porter la main, le fjrand bailli délivrait seul, au siège de V audience y des octrois de grâce de toute nature, des autorisations aux communautés pour s'imposer, pour Caire des travaux, pour vendre, des lettres de répit, de sûreté de corps, et de sauf-conduit dans certaines limites. Il pouvait ériger des confréries d'arbalétriers, d'archers, et des com- pagnies bourgeoises. En matière criminelle il exerçait le droit de grâce, de fait d'une façon absolue, en théorie à raison de toutes les infractions qui ne constituaient pas un cas énorme et vilain (2). Il va d'ailleurs sans dire que, dans les autres provinces, il se produisait des usurpations aussi bien par rapport à la collation des grâces que par rap- port à la nomination aux charges publiques. XVII. Je termine enfin ce qui concerne les gouverneurs de province au seizième siècle par un dernier trait. Investis des attributions multiples dont j'ai parlé, cumulant sou- vent d'autres charges avec leur gouvernance, il était im- possible à la plupart d'entre eux de se passer de lieutenants. A Namur, par exemple, c'étaient toujours des lieutenants qui faisaient les fonctions de souverain bailli, de grand ( 1 ) Traité de Venloo, art. ô, 4 , 5 , 6. — Gachard , Mémoire sur la légis- lation des octrois , Introduction. — Instructions des gouverneurs de Gueldre après 1640, etc. (2) Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, t. II, j>p. Si et suiv., pnssim. i ( 434 ) veneur, de bailli des bois (1); dans la Flandre gallicante, il y en avait un attaché en permanence au siège de la gou- vernance à Lille et un autre au siège de la gouvernance à Douai (2); en Hainaut, le clerc de l'oflice du grand bail- liage était lieutenant du grand bailli sans préjudice aux autres délégués que ce dernier pouvait avoir (3); en Frise, il y avait un lieutenant du stadthouder de résidence fixe à Groningue (4); à Tournai, il y avait d'ordinaire en fonctions un lieutenant du gouverneur et un lieutenant général du bailli, même quand la gouvernance et le bailliage étaient réunis sur une même tète (5). Il est à tout moment ques- tion, enfin, des lieutenants du gouverneur de Gueldre, de Limbourg, de Luxembourg (6)... Ces lieutenants doivent, à certains égards,- être classés en deux catégories distinctes : ceux qui tenaient leurs pouvoirs du prince, comme ayant été nommés par lui (7); ceux qui tenaient leurs pouvoirs du gouverneur parce que (1) Bulleiins de la Commission royale d'histoire, 2<= sér., t. VI, pp. 277, 286, 315, etc. — Annales du Cercle archéologique de Namur, t. VIII. (2) Placards de Flandre, 1. 1", p. 336. — Buzelinus, loc. cit. (3) Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, t. Il, pp. 84 et smv.,passim. — Pinchart, ouv. cit., p 8. (4) Instructions de Buren , Ligne-Aremberg , Berlaymont , Hierges. Ce lieutenant était nommé par le souverain. (5) Voir les Annexes. (6) Voir l'histoire du seizième siècle, les Annexes, etc. (7) En 1522, CbariesQuint donnait un lieutenant au capitaine général du Hainaut : Bulletins de la Commission royale d'histoire, l^^sér., t. XI, p. 208; en 1531 , un autre au marquis d'Arschot, gouverneur du Luxem- bourg : voir l'Acte d'érection du conseil de Luxembourg; en 1543, un autre au gouverneur comte de Mansfeld , un autre encore à Berlaynionl en 1554, à Namur. ( 435 ) celui-ci les nommait et les révoquait à son gré (1). Les pre- miers, sans jouir, je pense, du privilège de l'inamovibilité, restaient en charge tant qu'ils n'étaient pas rormoliemcnt révoqués. Los autres perdaient tout caractère public à la mort de leur mandant : ils avaient besoin d'une commis- sion nouvelle, impétrée du pouvoir central, pour conti- nuer l'exercice de leurs (onctions pendant la vacance de la gouvernance (2). Au seizième siècle ces derniers étaient de beaucoup les plus nombreux. Pour le surplus tous les lieutenants provinciaux avaient une position légale uniforme. Ils étaient astreints à prêter serment au souverain comme les autres officiers du pays (5) et, en même temps, à prêter serment au gouver- neur leur chef (4) : chacun d'eux était Valter ego de ce gouverneur, partout oii il se présentait et dans tout ce qu'il faisait sur l'ordre ou avec l'assentiment de celui-ci ; (1) Commission de Meghem, en 15oo. — Instructions d'Oost-Frise, en lo-i2, etc. — Bulletins de la Commission royale d'histoire, 2'= sér., t. VI, loc. cit., et Annexes. (2) Patentes militaires, t. 1", fol. 235, en ISoi: » Comme depuis le • trespas de feu nostre cousin le comte de Rœulx , , les lieutenants, " conseillers et assesseurs, advocats et procureurs fiscaux de nostre gou- •> vernance de Lille , nous ayant fait remonstrer que au moyen d'iceluy " décesse les commissions et pouvoirs de ses lieutenants, elles seroient " eslaincles , et que à icelie cause l'exercice et administration de la n justice cesse... » Cliarles-Quint donne une commission nouvelle à l'an- cien lieutenant du gouverneur. (3) Nous avons vu qu'un gouverneur ne pouvait jamais mêler aux affaires des gens non assermentés au .souverain. D'ailleurs, sa commission stipulait d'ordinaire que le lieutenant nommé par lui prêterait serment au prince entre les mains des gens du conseil provincial. (4) Bulletins de la Commission royale d'histoire , 2' sér., t. VI , pp. 277, 286, 31 5, etc. ( 436 ) mais aucun d'eux n'avait des attributions propres. Tous étaient obligés de suivre passivement l'impulsion que leur chef leur donnait; de diriger les affaires qu'il leur confiait et dans le sens qu'il avait lixé; de s'abstenir d'intervenir dans les affaires auxquelles il leur avait défendu de s'en- tremettre. A la rigueur ils n'étaient même responsables que vis-à-vis de lui. Les gouverneurs, au contraire, comme le rappelaient les instructions de l'époque d'Albert et d'Isa- belle, étaient responsables devant Dieu et devant le sou- verain du ressort confié à leurs soins (1); et, comme le disaient les commissions de la plupart d'entre eux, s'ils déléguaient l'exercice des pouvoirs de leur charge, c'était toujours à leurs risques, périls, frais et fortune (2). Ce fait explique comment, à moins de circonstances excep- tionnelles, le souverain laissait aux différents gouverneurs le soin de nommer eux-mêmes le lieutenant ou les lieute- nants dont ils avaient besoin dans leur ressort. Il en est de l'institution des gouvernements de province comme de la plupart des institutions de l'ancien régime en Belgique : elle avait acquis pendant les règnes de Charles- Quint et de Philippe II son plein développement. Après les détails que j'ai donnés dans les paragraphes précédents, je pourrai résumer en un petit nombre de pages les grandes ligues de son histoire pendant les deux derniers siècles : le dix-septième siècle qui fut pour elle un siècle de transition, le dix-huitième qui fut celui de sa décadence. Je le ferai dans un prochain travail si l'Académie veut bien me le permettre. (1) Instructions du comte de Berlaymont, en 1604, pour le Luxembourg, du comte d'Oost-Frise, en 1626, pour la même province, etc. (:2) Cette formule se trouve encore dans une foule de commissions du dix-huitième siècle. ( 437 ) — La classe fixe au lundi 12, mardi 13 et mercredi li- mai prochain, les jours de sa séance ordinaire mensuelle, (le la séance générale des trois classes et de sa séance publique. M. Thonissen annonce qu'il lira dans cette dernière séance un travail relatif à la Ultcratnre nationale de nos provinces sous le gouvernement de Marguerite d'Autriche (1507-1550). M. Le Roy sera invité, au nom de^la classe, à faire éga- lement une lecture. ( 438 ) CLASSE DES BEAUX-ARTS. Séance du 3 avril i873. M. L. Alvin, directeur. M. Ad. Quetelet, secrétaire perpétuel. Sont présents : MM. L. Gallait, G. Geefs, J. Geefs, C.-A. Fraikin, Éd. Fétis, Edmond De Busscher, J. Por- taels, Alph. Balat, Aug. Payen , le chevalier L. de Burbure, J. Franck, G. De Man, Ad. Siret, Julien Leclercq, Alex. Bobert, Aug. Gevaert, membres; Éd. De Biefve, corres- pondant. COBRESPONDANCE. La classe apprend avec un vif sentiment de regret la perte qu'elle vient de faire de l'un de ses membres titulaires de la section de musique, M. Charles-François-Marie Bos- selet, né à Lyon le 27 juillet 1812, décédé à Saint-Josse- ten-Noode, le 2 avril 1873. D'après les dispositions prises par la famille, les funérailles auront lieu le vendredi 4 avril, à deux heures de relevée. M. Gevaert a bien voulu accepter la mission de pronon- cer, en cette triste circonstance, le discours académique. M. le secrétaire perpétuel s'est empressé d'adresser à Madame Bosselet les condoléances de la Compagnie. ( 439 ) — M. le Ministre de Tinlérieur adresse deux dépêches concernant les grands concours de composition musicale : l'une, du 25 mars, accompagnant l'envoi de dix exem- plaires de l'arrêlé ministériel du 18 du même mois modi- fiant, conformément aux propositions de la classe, les conditions des concours; la seconde, du 12 avril, faisant connaître la composition du jury nommé par arrêté royal du 26 mars, pour juger le double concours des cantates. — Le même haut fonctionnaire fait parvenir : 1° au nom du gouvernement italien, un exemplaire de l'ouvrage inti- tulé : Saggio Vinciano; 2° un exemplaire de l'ouvrage de M. Jules Helbig, intitulé : Histoire de la peinture au pays de Liège; ô° deux exemplaires du rapport imprimé de M. Benoit sur les fêtes musicales de 1865 de la fédération de Bas-Rhin, et un aperçu, par M. G. Huberti, sur l'histoire de la musique religieuse des Italiens et des Néerlandais. — Remercîments. — M. Mellery, mis en possession de son prix de 1,000 francs et du carton qui lui a valu cette distinction au con- cours de 1872, adresse une reproduction photographique de son œuvre couronnée. — M. Donaldson, associé de la classe, à Londres, en exprimant ses remercîments au sujet de l'envoi des der- niers volumes des Bulletins et de ï Annuaire, annonce la mort de M. Louis Forsler, devienne, associé de la section d'architecture. ( 440 ) ÉLECTIONS. ' M. H. Vieuxtemps est désigné pour remplacer M. Bosselet, décédé, comme membre de la section permanente du jury des grands concours de composition musicale. — Notifi- cation de cette nomination sera donnée à M. le Ministre de l'intérieur, afin d'obtenir la sanction de Sa Majesté. — La classe, appelée à procéder à la nomination d'une commission chargée de discuter toutes les questions rela- tives au séjour des lauréats des grands concours du gou- vernement, dits prix de Rome, désigne à cet effet MM. L. Alvin, De Keyser, De Man, Gallait, Gevaert, Fraikin, Franck, Portaels, Payen et J. Geefs. CONCOURS DES CANTATES. Comme suite à| l'arrêté royal du 20 février dernier, ouvrant un double concours des cantates, il est parvenu au secrétariat de l'Académie, avant le terme fatal, fixé au 1" avril, cinquante quatre poëmes français et trente et un poëme flamands. En voici les titres et les devises : POËMES FRANÇAIS. 1. Judas Iscariote. — Devise : « Auri sacra famés. » 2. Ariane et Bacchus. — Devise : « Évohé. » ( 441 ) 5. Prométhée encfiainé. — Devise : Ma seule offense C'est ma fierté, C'est ta défense 0 liberté! 4. Saïd. — Devise .• « Béni soit le juste! » 5. Avant Vorage. — Devise : « Essayons quand même. » G. La veillée de Noël aux enfers. — Devise : a Israël! réjouis-loi! le jouf est proche. Il viendra. » (ÉzECHiEL, Prophétie.) 7. V Aigle expirant. — Devise : « Thermidor 1794. d 8. Une sérénade espagnole. — Devise : « Per arnica silentia luna3. » (Virgile.) 9. La fiancée de Saragosse. — Devise : « Aux armes! » 10. Roland de Lattre à la cour de Charles IX. — Devise : « Igilur quandocumque spiritus Domini malus arripiebal Saiil, David tollebat citharam et pcrcutiebat manu sua, et revocillabatur Saiil, et levius habebat : recedebat enim ab eo spiritus malus. » (Liber I, Regum, cap. XVI , 23.) 11. L'Océan. — Devise : Monstrura horrendum, informe, ingens .... Clamorem immensum toliit, quo ponlus et oranes. Intremuere undœ. (Virgile, Mneidos., lib. III.) 12. Désillusion. — (Sans devise.) 15. Le Mont Cents. — Devise : « L'homme a vaincu. » ( 442 ) 14. Radagaise. — Devise : Les braves ont fini : maintenant ils reposent, Et les corbeaux vont commencer, (Victor Hugo.) 15. Philippe d'Artevelde ou la bataille de Beverhont, près de Bruges. — Devise : « Pro patria. » 16. Christophe Colomb. — (Sans devise.) 17. La prise de Chèvremont. — Devise : « Baptême de sang! » 18. Blessure d'amour. — Devise : L'homme devrait mourir quand il cesse d'aimer. (Adolphe Mathieu.) 19. Dans la montagne. — (Sans devise.) 20. Le second Ruward de Gand. — Devise : « Onze voorvaderen beminden het vaderland. » 21. Jeanne la Folle. — Devise : « Sic transit gloria mundi. » 22. Le faux Baudouin. — (Sans devise.) 23. Judith. — Devise : « La Judée gémissait sous les armes d'Holopherne, quand Judith résolut de délivrer sa patrie... » 24. Piété filiale. — Devise : Sur les bords fleuris Qu'arrose la Senne, Voilà que l'on mène Ces pauvres écrits; Sur eux souffle avec véhémence Le honni soit qui mal y pense. 25. L'Aurore. — Devise : « A solis ortu. » ( 443 ) 26. La Belgique. — Devise ; « Quorum omnium fortis- simi sunt Belga*. » (Césah.) 27. Le Retour du prisonnier. — (Sans devise.) 28. Le Jour et la Nuit. — Devise : Si vous voulez imiter la nalure, II faut du luxe abjurer l'imposture. (Bernis.) 29. Sardanapale. — Devise : « Nil sub sole novum. » 50. Le Martyre de sainte Eugénie. — Devise : « Mors mari} ris resurreclio vila3. » 51. Misael ^ dernier Machabée^ et Antigone^ favorite d'Antiochus. — (Sans devise.) 52. Patria Belgica. — Devise : « Pax, Labor et Virtus. » 55. Néron. — Devise : a Post brève silentium repelita convivii lielilia. » (Tacite, Annales, liv. XIII, chap. XVI.) 34. La Fête de la paix. — (Sans devise.) 55. OEdipe à Colonne. — Devise : « Rien n'a pu désar- mer l'inexorable sort... » (Sophocle.) 56. Wiertz. — Devise :« Ubi spiritus Domini, ibi Liber- tas! — Il faut croire et je crois. — Le raisonneur orgueil- leux néglige ce qu'il ne peut comprendre et l'humble croit ce qu'il ne comprend pas. — (Sans billet cacheté.) 57. Mort de Jacques Van Artevelde. — Devise : « Onze ouderswaren groot. » (A. DE Laet.) 58. Le Triomphe du Christ. — Devise : « Mens agitât molem. » ( 4-44 ) 39. Ida on la femme du pêcheur. — Devise : « Lucidus ordo. » 40. Ruth. — Devise : « Que ta main gauche ne sache pas ce que ta raain droite donne. » 41. Le Réveil des Êburons. — (Sans devise.) 42. Horalius Codés. — Devise : iEneadae in ferrum pro libertate ruebant. (Virgile, Enéide, iiv. VIII, vers 648.) 45. Souvenir de mil huit cent septante. — (Sans devise.) 44. Le Déluge. — Devise : « Tous les hommes mou- rurent et généralement tout ce qui a vie et qui respire sur la terre. » (Genèse , chap. VII, verset 22.) 45. Le Retour des exilés. — Devise : « La patrie est chère au cœur de l'homme. » 46. Volumnie et Coriolan. — Devise : « Honore ta mère. » 47. Sur le champ de bataille (après une défaite des patriotes par les troupes de Philippe II). — Devise : « La suprême jouissance des grandes âmes, c'est la contempla- lion du beau. » 48. La Mort de Didon. — Devise : a Infelix Dido! » 49. Ja)ie Gray. — Devise : Elle a vécu ce que vivent les roses. 50. Le Chêne et le Roseau. — Devise : « Une once de vanité gâte un quintal de mérite. » 51. La Gloire. — Devise : « Fiat Pax. » 52. Les Enfants d'Edouard. — Devise : Avant le jour où la mort vient le prendre Aucun mortel ne peut se dire heureux. (Euripide.) ( un ) 53. La Chasse. — Devise : « Paraître n'est rien ; être est tout. » 54. Le Meitrlre de César. — Devise : a Veni , vidi, vici. » POEMES FLAMANDS. i . De ISacht. — (Zonder kenspreuk.) 2. De Brand. — Kenspreuk : « Veritas odiurn paril, » 3. De Winter. — Kenspreuk : « Het eenige ware prin- ciep is, dat de muziek, van de taal voortkomende, eene veredeling is van het woord. » (Peter Benoit.) 4. Filips van Artevelde. — Kenspreuk : « ... dies coos hy (Philips van Aertevelde) die vvapenen als een vrooin vaylgeant capiteyn, ghelijck hy was... » (Nie. Despars, chron. v. Vlaenderen.) 5. De Ware Vaderlander. — Kenspreuk : Die nimnicr glorie poogt le winnen Maakt zich de glorie nimmer waard. 6. Za7}g op mijne schoone duurhare moederlaal. — Kenspreuk : « Ik ben Vlaming geboren. » 7. Een Menschenleven. — Kenspreuk : « De mensch is voor het vverk geboren. » 8. Stnjd tusschen den nevel en de zon. — Kenspreuk : « Hoop op gelukken. » 9. De Belgen. — Kenspreuk : « Het voegt u, Belgen, niet voor anderen te wijken. » 2""* SÉRIE, TOME XXXV. 29 ( 446 ) 10. Delgië. — Kenspreuk : « Quorum omnium forlis- simi sunt Belgœ, » (CiESAR.) a. De Dageraad. — Kenspreuk : « A solis ortu. » 12. Het Gaslicht. — Kenspreuk : « L. L. L. Liclit, Liefde, Leven. » 15. //ef/aafs^ Oor^Zee/. — Kenspreuk: a Rechlvaardig- lieid. » 14. in 'l Gebergte. — Kenspreuk : « Non da solamente l'aspelto dei monti la freschezza dell' anima, ma l'allégro del canto! » (LuccA Zarvi.) 15. Werk, Talent en Kapitaal. — Kenspreuk : « Omne Irinum perfectum. » 16. Terugkomst uit de baliingschap. — Kenspreuk : « Al is raijn kracht gering. » 17. De Kerstnacht. — Kenspreuk : « En zy werden met eene groote vreeze bevangen. » (Matt. I.) 18. Wapenkreet. — Kenspreuk : « De Leeuwenvaan geheven. » 19. Kracht der Liefde. — Kenspreuk : « Een man zonder vrouw is de helft eener scheer. » 20. De Internationalen. — Kenspreuk : « Volksbescha- ving baart volksgeluk. 21. Jacob Van Artevelde. — Kenspreuk : De vroede redt , Maar wordt verplet. 22. 'S Lands onafhankelykheid. — Kenspreuk: « Ik zing voor 't vaderland. » ( 447 ) 25. De Storm op hcl tiiccr. — KenspreuK ; « In dicn tijd als Jezus in ccn schipken gegaan was, cnz. » (Evang. II. Matheus.) 24. De Scheppituj. — Kcnspreuk : a Vlaandercn. » 2o. BcUjii'. — Kcnspreuk : « Le pays natal est toujours celui qu'on prélère à tous les autres. » (Montesquieu.) 26. De Sneeiiivval. — (Zonder kcnspreuk.) 27. Mocderliefde. — (Zonder kcnspreuk.) 28. Coriolanus in liet kamp van Rootncn. — Kcnspreuk : « Ach, moeder, wâl liebt gij gedaan ? » (Shakespeare.) 29. De goede vrijdag van Brurjge. — Devise : Dcsen dach hcct men te Brugge Goed vridach om dcsc doet. (Van Velthe3i.) 30. Torquato Tasso 's dood (16 april 1595 in hel kloo- stervan S. Onulphc.) — Kcnspreuk : « Ook hedcn nog.» (ÏSCHAURU.) 31. De Dichterwijding, — Kcnspreuk : « Enthagen hollst du, hollst enthagen. » (Goethe.) CAISSE CENTRALE DES ARTISTES BELGES. M. le directeur donne communication d'une décision prise par le comité directeur de la caisse, concernant une question d'intérêts financiers. — La classe approuve cette décision. ( 448 ) COMMUNICATIONS ET LECTURES. M. Ad. Quelelet fait une nouvelle communication sur l'histoire de l'art en Belgique. Il entre dans diverses con- sidérations relativement à ce sujet, et s'appuie principale- ment sur la possibilité de réaliser, dans l'état actuel des choses, le projet de former une histoire de ce genre. M. le directeur saisit cette occasion de signaler à la classe les succès obtenus par l'un de ses membres, en ce qui concerne les travaux relatifs à l'esthétique : M. Éd. Fétis vient de remporter le prix quinquennal de littérature française, pour le résumé de son cours d'esthétique, in- titulé : L'art dans l'état et dans la société (1), son rapport jubilaire sur les travaux de la classe des beaux-arts (2) et son discours prononcé en séance publique de la classe du 24 septembre 1872 (3). — Des applaudissements ont accueilli cette communication. (1) Publié dans le tome XXII des Mémoires in-8° de l'Académie. (2) Publié dans le tome I"'' du Centième anniversaire de fondation de V Académie. (3) Publié dans le lome XXXIV de la 2™^ série des Bulletins, page 225. ( 449 ) OUVRAGES PRÉSEMÉS. Clialon (/?.). — Curiosités nuinisnialiques, XIX' article, nriixçllcs, ISTôjin-S". Ilennj [Louis). — Recherches sur les dérivés éthérés des .ilcools et des acides pol} atomiques, i" jîartie. Paris; in-S". Loise {Ferdinand). — L'Allemagne dans sa littérature natio- nale depuis les origines jusqu'aux temps modernes. Bruxelles, 1873; in-S". Baguet (A.). — Rio-Grande do Sul et le Paraguay, souvenirs de voyage. Anvers, 1873; in-8". Rombcrg {Edouard). — Comédies en prose et en vers. Bruxelles, 1872; in-8". Z-ecom/e (/'o66é ^ .). — Le Darwinisme et l'origine derhorame, :2^ édition. Bruxelles, 1873; in-12. Varenhergli {Emile). — Histoire diplomatique des relations entre la Flandre et l'Angleterre, au moyen âge. Gand; in-8". (les 2 premières parties.) Benoit {Pierre). — Rapport adressé à M. le Ministre de l'intérieur sur le festival de Dusseldorf. Bruxelles, 4866; in-S". f/uberli {Gustave). — Aperçu sur l'histoire de la musique religieuse des Itahens et des Néerlandais. Bruxelles, 1873; in-8°. Everaerts {Adolphe et Dominique). — Monographie de l'hôtel de ville de Louvain, 1448-1872. Louvain, 1872; in-folio. Annalesmétéorologiquesdel'Observaioireroyalde Bruxelles, janvier, février 1873. Bruxelles; 2 feuilles in-4». Catalogue méthodique de la bibliothèque publique d'Anvers 7}" supplément. Anvers, 1873; in-8°. Académie royale de médecine de Belgique. — Bulletin, 1873, 3" série, tome VU , n" 1 et 2 et n° 5. Bruxelles; 2 cah. in-8». ( 450 ) L'Écho médical, 4^ année, n"' 1 à 3; janvier-mars i873. Bruxelles; 5 cah. in-8". Le liibliophile belge, VIII* année, livr. 1,2,3. Bruxelles, 1873; in-S". Musée de Vinduslrie de Belgique. — Bulletin, 32* année , février et mars 1873. Bruxelles; 2 cah. in-8''. L'Illustration horticole, tome XIX, \" novembre 1872, 21* livr. Gand; in-8°. Société royale de numismatique d Bruxelles. — Revue , 5* série, tome V, 2* livr. Bruxelles, 1873; in-8°. Société malacologique de Belgique. — Procès-verbal de la séance du 0 avril 1873; in-8''. Van Melckebeke {G.-J.-J.). — De S. Lambrechts of seher- mersgilde te Mechelen ; in-S"; — • Oproer binnen Mechelen in 1718; in-S"; — Geschiedkundige aanteekeningen rakende de kruis-of voetboog gilde te Mechelen; in-8°; — Compte rendu des travaux scientifiques de la Société des sciences médicales et naturelles de Malines, présenté en séance publique le 12 novembre 1855; in-8''; — Geschiedkundige aanteekeningen rakende de Sint-Jans gilde bygenaerad de Peoene; in-8''; — Levensschets van August-Jozef-Antoon van den E} nde, kunst- teekenaer; in-8°; — Levensschets van den beeldhouwer Jan- Frans van Geel ; in-S". Société d'Emulation, à Bruges. — Annales, 3* sér. tome VIII, n"' 1 et 2. Bruges, 1873; in-8°. Société chorale et littéraire des mélophiles de Hasselt. — Bulletin de la section littéraire, 9* volume. Hasselt, 1872; in-S». Cercle archéologique du pays de Waes. — Publications, n" 10. Saint-Nicolas, 1873; gr. in-8". K. instituut voor de taal- land- en volkenkunde van Neder- landsch Indië, s' Gravenhage. — Bijdragen , derde volgreeks, VII-^* deel, l^^^en 2'^'= stukken. La Haye, 1872-1873; 2 cah. in-8^ Les manuscrits Lampongs en possession de M. le baron ( 4SI ) Slucl van ilc licde, publiés par H.-N. Van dcr Tuiik, Lcitle, I8G8; iii-4". .\eilerlunilschc enlunwlu(jisclœ vereenûjingte's Grarcnliuc/e. — Tijdsi'lirift voor entomologie, S""* série, VII'^ deel, 1-G uflev. La Haye, 187^; 4 tali. iii-8", Pruvinciual Ulreclilticlt Genuotschap van kunsten en weten- schuppen. — Aantcekeniiigcn, 187 1-1872; — Versiag van liet verliandelde in de aigcineene vergadcring juni 1872; — De spectatoriale geschriften van 1741-1800. Utrecht; 4 cali. in-8". Vreede {G.-W.). — Brief aan de hceren P. P. M. Alljerdingk Thym en J. Vuylsteke nopens de bewerking van eenen histo- rischen atlas der Nedcrlandcn; — Een woord tôt aandenken aan D"" F. -A. Sneilaert. Utrecht , 1875 ; 2 leuilles in-8". Vreede {G.-\V.). — G, K. van ilogendorp aan den raad- pensionaris van de Spiegel. Utrecht, 1872; in-8°. Bierens de I/aan (D.). — Notice sur iMeindert Semeijns- Rome, 1 875 ; in-i". Royal Dulcii meteorolocjical Institute. — A seqiiel to ihe suggestions on a uniform systera of meteorological observa- tions. Utrecht, 1875; in-S". Société hollandaise des sciences à Jfarlem. — Archives néerlandaises, tome VU, 4" et 5* livr. La Haye, 1872; 2 cah. in-8". Société des antiquaires de France, à Paris. — Mémoires, tome XXXlll. Paris, 1875 ; in-8°. Société mathématique de France, à Paris. — Bulletin, tome I", n" 2. Paris, 1875; in-8°. Revue et magasin de zoologie pure et appliquée, 1875, n° 5- Paris; in-8». Leitormant (François). — Essai sur la propagation de l'al- phabet phénicien dans l'ancien monde, tome I", seconde livrai- son. Paris ,1875; in-8°. Mannheim (A.). — Sur les trajectoires des points d'une droite mobile dans l'espace. Paris; in-4''; — Démonstration ( 452 ) géométrique d'une proposition due à M. Bertrand. Paris; in-4". Société de géographie de Paris. — Bulletin, mars 1873; in-8". Revue des questions historiques , 7^ année, 2G* liv. Paris, 1873; in-8". D'Avezac. — Année véritable de la naissance de Christophe Colomb. Paris, 1873; in-8". Staaff. — La littérature française depuis la formation de la langue jusqu'à nos jours , 3'' édition , tome III, S*" et 6' cours, 4*^ édition, 1" à i' cours. Paris, 1871-1872; 6 vol. in-8°. Boucherie (A.). — epmiinetmata (Km) RAeHMEPiNH OML\TA de Julius PoUux, publiés pour la première fois d'après les manuscrits de Montpellier et de Paris. Paris, 1872; in-4''. Caraven-Cachin [Alfred). — Sépultures gauloises, romaines et franques du Tarn. Castres, 1873; in-8". Grad (Charles). — L'Alsace, sa situation et ses ressources au moment de l'annexion. Paris, 4872; in-8°. Tommasi {D.). — Sur une combinaison de l'urée avec l'acé- tyle chloré. Paris, 1875; in~8". Tommasi [D.]. — Action du chlorure de choracétyle sur l'aniline et la toluidine. Paris, 1875; in-8''. Magnan {Henri). — Étude des formations secondaires des bords S.-O. du plateau central de la France entre les vallées de la Vère et du Lot; — Coupes dans la partie centrale des Pyré- nées françaises ; — Note sur une deuxième coupe des petites Pyrénées de l'Ariége; sur l'ophite (diorite), roche essentielle- ment passive, et aperçu sur les érosions et les failles; — Documents relatifs à la connaissance de la partie inférieure du terrain de craie (néocomien, aplien, albicn) des Pyrénées fran- çaises et des Corbières. Toulouse; 4 broch. in-8''. Chatel {Victor). — Nouvelle étude sur la végétation , la cul- ture et la maladie des pommes de terre. Paris, 1873; in-8". Revue britannique, mars 1873. Paris ; cah. in-8°. Société d'anthropologie de Paris. — Bulletin, tome VII (2^ série), 4' fascicule, avril à juin 1872. Paris; in-8". ( ^a5 ) Société des antiquaires de Picardie. — BuIIclin, 1872, n" 4. Amiens; in-8°. Société des antiquaires de la Morinie à Saint-Omer. — BuIIclin historique, 71)' à 82*= Jivr. Saint-Oracr, 1871-1872; 4 ta h. in-8°. Indicateur de l'archéologue y février et mars 1873. Saint- Germain; in-S". Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l'homme, M\t année, décembre 1872, LV année, janvier 1875. Tou- louse; 2 cah. in-8''. Société d'agriculture de Valenciennes. — Revue agri- cole, etc., 25' année, tome XXVI, n°* 1 et 2. Valenciennes, 1875;in-8°. K. Preuss. Akademie der Wissenschaflen zu Berlin. — Monatsbericht, December 1872. Berlin, 1875; rn-8''. Deutsche geologische Gesellschaft zu Berlin. — Zoitschrift, XXIV. Band, 5. Heft. Berlin, 1872; in-8». Gesellschaft JVaturforschender Freunde zu Berlin. — Sit- zungs-Bcrichte im Jahre 1872. Berlin, 1872; in-8°. Naturforschender Verein in Briinn. — Verhandlungen, X. Band, 1871. Briinn, 1872; in-8". Naturwissenschuftlicher Verein zu Bremen. — Abliand- lungen, III. Bd., 5. Heft. Brème, 1875; in-8<*. Verein fur Erdkunde zu Darmstadt. — Nolizblatt III, Folge, XI. Heft; — Geologische Specialkarte des Grossherzog- Ihums Hessen, section Worras. Damstadt, 1872; 2 cah. in-8° et une carte in-plano. Physical.-niedicin. Societdt zu Erlangen. — Sitzungsbe- richte, 4. Heft, Nov. 1871 bis August 1872. Erlangen, 1872; in-8°. Oberlausitzische Gesellschaft der Wissenschaflen zu Gor- litz. — Magazin, XLIX""" Band, 2'' Halfte. Gorlitz, 1872; in-8"'. Justus Perthes' Geogruphische Anstalt zu Gotha. — Mit- theilungen, 19. Band, 1875, NI. Gotha; cah. in-4°. ( 454 ) Von Freeden{\V.). — Fiinfter Jahres-Bericht der Dcutschcn Scewarte fiir das Jahr 1872. Hambourg; in-S". I/eidelberger Jalirbucher der Lileratur, LXV°' Jahrg., IT" Heft. Heidelberg, 1872; in-8". Voi-geschichtliche Sleindenkmdler in Schleswig - Holstein. Kiel, 1872; 10-4°. K. Societiit der Wlssenschaften zu Goltingen. — Abhand- lungcn, Siebzehnter Band, 1872; — GoUingische Gelehrtc Anzcigcn, 1872;— Nachrichtcn, 1872. Gottingue; 1 vol. in-4<' et 5 vol. in-12. K.Saclisische Gesellschafï der Wissenschaflen zu Leipzig. — Math.-phys. Classe : Abhandlungen, X. Bandes, N"^ III, IV, V; — Berichte, 1871, IV, V, VI, VII, 1872, 1,11. Leipzig, 1871-1872; 3 cah. in-i" et 5 cah. in-8". K. Sàchsische Gesellschafï der Wissenschaflen zu Leipzig. — Philol. histor. Classe : Abhandlungen, VI. Bds. , N"^ 1 und IV. Berichte, 1870, 1871. Leipzig, 1871-1872; 4 cah. in-4'' et 5 cah. in-8°. Pruckner {Caroline). — Théorie und Praxis der Gesangs- kunst.^Vienne, 1872; in-S". K. Akademie der Wissenschaflen in Wien. — Sitzung der math.-naturw. Classe, Jahrg. 1871, N"' 7-11. Vienne, 1875 ; in-8». K. K. geologische Reichsanstalt zu IF/ew.— Jahrbuch, Jahrg. 1872, XXII. Bd., N» 4; — General-Register der Bande XI-XX der Jahrbuches und der Jahrgange 1860-1870 der Verhand- lungen ; — Verhandlungen , 1 872 , N»' 1 4-18 (Schluss-Number). Vienne; 5 cah. gr. in-8°. Anthropologische Gesellschafï in Wien. — Mitlheilungen, Il Bd., N°^ 9 und 10. Vienne, 1872; 2 feuilles in-8°. Rivista scienti/ico-industriale di Firenze , anno V , Marzo. Florence, 1875; in-8°. R. comitalo geologico d'Italia nel Firenze. — Bollettino, n°' 1 e 2, anno 1875. Florence, 1875; in-8''. ( 455 ) Congrès international de statistique. — Iluilièmc session à Saint-Pctorsl)Our{,' du 10 (2l>) au 17 (29) avril lS7i>. Pro- gramme. 1 vol. in-folio. Rapports et resolutions. 1 vol. in-8°. Université impériale de Kuzun. — Bulletin et mémoires, 18G9, VI, 1870, III et IV, 1871, IV. Kasan; 5 cah. in-8<'. (En russe.) Société impériale d'agriculture de Moscou. — Journal, 1872, n» 5. — Recueil d'articles, 4872. Moscou; 2 cah. in-8°. (En russe). Société impériale des naturalistes de Moscou. — Bulletin , 1872, n° 5. Moscou; in-8''. Société des naturalistes de la nouvelle Russie, à Odessa. — Mémoires (en russe), 1872 et 1873, tome IV, pp. ICI à fin; 2 o^h. in-8". Chemical Society of London. — Journal, ser. 2, vol. X, nov.-dec. 1872; january 1875. Londres; 5 cali. in-8''. Royal geograpliical Society at London. — Proceedings, vol. XVI, n° 5, XVII, n" 1. Londres, 1875; 2 cah. in-8». Meleorological Society of London. — Quarterly journal, 1875, january. Londres; in-8°. Society of antiquaries of London. — Proceedings, second séries, vol. V, n"' IV et V. Londres, 1872; 2 cah. in-8''. Geological Society of London. — Quarterly journal, vol. XXIX, part. 1, n" 115. Londres, 1875; in-8''. Zoological Society of London. — Transactions, vol. VIII , part. 3; in-4''; — Proceedings, 1872, part II, march-june ; Index, 1861-1870; in-8». Londres; 5 cah. in-8° Entomological Society of London. — Transactions for the year 1872, parts I-V. Londres; o cah. in-8°. Royal Dublin Society. — Journal, vol. VI, n° 2. Duhlin, 1872; in-8». Asialic Society of Bengal, at Calcutta. — Proceedings, n» IX, nov. 1872; —Journal, 1872, part I, n» II, papt II, n» III. Calcutta; 3 cah. in-8». ( 456 ) Asiatic Society of Bengal at Calcutta. — Bibliothcca indica, new séries, N»^ 258, 2o9, 261 , 262. Calcutta, 1872; 4 cah. in-8°. Boston Society of natural hislory. — Memoirs, vol. II, part l^jjbers j_|jj Boston; 5 cah. in-4°;— Proceedings, march, I87I- january, 1872. Boston; in-8''. American Acadeiny of arts and sciences at Boston. — Pro- ceedings, vol. VIII, pp. 297-408. Boston, 1872; in-8»; — Me- raoir of sir Benjamin Thompson , count Ruraford , with notice of his daiighter, by George E. EUis. Boston; in-8°. Peabody Academy of science, at Salem. — Memoirs, vol. I, j^bcrs i|.jii^ 2 (.jjIj iQ.4oj — Annual report for the year 1871; in-8°; — The american naturalist, vol. V, avril 1871 , — to vol. VI, novembre 1872; in-8°; — Record of american entomo- logy for the year 1870 , edited by A.-S. Packard.. Salem; in-8°. Hayden [F.-V.). — Final report of the United States geolo- gical Survey of Nebraska. Washington, 1872; in-8°; — Map of Idaho Montana and Wyoming territories; in-folio. Newherry {J.-S.). — The U.S. sanitary commission in the Valley of the Mississipi, during the war of the rébellion, 1861- 1866. Cleveland, 1871; in-S". American philosophical Society held at Philadelpliia. — Proceedings , vol. XII, n" 88. Philadelphie, in-8''. Academy of natural sciences of Philadelpliia. — Procee- dings, 1871 ; — American journal of conchology, vol. VI, part 4, vol. VII, parts 1-4. Philadelphie; in-8''. Jn tnemoriam. Matthew Fountaine Maury, LL. D. Univer- sity Cambridge. England, 1875; in-8°. The american journal of science and arts, third séries, vol. V, n" 25, 26, 27. New-Haven, 1875; 5 cah. in-8''. BULLETIN DE L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES, LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 4873. — No 5. CLASSE DES SCIEUCES. Séance du 15 mai 1875. M. Gluge, directeur. M. Ad, Quetelet, secrétaire perpétuel. Sont présents : MM. d'Omaiius d'Hailoy, J.-S. Stas, L. de Koninck, P.-J. Van Beneden, Edm. de Selys Longehamps, H. Nyst, L. Melsens, J. Liagre, F. Duprez, G. Dewalque, E. Quetelet, M. Gloesener, Candèze, Ch. Monligny, Stci- ciien. Éd. Van Beneden, membres; Th. Schwann, E. Cata- lan , Ph. Gilbert, A. Bellynck, associés ^ L. Henry, J.-M. De Tilly, F. Plateau, Crépin, correspondants. M. G. Nypels, membre de la classe des lettres^ assiste à la séance. 2""* SÉRIE, TOME XXXV. 30 ( 458 ) CORRESPONDANCE. La classe apprend avec un vif sentiment de regret la mort de deux de ses associés les plus éminents, M. Christophe Hansteen, décédé à Christiania le 45 avril 1875, et M. le baron Juste de Liebig , décédé à Munich le 1 8 du même mois. M. Ch. Hansteen avait été depuis 1815, et jusque dans ces dernières années , directeur de l'Observatoire de Chris- tiania. Ses recherches sur le magnétisme sont surtout con- nues, et l'on peut trouver dans les Bulletins un grand nombre de ses lettres renfermant la plupart des résultats de ses travaux sur cette branche importante de la physique du globe. Quant à M. le baron de Liebig, chacun sait que ce sont ses travaux chimiques qui l'ont rendu célèbre et en ont fait une des grandes illustrations de la science. Il était né en 1803 à Darmstadt. Depuis 1852, il était professeur à l'Université de Munich et il fut pendant plusieurs années président de l'Académie royale des sciences de cette ville. — M. L. Pérard demande à être remis en possession d'un billet cacheté dont la classe a accepté le dépôt lors de sa séance du 4 juin 1864. — Accordé. — Les institutions savantes dont les noms suivent accusent réception du dernier envoi annuel de publica- tions académiques : la Société d'anthropologie de Paris, l'Académie des sciences de Besançon, l'Académie des sciences de Dijon, la Société linnéenne d'Amiens, l'Aca- ( 439 ) demie royale des sciences de Berlin, les Sociétés chimique el géologique de la même ville, l'L'niversilé de lionn, la Société des naturalistes de Brème, la Société astronomiciue de Leipzig, l'Observatoire de Prague, la Société Sencken- herg des naturalistes, à Francfort s/M., la Société d'histoire naturelle et de médecine de Gicssen. M. Hirn, associé, remercie également pour l'envoi des Bulletins el de l'Annuaire. — M. Éd. Robin demande, par écrit, que la classe veuille bien regarder seulement comme propres à prendre date, ses notes sur le mode d'action des acides el sur l'explication de la petite taille et de la lenteur des mouve- ments chez les édentés. — La classe reçoit, pour le Recueil des phénomènes périodiques, les observations météorologiques faites à Gand, en 1872, par M. Duprez; les observations sembla- bles faites à Somergem, pendant les trois premiers mois de cette année, par M. Vertriest; le résumé météorolo- gique d'Ostende, pour avril 1875, par M. Cavalier; l'étal de la végétation à Gembloux, le 21 mars el le 21 avril 1875, par M. iMalaise, et l'état de la végétation à Melle, le 21 avril 1875, par M. Bernardin. — Les travaux manuscrits suivants feront l'objet d'un e.vamen : 1" Mémoire sur un dauphin nouveau de la baie de Rio de Janeiro, désigné sous le nom de Sotalia BhasilieiNsis (avec planches), par M. Éd. Van Beneden. — (Commis- saires : MM. le vicomte Du Bus et P.-J. Van Beneden.) 2° Essai sur Vétat de la vé(jélalio)i à l'époque des ( 460 ) marnes heersiennes de Gelindcn (avec planches), par MM. le comte G. de Saporla et le D"^ A.-F. Marion. — (Commissaires : MM. Dewalque et d'Omalius.) RAPPORTS. iSMr ta tension superficielle des liquides considérée au point de vue de certains mouvements observés à leur surface, 2' Mémoire; par M. G. Van der Mensbrugghe. Mtappoi't de Jtt. J. Plateau. « Le Mémoire précédent contenait un historique de la question, historique qui avait exigé de patientes recherches bibliographiques; mafs, depuis ce premier travail, l'appari- tion du grand catalogue de la Société royale de Londres a révélé à l'auteur l'existence d'un certain nombre d'autres articles sur le même sujet; M. Van der Mensbrugghe com- mence donc, dans le Mémoire actuel, par compléter l'his- torique dont il s'agit, et il y joint le résumé de ce qui a été publié dans les années ultérieures, jusqu'à l'époque pré- sente. Il discute ensuite quelques objections qui avaient été soulevées contre sa théorie; il les réfute, et décrit, dans ce but, plusieurs expériences nouvelles. Enfin il reprend l'une de celles de M. Duprez, et y ajoute une particularité qui vérifie une conséquence de la théorie. Le Mémoire actuel de M. Van der Mensbrugghe est un simple complément du précédent; l'auteur s'efforce d'y rendre à chacun ce qui lui appartient, et, en outre, il ap- ( 461 ) porte de nouvelles confirmations à la théorie qu'il a anté- rieurement exposée; je ne doute donc pas que l'Académie n'ordonne l'impression de ce second travail. » Conformément aux conclusions de ce rajjport, auquel ont souscrit MM. J. Duprez et Cli. Montigny, la classe vote l'impression du travail de M. Van dcr Mcnsbrugghe dans le recueil in-4° des Mémoires. Conformément aux conclusions favorables des rapports de MM. Stas, de Koninck et Donny, la classe décide d'ap- peler la haute bienveillance de M. le Ministre de l'intérieur sur les travaux de M. L. IJcnry concernant les dérivés gly- cériques, allyliques et propargyliqiies. Sur la sphère osciilatrice; note par M. L, Saltel. Rapport de .W, Eug. Catatan. « La Note de M. Saltel contient seulement les énoncés de quatre propositions relatives à la géométrie supérieure. Ces propositions me paraissent curieuses et importantes; et comme je n'ai aucun motif de les supposer inexactes, je propose l'insertion de la Note au Bulletin. » Conformément à ces conclusions, auxquelles a souscrit M. Steichen, second commissaire, la classe vote l'impres- sion de la note de M. Saltel dans le Bulletins. ( 462 ) Sur les acélonitriles chlorés; par M. L. Bisschopinck. Rappot'l de M. ÊL,-a. de Koitinck, « La notice que M. Bisschopinck vient de présenter à l'Académie comprend une nouvelle étude des acélonitriles chlorés, dont le dichloré n'était pas encore connu jusqu'à présent et dont les deux autres n'avaient donné lieu à aucun travail comparatif. L'auteur a préparé ses produits par la méthode ordinaire, en soumettant successivement les mono-bi-et trichloracétamides à l'action de l'anhydride phosphorique. Les trois acétonitriles chlorés sont liquides, volatils sans décomposition et plus denses que l'eau; ils possèdent les propriétés ordinaires des nitriles. Us offrent dans leur point d'ébullition une anomalie très-remarquable et sur laquelle l'auteur appelle à juste titre l'attention des chimistes. En effet l'acétonitrile monochloré entre en ébullition à 125"- 124" sous la pression de 756"""; l'acétonitrile dichloré à H2°-llo'' sous la même pression et l'acétonitrile trichloré à 85°- 84' sous la pression de 759™"\ Ce dernier point d'ébullition se rapproche de celui de l'acétonitrile normal qui est de 81" — 82". Cette décrois- sance dans le degré de température nécessaire pour amener l'ébullition de ces divers corps est très-remar- quable et constitue une anomalie assez rare, surtout si l'on fait attention que la densité de ces divers produits, ainsi que celle de leurs vapeurs croissent d'uue manière régulière à mesure que s'élèvent leurs poids moléculaires. On devait d'autant moins s'attendre au résultat indiqué, que les quatre amides qui ont servi à la préparation des ( 463 ) nid'iles, ne présentent pas cette anomalie dans leur point (.réhiiilition. Les analyses des divers composés dont il est question dans la notice de M. Bisscliopinck paraissent avoir été faites avec beaucoup de soin et ont fourni des résultats parraitemenl concordants. Je suis d'avis que Tauleur mérite les encouragements de l'Académie et que son travail figurera avantageusement dans le Bulletin de nos séances. » Conformément aux conclusions de ce rapport, auxquelles adhère M. Melsens, second commissaire, la classe décide l'impression du travail de M. Bisscliopinck dans les Bulletins. Essai S2ir l'état de la végétation à l'époque des marnes fieer- sienncs de Gelinden, par MM. le comte G. de Saporta et le docteur A. -F. Marion. Mtappoft de JH. G. Detcalqtte. « Longtemps on a considéré les périodes géologiques, ou les terrains qui les représentent, comme des unités séparées par des cataclysmes physiques et des renouvelle- ments complets des êtres existants. Cette doctrine, en présence de faits nombreux , a du faire place à une autre, qui insiste particulièrement sur l'importance purement locale des changements physiques et la continuité de la vie sous toutes ses formes. Néanmoins, les lacunes sont encore considérables; et l'on s'accorde à ranger parmi les plus marquées celle qui sépare la période crétacée de la période ( 464 ) tertiaire; aussi l'étude des lonnalions intermédiaires pré- sentc-t-elle un intérêt tout particulier. Notre pays possède deux étages ainsi placés sur les confins de la craie et du terrain tertiaire, et non repré- sentés ailleurs jusqu'à présent : ce sont les sables et les marnes de Heers, dont Dumont a fait son système heersien, et le calcaire de Mons, dont MM. Cornet et Briart, à qui nous en devons la connaissance, poursuivent l'étude instructive. De mon côté, je me suis attaché à étudier le système heersien. Outre quelques fossiles ani- maux qui le rattachent au système landenien, comme l'avait déjà annoncé M. Hébert, et comme Dumont l'avait admis pendant quelque temps, j'ai pu y recueillir un assez bon nombre de feuilles , appartenant surtout aux dicotylé- dones et confirmant ainsi ce classement. Feu Coemans , notre regretté confrère, s'était chargé d'étudier et de dé- crire cette petite flore; mais il nous a été enlevé prématu- rément. Après sa mort, j'ai eu recours aux lumières d'un savant justement célèbre, M. le comte G. de Saporta. Grâce à son obligeance et à celle de son collaborateur, M. le D' Marion, je puis présenter à l'Académie l'intéressant mémoire que la science leur devra. Après quelques considérations générales, les auteurs commencent par fixer leur point de départ en donnant une révision des caractères de la flore crétacée. Malgré l'insuffisance des documents relatifs au crétacé supérieur, on peut constater cependant quelques traits caractéristi- ques. Les fougères se montrent encore en proportion notable; mais les polypodiacéesy sont tout à fait subordon- nées, tandis que les familles dominantes sont les gleiché- niacées, les lygodiacées, les cyathées, etc., formes au- jourd'hui fort réduites et généralement-exclues de l'Europe. ( 465 ) Viennent ensuite des cycadées et des conifères dont les genres ont souvent persisté; puis quelques monocotylé- doncs. La prépondérance appartient déjà aux dicotylé- dones; les auteurs examinent les diverses espèces, et ils les rapportent à dix-neuf familles, dont sept apétales, quatre gamopétales et huit dialypétales. Les plus impor- tantes sont les myricées, les quercinées, les araliacées, les magnoliacées et les tiliacées; viennent ensuite Tes pro- téacées. Tout ce chapitre, dont je ne puis donner qu'une analyse fort incomplète, sera lu avec le plus vif intérêt. Les auteurs passent ensuite à la description des espèces de notre marne heersienne,en l'accompagnant de ligures, dues au crayon de l'un d'eux et supérieurement exécutées. Pour prendre date, comme pour donner une idée de cette flore, je crois utile de transcrire ici la liste des espèces, qui sont au nombre de vingt-six. Ce sont : Anetmia palœogea, de Sap. et M. Osmunda eocenica , de Sai>. et M. Chcanœcyparis behjica , de Sap. el M. Dryopliyllum Dewalquei , de Sap. e( M. — laxinerve, de Sap. el M. — {Mijrica) curlicellense, Wal. ■ — vittatum, deSap.el înl. Salix longinqua, de Sap. et M. Daphnogene sezannensis, de Sap. el M. — longinqua, de Sap. el M. Laurus Omaliusi, de Sap. el M. — heersensis, de Sap. el M. — lalior, de Sap. et M. Aralia demersa, de Sap. el M. ' — venulosa , de Sap. el M. — argutidens , de Sap. el M. Cissites lacerus, de Sap. el M. Dewalqueia gelindenensis , de Sap. el M. ( 466 ) Cocculus {Daplinogene) Kanii, Heer. — Dumonti, de Sap. et M. Sterculia labrusca, Ung. Celastrophyllum Benedeni , de Sap. et M. — reticulalum , de Sap. et M, — repandum , de Sap. et M. Zizyphus remotidens , de Sap. et M. Myrtophyllum cryptoneuron, de Sap. et M. Dryophyllum Dewalquei et Dewalqueia gelinclenensis sont de beaucoup les espèces les plus abondantes. Dans un dernier chapitre les auteurs comparent cette florule avec celles qui l'avoisinent dans le temps, et pré- sentent leurs conclusions. Comme nous Tavons déjà dit , de la flore crétacée à celle de Sézanne et des grès du Soissonnais la* distance est considérable. L'évolution qui se montre dans la craie d'une manière si frappante et si variée, est achevée lors des dépôts suessoniens. Les dicotylédones se sont ramifiées dans tous les sens; les types singuliers ont disparu; les angiospermes dominent dans des proportions qui ne s'éloi- gnent guère de ce qui se passe de nos jours. Cette différence entre les deux flores semble correspon- dre, dans l'Europe centrale, à un déplacement des mers. C'est dans cet intervalle que vient se placer le système heersien; mais lui-même est séparé de la craie supérieure au moins par la période du calcaire de Mons; ce qui le reporte à une distance assez considérable de la craie et nous fait prévoir des changements notables dans la végé- tation. La liaison avec la flore crétacée se manifeste de divers côtés. Les deux fougères appartiennent à des groupes, actuellement subordonnés, qui dominaient à l'époque de la craie; les Dryophyllum , si abondants, rappellent ceux (467 ) de l'époque précédente; un type singulier, auquel les au- teurs m'ont fait l'honneur de donner mon nom, le genre Dewalqueia, ne monte pas plus haut, cl il est représenté par une forme voisine de celle de la craie de Ilaldem; Cclastroplijilluni Benedeni est à peine distinct de C. lan- ceolatum du terrain crétacé de Niederschœna. Enfin , par sa composition, notre flore heersienne se rapproche de cer- taines flores crétacées. Néanmoins ses liaisons avec la végétation de l'époque éocène sont encore plus marquées, soit par l'ensemble, soit par certains détails, soit enlin par l'existence d'es- pèces iden tiques avec celles d'étages plus récents. Ainsi, l'unique conifère observée appartient à un type récent; Drijophjjlluin Dewalquei se continue par une série de formes postérieures. Il en est de même pour Sterciilia labrusca. Six espèces identiques aux nôtres, ou du moins extrêmement voisines, reparaissent plus tard dansl'éocène inférieur; et deux d'entre elles se montrent dans les sables de Bracheux, qui correspondent à notre landenien infé- rieur. Les analogies avec l'oligocène et même le miocène ne sont pas moins frappantes; et, chose étonnante et à laquelle s'arrêtent les auteurs, celte affinité se montre même pour le miocène arctique du Groenland et du Spilzberg, par Cocculus Kanii et deux espèces voisines (TOsmunda eocenica et de Zizi/phiis remotidens. Des conditions extérieures analogues se seraient donc pré- sentées sur tout notre hémisphère, depuis l'époque de la craie jusqu'à celle du système miocène. Ainsi, le climat de nos régions a dû rester, à l'époque heersienne, ce qu'il était vers la Un de l'époque crétacée: suffisamment chaud, raisonnablement humide, favorable à la végétation forestière et exempt de saisons extrêmes. ( 468 ) Celte esquisse rapide du mémoire élégant et érudil des deux savants français suffît pour en faire apprécier le mé; rite et la portée. S'il nous intéresse particulièrement, comme fait sur des matériaux fournis par notre pays, il sera accueilli partout avec faveur en raison des questions générales qu'il s'attache à élucider. Je propose volontiers à l'Académie d'en ordonner l'impression dans ses Mémoires in-4'' et d'adresser des remercîments aux auteurs. » M. d'Omalius , second commissaire, s'étant rallié à ces conclusions , la classe vole des remercîments aux auteurs et décide l'impression de leur travail, avec les planches qui l'accompagnent, dans le recueil in-^" des Mémoires. ÉLECTION. La classe continue à M. Stas, pour l'année 1873-1874, le mandai de délégué auprès de la commission adminis- trative. COMMUNICATIONS ET LECTURES. M. Melsens donne lecture d'une notice intitulée: Sur les boissons alcooliques glacées portées à des températures très- basses et sur le refroidissement et la congélation des vins ordinaires ou mousseux. — Cette lecture paraîtra dans le Bulletin de juin. ( 469 ) Troisièmes additions au Si/nopsis des Caloptênjgines ; par M. tic Sclys Longchamps, membre de l'Académie. L'étude des Névroptères prend faveur parmi les enlo- mologistes. Les voyageurs commencent à recueillir avec plus de soin ces insectes jusqu'ici négligés, malgré leur grande taille, leurs formes élégantes et leurs brillantes couleurs. Aussi les matériaux d'étude ne manquent pas, et je reçois successivement des espèces ou des races jusqu'ici inconnues qui viennent accroître ma collection, ou qui me sont adressées par des collègues étrangers qui veulent bien les soumettre à mon examen. J'ai sous ce rapport à exprimer tout particulièrement ma gratitude à mon ami M. R. Mac Lachlan, qui me com- munique gracieusement la plupart des Odonates nouveaux qui lui arrivent. Afin de tenir au courant des progrès de la science le Synopsis des Caloptérygines que j'ai publié il y a vingt ans (1855) dans les Bulletins de l'Académie , il est néces- saire de mettre au jour de nouvelles Additions. Lqs premières datent de 1859. — Les secondes de 1869. Dans les troisièmes que je présente aujourd'hui , on trou- vera près de cinquante articles dont la moitié environ sont consacrés à signaler des espèces ou races nouvelles. Les autres ont pour objet des rectifications et des additions aux espèces publiées précédemment, notamment lorsqu'un des sexes seulement était connu. Les matériaux qui m'ont servi pour réunir ces troi- ( 470 ) sic77ies Additions sont principalement les communications de M, Mac Laclilan dont j'ai parié plus haut et la descrip- tion de quelques espèces qu'il a publiées en Angleterre; les Caloptérygines que mon (ils Wallhère de Selys a prises au Brésil en 1872 , pendant le voyage scientifique de M. le professeur Edouard Van Beneden, qu'il accompagnait ainsi que M. Camille Van Volxem; enlin l'envoi qu'a bien voulu me faire M. Emile De Ville , consul de Belgique à Quito. L'examen d'un très-grand nombre d'exemplaires des espèces qui , lorsqu'elles furent décrites pour la première fois, n'étaient connues que par un ou deux individus, souvent en mauvais état ou même incomplets, me permet aujourd'hui d'émettre un avis mieux appuyé soit en faveur de la validité des espèces, soit, au contraire, pour reléguer au rang de races ou même de variétés locales plusieurs de celles qui avaient été proposées. Se trouvant vis-à-vis d'un premier travail et de trois notices additionnelles publiées successivement en vingt années, l'entomologiste peut éprouver quelque embarras à se retrouver au milieu des numéros complémentaires assi- gnés aux additions et à se faire une idée générale d'une sous-famille qui a atteint le chiffre de ill formes (dont 145 espèces et 32 races ou variétés locales), alors qu'en 1855 je n'en connaissais que 100. C'est pourquoi j'ai cru utile et même très-nécessaire de donner à la fin du travail nne liste générale des Caloptérygines qui servira de table des matières à mes quatre notices, le nom de chaque espèce étant suivi de l'indication du Bulletin de l'Aca- démie et du numéro d'ordre sous lequel elle est décrite. - On remarquera que la plupart des espèces nouvelle- ment reçues sont de la Malaisie et de l'Amérique tropi- cale. Ces contrées sont pour ainsi dire inépuisables et ( *71 ) nous envoient successivement des races ou espèces repré- sentatives cantonnées selon les îles ou les bassins hydro- graphiques et les altitudes. Quel que soit le système auquel on se rallie dans la question à l'ordre du jour : l'origine, la répartition et l'existence des espèces, les études aux- quelles nous prenons part et qui ont pour résultat de l'aire connaître l'étal de choses et la localisation des formes actuels sont des matériaux qui peuvent être utilisés par les naturalistes qui, ne se bornant pas à développer des systèmes plus ou moins vraisemblables, tiennent à les l'aire reposer sur des faits constatés. J'espère résumer bientôt ce que montre sous le rapport de la répartition géographique l'étude fort modeste des insectes odonatcs à laquelle je continue à me livrer. 9 (Addition). Calopteryx splendens, Harris. Bace ; MiKGRELiCA, de Selys, Ann. Soc. Ent. Delg., l. XII, 1868, p. 106. Dimensions : o* Abdomen 40™™; aile inférieure 33. Celte race ou variété remarquable est représentée dans ma col- lection par deux màlcs un peu différents de la race méridionale {xanthostcma , Charp.), parce que la partie terminale opaque des ailes ne commence qu'un peu après le nodus (8 à 12 cellules plus loin). Chez l'un d'eux, le bord terminal est très-légèrement hyalin. Les tubercules du derrière des yeux semblent plus obtus, à peu près comme chez Yexul d'Algérie, à laquelle ils ressemblent encore par le second article des antennes jaune. Cette forme serait donc en quelque sorte intermédiaire entre la splendcns méridionale et Vexul, ce qui porterait à croire que cette dernière et même la Syriaca du mont Liban ne sont aussi que des races de la splendcns. Il est remarquable que chez la Migrélicnne la réticulation poslcostale, par la direction droite du rameau inférieur du ''À" secteur du triangle , et par la complication des petites cellules ( 472 ) voisines ressemble à la splendens septentrionale, et non à la méri- dionale. 9 Inconnue. Patrie : Prise en Mingrclie par M. Théophile DeyroUe. (Coll. Selys.) 23 {Addition). Cleis cincta, Hagen. $ Abdomen 42°"°; aile inférieure 37. Ailes non limbées de noirâtre , et moins irisées que chez le mâlej 28 antécubitales aux supérieures; 58 postcubitales. Devant du 1" article des antennes, coins de la bouche et deux lignes aux côtés du thorax jaunâtres. Patrie : Cap Coast Castle (Guinée) ; communiquée par M. Mac F^achlan. (Coll. Selys.) N. D. 11 y aurait lieu de réunir les Cleis aux Sapho, attendu que la Sapho longistigma ne diffère guère des Cleis que par la longueur du ptérostigma , dont la forme varie en quelque sorte selon chaque espèce dans le grand genre Écho. En tout cas la longistigma ne peut pas être éloignée des Cleis, si Ton tient à conserver cette dernière coupe. 19"*. Mnais ANDEnsONi, Mac Lachl. o* Abdomen ST-SQ"""; aile inférieure 30-32. Race de Mn. pruinosa? — Chez un des mâles la réticulation est noire, les ailes très-légèrement lavées d'olivâtre ; le ptérostigma rou- geâtre obscur; le corps bronzé peu pruineux, la lèvre supérieure vert métallique, le dessus de la tète et le thorax vert cuivreux. Il y a 22 antécubitales et 25-26 postcubitales aux ailes supérieures. Chez l'autre mâle , qui est un peu plus grand (voir la mesure du plus grand exemplaire plus haut) la réticulation est roux jaunâtre, excepté avant le quadrilatère où elle est noirâtre. Les ailes sont for- tement lavées de roux jaunâtre clair, le ptérostigma carmin. $ Inconnue. Patrie : Yunan (S.-O. de la Chine). Communiquée par M. Mac Lachlan. N. B. Le premier mâle ressemble à la Mn. costalis, si ce n'est qu'il (473) n'y a pas de cellules costales opaques après le iiodus. Le second iriiilo le Mil. strifjnta, excepté (juc les ailes sont li'iyèroinent lavées d'oli- vâtre. La question des espèces ou races des Mnais est encore obscure. Il est probable qu'il n'existe qu'une espèce, dont nous ne connaissons pas encore les lois de tranformation sous le rapport de làgc. Je ne suis pas certain si les exemplaires à ailes colorées sont des races, des variétés ou des âges différents. Les deux exemplaires continentaux de Yunan nommés Mn. An- dersoni par M. Mac Lachlan diffèrent des trois espèces nominales du Japon par leur petite taille. Si je suivais les principes adoptés pour ces dernières, je devrais considérer les deux exemplaires de Yunan comme deux races, à cause de la différence dans la coloration des ailes. Mais il est assez probable qu'il n'y a qu'une seule espèce divisée en deux races, savoir : \° Mn. pruinosn, de Selys; du Japon, de forte taille, ayant pour variétés Mu. coslalis, de Selys et Mn. slrir/ata, Ilag. 2» Mn. Andersoni, Mac Laclil., du continent, de taille plus petite. Sous-genre 1". — PSOLODESMUS, Mac Lachl. Trans. Soc lùit Lond., 1870, part. II , pag. 1G5. Espace basilaire libre. Rameau inférieur du second secteur du triangle très-fort, droit, mais aboutissant obliquement au bord de l'aile un peu plus loin que le bout du quadrilatère qui est un peu convexe en dessus. Ptérostigma gros, à côté interne très-oblique. L'arculus fracturé; 4-u secteurs interposés entre chacun des autres. 1" article des antennes très-court. Pieds à cils très-longs. Patrie : Chine. A'. B. Ce nouveau sous-genre appartient au grand genre Écho par son ptérostigma régulier dans les deux sexes. Il diffère du S. G. Echo par l'espace basilaire libre ;du S. G. Mnais par le rameau infé- rieur du second secteur du triangle droit, fort, le quadrilatère un peu convexe en dessus, l'arculus plus fracturé; des S. G. Cleis et Sapho par l'arculus plus fracturé, le quadrilatère un peu convexe, et 2*"" si-:rir, tomf, xxxv. 51 ( 474 ) surtout la l)ranclic infci-icurc du second scclour du triangle non rcjctéc en arrière. C'est des Mnais qu'il est le plus voisin, mais avec les ailes colo- rées comme chez l'Écho. 18*"- PsOLODESMCs MANDARiNus, Mac Laclil. Trans. Soc. Enl. Lond. Part. II , (). IGo (1870). o* Abdomen environ 00"'"'. Aile inférieure 45. Taille très-grande. Ailes assez larges j un peu plus de la moitié basale subliyalinc enfumée , suivie d'une large bande oblique semi-opaque blanche; le cinquième terminal brun noirâtre chatoyant; réticulalion noire; le nodus placé plus près de la base que du ptérostigma; celui-ci brun entre deux fortes nervures noires, surmontant 10-12 cellules; le côté inférieur le plus long, l'interne très-oblique, l'externe droit, suivi de 2 rangs de cellules; ^0 antécubitales et environ 90 postcubitales aux supérieures. Corps vert bronzé foncé; lèvre supérieure noir luisant, épislome vert bleu métallique; 2" article des antennes jaune pâle en avant. Thorax à dos noirâtre, les côtes vert doré métallique sous les ailes postérieures. Abdomen brun , les 1" et 2" segments vert bronzé (les quatre derniers manquent), pieds et cils noirs; trochantères et base des fémurs en dessous jaunes. Ç Inconnue. Patrie : Chine. N. D. Ressemble assez à VEcho margaritu, mais avec une taille gigantesque. 26''' Vestalis melakia , De Selys. Abdomen 0^44"""; $ 42. Aile inférieure o' 35; 9 38. o" Ç Jeunes. Taille assez grande, grêle; ailes très-plissées, très- élargies au milieu, très-arrondies au bout, larges de 11""" ( rf ) de 12 (2 ). Nodus placé au tiers basai de l'aile; environ 5G antécubitales aux supérieures. Ailes en entier d'un gris enfumé foncé, un peu iri- sées; réticulation noirâtre, très-serrée. (478) Corps noir en entier , à peine un peu plus clair à la poitrine et sons i\il)(luinen. Pieds noirâtres, lon^s. o' Appenilices anals supérieurs à peine dilatés en dedans, tronqués à leur extrémité. 9 iO" segment à épine médiane forte, les pointes latérales plus faibles. Appendices anals noirs. Patrie ; Ile de Luçon. Communiquée par M. Mac Lachlan. N. D. DifTèrc de la lactunsa, i" par les ailes très-larges , à réseau très-serré; i» par la coloration du corps qui est noire (nullement vert ni à acier métallique, même à la lèvre supérieure); 3» par la femelle, chez qui les ailes sont de la même couleur gris enfumé que le mâle (roussâtres hyalines chez la luctuosa). ^G ( Addition ). Vestatis ah^ena , Ilagen. C'est de Malacca et de l'Ile du prince de Galles que j'ai reçu les types décrits précédemment. Un grand nombre d'exemplaires de Labuan (Bornéo ) , (jue j'ai examinés récemment, diffèrent beaucoup entre eux par la taille plus ou moins forte, et par les ailes ou tout à fait hyalines, ou plus ou moins salies à leurs bords. Ces derniers exemplaires imitent au pre- mier abord la gracilis. Chez tous ces exemplaires de Bornéo, le dessous du thorax est presque noir, et se couvre chez les adultes d'une pulvérulence blan- châtre. Enfin la lèvre supérieure est presque toujours noire, excepté un point jaune de chaque côte. — Chez les exemplaires de Malacca le jaune domine sous le thorax et forme une bande plus ou moins large à la lèvre supérieure. Voici les dimensions extrêmes observées. Abdomen o* 38-50""", $ 33-34; aile inférieure o" 51-30, $ 52-33. 33*"- Lais GUTTiFEr.A, De Selys. Abdomen cf 38"""; Ç 51. Aile inférieure o" 29-30; $ 28. Taille moyenne. Ailes étroites, hyalines; 17-18 anlécubitaIes(o''), 21-23(9). Corps bronzé noiràlre, verl niélalliqne aux côtés du ihoiax; poi- ( 476 ) trine jaunâtre Icrnc. Lèvre supérieure jaunâtre, noire h la base; cpistome acier; 2"= article des antennes jaunâtre. Pieds brun-noirâtre. o* Une petite gouttelette apicalc noirâtre aux ailes inférieures. Appendices anals supérieurs peu courbes , avec o-i fortes dents au bord externe; la dilatation médiane interne longue, à peine sinuée, finissant par un angle obtus. Appendices inférieurs presque droits, ayant à peu près le tiers des supérieurs, leur extrémité un peu redressée. Ç Ailes à peine salies. La bande humérale et les latérales du thorax roux jaunâtre, très-larges. Appendices anals noirs. Epine dorsale terminale du 10'= segment courte, les pointes latérales mé- diocres. Fémurs brun jaunâtre en dessus. Pul7'ie : S. ioaù del Rcy (Brésil). Prise en novembre 1872 par M. Walhère de Selys. (Coll. Selys.) N. B. Coloration des ailes comme chez la très-grande L. glohiferu et la petite L. smaragdina. Intermédiaire entre ces espèces par la taille et la coloration, la globifera ayant le corps noir luisant, la smaragdina vert brillant, et la guUifera vert obscur. L'autre espèce chez qui le mâle porte également une gouttelette noire au bout des ailes inférieures est Vœnea, mais cette dernière a le corps bronzé violet, à reflets cuivre rouge. Pour la forme des appendices anals du mâle, c'est de la smarag- dina que la guttifera se rapproche le plus. Notre nouvelle espèce ressemble par la taille à la hyalina et à la pruinosa. Le mâle diffère de toutes deux par la gouttelette apicale des ailes, par les appendices inférieurs plus courts , etc. — Les deux sexes par la nuance vert foncé du corps. 11 n'est pas absolument certain que la femelle décrite appartienne à la guttifera. SO"*- [Addition). Lais Hadxwelli, De Selys. 9 Abdomen 30-32™™. Aile inférieure 28-29. 2 Adulte. Réticulation des ailes plutôt brune que roussâtrc. Corps bronzé à reflets cuivre rouge éclatants. Patrie : Brésil? Communiquée par Mac Lachlan. A^ B. Si c'est bien la femelle de la L. J/auxwclli, elle serait plus (477) prohaLIcmciil du haut Amazone. J'avais d'ahord pensé qu'elle pou- vait appartenir ù ma L. mctullica ilonl la patrie est également incer- taine ( Baliia ou Guyane?), mais la nuance cuivre mélallin;EA COMPAR., Mac Lachlan. Trans. Soc. Eut. Lond., 1870, p. 1G7. Abdomen o" environ ô9 '?">"' $ 5'2; aile inférieure a* 53; Ç 33. Ailes inférieures très-dilatécs au milieu; ptérostigma long, noir, surmontant 9 cellules. o" Ailes hyalines; le bord costal teint de brun jaunâtre jusqu'au nodus aux supérieures. Les inférieures ayant le bord costal brun , le milieu de ces ailes traversé par une large bande brun noirâtre à reflets dorés; cette bande commence un peu avant le nodus et finit à mi- chemin de celui-ci au ptérostigma. Elle est droite intérieurement, un peu convexe extérieurement. Le bout des ailes -après elle est hyalin. Corps noir, une large tache rouge aux côtés du prothorax. Cinq ligne rouges de chaque côté du thorax. Pieds noirs, tibias marrons en dehors. Abdomen brun pâle à sutures noirâtres. Pas de pointe aux côtés du pénis. 2 Ailes hyalines, les supérieures lavées de brun jaunâtre jus- qu'au nodus, surtout au bord costal; les inférieures fortement lavées de brun jaunâtre jusqu'au ptérostigma, leur pointe seule restant purement hyaline; 24-20 antécubitales; 28-51 postcubitalcs. Deux taches jaunes à la lèvre supérieure, une aux joues, et une de chaque côté des yeux. Les taches du prothorax et les raies du thorax sont jaunes. Abdomen noir, quelques taches au 1" et aux 8 et 9« segments et le bout du 10" jaunes. Les autres segments avec trois lignes longitudinales jaunes interrompues aux sutures. Appendices anals plus longs que le 10"= segment, pointus, denli- culés au bout en dehors. Patrie : Amoy. British Hhiseum. N. B. Paraît voisine de l'^. dccorala , Hag. mais beaucoup plus grande, et la bande noire transverse des ailes inférieures du mâle notablement plus large. ( 485 ) Gi (Ad(lUiun). EfPii.K* aspasia, De Selys, cl G5 (.lUIiliun). EuPH.EA variegata , Raniit. II faut considérer comme claiil la femelle de la varmjalu les exemplaires de Java que j'ai décrits à tort comme étant la femelle de Vusjiaaia (ti" (ii). Nous ne connaissons encore de celte dernière que le mâle unique de Padang (Sumatra), 66 (Addition). Eiph.ca splenders, Hag. d" Jeune. Ailes gris enfumé, le quart basai des supérieures un peu plus foncé, leur milieu à reflets irisés. Ptérostigma grisâtre. Une raie antélmmérale et deux bandes obliques jaune pâle de chaque côté du thorax. 2 JduUe. Ailes lavées de brun jaunâtre surtout à la côte. Ptéros- tigma noirâtre. Les inférieures pas plus larges que les supérieures. Corps noirâtre, marqué de jaunâtre ainsi qu'il suit : le centre de la lèvre supérieure, une tache aux joues contre Tœil, une tache rudi- mentaire aux ocelles, une de chaque côté du prothorax, une ligne antéhumérale et deux obliques de chaque côté du thorax, quelques taches aux {", 9'' et 10'= segments et trois raies longitudinales aux autres ( la dorsale très-fine prolongée jusqu'au i" segment seulement), enfin l'intérieur des fémurs. Appendices anals noirâtres, aigus, dcn- liculés au bout, plus longs que le 10*= segment. 2 Jeune. Ptérostigma gris pâle. Patrie : Ceylan, comme les mâles types noirs. Les dimensions sont un peu plus fortes : Abdomen o" 42>""' ; Ç 58. Aile inférieure o' oCj 2 30-58. 70'''. DïSPH.CA LUGENS, De Selys. Race de dimidiata ? o* Abdomen 40"""; aile inférieure ôi. Diffère de la dimidiata de Java, et de sa race limbata de Singa- pore cl de Bornéo : 1" Abdomen proportionnellement plus longj 2° La partie opaque noir chatoyant des ailes plus étendue. Aux ( 480 ) supérieures elle dépasse de 5-G cellules costales le nodus; aux inl'é- rieurcscllc arrive près du plérostignia (5 à G cellules auparavant). Aux quatre ailes cette partie noire est un peu convexe en dehors (droite chez les trois autres races ou formes). Elle se sépare en outre de la dbnidiata par le noir apical des ailes plus étendu, occupant leur pointe à partir du ptérostigma, comme chez la limhata. Différente encore de la ihnbatn parce que le bord antérieur des ailes entre la costale et la médiane depuis le nodus jusqu'au ptéros- tigma reste hyalin comme chez la dimidiata. 9 Inconnue. Patrie : Le sud de Bornéo ; communiquée par M. Mac Lachian ( Coll. Selys. ) 70'^'«""'. DïSPH^EA SEMILIMBATA, DC SclyS. Variété ou race de dmidmfa? d* Abdomen 39"""; aile inférieure 32. C'est probablement une variété intermédiaire entre la dimidiula et la limbnla. Elle diffère de la dimidiata et de la lugens parce que le noir opaque basai est prolongé aux ailes inférieures dans la première série de cellules costales jusqu'au ptérostigma comme chez la limhata. Elle se sépare de la iimbata parce que ces mêmes cellules costales aux ailes supérieures restent hyalines comme chez la dimidiata et la lugens. La partie opaque noire basale s'arrête aux supérieures au nodus, et va aux inférieures presque jusqu'à mi-chemin du nodus au pté- rostigma. 2 Inconnue. Patrie : Labuan (Bornéo), d'après un mâle unique. ( Coll. Selys.) N. B. La découverte de cet exemplaire me fait supposer, contrai- rement à ce que je disais dans les S*' Additions au Synopsis, qu'il n'y a qu'une espèce de Dysphœa se subdivisant en deux races princi- pales dimidiata de Java et Iimbata de Malacca et de Bornéo et que la lugens et la semilimhata, également de Bornéo, n'en sont que des variétés. ( 4.87 ) 70 t'i TO'"' {.lildition) DrspiiAKA mmbata , De Sclys. Une faulc typographique grave dans la description doit être cor- rigée; au lieu de dire : le noir (tpaque de la base des ailes qui s'étend en ijcncral jusrjiCaK })U'roslif/ma, lisez : qui s'étend en général /«s^u'aM itoilits et VH'inc ait. delà. a* Variétés. Des exemplaires adultes de Labuan (Bornéo) offrent des variétés dans la répartition du noir basai. Aux supérieures il peut se prolonger jusqu'à mi-chemin du nodus au plérostigma , et mémo s-en rapprocher davantage aux inférieures, tandis que ciiez des exemplaires de Singaporc il n'arrive pas tout à fait au nodus. Chez une variété de Labuan (Bornéo) encore plus tranchée, le noir des inférieures touche presque le plérostigma , et celui du bout de l'aile commençant avant la fin du ptérosligma, il n'y a plus entre ces deux espaces opaques qu'une bande hyaline étroite. Je n'ai vu que la seule femelle de Singaporc décrite aux secondes additions. Il est assez extraordinaire que dans les sous -genres Eiip/twa et Dyspinva on ait reçu en général un grand nombre d'exem- plaires màlcs, alors que les femelles se comptent jusqu'ici par des individus uniques ou peu nombreux, et que pour la moitié environ des espèces, elles sont même tout à fait inconnues. Cette rareté des femelles ne semble pas s'expliquer uniquement par le motif que les mâles ayant les ailes brillamment colorées atti- reraient seuls les recherches des chasseurs ; car ces chasseurs ont pris en même temps dans les mêmes îles de la Malaisie beaucoup de Ncvrobasis et de Vestalis , dont les femelles n'ont pas non plus les ailes brillantes, et cependant dans ces groupes les femelles nous arri- vent presque aussi nombreuses que les màles. 87 (Addition). Rhinocypiia peuforata, Percheron. 9 Abdomen 18'^'"; aile inférieure -2G "/s- Ailes hyalines un peu verdàtres. Plérostigma brun, la seconde moitié blanc jaunâtre, surtout aux inférieures. 13 antécubitales aux supérieures. ( 488 ) Elle diffère de la femelle de la biseriata par ses longues ailes, le plérostigma également j)lus long et le dessus de répistome brun clair j — de celle de \abiforata par une raie supplémentaire noire, courte, épaisse, supérieure au milieu.des côtés du thorax, entre la suture humérale et la médiane. Patrie : Ile d'Hainan (Chine), par M. Swinhoc. Communiquée par M. Mac Lachian, qui a reçu de la même localité des mâles semblables aux types de la Cochinchinc. 89»"'. Rhinocypha e.ximia , Mac Lachian. o' Abdomen 13"!'"; aile inférieure 21. Presque semblable à V humer alis , décrite plus bas (89''"''"') pour les formes et la coloration du corps et des ailes. Elle en diffère parce que la partie opaque terminale des ailes commence plus loin du nodus que du plérostigma (environ li cellules après le nodus) de sorte que cette partie opaque n'occupe qu'un peu plus du quart terminal. La Ç est inconnue. Pairie : Bornéo. Communiquée par M. Mac Lachian qui n'en a vu que deux exemplaires. (Coll. Selys.) N. B. La Rh. humeralis n'en est probablement qu'une race. Cepen- dant ayant examiné un grand nombre d'exemplaires de Yhmneralis, tous fort semblables entre eux, j'ai cru prudent de signaler séparé- ment les deux formes. L'eximia ressemble à la terminata par la coloration des ailes, mais chez cette dernière la partie opaque des inférieures est un peu plus étendue, le nodus est plus rapproché de la base des ailes que du ptérostigma, et la tête de même que le thorax sont dépourvus de dessins bleus. 89«"'"'. Rhisocypha humeralis, De Selys. d* Abdomen 15-16»""; aile inférieure 20-21. Le nodus presque à mi-chemin de la base au plérostigma. Ailes étroites hyalines peu salies j les ^/^ terminaux subitement noirâtre opaque, à reflets violets, cette couleur un peu convexe en dedans. ( 489 ) comnjcnçanl plus près du nodus que du ptèroslvjma (environ C-8 cel- lules après le nodus). Plérostigiiia noir. Corps noir, marqué de bleu azuré ainsi (|vi'il suil : une laclie aux coins de la Iiouclu", deux Uiclies à la lèvre supérieure, le dessus du fronl, une tache contre cha()ue œil près des ocelles, une bande jnxla- liuniéralc épai.sse ne touchant pas le haut, et sur les côtés un trait court supérieur avant clia(|ue aile, et urn- bande oblitiue allant de l'origine des premiers pieds au bout du thorax. Enfin, à l'abdomen, un double point dorsal à la base des 3-8* segments et une large bande latérale maculaire du 2« au S" segment. Pieds noirs, dessous des quatre tibias postérieurs bleu clair. Ç Inconnue. Pairie : Labuan( Bornéo), d'après quatorze mâles tous semblables, reçus par M. Uiggins. (Coll. Selys et Mac Lachian.) N. D. Excessivement voisine de Veximiu, dont elle diffère parce que le noirâtre terminal des ailes commence plus près du nodus que du ptérostigma, ce qui est le contraire chez Veximia. Ressemble à la cucuUata par la coloration des ailes, mais cette der- nière n'a pas de taches bleues à la tête, ni au thorax, ni aux côtés de- l'abdomen. V/iumeralis et Yeximin sont jusqu'ici les deux seules espèces por- tant une large raie antéhumérale bleue. 8D'"' {Addilion). Ruinocypha colorata, De Seljs. U est nécessaire de compléter sa description par suite de la décou- verte d'espèces voisines, fondées en partie sur la coloration de la tête et du thorax. o' Tête noire excepté un petit point aux coins de la bouche , un trait aux côtés de l'épistome et un point court contre l'œil (ces trois marques forment ainsi un triangle de chaque côté) bleuâtres. Thorax noir, arête mésothoracique, un trait humerai supérieur étroit, et sur les côtés une large bande allant d'un bout à l'autre sinuée supérieure- ment (bleuâtres?). A^. 11. Voisine de la lincta par le bout extrême des ailes supérieures qui est un peu hyalin. Comparer les différences indiquées avec cette 2'"'= SÉKIE, TOME XXXV. 32 ( 490 ) espèce et avec la scmilimta (n° 89*"* aux secondes Additions du Synopsis). 89 (Addition). RniNOCYPHA tincta , Ramb. (Voyez secondes Addit. au Syn., même u"). Complément de la descrip- tioo: d* Tête noirâtre , sans taches distinctes. Thorax tout noir, excepté une large bande latérale oblique , un peu anguleuse supérieurement, allant d'un bout à l'autre, bleue. N. D. Distincte des espèces voisines par la partie basale hyaline des ailes moins étendue, et surtout par les doubles taches dorsales cunéiformes bleues des 2-7'= segments de l'abdomen. ggîttint, Rhinocypha frontalis, De Selys. Rh. semitincla (pars.), De Selys , secondes Addit. au Syn. Abdomen d* ig-aO-"-»; 9 19-20. Aile inférieur» c/ 22-25; $ 26-28. Ailes un peu élargies; le nodus plus rapproché de la base que du ptérostigma. cf Ailes hyalines, un peu jaunâtres à la base ; les deux tiers termi- naux noirâtre chatoyant à partir du nodus; mais cette couleur for- mant un angle interne médian qui commence avant le niveau du nodus. Tête noirâtre, une tache aux coins de la bouche, une rapprochée de celle-ci contre l'œil, et une double tache médiane arrondie au front devant les ocelles, bleues. Thorax noirâtre; en avant un trait cunéi- forme court antéhuméral inférieur, et sur les côtés une large bande oblique bleue allant d'un bout à l'autre, échancrée et presque divisée en deux supérieurement sous les ailes. Abdomen noir avec une large bande latérale maculaire bleue du 1" au 9" segment. $ Ailes d'un brun assez foncé; cette couleur plus claire et presque hyaline depuis la base jusqu'à rai-chemin du nodus au ptérostigma , plus foncée ensuite, le bout des ailes hyalin commençant un peu avant le ptérostigma aux supérieures , et dès l'extrémité de celui-ci aux in- férieures. Ptérostigma noir dans son tiers basai , blanc jaunâtre en- suite. ( 'i'Jl ) Corps noirâtre marqué (d'olivâtre?) ainsi qu'il suit: une tache aux coins do la bouche et une rapprochée de celle-ci contre l'œil; deux points éloignés l'un de l'autre sur le front devant les ocelles; une ligne anléhuniérale étroite, assez longue, mais ne touciiant pas le haut; une semblable huniéralc supérieure courte; et sur les côtés une bande oblique, mais plus étroite que chez le mâle. — Enfin, à l'abdomen un conuuenccnient (rurèlc dorsale et sur les côtés jus(prau 7"= segment la base des segments se prolongeant en trait longitudinal de manière à former un 7, puis un point terminal. Il y a aussi, placés plus bas vers la suture ventrale, une série de traits médians longitudinaux. Patrie : Moluqucs, par M. Lorquin (Coll. Selys. ) Ménado (Célèbes). (Coll. Mac Lachlan.) A^ D, Très-voisine de la scmilincfa, mais distincte 1" par la taille plus grande ; 2o les deux taches claires du front, les deux cunéiformes du devant du thorax. La femelle se caractérise en outre par la ligne antéhuméralc et la seconde rangée inférieure de traits latéraux olivâtres à l'abdomen. La fvontalis se sépare de la tincla par les caractères signalés à l'ar- ticle de la scmitincta. 89'"' {Addilion). Rhinocypha semitincta, De Selys. Abdomen d* 19'"'" ; $ 17-18. Aile inférieure o* 22; $ 25-24. Ailes un peu élargies. Le nodus plus rapproché de la base que du ptérostigma. o* Ailes hyalines à la base, un peu jaunâtres. Les deux tiers ter- minaux subitement noirâtre chatoyant à partir du nodus, mais cette couleur formant un angle médian interne qui commence avant le ni- veau du nodus. Tête noirâtre. Thorax noir, l'arête mésothoracique finement jaunâtre , et sur les côtés une large bande bleue échancrée et presque divisée en deux supérieurement sous les ailes , allant d'un bout à l'autre. Abdomen noir avec une bande latérale maculaire du 4" au 8*= segment. Ç Ailes brun foncé, celte couleur un peu plus claire et presque hyaline jusqu'au nodus, le bout hyalin commençant un peu avant le ( 492 ) plérostigma aux supérieures, cl à rcxlrcmc pointe seulement, plus loin que le ptérosligma aux inférieures. Ptéroslignia noirâtre, sa moitié terminale jaune pâle. Corps noirâtre 5 une tache aux coins de la bouche et une rappro- chée de celle-ci contre l'œil, six Irès-pclils points bruns auvcrtcxj un trait humerai supérieur ; une bande latérale plus étroite que chez le mâle, olivâtres? Abdomen noir, bord terminal de rarliculation des 4" 6« segments et un trait latéral médian aux mêmes segments oli- vâtres. Patrie : Gilolo (Musée de Leyde). — Moluques par M. Lorquin. ( Coll. Selys. ) N. B. Je reproduis cette description, en la complétant, afin de pouvoir séparer la semtlincta de la fronlulis que j'avais confondue avec elle dans les secondes Additions, et dont clic diffère surtout par le front tout noir dans les deux sexes , et par la pointe des ailes de la femelle plus étroitement hyaline. Elle se distingue bien de la tincta par l'absence de taches bleues supérieures à l'abdomen et par le bout des ailes du mâle nullement hyalin. 87'«^ Rhimocypha cucullata, De Selys. Abdomen a" 18-19; $ 16. Aile inférieure o* 21-22 ; $ 22. Ailes un peu arrondies. Le nodus un peu plus rapproché de la base que du ptérostigma. o* Ailes hyalines à peine jaunâtres; un peu moins de leur moitié terminale subitement opaque noirâtre chatoyant, cette couleur coupée droit en dedans , où elle ne commence que 7 à 8 cellules après le nodus. (En dessous la première moitié de cet espace opaque change en vert violet doré, plus brillant que la moitié terminale.) Tête noire sans taches, excepté cinq points bruns à peine visibles au vertex. Thorax noir, ayant en avant une ligne antéhumérale étroite ne touchant pas le haut, suivie d'une posthuméralc courte, et sur les côtés un petit trait supérieur entre les ailes et une bande oblique latérale sinuéepeu large, allant d'un bout à l'autre bleuâtres. Abdomen noir; les 8"= et 9'= segments bleus en dessus, excepté à leur ( ^^^■> ) arficulation. Sur les côtés une bande maculairc bleue jusqu'au 7« segment, composée de taches très-isolées et sinuécs. L'articulation postérieure du 2' segment contre le 3= est d'une forme très-extraor- dinaire : elle est redressée subitement presque en lame transvci'se et même un peu inclinée vers la base de l'abdomen; ses bords vers les côtés sont bleus. Pieds noirs ; les quatre tibias postérieurs assez dilatés, bleus en dessous dans la partie dilatée. 2 Ailes hyalines salies. Le tiers terminal environ des supérieures brun enfumé opaqucj cette couleur est coupée droit intérieurement, commenoant à mi-chcniin environ du nodus au ptérostigma, qui est noirâtre d'abord, mais pâle dans son tiers final. Le bout des ailes un peu après le ptérostigma est hyalin. Tète noire; coins de la bouche, bord antérieur de l'œil clairs; trois petits points roux éloignés au front, et 4-5 plus petits au ver- tex. Thorax comme chez le mâle, mais les dessins du devant peut- être jaunâtres. Abdomen noir; sur les côtés jusqu'au 7<= segment la base claire des articulations se prolonge en un trait longitudinal for- mant ainsi un 7. Il y a en outre un point terminal et plus bas vers la suture ventrale une série de traits longitudinaux olivâtres. Pieds noi- râtres; tibias non dilatés; fémurs postérieurs pâles en dessous à leur base. Patrie : Labuan ( Bornéo). (Coll. Selys et Mac Lachlan); exem- plaires reçus par M. Higgins. A'^. B. Le mâle est unique dans son genre par la forme du bord postérieur du 2'' segment de l'abdomen et par le dessus des 8"= et 9« bleus. La femelle diffère des espèces voisines par le tiers terminal des ailes supérieures subitement brun, rappelant le mâle de la tenni- uala. Par les taches latérales de son abdomen elle ressemble à la femelle de la frontalis. 75'"». LiiiRi.rAGO CYASiFROss, De Selys. Abdomen o" 19-20™";$ 17. Ailes inférieure o* 23-24; $ 23. o" Ailes hyalines; 11-12 antécubitales; 15-18 postécubitales aux supérieures; 2-5 ncrvules au quadrilatère. Ptérostigma long (de 2 ^li""",) sa moitié terminale jaunâtre en dedans. ( 494. ) Tête noire; la base de la lèvre inférieure, une tache entre la bouche et Tocil, deux taches à la lèvre supérieure et quatre petits points jaune pâle, ou verts entre les yeux , formant un carré ; enfin une très-grande tache bleue presque carrée occupant le dessus du front jusqu'aux ocelles, presque biiobée, contiguë à une autre grande tache latérale contre rœil. Prothorax noir, avec une tache latérale et une postérieure jaunâtres. Thorax noir avec une raie antéhumérale courte, une raie humérale communiquant avec elle par en bas, et sur les côtés deux bandes obliques, enfin trois taches transverscs à la poitrine jaune roussâtre. Abdomen déprimé; 1" et 2^ segments noirs, la base du 1", une grande tache dorsale cordiforme pointue postérieu- rement au 2% et deux points latéraux successifs au même segment jau- nâtres. Les 5-10« segments rougeâtres en dessus, noirs en dessous, les 3-8= ayant en dessous une bande latérale maculaire jaunâtre, ne tou- chant pas leur extrémité. Pieds noirs. Appendices anals noirâtres. Les inférieurs subcylindriques épais, distants, courbés l'un vers l'autre, ayant le tiers des supérieurs. 2 Ailes supérieures légèrement salies, les inférieures enfumées, cette couleur plus foncée dans leur seconde moitié; ptérostigma noir, sa moitié postérieure blanchâtre. Les dessins de la tête et du thorax comme chez le mâle, mais les grandes taches du front paraissant vert jaunâtre. Abdomen comprimé, les 1-2'= segments comme chez le mâle, les autres brun foncé, à articulations noires ; les 2-7'= avec un cercle basai et une bande latérale maculaire pâles; une tache latérale pâle au 9"; le iO'= très-court. Appendices anals noirs, très-fins, pointus, ayant presque trois fois la longueur du lOi^ segment. Lames vulvaires brunes, robustes. Pieds noirs. Patrie : Le Gabon. Communiquée par M. Mac Lachlan. (Coll. Selys.) N. B, Diffère de la caligata par la stature moins robuste, la colo- ration du 2"= segment, les pieds noirs, les tibias du mâle non dilatés. — De la dispar par la stature plus robuste, la tête et le prolhorax tachés de jaune et de bleu, le 5« segment à bande latérale noire plus étroite, l'intérieur des tibias noir dans les deux sexes, le ptérostigma plus grand. — De la rubida par les taches de la tête du thorax et du 2*= segment. — De la airta par les dessins du thorax et des ( 495 ) 1-2" segments, et l'abdomen rouge; les appendices anals inférieurs du mâle plus longs, les tibias noirs. La rijtinifrons se sépare des autres espèces connues jusqu'ici par la bande de larges taches claires sur le front , et par les ailes de la femelle enfumées j c'est de la rubida qu'elle est la plus voisine. Il est probable que les exemplaires mâles très-adultes ont le ptc- rosligma unicolorc noirâtre. 91'". MiCROMER» s BisiGJîATUS , Mac Laclilan. Trans. Soc. Eut. Lond., 1870, part. II, p. 1G8. d* Abdomen environ 21™"; aile inférieure 26. Ailes supérieures hyalines , arrondies au bout, sans ptérostigma. Costale rougeàtre jusque un peu avant le nodus. Une bande épaisse transverse brune presque carrée sous le nodus , marquée d'espaces plus clairs. Le bout de l'aile largement brun foncé, cet espace étant à peu près aussi large que long, et coupé droit en dedans. Ailes infé- rieures hyalines , teintes de jaune , leur pointe légèrement enfumée , munies d'un ptérostigma noir, dilaté, surmontant 5-4 cellules; 9 an- técubitales et 5:2 postcubilales aux supérieures. Tête et thorax noirs ; quatre taches jaunes devant les antennes, et six rougeàtres au vcrtex. Devant du thorax avec deux lignes rou- gcâtres étroites de chaque côté ; les côtés du thorax avec deux bandes jaunes larges, la première divisée en deux transversalement; cinq grandes taches jaunes transverses à la poitrine. Abdomen rouge, le G« segment plus pâle, un peu verdâtre, les suivants d'un rouge plus foncé. Le !«>• segment avec une large tache carrée noire, le milieu du 2% les sutures des autres largement noires, ainsi que les côtés des 9 et 10«. Lcjfentre est également marqué d'une bande noire longitudi- nale. Pieds noirs , intérieur des fémurs blanc jaunâtre. Appendices anals supérieurs noirs, courbés l'un vers l'autre, un peu épaissis au bout; les inférieurs triangulaires. Ç Inconnue. Patrie : Tondano (Célèbes), par M. Wallace, Brilish Muscum. N. B. Diffère des autres Mkromcrus par sa taille énorme, égalant les plus grands Rhinocypha, et par la présence aux ailes supérieures, ( 496 ) d'une bande transverse médiane brune, en outre de la tacbc apicale. La R/dHocijp/ia fuinlis , de Ceylan, s'en rapproclie pour la taille. 94"'''. CiiAi.coPTEnYX sciSTiLi.ANS , Muc Lacliluu. Trans. Soc. Enl. Loncl., 1870, part. II, p. 169. Très-voisine de la Ch. rulilans (n" 94) j je ne saurais mieux faire afin de distinguer les deux formes voisines, que de traduire la dia- gnose comparative publiée par M. Mac Lachlan, en y faisant quelques léi^ères modifications, d'après les types des deux espèces prises dans la région de l'Amazone par M. Bâtes, et qui font partie de ma col- lection. c. «uTitAMs, Ramb. Abdomen g» 23-24 mm. Aile inférieure 16-17 mm. Ptcrostigma des ailes supérieures 2 l/4nim_ Ailes supérieures hyalines un peu vcr- dâtres. Ailes inférieures bronzées en dessus, la pointe cuivrée , la base bleu métal- lique. — Le dessous en entier d'une couleur cuivre rouge brillant et irisé. Tête noire avec deux taches au vertex , deux à la lèvre supérieure et une aux coins de la bouche rouge orangé. Prothorax avec deux taches rouges. Thorax avec deux larges bandes sub- médianes et une ligne huméralc rouge orangé et trois lignes jaunes sur les côtés. Abdomen : i" segment avec des taches orangées. Pieds : intérieur des fémurs brunâtres. c. scinxiLLAws, Mac Lachl. Abdomen o* 23-2 i""". Aile inférieure 17-18™™. Ptérostirjma des ailes supérieures 2™™. Ailes supérieures comme chez la ruli- lans, mais un peu plus larges, à pté- rostigma plus court. Ailes inférieures entièrement bronzées en dessus, sans aucun reflet bleu à la base. — Le dessous acier violet mé- tallique et pourpré. Tête noirâtre avec deux taches rougeâ- tres très-petites , presque oblitérées au vertex. Prothorax sans taches. Thorax sans bandes submédianes, mais avec une ligne humérale très-étroite , et trois lignes jaunes semblables sur les côtés. Abdomen : entièrement noir sans taches. Pieds : entièrement noirs. Pairie : M. Mac Lachlan et moi nous avons examiné neuf mâles de scintillans pris par M. Bâtes à S. Paulo (Haut Amazone). M. Bâtes n'a trouvé le rutilans type qu'au Para. La distance entre (497 ) les localilés de ces deux espèces est donc de 20 degrés de longitude, comme le fail remarquer M. Mac Lachlan. Nous ne connaissons pas la femelle de la sciulillans (ini pnihable- nienl différera de la riililuns par un ptérostigma plus court et le corps moins taché. La scinlillans mâle se sépare donc de la rulilatis par rabsencc complète de taches rouges sur le corps, le ptérostigma plus court, et la différence constante dans les nuances métalliques des ailes infé- rieures. On peu^ croire que ce sont deux races locales, comme on en trouve d'autres exemples dans les autres groupes du grand genre Thorc. N. B. Il faut rectifier, d'après les mesures données plus haut, celles que j'ai indiquées dans le Synopsis et dans la Monographie des Caloptérygiucs. Ol'". (Addition). Tnov.E victoru, Mac Lachlan. 2 Abdomen 57"'™ ; aile inférieure 39. Les ailes diffèrent de celles du mâle en ce que le ptérostigma sur- monte environ 12 cellules, et qu'il y a environ 45 antécubitales et 46 postcubitales aux ailes supérieures. Le nodus est un peu plus rapproché de la base que du ptérostigma. Une partie hyaline formant le quart terminal des ailes commence b-G cellules avant le ptérostigma, ce qui transforme en bande trans- verse le brun chatoyant qui précède, mais l'extrémité apicale du bord est limbée de brun obscur. La bande brune transverse est concave intérieurement et précédée, do ce côté, d'une bande blanc laiteux opaque. Patrie : La Bolivie. Communiquée par M. Mac Lachlan. N. D. Les femelles des Thore sont fort difTiciles à distinguer les unes des autres. Nous rapportons avec doute celle-ci à la Victoria à cause de sa provenance et de sa taille relativement grande (on sait que dans ce sous-genre les femelles sont souvent plus petites que les mâles). Celle-ci diffère à peine de la Sanndcrsii type par l'espace apical hyalin qui commence avant le ptcroslignui et par sa taille plus ( 498 ) grande. — Mais nous avons vu des exemplaires de la Saundcrsii de rÉquateur encore plus grands, — Celte fcniclle (présumée) de la Victoria se sépare de celles de la (jigantea et de la procera par la bande transverse brune plus clroite et plus concave (uni en dedans qu'en dehors, disposition commune à la vicloria, à la Saundcrsii cl à la picturata. 95 (Rectifié) et gs*"' {Addition). Thore gigantea, De Selys. Race : Procera, De Selys. Voici le signalement d'exemplaires du Rio-Negro, communiqués par M. Mac Lachlan : Abdomen o* 45°"" ; Ç 37. Aile inférieure o* 38 ; 9 '^'^' Ptérosligma noirâtre (long de 5"°» ^/j); 45 antccubitales, 65-68 postcubitales aux ailes supérieures. d' Il ne diffère de ceux que j'ai décrits que parce que la base seule des ailes jusqu'au quadrilatère est hyaline, la suite jusqu'à la partie opaque acier irisé (occupant les -/j* apieaux) est d'un blanc laiteux , ce qui tient peut-être à l'âge très-adulte des exemplaires. Ç Absolument semblable aux mâles pour la coloration des ailes (tandis que les femelles que j'ai décrites ont le cinquième terminal hyalin). Cette coloration des ailes de la femelle, sans espace terminal liyaJin, est bien extraordinaire. Peut-être celles que j'ai attibuées à la gigantca et à la procera appartiennent-elles à une autre race? Patrie : Rio-Negro et Rio-Grande ( bassin supérieur de FAnja- zonc). M. Mac Lachlan m'a aussi communiqué de l'Equateur : 1" 7'/«. procera o' jeunes, de taille diverse, ayant l'espace brun terminal eommençant 8 à 12 cellules après le nodus, étant par con- séquent intermédiaires entre le procera et la gigantea. 2° d* et 2 décrits plus haut ($ à couleurs du d"). 5» 9 de la coloration normale. 4» d* jeune très-grand d'une variété (opposée à Ir gigantca), où la partie brune ne commence qu'à mi-chemin environ du nodus au plérostigma, disposition analogue à la picturata et se rapprochant de la Saundcrsii. ( 191) ) Je i^nis (le plus en plus convaincu que la Th. ijif/antcn est un protéc, tant sous le rapport de la taille, que sous celui de la colora- lion des ailes, et que l'on trouvera tous les intermédiaires entre elle, la proccra, la picturata et la Saundcrsii, de sorte que la patrie géné- rale de Tespèce serait : Venezuela — Equateur — Haut Amazone (l'indication de Cayenne étant fort douteuse). Seulement, tous les exemplaires de la vraie gùj nu tca que j'ai reçus juscju'ici sont de l'Equateur (Quito et Chimborozo). Les deux femelles que M. De Ville, consul de Belgique à Quito a bien voulu m'envoyer sont particulièrement typiques et curieuses en ce que le fonds hyalin des ailes est fortement lavé de gris, la bande transversc laiteuse très- marquée arquée (à concavité en dedans), précédée sous le nodus d'une bordure brune opaque et suivie entre le nodus et le ptérosligma par la large bande transverse normale de même couleur. Le bord apical, également gris -brun opaque, commence dès le ptérosligma. Ces fenitlles (que je considère comme typiques de la gigautea de l'Equa- teur) imitent assez bien la Tli. picla, mais chez cette dernière la bande transverse est droite , plus étroite , et le bout comme la base des ailes sont d'un gris brun uniforme. 97*". TiiouE piCTtRATA, De Selys. (Race de Th. Saundersii.) Abdomen o* 37™"; $ 34. Aile inférieure d* 32; § 56. Ptérostigma long de 5""'. Très-analogue pour la coloration aux types de la Saundcrsii. Elle n'en diffère que par la position de la partie apicalc opaque des ailes. La bande blanche opaque commence au premier cinquième do l'es- pace entre le nodus et le ptérostigma, et la partie terminale noirâtre acier avant la moitié du même espace. (Chez la femelle le bout des ailes est hyalin comme chez la Saundersii du même sexe h partir du commencement du ptérostigma.) Il résulte de cette position des espaces opaques (moins éloignée de la base des ailes) que la picturata est en quelque sorte intermé- diaire entre la Satindcrsii et la proccra, comme cette dernière est intermédiaire entre la picturata et la gigantca. ( 500 ) Le o* (jeune) a le plérostigma livide, couvrant environ 20 cel- lules; iO anlécubitalcs et (50 postcubitalcs aux supérieures. La 2 (adulte) a le plérostigma brun-noiràtre; 50 antécubitales et 70 postcubitales aux supérieures. Patrie : Caycnne, d'après l'indication du couple unique reçu de M. Dcyrolle. ( Coll. Selys. ) 97 {Addition). Thore s.iu[idersii? De Selys. o* Abdomen 49™'». Aile inférieure 44. Très-adulte? Plérostigma d'un brun noir (long de 4°""). Exemplaire très-robuste qui, excepté la taille beaucoup plus forte, répond à la diagnose donnée (S*^ additions au Synopsis n" 97 rectifié), si ce n'est que l'espace terminal noir-acier des ailes n'est pas pré- cédé d'une bande laiteuse (qui probablement cbez les Thore dépend de l'âge, à moins qu'elle ne résulte d'autres circonstances inconnues jusqu'ici). Patrie : Equateur. Un seul exemplaire communiqué par M. Mac Lachlan. 97s«( Thore picTA, Ramb. Race? ^QUATORiALis, De Selys. $ Abdomen , 38™™. Aile inférieure 37. o" Inconnu. 9 Diffère des types d'Ega ( Flaut Amazone ) parce que le fond des ailes est lavé de brun roussâtre plus clair et que la bande blanche transverse laiteuse est à peine indiquée , plus rapprochée de la base des ailes, commençant dès le nodus. Elle est arquée, concave en dedans, et nullement bordée de brun. Le ptérostigma, qui est noir à peine marqué de brun au centre (long de 3™"), indique cependant un exemplaire très-adulte. Il ne couvre que 6-8 cellules (11-15 chez les types). Il y a 45 antécubitales aux ailes supérieures. Patrie : République de l'Equateur. Due femelle unique. (Coll. Mac Lachlan.) N. B. Les espèces de Thore sont fort difficiles à déterminer rigou- ( 501 ) rcuscinont. Ce n'est que lorsqu'on aura pu comparer de nombreux exemplaires de localités diverses, qu'on pourra arriver à les bien eonnailrc. Jusque-là il faut bien se borner à signaler avec soin cl séparémenl les diverses formes eonslalées. Réunir ou supprimer main tenant les espèces ou les races décrites serait agir prématuré- ment et d'après de simples présomptions. 98"'. EuTHORE pLAGiATA , De Sclys. (Race A'E.fasciala?) 2 Abdomen 27"'"' j aile inférieure 26. o' Inconnu. Ç Le nodus un peu plus rapprocbé de la base que du plérosligma qui est brun-noirâtre, dilaté, long de a""» '/s, à côté inférieur ayant quatre fois la longueur de l'externe qui est oblique, surmontant 5-6 cellulcsj 2G-28 antécubitales, 52-55 postcubilales aux supé- rieures. Ailes dilatées au milieu, le ticrsbasal des supérieures et le quart des inférieures byalin, un peu sali; vient ensuite une bande transverse l)lanc laiteux, occupant environ le quart médian (commençant six cellules environ avant le nodus et finissant six cellules après) ne louchant pas le bord costal , suivie d'une bande transversc complète aux quatre ailes, noirâtre acier métallique irisé, occupant le tiers environ de l'espace entre le nodus et le ptérostigma, plus large aux ailes inférieures. Le tiers final des ailes hyalin , un peu sali. Corps noir, marqué de brun roux, savoir : une tache aux coins de la bouche, quatre points entre les yeux, cinq lignes de chaque côté du thorax, plus une courte ligne supplémentaire en avant, entre la submédiane et l'humérale; une ligne latérale longitudinale aux l"-5'-' segments, un point basai latéral aux 4-6^ Patrie : Rio-Negro (Amérique équatoriale). Communiquée par M. Mac Lachlan. N. U. .C'est probablement une race de la fasciat'a. Elle diffère toutefois de la seule femelle de celte dernière que je possède par sa Irès-petite taille, par le nombre moindre de nervules costales, par la ( 502 ) bande opaque blanche qui s'clcnd plus près de la base des ailes, et par les supérieures colorées comme les inférieures. Chez la femelle de la fasciata les ailes supérieures sont hyalines, salies, sans bande blanche ni brune, excepté une petite tache brun- clair après le nodus. M. Mac Lachian m'a communiqué un mâle de la fasciata prove- nant de la république de l'Equateur qui est remarquable par sa pclite taille. Chez cet exemplaire la bande transverse, noire, va jusqu'au bout du ptérosligma sans être vers le bord postérieur des ailes plus prolongée que d'ordinaire. 99 [Addilion) Euthore hyamna, De Selys. Chez des mâles très-adultes, reçus de Bogota par M. Mac Lachian , les ailes sont traversées au premier tiers de l'espace entre le nodus et le bout par une raie oblique droite, très-étroite, peu marquée, d'un brun clair. (Coll. Selys.) Sous-genre. — CORA, De Sei.ys {Addition). Les espèces connues se répartissent ainsi qu'il suit : § 1 . Le nodus à la moitié de l'aile , le ptérosligma rétréci à l'extrémité. Côtés du thorax avec trois raies noires. C. brasiliensis , Hagen. — Brésil. C. marina, De Selys. — Mexique. C. alcyone, De Selys. — Bogota. % 2. Le nodus entre la base de l'aile et le bout du ptérosligma dont l'extrémité est rétrécie. Côtés du thorax bleus. C. inca, De Selys. — Quito. C. incana, Hagen. — Venezuela. C. cyane, De Selys. — Venezuela. § 0. Le nodus entre la base de l'aile et l'origine du ptéros- tigma dont l'extrémité est large. Thorax et abdomen noirâtres à lignes olivâtres. C. modesta, De Selys. — Quito. ( 503 ) 100»«'. CORA ALCYONE, Dc Seljs, o" Ahdomen 53""". Aile iiircricure 27. Le iioilus placé à la moitié de l'aile, beaucoup plus éloigne dc la liasc que du plérostiguia, (jui est noirâtre, long de 2 ^j^ à 3""" non dilaté, à côté inférieur surmontant six cellules, ayant di.\ fois la lon- gueur dcrcxtcrnc qui est peu oblique j 50 antécubitales, 25 postcubi- tales aux ailes supérieures; un secteur interposé et le rudiment dun second entre le 1" et le ii"-' du triangle, qui est régulièrement et longuement trifurqué. o* Adulte. Ailes enfumées, lavées de brun clair dans leur seconde moitié. Face bleuâtre, bord de la lèvre supérieure et deux points à sa base roux. Rhinarium noirâtre, milieu du front marqué de noir; (luatres grandes taches cunéiformes d'un bleu verdâtre entre les yeux. Prothorax bleuâtre; sa base et une bande dorsale longitudi- nale croisée par une raie transversale médiane, une humérale , deux latérales et une terminale de chaque côté noires épaisses. Abdomen noir, le dessus des liait premiers segments bleu clair, mais cette couleur interrompue par les articulations qui sont cerclées de noir et échancrée latéralement, un peu avant le bout des segments, par le noir des côtés qui là forme saillie. Pieds noirs , les fémurs pâles à leur base interne. $ Inconnue. Patrie : Bogota. Communiquée par M. Mac Lachlan. (Coll. Selys. ) N. B. Ressemble beaucoup à la C. marina du Mexique par la posi- tion du nodus, mais bien distincte par sa taille beaucoup plus petite, le nombre moindre des secteurs interposés entre les 1" et 2^ du triangle, le ptérostigma plus court, et moins de nervules costales. lOO'^p'. CoRA iiïCA, De Selys. Abdomen o* environ 38™™; $ 32. Aile inférieure o* 32 ; 9 50. Le nodus placé entre la base de l'aile et l'extrémité du ptérostigma qui est roux brun, entre des nervures noires non dilaté, long de S""", à côté inférieur ayant huit ou dix fois la longueur de l'externe, qui est peu oblique, surmontant 0-8 cellules; 35-58 antécubitales, 50-52 ( 504 ) poslcubilalcs aux supérieures ; un secteur interpose entre le i'''' et li; '"I" du liiungle, ce dernier régulicreinenl cl ionguenietil trifunjué. 0"* Jeune. Ailes légèrement laVées de jaunâtre sale à la base et au bord antérieur. Face bleuâtre clair, bord antérieur de la lèvre supérieure et rhi- narium noirs, quatre points orangés entre les yeux. Thorax bleuver- dâtrej suture mésothoracique, un trait épais entre elle et Thumérale, une raie humérale et deux lignes latérales supérieures noires. Abdo- men noir; le milieu du 1"' segment et plus de la moitié basale du 2<= en dessus bleu vcrdàtrc; cette couleur divisée longitudinalement en deux par rareté dorsale 5 un point orangé basai de chaque côté du 5^ ( L'extrémité de l'abdomen manque. } Pieds noirs , intérieur des fémurs pâle à la base. $ Ailes uniformément lavées de brun jaunâtre clair. Face noire; coins de la bouche et joues, un point vertical à la lèvre supérieure, un vestige au nodus et quatre points ronds entre les yeux d'un fauve orangé. Prothorax noirâtre avec deux taches laté- rales et le bord postérieur orangés. Thorax brun en avant , passant à l'olivâtre sur les côtés, avec les sutures noires comme chez le mâle. Abdomen noirâtre, le milieu du l" segment et les côtés du 2'= excepté au bout brun foncé, cette nuance rétrécie postérieurement; les o-6« avec un point basai roux brun, celui du 3" prolongé en ligne latérale. Le 10'' segment légèrement échancré au milieu. Appendices anals coniques épais, noirâtres, un peu plus courts que le 10'^ segment. Pa^ne .-Quito, (o" Coll. Selys, par M. De Ville) République de l'Equateur. (Ç Coll. MacLachlan. ) N. B. Ressemble à la C. cijanc et à Vincana par la coloration et par la position du nodus. Elle en diffère par la taille très-grande , par l'abdomen où le bleu n'existe qu'aux l""- et 2« segments, par le grand nombre de ncrvules costales, par la marque obscure du front plus grande, les quatre taches orangées des dessus de la tête (et par la face du mâle bleue au lieu d'être orangée.) 100'/"'"'. {Addition). Coua modesta, De Selys. Abdomen o" 31'"'»; $ 28. Aile inférieure c/ 26; Ç 23. o" Le nodus placé entre la base et l'origine du ptérostigraa qui est ( 505 ) noir, assez épais, long de 2"""; à côté inférieur ayant cinq fois la lon-^ueiir de l'exlernc ( qui est oblique plus large que cliez les autres esjjèccs), surnioutanl 5-G cellules; 52-53 autécubitales, 2;>-27 posl- cubitaicsaux ailes supérieures; un secteur interposé court et le rudi- ment d'un second entre le i" et le 2<' du triangle, ce dernier réguliè- rement et longuement Irifurqué. Ailes hyalines, légèrement salies au bord costal et à la pointe, un peu plus élargies et arrondies que chez les autres espèces; le quadri- latère ayant le côté inférieur plus long (comme chez la marina) de 5 cellules aux supérieures (de i chez la femelle). Face olivâtre? plus foncée au nasus et au front. Dessus de la tête noir avec quatre petites taches jaunâtres entre les yeux. Prothorax noirâtre avec une tache latérale ovale de chaque côté. Thorax noirâ- tre sur le devant avec une ligne fine de chaque côté contre la suture mésothoracique et une ligne humérale olivâtres? Le reste des côtés noirâtre avec trois raies obliques olivâtres. Abdomen noir ; les côtés du l*"" segment, une bande longitudinale latérale au 2*=, une lunule latérale basalc au 5"^ suivie d'une ligne fine longitudinale olivâtres? ce trait clair existe aussi au bord ventral des i-l" segments. Pieds noirs, intérieur des fémurs clair à la base. 9 (Voir aux secondes additions au Synopsis n» 100''""". ) Patrie : Bogota. Un couple unique. (Coll. Selys. ) A^. B. Quoique le mâle soit plus grand que la femelle décrite pré- cédemment , je Vy rapporte parce qu'il présente la même coloration et les mêmes dessins, notamment les quatre points du vertex, les deux lignes dorsales contre la suture mésothoracique ainsi que celles des côtés du thorax, enfin la coloration des trois prnnicrs scg^ncnls de l'abdomen, en quoi cette espèce diffère des autres Cora, pour se rap- procher des Thorc. Elle se sépare encore de ses congénères par le côté externe du ptérosigma plus haut, non rétréci, les ailes un peu moins étroites et lo nodus placé un peu plus près de leur base. 2"* SÉRIE, TOME XXXV. 35 ( 506 NOTE. Dans les archives de VViegmann, vol XXXV, p. 222, M. Gerstaeker (Bei- Irage zur Insekl. Fauna von Zanzibar) a publié la diagnose d'une nou- velle espèce de Libellayo. LiBELLAGO AMBIGUA, Gcrstaeker, 2 Longueur totale 28™»i; ailes 25; ptérostigma 2 '/g. Ailes lavées de jaunâtre; plérosligma teslacé bordé de brun Deux stries au 8-^ segment et trois taches subapicales au d<' ferrugi- neuses. L'intérieur de tous les tibias et la base des fémurs postérieurs en dedans testacés. Pairie : un exemplaire unique pris en octobre 1862 à Mbarama. A^ B. N'ayant pas vu le type, je n'ose pour le moment énumérer la L. amhigua parmi les espèces du Synopsis, attendu que rien, dans la diagnose très-courte qui en est donnée, ne s'oppose à ce qu'elle soit iden- tique avec la femelle de la D. caligata (Syn. n" 75) qui habite les mêmes contrées. Il est donc prudent d'attendre un examen ou une description plus complète et comparative avant de l'admettre comme espèce distincte. ( 507 ) LISTE des Culoplérygines dêcrih'S dans le Synopsis cl ses Irois Additions. Mai 1873. On trouve à chacune des colonnes qui suivent le nom des espèces , rindicatioii du Synopsis cl des Additions avec le numéro d'ordre sous lequel les espèces sont décrites. Lorsque aucune mention du sexe n'est inscrite, c'est que les deux sexes ont clé signalés. Le signe d'interrogation ajouté au nom de certaines races ou va- riétés doit être interprété d'une façon assez large. Quelquefois il si- gnifie que la valeur de la race est contestable, et n'a peut-être que celle d'une variété accidentelle, comme pour les races mitu/relica et laurica de la Calopleryx spicndcns. D'autre fois, comme pour la race japonica de la Calopleryx viryo, le signe interrogatif veut dire que la race pré- sumée pourrait bien être une bonne espèce. Dans la plupart des cas cette incertitude tient au petit nombre d'exemplaires qu'on a pu exa- miner, et disparaîtra lorsqu'on aura sous les yeux des séries abon- dantes. Dans le tableau suivant on trouve le résume de la classification qui n'a subi depuis mes premiers travaux que de forts légères modifica- tion , ce sont i" l'élévation au rang de grands genres des /Jnisopbora et des Epallayc; 2" la création du sous-genre liayuderu, déjà présentée anciennement pour YEptdhuje indien ; 3° la réunion en un seul des deux genres Ilvliocharis et Dielerias, réduits ainsi au rang de sous- genres; i» l'établissement du sous-genre Pso/ot/es//tMs Mac Lacblan, dans le grand genre Echo. ( 508 ) dj^ ^,B>- «5 C -^ = £ <= °^ S H <=> '^a M „ ' - a 22 X -; o a w 0. 5 X o CQUi "SI ~ o ce j ' a> I jsc -r^S^M ■r«'S< J td O - J « M < -« O H « W X 3 © V. t; n ^ V3 c« ^ !5 S e < m B9 ,x j:? a> z z > ^ ^ ^ ^ ^ saKiMAuc'ixdonivj L ( 509 ) SYNOPSIS. ADDITIONS. ADDITIONS. 3 me. ADDITIONS. Ire DIVISION, fulopt^rjrglnes r^euKèrcK. Section I. — planibases. 1^<- Lésion.— CALOPTERYX. Genre /.— calopteryx, Leach. S.-C. /. — sYLPHis, Hagen. 1 9 2 o' 2. anguslipcnnis, dc sciys S.- G. 2.— CALOPTERYX, Lcach. ô 4 5 Vircinica wesiw G 6.Î Race de splendens ??. 8 7.1 { Race de splendens ??. 9 1 Var. ancilla, uagen Id. 8. (Race? 3/m(/rehca, Deseiys. 9 cf /Race? Taurica, oeseiys... Id. l Race: xanthostoma , charp . . Id. / virgo, L 10 1 Race : meridionalis. dc seiys . Id. 1 Race : fcstiva , dtuw Id. ' Race ? Japonica, dc seiys. . jQbis.g» ( 3»^^ ) SYNOPSIS. ADDITIONS. 2mis ADDITIONS. 3mcs ADDITIONS. ( lucmorrhoidalis , v. d. und. . n 10. ( Race : papijreli , zciicr kl. 11. maculala, Oeauvoir r> 12. cornelia, ocseiys 12 o' 12 9 /alrata, dc seijs 1-5 13. (smaragdina, De sciys («. ncUf). 1o 14. grandatva , nagen \4 S.'G. 5. — MATRONA, De Selys. 15. basilaris , De scijs 16 Genre II. — écho, De Selys. S.-G. 1. — CLEis, De Selys. 23 o' 23 9 17. longisligma, De Selys 2 1 bis g- S.-G. 2. — sAPuo, De Selys. 18. ciliala , Fab 22 22bis 19. Ol'ichalcea , Mac lachl 20. biCOlor, De Selys 21 S.-G. 3. — MNAis, De Selys. / pruinosa, dc seiys 20 cf ) Race ? COSlaliS, De Selys 20 bis. ^r 21./ j Race ? slrigala, De sciys .... 19 [RsiCelAndersoni, Mactachi.. IQbis.g» ( su ) S.-r;. i. - ECHO, De Selys. SYNOPSIS. AllIIlTIONS. 2...C. AUDITIONS. 3""» ADDITIONS. 22. Mar},'arila, dc sciys 18 2 i'.-G.i'.— rsoLODESMCSjMacLachl. 25. mandarinus , Mac Lmiii 18i,is.ç Genre lll. — phaos, Do Sclys. S -G. '/. — l'ii.voN, DeSelys. 1 iridipennis , nurm 24. ( Var. fuligiiiosa, iiagen 24 o* id. 9 S.-G. 4. — NEVROBAsis, De Sclys. ( Chinensis , i 17 Id. 17i,is. 23. (Race? florida, nagcn 26 Kaiipii , Oraucr 17'"- Genre 7^.— vestai-is, De Selys. 27. Melania, De seiys 26bis. 28. lUClUOSa , Bumi 25 29. graCilis , Hagen 27 50 amcena , iiagcn 26 26 Genre V. — het£Rina, Hagen. S.-G. LAïs, Hagen. 28 55''''- 55. smaragdina, dc seiys Ogbis. 29 29 1 ( S12 ) 55. 56. 37. 58. 59. 40. S. 41. 42. 45. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 55. 54. CUprCea, De Selys HaUXWelli, Dc Selys melallica , De seiys hyalma, iiagen pruinosa, Hagcn pudica, Hagcn -G. — BET^RiNA, Hagen. duplex , De Selys SimpIeX , De Sclys Race? perplex, De seiys. . sanguinea, ocseiys l'OSea , De Selys Caja, Drury dominula, nagen donna, De Selys auripennis, cunn hebe , De Sclys . sanguinolenla , nagen mOrlUa , Hagen sepientrionalis , De seiys. . ISDSa , Hagen carnifex, Hagen Var : fulgens,De seiys Race? lomjipes , Hagen. . . . Race ? proxima , De sciys . 50 o* 51 55 54 55 56 57 58 59 40 41 42 45 44 46 Id. 45 47 ADDITIONS. 50$ 30>'is- ^ 51bi5. 341er. ÔibiS. Q» ADDITIONS. 50bis. 2 59 2 36ler. 46 ( SI.' ) 55. 50. 57. 58. 59. 60. 61. 6-2. 65. 6-i. 65. cruonlala , uami Var. Drasilicnsis, De seiys.. vulncraia, nagen basalis, say Var.? scelerata, wauii . . . Race? Californica , uagcn . Amcricana, pab Var. pseudoamericana,\\a\s\\- Aberration Texana, wauh. moril)uiida , uagcn triCOlor, Burm linibata, De Selys Var. Rupamnensis, v/a\sh.. , Var.? Rupinsulensis,\\ù\sh lilia, Drury Race? biparlita, dc sciys . OCCisa , Ilagen I Var.? albistigtna , iiagen.. , .Var. macropus, dc seiys. . . fVar. fieterosticta, Desciys , Var. asiicta. De seiys sempronia, uagm BrightWelli, Kirby 48 Id. 19 50 51 52 52 d" 55 55 Id. 9 54 55 56 o' 57 ADDITIONS. 2mri ADDITIONS. 5mc. ADDITIONS. 50bis 49bis. Q» 50'"' 50 50 d" cjqbis. O 5.2bis. 5-2bis. ^ 4(jLii. 2 50 55 0" 55 54 55 55 56 d" I ( 5i4 ) SYNOPSIS. ADDITIONS. 2 mes ADDITIONS. 3mcs ADDITIONS. (majUSCUla, De Selys 66. j ( Race? capilalis, De sciys. . . 58 o" Sgbis. 67. Borchgravii, De Selys 57bis.5 Genre VI. — caliph^a, Hagen. 68. COnfusa , Uagen 27bis. g. 2-= Légion. — EUPH^.4. Genre F//.— epallagk, Charp. S.-G. 1. — BAVADERA, De SclyS. • 69. Indica , Oe Selys 60 o" S.-G. 2. — EPALLAGE , Charp. 1 fatinie, charp.. . , 70. ( Race Analolica, dc seiys 61 61 61 Genre VIII. — anisoplevra , De Selys. 71. leSlOideS , De Selys 59 Genre IX.—evpbjea, de Selys. S.-G. 1. — EUPH^A, De Selys. 72. dispar, r 62 62bis. 62"=''- o" 75. 5 ( Race? i7iœquipar,i)e seiys . . (32quart.Q» (32seil. ^ 74. ( WùCcI SUbcOStahs, De Selys . . 75 decorala , uagen 63 o* ' ( 515 ) 76. t'oriUOSa, Hapcn 77. Cdllipar, Slac Laclil 78. ocliracea , dc sciys 79. aspasia , dc seiys 80. variegala , Ramb 81 . SpICntlenS, Uagen 82. Guerini , Ramb 85. refiilgons, De seijs 81. OpaCa , dc Selys S.-G. 2. — DYSPH.EA, De Sely.s. (limidiala, dc sciys Race? lugens, De sciys Race ? setnilimbatn , De sciys. Race ? limbnta , oe seiys Genre X.— dictebias, De Seiys. S.-G. /.-HELiocHARis, De Seiys. i Amazona, De seiys 80. ) Race ? libéra , dc seiys. . . ( (Dicleriasprocera?)Hascn. . 87. lîrasiliensis , lUBen S.-G. 2. — DicTERi.\s, De Seiys. 88. atrosanguinea , oaie Genre A7.-A»isoi«EVRA,De Seiys. 89. nioiitana , iiagcn 85. 01 6o d" 06 d" 08 n' 07 o' 09 o' 70 i^- 75bis. ( sn ) SYNOPSIS. ADDITIONS. ADDITIONS. Jme» ADDITIONS. 10-2. Irifasciata, Desciys 81 lOÔ. unimaculata, œ sdj/ 82 104. trimaculala, oesciys 83 o* 105 84 o" fencstrala , Burm 8G lOG. Var.vitrella, Ramb Var. infumata , Ramb Id. Id. 107. bisignata uageo 83 a* 108. biseriala, oesciys Race? biforaltty dc seiys. . . a 86»"»- 86'"- 109. pcrforala , percheron 87 o" 87 9 110. terminata , De sciys 87bi5. m. exiniia, Mac uchi 89'"«- o" 1 112. 1 iiumeralis, oeseiys ( Race d'eximia? ggquiDt. Q« 113. COlOrata Hagen 89''"- o' sg»"' O* 114. 115. 89 89 C3" 89 0" 89quint. fronlalis, oeseiys 116. semitincla, Deseiys 89'"- 89ter. 117. CUCUllala, De Selys 87ier. 118. heierostigma, namb 88 119. peiiolaia, De sciys 88bis. ç 120. 1 ggquart. Ç (518) SYNOPSIS. ADDITIONS. 2mes ADDITIONS. 5 mes ADDITIONS. Geure XI V. — micromercs, Hamb. 121. bisignalUS, Mac tachl gjLis.^ 1 22, finalis , Hagen . ggquint. Q« 123. lill6alUS, Burm 91 gOnuart. o« 91 gOsept. o'< 124. aurantiacus, De stiys 125. xanlhocyanus, De sciys 75bis. 126. blandus, Hogen 90 ( sliginalizaus , dc sciys 127. j 90'"- o' ( Race? StiCiiCUS, De Selys. . . gOscxt. g» 128. hyalinus, De seiys gObis. ■ 2« DIVISION. Caloptérygincs irrégulières. 5" Légion. -THORB, Hag. Getire XV. — thore, Hagen. S.-G. 1. — Chalcopteryx, De Selys. 129. rulilans, Rami> 94 94 150. SCinlillanS, Mac Lachl 94<"- o" S.-G. 2. — THORE, Hagen. 131. Victoria, Mac Lachl. ...... . 94»"'- o* g4bis. ç / gigantea , dc sciys 95 a* 95 9 95 1 32. < Race : procera , De seiys. . . ggbis 95bis. iRac efpicturala,ut seiys.. . ' 97bis. ( ^^^ } SYNOPSIS. ADDlTIOiNS. ADDITIONS. 3 mes ADDITIONS. 133. Saundcrsii , dc seiys. 97 97 97 picla, nonib 9G o" 90 Ç loi./ Race? vittala, dc sciys OG»-'»- d" \^Race? aequatorialis , De s«iys •• 9Gs«t. ç ( Balesi De Sclys 96'" 135. j (Race?inœqfuato,Dc seiys.. 0&'"- d" 136. bcala, MacLachI ggquint. S.-G. 3. — EUTHORE, De Seljs 1 faSCiala Hagen 98 98 137. ( Race? plagiata, dc seiys.. . 98i.is. 2 138. fasligiaia , De seiys 99'>is- o' OO""*- o* 139. hyaliiia, De sciys 99 o' 99 9 99 o* S.-G. i. — coRA , De Seiys. 140. Brasilieiisis, Hagen lOC'ii' 141. marina, De Seiys 100'"- a* 142. alcyone, Deseiys lOO*"'- o' lOOsep'- cyane , dc seiys 144. 100 (f 100 o* ( Race? incana-, iiagen I00i""'a» 145. mOlleSla , De Selys lOOiuin'Ç lOOluint-a' ( S20 ) Sîir un nouveau procédé pour soustraire les boussoles marines à Vinfluence du fer et de l'acier qui entrent dans la construction et le chargement des navires (fin) ; par M. Gloesener, membre de l'Académie. Ma boussole-étalon est fixée sur le beaupré au moyen d'une allonge, c'est-à-dire qu'elle est fixée sur une allonge attachée solidement au beaupré à la distance qu'on aura préalablement reconnue suffisante pour qu'elle ne soit plus influencée sensiblement par les substances ferrugi- neuses du navire, ainsi que nous l'avons vu dans la pre- mière partie de cette notice. Le beaupré fait avec l'horizon un angle d'environ cinq degrés, il est un peu plus relevé vers son extrémité à laquelle l'allonge qui porte la boussole est adaptée. Un observateur placé avec une longue vue sur le petit pont, dit passerelle, élevé de 2 à âVg mètres au-dessus du plancher supérieur du navire, pourra facilement voir la boussole et lire la déviation de l'aiguille, sans emploi de miroir incliné de 45 degrés; mais je pense qu'il serait plus utile d'en adapter un sur le contour de la boussole, peu élevé, léger et de forme telle que l'on pourrait voir la dévia- tion de l'aiguille dans toutes ses positions. L'observateur au- rait de cette manière deux moyens de connaître la marche de l'aiguille de la boussole, et de comparer ensuite ses indications avec celles des autres boussoles que les marins consultent continuellement, mais qui sont soumises aux perturbations que l'influence des fers peut produire sur elle. Ce n'est que par la comparaison dont il est question ici que le capitaine pourra s'assurer de la bonne route qu'il ( 321 ) devra (loniior à son navire. On conçoit que si une forte lem|)èle est imminente, le capitaine devra donner ordre (le retirer l'allonge avec la boussole , et de la Taire remettre en place aussitôt que la tempête sera passée. Maintenant trois questions restent à résoudre, à savoir: 1" Comment peut-on reconnaître si la boussole-élalon a perdu de sou magnétisme sans qu'on la déplace? 2° Comment reconnaît-on que la foudre, une aurore boréale ou une cause quelconque a renversé ses pôles; 5" Comment rétablira-t-on ses pôles naturels sans en- lever la boussole pour la réaimanler? Pour résoudre la première question, j'entourerai la bous- sole à l'extérieur, c'est-à-dire sa boîte, de 50à40mèlresde til de cuivre isolé parallèlement à la ligne de foi, je sépare- rai ce fil en deux faisceaux parallèles entre lesquels je lais- serai un espace vide afin que l'on puisse voir facilement l'ai- guille; cela fait, je conduirai un fort courant électrique dans le lil, je ferai osciller l'aiguille en interrompant et rétablissant le courant, en comptant le nombre d'oscilla- tions effectuées dans un temps donné, et je comparerai ce nombre à celui qu'elle produira pendant le même temps quand elle sera en bon état. Pour réaimanter l'aiguille sur place, je conduirai un courant très-intense par le fil conducteur dans le sens qu'il fera dévier, d'après la rèq,\e (ï Ampère , le pôle boréal marqué par la lettre JS vers la gauche du courant per- sonnifié. Pour redresser les pôles de l'aiguille renversés sans la retirer, on conduira le courant très-intense de manière que le pôle boréal dû au fluide austral se trouve à gauche et le pôle S. dû au fluide boréal à droite du courant per- sonnifié. "2""'' SÉRIE , TOME XXXV. 34 ( 522 ) Pour reconnaître à distance si les pôh's sont renversés, on lixcra une lamelle m d'aluminium d'un ou de deux centimètres de longueur à angle droit sur la moitié de l'aiguille qui regarde par son pôle N. le nord, et l'on sup- pose que l'observateur tourne le dos au pôle j)Ositirde la pile d'où sort le courant qui parcourt le fil conducteur enroulé sur la boussole, et qu'il regarde toujours de la même position la boussole placée devant lui. Si dans la position naturelle (ordinaire) la lame m se trouve à droite de l'observateur, cette lame se trouvera à gauche aussilôt que les pôles seront renversés. Ce moyen est très-simple. La question des boussoles marines (ou des compas) préoccupe vivement les marines des différentes nations; son importance se mesure d'après la gravité ûe^ accidents qu'elles ont pour but d'éviter; aussi des savants illustres se sont occupés de la question des boussoles marines, et cependant elle n'est pas encore résolue à beaucoup près. L'appareil de Barlow , appelé plateau correcteur, pour le- quel son auteur a reçu un prix par la Société royale de Londres, a été reconnu impraticable. Les compensateurs de M. Airy n'ont pas été admis. Les longs et savants calculs de M. Poisson n'ont conduit à aucun résultat. Les calculs de M. Schmith ont eu le même sort. Le compas de déviations à double aiguille de M. Dubois, professeur de navigation à Brest , est basé sur les actions magnétiques qu'une grande aiguille, le magnétisme ter- restre et toutes les matières ferrugineuses du navire déve- loppent à un moment donné sur une petite aiguille placée exactement au-dessus de la grande à une très-faible dis- tance. La théorie de M. Dubois publiée en 4861 n'a pas, que je sache , produit de résultat. ( ^^ ) M. Fayo plonge au moyen d'une poiilrelle frès-Ionguc la houssolc licrméliqucmcnt fermée dans la mer à une assez grande profondenr; il indlipie nn moyen de lixer l'aiguille eu la rendant iunnobile, de la retirer ensuite et d'en observer la déviation. Mais celle opération, supposée possible, ne peut être admise, attendu que l'aiguille est conslainnient agitée par la mer et qu'il est impossible de reconnailre l'angle que fait l'aiguille avec l'axe du navire au moment où elle a été rendue immobile. Aucun des moyens proposés n'a été adopté. De plus, la déviation de l'aiguille, variant avec les latitudes magné- tiques, exigerait cbaque fois de nouveaux calculs et ne serait guère praticable. La métbode que je propose n'exige aucun calcul ni aucune bypotbèse. Les marins sont des bommcs routi- niers; trouveront-ils ma métbode d'observation meilleure? L'expérience le décidera. Sur lea acélonilriles chlorés; par M. L. Bisscbopinck, préparateur au laboratoire de chimie générale de TUni- versité de Louvain. Dans le cours de son travail sur le nitrile de Vacide clhyl- fjh/cnlUfpie {C.iU-,0) CIL, — CA" (1), M.- L. Henry fait remarquer combien il est étrange et contraire aux |)révi- sions fondées sur les analogies, que ce produit soit moins il) finlletins de l'Académie royale de Belgique, mars IHT.î; t. XXXV. 1).211. ( 524 ) volatil que son correspondant acide, le cijauoformiate (VétJujlc. ) I Éb, loi"- 13a" Éb. Ho°-llG» Il signale également comme non moins surprenant, le point d'ébullition (81°) attribué par MM. Dumas et Le- blanc (1) à Tacélonitrile trichloré CC/5— CAc, alors que l'acétonitrile lui-même CH3 — CAz bout à peu près à la môme température (82" Arm. Gautier) (2). Les trois acé- tonitriles cblorés constituent une série de cbloruration régulière et complète. Il élait intéressant, au point de vue des relations de propriétés des produits de substitution avec le produit primitif, d'examiner avec attention ces corps. J'en ai repris l'étude à l'invitation de M. Henry et sous sa direction. C'est le résultat de mes recherches sur ce sujet que j'ai l'honneur de présenter à l'Académie. Les acétonitriles chlorés sont des produits encore fort peu connus et peu étudiés. Depuis l'époque déjà assez ancienne — en 1847 — où MM. Dumas et Leblanc ont fait connaître l'acétonitrile tri- chloré, je ne sache pas que l'on y soit revenu de nouveau. M. Engler s'est occupé incidemment de l'acétonitrile mo- nochloré dans le cours de ses études sur les nitriles; ce qu'il dit de ce produit est fort inconq^let (5). Quant à l'acé- tonitrile dichloré, c'est un corps totalement inconnu (1) Comptes rendus; t. XXV, p. 585. (2) Bulletins de la Société chimique de Paris; U IX, p. 2. (3) Annaleu der Cheniie und Pharmacie, t. CXLIX, p. 304. ( :i25 ) J'ai préparé CCS composes siiivanl la inélliodc ordinaire, parla dcsliydralalioii dos ainidcscofrcspondaiilcs: nionOfbi cl lric/ilo>(Hic('taini(lc,-d Vnnïv de ranliydridc pliosplioiiipie. On distille dans une pelilc coiiuic, |)longéc dans nn haiii de sable, le mélange des deux corj)s à niolécules égales. La réaction est assez nette; une l'ailjle partie seulement de l'amide employée se charbonne, en dégageant des vapeurs d'acide chlorhydrique. Sans être théorique, le rendement de l'opération est avantageux. Le produit est eoniplélement incolore. On le débarrasse de l'acide IIC/, en le laissant en contact, j)endant quelque temps, avec de petits fragments de carbonate potassique calciné; une ou deux rectilica- lions sutlisent pour lui enlever la petite quantité d'amide qu'il ren Terme. Les trois acéto-nilriles chlorés constituent des produits extérieurement fort analogues; ce sont des liquides inco- lores, d'une odeur piquante, irritant fortement les yeux , volatils sans décomposition. Ils sont insolubles dans l'eau, au fond de laquelle ils tombent, insolubles dans les solu- tions des alcalis libres et carbonates, solubles dans l'alcool et l'étlier. Ils partagent les propriétés ordinaires des nitriles; ils se combinent avec l'acide HBr gazeux, en donnant des produits solides cristallins, insolubles dans l'éther anhydre et que l'eau dédouble immédiatement en régénérant les produits primitifs. Chauffés avec les acides minéraux étendus, notamment avec lie/, ils se transforment, par hydratation, en leurs acides correspondants, avec formation d'ammoniaque. Les alcalis en solution se comportent de même. Vacélonihile monocfilor€Cll.iCl—C\z bout à 1 23°— i 24° sous la pression de 756""". Sa densité à l'état liquide est à *i ( 526 ) ll'',^ égale à 1,!204, La densité de sa vapeur a été trouvée égale à !2,G2 (air =1); la densité calculée est 2,60. Cette densité a été déterminée à l'aide de l'appareil si éminemment [iratique et aujourd'hui si généralement em- ployé dans les laboratoires de M. Holmann. Voici les don- nées numériques de cette expérience : Substance employée .... 0,07S3 gr. Volume de h vapeur. . . . 95,4 c. c. Température 100» Pression barométrique . . . 752"' Colonne mercurielle soulevée. 512"' I/aualyse de ce corps a donné les résultats suivants : I. 0,o718 gr. de substance ont l'ourni 1,1108 gr. de chloroplatinalc d'ammoniaque (1). II. 0,4074 gr. de substance ont fourni 1,2162 gr. de chloroplatinate d'ammoniaque. III. 0,2462 gr. de substance ont fourni 0,4712 gr. de chlorure d'argent. IV. 0,2558 gr. de substance ont fourni 0,4516 gr. de chlorure d'argent. C1I„C/-CAS CALCULK. 0^ = 24 » H2= 2 .. » » C/ = 55,5 47,65 o/o 47,51 «/o 47,65 «/o Az=14 18,55''/„ 18,760/o 18,740/o 75,5 (1) Ces dosages d'azote ont été faits d'après la méthode indiquée par M. L. Honry dans sa notice sur le nitrile de l'acide élhylglycolli(iue. J'ai ciiantle le nitrile avec de l'acide HC/ moyennement étendu en tube scellé , pendant quelques heures , vers 100". ( 527 ) Vacétunitrile bk/iluré CUCli — C\z bout à II^"— 113" sous la pression de 7o0"'"'. Sa densilé à l'étal liquide est égale, à la lempéralure de ll",i, à 1,37 4. Sa densité de vapeur a été trouvée égale à 5,8:2; la densilé calculée est 5,80. Substance employée . . Volume de la vapeur. . Température .... Pression barométri(iue . Colonne mercurielle soulev 0,0863 gr. 88,5 c. c. 100" 750miu 380°"» I/anaiyse de ce corps a fourni les nombres suivants : I. 0,7048 gr. de substance ont fourni 1,-4712 gr. de cblo- roplalinate d'ammoniaque. II. 0,50752 gr. de substance ont fourni 1,0718 gr. de chloplatinale d'ammoniaque. III. 0,2004 gr. de substance ont fourni 0,51244 gr. de cblorure d'argent. IV. 0,2466 gr. de substance ont fourni 0,6452 gr. de chlorure d'argent. CIIC/,-CAZ CALCULÉ. H. C2 = "24 » H = 1 - C/,= 71 64,54 «;., 64,66 7o 64,56 "/„ A- =14 12,72 "o 13,09 •/„ 13,30 «/o 110 Uacélonitrile trichloré CC/3— CAc bout à 83"— 84Vsous la pression de 759'"'". Sa densilé à l'état liquide est, à 12°,2, '( 528 ) égale à 1,459. La densité de vapeur a été trouvée égale à 5,05; la densité calculée est égale à 4,99. Substance employée . . . . 0,0913 gr. Volume (Je la vapeur. . . . 81,2 ce. Température 100" Pression barométrique . . . 747""» Colonne mercurielle soulevée; . 575"'"» L'analyse de ce produit a donné les résultats suivants : \. 0,5082 gr. de substance ont l'ourni 0,7814 gr. chlo- roplatinate d'ammoniaque. II. 0,7650 gr.de substance ont fourni 1,176 gr. chlo- roplalinale d'ammoniaque. III. 0,1974 gr. de substance ont fourni 0,5954 gr. chlo- rure d'argent. IV. 0,1926 gr. de substance ont fourni 0,5702 gr. chlo- rure d'argent. CC/.-CAs CALCULÉ. TROUVÉ. ~ ^L n. C,= 24 » « 0/3=106,5 70,70 «/o 75,61 »/o 75,21 «.'o A== U 9,68 "/o 9,60 «/o 9,64 7„ 144,5 L'acétonitrile trichloré renferme, soudés ensemble, les deux groupements équivalents CAz et CCl^. M. Hofmann a fait voir avec quelle facilité le groupement CC/3 dans le chloroforme CC/,-,H se transforme en CXz; la même réac- tion s'effectuant sur l'acétonitrile trichloré devrait changer ce corps en cyanogène Ckz — CXz. J'ai chauffé, dans ce but, CC/5— CAr en tube scellé, avec de l'ammoniaque en solution alcoolique, vers 100% pendant quelques heures. (CAS — CC/3) + Hs^^^ = (CAS - CAS) + 3HC/ ( 529 ) mais la lùaclion ne s'est pas opérée dans le sens indiqué, il ne s'csl formé, ni chloiliydrale (rammonia(pi<', ni cya- nogène,mais seulement de racélamide irichlorée CC/5 — CO (lU \z). Le tableau suivant résume les propriétés de ces corps et celles de l'acétonitrile : FORMULE. VOIOS moléculaires. DEMSITÉ .le Tapeur. à l'ctal liquide. POI.>T (l'ébullitioii. CHs-CAr. -Il l,45(deiis.) 0,79 81»-82" CHjG/-CA; 75,5 2,60 1,204 125°- 124» CHC/,-CA= 110 5,8 1,574 1120.1150 1 CC/j-CAs 144,5 4,99 1,459 85° -84'' On voit que si les densités à l'état de vapeur et à l'état liquide croissent d'une manière régulière, à mesure que s'élève le poids atomique, il n'en est pas de même de la volatilité. Ces chiffres ont même lieu d'étonner. Les points d'ébullition indiqués sont ceux constatés pendant la distillation même; aucun n'est corrigé, il im- porte de faire remarquer qu'ils sont néanmoins compara- bles; ils ont été déterminés sous des pressions à peu près identiques, à l'aide d'un même thermomètre, fort sensible, construit par M. le D' H. Geissler de Bonn; la distillation se faisait de plus dans de petits ballons de même calibre à peu près. Amktes. — Les acétamides chlorées qui m'ont servi à faire ces nitriles, ont été obtenues par la réaction des chlo- roacétates d'éthyle sur l'ammoniaque en solution aqueuse, à la température ordinaire. ( 530 ) C'est là un exccllcnl et le meilleur mode de préparation pour ces produits. La réaction s'opère en quelques jouis et donne un pro- duit d'une pureté absolue, cristallisant en prismes ou en aiguilles, d'une blancheur parfaite. Ces amides sont peu solubles dans l'eau à froid, d'autant moins qu'elles sont plus fortement chlorées. La monochloracétamide CH2C/ — C0(H.2Ar) se fond à HQ" (1); elle bout en se décomposant partiellement à 224"— SaS'* sous la pression de 745'"™. La dkhloracétamide (2)CHC/.~C0(ÏL2 Az) fond à 96° (5) et distille sans décomposition à 255' — 234" sous la pres- sion de 745""". La trichloracélamide CC/r,— C0(H2 A^^jse fond à 136° et bout à 258° —259" sous une pression de 746"'"^. Le tableau suivant résume les propriétés de ces amides et celles de l'acétamide elle-même ; FORMULE. POIDS moléculaires. FUSIOX. ÉIÎULLITION. CHg-CO(H2.4z) 59 78" 221" - 222° CH3rj-C0(H24s) 93,5 116" 22-1» - 223° CH2C;-C0(H2A; 128 96° Sôô» - 254" CG/j-COtHaA;) 162,5 136» 258» -239° (1) M. Menschutkin indique 119°5 el 116° pour le point de congélation. {Zeilschrift fur Chemie, t. VII, p. 5; 1871.) (2) J'ai préparé le dichloracétate d'élhyle qui m'a servi à obtenir celle amide en suivant la méthode indiquée par M. Wallach : Berichte der Deuliichen chemischen Gesellschafl, t. VI, p. IM; 1873. (3) MM. Fischer et Geuther indiquent 94°5. (Jaliresbericht, etc.; p. 317; 1864.) ( o5l ) Toutes CCS dctcrminations de points de l'usioii et d'éhiil- lilioii Cl, CHC/. et C C/3, suivant qu'au grou- pement CH3, qui subit le fait de la substitution, se trouve joint, soit un groupement hydrocarboné tel que CH3 lui- même, soit les groupements dérivés CH^ HO, COHO, COn^Az, CO-C/, CXz, etc. L'influence de la substitution du chlore à l'hydrogène se fait sentir d'une manière régulière et constante , dans les dérivés, ou au groupement CH3 qui subit la substitution, se trouve accolé un groupement hydrocarboné lui-même, par conséquent exclusivement positif. CH3-CH3 p. m. ôO gaz dificile à condenser. CHs-CH^C/ id. 64,5 liquide. Éb. 11". CHs-CHjC/^ id. 99 id. Id. 60°. CH3-CC/3 id. 155,3 id. Id. "S". On observe des rapports analogues, dans le groupe (u-omatiqiie, entre les dérivés chlorés du toluène CyHg, ou méthyl-benzine CHti-CHj. CgHs-CH. p m. 9-2 liquide. Éb. Ht». CfiHs-CHjC/ id. I26,.j id. Id. 176». CUH5-CHC/5 id. 161 id. Id. 205". C,ul-CA\CL^ id. 193,3 id- Id. 2U". ( 535 ) Lo voisinage d'un groupcmoni nôgalilapporlo une ino- (lilicalion profonde dans les rapports de volalililé des déri- vés de siihsliliilion. Les dérivés vionoc/ilorés sont, si l'on peut s'exprimer ainsi, normaux; entre le composé primi- tif et ces dérivés monochlorés, il y a en elfel un écart considérable quant à la volatilité; mais il n'en est pas de même entre ces dérivés et les dérivés bi et trichlorùa cor- respondants, qui sont à peu de chose près, également vola- tils. C'est ce qui se vérifie d'une manière saisissante pour les acides acétiques chlorés, les amides chloro-acétiques, les chlorures d'acétyle chloré, les acétones clilorées, etc. HOCO-CHj Kl) 118- fus. 17". (aUsO) CO-CH^ Kh. 74 •. Id -CH,C/ lil. 185" ici. 6-J". Id. -CHjC/ Id. 143". Id -CHC/, Id. 195" id. Id. -CHC/, • Id. 156". Id. -CC/j Id. 19o"-200"id. ri-2"(') Id. -CC/. Id. 164». HOCO-CH. El). 11 S" C/CO-CHj Éb. 55". Id -CHjBr Id. 208' Id -CH^C/ Id 10.")". Id. -CHB/'j Id. 2-25»-25l)" Id. -CHC/^ Id. kl. -CBr. Id. 215" Id. -CC/j Id. 118». HjAzCO-CHs Ëb. 221" fus. 78» OCH-CH3 Kb 21» Id. -CHjC/ Id. 224" id. 116" Id. -CH^C/ Id. Id. -CHC/j Id. 250» id. 96" Id. -CHC/^ Id. 88». Id. -CCI. Id. 258" id. 15C" Id. -CC/, Id. 96". CHs-CO-CHs Éb. 56». Id. -CH,C/ Id. 118'. Id. -CHC/j Id. 118". Alors qu'il s'agit de dérives nitriliqucs, renfermant le groupement CAc, ce fait devient encore plus frappant et c'est ce qui m'amène à formuler la seconde remarque que (I) A. Cleimont , Comptes rendus, l. LXXIII, p. 112. ( 556 ) j'ai aujourd'hui en vue : c'est que le voisinage d'un radical ou chaînon carboné nèrjalif, exerce une influence jMiissante sur la volatilité des composés nilriliques, cyanogènes, volatilité que ce voisinage augmente considérablement. Voici quelques exemples bien remarquables de ce fait : HCAc est liquide et bout à 26"; C/CAs est liquide et bout à 15" ; CAc-CAc est gazeux et bout à -21°. Le nilrile propionique CH^-CH^j-CAs est un liquide bouillant à 96". Le cyanure d'acétyle, produit négatif cor- respondant à CH--CO-CA- est également liquide et bout à 93°. Cet exemple me paraît tout spécialement concluant. Notons que le propane C3 Hg ou CHj-CHa- CH5 constitue un gaz difficilement condensable et que V acétone, son dé- rivé oxygéné CH3-CO-CH5, constitue un- liquide bouil- lant à 55°. Remarquons de plus qu'entre les dérivés éthyliques GH3-CH2 et acétyliques correspondants CH3-CO, on observe d'ordinaire une grande différence dans la volati- lité, au détriment de ces derniers. CHg-CHj C/. Ëb. 11». CH3-CO Cl. Id. 55". CHj-CHjHO. kl. 78". GH.-CO HO. Id. 117". CH3-CH2 H^A:;. Id 18" CH,-COH,As. Id. 217°. On voit que la transformation du chaînon CH^ en CO, dans des composés correspondants, le propane CH5-CHW2- CH3 et le cyanure d'éthyle CAc-CH^-CHg exerce une influence profonde sur la volatilité du produit, mais pré- cisément d'ordre inverse. Je ne puis oublier de rappeler ici l'exemple si intéres- ( 557 ) sanl qui m'est oiïert par le niln'lc ct/u/lfjljjcoUiffHe (1) (CjII^O) CIIo-CA: cl le ajano-carbonate d'élhyle {CjHgOj c6-CAz. (CJI5O) CII^-GAz. Luiuiilo, él). lô-l'-lôa". (C.UjO) CO-CAz. Iil id. llo»-116». Ce fait général que je viens de signaler, l'influence du voisinage des groupements négatifs sur la volatilité des composés du cyanogène, me semble de nature à rendre compte de l'anomalie apparente des points d'ébullitiou des acétonitriles chlorés. En se transformant en C C/5, le groupement méthyle CH- joint à CAr dans ces produits, devient un véritable groupement négatif; on sait en efl'et que les groupements CAr, CO-HO, CC/5, sont équivalents et que l'on passe facilement de l'un à l'autre. Eh bien, de la même manière que l'acide HCAc de liquide bouillant à 26% devient gazeux et bout à -SO"? alors que H est remplacé par CAc lui-même, de même alors que dans l'acétonitrile chloré, Cff.> C/, groupement élhéré d'alcool, devient CC/5, groupement d'acide, le point d'ébul- litiou s'abaisse notablement et, circonstance curieuse, de façon à rejoindre presque celui de l'acétonitrile lui-même. Je viens de constater ici un fait certain, c'est l'influence volatilisante de la présence de radicaux négatifs dans les composés nitriliques. J'ai essayé de me rendre compte de ce fait. On sait que les composés secondaires^ c'est-à-dire ceux où le carbone forme deux masses distinctes, reliées par un élément étranger, sont en général plus volatils que les (1) Voir ma notice , CuZ/eiàJs de V Académie royale des sciences de Bel- gique, l. XXXV (2e série), p. 211 (mars iS75). 2""= SÉRIE, TOME XXXV. 35 ( 538 ) composés isomères, correspondants, ceux où le carbone ne forme qu'une seule masse. Or, il me semble que les cyanures des radicaux négatifs carbonés se rapprochent sous certains rapports des composés secondaires. Je rap- pelle ici la facilité avec laquelle ces cyanures et le cyano- gène lui-même, se transforment en deux composés carbonés distincts — sans l'action des alcalis hydratés notamment — là où les nitriles proprement dits CnHj,,^, -CAz don- nent un produit unique, renfermant tout le carbone du nitrile lui-même. Ne suis-je pointpar là autorisé à assimiler les cyanures des radicaux négatifs à des sortes de com- posés secondaires; à mon avis, lors de la transformation, dans ces composés , d'un radical positif en radical négatif, à la suite de l'introduction d'éléments négatifs à la place de l'hydrogène dans un groupement hydrocarboné, les liens qui rattachaient ce groupement au groupement CAr, se briseraient totalement,outoutau moins se relâcheraient. Je ferai remarquer à cette occasion que les nitriles isomères des nitriles proprement dits, les carby lamines, produits réellement secondaires, se caractérisent par une volatilité beaucoup plus grande que celle de leurs isomères. C2H3A3. Éb. 82°. (CH3) (C) Aï:. Id.. 57». Qu'il me soit permis en terminant de faire une dernière observation. On sait que les composés secondaires dé- g;igent, en brûlant, une quantité de chaleur plus grande que les composés unitaires de même formule. Il me paraît qu'il serait intéressant et utile d'étudier sous le rapport de leur chaleur de combustion, quant au carbone du moins, les cyanures des radicaux positifs et négatifs cor- respondants. Je ne suis pas en mesure d'entreprendre, sous le rapport thermique, l'étude de ces produits; je me ( 539 ) permets de signaler ce poinl à ralloiilioii des cliimisles physiciens qui s'adonnent à ce genre de reclierclies d'une si haute importance au point de vue de la mécanique molé- culaire. Sur la sphère osculatrice et sur les surfaces à points multiples; par M. Louis Saltel. f ° .«iiir la HplitTP oNCuInfricp. rnoBLKME. — Construction de la sphère osculatrice en un poinl d'une cubique gauche ('). Désignons par 1, 2, 5, P, M cinq points arbitraires d'une cubique gauche , et par C,„ le cercle osculateur en l'un d'eux M. On peut obtenir la sphère osculatrice en ce point M en procédant comme il suit : Menez les rayons P i, P 2, P 5 e/ construisez les sphères (C„l ), (C,„2), (C„,5), soient 1 ', 2', 5' leurs seconds points d'in- tersection avec ces rayons ; considérez la sphère i définie par les quatre points ( P, 1 ' , 2' , o' ) et soit p. son second point d'intersection avec PM : la sphère (C,„a) est la sphère osculatrice cherchée. t" !9ar les surtacen à points multiples. Théorème. — Toutes les surfaces du troisième ordre qui ont une même courbe fjauchc du quatrième ordre et un même point double non situé sur cette courbe , passent par deux droites communes. (*) Je ne pense pas <|ue ce pntbièmo ait été déjà posé el résolu pour aucune courbi' algébrique. ( UO ) Nota. — II est facile d'élendre ce résultai aux surfaces d'ordre supérieur. Théorème. — Si une surface d'ordre m a trois points en ligne droite multiples d'ordre et tels que : a -4- [3 -t- r = îH -+- 2r, ou a -t- p -+- 9/ = m-4- 2^" -I- I , la droite qui les joint est multiple d'ordre r ou d'ordre k + 1. ^ Nota. — Il est très-facile de généraliser ce .résultat en supposant quatre, cinq, etc., etc. points en ligne droite. Théorème. — Les quatre-vingt-neuf conditions qui expriment qu'une surface du sixième ordre a quatre points multiples du quatrième ordre et passe par neuf points simples, se réduisent à quatre-vingt-trois. Nota. — Nous sommes en possession d'une infinité de théorèmes semblables (*). (") Leur découverte nous a été suggérée , il y a déjà plus de deux ans, par certaines contradictions rencontrées dans l'étude des surfaces à points multiples, contradictions qui n'existaient plus si ces théorèmes avaient lieu. Confiant dans nos raisonnements, nous n'avions pas hésité à commu- niquer ces théorèmes, comme exacts, à M. Catalan, avec la pensée, tou- tefois, que leur démonstration rigoureuse devait appartenir au domaine de l'analyse et non à la géométrie pure. Cette croyance n'a pas été de longue durée : trois jours après, une démonstration géométrique aussi simple que rigoureuse se présentait à notre esprit. ( 541 ) CLASSE DES LETTRES. Séance du 12 mai 1873. M. J.-J. Thonissen, directeur, président de l'Académie. M. Ad. Quetelet, secrétaire perpétuel. Sont présents : MM. Ch. Steur, J. Grandgagnage , J. Rouiez, Gachard, A. Borgnet, Paul Devaux, P. De Decker, J.-J. Haus, M.-N,-J. Leclercq, Ch. Faider, le baron Kervyn de Letlenhove, R. Chalon, Th. Juste, le baron Guillaume, F. Nève, Alphonse Wauters, H. Con- science, E. de Laveleye, G. Nypels, membres; J. Nolet de Brauwere Van Steeland, Aug. Scheler, associés; Alph. Le Roy , correspondant. MM. Alvin, Ad. Siret et le chevalier L. de Burbure, membres de la classe des beaux-arts, assistent à la séance. CORRESPONDANCE. La classe apprend avec regret la mort de l'un de ses associés, M. John Stuart-Mill, décédé à Avignon le 8 de ce mois. — Une lettre du palais exprime les regrets de Leurs ( 542 ) Majestés de ne pouvoir, à cause de leur voyage en Angle- terre, assister à la séance publique de la classe. MM. les Ministres de l'intérieur et des affaires étran- gères expriment aussi leurs regrets de ne pouvoir assister à cette séance. — M. le Ministre de l'intérieur transmet une expédition d'un arrêté royal en date du 28 avril qui décerne à M. Ëd. Fétis, membre de la classe des beaux-arts, le prix quin- quennal de littérature française pour la période de 1868- 1872. — M. le Ministre de l'intérieur met à la disposition des membres de la classe vingt-cinq exemplaires du rapport du jury charché de décerner le prix fondé par le docteur Guinard. — Le même haut fonctionnaire envoie divers ouvrages pour la bibliothèque de l'Académie. — Remercîments. — Les sociétés savantes dont les noms suivent accu- sent réception du dernier envoi de publications acadé- miques : Archives nationales de France, à Paris; Société savoi- sienne d'histoire et d'archéologie, àChambéry; Société de littérature néerlandaise, à Leyde; Athénée d'Amsterdam; Société des sciences à Gorlitz; M. Alberdingh Thym, associé, à Amsterdam; Archives générales du Grand-Duché de Bade, à Carisruhe; Ministère de la guerre, à Paris. — M. F. Carrara, associé, offre un exemplaire du volume III de la troisième édition de son Programme du cours de droit criminel. — Remercîments. ( ^^3 ) JUGEMENT DU CONCOURS DE 1873. Un seul mémoire a élé reçu en réponse à la deuxième question ainsi conçue : Traiter Vhistoire politique de la Flandre depuis 1505 jusqu'à l'avènement de la maison de Bourgogne {1582), en s'attachant principalement aux modifications qu'ont subies, à cette époque, les institutions générales du comté et les institutions particulières de ses grandes communes. Happot't de M. jr.-jr. De S*ne«. « Pour nous donner d'avance une idée de son esprit et de sa science, notre concurrent a pris pour devise ces deux lignes de sa façon : Dampierre, Bcthune, Nevers et Maelc, Sont des héros dignes du peuple flamand. Mais tous ces princes étant des Dampierre, n'aurait-il pas dû caractériser autrement le premier, ou plutôt le passer sous silence, puisque les faits et gestes de ce héros sont tous antérieurs à l'époque indiquée par la question? Sans les malheurs qui l'ont accablé et qui ne peuvent inspirer que la compassion, on serait tenté de rire à ce titre de héros, dont on gratilie le pauvre vieillard , mais conviont-il mieux à ses successeurs? Un seul, Robert de Béthune, le mérita dans sa jeunesse, mais depuis son emprisonnement ( 544 ) à Chinon, on doit lui appliquer ce vers trop souvent vrai, quoique peu épique : Tel brille au second rang qui s'éclipse au premier. Et comment ces prétendus héros se rendirent-ils dignes du peuple flamand? Écoulons notre auteur lui-même et dans son langage à lui : « Le règne du comte Gui, dit-il (pag. 3), épuisa le pays d'hommes et d'argent; ce n'était » pas l'homme que le pays devait posséder : il était d'un » caractère hautain et vindicatif et aux plaies qui pesaient » déjà sur la contrée, en ouvrit beaucoup d'autres. » — « L'époque de Louis de Nevers fut la plus malheureuse et » la plus humiliante du gouvernement des Dampieirc » (pag. 37) et finalement « Louis de Maele devint la honte » et le fléau de son peuple. » Le début du mémoire est digne de la devise. On y ap- prend que la maison d'Alsace-Hainaut (?) était d'origine française et que son chef, Thierri , avait occupé divers trônes étrangers à la contrée belgique, entre autres celui de Conslantinople , et fut remplacé en Flandre par la dynastie des Dampierre par suite du mariage de Guillaume de Dam- pierre avec Marguerite de Constantinople , dont le prenûer mari, Bouchard d'Avesnes, était frère du comte de Hainaut et n'eut pas d'enfant de la comtesse (?) Il serait difficile d'accumuler tant d'erreurs et d'erreurs grossières en un si petit nombre de lignes. Le concurrent aurait-il bien lu la question posée par la classe? Nous voulons bien l'admettre, pourvu qu'on nous accorde à notre tour qu'il l'a tout à fait oubliée ou mal comprise. Que demande en effet la classe? De faire l'histoire politique de la Flandre depuis 1505 jusqu'à favénemenl de la maison de Bourgogne en 1582 , c'est-à- ( 545 ) dire de continuer le beau travail que le docteur Warn- kœnig (I) a fait jusqu'à cette première époque, sur les inodilications que la politique ou les institutions du comté et de ses grandes communes avaient subies. Comme nous l'avons dit tantôt, la pauvre administration du triste Gui de Dampierre, décédé en 1508, était antérieure à l'étude qu'on demandait; et le concurrent a consacré une vingtaine de pages, c'est-à-dire près du quart de son œuvre, à ce travail inutile! il y ajoute même la biograpbie de Philippe le Bel et ses démêlés avec le Saint-Siège, les exploits d'Edouard l", roi d'Angleterre en Ecosse et au pays de Galles, avec des notes sur les fiefs que les Plantagenels possédaient en France : toutes choses entièrement étran- gères au sujet. Ces digressions ne sont pas si riches, il est vrai, en erreurs graves que le préambule, mais elles n'y manquent pas. On y lit, entre autres, que la France et l'An- gleterre se disputaient la propriété de la Flandre, que les Français étaient appelés a féconde variété de l'invention, la fougueuse audace de la composition, l'in- comparable magie de la couleur, la grandeur épique du style : tout révèle chez lui l'une des plus hautes et des plus complètes manifestations du génie humain. Mais Van Dyck est loin d'être rejeté dans l'ombre par le rayonne- ment de Rubens. Il a sa valeur et sa gloire à lui; il a ses maîtresses qualités, ses beautés plus universellement appré- ciées peut-être que celles de Rubens : il est plus correct de dessin, plus profond de sentiment, plus lin et plus harmonieux de ton. Il étonne moins que Rubens, mais il émeut davantage; il est moins éblouissant, mais il est plus sympathique. Comme peintre de portraits, il con- (juiert même, de l'assentiment unanime de toutes les na- tions, le premier rang par l'indélinissable distinction qu'il a su y répandre. Le mémoire flamand se termine par la liste des princi- pales productions d'Antoine Van Dyck. Cette liste, où pourraient bien s'être glissés quelques in- trus, présente nécessairement des lacunes. Un œuvre comme celui de Van Dyck est bien dilficile à présenter d'une façon absolument complète. Cependant, avec le secours de tous les biographes et de tous les historiens de l'art, à l'aide des notices pultliées officiellement sur tous les musées de ( 5C8 ) l'Europe, ainsi que des catalogues des ventes importantes qui ont eu lieu dans les derniers temps et des exposi- tions faites en Angleterre et chez nous des portraits con- servés dans les familles, il ne faudrait pas désespérer d'arriver, pour la confection d'une telle liste, à une per- fection relative. Il convient, d'ailleurs, de ne pas se bor- ner, comme l'auteur l'a fait un peu précipitamment sans doute, à une momenclalure aride, sans indication de sources, sans discussion de l'origine et des vicissitudes des principaux tableaux. Van Dyck mérite bien qu'on fasse pour lui ce que Passavent a fait pour Raphaël, .ce que Waagen et d'autres critiques d'art ont fait à propos des pages immortelles d'autres somnités artistiques des diverses écoles. — Les mêmes observations peuvent être adressées à l'auteur, relativement aux eaux-fortes de V^an Dyck, généralement moins connues et dont la liste, don- née par lui, est plus incomplète encore. Cependant, comme cette dernière partie du mémoire flamand doit être considérée comme une annexe qui n'est nullement exigée par les conditions du concours, et que, avant l'impression, l'auteur pourrait encore la compléter, vos trois commissaires sont unanimes à proposer à l'Aca- démie d'accorder le prix de Stassart au mémoire flamand que je viens d'analyser et qui est également recomman- dable sous le double rapport de l'ordonnance et du style. » Conformément à ces conclusions, la classe vote le prix de Stassart de six cents francs à l'auteur du mémoire por- tant pour devise : Ik hou mij aan den dijk. L'ouverture du billet cacheté a fait connaître que ce travail est dû à MM. Frans de Potter et Jean Broeckaert, littérateurs, à Gand. ( m ) GRAND PRIX DE STASSART POUR UNE QUESTION d'iIISTOIRE NATIONALE. La classe a adopté les conclusions (Jes rapports de MM. Borgnet, Leclercq et Faidcr, commissaires pour le mémoire portant pour devise : Tanquam explomlor, en réponse à la question pour le grand prix d'histoire de Stassart, de la valeur de trois mille francs, demandant ô'Exposer quels étaient, à l'époque de l'invasion française en 119i, les principes constitutionnels coîmnuns à nos di- verses provinces et ceux par lesquels elles différaient entre elles. Voici l'opinion collective des trois commissaires : « Le mémoire produit au concours devait exposer les principes constitutionnels communs à nos diverses pro- vinces et ceux qui étaient particuliers à chacune d'elles; or, l'auteur omet absolument la principauté de Liège dans son travail. Celte principauté, aujourd'hui divisée entre plusieurs de nos provinces, occupait en Belgique, lors de l'invasion française de 1794, une place trop importante par ses insti- tutions politiques et leur caractère particulier pour qu'une semblable lacune ne doive pas faire mettre d'emblée hors concours le mémoire qui la contient, quelque opinion d'ailleurs qu'on puisse se former de sa valeur propre. Cependant, comme l'auteur semble avoir commis cette omission volontairement et par une interprétation erronée de la question, nous pensons qu'il y a lieu de remettre celle-ci au concours. » 2"* SÉRIE, TOME XXXV. 37 ( 570 ) RAPPORTS. M. le général Guillaume avait soumis à la classe un mémoire intitulé : Histoire des bandes d'ordonnance des Pays-Bas. Conformément aux rapports favorables de MM. Gachard, Th. Juste et Al pli. Wauters, la classe vote l'impression de ce travail dans le recueil des Mémoires des membres. Les rapports précités ne seront point livrés à la publi- cité , ainsi que le prescrit l'article 20 du règlement général. ÉLECTIONS ET PRÉPARATIFS DE LA SÉANCE PUBLIQUE. La classe se constitue ensuite en comité secret pour procéder aux élections annuelles aux places vacantes et s'occuper des préparatifs de la séance publique du mer- credi 14 de ce mois. Le résultat des élections paraîtra au compte rendu de la séance publique. {m ) CLASSE DES LETTRES. Séance publique du 14 mai 4813 , à / heure. (Grand'SalIe des Académies, au Musée.) M. J.-J. Thonissen, directeur de la classe et président de l'Académie. M. Ad. Quetelet, secrétaire perpétuel. Classe des lettres : MM. Clialon, vice-directeur; Ch. Steur, J. Grandgagnagc, J. Roulez, Gachard , A. Borgnet, Paul Devaux, J.-J. Haus, M.-N.-J. Leclercq, Ch. Faider, Th. Juste, le baron Guillaume, Félix Nève, Alphonse Wauters, E. de Laveleye, G. Nypels , membres; J. Nolet de Brauwere van Steeland , Aug. Scheler , associés; Alph. Le Roy, Ém. de Borchgrave, A Wagener, P. Willems, Ferd. Loise, correspondants. Classe des sciences : MM. Gluge, directeur; Candèze , vice-directeur; J.-B.-J. d'Omalius d'Halloy, L. de Koninck , P.-J. Van Beneden, H. Nyst, L. Melsens, J. Liagre, F. Duprez, G. Devvalque, E. Quetelet, M. Gloesener, F. Donuy, Ch. Montigny, Steichen, Éd. Van Beneden, membres; E. Catalan, associé; J.-M. De Tilly, corres- pondant. Classe des beaux-arts : MM. L. Alvin, directeur; Louis Gallait, Jos. Geefs, Ferd. De Braekeleer, C.-Â. Fraikin , Éd. Félis, Edm. De Busscher, Alph. Balai, Aug. Payen, le chevalier L. de Burbure, J. Franck, Ad. Siret, J. Le- clercq, A. Robert, wjem^re*. ( 572 ) Le programme de la solennité était composé comme suit : {"La littérature nationale de nos provinces sous le gouvernement de Marguerite d'Autriche (1507-1530), discours par M. J.-J. Thonissen, président de l'Académie et directeur de la classe des lettres; 2° Le pouvoir des mots, lecture par M. Alphonse Le Roy, correspondant de l'Académie; 5° Rapport fait au nom du jury chargé de juger la cinquième période du concours quinquennal de littérature française, par M. Eugène Van Bemmel, professeur à l'Uni- versité libre de Bruxelles ; 4° Proclamation, par M. Ad. Quetelet, secrétaire perpétuel , des résultats du concours et des élections. Un auditoire nombreux et choisi remplit la grand'salle des Académies. A 1 heure, M. le directeur, après avoir déclaré la séance ouverte, prononce le discours suivant : Messieurs, II est de mode, chez quelques publicistes étrangers, de parler sans cesse de l'impuissance et de la stérilité de la Belgique dans le vaste et glorieux domaine des lettres. Notre histoire tout entière proteste contre cette accusa- tion inconsidérée. Sans doute, les Belges, si longtemps soumis à des maîtres étrangers, ont traversé des périodes d'apathie et de décadence; mais ces phases de lassitude et de découra- gement n'ont jamais été que des haltes passagères dans la voie large et féconde du progrès. Jamais on ne remarqua, ( 373 ) dans le langage et les actes de nos ancêtres, ces symp- tômes denervemenl, ces signes de décrépitude (jui carac- térisent les races déchues. Chez ces honimes vaillants, si jaloux de leur indépendance, si fiers de leurs libertés sécu- laires, le travail succédait au repos, l'énergie et l'ardeur ne tardaient pas à remplacer la torpeur et l'indiflérence. Ils ont largement contribué à toutes les conquêtes de l'esprit humain dans les temps modernes. A côté de l'éclat incontesté des arts, ils nous ont légué de magnifiques titres scientifiques et littéraires. Je me propose de rappeler l'un de ces titres, dans la solennité académique qui nous réunit aujourd'hui. C'est une page détachée des annales littéraires de notre patrie. C'est le tableau succinct, mais malheureusement incom- plet, de la littérature nationale sous le gouvernement de Marguerite d'Autriche. 11 m'eût été facile de choisir une époque plus brillante et plus riche. J'aurais pu notamment ra'atlacher au grand règne d'Albert et d'Isabelle, quand la Belgique, tenant le sceptre des arts et comptant dans toutes les branches des connaissances humaines des représentants illustres, en- voyait des maîtres vénérés à Leyde, à Milan, à Padoue, à Wittenberg, à lén*a , à Digne, à Paris, à Salamanque, à Rome. Mais j'ai cru devoir , en ce moment , m'arrêter pour ainsi dire au seuil de ce seizième siècle, si grand et si troublé, si brillant et si sévère, qui vit réaliser tant de progrès et accumuler tant de ruines. Avant de dresser le splendide bilan des richesses intellectuelles de la Belgique de Vésale et de Juste Lipse, il convient de décrire l'étal des esprits à l'époque mémorable où la rénovation littéraire, brillam- ment commencée en Italie, pénétra dans nos provinces et y suscita un universel enthousiasme. Je me contenterai ( S74 ) d'appeler aujourd'hui l'attention de l'Académie sur les premiers résultats d'un vaste et admirable mouvement intellectuel. D'autres, plus compétents que moi, nous le montreront un jour dans l'éclat et la majesté de son com- plet épanouissement. Je saluerai l'aube de la Renaissance dans nos provinces, en laissant à mes successeurs le soin de décrire les conquêtes et les merveilles d'une époque plus rapprochée de nous. Rien n'égale l'ardeur confiante et sereine des esprits à l'heure où Marguerite d'Autriche prend en mains les rênes du gouvernement général des Pays-Bas. Les lettres grec- ques et latines, ravivées par les fugitifs de Constantinople, ont passé les Alpes et rencontrent partout des adeptes fervents, des défenseurs énergiques (1). Un-travail im- mense s'opère dans les intelligences, éblouies par une rapide succession d'événements sans exemple dans l'his- toire. La royauté s'affermit, les institutions se transfor- ment, l'imprimerie, récemment découverte, multiplie les chefs-d'œuvre, le domaine de l'humanité s'agrandit par la conquête d'un nouveau monde. Les esprits, retrempés dans le repos et la discipline du moyen âge, se redressent avec une vigueur pleine d'audace et de fécondité. Les langues mêmes subissent l'influence de cette rénovation univer- selle; elles reçoivent l'empreinte des idiomes plus parfaits de l'antiquité, avant d'entrer dans leur âge viril. Le fran- çais, abandonnant les allures naïves et prime-sautières de Froissart, commence les évolutions qui devaient aboutir au règne de Ronsard et, plus tard, à celui de Malherbe. Le flamand, qui, sous les ducs de Bourgogne, s'était altéré au contact de la littérature de nos voisins du midi, s'enrichit et s'épure, en attendant qu'il devienne la belle et harmonieuse langue néerlandaise de Vondel. (S75) Marguerite d'Aulriche mérilail de vivre à cet âge si plein de force et de vie, d'ardeur el d'espéraiice. Elle était pour la Belgique ce que François V' était pour la France. Douée de toutes les grâces du corps, riche de tous les dons de l'intelligence, Tilluslre gouvernante des Pays-Bas ne se contentait pas de pensionner les littérateurs, les savants et les artistes; elle les invitait à ses lètes, elle les comblait d'honneurs, elle les hébergeait dans son propre palais. Comme les Médicis à Florence, comme les ducs d'Esté à Ferrare, elle aimait à encourager tous les talents, à récompenser toutes les gloires, à attirer autour d'elle tout ce qui vivait de l'àme et de la pensée. Dans ses somp- tueux salons de Malines, où elle entassait les chefs- d'œuvre des arts, les lettres étaient représentées par Érasme , la poésie par Jean Lemaire et Bemacle de Flo- rennes, la science par le mystérieux Corneille Agrippa, la jurisprudence par Nicolas Everts, les hommes d'État par N. de Perrenot de Granvelle, la diplomatie par Cor- neille de Schepper, la théologie même par Adrien d'Utrecht, ce prolétaire hollandais destiné à devenir vice-roi d'Es- pagne et à monter sur la chaire de Saint-Pierre. Puis venait une brillante phalange de peintres, de sculpteurs et de musiciens célèbres. Bernard Van Orley multipliait ses tableaux, ses cartons et ses vitraux peints. Conrad de Malines travaillait avec ardeur à orner la spiendide de- meure de sa bienfaitrice. Josquin Deprez, Louis Compère, Bruhier, Henri Isaac, Pierre de la Bue, Agricola, Antoine Brumel , faisaient entendre leurs compositions harmo- nieuses. Marguerite elle-même consacrait aux muses les rares loisirs que lui laissaient les labeurs de la politique et les sollicitudes incessantes des grandes négociations diplomatiques (2). ( 576 ) Ces nobles efforls de la gouvernante, admirablement secondés par l'esprit du temps, ne pouvaient manquer • d'imprimer une impulsion vigoureuse au mouvement litté- raire. Encouragés par une princesse auguste, stimulés par le souffle vivifiant de la Renaissance, entourés des faveurs de l'opinion publique, les travailleurs intrépides surgis- saient en foule. Pour en fournir une preuve irrécusable, je n'aurai qu'à grouper les noms des auteurs les plus célè- bres de répoque, en laissant de côté, bien à regret, ceux qui appartenaient aux provinces qui composent aujour- d'hui le royaume de Hollande (5). Jamais on ne put mieux constater la vérité de cet adage du poëte : . . . Non parvas animo dat gloria vires, Et focconda facit pectora laudis amor (4). Voici d'abord Jean Lemaire de Belges [Bami], le pré- curseur de Ronsard, le maître aimé dont Clément Marot disait, avec l'exagération d'une amitié poétique, exaltée par la reconnaissance : Jehan Lemaire belgeois Qui eut l'esprit d'Homère le grégeois. Ce fut à la cour de Marguerite que Lemaire composa la plupart de ses œuvres, qui ne furent pas sans influence sur la grande révolution littéraire du seizième siècle, et notamment cette Illustration de Gaule et cette Concorde des deux lanrj ag es,. qiù arrachèrent ce brillant éloge à la plume sévère d'Etienne Pasquier : « Le premier qui, à » bonnes enseignes, donna vogue à notre poésie fut » maistre Jehan Lemaire de Belges (5). » Ce fut là encore qu'il écrivit la Couronne margaritique et qu'il scanda les Epistres de V Amant verd , destinées à célébrer le génie. ( 577 ) l«'s vortns cl les charmes de la jeune et belle gouvernante des Pays-Ras. A ses yeux, la nature et l'Iiistoiro ne pré- sonlonl rien de comparable à sa glorieuse hienlaitrice. il la place à une immense hauteur au-dessus des femmes les plus illustres qui brillent dans les annales de l'humanité; il la gratifie des parfums suavesdesdix |)Ius belles vertus; il lui altribue lebouissant éclat- des dix plus belles pierres précieuses : Perles y sont, cicres vertus; L'or fui massif, prudence entière; Justes faits, dyamans pointus; Foy pure, cscarbouclc en lumière. Quant à YAinanl verd, l'un des ancêtres du héros em- plumé de Gressct, pauvre perroquet mort de douleur, parce qu'il avait momentanément cessé de voir sa gra- cieuse maîtresse, il pousse l'éloge jusqu'aux limites de l'in- discrétion, quand il murmure en pleurant : Que dirai-je d'aultrcs grans privaultcs? Pourquoy j'ay veu tes parfaictes beautez, Et ton gcnt corps plus poly que fine ambre, Trop plus que nul aullre varlct de chambre, sans atour et sans guimplc, Demy vestu, en belle cotte simple, Tresser ton chef, tant clcr et tant dore, Par tout le monde aymé et honoré (6) ? J'ai déjà dit que Marguerite répondait à ces poétiques éloges, en invoquant elle-même les riantes divinités du Parnasse, Fille et tante d'empereur, elle ne dédaignait pas de solliciter une humble place dans les rangs pressés des poètes du seizième siècle. Quoiqu'elle fût, au dire de Garnier, « l'ennemi le plus dangereux et le plus opiniâtre ( 578 ) » que la fortune pût susciter à la France, » elle aimait passionnément la poésie française (7). Cultivant les muses avec goût et avec succès, elle se plaisait, dès sa plus tendre jeunesse, à emprunter leur langue , pour exprimer les sentiments de piété, de douleur ou de joie qui rem- plissaient tour à tour son âme d'élite (8). Une douce et tendre mélancolie domine dans ses com- positions poétiques. Ayant beaucoup souffert, elle affec- tionne les accents qui plaisent aux âmes endolories, aux esprits à la fois ardents et lassés qui, dès les riantes années de la jeunesse, ont vu s'évanouir leurs plus chères illusions. Au milieu des splendeurs et des fêtes de l'une des cours les plus brillantes de l'Europe, les malheurs et les humiliations de son adolescence pèsent sur son cœur et assombrissent sa pensée. Elle exprime ses regrets sur tous les tons et sous toutes les formes. Avec une naïveté pleine de finesse et de grâce, elle parle sans cesse de rêves évanouis, d'espérances trompées, d'illusions éteintes. Elle s'écrie : Deuil et ennuy, soussy, regret et paine Ont eslongé ma plaisance mondaine, Dont à par moy je me plains et tourmente, Et en espoir n'ay plus un brin d'attente (9). Parfois cependant son âme virile réussit à chasser ces souvenirs importuns; son esprit, toujours jeune et bril- lant, son imagination, restée ardente et forte, dissipent ces sombres nuages; elle se rattache à la vie, elle se rap- pelle qu'elle sait encore : Danser, jouer, tant bien rire et escrire, Peindre et pour traire, accorder monocordes (Et en faire). . . . vibrer les cordes (10). ( 579 ) Alors elle se reincllait à aimer sa grande existence. Elle subissait de nouveau le charme des arls et des lettres. Oubliant tous ces « reyrctz rjrnns, moyens et mcsnus , » elle répandait sur ses vers un suave parfun) de jeunesse et de poésie; et ce fut à l'une de ces heures de paix et de joie qu'elle adressa à ses (illes d'honneur ce gracieux rondel, pour les prémunir contre les paroles mielleuses des jeunes seigneurs de son entourage : Belles paroles en payement, A ces mignons présumptieux, Qui contrefont les amoureux Par beau semblant ou aultremenl. Sans nul credo, mais promptemenl, Donnes pour récompense à eulx Belles paroUes. Mol pour mot, c'est fort justement, Ung pour ung, aussy deulx pour dculx; Se devis ils font gracieux Respondcs gracieusement Belles paroUes (11). Quelquefois même, elle oubliait tous les soucis du gou- vernement et de la diplomatie, tout le bruit des luttes politiques et religieuses, pour rimer de piquantes épi- grammes; et le quatrain suivant, à l'adresse d'un fat dont le nom n'est pas parvenu jusqu'à nous, atteste que, malgré sa douceur et son indulgence, constamment vantées par ses contemporains, elle savait très-bien réussir en ce genre : Belle, pour Tamour de vous Suis venu en cestc ville. — Se n'y fussiés point venu , On ne vous y dcmandroye mye (12). ( 580 ) Et pendant que la poésie française était ainsi brillam- ment cultivée à la cour élégante et lettrée de Malines, un autre protégé de Marguerite , Jean second , que la Belgique peut légitimement revendiquer, portait la poésie latine à un degré d'élégance et de perfection qui n'a jamais été dépassé dans le monde moderne. Quel charme, quelle délicatesse de sentiment, quelle puissance d'imagination, quelle admirable facilité ne trouve-t-on pas dans les Odes, les Épigrammes, les chants funèbres [Fiuiera], les Mé- langes {Sylves) et surtout dans les Baisers [Basia) de ce jeune poëte, à peine sorti de l'enfance et qu'on a si juste- ment surnommé le Tibulle moderne? Recommandé par Marguerite à Charles V, entouré de l'admiration unanime de ses contemporains', qui voyaient en lui le plus digne émule des modèles anciens, aimant et cultivant tous les arts, Jean second eût jeté sur les Pays- Bas un lustre ineffaçable, si la mort n'était venue le moissonner au début de sa glorieuse carrière. Quand il partit de Malines pour l'Espagne, où il allait être le secré- taire de l'archevêque de Tolède, et de là pour Tunis, où il accompagna l'empereur, de sombres pressentiments remplissaient déjà son âme : Dieux lares , Dieux gardiens de la rive profonde, Que la rapide Dyle arrose de son onde, Génie et protecteurs de ces murs glorieux, Sur les ailes des vents, vers de lointains rivages, Emportez de mon cœur les funestes présages; Venez me découvrir le sujet de mes pleurs, Mes yeux dans l'avenir ne lisent que malheurs (13)! L'espoir l'avait entièrement abandonné, lorsque, quit- tant Madrid pour aller mourir à Tournai, où les icono- ( S81 ) clastes dcvaioiit un jour briser sa tombe, il s'écria , avec une patriotique douleur : Jabarulonnc les champs, ô brûlante Ilcspéric, Pour le sol fortuné de ma douce patrie; Au sein de l'amitié Jean second va mourir. Cesse do tourmenter, de retenir une ombre. Une ombre que Mercure appelle au manoir sombre. Peu féconde en mortels inspirés par les Dieux, Crois-tu que mon tombeau te serait glorieux? Non, je ne mourrai pas aux rives étrangères : Je veux mêler ma cendre aux cendres de mes pères (14) ! Peintre, sculpteur, orateur, philologue, jurisconsulte, poète admirable, Jean second, le cœur débordant de tous les enivrements, le front ceint de toutes les gloires, mourut à l'âge de vingt-quatre ans (15) ! Mais il ne mourut pas tout entier. Il dota la poésie latine d'une grande et durable popularité ; il laissa quelques étincelles de son génie, il légua quelques rayons de sa couronne à ceux qui, comme lui, cherchaient à tirer des sons affaiblis, mais encore harmonieux , de la lyre d'Horace et de Virgile , de Properce et de Catulle ; car il n'avait pas été seul à conce- voir cette noble ambition. A ses côtés ou à sa suite, l'his- toire littéraire du pays nous montre Pierre Gilles, l'ami d'Érasme et de Thomas More (1 6) ; Remacle de Florennes , le secrétaire intime de l'empereur Charles V (17); Nicolas et Adrien Éverts, les frères et parfois les émules de Jean second (18); André Alen, qui entrevit au seizième siècle le thème qui devait populariser le nom de Legouvé au début du siècle actuel (19), et plusieurs autres parmi lesquels nous nous contenterons de citer Corneille de Schryver (20), François Fabricius (21), Jean deMoro- court (22) et Livin van Brecht (25). ( S82 ) Mais que devenait la poésie flamande, au milieu de ce brillant épanouissement des lettres françaises et des lettres latines? Quel était le lot du bel et riebe idiome qui, dès le treizième siècle, avait fourni un admirable instrument au génie de Maerlant? Ici encore, nous trouvons l'activité, la vigueur, le pro- grès, la vie. Pendant que Mathieu Casteleyn, qui fut longtemps le législateur du Parnasse flamand, préludait, par des bal- lades, des chansons et des comédies, à la composition de son grand ouvrage didactique. De Const van Rhetoriken, une femme d'Anvers, Anna Byns, vint tout à coup, dans les dernières années du gouvernement de Marguerite, donner à la poésie nationale une puissance et un éclat inespérés. Champion de la vieille foi catholique contre les entreprises des partisans de Luther, elle descendit vaillamment dans la lice et imprima à la plupart de ses œuvres une tendance religieuse et morale; mais les grâces de la pensée, la fraî- cheur et la vivacité des images triomphaient toujours de l'aridité des controverses dogmatiques. Maintes fois elle s'accuse de préférer à l'austérité de la parole divine les sons mondains de la harpe et de la lyre : Al hoor ic Gods woort, ic en stclt niet te wercke le hoorde veel liever herpen en luyten Bommen en fluyten Dan tgodlyc woort. Douée du sentiment inné de l'harmonie, se jouant de toutes les difficultés de la versiûcation, maniant habilement la langue, semant partout les fleurs d'une riche et gra- cieuse imagination, Anna Byns charma si bien ses compa- ( S83 ) Iriolcs qu'ils lui décernèrent, d'un assentiment unanime, le litre flatteur, mais passablement étrange, de Sapho brabançonne (2i). Alors, en efl'et, toutes les classes de la population fla- mande, sans en excepter les plus humbles, s'occupaient ardemment des productions poétiques de la littérature na- tionale. L'étude et la lecture ne lormaient plus le lot d'un petit nombre de privilégiés. S'il était permis de se servir ici de termes inventés pour les populations vives et ar- dentes de la Provence, je dirais que la passion du « gai savoir » remplissait le cœur et circulait dans les veines du peuple flamand. Les bourgs', les villages mêmes possédaient des Chambres de Rhétorique, et la plupart des villes impor- tantes en comptaient plusieurs dans leur enceinte. On rimait des chansons, des satires, des dialogues, de petits poëmes de circonstance; on représentait des œuvres dra- matiques presque toujours composées par les membres de l'association. Des concours littéraires, des prix de décla- mation excitaient le zèle et maintenaient l'émulation. Les villes s'envoyaient des défis, et les jours où ces luttes paci- fiques recevaient leur dénouement étaient, dans toute la force des termes, des jours de fêtes populaires. On vit même, plus d'une fois, les enfants de divers quartiers de la même cité se disputer des prix offerts par la munificence des autorités locales. Les poëmes qu'on déclamait de la sorte étaient, il est vrai, presque toujours dépourvus d'in- vention et d'idées élevées; les œuvres dramatiques, malgré le luxe de leur mise en scène, laissaient immensément à désirer. Mais il n'en est pas moins incontestable qu'on rencontrait là une initiation permanente du peuple aux productions littéraires du temps, un élément vivace de civilisation et de progrès, qui pouvait produire d'admi- ( S84 ) rables résultais et qui les eût certainement produits, si la domination étrangère, toujours délétère et funeste, n'était venue comprimer l'essor et arrêter le mouvement de ces modestes académies populaires (25). Nous en avons dit assez pour montrer que la poésie, sous toutes ses formes, comptait de nombreux et fervents adeptes dans les provinces belges placées sous le gouver- nement éclairé de Marguerite. On ne nous accusera pas d'exagération , si nous ajou- tons que, pour toutes les autres études cultivées au com- mencement du seizième siècle, la Belgique n'avait rien à envier aux nations étrangères en deçà des Alpes. Ici encore, une simple énumération suffit pour prouver que le feu sacré jetait un vif éclat sur le sol belge. Jean-Louis Vives glorifiait sa patrie adoptive, en pu- bliant de nombreux ouvrages didactiques, philosophiques et littéraires, qui le plaçaient, de l'aveu de tous ses con- temporains, à côté de deux hommes dont les noms brille- ront à jamais dans les annales de la Renaissance, Érasme et Budée (26). Martin Van Dorp, à la fois théologien et humaniste, travaillait efficacement à la rénovation des études et faisait, l'un des premiers, ressortir l'importance du rôle que la philologie était appelée à jouer dans l'exégèse biblique (27). Jacques Masson {Latomiis) et Ruard Tapper, rajeunissant en quelque sorte la théologie, préparaient, par leur enseignement et par leurs écrits, la docte et vail- lante phalange de prêtres belges qui devait s'illustrer au concile de Trente (28). Adrien van Baerland, en même temps qu'il explorait avec ardeur les annales du Brabant et de la Hollande, contribuait puissamment à faire revivre le goût des beautés poétiques et oratoires que renferment les chefs-d'œuvre de l'antiquité païenne (29). Conrad Goclen , ( 585 ) Jacques Van Ilorii cl Hulger Ressen, qui repoussa les •offres brillantes do François I'*", laisaienl refleurir les let- tres grecques et latines (50). Jean Van Campen rendait le même service aux études hébraiciiies, en dégageant la grammaire de la langue sacrée des dilïicultés en apparence insurmontables dont elle se trouvait bérissée (31). George de Ilalevvyn, Jean de Gosier et Dcspaulère composaient les traités qui mirent leurs auteurs au premier rang des grammairiens de leur siècle (5!2). Nicolas Cleynaerts, autre grammairien illustre , s'immortalisait par ses nobles et persévérants efforts pour introduire en Belgique l'étude des langues et des littératures de l'Orient (53). Gbrétien Masseeuw se livrait à de vastes recbercbes sur la cbrono- logie de l'antiquité (54). Pierre Titelmans se plaçait au premier rang des interprètes les plus éminents des saintes écritures (55). Pbilip|)e de Clèves, formulant en pré- ceptes l'art de la gueri'e qu'il avait si brillamment pratiqué dans tous les pays de l'Europe, écrivait ses admirables Instructions sur Vart de guerroyer (56). Vigliusab Aytta jetait les bases de sa brillante carrière d'homme d'État et de jurisconsulte (37). Gorneille de Schepper s'illustrait dans la carrière diplomatique , tout en acquérant une répu- tation méritée de polémiste, d'orateur et de poète (58). Jérôme Busieiden, lui aussi orateur, poète, linguiste, diplomate, fondait à Louvain le célèbre Collège des Trois- Langiies, où l'on vit, pour la première fois dans le nord de l'Europe, organiser un enseignement régulier des lan- gues savantes, et qui devint bientôt le centre du mouve- ment littéraire de toutes les provinces des Pays-Bas (59). A la vérité, si l'on transporte dans les dernières années du moyen âge les opinions et les préjugés de nos jours, on rencontrera dans ces vastes travaux bien des idées qui nous 2'"'' SÉRIE, TOME XXXV. 58 ( 586 ) heurtent, bien des jugements qui ont besoin d'être réfor- més. Il n'est pas moins certain que, si l'on juge ces mêmes travaux à la lumière de la science actuelle, des imper- fections, des erreurs, des lacunes apparaissent en grand nombre. Mais ce n'est pas ainsi que les générations vi- vantes doivent apprécier les pensées et les œuvres des générations éteintes. La science et les lettres forment un édifice majestueux , qui s'élève sans cesse et dont nul homme, quelle que soit la puissance de son génie, ne peut, dans les profondeurs mystérieuses de l'avenir, en- trevoir les proportions définitives. Il sufïit à la gloire de chaque siècle d'ajouter quelques assises à cet incommen- surable temple de l'humanité, et cette gloire ne saurait être déniée aux Belges qui vécurent dans les premières années du seizième siècle. Ils manifestèrent une grande et persé- vérante fécondité littéraire. Ils firent de leur pays l'émule des grands États de l'Europe. Us imprimèrent à la philo- logie classique une impulsion vigoureuse. Ils figurèrent avec éclat dans le vaste cycle d'études qui prépara, dans l'ordre intellectuel, la transition du moyen âge aux temps modernes. Us assignèrent à la Belgique de leur temps une place honorable dans les fastes de la civilisation gé- nérale. Aussi n'hésitons-nous pas à dire que, si l'historien des lettres belges ne pouvait invoquer d'autres faits que ceux que nous venons de rappeler, ils suffiraient déjà pour lui permettre d'affirmer que nos ancêtres inaugurèrent bril- lamment les premières années de la Renaissance dans le nord de l'Europe. Mais nous avons d'autres titres à faire valoir; nous avons une autre gloire à revendiquer. A côté de l'éclat de la poésie et de la science, la Belgique du seizième siècle pouvait justement se prévaloir de la force, (587 ) «le l'élévalion cl de la célébrité de son enseignenieiit iia- lional. Un siècle auparavant, le Belge qui voulait s'initier aux hautes éludes élail forcé de se rendre, à grands Irais, aux universités élrangères. 11 n'en élail plus de même dans les dernières années du règne brillant de Marguerite. La grande école de Louvain, fondée depuis moins de cent ans, était devenue le foyer el le phare de la vie intellectuelle de toutes les provinces des Pays-Bas. L'écolier pensif et docile, qui devait être un jour le j)uissant et glorieux em- pereur Charles V, \Lavaiteu pour condisciples les rejetons de toutes les familles illustres de son pays natal. La bour- geoisie, enrichie par le travail, ennoblie par la liberté, y envoyait ses fils; l'enfant de l'artisan, aidé par de nom- breuses fondations charitables, y trouvait lui-même d'abon- dantes sources d'instruction ; et tous, nobles et roturiers, riches et pauvres, confondus au pied des mêmes chaires, nourris du même enseignement, y acquéraient, avec les clartés fortifiantes de la science, la première notion de la grande el féconde idée de l'unité nationale. L'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la France, nous envoyaient de nombreux élèves. Dès le commencement du seizième siècle, le nombre des étudiants s'élevait à trois mille (40). Assurément tout n'était pas parfait dans l'enseignement de Louvain. Les lettres proprement dites n'occupaient pas une place suffisante au programme des éludes. Mais la grande institution brabançonne n'en pouvait pas moins rivaliser noblement avec les universités les plus célèbres (le l'étranger. Érasme, le grand et sévère critique, qui con- tribua si puissamment à la renaissance des lettres et du bon goût dans le nord de l'Europe, Érasme , juge d'autant plus compétent qu'il était lui-même un élève de Louvain, écrivait en 1521 : Nusquam studetur qtiielius, nec alibi feli- ( 588 ) cior ingeniorum proventits. ISusquam professorum major aut paratior copia (41 ). Avec ses Halles converties en écoles, ses collèges richement dotés, sa nombreuse jeu- nesse à la fois studieuse et bruyante, la vieille capitale du Brabant offrait déjà le grand et saisissant tableau qui nous frappe aujourd'hui si vivement à Oxford. Quand l'étudiant couronné par elle rentrait dans sa ville natale , les rues se paraient de festons et de tentures, le peuple accourait au- devant de lui, les magistrats le félicitaient au nom de la cité, et la bourgeoisie, applaudissant avec enthousiasme, rêvait pour ses jeunes fds les honneurs et l'éclat du même triomphe. Si les éminents services rendus, dès cette époque, par VAlma Mater avaient besoin d'être signalés dans cette enceinte, où l'histoire nationale est si bien connue, je dirais qu'elle compta parmi ses membres ou parmi ses élèves la plupart des illustrations religieuses , politiques et scienti- fiques dont nous revendiquons aujourd'hui les noms avec un légitime et patriotique orgueil. J'ajouterais qu'elle était à la veille de fournira la Belgique, à la science, au monde, toute une série de noms immortels : Mercator, qui affran- chit la géographie du joug de Ptolémée et publia la pre- mière carte hydrographique ; Charles de l'Escluse, zoo- logue et botaniste, que Cuvier n'hésite pas à nommer le plus savant des hommes de son temps; Vésale, dont le génie créa l'anatomie de l'homme; Mudée, l'illustre réfor- mateur des études juridiques, qu'il affranchit de la méthode obscure et arriérée des glossateurs; Dodoëns, le grand bo- taniste ; Juste-Lipse , l'un des princes des humanistes , le rival heureux de Scaliger et de Casaubon (42)! Les écoles d'enseignement secondaire jetaient, de leur côté, dans toutes les provinces des Pays-Bas, un vif et durable éclat. Plusieurs années avant la mort de Margue- ( 589 ) rite, la Belgique possédait déjà un grand nombre de col- lèges florissants, où les lettres classiques étaient brillam- ment enseignées. Le mouvement s'étendait avec une vigueur inespérée, sous l'impulsion chaque jour plus forte de l'opinion publique. Des hommes célèbres, tels que Vives, Despautère, Jean de Meycr, Chrétien Masseeuw, Jean Du Bois, ne dédaignaient pas d'assumer les modestes fonctions de régent de collège (45). La nation secondait leurs efforts, les autorités locales prodiguaient généreu- sement les encouragements et les subsides, les ordres religieux ouvraient de nombreuses écoles, et bientôt nos ancêtres méritèrent le magnifique éloge que leur décerna, trois siècles plus tard, l'un de nos prédécesseurs, l'ingé- nieux et savant abbé de Nélis. « Chaque ville, dit ce » célèbre académicien, eut des gens très-estimés et très- » savants à la tète de ses écoles , et de ces écoles sortait » une foule de jeunes gens à qui Virgile et Homère, Cicé- » ron et Démosthène, étaient aussi familiers que le peu- » vent être quelques tirades de la Fontaine ou de Chompré » à la brillante jeunesse de nos jours (44). » Et ce fut à cette extension rapide et vivifiante de l'enseignement moyen, commencée sous le règne de Marguerite et ar- rivée à son apogée avant la lin du seizième siècle, que Lesbroussart faisait une douloureuse allusion, dans les dernières années du régime autrichien , quand la Belgique semblait glisser sur la pente d'une irrémédiable décadence. « Ce pays, s'écriail-il, ce pays autrefois riche de toutes les » connaissances humaines, fécond en écrivains célèbres » et l'asile, pour ainsi dire, de l'érudition, est déchu de » son ancienne splendeur. Les hommes doctes n'y peu- » plenl plus les villes et les hameaux (4o). » Je crois pouvoir m'arrôter à la suite de ces précieux ( 590 ) témoignages. 11 n'csl pas nécessaire que j'insiste plus lon- guement sur les litres littéraires qui nous ont été transmis par les Belges contemporains de Charles V et de Fran- çois I". Malgré l'insuffisance et les lacunes du tableau que je viens de tracer, j'ai suffisamment prouvé que, dans toutes les parties du pays, la vie intellectuelle se manifes- tait avec une vigueur soutenue et une incontestable gloire. Qu'on examine avec impartialité les faits, les institu- tions et les œuvres que j'ai rapidement indiqués. Qu'on apprécie les tendances qu'ils révèlent et les progrès qu'ils attestent dans toutes les sphères où l'activité de l'esprit humain se manifestait au début du seizième siècle; qu'aux poètes, aux littérateurs, aux érudits, aux professeurs, on ajoute des sculpteurs tels que Conrad de Malines, des peintres tels que Quintin Metzys, Joachim Patenier, Gérard Horenboul, Jean de Maubeuge et Bernard Van Orley (4G): qu'à côté des sculpteurs et des peintres, on place des mu- siciens tels que Willaert, Tinctoris, Josquin Deprez, Henri Isaac,Bruhier, Compère, Pierre de la Bue, Antoine Brumel et Agricola (47) ; qu'on embrasse d'un seul regard ce vaste ensemble de travail, d'ardeur, de lumière et de vie, et l'on sera convaincu que les Belges du dix-neuvième siècle , dévoués à leur patrie et jaloux de sa gloire, doivent se souvenir avec un profond respect, avec une patriotique reconnaissance, des brillantes générations qui vécurent sous l'administration éclairée de Marguerite d'Autriche, Oui, en tenant compte de l'état où les lettres et les sciences se trouvaient de ce côté des Alpes, dans les pre- mières années du seizième siècle, on est forcé de recon- naître que le mouvement intellectuel de notre pays était empreint d'un indéniable caractère de puissance et de grandeur. Ce mouvement grandit et se compléta sous le ( ^91 ) règne glorieux d'Albert et d'Isabelle; il prit alors des pro- portions immenses dans toutes les régions accessibles au génie de l'homme; il produisit d'inappréciables résultats, qui nous valurent l'admiration et la reconnaissance de l'Europe entière. Quel degré de force et de gloire n'eùt-il pas atteint, si la guerre, la discorde, et surtout la domina- lion étrangère, cette source permanente de tontes les hontes et de tous les abaissements, n'étaient venus l'entraver à l'heure où il marchait majestueusement vers son apogée? L'esprit national nous avait donné le progrès et la gloire. L'étranger nous imposa la compression et la décadence. Que ce triste dénoùment de tant d'efforts et d'espé- rances nous serve d'exemple et alimente notre patrio- tisme ! Tout en glorifiant nos ancêtres et en nous efforçant de marcher sur leurs traces, souvenons-nous que, même pour conserver le feu sacré des lettres et des arts, nous avons à défendre trois grandes choses dont les Belges des temps antérieurs furent trop longtemps privés : une patrie indépendante, une Charte consacrant toutes les libertés, une dvnastie nationale ! ÎNOTES. (1) Il ne faut pas donner ici à notre pensée une signification exagérée. Les lettres classiques n'avaient pas été complètement délaissées par les Belges du moyen âge. Ils avaient même conservé une connaissance notable du grec (voy. le Mémoire de M. Félix Nève, cité ci-aiirès). (2) Voy., pour les lettres et les arts à la cour de Marguerite d'Autriche, les études de M. Allmeyer, publiées dans la Revue belye, t. XIV, pp. 15- 38 et 247-274 ; t. XV, pp. 55-64. Voy. aussi Théod. Juste , Esmi sur rhisloire de l'histruclion publique en Belgique , cbap. Vil. ( 592 ) (ô) Je n'ai ccpciidaiil pas suivi celte règle d'une manière absolue. lîn laissant de côlé des publicisles tels qu'Erasme, des jurisconsultes tels que N. Everl^, des savants tels que Corneille Agrippa , j'ai cru pouvoir reven- diquer pour la Belgique les noms de quelques hommes qui, quoique nés dans les provinces hollandaises, avaient fait de notre pays leur patrie d'adoption. (4) Ovide, Tm^, V, 12. (5) Voici le passage en entier : « Le premier qui, à bonnes enseignes , donna vogue à nostre poésie fut maistre Jehan Lemaire de Belges , auquel nous sommes infiniment redevables non-seulement pour son livre de Vllluslration de Gaule, mais aussi pour avoir grandement enrichi nostre langue d'une infinité de beaux traits, tant en prose que poésie, dont les mieux escrivans de nostre temps se sont sceu quelquefois bien aider. Car il est certain que les plus riches trails de cette belle hymne, que nostre Ronsard fisl sur la mort de la royne de Navare, sont tirés de luy, au juge- ment que Paris donne aux trois déesses {Recherches , t. I, col. 699). « Joachim Dubellay n'est pas moins explicite. Il attribue à Jean Lemaire l'honneur d'avoir le premier « illustré et les Gaules et la langue françai.'^e, en lui donnant beaucoup de mots et de manières de parler poétiques, qui ont bien servi , même aux plus excellents de notre temps. » (Hlustration de la langue française.) (6) Voy. Altmeyer, loc. cit. Dans son mémoire en réponse à une question du concours de 1868 {Apprécier Jean Lemaire {de Belges) comme prosateur et comme poète)., M. Ch. Fétis nous paraît avoir été trop sévère pour notre poète {Mémoires couronnés, t. XXI; coll. in-8"). M. Van Has- selt, de son côté, a peut-être poussé un peu trop loin l'éloge, dans son Essai sur la poésie française en Belgique {Mémoires couronnés, t. XIII, pp. 144 et suiv.; coll. in-4"). M. Mathieu, dans son rapport académique sur le Mémoire de M. Ch. Fétis, a pré.senté les faits sous leur véritable jour {Bull, de VAcad., 2^ sér., t. XXV, pp. 505 et suiv.). — M. Altmeyer a publié une intéressante notice sur la vie et les œuvres de Jean Lemaire, dans ses études déjà citées sur le règne de Marguerite d'Autriche {Revue belge, t. XIV (1840), p. 247). (7) » Marguerite, dit l'abbé Maisieu, aimait passionnément la poésie française et elle n'omit rien pour lui donner cours dans les Pays-Bas. Elle se faisait un plaisir d'animer les poètes par ses libéralités « {Histoire de la poésie française , p. 298). (8) Plusieurs biographes disent que Marguerite, à l'âge de dix-sept ans, renvoyée de France, malgré ses fiançailles avec lé dauphin, et cinglant vers l'Espagne, où elle devait épouser un infant de Castille, écrivit, au ( 595 ) iiiilit'u lies niugissciiR'iils d'une icnipèto allrouso, répilaplie colcbie qui devait, trois siècles plus lard, exciter l'enthousiasme de Fonlenelle: Cy pisl Margot, la gente demoiselle, Qu'eus! deux marys, et sy mourut puccllc. Il paraît cependant que l'cpitaplie fut composée, contrairement à l'opi- nion des contemporains de Marguerite, non pendant la tempête, mais, le lendemain, sur le rivage de l'Angleterre (\oy. Ch. Félis, Mémoire sur Jean Lemaire, p. Il; t. XXI des Mcinoires couronn. par TAcad., coll. in-8»). — Voy. aussi la Notice rédigée par le baron de Roifl'enherg (p. 17 des Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque de Bourgogne, publiés par l'Académie). M. Cachet a publié les Albums et les OEuvres poétiques de Marguerite d'Autriche, d'après les manuscrits de la Bibliothèque royale (Brux., 1«49; XV1I« publication de la Société des Bibliophiles de Mons). Il y a joint, d'a|)rès un manuscrit appartenant aux Archives du royaume , la com- plainte composée par Marguerite sur la mort de son père, l'empereur Maxiniilien. (9) Cachet, ouvr.cité, p. 78. (10) Altmeyer, Revue belge , t. XV, p. 337. (11) Cachet, ouvr. cite, p. 36. (12) Ibid., p. 64. (13) Traduction en vers de Tissot, p. 101 (Paris, 1806). Je me suis borné à remplacer les mots le rapide Escaut par la rapide Dijle. Le poète avait dit : Muscosogenitor sic Delus ab antro. Tissot s'exprime ainsi, dans une note ajoutée au texte (p. 193): « Une foule d'ouvrages « géographiques que j'ai consultés sont muets sur ce fleuve; mais tout >' fait penser que c'est la Dijle , qui coule dans le Brabant, lieu du départ » de Jean second. L'Escaut étant un fleuve de la même contrée, je liai >■' pas hcsitc à le substituer à la Dyle. » (U) Tissot, ibid.,[>. 119. (lo) Le véritable nom de Jean second était Jean Everts. Il était Gis du célèbre jurisconsulte Nicolaus Everardus (Klaas Everts), président du Crand-Conseil de Malines. — Les poésies de Jean second ont été traduites en français par Simon, Mirabeau aîné et Tissot. Dorât a publié une tra- duction en vers des Baisers. M. Loraux a mis au jour une autre traduc- tion en vers des Odes , des Baisers, du Premier livre des Élégies et des Trois Élégies solerinelles. La meilleure édition des œuvres de Jean second est celle que M. Bosscha ( 594 ) a publiée à Lejde, en 18-21 , eu 2 vol. in-8". — M. Dossclia pense qu'un jeune frère, portant le nom de Jean et mort en bas âge, Gt du poêle un Jean second pour sa famille Une inlérossante biographie de Jean second a été publiée par Tissot.en tête de la traduction citée. (16) Voy. Swecrtius, Athenae belyicae, p. 398. Valère André, Bibliolheca bcigica, p. 719. (17) Voy. Paquot, mémoires pour servir à l'histoire littéraire des Pays-Bas, l. Il, p 459;édit. in-f". Altmeyer, Revue belge, t. XIV, p. 2S1. Reniaclc écrivit en l'honneur de Marguerite une pièce intitulée : Mysticum de illuslrissima Margari Awjiista Maximi linea , duce Burgundionum, necnon de ftosciilo oui Margarita nomen indidcrunt. (18) Hofman Poerlkanip, De vila ac doctrina Belgarum qui lalina car- mina composuerunt, p. 82 (au t. Il des Mémoires courotmés par rAcad. roy. de Bruxelles; coll. in-4''). Foppens, Bibliotheca belgica. Altmeyer, loc. cit., p. 252. Les poésies de Jean second et de ses deux frères furent réunies dans le recueil intitulé : Trium fratrum pocrtiata et effigies. Leyde, 161-2. (19) Voy. la Biographie iiationale, 1. 1", p. 207. (20) Parmi les écrivains de son siècle, de Schryver est souvent désigné sous le nom de Scribanius ou de Grapheus. Voy. Paquot, t. I, p.' 605 (édit. in-f"). Hofman Peerlkamp, p. 56. (21) Fabricius était né à Rurenionde et son véritable nom était proba- blement Smels ou de Smet. Voy. Paquot, t. III , p. 153. Hofman Peerl- canip, p. 51. (22) Voy. Paquot, 1. 1, p. 646. Hofman Peericamp.p. 50. (25) Voy. Paquot, t. II, p. 549. Hofman Peerlkamp, p. 55. (24) Voy., pour Mathieu Casteleyn, Jonckbloet, Geschiedenis der neder- landsche letterkunde, 1. 1'"'', pp. 474 et suiv. Snellaert, Verhandeling over de nederlandsche dichtkunst, etc., pp. 156 et suiv. (au t. XIV des Mé- moires courotmcs par l'Académie royale de Belgique; coll. in-4''). — Casteleyn a vécu de 1488 à 1550. Son œuvre principale, Const der rheto- riken, composée en 1548, ne parut qu'en 1555. Snellaert dit de lui : « Cas- teleyn was de godspraek by zyne lydgeuooten en by nog volgende geschiachten. » M. Jonckbloet a fait des œuvres d'Anna Byns l'objet d'une appréciation très-élogieuse. {Loc. cit., pp. 480-494) Voy. encore Snellaert, loc. ait, pp. 209 et suiv. Le plus ancien des poèmes connus d'Anna Byns est daté du 21 novembre 1525. ( 595 SwL'Lilius a coii>acre le distique suivant à la mémoire de celle femme célèbre : Arte pare<, Lcsbis Snpho et mea Bynsia diblanl Hoc solo : vitia liccc dedocel, illa docct. (-2o) Pour les Chambres de rhétorique des provinces flamandes, on peut consulter le Mémoire déjà cilé de Snellaert, pp. KKjet suiv., el le Mémoire couronné de M. P. Van Duyse, intitulé : Verhandeling over den drievoudigen invloel der rederykkameven, voorafyegaan door een over- zichl harer geschkdenis , etc. (Mém. cour., l. XI; coll. in-8"). (26) Voy. le Mcmuire .sur la vie el les écrits de Jean-Louis Vives, par M. Namèclie (au l XV des Mémoires conronnrs par l' Acad., coU. in-8"). (-27) Voy. pour Van Dorp ou Dorpius, Foppens, Dibliolheca belgica, p. 852. GoelLals, Lectures sur l'histoire des lettres, des 'sciences et des arts, 1. 1", p. 41. Félix Néve, Mémoire sur le collège des Trois-Langues à Loumm, pp. 22, 69, 113-121 , 126-128, 130,598-400. (28) Pour Lalomus, voy. Paquot, Mémoires pour servir à l'histoire lit- téraire des Pays-Bas, t. 111, p. 11. Foppens, op. cit., p. 520. Valère André, Bibliotheca belgica, p. 146. — Pour Tapper, Foppens, p. 1084. Valère André, op. cit., p. 416. Van den Uroeck, De Mardi Tapperi vila et scriptis oratio , dans V Annuaire de l'Université catholique pour 1854. Le t. XIV des Nouv. Mém. de l'Acad. renferme un Mémoire de M. de Ram sur la part que le clergé de la Belgique, el spécialement les docteurs de l'Université de Louvain, ont prise au concile de Trente. (29) Voy., pour Van Caarland, Fop|)ens, op. cit., p. 10. Valère André, op. cit., p. 7. Reusens, Vie de Barlandus, dans la Biographie nationale. Félix Nève, op. ci7., pp. 120, 121, 131, 140-143, 292-294. (ôO) Pour Jacques Van Horn ou Ceratinus, voy. Foppens, op. cit., p. 508. Valère André, op. cit , p. 405. A l'égard de la vie et des écrits de Ressen ou Rescius, on trouve des renseignements complets dans le Mémoire déjà cilé de M. Félix Nève, pp. 202-207, 300, 304. — Voy. le même Mémoire pour Goclen ou GoclC' nius, pp. 143-149, 298 , 299 , 332. (ôl) Pour Van Campen ou Campcnsis, voy. Paquot, op. cit., t. IF, p. 505, et le Mémoire déjà cité de M. Félix Nève, pp. 235-244, 514-Ô18. (32) Pour de Gosier ou Custos, voy. Foppens, op. cit., p. 623. Valère André, op. cit.,]K 488. Félix Nève, Mémoire cilé, p. 129. — Pour Georges (le Halewyn ou de Halli'in, Goelhals, Lectures, etc., l. IV, p. 46. Foppens, p. 358. Valère André, p. 203. Félix .Nève, pp. 56, 119 el 350. Le véritable nom de Despautère était Van Pauleren. Voy. Valère André, ( 596 ) p. 492. Foi)|)ens, p. 6"27. Félix Nève, pp. 15, i;29, 130, 292, 529, 530. (33) Voy. Félix Nève, Vie de Nicolas Clcynaerts, dans la Biographie nationale. Le même, Notice sur renseignement, les œuvres et les voyages de N. Cteynaerts, dans V Annuaire de VUniv. cath. pour 1844. Thonissen , La croisade pacifique ; vie et travaux de Nicolas Cleynaerts, au t. XIlI,2esér., des Bull, de VAcad. (34) Voy. pour Masseeuvv ou Massœus, Paquot, Mémoires, etc., l. I , p. 608; édit. in-f». (35) Voy. la Vie de Tilelmans que nous avons publiée dans le Bul- letin de la Société scientifique et littéraire du Limbourg , t. I. (36) Voy., pour Philippe de Clèves, le général Guillaume : Le dernier héros du moyen âge; au t. XXIX , 2" sér., des Bull, de l'Acad., pp. 261 et suiv. (37) La vie politique de Viglius est assez connue. Ses ouvrages juridi- ques sont indiqués dans la Bibliotheca belgica de Foppens, pp. 1152 et suiv. (38) Une biographie complète de Corneille de Schepper a été publiée par le baron de Saint-Génois, au t. XXX des Nouv. Mém. de l'Acad:, coll. in-4". (39) On trouve des renseignements détaillés sur Jérôme Busleiden et le Collège des Trois-Langues, dans le remarquable mémoire de M. Nève : Mémoire historique et littéraire sur le collège des Trois-Langues à l'Uni- versité de Louvain (au t. XXVIII des Mém. cour, par l'Acad.; coll. in-4"). (40) Érasme indique formellement ce nombre, dans une lettre du 24 sep- tembre ^521 , adressée à l'évéque de Genève Daniel Taispillus (Opéra , t. III, p. 666). (41) Lettre du 5 juillet 1821. Ibid., p. 666. (42) Voy. de Ram, Considérations sur Vhisloire de l'Université de Louvain (1423-1797); au t. XXI, 2« série, des Bull, de l'Académie. — Baron de Reiffenberg, Mémoire sur les deux premiers siècles de l'Université de Louvain. Aux t. V et VII des Nouv. Mém. de VAcad. — Th. Juste , His- toire de l'instruction publique en Belgique, ch. VII. (43) Avant Vives, les mêmes fonctions avaient été remplies, aux Pays- Das, par Rodolphe Agricola, et, après lui, on vit fonder des écoles ou enseigner dans les collèges Paul Léopard, Georges Cassander, Adrien de Jonghe, Lambert Hortensius, Corneille Valerius, Vivarius , Lambert Schenkels, etc., qui tous ont laissé des traces dans l'histoire littéraire du pays. (44) Extrait d'un Mémoire inédit de Me'' de Nélis, écrit en 1774 et inli- lulé : Sur les écoles et les études d'humanités aux Pays-Bas, réflexions tirées de l'histoire (Bibliothèque royale, n^^ 17, 759). ( 597 ) (-15) De iàlucation beUjiquc ou reflexions sur le plan d'éluden adopté par Sa Majcslé pour tes eolléijes des l'aijs-Has autrichiens, elc , p. 3 (Hruxelles, 1785). (4G) Voy., pour les peintres de la première nioilié du xvi<= siècle, Allnieycr, ouv. cit., pp. 40 el suiv. (Revue belge, l. XV), et le 1. 111 de Vllis- toirede la peinture flamande de M. Alfred Mieliiels, (47) Voy., pour les musiciens appartenant à cette époque, Altmeyer, ouv. et/., p. 43. Éd. Fétis, Les musiciens belges , t. 1", chap. VII et VIIF (Bruxelles, Jamar, 1851). — M. Aiph. Le Roy a ensuite pris la parole pour donner leclure du travail suivant : LE POUVOIU nV.S MOTiS. Qui d'entre nous, témoin des événements inouïs dont l'histoire contemporaine est tissue; qui d'entre nous, échappant un instant au vertige et secouant l'influence des journaux quotidiens, ne s'est involontairement rap- pelé cette parole du grand Bossuet : « Quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par l'appât de la liberté, elle suit en aveugle, pourvu qu'elle en entende seulement le nom? » Et elle va devant elle, la foule im- prévoyante et affolée, sans s'apercevoir qu'elle court à la servitude. Qu'est-ce à dire? On se laisse abuser par des mots : c'est le plus commun et, sans qu'il y paraisse d'abord, le plus funeste de tous les travers. Ainsi, j'en atteste M. de Tocqueville aussi bien que Tacite, l'étiquette démocratique n'a pas toujours été la sauvegarde de la liberté, et, en revanche, la déesse qu'on s'obstine à coiffer d'un bonnet phrygien n'a peut-être jamais été aussi solidement assise qu'en face de certains trônes, dans notre Belgique, par exemple. Mais mon but n'est pas d'insister ( 598 ) sur un cas particulier : je veux pénétrer plus avant, re- monter à la source des illusions qui entretiennent les malentendus et alimentent les haines. Je viens hardiment dénoncer ce coupable que Bossuet a pris un jour en flagrant délit; cet ennemi secret que nous réchaufl^ons dans notre sein, tous tant que nous sommes, et qui nous instille d'heure en heure une goutte de son poison lent; ce bouc émissaire qu'il faut charger de toutes les iniquités d'Israël; ce traître générateur de sophismes, qui s'abrite sous le manteau de la logique; ce démon qui séduisit Aristote lui-même et qui nous lit, grâce à la prodigieuse fortune de ce puissant génie dans les écoles, héritiers d'un second péché originel : le mot enfin, le mot, de tous les pouvoirs qui pèsent sur les hommes le- plus redou- table, le plus tyrannique, le plus inexorable, celui qui a fait verser le plus de sang, perverti le plus d'âmes, et qui, pour comble, a tenu les yeux bandés à la science libéra- trice, pendant des siècles et des siècles. Je sais bien qu'on peut dire, comme Ésope à Xanthus, que la langue est à la fois la meilleure et la pire chose du monde. Mais je n'ai pas en vue la traduction vivante de l'idée, la proposition ou la phrase considérée dans son unité, et qu'il dépend de nous de mettre au service de la vérité ou de l'erreur. Je parle des mots pris en eux-mêmes, de la menue monnaie dont nous sommes obligés de nous servir, à raison de la nature discursive de notre esprit. Une autre comparaison familière rendra, ce semble, encore mieux ma pensée. L'esprit humain ressemble au prisme, que les rayons solaires ne traversent qu'en se décompo- sant : les mots sont comme les couleurs, qui nous permet- tent de distinguer les objets, mais dont aucune, séparé- ment, ne nous révèle la plénitude de la lumière. Or je ( 599 ) soutiens que toutes les discussions des hommes, toutes les lévolutions religieuses ou civiles, tous les malheurs dont la société policée a été et sera, hélas! encore allligée, s'expliquent en dernière analyse par le caractère nécessai- rement vague de certains mots dont tout le monde se sert, ou, au contraire, par un excès de précision dans la détermination de l'idée qui s'est attachée à certaines au- tres. Celte remarque a été faite depuis longtemps par les plus glorieux penseurs dont s'honore l'hunTanité, et elle est au fond de l'avertissement solennel de l'aixHre : la lettre tue et C esprit vivifie. Cependant la question, quand on la creuse, se présente incessamment sous des aspects nouveaux, et il est permis d'ajouter qu'elle ne sera jamais épuisée. Elle est d'ailleurs à l'ordre du jour. Les méthodes des sciences inductives se sont transformées, et l'em- pire des mots s'y est écroulé comme jadis la statue d'or aux pieds d'argile; mais en matière de philosophie, de lé- gislation, de politique, d'économie sociale, en matière de religion même, on peut dire qu'aujourd'hui, comme au temps du concile de Nicée, il suffit encore d'un iota pour trouhler les consciences et lézarder jusque dans ses intimes fondements l'édifice de civilisation dont nous sommes si fiers. Le premier venu parle du progrès; mais combien peu savent distinguer le vrai progrès du faux! Ce seul mot va me servir à établir ma thèse et à en présenter, du même coup, une première application. Je ne crains pas qu'on trouve hasardée cette proposition, à quelque nuance de l'opinion qu'on se rallie : la mesure du vrai progrès, c'est la somme des idées ou des aspirations légitimes, c'est-à- dire saisies dans leur complète évidence ou pleinement justifiables dans le for intérieur, qui de la conscience in- ( 600 ) dividuelle sont arrivées à la conscience publique. Voyez plutôt : dans l'antiquité païenne, l'un ou l'autre esprit supérieur a pu pressentir que tous les hommes sont frères, et qu'ils doivent être égaux devant les lois comme ils le sont devant Dieu; mais la civilisation moderne, qui repose tout entière sur la proclamation de ce dogme et est mise en demeure d'en pénétrer de plus en plus les institutions civiles et politiques, la civilisation moderne n'a pu prendre son essor que du jour où la voix du Christ a été entendue des humbles comme des superbes; l'étranger a cessé d'être un ennemi, l'esclave a vu tomber ses chaînes, la porte du gynécée s'est ouverte : voilà le progrès. Ainsi encore, depuis qu'il est avéré que les persécutions religieuses n'enfantent que des martyrs ou des hypocrites, nul ne peut plus être inquiété pour sa croyance : voilà le progrès. Ce sont là des vérités banales; mais c'est justement parce qu'elles le sont devenues qu'il y a eu progrès réalisé. De même dans les sciences : il a fallu du temps pour assurer le triomphe des démonstrations de Copernic et de Galilée; mais personne dorénavant ne confondra plus le centre de notre planète avec le centre de l'univers, et nos petits enfants se rendent mieux compte des merveilles du ciel que le Stagirite et que Ptolémée : voilà encore le progrès, le vrai progrès émancipateur et indiscutable. Quand une vérité de doctrine ou de fait est tellement mise en lumière qu'on ne saurait la renier sans se mentir à soi-même, il y a progrès, mais — dans ce cas seulement. Retournons la médaille. Il circule depuis des siècles et il entre tous les jours dans la circulation une foule de mots qui ne représentent que des idées flottantes ou trop étroites, ceux-là susceptibles d'interprétations très-diverses, ceux-ci limités par la convention à une acception exclu- ( 6(»l ) sivc. On s'accoulunie à les employer ai bilraircineiit, sans calculer leur portée, ou, le pis que j'y trouve, on aiïectc! (le les répéter à satiété parce qu'ils sont les scliild en vriend du parti auquel on est inleodé. On s'en sert, si je puis dire ainsi, au mieux des intérêts de ce parti; ils deviennent sacramentels, pour peu qu'ils figurent, en guise d'épigraphe, au titre de la feuille dont on lait clia(iue matin ses délices. Et ne comptez pas ici sur l'ombre même de la tolérance; je généraliserais volontiers ce vers cé- lèbre : Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amis. Voilà le domaine du faux progrès, l'illusion du progrès, qui substitue le respect d'un oracle de circonstance au respect pur et simple de la vérité. Thomas Reid avait raison de dire que nous naissons crédules : c'est une né- cessité de notre nature. L'homme n'est complètement homme qu'au sein de la société, et la société serait impos- sible si nous n'avions aucune foi dans le témoignage d'au- trui. Cependant ce témoignage et, en général, lesenseigne- ments que nous recevons du dehors ne sont ni toujours sincères ni nécessairement infaillibles : responsables de nos actes, nous sommes donc tenus, à un certain moment, de nous édifier au sujet des données d'après lesquelles nous avons à régler notre conduite. Or, un bien petit nombre d'esprits ont cette force ou prennent cette peine. « Quelle est la tâche la plus dure qu'il y ait au monde? se demande un philosophe. — Penser ! » Aussi laissons-nous volontiers les autres penser pour nous; en revanche, dans notre naïve sufiisance, nous en arrivons bientôt à être intimement persuadés que nous avons trouvé par nous- mêmes les formules dont nous ne sommes que les échos, 2™* SÉRIE, TOME XXXV. 59 ( 602 ) C'est ainsi, les intérêts et les passions aidant, qu'il se forme dans l'État, dans le domaine des relations sociales de tout genre et même, surtout peut-être, dans la répu- blique des lettres et des sciences, une chaîne sans fin de préjugés de parti, de secte ou d'école, que souvent une cruelle expérience parvient seule à rompre. Alors on se regarde ébahi, on brûle ce qu'on avait adoré, on recom- mence de plus belle à écouter aveuglément de nouveaux maîtres, ou bien, de guerre lasse, on se réfugie dans l'in- différence et le scepticisme, et le dépit perce sous les rica- nements. En attendant, chacun porte son galon au grand soleil et lance l'invective à qui en porte un autre. Vous êtes rétrograde, doctrinaire, radical, socialiste, juif, jésuite, libre-penseur, réactionnaire, militariste, protec- tioniste, ontologiste, atomiste, darwiniste, homœopathe, c'est assez : vous êtes un tison d'enfer. Le moyen , s'écrie Pascal, de démontrer qu'on n'est pas un tison d'enfer? Dites qu'un chien est enragé, on le croira. Il est convenu que vous appartenez à tel camp; c'est un stigmate ou un signe de ralliement ; vous avez absolument raison ou abso- lument tort; point de quartier : timeo Danaos et dona fer entes. Ce qui nous rend injustes et ce qui nous bouche les yeux, ce qui fait que le vrai progrès est constamment enrayé, c'est, je le répète, l'habitude que nous prenons sans le savoir, ou cédant à une suite d'entraînements con- tagieux, de répéter des mots d'ordre, ce qui équivaut à n'envisager qu'un seul côté des questions. Rien n'est plus dangereux que les idées exclusives, lorsque le mot qui les incarne acquiert de la pojiularité. Un seul mot peut boule- verser de fond en comble l'édifice social, fourvoyer les aspirations les plus légitimes, se retourner même contre ( 603 ) C(Mix (jui l'oiil adopté pour symbole. « Qu'est-ce que le Tiers-État? — Rien. — Que doit-il être? — Tout! p l.a révolution IVaiu;aise était en germe dans C('ll(; léponse de Sieyès. Or, la révolution française servit sans doute la cause du progrès, mais elle s'égara et menaça la généra- tion suivante de nouveaux orages, pourquoi? Parce qu'elle n'eut à cœur que l'abolition des privilèges. Pour s'être engouée d'un mot, elle opprima une partie de la société dans son empressement à en affranchir une autre; elle voulut effacer l'ancienne distinction des classes, et elle ne vit pas que son principe, trop étroit, devait inlailliblement, plus tard, en faire surgir une nouvelle. Nous lui devons nos libertés et l'égalité des citoyens devant la loi : pré- cieuses conquêtes! Mais, en ne s'occupant que des droits de l'homme et non de ses devoirs , elle a ouvert une plaie autrement douloureuse que celle qu'elle s'était imposé la mission de fermer. Notre condition matérielle et morale est sans doute incomparablement meilleure que celle de nos ancêtres; mais si la dignité de lliomme était, en Grèce et à Rome, méconnue chez l'esclave, l'esclave au moins avait du pain; le serf du moyen âge était attaché à la glèbe, mais il avait du pain; le monopole dominait l'in- dustrie, mais les compagnons trouvaient protection dans l'organisation du système corporatif. Tout le monde a été alTranchi en 1789; mais, parmi les libertés qui ont été con- stitutionnellement reconnues depuis, il y a la liberté... de mourir de faim. Le problème social, inaperçu dans le pre- mier moment d'ivresse et pendant la période des grandes guerres, se dresse tout d'un coup, effrayant et impérieux comme la misère, devant la société contemporaine. Il n'y a pas à reculer : elle est tenue de trouver une solution. Quelle sera cette .solution? Qui oserait dès à présent la ( 604 ) préciser, la définir? On peut du moins, en la cherchant, se mettre en garde contre un écueil semblal)le à celui où l'on se heurta en 1789; et cet écueil, maintenant comme alors, on ne saurait trop le dire et le redire, c'est l'abus des mots. Jadis on opposait le Tiers-État à la noblesse; quand la tourmente éclata, le mot aristocrate devint synonyme de suspect : nous en avons encore le cauchemar. Aujourd'hui, le Tiers-État s'appelle bourgeoisie, et l'autre terme de l'an- tithèse, ce sont les ouvriers^ c'est la classe ouvrière. Les publicistes de tout système et de tout calibre, les écono- mistes comme les socialistes admettent tacitement cette distinction, comme s'il y avait encore, à proprement parler, des castes. Les uns et les autres ne s'aperçoivent pas, ou feignent de ne pas s'apercevoir que ce sont ces dénomina- tions arbitraires, retentissant sur tous les tons dans les meetings, dans la presse, dans tous les champs clos ouverts à la discussion , qui accréditent les idées fausses et fournissent des prétextes aux agitateurs. La bourgeoisie, dit-on, représente le capital, la classe ouvrière représente le travail; la société active est ainsi derechef parquée en deux catégories, qu'on affecte de dépeindre comme néces- sairement hostiles l'une à l'autre : les exploitants et les exploités. Ce qu'on accumule par là de sourdes rancunes est incalculable , et le bon public est à la fois dupe et com- plice des déclamateurs. La question de la dépendance mu- tuelle des trois facteurs de l'industrie, de V intelligence^ du capital et du travail, — car il ne faut pas oublier l'in- telligence, — est posée très-certainement, et plus d'un patron, dans nos grandes usines, a fait preuve, en essayant de la résoudre, du plus noble désintéressement, de la plus louable sollicitude. Mais on ne leur en lient pas toujours ( 605 ) complo, et les insinuations médian tes, les impatiences et les fins de non-reccvoir vont leur train ; or, ce n'est pas, ù coup sur, par des récriminations qu'on aplanira la dilli- cullé au prolit et ù la satislaction de tous les ayants droit. Ce qui égare les esprits, au contraire, ce qui tôt ou tard pourrait mettre tout en péril, c'est qu'en haut comme en bas on prend les mots dans un sens tout ensemble indéter- miné et exclusif, sans se i)réoccuj)er des nuances, posant des limites impossibles, divisant ce qu'il faudrait unir. Au lieu d'appliquer à chacun une étiquette, que les gens éclairés travaillent de concert à la réalisation pratique de la fraternité humaine; mais pour cela qu'ils se défient avant tout de la logomachie, de l'empire des mots qui font oublier les choses et ne servent, quand on s'incline devant eux, qu'à pallier les injustices ou à surexciter les convoi- tises. Abandonnons ce terrain brûlant; aussi bien retrouve- rons-nous partout des illusions analogues, entretenues par de traîtres mots, s'il m'est permis d'employer cette locution vulgaire. Ces traîtres mots, recueillis par la mode, qui va le plus souvent chercher ses inspirations dans des régions malsaines, contribuent pour une large part à la corruption des mœurs, tantôt par l'euphémisme, tantôt par le cynisme. L'euphémisme? Est-ce que, grâce à la littérature courante, l'adultère ne porte pas les plus beaux noms du monde, excepté le sien? Est-ce que l'art de faire des dupes n'est pas devenu le génie des affaires? Est-ce qu'un criminel n'est pas d'autant plus intéressant (ju'il est plus effronté? Est-ce qu'une dette de tripot n'est pas une dette ù'honneur? Est-ce que Vhonneur ne veut pas qu'on accepte un duel? Est-ce qu'un fourbe n'engage pas sa parole ûlionneur vis-à-vis d'un autre fourbe? Com- ( 606 ) bien de gens ne méritent pas qu'on ait Vhonneur de les saluer! Bientôt, en vérité on ne saura plus comment dési- gner le véritable honneur. Le cynisme? Mais les mots vertu, vertueux sont presque ridicules, et je ne sais quel argot de bas lieu envahit et dénature graduellement les langues modernes, et en particulier notre belle langue l'rançaise. La poésie se meurt, le réalisme a supprimé la beauté. On commence à trouver naturel que toutes les laideurs s'étalent, que tous les vices se montrent à nu : la Vérité, dit-on, ne doit plus se cacher au fond d'un puits. Mais cette vérité brutale qu'on attire au grand jour n'est que la réalité hideuse d'une lèpre qui gagne de proche en proche, et non pas la vérité vraie, splendide, éternelle! De celle-ci , on se détourne , de peur d'en être ébloui; on se justifie ainsi d'avoir des goûts dépravés, que dis-je ! on s'en glorifie, on chante bien haut dans l'ombre comme les poltrons qui veulent se donner le change. Oui , on a peur d'être surpris respectant quelque chose : l'école cynique n'aime pas les faux semblants, et les badauds la prennent au mot, même dans le monde où l'on porte des gants. Tout ce que nous avons appris à vénérer, elle le bafoue; tout ce qui est pur, elle le macule; tout ce qui est délicat, elle le meurtrit. Le danger est grand, parce qu'elle flatte les instincts grossiers des masses, parce qu'elle chauffe à blanc les avidités jalouses; dans la petite presse, dans les publications à images, dans les cafés chantants, elle alïiche systématiquement la pourriture de ses gangrènes morales et l'audace de ses haines envenimées. Nous n'y prenons point garde, tant l'habitude nous émousse. Insen- siblement le niveau monte, rien n'étonne plus personne, même dans les cercles polis, je le répète; il est vrai que, là aussi, les apôtres de la négation ont préparé le terrain. ( «07 ) Jusque sur les grandes scènes litléraires, on a enseigné aux (ils à mépriser leurs parents, aux parents à souiller, par leurs paroles et par leur exemple, la robe (riniiocence tie leurs enfants. Le langage se ressent nalurelleincnt de ces impudeurs : mais quoi! Du moment où les cieux sont vides, où Vidôal n'est plus qu'un sot higotisnie, où le scnlitiienl a fait place à la sensation, où Vainour n'est plus (pi'une lièvre, la famille qu'un préjugé, Vhcrédilê qu'un abus destiné à mourir prociiainement de vieillesse, on aurait tort de se gêner; il est temps qu'on aj)pelle les cboses par leur nom. Pourvu qu'on ait une pointe d'esprit, tout passe : gens gourmés, armes bas! Au fond, pensez ce que vous voudrez, mais, de grâce, riez de ces saillies piquantes, riez de tout, au besoin riez de vous-mêmes et de vos désastres! on se damnerait pour un bon mot, s'il y avait un enfer. Voilà la bonne philosopliie : jeter son bonnet par dessus les moulins, carpe dieni, et vogue la galère! A Dieu ne plaise que je m'érige en censeur; nous ne valons peut-être ni plus ni moins que nos devanciers; mais je fais le procès aux mots dont on ne s'elfraye pas et dont on devrait s'effrayer. Ils sont moins le miroir des mœurs, ma naïveté me porte à le croire, qu'ils n'en sont le dissolvant. Je voudrais citer, je n'ose : la langue verte n'a point accès dans l'enceinte d'une académie. Kt pour- tant, en y regardant de près, je n'en jurerais point: de- main peut-être on sera mis en demeure de grossir les dictionnaires de quelques-unes de ses épaves. Le respect bumain y est [)Our beaucoup. On ne veut pas avoir l'air de tomber du ciel. Tous les snobs ne sont pas en Angleterre : nous gobons les mots pour les mots, nous sonnons creux. Je pense, malgré moi, à cette pièce que ( 608 ) M"" (le Slaël vit représenter à Vienne : « Arlequin arrivait revêtu d'une grande robe et d'une magnifique perruque, et tout à coup il s'escamotait lui-même, laissait debout sa robe et sa perruque pour figurer à sa place, et s'en allait vivre ailleurs. » Serait-il donc vrai que nous subissons le joug d'une scolastique plus vide et moins justifiable que l'ancienne, et que l'esprit s'envole à tire d'aile pour lais- ser debout la lettre, son vêtement? Si l'on ne peut le nier, en dépit de l'éclat des flambeaux que la science allume de toutes parts, d'où vient celte misère du dedans sous de si brillants debors, pourquoi cette cendre au cœur de la belle pomme rouge de Jéricbo? Voilà certes un sujet digne des méditations de tous les esprits sérieux ; je n'ai point la prétention de l'aborder ici; puis-je seulement en faire apprécier le puissant intérêt! Platon, dans le Cratyle, se plaint déjà de la tyrannie des mots; il nous donne, par la bouche de Socrate, le sage conseil de contemple}^ les choses en elles-mêmes. Mais com- ment s'y prendre? Selon son habitude, Platon, ne conclut pas. Aristote crut résoudre le problème par sa théorie de l'induction, qui a pour but de nous enseigner à définir : la définition doit nous faire connaître l'essence intime des choses, ce que les anciens appelaient la forme. Le langage a changé : aujourd'hui le mot forme éveille l'idée du con- tour extérieur; jadis c'était tout le contraire. La définition trouvée, on était censé. se rendre compte de la chose dé- finie : une fois entrés dans cette voie dangereuse, je dis dangereuse, parce que, comme dit le poète, « il y a plus de choses au ciel et sur la terre que nous n'en pouvons rêver dans toutes nos philosopbies ; » une fois donc entrés dans cette voie, les disciples allèrent plus loin que le maî- tre : les mots gouvernèrent la science et la pétrifièrent. ( 609 ) On jura par Arislole, on se dispensa d'observer après lui la nature; l'intelligence humaine se vit empêtrée pour des siècles dans les mailles de l'inextricable réseau des for- mules conventionnelles. Tout y passa, jusqu'à l'astronomie et la médecine. Par une série de démonstrations rigou- reusement logiques, il fut établi que toute génération pro- cédait du ciel; par conséquent la position des astres au moment de la naissance d'un enfant déterminait son tem- pérament et jusqu'à ses destinées : de là les thèmes de luitiviîé, les horoscopes. Sur la théorie des tempéraments, répondant aux humeurs, s'éleva toute la médecine galé- nique : le malade succombait-il, s'il avait été traité selon les règles, la conscience de M. Purgon était tranquille. Quand un fait demeurait inexpliqué, on avait recours à une qualité occulte : l'opium fait dormir, parce qu'il y a en lui une vertu dormitive. Des mots, rien que des mots; et malgré les Vésale et les Harvey, malgré la réaction baconienne, ces préjugés vécurent jusqu'au temps de Mo- lière. Puis tout d'un coup on s'insurgea contre les abstrac- tions stériles; on se fit- un devoir, par exemple, d'étudier la constitution des malades, et la science moderne, basée sur l'expérimentation, prit son essor. Je pourrais parcou- rir toute l'encyclopédie du savoir humain : on verrait que le progrès véritable, puisqu'il me faut encore employer ce terme, a toujours été en raison inverse du crédit des formules d'école. Descartes ouvrit la parallèle de son côté, en comparant les péripatéticiens, retranchés derrière l'obscurjté des mots, à des aveugles qui, pour rendre le combat égal, attireraient un homme clairvoyant dans une caverne. « Que cet homme, ajoutait-il , sache donner du jour à la caverne , qu'il force les péripatéticiens d'attacher des ( 610 ) idées nettes aux mots dont ils se servent : son triomphe est assuré. » Pascal, Locke, Leibniz, Helvetius et d'autres vinrent à la rescousse, les abus de la scolastique mouru- rent de leur belle mort; enfin le soleil de la grande science se leva radieux à l'horizon de notre siècle. Ici la victoire est remportée; mais tout est-il dit? Un coin du voile est soulevé; mais la mystérieuse statue de Sais va-t-elle tout entière apparaître à nos yeux éblouis ? Hélas! Le public ordinaire ne s'en doute pas : à son insu, dans un autre domaine, il est resté esclave des habitudes d'es- prit du péripatétisme. Des mots nouveaux , qui ont servi de passe-port aux théories philosophiques et sociales émises depuis trois quarts de siècle, ont franchi les uns après les autres la porte des écoles, et je remarque malheureuse- ment que ce sont les ignorants, ceux qui ne savent pas d'où ils proviennent, qui en émaillent le plus volontiers leurs discours. Il faut bien , au risque de parler un instant un langage austère, que je mette le doigt sur la plaie. La critique de Kant nous a fermé les régions transcendantes,, et la métaphysique, dans l'œuvre audacieuse de Hegel, est venue pour un temps s'abîmer dans la logique, c'est-à- dire que les idées les plus générales ou les plus abstraites ont été représentées comme ce qu'il y a de plus réel. Et comme, d'après cette doctrine, toute contradiction s'éva- nouit dans l'absolu; comme d'autre part cet absolu, substi- tué à l'ancien Dieu , n'est autre que l'idée éternelle con- stamment en évolution, les sophistes du dix-neuvième siècle en sont venus à soutenir que le pour et le contre sont également légitimes à leur moment, et par conséquent à enlever tout point d'appui à la conscience. Des penseurs très-sincères, mais séduits par ce miroitement des formu- les vides qui fascine si aisément l'esprit humain, les uns V 61* ) scioninu'iit, les autres bénévolement, sous rinlluence des premiers, ont api)li(iué la dialectique hégélienne aux ques- tions sociales, économiques, juridiques, voire même aux arts et à la littérature. Ils n'ont réussi qu'à tout dissoudre et à oblitérer chez leurs adeptes le sens du vraieljusqu'au sens moral, jusqu'à la perception nette de l'antithèse du bien et du mal. Une réaction violente s'est opérée contre le dogmatisme du nouvel Âristote; il est impossible, après tout, de se tenir debout sur ce sable mouvant. Mais qu'est- il arrivé? L'astre de la vérité avait disparu dans la brume; on l'a renié plus que jamais, pour ne s'attacher qu'à l'ob- servation des phénomènes changeants. La recherche des causes ayant été déclarée impossible, on a remplacé l'idée de cause par l'idée de loi ou de série, et l'enseignement qui est résulté de là, n'en déplaise aux partisans de la inorale indépendante, c'est que toutes nos convictions n'ont qu'une valeur relative. Des écoles et des gros livres, ce triste scepticisme, qui n'épargne pas même les senti- ments les plus intimes, les aspirations les plus chères de l'homme, s'est infiltré dans les couches sociales inférieu- res, par les prédications populaires et par les publications à bon marché, si bien que tout idéal a été tué au cœur du peuple : c'est Proudhon lui-même qui le déclare, Proudhon qui cherchait à sauver sa théorie de la Révolution perma- nente en la couvrant de l'égide de la Justice, ne voyant pas qu'en cela il était en désaccord avec lui-même, puisque son principe à'anarchie excluait tout absolu. Bref, le vide s'est fait dans les âmes, et par une conclusion inévitable, on s'est mis à vivre au jour lejour: devenir riche pour mieux jouir, pour vider la coupe jusqu'à la lie, après quoi le dé- luge, tel a été l'unique but assigné à la génération nou- velle par ceux qui se sont proclamés ses émancipatcurs. ( 6^2 ) La critique poussée à l'excès et, quoi qu'elle en dise, n'ayant plus ni critérium ni pivot, a tout battu en brèche, tout réduit en poussière, et s'est fait écouter parce qu'elle avait à son service des mots sonores et des airs dédai- gneux : les timides la redoutent, les madrés empruntent et vulgarisent son langage. Plus on est audacieux dans la négation, plus on est avancé; avancé vers quoi? J'allais répondre : vers l'abîme! On l'a entrevu, l'abîme, à la lueur du pétrole. Jamais on ne s'est autant payé de mots vides d'idées; jamais, dans le domaine du for intérieur, on ne s'est autant contenté d'à peu près. Les éclectiques nous avaient appris à nous contenter de vérités provisoires; les nouveaux apôtres éliminent sans sourciller tout ce qui les gène : c'est à peine si l'histoire trouve grâce à leurs yeux ; on sait à peine où commence le mythe... Mais quoi? Peu importe! A quoi bon s'occuper de ces vieilleries! Le positivisme, dont je viens d'indiquer les origines, est légitime dans les sciences d'observation; dans l'ordre moral , il n'est qu'un mensonge décevant, l'excuse des pa- linodies, une sourdine mise à la conscience. Positivisme , en ce sens, est un de ces mots empoisonnés que je prends à partie. Un mathématicien célèbre, qui est en même temps un profond penseur, dit quelque part, reprenant une re- marque de Leibniz, que les termes dont nous nous servons le plus souvent sont les plus indéterminés : substance, cause, force, loi, raison, foi, liberté, etc.; néanmoins, bien que deux interlocuteurs les entendent différemment, ils savent parfaitement les appliquer de façon à se comprendre; il est donc peu regrettable , ce semble , qu'ils restent indé- terminés. Les naturalistes en sont-ils moins d'accord sur les faits, parce qu'ils n'entendent pas de la même manière les mots nature et espèce? Ces mots font le même office, ( 613 ) dans le langage île la science, que les symboles dont on se sert en algèbre; on les met de côté dès qu'on n'en a plus besoin. Fort bien; mais Je danger qui n'existe pas en ma- thématiques, où les résultats cherchés sont indépendants de la valeur numérique des incommensurables, ce danger existe ailleurs : les sciences naturelles elles-mêmes, quand ou n'a confiance qu'en elles, peuvent déteindre sur la mo- rale. On a beau en bannir les questions de principes , elles reviennent en tapinois; les positivistes , qui ont horreur de la métaphysique, en font sans le savoir, et il le faut bien. Le darwinisme pris rigoureusement, par exemple, n'im- plique-t-il pas une solution métaphysique du problème de l'espèce, et une solution devant laquelle il est impossible de rester neutre? S'il y a filiation entre tous les êtres, dif- férence de développement seulement entre l'homme et les singes dits anthropoïdes , et si le struggle for lifs, la loi de sélection est notre unique loi comme elle est celle de toute la nature, on aurait tort de malmener le loup pour avoir croqué l'agneau, et Las Casas a montré décidément trop bon cœur quand il a pris le parti des malheureux Peaux-Rouges; la bonne vieille théorie des droits et des devoirs risque fort, en somme, de s'écrouler pièce à pièce comme un édifice vermoulu. Non, l'homme ne vit pas seu- lement de pain : que la science poursuive son œuvre, qu'elle formule ses conclusions sans réticence, quelles qu'elles puissent être; mais ne disons pas d'avance que l'expérience sensible est la seule source de la lumière. 11 y a dans notre sein une autre petite lumière qui sert à éclairer l'expérience elle-même; ne l'oublions jamais. C'est elle qui nous apprend à être prudents : les positivistes sont ingrats, car sans eile ils ne parviendraient pas seulement à saisir la connexion de deux faits. Si le moi humain ( 614 ) n'était, comme ils le crient sur les toits, qu'une collection (le phénomènes réductibles à des faits purement physiques, la conscience et la science seraient impossibles : mais quoi ! Cette doctrine elle-même est une métaphysique, plus dé- pendante de l'hypothèse que toutes les autres! Les principes, les axiomes sont plus positifs que les faits : j'appelle principes les vérités qu'on ne peut entendre de deux manières dès qu'on les a comprises , les proposi- tions qui nous rendent raison de la possibilité des faits. Le fait est brutal, dit-on, il s'impose : oui, mais en ce sens que nous n'en pouvons nier l'existence; non , en ce sens que nous serions sûrs de le connaître tel qu'il est. Les impressions sensibles sont individuelles : je vois bleu; vous voyez vert; ai-je le droit strict de dire que cette étoffe est bleue ou verte? Toutes les personnes présentes la disent verte : je m'inclinerai devant la majorité; et pour- tant, je la vois bleue, qu'y faire? Mais il ne se peut, ni pour vous, ni pour moi , ni pour âme qui vive, que deux et deux ne fassent pas quatre, ni qu'il soit permis de s'ap- proprier le bien d'autrui. Qui ne s'appuie que sur les faits ne peut jamais être sûr d'avoir complètement raison. De là à l'indifférence pratique , il n'y a qu'un pas ; le positi- visme se dévore lui-même , car il appelle positif précisé- ment ce qui ne l'est pas. Dès lors, comme au temps des Gorgias et des Prodicus, aura raison qui parlera le plus haut, qui mettra les rieurs de son côté! Dignité, sincé- rité, vains mots! Tout est sujet à caricature ; on voit reparaître les bouffons littéraires dont parle M. Martha, ces grimaciers qui cherchent à surprendre l'esprit par le contraste choquant d'un plat langage appliqué à de nobles idées. Leur succès est certain : « Le sot farceur qui s'avi- serait de barbouiller le visage à la Vénus de Milo serait ( 615 ) sûr (le faire rire les badauds. » Rien n'est plus facile. Mais sont-ce là des œuvres méritoires, est-ce là le j^rogrès? Les journaux charivariques nous délassent; vous et moi, nous nous y laissons prendre; mais quand on n'a plus d'autre aliment, quand on rit de tout et surtout de l'idéal, sous couleur de positivisme, quand on ne trouve plus de plai- sirs spirituels que dans le cliquetis des jeux de mots, on risque fort de se voir appliquer l'avertissement du baron de Stassart aux enfants imprudents : Vous êtes sur un tas de neige... Gare le rayon du soleil! Ils auront beau faire : tôt ou tard le soleil percera les nuages, le dégel arrivera. Prenons donc nos précautions, de peur d'être ensevelis sous l'avalanche. Les scolastiques cristallisaient la science en se fiant à des mots; les hégé- liens et les premiers prédicateurs du socialisme se gri- saient de grands mots, les prenant pour de grandes choses; les modernes sceptiques opèrent avec les mots pour faire le vide. Prenons-y garde : au lieu d'éliminer les grandes inconnues, disons-nous bien que sans elles le spectacle de ce monde se réduirait à une vaine fantasma- gorie. Si les hautes aspirations de l'homme ne peuvent être prises au sérieux, ce n'est pas la peine de naître : Nam sine doctrinâ, vita est quasi mortis imago. Ah! je voudrais faire comprendre que la vie est en effet sans prix quand on se désintéresse de ces problèmes. C'est un suicide moral. L'homme sans espérances, l'homme qui raille systématiquement grince des dents. Un peuple sans convictions n'est plus un peuple. Nous n'en sommes pas là. Dieu merci; mais il ne faut pas se le dissimuler : le ver ( 616 ) est au cœur du fruit. Beaucoup confondent la licence qui détruit avec la liberté qui féconde. Répandez l'instruction à profusion ! s'écrie-l-on de toutes parts; d'accord : on ne sait où l'on va quand on marche dans les ténèbres. Mais, bonnes gens! l'instruction n'est qu'un moyen et non pas un but. L'enfant se blessera, si vous ne lui montrez à se servir de l'arme que vous lui mettez dans la main. C'est-à-dire que l'instruction n'est qu'un présent fatal, si elle n'est dominée par l'éducation; bien mieux, elle n'est qu'un leurre. On passe pour instruit quand on s'est approprié quelques livres : erreur profonde! Ce savoir n'est qu'une induction en tentation, quand il n'a pas empoigné la conscience. C'est la conscience qu'il faut former et fortifier et que nous négligeons. INos enfants auront l'air de tout savoir; mais, si nous n'y veillons plus attentivement, leur cœur ne sera pas rempli. Nous sommes des professeurs d'égoïsme. Ceux qui nous ont élevés va- laient mieux, parce qu'ils avaient foi dans l'œuvre qu'ils avaient entreprise : nous jouissons platement de leurs sa- crifices. On voit surgir beaucoup d'orateurs de carrefour ou de banquets; mais les puissantes individualités de la génération précédente ne sont guère remplacées. La gran- deur et la vraie force sont encore du côté des vieillards. Ils avaient appris moins de choses que nous, mais ils fai- saient meilleur marché des mots. Ils ont eu la volonté et la vigueur de tout conquérir, et tout leur a été donné par surcroît. L'instruction n'est plus, en somme, dans l'opinion publique de plus d'une contrée , qu'un vernis, un piédestal, un capital placé pour parvenir; pour eux, elle était un moyen de devenir meilleurs et de rendre la société meil- leure. Or, le savoir qui n'est pas compris ainsi vaut à peine mieux que l'ignorance. (017 ) Ilomnios d'Etal, publicislcs, dispcnsaleursdes lumières, dans loutos les spliùies el à tous les échelons, formez donc une sainte ligue et comhaltez de toute votre énergie cette propagande malsaine des sophistes. Combattez à la tri- bune, dans la presse, dans l'école, non pas derrière des mois (|ui divisent et qui énervent, mais derrière des idées qui unissent el qui lorlilient. Ces problèmes, que les scep- tiques suppriment, abordez-les résolument, comme il con- vient à notre siècle. Dans le domaine des affaires publiques, dans l'ordre intellectuel et moral, partout, il y aura tou- jours des débats à poursuivre, parce que toute question se présente sous deux aspects : Tordre social et la liberté, la conservation et le progrès, l'équilibre et le mouvement ne sont pas des éléments contradictoires, mais des pôles nécessaires l'un à l'autre. L'esprit de parti ne voit pas cela, et c'est pourquoi la légende de la toile de Pénélope est encore vraie. Il faut des partis, des luttes d'opinion; mais toute la vérité n'est ni à droite ni à gauche , elle est plus haut, et c'est là qu'il faut la chercher en commun, puisque aussi bien nous avons tous le môme but à poursuivre. Pourquoi nous arrogeons-nous un monopole? On peut être un fidèle tory et se rallier, à l'occasion, à une mesure pro- voquée par les whirjs. J'irai jusqu'à dire que la stabilité des institutions libres est au prix de cette pleine indépen- dance des caractères, et que la science elle-même est pa- ralysée dans son essor, du jour où l'on dédaigne les écoles rivales. Au lieu de chercher obstinément le défaut de la cuirasse de ses adversaires, qu'on s'efforce de dégager, avant tout, les i)oints sur lesquels on peut s'entendre; la lutte se perpétuera sur les autres, mais ce sera du moins une lutte d'idées et non pas une querelle de mots! C'est cet esprit de justice et de sincérité que je voudrais 2""' SÉRIE, TOME XXXV. 40 ( 618 ) voir pénétrer partout; c'est de lui seul que viendra le salut, si la société, minée par le scepticisme et attentive aux seuls intérêts de l'heure présente, n'est pas irrémissi- blement condamnée à s'effondrer sur elle-même. Quelque sombre que soit l'avenir de l'Europe, notre devoir à tous est d'ouvrir les yeux et de serrer nos rangs, tant qu'il en est temps encore. Disciplinons nos esprits et nos cœurs, ne nous inféodons qu'à la vérité, saluons-la partout où elle apparaît, et ainsi, par notre exemple, travaillons à l'édu- cation du peuple et non pas seulement à son instruction. Encore une fois défions-nous des mots ; cessons de part et d'autre de chanter victoire, quand nous n'avons gagné qu'un procès de tendances. La paix est promise aux hommes de bonne volonté; les hommes de bonne volonté sont ceux qui préfèrent la vérité à Socrate lui-môme. Les applaudissements de l'assemblée se sont fait en- tendre pendant et après cette intéressante lecture. — M, Eug. Van Bemmel est venu ensuite donner lec- ture du rapport qu'il a fait au nom du jury chargé de juger la cinquième période du concours quinquennal de littéra- ture française, rapport qui propose de décerner le prix de 5,000 francs de ce concours à M. Éd. Fétis , membre de la classe des beaux-arts, pour l'ensemble de ses œuvres lit- téraires. De chaleureux applaudissements ont, à diverses reprises, interrompu cette lecture. — La séance a été terminée par la proclamation sui- (619) vaille des résultais des concours et des élections, faite par M. Ad. Queteict, secrétaire perpétuel : HÉSULTAT DU CONCOUHS DE LA CLASSE POUR 1875. La classe avait inscrit cinq questions à son programme de concours de cette année : Elle a reçu, en réponse à la deuxième question, deman- dant de Traiter l'histoire politique de la Flandre depuis lôOo jusquà Vavènement de la maison de Bourrjofjne (1382), un mémoire portant pour devise : Dampicrre, Bétliunc , Ncvers et Maclc, Sont des héros dignes du peuple flamand. Conformément aux conclusions de ses rapporteurs, la classe a décidé, dans sa séance du 11 de ce mois, qu'il n'y avait pas lieu de décerner le prix à ce mémoire. — En réponse à la troisième question, demandant une Appréciation du règne de Charles le Téméraire et des pro- jets que ce prince avait conçus dans l'intérêt de la maison de Bourgogne, la classe a reçu trois mémoires portant, respectivement, pour devise : Le premier, Téméraire est-il nomme, Terrible a-t-il été. Le deuxième, Je l'ai empreins, bien en aviengne. ( Devise de Charles le Téméraire.) Le troisième, Histoire vient du mot grec /(TT«p qui signifie juge. ( 620 ) La classe a ralilié les conclusions de ses rapporteurs au sujet de ces trois mémoires. Elle a, en conséquence, voté sa médaille d'or au deuxième travail. L'ouverture du billet cacheté a fait connaître comme en étant l'auteur, M. le major d'artillerie Henrard. La classe a voté une médaille d'argent au troisième mémoire; mais elle ne procédera à l'ouverture du billet cacheté qui y est joint, que pour autant que l'auteur fasse connaître qu'il accepte cette récompense. PRIX FONDÉS PAR LE BARON DE STASSaRT. Un mémoire portant pour devise : Tanquam exploralor, avait été reçu en réponse au deuxième concours sexennal, ayant pour sujet la question d'histoire nationale suivante : Exposer quels étaient, à l'époque de l'invasion française^ en ITQ^, les principes constitutionnels communs à nos diverses provinces et ceux par lesquels elles différaient entre elles. La classe a approuvé les conclusions suivantes de ses rapporteurs : « Le mémoire produit au concours devait exposer les principes constitutionnels communs à nos diverses pro- vinces et ceux qui étaient particuliers à chacune d'elles; or, l'auteur omet absolument la principauté de Liège dans son travail. » Cette principauté, aujourd'hui divisée entre plusieurs de nos provinces, occupait en Belgique, lors de l'invasion ( 62i ) française de 1794, une place trop iinporlante par ses insti- tutions politiques et leur caraelère particulier pour qu'une semblable lacune ne doive pas faire nieltre d'emblée hors concours le mémoire qui la contient, quelque opinion d'ailleurs qu'on puisse se former de sa valeur propre. 1) Cependant comme l'auteur semble avoir commis cette omission volontairement et par une interprétation erronée de la question, nous pensons qu'il y a lieu de la remettre au concours. » — Deux mémoires, l'un écrit en français et portant pour devise : Quid verum atqite clecens euro (Virgile); l'autre écrit en flamand avec l'inscription : Ikhou mij aan den dijk, avaient été envoyés en réponse au concours de Stassart offrant un prix de 600 francs à l'auteur de la meilleure notice sur Antoine Van Dyck. Conformément aux conclusions favorables de ses rap- porteurs, la classe a décerné le prix précité au mémoire flamand. L'ouverture du billet cacheté à fait connaître qu'il est dû à xMM. Fraivs De Potter et Jean Broeckaert, littéra- teurs flamands et déjà lauréats de la classe. M. Broeckaert, qui était seul présent à la séance, est venu recevoir des mains de M. le directeur, aux applau- dissements de l'assemblée, la nouvelle récompense aca- démique qu'il venait de remporter avec M. De Potter. Celui-ci avait fait exprimer ses regrets de ce que son étal de santé ne lui permettait pas d'assister à la séance. ( 622 ) PRIX QUINQUENNAL DE LITTÉRATUKE FRANÇAISE. Par arrêté du 27 du mois d'avril dernier , Sa Majesté le Roi, conformément aux propositions du jury chargé de juger le concours quinquennal de littérature française, pour la période de 1868-1872, a décerné le prix de cette période à M. Edouard Fétis, membre de l'Académie, pour l'ensemble de ses œuvres littéraires. M. Éd. Fétis est venu recevoir les félicitations des membres du bureau, au milieu des acclamations de l'as- sistance. RESULTATS DES ELECTIONS. La classe a procédé, dans sa séance du 12 de ce mois, au remplacement de deux de ses membres titulaires, MM. Polain et Snellaert, ainsi qu'au remplacement de deux de ses associés, MM. Phillips, de Vienne, et le baron Charles Dupin. Elle a porté ses suffrages : Pour les deux places de membre lUidaire, sauf appro- bation royale , sur MM. Alphonse Le Roy et Emile de BoRCHGRAVE, déjà correspondants. Et pour les deux places d'asAOc/e, sur MM. Alphonse RiviER, professeur à l'Université de Bruxelles et Adolphe Franck, de l'Institut de France. MM. Ferdinand Loise, professeur à l'athénée royal d'Anvers et F. Tielemans , premier président honoraire de la cour d'appel de Bruxelles, ont été nommés correspon- dants. ( 623 ) CLASSE DES BE\UX-ARTS, Séance du fi mai 1813. M. L. Alvin, directeur. M. Ad. Quetelet, secrétaire perpétue!. Sont présents: MM. Louis Gallait, J. Geefs, Ferdinand De Braekeleer, C.-A. Fraikin, Éd. Fétis, Edmond De Bus- scher, Alpli. Balat, Aug. Payen, le chevalier Léon de Bur- bure, J. Franck, G. De Man, Ad. Siret, J. Leclercq, Alex. Bobert, A. Gevaert, membres; Éd. De Biefve, correspon- dant. M. E. Catalan , associé de la classe des sciences , assiste à la séance. COBBESPONDANCE. La classe apprend avec regret la mort de l'un de ses associés de la section des sciences et des lettres , M. le comte Arcisse de Caumonl, décédé à Caen le 16 avril dernier. — M. le Ministre de l'intérieur soumet à l'avis delà classe un projet d'itinéraire pour le voyage d'études de M. J. Cuy- pers, lauréat du grand concours de sculpture de 1872. — Benvoi à la section de sculpture. ( 624 ) — Le même haut fonctionnaire avait adressé une lettre au sujet des voyages de M. Guillaume De Mol, lauréat du grand concours de composition musicale de 1871. Le jury permanent de ce concours, auquel la lettre a été transmise, lait connaître, par l'organe de M. Gevaert, la réponse à adresser à M. le Ministre de l'intérieur. — Le môme Ministre envoie divers ouvrages pour la bibliothèque de la compagnie. — Remercîments. — M. le Ministre des travaux publics communique les plans de l'édifice destiné aux expositions des beaux-arts et aux cérémonies publiques, dressés parM.BaIat,et demande l'opinion de la classe. — Il sera donné connaissance à M. le Ministre de l'examen auquel s'est livrée, au sujet de ces plans, la commission que la classe a chargée de ce soin. M. Gevaert avait été prié de s'adjoindre à la commission pour donner son avis sur les conditions de l'édifice en ce qui concerne les solennités musicales. — L'ïnstitut des ingénieurs civils et l'Institution royale des architectes britanniques à Londres, la Société acadé- mique d'architecture de Lyon, ainsi que M. C. Schnaase, associé, à Wiesbaden, remercient pour le dernier envoi annuel de publications académiques. CONCOURS DE LA CLASSE POUR 1873. La classe prend notification de la réception, — pour le sujet d'art appliqué suivant mis au concours de cette année : On demande la composition d'iw quatuor pour instruments ( 625 ) à cordes, — (le trois parlilions portant, respectivement, pour devise : La première : Der Ruf des (icnius, cr istaucli rnciii Gcbot. La deuxième : Les bcaux-arts sont la nourriture et le plaisir de ràmc. La troisième : Pour le travail, tout; Sans le travail, rien. Sans entendre le travail, pour Iharnionic, tout. Au quatuor et au piano, que l'on envie, rien. Les commissaires seront nommés après l'expiration du terme fatal de ce concours, soit après le 1" juillet pro- chain. CAISSE CENTRALE DES ARTISTES BELGES. M. L. Al vin, trésorier de la caisse, fait connaître qu'une lettre du département des flnances a informé le comité directeur qu'en vertu de l'autorisation contenue dans sa délibération du 3 avril, le capital nominal de 1 76,700 francs que l'association possédait en inscriptions sur le grand- livre et en titres au porteur de la dette publique à 4 '/2 p. c, a été vendu par les soins dudit déparlement et que les fonds qui en sont provenus ont été remployés en achat de titres de la Société du Crédit communal, à concurrence d'un capital nominal de 174,000 francs. Ce résultat, qui épargne à la caisse centrale des artistes ( 626 ) les conséquences de la réduction éventuelle et imminente du 4 V2 p. c. en 5 p. c. , a été acquis moyennant le sacri- fice d'une somme de fr. 2,552 07 c'. L'avoir de la caisse en fonds placés s'élevait, à la date du 14 mai, à la somme de 177,000 francs. Des remercîments sont votés au comité directeur pour les soins apportés dans cette opération. ELECTION. M. De Busscher est élu délégué de la classe auprès de la commission administrative, pour l'o^crcicc 1*875-1874. ( 627 ) Séance générale des trois classes. ( Mardi, 15 mai 1873. ) M. J.-J. TiioMSSEN, président de l'Académie. M. Ad. Quetelet, secrétaire perpétuel. Assistaient à la séance : Classe des sciences ; MM. Gluge, directeur; Candèze, vice-directeur; J.-B.-J. d'Omalius d'IIalloy, J.-S. Stas, L. de Koninck, P.-J. Van Bencden, Edm. de Selys Long- champs, H. Nyst, L. Melsens, J. Liagre, F. Duprez, G. De- walque, E. Quetelet, M. Gloesener, F. Donny, Charles Montigny, Éd. Van Beneden, membres; Th. Schwann, A. Bellynck, associés; L. Henry, J. De Tilly, F. Plateau, correspondants. Classe des lettres : MM. Chalon, vice-directeur; Charles Steur, J. Grandgagnage, J. Roulez, A. Borgnet, Paul De- vaux, P. De Decker, J.-J. Haus, M.-N.-J. Leclercq, Charles Faider, Th. Juste, le baron Guillaume, Alphonse Wauters, G. Nypels , membres ; J. Nolet de Brauwere van Steeland, Aug. Scheler, associés; Alph. Le Roy, A. Wagener, cor- respondants. Classe des beaux-arts : MM. L. Alvin, directeur ; G. Geefs, Jos. Geefs, C.-A. Fraikin, Éd. Félis, Edm. De Busschcr, Aug. Payen, le chevalier Léon de Burbure, J. Franck, G. De Man, Ad. Sirét, J. Leclercq, F.-A. Gevaert, mem- bres. ( 628 ) Conformémenlà l'article 19 des statuts organiques, les trois classes de l'Académie se sont réunies en assemblée générale, afin de régler les intérêts communs à chacune d'elles. Les objets portés à l'ordre du jour de cette séance ont été successivement examinés et ont donné lieu à diverses résolutions. L'assemblée a, de plus, entendu la lecture du rapport suivant, par M. De Busscher, sur les travaux de h Bio- graphie nationale pendant l'année 1872-1875 : » L'aperçu rétrospectif des travaux de la commission directrice de la Biographie nationale (1860-1872), rédigé pour le Livre commémoratif du centenaire académique, est encore d'actualité. Aussi, le présent jRapporf annwe/ (exercice 1872-1875) sera-t-il très-restreint. Les prin- cipes adoptés, les questions de détail successivement réso- lues, les mesures d'exécution prises en vertu des pouvoirs laissés au bureau et au sous-comité , ont établi un mode si régulier, que notre dictionnaire biographique ne peut guère rencontrer, dans sa publication ultérieure, que des obstacles matériels ou des incidents qui échappent à toute prévision normale. Telles furent les circonstances qui , en 1869 et en 1872, entravèrent notre marche; mais des cir- constances semblables ne se reproduiront plus : l'expé- rience acquise les fera éviter. Au moment où fut imprimé V Aperçu général (mai 1872) finissait la deuxième période sexennale qui s'est écoulée depuis l'installation de la commission académique. Les membres délégués avaient atteint le terme de leur mandat; la présidence, le secrétariat et le sous-comité d'examen n'étaient plus qu'intérimaires. Lors des réunions ordinaires du mois d'août, les trois ( 629 ) classes de rAcadémie coiitinuùreiil à leurs délégués la mission de les représenter durant le troisième terme sexcnual (1872-1878). M. Edouard Morren, de la classe des sciences, et M. Alphonse Wauters, de la classe des lettres, furent désignés pour remplacer dans la commis- sion nos regrettés confrères MM. Coomans et Polain, qu'une mort prématurée venait de nous enlever. Par suite de la réélection des membres sortants et de l'adjonction de MM. Morren et Wauters, la commission directrice de la Biographie nationale^ ainsi reconstituée, se réunit le 28 octobre suivant et fut réinstallée par M. le lieutenant général Guillaume, président ad inlerim. Elle avait à composer son bureau et le sous-comité : les anciens titulaires furent maintenus en fonctions. Aucune modification n'ayant été apportée à la direction de l'œuvre académique, les travaux de rédaction et les opérations matérielles n'eurent point à chômer. Tout lais- sait entrevoir que nous pourrions réaliser l'espoir, exprimé dans le Rapport général, de faire paraître à des é|)oques rapprochées les secondes moitiés des tomes 111 et IV de la Biographie nationale. Le tome III a été, en effet, ter- miné en décembre 1872; les dernières feuilles du tome IV, sous presse en ce moment, compléteront le volume vers la fin du mois de mai. La rédaction et l'impression de la Biographie nationale ont commencé en 186o-1866 et nous avons accompli au- jourd'hui le tiers de la besogne. C'est un résultat dont il y a lieu d'être satisfait, surtout si l'on tient compte des diificultés d'une entreprise aussi complexe. L'impression du tome IV s'achève; il contient les der- nières biographies de la série C et les premières notices de la série D. La suite de cette série remplira tout le volume V, ( 630 ) peut-èlre même quelques feuilles du tome VI. La lettre D aura fourni le plus grand nombre d'articles, bien qu'au delà de 200 éliminations de noms aient été effectuées, en attendant qu'on recueille sur ceux-ci des renseignements ultérieurs. A ces noms réservés (si plus tard le supplément du dic- tionnaire belge leur est ouvert) viendront se joindre de nouveaux noms que feront surgir les recherches complé- mentaires faites au secrétariat ou par les collaborateurs , dans de récentes publications et dans les documents de nos archives. Les articles réservés, les notices nouvelles et celles des personnages défunts qui auront atteint la limite décennale fixée par les statuts réglementaires de la Biographie naiionule, rendront le supplément non moins intéressant que les volumes primitifs. La distribution des noms appartenant aux séries alpha- bétiques E et F, dont nos rédacteurs se sont engagés à écrire les articles, se prépare activement. Bientôt même pourront être offerts à leur choix les catégories des lettres G,H,I, J ei K. Les notices de ces cinq séries ne dépas- seront probablement pas le tome VI de la Biographie nationale. Le gouvernement et l'Académie se sont efforcés de donner à la Biographie nationale la publicité en vue de laquelle l'ouvrage a été décrété par arrêté royal. 2o0 exemplaires sont remis gratuitement, par le département de l'intérieur, aux bibliothèques publiques et à des éta- blissements d'instruction. De son côté, l'Académie, outre les exemplaires qu'elle distribue à ses membres titulaires et correspondants, en gratifie les principales institutions scientifiques, littéraires et artistiques du pays et de l'étran- ger avec lesquelles elle entretient des relations habituelles ( 651 ) (J'échange de publicalions. Des plaintes otil été exprimées, à diverses reprises, sur la difliculléde se procurer la Bio- fjrap/iie nationale chez les libraires; sur rim|)0ssil)ililé d'obtenir de l'éditeur les demi-volunics au fur et à mesure qu'ils sont livrés au gouvernement et à l'Académie. La commission n'a cessé d'engager l'éditeur à faire droit à ces légitimes réclamations du public. Si cet état de choses ne se modilie point à la mise au jour de la seconde moitié du tome IV, il conviendra de rechercher les mesures à pren- dre pour assurer l'exécution complète des stipulations du contrat conclu en 1869, entre les délégués de la commis- sion et l'imprimeur-éditeur de la Biographie nationale. L'éditeur se prétend seul juge de ses intérêts et de sa façon d'agir; mais peut-il, par sa manière d'interpréter les obligations qu'il a contractées, aller à rencontre des inten- tions patriotiques du gouvernement et de l'Académie? Cela n'est pas admissible. Le subside alloué par l'État à la commission directrice de la Biographie nationale, pour subvenir aux frais de ré- daction et de publication, était remis primitivement à l'Aca- démie et passait ensuite entre les mains du président de la commission. En i86G,pour simplifier la comptabilité, cette double liliôre fut abandonnée, et les fonds furent perçus par le trésorier de la délégation académique, sauf justifi- cation spécifiée des recettes et des dépenses, à la lin de l'exercice annuel. Depuis lors, les relevés en ont été régu- lièrement adressés au déparlement de l'intérieur, avec les pièces justificatives, visées par le président et le secrétaire, afin d'être soumis à la cour des comptes. Chaque exercice a été clôturé et les quitus ont été obtenus sans contesta- tion aucune. Le 28 octobre dernier, dans la séance de réinstallation ( 632 ) de la commission nommée pour la période de 1872-1878, le Livre des recettes et des dépenses effectuées depuis 1867 par le secrétaire- trésorier a été produit, avec les quitus, et la gestion approuvée. D'après de récentes instructions ministérielles, le sys- tème pratiqué par M. le président de Saint-Gcnois et con- tinué, après son décès , par le secrétaire de la commission, a subi quelques modifications. Certains payements sont as- treints maintenant à la déclaration préalable, au visa de la cour des comptes , et se soldent par des mandats ; d'autres doivent s'effectuer endéans un terme préfix , ce qui parfois présentera des difficultés. Quoi qu'il en soit, dès à présent on suit la voie qui a été tracée : l'expérience en démon- trera les avantages et les inconvénients. Dès sa réinstallation, la commission déléguée eut à s'oc- cuper de nouveau d'une question qui, dans maintes séances, a fait l'objet de ses délibérations. Par dépêche ministérielle du 29 juin 1872, adressée à la classe des lettres de l'Aca- démie de Belgique, puis transmise à la commission direc- trice de la Biographie nationale, pour examen et solution, M. le Ministre de l'intérieur attira l'attention : V sur la traduction en langue flamande de l'œuvre académique et sur le moyen d'y procéder; 2° sur l'utilité qu'il y aurait à provoquer la production d'une série d'ouvrages scientifi- ques et historiques flamands dus à des auteurs belges et empreints d'un véritable esprit national. Le département de l'intérieur, en examinant la question que soulève la traduction en langue flamande de la Biogra- phie nationale publiée par l'Académie royale de Belgique, a pu constater, disait la missive ministérielle, qu'en raison de la longue durée de cette publication, il serait préférable d'offrir aux populations flamandes, au lieu d'une traduc- ( 653 ) lion textuelle, une série de volumes donnant, par {^'enrcs de spécialités, la biographie des Belges les plus illustres. Kt, d'un autre côté, à raison de son caractère trop gé- néral, la Biographie nationale, telle qu'elle est publiée par l'Académie, doit, pour la plupart des bommes manpiants dont elle s'occupe, se renfermer dans un cadre trop res- treint, se borner à donner un aperçu trop succinct de la vie et des œuvres de cbaquc personnage, de sorte que les diverses individualités ne sont pas mises dans une lumière assez vive pour que les populations (lamandes puissent se rendre un compte exact des mérites de chaque personnage et des services qu'il a rendus. En conséquence, M. le Minisire de l'intérieur pense qu'il faut absolument abandonner l'idée d'une traduction tex- tuelle de la Biographie nationale et se borner à la publi- cation d'une œuvre analogue en langue flamande , mais réduite à des proportions beaucoup plus modestes. La question de la traduction en flamand de h Biographie nationale, intégrale ou partielle, ainsi que l'appréciation des difficultés et des détails qui s'y rattachent étaient seules de la compétence de la commission académique. Or, ces propositions n'avaient plus, en quelque sorte, besoin d'ètn; remises en délibération. La solution en a été arrêtée défi- nitivement dans la séance du 15 décembre 186G et portée à la connaissance du gouvernement. Les discussions qui amenèrent la solution de 1866 sont rappelées avec exac- titude aux pages 40-45 de VAperçii général des travaux de la commission, imprimé dans le tome 1" du Livre commé- MORATiF, en annexe du Bapport séculaire de M. Thonissen sur les travaux de la classe des lettres. Aussi, après avoir pris lecture des rétroactes et délibéré sur les nouvelles pro- S"""" s«::rie, tome xxxv. Ai ( 634 ) positions ministérielles, la commission se rallia unanime- ment à la décision de 1866. Cette décision avait été formulée et votée ainsi : i° Le vœu, déjà exprimé par la commission académique, de voir publier une édition flamande de la Biographie NATIONALE , sera-t-H maintenu ? Oui, à l'unanimité; 2" Y a-t-il opportunité de commencer l'édition fla- mande ? Oui, à la majorité. Quelques délégués estimaient Védition flamande préma- turée, à cause de l'ordre alphabétique adopté pour Védition française, ce système exigeant, dans la traduction, le dé- placement d'un certain nombre de noms. D'autres mem- bres pensaient qu'il serait possible d'obvier à cet inconvé- nient par des renvois; 3° La traduction flamande sera-t-elle intégrale? Oui, à l'unanimité. Dans les discussions qui ont précédé ce dernier vote, l'on a eu égard naturellement aux principes posés par la com- mission académique au sujet de la propriété littéraire des articles fournis à la Biographie nationale. Ces principes ont été déterminés dans les séances des 14 avril et lo juillet 1863 et du 1" février 1864. — Voir V Aperçu général, pp. 50-31. L'Académie n'ayant la propriété littéraire des articles de la Biographie nationale que pour la publication et la traduction de l'œuvre originale, la commission ne pouvait prendre aucune décision sur le paragraphe de la missive ministérielle proposant de reproduire séparément, en langue flamande, et avec plus ou moins de développement, les principales notices. Cette reproduction partielle ne peut ( 635 ) avoir lieu sans l'autorisation expresse ou la particij)ation des auteurs. Plusieurs littérateurs flamands se sont offerts pour la traduction ou pour y collaborer. La commission acadé- mique n'avait pas mission de donner suite à ces requêtes. La seconde demande contenue dans la dépêche du 29 juin 1872 n'entrait pas dans les attributions de la commission directrice de la Biographie nationale; M. le Ministre s'adressait d'ailleurs à la classe des lettres, la- quelle aurait, le cas échéant, à nommer, dans son sein, une commission spéciale qui put se charger de la direction du travail proposé par le département de l'intérieur. Notre commission jugea donc qu'elle n'avait pas à se pro- noncer sur ce projet et le fit connaître à la classe des let- tres, en lui restituant la missive officielle. Depuis lors, nous avons appris que la solution en serait déférée aux délibé- rations des classes académiques réunies en séance géné- rale. Le dictionnaire biographique belge ne sera point, pour le pays, ce que furent, jusqu'ici, beaucoup de recueils ana- logues : un écho d'inexactitudes historiques , indéfiniment répétées et propagées. Les données anciennes auront été scrupuleusement contrôlées; les rectifications et les don- nées nouvelles seront appuyées sur des renseignements authentiques. Si, renfermés par les exigences de notre plan dans de trop étroites limites, des notices ont leurs développements accessoires écourtés ou supprimés, l'indi- cation des sources où il aura été puisé et des ouvrages qui ont été consultés par les biographes fournira aux lecteurs plus curieux le moyen de se renseigner entièrement. Que la Biographie nationale soit ou trop courte ou trop étendue, elle n'en sera pas moins un ouvrage très-utile et ( 636 ) l'Académie n'aura qu'à se louer d'avoir accepté la direction et la responsabilité de cette œuvre de réhabilitation histo- rique. Les membres de la commission dont le mandat expirait en 1872 ont été réélus dans leurs classes respectives. Celle manifestation flatteuse, celte approbation implicite de la marche qui a été suivie seront un stimulant pour tous les coopérateurs. Désormais se continueront plus activement encore et plus sûrement les efi"orts communs, afln de con- solider et d'accroître les résultats déjà obtenus. » Le secrétaire rapporteur, Le président, Edmond de Busscher. Baron Guillaume. Bruxelles, 13 mai 1873. L'assemblée, après avoir entendu la lecture du rapport qui précède, a voté des remercîments à la commission directrice de la Biographie nationale et à son secrétaire, M. De Busscher. OUVRAGES PRÉSENTÉS. Observatoire royal de Bruxelles. — Annales météorologi- ques, résumé de 1871 et observations de janvier et de février 1872. Bruxelles; 5 feuilles in-4". Ministère de l'intérieur. — Annuaire statistique de la Bel- gique, 0* année, 1872. Bruxelles; in-S". Ministère de l'intérieur. — Rapport du jury chargé de décerner le prix institué par le docteur Guinard. Bruxelles, 1875; in-S». ( 637 ) Ministère de la justice. — Administration de la justice crimi- nelle et civile de la Belgique. Période de 1861 ai 807. Résumé statistique, l""'" partie. Bruxelles, 1873; in-4". Commission roijale pour lu publication des anciennes lois et ordonnances de la Belgique. — Coutumes du pays et duché de Brabant, quartier de Bruxelles, tome 2'; coutumes diverses par Constant Casier. Bruxelles, 1872; -2 exemplaires in-4". Thielens (iirma/u/).— Voyage botanique et paléonlologique en Eifel. Bruxelles, 1875; in-S". Société royale de botanique de Belgique. — BuWclin, tome XI, n» 3. Bruxelles, 1873; in-S". r Illustration horticole, tome XIX, 23' et 24* livr. Tome XX, ]", '2.' et 5' livr. Gand, 1873; 4 cah. in-8". Annales d'oculistique , 56' année, 5°" et 4* livr. Bruxelles, 1875; in-8°. Société royale des sciences de Liège. — Mémoires, 2* série, tome III. Liège, 1873; {0-8". Xederduitsch letterkundig jaarboekje voor 1873. Gand; in- 12. Société royale des beaux-arts et de littérature de Gand. — Annales, 1871-1872, 5' et 4' livr. Gand; in-8°. Académie royale des beaux-arts à Anvers. — Rapport an- nuel et distribution solennelle des prix, 4 mai 1875. Anvers; in-8°. Société des sciences , des arts et des lettres du Haitiaut à Mons. — Mémoires et publications, IIP série, tome 8*. Mons, 1875; in-8''. Demenge. — Machines à vapeur. Expériences, 1" série. Bruxelles; in-12. Conseil de salubrité publique de la province de Liège. — Compte rendu des travaux des années 1871-1872, par le doc- teur J.-J. Ilurault. Liège, 1875; in-8". Commissions royales d'art et d'archéologie. — Bulletin , XII' année, 1 et 2. Bruxelles, 1875; in-8''. ( 638 ) Revue de l'inlruction publique en Belgique , XXV année , l"Iivr. Gand, 1875;in-8». Société chorale et littéraire des Mélophiles à Hasselt. — Bulletin de la section littéraire, 9"' volume. Hasselt, 1872; in-8». Alberdingk Thijin (Jos.-A.). — De Dictsche warande, X"»' dcel, 1-5 afiev. Amsterdam, 1872-1875; 5 cah. in-8». Bataviaasch Genootschap van kunsten en wetenschappen. — Vcrhandelingen, deelen XXXIV-XXXV. Batavia, 1870; 2 vol. in-i"; — Notulen, deel VIII; — Het schrijven van Soendaasch met latijnsche letter, door K.-F. Holle. Batavia; 2 broch. in-8°; — Tijdschrift voor indische taal — , land en volkenkunde, deel XVIII, deel XX. Batavia; 2 broch. in-8". Liais [Emmanuel). — Climats, géologie, faune et géographie botanique du Brésil. Paris, 1872; in-S". Lepic (le vicomte) et de Lubac (Jules). — Stations préhisto- riques de la vallée du Rhône en Vivarais, Chàteaubourg et Soyons. Chambéry, 1872; in-4". Société des études historiques à Paris. — L'Investigateur, 59* année, livr. de janvier et février 1875. Paris, in-8°. Société mathématique de France à Pai'is. — Bulletin, tome 1", n" 5. Paris; 1875; in-8". Société des sciences physiques et naturelles de Bordeaux. — Extrait des procès-verbaux des séances, t. IX, feuille a. Bor- deaux, 1875; in-S". Société archéologique du midi de la France à Toulouse. — Mémoires, tome X, o* livr. Paris-Toulouse, 1875; in -8". Société des antiquaires de la Morinie à Sainl-Omer, — Bulletin historique, 21' année, 85' et 84' livr. Saint-Omer, 1875; in-8». K. preuss. Akademie der Wissenschaften zu Berlin. — Mo- natsbericht, Januar 1875. Berlin; in-8°. Zeitschrift fiir die gesammten Naturwissenschaften , neue Folge, 1872, Bds V, VI. Berlin; 1 vol. in-8". ( 639 ) lierliner Gesellschaft fur Anlhropotogii'. — VcrlKindlungcii, Oclobor 1871 his Decembcr I.S7i>. Berlin; lli cah. iii-8°. Deutsche clunnische Gesellschaft zu Berlin. — Berichle, VI'" Jahrg., n" (i und 7, 8, 9. Berlin, 1873; 5 cah. in-8°. Die Expédition zur phjs.-cJiem. und biol. Uniersuchungen der Ostsee im Sommer 1871. Berlin, 1875; in-folio. Nalurforschenden Gesellschaft zu Freiburg i.jn. — Be- richle iiber die Vcrliandlungen, Bd. VI, Heft 1. Fribonrg , 1875; in-S". Jiistus Perthes' geographischer A^isialt zu Gotha. — Mil- theilungcn , 1î). Bd., 1875, IV. Golha; cali. in-8". Archiv der Muthemulik vnd Physik , l>V. Theil, 1. Ileit. Greifswald, 1875; in-8*'. Universitut zu Heidelberg. — Thèses, 1872; cah. in-4" et in-8°. Phjjs.-oekonom. Gesellschaft zu Koenigsberg. — Geologis- chen Karte der Provinz Preussen, Blalt 8. Konigsberg, 1875; in-plano. Geographische Gesellschaft in Mi'mchen, 1"'" Jahresbericht, Munich, 1871 ; in-8°. Von Schlagintweit-Sakiinliinski [Hermann]. — Unlersu- chunhen ùber die Salseen ini westlichcn Tibet und in Tur- kislân. Munich, 1875 ; in-8°. Zoolog. -minerai. Vereins in Regensburg. — Corrcspondenz- Blatt, 20*"^' Jahrgang. Ralisbonnc, 1872 ; in-8^ K. Akademic der Wissenschaflen zu Wien. — Malh.-na- turw. Classe : Denkschriflcn , XXXII. Bd.; Silzungsbcrichle, LXV. Bd., 1. Ablh., I-V Heft, 2 Ablh., I bis V. Ileft, 5 Ablh., I bis V. Heft ; Rcgislcr zu dcn Banden CI bis 64 ; — Philos.-ljistor. Classe, Denkschriften, XXI. Bd.; Silzungsbcriclite, LXX. Bd., Heft 1-5; LXXI. Bd., Heft 1-4; Rcgislcr zu dcn Bd. Gl bis 70; — Archiv, XLVIII. Bd., 1. Halfle; — Fontes renim austriaca- rum, XXXVI. Bd.,2. Abth.;— Almanach, 1872. Vienne; 2 vol. in-4"; 5 cah. in-8'' et 1 vol in-12. ( 640 ) K.-K. zool.-bolan. Gesellschuft in Wicn. — Vcrhandliingeii, 1872, XXII. Bd. Vienne; in-8". K.-K. Universitât zu IVien. — Offentliche Vorlcsungcn im Sommor-Semesler 1873. Vienne, 1873; in-S". Phys.-medecin Gcsellschafl in yViirzburg. — Vcrhandlun- gen, neue Folge, IV. Bd., 1. Hcft. W^urtzbourg, 1875; in-8°. Université de Kazan. — Bulletin et mémoires, 1870-1872. Kazan; 3 vol. in-S" (russe). Société impériale russe d'agriculture à Moscou. — Journal (en russe), série IV, tome XII, n" 6. Moscou, 1872; in-8''. Physikal. Centralobservatoriums zu S'. Pelersburg. ~ An- nalen , 1 871 . Saint-Pétersbourg , 1 875 ; in-4°. Cantate ved det K. IS^orske Frederiks Universitets. — Min- defest for Hans Majestat Kong Cari den i9^^ November 1872. Christiania, 1871; in-4°. JVorsk meteorologisk Aarbog for 4871, 5'^ aargang. Chris- tiania, 1872; in-4° oblong. Nystmagazinfor Naturvidenskaberne , XIX, 1 og. 2 Ilcfte. Christiania, 1872; in-8". Videnskabs-Selskabel i Christiania. — Forhandlinger, ar 1871. Christiania, 1872; in-8°. Beretning ont den almindeiige Udstilling for Tromso Stift. Tromso, 1872; in-8''. Beretning om Bodsfoengslets Virksomhed i aar 1810-187 1. Christiania , 1 871-1872 ; 2 cah. in-8». Norske Bigsregistranier, 5. Binds, l.Hefte. Christiania, 1 872; in-8''. Foreningen til norske Fortidsmindesmerkers Bivaring, aarsbcret. for 1870, 1871. Christiania, 1871, 1872; 2 vol. in-8». Sars {G.-O.). — Carcinologiske bidrag til Norges Fauna. 1. Monographi over de ved norges Kyster forekommende My- sider. Andet Hefte. Christiania, 1872; in-i". BULLETIN DE L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, DES LETTREJET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. i873. — No 6. CLASSE DES SCIENCES. Séance du 7 juin 1815. M. T. Gluge, directeur, M. Ad. Quetelet, secrétaire perpétuel. Sont présents : MM. d'Omalius d'Hailoy, J.-S. Stas, L. de Koninck, P.-J. Van Beneden, Edm. de Selys Longchamps, IL Nyst, L. Melsens, F. Duprcz, G. Dewalque, E. Quetelet, M. Gloesener, E. Candèze, F. Doniiy, Ch. Montigny, Stei- chen, E. Dupont, Ëd. Morren, Éd. Van Beneden, membres; E. Catalan , Ph. Gilbert , A. Bellynck , associés; J. De Tilly, L. Henry, G. Malaise, F. Plateau, con-espondants. M. Jules Opperl, professeur au Collège de France, assiste à la séance. 2""* série, tome XXXV. 42 ( G4-2 ) CORRESPONDANCE. M. le Ministre de l'intérieur adresse une ordonnance de payement de 10,000 francs destinée aux jetons, etc., et transmet un arrêt de la cour des comptes du 25 mai der- nier déclarant l'Académie quitte et libre Je la gestion de la somme de 10,000 francs avancée pour payer les dépenses du jubilé. — Le même haut fonctionnaire adresse un exemplaire du budget de son département pour l'exercice 1874. — L'Université royale de Norwége, à Christiania, offre un exemplaire en bronze de la médaille frappée à l'occa- sion du jubilé millénaire célébré le 18 juillet 1872, en com- mémoration de la constitution du royaume sous le roi Harald Haarfager, en 872. — Remercîments. — M. le ministre du Brésil fait hommage, au nom de son gouvernement, d'un exemplaire de l'ouvrage de M. Liais, intitulé : Climats, géologie, faune et flore du Brésil, 1 vol. in-8''. — Remercîments. — L'Association britannique pour l'avancement des sciences fait connaître que sa 45" réunion annuelle s'ou- vrira le 17 septembre prochain à Bradfort, sous la prési- dence de sir James Prescott Joule. — M. Dewalque présente ses observations sur la floraison et la feuillaison , faites à Liège le 21 mars 1875 ; elles pren- dront place dans le recueil des phénomènes périodiques. ( Gil ) ainsi (|iie le résumé météorologique de mai 1870 pour Osleiule, par M. Cavalier. — Les institutions suivantes remercient pour l'envoi des dernières publications : la Société zoologi(]ue d'Amster- dam, la Société des naturalistes de Berlin, la Société de géograi)liie de Darmstadt, la Société royale des sciences et rohservatoire royal de Gottingue, l'Université d'Iieidel- herg, l'Université de Tubingue, la Société royale danoise des sciences à Copenhague, l'Institut météorologique de la même ville, l'Université de Christiania et la Société royale des sciences de Tiirondjem. — M. P.-J. V^an Beneden fait hommage d'un exem- jtlaire de son mémoire intitulé : Les parasites des c/iauvcs- soiiris de Uclgique. — Remercniients. — Les travaux manuscrits suivants seront l'objet d'un examen : X" Noie sur quelques propriétés des acides pyrocitri' ques, par M. Th. Swarts. — (Commissaires : MM. Stas et Melsens.) 2" Notice sur un appareil enregistreur universel (avec planche), par M. Van Rysselberghe. — (Commissaires : MM. Gloesener et Liagre.) 5" Notice sur quelques faits pour servir à l'étude de la constitution des composés oxygénés du soufre, par M. Wal- thère Spring. — (Commissaires : MM. Stas et Melsens.) ( QU ) CONCOURS DE 1873. La classe a reçu quatre mémoires, en réponse aux ques- tions suivantes du concours de cette année : PREMIÈRE QUESTION. Résumer et simplifier la théorie de l'intégration des équations aux dérivées partielles des deux premiers ordres. Un mémoire portant pour devise : Ingressum instrîias, progressum dirigas, egrcssum compleas! (S. Thomas.) Commissaires : MM. E. Catalan, .1. De Tilly et F. Folie. TROISIÈME question. On demande un exposé des connaissances acrpiisos sur les relations de la chaleur avec le développement des végé- taux phanérogames , particulièrement au point de vue des phénomènes périodiques de la végétation, et, à ce propos, discuter la valeur de l'influence dijnamique de la chaleur solaire sur l'évolution des plantes. Un mémoire portant pour devise : Le fait matériel qui parait le plus désordonné est régi par des lois. Commissaires : MM. Éd. Morren , Ch. Montigny et G. Dewalque. quatrième question. Exposer le mode de reproduction des anguilles. Un mémoire portant pour devise : Les merveilles de la nature révèlent la puissance du Créateur. ( 645 ) (lominissaiios : J\I.M. P.-J. Van Bcueden, lui. Vaii IJc- nedeu el de Selys Longchamps. SIXIÈME QUESTION. On ilemamle la description du si/slènie /touiller du bassin de Liège. Un mémoire porlanl pour devise : Les ubsermiions directes accumulées à sujjisance permettent seules d'appli- quer la niél/iode de généralisation que l'on doit toujours avoir comme objectif en matière de géogénie (l'alteuh). Commissaires : MiM. G. Dewalqne , J. d'Omalius et Alb. Brian. COMMUNICATIONS ET LECTURES. Sur V éclipse de soleil du 26 mai 1873; note par M. Ern. Quetelet, membre de l'Académie. L'étal du ciel n'a pas été très-favorable à l'observation de l'éclipsé partielle de soleil qui a eu lieu dans la matinée du 26 mai. Le ciel par moments était assez nuageux, et l'image du soleil devenait quelquefois très-pàle. Cepen- dant, on a pu noter les instants du commencement el de la fin , ainsi que le moment de l'occultation de deux petites laclies qui ont été couvertes par la lune. M. Ern. Quetelet observait à l'équalorial el M. Hoorenian à la lunelle de Trouglilon. M. Estourgies était sur la terrasse au télescope de Rinks, el une lunelle avait aussi été mise à la dispo- sition de M. Pimenlel, jeune Brésilien, en ce moment ( 646 ) détaché à l'Observatoire pour s'exercer au maniement des instruments. Voici les heures des principales phases du phénomène, données en temps sidéral de Bruxelles : E. QUETELET. HOOIîEMiN. ESTOURGIES. IIMENTEL. Commencement de l'éclipsé. 0''13'"28;i — — — f 1" bord. 0 3o 58,0 _ _ _ a» tache. J Milieu. . — — 0^36"'2V,3 ( 2« bord . 0 36 47,0 0h36'"4358 — ï } [ i-^-- bord. 0 37 23,8 - \ \" tache. { Milieu. . — — 0 38 1,6 S» bord. 0 38 39,1 0 38 33,1 — i ^ „ , (1" bord. 0 56 0,2 - — " \ 2'" bord. 0 56 26,2 0 56 17,2 — Fin de l'éclipsé. . . , . 1 55 57,i i 53 44,4 — Ih35"'58f0 F^es nombres ne sont pas très-concordants, mais cela doit être attribué en grande partie à l'état peu favorable de l'atmosphère. Mesures d'altitudes barométriques prises à la tour de la cathédrale d'Anvers^ soîis Cinfluencc de vents de vitesses et de directions différentes; par M. Ch. Montigny, mem- bre de l'Académie. Dans une notice que j'ai eu l'honneur de présenter récemment à l'Académie comme première partie d'un travail général, j'ai exposé les résultats concernant la vitesse et l'inclinaison du vent aux principales galeries de la tour de la cathédrale d'Anvers, d'après mes expé- riences (*). Dans la deuxième partie de ce travail , qui est (') Bullelins de l'Académie royale de Bchjique, 2= série, l. XXXiV. ( 647 ) • Tobjel de la présenle notice, je fais connaître les résultais généraux ci partiels relatifs aux altitudes barométriques des mêmes lieux d'observation, déduites des mesures que j'ai relevées, sous l'inlluence des dilférents vents, lors des deux cent vingt-quatre ascensions à la tour, dont il a été question précédemment. J'ai lieu de croire que la réunion de ce nouïbre d'observations, jointe aux soins que j'ai apportés dans ce genre d'expériences, contribuera à alïir- mer la certitude des résultats obtenus, et que ceux-ci aideront à éclaircir le fait de la corrélation qui, dans mon opinion, existe et se manifeste si souvent entre les hau- teurs barométriques et la vitesse du vent. Je commencerai par donner des indications précises à l'égard des dispositions locales des quatre stations choisies sur la hauteur de la tour, et à chacune desquelles le baro- mètre a été observé deux fois à chaque ascension, alin de faire connaître avec la précision nécessaire les lieux où les mesures barométriques ont été relevées sous l'induence du vent. Au pied de la tour, le baromètre est suspendu au bas de l'escalier en hélice qui s'élève aux parties supérieures de l'édifice; l'instrument s'y trouve tout à fait à l'abri des agitations de l'air. En effet, la porte extérieure qui s'ouvre, dans la direction de l'ONO, sur le parvis de la cathédrale, et une seconde porte intérieure placée au pied de la cage de l'escalier, permettent de clore exactement l'espace où le baromètre est suspendu, et de soustraire ainsi cet instru- ment tant à l'influence directe des vents extérieurs de la région Ouest, qu'à celle des courants d'air qui tendent à s'élever dans la cage de l'escalier. Ajoutons que dans la position où le baromètre est suspendu à cette station infé- rieure, sa cuvette se trouvant élevée au-dessus du pave- ( 648 ) ment de l'église auquel les altitudes sont rapportées, les mesures barométriques ont subi de ce chef la correction additive nécessaire. A la deuxième station, la galerie des cadrans, le baro- mètre est observé dans la loge du concierge de la tour, qui est close de toutes parts, de sorte que l'instrument s'y trouve parfaitement abrité. Dans cette position, sa cuvette est élevée de G4™,18 au-dessus du pavement de l'église. Cette loge est construite à la naissance et à l'intérieur du deuxième étage de la tour, qui est de l'orme octogonale. Dans cette partie de l'édifice sont peicées buit bautes baies qui prennent naissance au-dessus de la loge elle- même, et à travers lesquelles le vent souille en plein. A la station suivante, la galerie octogone, qui couronne en encorbellement le deuxième étage de la tour, le baro- mètre est suspendu au bas et à l'intérieur du troisième étage, lequel prend naissance, en rétrécissement, à cette galerie, ainsi que le montre la gravure représentant l'élé- vation delà tour d'Anvers, qui accompagne la notice pré- cédente. A cette station , où la cuvette du baromètre se trouve à 89»,06 au-dessus du sol, l'instrument est tout à lait à l'abri du vent latéralement; mais au-dessus de celle position, les courants d'air traversent librement les bautes et larges ouvertures percées dans les quatre parois de ce troisième étage. Ces ouvertures prennent naissance à 2",40 au-dessus de son pavement intérieur, et, par conséquent, beaucoup au-dessus du lieu où se trouve la cuvette du baromètre. A la galerie supérieure de la tour, le baromètre est sus- pendu en plein air, à 104 mètres au-dessus du sol, dans une des cannelures verticales qui ornent le corps du dernier étage de la tour, et de manière que l'instrument y soit ( 619 ) placé du cùlé opposé au vent, conséqueinincnl, à l'abri de son action directe et des agitations de l'air (*). Les indications précédentes nous inonlrcnl (pie le haro- mètre se trouve dans des conditions Irès-dillerentes aux diverses stations : d'abord dans des espaces fermés de toutes parts au bas de la tour et à la galerie des cadrans, puis dans un espace clos latéralement, mais ouvert à la partie supérieure, à la galerie octogone; enfin, à la dernière galerie, l'instrument se trouve tout à fait à l'air libre, mais à l'abri de l'action directe du vent ('*). Les mesures de la pression atmosphérique ont été suc- cessivement relevées à l'aide de bons baromètres de Gay- Lussac et de Fortin, que j'ai plusieurs fois comparés entre eux, soit directement, soit en observant simultanément deux instruments différents lors d'une même ascension; les résultats obtenus, dans ce dernier cas, ont toujours été très-concordants. Les mesures barométriques ont été relevées deux fois à (*) Dans le travail oii j':>i fa'l connaître les résultais généraux de la pre- mière série de mes ascensions (Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 2" série, t. XXIIl), j'ai exposé des expériences particulières, destinées à montrer que les hauteurs barométriques ne sont point sensiblement a flec- tées par l'action directe du vent à cet étage supérieur de la tour, si l'on prend la précaution de suspendre riiistrunieiil du côté opposé à celui où le veut souille. (**) L'indication de l'altitude des lieux où la cuvette du baromètre est suspendue aux différentes stations, repose sur les mesures relevées à l'aide du magnifique plan de la tour d'Anvers, qui a été gravé, dans tous ses dé- tails, en coupe et en élévation, par feu M. Eriu Corr; son développement de 5",74 correspond à I22*,92"j, qui est la hauteur totale de la tour d'Anvers jus(|u'au sommet de la girouette, d'après le texte accom|)agnanl 'a gravure. Ce beau travaU artisli(iue repose sur les mesures directes (jui ont été prises, partie par partie, |)ar feu M. l'architecte Serrure, lors des premiers travaux de restauration de la tour. ( 650 ) chacune des trois stations inférieures, l'une à la montée, l'autre à la descente de la tour, et deux fois aussi à l'étage supérieur, oîi ces relevés ont été séparés par le temps em- ployé à la mesure de la vitesse et de l'inclinaison du vent. Ces dernières données ont été préférablement déterminées lors de la descente aux deux galeries intermédiaires, alin de compenser l'excédant de temps indispensable à la montée. La durée totale de chaque ascension a été généralement comprise entre une heure et cinq quarts d'heure; les relevés barométriques ont été séparés par cet intervalle de temps au bas de la tour, et par un intervalle d'autant moindre à toute autre station , que celle-ci est plus élevée. Les déterminations à chacune des trois stations infé- rieures ontrépondu le plus souvent à des instaritsqui étaient également éloignés du moment des observations à la gale- rie supérieure; d'après cela, j'ai considéré la moyenne des deux relevés successifs à la même station comme se rap- portant sensiblement à l'instant des observations à la galerie supérieure, pourvu que les petites fluctuations barométri- ques qui survinrent souvent, sous l'influence de forts vents pendant la durée de l'ascension, se fussent produites dans le même sens. C'est ce que l'ensemble des observations permettait généralement de reconnaître. Cependant, dans quelques cas de perturbations tout à fait exceptionnelles par leur sens ou leur grandeur, les mesures en ont été affectées au point que j'ai été obligé d'écarter l'observa- tion. Mais ces cas d'exclusion ont été excessivement rares, puisque en les réunissant aux résultats de mes premières ascensions, que j'ai pareillement omis comme étant les préliminaires obligés de ce travail d'expérimentation , j'ai seulement exclu en totalité les résultats de dix ascensions. L'altitude H de chaque étage de la tour a été calculée à ( 65i ) Taille dos données recucillios à cliaqiie ascension, cl au moyen des tables d'Oltmans. La conslrnclion de celles-ci esl déduite de la lorniule suiNante, dans laquelle//,//' expri- ment respectivement les hauteurs l)aromélri(iues réduites à 0", et /, /', les températures de l'air correspondantes, observées à la station inférieure et à la station supérieure considérée : 11= 1859" r 2^-4-/')! h 95" 1 H- — log , [ 1000 J °/i' Pour effectuer la correction dépendant de la tempéra- ture de l'air, je n'ai pas introduit dans la somme des tem- pératures (f H- t') celle t supposée relevée dans la couche d'air au niveau du sol, parce que cette température est trop exposée à subir, au sein d'une grande ville, des influences tout à lait anomales au niveau du sol. J'ai remplacé dans les calculs la somme t -+- l' par le double de la tempéra- ture 0 qui était indiquée, à chaque expérience, par un ther- momètre suspendu dans une des hautes baies de la tour à la galerie des cadrans, à 07 mètres au-dessus du sol, et dans la direction du NE. La température G ainsi détermi- née a dû représenter généralement, à chaque expérience, la moyenne des températures réelles de l'air/ et V corres- pondantes, à deux stations séparées par une élévation de 10-4 mètres seulement. Il importe de faire remarquer que cette manière de procéder à l'égard de la correction dépendant de la tem- pérature de l'air, est légitimée par les deux faits suivants. Je rappellerai d'abord que, dans un travail précédent, où j'ai déduit l'altitude barométrique moyenne de la galerie supérieure à l'aide de huit ascensions effectuées spéciale- ment par un temps calme, j'ai obtenu la valeur 104*72 qui ( 652 ) diflùrc très-peu de l'altitude vraie, 104 mètres, du même lieu. Le faible écart de ces deux valeurs est d'autant plus signilicatif au point de vue de la question qui nous occupe, que, lors de ces huit ascensions par un temps calme, la température de la couche d'air mesurée à la hauteur de la galerie des cadrans a varié entre 4,''6 et 17,''8 (*). Voici le second l'ait qui lève plus complètement encore tout doute à l'égard du mode de correction de la tempé- rature de l'air. Dans le travail où j'exposai les résultats de la première série de mes ascensions, je signalai ce fait, que les altitudes barométriques ne sont guère aflectées par des vents de vitesse inférieure à quatre mètres (**). Partant de là, j'ai réuni depuis, dans un tableau spécial, les altitudes barométriques, au nombre de vingt-deux, qui ont été mesu- rées pendant les deux séries d'ascensions, sous l'influence de vents de toute direction , mais de vitesse inférieure à quatre mètres, et quelle que fût la température. Voici les moyennes auxquelles ce relevé particulier m'a conduit, et qui sont ici rapprochées des altitudes vraies des trois galeries. Altitude vraie Allitiulc biironiéti'iiiuc moyenne sous l'in- lliicnec de vents trés-t'aibles GALEIIIE. lies cadrans. GALEIHC oclogoue. supérieure. 6i,lS 64,16 89,06 S9,Ot2 10^000 •iua,99"7 (■) Bulletins de l'Acnd. royale do Belgique, 2" série, l. XI, p. 496. (*•) Ibid., a»^ série, l. XXIII, p. 138. ( r,;;5 ) Les valeurs correspondantes coneonlenl pailailemenl entre elles, (|noique les températures ch; l'air aient varié entre des limites très-étendues lors des expériences en »|uestion, puisque la plus basse répond à 5",9 et la plus élevée àSi^o. Concluons de là que le procédé que j'ai suivi pour apprécier la température de l'air dans les mesures des altitudes barométriques est parfaitement justilié par les résultats précédents. Ces concordances parl'ailes nous apprennent en outre que les altitudes barométriques qui ont concouru à former chacune de ces moyennes, sont réunies en nombre suffi- sant, dans le travail actuel , pour attribuer à celles-ci leur valeur réelle respective, et de façon à établir, à leur égard, une compensation exacte entre les erreurs qui ont dû affec- ter parfois les mesures barométriques ou leur réduction à 0°, lors des ascensions à la tour. Concluons de là et des nombres qui sont inscrits dans la dernière colonne du tableau suivant, que les observations qui m'ont servi à déterminer les moyennes des altitudes barométriques selon les directions azimulales du vent indiquées, sont suffisam- ment nombreuses pour assurer l'exactitudedecesmoyennes, surtout à l'égard des vents les plus importants ('). {*) La correclion relative à la icnipéralure de la colonne baromélrique pour sa réduction à 0» exerce une influence marquée sur les valeurs des alliludes calculées, puisque toute erreur de 1° à l'égard de celle lempéia- lure entraîne un écart de plus d'un mètre dans le calcul de l'alliludc. J'ai usé des précautions nécessaires pour soustraire à toute perturbation la température de la colonne mercurielle, qui est indiquée par un lliermo- niètro adapte au baromètre. Ainsi, dans le tiansport de linstrument dune station à l'autre, je portai Tétui en cuir dans lequel il était placé, non en bandoulière, mais dans une position verticale où il était éloigné du corps. De plus , à chaque station , le baromètre, retiré de l'étui, restait librement ( 654 ) Mes expériences à la tour ont eu lieu, autant que pos- sible, par un temps couvert, ou tout au moins à l'abri d'une température très-élevée quand le ciel était serein, car j'ai reconnu l'exactitude du fait, signalé par Ramond , que les courants ascendants de l'air échaulfé par l'action directe du soleil, affectent sensiblement les altitudes barométri- ques. Je me bornerai à dire ici que dans l'ensemble de mes ascensions, huit ont eu lieu par une température comprise entre 20 et 24°,5, et que, d'autre part, quatre ascensions ont été effectuées par une température inférieure à 0°, et dont la moindre est — 5° ,9. Après cet exposé indispensable des conditions générales de mes opérations, je réunirai, dans le tableau suivant, les moyennes des altitudes barométriques des trois galeries de la tour mesurées sous l'influence des seize vents princi- paux , ainsi que les vitesses moyennes correspondantes de ceux-ci, qui ont déjà figuré dans la première partie de mon travail. suspendu pendant quelques minutes avant le relevé de la hauteur mercu- rielle Toutes les altitudes ont été calculées à l'aide de hauteurs barométriques préalablement réduites à 0°; aussi ne sera-l-il question que de hauteurs ramenées à celle température dans les exemples cités. ( 655 ) "5 — u a. o o - 05 o ^+ :0 - Ol 1- Srt ce §5 Gfl ^ 2 fi i.e Tl S w H ^^ *^ .^ «^ 'M CI ^ ^^ 00 Ci Tl •« Oi Ci o ^ ce ;s 1- 5-1 1- Oî 00 ■S -ë < s> t~ 00 se t~- rM -■■*■ n :o r^ r— -+ so w 00 00 00 o Ci I— 1- 1 § T3 m o •- W ffC m CD O <» «* O .* 00 -?« fl o ^ ■= 3 k ,r-^ ce *< SO >* ec ©» 05 05 «♦ 05 05 — ^ ^^ ^^ iT» rr rn' vt ce r- t- 05 00 t- co ■a: 1 « E O r-S r-? O o r-) O O o o O "^ k ■^ -r" ■r« -r" "^ u^l "^ '•' '■* '•^ ~ '^ •= (£ M ^ m »+ in iV) !-) SO (^1 o\ 'ïl 3.0 Ci CI «.-1' ,^- K. _50 03 oo SO GO »1 O (~ ■^ *sv ^v o '■îd' •* es <£> CO <£> -* ÎO «* 00 00 co o; 05 l- t- co ® g ^ W ; 5 '" 1 rN T» -^ rr ^ O vt SI îO SO O «F^ SS •1 Oi ^ 3 i: .4 t-_^ '» "i 1— "" ®1 en (tT C7f o" fM" ce" (N o < £ es 00 00 GO 00 00 00 00 00 "' -v rn t-> 1^ 50 50 1— o C5 O r- O o ;s •< «»>- •* «s 1^ (VI os 00 50 •^ ■r* 20 es > 3 -* 50 co ïO co ÎC •* •* l- t- t- 05 00 o co < X eJ [d -« r'^ m i-O r-i v-t _ O t^ _ fN fî^ o ce o o = i o îO o C3 O 00 T* îC --^ - ' U •^^ ^ Tl -v^ ■••+ vh :0 3"^ 5-0 •O a.e î.e •o*« -* - c '-o '.S o o CO co o o CD -O < c . û s ^ • s o Li H (- ^ ^ . ■- ^ Sd 3 » o bi U U à O O O o K Q O •/^. U V. !« ./o u m :: c« O Ui :-i «i u Z >- is «s «S U bj u .n V3 vo O) O O O ;?» î/î <ï) = E~t ce co SO u c ci" c" ■?f oo 50 ;s » o '^ = r- 1 - 1 c .h _- it_ l.O o o c -§ f — ■^ = s •n â ^ ÇO _ ,, M M — s '"V r- ce •* " C ■!>**<= r~ Cl ^ — •« "^ i. H. .«î. l?> t;^ . t. •= v*« »-+ 5.0 tf) ç> •- 1 :: — -t; — ^ cv o '^ 2 - / < £ "^ . = t- ■?! — = i 1 crO_ 5-1 00_ f- ce" 5C r-" ec" i ,■ 1 ■«*■ r- -* ».e g o 1^ = 2 < = 1 ^S g= t- 00 % ■w = ^^ ^"^ :e e > f ^ ÉiO ^^ 00 «+ S ^ EK C=: ©»_ ^ ~. - rc --■T r;" c âô ^ ^ t- x ::j c ce «j 3 O •5 -y. c i: C C z> » H - o s o u ^ ■^ 3 u « ^ [2 .ïï c -3 o - ( 660 ) D'après le Bulletin météorologique de l'Observatoire de Paris, le 8 novembre 1869, jour du maximum des altitudes barométriques, la pression atmosphérique éprouvait de fortes diminutions sur la mer du Nord, les îles Britanni- ques, le nord de la France, le Danemark et la Suisse. Le minimum de cette pression (7-40""" ,00), et par conséquent le centre de la bourrasque qui produisit cette dépression générale dans nos parages, était vers la partie méridionale de la Suède, le 8 novembre à 8 heures du matin. Le minimum des altitudes coïncida, le 10 mars 1866, avec une forte hausse barométrique stationnaire, qui s'étendait précisément sur les mêmes régions que ci-dessus, en crois- sant de l'Est à l'Ouest. Les observations de l'inclinaison du vent font défaut à celte date, parce qu'elle n'était pas en- core mesurée, à cette époque, aux galeries de la tour. Les deux exemples cités nous montrent que, sous l'influence d'un vent de vitesse croissant avec l'élévation des galeries, les altitudes calculées de celles-ci ont varié exactement dans le même sens à l'égard de chaque expé- rience. Ces variations sont d'autant plus marquées relati- vement à l'altitude vraie, que la galerie à laquelle elles se rapportent est plus élevée (*). (*) Malgré les fluctuations qui affectèrent la pression atmosphérique à chacune de ces deux ascensions, pendant rinlervalle de temps qui sépara, à la montée et à la descente, les mesures barométriques à chacune des trois stations inférieures, l'altitude calculée de chaque galerie ne cesse aucunement de différer de l'altitude vraie dans le même sens que les ré- sultats inscrits au tableau, quand on effectue les calculs en prenant sépa- rément les hauteurs mercurielles observées au bas de la tour et à la galerie considérée, au lieu de prendre leurs moyennes deux à deux, comme je l'ai fait. Les résultats particuliers obtenus de la sorte se rapprochent plus encore des résultats moyens, si l'on tient compte de l'intervalle de tenips ( ^^1 ) L'exemple du maximum des altitudes soulève particuliè- rement une question (|u'il importe d'examiner ici , c'est de savoir si les mesures barométriques ne sont pas sensible- ment alîectées par des circonslanccs locales à l'une ou à l'autre station. J'ai déjà fait remarquer, dans l'exposé des résultats généraux de la première série, que la variation de l'altitude calculée des trois galeries ayant lieu dans le même sens pour cbacune sous l'influence du même vent. écoulé entre chaciue relevé, et (|iie l'on niniène les liauleurs mercurielles à la valeur que chacune devait avoir à l'instant de la première observa- tion au bas de la tour. Je citerai ici un autre maximum très-peu différent du premier, qui s'est présenté, le iô mai 186i, entre midi et une heure, par un vent d'ouest et sous l'influence d'une lem|)eralure de l'air de 11",0. Les fluclualions y sont moins |)rononeées que dans le premier exemple. On remarcjnera que, si les vitesses du vent sont moindres dans le rtouvel exemple, les altitudes calculées sont cependant aussi fortes qu'à l'égard de l'autre; mais ici les observations correspondent à un vent d'Ouest, direction pour laquelle les variations des altitudes sont généralement plus marquées, à égalité de vitesse, que suivant la direction Oi\0, qui était celle du vent lors du pre- mier maximum. LIEUX des HAUTE r L'R BAUOMÉTRIûUE édtiite à 0". ALTITUDE baro- VITESSE du OBSERVATIONS. En montant. En descendant. Moyenne. rot^lrique. vent. Galerie supérieure. mm. 749,1") i'i^,\ti 7'f9'T5 W'S3 12,90 Id. octopone. . 50,78 o0,97 o0,87 9o,o8 9,13 1(1. (le cadrans. ■ o3,i8 n8,7o ,S3,o9 63,47 7,60 Bas de la tour . . o9,3l 39,79 o9,oo •' " ( 062 ) celle identilé démonlre que ces mesures ne sont pas affec- lées par des circonstances locales aux stations supérieures. Malgré cette concordance, on est en droit de se demander si les altitudes relatives aux vents de la région Ouest, qui se distinguent, dans le tableau des moyennes, par des écarts si marqués, ne sont pas en excès sur les altitudes vraies (les trois galeries par la raison suivante : l'entrée au bas de la tour, là où ont été relevées les mesures barométriques qui sont le point de départ de toutes les altitudes calculées, s'ouvre à l'Ouest; quand le vent souffle de cette direction, il se produit peut-être un accroissement anomal de la pression de l'air près du sol, à cause de l'obstacle que le portail de la cathédrale oppose à la libre circulation des courants d'air venant des divers points de cette région. Si cet effet a lieu en réalité, et que cet accroissement de pression se transmette au mercure de la cuvette du baro- mètre suspendu au bas de la tour, et cela malgré la fer- meture de la porte d'entrée, il ne serait pas surprenant que la colonne mercurielle se tînt trop élevée, par ce fait, au point d'origine des altitudes calculées, et qu'alors celles de ces altitudes qui correspondent aux vents de la région Ouest ne fussent supérieures à l'altitude vraie de chaque galerie. Si cette objection était fondée, l'importance des résul- tats obtenus serait singulièrement diminuée, surtout à l'égard des vents de la région Ouest, auxquels correspon- dent les résultais les plus remarquables. Le moyen le plus direct de résoudre celte objection, c'est de former, à l'aide du tableau des moyennes générales, les différences des alti- tudes barométriques des trois galeries l'une par rapport à l'autre, en nous bornant aux résultats appartenant à la ré- gion Ouest. Il est aisé de démontrer que les différences ( 663 ) obtenues de cette manière, même à l'aide des moyennes },'énérales, ont exactement les mêmes valeurs numériques que si chaque altitude partielle, ou l'altitude d'une galerie à l'autre, avait été obtenue séparément à l'aide de mesures prises directement à chacjue galerie et sans l'aire intervenir aucunement, dans ce calcul, les mesures barométriques prises au bas de la tour ('). Les ditîérences inscrites dans le (•) Désignons par h, h', h".. . les hauteurs barométriques relevées, en nombre m, au bas de la tour, sous l'influence d'un même vent , mais à des ascensions différentes; soient également A,, //,', /i,", ... et /i, , A,',/;/' les hauteurs barométriques, correspondantes aux premières, et mesurées respectivement à deux des trois galeries de la tour. Représentons par A, A', A".... les facteurs, tel que 18593" x ,-^, delà formule des altitudes barométriques, qui varient, de l'une à l'autre expérience, à cause des variations que subit la température 0 de l'air. La valeur H, de l'altitude barométrique moyenne , par rapport au pied de la tour, de la moins élevée des deux galeries choisies a été déduite des m expériences se rapportant au même vent, à l'aide d'un calcul que représente l'expression suivante: A (log h - log A,) -+- A' ;log h' — log /t/) -t- A" flog h" -\oghx") H| = ~~ L'altitude barométrique moyenne H^ de la galerie plus élevée a été dé- duite des mêmes ascensions , d'après l'expression : A (lop; /» - log ht) -+- A' I log fe' — log h j') -\- X" {\oç: h" - log hj") H, = ^ L'altitude partielle de ces deux galeries étant égale à la différence de ces expressions , on a : „ A (log ht —log /.;) -H A' (log K' - log hi')-^.\." (log h" - log h.") Hj - Hi = — m Cha(]ue terme, tel que A (log /), - log h,), qui exprime rigoureusement Taltiludi; barométrique partielle de la galerie la plus élevée par rapport à l'autre, d'après une même expérience, ne dépend que des mesures barométriques prùses aux deux galeries et nullement de celles relevées au bas de la tour; il résulte do la que les altitudes partielles figurant au tableau suivant sont tout à fait indépendantes de ces dernières mesures. ( 6(U ) tableau suivant représenlont les altitudes partielles dé- duites, de cette manière, du tableau des moyennes géné- rales relativement à la région Ouest, ainsi que les altitudes |>artielles concernant les niaxima du 8 novembre 1869 et du 25 mai 1844, dont il a été question précédemment. Altitudes barométrique!; partielles de la région ouest. GALERIE CiLEBIE GALERIE drs des octogunc INDICATIONS. cadrans et CiLERtE super. cadrans et CALER» octogone. tt CAlERie supé- rieure. Altitudes pai tielles vraies. . . 39.V2 2'f,88 15"04 Id. baromét., poui lèvent du Nord. 40, i() 25,30 14,96 Id. id., id. NNO. 42,3i 26,80 -lo,o4 Id. id., id. NO. . 42,73 26,38 16,35 Id. id., id. ONO. 43,75 27,3 i 16,41 Id. id., id. Ouest. 43,76 27,63 16,13 Id. id.. id. OSO. 42,22 26,3i 15,88 Id. id.. id. 80. . 41,79 26,31 15.48 Id. id.. id. SSO . 41,87 25,67 16,20 Id. id., id. Sud. . 40,16 2i,90 15,26 Id. , id., lors du mnx. du 8 i lov. 1869. 49,62 28,88 20,74 Id. id., id du 23 mai 1864. 49,36 30,1! 19,25 A partir des directions Nord et Sud, auxquelles corres- pondent les valeurs les plus rapprochées des altitudes par- tielles vraies, les altitudes barométriques partielles crois- sent très-régulièrement jusqu'à la direction Ouest avec laquelle coïncident les maxima des deux premières colonnes. ( GG5 ) Les jilliludcs partielles varient donc cxacleinenl ici conunt' les altiliides totales qui onlélé déduites des mesures haro- niélriques relevées au pied de la tour, pour la nièiue région azimutale {'). La concordance, qui est si bien établie, par ce qui |)ré- cède, entre les altitudes partielles et les accroissements progressils des altitudes totales correspondantes, prouve sans conteste que ceux-ci n'ont aucunement pour cause des troubles en excès, qui auraient affecté les mesures ba- rométriques relevées au bas de la tour sous l'innucnce des vents de la région Ouest. Concluons de là que l'objection soulevée, qu'il importait de prévenir ici, doit être tout à lait écartée. Je ferai connaître actuellement des anomalies qui ont affecté les altitudes barométriques dans le cours de mes expériences. J'entends ici par anomalies des irrégularités qui affec- tent dans leur sens ou dans leur grandeur, les variations d'al- titudes barométriques particulières, comparativement à la variation qui caractérise la moyenne générale sous l'in- fluence du même vent. D'après l'examen comparatif de ces anomalies, qui se sont présentées au nombre de qua- rante-buit dans le cours de mes ascensions, elles peuvent être rapportées aux trois espèces suivantes : C) Los alliludos pailiolics de la région fclsl présentenl des écarts relative- iiiciilaux varialions des altiUidcs totales corrcs|)ondantes, entre la galerie des cadrans et la galerie octogone , mais moins entre cette dernière et la galerie supéricnro. Quant aux altitudes partielles qui correspondent au minimum du 10 mars 186G, par un vent d'ENK , elles sont respeclivonient 55",ôl), 2ô'',92 et 1 1",5S, (putes valeurs (|iii sont respectivement moindres que les altitudes partielles vraies 39", S2, :^1*,88 et 15",0l, comme cela devait être, eu égard à la direction et à la vitesse du vent régnant lors des mesures barométriques relevées le 10 mars 1866. ( 666 ) 1° Des altitudes calculées s'écartent en sens opposé des variations qui affectent le plus ordinairement les altitudes relatives au même vent, à l'égard de la même galerie; 2° D'autres altitudes accusent une variation trop forte, eu égard à la vitesse faible ou modérée du vent qui régnait au moment de l'observation; 5° Enfin, certaines altitudes s'écartent peu de l'altitude vraie, malgré la vitesse plus ou moins grande du vent qui régnait au moment de l'expérience, et auquel correspond ordinairement une variation marquée de l'altitude calculée de la même galerie. Le tableau suivant nous offrira des exemples particu- liers de ces trois sortes d'anomalies, dont les fréquences relatives sont exactement exprimées par les nombres 5, 4 et 5 dans leur totalité. Mais avant de citer ces exem- ples, il importe beaucoup de rappeler ici une circonstance remarquable que j'ai signalée dans la première partie de mon travail. J'ai d'abord montré que le fait général de l'accroissement régulier de la vitesse du vent avec l'éléva- tion des galeries de la tour, qui caractérise les moyennes générales des vitesses des différents vents, éprouve des exceptions à l'égard des vents de toute grandeur et de toute direction. J'ai ensuite annoncé que ces exceptions ont été souvent accompagnées d'irrégularités marquées dans les mesures des altitudes barométriques. En effet, les deux tiers de toutes les anomalies relatives à ces dernières ont précisément coïncidé avec des exceptions à l'accroissement régulier de la vitesse du vent selon la hauteur. Voici le tableau où j'ai réuni des exemples de coïncidence de ces deux genres d'anomalies, que j'ai choisis, pour la plu- part, dans la seconde série de mes ascensions afin de pou- voir y joindre les inclinaisons du vent correspondantes. ( « - s O se ô \ < 2 3 ; -o .ï ? » se O ^ o u ■ + ' 4 + ' ' ' « u T1 "7 "7" ■-.o 2 •S> i2 -.o r~ ce 'û c 5,ai * Çl^ rc t— ir- C5 30 t~ CT> ce O 'k 00 :o 00 -o 30" SO' 1.0~ ^ — r 50 CO" c-r ■«►" A ■o H « 3 Ï5 CJ s3 «i. •71 "î-ï lo O O « K Cl C3 5* o •ïl S a 1 c 1 »^' r- ^ t— " I— «T o aO S5 «f 50 t- o" — « u >■ « 3 *-*. .^ ^ * r— ÎC ÎO o -o '-O — 53 Tl ^ ■j "S i-^ OO" t-' w 00_^ o~ o OO oo" s.e_ « 1 _a c Ô ï^ 1^ rc T" "T r- =S t^ 3 _S V O '?1 1— ^ r-^ o 1-^ IC oo" p{_ 5 Cl o^ Ot s: O c O S o o o o o ô o O o -^ H O o '•O ÎD o C5 "î-i '2 'ï> M- r- GO o 1- c: 1 1 "S" -s -T lO 30 oT o ^^ Si" cT C5. od 50 o' se 00 ~ ^ X s c: 00 «3 * 00 30 00 C5 œ> Cl ::] p H H _» 1 X C2 rri s ■V- o "M ,— -— ^-4. o ;^ p 3 H ~i -p :£] M O c 6 ■p 6 c 2 ■n a 5 ~ ■y; 'Si bj Z ■^ >'. ^ 6 -* j^ fr. ££ ^ ?: irï Z S ce : ■Z5 ~~" GO .- r^ — • -ji ■yi 00 o6 V'. o f^ ta o o O o o S £ g 30 30 30 — 00 2 GO 00 00 30 00 -J !:; _ _ 'A "^ — o «î ço < -3 ç ;i '^ ■ô ■^ 2 s n 2 2 3 • oc 30 3 -?< — ce c; — Ci Cl "îl TI — 5^ "î-i ~ ij ^ _J j5. jj_ _^ J^ c^ -J J^ J^ j5_ o -3 ( 068 ) Remarquons, comme fait général, que les écarts des altitudes, qui tous coïncident ici avec des irrégularités de vitesse du vent, affectent parfois les altitudes des trois galeries, mais que c'est à l'égard de la galerie des cadrans qu'ils sont les plus fréquents. Le 5 octobre 1868, sous l'in- lluence d'un vent ESE, l'altitude calculée de la galerie des cadrans est la seule qui soit moindre que l'altitude vraie, conformément à ce qui a lieu ordinairement sous l'influence de ce vent. Quant aux altitudes des deux autres étages, elles sont supérieures à leurs altitudes vraies, contrairement au fait général relatif au vent d'ESE. Sous l'influence du même vent et à la date du 9 mars 1867, les altitudes des trois étages s'écartent en sens opposé des variations ordi- naires. Ee J5 mai 1867, les altitudes des deux étages su- périeurs diffèrent sensiblement des altitudes vraies, quoi- que la vitesse du vent soit modérée, tandis que le 9 août 1866, les altitudes des trois galeries s'écartent beaucoup de leurs altitudes vraies, mais sous l'influence d'un vent plus fort. Le 9 février 1867 cl \v. 25 avril 1866, l'altitude de la galerie octogone diffère peu de l'altitude vraie, malgré la force du vent, tandis que celles des deux autres s'écartent notablement de leurs valeurs réelles, mais en sens opposés dans le premier cas. Enfin, nous voyons dans les derniers exemples, soit des variations peu prononcées à l'égard des trois galeries de la tour, soit des écarts en sens opposé aux variations ordinaires pour la galerie des cadrans, sous l'influence de vents de plus en plus forts. La grandeur des écarts dans les exemples cités et la fré- quence relative des coïncidences entre les irrégularités des altitudes et celles des vitesses du vent, sufiîsent pour nous prouver que ces coïncidences ne résultent ni du fait d'er- reurs dans l'estimation des hauteurs barométriques, ni de ( m) ) pertiirljalions (\\H' la chaleur aurai! produites dans la sue- cession des densités des couclies d'air superposées entre les divers étages de la tour. La IVé(|uenee relative des eoïn- cidenees entre les deux sortes d'irrégularités, coïncidences qui ne sont pas toujours absolues ni d'une part ni de l'autre, résulte très-probablement de la connexilé (pii existe entre les variations des altitudes barométriques et la vitesse du vent. Le l'ait de ces co'incidences Iréquenles se conçoit en partie de la manière suivante : quand il existe des interruptions dans la succession des vitesses croissant avec la hauteur, elles déterminent incontestablement, dans les couches d'air en mouvement, des phénomènes d'entraînement latéral plus ou moins sensibles. Ceux-ci tendent à modilier la pression de ces couches dans le sens vertical, et contribuent à produire ainsi des écarts dans les valeuis des altitudes barométriques mesurées sous ces influences perturbatrices. A l'égard de l'inclinaison du vent, on a dû remarquer, dans le tableau précédent, que les deux derniers jours d'observation sont les seuls auxquels correspondent aussi des irrégularités relatives à l'inclinaison du vent, puisque celle-ci a une valeur moindre à l'étage supérieur qu'à la galerie octogone, contrairement au lait général qui a été reconnu dans la première partie, j'ajouterai que les coïn- cidences entre des anomalies alïectant à la lois les altitudes et les inclinaisons du vent, ligurent en très-petit nombre dans la seconde série, la seule pour laquelle l'inclinaison a été mesurée ('). (*) Il resulle il'uiie coniparaison (|ui repose fâcbeuspiiuMil sur un iioinhre de cas liés-roslioiril, que dans les expériences où des anomalies ( 670 ) Dans ie but de passer à nu l'ail plus général, j*ai réuni, dans le tableau suivant, les altitudes barométriques de la galerie supérieure, ainsi que les vitesses, les inclinaisons du veiil mesurées à cette station et les températures de l'air correspondantes, qui appartiennent aux observations de la seconde série relatives aux vents de SO, d'ouest el de NO, et pour lesquelles la vitesse de ceux-ci a excédé o",00. (^»; rapprochement a pour objet de montrer que la corrélation des variations des altitudes barométriques est bien autre- ment accusée à l'égard de la vitesse du vent , qu'elle ne l'est relativement aux autres données. Je me borne à citer les résultais particuliers à ces trois directions du vent, cl seulement ceux pour lesquels les variations des altitudes ont dépassé un mètre, afin de limiter le développement du tableau. Pour faire connaître, dès maintenant, d'autics circonstances importantes qui caractérisent la plupart de ces observations, j'ai indiqué par deux astérisques celles qui ont coïncidé avec la présence d'une bourrasque vers nos parages, le matin du jour de l'expérience, d'api es les indications du Bulletin météorologique, et par un seul astérisque, les jours qui ont été précédés ou suivis du pas- sage d'une bourrasque. affcclèreiil simultanément les altitudes et les vitesses relatives au même vent, son inclinaison à chaque étage de la tour s'est écartée sensiblement, et dans le même sens, de la moyenne de l'inclinaison relative à la même galerie. Il faudrait attribuer celte iiarticularilé à l'influence d'un entraî- nement latéral que les couches d'air éprouveraient, quand la succession régulière de leurs vitesses est interrompue par une cause indépendante des résistances que l'air en mouvement éprouve au voisinage du sol ( «71 ) Observai iniif! à In r/alrrir supcrirnrp de la Inur, par les vents de sud-ouesl , d'uiirsl it de iiurd-ouest. DAÏi: I, OnSF.UVATKIN. l:i( tlNAISim I TCMPKRATl'Re (le lair. Le 25 janvier 18()7. Le ±2 avril 1868 * . Le 28 janvier 181)8 ' Le *J février 1872 '• Le 18 novembre 1809 Le 27 janvier 1867. . Le 4 novembre 1868 ' Le 6 février 1867 " . Le 8 février 1867 ** . Le 8 novembre 1869 Le 21 avril 1868 ". . .•^ud -Ouest. 106,66 107,26 •107,38 ■109,30 109,7a Ouest. •106,58 108,08 109,21 111,77 112,09 113,29 5,30 9.76 9,12 11,97 11,09 /,4o 10,11 11,86 17,12 11,86 13,96 IVord - Ouest. Le 26 janvier 1868 Le 2;^ fév. 1867 (laprès-midi)*'. Le 3 avril 1867 " Le 23 février 1867 (le matin)** . Le 20 mai 1868 Le 17 avril 1872 de 4 à o h. du s.* Le 17 avril 1872de6à7 h. du s.* Le 31 janvier 1867 ** . . .. 105,28 106,89 108,03 108.88 109,87 111.54 111,80 113,12 7,60 6,81 7,35 8,31 8,31 10,70 9,89 12.29 4» 7^0 15 14,0 6 9,7 25 7,0 16 5,0 15 11,5 20 10,3 5 10,0 7 10,4 22 11.8 15 14,2 8 4,0 8 8,6 10 9,0 8 8,9 17 20,5 17 7,0 18 7,0 5 4.7 (• 672 ) Dans ce lableaii, l'allilude est généralement d'autant j)lus marquée à l'égard du même vent, que sa vitesse est |)Ius grande. La connexité des variations des deux phéno- mènes est démontrée par leur concordance non-seulement dans les cas particuliers, tels que ceux qui viennent d'être cités, mais à l'égard des moyennes générales des altitudes barométriques et des vitesses des différents vents. Kn effet, rappelons ici que la gravure représentant l'élévation de la tour d'Anvers, qui accompagne la première partie de ce travail, nous présente, à la hauteur de chaque étage, les courbes des alliludes moyennes et celles des vitesses correspondant aux divers vents. Or, tout en tenant compte, dans cette représentation, de la direction azimutale du vent, on remarque que les variations des altitudes sont d'autant plus marquées à chaque galerie, que la vitesse du vent est plus grande. La concordance des fluctuations que subissent les deux espèces de courbes a lieu tout autant à l'égard de la région est que pour la région Ouest, quoique les variations des courbes qui représentent les altitudes soient de sens opposé à l'égard des deux régions. Cette concordance me dispense de citer ici les exemples parti- culiers appartenant à la région Est. Dans les exemples qui précèdent, aucune connexion pré- cise ne se manifeste entre les altitudes et l'inclinaison du vent : les valeurs de celle-ci varient régulièrement sans accuser de liaison, du moins apparente, avec les premières. Il n'est donc pas possible de découvrir de rapport entre les variations des altitudes et les inclinaisons du vent, telles que celles-ci s'accusent à la tour d'Anvers. L'obliquité du vent doit, sans aucun doute, influer sur les valeurs de ces altitudes; mais cette influence n'est révélée ni dans ce qui précède, ni par la comparaison des moyennes générales ( 075 ) Jcs inclinaisons et des altitudes relatives aux diflérenls vents, comme nous allons le voir. Rappelons d'ahord les conclusions concernant les moyennes de l'inclinaison aux- quelles j'ai été conduit dans la première [)arlic du travail. J'ai montré que la valeur de l'inclinaison du vent à chaque étage de la tour résulte, tout à la l'ois, de l'ohliquilé (|ui caractérise le vent lors de chaque expérience et de l'in- nuence de la tour, qui modifie singulièrement cette obli- quité dans les mesures. Les moyennes générales de l'incli- naison des divers vents forment des séries régulières qui concordent entre elles aux trois étages de la tour. Leur minimum correspond aux azimuts voisins du Sud, et leur maximum, à une direction unique qui est celle du NNO. Or, d'après les moyennes des altitudes barométriques suivant les divers vents, à ces deux valeurs extrè»nes de l'inclinaison du vent répondent, à chaque étage, des alti- tudes barométriques moyennes qui diffèrent peu de l'altitude vraie, au lieu de s'écarter notablement l'une de l'autre, comme altitudes répondant aux valeurs extrêmes de l'in- clinaison. J'ajouterai que les régions Est et Ouest nous offrent des inclinaisons qui diffèrent peu l'une de l'autre, quoique ces régions nous présentent les directions du vent qui sont caractérisées par les altitudes barométriques extrêmes, opposées. Concluons, avec plus de certitude encore, de ces divers rapprochements, que ni les moyennes générales ni les résul- tats particuliers de mes expériences ne permettent d'en- trevoir de liaison certaine entre les altitudes barométriques et les inclinaisons du vent, du moins telles que celles-ci résultent des mesures relevées à la tour. L'absence de connexité entre les altitudes et les tempé- ratures de l'air est également à remarquer dans les exem- 2""* SÉRIE, TOME XXXV. Ai ( i\7i ) pies précédents; mais ce fait ne doit point nous surprendre, puisque la correction relative à la température de l'air a été introduite dans le calcul des altitudes conformément aux indications qui ont été données précédemment. La plupart des fortes altitudes du tableau précédent coïncident, comme on l'aura sans doute remarqué, avec la présence de bourrasques vers nos parages, soit le jour même des observations, soit la veille ou le lendemain. Il résulte de tout ce qui précède que les altitudes baro- métriques mesurées à la tour d'Anvers sont en corréla- tion parfaitement établie, d'une part, avec la direction du vent et de l'autre avec sa vitesse. La connexité à l'égard de la direction du vent se manifeste particulièrement dans le cycle que forment les variations des altitudes des deux côtés de la mértdienne. Il importe de faire voir ici que ce cycle, sur lequel j'ai appelé précédemment l'attention, ne caractérise pas seulement les altitudes relevées à la tour d'Anvers, mais qu'une périodicité semblable se présente à l'égard des altitudes barométriques qui ont été détermi- nées en d'autres lieux sous l'influence de vents de divers azimuts. Je rappellerai d'abord qu'en opérant, à Namur, en 1850 et 18ol, quatre nivellements barométriques du pont d'une lunette de la citadelle, lequel est élevé de 134 mètres au- dessus du chemin de halage de la Sambre, deux altitudes relevées sous l'influence du vent d'est sont inférieures de 2 et de 4 mètres à l'altitude vraie selon la force du vent, tandis que les deux autres altitudes qui ont été me- mesurées sous l'influence de vents de SO lui sont supé- rieures, l'une d'elles de 6",76 par un vent très-fort. Le sens de ces variations concordant parfaitement avec les observations à la tour d'Anvers pour les mêmes régions I ( 79, d'après le Dépôt de la Guerre. L'altitude du baromètre à l'Observatoire de Bruxelles étant nO'.jG, le baromètre observé près de ( 676 ) Altitudes baromctriqttes entre Bruxelles et Nnmur, suivant les différents vents. DIRECTION DU VENT. ALTITUDE barométrique. VITESSE du vent il Ilruicllcs. Nord et NNE . NE et ENE. . Est et ESE . SE et SSE. . Sud et SSO . SO et OSO. . Ouest et ONO. NO et NNO . 87,86 88,69 89,24 83,00 77,61 76,63 80,20 84,19 2,o0 2 24 2,62 2,48 4,06 6,24 S,09 3,59 Moyennes. 83,41 3,60 Ces alliludes forment un cycle régulier : leur maximum coïncide avec l'azimut est, et le minimum avec le SO., tan- dis que les altitudes qui diffèrent le moins de l'altitude vraie 8i»',37 sont voisines, d'une part, du SSE. et de l'autre, de rONO. Contrairement au mode de variations qui carac- térise les expériences à la tour d'Anvers, les altitudes de Namur se trouvait ainsi à 81",57 au-dessus de celui de l'Observatoire. D'après celle nouvelle détermination, l'allitude que j'avais assignée d'abord au lieu de mes observations, avant le travail géodésique du Dépôt de la Guerre, est trop élevée. Il n'y avait plus guère de possibilité de recher- cher maintenant les causes de l'excédanl attribué à la première altitude, puisque l'on a enlevé, dans la station de l'Étal, le point de repère qui ni'avail servi à calculer la position du baromètre dans l'habitation, à l'aide d'un nivellement barométrique partiel opéré, en 1849, sous l'influence d'un vent SO. ( 077 ) la région orientale entre Naniiir et Bruxelles s(»mI sti|»é- rieiiirs à rallilude vraie, laiidis (juc celles de la région occidentale lui sont iiirérienres jiis(|irà Ta/iniut NO. He- marquons aussi qu'à l'altitude miuiuia corresjjoiul un veut de plus grande vitesse, et que les altitudes les plus élevées coïncident avec les vents les plus faibles. Concluons de ces laits principaux que les altitudes calculées à l'égard des deux villes, sont en corrélation avec la vitesse et la direction azimutale du vent. Les régions auxquelles correspondent respectivement le maximum et le minimum des altitudes à la tour d'Anvers, d'une part, et entre Bruxelles et ÏNamur, de l'autre, sont de directions contraires; cette opposition constitue un l'ait qui doit appeler ici notre attention. Il a très-probablement pour raison la différence marquante que voici : à la tour d'Anvers, la vitesse du vent croit généralement avec l'élé- vation , et c'est à la station la plus élevée où le baromètre est observé, c'est-à-dire à la galerie supérieure, que le vent est le plus fort. L'inverse a lieu, sans aucun doute, entre Bruxelles et Namur. En effet, ainsi que j'ai eu occa- sion de le faire remarquer, les alentours de la capitale sont moins accidentés que les environs de Namur; l'Obser- vatoire de Bruxelles est situé sur un point dominant les vastes plaines des Flandres, qui forment une partie du littoral si uni de la mer du Nord. J'ai présumé, d'après ces circonstances, que la vitesse du vent est en général plus grande à l'Observatoire de Bruxelles qu'à JNamur, quelle que soit d'ailleurs la position, si làvorable aux effets du vent, de la localité voisine de cette ville, où mes obser- vations ont eu lieu (*). C) liulletins de l'Académie royale de Belgique , ^'^ série, l. XI , |>. 4'Jô. ( 678 ) Les résultais des observations météorologiques de M. Maas, professeur au collège de la Paix, à Namur, ont depuis justifié ma présomption, pour autant que ces résul- tats soient rigoureusement comparables à ceux recueillis à l'Observatoire de Bruxelles; car ces deux séries des vitesses des vents ont été obtenues à l'aide de deux sys- tèmes anémométriques essentiellement différents , ainsi que l'indiquent les détails de la note ci - dessous ('). (*) La force du vent est mesurée à l'Observatoire de Bruxelles par sa pression sur une plaque carrée , d'un pied anglais de côté , qui est ada|)lée à la girouette de l'appareil d'Osier. Au collège de la Paix, à Namur, la vitesse du vent est donnée par un anémomètre à quatre capsules, tour- nant autour d'un axe vertical, qui est installé sur les comWes du bâtiment principal du collège, à une hauteur de 21", 45 au-dessus du sol. Quelle que soit la dififérence de ces deux systèmes, voici les moyennes annuelles de la force et de la vitesse du vent, à midi, pendant les années indiquées, à la hauteur les combles de l'Observatoire de Bruxelles, et du collège de la Paix, à Namur. ANNÉES. Brnxclles. INTENSITK du vent. VITESSE du vent. VITESSE da vent. 1858 1859 4860 1861 ■1862 1863 Moyennes 0,20 0,46 0,57 0,69 0,61 0,72 0,54 3,55 5,56 5,99 6,59 4,65 6,73 5,50 4,09 4,47 4,60 4 22 3,90 4,34 4,30 L'infériorité exceptionnelle de la vitesse du vent à Bruxelles, à l'égard ( 079 ) D'après les six années d'observations, 1858 à 1863, la vitesse moyenne du vent, à midi, est de 4",50, à Namur, et s'élève à 5",50, à Bruxelles. La difl'éronce doit être plus marquée encore à l'égard des vents de grande vitesse ou de la région Ouest, (.oncluonsde là que la vitesse du vent étant plus grande à Bruxelles qu'elle ne l'est à Namur, (jiii est cependant la station la plus élevée, les dépressions barométriques doivent cire relativement plus prononcées à Bruxelles, surtout quand le vent souille de la région Ouest. Nous concevons ainsi comment le minimum des altitudes barométriques entre ces deux villes correspond à cette région Ouest, contrairement à ce qui a lieu à la tour d'An- vers, où les altitudes de la partie occidentale sont les plus fortes; cette différence provient évidemment de ce qu'à Anvers, le maximum de la vitesse du vent se présente à la station la plus élevée où le baromètre a été observé. Une autre circonstance qui distingue d'une manière aussi spéciale les observations entre Bruxelles et Namur des expériences à la tour d'Anvers, c'est qu'ici les lieux oîi les mesures barométriques ont été relevées sont situés sur la même verticale, tandis que les deux villes dont il est question sont séparées par une distance de oo,08 kilo- mètres. Cette différence, si caractéristique, n'est pas cepen- dant un obstacle à la régularité des variations des altitudes barométriques selon la direction du. vent, et c'est au point de l'annéo IS08, s'explique par le fait suivant qui est indiqué en ces termes, dans les Annales de V Observatoire (t. XVI, p. 116): depuis l'époque où l'anémomètre d'OsltM- a été placé à l'Observatoire, les forces passives, aux<]uelles il était soumis, avaient augmenté par |tlusieurs causes, el les valeurs en kilogrammes déduites des expériences faites à l'origine étaient un peu faillies. A la fin de 1860, on a fait une nouvelle série d'ex- périences; et c'est d'après les résultats de celles-ci que l'intensité du vent a été calculée a partir de 185!>. ( (icSO ) qu'elles forment h; cycle régulier que le dernier tableau nous a montré. La môme régularité se présente encore à l'égard de villes bien plus éloignées. Ainsi , le savant météorologiste Kaemlz a calculé, à l'aide de mesures du baromètre, les différences de niveau barométriques de Paris, de Zuricb et de Berlin par rapport à Halle; il a rangé, dit-il, ces différences d'après les vents qui régnèrent en moyenne dans l'Allemagne septentrionale (*). Trois années d'observation lui ont fourni les différences suivantes, eu égard à la moyenne générale. DIRECTION DU VENT. VARIATIONS des altitudes barométriques, suivant les différents vents , entre uaiie et Alliluile Traie relativement à Halle. S-2,0 77,0 848,0 N NE Est SE Sud SO Ouest NO Moyennes. 8,2 22,0 26,7 35,5 23,8 6,6 25,0 6,3 -+- 2,9 - 9,7 - -14,4 - 14,2 - 6,8 -h 1,7 -+- 7,0 4- 10,1 - 2,9 4- 25,7 -+- 42,9 + 36,1 -4- 27,3 - 6,2 - 21,4 - 24,0 - 13,8 4- 8,3 (*) Cours de météorologie de Kaemlz, page 293. L'allilude de Halle au-dessus du niveau de la nier est de 111 ",00 , d'après les indications don- nées dans les Elcmenls de phn-siquc Icrreslrc cl de mùlcorologic , par M. Becquerel, pages 8S et suivantes. Les altitudes des autres localités sont extraites de la Connaissance des lemps. ( <3Si ) Quelles (juo soient les (iiflV'iences des allilucles vraies et les distances, si grandes d'ailleurs, de ces trois villes rela- tivement à Halle, les variations des altitudes l)aromé- triques forment, pour chacune, une série de huit fermes, dont les moitiés sont affectées de signes opposés ; de plus, les termes appartenant à chaque moitié varient très-régu- lièrement, et de telle sorte que ceux du milieu sont numé- riquement les plus élevés. Ainsi, chacune de ces séries l'orme un cycle aussi complet et aussi régulier que les cycles qui se rapportent, d'une part, aux altitudes prises à la tour d'Anvers, et de l'autre, aux mesures semblables entre Bruxelles et Namur. Remarquons, en outre, que, d'après le dernier tableau, les altitudes l)arométriques qui se rapprochent le plus de l'altitude vraie sont incontesta- blement voisines des azimuts nord et sud, car c'est à ces directions que correspondent les changements de signe des variations. Les mêmes coïncidences, rappelons-le, se présentent à l'égard des mesures prises à la tour d'Anvers. Remarquons aussi que les moyennes finales des altitudes barométriques diffèrent peu des altitudes vraies des loca- lités dont il a été ici question. En effet, les écarts ne dé- passent guère un mètre pour les galeries supérieures de la tour d'Anvers, et deux mètres entre Bruxelles et Namur. Enfin, les écarts moyens du dernier tableau ne sont qu'une fraction assez petite de l'altitude vraie de chacune des trois villes relativement à Halle. Concluons de là que, malgré l'influence de la vitesse et de la direction du vent sur les altitudes barométriques, il est cependant pos- sible d'obtenir un résultat très-approché de l'altitude vraie de deux localités même assez éloignées, à l'aide des hau- teurs barométriques correspondantes, pourvu que celles-ci soient nombreuses et se rapportent à un grand nombre ( 682 ) (le directions azimutales, particulièrement aux directions orientale et occidentale. Nous nous expliquons ainsi comment divers observateurs ont réussi à déduire, d'une manière très approchée, les altitudes relatives de plusieurs localités, à l'aide des moyennes annuelles de la pression atmosphérique et de la température de l'air résultant d'une série d'observations étendue. On sait que la rose des vents barométriques présente , pour chaque localité où cette donnée météorologique a été calculée, une suite périodique de hauteurs mercurielles, qui procède par ordre suivant la direction du vent, et con- stitue ainsi un véritable cycle. J'examinerai, dans la troi- sième partie de ce travail, s'il existe une liaison particulière entre le cycle des altitudes barométriques delà tour d'An- vers et celui qui caractérise la rose des vents barométriques pour Bruxelles, série que j'ai précédemment déterminée à l'aide des observations recueillies à l'Observatoire, pen- dant une période de dix ans. Les hauteurs barométriques moyennes suivant les divers vents, que j'ai relevées à la tour d'Anvers et à Namur, constituent aussi des séries ou cycles semblables, à l'égard desquels je ferai la même com- paraison. Les variations des altitudes moyennes à la galerie supé- rieure de la tour d'Anvers sont exprimées d'une manière très-satisfaisante par la formule 0,0o7 • V- • sin (a ± iS"), qui représente le cycle de ces variations. Dans cette for- mule, V exprime la vitesse moyenne du vent considéré, mesurée à la galerie supérieure, et a, sa direction azi- mutale. Le facteur sin (a =fc 15°) et la valeur \o° elle- même doivent être affectés du signe H- lorsqu'il est ques- tion des courants venant de la région Ouest, et, au con- traire, du signe — quand il s'agit des vents de la région ( CSÔ ) Ksi {*). Quant au lacleur numérique 0,057, il a élé déler- miné à l'aide de la méthode des moindres carrés. Si nous appli(|uons celle expression du cycle au calcul des variations des altitudes selon la direction et la vitesse moyenne du vent à la galerie supérieure, et que nous ajoutions à chacun dos résultats calculés, et pris avec le signe qui lui convient, l'allitude vraie 10i",00, nous ohtiendrons, conformément à la formule H' = lOi-,00 ± 0,057. V^ sin (a ± 15»), les altitudes qui ligurent dans la seconde colonne du tableau suivant, et dont les valeurs concordent généralement bien avec les altitudes moyennes observées à la galerie supé- rieure de la tour. (*) Dans le travail préliminaire (t. XXIII des Bulletins), j'ai employé la formule H' = 10i*,00±: 0,068. r'^-sina à calculer les altitudes moyennes générales, et les altitudes particulières à certaines expériences, en don- nant à V les valeurs des vitesses du vent correspondantes, observées à la galerie octogone et non à la galerie supérieure. Les valeurs calculées se sont généralement accordées avec les résultats de robservatioii. Il est à re- marquer que, si Ton veut modifier, dans cette formule, le coefficient numé- rique 0,068 de manière à pouvoir remplacer la vitesse v mesurée à la galerie octogone par la vitesse V correspondante, mais observée à la galerie su|té- rieure, il faut faire usage du rapport 1,03 des vitesses moyennes générales 7", 25 et G«,88 relatives à ces deux galeries, et calculer le nouveau coefFicienl au moyen de l'expression ——t. On obtient ainsi la valeur 0,061 qui se rap- proche beaucoup du coeCBcient 0,057 que j'ai déduit de l'ensemble des variations à la galerie supérieure, par la méthode des moindres carrés. Dans la nouvelle expression de H', je remplace la direction azimutale œ du vent par (a± lo"), parce que les deux directions azimutales, auxquelles correspondent des altitudes sensiblement égales à l'allitude vraie 10-i»,00, ne coïncident pas précisément avec le sud et le nord , mais bien avec deux directions qui doivent former chacune un angle de 15" environ avec lu niérldienue, du côté de la région Est. ( 684 ) DIRECTION DU VENT. ALTITUDE MOYENNE de la galerie supérieure observée. calculée. Nord NNE 104,78 10i,3i 102,23 101,59 101,43 102,39 103,26 103,90 104,66 106,94 107,40 107,94 109,98 108,91 107,86 106,80 1ÙM9 103,79 102,70 101,61 101,31 101,74 103,43 103,77 104,38 106,47 107,67 108,32 109,99 109,16 107,16 106,41 NE ENE Est ESE SE. . . . ' SSE Sud SSO so 080 Ouest ONO NO NNO. ■ Moyennes. . . . 105^20 105/16 Il résulte de l'ensemble des faits et des considérations qui sont e.xposés dans cette note, que les variations des altitudes barométriques selon l'influence du vent sont soumises à des lois régulières, qui dépendent, sans con- teste, de cette influence sur la pression atmosphérique. ( 685 ) Sur les boissons alcooliques glacées portées à des tempéra- tures très-basses et sur le refroidissement et la congéla- tion des vins ordinaires ou mousseux^ par M. Mclsens, membre de l'Académie. iii 1 . Expériences sur les boissons alcooliques forleuicnt refroidies. Dans la séance du 1" mars dernier, j'ai fait une com- municalion verbale sur les boissons alcooliques; je la com- plète dans celle noie en lanl que la question me semble pouvoir l'être au point de vue chimique, physique ou phy- siologique et laissant décote tout ce qui pourrait paraître extra-scientilique dans des expériences de gastronomie ou de gastromanic. La Belgique produit peu de vins; cependant quelques crus ne sont peut-être pas sans avoir un intérêt indus- triel et commercial. En 1848, lors de l'exposition nationale des produits de l'agriculture, je (us chargé, comme membre du jury, de m'occuper spécialement de celle question, mais des circon- stances indépendantes de ma volonté ne me permirent pas de compléter l'enquête commencée avec MM. De Breyne- l*eellart, De Le Haye et Gihoul, mes collègues du jury. Parmi les vins d'origine belge exposés à cette époque, il y avait du vin mousseux fabriqué à IFuy par un ouvrier français, d'origine champenoise; ce vin avait quelques bonnes qualités, mais aussi des défauts qui devaient le faire rejeter par les personnes habituées à l'usage du Champagne ou même de la tisane de Champagne qui , à cette époque, se vendait au même prix que le vin mousseux de fabrica- tion belge. ( 686 ) Nous n'avions pas au jury des dégustateurs de profes- sion et nous dûmes bien , faute d'un service de déguslalùm des boissons, analogue à celui qui existe à Paris, nous rendre compte par nous-mêmes et par quelques amateurs de bonne volonté. En vue de la possibilité de voir s'établir dans notre pays la fabrication d'un vin pétillant, et cherchant à me rendre un compte exact des propriétés organoleptiques du mous- seux exposé, je fis quelques expériences sur les modifica- tions que la température pouvait apporter à un vin de qua- lité médiocre, si l'on en congelait une partie, par exemple; mon but était de chercher à réaliser, au moment même de la consommation, les bons effets du froid sur les vins; ce ne fut que l'année suivante, en 1849, que parut le travail intéressant de M. de Vergnette-Lamolte [Ann. de chimie et de physique, t. XXV, '5^ sér.,p. 553). Les vins mousseux n'étant en général frappés lors de la consommation qu'à une température supérieure à la congélation, j'en congelai partiellement en vue d'apprécier l'amélioration probable de la partie qui résiste à la solidification. Je n'ai pas à décrire des expériences de ce genre; mais un fait excita mon attention, en opérant soit avec du vin naturel, soit avec ce même vin additionné de proportions variables d'eau-de-vie de bonne qualité, avant de le sou- mettre aux effets des mélanges réfrigérants : savoir, le peu d'impression que faisaient sur la langue ou sur le palais comme effet frigorifique, bien entendu, des vins portés à quelques degrés sous 0°, en comparant la sensation à celle produite par des boissons non alcoolisées amenées à la même température; celles-ci paraissaient plutôt désa- gréables, même à la température de la glace fondante. Je fus, je dois l'avouer, assez étonné de trouver excel- lente de l'eau-de-vie refroidie à — 20° C; plus tard j'en fis ( 687 ) goûlorà (les individus qui on [)r(Mi;ii(Mil un pclil verre d'un seul Irait, lelVoidic par un mélange de neige et de chlo- 1 ure lie calciinn, c'est-à-dire de 50 à 55" sous zéro; le petit verre leur paraissait excellent; des amateurs d'cau-de-vie trouvaient en général celle qui était l'orlement refroidie, [dus agréable, moelleuse, fine, ou, comme; ils disent, plus soyeuse que la même cau-de-vie prise à la température or- dinaire. Lorsqu'on refroidit jusque — 50"C. environ, il est con- venable de se servir de petits godets en bois pour éviter le récliauirement ou la sensation du verre froid , même lors- qu'on se sert d'un verre dit mousseline, à parois très-minces. A 50 degrés sous zéro les liquides alcooliques renfer- mant sensiblement la moitié de leur volume ou de leur j)oids d'alcool absolu deviennent visqueux ou sirupeux et opalins en général; on peut se demander si cette propriété physique intervient dans les différences appréciables des propriétés organoleptiques qu'acquièrent les caux-de-vie dites fiHc-chninpafjne, cognac, rhum, etc dont la com- position correspond sensiblement à la formule C^H^O, 5H20 si l'on prend une grande moyemie des eaux-de-vie de la consommation C^HCO ... 46 .3H^0 ... .•Î4 100 c'est-à-dire à la quantité d'eau qui correspond au maximum de contraction des mélanges d'eau et d'alcool. Je me suis demandé ensuite quelle serait la température minimum que nos. organes dégustateurs pourraient sup- porter en faisant solidifier les eaux-de-vie d'abord vers — 40" ou 50" C. et qui prennent une consistance de plus ( 1)88 ) en plus dure Jusqu'aux tempéralurcs les plus basses pro- duites par l'évaporalion de l'anhydride carbonique, solide , mélangé ou non avec l'éther. Si l'on solidilie du cognac ou du rhum par une tempéra- ture de 40 à 50° C. sous zéro et qu'on le prenne à la cuiller en guise de glace ou sorbet glacé, on est réellement étonné de la faible sensation de froid produite sur les organes; la pâte qui fond sur la langue paraît moins froide que les glaces ordinaires; dans mes leçons à l'école de médecine vétérinaire, je fais tous les ans une grande quantité d'anhy- dride carbonique, et à diverses reprises j'ai fait déguster à mes savants collègues médecins, physiologistes, pro- fesseurs, aux répétiteurs, même aux élèves, ce nouveau genre de glaces. Je ne tiens pas compte des personnes étrangères aux questions de température. Beaucoup de ces dégustateurs bénévoles auxquels on donnait le cognac glacé sans leur dire la température, avaient de la peine à admettre qu'ils venaient de poser sur la langue des glaces qu'on aurait pu leur servir dans un vase de mercure congelé; ces personnes ne pouvaient concevoir qu'elles venaient de supporter sans inconvénient le contact d'une substance portée à une température aussi basse par un mélange réfrigérant capable de produire l'effet d'une véritable brûlure, comme il en produit la sensation. Mon savant confrère M. Donny, de Gand, a bien voulu cette année répéter l'expérience à son cours après la leçon, et il m'écrit que plus de cent personnes ont goûté ce genre de glaces nouvelles et que tontes ont pu l'absorber très-agréablement à une température variant entre 40 et 50" C. sous zéro. Mais j'ai pu pousser la température beaucoup plus bas et je résume en quelques mots les impressions de beau- coup de personnes : il faut aller jusque — 60° C. pour que ( 689 ) l'on (lise (]iic c'csl froid; rareuienl iiii'iih; j";ii ('iitciidu diie que c'élait trcs- froid. La tciiipi'niliiio la plus basse sur hujuellc j'ai expéri- menté, (l'abord mui-njéiue, a élé de — 71"C.; beaucoup de jeunes gens ont su|)porlé avec agrément de gros glaçons, mais en général, surtout si la quantité est assez considé- rable, on m'a dit que cette glace faisait un effet analogue à une cuillerée de soupe prise un peu trop chaude. Esl-il besoin d'ajouter (lu'il est indispensable de se servir d'une cuiller en bois? l'emploi d'une cuiller en métal produirait une sensation très-désagréable et pour- rait aller jusqu'à occasionner la brûlure. Notons encore que de l'eau-de-vie refroidie à — Tl^C. , mise sur l'avant-bras sec, le cautérise légèrement, mais ne brûle pas comme le fait la pâte d'éther et d'anbydride carbonique solide. Je désire me borner à constater ces faits, qui de prime abord paraissent assez curieux au point de vue physiolo- gique, laissante d'autres le soin de les étudier aux divers points de vue auxquels on peut se placer. On ne manquera pas de comparer ces effets aux expé- riences de caléfaclion; l'explication serait très-simple et je ne crois pas devoir m'y arrêter. § 2. Expériences sur la congélation des vins ordinaires et des vins mousseux. Comme complément à ce qui précède, je désire attirer en quelques mots l'attention des œnologisles sur le phéno- mène de la congélation des vins; il y aurait , ce me semble, un intérêt scientidque véritable à bien se rendre compte de tout ce qui se passe dans la congélation des vins ordi- naires et en particulier des vins mousseux. 2"°' SÉRIE, TOME XXXV. 45 ( m) ) Pour les vins ordinaires, on ne connaît guère que les expériences de M. de Vergnelte-LamoUe et de M. Bous- singanlt, mais on n'a jamais étudié les pliénomènes qui se présentent lorsque l'on frappe le Champagne de façon à congeler une partie du contenu de la bouteille. C'est à peine même si dans l'excellent ouvrage de M. E.-J. Maumené, sur le travail des vins, on trouve quel- ques indications; l'auteur avance un fait qui me paraît en contradiction avec ce que j'ai observé, lorsqu'il dit (page 408, § 585) que la température a une grande in- fluence sur la formation de la mousse, ce qui est incon- testable; mais il ajoute que : « le vin frappé mousse » (raillant moins que sa température est plus basse; on » peut le rendre entièrement tranquille en te faisant con- » geler aux deux tiers ou aux trois quarts. » Je crois que l'assertion du savant professeur de Reims n'est pas abso- lument exacte et que les choses se passent autrement. En effet le Champagne mousseux doit offrir des phéno- mènes tout autres que ceux qui se sont présentés dans les expériences de MM. de Vergnette-Lamotle et Bous- singault; ces savants opéraient sur des vins ordinaires. Peut-être même les fabricants et négociants en vin de Champagne, qui ont des capitaux si considérables engagés dans la consommation de leurs produits, auraient-ils un intérêt à bien étudier cette question. Elle aurait pour but de déterminer la température à laquelle il faut refroidir des qualités données de vins mousseux, alin de les offrir aux consommateurs dans les conditions les plus favorables à leur appréciation, c'est-à-dire pour leur faire acquérir un maximum de bonnes qualités, les uns devant être simple- ment refroidis, d'autres plus ou moins congelés. Examinons, en effet, ce qui doit se passer dans un pareil liquide; supposons une bouteille amenée à O^C. ou à une ( ^i^l ) tempo rat 11 10 (l'Ilo (|iic les (tai(.is (•((miDcnccnl à se coiiMir (le quel(jiios gla(;()iis; (Irlionclirc, ollr no coiilicnl (|iio ce que le vin possôdo cssciiliollcuicnl conmio lioisson (Je luxe: ses malièros exlraclivos, ses sels, son aïonio, son alcool, son sucre et son acide carimnique i)lus on moins condensé; mais à mesure que Von relVoidira et qu'une par- tie de l'eau se congèlera, ralcool, le sucre, l'arôme et l'acide carbonique que la congôlalion décompose, se con- centreront plus ou moins, mais non i»roporlionnellemonl à la jtartie congelée, dans celle qui est restée liquide; celle-ci doit donc acquérir des qualités nouvelles dépendant de la nature du partage qui se lait; à un moment donné, elle doit présenter un n)a\imuni possible de bonnes cpialités au delà duquel la |)erle en vin serait trop considérable par suite d'une congélation trop avancée ou poussée trop loin. Autant que je puis en juger, ce raflinement au point de vue du goût peut être indiqué par le flacon en expérience. En effet, refroidissons le vin jusqu'au moment de l'ap- parition des gla(;ons sur les parois de la bouteille; enle- vons le bouchon ficelé et remplaçons-le par un bouchon ordinaire bien fixé, puis refroidissons de nouveau : l'eau, se solidifiant, perd son acide carbonique, qui se concentre dans l'alcool avec le sucre, l'arôme, la matière colorante même pour le Champagne , etc., et comme l'alcool, sup- posé pur, dissout environ deux fois plus de gaz que l'eau, le liquide restant contiendra plus d'acide carbonique; mais il doit incontestablement, avec des vins grand-mous- seux, arriver un instant où l'acide carbonique, accumulé d'abord, rencontrant de l'alcool qui le dissout mieux cl une dissolution de sucre plus concentrée (|ui le dissout moins bien que l'eau, tendra à s'échapper et pourra sou- lever le bouchon, peut-être même le chasser, car il faut aussi remarquer que raccumulation de l'alcool ne s'opère ( 092 ) que sur une faible quantité de ce produit, puisque les vins n'en renferment que 10 à 12 p. %; le liquide au centre du solide ne s'enrichissant pas de tout l'alcool cor- respondant à la quantité d'eau ou de produits solidifiés; quoi qu'il en soit, il me paraît que c'est à cet instant que le vin doit posséder le maximum des qualités qui le font tant rechercher et que cet instant est variable pour chaque espèce de vin. Il serait facile d'imaginer un bouchon mobile s'adaptant à toutes les bouteilles et portant un petit manomètre indi- quant le moment où la pression intérieure s'élève; dans tous les cas, ce petit appareil pourrait guider les dégusta- teurs et devenir d'un usage assez général chez les con- sommateurs de vins mousseux. Il est aisé de s'assurer que les phénomènes se présen- tent réellement ainsi; il suffît de frapper une bouteille de Champagne avec quelques précautions particulières. On amène une bouteille de mousseux à quelques degrés sous 0''C. en la plongeant complètement dans un mélange réfrigérant; lorsque les premiers glaçons se présentent, on la débouche rapidement, on enlève une certaine quantité de vin destiné à doser l'alcool et le résidu solide et l'on remplace le bouchon ficelé par un bouchon ordinaire bien fixé à la main. Le niveau du liquide est marqué par un trait de lime sur le col de la bouteille, puis on recommence la congéla- tion en prenant la précaution de ne laisser la bouteille plonger que jusque vers la moitié de sa hauteur dans le mélange réfrigérant, en évitant de secouer le vase. Au bout de quelque temps, la partie inférieure se congèle et l'on voit constamment du gaz traverser la partie restée liquide et s'accumuler dans le vide supérieur; on plonge progres- sivement la bouteille jusqu'à mettre le niveau du liquide ( ()î)ô ) ink'rieiir au niveau du niélaiigo rélrigérant, ce qui exige un temps Irès-long, même avec un mélange maintenu constamment vers lo" C. La congélation se lait sur les parois et le centre reste liquide. Le froid se transmet dif- ficilement à celte partie liquide et Ion constate une diffé- rence assez notable entre la température de ce liquide et celle du solide quand, après l'expérience, on traverse la partie non congelée. A mesure que la solidincation s'opère, il faut noter le phénomène de la dilatation totale du produit contenu dans la bouteille; en effet, l'eau solide n'a qu'une densité d'en- viron 0,930 dans les conditions de l'expérience et l'espace resté vide au-dessus du liquide se rétrécit d'une quantité qui n'est pas négligeable; or tout l'acide carbonique dégagé par la congélation, et qui ne s'est pas dissous dans le liquide non congelé, s'accumule dans cet espace et y exerce néces- sairement une pression proportionnelle à la diminution du volume, dont il faut cependant déduire l'augmentation de solubilité dans le liquide sous-jacent; en somme, on s'aperçoit qu'il doit ou qu'il peut arriver un instant où le bouchon fixé pourra être chassé. Une remarque me paraît encore utile dans l'intérêt des personnes qui voudraient faire une étude plus approfondie de la congélation des vins; des quantités égales de vins mousseux et non mousseux étant exposées au même mé- lange réfrigérant, on remarque sans aucune espèce de mesure antre que celle de traits de lime sur les bouteilles, que J'augmentation [apparente au moins) de volume est beaucoup plus considérable pour les vins mousseux que pour les vins rouges Ou blancs ordinaires; dans quelques expériences qu'il faudrait répéter, ce rapport m'a paru n'être pas beaucoup inférieur à 4 : I; deux qualités de mousseux ordinaire m'ont donné par bouteille une aug- ( 094 ) nientation d'environ 60 centimètres cubes, tandis que les vins ordinaires de la Cùtc-d'Or, mais non mousseux, ne m'ont donné qu'environ 15 centimètres cubes. J'ai dosé l'alcool du vin naturel, puis de la partie qui résiste à la congélation et enlin de la masse congelée, mais je n'ai pas assez multiplié les expériences; cependant la conclusion que je puis en tirer est parfaitement en harmo- nie avec les données générales des travaux de M. de Ver- gnette-Lamotte et de M. Boussingault en ce qui concerne les vins non mousseux; ainsi j'ai pu congeler la moitié et même les -b des vins ordinaires renfermant lia 12.5 pour cent d'alcool et ne retrouver dans la partie restée liquide qu'une augmentation nullement proportionnée à la quan- tité congelée, dont le litre en alcool comparé avec le vin naturel n'est affaibli qu'en raison de la légère augmenta- tion constatée dans le vin resté liquide. On peut même admettre , d'après quelques expériences que j'ai faites, qu'il en est à peu près de même pour les matières solides non volatiles qui restent dissoutes; le vin naturel limpide est un peu moins riche en résidus solides, déterminés en chassant les produits volatils au bain-marie, que la partie du même vin qui a résisté à la congélation, tandis que la partie congelée liquéfiée ensuite et séparée de son dépôt est un peu moins riche en matière dissoute que le vin naturel. Les œnologistes voudront bien tenir compte du motif qui me fait dire ce qui précède; c'est un contrôle basé sur de nombreuses expériences avec des vins de toutes quali- iités qui seul peut élucider ces questions et j'y fais appel en me permettant de donner le résultat global de mes expériences. Les vins mousseux se comportent tout autrement. En effet, pour une même quantité de liquide glacé, l'augmen- ( (ii);> ) lalioii de l'alcool dans le liquide non coiiyelé s'élève à trois cl même à quatre ou cinq lois celle que l'on obtient pour la congélation des vins blancs et rouges; quant aux résidus de l'évaporalion au bain-marie, indépendamment de ce que ce résidu s'élève à sept ou liuit l'ois et même au delà du poids du résidu des vins ordinaires, le rapport de la quantité de matière solide soluble qui s'accumule dans la portion non congelée m'a paru un peu plus l'orte, tandis que la portion qui se trouve dissoute dans les glacjons dé- gelés est, au contraire , un peu plus faible que celles que l'on retrouve dans les vins non mousseux; mais je fais les mêmes réserves que précédemment. § 3. Sur C amélioration des vins par la congélation. Je crois, après avoir cité les travaux de M. A. de Ver- gnette-Lamotte et de M. Boussingault {Annales de chimie et de physique, année 1840, o" série, t. 2o, pages o53 etôGô), devoir revenir d'une façon toute spéciale sur l'amé- lioration des vins produite par leur congélation , exécutée conformément aux données décrites avec détail dans l'ouvrage du premier de ces savants (I). L'usage des appareils destinés à congeler les vins paraît se répandre en Bourgogne; on a donc reconnu (ju'il y a des avantages réels à employer le procédé de la congé- lation en vue d'améliorer certains vins de ces crus, car il ne convient pas à tous indistinctement. La partie des vins congelés qui reste liquide, et que l'on sépare de la glace solidifiée, trouble d'abord, se clarifie par le repos, et les vins qui en proviennent se conservent mieux que les vins (1) Le vin. — (Paris. Librairie agricole de la maison rustique. 1867 ?) ( ()96 ) naturels. Après le repos et la clarilication spontanée, leur mérite spécial consiste à n'être plus sujets à suhir les fermentations secondaires qui Unissent par les mettre hors d'usage; ils s'enrichissent en alcool, en matières extracti- ves; leur arôme, comme leur couleur, s'exalte; ils perdent, par coagulation et précipitation, des matières albumi- noïdes et des sels formant ensemble un magma plus ou moins abondant, etc., etc. En un mot, les vins sont améliorés et se trouvent placés par cela même dans des conditions nouvelles qui assurent leur conservation et qui les préservent des diverses mala- dies qu'ils subissent souvent spontanément. M. Boussin- gault a prouvé que des liquides refroidis se conservent parfaitement. MM. Boussingault et Chevreul ont apprécié les procédés de M. de Vergnette-Lamotte et leur ont donné l'appui de leur autorité à la Société d'Agriculture de Paris. Je désire me placer au point de vue pratique et théori- que, en indiquant des procédés que je crois nouveaux dans l'application de la congélation faite dans des conditions où l'on enlève réellement de l'eau presque pure aux vins que l'on congèle. Examinons la question à ce point de vue. M. Boussingault croit que le vin soumis à h gelée ne se comporte pas autrement que les mélanges alcooliques; il n'admet pas que la congélation soit capable de produire un composé solide d'eau et d'alcool en i)roportions définies, comme M. de Vergnette-Lamotte l'avait admis d'abord ; du vin blanc du clos du Liebenfrauenberg provenant de la récolte de 1846, contenant 12.5 d'alcool pour cent, peut se prendre en masse dans l'espace d'une nuit si la tempé- rature descend à 10°C. au-dessous de zéro:à peine le savant français put-il d'une de ses bouteilles extraire un cenli- ( iiy7 ) mèlro culiL' d'un li(|iii(lt' (riino sav(Mir vineuse lrès-;igréal)le, mais (jui, par la «légiislalion, iio paraissait j»as plus chaud que le vin soumis à la gelée. M. Boussingault a leeonnn « ^J\.TJ du déchet en 11. \i L ALCOOL Kanieiies I centièmes. aTalcool total contenu dans le vin naturel. X.XC ^VITW 6.91 7.86 7.45 5.60 7.40 5.12 10.67 11.72 12.18 12.18 11.72 10.09 8 . 58 12. 95 48.70 0.80 6.96 0.85 0.55 0.52 0.42 1.48 0.41 0.07 81.49 11.68 0.70 7.25 92.77 4.48 4.10 5.54 11.21 5.90 4.99 4.88 39.25 660.75 95.52 95.90 96.66 88.79 96.10 95.01 5.61 94.39 ( 700 ) Les colonnes n"' 1 , 2, 5 et 4 sont celles de M. de Ver- gnelte-Lamotte; la colonne n" 5 monlie rauginenlalion réelle de la richesse alcoolique dans le vin congelé, tandis que le n" 6 nous donne la richesse que le vin pourrait ac- quérir si tout l'alcool du vin naturel se concentrait dans le liquide séparé des glaçons; le n°7 fait voir la différence en moins que l'on constate. Il est bon, ce me semble, d'avoir en même temps sous les yeux le contenu en alcool entraîné dans le déchet de la colonne n" 4 ; sous une autre forme, les colonnes n"' 9 et 10, dont la somme équivaut à la richesse alcoolique totale indiquée dans le vin naturel à la 2" colonne, donnent la totalité de l'alcool dans le vin et dans le déchet : enfin on a en centièmes les pertes d'alcool comparées entre les différentes expériences dans les colonnes n"' H et 12; celte perte s'élève en moyenne à ^-^=^ 5.61 pour cent. Il est facile de prendre toutes les moyennes des autres données générales par les deux lignes horizontales du ta- bleau, comprenant les sommes et leurs moyennes. Un fait surtout est frappant : c'est que, dans la plupart des cas, les perles relatives en alcool sont d'autant plus fortes que les déchets sont plus considérables, ce qui est prouvé surtout par les deux expériences n°^ 1 et 5, dans lesquelles les déchets s'élèvent à 12 et à 20 pour cent; il semble en résulter que des vins pauvres en alcool, si l'on voulait les enrichir convenablement, donneraient relative- ment des pertes considérables, et qu'il faudrait employer un procédé de congélation tel que le solide restant après l'écoulement du vin enrichi ne fût constitué que par de l'eau pure ou presque pure. Quand on compare les données des colonnes n"^ 5 et 10, on s'aperçoit que l'augmentation de richesse alcoolique dans le vin est à peu près proportionnelle à la perte d'al- cool entraîné par l'eau du déchet. ( 701 ) § i. Motjens proposés pour exploiter les vins congelés de façon à nen retirer ([ue de Veau pure. Ce moyen csl des plus simples : la congélation se lait artilicielleinent par l'emploi des mélanges réfrigérants ou en prolilant des nuits froides de l'hiver ; aucune précaution particulière n'est exigée; on peut même cherchera marcher vite en remuant le liquide en congélation de façon à le transformer en un magma homogène dont la tempéra- ture soit d'environ 10"C. sous zéro, mais j'ai fait très-con- venablement l'expérience en ne congelant le vin que vers 6° ou T^C. sous zéro, température indiquée par un thermo- mètre servant à remuer le vin congelé. Cette masse semi-solide colorée en jaune pâle pour les vins blancs, en rouge plus ou moins foncé pour les vins rouges, est un mélange de glaçons d'eau pure emprison- nant du vin liquide; sauf la couleur, elle est comparable à de la neige imprégnée d'eau; en un mot, c'est une pulpe humide de laquelle il faut extraire le liquide par des moyens mécaniques rapides et des plus simples. Quand j'ai opéré en petit, il m'a suffi de mettre cette pulpe dans une toile métallique disposée comme le serait un panier à salade ayant un complément pouvant retenir le liquide, un sac en toile métallique lixé à la partie supérieure d'un llacon à large ouverture; il restait du solide plus ou moins fade dans la toile métallique, tandis que le liquide, contraire- ment aux observations faites par iM. Boussingault, était franchement beaucoup plus chaud que le vin naturel; mais il faut remarquer expressément que le savant français était dans des conditions tout à fait différentes de celles dans lesquelles je me place. Cette expérience bien simple ( 702 ) a reçu une aiilre forme, en (lis|)osant sur un ancien modèle (le machine pour la ilémonstraliou de la force centrifuge dans les cours de physique, une petite turbine improvisée et à laquelle j'ai donné plusieurs formes. Dans ces conditions très-précaires, j'ai pu recueillir un déchet bien plus élevé que celui indiqué par la moyenne de la colonne n" 4 du tableau ; ce déchet, composé de gla- çons presque complètement incolores, même lorsqu'il pro- venait de vin rouge ou d'un mélange de vin rouge et de vin blanc, était sans saveur, ne renfermait pas d'alcool ou n'en contenait que de faibles quantités, ainsi qu'un peu de matière organique soluble dans l'eau liltrée provenant des glaçons fondus. J'ose conclure de mes expériences qu'avec des turbines, telles que celles qui sont employées dans l'industrie du sucre, par exemple, on obtiendrait de l'eau pure ou presque pure et du vin enrichi de tout l'alcool et de la presque totalité des résidus solides et solubles des vins; avec mes appareils improvisés j'étais obligé de tillrer les deux pro- duits. Je fais donc forcément abstraction des matières salines et albu^iiinoïdes qui se précipitent par la congéla- tion et qui étaient retenues par les filtres. Mais dans les pays vignobles les bons pressoirs ou les presses hydrauliques ne servent que pendant un temps très-court et rien n'empêche d'opérer par pression. J'ai fait plusieurs expériences avec une petite presse à main et à vis sur des vins blancs, des vins rouges et leurs mélanges, ainsi qu'avec des vins artificiels composés d'eau, d'alcool , de tartrate acide de potasse, d'un peu de vinaigre et de traces de blanc d'œuf. Ces liquides renfermaient de iO à 12 p. % d'alcool. J'ai pu obtenir des quantités de glaçons s'élevant à 16, 20 et ( 705 ) môme 2S p. % du poids du produit mis en oxpéricnrc; C(Mix-(i. fdlirs aprrs riision, ne rcnrcnnaicDl pns d'alcool ou uVu reiifciinait'ut que lirs-prii; ils ôlaiciil |>irs(ju(' coni- plélement blancs; évaporés à siccilé,ils ne laissaient que des traces des résidus solides ne s'élevanl paiJois qu'à un peu plus d'un millième ou un cinq centième, poids du li(inid(; évaporé; ceux-ci calcinés donnaient nn peu de matière organique dégageant l'odeur de pain brûlé et laissaient une très-pelile quantité de cendre alcaline. J'ai même pu, dans ces conditions peu favorables, retirer de vins blanc et rouge de Bourgogne au delà de 40 p. % "70— -V [m') ^ L'accroissement h pouvant être supposé aussi petit (ju'on le veut, supposons 1 /t < — , ou r^h < 1; en remontant à la délinition de la l'onction y, on verra que ^ (m' -H 2"70 — ^ [m') = VlrV, et l'on aura, en conséquence, /•(x^/0-/(-r) 1 ^ A 2~V//i (716) D'où il résulte immcdiatemenl que le rapport /•(x -+- h) - f{x) croît au-dessus de toute limite lorsque h converge vers zéro. Ainsi la l'onction f{x) joint de la propriété énoncée. On peut d'aillein-s vérifier, sur cet exemple, les explica- tions données plus haut. Ainsi, la quantité r' ]/h linit toujours par surpasser toute grandeur donnée K pour des valeurs de h suffisamment petites, mais les valeurs de h qui remplissent cette condition seront d'autant plus petites, R étant donné, que m sera plus grand. On verrait de même que, si x passe de la valeur zéro à lavaleurl par une suite d'accroissements égaux à — et ten- dant vers zéro lorsque m tend vers l'iulini, quoique, pour chacune des valeurs de x ainsi obtenues, la limite du rap- ports-soit infinie, on ne pourra faire en sorte que tous les rapports r surpassent une limite arbitraire R,si grand que l'on prenne le nombre m. Il est à peine nécessaire de faire observer que les mêmes objections s'appliquent aux autres parties de la démonstra- tion concernant l'existence 'de la dérivée ; par exemple, à celle où l'on établit que la dérivée ne saurait être constam- ment nulle sans que la fonction se réduise à^une constante. Une révision de toute cette^tbéorie sera_donc nécessaire, pour fixer nettement les caractères dislinctifs des fonc- tions auxquelles le théorème est applicable, ainsi que pour (717 ) apporter à certains points roiulanienlaux tin calcul diffé- renlicl les compléments de démonstration indispensables. Je compte revenir sur cette (jucslion, mais un i^éomètre très-liabile s'en occupant actuellement, je crois utile d'at- tendre la publication de ses recherches sur ce sujet dilïicile. Recherches sur les dérirés éthércs des alcools et des acides jjulijaiomiqucsj p'di'M. Louis Henry, correspondant de l'Académie. Cl Sur le chloro-acélate de méthylène. CHg iiale, avail elé placée au connnenceDient du lube, en avant de l'oxyde de cuivre, pour retenir le ^'az chlore. Toutes ce.s diverses analyses ont été faites par M. le D' Bisscliopinck. ( m ) l'acétate de mélhylo, par M. Malagiili autrefois et par moi- même aujourd'hui, si l'on tient compte de la différence des conditions physiques dans lesquelles nous avons opéré l'un et l'autre. M. 3îalaguli a prolongé l'action du chlore et a porté graduellement la température jusqu'à 60", au delà du point d'ébullition de l'acétate de méthyle. J'ai, au contraire, opéré à froid et maintenu l'acétate de méthyle en excès j)ar rapport au chlore. Alîn de mieux constater l'individualité propre et la structure véritable du produit que je viens de signaler , le chloroacétate de méthylène ou acétate de méthyle mono- chloré, j'ai préparé dans le but de les comparer l'un à l'autre, le produit isomère, le monochloroacétate de mé- thyle CH3 (C2H2C/O2). Ce produit obtient aisément, suivant la méthode ordi- naire, en saturant d'acide HC/ gazeux et sec, la solution maintenue froide de l'acide monochloroacétique dans l'al- cool méthylique. Le monochloroacétate de méthyle diffère notablement de son isomère, le chloroacétate de méthylène. C'est un liquide d'aspect , d'odeur et de propriétés com- plètement analogues au chloroacétate d'éthyle.Sa densité à lo"2est égale à 1,22. Il bout sous la pression de 757" à 126-127° (non corrigé). Sa densité de vapeur a été trouvée égale à 5,71. Substance employée 0g.077o. Pression barométrique 757™. Température rie la vapeur 100». Volume id. 89 c. c. Mercure soulevé 569. La densité calculée est aussi 5,74. Ce produit se comporte, au point de vue chimique, tout autrement que son isomère; il ne se décompose pas au ( 725 ) conlacl (le l'ciiu, du moins à Iroid ; il m; dégage pas de l'acide clilorliydrique avec l'acide sdifnriqiie; il ne réagit iiiiiiiédialemeiilpas sur l'ainmoniaque, ciisolulion a(jueuse ou alcoolique, ni sur l'aniline, dès la température ordi- naire; à la longue et à froid, il donne avec rammonia(|ue acqueuse, de la monochloro-acélamide Xz-U^'C^-U^-ClO. Entre ces deux cor|)s existent, tant au point de vue phy- sique qu'au point de vue chimique, des dillerences du même genre que celles que l'on constate entre la chloro- acétine étlujlidénique CH5 — CH <^ ^ijjj , liquide d'une odeur extrêmement pénétrante, bouillant vers 100°. Ce n'est certainement pas dans le but d'obtenir de sim- ( 726 ) pies dérivés de substitution nouveaux , que j'ai cru devoir revenir sur la question déjà ancienne de l'action du chlore sur des éthers d'acides gras, tels que l'acétate et le formiate de méthyle; il serait superflu et, sous certains rapports, vraiment stérile, de dépenser son temps à produire des dérivés do substitution dont le seul mérite serait la nou- veauté, fût-ce môme pour compléter une série de dérivés de chloruration ; la théorie des substitutions n'a plus besoin de confirmation nouvelle, elPe n'est plus aujourd'hui en discussion, c'est un fait. J'ignore même si, telle que le temps l'a établie et dans son expression actuelle, elle ren- contre encore à présent des contradicteurs. La notice que je viens d'avoir l'honneur de communi- quer à l'Académie prend place dans cet ensemble de recherches que je poursuis, depuis plusieurs années déjà, sur les étliers, sous des points de vue divers; elle forme la première partie d'un chapitre nouveau dans cet ensemble. L'idée qui me guide et dont je poursuis, avec un succès qui m'encourage, les applications variées , c'est la stabilité particulière des composés éthérés en général, et la simplicité, ou plutôt la netteté si remarquable des réac- tions qu'ils sont susceptibles de subir, par rapport aux dérivés hydroxylés correspondants. On sait combien est complexe dans ses produits et dans son mécanisme total l'action du chlore sur les alcools; réduite à sa plus simple expression, à sa phase initiale, la réaction du chlore, comme celle de l'oxygène, a pour but de donner une aldéhyde, avec les alcools primaires du moins; il y a longtemps, en effet, que Liebig a signalé la formation de l'aldéhyde proprement dite dans l'action du chlore sur l'alcool ordinaire; mais l'aldéhyde ainsi produite n'a en quelque sorte qu'une existence virtuelle; on ne la ( m ) lelioiive (|iic sous lornio de (JérivOs plus ou nioius luin- plexes. Quoiqu'il en soit, l'aidéliNde se produit, dans les deux cas, par le même mécanisme : le chlore et l'oxygène, en présence d'un alcool, de l'alcool ordinaire, par exem- ple, se portent sur l'atome d'hydrogène le jdus voisin du groupement hydroxyle (HO) , pour donner, dans le cas de l'oxygène, le glycol étliijlidinique Cn:,-CII (110)-', dans le cas du chlore, la monochlorhydrine correspondante Œ--CU (iio) a. C'est au Ibnd la même réaction que celle du chlore sur le chlorure d'élhyle Cj-H^-C/, CH3- - CHjC/ -4- c/, = CH- - - CH<; Cl -+- IICI. CH5 - - CHj{HO) -f- CI., = CH, - - CH< a HO -4- ne/. CH3- - CH,(HO) ■+■ 0 = CH3- -CH< HO HO Ni l'un ni l'antre de ces produits n'ont de stabilité; ils se dédoublent, aussitôt après leur formation, tous les deux en aldéhyde ou oxyde éthylidénique CH:,-CHO, avec for- mation simultanée, le premier d'eau, le second d'acide IIC/. Je voudrais montrer que cette interprétation de l'action du chlore sur les alcools est rationnelle; en substituant à l'alcool ses dérivés éthérés, on donne au produit primitif de la substitution la stabilité qui manque au i)roduit hydroxyle correspondant, c'est-à-dire à une monochlorhy- drine aldéhydique. C'est ce que je viens de constater pour les dérivés méthy- liques par la production du chloro-acétate de méthylène (I). (1) Je n'ignore pas que l'alcool mélli\lii|ue pur presenli.' une slahililti toute spéciale vis-à-vis du chlore, et n'en est pas aUaqué, à froid du ( 728 ) En ce qui concerne les dérivés bicarbonés, on sait déjà que le premier produit de l'action du chlore sur i'éther ordinaire, est la chloro-éthyline éthylidénique CH3-CH <^ ^' ; je me propose de faire voir que sous l'action du chlore' les dérivés éthyliques des acides gras se compor- tent de même et donnent, comme leurs correspondants méthyliques, des chlorhydrines mixtes éthylidéniques. Je me propose également de soumettre à l'action du gaz chlore certains dérivés éthérés de l'alcool isopropy- lique, et j'atlache à la réalisation de cette réaction un intérêt tout spécial. On sait en effet que, sous l'action des corps halogènes, notamment du brome, l'alcool isopropy- lique donne, entre autres produits, de Vacétoue; j'ai lieu de m'attendre à obtenir, par l'action du chlore sur les éthers isopropyliques, les dérivés éthérés monochorhydri- ques d'un glycol acétonique CH3-C(HO)2-CH5, inconnu. ÇH(C.H,0)H-C/,= Ç<^^^^^ CH. CH, CHs CH3 I ICI CH(c,HA) + c/, = t:< CH. CH, HCl. Des dérivés de cette nature font aujourd'hui totalement défaut. J'aurai l'honneur de soumettre à l'Académie les résul- tats des recherches que je compte entreprendre dans celle direction. moins, ainsi que le remarque déjà M. Dumas dans son grand Traité (Chimie organique, l. I, p. 508). Ce fail a encore élé constaté plus tard par M. Staedeler, Annalen der Cliemie , etc., t. CXI, p. 304. ( 729 ) Sur les composés propnrr/jjlirpics; par M. Louis Henry, corrcspoiKhinl de l'Académie. Notice préliminaire. J'espère èlre bientôt en mesure de pouvoir communiquer à l'Académie la première partie de mes reclierclios sur les composés propargyliques. En attendant que ce travail soit complètement achevé, je crois pouvoir me permettre de faire connaître dès aujourd'hui les principaux résultats obtenus jusqu'ici. Outre l'alcool propargylique, ses dérivés méthylique, éthylique et amylique dont j'ai déjà signalé l'existence et donné la description sommaire, j'ai préparé et obtenu à l'étal de pureté, le bromure et l'acétate de propargyle. Le bromure C.-,H5Br s'obtient par l'action de P/?Br-, sur l'alcool lui-même, il se forme dans ces conditions d'assez notables quantités de ses produits d'addition avec HBr. Ce bromure bout à SS^-OO". L'action du chlorure d'acétyle sur l'alcool propargylique donne aisément l'acétate C3H5 (C2H3O2); celui-ci bout à L'action de l'acide chlorhydrique sur l'alcool propargy- lique, que j'ai essayée dans le but d'obtenir le chlorure de propargyle C3H5C/, ne m'a donné que les produits d'ad- dition de celui-ci avec l'acide HC/. L'action du phosphore rouge et de l'iode sur l'alcool pro- pargylique donne facilement l'iodure C5H3I0; ce corps me paraît bouillir vers 120''-12o'\ mais il se décompose et ( 730) loiilc la quantité que j'avais de ce produit précieux, s'est perdue et détruite au milieu des essais que j'ai faits pour le purifier. Il en a été de même du sulfocyanure de propargyle C3H5 (CAcS). Ce corps s'obtient aisément par l'action du bromure de propargyle sur le sulfocyanure de potassium. C'est un liquide insoluble dans l'eau et exbalant une forte odeur d'essence de moutarde. Soumis à la distillation , il s'est totalement détruit. La production de ce corps me paraît avoir un intérêt spécial : je tenais à constater si, comme le sulfocyanure d'allyle, il constituerait aussi une essence de moutarde, c'est-à-dire pourrait se concréter avec l'ammoniaque. L'alcool propargylique pur bout à 114''-115. Sa purifica- tion ou plutôt sa déshydratation, présente quelques difficul- tés; j'ai été fort étonné de constater que l'on ne peut pas employer, dans ce but, comme on le fait si avantageuse- ment pour les autres alcools, la baryte anhydre; il s'y combine vivement en donnant un produit, cristallisant en petites lamelles et répondant à la formule (C3 H.,- HO).., Bfl-hCsHslHO). Ainsi que je l'ai déjà dit, la préparation de l'alcool pro- pargylique, au moyen de l'alcool allylique monobromé et de la potasse caustique, est facile, mais le rendement de cette opération est malheureusement bien loin d'être théo- rique. Je puis en indiquer aujourd'hui l'une des raisons, c'est que la réaction est en réalité moins simple que je ne l'avais pensé d'abord. Outre l'alcool propargylique, il se forme en même temps une quantité notable d'oxyde d'allyle monobromé (C5 114 Br)ç, 0. Celui-ci constitue la majeure partie du pro- ' 731 (luil insoluble dans l'oaii cl plus diMisc (iiic icllf-ci, que Ton rciuL'illio lors de la première dislillalion, produil que j'avais d'altord regardé comme de l'alcool allylitiuc inoiio- bromc non attaque. Cet oxyde d'allyle monohromé bout à !2ll2"-2Io". J'espère en obtenir sous l'action de la KHO caustique l'oxyde de propargylc lui-même (C:,H:,).2 0. Celle rèacti(Mi s'opèraul déjà lors de la préparation de l'alcool propargyli(juc, j'ai des raisons de croire que les portions les plus volatiles du produil insoluble que l'on recueille lors delà première distillation, dans la préparation de l'al- cool propargylique, renferment cel oxyde de propargyle (^'ô ir->)-2 Oi en même tem|)s que le produit intermédiaire, l'oxyde de propargyle et d'allyle monobromé (-^j,* ^' > 0; l'action de la |)otasse caustique sur l'alcool allylique mono- bromé, au lieu d'un .st'? o. Je serai en me- sure d'élucider procbainement ce point. Je suis aujour- d'Iiui en possession de 5 '/s kilogrammes de tribromhydrinc glycérique C3H3B/-, pure, produit qui doit servira pré- parer Jine nouvelle quantité d'alcool propargylique. Une dernière remarque, en linissant, sur la volatilité des composés propargyliques. On sait que les composés ally- liques, en général, onl le même point d'ébullilion (pie les composés propijiiques primaires correspondants. I/élimi- nation de la première molécule d'hydrogène n'affecte en rien la volatilité du produit tricarboné primitil". H n'en est pas de même delà seconde, dont l'élimination détermine une élévation notable du point d'ébullilion. J'ai constaté qu'en général les composés propargyliques se metleul à ( 732 ) bouillir à 18° ou 20" environ, plus haut que les composés allyliqucs correspondants. CjHgHO El). 96»-97" CsHsHO Éb. 114"-H;i' CjH^Br Id. 70» CîHjBr Id. 88'-90' CjHslCjHjOj) Id. lOSo-tOi" C^HjlC.HsO^) Id. 124"-l2o'' t^ôHsCCaHjO) Id. 65^-65" CjU-iC^H^O) Id. 82»-8o<' C^HsiCHjO) Id. 460-47" CjHjlCHjO) Id. 62' Il est à remarquer que l'élimination successive de ces deux molécules d'hydrogène s'est faite aux dépens de deux atomes de carbone seulement, et d'une manière corres- pondante, ainsi que l'indiquent les formules suivantes : CHjX Composé propj'iique .... CH,- CH3. CH,X Composé aUyIique . . . . CH I CH,. CH,X Composé propargylique . . C I CH. Troisièmes additions au Synopsis des Gomphines; par M. Edm. de Selys Longchamps, membre de l'Aca- démie. Les motifs qui m'ont décidé au mois de mai de cette année (1875) à publier les troisièmes Additions au Synopsis des Caloptérygines, justifient la rédaction d'un travail analogue pour mettre au niveau de nos connais- (733) sauces ncliiclk's le Synopsis des Gompliines, dont les trois [larlies (Synopsis, l8oi; — Additions, I85Î), — cl sc'cundcs Additions, 1809) ont suivi de près, chaque (ois, la préseiilalioii de mes reelieiehes sur les Caloplérygines. l'our réunir les matériaux de celte nouvelle notice, j'ai prolité de ceux que j'ai cilés dans les troisièmes Additions aux Caloplérygines, notamment des communications de M. Mac Lachlan et des chasses laites en 1872 au Brésil par mon (ils \Valthère de Selys. Il faut mentionner aussi : 1" Un envoi peu nomhreux, mais irès-précieux de M. S. Scudder (de Boston), qui m'a permis d'idenlilier plu- sieurs espèces litigieuses décrites précédemment par le regretté M. Benj. Walsh ; 2° Les récoltes laites par le D"" Maack dans la Sibérie orientale et la région du fleuve Amur; 3" Un envoi de la Géorgie, au sud du Caucase, recueilli par M. Mlolvosievitch; 4" Des observations notables communiquées par mon ancien ami le D' Hagen , actuellement professeur à Cam- bridge (Massachussets). La iMalaisie et l'Amérique méridionale nous fournissent encore un contingent de nouveautés, mais il faut citer honorablement aussi le Queen's-Land (nord de l'Australie), qui ne nous avait rien donné pour les Caloplérygines, et l'Amérique septentrionale, qui est probablement la contrée la plus riche en Gomphines. L'utilité de terminer ces Additions par une liste générale servant de table des matières aux quatre notices résulte des mêmes motifs que j'ai fait valoir pour les Caloplérygines. Cette liste générale sera précédée de quelques considé- rations sur la dassihcalion, qui doit être un peu modiliée ( 734) par suite de la découverte de trois nouveaux sous-genres et de la connaissance plus exacte que j'ai acquise de la place naturelle qu'il convient d'assigner à plusieurs groupes, qui n'étaient pas sullisamnient connus. Je puis énumérer aujourd'hui 188 espèces de Gom- phines, dont 17 nouvelles, réparties en 45 genres ou sous-genres. Les autres articles concernent une douzaine d'espèces dont précédemment je ne connaissais que l'un des sexes, ou qui nous fournissent des races locales inédites. 7'''*. {Addition). Oi>iyciiogomi>hi!S ruptus, De Selys. Matériaux pour une faune Névropt. Asie sept., A)in. Soc. Enl. Belg., l. XV, 1872. Abdomen o' 56™'"; $ 53. Aile inférieure q* 27-28j Ç 51. o" Adulte : Réticulation noire, costale un peu plus pâle; ptéros- tigma brun foncé (long de 4'"™), Ailes un peu salies. Triangle discoïdal des inférieures court. Fond de la coloration noire avec dessins jaune vcrdâtre. Tête jaune, une fine bordure à la lèvre supérieure, une bande basale au front, vertex et derrière des yeux noirs. Occiput jaune assez élevé, cilié de noir sur les côtés; thorax jaune, ayant en avant six bandes noires presque droites très-épaisses; les médianes contigucs, laissant de chaque coté un espace jaune en forme de 7, rantéhumérale ne touchant pas tout à fait les sinus, séparée de Thumérale par une ligne jaune interrompue avant le haut; les côtés avec une raie noire complète à la 2« suture, précédée d'une raie inférieure plus épaisse, ne touchant pas le haut. Abdomen noir marqué de jaune ainsi qu'il suit : une bande dorsale sinuée aux i-2« segments; une tache basale et une médiane au 3'= ; une tache basale subtriangulaire aux 4-7'' ; un cercle terminal étroit aux T-S'' et la seconde moitié du 10'', excepté le bord terminal. En outre, sur les côtés, une grande partie des i-S" segments avec les oreillettes, une tache basale aux 5-7*^, ce dernier en ayant aussi une médiane; et une plus grande aux 8- 9*^ qui sont notablement dilatés. Pieds noirâtres, fémurs postérieurs longs de 7™"'. ( 735 ) Appendices anals noirâtres jiliis clairs on dedans. Les snpérieiirs (ion^s de 3 '/,""") ayant le double du 10*^^ segment, courljtis en cro- chets elliptiques comprimés. Le bout, vu de prolil , arrondi, élargi, cchancré de façon à former un rudiment de Itranehe externe infé- rieure, plus courte tjue l'interne supérieure, et se terminant à angle droit. Appendice inférieur ayant un peu plus du tiers des supérieurs. Vu en dessus, divisé en deux branches presque parallèles assez écar- tées l'une de l'autre, un peu aplaties au bout. De profd l'appendice est penché en bas dans sa moitié basale non fendue, recourbé ensuite en haut, et le bout extrême un peu penché. o* jeune : Ailes un peu ocracées à la base et jusqu'au nodus. IMé- rostigma jaune paie. Ç Lèvre supérieure non bordée de noir, abdomen non étranglé au 5"^ segment, peu dilaté au bout; les taches jaunes un peu plus larges; les basalcs des 3-7* segments prolongées sur l'arête dorsale; le 10« jaune, terminé par une forte protubérance de même couleur entre les appendices anals qui sont cylindriques très-pointus bruns, ayant presque le double du dernier segment. Ecaille vulvaire très- courte, divisée en deux petites lames triangulaires contiguës. Ailes un peu ocracées à la base, ptérostignia jaune pâle. Patrie : Région du fleuve Amur. (CoUeet. Hagen.) — Irkutzk , par le D"' Maack. (Collect. Selys et Mac Lachlan.) N. H. Je n'ai connu anciennement que le mâle jeune et sans appendices anals. Les couples reçus du D^ Maack montrent que le niplus qui ressemble bien à Vuncatus d'Europe pour la coloration , diffère des autres espèces par l'appendice inférieur du mâle à bran- ches notablement écartées et très-courtes. Ce caractère exceptionnel de l'écartement des branches qui existe encore davantage chez le vrai 0. Genei rappelle les Heterogomphus, mais la structure des appendices supérieurs prouve que ces deux espèces sont des Ony- chogomphus. lô (Addition). ()i«TcaoGOMi>iii's flexiosis, Schneider. $ Abdomen ôS-SÔ™"». Aile inférieure 28-29. Ptcrostigma long de 3™"' environ surmontant 3-i cellules, jaune entre deux nervures noires épaisses. ( 736 ) Tête toute jaune avec l'espace des ocelles, une raie transversc noi- râtre entre le vcrtex et rocciput, ou bien le vcrtex et le «levant de l'occiput obscurs. L'occiput médiocre pres(iuc glabre, droit; côtés du thorax jaunes avec une ligne noire à la première suture, ne re- montant que jusqu'à la moitié, un point sous chaque aile noirâtre et le commencement d'une ligne inférieure à la seconde suture. Côtés des 8 et 9« segments jaunâtres , à peine dilatés; le iO" jaune terminé par une protubérance conique entre les appendices anals,qui sont cylindriques, pointus, jaunes, un peu plus longs que le dernier seg- ment. Écaille vulvaire courte, largement échancréc. Pieds jaune pâle à épines noirâtres; le dessus des fémurs un peu plus obscur, terminé par une marque noirâtre aux 2'' et d" ; l'extérieur des tibias un peu obscur aux mêmes pieds. Le reste comme chez le mâle décrit dans mes précédents ouvrages. Kakéthie (province de Géorgie) pris par M. Mlokosievitch aux environs d'ÉlisabethopoI et de Lagodechi. (Coll. Selys). Le mâle a été découvert à Kellemich en Asie Mineure, par M. Loew. N. B. Se distingue de la femelle de l'O. Lcfebvrci , d'Egypte, par l'absence de tubercule postoculaire et de marque noire derrière les yeux, et de taches latérales de même couleur à l'abdomen, le ptéros- tigma plus court, plus clair, entre deux nervures plus noires, le côté externe des triangles légèrement brisé. Elle se sépare du ^/rammicMs, de l'Inde, par la première ligne noire des côtés du thorax incomplète et la seconde nulle. Elle se distingue des femelles du lincatus de l'Inde et du Genei, d'Algérie et de Sicile, par la nuance noire (non brune) des raies du thorax, la seconde des côtés nulle, le côté externe du triangle un peu brisé. Les différences notées pour la femelle dans la comparaison que je viens de faire avec les espèces voisines, sont bien insuffisantes pour bien caractériser \eflexuosus, attendu que je n'ai sous les yeux que deux exemplaires très-jeunes et n'ayant pas acquis toute leur colora- tion. Mais il ne peutexister aucun doute sur la validité deces différentes espèces, attendu que les mâles sont heureusement connus, et que chez chacun d'eux les appendices anals sont d'une conformation toute particulière. (737 ) l'iMir 1,1 (listiiiclioii dos fi'nu'llos on sera d'ailleurs guidé avanla- f^ousciiioiit par la considération du lieu de provenance. IG {Afidition). O^ychogompiivs Ggivei , De Selys. Gomphus Gi'«ei, De Selys, liev. zoot. I8il.— Kl Revue des Odonales (lafemolle). Onjiclioy. Genei ( pars), De Seljs, Monogr. el Synops. Gouiphincs. O.Genei, De Selys. Revis. Odon, Algérie. Ann. Soc. Eut. belge, l. XIV, 1871. Abdomen o" 50"""; $ ôi. Aile inférieure o* 25; $ HG. o" Ptérostignia jaune entre deux nervures noires épaisses (long de 2°"" '/, ) surmontant 3 cellules; grandes nervures noires, costale jaune en dehors, 10 antécubitales, 7-8 postcubitalcs. Corps jaunâtre , occiput un peu relevé au milieu, cilié de poils roussâtresj devant du front un peu obscur. Thorax à bandes roussâ- tre pâle ainsi qu'il suit : deux médianes contiguës un peu épaisses vers le bas, une antéhumérale et une humérale équidislantes, ces deux dernières courbées l'une vers l'autre; et sur les côtés trois ban- des aussi équidislantes peu marquées, les deux premières aux sutures, la troisième terminale. Abdomen à oreillettes non denticiilécs; les 8 et 9"^ segments dilatés en feuilles latérales étroites. Les 1 -2" seg- ments marqués de brun roussâtre latéralement; puis de noir ainsi qu'il suit : un cercle à l'articulation basale des 3-7», une raie à la suture médiane des 2-7», interrompue à l'arête dorsale, et suivie aux mêmes segments et au 8"' dun point noir de chaque côté de rareté. Pieds avec apparence d'une raie roussâtre, double aux fémurs, simple aux tibias. Épines des tibias et des tarses et bout des ongles noirs. Appendices anals supérieurs un peu plus longs que les deux der- niers segments. Vus en dessous , ils sont un peu renflés et rapprochés à la base, s'écartant ensuite par une courbure qui forme une tenaille allongée en se rapprochant au bout, qui est en palette rendue forte- ment bifide par une échancrure en an-^lc droit; la branche externe arrondie au bcml, l'interne pointue penchée en bas. Vus de profil, ils sont épais, diminuant de la base au bout, (|ui montre sa partie bifide 2"°* SÉRIE, TOME XXXV. 48 ( 738 ) par suite de Tinclinaison de la branclic interne. Appendice inférieur d'un tiers plus court, recourbé en haut, fourchu presque jusqu'à la base , les branches divariquécs presque à angle droit, allant en s'aniin- cissant, leur pointe rendue aiguë par une échancrurc interne. Ç Ptérostignia surmontant i cellules et demie (long de ô"""' V2) » 12 antécubitales, li postcubitales 5 8-9<' segments un peu dilatés sur les côtés. Appendices anals jaunâtres très-pointus à pointe brune, un peu plus longs que le 10"^ segment, séparés par une protubérance conique de la longueur du segment. Patrie : Le mâle vient d'Oran et m'a été donné par M. Camille Van Volxem. — La femelle tj'pe, prise en Sicile par M. Victor Ghi- liani; Musée de Turin. N. li. La description complète de la femelle se trouve dans la Monographie des Gomphines (n" 10, page 52). Dans cet ouvrage et dans le Synopsis (n" 16) j'ai réuni à tort à cette espèce un couple d'Egypte, qui forme ici une nouvelle espèce très-rapprochée du pumilio, et que je nomme 0. Hagcnii. (Voir à cet article les différences avec le Genei et les espèces voisines.) La découverte du véritable mâle de ce dernier prouve qu'il se sépare des espèces citées par les appendices supérieurs en tenailles ovales bifides, et surtout par l'appendice inférieur à branches aussi écartées que les supérieurs, caractère exceptionnel dans les Onychogomphus et imitant, sous ce rapport, les Heterogomphus dont on ne retrouve jusquici l'analogue que chez VO. ruptus de Sibérie. I7«'!lulcs postrigonalcs aux ailes supérieures. 2"" SÉHIE, TOME XX.VV. 49 ( 754 ) o" Bord anal très-cxcavé; l'angle (h'oif. Le 10" segment à bord postérieur fortement tronqué en dessous. Appendices anals supérieurs coniques, droits, l'inférieur l'oureliu, à bran- dies épaisses rapprochées non divariquées. Patrie : Brésil. N. B. Les Cyanogompbus, les Epigomphus et les Agriogora- plius possèdent différents caractères en commun, savoir : Le corps grêle noii-àtre, à dessins étroits verts ou bleus; le Iront très-déprimé; la lame de l'occiput basse; les pieds très- courts; la réticulation noire, y compris la costale, le ptcros- tigma épais, grand, foncé; la membranule nulle. Ces trois sous-genres par leur faciès or.t beaucoup d'ana- logie avec les Progomplius, les Zonophora et les Gomphoïdes, dont les séparent les triangles libres. J'ai souligné dans la diagnose du sous-genre Cyanogomphus les caractères qui le distinguent des deux groupes voisins. Dans la description de l'Agriogompbus (syn. 2''' Additions) j'ai aussi indiqué de la même façon ce qui lui est particulier. V\ il est essentiel de corriger une faute typograph!:]ii;' grave; on a imprimé : « Espace postcubilal d'un seul rang aux supé- rieures; » il faut lire : espace postcostal d'un seul rang aux supérieures, et ajouter : un seul rang de cellules postrigo- nales. Pour les Epigomphus proprement dits, les caractères sail- lants sont : le ptérostigma à nervule interne non prolongée jusqu'au secteur principal; les secteurs de l'arculus naissant très-r approchés (comme chez les Agriogomphus), triangle dis- eoïdal des inférieures plus long que chez les deux sous-genres voisins. Oreillettes de la femelle saillantes. Et pour le mâle : 40" segment large, non tronqué, eiï dessous. Appendices supérieurs épais, écartés, penchés vers les branches de l'infé- rieur qui sont également écartées, plus longues et l'extrémité velue précédée d'une forte dent. Il est à remarquer que dans ces deux groupes les fémurs des ( 755 ) mâles (on ne coiinait pas le ' de rAi^ri()!^om|)lius) ne sont pas <''j)iii('ii\, mais simplement dcnlieiilés. {'liez les remcilcs les épines sont nombreuses et courtes. 53'"'. Cyanogomphus Wai.tiieri , De Selys. o* Abdomen ÔG""". Aile iiit'érioure "27. Ailes hyalines, réticulation noire y compris la costale; [)téros- tigma très-épais, brnn noirâtre, long de 3"""; 14-15 antécnbitales, 9-10 poslcubitales aux supérieures; bord anal un peu oblique, à excavation courte, arrondie, l'angle droit, peu saillant. Corps noir varié de bleu clair (sur le vivant) ainsi qu'il suit : tête bleuâtre, plus pâle en dessous; une lâche médiane basalc et le bord antérieur de la lèvre supérieure noirs, ainsi (|uc la suture entre le nasus et le front; une très-large bande basale au front et le reste du dessus de la tète. Lame occipitale basse, droite, subdenticulée, à cils médiocres noirs ; les tempes contre les yeux renflées. Devant du thorax noirâtre jusqu'un peu après la suture humérale, ayant en avant un demi-collier mésothoracique étroit, interrompu au milieu, deux raies antérieures étroites, et une humérale (cette dernière presque double) bleuâtres; les côtés et le dessous bleus avec vestiges de lignes brunes aux deux sutures. Abdomen long, très-grèle, un peu épaissi aux 7-9" segments , noirâtre marqué de bleu verdâtre ainsi qu'il suit: une tache au l"^"" segment, une raie dorsale, les oreillettes et les côtés au 2«; la moitié basale environ des 5-7", cette couleur s'arrctant à la suture médiane transverse, mais cette moitié marquée elle-même d'une tache brune qui la divise en deux aux 5-b« segments. Pieds noirs, les fémurs jaunâtres en dedans, bruns en dehors. Appendices anals supérieurs presque aussi longs que le 10" seg- ment, bleu clair, poilus coniques, presque contigus à leur base, droits, terminés par une pointe aiguë. L'inférieur noirâtre, complètement fourchu, à branches épaisses droites, non divariquéesen dehors, peu éloignées l'une de l'autre; dilatées inférieurcment à leur milieu, puis à leur extrémité, qui égale celle des supérieures. 2 Inconnue. ( 756 ) Pairie : Un seul mâle pris au Jardin botani(iuc de Rio-Janciro, à la fin de novembre par M. Waltlière de Selys. (Coll. Sclys.) A'^. B. Facile à distinguer des Epigomphus et des Agriogomphus par les caractères subgcnériques indiqués. La stature se rapproche de celle du Prorjomptius complical us , dont le séparent de suite les triangles libres et les appendices anals. o5 (Addition). Eimgompiii s pai.udosvs, Uagen. Ai)donien d" 56"""; 9 'iS Aile inierieurco* 30; $ 34-37. o" Ailes hyalines à peine salies à la base; ptérostigma long de 3"'"' 14-1?) antécubitales aux supérieures. Bord anal oblique, étroit, mais distinctement excavé en demi-cercle; l'angle presque droit, non sail- lant. La coloration du corps ne diffère pas de celle de la-femcUe décrite, seulement j'ai omis de parler d'une ligne humérale fine, verte, et sur les côtés du thorax de deux raies brunes épaisses à la première et à la seconde suture. Appendices anals bruns; les supérieurs de la longueur du 10'' seg- ment, trcs-écartés dès leur base, épais, comprimés, insensiblement courbés en dehors. V^us de profil, on remarque qu'ils sont notable- ment dilatés en dessous en forme de doloire, et que la courbure finit par former une pointe supérieure peu aiguë. Appendice inférieur à branches noires plus longues que les supérieurs. Vues en dessus, ces branches sont épaisses droites, se séparant dès la base, le bout pâle mousse, revêtu d'un bouquet de poils jaunes. Vus de profil, ces bran- ches sont droites et portent chacune une dent submédiane supérieure avant le petit bout blanchâtre poilu, qui est subitement aminci. Pairie : Minas Geraes (Brésil). (Coll. Selys.) Communiqué par M. Mac Lachlan. N. B. Diffère du mâle de Voblusus par le bord anal excavé, à angle presque droit; par les appendices supérieurs distants dès la base, comprimés ensuite, et dilatés en dessous, et par les branches de l'ap- pendice inférieur plus droites, moins fourchues et moins dilatées en palettes au bout. Les appendices supérieurs, vus de profil, ne sont nullement dilatés en dessous, mais au contraire aplatis. (737 ) 55'"" {.Ul(lilion). KiMGOMi'His OBTtiirs, De Selys. Ç Abdomen iô'"™. Aile inférieure 55. La femelle non décrite dilTère du mâle (Syn. "I'^'- Add. Ko'") ainsi (|u'il suit : Ptéroslignia un peu plus Ion;; (de 3""" '/J It postcubitales; bord anal étroit, se confondant avec le bord postérieur. Lèvre supérieure bordée, mais non traversée de unir. Abdomen grêle, conformé comme cliez la femelle du palndosus. Intérieur de tous les fémurs jaunâtre. Patrie : Bogota. (Coll. Selys.) Communiqué par RI. Mac Lachian. A^. B. Cette femelle est fort difficile à distinguer de celle du pahi- flosiis. ie ne vois qu'un caractère positif; les fémurs brun clair sont généralement bordés de noir chez Voblimis , dont les mâles ont été reçus du Haut Amazone. Le palndosus est du Brésil. Quant aux mâles des deux espèces , la forme des appendices anals et du bord anal des ailes les distinguent parfaitement. 55 (Addition). CYci.OGO.Mi>Hi)SHËTEKnsTVMis, De Selys. o' Semblable à celui décrit dans la Monographie des Gomphines. l*our compléter la description des appendices anals, il faut ajouter qu'un voit de profil sous les supérieurs une petite boule jaune basale qui appartient à chaque appendice ou qui est unique et termine l'ab- domen, chose dont je n'ai pu m'assurer. o Semblable à celle que j'ai supposé appartenir au C. ypsUon , mais il n'y a que 12 nervulos antécubitalcs aux ailes supérieures. Patrie : Madras. Communiquée par .M. Mac Lachian. - N. />'. Il est probable que la femelle que j'ai attribuée à Vijpsilon appartient aussi à Vhclcrosti/h/s, à moins ijue les femelles des deux espèces ne soient presque semblables. 58''"' IIemigomphus amphici.itus, De Selys. o' Alulomen ô!'""'. Aile inférieure 21 Ailes un peu lavées de jaunâtre à la base: plérosligma brun foncé entre deux nervures noires épaisses, surmontant 3-i cellules, lom; ( 758 ) tic 5""". Bord anal oxcavé, formant un angle droit avec le bord posté- rieur. Face et front jaunes ; lèvre supérieure bordée de tous côtés et tra- versée de noir; une bande épaisse occupant le nasus (excepté les coins latéraux), et débordant sur le bas du front, une bande basalc au dessus du front, d'où elle rejoint de chaque côté celle du nasus contre les yeux. Le dessus et le derrière de la tête noirs, excepté une petite lâche ronde entre les yeux ; une marque à l'occiput tant en avant qu'en arrière, et une marque aux tempes, jaunes. Occiput étroit, cilié de noir, un peu relevé au milii^u. Thorax jaune, le devant avec six bandes noires très-épaisses; les médianes contiguës droites, avec un petit prolongement médian vers le prothorax. Elles sont con- fluentes par en haut seulement avec rantéhumérale et avec l'humérale qui sont très-rapprochécs et courbées; cette dernière se prolonge et se recourbe vers la base des seconds pieds, sans les toucher. Les côtés et le dessous jaunes, excepté une raie supérieure courte épaisse à la première suture. Abdomen grêle, un peu épaissi aux deux extrémités, noir marqué de jaune ainsi qu'il suit : i*""' et 2"= segments avec une tache dorsale lancéolée, le dessous et les oreillettes (ces dernières à dentelures fines noires) ; les 5-G'' avec une fine arête dorsale et une lunule basale latérale. Au 7« ces lunules sont réunies eu dessus et occupent la moitié basalc, enfin aux 8-9*= une petite tache basale lalé- rale triangulaire. Appendices anals supérieurs jaunes, la longueur du lO" segment, villcux, un peu distants, parallèles; le bout pointu un peu redressé. Appendice inférieur plus de la moitié plus court, noir complètement fourchu, les deux branches très-écartées l'une de l'autre, minces, recourbées en haut. Pieds noirs, l'intérieur des premiers fémurs jaune pâle. 9 Inconnue. Patrie : Quecn's-Land (Nouvelle-Holl.) Coll. Mac Lachlan. N. B. Diffère des trois espèces connues par la lèvre supérieure entourée et traversée de noir, la large bande noire du nasus, les deux bandes médianes du devant du thorax droites, l'absence de ligne supérieure noire à la seconde suture des côtés ; et le ptérosligma uni- colore brun foncé. ( 759 ) Il se rapproche de l'achraccus par le triangle tliscoïdal des ailes inférieures court. Les appendices anals diflèrenl de ceux de Vliclcrnsfijlus parce (|ue les supérieurs ne sont pas aplatis et ne sont pas écliaiicrés ni courbés en dedans au bout, et que les branches de l'inférieur, (luoicjue aussi écartées, ne sont pas divariquécs. GO (<4f/f//7lOH). AlSTROGOMPHlS AI STRAMS. Dalc. Abdomen $ 32™'". Aiio inférieure 25. La femelle décrite était incomplète. Un exemplaire complet, d'Aus- tralie, conununi(fué par M. Mac Laclilan diffère de ceux que j'ai signalés : i" Tous les fémurs sont jaunes en dessus (les (juatre antérieurs seulement chez le type). 2« Elle diffère du mâle décrit parce que les 9'^ et 10" segments sont entièrement jaunes. Ecaille vulvairc jaune, large, arrondie, prolongée en deux petites pointes séparées, jusqu'au milieu du U'^ segment. Appendices anals jaunes, fusiformes pointus, de la longueur du 10" segment , séparés jiar une protubérance moitié plus courte. La bande dorsale maculairc jaune des 5-7* segments est composée d'un demi-anneau basai, prolongé sur le dos en taches lancéolées étroites, dont la pointe ne touche pas le bout des segments. Au 8*= la tache dorsale est plus courte, fine. Il y a en outre sur les 2-7" seg- ments une tache latérale basale plus large. Sous-ç/mre. - OCTOGOMPIIUS, Di: Sei,y.«. (Sous-genre nouveau.) NeogompliKs (pars), De Selys. Add. au Synopsis. Plérostignin mcdiocrc, épais; mcmbranuic trôs-pctitc. Tlio- rax jaune, le devant noir avce une grande tache jaune médiane unique, touclianl le Uoid inésotlioraei(|uc. Oeeiput très-bas. o" Le 10'' segment plus large que les autres. Appendices anals jaunes, épais à la base; larges, complètement divisés en ( 760 ) deux branches, chacune complètement fourchue, Icxlcrnc très-divariquée, l'interne droite. Oreillettes fortes. 9 Oreillettes petites. Écaille vulvaire grande, échancréc au bout. Patrie : Californie. ;V. li. Ainsi que je le soupçonnais en décrivant la femelle communiquée et nommée par le D" Hagen, le specw/am ne peut rester dans le sous-genre Neogomphus composé du mo- lestîis et de Velegans. Le mâle est extraordinaire par ses appendices supérieurs et par les branches de l'inférieur, les uns et les autres complè- tement fourchus, de sorte que l'abdomen se termine en huit pointes. Chacun des appendices supérieurs ne ressemble pas mal à une pince cntr'ouverte. On ne voit des appendices ana- logues que chez les Microgomphus et les Macrogom|)hus, mais dans ces deux groupes l'appendice inférieur n'est pas fourchu. M'"' {Addition). Octogomphus specoi.aris , Hag^en. Neogomphus? specularis ,Ylag. Add. au Syii., iv 64'"='- (la l'emelle). o" Abdomen 57'»'". Aile inférieure 51. Ptcrostigma noir (adulte) brun (jeune) épais dilaté; réticulalion noire y compris la costale; membranule presque nulle; bord anal excavé, l'angle saillant, droit; H-13 antécubitales; 5 (exception- nellement 2) cellules, puis 2 rangs postrigonaux aux supérieures. Rhinarium pâle, entoure de noir; bas du nasus noir, vestige (chez l'adulte) d'une ligne brune à la suture inférieure du front; région du vertex noire avec une grande tache jaune ronde devant Tocciput, qui est en bas, épais, brun en avant, jaune en arrière; sa crête subdenticulée, en feston légèrement émarginée au milieu, lon- guement ciliée de noir. Vestige court au thorax d'une ligne jaune huméralc. Côtés du thorax jaunes avec une ligne brune à la suture médiane. Abdomen grêle, épaissi au 10'^ segment, noir marque de jaune ainsi qu'il suit : le dessus du l" segment; une tache dorsale trilobée ( 701 ) au i' , Ile loucliaiil pas le bout, ainsi «juc les orciilcltcs (jui soiil courtes, et une tache latérale; une strie très-fine à l'arctc aux 3-0" (nulle chez l'ailuito aux ?)*■-()'■) et un point basai latéral aux mêmes segments; l'arlitulation basale des 8-10'', ce dernier avee une tache basale ronde suivie d'un point. (Chez le o" moins adule, le 9"^ porte aussi une lâche dorsale ])asale ronde continuée en.raie sur rareté) enlin deux taches latérales au 9*^ dont les bords ne sont |)as dilatés. Le 10' segment est plus large que long, beaucoup plus large au bout que le 9'. Pieds noirs assez forts; fémurs postérieurs (longs de (i»"")à épines nombreuses régulières courtes. Appendices anals très-extraordinaires, forn)ant huit pointes, les supérieurs et chaque branche de rinfcrieur étant fourchus. Vus en dessus, les supérieurs un peu plus courts que le 10*^ segment, sont jaunes, très-larges à la base, se divisant dès leur moitié en deux branches, dont Tintcrnc et supérieure se dirige fortement en dedans et en bas, mais est subitement redressée à sa pointe. La branche externe est divariquéc en dehors, bordée de noir et penchée en bas, son extrémité courbée en bas est noire. L'appendice inférieur, vu en dessous, olTre une disposition ana- logue, mais est recourbé en haut; les deux branches primitives se séparant après la base sont noirâtres; puis immécliatenient chacune devient de nouveau fourchue; rexierne très-divariquée en dehors dans le sens de Texterne des supérieurs qui la couvre et la cache — la branche interne plus épaisse, en forme de long tubercule de même longueur, est à peu près droite, de sorte que les deux branches internes sont parallèles !'t rapprochées. De profd on voit la branche externe des appendices supérieurs très-courbée en bas, dilatée infé- rieuremcnt colorée en noir, puis la pointe de la branche interne redressée perpendiculairement. Ç (Voir Add. au Sjn., n» 6i*" ). /^^/nc .• Californie. Pris par lord ^^^1lshingham. (Communiquée par M. Mac Lachlan). N. B. Les couleurs du mâle sont à peu près les mêmes que celles de la femelle décrite précédemment. ( 762 ) (56««. l'uoGOMPnus? paicikervis, De i^clys. $ Abcluiiicn ôl">"'. Aile inférieure 29. o' Inconnu. 2 Très-jeune., Ailes hyalines arrondies et assez larges au bout; réticulation brune, plérostigma brun clair, épais, entre deux ner- vures noires couvrant 5 cellules (long de 5'"™), i5-l6 antécubitalcs, 12 postcubilales aux supérieures. Triangles presque tous libres (un seul des ailes inférieures divisé); les discoïdaux à côlé extérieur à peine brisé, suivis de 2 rangs de cellules aux supérieures , de 5 aux infé- rieures, où le triangle est plus allongé. Les triangles internes petits, presque semblables aux quatre ailes. Un seul rmvj de cellules poslcos- tales aux supérieures jusqu'au bout du secteur inférieur du triangle. Tête jaunâtre avec apparence de noirâtre au-dessus du front et aux ocelles; occiput médiocre prescjue droit, bordé et Cilié de noirâtre. Devant du thorax noirâtre avec un demi-collier mésothoracique étroit et deux raies antérieures isolées jaunâtres. Les côtés et le dessous jaunâtres avec apparence de bandes brunes mal arrêtées aux côtés. Abdomen noirâtre en dessus , à articulations cerclées de noir, mar- qué de jaune ainsi qu'il suit : aux i" et 2" segments une tache dor- sale; aux 3''-o'' une fine arête dorsale; au 7« un large anneau basai; enfin une bande mal arrêtée inférieure aux côtés des segments s'ar- rêtant au 5<= où elle ne forme plus qu'une tache basalc presque en demi-anneau. Pieds courts brun clair; les fémurs postérieurs à épines régulières noirâtres assez fortes. Appendices anals supérieurs jaune pâle, bruns au bout, épais, un peu plus longs que le 10" segment, qui est presque moitié plus court que le 9". Écaille vulvaire divisée jusqu'à la base en deux feuilles lancéolées pâles, atteignant le 10'' segment. Patrie: Quito, un exemplaire unique envoyé par M. Emile De Ville. Coll. Sclys. N. B. Ne connaissant pas le mâle, c'est avec doute que je place parmi les Progomphus cette femelle unique très-jeune et en mauvais état, dont un seul des triangles est traversé d'une iiervule, et cela à une seule des (juatre ailes. Elle dillere des autres espèces par les ailes inférieures plus larges et plus arrondies, et surtout par l'espace ( 763 ) poslcostnl dos supérieures coiupdsc d'un seul ran;/ de ccUulcs. Ce caraclère est uiiii,u..Aits, De Sclys. Celle espèce varie beaucoup pour la taille. En comparant les màlcs types décrits n" 07 , la femelle n" 67'"* secondes Additions et une douzaine d'exemplaires pris à Kio de Janeiro par !M. W'alllicre de Selys, les uns à la fin d'août et les autres à la lin de novembre, je trouve comme mesures extrêmes: abdomen o" 55-51)"""; Ç 55-58. Aile inférieure o" 26-50; $ 29-52. Le plus grand des niàles m'a été communiqué par M, Mac Laclilan. Ses ailes sont très enfumées, de même que celles de la femelle décrite précédemment. Ce sont sans doute les plus adultes. Tous les exemplaires de Rio sont plus petits; il y a parmi eux deux femelles fort jeunes, à ailes incolores et à ptérosligma jaune pâle chez qui le noir du corps est remplacé par du gris brun et le jaune par du blanc sale. A^. B. iM. Wallhèredc Selys a aussi rencontré pendant son séjour à Carrancas (prov. de Minas), vers la mi-novembre, une autre espèce de Progomphus fort rare : le P. coslalis , qui manquait jusqu'alors à ma collection; il n'en a pris qu'un mâle unicpie, qui ne dilfère pas de celui décrit dans la Monographie «t dans le Synopsis des Gom- phincs. ( 764 ) 08'"'. PnoGOvipiits BOiiËAMs , Mac Laclilan. o* Alxlomoii 11'""'. Aile inférieure 32. o* Ailes hyalines avec une petite gouttelette obscure allant de la base extrême jusqu'à mi-chemin de la première antécubitale et limitée infériememcnt à la nervure postcoslale. Triangle discoïdal divisé en 5 cellules, Tintcrne en 2 (ou irrégulièrement en trois aux supérieures); ptérostigma noir, épais (long de 5 '/,'"'"). Nervures noires, costale jaune en dehors; 15 antécubitales, 12 postcubitales aux supérieures. Aucun vestige brun à Tarculus. Tête gris olivâtre; une tache foncée derrière les yeux; occiput légèrement arrondi, brièvement cilié. Thorax gris en avant, un peu bleuâtre sur les côtés, ayant en avant l'apparence d'un demi-collier mésothoracique et d'une bande antéhumérale droite confluente avec lui, et d'une ligne humérale inférieure jaunâtres; et sur les côtés une posthumérale et une médiane ferrugineuses mal arrêtées, courbées vers les pieds. Abdomen long, grêle, épaissi à la base et au bout, noir avec une série de taches dorsales lancéolées bilobécs jaunâtres, commençant par un demi-anneau basai jusqu'au 7"^ segment. Elles ne touchent pas le bout et vont en diminuant jusqu'au 7' où la tache n'atteint que la moitié du segment, mais s'élargit sur les côtés; au 8^ la tache est basale, interrompue au dos, et suivie d'une latérale postérieure; le 9" a deux taches, le dO« porte une tache latérale. Fémurs jaune-pâle avec une bande externe simple aux premiers, double aux quatre derniers ; tibias noirs avec une marque basale extérieure pâle ; tarses en partie ferrugineux. Appendices anals supérieurs jaunes, un peu bruns en dessous, un peu plus longs que le dernier segment, légèrement recourbés en dehors à la |)ointe qui est noire, aiguë. Appendice inférieur jaune à la base en dessous, ses branches fines, noires, courbées en dedans, bifides au bout, la dent externe forte. Ç Inconnue. Patrie : L'Orégon. Un mâle pris par lord Walsingham. (Commu- niqué par M. Mac Lachian.) N. B. Diffère du P. costalis (du Brésil) par sa grande taille, le ptérostigma noir, plus court, et le bord costal non coloré en brun (765) jusqu'à la lUTVuro sous-coslalc; mais il rappelle lo ro.s7r^/ix par i.i {^oullciclto basait' obscure, et se rapprociie de Vohsciirus et du zonatns par la '.aille. Il s'en sépare toutefois au premier abonl par rabscncc de marque obscure à l'origine des secteurs de l'arculus , le pléros- tigma plus court, ne surmontant que cinq cellules et la costale jaune en dehors. Au premier abord le boreuUs rappelle beaucoup VErpelogomphns compositns et même VOntjchof/omphiis fonipatus par la coloration de rabdomcn. M. Mac Lachlan me fait remarquer avec raison (ju'il est fort cu- rieux d'avoir rencontré sous la latitude septentrionale et lenipéiée de i'Orégon une espèce du genre Proyomphus , qui jusqu'ici n'avait été observe que dans les parties chaudes de l'Amcrique. IW"-. GoMPnoiDES REGUi.ARis, De Selys. Aliilomen d" -iOn"" ; $ 40. Aile inférieure o" 55; $ ÔO. Jeunes. Ailes un peu salies, légèrement lavées d'ocracé à la hase (surtout chez la Ç); réticulation noire (costale pâle chez le o'), 17 an- técuhitales aux supérieures; trianjilediscoïdal de 3 cellules aux (pialre ailes; celui des supérieures ayant son côté supérieur un peu plus court que les autres, l'externe légèrement brisé ; triangles internes traverses aux quatre ailes. Ptérostigma jaunâtre, entre des nervures noires (long, de 4""" '/j) ; 5 cellules postrigonales suivies de deux rangs. Tète jaune olivâtre; bords delà lèvre supérieure et ocelles obcurs; occiput droit, jaunâtre, assez haut, longuement cilié de noirâtre. Thorax noirâtre, ayant en avant un collier mésolhoracwiuc étroit, deux bandes droites confluentes en 7 avec lui, une raie humérale étroite, et sur les côtés trois bandes jaune vcrdâtre, ces dernières plus larges. Poitrine jaunâtre. Abdomen jaunâtre marqué de noir ainsi ([u'il suit: un cercle aux articulations, une ligne à leur suture mé- diane transverse, des marques latérales aux 1-2* segments, une raie dorsale sur la crête aux 5-9* segments se dilatant largement sur les côtés au bout des 5-7'^ où elle rejoint une bande longitudinale latérale inférieure interrompue; enlin une tache dorsale au 8^ Ténujrs jaunâ- tres avec une raie courte noirâtre au bout en dehors; tibias et tarses noirâtres (une ligne pâle aux tibias chez le o* jeune). ( 766 ) o* 7-9" segments dilatés (mais non en feuilles); iO« segment jaunâtre non j)rolongc latéralement. Appendices anals supérieurs jaune pâle, plus longs que le lO"^ segment, écartés h la base qui paraît former en dessous une dent épaisse ; leur extrémité velue de jaunâtre est seule courbée en crochets, et munie d'une petite pointe finale comprimée, redressée, non aiguë, précédée d'une dilatation et en outre aux deux tiers des appendices d'un tubercule saillant. Ap- pendice inférieur atteignant le tiers des supérieurs, complètement fourchu; ses deux branches moins écartées, non divariquées, noires, recourbées en haut. 2 Une nuance olivâtre au nasus et à la base du front; une bande dorsale étroite jaune citron aux 1-2'= segments (les bandes du thorax également jaune pur). Appendices anals pâles cylindriques, minces, très-pointus , écartés à la base qui est brun foncé par un tubercule conique ; plus longs que le 10'' segment. Écaille vulvaire très-four- chue, à branches écartées cylindriques, atteignant le tiers du 9<= seg- ment. Patrie : Carrancas (Brésil, province de Minas), pris vers la mi-no- vembre le long des chemins par M. Walthère De Selys. N. B. Ce couple est fort jeune et les appendices du mâle ayant été comprimés sont un peu déformés. L'espèce est très -voisine de la G. annectens , mais chez cette dernière le triangle interne est libre aux ailes inférieures; cependant la distinction spécifique reste un peu douteuse n'étant fondée que sur l'examen de deux exemplaires d'âges différents de chacune des deux formes. 77 {Addition). Cyclophylla gladiata, Hagen. o" Abdomen 57-58™". Aile inférieure 28-50. a* Jeune. Couleurs du corps plus claires que chez l'adulte; le fond étant brun jaunâtre pâle à dessins jaune pâle ou vert clair; 16-18an- técubitales aux ailes supérieures. Patrie : Rio de Janeiro , pris au Jardin botanique à la fin de no- vembre par M. Walthère De Selys. N. B. Il faut ajouter à la diagnose (Syn. n» 77) que la dilatation en feuille du S-^ segment est plus étroite que chez la diphylla, que C 767 ) les appcniliccs aiials supérieurs portent à leur base interne en des- sous une forte prolultérance velue, et ijue sous l'(M'i;,'ine '. Le ly llagen a leçu de l'IIymalaya un mâle qui lui semble laire le passage entre les trois races décrites; ce mâle serait uti mordtix par le manque de raie jaune latérale intermédiaire au lliorax ; et se rapporterait au prœcox par le nasus sans petite taclie médiane cl par la coloration du 9'' segment où lanneau est réduit à deux taches latérales. 94'"». ICTINl'S AUSTHAMS, De ScIVS. Abdomen o" iS°"°; 9 iO. Aile inférieure o' 58; $ 38. Triangle discoïdal de 3 cellules, formé par deux veines parlant du côté supérieur et de l'interne et se rapprochant au milieu de l'ex- terne (ou bien de 4 cellules); 3-4 cellules postrigonales suivies de 2 rangs; ptérosligma HOiV(long de 3 '/,""") ; 15-23 anlécubitales aux ailes supérieures, 9-11 poslcubitalcs ; une petite ombre basale enfu- mée entre les nervures sous-coslale et médiane, et une autre entre la sous-médiane el la poslcostale. Lèvres, face el front jaunes, marqués de noir ainsi qu'il suit: lèvre supérieure entourée et traversée; deux impressions aux nasus; tout le devant du front, sa base en dessus, où cette couleur s'avance dans renfoncement médian en large tache triangulaire louclintil par sa pointe le noir du devant; vcrlex noir avec une petite tache jaune entre les yeux. Occiput jaune, à peine bordé de noir, assez large. Bande humérale jaune assez large, interrompue avant le haut; les deux bandes noires latérales du thorax confluentcs inférieurcment par un point vers les pieds postérieurs; le bord postérieur du thorax sans bande, à peine limbe de noir. Les 3-6' segments à taches dor- sales très-bifides en arrière, occupant le tiers basai; le 7'' à anneau ^""^ SÉRIE, TOME XXXV. 50 ( 770 ) jaune complet, occupant les deux tiers, un peu moins large en dessus j le 8" presque semblable , mais Tarcte noire ; un cercle basai et une tache latérale postérieure au 0" ; un point latéral au 10"^ jaunes. Les feuilles du 8« noires, médiocres, denticulécs au bout. Pieds noirs, base et intérieur des premiers fémurs jaunes, les postérieurs longs de 7 '/2'"'"- o* Appendices anals supérieurs noirâtres, ayant presque le double du 10« segment, à pointe presque mousse, précédés en de- dans de 6-7 petites dents. Appendice inférieur à branches divari- •luées , ayant le quart des supérieurs. Ç Semblable au mâle, mais le nasus bordé de noir en avant vers les côtés; la feuille du 8"^ plus étroite. Appendices anals noirâtres, cylindriques épais, pointus, de la longueur du 10"= segment. Écaille vnlvaire divisée presque jusqu'à la base en deux feuilles lancéolées divariquées, atteignant le bout du 9» segment. Lame de l'occiput jaune, entourée de noir, sa crête supérieure largement et peu pro- fondément échancrée en demi-cercle , les deux bouts de l'échancrure formant chacun un petit angle saillant. Extérieur des fémurs posté- rieurs jaunes excepté au bout. ' Patrie : Queen's-Land (Australie), communiquée par M. Mac Lachlan. (Coll. Selys.) N. B. Par l'absepce de raie terminale noire aux côtés du thorax et par la forme de l'occiput de la femelle (échancré au milieu) , Vaustralis est du groupe de Vatrox et de Vançjulosus, et très-voisin de ce dernier, dont il diffère par la raie humérale jaune interrompue avant le haut, où elle reparaît sous forme de point rond, par la lèvre supérieure bien bordée et traversée et le noir du devant du Iront large avec une queue dans réchancrurc. La couleur du nasus empêche de le confondre avec le rapax et les espèces du même groupe dont le sépare encore la forme de l'occiput de la femelle non élevé en pointe médiane. Il est bien probable que le tenax appartient aussi au groupe de Vauxtralis et de Vungulosus ; il diffère de Vaustralis par la coloration du nasus, du front, et par la raie humérale. (771 ) 111 {Aditilion). Cordui.ecaster rir.Tus, De Selys. Abdomen o'oO-îJ.')"""; 9 fi' A'''" infciii'iirt' o' iô-iG; 9 51. o' Ailes salies, légèremenl enfumées au sommet et au bord pos- lérieur; coslalc jaune en dehors; 18-11) anlécubitales; plcrosligma assez long (de i""») noirâtre ; i-G cellules anales. Occiput noir, non renflé, avec deu.\ très-petils points jaunes en avant, peu renflé en arrière avec une double tache jaune; sa crêle ciliée de noir. Lèvre supérieure jaune, notablement bordée et presque traversée de noir. Face et front jaunes; rliinarium, bord antérieur du nasus, la base du front (et souvent une ligne transverse à sa crête) noirs. Une raie jaune fine n'allant pas jusqu'en haut au milieu de la large bande médiane des côtés du thorax. Abdomen noir à anneaux jaunes médians des segments n'occupant guère (jue leur (piarf ; interrompus en dessus aux 5-8'^ par l'arête dorsale noire, suivis aux 2-6'' de traits peu visibles transverses contre l'articulation postérieure; les !)-10'" sans taches. Appendices anals supérieurs épais et rapprochés à la base, peu dilatés, puis amincis au bout qui est un peu courbé en dedans, portant intérieurement en dessous une seule et forte dent aiguë à l'extrême base. Appendice inférieur un peu plus large que long, un peu échancré au bout. Fémurs postérieurs longs de 7™"'. 9"? (Voir Synopsis, n" 111.) Patrie : Environs d'Elisabethopol en Kakhelie (prov. de Géorgie, sud du Caucase), pris par 31. Mlokosicvilch, coll. Selys. IV. D. J'ai reçu quatre mâles semblables. Ils se rapprochent de Vriiiniilalns par l'ensemble de la coloration, mais s'en distinguent par la lèvre supérieure notablement bordée de noir, avec une virgule basale médiane qui la traverse presque entièrement; par l'occiput noirâtre en avant à cils de même couleur, par le trait jaune terminal des 5-ti^ segments peu marqué, et enfin par les appendices supérieurs non dilatés en feuille interne inférieurement. Je crois qu'il faut y rapporter la race intermedius (Monogr. des Gomph., p. 550) attribuée alors avec doute à Vannulalus, décrite d'après des exemplaires de Dalmatie et de Livourne (jue je n'ai pins ( 772 ) sous les yeux ; de sorte que l'espèce se trouverait aussi dans l'Europe méridionale. Enfin, je regarde comme la femelle le type du Cordulcgaslcr ptclus De Selys, de provenance inconnue, mais non les mâles du Musée de Vienne, que j'y avais réunis et qui sont une variété du Coi'dnh-ç/astt'r hidentatus (ils ont été pris à Brousse, dans l'Asie mineure). En effet la femelle type du pictus possède, comme Vaimulalus , un long pléros- tigma et deux taches jaunes à la base des lames vulvaires, de sorte (ju'elle ne peut appartenir au bidenlalus ainsi que je l'avais supposé. Seulement les cils de l'occiput sont roussâtres, tandis qu'ils sont noirs chez les mâles que je lui rapporte aujourd'hui. 113'" (Addition). ConouLEGASTEit dorsai.is, Hagen. Abdomen o" o5""" ; $ 58. Aile inférieure o" ii; Ç 49. Ptérostigma long de i""" '/, d'un noir brun, nervure costale jaune en dehors. Lèvre supérieure finement bordée de noir ; rhinarium noirâtre ainsi que les bords du nasus sur ses rôles; le dcvnnt du front avec une bande étroite foncée, sa base noire; verlex noir; occiput brun en avant, jaunâtre marque d'un sillon en arrière. Fond de la coloration du thorax et de l'abdomen noirâtre acier. L'abdomen mince, cylin- drique, à peine épaissi aux deux extrémités. Oreillettes jaunes, com- primées. Les dessins diffèrent un peu de ceux de la femelle décrite, le !"■ segment étant presque sans taches, les taches jaunes des 7-9^ n'étant pas divisées en deux, mais simplement échancrées; celles du n*^ formant une bande basale. Pieds noirs , fémurs brun foncé en dehors. Appendices anals brunâtres; les supérieurs avec deux dents en dessous, analogues pour la forme à ceux du bidentulus. L'inférieur moitié plus court, plus clair, presque carré, échancré au bout, à pointes latérales redressées. Ç (Voir les premières Additions au Synopsis n» I lo'"). Pairie : Nord de la Californie, communiqué par M. Blac Lachian. (Coll. Selys.) ( 773 ) Sous-grnrc. - IIVI'OI»liTALl.\ , Mac I.achi.. (Soiis-gi'iire nouveau.) Trans. Suc lùit Lmul., 1870, part. Il , paj^. 170. o* Diiïèrc des soiis-genrcs/*e(«/m ci Plnjllopcl(iUii,\c triangle (lis(MÏ(l:il (le (niilcs les ailes étant divisé en trois cellules (et non CM (l('ii\), cl le (liaiiglc interne étant de trois cellules aux su- pr-rieurcs cl de deux aux inléricures (lihrc chez les Pctalia et P/iijll()})('l(i(it(}. Il } a aussi cin(i cellules en triangle anal (au lieu de ti'ois). Ilcssemhle particulièrement aux Phyllopetaliu par la mcni- lu-auule à peine visible, l'abdomen élargi au bout (mais sans feuilles ))icmhra/iei(ses (listinctes) et par rapj)endice anal infé- rieur dépassant légèrement les supérieurs par son lobe mé- dian, et par la présence d'une marque apicale opaque au bout lies ailes. Mais les ailes ont non-seulement comme chez les Phyllopc- talia une tache basale, unenodalc, une au plérosligma et une apicale, mais encore deux autres taches à mi-chemin de la base au nodus et une ou deux entre le nodus et le j)térostigma, et une allant depuis le ptérosligma jusqu'au bout, de sorte qu'il y a six ou sept taches au lieu de cincj au bord antérieur des ailes. Pairie : Le Chili, comme les deux sous-genres voisins. 1! î'/'""'' IItpopetai.m pestii.ens, Mac Lachl. Trans. Suc. Eut. Lond., 1872, p. 171. o' AlHlomen environ 67""". Aile iiiti'iicuro environ -iî). o' Ailes Icgèrcnienl lavées de jaunâtre, toutes les nervures noires cxce|)tc la costale jusqu'au plérostignia, ainsi que la première et la quatrième nervulc anlècubitales qui sont jaunâtres. Ptérosligma jaune, surmontant 2 '/^ cellules, son extrémité obscure. Ailes avec ( 77-i ) 0-7 (aches l)runcs au bord costal (placées comme il est dit aux carac- tères du groupe). La tache basale s'étend presque jus(|u'à la seconde nervule antécnbitalc envahissant obliquement h sa base une partie de l'espace basilaire, oîi elle devient noirâtre; celle entre la base et le nodus est double aux ailes supérieures; la nodale large carrée, s'éten- dant jusqu'au secteur sous-nodal ; l'apicale commence dès le ptéros- llgnia, de sorte qu'elle semble une continuation de celle de la base interne de ce ptérostigma; 16 antécubitales, li postcubitales; 5 cel- lules postrigonales , puis 2 rangs aux ailes supérieures. Une nervule dans l'espace au-dessus du triangle; secteur nodal ondulé. Face brun jaunâtre obscur; lèvre supérieure bordée en avant de jaune ainsi que le bas du front. Thorax gris brun en avant, à villosi- tés épaisses; devant du thorax noir, rugueux en arrière, les côtés jaunâtres, ayant à la portion antérieure, de chaque côté, une large tache blanchâtre cerclée de noir, et en dessous de celle-ci une courte ligne oblique blanchâtre bordée de noir. Espace intercalaire fortement velu de noir. Abdomen brun, le milieu du l'"'' segment et le bord infé- rieur des ô-O"" testacés, les sutures noires; les 7-10"^ segments jaunâtres inférieurenient. Pieds noirs, le côté inférieur des fémurs rougeâtre. Appendices anals supérieurs courts, plus courts que le 10<; segment, minces à la base, un peu élargis ensuite, obtus, noirs (jaunâtres à la l'extrême base). Appendice inférieur à peine plus long, jaune, les deux lobes apicaux noirs. Ç Inconnue. Patrie : Chili (par Rcad), un exemplaire unique. (Coll. Mac Lachlan.) N. B. La liste générale servant de table des matières sera publiée dans un des prochains Bulletins. ( 775 ) Rapport so7niiiairc sur les 7-esultals d itn toipirjc an lircsil et à la Vlala; par iM. Edouard Van Benedeii, membre de l'Aeudémie. Au mois de juin de raunée dernière, j'ai en llionnenr d'exposer devant l'Académie le projet que j'avais lormé de Taire, dans un but scientilique déterminé, un voyage sur les côtes du Brésil. L'Académie a bien voulu m'encou- rager en me donnant son approbation. Aujourd'hui je rem- plis un devoir en venant rendre compte à la classe de la manière dont j'ai accompli la mission dont M. le Ministre de l'intérieur a bien voulu me charger. Si je ne puis dès à présent exposer les résultats scientifiques de mon voyage, je ne veux pas tarder cependant à faire connaître les ques- tions dont je me suis occupé et pour la solution desquelles j'ai réuni de nombreux matériaux; l'étude complète de ces objets me demandera des mois et peut-être même des années de travail. Les études et les observations que j'ai faites pendant mon séjour dans l'Amérique méridionale , et l'examen des matériaux que j'ai réunis, pour compléter, dans le calme du laboratoire, les recherches commencées dans des con- ditions peu favorables, feront le sujet d'une série de travaux que j'aurai l'honneur de présenter successivement à l'Aca- démie. J'espère qu'elle voudra bien leur faire bon accueil et qu'elle les jugera dignes de figurer dans ses recueils. J'avais espéré pouvoir utiliser pour l'élude de la faune superficielle de l'Océan le temps que nous avons passé à bord du Rfinne en faisant la traversée d'Anvers à Rio de Janeiro. Il nrent été agréable d en)ployer les longues heures ( 770 ) (l'iine liaversée de ti-enle et un jours à observer, à étudier et à collectionner les Hélcropodes, les Ptéropodes, iesSalpa, les Pyrosomes, les Syplionophores et les Méduses répan- dus avec tant de profusion à la surface de la pleine mer. J'espérais surtout trouver près des Canaries ces Saphyrines diaphanes dont Hivelvcl a fait à Lanzerole l'étude anato- niique, et dont les rapports généalogiques avec les autres types de la classe des crustacés ne pourront être déter- minés avec certitude que par l'élude de leur développe- ment embryonnaire. Mais je ne me faisais pas illusion relativement aux obstacles que présente la pêche de ces êtres si délicats, à bord d'un grand navire qui laisse derrière lui un large sillage et dont la vitesse moyenne est de 8 à 9 nœuds à l'heure. La plus grande difficulté consistait à sous- traire les animaux à l'immense pression exercée sur les parois du fdet à raison de la vitesse du bâtiment. J'avais fait construire un système spécial de lîlet flottant, de façon à pouvoir régler la quantité d'eau que je laissais pénétrer dans l'appareil d'après la vitesse plus ou moins grande du navire. Mais dans ce système j'avais négligé de tenir compte de la pression de l'eau agissant avec toute son intensité sur la face extérieure de mon iilet, pression telle que tous les animaux qu'on pouvait y recueillir se trouvaient instanta- nément broyés. Toutes les tentatives que j'ai faites pour remédier à cet inconvénient ont été infructueuses; je suis convaincu aujourd'hui que MM. Huxley, Hseckel et Semper avaient raison quand ils m'ont répondu que d'après leur propre expérience ils ne croyaient pas à la possibilité de pêcher à la surface de l'Océan à bord d'un navire animé d'une vitesse dépassant deux nœuds à l'heure. Le seul moyen d'arriver à un résultat pratique serait de se placer dans les conditions où se trouvent aujourd'hui ces heureux ( 777 ) naliiralisles qui se sont omlKininés il y a (|ucl(jiies mois à 1)01(1 (i(i C/iallcnr/pr cl ([iii, pendant les opérations du dra- {j;iiage, alors que la Irégale est en repos, niellenl des iiar- (pies à la nier pour pécher au petit lilcl d'après la uiélhode (|ne l'on emploie le lon|^' d'une cùle. J'eus l'occasion de l'aire jiendaul la traversée (inelipies observations intéressantes soit sur les cétacés, soit sur le vol des poissons volants, soit sur la phosphorescence dans les mers tropicales. Quelques heures d'escale passées à l'ile Saint-Vincent du Cap-Vert lurent employées à collection- ner le long de la cote des animaux inférieurs parmi lesquels il s'en trouve qui présentent un intérêt réel. Plusieurs individus d'une magninque espèce de Palinn- riis, (|iie de liardis plongeurs prirent sous nos yeux, étaient couverts d'une jolie petite Analile, dont je n'ai pas encore déterminé l'espèce. Les calmes plats qui nous favorisèrent jusqu'après le passage de la ligne me permirent de faire pendant les journées qui suivirent notre escale au Cap- Vert, des éludes sur le développement embryonnaire de ces crustacés aberrants. lillles confirment, en les étendant à un type tout sj)écial de crustacés, les belles recherches de Kowalewsky sur le développement des feuillets embryon- naires chez les Insectes et chez les Vers. Chez les Cirrhi- pèdes les organes du \auplius se forment aux dépens de trois feuillets embryonnaires. Le feuillet externe se déve- lo|)pe d'abord, d'après le procédé que j'ai observe et dé- crit chez les Sacculines. Les grandes cellules chargées des éléments dcutoplasmiqucs de l'œuf, qu'entoure le feuillet externe, auquel on réservait le nom de blaslodernie, re- présentent en puissance, si l'on peut ainsi s'exprimer, le feuillet moyen et répilbélimn du tube digestif. Le feuillet moyen se. développe à la [lériphérie de ce noyau de grandes ( 778 ) cellules; et au moment de l'éclosion de la larve, le tube digestif n'existe pas encore, en tant que cavité; il est re- présenté par une colonne de cellules chargées d'une grande quantité de matières nutritives. Chaque nuit un certain nombre de poissons volants ve- naient s'abattre sur le pont; le Rhône, fortement chargé, s'élevait peu au-dessus de la surface de l'Océan et l'absence de bastingages augmentait encore pour nous les chances de la récolte. Dans la bouche de la plus grande des deux espèces que j'eus l'occasion d'observer (fxoceïMs bicolor), j'ai trouvé un animal entièrement nouveau pour la science : c'est un crustacé isopode dont la femelle ne mesure pas moins de trois centimètres de long , tandis que le mâle dont elle est accompagnée est un véritable nain. La femelle est fixée sur le plancher de la cavité buccale du poisson; elle a toujours la tête dirigée en avant; par ses quatre paires de pattes postérieures, elle est à cheval sur les quatre paires d'arcs branchiaux. Les trois paires de pattes antérieures sont terminées par des crochets dont l'animal se sert pour saisir quelque portion de tous les mets dont le poisson se régale. Le mâle est fixé sur la femelle, et probablement celle-ci, mieux organisée et mieux placée pour faire la chasse, reçoit son époux à sa table et elle le dédommage de ses services en partageant avec lui les plats de son choix. L'un et l'autre vivent, du reste, en très-bonne intelligence avec leur hôte. Je trouvai encore sur le même poisson une magnifique espèce de Pcnclla, d'une longueur de plus de quatre centi- mètres, et, sur les branchies, une très-jolie forme du genre Bomolodias. ( 779 ) IN'ii (le joins nprès mon arrivoo à Rio de Janeiro, jVns Tocrasion de disséquer un animal (jue bien peu de nalu- ralislesonl pu étudier en chair ; un l.amenlin de remhou- eliure de l'Amazone avait vécu pendant cpiin/e ans dans le jardin pid)lic de Rio; il avait lait l'objet de l'admiration d'Agassiz lors de son voyage au lirésil en 18G7. Cet animal vint à mourir peu de temps après notre arrivée. Quand je lus instruit de son décès, il était enterré depuis trois jours. C.ràce à l'extrême obligeance de M. Glasiou, le sa- vant directeur du Passcio piiblico , que je ne saurais assez remercier de tous les services qu'il m'a rendus pendant mon séjour au Brésil, le cadavre fut déterré et mis à ma disposition. .Malgré son état de putréfaction déjà assez avancé, j'ai pu disséquer une partie des viscères, et je ferai connaître prochainement les résultats de mes obser- vations. Le ramenlin présente des dispositions anatomi- ques tout à fait exceptionnelles; les caractères du dia- phragme, la situation relative des cavités pulmonaires complètement séparées l'une de l'autre et de la cavité abdo- minale, la situation et la conformation du cœur, un grand nombre de caractères ostéologiques, éloignent considéra- blement les Siréniens de tous les vrais cétacés. Ils ne s'en rapprochent que par une simple ressemblance des formes extérieures. Le squelette complet de l'animal et les |»rin- cipales parties molles ont été conservés et comptent parmi les pièces les plus importantes de mes collections. Quelques mois après, je fus assez heureux pour pouvoir me procurer un animal que j'avais remarqué dès mon arri- vée au Brésil : c'est un Dauphin qui habite la baie de Rio de Janeiro. Aucun naturaliste, pas même Agassiz (pii (it tous ses efforts pour en obtenir un exenqilaire, n'a pu ( 780 ) encore étutlier ce célacé. Une idée superslilieuse, généra- lement répandue parmi les pêcheurs, est cause qu'ils repoussent syslémaliquemcnt toute proposition, quelque avantageuse qu'elle puisse leur paraître, tendant à leur faire mettre la main sur un de ces animaux (1). Ce Dauphin est une nouvelle espèce du genre So«a/m, genre créé pour dési- gner une espèce de Delphinide originaire de Surinam que mon père a décrite il y a une quinzaine d'années. J'ai pré- senté à la (l(>rnière séance de la classe un mémoire sur cette nouvelle espèce que j'ai ap[)elée Sotalia Brasiliensis. Entre autres dispositions anatomiques intéressantes de ce Dau- phin, il faut signaler la conformation du sternum. Cette partie du squelette n'est composée que d'une seule pièce osseuse, résultant de l'extension d'une seule paire de points d'ossification ; elle est intercalée entre les extrémités infé- rieures des côtes de la première paire et elle rappelle le sternum des Baleines. Cette disposition est unique jusqu'à présent dans le groupe des Delphinides. L'existence d'une espèce de Sotalia dans la baie de Rio, d'une autre forme à l'embouchure du Surinam, semble indiquer que les côtes américaines ont leur groupe particulier de Dauphins, tout comme les forets vierges leur type de singes. (1) Une amuiue croyaiico répandue en Europe altriliue aux Dauphins l'habitude de ramener au rivage h^s cadavres humains que leurs instincts leur font découvrir. La fable de Jonas reproduit celte croyance populaire; Pline raconte des histoires semblables; le livre d'^lian rapporte que les Dauphins sont très-dévoués à l'homme et <|u'un de ces êtres marins porta vers la rive un enfant mort. Cette histoire a été le sujet d'un grou|)e attri- bué à Raphaël qui, s'essayant dans l'art de tailler le marbre, représenta un enfant blessé à mort couché sur le dos d'un Dauphin ([ui le porte à travers les flots. Celle même croyance superslilieuse existe chez les pécheurs au Hrésil. ils professent pour le Dauphin un véritable respect et le considè- reiil comme un aiiinril sacré. ( 7SI ) Les ol)Scrvalions doiil je viens de |)arlL'r ont ('-lé l'ailos pour ainsi dire accidentcilcmenl; j'avais un antre but en me rendant an Brésil. Je me proposais, en eUet, d'étudier les animaux inférieurs de ces cotes américaines et plus spécialement ceux de la province de Rio. J'ai voulu com- mencer par me rendre un compte exact des conditions géologiques de la côte avant d'y entreprendre mes reclier- ciies et je crois indispensable de les faire connaître pour pouvoir mettre en lumière la portée de mes travaux. Depuis l'embouchure du San-Francisco jusqu'à la pro- vince de Rio-Grande, la cote brésilienne est formée de massifs de gneiss et de roches granitiques très-élevés, dont les pieds, coupés à pic, vont plonger brusquement dans une mer généralement profonde. Cette côte est fort irrégulière et en quelque sorte déchiquetée; une foule de baies plus ou moins étendues régnent le long de la côte; les unes s'ouvrent dans l'Océan par un goulet relativement étroit: c'est le cas, par exemple, pour la baie de Rio; d'autres com- muniquent largement avec la mer: telle est la baie de Sepe- tiha ou la baie développée derrière Vlllia-Grande. Dans toute l'étendue du littoral la mer exerce sur ses côtes inie action édilicatrice, qui, s'étant continuée pendant une longue série de siècles, probablement même depuis la période tertiaire, a modifié notablement les conditions pri- mitives. La mer amasse aux pieds des roches qui la cir- conscrivent des quantités considérables de matières meu- bles, comme si elle voulait régulariser les limites de son domaine. Il en résulte la formation de dépôts d'un carac- tère spécial que les géologues désignent sous le nom d'ap- pareil littoral et ([ue les Brésiliens appellent lîesliiujn. La végétation développée sur ces formations sablonneuses porte un caractère particulier que lui donne surtout l'abon- ( 782 ) (lance des Cactées, des Broméliacées et des Myrlacées. Un cordon littoral se forme au fond de toutes les baies large- ment ouvertes et l'extension progressive de ces dépôts donne lieu à la production d'une plage dont l'étendue s'accroît chaque année. Ces formations ont une importance bien autrement considérable autour des baies fermées; là s'étendent quelquefois d'immenses plaines horizontales, à la place qu'occupaient anciennement les eaux, et l'étendue des baies diminue peu à peu, au fur et à mesure que la mer se retire. Toute l'immense ville de Rio de Janeiro est bâtie sur les dépôts meubles amassés par la mer aux pieds du Corcovado et de la Tijuca, et l'espace occupé par la ville est une bien petite fraction des plaines immenses développées autour de la baie de Rio, et- qui s'étendent jusqu'à la Cordillère des Orgues et la Seji-a do Mar. Indépendamment de ces formations, il s'est produit au- devant des baies, à une distance plus ou moins considérable de la côte, une barre transversale qui tend à séparer les eaux de la baie de celles de l'Océan et à rectifier la côte. Ces barres s'observent en un très-grand nombre de points; le phénomène s'opère en grand devant la baie de Sepeliba où s'est formée une langue de terre longue et régulière <|ui a reçu le nom de presciu'île ou Restinga de Marambaya. r/édi(ication de la barre est favorisée ici par la présence d'îles granitiques situées à quelque distance de la côte et par cette condition avantageuse que le Guandù vient dé- verser ses eaux au fond même de la baie. Des barres toutes semblables se sont produites sur une plus petite échelle aux environs même de Rio : à Freitas, à Ilaipu, '^ Perti- ninga et tout le long de cette côte devenue rectiligne qui s'étend depuis Rio jusqu'au Cap-Frio. Le résultat immédiat de la production de ces barres est ( 785 ) la Iranslormalion progressive des baies en lacs inlérieurs, ou ki'^untis [Lar/oas des Brésiliens). La baie de Sej)etiba et celle de lîio sont dans ce cas; leurs eaux se mêlent encore aujourd'hui avec les eaux du large, mais un jour viendra où toute communication avec l'Océan sera interrompue et le port de Rio sera perdu sans retour. De semblables la- gunes, entièrement séparées de l'Océan depuis une longue série de siècles, se rencontrent partout le long de la côte, au voisinage d'autres lagunes qui sont encore reliées à l'Océan par un étroit canal. Les conditions physiques des lagunes sont bien diiïé- rentes de celles des baies, et, pour ne citer que la principale des causes qui amènent au sein de la lagune des modilica- tions profondes, je me bornerai à signaler le changement progressif de la qualité des eaux. Dans presque toutes les baies arrivent des eaux douces en quantités plus ou moins abondantes. Quand la baie communiquait largement avec la mer, ces quantités insignifiaules d'eaux douces se per- daient dans l'immensité de l'Océan sans que la qualité de l'eau de la baie en fût, pour ainsi dire, modifiée; mais il n'en est plus ainsi dès que la baie s'est transformée en lagune; l'eau salée ne pénètre plus et l'afllux continuel des eaux douces doit diminuer rapidement le degré de salai- son. Kn même temps des matières meubles charriées par les rivières continuent à être amenées dans les baies et se déposent sous forme de vases. Des dépôts de plus en plus considérables se produisent; la lagune tend à se com- bler et à se transformer en une immense plaine que tra- verse encore le cours d'eau qui, primitivement, se jetait au fond de la baie. Cette immense surface unie , au milieu de laquelle s'élève la Fazcnda impériale de Santa-Crnz, n'est qu'une ancienne lagune desséchée ou comblée. Si telle est la nature des phénomènes géologiques qui ( 784 ) conlinuenl à se produire aujourd'hui sur la côle du Brésil, el si toutes ces lagunes qui régnent le long du lilloral jus- qu'à l'enihoucliure de la Plata ont été d'anciennes baies marines, il est bien certain que la faune qui les a peuplées au début a été une faune purement marine, semblable à celle qui règne aujourd'liui dans la baie de Sepeliba ou dans celle de Rio de Janeiro. La faune qui les caractérise aujourd'hui ne peut être qu'une faune dérivée de celte faune primitivement marine, et les êtres qui vivent aujour- d'hui dans les lagunes doivent être les descendants des animaux marins qui se sont trouvés séparés de l'Océan au moment de la transformation de la baie en lagune. Or, comme les conditions physiques de toutes ces lagunes sont éminemment différentes de celles des baies .ou vertes, il est clair que celte faune a dû ressentir les effets immédiats de ces moditications extérieures et elle a dû s'altérer pro- gressivement en s'adaplant aux conditions nouvelles d'exis- tence. Les espèces qui se sont trouvées conhnées dans les lagunes ont dû être soumises à l'une ou l'autre des alterna- tives suivantes : \° ou bien l'espèce, ne pouvant supporter les conditions nouvelles, a disparu; 2" ou bien l'esjjèce a pu, sans subir aucun changement, s'acclimater aux varia- tions apportées à son milieu; 5° ou bien l'espèce s'est modiliée en s'adaptant organiquement à des conditions nouvelles d'existence. L'étude comparative de la faune d'une baie ouverte telle que la baie de Rio et de quelques lagunes aux diffé- rentes phases de leur évolution pouvait donc conduire à des résultats importants au point de vue de la solution du grand problème de la fixité ou de la variabilité de l'espèce, et c'est en partant de cette idée que j'ai cherché à étudier, aussi complètement que possible, la faune des baies com- parée à celle des lagunes de la province de Rio de Janeiro. ( 785 ) Mais colle élude présenlail des dilTicullés exceplioiinelles; el c'est proijabicnient à raison même de celle circouslance que les animaux inlérieurs de celle cole soiil encore acluci- lemenl si peu connus. I.es marées soiil loul à (ail insigni- lianles el c'esl à peine si, à l'époque de la pleine ou de !a nouvelle lune, le niveau de la mer s'abaisse de qnchpies pieds. Il n'esl guère possible d'uliliser pour l'étude des animaux de la baie les moments de la basse mer; les roches sous-marines ne se mettent guère à nu el il est indispensable de recourir à d'antres moyens pour arriver à la connaissance des habitants qui peuplent cette large nappe d'eau que l'on pourrait presque appeler, tant elle est étendue , une petite mer intérieure. Je m'étais muni, en parlant, d'appareils de pèche per- fectionnés que M. Huxley a bien voulu l'aire exécuter à Londres, d'après les modèles qui ont servi à MM. Wyville Thompson, Carpenler el Jeffreys, dans leurs recherches bien connues sur la faune des grandes profondeurs de rUcéan. Ces dragues ont fort bien fonctionné et sans elles, il m'eût été impossible d'étudier la faune du fond de la baie. Je me suis servi d'autres appareils qui m'ont été tout aussi utiles; ils consistent en une simple pièce de fer ayant la forme d'un grand T d'un poids d'une cinquantaine de livres. Aux branches transversales du T sont iixées de lon- gues étoupes. L'appareil est traîné sur le fond de la mer et tout ce qui s'y trouve s'engage dans les lilaments, s'y accroche et est amené à la surface en même temps que les Madrépores, les Coraux, les Gorgones et les Spongiaires, que l'appareil détache de leurs points d'insertion. Les ani- maux recueillis de cette manière se trouvaient presque toujours dans un parfait état de conservation, et à ce point de vue, cet appareil doit être préféré à la drague qui se ren]j)lit en grande partie de vase, de sable ou de débris de "2"'' SF.IUE, TOME XXXV. 51 ( 786 ) toute espèce, (le telle manière que les animaux que l'on recueille sont souvent broyés avant môme d'arriver à la surface. Je remplis un agréable devoir, en exprimant ici toute ma reconnaissance envers le gouvernement brésilien et particulièrement envers Sa Majesté l'empereur du Brésil pour l'intérêt qu'ils ont daigné prendre à mes recherches et pour la générosité avec laquelle S. E. le Ministre de la marine et M.Trajano de Carvalho, directeur des construc- tions navales à l'arsenal de marine , m'ont procuré tous les moyens matériels sans lesquels il m'eût été impossible de me servir de mes appareils. Un petit bateau à vapeur fut mis à ma disposition avec tout un équipage ainsi qu'un large bateau plat sur lequel se trouvaient- installés mes appareils. Ce bateau était monté par six hommes qui pro- cédaient sous ma direction aux opérations du draguage et pendant six semaines consécutives, j'ai passé la plus grande partie de mes journées à draguer le fond de cette immense baie, dans laquelle les conditions varient énormément d'un point à un autre. J'ai recueilli de cette manière une grande quantité de matériaux, surtout des Crustacés, des Vers, des Bryozoaires , des Tuniciers simples et composés , des Échinodermes et des Cœlentérés. Je ne puis entrer dès à présent dans le détail de l'expo- sition de ces richesses ; il me suffira de dire qu'un grand nombre de ces êtres sont complètement nouveaux pour la science et que leur étude me permettra de publier un tra- vail étendu sur la faune de la baie de Rio. La comparaison de cette faune avec celle des lagunes fera l'objet d'un autre travail dont les conclusions ne se- ront pas sans intérêt, comme je l'ai dit, au point de vue de la grande question de la variabilité des types spéci- liques. ( 787 ) Pendant tout le temps de mon séjour à Rio, j'ai large- ment profité des avantages que peuvent procurer au natu- raliste de fréquentes visites au marché aux |)oissons. Chaque jour une immense variété d'espèces s'étalait à la Praya de peiche et rien ne peut donner une idée de la singularité des formes et de la richesse des couleurs de ces poissons des tropiques. J'ai pu recueillir beaucoup de crustacés vivant en parasites sur ces animaux et parmi eux un grand nombre de Lernanthropides, de Clavel- lineset de Pénollidcs qui sont entièrement nouvelles pour la science. J'ai fait sur le groupe des Lernanthropides et des Clavellines des recherches analomiques a|)prol'ondies, en appliquant à leur étude les nouvelles méthodes d'in- vestigation. Cette étude m'a conduit à une découverte importante que je puis dès à présent annoncer à l'Aca- démie, c'est l'existence, chez ces crustacés inférieurs, d'un double système circulatoire semblable à celui de la plupart des Vers annélides. Outre le système lacunaire dans lequel circule un liquide incolore pourvu de globules blancs, il existe chez les Clavelles et chez les Lernanlhropes un sys- tème très-compliqué de vaisseaux à parois propres dans lequel circule un sang rouge dépourvu de globules. Aucune communication directe n'existe entre les deux liquides qui ne se mêlent jamais. L'analyse spectroscopique de la ma- tière colorante de ces vaisseaux démontre qu'elle n'est autre chose que Thœmoglobine. Les lamelles foliacées qui donnent aux Lernanlhropes une physionomie si particu- lière ne sont que des branchies, dans lesquelles le système vasculaire se développe en un réseau tout semblable à celui des branchies des Annélides. Les deux liquides sont mis en circulation par les contractions des parois mêmes du corps de l'animal; les branchies et le tronc sont alterna- tivement en état de contraction et de dilatation. Pendant ( 788 ) la systole des branchies, ces organes sont décolorés, étant vides de sang; et le tronc, au contraire, est à sa période de diastole; il est fortement coloré. Après qnei([ues instants il se dégonfle, et le sang est refoulé dans l'appareil bran- chial qui, à son tour, se distend et se colore vivement. Les Lernanlhropes habitent différents genres de pois- sons : les Labrax, les Sciœna, les Serrnnus, voire même les Squamipennes. Chaque espèce de poisson a son espèce particulière de Lernanthropc; mais chose remarquable, les espèces de crustacés se ressemblent beaucoup si elles habi- tent des espèces de poissons d'un même genre; on trouve entre elles des différences beaucoup plus considérables, si l'on compare deux espèces de Lernanlhropes provenant de poissons de genres différents. Ce qui revient à dire que les affinités entre les espèces de Lernanthropides sont d'autant plus grandes qu'elles habitent des poissons plus proches [iùrenls. L'arbre f/énéalogiqiie des Lernaitlhrojjidesesl super- jwsable à celui qui exprime la généalogie des poissons qui les hébergent. Je compte pouvoir terminer prochainement une mono- graphie des Clavellines et des Lernanthropides. J'ai continué aussi au Brésil les études que j'avais com- mencées il y a deux ans à Helgoland, sur le développe- ment embryonnaire des Tuniciers. Toutes mes recherches m'ont conduit, en ce qui concerne les points fondamentaux du développement, aux conclusions de Kowalewsky et de Kiippfer; les Ascidies simples et composées que j'ai eu l'occasion d'étudier se développent fondamentalement comme les Vertébrés et le grand embranchement des Ver- tébrés se rattache généalogiquement à celui des Vers. ï.es contestations soulevées par Dônitz relativement au déve- ( 78!> ) lop[>(Mn('nl (lu svslônio nerveux, de la corde dorsale el des |triiui|>;iiix organes de la vie végétative, rejtosent sur des observations inexactes et sur de fausses interprétations. Il y a cependant deux points sur lesquels mes observations ne conlirinenl pas celles de l'babile naturaliste russe; ils sont relatifs à la formation de la cavité digestive, qui ne résulte pas (run refoulement d'une partie de la vésicule binslodermiqiie, el à la formation du manteau qui, contrai- rement à ce qui a été avancé d'abord par Milne Kdwards, et soutenu ultérieurement par Kovvalewsky el par Kiippfer, est un produit du feuillet externe de l'embryon. Pendant la seconde moitié du mois d'octobre, conduits par notre excellent ami M. Glasiou , nous avons fait l'as- cension des pics les plus élevés de la Cordillère des Orgues. Ces sommets élevés n'ont jamais été visités par un zoolo- giste. Gartner et Glasiou, accom|)agués de (juelqucs nègres, sont les seuls qui se soient aventurés dans ces régions froides el liuniides qu'babile le Tapir d'Amérique. Nous y avons trouvé une faune terrestre fort intéressante que nous ferons connaître dans un travail que je compte publier en colla- boration avec mon compagnon de voyage el ami M. Camille Van Volxem. Le mois de novembre a été employé à faire un voyage dans l'intérieur de la province de Minas-Geraës. Nous avons étudié la faune si particulière de ces immenses Camp'is dont la nudité contraste avec la végétation luxuiiimle des forêts vierges de la province de Rio. Les Mammifères, Oiseaux, Reptiles el Batraciens recueillis pèiidanl celte excmsion oui été préparés par nous el consli tuent une partie iuiporlante de nos collections ortéologiques. Nous avons cherché à réunir el à conserver dans l'alcool les ( 790 ) poissons que nous avons pu recueillir dans les allluenls du Parahyba et de l'autre côté de la Serra de Mantiquiera dans le Rio-das-Morles et dans le Rio-Grande. Dans le cours du mois de décembre, nous avons visité Montevideo et Buénos-Ayres. Nous avons pu voir les pam- pas de la province de Buénos-Ayres, visiter les gisements des fossiles gigantesques de la période quaternaire de l'Amérique méridionale et trouver en place des restes de Glyptodon et de Mylodon. J'ai rapporté une petite collec- tion d'ossements de ces grands édentés fossiles que je dois en partie à la générosité de M. l'ingénieur Honoré de Montevideo, en partie à l'amitié de M. Moreoo de Buénos- Ayres, qui collectionne avec ardeur tous les restes qui se rattachent à la faune fossile des pampas. J'ai obtenu aussi par lui un crâne d'Indien de la Patagonie, des instruments en silex, des poteries et des ossements trouvés dans un Paradeiro découvert à Carmen de Patagones. Ces restes présentent un très-haut intérêt, parce qu'ils datent d'une époque antérieure à la période historique. J'ai obtenu aussi de M. Moreno quelques restes du cheval fossile qui vivait dans l'Amérique méridionale à côté des grands édentés quaternaires. J'ai pu faire à Buénos-Ayres l'étude des précieux maté- riaux vivants et fossiles que Burmeisler a réunis au Musée national de la république Argentine. Grâce à la science, au dévouement et à l'activité incessante de son illustre direc- teur, grâce aussi à l'appui actif d'un gouvernement éclairé qui ne recule devant aucun sacrifice à faire pour la science, le Musée de Buénos-Ayres peut être cité aujourd'hui à côté des plus beaux musées de l'Europe. Les richesses paléonlologiques qui s'y trouvent accumulées ont une va- leur inestimable et quand on se promène dans ces galeries, ( 791 ) an mili(.'u dos Mijludon, îles Mcf/nt/tcriiiin , des (ihjjtludon et (le tant d'autres formes l»i/.arres admirablement reeon- stitnées, on peut se l'aire une idée exacte de ce que devait être cette tanne étrange qui peuplait les pampas à la période (juaternaire. Bnrn)cisler a précieusement collectionné avec non moins d'ardeur les cétacés de l'Atlantique austral ; à côté de deux squelettes de Pontopon'a (igure un squelette complet de VÊpiodon austral et les restes de plusieurs espèces de Ba- leinoplères. Celui qui connaît les Baleinoptères de nos mers reconnaît à première vue que ces restes se rapportent à trois espèces bien distinctes de Baleinoptères et que ces trois espèces de l'Atlantique austral ont exactement la physio- nomie et des caractères analogues à ceux de la Balœnoplera mnsculns, de la B. sibbaldii et de la B. rostrata. Il existe dans l'Atlantique austral trois espèces représentatives de trois espèces de l'Atlantique boréal. Si aujourd'hui les Baleines de l'hémisphère sud ne passent plus dans l'hémis- phère nord, il est probable qu'il n'en a pas toujours été ainsi; les espèces représentatives des deux liémisphcres ne sont que des types développés l'un dans l'hémisphère sud, l'autre dans l'hémisphère nord, aux dépens d'une espèce commune qui, à la faveur d'une température moins élevée, a pu vivre dans la zone, aujourd'hui torride, de l'Equateur. J'ai communiqué à M. de Bary, le célèbre botaniste de l'université de Strasbourg, une singulière petite Algue que nous avons pèchée à notre retour. Le 8 janvier, vers midi, passant devant l'embouchure du Rio San-Francisco par lat. mér. de ll^ô- et long. 0. o8"52', nous avons tra- versé une bande formée à la surface de la mer par une substance jaune brunâtre qui, sur une largeur d'une quin- zaine de mètres, s'étendait à perle de vue aux deux côtés ( 792 ) (l<; riioiizon. La direction suivant laquelle elle se déve- loppait était à peu près N.S., et nous l'avons coupée obli- (]uement, nous dirigeant parallèlement à la côte de Bahia à Kcriianibouc. Cette bande est fort bien connue des marins qui ont cru devoir l'attribuer à une traînée de frai de baleine. Le capitaine eut l'obligeance de faire pêcher une certaine quantité de cette substance. J'ai pu l'examiner et la conserver dans l'alcool. Le prétendu frai de baleine n'est autre chose qu'une Algue microscopique vivant à la surface de la mer à la manière du Sargassum. Comme je n'ai trouvé aucune indication relative à l'existence de cette plante vivant dans des conditions toutes exceptionnelles, j'ai cru bien faire en la soumettant à l'examen du savant botaniste de Strasbourg. Tel est, Messieurs, le compte rendu sommaire que je désirais soumettre à l'Académie. Qu'il me soit permis de signaler en finissant les services que m'ont rendus pendant toute la durée du voyage mes deux compagnons et amis MM. Wallhère de Selys Longchamps et C. Van Voixem. S'ils ne m'avaient pas prêté leur obligeant concours, les collections que j'ai rapportées eussent été beaucoup moins étendues et il est bien des objets intéressants que j'aurais du abandonner. Cependant MM. Van Voixem et de Selys se sont principalement adonnés à des recherches entomo- logiques. A la dernière séance de la classe, notre savant confrère M. le baron Ed. de Selys l^ongchamps a présenté ses troisièmes additions au Synopsis des Gomphines, dans lesquelles sont consignés quelques-uns des résultais obtenus par l'étude des matériaux rapportés par son fils. ( 793 ) CLASSE DES LETTKES. Séance du 9 juin 1813. M. J.-J. Thomssen, direcleur, président de l'Académie. M. Ad. Qlietelet, secrétaire perpétuel. Sont présents : MM. Ch. Steur, J. Grandgagnage, .1. Roulez, Paul Devaux, P. De Decker, J.-J. Haus, M.-N.-J. Leclercq, Cli. Faider, R. Clialon, Th. Juste, le baron Guillaume, F. Nève, Alphonse Waulers, Ém. de Laveleye, G. Mypels, Alph. Le Roy, Ém. de Borchgrave, membres; J. Nolet de Brauwere Van Steeland, Aug. Sche- ler, Alph. Rivier, associés ^ J. Heremans et Edm. Poullel, correspondants. M. Jules 0[)i)ci% professeur au CoUérje de France, assiste à la séance. CORRESPONDANCE. M. le Minisire de l'intérieur transmet uik; amplialion d'un arrêté royal du 20 mai dernier approuvant l'élection de MM. Alph. Le Roy et Ém. de Borchgrave comme membres titulaires de la classe. . — M.M. Alph. Le Roy, Ém. de Borchgrave, Alph. Rivier, ( 7!H ) Ad. Franck, F. Tieleniaus cl Perd. Loise renierciont, par écrit, pour leur oloction. — M. le major d'artillerie Henrartl exprime ses retçrels de n'avoir pu venir remercier la classe de vive voix, lors de la séance publique dans laquelle il a été proclamé lau- réat pour son mémoire sur Charles le Téméraire. M. Frans De Polter exprime également ses regrets de n'avoir pu assister à cette même séance, dans laquelle il a été proclamé, avec son collaborateur M. Jean Broeckaerl, lauréat du prix littéraire de Stassart, pour sa notice sur Antoine Van Dyck. — M. Emile Varenbergh , de Ciand, se lait connaître comme étant l'auteur du mémoire u ' 5 sur Charles le Té- méraire, auquel la classe a décerné une médaille d'argent. M. Roulez accepte !e soin de rédiger l'inscription de cette médaille. — M. le Ministre de l'intérieur transmet cinquanteexem- plaires du rapport du jury qui a jugé le dernier concours quinquennal de littérature française. Ces exemplaires ont été distribués aux membres de la classe. Le même haut fonctionnaire envoie, pour la bibliothèque, un exemplaire de VAnnuaire statistique de la Belgique, année 1872, publié par son département. M. le Ministre de la justice adresse deux exemplaires du tome 11 des Cuutnnies do Bruxelles, (uiblié par la com- mission royale pour les anciennes lois et ordonnances. M. G. Vreede, associé, lait hommage d'un exemplaire de ( 7Î)5 ) M)n liiiNail iiiipiirin'; rclalir au pensionnaire d'Élal van de Spicgiiel, 1 hrocli. iti-8". Des remerciments sont volés aux auteurs de ces diffé- rents dons. — Les institutions suivantes remercient pour le dernier envoi de pid)li(;ili()ns : la Société de niiniisniatiqiic et la Société de .slalislicpjc, de Londres, la Ijihliolliecinc royale de Dresde, la Hildiolliècpie royale de Darmstadl, la Bililio- tliècpic de (Jollia, la Dibliollièque de Ilandmiirg, rUniver- silé d'IIeidellMMi;, la Société d'histoire cl d'anlicpiilés de Leisnii^, l'I niversilé de Lei|)zig et la Lihliollièciue royale de Munich. RA1»P0KTS. Conlormémenl aux conclusions lavorahles des rapports de iMM. Waulers cl De Decker, la noie de M. (ialeslool siu' les De Kempeneer, peintres bruxellois (1510-1575), pren- dra place an Ijulletin. — La classe, en présence de la divergence d'opinions exprimées par MM. De Smet, Borgnet et Stenr, dans leurs rapports sur la notice de M. K. Varenheri^h itililnlée: La Flandre et laZclande, décide de ne pas ini()rinier ce tra- vail. ( 790 ) COMMUNICATIONS ET LECTURES. Disparition de la ville de Uommerswale en Zélande; notice par M. J.-J. De Smel,' membre de l'Académie. La Zélande, conquise comme elle l'est , en grande partie snr la mer, a dû souvent souffrir par des inondations pins ou moins violentes et perdre des villages entiers avec tous ceux qui les habitaient. Rien n'a ressemblé, cependant, à la catastrophe de Rommerswale, ville forte et considérable encore à la fin du seizième siècle, dont on ne trouve [)lus qu'à marée basse d'informes vestiges; sa position exacte est presque encore un problème aujourd'hui. Quelques écrivains ont attribué l'origine de celle ville aux Romains, ce qu'on ne peut expliquer que par la manie, <]ui dominait autrefois parmi les savants, de ra[)p()rler, autant que possible, la fondation des villes et dos bour- gades, dont le nom s'y prêtait un peu, aux Troyens fugi- tifs d'Ilium ou aux chefs et généraux du peuple-roi. Ainsi la capitale de la France avait à reconnaître pour son fon- dateur le séducteur d'Hélène, et Tournai le rival du pieux Énée, le vaillant Turnus; ainsi encore notre commune de Yelsique (1) était bien le Champ de Cicéron et Serscamp, beaucoup moins connue, se vantait d'avoir été le camp du conquérant romain, Jules César (2). (1) Vell Cic. champ de Cicéroii. (:2) Cœaaris campus , disait-on. ( 7il7 ) Roinmerswale n'était pas nominéo ainsi anciennement, mais liembersivale , liiimersaaile, ou Hef/mersrvate (1), et n'avait aucimo ohlii^alion au peuple romain : aucune cliiouicpie, aucun diplôme n'en lait mention avant \*'27yi){2); on ne peut (lonc en prouver l'existence , assure M. l'alibé .1.-1». Kru^er (5) avant radministration de Clovis IV (4). Iionnnersvvale était la troisième ville du Zuid-Beveland à l'ouest de Berg-op-Zooni , mais de l'autre coté de l'Kscaul et ù un mille de distance. Elle était plus voisine encore de rile de Tliolen, avec laquelle elle communiquait par un passajjje d'eau qui faisait partie du domaine du comte (Ti). Sa population s'était accrue assez rapidement; cependant elle porte encore le nom de bourg en deux lettres du comte Guillaume IV, en date de 1539 et 1540. l/industrie et le bien-être de Ilommerswale durent sans doute leur progrès au grand nombre de privilèges que lui accordèrent les princes du pays. Au mois d'avril 157i, le duc Albert de Bavière accorde pour la première lois aux bourgeois {((en Poorteren) la permission d'entourer leur bourgade de murailles et de bastions, de manière (jue dès lors elle monta au rang des villes et s'en attribua le nom. (^e qui prouve que la prospérité de l'endroit allait toujours en croissant, parce que le commerce et les manufactures étaient tous les jours plus florissants et la population pins considérable, c'est le privilège de Guillaume III, donné en 1515, qui statuait que toutes les marcbandises(iue la Zélande (1) l'eut-êlre cliàtcan de Renibertou de Rocnier ou Romain. ("i) Boxliorn l'a prouvé dans ses noies sur la chronique de Reigersberg. (3) Poma(ochoro(]raplue der Sclielde, l. I, p. 122. (i) Vraisemiilablemenl une faute d'impression; lisez Fluris If. (ri) Voir Zeeuwsche oudheden. 1)1. 109. ( 798 ) importaitenRrabant,le poisson fraisexceplé, seraient expo- sées d'abord au marché de Rommerswale. Son importance devint telle que plus d'un comte, entre autres Philippe le Bon et Guillaume VI de Bavière, y furent inaugurés, comme si c'eût été la capitale du pays. La belle nappe d'eau qui baignait ses murailles et portait partout sa garance, son sel raffiné, son poisson et ses produits de dilTérente nature, n'avait pas toujours été uniquement vouée aux travaux paciliques d'un négoce lucratif; elle avait vu déjà deux fois ses flots ensanglantés par des batailles navales. Ainsi dès 1258, entre la ville encore jeune et le joli bourg d'Yersike, les flottes de la comtesse, dame Alcidis, et d'Othon, tuteur de Gueidre, y avaient eu cette rencontre, dont le bon Emile Stoke nous a conservé le souvenir dans ces vers : Sider ghevel t'encn maie Dat die grave te Roraerswale Gaderde vole te sinen besten, etc. (1). Et plus tard, un combat naval eut encore lieu près du même endroit, qu'on appelait aussi de Vernoulzee (2)» entre les escadres de Jean de Benesse et de Jean d'Aves- nes (5), où combattirent des habitants de Bomraersvvale et partagèrent la défaite des Hollandais (4). Mais ils n'avaient fait là que leur devoir de sujets fidèles. Il en fut autrement en 1474, quand une prospérité croissante les (1) Melis Stoke, bl. 97, edit. Alkem. (2) Ou Vormerzee. (5) Tegenw. staat van Zeel., H d., bl. 272. îl serait plus exact de dire : entre Gui de Namur et Guillaume d'Avesnes. (4) Voir notre Mémoire sur la guerre de Zélande, dans les Mémoire* DE i/AcADÉJiiE, tome XVIII. ( 799 ) entraîna en des désordres graves et de là à un soulèvement criminel contre l'antorité de Philippe le Bon, duc de Bour- gogne, en chassant honteusement et avec violences exer- cées sur leurs personnes , le bailli et ses échevins , nommés par le prince pour l'aire observer la loi et garantir la paix publique. Heureusement cette insubordination contre un prince, aussi puissant que jaloux de ses droits, dura peu. D'après les ordres de Charles de Bourgogne, comte de Charolois et seigneur de Chàteau-Bellin, gouverneur géné- ral et intendant des pays de Zélande, Hollande, etc., les habitants notables de Kommerswale se rendirent en che- mise, tète et pieds nus, en grand nombre, pour supplier le prince héritier de leur obtenir de son redouté père et seigneur grâce et miséricorde. A celte amende honorable et à ce témoignage de repentir, Charles répondit qu'il aimait mieux la bonté et la miséricorde qu'une justice sévère, et qu'il avait obtenu de son père grâce pour les habitants et pour la communauté de Rommerswale moyennant une amende de douze cents couronnes, à quatre escalins la couronne, à payer à Henri Janssone de Wissekerke, son conseiller et receveur au quartier de Zélande, du coté occidental de l'Escaut (1). Cette leçon fut très-utile aux Rommerswallois. Jamais depuis, sous le règne du bon duc et de son belliqueux suc- cesseur, il n'y eut un bourgeois parmi eux qui se permît d'avoir la moindre pensée irrévérencieuse envers la maison de Bourgogne. Aussi la récompense ne se fit pas atten- dre (2). En sa qualité de comtesse de Zélande , la duchesse Marie de Bourgogne leur octroya gracieusement une ample (1) Dans SMAi.LEGANdE . Cliroti. eau Zeelaïul, 1 il., 3 l).,:27i3, i. (2) thid. ( 800 ) confirmation des privilèges, des libertés et des franchises do leur ville. L'autorité ecclésiastique s'était montrée tout aussi géné- reuse envers la ville maritime, en 114G, en soumettant à son décanat toutes les paroisses de Zuid-Beveland, dont les suivantes : Konwcrve, Slurmzandt, Broeke, Kreke, Stecnvliet, Everzivaerl, Schoiidé, Swarlewaal , Duivenée, Seldycke, Lodyck, ISieuwkerke , Maire, Rilland, Batli, Ilinklenoort, Agger, Valkenisse, Waardcn, Krabbeiidijke, Kruininçjen et lersikerkoord, partagèrent le malheureux sort de la ville de Rommorswalc et furent ensevelies sous les flots de la mer. Quelques-unes seulement furent ren- (liguées plus tard. Il est étonnant qu'on sache si peu de l'histoire ccclésias- ti(|ue de notre ville : on croit que son église était dédiée au Sainl-Ksprit et on sait que la nomination du curé appar- tenait au doyen et au chapitre de Saint-Sauveur d'Utrecht, ainsi que deux chapellenies. La forme intérieure et exté- rieure de l'église nous est demeurée inconnue. Quelqu'un, dit-on, la mesura sur les ruines, la marée étant Irès- hasse en 1776, et la trouva longue de 85 pieds intra-muros et large de 42 pieds; mais ce dire ne mérite pas une en- tière confiance. La ville possédait aussi un couvent de sœurs cellites, dont le nombre était fixé à quinze sœurs professes qui étaient obligées à servir les malades. Elles recevaient annuellement de la ville quatre barils de bière gratuitement et quinze autres libres de l'accise. Il leur était encore permis d'établir deux métiers à tisser pour gagner leur vie (1), (1 ) Donation des bailli , bourguemaître et échevins du 4 décembre 1501 . ( ^soi ) A lélal ccclésiaslique ou au clergé de lioninicrswale se rallachail encore un monastère de clianoines réguliers sous la dénomination de Jardin de Marie (1), situé liors de la l»urte de xMidi; il l'ut l'onde, parait-il, par la noble ramille KerriHck van llcinierswale, vers l'an 1425. Le duc Jeau de I>rabanl,du chef de sa femme Jacqueline de Bavièie, com- tesse deZélande,conlirma rétablissement le 17 mars 1425, lequel consistait en cinquante mesures de terre. Dans celte ujaison mourut en 14(35 le prieur Gilles Boc/ieraal, Liégeois, d'abord maître es arts et sciences et chanoine de Saint- Denis, à Liège. Après avoir obtenu à Oxfort le grade de licencié en droit civil et canonique, aussitôt que l'Uni- versité de Louvain fut érigée, il y lut appelé pour enseigner la science du droit canon. Entré dans la congrégation des chanoines réguliers de Bethléem, il assista comme député de son ordre au concile de Bàle et vint mourir en 1465, à Roujmerswale, où il occupait la dignité de prieur. Au commencement du quinzième siècle , une autre maison de chanoines réguliers s'était déjà établie, mais non sans peine, dans les environs de Ronimers>vale. Les magistrats et le peuple la désiraient, et par l'intervention d'un excellent bourgeois, ils avaient obtenu quelques religieux du Ronye-cloîlre ou Val-rouge qui habitaient le Bois de Soing au-dessus de Bruxelles et y suivaient pieusement la règle de Saint-Augustin, depuis 1566 ou 1569. La régence leur assigna une demeure au dedans des murs, avec une somme modique en argent et la liberté de changer en vivier une partie des fossés de la ville, pour y élever du poisson. On en était là en 1405. Cependant il était impossible aux frères de pourvoir à leur (1) M aria' s llof. 2""* SÉRIE, TOME XXXV. ( 802 ) entretien avec une aide aussi mince et ils pouvaient voir aisément qu'on ne songerait pas à l'augmenter. Par suite de dissensions civiles, une partie de la magistrature leur était devenue, sinon hostile, au moins indifférente. Cependant Laurent Gerontius, supérieur de Val-rouge ne pouvant supporter l'idée qu'on abandonnerait une entre- prise aussi pieuse, se démit de sa charge et prit sur lui- même d'achever seul cette œuvre. Une résolution aussi généreuse , soutenue par une élo- quence persuasive, lui attira un bon nombre d'imitateurs. Il instruisait le peuple, tout en songeant à se rallier ceux qui pouvaient lui prêter un solide appui. On s'aperçut d'abord que le premier emplacement était mal choisi, trop étroit et trop exposé à la vue de tous; H transféra donc son entreprise plus loin de la ville et dans un endroit nommé la Cour de S*-Wolphard, et Frédéric de Blan- kenheim, évêque d'Utrecht, consentit à cette translation. Il fallut plusieurs années de travail etde persévérance pour bâtir le monastère et l'on n'aurait pu l'achever, malgré la prudence et l'activité des frères sans les puissants secours de Henri Weecke, riche commerçant de Bruges, qui voulut bien y contribuer pour des sommes très-considérables. Le nouveau couvent reçut le nom de Paradisus Mariœ et le premier prieur qu'on y nomma fut Jean Gruterus, religieux d'un grand mérite qui s'empressa d'unir la nouvelle mai- son de Dieu aux Collegia, comme on les appelait, de la congrégation de Nuys. Gruterus subit de grandes épreuves. En 1421 , la veille de S"-Élisabeth (18 novembre) la mer rompit ses digues et inonda tout le Dorstschewaard avec soixante-douze villages. Cinq ans après, une maladie contagieuse enleva plusieurs frères et en 1437, vint une cherté inouïe de céréales. Le pieux prieur surmonta toutefois ces fléaux et ( 805 ) mourut de; vieillesse en I 407. V.wm'i ses siiccesscnrs, la plupart furent d'excellenls religieux et quel(iues-uiis aussi auraient dignement rempli des l'onclions plus (•I('V(''es et plus pénibles: mais j)lusieurs eurent à lullcr eunlre de nou- veaux désastres. Ainsi, lors du grand incendie de io20 qui réduisit en cendres une grande partie de Rommerswale, la treizième année de l'administration deGuillaumeWillems, le monastère péril presque entièrement par les llammes. Cuillaume dut rentrer dans un couvent de son ordre. Il eiil pour successeur Corneille Van Craenviiet, né à liom- mersvvale, et très-capable de relever la maison de ses ruines, mais que la peste enleva dans la deuxième année do son administration. Enfin, Jean Mattheeuwsz, né aussi à Rommersvvale, de- vint gérant à son tour et se montra digne d'une plus haute fonction ; il restaura presque entièrement le monastère. Mais comme tant d'autres, il fut victime de la calamités! funeste pour toute la Zélande, qui surgit dans la onzième année de son priorat. Les digues se rompirent en deux endroits, au-dessus du couvent près de la Hcrck et au-dessous près de Lodyke. Après l'écoulement des eaux, on ne se hâta pas de réparer les dommages que celles-ci avaient causés et les pères se virent obligés de quitter leur couvent et de se disperser en diverses maisons de leur ordre. On répara le tout après, autant qu'on put, mais une nouvelle inva- sion des eaux détruisit toutes les espérances de retour et les biens du couvent qui restaient furent donnés à celui du Trône de Marie (1). (1) Ce couvent fut fondé-en lilt par Arnoul de Crayenheni .seigneur de Grobheiidoiick, el sa femme, Jeanne de Slreyvooi l, dans un endroit du diocèse de Cambrai, uommé Nieuw-Molcn, près de Gi-olibendonck V. Le Roy, Hist marc/lien, S. R. I., page 22.3. ( 804 ) La ville de Rommerswale présenlail une rade sûre au commerce el à la navigation en général de Hollande et de Brabanl. Séparée de Tîle de ïholen par l'Escaut oriental, elle était aussi comme un rempart contre la violence des flots pour celte île et pour les pays voisins. Elle était en- tourée d'une muraille en pierre, fortifiée de distance en distance par de grosses tours et percée de trois portes; on y remarquait un hôtel de ville, une boucherie, un pe- sage, ainsi que deux cours d'archers. Le commerce et la prospérité de la ville se prouvent par le nombre de ses métiers et de ses confréries ou gildes. On y trouvait en effet onze métiers, parmi lesquels on compte celui des Fainéants, Leeggangers-ambacht, dont les membres étaient apparemment nombreux, puisque le luxe et la corruption des mœurs régnaient dans la ville. Les con- fréries étaient celles des archeis, ou de S'-Sébastien , des Colveniers (1), des arbalétriers et des bateliers. Une ville aussi peuplée et aussi opulente avait sans doute également parmi ses habitants des hommes qui cultivaient les sciences et les arts. Aussi possédait-elle une Chambre de rhéto- rique, dont les membres obtinrent le second prix au con- cours d'Anvers en 1496 (2), et la Société poétique de Rom- merswale ouvrit elle-même, en 1507, un concours, avec tout l'appareil et la pompe propres à ces fêtes littéraires. Ceux de Middcibourg y remportèrent le prix, consistant en sept stoopen (5) d'étain et dix moindres canettes du même (1) Non des Cloveniers, comme écrit M. Kruger. Les Colveniers, ou Joueurs à la crosse, formaient des confréries comme les archers; on les retrouve même en Ecosse. (2) V. De La Rue, GelelterdZeeland, bl. 526. (5) Ancienne mesure de quatre pintes. ( 805 ) métal, ornées des armoiries de l'endroit, de la devise et de la (lato (lu triomphe. Crpondant il n'est qu'un petit nombre de Rommerswal- lois qui se sont acquis un nom parmi les artistes et les sa- vants; on en cite seulement trois : Corneille do Rommcrs- Avale, ainsi nommé d'après sa ville natale, savant docteur (le théologie à l'Université de Louvain et doyen de Ter Vere, qui vivait encore en 1575 (1); Martin de Zeeuw ou (le Rommerswale, |)cintre distingué, qui paraît avoir vécu (le 1550 à 1570; et Nicolas de Conflita, poëte célèbre vers 1549, dont Guicciardin et d'autres parlent avec éloge (2). [/ancienne famille de Kervinck, qui fut longtemps pro- priétaire de la seigneurie de Rommerswale et en portait le nom, conserve encore peut-être des descendants dans l'île de Walcheren, mais qui appartiennent aujourd'hui à la classe ouvrière. Smallegangc a donné leur généalogie dans sa Chronique. On cite de cette famille deux demoiselles qui furent élevées à la dignité d'abbesses du noble monas- tère de Rhynsburg en Hollande : Béatrix van Rommers- wale, décédée en 1529, et Catherine, déportée par les cal- vinistes, qui mourut en 1408 (?). Les monuments qui nous restent des villes d'Hercula- num et de Pompéi, ensevelies sous la lave du Vésuve, nous prouvent que le peuple qui les habitait sacrifiait tout à l'histrionisme et à la volupté. Une licence de mœurs, comme nous avons vu, conduisit Rommersvvale à une ruine semblable. Les unes oubliaient le voisinage du Vésuve et l'autre celui de la mer du Nord, tout aussi redoutable. Au commencement du seizième siècle, l'opulence de (1) V. De La Rue, l»l. (51 cl oil. (2) Ibid , 1)1. ôi± ( 800 ) UonHneiswale était à son apogée, quand un premier dé- sastre vint la frapper, mais par un autre élément. En ioOO, un horrible incendie y réduisit en cendres plus de trois cents maisons ou magasins, où se trouvait un grand nombre de métiers et une quantité de marchandises plus importante encore, causant ainsi d'affreux dommages et frappant la classe inférieure des bourgeois d'une véritable pauvreté (!}. Cette plaie était loin encore d'être fermée, quand une calamité plus grande fondit sur la malheureuse ville. Le 5 novembre 1550, les flots de la mer envahirent une grande partie du Zuid-Beveland et de cette ville, avec 2,571 mesures et 7 verges de son territoire. Cette inonda- tion causa la mort d'un nombre considérable de bourgeois et de tètes de bétail. Ce malheur ayant arraché Rommers- vvale du continent de Zuid-Beveland , la ville devint une île et eut à lutter de tous côtés contre l'élément destructeur. De là une pauvreté croissante et une décadence du trafic. La haute marée de 1552, si funeste pour toute la Zé- lande, mil le comble à ces maux, et déjà en 1547 le magistrat déclara à Charles-Quint, son souverain, que les pauvres débris de ses anciennes richesses consistaient en dix ou douze salines , dont la meilleure ne valait pas 200 florins (2). Rommerswale était néanmoins encore une ville et en avait toujours l'apparence. Si la navigation et le commerce y languissaient, ses restes n'en étaient pas moins imposants. Aussi le prince Philippe d'Autriche, plus lard le roi Phi- lippe H, y fut reçu et inauguré avec beaucoup de magni- (1) lîeigprsherg, Chron. II. (-1) Boxhorn., apuil Reigersb., 1 deel, bl. il 9. ( «'7 ) licence, le 20 septembre 1547, coinuie héritier du comté de Zélaiide. Les immersions des eaux se multiplièrent et envahirent de nouveau la ville à plusieurs reprises et en particulier le 1 1 et le 12. janvier 1557, la plupart de ses murailles et de ses portes, riiotel de ville et les hospices principaux , beaucoup de maisons particulières et de salines lurent renversés. Pour comble de malheur, un violent incendie éclata dans ces ruines le 51 août 1558 et détruisit un quart des salines et des magasins de sel qui avaient résisté aux chocs précédents. Tous les travaux et toutes les dé- penses auxquels ceux de Rommerswale s'étaient résignés depuis trente-quatre ans étaient devenus entièrement inu- tiles, ce qui leur fit prendre la résolution d'appeler l'atten- tion du gouvernement sur cette triste situation, mais cette requête ne fut pas admise ; ils n'obtinrent rien que celte réponse dure : Que les suppliants decaicnl s'aider eux- mêmes , comme ils pouvaient. En douze ans la ville avait eu à subir six inondations et un incendie. Il ne restait donc à ses habitants qu'à pleurer et à se j)laindre. Arrivèrent les troubles dos Pays-Bas qui leur promettaient peu de bien. La guerre éclata bientôt. Mid- (lelbourg, oîi commandait le colonel iMondragon , l'un des meilleurs officiers supérieurs de l'armée espagnole, fut assiégé par les troupes de Nassau et cinq cents hommes de l'armée royale entrèrent à Rommerswale pour essayer de faire lever le siège en traversant le pays inondé. Mais cette entreprise fut reconnue impossible et les soldats rap- pelés, non sans avoir causé des perles nouvelles au pays et formé le dessein, à ce qu'on assure, d'y mettre le feu et de consommer ainsi ce que la fureur des eaux avail épargné. Le duc d'Albe venait de remellre à don Louis de Zuniga ( 808 ) y Reqiiesens (I), grand commandeur de Castillc, le gou- vernement des Pays-Bas dont les premiers soins furent de tenter le ravitaillement et la délivrance de Middelhourg, et la tentative par Rommerswale ayant entièrement échoué, il recourut à la belle flotte réunie sous son pr(''décesseur. Il donna ordre à don Sanchez d'Avila d'amener trente vaisseaux de haut bord, par le Hont, dans les eaux de Walcheren, etàGlimes de faire descendre l'Escaut à l'es- cadre de soixante-dix bàliments légers qu'il comman- dait à Berg-op-Zoom (2). Ce plan était beau, mais tout dépendait d'une action simultanée qui manqua. L'amiral de Zélande, Louis de Boisot, attaqua les vaisseaux de Glimes, arrivés seuls au poste, et remporta une victoire facile à la vue de Rommerswale (5). Il brûla un vaisseau espagnol et se rendit maître de trois autres. Romcro se sauva en faisant force de voiles dans l'île de ïholen, mais Glimes fut tué après une défense héroïque. A la nouvelle de cette défaite qu'il devait s'imputer, d'Avila conduisit ses gros vaisseaux à Anvers. L'hisloirene fait plus mention deRommerswaledepuiscet événement. Toutefois une partie des habitants qui vivaient de la pêche demeurèrent dans ses ruines jusqu'en I65I et se retirèrent dans l'île de Tholen. Dix ans plus tard, on vendit publiquement les pavés et ce qui restait des portes et des murailles pour une somme de 90 livres de gros et 5 escalins. Depuis, le terrain, où la ville avait été bâtie, disparut peu à peu dans les flots. (1) Plus connu sous le nom de Bcquesens, qui était, comme ou voit, celui de sa mère. ("J) Glimes n'était que le eomniaiiilaiil nominal de cette (loltille (\n\ obéissait en réalité à Julien lîomero. (ô) Viiil. ad Hopp, [>. 192. ( 800 ) COUTGENE. lîuninierswalc n'est |)as la seule ville de Zélaiide (]ui l'ut (h'-lniile |)ar la nier. Corlfjene ou Coiifjen dans la riante i!e de Aord-Beveland, beaucoup plus petite, il est vrai, avait eu le même sort. L'empereur Otiion Jl confirma, en 574, en faveur de l'abbaye de S'-Bavon, la possession du Nord-Beveland depuis Zulliora jusqu'à CorliKjosana. Mais la ville avait entièrement péri, quand Pliilij)pe de Borselen obtint du comte Guillaume la permission de bâtir au même endroit, sur une belle terre d'alluvion qui lui appartenait, une ville nuirée, mais l'année suivante, la nouvelle ville devint la proie des llammes, et Philippe de Borselen aida encore les habitants à la rebâtir. Quelques années plus tard, il y lit construire encore un château et une église paroissiale qu'il dota richement, (le n'est pas sans raison qu'Adrien Ilofferus a écrit ce distique : Cortgciia borsalicac primordia dcbeo gcnti, Parvulaquc e mcdiis urbs mca prodit aquis. La propriété de Cortgene (ut vendue en 1 478, comme un lief perpétuel et inaliénable, par Marie de Bourgogne et Maximilien d'Autriche, son époux, et érigée en laveur de Florimond van Borselen, fils naturel de François van Bor- selen, comte d'Ostrevant (1), avec la seigneurie, la ville, le château et les vignes, libre de toute subvention ou contribution, pour la somme de ^.^Si livres 5 escaliiis et (t) lioxhorii., Il il. 1)1. 15. (810) 10 gros. On lui accordait de plus la haute, moyenne et basse justice. Cortgen souffrit extrêmement de l'inondation qui rava- gea 40i paroisses en 1530, et à peine rendiguée, elle fut encore ensevelie sous les flots et beaucoup de ses habitants noyés dans leur lit. Plus heureuse que Rommerswale, elle fut encore rétablie en 1681 et compte aujourd'hui plus de 960 habitanis. Les gouverneurs de province dans les anciens Pai/s-Bas catholiques (suite); par M. Edmond PouUet, correspon- dant de l'Académie. XVIII. Le premier fait qu'il importe de signaler en parlant des gouverneurs de province, par rapport à la période com- prise entre l'avènement d'Albert et d'Isabelle et la mort de Charles II, c'est la diminution du nombre des gouver- nements; il procède à la fois des événements de la guerre et de la politique royale. A la liii du règne de Philippe II, la séparation des pro- vinces de l'Union d'Utrecht et le succès de leurs entre- prises militaires avaient arraché aux Pays-Bas les gouver- nances de Hollande et de Frise tout entières. D'autre part, la charge de gouverneur du comté de Flandre avait été supprimée de propos délibéré et dans des circonstances qu'il est intéressant de rappeler. Dès 1570, le Roi, reprenant un projet déjà conçu par Maximilien d'Autriche, en 1510, et abandonné sans doute à raison de la favour dont jouissait la maison de Luxern- ( 811 ) hotii^-Kicniu's (1), l<' lioi, dis-jc, avnil annoncé au duc d'AIho (ju'il su|)|»rini;iil l'ollice occupé na^néro par le comle d'Kgmonl (^). Sou intention était quo la Flandre lui désormais placée sur le même pied que le Brabant, et (|nc, le cas échéant, les gouverneurs de l'Artois et de la Flandre gallicante veillassent à la sécurité militaire de toute la Irontière maritime (5). Les circonstances n'avaient pas permis d'exécuter aussitôt la volonté de Philippe II dans son entier. F.e duc d'AIhe s'était vu forcé de com- mettre provisionncllcment à la surintendance du comté le colonel Jean de Croy, comte du Roeulx; et celui-ci, sans avoir ni le titre officiel ni toutes les attributions d'un gouverneur, était resté le principal agent du pouvoir royal en Flandre jusqu'à sa mort arrivée en 1581. On n'avait eu garde de toucher à la situation d'un seigneur puissant, lidèle et dévoué, et qui déjà aurait eu quelque raison de se plaindre de l'infériorité relative dans laquelle on l'avait laissé. Mais, à sa mort, le champ était libre, et le pouvoir central n'hésita plus à exécuter le plan formé en 1570(4). Vainement, au moment du décès de son cousin Croy- Hoeulx, le duc d'Arschot se fonda-t-il sur ce qu'il avait été fait gouverneur, en 1576, par les États Généraux et (1) Voir au\ Annexes : comte de Flaiulie, les sources eiiées au nom de Jacques de Luxenihourj,', seigneur de t iennes. ('2) Messnr/er des srieices liistoriqucs , volume de IS-ii), p. 49, sur le trailement du comte d'Egmont. (3) Correspondance de PItilippe II , t. il, j). 156. (4) Idem, t. Il, p. 701; Actes des Étais Généraux tlu IdlO a 1385, t. \", p. 5. — Dans les patentes de commissaire au rennuvellenienl des lois, il est nommé premier -commissaire m yi/r/cr du gouverneur de la Flandre : Inrrutairc des Arrhires d''Ypres, t. IV, pp. 2i1 el suivantes — Toulelois, par courtoisie, on lui donnait souvent la qualilioalion de gou- verneur. ( 812 ) (Jcmanda-l-il à le redevenir par iioniinalion royale (1); vainement, en 1595, les membres de la Jointe réunie par l'archiduc Ernest demandèrent-ils, en s'appuyant sur des considérations générales et sans mettre de candidat en avant, le rétablissement du gouvernement de la Flandre (2); leurs requêtes et leurs raisonnements n'eurent pas d'écho à Madrid. Le pouvoir central ne promulgua cependant aucune décision officielle. Il se borna à ne plus établir, en lait, dans le comté que des surintendants des gens de guerre, officiers du dix-septième siècle n'ayant aucune action sur Tordre civil et politique (3). On n'a pas de peine à s'expliquer le mobile de la con- duite de Philippe II. Le Roi avait été vivement frappé do la puissance politique qu'avait acquise le comte d'Egmoul. Il craignait que ses successeurs, eu égard aux antécédents ainsi qu'à la vivacité du sentiment provincial des Fla- mands, n'eussent trop de facilités et même de tentations à s'ériger en chefs d'opposition et à se poser en adver- saires redoutables des gouverneurs généraux du pays. Fn même temps, les raisons qui, dans d'autres provinces, l'auraient contraint de courir le danger éventuellement prévu, n'existaient pas pour la Flandre. Il ne s'agissait pas ici de frapper un coup d'éclat ni de transformer les institutions constitutionnelles de la province, comme si l'on avait voulu supprimer le grand-bailliage du Hainaut, (1) Voir aux Annexes : comté de Flandre, les sources citées au nom du duc d'Arscliol. — Il est à remarquer que P'arnèsc s'était personuellemeiil opposé à ce que le Roi acquiesçât au désir du due. (H) Actes des Etats Généraux de 1600, p. 441. (3) Exemple : il y a une commission de surintendant des gens de guerre, pour la Flandre, aux premiers feuillets du tome XXII des Patentes militaires. ( 813 ) le soiivciaiii hailliage de Nnimir, \c sladlioiuléral dv la Giicldrc. Les inslitulioiis do la Flandre n'avaienl pas du loiil ce cat'liol d'unité qui caractérisait celles de mainio aiitie principauté. Elles ne deniandaicnl pas un centre provincial. Les divisions des membres de Flandres étaient fjrt tranchées. Il en était de même de celles des chàlel- lenies, métiers et oflices subalternes. Partout les baillis locaux avaient, de toute antiquité, des attributions fort étendues comme agents de la souveraineté. Le conseil de Flandre était investi d'attributions propres sur tonte la surface du territoire. La suppression du gouvernenu'nl n'entraînait, en un mot, aucun changement, ni dans l'ordre des juridictions, ni dans le mode de renouvelle- ment des lois, ni dans le régime des liefs, ni dans le mode de transmission et de publication des placards et des ordres généraux du pouvoir central (1). File devait faire d'autant moins d'impression sur l'opinion publique qu'elle n'était pas oniciellemenl portée à la connaissance des administrés (2); que le peuple la connaîtrait seulement en voyant la charge de gouverneur demeurer indéliniment vacante; et que, comme je l'ai déjà dit, pendant le règne de Charles-Quint lui-même, les vacances du gouvernement avaient été fréquentes (5). (1) Voir les paragraphes précédenls conceniaul les gouverneurs au seizième siècle. (2) Les palenles de commissaire au renouvellemeiil dos lois pnrlont :i celle époque : 1» commissaire... N... en place du gouverneur de la Flandre. — Inventaire des Archives d'Vpres, l. VU, pp. 277 el sui- vantes. (5) 11 faut ajouter que, pendant la période bourguignonne , il n'y avait de gouverneur en Flandre qiie lorsque le souverain était absent; encore le souverain conliail-il parfois le gouvernement à un conseil el non à un reprosenlanl spécial. ( 814 ) Quoi qu'il en soit, je ne sache pas que les corps repré- sentatifs du comté fissent entendre des réclamations contre la mesure royale. La Jointe de 1595 seule déclara en termes généraux que les différentes provinces aimaient à avoir un chef 'direct et immédiat : « résidens entre culx, » auxquels tant magistrats que capitaines et soldats en » toutes occasions et subitz événements puissent avoir j) leur recours, et après par leur adsistance, faveur et cré- » dit, avoir accès et adresse à S. M. et à son lieutenant » général », et, pour ces motifs, elle demanda le réta- blissement du gouvernement (i). Cette déclaration suffit, toutefois, pour que je ne me porte pas garant de la clair- voyance de Buzelinus, quand il nous représente les Fla- mands fiers d'être, à l'instar des Brabançons, immédiate- ment soumis au gouverneur général des Pays-Bas (2). XIX. Pendant le règne des Archiducs il avait été de nouveau question de supprimer un gouvernement particulier, et cette fois c'était la province elle-même et non la cour qui en avait suggéré l'idée. A première vue, ce fait donne un démenti flagrante l'opinion émise par la Jointe de 1595; mais, quand on l'étudié de près, il prend un caractère tout spécial. C'était aux États Généraux de 1600. Les députés du duché de Limbourg et des trois pays d'outre- Meuse demandèrent à Albert et Isabelle de placer leur province dans la situation du Brabant et d'y supprimer la charge (1) Actes des États Généraux de 4600, loc. cil. (2) Buzelinus. fia//o-F/andrm, loc cil. ( 815 ) de gouverneur. Ils disaient (iiie cette suppression procu- rerait une notable économie tant à la cour qu'au duché et à ses annexes; et que les quatre liants drossarts (de Lim- hourg, de Fauquernont, de Daelhcin et de Holduc) étaient suflisants pour garder le pays , pour y faire administrer la justice, pour y tenir les sujets en bon ordre a comme il » avait été fait d'ancienneté. » Si leur proposition ne pouvait être accueillie, eu égard aux circonstances du temps, ils demandaient au moins qu'on leur donnât pour gouverneur un seigneur naturel, apparenté et adhérilé en Brabant ou en Limbourg, conformément, ajoutaient-ils, à la Joyeuse-Entrée. Quoique les États de Brabant se rangeassent avec em- pressement aux côtés des Etals du Limbourg et appuyas- sent leurs remontrances, celles-ci ne produisirent aucun effet. 11 pouvait d'autant moins être question de suppri- mer le gouverneur du Limbourg que, comme chef hiérar- chique des quatre hauts drossarts, il maintenait presque seul l'unité de la province; que celle-ci était province- frontière séparée du corps des Pays-Bas par le comté de Looz et par la principauté de Liège; qu'elle constituait une position stratégique de premier ordre, eu égard à l'état des relations avec la République néerlandaise et aux événements qui se préparaient notoirement dans l'Alle- magne du Nord. Quant à la demande subsidiaire de donner le gouvernement à un seigneur brabançon ou limbourgeuis — ce qui eût impliqué la destitution de Spinola, comte de Bruay — elle fut à son tour doucement écartée : son fon- dement constitutionnel était plus que douteux (I). (1) Actes des Étals Généraux de 1600, pp. 393, 702, 705, oie. ( 846 ) H nVsl |);is(Iilïicilo de voir que les étals des jciys (roiilic- M(Misc avaient demandé beaucoup dans l'espoir d'obtenir quelque cliose. Leur vrai souci était d'avoir un gouverneur naturel, et non de ne plus avoir de gouverneur. Sentant eux-mêmes la faiblesse du moyen de droit sur lequel ils appuyaient la partie accessoire dans la forme, principale au fond, de leur requête, ils comptaient bien, en soulevant de grandes exigences, amener les souverains par amour de la paix à une transaction , et voir désormais placer la charge de gouverneur de la province au rang de tous les offices de justice et de recette du pays, dont les titulaires devaient incontestablement être nationaux en droit con- stilutionnel (1). Quand ils furent déboulés de leur préten- tions ils ne revinrent plus à la charge. Enfin, il est à peine nécessaire de le rappeler, pendant la dernière période espagnole, les conquêtes de Louis XIV arrachèrent successivement aux Pays-Bas, et pièce à pièce, la gouvernance de l'Artois, celle de la Flandre gallicante, et même celle de Tournai-Tournaisis : de sorte que, à la lin du règne de Charles JI, il n'y avait plus que cinq gou- vernements de province en Belgique : ceux de Hainaul, de Luxembourg, de Namur, de Limbourg et de Gueldre. Le ressort des deux derniers était même singulièrement amoindri. La Gueldre espagnole, on le sait, était réduite à l'ancien Haut-quartier dont le chef-lieu était Ruremonde et auquel avaient été annexés Weerl et Wessem, naguère seigneuries du comte de Bornes (2). La province de Lim- (1) Celait la disposition de la Joyeuse Entrée. — Quant aux gouver- neurs, comme je l'ai déjà dit, le souverain les choisissait librcnieiil. (2) Bydrage lot de geschiedonis van den sauver cinen Raad in h et over-kwar lier van Gelderland le Ruremonde, door Lodewyck Geradts. Leyden, 1860, pp. 41 et suivantes. La chancellerie de Gueldre fui Irans- ( 817 ) Imiiif^ avait ponlii, ù son loiir, une partie iiolahle des pays (l'oiitre-Meiise, à la suite du partage o|)éié eu 10(l!2 avec les Hollandais, en exécution de l'article 5 du traité de Munster (1). XX. Le second fait qui frappe, en étudiant la jmsition des i^'ouverneurs de province pendant la dernière période de la domination espagnole, c'est la décadence graduelle de leur importance politique. Lors de la grande crise qui rem- plit le règne de Philippe H, surtout pendant l'administra- tion de Marguerite de Parme, deRequesens, de don Juan et même pendant celle de Farnèse avant le rappel des sol- dats es|)agnols, ils avaient été à l'apogée de leur puissance. Un secrétaire du duc d'Albe parlant du comte d'Egmont en Flandre disait : « dans ce pays on ne connaît d'autre » Roi que lui » (2) On aurait pu dire la même chose de la plupart de ses collègues; et certainement de Guillaume de Nassau en Hollande, de Mansfeld en Luxembourg et plus lard de Philippe de Lalaing en Hainaut. Tous étaient placés à la même hauteur que ces fameux gouverneurs des provinces de France dont la politique personnelle eut une si grande influence sur la manière dont se déroulèrent les guerres de religion. férée d'Arnhem à Rureinonde par ordonnance de Farnèse du IG mars l^iSO. Il n'esl pas inutile de rappeler (|ue, aux termes de l'article 52 du traité de Munster, le haut quartier aurait dû être cédé à la Hollande moyennant un équivalent territorial. (1) Ubaghs, ouv. cit., pp. 55 et suivantes. (2) Correspondance île Pliilippt II , 1. I", p. 582. 2""^ SKKIE, TOME XXXV. 55 (818) Trente ans à peine après la mort de Philippe II, la situa- tion a complètement changé. Lors de la conspiration des nobles de 1652-1654, le comte de Bergh et les autres gou- verneurs et grands cavaliers mêlés à ses pratiques ne peu- vent entraîner ni une province, ni une ville, ni môme une troupe militaire organisée (1). Tous sont réduits à se reti- rer en pays étranger pour fuir l'application des lois crimi- nelles du temps. Quel est le secret de ce frappant con- traste? Est-ce que, par hasard, au sortir de la révolution et pendant le règne d'Albert et d'Isabelle les attributions des gouverneurs avaient été assez ébréchées pour énerver leur influence provinciale? non. Je le montrerai tantôt. Mais les circonstances n'étaient plus les mômes : et la combinaison de quelques grands faits généraux empêchait désormais les lieutenants provinciaux du prince d'aspirer au rôle et d'imiter l'attitude de leurs devanciers. Us étaient déjà plus matés que les gouverneurs français, après les réformes de Henri IV (2), car ceux-ci allaient encore être à même déjouer un rôle important dans les luttes de la Fronde. Au sortir de la crise du seizième siècle, les populations belges harassées et abîmées n'étaient pins du tout dispo- sées à suivre l'un ou l'autre esprit aventureux capable de rêver une lutte nouvelle avec la souveraineté. Elles avaient chèrement appris à distinguer les ordres que les gouver- neurs de province leur donnaient, comme organes véri- diques de celle-ci, des ordres qu'ils donnaient, sous le cou- vert du nom du Roi, mais au gré de leur politique person- (1) Biographie nationale : Henri de Bergh. (2) Poirson, Histoire de Henri IF, passim. ( 819 ) nclle (I). T.a haulo arislocrnlio (|ui, dans la (idélitr comme dans la rél)ellion, avait cru nn inslanl dominer la marche du gouvernement, était sortie fort amoindrie de la guerre civile. Ses membres, si grands qu'ils restassent encore dans la vie sociale et dans la vie locale, n'avaient plus désor- mais ^\^ puissance politique autre que celle dont ils étaient investis comme officiers du prince. Tout regain d'aspirations vers la résurrection d'une féodalité nouvelle eût été de leur part un flagrant anachronisme. Ceux d'entre eux qui souhaitaient avanci;r rapidement dans la carrière des hauts emplois devaient tâcher, au contraire, de donner des gages de leurs attaches dynastiques, ou mieux, d'ap- puyer leur maison sur l'alliance de quelque race espagnole en faveur (2). Le souverain avait, d'ailleurs, sur notre sol, une forte armée non-seulement régulière, mais permanente,et n'ayant aucun caractère provincial. Dans cette armée il y avait, à côté des corps nationaux, une foule de corps étrangers dépendants jusqu'à un certain point d'un ministère spé- cial, payés par l'Espagne et non par les Pays-Bas (5) et (1) Il ii'eùl plus été possible, par exemple, de se servir de la qualiléde sladlliouder ou de gouverneur royal pour soulever les populations au nom du Roi contre l'armée et le gouverneur général royal. (2) Déjà, au seizième siècle, les gouverneurs généraux et le Roi lui- même suivaient attentivement les alliances des grandes maisons et cher- chaient un moyen de les diriger : Correspondance de Philippe II , t. 1", p. 345; t. Il, pp. 175, 222, 227, etc., el passim. — On peut voir sur la pratique du dix-huitième siècle quelques faits cités par M. Discailles dans son récent ouvrage sur le règne de Marie-Thérèse, pp. 36 et 57; sur la laveur dont jouissaient les seigneurs mariés à des dames espagnoles, les Mémoires du feld maréchal de Merode-Westerloo , p. 31, etc. (.■)) A consulter sur l'armée au dix-septième siècle : la collection des Patentes militaires; M. de Robaulx de Soumoy, Études sur les tribunaux ( 820 ) occupant des garnisons fixes et exclusives : les châteaux d'Anvers et de Gand, les villes d'Ostende, de Nieuport, de Termonde et de Charleroi (1). Les gouverneurs de province, qui tous avaient un grade dans l'armée, étaient engagés dans les liens d'une hiérar- chie serrée, et toujours incapables de tourner contre le prince la majeure partie des forces soumises à leurs ordres immédials. Ils se trouvaient vis-à-vis des gouverneurs gé- néraux de l'époque dans la situation où leurs prédéces- seurs s'étaient trouvés déjà vis-à-vis du duc d'Albe : quand celui-ci, sans changer leurs attributions ni diminuer leurs pouvoirs, les avait maintenus dans la dépendance en fai- sant occuper les principales citadelles du pays par des sol- dats à lui et par des officiers dévoués à sa fortune (2). Le principe de l'inamovibilité des gouvernements n'avait pas été entamé, mais les consé(]uences qu'il pouvait avoir au point de vue de la subordination étaient singulièrement atténuées. D'une part, le pouvoir royal faisait un usage plus fréquent que jamais de patentes provisionnelles , et la situation générale des choses ne le contraignait plus à transformer toujours ceiles-ci en patentes définitives. D'autre part, il avait souvent le soin habile de faire passer les seigneurs par les petites gouvernances avant de les pro- mouvoir aux grandes (3). Enfin, la diminution même du nombre des gouvérne- inilUaires; Collection de Mémoires relatifs à l'histoire de Belgique : Mémoires de Ferry de Guyon avec les annotations et les annexes. — Recueil des anciennes ordonnances des Pays-Bas autrichiens , 3« sér., t. II , pp. IV et suivantes de Plntroduction , par M. Gachard , etc. (1) Neny, 0UU.CJ7., t. II, p. 215. (2) Correspondance de Philippe II, t. I", p. 361 ; l. Il, p. 184. (3) Voir les Annexes. ( «-^1 ) inenls avait eu une inllneiice directe sur la j)ositioii des {^'ouvtTiieurs encore en cliarge. Les gouverneurs ne for- maient plus comme jadis un faisceau conipact de person- nages nombreux, puissants, dirigeant tous des territoires considérables, ayant des intérêts analogues, et toujours prêts à se soutenir les uns les autres et à défendre en commun leurs prérogatives, leurs prétentions, leurs aspi- rations et jusqu'à leurs usurpations. XXI. Sans ressembler en rien à la subordination hiérarchique moderne, la soumission des lieutenants provinciaux à la surintendance des gouverneurs généraux des Pays-Bas était donc, au dix-septième siècle, incomparablement plus réelle et plus sincère qu'autrefois. Ces personnages pou- vaient sans doute, comme leurs prédécesseurs, tergiverser, biaiser, usurper, et fort souvent, dans le détail des affaires, ils n'étaient plus à même de contrecarrer avec chance de succès la politique du pouvoir central ni de mettre à la soutenir une tiédeur trop marquée. Dès les premières années de leur règne, on voit les Ar- chiducs suspendre de l'exercice de ses fonctions et mettre aux arrêts dans ses terres un gouverneur, puissant cava- lier de l'époque, qui, sous la pression de sa femme, impé- rieuse et altière, avait commis des abus graves (1). On les voit encore — et après eux les représentants de Philippe IV et de Charles H — essayer de contraindre les lieutenants provinciaux à tenir périodiquement les autorités centrales (1) Comle de Villermoul, Ernest de Mansfeld, t. I". ( 822 ) au courant de lout ce qui se passait d'important dans leur ressort (1). Les instructions données en 1615 au comte de Bucquoy, grand bailli du Hainaut, lui enjoignent, par exemple, de soumettre au souverain la décision de toutes les contestations qui pourraient s'élever par rapport à l'étendue de ses droits; (;lles lui ordonnent encore de rendre les comptes du bailliage dans une l'orme moins fan- taisiste que celle dont ses prédécesseurs avaient introduit l'usage (2). Les instructions de Florent, comte de Berlay- mont et de Lalaing, et celles de son successeur Christophe, comte d'Oost-Frise, gouverneurs du Luxembourg, vont encore plus loin. Elles les obligent à constituer chaque année, dans le conseil de la province, une commission d'enquête. Celle-ci appellera dans son sein \ès, clercs jurés (les secrétaires) de toutes les hautes justices ducales et sei- gneuriales, et les interrogera sur l'état de la religion , des mœurs, de la justice, de l'administration, de la voirie, des aisances communes, de l'agriculture, etc., dans leur office; elle fera un rapport général au conseil qui avisera, de con- cert avec le gouverneur, à corriger les abus dont on aura trouvé des traces; et le gouverneur, à son tour, informera la cour de toutes les mesures qui auront été prises. Ber- laymont et Oost-Frise reçoivent en même temps l'ordre d'envoyer un conseiller dans chaque ville, au jour de la création des justices et des bourgmestres, pour surveiller la régularité des opérations et se faire en même temps (1) On se rappelle que les instructions générales des officiers flscaux dos Pays-Bas, données en 1603, prescrivaient des mesures tendantes au même but. (2) Voir aux Annexes la collection oii se trouvent ces instructions. ( 825 ) rendre un compte sommaire de l'administration munici- pale (1). Je n'oserais pas allirmer que toutes ces injonctions lussent toujours respectées. Mais c'est déjà un fait nouveau et caractéristique que de les trouver dans un document oliiciel. XXII. J'arrive aussitôt à ce qui concerne les attributions pro- prement dites des lieutenants provinciaux. Comme je l'ai déjà l'ait entendre, elles étaient restées fort considé- rables. Les Archiducs n'avaient pas apporté de changements aux institutions du pays; et les derniers Habsbourg d'Es- pagne, au milieu de leurs malheurs, n'eurent ni le loisir, ni peut-être même le goût, de modifier dans un sens cen- traliste les anciens ressorts de l'administration. P'orts jaloux de diriger sans l'ombre d'entraves ni de discussions la politique générale de leur monarchie expirante et celle des différents États qui la composaient encore, ils modi- tièrent à peine les rapports respectifs des agents représen- tant la souveraineté à des degrés divers de la hiérarchie. Il ne témoignèrent guère, par exemple, le souci de con- centrer aux mains de leur lieutenant général de Bruxelles les attributions données par leurs prédécesseurs aux gou- verneurs de province (2). L'effort conscient et suivi du pouvoir à l'endroit de ces (\) Voir la note précédente. — La création des justices dont il est question ici est celle qui se faisait .sous l'empire de la loi de Beauniont. (2) Vers 1684, toutefois; il est à remarquer que le renouvellement des lois, en Flandre, se fit par le gouverneur général et non plus par cotnmis- saires. Gachard , Collection de documents inédits relatifs à l'histoire de Belgique, t. III, p. 37. ( 824 ) derniers, ne porta que sur deux points : les contraindre à respecter les restrictions légales, déjà mises à leur influence, mais dont jadis ils se riaient avec impunité; les contraindre à compter sérieusement avec les gens de robe qui les entouraient. Hors de là, la plupart des atteintes, portées au dix-septième siècle à l'autorité des grands dignitaires dont je m'occupe, furent moins la conséquence de la politique de la cour que celle de la marche naturelle des événements, du développement et de la transformation des rapports sociaux, de l'émancipation de différents res- sorts judiciaires et administratifs d'une tutelle qui com- mençait à leur peser, enfin de la spécialisation graduelle d'une foule de services publics. On se rendra facilement compte de la réalité du fait que je signale, en pénétrant un instant dans le détail de la matière. S'il est certain que les gouverneurs de province, depuis la mort d'Albert et d'Isabelle, furent moins mêlés que leurs devanciers à l'administration générale des Pays-Bas espagnols, il est également certain qu'il n'existait encore aucun parti pris de les en exclure. Les gouverneurs subirent simplement le contre-coup de l'introduction de la noblesse de second ordre dans le conseil d'État (1); de la décadence politique de l'ordre de la Toison d'or (2); de la transformation du conseil des finances, où les charges de chef, toujours occupées par de grands cavaliers, furent supprimées (o), et surtout de l'annulation de fait dont le (1) A la mort de Cliarles II, il n'y avait pas un seul membre de la première aristocratie militaire du pays dans le conseil d'État, bien qu'on y trouvât des seigneurs. Voir le Recueil des anciennes ordonnances des Pays-Bas autrichiens, ô« sér., t. II , p. IV. (2) Depuis la fin du seizième siècle celte décadence se fait sentir. (3) Neny , ouv. cit., t. II, p. 100. ( 8:2r> ) conseil (l'Klal Cul tioj» souvcnl la victime an piolit do Joinles, toujours arhitrairemcnl composées par les gou- verneurs généraux et presque toujours peuplées en majo- rité d'étrangers (I). Ce lurent encore les changements opérés dans la stratégie, combinés avec les développements de l'organi- sation de l'armée, qui ébréchèrent leurs pouvoirs mili- taires. Les opérations de la guerre se faisaient sur une échelle de plus en plus vaste : elles n'avaient plus pour base habituelle la ligne de places fortes d'une seule pro- vince, mais ou toute la frontière du midi ou toute celle du nord et de l'orient; et c'était naturellement un seul chef nommé par la cour et révocable par elle qui les diri- geait comme généralissime. En second lieu, la distinction profonde qui existait, dès le seizième siècle, entre les troupes de garnison propre- ment dites et les troupes mobiles destinées à faire cam- pagne, s'était encore accentuée, A la différence d'autrefois, les troupes de garnison seules étaient restées sous la direction des capitaines généraux des provinces. Les autres, qu'elles fussent nationales ou étrangères, quand elles étaient cantonnées ou rassemblées dans le ressort d'un d'entre eux, pouvaient être requises par lui pour la dé- fense du sol ou pour un service d'ordre public; elles rece- vaient ses ordres par rapport aux logements ou aux étapes; mais elles n'étaient plus de plein droit soumises à son commandement en matière de discipline hiérarchique et d'opérations militaires. Pour qu'un gouverneur fût désor- (1 ) A. Waulers, Histoire de Bruxelles, l. II, p. 44, 45. — Bulletins de la Cummis.sion royale d'histoire, 7)" sér., l. VII, p. 100: Consulte de 1678 sur les désordres qui s'élaienl glissés daus le gouvernement pendant la guerre. ( 826 ) mais le véritable chef du eorps d'armée occupant son ter- ritoire, il lui fallait ou une patente spéciale ou une clause particulière dans ses patentes ordinaires {i). Les gouverneurs du dix-septième siècle avaient vu en outre, et très-tôt, diminuer le nombre de ces levées de feudataires et de milices rurales, dont ils étaient les chefs naturels, et qui donnaient un si grand relief militaire à leurs prédécesseurs. Déjà, en 1652, les États Généraux demandaient qu'on leur défendit d'employer les villageois à la garde des rivières, ponts, forts et redoutes, ou de composer avec eux pour racheter « telles gardes » : « ains » que le plat pays en payant ses aides sera tout à fait )• francq et libre de semblables servitudes,, ue fusl occasion » de péril évident de l'ennemi (12) ; » et , à la fin du siècle, les rassemblements des fieffés eux-mêmes étaient tombés entièrement en désuétude (5) : il ne pouvait être question (1) Je vois le conile d'Oosl-Kiise,déjà gouverneur et capitaine général de Luxembourg, le comte de Bucquoy, grand bailli et capitaine général du Hainaut, recevoir respectivement en 1652 et 1(537, des patentes qui leur confèrent le commandement des gens de guerre en campagne ras- semblés dans li'ur ressort. Quand, en 1656, le comte d'Isembourg passe à la gouvernance de l'Artois, on lui donne une commission particulière pour commander pendant un an l'armée mobile réunie dans le comté. En 1638, le général Beck commande l'armée du Luxembourg, et c'est seulement en 164:2 qu'il devint gouverneur et capitaine général de la province. Depuis 1655, le marquis de Lede est stadthelder du Limbourg, c'est seulementen 1640 qu'il devint gouverneur de la Gueidre; et cependant, dès 1657, il est fait généralissime de tous les gens de guerre entre le Rhin et la Meuse. Les faits que je cite ne sont pas évidemment des faits isolés; une foule d'autres, de la même espèce, doivent avoir échappé à mes recherches. Voir la preuve de ceux-ci dans les sources citées aux Annexes. (2) Actes des États Généraux de 1632, p. 374. (5) Voir, entre autres, de Robaulx de Soumoy, Élude historique sur les tribunaux militaires , p. 27 en note. > ( S27 ) d'opposor aux vclérans île l.ouis XIV des lorccs liiiiml- liiaires,si hraves que pussent être la plupart (Jeséléuieiils dont elles auraient été composées. Enliu, les rélornics opérées par Farnèse dans Tadmi- nislralion de la justice militaire, et spécialement l'éta- hlissement de la hiérarchie des auditeurs, avaient réduit presque à rien la juridiction qu'exerçaient jadis, à l'endroit des gens de guerre, les capitaines généraux territoriaux. Ceux-ci, en résumé, n'avaient guère conservé intactes (pie leurs anciennes attributions relatives à la police mili- taire de leur ressort, à la garde, à l'entretien, à l'appro- visionnement des places fortes; et ces dernières avaient encore reçu une atteinte à la fin du siècle, quand les Hol- landais occupèrent, à titre (C alliés, un certain nombre de nos villes fortiliées : entre autres Mons, Namur et Luxem- bourg (1). XXIII. Sans qu'on songeât ex professa à limiter la mission (pi'exerraient jadis les lieutenants provinciaux comme agents politiques à l'extérieur ou à l'intérieur, cette mis- sion Unit par se réduire à peu de chose, par cela même (pi'ils eurent moins l'occasion de l'exercer. Grâce aux progrès des communications ainsi qu'aux progrès des relations diplomatiques; par suite, hélas! de l'amoindrissement du territoire, on savait toujours aussi bien et presque aussitôt à Bruxelles qu'à Mons , à Lim- bourg, à Namur, à Luxembourg et même à Ruremonde, (1) Sur cplle occupalioii, le Recueil des ancieiinea ordonnances^ cité 5' sér., l. Il, p. V. ( 828 ) ce qui se passait en Allemagne, eu Hollande, en France. Le temps des grandes agitations municipales était passé, sauf en Brahant; les villes, soumises à la silnation que les circonstances et la politique des princes leur avaient faite, entraient souvent en rapports directs avec la cour et ne cherchaient plus à étendre leurs privilèges au delà de ce que celle dernière estimait être juste (1). La noblesse des campagnes perdait de jour eu jour son antique caractère de turbulence. Les officiers fiscaux des conseils de justice avaient partout aflermi leur position. Dans la pratique des choses, c'étaient eux qui surveil- laient les officiers de justice, qui s'évertuaient à leur donner une impulsion, qui maintenaient les seigneurs dans l'ordre et dans la paix moins par la' force que par la menace de poursuites criminelles, qui, dans toutes les sphères, prenaient en main la défense des droits et des aspirations de la souveraineté. Je ne crois pas qu'ils eussent déjà osé contrecarrer les vues du gouverneur, s'ils en avaient un pour chef du conseil auquel ils étaient atta- chés; mais, à coup sûr, n'attendaient-ils plus son impul- sion pour agir (2). Les gouverneurs continuèrent à convoquer comme jadis (1) II est à remarquer qu'à Tournai le magistrat avait été réduit au dix-septième siècle. A celte occasion . en 1666, le gouverneur consentit à n'avoir plus que deux voix et le grand bailli une dans les assemblées municipales. Voir Gachard, Collection de documents inédits concernant riiistoire de Belgique , t. l'"-, p. 29. (2) L'histoire du développement de l'action des ûscaux est une des par- ties les plus importantes de l'histoire interne de la Belgique. On peut voir dans les œuvres diverses de Wynanls, par exemple, combien les offices fiscaux étaient déjà actifs et puissants avant même que le système général des Habsbourg d'Autriche ait pu produire ses conséquences. ( 829 ) les étals de leur province et à traiter le plus souvent avec eux au nom du prince; seulement ils n'auraient déjà plus osé, sauf en cas de nécessité immédiate et absolue, mé- connaître le principe posé au siècle précédent par la cour, et lancer sans son aveu une convocation des corps repré- sentatifs (1). D'un autre côté, le pouvoir central, quand il croyait la njesure utile à ses inléréls, n'hésitait plus jamais à envoyer aux états un commissaire spécial ou, tout au moins, à adjoindre au gouverneur conunissaire soit un seigneur de la cour, soit le chancelier ou le pré- sident du conseil de la province. Je ne puis signaler qu'un seul amoindrissement sensible, et tout à fait nouveau, apporté à cette époque à l'influence des lieutenants pro- vinciaux sur les étals : c'est la privation du pouvoir dis- crétionnaire qu'ils avaient eu jadis pour y introduire les gentilshommes. Il fut la conséquence directe de l'émana- tion de règlements précis et sévères fixant les conditions d'admissibilité des nobles aux ordres équestres. Le gou- verneur de Namur et le grand bailli du Hainaut conti- nuèrent simplement à intervenir avec voix délibérative, et parfois décisive, à l'admission des récipiendaires (2). (1) En Gueldre, les Ktats prélendaient au droildese réunir quand ils le vouiaienl. Ce droit était, au fond, établi en litre et sur des bases histo- riques; voir : Bydragen, etc., de Geradts, ouv. cit., pp. 19, 55. Les sou- verains des Pays-Bas avaient depuis longtemps travaillé à restreindre ce droit, qui ne cadrait pas avec l'ensemble des institutions des Pays-Bas, et même à Pabolir. Dans les instructions des sladthouders, depuis 1640, il leur est toujours enjoint de faire cesser toute session indue des États. — Pour Namur : AiDiales de la SociiUë archéoloijique de Namur, t. X, pp. ôMy 325. (2) Voir sur ces règlements : Lacroix, Archives ^ etc., volume cilé p. -255. — Bulletins de la Commission royale d'histoire , Z' sér., t. Vlll, p. 458. — UAlmanach de la Cour, de Tarlier et Wauters. ( 850 ) Dans les provinces où les gouverneurs, étaient chefs (l'un conseil de robe longue ou d'un grand bailliage, presque rien ne lut changé à leur position judiciaire. On voit notamment le style du conseil de Gueidre du 20 juillet 1609, régler absolument comme Tédit du 20 octobre 1547 les attributions du stadthouder (1). Celui-ci est maintenu comme premier chel" du conseil avec voix délibérative, droit de semonce, droit de mettre les affaires en délibération, droit de convocation; et, de même que jadis, aucune affaire importante ne peut être mise en délibération sans qu'on l'avertît d'avance, ou même sans qu'on l'attendît s'il était dans le ressort. Tout au plus appliqua-t-on, peut-être, dans le Luxembourg, un article de l'acte d'érection du conseil contredit par les instructions des gouverneurs au seizième seicle : celui qui donnait au président, même en présence du lieutenant du prince, le droit de mettre les affaires en délibération q{ d(; recueillir les voix. J'aurai l'occasion plus loin de parler de ce qui se lit en Hainaut. Pour ce qui touche à l'exercice du droit de grâce, et à la collation des octrois dépendants de la souveraineté, le pouvoir central ne toucha pas encore aux prérogatives du grand bailli de Hainaut. il poursuivit et réprima dans la mesure du possible les abus commis par les gouverneurs des autres provinces. Depuis 164-0 il limita même dans des termes plus précis que jadis les droits de la chancellerie et du stadthouder de la Gueidre. Il leur défendit impérati- (1) L'édil de 1547 esl publié tlans Sclirassert, Codex Gelro-ZutpJien , t. II, pp. 75 et 82, cl analysé dans Pontanus, pp. 850-851. — Celui de 1609 est publié dans les Placards de Brabant , t I", pp. 72-75 et analysé dans l'ouvrage cité de Geradts, p 45. ( S">1 ) vement de délivrer encore les grâces et octrois réservés au prince par le droit, les édils et l'usage; les passeports réels et personnels; les octrois d'aniortisation, les autori- sations pour rélalilisseuicnt de nouveaux cloîtres, collèges et communautés. Il leur enjoignit, en outre, de ne plus dispenser par dépèche des placards de S. M. Au stadlliou- der, en particulier, il interdit d'introduire des tonlieux, gabelles, licentes, droits de passage, sans l'aveu de la cour; et d'accepter des gages ou pensions, soit des états de Gueidre, soit des puissances étrangères (1). Ces mesures étaient à la fois la continuation de la lutte sourde entre- prise contre les allures trop individuelles et trop indépen- dantes, aux yeux de la cour, de la chancellerie gueldroise, et une réaction contre les errements que le comte Henri de Bergh avait suivis. Le comte, en effet, succédant dans le stadthoudérat d'une province éloignée du centre et fort privilégiée à son père et à ses frères, étant seigneur naturel dans sa province, avait fini par s'y conduire presque en souverain et par y exercer un pouvoir quasi absolu (2). Les souverains, sans chercher encore à priver leurs lieu- tenants provinciaux de la faculté de conférer des offices, l)rélendirenl au moins limiter celle-ci plus que jadis, et l'établir sur des bases fixes (5). J'ai déjà parlé des mesures prises par eux, à cet effet, dans le Luxembourg, à propos des instructions données aux comtes de Berlavmont et (1) Voir les instructions des sladlbouders depuis 1640. — Le style de 1609 se bornait, pour aiusi dire, ii limiter en quelques points le droit de gi-àce en matière criminelle. (2) Biographie nationale. Yerbo : Henri de Hergli. (3) A N'amur, cependant, je peii.se que les choses resièrenr dans le slalti quo. — Annales de la Société archéologique de Namur, t. X, p. 5^3. ( 832 ) d'Oost-Frise. J'ajouterai que, dans les inslructionsdu comte de Bucquoy, créé grand bailli du Hainaut en 1615, ils in- troduisirent des dispositions conçues dans le même esprit, mais d'une application immédiate et non subordonnée aux résultats d'une enquête préalable. Les Archiducs maintin- rent la prérogative antique du grand bailli dans son en- semble : seulement ils se réservèrent le droit de nommer lo premier clerc du grand bailliage du Hainaut, le prévôt des maréchaux et le quartier-maître du comté; ils défen- dirent au nouveau promu de disposer, à l'instar de quel- ques-uns de ses prédécesseurs, de la charge de prévôt-le- comte à Valenciennes; ils ne lui laissèrent, à l'endroit des quelques charges réservées, que le droit d'être entendu (1). En Limbourg, où le droit de nomination aux offices était vivement disputé au gouverneur et par la Chambre des comptes et par le chancelier de Brabant, les gouverneurs généraux intervinrent dans la querelle. Sans s'adjuger en- core la pomme de discorde, ils établirent par un règlement provisionnel de 1642, que : « les offices des bancs subal- » ternes, tels que écouteteries, mairies, greffes, foreste- » ries, sergenteries et autres, seraient conférés au nom » du prince par les chanceliers et gens du conseil de Bra- » bant, à charge de rapport au gouverneur général s'il » s'agissait d'un office de marque; et que les gouver- » neurs ne nommeraient plus que les échevins du pays, (1) Voir les inslruclions liu conile de liucquoy aux sources citées dans les Annexes, et, dans les Bulletins de la Commission pour In publication des anciennes lois et ordonnances , l. H, p. 150, les inslruclions du duc d'Areuiberg en ITS-i. Elles reproduisent les restrictions imposées pour la première fois au grand bailli en 1615, en y ajoutant des restrictions nou- velles dont je parlerai plus loin. I ( 833 ) » sur i)résentalion des bancs, et à charge de rapport préa- » lable comme devant (1). » Il ne fut pas encore question d'enlever aux gouverneurs (lii Luxembourg et de Namur le droit de renouveler les lois, que conservait ainsi le gouverneur du Limbourg (2). Ce fut seulement en Hainaut que, en 1G15, les Archiducs essayèrent de se réserver la nomination du chef de l'éche- vinage et de cinq échevins, tant à Mons qu'à Valencicnnes; et que, laissant au grand bailli la nomination des autres, ils prétendirent l'astreindre à se concerter avec (uix « alïin » qu'il ])uisse |)rendre avis et information pour bien agir. » Mais leur innovation ne se consolida j)as; elle eut même de la peine à se faire accepter au dix-huitième siècle comme nous le verrons (5). XXIV. Il me reste maintenant à parler des relations des gou- verneurs du dix-septième siècle avec les gens de robe ou, si l'on veut, avec les conseils de justice qui les entouraient. On a vu quelle était la nature de ces relations avant le règne d'Albert et d'Isabelle. Les lieutenants provinciaux. (1) Bulletins de la Commission pour ta publication des anciennes lois et ordonnances , t. V, pp. 298, 502, 305, 304, olc. — Le droil cIo présen- lalioii des bancs remonlail à un privilège de 1556; un grand nombre de documents, s'y rattaciiant, sont rassemblés dans le Manuscrit n" 15778 de la Bibliolhèque royale. {"2) Pour Namur, Annales de la Société archéolngique de Namur, l. X,p. 525. (3) Insiruclions cilées du comte de Bucquoy, et Bulletins de la Com- mission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, t. Il, pp. 84 et suiv., passim. 2""' SÉKIE, TOME XXXV. S^ ( 834 ) liommes d'épée, tenaient les membres desconsaux au rang (le collaborateurs tout à fait subalternes, malgré les inten- tions (le la cour et malgré la lettre de leurs instructions. Beaucoup d'entre eux avaient même pris l'habitude — fait peu important à première vue, mais au fond très-carac- téristique, — de contraindre les membres des tribunaux supérieurs à venir siéger, à leur réquisition, à l'hôtel de la gouvernance, au lieu de se rendre eux-mêmes dans la chambre du conseil. Une représentation du conseil de Namur, du 28 février 1655, nous donne de piquants ren- seignements sur l'atteinte que cette pratique portait au prestige de la magistrature. J'en veux citer un extrait. Après s'être plaints de ce que pour parvenir à la salle de l'hôtel de la gouvernance, il fallait monter un escalier « fort haut et fascheux pour les vieillards et goutteux , » et de ce que la salle elle-même, où pénétraient tous les bruits du dehors, était peu propre aux délibérations, les rédac- teurs de cette représentation ajoutaient : « En outre l'on » a reconnu que, pendant que l'on tient le rolle, qui est » en l'antichambre dudit seigneur Duc (d'Arschot), ou de j> sa dame compaigne, les domestics et aultres estrangers » y survenus pour visites ou affaires, ne font que passer » et repasser à travers la place dudit rolle, les uns sif- » llans, les aultres chantans et faisans aultres choses » semblables : et quand le rolle est fini et levé, les valets » et lacquais attendants leurs maistres, estans en visites, )) jouent aux cartes, se couchent et s'endorment sur la » table dudit rolle; et lorsque nous sortons ils ne daignent » quelquefois se lever ni quitter leurs chapeaux : ce qui i> tend au despect et disréputation de la justice. Finale- » ment (ce qui est bien le principal) il n'est à notre avis » bienséant que la justice soit domesticque ou logée sous I ( 855 ) » les gouverneurs , d'autant qu'ils ont souvent leurs aiïec- B lions et intéresls particuliers : par où, si l'assemblée se j) faisait chez eux, la liberté des opinions pourrait cslre » empescbée (I). » Au dix-septième siècle, le pouvoir central prit peu à peu un ensemble de mesures pour mettre fin à cette domina- tion absolue et parfois humiliante, exercée par les lieu- tenants provinciaux sur la magistrature. Répondant à la remontrance du conseil de Namur , dont je viens de parler, il permit à ce corps « quant à présent et jusqu'à nouvel » ordre » de ne plus tenir ses séances dans l'hôtel du gou- verneur; et, que je sache, le nouvel ordre ne fut jamais donné (2). Au gouverneur du Luxembourg et au stadt- houder de Gueidre il défendit de mander le conseil devant eux à moins de nécessité absolue; et exprima la ferme volonté qu'ils allassent toujours prendre, le cas échéant, son avis, dans la salle ordinaire des délibérations (5). D'accord avec les états généraux les souverains s'atta- chèrent dès le commencement du siècle à réprimer l'omni- potence que, très- souvent, les gouverneurs s'étaient arrogée dans le règlement des matières judiciaires dépen- dant des tribunaux supérieurs. « Qu'il soit bien eslroi- » tement défendu, disaient les Etats Généraux de 1632, » aux chiefs des consaux de justice, de surseoir à la (1) Bulletins de la Commission royale d'histoire , 2"^ sér., t. V, p. 226. (2) Idem. Apostille mise au bas de la remonirance. Je pense que la forme provisionuelie de la décision est due à la position dans laquelle le duc d'Arschol se trouvait alors vis-à-vis du pouvoir. Il était impliqué dans la conspiration des nobles; et sans doute on ne voulait pas avoir l'air d'exercer une vengeance contre lui avant qu'il fût condamné. (3) Instructions des comtes de lierlaymont, d'Oost-Frise, des sladlhou- ders de Gueidre après 16i0, etc. ( 836 ) » (lespôche ou exécution d'aucune sentence, décret ou » appoinctement résolu par ceulx du conseil en nombre » compétent, ny de refuser le paraphe aux résolutions » prises par le conseil, ains qu'ils ayent à donner et » laisser le cours de justice libre (1). » Il était donné satisfaction à cette exigence si légitime , notamment dans les instructions des gouverneurs de Luxembourg et de Gueidre. Dans les premières, la cour disait au comte de Berlaymonl, au comte d'Oost-Frise et à leurs succes- seurs : « Estant nostre volonté que vous ne vous meslez » de la charge du conseil sinon en corps avec les aultres » du collège. » Dans les autres, au moins depuis 1640, elle défendait au stadthouder de changer aucune déci- sion prise par le conseil à la pluralité des suffrages, et d'en arrêter ou d'en suspendre l'exécution. Tout ce qu'elle voulait bien lui permettre, c'était, le cas échéant, de pro- voquer un nouveau vote à la semonce du chancelier (2). Enfin , dans les matières politiques et administratives qui, en théorie du moins, étaient de tout temps de la compétence collective des gouverneurs et des conseils, sauf à certains égards en Hainaut et en Gueidre, le j)Ou- voir royal essaya d'obtenir qu'elles fussent toujours et partout traitées coUégialement. C'était vouloir que la loi des majorités fût respectée , qu'elle s'accordât ou non avec l'opinion exprimée par le lieutenant du prince. C'était donner implicitement aux conseils le droit de trancher les questions de l'espèce qui se présentaient, au nom collectif du gouverneur et du conseil , même quand le gouverneur (1) Actes des États Généraux de 1632, p. 384. (2) Voir, par exemple, les instructions du marquis de Lede aux sources indiquées dans les Annexes. ( 857 ) n'étnit |kis présent. Je le montrerai d'ahord, |>ar rapport an\ provinces de Luxembourg, de Gneidrc et de Namur, où la cour parvint assez tôt, quoique non sans luttes, à faire prévaloir son système. Je toucherai en terminant ce qui concerne le Ilainaut, où elle échoua complètement au dix-septième siècle. Par rapport au Luxembourg, la volonté du prince se trouve exprimée dans la phrase des instructions du comte de Berlaymont et de ses successeurs que j'ai citée plus haut : elle s'applique notoirement aux matières politiques et administratives, comme aux matières judiciaires. Par rapport à la Gueidrc, elle est formulée avec une précision d'autant plus grande dans les instructions des sladlliou- ders, postérieures à 1640, qu'elle tend à introduire quel- ques innovations, non-seulement de fait, mais encore de droit. Toutes les matières , est-il dit dans ces documents, toutes les matières regardant la publication , l'exécution, l'observation des édils du prince et les contraventions (pii y seraient faites; toutes celles qui concernenl la police de la province, les grâces, la concession des foires et des marchés, les octrois dépendant de la chancellerie de la province, « se debveront traicter en l'assemblée du con- » seil , et au lieu accoustumé d'icelle, ou quand le dict » gouverneur se trouvera présent aussi bien qucn tonnes » aullres assemblées eu son abse)ice. » Elles se résoudront à la pluralité des voix sans que personne puisse limiter la liberté des suffrages ni se prévaloir (Vabus commis par les f/oinerncnrs précédents. On peut ajouter que les mêmes instructions subordonnaient encore à l'avis préalable du chancelier et du conseil l'exercice du droit, compé- tent au sladlhouder , de conférer les ricairies, rhapelle- nies, coslrcries, au nom du prince, et de nommer aux ( 838 ) cures à l'iulcrveiitioii de l'évèquc de Ruremondc et sui- vant les lègleriieuts existants (1). Des priiieipes analogues lurent établis à propos du comté de Namur, sans que je puisse i)roduire l'acte dans lequel ils furent formulés pour la première fois. J'en trouve la preuve dans une relation du prince Charles de Lorraine à Marie-ïliérèse en 1779. Le prince cite comme un fait ancien et enraciné : « Que le conseil de Namur , » qui a un chef gouverneur (et le conseil de Luxembourg B lorsqu'il en avait un) se décident et se décidaient res- » peclivemcnt sur toutes les affaires de leur compétence, » soit que le gouverneur chef de leur compagnie y fût ou » n'y fût pas (2). » En Hainaut, il est hors de doute que la fusion de la noble et souveraine cour de Mons et du conseil ordinaire, opérée pour la première fois par Albert et Isabelle en 16M, était autant conçue dans le dessein de brider l'om- nipotence du grand bailli (|ue dans celui de mettre un terme à d'innombrables conllits de juridiction. En effet le décret de 16H attribuait au nouveau consistoire, dont le grand bailli restait chef, une foule de prérogatives et de pouvoirs que ce dernier exerçait jadis seul ou, tout au plus, après avoir consulté les gens du conseil ordinaire : et l'on vit les états, d'accord avec le grand bailli dont ils prenaient en main la cause, travailler avec ardeur à ob- tenir le retrait du décret en question. Les états arrivèrent en partie à leurs fins en 1617. (1) Voir ces instructions, loc. cit., aux .\nnexes. Los termes de l'ordon- nance du 20 juillet 1609 laissent planer un cerlain doute sur le pouvoir propre du sUuUhQuder en matière de grâces. (2) Bullelins de la Commission pour la publicaliou des anciennes lois cl ordonïi'Anccs . '. Il, pp. 143-1 i-i. ( 85!» ) L;i tlisjoiiclioii des deux conseils lïil de nouveau o|)érée; mais, en ce qui concerne les restrictions mises à l'onjni- potence personnelle du grand bailli, le pouvoir central ne voulut pas céder entièrement. Un règlement de 1017 et un autre de 1624, conlirmé en 1G59 (1), enjoignirent derechef à ce grand dignitaire d'agir coUérjiaieuient avec les gens du conseil ordinaire dans les cas tenant à la sou- veraineté du grand bailliage, il est vrai que ces règle- ments, s'ils ne furent jamais formellement abrogés, ne furent, d'autre part, jamais acceptés dans la pratique du dix-septième siècle. Les gens du conseil ordinaire , s'ap- puyant sur leur texte, prétendaient bien par intervalles que le grand bailli était obligé d'agir collégialement avec eux et qu'en corps, même en l'absence de leur chef, ils avaient le droit d'agir en nom collectif du grand bailli et du conseil. Le grand bailli en appelait aux chartes géné- rales du comté. 11 soutenait, non sans raisons très-sé- rieuses, que les souverains n'avaient pu disposer en contradiction avec elles sans l'accord des états. Il était appuyé par ces derniers, pour ne pas dire par la popula- tion entière du comté. 11 se maintenait obstinément en |)ossession de ses prérogatives antiques, sans que le pou- voir central reprît sa lutte contre lui , sans doute faute d'occasion favorable (i2); et il lui arrivait même de faiie (1) Pincharl, ouv. cit., \^\^. 18-60 el sources citées. (2) Pincharl, ouv. cit., cliap. VI. — Bulletins (Ut la Cntnmi.ssion pour la publication des anciennes lois et ordonnances, t. Il, pp. 8i el sui- varilcs. — Gachard, Mémoire sur ^ancienne le(jislalion des octrois, pp. 1,2,3, 4, elc, el passim. — Peiuianl la vacance du grand bailliage le conseil ordinaire accordail les oclrois sans (|ue son droit fût conlcslé. 11 y a une foule d'exemples dans V Inventaire anali/lique des arelùves de la ville d'Alh. ( 840 ) cxéculcr )iianH militari les actes qu'il avait laits et dont le conseil ordinaire contestait la validité (I). Nous verrons les luîtes, dont je signale l'exislence, se reproduire au di\-huilièuic siècle et recevoir alors une solution telle (juclle. XXV. Le manque de documents authentiques ou d'indications plus détaillées, puisées dans les mémoires politiques du temps, m'oblige à borner là mes observations sur le dix- septième siècle. Je passe donc sans transition à la période troublée qui s'étend entre la mort de Charles H et la prise de possession des Pays-Bas espagnols par tes Habsbourg d'Autriche. Philippe V d'Anjou n'eut en Belgique qu'un règne éphémère. Jl ne conserva pas intactes, pendant trois ans, les provinces des Pays-Bas que le dernier descendant màlc de Charles-Quint lui avait léguées (2). En réalité, depuis l'occupation de la Gueidre par les alliés jusqu'à l'exécution du traité des Barrières, trois moteurs diffé- rents se disputèrent sur notre sol la direction des affaires : (1) Ihtllctins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, t. II, p. 1 16 en note. — Piiichart, ouv. cit., p. 75. (2) Il perdit la Gucklre en 1702, le Limbourg en 1703, le Brabant en 1700, la Flandre en 1706, puis derecliel' en 1709, leHainaut en 1709 et 1710; enfui, d'accord avec son aïeul Louis XIV, il laissa dès 171 1 l'élec- li-nr Maximilien de Bavière prendre possession de la souveraineté du Luxembourg et du Namurois. Recueil des anciennes ordonnances des Pays-Bas autrichiens, 3"^ sér., I. II, Introduction, p xlviii, liv, lvi, pp. ô6o et 479. L'électeur de Bavière fut inauguré solennellement à Nanuir le 17 mai 1712 cl le 29 du même mois à Luxembourg. Il avait pris possession de lait dès le mois de juillet 1711. ( 841 ) le goiivernomciU lK)iirl)oni(Mi (jiii, cha(iiio amirc, pcnlail (In Icriaiii; la cuii IV' ronce l'-lahiic par les puissances aliit'es dont les armées faisaient de continuels proi,Mès; l'électeur de IJavière, monienlanénienl souverain des deux pro- vinces du sud-est. Sans compter (juc le roi Charles III, devenu plus tard l'empereur Charles Vi, avant même que d'être mis en possession des Pays-Bas, y envoya des pléni- potentiaires et des représentants cherchant à faire ac- cepter leur autorité et leur iiilluencc, en dépit souvent de la conférence anglo-hatave. Cet état des choses com- plique un peu ma tâche : il me force à parler de la môme période à plusieurs points de vue différents. Je n'ai pas à in'appesantir ici sur les caractères généraux du régime anjouin en Belgique. Ils ont été trop bien mis en lumière par notre savant confrère, M. Gachard, dans un (ravail que chacun connaît (I). Je me contenterai de rappeler comment le pouvoir nouveau souleva au nom d(î ridée de la souveraineté, qui avait déjà grandi d'une manière continue pendant des siècles, des prétentions nouvelles et exorhitanles, et comment, centraliste à outrance, il plaça dans le gouvernement général du pays et dans son entou- rage la source exclusive de tout le mouvement politique, en réduisant les agents provinciaux du prince à n'être que des instruments presque passifs. La grande situation conservée par les lieutenants pro- vinciaux pendant les règnes de Philippe IV et de Charles 11 ne cadrait j)lus du tout avec le système nouveau qu'il s'agissait de faire prévaloir. Klle ne tarda pas à être ébranlée par l'effort direct du pouvoir, dans le court espace (1) L'Inlrodiiclion citée à la noie précédente. ( 842 ) (le trois ans, plus rorlemcnl que pendant le dix-septième siècle tout entier. Pour se convaincre do la réalité du lait que je signale, il sulïit (le se rendre compte de la transformation opérée par I^hilip|)e V dans le gouvernement général des Pays- Bas par le diplôme du 2 juin 1702 (1); de parcourir Tor- donnance du 10 avril de la même année portant règlement pour l'organisation et la discipline des troupes de la mo- narchie espagnole (2); de prendre connaissance, enfin, du décret du 30 décembre 1703 sur l'autorité et les gages des gouverneurs et souverains baillis des provinces, ainsi que des gouverneurs deGand, d'Anvers et de Bruxelles (5). Au point de vue qui nous occupe, je ne veux relever dans le diplôme du 2 juin 1702 que quatre dispositions : la suppression des conseils collatéraux et leur rempla- cement par un conseil unique dit le conseil du roi; la création de la charge de procureur général du roi [)rès de ce conseil; la création des charges d'intendants et de subdélégués subordonnés à un surintendant général des linanccs; la fusion renouvelée de la noble et souveraine cour de Mons et du conseil ordinaire du Hainaut. La suppression des conseils collatéraux brisa le lien qui, déjà assez lâche, rattachait encore les gouverneurs de pro- vince à l'administralion générale des Pays-Bas. Aucun d'entre eux ne siégeait, à titre permanent, dans ce nou- (1) Rucucll (les anciennes ordonnances, cilé, l. ll,i>p. xixel251. - Placards de Brabant, t. VI, p. 1. (2) Itecucil (les anciennes ordonnances, t. Il, p. 199. — Plticards de Brabant, l. Vil, p. i-21. (5) Recueil des anciennes ordonnances , t. Il, p. tVO. — l'iacards de Brabant, t. VII, p. 149, (8i5) veau conseil unique où des minisires de robe seuls cnlou- niicul le représentiinl du nionar(|uc ; et si, dans des cas exccplionnels, ils pouvaient y rtre appelrs et entendus, ce n'était plus comme cliels civils et politi(|m'S d'un vaste ressort : c'était pliilùt comme olliciers généraux. L'établissement d'un procureur général |)rès le pouvoir central décbargeail, ou, si l'on veut, privait enlitMemenl les lieutenants provinciaux de la surintendance sur le l'ail de la justice et du soin de veiller à la garde des droits et des liauleurs de la souveraineté qui leur com|)étaient encore dans certaine mesure. C'était désormais ce nouveau fonctionnaire qui devait avoir l'œil sur tous les conseils, tribunaux subalternes, ofliciers des villes et du pays, et pourvoir à ce qu'ils suivissent leurs instructions et obser- vassent les placards-, c'était lui (jui était cliargé de l'aire, tous les ans, une visite dans cbaque province et dans cbaque ville, pour rechercher ce qui s'était lait contre les ordres du roi, les placards publiés en son nom, les droits de la souveraineté, le bien et le repos des sujets. Le nouveau surintendant des linances avait, de son côté , mission d'intervenir par ses intendants (I) ou par les sub- délégués de ceux-ci, à l'audition des comptes des états , des villes, des chàtellenies et des quartiers. Toutes les commissions données antérieurement pour celte audition — el partant celles qui émanaient des gouverneurs comme les autres — étaient révoquées, il allait de soi, au surplus, que les intendants allaient empêcher, à l'avenir, les gou- verneurs d'exercer une surveillance quelconque sur les ollicieis des linances, et que peu à |)eu ils auraient même (I ) A la lin du ilix-seplièmc siècle le gouvernement espa^'nol n\;iil lenic aussi li'élablir des inlendanls , mais ceux-ci n'avaienl pu se niaiiilciiir, V 844 ) irouvé le moyen d'ébréclier le droit d'édicter ou de l'aire des règlements d'administration, afférent, comme on se le rappelle, à certains lieutenants provinciaux de concert avec leur conseil de justice (I). La fusion de la noble et souveraine cour de Mons et du conseil ordinaire du Hainaut, prescrite par le diplôme du 2 juin, fut exécutée par un décret du i" septembre sui- vant. Le grand bailli restait chef et semonceur du nouveau conseil souverain auquel étaient attribuées tontes les auto- rités et prérogatives des deux consistoires qu'il rem|)la- cait, y compris celles du bailliage et du tcrrage. Mais au-dessous de lui se trouvait désormais un président en titre, qui n'allait pas manquer de chercher à contreba- lancer son influence; et tous les membres du conseil, indistinctement, devenaient des magistrats permanents tenant leur nomination du pouvoir central. Pour le sur- plus, le décret de septembre laissait au grand bailli les prérogatives qu'il tenait des chartes générales du comté, jusqu'à ce qu'il fût disposé autrement, sans abroger tou- tefois les règlements de 1617, 1624, 1639 dont j'ai parlé. Par la nature même des choses, le nouveau conseil sou- verain, sentant son importance, embrassa chaudement toutes les idées de l'ancien conseil ordinaire. Les conflits du dix-septième siècle, relatifs à l'action personnelle et indépendante à laquelle continuait à prétendre le lieu- tenant du piince, devinrent plus nombreux et plus graves. Les états (le Hainaut prirent derechef le parti du grand (,1) Voir sur tous ces points le texte du diplôme du -2 juin. On voit, en parcourant la Liste chronologique des édits et ordonnances, que les inten- dants bourboniens édictaienl déjà par rapport à une foule de matières administratives. ( 8i5 ) bailli cl essayèrent de faire rapporter le décret de réunion; mais cette lois ils échouèrent et la l'iisioii lui maintenue juscju'à la lin de l'ancien régime : le gouvernemenl aiilri- cliien en lira les dernières conséquences (1). Je passe au règlement militaire du 10 avril 1702. Ce règlement était d'accord avec les traditions du pays en réservant au roi seul la nomination des gouverneurs de province sur la présentation du gouverneur général des Pays-Bas. Mais il s'en écartait déjà en exigeant que cette présentation portât exclusivement sur des officiers géné- raux (2); et s'il voulait que tous les gouverneurs reçussent des lettres de service, de manière à pouvoir être employés à l'armée avec leur grade (5), en même temps il limitait de toutes parts leur autorité et diminuait leur importance militaire. Conformément à ses prescriptions, les gouverneurs de province avaient encore charge de faire rapport au pou- voir central sur tout ce qui se passait d'important dans leur ressort; de lui faire connaître quelles troupes y étaient à demeure, si les régiments étaient bons et s'ils servaient bien, si les places de guerre étaient en bon état de répa- ration et suffisamment armées et approvisionnées. En revanche, l'ingénieur général et le général de l'artillerie avaient, de leur côté, surintendance, le premier sur tout ce qui touchait aux fortifications, le second sur tout ce (1) Pinchart, ouv. cit., pp. 70, 75. — Gachard, Mémoire sur l'ancienne législation des octrois, pp. 1, 2, 5, 4, clc. — Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordontiances , t. I",p. 209; t. II, pp. 84 el suivanles, passim. (2) Article 170. (3) Article 173. ( »46) qui touchait au matériel de soo arme; c'était désormais le gvmvernenr général du pays seul qui, dans toute l'étendue du territoire, axait le droit de tixer les marches, les routes, les étapes, et de régler les logements des troupes; c'était lui seul qui, à la différence d'autrefois, avait qualité pour nommer les lieutenants gouverneurs de province; c'était lui seul qui désignait les corps et les olticiers destinés à former les garnisons ordinaires des forts et des citadelles; entin il était expressément enjoint aux gouverneurs des provinces de fournir aux généraux commandants les troupes du ressort que ces derniei's leur demanderaient, et de ne mettre aucun obstacle aux mouvements ordonnés {lar eux 1 . Le décret du 30 juin 1705, enfin, d'après son pi-éam- hule, fut rendu après une enquête faite sur la position des gouverneurs du Hainaut, de Namur, de Luxembourg, et même de Limbourg et de Gueidre dont les ressorts étaient déjà perdus. D'une part, il lisait les appointements des gouverneurs à la somme, considérable pour le temps, de 24.CHX) florins, avec défense de s'attribuer encore aucun avantage direct ou indirect, ou de recevoir quoi que ce fût des états, des provinces et des villes. D'autre part, eu leur faisant ainsi un siège d'or, il arrachait aux lieutenants provinciaux la dernière prérogative qui leur donnât encore une influence dominante dans l'ordre civil et politique de leurs territoires. Il leur enlevait à tous, sans distinction, et au prolit du gouvernement général, la collation des offices civils et militaires, même subalternes, ainsi que le droit de renouveler les lois tant dans les moindres villes (l) Articles 1 12, H S, 161, ITo, 256, eic. ( 847 ) que dans les capitales. Il ne leur laissait, dans les deux espèces, que la faculté de faire des propositions ou des présentations (1), Quels que fussent les sentiments des gouverneurs à l'endroit des retranchements faits à leurs prérogatives, ils ne purent qu'obéir et se taire. Le pouvoir anjouio, pas plus que c^lui de Louis XIV, n'était Labilué à compter avec les vues de ses agents qui ne concordaient pas avec les siennes; et tout le monde savait qu'il entendait être servi à la lettre (2). XXVI. Après avoir ainsi précisé les mesures prises par Phi- lippe V contre l'ordre de dignitaires qui fait l'objet de ce travail, je dois dire quelques mots de la politique suivie à son égard par les puissances alliées, par Max de Bavière, comte de Namur et duc de Luxembourg, et par Charles VI avant sa mise en possession des Pays-Bas. Ici je serai bref et pour cause. Je ne sache pas que l'électeur, pendant son règne de quatre ans, changeât quelque chose aux attributions des gouverneurs de ses deux principautés, telles que Philippe V (1) Voir le décret, toc cil. (2) Le pouvoir édiclâl des gouverneurs, agissant de concert avec les conseils de justice, s'eserça f»eDdaDt Je règue de Philipj:>e V, non sans doute aussi librement que jadis, mais au moins sous l'impuision de la cour. On trouve une foule d'ordonaances émanées de gouverneurs dans le volume des Lisiez chronologiques souvent citées, notamment pour le LuxemL>ourg, pp. 30, ôi, ol, 52, 60, 63, 91. — Pour Samor, pp. 7, H, 16, 18, 19, 23, 72, 93. 112, 146. - Pour le Baiuaut, pp. 12, 1 4, 20, 56, 129, etc. ( 848 ) les avait fixées. Tout au plus en détacha-t-il la présidence des deux conseils de justice qu'il établit (1). Les puissances alliées se tinrent au principe du slalu qiio par ra|)port aux institutions d'un pays qu'elles occu- paient à un titre essentiellement provisoire. Quand les Hollandais eurent conquis la Gueidre, ils refusèrent de la remettre au plénipotentiaire des Habsbourg; et, sans rien préjuger pour l'avenir, ils y laissèrent la direction des affaires à leur général comte de Nassau-Saarbruck. Us l'autorisèrent, par exemple, à recevoir le serment des habitants et des magistrats, et à renouveler les luis en temps utile (2). Après avoir repris Tournai et le Tour- naisis à la France de Louis XIV, les Anglo-Hollandais y établirent pour gouverneur le lord comte d'Albemarle; et l'on vit celui-ci exercer, dans certaine mesure, le pouvoir édictal qui avait appartenu aux anciens gouverneurs espagnols (5). Enfin, lorsqu'en 1709, les alliés occupèrent le Hainaut, ils laissèrent le conseil d'État, gouvernant au nom des Habsbourg sous la pression de la conférence, établir un gouverneur grand bailli et capitaine générai par provi- s/on{4), sans intervenir dans le règlement de ses préroga- tives. En effet, la capitulation de Mous de 1710 réclama, par ses articles 25, 26, 29, la séparation des deux conseils du Hainaut; l'union perpétuelle du grand bailliage à la gou- vernance; le maintien au grand bailli de toutes les préro- gatives, droits et avantages déterminés par les chartes, les (1) Il est qucslion de ces conseils dans les Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, t. I", p 508. (2) Recueil des anciennes ordonnances^ cité, 3^ sér., t. I", p. IV. (ô) Recueil des anciennes ordonnances, cité, 3'' sér., t. !<"", p. 473 et Annexes. (4) Voir les Annexes. ( 849 ) coiilnmos cl les anciens usages, ainsi (juc du liroil de rcnoiivoltr le magistral de Mons, au nom du comte, aux époques voulues; mais les généraux des puissances mari- times refusèrent d'engager l'avenir sur ces points; ils déclarèrent simplement que le roi (Charles III) disposerait en temps utile (1). Quant aux administrateurs établis par les Habsbourgdès 1705 en Limbourg, à la lin de 1714 dans le Xamurois (2), ils eurent une position variable et indécise à raison même tics circonstances. Les premiers usèrent en général de droits Tort étendus, comme ayant une délégation à peu près complète de la souveraineté (3); le comte de Lannoy deClervaux, au contraire, semble n'avoir guère pris dans le Namurois que la place des anciens gouverneurs. Les uns et les autres furent, d'ailleurs, contraints de compter presque autant avec la conférence et avec les généraux des alliés qu'avec le prince duquel ils tenaient leur mission. En Luxembourg, le général baron de Wachtendonck, qui prit en 171o possession du duché pour Charles VI, jouit momentanément d'un pouvoir discrétionnaire. En arrivant il fit savoir aux officiers, magistrats et habitants du pays, qu'ils n'avaient d'ordres à recevoir que de lui (i). Ce pou- voir fut aussitôt enlevé à son successeur quand s'établit un état de choses régulier par l'exécution du traité des Barrières. (1) Réclamations belgiques, t. X, pp. 46 el suivanles. (2) Recueil des anciennes ordonnances , cité, 5' sér., t. I", p. VI, etc. Délices des Pays-Bas , t. II, p. 1 "i . (3) Recueil des anciennes ordonnances , cité, t. I", p. Vi et passini. On peut consulter pour abréger la Liste chronologique cilée, t. I"", 1700 à 1750, pp. 63, 156, 160, 174,176, 181, etc. (4) Renseignements fournis par M. Hardt, archiviste du Grand-Duché. S""'' SÉRIE, TOMF XXXV. 55 ( 850 ) XXVII. Lorsque la maison (J'Aiilriche entra en possession des anciens Pays-Bas espagnols, en 1714, elle maintint les gouvernements de Limljourg,de Luxembourg, de jNamur et de Hainaut; elle ne supprima que ceux de Tournai- Tournaisis etdeGueIdre. On vit les gouverneurs en charge se remettre aussitôt en possession des prérogatives poli- tiques et civiles qu'ils exerçaient avant les réformes de Philippe V. L'empereur Charles VI exprima de son côté la volonté formelle que les gouverneurs s'astreignissent de nouveau à résider dans leur ressort (1)-, et qu'on leur adressât, en respectant le principe hiérarchique, tous les ordres, ordonnances et mandements destinés à être exécu- tés ou appliqués dans celui-ci (2). La suppression des gou- vernements de Tournai et de Gueidre n'était donc motivée que par des raisons locales et non par les considérations d'une politique nouvelle. Tournai , seule place forte de la province, était occupée en vertu du traité des Barrières par une garnison et par un gouverneur hollandais (5). Il était désormais inutile d'y placer un véritable gouverneur civil à côté du chef, deve- nir héréditaire, du grand bailliage. Le grand bailli reçut donc, en dehors de ses attributions judiciaires, la charge de convoquer les états et souvent celle de traiter avec (1) On s'était beaucoup relâché de celle règle antique à la tin du dix- septième siècle. (2) Bulletins de la Commission royale d'histoire, 5" sér., l. X, p. 571 . (3) Voiries Annexe.s, et article 4 du traité des Barrières. ( 851 ) eux (I). Mais on lui refusa le droit d'éditier, auquel il vouhil parfois prétendre (2); et jamais il n'eut le icuou- velleuienl du magistrat local (3). En Gueidre la constitution définitive des institutions centrales de la province fut réglée par un décret du 8 mai 1720. Ce décret rétablissait à Uuremonde un conseil sou- verain de justice ayant désormais pour seul chef un chan- celier, lieutenant des liefs (4). Les chancelier et conseil servirent depuis lors d'agents de transmission au pouvoir central et convoquèrent les étals sur son ordre; le chan- celier eut, au moins communément, la charge de faire la pétition du subside (d). A la rigueur la suppression du stadthoudérat était une violation du traité de Venloo. On s'explique cependant comment elle ne souleva pas de récriminations. D'une part la province à la suite des der- niers démembrements, conséquences du traité d'Utrecht, était réduite à la ville de Ruremonde, entourée de quel- ques villages et de quelques terres franches (6) : il eût été par trop onéreux pour elle de devoir entretenir, même (1) Gnchard , Collection de documents inédits , cilée , l. I<■^ - Régime provincial , p. 84. (2) Liste chronologique des édits et ordonnances des Pays- Ras autri- chiens. Volume lie ITOO à 1730, p. 288. (5) Gaciianl , Collection de documents inédits, ciloe, t. 111, régime communal. — Bulletins de la Commission royale d'histoire , l" sér., t. XI, pp. 471 et suiv. (4) Gentils, Dydragen tôt de Geschiedenis , ouv. cit., pp. 68-69. — Neny, ouv. cit., t. Il, p. 133. (o) Gachard, Collection de documents inédits , citée, 1. 1 "■, p. 84 (6) On avait même songé à ne plus y convoquer d'élals el à gouverner le pays comme la Flandre rétrocédée. Gachard, Collection de documents inédits concernant les troubles de la Belgique sous Charles 17, t. 1", p. 97. ( 852 ) cil partie, un grand oflicier du souverain. D'autre part, l'esprit de la constitution provinciale ancienne était, dans une certaine mesure, respecté : par le transfert au chance- lier, dignitaire local, d'une partie des attributions des stadt/ioiiders; et parle maintien, en faveur du conseil, de plusieurs prérogatives afférentes jadis à la chancellerie du régime espagnol (1). Quoi qu'il eu soit, la double innovation introduite à l'avènement de Charles VI dans le régime provincial des Pays-Bas ne se consolida pas immédiatement. A Rure- monde le souverain avait placé un gouverneur militaire, simple commandant de place, sans prérogatives politiques ni judiciaires. Celui-ci ne jouissait pas du tout vis-à-vis des états du même prestige que les anciens sladthouders. A chaque instant il était en conflit avec eux, soit par rap- port à des questions d'indemnité, soit par rapport à des questions de préséance. Or, en 1728, la cour prit chaude- ment en main la cause du lieutenant colonel don Juan Mastro de Negrette alors en charge; et pour grandir cet officier vis-à-vis des états, elle lui donna le titre de stadthouder provisionnel ^ avec ordre de paraître au Te Deum comme représentant du souverain, et avec mission d'assister le chancelier dans la pétition des subsides (2). Les successeurs du lieutenant colonel de Negrette ne furent plus l'objet d'une faveur analogue. (1) J'ai déjà dit plus haut, en note, que le pouvoir central diminua néanmoins de plus en plus le cercle d'action du conseil de Gueidre; et qu'il finit par lui enlever pres([ue toutes les attributions de grande chan- cellerie. On peut voir le détail du coup final qu'il lui porla dans Gachard, Mémoire sur l'ancienne législation des octrois , pp. 14 et suivantes. (2) Consultes du conseil privé, t. V, p. 19i. — Cartons du conseil privé , canon n" 21. ( 853 ) Dans la |uovinco do Toiiniai-Toiiruaisis, Cliarlos VI ci'iil devoir revenir momentanémeiU, en 1700, sur la déci- sion qu'il avait prise au commencement de son règne en 1717 et 1718. Il se dit que sa bonne ville, banlieue et pays de Toiii'nai-Tournaisis, par leur sitiiah'oii présente et comme pays entièrement frontière, exigeaient plus que tous les autres une attention et une surveillance particu- lières; et, en conséquence, il y établit un surintendant, directeur général, le comte de Cuvelier. Les |)ateiit('sdu surintendant lui donnaient la direction supérieure des affaires tant afin de maintenir mieux dans le pays l'ordre, la police et l'économie, que de veiller d'au- tant plus sûrement à tout ce qui peut intéresser le service royal et le bien public (1). Elles ne lui rendaient pas la nomination du magistrat. Je ne sacbe pas que le comte de Cuvelier eût un suc- cesseur. Aussi bien au milieu du dix-huitième siècle la politique des Habsbourg d'Autriche à l'endroit des gouver- nements de province avait déjà changé. Elle reprenait à son compte les réformes anjouines, et déjà elle tendait à les dépasser de propos délibéré. XXVIII. En effet, après une courte période de réaction contre les errements français, le système de la maison d'Autriche n'avait pas tardé à se rapprocher, à beaucoup d'égards, de celui de IMiilippe V. Sous l'influence d'un courant qui en- (1) Renseignements (lus à l'obligeance de M H. vnn den Rrocck, :iiclii- visle-bihliotliécairc de Tournai, d'ajuès le irgisliv rôle n" l'i, loi. ^ifs de son dépôt. ( su ) iraînail l'Europe monarchique presque entière vers l'abso- liilismc et vers la centralisation; poussés par leurs hommes d'État autrichiens, par le marquis de Prié, par plusieurs hauts magistrats belges, les nouveaux souverains étaient entrés dans une voie où ils se maintinrent sans oscilhttions jusqu'à la fin de l'ancien régime. Dans l'ordre d'idées qui nous occupe, on peut caractériser leurs tendances domi- nantes en quelques mots : agrandir le cercle d'action du prince au point de le rendre l'arbitre des institutions na- tionaleselles-mèmes; donner au gouvernement de Bruxelles seul le droit d'initiative et faire de lui le centre exclusif auqueldevaient aboutir toutes les affaires locales de quelque importance; écarter toiit à fait de la conduite réelle des affaires publiques la haute aristocratie belge (1) qui liait ordinairement sa cause à celle des états et à celle des an- ciens privilèges nationaux (2). Dans cet étal des choses l'ostracisme politique prononcé tacitement contre la classe des grands cavaliers; l'activité de plus en plus absorbante des corps qui entouraient le gouvernement central ; bientôt l'intervention directe et continue dans le détail des affaires (1) On a vu , dans ma précédente lecture, que la haute aristocratie avait perdu beaucoup de son influence dans la grande politique dès le règne de Charles II. La maison d'Autriche acheva son amoindrissement dans cette sphère, mais en ayant des ménagements pour les personnes et en laissant aux grands seigneurs un rôle important dans ses armées. (:2) Voir sur ces points les continuelles réclamations de Prié: Gachard, Documents inédits relatifs aux troubles de la BeUjique sous Charles VI, l. I''^ pp. 20, 115, 1-iO, 525; t. Il, p. 541. — La noblesse de robe était ordinairement en conformité parfaite d'idées avec la cour. On peut s'en assurer en parcourant les consultes du conseil privé, notamment en ce (jui concerne la réforme du grand bailliage du Hainaul. Wjnants, dans le liutpitre V de ses Mémoires sur le gouvernement des Pays-fias, souhai- tait aussi la réduction des prérogatives de cet office. ( 855 ) ildii niiiiisirc plènipolcntiaire, ayant roreille de la cour do S iiMiiic (1), se coiiibinèrciil avec le régime niililaire du te!n|)s, pour amener le pouvoir souverain à porter le der- nier coup aux gouvernements de province. N'osant ou ne Nouiant pas rompre en visière avec une tradition constante, conl'orme encore aux exigences des mœurs publitpics, qui réservait ces olUces à la plus haute noblesse; ne pouvant, par consé(iueiil, les conférera une classe de personnes que leurs tendances d'esprit et leur position sociale rendaient plus souples vis-à-vis d'elle; ne se liant du reste pleine- ment qu'à ses conseils de robe de Brux(;lles, la cour sapa sans relâche les olUces eux-mêmes. Puis, quand elle eut léduil leur iniluence presque à néant, elle trouva inutile de les conserver, et elle se mil, sans bruit, à les supprimer les uns après les autres (2). (I) Cliaili's (li> I.onaiiie si;> ou coniraiies à leur affection el corruption, usurpant les droits et » domaines de S. JI. et les licentes. .. Les généraux dissimulent parce •• qu'il y a des personnes de haute qualité qu'ils ne souhaitent point de " désobliger par considération et aspect particulier et a/fin qu'ils » applaudissent à ce qu'ils font..,. » Manuscrit n" lôIiT de la lîiblio- tlièque royale. — La Jointe des administrations el des subsides trouvait à son tour qu'on avait raison d'énerver les prérogatives des gouverneurs et grands baillis, parce que : ■> il est assez dans la nature que des per- " sonnes émiiienlcs par leurs emplois ou par leur naissance ne correspon- - dent (ilus avec la même vivacité dans l'exécnlidn des ordres eoncein.ini ( 856 ) Je me hàle d'ajouter que l'œuvre de la destruction des gouvernements de province ne fut pas l'œuvre d'un jour. La maison d'Autriche n'aimait pas , en général, les coups d'autorité trop retentissants (i) : elle préférait d'arriver à ses lins par des voies lentes, détournées, mais sûres. Elle marqua nettement son but : elle arrêta toutes les mesures propres à l'y conduire; puis, avec une ténacité inébranlable, avec une patience persévérante, avec une vigilance qui ne s'endormait jamais, elle appliqua ces mesures province par province quand le temps et les circonstances lui permet- taient d'agir sans trop d'éclat. A moins d'employer des procédés cassants, rien n'était plus difficile, et rien n'était d'ailleurs plus impopulaire, dans l'ancien régime, que de priver un officier de prérogatives dont il était en posses- sion. La cour le savait. Elle faisait bien proclamer de temps à antre, par ses jurisconsultes, la maxime incontestable en théorie « qu'il n'appartenait qu'au souverain seul de régler » les autorités et facultés de ses ministres » (2); mais elle essayait rarement de la mettre en pratique au moins à l'égard des dignitaires considérables. Le moment choisi pour opérer la réforme d'un office était d'ordinaire celui d'une vacance. Le gouvernement s'empressait alors de faire étudier à fond la situation des choses par ses conseils de justice, par ses offices fiscaux, par le conseil privé; il prenait sa décision, puis il faisait accepter celle-ci par le » le détail d'un gouvernement dans lequel ils n'entrent plus. » Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, t. II, p. 125. (1) Joseph H s'écarta tout à l'ail , sur ce point, des traditions de ses pré- décesseurs. (-2) Bulletins lie la Cummissiun jiuur ta pubticalion des anciennes luis et ordonnances . l. V, pp. 500, 511. l 857 ) nouveau pourvu avant de lui donner des i)alenles en forme, ou bien elle la lui imposait d'autorité (i). Ce fut, je pense, grâce aux procédés prudents du pou- voir central que la plupart des provinces se montrèrent indifférentes, au dix-liuitième siècle, à reffacemenlde leur gouverneur. Dans le seul comté de Ilainaut les états pri- rent, avec la même ardeur que jadis, fait et cause pour leur chef, dont les prérogatives éminenles étaient le gond principal sur lequel pivotait la vie individuelle et natio- nale de la province. Leurs réclamations constantes ne purent empêcher le grand bailli d'avoir à subir de nou- velles et considérables atteintes dans sa position plusieurs fois séculaire. Mais, se combinant avec la faveur insigne dont la maison d'Arenberg jouit auprès de la personne de Charles VI et de Marie-Thérèse, elles eurent un grand résultat : elles enrayèrent longtemps en Hainaut la poli- tique de la cour, et même elles forcèrent celle-ci à des mé- nagements et à des tempéraments (2). Les derniers grands baillis du Hainaut étaient encore les premiers personnages des Pays-Bas autrichiens, après les gouverneurs généraux et les ministres plénipotentiaires, à la lin de l'ancien régime. (1) Exemples : grand bailliage du Hainaul; Bulletins, cités, 1. 11, pp. 84 et suivantes. — Chancelier de Brabant, idem, t. V, p. :2'J5. — Gouver- neurs de Naniur, Bulletins de la Com7)u'ssion roijale d'histoire, 2'' .sér , t. IX, p. 40-2. {i) Bulletins de la Commission pour la puOlicaliuii des anciennes luis et ordonnances , t. Il, p|). 84 et suivantes. ( 858 ) XXIX. II me reste, pour terminer celte élude, à appuyer d'un cerlain nombre de faits précis les considérations générales du paragraphe précédent. Je n'ai que peu de mots à dire de la position militaire des gouverneurs capitaines généraux des provinces au dix-huitième siècle. Cette position l'ut moindre encore que pendant la courte période anjouine. Dans la sphère toute spéciale des affaires de l'armée, il n'avait pas été possible un seul instant de réagir sérieusement contre les laits ac- complis. L'armée du souverain, peu nombreuse en temps de paix, formait encore un tout compacte sous la direction supérieure exclusive du général commandant des armes; les principales forteresses étaient passées entre les mains des Hollandais; d'autres avaient reçu un gouverneur ou commandant de place spécial dépendant directement du pouvoir central ; il n'y avait plus guère de réel et de solide, dans la capitainerie générale des lieutenants provinciaux du prince, que l'autorité et les fonctions se rattachant au gouvernement militaire de la ville forte où ils résidaient (1). Toutes leurs attributions de justice militaire, de surinten- dance ou de police militaire dans le plat pays avaient été les premières supprimées, les autres réduites presque à rien. Le gouverneur de Namur même, quoique gardant le (1) Bulli'lins (le la Commission pour la publication, olc, t. II, p.llG avis (lu conseil privé eu 1778; idem, t. II, p. 136, avis conforme de Charles de Lorraine. Le règlement militaire du l'''"mars 17ô7, inséré aux Placards de Dr(d>anl. l. Vil, p. 175, fait à peine menlion des gouverneurs de pro- vince, sinon eoiiiinc einimiiuidanls de (ilaee ( 859 ) (ilro (le cnnilainc général, nV'lait plus qu'un ofticicr civil (l('[)uis l'occupation de la ville par une garnison et par un gouverneur militaire hollandais. Aussi, pour le dire en passant, le prit-on parfois, contrairement à toutes les tra- ditions, en dehors des cadres de l'armée (1). Pour préciser, au contraire, les étapes de l'amoindrisse- ment politique des gouverneurs pendant la dernière j)ériode de leur existence, il me faudra entrer dans plus de détails, et toucher à une foule de points particuliers. Dès les premiers temps du régime autrichien les lieute- nants provinciaux du souverain furent privés de toute inlliience directe et officielle sur le gouvernement général des Pays-Bas, non-seiilenient de fait, comme à la fin du dix-septième siècle, mais de droit et par principe arrêté. Ni la Constitution de 1718, ni celle de 1725, qui resta dehout jusqu'aux innovations de Joseph H, ne reprodui- sirent la disposition du diplôme de 1S5I admettant, à certaines conditions, les gouverneurs particuliers avec voix consultative dans le conseil d'État. Sans doule, il n'y avait pas d'obstacle juridique à ce qu'un ou plusieurs gouver- neurs fussent conseillers d'État effectifs; mais, d'une part, la Constitution de 1725 transféra au conseil privé, corps de robe où jamais soldat n'eut voix à parler, toutes les grandes attributions de politique intérieure afférentes pen- dant le régime espagnol au conseil d'État; et, d'autre part, ce dernier corps, au témoignage môme de Neny, ne tarda pas à devenir un conseil d'honneur sans activité (2j. Au (I) Bulletins^ cilés, l. II, p. 156. — nulleliiis de la Commission royale d'histoire, 2« sér., t V- p. ÔSo, et 3* sér., t. IX , p. 402 — Annales de la Société archéologique de Namur, t. X, p. 318. Un des princes de Gavre n'était pas mililaiie. (5) Neny, ouv. cité. t. II, pp 105, 106, 107. ( 860 ) point (le vue de la direction politique à donner au pays, les gouverneurs de province devenaient ainsi des agents, subordonnés en fait au conseil privé, chargés de transmettre et de faire exécuter des décisions à l'élaboration desquelles il ne leur était plus possible de prendre part. C'est ce qui explique le droit nouveau , attribué au gouverneur de Na- mur, de suspendre comme commissaire du pouvoir central et à condition d'avertir celui-ci, les décisions de la dépula- tion permanente des états quand il les jugeait contraires aux intérêts généraux (1), Mais par là même que les grands baillis et gouverneurs ne faisaient plus corps avec le gouvernement central, on s'attaqua aussitôt au droit de renouveler, les lois, qu'ils avaient repris à la chute de Philippe V, et qui était con- sidéré à ce que l'ai déjà dit, « comme un des principaux » ressorts et une partie du gouvernail des affaires |)u- » bliques (2). » Dès le 3 juin 1720 le marquis de Prié, en conflit avec le gouverneur de Namur, obtint un ordre de cabinet, rendu sur consulte du conseil suprême des Pays- Bas, conforme à ses vues (5). Cet ordre devait être appliqué immédiatement à Namur, et plus tard, dès que l'occasion serait favorable , dans les autres provinces. Il réservait au gouverneur général la nomination des magistrats dans toutes les villes ayant voix et séance aux états; il ne laissait (1 ) Bulletins de la Commission royale d'histoire , 2« sér., t. V, p. 353, etc. (2) Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, t. Il, pp. 124, 125, expressions de la Jointe. (3) Wynants, Manuscrit cité sur le gouvernement des Pays-Bas, chap. V. — Bulletins de la Commission pour la publication, etc., t. Il, pp. 122, 130. ( «01 ) ;mix lieulciianls provinciaux (iirim droit de présenlalion on de proposition qui ne liait pas le pouvoir central (I). A Naniur et en I.uxeinhourg rajjplicatioii de la règle nouvelle ne rencontra pas d'obstacle et put se faire imnïé- diatemcnt. Le comte de Lannoy de Clervaux, gouverneur du Nainurois, s'y soumit sans récriminations (2). Il briguait précisément la succession du comte de Gronsleld, qui ve- nait de mourir, gouverneur et capitaine général du Luxem- bourg. Dans cette dernière province la charge de gouver- neurresta vacante pendant près de sept ans(3); le président du conseil auquel , durant l'intérim , furent commises les principales attributions civiles de la gouvernance n'avait aucun prétexte pour réclamer l'exercice d'une prérogative dont ses prédécesseurs n'avaient jamais joui; et quand, en 1727, un étranger, le comte de Wallis, devint commandant et gouverneur provisionnel de la ville et de la province, il trouva une tradition établie (4). (1) Le pouvoir cenlial consultait aussi l'évêque, le commancJanl mili- taire, le président du conseil de robe, etc. : Gachard , Coll. de documents inédits; Régime communal, t. III, p. 42. — Il tenait souvent peu de compte des listes que les gouverneurs lui envoyaient, Annales de la Société archéologique de Namur, t. X, p.^ 326. (2) Dans les derniers temps le pouvoir central envoya parfois au gou- verneur de Namur une liste des pourvus avec charge de faire le renou- vellement « ensuite des ordres de la cour. » — Bulletins de la Commission royale d'histoire, 2^ sér., t. VIII , p. 197 ; t. V, p. 335. (3) Je pense que Charles VI laissa la charge vacante pour ne blesser aucun des nombreux candidats qui la demandaient, et qui, chacun, avaient des appuis sérieu.\ : les comtes de Lannoy-Clervaux , Mérode-Weslerloo, Vehien, Konissegs et Mercy, Mémoires du feldmaréchal de Mérode- Weslerloo , p, 223 et Annexes. (1) .Annexes, et renseignements dus à l'obligeance de M. Hardi , archi- viste du Grand-Duché. ( 862 ) En Limbomg il fallut attendre l'année 1725. A cette date , le pouvoir central se réserva pour la première fois la collation de toutes les charges d'échevin à la haute cour de Linihourg. Puis, en 1728, dans les patentes du marquis de Bournonville, il se réserva indistinctement la collation de tous les états et offices dont les gouverneurs précédents avaient disposé (1). En Hainaut , en dépit des efforts du conseil privé, l'ordre de 1720 ne fut appliqué dans toute sa rigueur que pendant le règne de Joseph IL Sans doute les instructions de trois ducs d'Aremberg, grands baillis de père en fils, datées de 1723, 1754, 1779, réservaient au souverain ou bien à son gouverneur général le renouvel-lement du ma- gistrat de Mons en conformité du principe général qui avait été arrêté. Mais chacun des trois ducs obtint, après être entré en charge, la faculté de procéder à ce renouvellement, « litre personnel et sans que cela pût tirer à conséquence. Une fois seulement, en 1754, la cour nomma elle-même et directement le magistrat de Mons pour interrompre en fait la possession des grands baillis. Le comte d'Arberg et le prince de Ligne furent les premiers de ces grands digni- taires auxquels la faveur octroyée à titre personnel aux ducs d'Aremberg ne fût pas continuée (2). (1) Reiiseiguements dus à l'obligeance de M, Poswick, d'après les archives de la haute coui' de Liinbourg, ei Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances , t. V, p. 317. (2) Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances , t. 11, pp. 84 el suivantes. — Bulletins de l'Académie royale, ±^ sér., t. XVI, pp. 589 el suivantes, et surtout pp. 651 et suivantes. ( 863 ) XXX. L(.' droit (l(^ conlV-rer les offices au nom du prince subit n iturelleiuent le même sort que celui de renouveler les lois. Je ne trouve plus qu'au dix-huitième siècle les gou- verneurs de Luxembourg nommassent encore à aucun olfice d'importance. Ceux du Limbourg furent privés de toute prérogative de l'espèce, en 1728, par les patentes (lu marquis de Bournonville dont j'ai déjà parlé (1). A Namur, dès 1769, à la suite de retranchements suc- cessifs, tout se réduisait pour eux, au dire du procureur gé- néral du Paix, à la collation des charges du grand bailliage et de la Jointe criminelle, des places d'échevins de la Neuf- ville et de Bouvignes, de portier du château et de celles des sergents des forêts royales à l'inlervenlion dos officiers des bois. En 1770 le pouvoir central prit soin de se réser- ver formellement la nomination du lieutenant gouverneur, du lieutenant souverain bailli, du lieutenant bailli des bois (2j, ainsi que le droit de disposer de la seule charge d'huissier au conseil de la province qui ne fut pas inféodée. !l établit, de plus, qu'avant de conférer les charges du sou- v((rain bailliage et de la Jointe criminelle le gouverneur de N.v.uwv devrait faire agréer ses choix par le gouverneur général. Si le conseil privé et le conseil des finances (1) On se rappelle que, dès le dix-septième siècle, le chancelier de Bra- banl était entré en possession d'une partie de leur droit de nomina- tion. (2) Celle de lieutenant gouverneur avait déjà été faite, antérieurement et plusieurs fois, par le pouvoir central. Voir Annales de la Société arclicolpgiqtic de Nnmur, t. X, pp. 53i, ùôi. ( 864 ) n'avaienl pas rencontré do l'opposition choz Marie-Thérèse, personnellement. lv(i!i^-(d\ovah\(i aux princes de Gavre, l>ien d'antres réformes auraient été ajoutées à celles dont je viens de parler (1). En Hainaut les bornes des pouvoirs du grand bailli ne furent changées qu'en 1779. En 1725 les instructions de ce dignitaire disaient encore : « étant contents que dispo- » siez des autres charges en conformité de votre commis- » sion, sans l'étendre plus avant aux dits offices par nous » réservés; » et ces derniers n'étaient encore que ceux dont il était question dans les instructions du comte de Bucquoy en 1615. Celles de 17S4 s'exprimaient à peu près dans les mêmes termes. Celles de 1779, au contraire, ren- versaient complètement la situation. Elles réservaient à la «lisposition du pouvoir central toutes les charges el tous les offices dont la collation n'était pas, in lernnnis , aban- donnée au grand bailli, ainsi que toutes les prérogatives (pii ne lui étaient pas expressément attribuées. Dès lors le lieutenant provincial ne conféra plus guère que les charges de dépositaire général du comté, de commissaire pour la gestion des terres saisies, de commissaire pour l'audition des comptes des bonnes villes, de corraUer, et certains petits emplois ne donnant pas d'influence sur le mouvement politique de la province (2). (1 ) Bulletins de la Commission royale dliistoire , 2' sér., l. V, p. 555; 5'' sér., l. IX, p. 402. Annales de la Société archéologique de Namur , t. X, pp. 525, 550. (2) Bulletins de ta Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances , t. Il, pp 125, 151, 159. — Bullelins de r Académie rnijale, 2' .sér., l. XVI, pp. 651 et suiv. — Le bailliage des bois avait élé engagé parla cour au dix-huitième siècle. Pincliart, ouv.cit., p 54. ( 86S ) Ail ili\-liiiilième siècle le grand l)ailli du Ilaiiiaut élail le seul gouverneur de province qui eût encore, au nom du prince, l'exercice de certains droits de souveraineté dans son ressort (1). Le renouvellement des luîtes ciilie lui et le conseil souverain , à propos de la collation des octrois, luttes dans lesquelles les états intervenaient en laveur de leur chef avec la même ardeur que jadis , fournirent bientôt au pouvoir central l'occasion désirée de frapper un grand coup. Après une enquête approfondie sur les traditions du grand bailliage, le prince Charles de Lorraine intervint dans la querelle et, par un décret du 18 juin 1751 , il la vida au profit du pouvoir central et aux dépens des deux con tendants. Le décret de 1751 réservait au gouvernement général des Pays-Bas la faculté de conférer désormais les lettres de naturalisation, de légitimation, d'amortissement, les au- torisations pour rechercher les minerais ou pour ériger des moulins, les octrois pour répartir les impositions des- tinées à « fournir aux aides et subsides, » etc. 11 ne laissait au grand bailli, et encore cuncursiiemcnt avec le conseil souverain, que le droit de conférer quelques espèces d'octrois de minime importance. En dépit des elforts des grands baillis ce décret fut toujours maintenu. Des diffi- cultés n'ayant pas tardé à s'élever de nouveau, entre le con- seil souverain et le lieutenant du prince, par rapport à ce qu'il fallait entendre par le mot concursivement, le pouvoir souverain se prononça de nouveau. Le conseil privé était d'avis d'introduire enfin en Hainaut la règle absolue déjà (1) Le conseil souverain de Biabaiit et le conseil souverain de Gueidre, daus une certaine mesure, étaient dans la même position. 2"^ SÉRIE, TOME XXXV. oG ( 860 ) consolidée dans les autres provinces où les conseils avaient pour chel'un gouverneur : celle qui voulait que toutes les affaires de la compétence commune de ce conseil et de ce gouverneur lussent Irdïléescolléyialeineht, que le gouver- neur fût présent ou non (1 ). Mais Marie-Thérèse, par égard pour le duc d'Aremberg, prit un tempérament notifié par ses ordres aux intéressés en 1754. Le grand bailli et le conseil souverain devaient se communiquer réciproquement les requêtes aux fins d'octrois non réservés qui leur étaient adressées. S'ils étaient d'accord, ils devaient y répondre en commun. S'ils différaient d'opinion, il appartiendrait au gouvernement général de vider le conflit. Si l'un d'entre eux consulté restait en défaut de ré[X)ndre,plus de trois semaines, au premier saisi, ce dernier pouvait procé- der à son gré à l'expédition de l'octroi en nom collectif. C'était seulement au cas où le grand bailli était absent du Hainaut que le conseil souverain était autorisé à se con- duire co lime les autres conseils de justice se conduisaient dans des cas analogues. Bien que l'impératrice eût déclaré que cet arrangement était purement provisionnel, pour le temps où le duc d'Aremberg, alors vivant, serait en fonc- tion , elle le maintint, en faveur du fils de celui-ci, en 1779, et dans les mêmes conditions (2). Je ne pense pas que les deux derniers grands baillis, le comte d'Arberget le prince de Ligne, reçussent jamais le droit de s'en prévaloir. En même temps qu'elles réglaient, dans le sens que je (1) Ballrlins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances, t. Il, pi". 101 et liô; voir au surplus ce que j'ai dit plus haut à propos du dix-septième siècle. (2) Idem, l. Il, pp. 127, 105, 106, 118, 159. (867 ) viens (le préciser, le pouvoir d'aecorder des ocirois, les inslniclions du grand bailli/en 17o4, portaient deux autres atteintes à ses antiques prérogatives. Elles le privaient du droit d'accorder des exemptions de charges et de presta- tions personnelles, et du droit de faire grâce en matière criminelle que tous ses prédécesseurs avaient exercés. A la vérité ce dernier lui lut rendu en 1755 par acte spécial de Marie-Thérèse, à litre personnel et dans des limites très- étroites. Mais dans l'espèce le fier cavalier voulait tout ou rien. Il n'usa plus jamais d'un pouvoir qu'on .ne lui confiait qu'ébréché, et que d'ailleurs on ne rendit plus en aucune façon à ses successeurs (I). En 1778, le conseil privé proposa encore d'enlever au grand bailli le pouvoir d'édicter (2) relativement aux matières tenant à la législation; celui d'ériger des collèges, corporations et confréries; celui de conserver celte garde à pied et cette garde à cheval, qui donnait un si grand relief extérieur à sa dignité, mais qu'on représentait désor- mais comme « inutile et presque déplacé. » Marie-Thérèse ne l'écouta point, sauf sur ce dernier point. Elle décréta la suppression des gardes à la cruelle mortilication des grands baillis, en se réservant de statuer plus tard sur « l'emploi » de l'épargne qui en résulterait (5). » i\) Bulletins de la Commtssio)i pour la publicalion des anciennes lois et ordonnances, t. II, pp. 131, 145, 191, 107, 111. — bulletins de l'Aca- démie roiiak\ S"- sér., l. XVI, lac cit. (2) A propos de ce droit on vit également des luttes oniio le j;i:iiid bailli et le conseil souverain; mais je ne sache p:is (in'elles Insseiil jani.iis terminées par un acte spécial du pouvoir central. (ô) Bulletins de la Commission pour la publicalion , etc., pp. 1 18, 1 20, 150. — Bulletins de r Académie royale, i' sér , t XVI , loc. cit ( 868 ) Dans le Naiimrois l(\>; |>riM(>iialivos lioiioriCnjucs dos gou- vonuHirs trop oi'Ialanles au\'MMi\ îles oonscils ilo rohc, avaioDt dojà ilispani depuis quolquo temps. Dès 1700 on avait décidé do siipprimorloiirsf^oj/f/o-sou gardos militaires, par voie d'extinction. Fn 1770 on leur avait enlevé le droit de chasse et le droit de pèche dont ils jonissaiont depuis des siècles dans les seigneuries non engagées. Partout, enlin, on avait défendu de donner aux gouverneurs la qua- lilication de MonsviyiieKr à laquelle ils prétendaient depuis quelques années (i). Les gouverneurs de province au dix-huitième siècle avaient perdu l'hahitude de prendre part en personne à ladministralion de la justice. Ils ne siégeaient plus guère dans les conseils provinciaux que dans les occasions d'ap- parat {±) I.e grand bailli de Ilainaul seul avait conservé, en théorie, une certaine supériorité sur les gens de rohe, ses assesseurs = en matière de judicatnre : il avait encore la présidence et la semonce, avec voix décisive dans les atVaires dépendantes des anciens sièges de l'au- dience et du terrage (5). Les autres gouverneurs avaient jierdu. même légalement, tout droit analogue. Kn Luxem- lunirg, c'était le président seul qui, n)éme en présence du gouverneur, pouvait mettre les alVaires en délibération, (1) Bulletins de la Commission pour la publicalion,clc., i. II, p I iiî. — Bulletins de la Commission royale d'histoire, iî'" sér , l . V, p Ô."i5. — Annales de la Soeiète archèoloijique de ?\amur. l X, pp. 5:20, 550. (2) Bulletins de la Commission pour la publieation, etc., t. Il, p. llTi et suivantes. — Annales de la Société archéologique de Namur , loe. cil. — Bulletins de l'Académie royale, "2" .>;ér., t. XVI, p. tîOH. (ô) Bulletins de la Commission pour la publication , olc, l. il . p. ITil. inslmclion de ITT'J. ( m) ) proposer (-1 recueillir les voix (I). A >;iimir, «mi ITOU, le j,'oijv('riieur n'avait j)lus ni le droit de semonre, ni même celui de voter dans les affaires contentieuses (2). La roi)e s'était ainsi entièrement énianci[M;e de la tutelle de l'épée. Kn cas de conllit elle était très-souvent soutenue à Bruxelles, et elle accentuait cette position nouvelle |)ar des prétentions à des marques extérieures de puissance, (pic jadis elle n'aurait |)as même songé à formuler Côi. .le l'cnse que cette situation, compliquée d'incessantes dillicultés d'étiquette, avait plus contribué à chasser les lieutenants provinciaux du prétoire, que le manque de connaissances spéciales et Tennui causé à des hommes de « 5" Que dans les cas où les avis du gouverneur et » du président ou des conseillers députés du conseil ne » pourraient pas se réunir, ils auront à s'adresser de part » et d'autre à nous pour demander et attendre la résolu- » tion que nous trouverons bonne d'y porter; ce qui ne » devra cependant pas empêcher que lorsqu'il se présen- » tera quelque circonstance pressante relative à la sûreté B de la ville et de la province de Luxembourg, le baron » de Marschall ne puisse prendre sur lui d'y .faire pourvoir » provisionnellement et dans ces cas non-seulement ceux B du conseil, mais aussi les états et tous autres qu'il ai)par- » tiendra, auront à lui prêter toutes lumières, aisances et » secours nécessaires, comme ils devront faire également B toutes les fois que ce général croira en avoir besoin » pour l'exécution des dispositions militaires ou celles » ayant rapport à son commandement que le lieu du ser- B vice exigera. » « 4° Que le président aussi bien que le conseil , et tous B autres, auront à se conduire exactement en cette con- B formité et tâcheront de marquer de leur côté au général B baron de Marschall tout l'attachement et la déférence B convenable et de conserver avec lui une bonne et par- » faite harmonie en concourant dans toutes occasions en B tout ce qui pourra contribuer à l'avantage du service, du » bien-être et à la sûreté de la province. » f> 5" El qu'eniiii pour ce qui est du formulaire usité » pour les expéditions du conseil de Luxembourg, par » MomeifpiCHr le qovrcrncur, président, etc., nous décla- ( 873 ) î> roiis ail nom cl de la j)ail de S. M. que, comme elle a » (Icrcmlii de donner le lilrc de iMonseignenr aux gou- » verneurs des provinces (I) et que d'ailleurs il n'y a » plus de gouverneur de celle de Luxembourg, elle veut » qu'en conséquence les mots En résumé, le gouverneur du Luxembourg devenait ainsi un pur gouverneur militaire avec lequel les pou- voirs politiques locaux étaient obligés de vivre en bonne liarmonie, mais qui n'avait plus d'attributions civiles ou administratives. Il n'avait plus même la convocation des états ni la cbarge de pétitionner le sui)side; la preniière passa au président et gens du conseil , la seconde fut délé- guée habituellement au président (3). F.es successeurs du baron de Marscball héritèrent de la situation qui lui avait été laite; de sorte que, depuis 17o6, la charge de gou- verneur de province resta vacante en fait dans le Luxem- bourg, sans que sa suppression fût formellement décidée comme en Lim bourg (4). Lorsque, en 1778, le conseil privé fut chargé de préparer une base pour la rédaction des instructions d'un nouveau grand bailli de Hainaut, il s'éleva avec virulence contre (1) Dullctina de la Commission pour la publication des anciennrs lois,elc , 1. II, pp. 103, 107. (-2) Renscigiienieiils et documents dus à l'obli^'eance de M. Hardt. <5) On trouve le récit d'un contlil a ce propos, dans une nolice de M. Gacliard, insérée dans les //w//e///i.v c/e ta Commission voijalc d'his- toire, "2« sér., t. VII, pp. 41 K cl suivantes. (1) ntilletins de la Commission pour la publication des anciennes lois, etc., l. Il , p. 135 : avis de Charles de Lorraine. ( 871 ) les litres fastueux de lieutenant gouverneur et capitaine général que ce dignitaire et le gouverneur de Namur por- taient encore, et contre celui d'administrateur général de la province, conservé à Namur par les successeurs du comte de Lannoy-Clervaux. Il les représentait comme propies seulement à « exciter l'ambition des pourvus, à » exaller leur imagination, et à les porter à des écarts » contraires au bien du service et de la chose publique. » Charles de Lorraine adopta ses vues. Parlant de ce qui s'était passé en Limbourg et en Luxembourg, il avoua à Marie-Thérèse qu'on aurait déjà probablement perdu l'idée <î d'un gouverneur civil pour la province de Namur, » si on n'avait pas considéré que c'était un moyen de » consoler, sans qu'il en coûtât au trésor royal, un homme » de rang digne d'attention et de récompense : » le prince deGavre(l). S'étendant avec plus de détails sur ce qui concernait le Hainaut, il montra à l'impératrice quel parli la cour pourrait tirer des circonstances spéciales dans les- quelles on se trouvait. Le duc d'Aremberg, qui demandait à succéder à son père, ne sollicitait in terininis que le grand bailliage. Il était aveugle et ne pouvait plus asj)irer à des charges militaires. Le prince de Ligne, d'autre pari, sollicitait le gouvernement militaire de la ville de Mons. Tous les deux méritaient des égards particuliers. Dans ces conjonctures, le gouverneur général proposa de donner à l'un une simple patente de grand bailli, à l'autre une simple patente de gouverneur militaire de Mons, sans plus faire mention dans aucune d'elles des titres de lieutenant gouverneur et capitaine général du Hainaut. Ceux-ci, (1) Bulletins fie la Commission pour la publication des anciennes luis, Ole, l II, i>i). 1 Ht. 156 ( «73) (lis;iil-il, srniit'Dl iiiiisi aiu'iiiilis |i;ir le l'ail, « sans aiiccine » (Icdaration qui aniioiieerail, ni pour l'un ni pour l'aulre, » une idée de suppression ou de rclranchemeul (I). » l/lnjj)éralrice, qui avait déjà décidé la séparation pcr- pcfiiclle des charges do grand bailli et de gouverneur mili- taire de Mons, accueillit les proj)ositions de Charles de Lorraine, pour le Hainaut, et les lit aussitôt exécuter. Mais, pour le Namurois, elle répondit aux suggestions qui lui étaient faites : « Quant à l'idée de supprimer aussi le » gouvernement civil de la j)rovince de Namur, comme » elle ne pourra être mise à exécution qu'à la mort du » titulaire actuel, V. A. me rendra un avis ultérieur là- » dessus lorsque le cas arriverait (2). » Lorscpie Joseph II monta sur le trône, il n'y avait donc plus dans les Pays-Bas qu'un seul gouverneur de province, celui de Namur, et un grand bailli du Hainaut, dans lequel la cour voyait plutôt un grand officier de justice investi de prérogatives considérables, qu'un véritable lieutenant provincial représentant direct du souverain (5). Ni l'un ni l'autre n'avaient plus aucune attribution militaire. Si les diplômes de 1787 bouleversant tout le système constitu- tionnel, politique,judiciaire et administratif du pays avaient (I) Bulletins de la Commission pour !n publication 'les anciennes lois, etc., t. Il , p. 156. ("i) Idem, l H, pp. 1 i9 et saiv;»iit(>s. On Iroiivc (i;iii.s le ciirloii ii" l."»0!> (lu conseil privé une lettre Toi't dure adi'essee :ui duc d'Areniber;; pour avoir pri.s(par inadvertance, disait-il), en I7.S0, le litre di' capitaine >;enL'ral qui ne lui appartenait pas. (ô) Idem, etc , t. Il, p, ioO. — Marie-'l'hérèse déjà en 177.S faisait sup- primer la garde du grand bailli > (pii parait n'avoir été attachée (pi'à la » représentation du souverain (pie lui doiniait la (lualile de liruicnant et r capitaine gênerai t|ui .sera ét^alenienl abolie. " ( 876 ) clé mis à exécution, long les deux auraient disparu. On sait ce qui brisa les projets de l'Empereur; et je n'ai pas à faire ici l'histoire de la révolution brabançonne. Après la restauration autrichienne, le prince de Gavre reprit ses titres et ses fonctions à Namur et les garda jus- qu'à la lin de l'ancien régime. En Hainaul, Léopold II offrit de nouveau le grand bailliage au duc d'Arembcrg que Joseph II avait, par un acte contraire à la conslitulion du comté et fortement hlàmé par la population, forcé de donner sa démission (I). Le duc refusa; et l'Empereur, cherchant à son défaut un autre cavalier des plus brillants et des plus populaires dans la province, nomma le prince de Ligne en 1791. Le prince était déjà gouverneur niili- laire de Mons : de sorte que, par un singulier hasard, la décision prise par Marie-Thérèse en 1778 eut l'air d'èlre rapportée. Mais en réalité il y avait alors à Mons un colonel commandant la place, et le gouverneur militaire n'avait qu'un titre sans attributions réelles. Lorsque le prince de Ligne entra en charge , le conseil souverain du Hainaut venait d'être réorganisé pour la dernière fois sous le nom de noble et souveraine cour du. Hainaut [%. Il n'eut pas de réclamations à faire quant à ses pouvoirs judiciaires que le décret de réforme avait laissés dans le statu quo. Le 15 mai 1795, après la seconde Res- (1) Leduc (rAremberg, étant aveugle, s'était vu imposer sous Marie- Thérèse l'obligation de faire contre-signer ses actes par un secrétaire, nommé par lui, mais assermenté entre les mains du chef et président du conseil privé... Son état de cécité fut un des prétextes qui colorèrent la mesure de Joseph H. — Bulletins de la Commission pour la piiblicalion des anciennes lois, etc., t. II, p. Ml. — Bulletins de l'Académie roijale , 2*^ sér., t. XVI, loc. cit. (2j Pincharl , oiu'. r<7., p. 15S. ( «77) ladiiilionjl cnil, n) rcvniiclic', devoir Jidrrssor au comlt' th TiautiiKinsdorir, cliaiicclicr drs l*ays-lias, nue loiiguo k - moiilrance sur la posiliou |iulilii]uc qui lui élait laile. « Je r suis, disait-il dans son langage incisif, le premier grand y> bailli sans prérogalives,et le premier gouverneur militaire » sans autorité. » il deniandail (|u'on lui rendît le com- mandement des armes à Mous, où, général, il avait « l'air » d'être un homme de robe; » et, en même temps, comme mesure de pacilication et de saine popularité, qu'on res- tituât au grand bailliage le droit de grâce, le pouvoir d'accorder des octrois tel qu'il existait avant le décret du 18 juin 1741, la collation de tous les emplois non expres- sément réservés, et même les gardes â pied et à cheval (1). Le gouvernement central ne répondit pas , que je sache, à ce mémoire. Aussi bien, un an plus tard, la révolution française balayait non-seulement le gouveinemenl de Namur, le grand bailliage du Hainaut et les autres vieilles institutions nationales, mais encore notre nationalité (2). (1) Bulletins de V Académie royale , 2« sér., t. XVI , loc. cil. (2) Je crois nécessaire de réparer ici une inadvertance. Dans la première partie de ma notice, je n'ai pas cité deux travaux importants: une étude de M. Ençï. (ici Marmol, sur les Anciens gouverneurs de Namur; une autre dt'M. Jults iJoigin-l, De rorigine du conseil provincial de Namur. Toutes les deux sont insérées dans le tome X des Annales de la Société archéologique de Namur. On y trouve une foule de renseignements pré- cieux relatifs aux différents points (jue j'ai traités. ( 878 ) ANNEXES. Listes des gouverneurs et capitaines généraux de Limhourg, Luxembourg, Gueldrc, Flandre, Hainmit, Hollande, Na- mur, Artois, Flandre gallicante, Frise, Tournai-Tour nui- sis, depuis le règne de Philippe-le-Bon ou depuis la réu- nion de la province aux Pays-Bas jusqu'à sa séparation ou jusiju'à la fin de l'ancien régime. Ces listes ne contiennent que peu d'erreurs, je pense, mais je dois avertir que certaines d'entre elles présentent, malgré mes efforts, des lacunes surtout pour le quinzième siècle. Les sci- {Tiicurs n'y sont désignés que par leur prénom, leur nom de famille et leur titre principal. Je leur ai donné, le cas échéant, leur qualité de chevalier de l'ordre de la Toison d'or; mais, de crainte d'allonger démesurément ces annexes, j'ai cru pou- voir me dispenser de mentionner et la totalité de leurs titres seigneuriaux et même les hautes charges qu'ils cumulaient avec leur gouvernement. On comblera facilement cette lacune en recourant au Nobiliaire des Pays-Bas. Je me fais un de- voir de remercier ici M. Eugène Poswick-de Marotte, Charles Païele, archiviste bibliothécaire de Lille, Henri van den Broeck, archiviste bibliothécaire de Tournai, qui m'ont fourni les listes complètes que je donne : le premier pour le Limhourg, le second pour la Flandre gallicante, le troisième pour Tournai et le Tournaisis; ainsi que MM. Piot et Pinchart des Archives du royaume, "M. Paul Holvoet, substitut du procureur du roi à Anvers, M. le chanoine van Drivai d'Arras, M. Hardt, archi- viste du grand-duché de Luxembourg, M. Stanislas Bormans, archiviste de Namur, dont la collaboration m'a été d'un pré- cieux secours pour la rédaction des listes des autres pro- ( 879 ) viiiros. Pour permcUrc f.icilcnuMit de reolUier les erreurs ou les omissions commises, et pour faciliter au hesoin le lra\ail Lio^iapliiiiiie, jai imli(|ué sous la plupart des noms un cer- tain nombre de preuves ou de sources. DlCIlt DE LiMBOL'UG ET PAYS O'OU TRE-MeUSE. Sources d consulter relativement aux gouverneurs de ces pays : A £ri^\t, Histoire du Limbourg. — B. Invenlairc des aicliives de la chambre des comptes, lome 11, p. ô'20 el suivanles; Comptes des officiers de justice du F^imbourg, etc. — C. //. //enne, Histoire du règne de Charles-Ouint. ~ D. Manuscrit de la Bibliothèque royale, n» 204 11. — E. Volume des archives de raiidieiice; Papiers d'État; Commissions et Instructions pour des [jouver- neurs de province. — F. Chambre des comptes : Registres de la recette générale du Limbourg el divers. — G. Gachard, .\nalectes belgiques. — H. Bidietins de la Commission royale (riiistoire. — I. Gachard, Coriespon- dance de Philippe II. — K. Gachard, Actes des États Généraux de l.")76 à 1585. — L Slangen, Het marckgraefschap Hoensbroeck. — M. Fr/inki- net, Beredeneerde inventaris der oorkonden en bescheiden van de abdy Kloesterrade. — N. ff'auters, Histoire des environs de Bruxelles. — (). Col- lection des patentes militaires. — P. Leforl, .Manuscrits généalogiques re()o- sant aux archives de Liège, 1" partie, registre ^21. — Q. Manuscrit de la Bi- bliothèque royale, n" 15778.- K Archives des étals de Limbourg. — S. Fre- derick Hendrick van Nassauw, prince van Orangien, zyn leven en bedryf. — T. Recueil des anciennes ordonnances des Pays-Bas autrichiens, 3" '• sé- rie, tome I et H. — U Bulletins de la Commission pour l.i publication dus an- ciennes lois et ordonnances. — V. .Almanachs de la cour du XVIIP' siècle. — W. Gachard, Actes des États Généraux de IGô^. Gouverneurs. Henri, sire de Gronsfeld, chevalier, est établi gouverneur par Philippe Le Hardi, il joint à sa gouvernance la charge de drossart et de châtelain de Limbourg et de Wassemberg, prêle serment au duc à Assclie, en Brabant, le 'i'î juin 1387, el reste en charge jusqu'en 1300. (A., tome V, p 157.) Par commission du 7 septembre 1590, Jean dit Scheiffart de Mérode, sei- gneur de Heymersbach, chevalier. Il est aussi châtelain de ^^^lssemb<'rg II reste en charge jusqu'en lô!)4. (A., lome V, p. IfiO.) ( 880 ) Par commission du 2G janvier 1394, Jean de Lyerc, seijjncur irimnierseele, chevalier, margrave d'Anvers et sénéchal de Brabanl. (A., tome V, p. 167.) Par commission du 5 janvier 1405 (n. st.), Jean de Looz, sire de Heins- berg, chevalier, succède à Lyerc-Immerseele. (A., tome V, p. 180.) — A cette époque s'ouvre une longue période pendant la- quelle il n'y a plus de gouverneurs de la province. Voici les drossarts du duché proprement dit : De 1405 à 1408 Renier de Berghes, chevalier, compte comme burgrave du pays de Limbourg. (B., p. 520.) En 1415 André de Mérode, sire de Frankenberg, signe comme châtelain burgrave de Limbourg, l'acte d'union du Brabant et du Limbourg. (A., tome V, p. 199.) En 1417 Robert, comte de Vernembourg, est nommé drossart du duché de Limbourg et, en 1420, il prend le duché en engagère. (A., tome V, p. 204 ) En 1459 et 1460 Robert, comte de Vernembourg, est châtelain, drossart et lieutenant des fiefs du duché de Limbourg ; il a pour lieutenant Frederick, seigneur de Wittliem fB.). En 1460 Antoine de Croy, premier comte de Porlien, chevalier de la Toi- son d'or, etc (frère de Jean de Croy, premier comte de Chimay), succède à Vernembourg. Il reste en charge jusqu'en 1475 ayant pour lieutenant d'abord, Colard de Baillet, chevalier, puis Thierry de Borset, chevalier. Il est pendant longtemps châtelain et drossart de Daelhem. (B. et H., 1" série, tome XI, p.;90.) De 1478 à 14?<4 Frederick de Witlhem, chevalier, est châtelain, dros- sart, etc., de Limbourg, et pendant quelque temps drossart, châtelain, etc , de Daelhem (B). Après lui l'on trouve : De 1490 à 1495 Englebert , comte de Nassau et de Vianden,etc. (B.). De 1495 à 1504 Vincent de Zwaenenbergh (B.). De 1504 à 1515 Jean de Palant, seigneur de Palant et de Wildenbourg , chevalier, qui est aussi pendant quelque temps châtelain et drossart de Daelhem. (B. et C, tome I, p. ôOô.) De 1515 à 1516 Henri van Gulpen (B.). De 151 8 à 15421e damoiseau d'Aremberg , c'est-à-dire Robert de la Marck, comte de la Marck et d'Aremberg, qui est aussi drossart et châtelain de Daelhem pendant quelques années. Il a, de 1537 à 1538, Herman van Gboir, seigneur d'Andrimont, pour lieutenant en Limbourg. (B. et C. tome IV, p. 22; B., p. 521 ; et C, tome IX, p. 38.) ( m ) GoiiverneurN eapItaiiicM Ként>rtiiix. Par patentes du 29 mars 154"3(n. si:*), Jean, comte (rOosiFrise ou d'Over- Empden, seigneur de Durbuy, chevalier delà Toison d'or, etc. lùi vertu de patentes spéciales, il est aussi drossart, châtelain et lieutenant des fiefs de Limbourg, et, pendant longtemps, drossart, châtelain et lieutenant des fiefs de Kauquemonl. Il reste en charge jusqu'à sa mort arrivée en 1572. Pendant la durée de son gouvernement Guillaume de Gulpen . seigneur de Wode- mont, apparaît comme lieutenant gouverneur vn 13G8; ce Guillaume *st depuis lolj-J drossart, etc., de Limbourg; il reste drossart jusqu'à sa mort en 1577 et, depuis 1572, à la mort du comte d'Oost- Frise, il devient en outre drossart de Fauquemont. (B. et I., tome H, p. 666; G., p. 17(); D., fol. Xô; E.,fol. 124 el 2% pour ses instructions] F., registre n» 13072, fol. 227; H., ô"" série, tome IV, p. 395, etc ) En 1574 Arnould Huyn d'Amstenraedt , chevalier, seigneur deGeleen, succède à Oost-Frise,estenmême temps drossart el châtelain de Fauquemont, el reste en charge jusqu'en 1578. (B., p. 324; K., tome I, p. ll'J; L., pp. 222-223.) En 1578-79, le colonel Christophe de Mondragon, chevalier, seigneur de de Reminisweert, succède à Huyn. (M., p. 79.) Par patentes du 8 octobre 1579. Claude de Wiithem (dit de Deersel), sei- gneur de Ruysbroeck, chevalier, est nommé gouverneur. 11 e>l drossarl et châtelain de Fauquemont. Il rcsle en charge jusqu'à sa mort en 1597. (B., L., pp. 222-223. — N., tome III, pp. 4^3 et 597.) Par patentes du 15 août 15'J7, Gaston Spinola, seigneur d'Embry, comte de Bruay, etc., succède à Wiithem. 11 prête serment à l'archiduc Albert le 10 novembre, el à la Haute Cour devant les élats de Limbourjç le 20 novem- bre. 11 est drossart et châtelain ile Fauquemont, Il resle en charge jusqu'en 1612 et passe alors au gouvernement de Tournai. (0, tome II, p. 117; tome III, p. 110; — F., registre n" 365, fol. 557; — P.. registre n" 21, fol 216.) Par patentes du 23 mars 1612, Max de S'«-Aldegonde , baron de Noir- carmes, premier comte de S"^-Aldegonde, chevalier de la Toison d'or, etc., suc- cèdeà Spinola. Il prêle sermenlà la Haute Cour le 17 aoiil 1GI2. 11 est drossart et châtelain de Fauquemont. Il reste en charge jusqu'en I6:?0 et passe alors au gouvernement de Namur. (Q — H , 3™« série, t. VIII. j) 443; — F., registre n» 2481 ; -0., tome III, p. 63. Par patentes du 16 février 1620, Charles Emmamifl de Gorrevod , mar- 2"* SÉRIE, TOME XXXV. 57 ( 882 ) quis (l(! Marnay, comte de Ponl-ilc-Veaux, chevalier ile la Toison d'or, succède à S"-A!def|oii(le. Il est drossarl, elc, de l'auquemonl. Il resle en charge jusqu'en \{)-2L[l., p. l'2G; — Q.; — F., registre 2 i«2; — R.) Le 2'J octobre 1624, Herman de Bourgogne, comte de Fallais, beau-père de Gorrevod , prêle serment à la Haute Cour du duché comme successeur de ce dernier. II est drossart, etc., de Fauquemont. Il meurt en charge le 16 juin 16"2G. (B. — Q. — Biographie nationale.) Le 16 octobre 1G2G, Hugues de Noyelles, comte de Noyellesetde Fallais, beau-fils de Bourgogne, prêle serment à la Haute Cour comme successeur de ce dernier. Il est drossart, etc., de Fauquemont. Il quitte son gouverne- ment lors de l'occupation du duché par les Hollandais en 1G32. Aux États Généraux, réunis en 1652 à Bruxelles, Guillaume de Caldenborg, seigneur de Boeucq, drossart de Limbourg, apparaît comme lieutenant du loi dans le duché. (W., p. ô. — S., p. 167.) L'occupation hollandaise se prolonge du 7 septembre 16Ô2 au 1" novem- bre 1635. (B.,p. Ô21.) Par patentes du 5 novembre IGâo, Guillaume Bette, baron , puis premier marquis de Lede, etc., succède à Noyelles. Il reste en charge jusqu'à son pas- sage au stadthoudérat de la Gueldre, en 1640. (0 , tome VI, p. .*52; — H., 2'"'^ série, tome III, p. 159; — L., p. 227; - R. - F., registres n"> 2494- 249G.) Par patentes du 5 janvier 1G40, Jean, comte de Wiltz, etc., succède à Lede. Il reste en charge jusque vers 1647 ou 1648. (F,, registre n" 2496. — L., p. 227.) En 1647, Jean Claude de Lavergne, colonel d'un régiment wallon, lieu- tenant gouverneur, remplit la charge de gouverneur. (0 , tome IX, p. 124.) Par patentes du 25 février 1 649, Lancelot Schetz, comte de Grobbendonck, baron de Wezemael, maréchal héréditaire du Brabant, etc., beau-fiis du comte de Noyelles, succède à Wiltz. Il prête serment au gouverneur général le 9 avril, et le 28 du même mois à la Haute Cour. 11 meurt en charge en 1665. (Q. — R. — F., registre no 2501 . - 0., tome XI , p. 234; tome XII, pp. 40, 135; tome XIII, p. 75, tome XV, p. 50.) Par patentes du 27 mars 1065, Jean-François Désiré , prince de Nassau- Siegen , chevalier de la Toison d'or, etc., succède à Grobbendonck. Il prête serment à la Haute Cour le 16 mars 1065. Il reste en charge jusqu'en 1684 après avoir joint à son gouvernement celui de la Gueldre. Mais de 1675 à 1678 les Français occupent le Limbourg. (F., registre n''251ô; Q. — R. — H., 2'""' série, tome II, p. 293. — B., tome 11, pp. 105, 108, 109.) Par patentes du 28 janvier 1685, Henri Louis Lamoral, prince de Ligne, etc., chef de sa maison , chevalier de la Toison d'or, succède à Nassau. ( 883 ) Il roslc en charge jusqu'à sa moit le « janvier 1702. (ij. — l\. — H , -""• série, tome XII , p. 2'Jô.) Le 8 octoltru 1702, François Sigismond île la Tour el Taxis, comle île Valsassine,elc., prête scrmenl a la Haute Cour comme successeur ilu pricue <^ série, tome XII, pp. 294-293.) Par patentes du 23 juillet 1709, Jean VVenceslas, comle de Gallas, etc., succède à Quiros. (T., tome II, p. 670. j Par acte du 23 février 1710, Gallas se substitue François Adolphe, baron de Sinzerling, etc., ministre de l'Empereur auprès des Étals Généraux (T. , tome IIip. 672.) Par patentes du 27 octobre 171ô, SinzendorfT, nommé plus haut, leprend sa charge d'administrateur. Le 14 décembre suivant, il se substitue le général baron de Tunderfeld, déjà lieutenant gouverneur de Limbourg. (T., tome il, pp. 4S8-497.) Par patentes du 17 mars 1714, le comte de Valsassine, nommé plus haut, rallié à la maison d'Autriche, redevient gouverneur et capitaine général en lilre du Limbourg. Il reste en charge jusqu'en 1723. Il a à celle époque un traitement de 1,530 florins par mois. (T., lome M, p 309, patentes. — H., 3' série, tome X, p. 37 1 .) Après une vacance de la charge , qui dure deux ans , et par patentes du . . 1723, Othon, comle de Vehlen, feldmaréchal, etc., succède à Valsassine. Par patentes du 20 mai 1728, Wolfgang Guillaume de ISournonville , marquis de Bournonville, feldmaréchal lieutenant, etc , succède à Vehlen. Il prête serment à Bruxelles le 25 mai et à la Haute Cour le 50 juin. Il reste en charge jusqu'en 1734. (U., lome V, p. 517.) La charge étant supprimée, en 1738, par commission du 20 mars, Philip|)e Joseph Dieudonné, baron, puis premier comle de Woeslenraadt, généial major, depuis 1741 , au moins, lieutenant des fiefs, ilrossarl et cliâtelain de ( 884 ) Limboiii'g, est chargé de remplir les fonctions de gouverneur pour le civil et le militaire, sans porter d'autre titre que celui de drossart. 11 reste en charge jusqu'en 1794. (B.-V.) Duché de Luxembourg et comté de Chiny. Preuves: A. Berthollet. Histoire du Luxembourg, tome IV, pp. xxiv et suivantes; B. ^. Henné, Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique. — C , Chambre des comptes. Recette générale du Luxembourg, et divers. — D. Inventaire des archives de la chambre des comptes. — E. Publications de la société pour la recherche, etc., des monuments historiques du Luxembourg. — F. Duclerck. Mémoires. — G , illolinet, Chroniques. — H , de Robaulx de Soumojj. Étude historique sur les tribunaux militaires. — I. Bulletins de la Commission royale d'histoire. — K. Archives de l'audience; Papiers d'Klat; Commissions et instructions pour des gouverneurs. — L. Gachard , Actes des États Généraux de 1576 à 1585. — M. Gachard^ Actes des étals géné- raux de 1600. — N. Collection des patentes militaires. — 0. Mémoires du feldmaréchal comte de Mérode-Weslerloo. — P. Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances. — Q. Renseignements fournis par M. Hardt, archiviste du Grand-Duché. £n 1445, Philippe-le-Bon , entrant en possession du Luxembourg et du pays de Chiny, y établit comme gouverneur son bâtard Corneille de Bour- gogne. Celui-ci meurt en 1452, devant Rupelmonde. (F., tome 1, p. û4ô.) En 1448, Antoine de Croy, premier comte de Portien, etc , succède à Cor- neille, il reçoit en même temps le gouvernement de Namur, et reste en charge jusqu'en 1465. (J., 1" série , tome XI, p. 113.) En 1468, 69, 70,71, on trouve comme gouverneur, Rodolphe, marquis de Rothelin et de Hochberg. (D , tome II, p. 1-32.) En 1475, Claude de Neuchâtel, seigneur du Fay. (H., p. 1 1) En 1478, Englebert de la Marck, seigneur d'Aremberg. En 1479, Philippe de Croy, comte de Portien, etc , fils d'Antoine, plus tard capitaine général du Hainaut. (G., chapitre LXXI.) En 1480, Hugues, seigneur du Faing, chevalier. (E., tomeX, p. 85) De 1480 à 1483, Claude de Neuchâtel, seigneur du Fay. (E., tomeX,p. 85. — J., 3' série, tome X, p. III.) En 1485, Englebert, comte de Nassau et de Vianden, chevalier de la Toison d'or. Par patentes du 20 août 1488, Christophe, marquis de Bade, chevalier de ( S85 ) la Toison d'or, reç^'oit le jjouvcinemenl du Luxemhoiiifî et de Chiny en enqaijàre. Quand il dcvienl insensé, ses fils, l'iiilippc el Bernard, les jeunes miirquis, gouvernent allernativemenl en son nom. (K., fol. 7,8.1), 10. — B,lome II, p. 241 ) Par patentes du 28 octobre 1528, Bernard, marquis de Bade, succède oflRcielIemenl à son père. 11 renonce en 15Ô1 à son eugnf/ère, pour lui et ses fils, moyennant une indemnité. (K.,loco citalo Instructions. — B., tome IV, p. 221; lome V, p. liO.) Par patentes du ôl décembre 1551 , Philippe de Croy , marquis, puis pre- mier duc d'Arschot, prince de Chimay par sa femme, chevalier de la Toison d'or, déjà grand bailli et capitaine général du Hainaut , succède au marquis Bernard. (B., lome VI, p. 83. — Il est cité dans l'acte d'érection du conseil de Luxembourg.) Par patentes du \'' août 15ô5, .Antoine de Glymes, premier marquis de Berglies, premier comte de Walhain, succède à Croy-Arscliot , en conservant le gouvernement de Namur qu'il possède déjà. 1! meurt en charge en 1541. {B., tome VI, p. 83.) Par patentes du 7 décembre 1541 , Pierre de Werchin, sénéchal hérédi- taire du Hainaut , chevalier de la Toison d'or, succède à Glymes Berghes dans ses deux gouvernances. (B., lome III, p 37; lome VII, p. 300. — K., folio 118, Instructions.) Par patentes du 2 juin 1545, Pierre Ernest de Mansfeld, comte, puis prince de Mansfeld, etc., chevalier de la Toison d'or, succède à Werchin dans ses deux gouvernances. Il est fait prisonnier par les Français en 1552. (B, tome IX, p. 259; tome VIII, p 1 IS. — K , folio 158, Instructions.) Par commission du 25 juillet 1552 . Lamoral d'Egmont, comle d'Egmont , prince de Gavre , chevalier de la Toison d'or , etc., est commis an gouverne- ment par provision et tant que Mansfeld sera empêché (B., tome IX, p. 265.) Par commission du 26 mars 15,53, Martin van Ro.ssem, seigneur de Poe- deroyen, chevalier, maréchal de Gueldre, succède par provision à d'Egmont. H reste en charge jusqu'à sa mort en 1555. Cependant, par commission du 22 juin 1554, Pbili|)pe d'Orley , seigneur des Ecaussines, bailli du Brabant wallon, gouverne le duché par intérim tant que van Rossem est absent. (B ,tome X,p. 108.) Par patentes du 25 juin 1555, Charlesde Brimeu, seigneur d'Humbercourl, comte de Meghem, chevalier delà Toison dor ^petit-fils de Gui), est créé lieutenant, gouverneur et capitaine général en titre, [tarcc (|ue Charles- Quini trouve des inconvénien's à faire durer le provisoire j)endant la cir|)ii- vilé de Mansfeld qui se prolonge. (B , tome X, |>, 202. — K , folio 204, 200. Patentes et instructions.) ( 88G ) Le 1'^ octubit! 1557, le coinle île Mansfeld lenlre en chaire el reste lilii- laire dd (jouveinemenl du Luxembourg, même pendant qu'il gouverne les l'ays-Bas, jusqu'à sa mort en 1604. En 1570, quand il est arrêté avec les membres du conseil d'État, il est remplacé provisoirement par le comit; de Manderscheidt; et, en IfiOO, il a pour lieutenant-gouverneur, Jacques, seigneur de Raville, chevalier. (L.,lomel, pp. '2'.J-ôl. - M , page 49 ) Par patentes du -JO juillet 1004, Florent de Berlaymonl , comte île Berlay- mont et de Lalaing, chevalier de la Toison d'or, ancien gouverneur de NiMiur, quitte le gouvernement de l'Artois et succède à Mansfeld. H reste en charge jusqu'à sa mort en 1620. (C registres 2040 et suivants - K., folio 428, /nslructions.) Par patente du 7décembre 10-20, Christophe, comte d'Oosl-Friseou d'Over Kmpden, chevalier de la Toison d'or, succède à Berlaymonl. En janvier 10Ô2 il reçoit une patente (jui le fait commandant d'un corps d'armée, formé dans sa province, et destiné à faire campagne en Allemagne. La même année il est remplacé provisoirement par Pierre Thierry, comte de Blanckenheini et de Manderscheidt, mais il reste gouverneur et capitaine général jusqu'à sa mort en lO-ÎO. (C; registres n"''2046, 2047— K— A 4-57, /nslructions. — .1.; ô""' série, tome I, p. 278 ) Par patentes du 17 janvier 1036, Ernest, comte d'Isembourg et de Greiit- /au, cliovalier de la Toison d'or, est créé commandant des gens de guerre en campagne dans le Luxembourg; et. par patentes du 2ô mars MiôG, le comte de Keyl, lieutenant gouverneur, est maintenu dans son office par le pouvoir central pendant la vacance du gouvernement, avec charge de veiller au logement des gens de guerre, mais sans avoir de commandement sur eux. (N., tome V, pp. 1 et 0.) En janvier 1Gô8 Claude de Lannoy , premier comte de la Motterie, cheva- lier de la Toison d'or, devient gouverneur civil et militaire du Luxembourg, par provision (N. tome VI, p. ôô.) Par patentes du 0 mars 10-38, Jean Beck, baron de Beauforl,etc., est créé commandant militaire du duché et, par patentes du 1 8 janvier 1 642, gouver- neur et capitaine général en titre. Il meurt en 1648. (N., tome VI, p. 55. — C, registre u" 2048 — Biographie nationale.) Par patentes du 25 février 1040, Philippe François de Croy, duc de Havre, chevalier de la Toison d'or, etc., succède à Beck en quittant le gouvernement de Tournai. Il meurt en 1030 et n'est pas remplacé avant 1054. (C, registre n» 2048.) Pendant la vacance du siège sont successivement commandants militaires do la province : Ghislain de Bryas, |>remier marquis de Mollinglien; le niai- (juis .\lonzo de Strozzi, et don Juan Eiançois Sanchcz de Pardo. (A '. ( ^^«7 ) Par palenlos du ;*4 janvier IGiM, Philippe de Croy-Cliimay-Arember(j, prince de Cliimay, chevalier de la Toison d'or, etc., succède à son cousin le duc «le Havre en qniUanl le (îonvernemenl de Namur. Il meurt en charjje en I()75. Pendant ses absences on voit successivement le commandement des gens de {juerre de la province exercé par : Jean Chrétien de Landas de Louvegnies, el par don Carlos de .loux, marquis de Conflans. (C, registre n" ^2G\S. — N.,tome XXIII p. 15. - J., 1" série, tome XI, p. 10-2 ) Le ô mai 1076 le marquis de Conllans prête serment comme gouverneur el capitaine général intérimaire en attendant l'arrivée du successeur de Chimay. Il meurt plus tard vice-roi de Navarre. (G., registre n» 2032. — 0., p 51.) Par patentes liu -M juillet 107r), Ernest .\Iexandre de Croy Chimay Arem- berg, prince de Chimay, chevalier de la Toison d'or, lils de Philippe, est in- vesti de la charge devenue vacante par la mort de son père. Il ne prend pos- session de son gouvernement qu'en 107G ou 1677. 11 rend Luxembourg aux armées françaises en loSlj après une belle défense, et va mourir en 1686. vice-roi et capitaine général de Catalogne. Pai- patentes du i janvier 1678 le comte de Soye avait été commis pour remplacer éventuellement Chimay en cas de maladie ou d'absence. (C, registre n" 2656. — N., lome XXVI, fol. 221.— J., 1" série, tome XI, p. 162; 3'"' série, tome X, p. 361.) Pendant le régime français on trouve comme gouverneur : le marquis de Lambert; et comme commandants : le marquis de Boulflers ; Nicolas de Câli- nai ; Henri duc d'Harcourt; Louis du Parc, marquis de Locmaria [A). Li-s Français ayant évacué le Luxembourg, en conséquence de la paix de Ryswick, Jean Frederick d'Autel, baron de Vogelsanck, premier comte d'Aulei, général de l'électeur palatin, prend possession de la ville capitale le 28 janvier 1698 au nom de Charles II II était déjà nommé gouverneur et capitaine général de la province par patentes du 15 novembre 1697. Il est mainlenu en charge d'abord par Philippe V, ensuite par Max de Bavière, .sou- verain du Luxembourg. (C., registres n"« 2653, 2656. — J , 21"" série, tome VII, p 4.14 - P., tome I, pp. 507, 308.) Par ordonnance du 17 octobre 1714, datée de Presbourg, l'empereur Charles VI donne pleins pouvoirs au général Bertrand-Antoine, baron de Wachtendonck , commandeur de l'ordre Teutonique, de prendie possession du Luxembourg. Wachtendonck exécute sa mission les 2, 5, 4, 13 et 16 jan- vier suivant. (J , 2'n<' série, lome VII, p. 445. — P lome I, p 308. 0.) Par patentes du 50 octobre 1716, Jian-François, comte de Rronckhorst- Gronsfeld,elc., eslcréé gouverneur et capitaine général il mcnrl en charge le 7 avril 17 li). (Q. el 0., tome H, p 223 cl liv. 128 ) Après une lonjîue vacance la charge de commandant cl gouverneur provi- ( 888 ) siomiul (le la ville et de la province est donnée à François l*aul, conile de Wallis. Sa nominaiion est annoncée au conseil de Luxcniboiii}; par lellre de la gouvernante générale, du 16 mai 17i'7. Wallis quille la province en '[7-2'J. (0.) En 17Ô0, par lettre du 15 mai, la gouvernante générale informe le con- seil de Luxembourg que l'Empereur a confié le commandement provisionnel de la ville et de la province, avec tous les droits et honneurs des gouverneui'S précédents, au général-major, chevalier de la Toison d'or, baron, puis comte de Neipperg. Celui-ci reste en charge jusqu'en 1755. (Q.) Le 3 février 175() le général baron de Marschall arrive à Luxembourg comme gouverneur de la ville et de la province , mais il n'a plus, de même que ses successeurs, que des attributions militaires. (Q. — J., 5"'* série, tome VII, p. 4-21.) Duché de Guelore et comté de Zutphen. Preuves. A. ffetme, Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique- — B. De ridderschap van Veluwe, etc. door M. TF. F. baron d'Ablaing van Giessenberg, p. 75 et suivantes. - C Pontanus, Ilistoria Geiriae. — D. van Slichtenhorst, XIV boeken van Geldersse geschiedenissen. — E. Gachard, Rapport sur les archives de Lille. — F. Groen van Prinsterer, Archives ou correspondances inédites de la maison d'Orange-Nassau. — G. Manuscrit n" 20411 de la Bibliothèque royale. — H Archives de l'audience : Papiers d'Élat, Commissions et Instructions pour des gouverneurs. — I. Gachard, Correspondance de Philippe II. — K. Gachard, Correspondance de Mar- guerite de Parme. — L. Nypels, Les ordonnances criminelles de Philippe II. — M. Inventaris van het oud archief der gemeente Nijmegen, door Nijhof. — N. Gachard, Actes des États Généraux de 1576 à 1585. — 0. Bulletins de la Commission royale d'histoire. — P. Bilderdyck, Geschiedenis des vader- lands. — Q. Fan Meteren, Historia belgica nostri potissimum lemporis. — R. Bentivoglio, édition française de 1770. — S. Gachard, Collection de documents inédits concernant l'histoire de Belgique. — T. Collection des patentes militaires. ~ U. Chambre des comptes, recette générale du Lim- bourg — W. Cartons du conseil privé. — X. Consultes du conseil privé. — Y. Mémoires du feldmaréchal de Mérode-Westerloo. — Z. Délices des Pays- Bas. Guillaume, seigneur d'Egmont, etc., est nommé stadthouder par Charles le Téméraire en I47ô. (A., tome I, p. 57; tome VII, p. 199. — B ) Philipi)e de Croy, comte de Chiniay, etc., succède à Egmont au commence- ( 889 ) ment de 1 470, el lesle en charge jusqu'en février 1 477 à l'expulsion des Bour- i;uij;nons. (B.) En 1480 Guillaume d'Ej;mont revient comme représentant de Maximilien d'Autriche el de Marie de Bourgogne. (A ,tomel, p. 57; tome Vil, p. lUli.) En 1481 Adolphe, comte de Nassau Wiesbaden, succède à Egmonl. (C, p 573. — E., p. 278— B.) En 1501 Jean V, comte de Nassau, frère du comte Englebert, est commis au gouvernement par Philippe le Beau. (.\., tome I", p 70.) En octobre 1505 Philippe, bâtard de Bourgogne, sire de Blalon, chevalier de la Toison d'or, plus tard évêque d'Utrecht , succède à Nassau. Il donne sa démission par dépit de ne pouvoir continuer les opérations militaires à son gré, mais il reste provisoirement en charge jusqu'en 1510. (A., tome P', pp. 102,123,151. - B.) En 1510 Florent d'Egmonl, seigneur d'Ysselstein, chevalier de la Toison d'or, plus tard deuxième comte de Buren , succède à Blaton. (A., tome l"", pp. 234, 313.) Par patentes du 20 septembre 1543, données après la réunion définitive de laGuekireaux Pays-Bas, René deNassau-Chàlons, premier prince d'Orange de sa maison, chevalier de la Toison d'or, déjà stadlhouder de Hollande, est créé par Charles-Quint stadlhouder et capitaine général de la Gueidre et de Zutphen. Il meurt devant Saint-Dizier. (A., tome VIII, p. 150. - F., I^' série, tome I"", p. 74. — M., pp. 75 el suivantes.) Par patentes du 1 5 janvier 1 545 Philippe de Lalaing, comte do Iloogstraeten et de Rennebourg, chevalier de la Toison d'or, succède à Orange. Il est aussi grand veneur. Il meurt en 1555. (A., lome VIII, p. 340. — G., fol. 92 el 102, Instructions. — H., fol. 140, idem. — M., p. 75. — B., p. xli.) .Après avoir été désigné dès le mois de juin par les états de Gueidre, par patentes du 25 septembre 1555 , Philippe de Montmorency-Kevele, comte de Hornes, chevalier de la Toison d'or, succède à Hoogstraeten comme stadl- houder el grand veneur. Il est maintenu en charge le 13 février 1558, mais, peu de temps après, il est contraint de laisser son gouvernement pour l'ami- rauté de la mer. [.] , tome I"", p. c.\cvi. — G., fol. 110, /nstructions. — H., fol. 282, 292,306, /mtructions. — II, fol. xvi. — M., p. «2.) Par patentes de 1500, expédiées d'Espagne, Charles de Brimcu, comte de Megheni, etc., ancien gouverneur du Luxembourg, ancien capitaine géné- ral du Hainaut, succède à Hornes dans le stadlhoudérat et la vénerie En 1570 Philippe II, (jui lui donne le gouvernement en titre de la Frise, té- moigne l'intention de lui enlever celui de la Gueidre, m;iis il ne donne pas suite à son dessein. Meghem reste en charge jus((u'à sa mort ariivce à Zwolle le 8 janvier 1572. (D.,p.o20. — J, tome I", p. 180 ; tome II, p. lô(3. — K., ( 890 ) tomu J", p. 180. — L., p. 41) — G., fol. 105, 36-i, Instructions. — B , y xi.i — M., pp. 84 à 1 10.) En 1572 Gilles de Berlaymoni, baron de Hierges, chevalier liie nationale — H., fol. 4<5I, ùistruclinns.) Par patentes du 24 décembre KiôT, Guillaume Bette, marquis de Lede, gouverneur du Limbourg, reçoit le commandement, par provision, de tous les gens de guerre entre le Rhin et la Meuse II devient stadlhouder el capitaine général de la Gueidre par patentes du 5 janvier 1040. (T., tome VI, p. 52. — H , fol. 471, /nstruclinns. — U . registre n" 2490 ) Par patentes du 50 janvier 1043, Jacques de Haynau est nommé comman- dant, par provision, des gens de guerre entre le Rhin et la Meuse (T , tome VI , p. 252.) Par patentes du 13 août 1640, Jean Conrard d'Aubremont, baron de Ribaucourt, succède à Belle de Lede. Il reste eu charge jusqu'à sa mort eu 1052. (H., fol. 479, patentes ) Par patentes du 14 octobre 1052, Philippe Dalthazar de Gand du Vilain, comte d'isenghien, premier |)rince de Masmines, chevalier de la Toison d'or, succède à Aubremonl. Il reste en charge ju.squ'à sa mort on 1681. Mais, pendant .ses absences sont créés successivenicnl gouverneurs intérim.-ires : j)ar |)alcntes du 20 février 1()77, le marquis de Conflaos; cl, par jialenles du 14 juillet 1679, François Philippe de Mehin, marquis de Richeliourg. (H , fol. 487, 491, 49 i ) Par patentes du 20 mai 1081 , Jean-François-Fortuné-Désiré, piince de Nassau-Siegen, chevalier de la Toison d'or, gouveineur du Limbourg, succède à Masmines. Il est installé par les états de la province le 5 février 1082. (Vrchives du conseil de Gueidre W. carlon, n» 21. — X., tome V. loi. 192 et suivants.) ( i^n ) Par patentes du . . . 1690, Philippe-Emmanuel de Hornes, prince et comte de Hornes et de Houtkerke, succède à Nassau. Il meurt en 1718, mais il péril son {jouvernement en octobre 1702, quand les alliés enlèvent la Gueidre à Philippe V. (Y., p. 274. — Z., tome 11, p. 129-144.) En 1 7 1 G , le \'^' mars , le comte Jean-Dominique de Maidegliem prend pos- session au nom de Charles VI de la Gueidre dite autrichienne, c'esl-à-dire du haut quartier démembré au profit de la Prusse, des l^tats Généraux de Hol- lande et de l'électeur palatin. (/fec/ama(»ons ije/f/içucs, tome X, p. 72 — Z., tome II, p. 144.) En 17 ... le baron de Dalberg est stadlhouder provisionnel. (W., carton n» 21.) En 17^7, le lieutenant-colonel Jean Mastro de Negrelte, simple comman- dant militaire, devient stadlhouder provisionnel honoris causa. Après lui le gouvernement de la Gueidre demeure définitivement supprimé. (\V., carton n"2i.) Comté de Flandre (1). Preuves. A. L'Espinoy, Antiquités et noblesse de Flandre. — B. Snndc- rus, tome 1" , p. 28. — G. Inventaire des archives de la ville d'Ypres. — D. Guillaume , Mémoire couronné sur l'organisation militaire sous les ducs de Bourgogne. — E. Molinet. Chroniques. — F. Kervtjn de /.eltenhove , Histoire de Flandre. — G. Bulletins de la Commission royale d'histoire. — H. Pontus Heuterus , Rerum Belgicarum libri quindecim. Anvers, 1598. J. Henné, Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique. — K. Correspon- dance de Marguerite de Parme et de Maximilien'd'Autriche. — L. Manuscrit n 20411 de la Bibliothèque royale. — M. Gachard ., Correspondance de Philippe II. — N. Gachard, Actes des États Généraux de 1576 à 1585. — 0. Fan iVeteren, Ouvrage cité. — P. Juste, Guillaume le Taciturne. — Q. Archives de l'audience; Papiers d'État, Commissions et Instructions pour des gouverneurs. En 1425, Philippe le Hardi, se rendant en Bourgogne, confie le gouver- nement (lu comté de Flandre à son conseil. (C, tome III , p. 136.) Vers 1 434, Jean, seigneur de Ghisteiies , est créé par Philippe le Bon gouverneur du comté. (.\., — B., tome I''', p. 28.) En 1434,1e comte d'Étampes est lieutenant gouverneur général de la (1) La li^tp de L'Espinoy dans ses Aniiquilés et noblesse est fort défectueuse. ( 895 ) Flandre et ilc l'Arlois pendant l'absence ilu ijuc île lîourfjopne. (C, lome III, p 107.) En 145.3,1e duc, s'absentant , conflc fe gouvernement du comté à ton conseil (C , tome VII , p. 145.) En 145-3, le sire de la Grulbuuse est capitaine général du comté. (D., p. 85.) En J 174, pendant que Charles le Téméraire est en Ferelle, Jean, seigneur de Lalaing, ancien gouverneur de Hollande, est momentanément lieutenant général de Flandre. (E., chap. xctii.) En 1482, les étals du comté , reconnaissant à Maximilien le titre de bail et mambour de son fils, ne le font qu'avec réserve : < que la Flandre sera gouvernée soubs le nom de .Ms' Phelippe par l'advis de ceulx de son sang et de son conseil estans et ordonnez lez lui. ■ Ils choisissent |)Our ces conseillers Adolphe de Cléves et de la Marck, seigneur de Ravenstein, chevalier de la Toison d'or, Philippe de Bourgogne, seigneur île Beveren, chevalier de la Toison d'or, Louis de Bruges, seigneur de la Grutbuuse. comte de Winches- ter, chevalier de la Toison d'or, et Adrien de Gand dit Vilain, seigneur de Rasseghem ou Rassenghien. (F., tome V , pp. 331 , 359. — B.) En 1484 , .lacques de Savoie, comte de Romont, commande comme capi- taine général les Flamands contre Maximilien. (F., tome V, pp. 301 , 302.) En 1488, Philippe de Clèves, fds d'.Adolphe, dit Philippe Iflonsieur, esl capitaine général des Flandres pour M.iximilien. Mais après la rupture de la paix de Bruges, il devint capitaine général des Flandres contre Maximilien. Il prêle serment en celte dernière qualité le 30 juillet 1488. ( G., îî' série tome 1 1 , pp. 337 ,301; tome X , p. 38 1 ) Depuis 1489, Englebert, comte de Nassau et de Vianden, etc., devient lieutenant général de .Maximilien en Flandre. Il meurt en 1504 (H., pp. 178, 267. — G., 2' série, tome III, p. 253. - C. , lome Vil, p 190; tome IV, pp. 180,200,222, 24). - B) De 1305 à 1317, Jacques de Luxembourg, seigneur de Fiennes, chevalier de la Toison d'or, exerce la charge de gouverneur el de capitaine général du comté de Flandre (ainsi que du comté d'Artois et de la Flandre gallicanle). (J , tome I", p. 253; tome II, p. 12. — K., lome I"', p. 288. — B.) En 1317, à la mort de Jacques de Luxembourg , son fils Jacques II, pre- mier comte de Gavre, chevalier de la Toison d'or, déjà gouverneur de la Flandre gallicanle, lui succède. Quand il meurt, en 1522, le pouvoir central laisse le gouvernement de Flandre vacant pendant huit ans. (J., lome IV, p. 100. — G., 5* série, lome VI, p 131.) Par patentes du 27 décembre 1540, Adrien de Croy, premier comte du Rœulx, chevalier île la Toison d'or, déjà gouverneur d'Artois el de Flandre ( ^^^t ) {jallicanle, est créé gouverneur el capitaine général tlu comié de Flandre 11 meurt en 1553 au siège de Tliérouanne. (J , tome VII , p lUO. — L , loi. ô et 4, Instructions.) Après une longue vacance de la charge, el par patentes du 7 aoiit l.'îSy, Lamoral, comte d'Egmont, etc., succède au comte du Rœulx dans ses gou- vernements ondaiice de .Mai'tjiieiilo dt; l'arme — 0. (jachtint. (Correspondance de l'Iiilippi; II. - I' Annales de la Sociélé archéologique de Namur. - y De lîobaulx de Soiimoy, ouv. cil — R Hulletins de l'Académie royale. GriiiKlM bailllN Capitaines sénériiux. (juiiiaiime de Lalainç, seigneur de Bugnicourl, est bailli du 24 juillet I 1i'7 au il janvier 1454. A celle dale il est déporté de son office par Phi- lippe le l]on.(A., p. 14(5.— H., pp. 557, 538.) De J4Ô4 à 56 Jean de Croy, premier comle de C.liimay, chevalier (1(; la Toison d'or, esl capitaine général et bailli. 'A., p. 14i). — B., 4ô:?-5'S.i Par patentes du 1 1 février 1 457, Philippe de Croy, comte de Chimay, chevalier de la Toison d'or, fds de Jean, lui succède dans ses deux charges. II se titre de grand bailli; prête serment le 14 février; compte comme grand bailli jusqu'au 51 décembre 1 -IGô, et se déporte volontairement de ses charges. (A, p. 146. — lî. pp. 4ô2-5-5'J.) Du 1" janvier 1463 au 14 décem- bre 1467 Jean de Rubempré, sire de lîievennes, chevalier de la Toison d'or, est grand bailli. (A., p. I4('). — P>., p. nôO.) Le -l-I décembre HTi", Antoine Rolyn, sire d'Aymeries el d'Anlhnm.) A. Roîyn reste grand bailli jusqu'en Par patentes du 7 juillet 1477, 14'J7. (A., p. 140. - H., pp. 4.3-2, .'')40, Adolphe de Clèves el de la Marck, 541. — F., 1" série, tome XI, pp. \'2V>- seigneur de Ravenslein, chevalier de 11)',».) la Toison d'ôr, elc , esl lieutenant gouverneuret capitaine général. Mais, peu de temps après, son fds Philippe esl chargé de la capitainerie, en son absence, fl'., ■"•■ série, tome \III, p. 28Ô, commission.) Par patentes «lu 0 aoni 14S'2, Phi- ( 896 ) lippe de Croy, comte de Portien, chevalier de l'ordre de Saial-Michel (France), est nommé capitaine gé- néral par provision tant que Phi- lippe, Monsieur de Clèves, sera em- pêché. (F., l'« série, tome XI, p. 198.) Par commission du 4 juin 1483, Philippe Monsieur est créé de nou- veau lieutenant général du Hainaul. (P., ô- série, tome VIII . p. 285 ) Par commission du 19 décembre 1484, Jean, sire de Ligne, cheva- lier de la Toison d'or, est nommé capitaine général par provision en l'absence de Philippe de Clèves. (F , 2"^ série, tome II, p. ôl5.) En 1485 Philippe de Clèves exerce sa charge en personne. {Idem ) En 1497 Guillaume de Croy, sire En 1488 Charles de Croy, premier de Chièvres, duc de Soria, chevalier prince de Chimay, chevalier de la de la Toison d'or, devient titulaire de Toison d'or, succède à Clèves. II reste la chaige de grand bailli qui, dès en charge jusqu'en 1521 et donne 1490, lui avait été promise pour le alors sa démission en faveur de son jour où A. Rolyn mourrait. ( A, p 1 40. gendre qui suit, Philippe de Croy. — B., pp. 4Ô2, 541 . — F., 1" série, tome XI, pp. 1-25, 199.) Par patentes du 13 novembre 1504, Par patentes du 2 juillet 1521, Phi- Jacques de Gavre, seigneur de Fresin, lippe de Croy, marquis d'.\rschot, chevalier de la Toison d'or, succède plus tard premier duc d'Arschot, che- à Chièvres. Il meurt en charge le 5 valier de la Toison d'or, neveu de août lo-î". (A.,p. 140. — B , pp 4-32- Chièvres, prince de Chimay par sa 541 .) femme, devient capitaine général. Il est confirmé dans sa charge le 20 septembre 1524. Après la mort de Gavre, et par patentes du 20 août 1537, il devient en outre grand bailli, en suite d'une promesse écrite qui lui avait été octroyée le 12 avril 1522 II meurt en 1549 en possession île ses deux charges. (A, p. 140. — B., p. 542. — P., 1" série, (ome XI, pp. 208, 209, 211. — D., fol. 15, 17.) Par patentes du 12 avril 1549, Charles de Lalaing, deuxième comte de Lalaing, chevalier de la Toison d'or, obtient ces deu\ charges. Il donne, le ( 897 ) 10 mars 1550, un démission du {jrarKl bailliage, mais reste ca|)ilaitic (;éin:ral jusqu'à sa morl en 155«. (A , p. 140. — B., p. 543.) Par patentes du 17 mars 1550, Par patentes du 22 novembre 15r)«, Jean de Lannnv, sire ou baron de Cliarles de Brinieu, comte de Me- Molembaix, cbevalier de la Toison i;hem, etc., est fait capitaine général, d'or, est fait grand bailli. Il meurt 1! passe, en 1500, au stadtlioudérat de en 1559. (A., p. 140. - li,p.544.) la Gueidre. (C, tome 1% p iiOG.) Par patentes du 12 mars 1500. Jean de Gl>mes , marquis de Berghes, chevalier de la Toison d'or, gendre du grand bailli Lannoy-iMolembaix , obtient la charge de celui-ci et celle de Meghem. Il prête serment à la gou- vernante générale le 17 juillet 1500, et reste en charge jusqu'à sa mort en Espagne en 1507. (A , p. 140. — B., p. 4Ô2-544. — F., "2' série, tome V, p. 342. — N., tome I", p. 224.) Par commission du ]•• juillet 1500, Philippe de S'--Al(Iegonde, baron de Noircarmes, obtient les deujr charges pur provision, en l'absence de Ber- ghes Il est conGrmé en 1570 et meurt en 1574 à Ulrecht (A , p 14(i. — B., p. 544. — 0., tome II, p. 137.) Par commission du 20 mars 1574, Philippe de Lalaing, comte de Lalaing, etc., obtient les deux charges par provision II reste en possession, en dépit de toutes les fluctuations de la politique, jusqu'à sa mort en 1582. (A, p. 140. - B , pp. 432,545 — F., 2"" série, tome XI, p. 217; tome VIII, p. 432. Le 12 juillet 1582, Emmanuel de Lalaing, baron de Montigny, puis mar- quis de Renty, chevalier de la Toison d'or, frère utérin du précédent, prête serment comme titulaire des deux charges II meurt en fonctions en 1590. ^A., p. 140. — B., p. 545. — F , 2™"= série, tome IX, p. -320 et suivantes.) Par deux patentes séparées, datées l'une et l'autre du 25 mars 1593, Charles de Croy, prince de Chimay , chevalier de la Toison d'or, plus tard troisième ducd'Arschot (ancien gouverneur de Flandre pour l'insurrection), obtient les deux charges pour cinq ans. il esi prolongé le 25 avril 1598 et meurt en fonctions le 13 janvier 1013. (A., p. 140. — B., pp. 432, 540. — F., l"' série, tome XI, p. 153.) Par patentes du 10 juin 1013, Charles de Longueval, comte de Bucquoy, chevalier de la Toison d'or (héros futur des guerres de Bohême), obtient les deux charges. Il les garde jusqu'à sa mort en 1021. (A., p. 140. — B., pp. 433, 547. — E., fol. 459, Instructions.) En 1622 et 1623, Jean de Croy, comte de Solre, chevalier de la Toison d'or, est grand bailli et capitaine général par intérim. (P., tome Vill, p. 247. — 0., p 1 50 en note. — H., p. 86.) S*"" SÉRIE, TOME X.WV. o8 ( 898 ) En !6-2ô, Lamoral île Liijne, premier itrince de Ligne, clievalier de la Toison d'or, est investi des deux charges, mais il n'en prend pas possession. Son nom est cependant mentionné dans les patentes de son successeur. (B., p. 547.) Par patentes du 0 février IG24, Florent de Noyclles, comte de Maries, obtient les deux charges, mais seulement par provision, parce qu'elles sont promises au (ils de Bucquoy pour le jour de sa majorité. 11 meurt peu après. (A., p. 147. — B., p. 547.) En 1G25, Guillaume de Melun, prince d'Espinoy, chevalier de la Toison d'or, succède par proDîs/ou à Noyelles, et reste en charge jusqu'en Kiôl, (A., p. 147.) Du 19 avril lGô-2 au 20 mars IGOô, Charles-Albert de Longueval , comte de Bucquoy, chevalier de la Toison d'or, est grand bailli , capitaine général et souverain ofiîcier. Par patentes du 18 novembre 1G37, il reçoit le com- mandement des gens de guerre en campagne dans le Ilainaut. Il meurt en 16GÔ. (A , p. 147. — B., pp. 435-548. — J , p. 24-->. — C, tome VI, p. 117.) Par patentes du 26 mai lOGô, Philippe-François d''Aremberg (Ligne- Aremberg) tluc d'Arschot et de Croy, premier duc d'Aremberg , chevalier de la Toison d'or, est créé grand bailli ; et par patentes du 4 juin , lieutenant gouverneur et capitaine général. 11 meurt en charge en 1674. (A , p. 147. — B., p. 4ÔÔ. - K.) Par commis.sion du 18 mars 1675, Philippe-François de Melun, marquis de Richebourg, est nommé comman- dant provisoire des gens de guerre du Hainaut. (C, tome XXlll, p. 99.) Par patentes du â juin 1675, Charles-Eugène, duc d'Aremberg, etc., che- valier de la Toi.son d'or, frère consanguin de Philippe-François prénommé, est nommé lieutenant gouverneur capitaine général, grand bailli et souverain officier 11 meurt en charge en 1G81. (A., p. 147. — B., p. 4ôô. — K.) Du 2ô juillet 1681 au 51 novembre, Wolfgang de Bournonville, vicomte de Barlin, Du 23 décembre 1681 au 10 mai 1682, Jacques de Fariaux, vicomte de Maulde , Du 2 mai 1682 au 30 juin 1689, Eugène de Berghes (S'-Winoc), premier prince de Hache, Du 1" juillet 1689 au 7 février 1690, Philippe-François de .Melun, mar- quis de Richebourg, sont successivement grands baillis par proi^ision. (A., p. 147.— B., p. 434.) ( 899 ) Un S février lO'JO au 7 juillet de la même année, la iliarge de grand bailli est vacante, mais Claude de Robaulx, seigneur de Lisbonne, en rem- plit les fonctious. (A , p. 147.) Par patentes du 20 juin 1 C'JO , Philippe de Glymes-Berghes , |)reinier prince •le Berghes, chevalier de la Toison d'or, est créé lieutenant goiivirneur, capitaine général et grand bailli par intérim. Il est obligé de rendre Mons aux armées françaises en 1091, après une brillante défense. (A., p. I'i7. — B., |). 434. — E., fol. 499, commission.) Louis XIV ne confère pas le grand bailliage à cause des droits de souve- raineté qui y sont attachés. 'A.,p 69.) Après le retour de Mons sous le sceptre de Charles II , Claude de Jauche, comte de Mastaing, devient capitaine général et grand bailli par inldrim. 11 nste en charge du 17 décembre 1097 au ôl mars 1698. (A., p. 147. — En 1698, par patentes du 17 avril, à titre définitifs Ferdinand Gustave de Croy, prince du S'Empire, comte du Rœulx, chevalier de la Toison d'or, succède à Mastaing dans ses deux charges. Il est maintenu par Phi- lippe V. Il reste en fonctions jusqu'en 1709 lors de l'occupation du Hainaut et de Mons par les alliés, dans la guerre de la succession d'Espagne. (A., p. 147. - B., p 434.) Par corami.ssion du 12 décembre 1709, Léopold-Philippe-Charles-.Ioseph d'Aremberg, duc d'Aremberg, chevalier de la Toison d'or, etc., petit-lilsdu duc Charles-Eugène, est créé par le conseil d'État lieutenant gouverneur, capitaine général et grand bailli par provision. Il est déhnitivement maintenu dans ses charges par deux patentes distinctes, l'une de lieutenant gouver- neur et capitaine général, l'autre de grand bailli et souverain officier, datées toutes les deux du ô février 172Ô. Il meurt en charge en 1754. (A., p 147 — B , p. 434. — G , tome II, p. 1 22, Instructions.) Par patentes du 13 décembre 1740, Charles, duc d'Aremberg, chevalier de la Toison d'or, etc., fils du précédent, est créé grand bailli adjoint avec suc- cession future, et, par patentes du 10 mai 1749 , son père ayant donné sa démission, lieutenant capitaine général et gouverneur de Mons. Le 4 mai 1754 il entre en charge comme grand bailli en actualité par la mort de son père. Il reste en fonction jusqu'à sa mort en 1778. (A., p. 147. — B., p. 434. — K. -L., tome 162, fol. 7.) Par patentes du 15 avril 1779, Par patentes de la même année Louis Englebert. duc d'Aremberg, 1779, le prince de Ligne est fait gou- chevalier île la Toison d'or, etc., fils verneur militaire de Mons. Le titre de ( 900 ) ilu précédent, est crée grand bailli. Eli lioulcnaiil capitaine général est siip 1787, le gouvernement des Pays-Bas, primé. ((î., tome II, p. ITi». — K., par ordre formel de Joscpii 11, le ii""' série, tome X 111, p 589.1 force à donner sa démission. ( .\., p. 147. — G., tome II, p. 13^, paten- tes et instructions. — R., î>"" série, lome XIII, p. 590 ) Par patentes du iî7 février 1788, le général Nicolas-.Vntoino , comte d'Arberget do Valengin , etc., est créé grand bailli 11 prèle serment à Mous le 6 avril. (.\., p. 1 47, 120. — L , registre de 1785 à 1794, n» 20l-> ) En 1789, pendant la révolution brabançonne, le duc dWremberg est réintégré dans sa cliaige par les états du llainaut 11 leur prête serment le 1 "janvier 1790. (J , 95 ) Le 8 aiu'il 1791 , Charles Joseph, prince de Ligne, chevalier de la Toison d'or, reld-maréclial aulrichie», etc., déjà gouverneur militaire de Mous, est solennellement reçu dans cette ville et installé comme, grand bailli Ses patentes sont du HO mai précédent. Il reste en charge jusqu'à la réunion de la Belgique à la France. (A , p. 148. — M. — L., loco citato, p. "J97 ) HoLL.XNOE, Zélande, L'treciit, West-Fuise, Voohne, LA UrIELLE (1). Preuves. A. Bilderdyck^ ouvr. cilé. — B. David. Vaderlandsche gcschie- denis. — C. Duclerck, .Mémoires. — D. Namèche^ Cours d'histoire nationale. — E , Pontus Neuterus. — V. Henné., Histoire du règne de Charles-Ouint citée. — G. Groen van Prinsterer, ouvr. cité. — H. Archives de l'audience: Papiers d'État, Commissions et Instructions pour des gouverneurs. — J. Manuscrit n^' '20411 de la Bibliothèque roj> aie. — K. ^(jc/i(ird, Correspon- dance de Guillaume le Taciturne. — L Gachard, Correspondance de Phi- lippe II. — M. Ciichard, Rapport sur les archi\es de Lille. — N. Juste, Le soulèvement des Pa^s-Bas conlie la domination Espagnole. — 0. Juste, Guillaume le Taciturne. — P Gacliard, Xcles des États Généraux de 1570 à 1585. (1) Je dois donner ici une explication rétrospective par rapport ù In Frise. La Frise onentale, dans la stricte acception géographique du mut, n'appartenait pas aux Pajs-Bas. La Frise occidentale, au point de vue jçt'oj;raplii(iiio, l'oiniait la gou- vernance ijui- j'ai appelée Frise orienlalo. La Frise iiollandaiso, occidentale par rapport à celle-ci, portait le nom de West-Frise. (901 ) En H:J«, Florent île Borv;k, plu» lard chevalier de la Toivin d'or et comte d'Oslrevant, est cooimis au «ladthoudérat de Hollande, Zélaode et We»t-Fri»«, par Philippe le Bon. Il est destitué en 1455, lor» de ton mariage arrc Janfueline de Bavière (A , lome IV, fol 155.) En 1 155, Hugues de Lanaoy , teigneurde Santei, cheralier de la Toison d'or, succède à f5or^le. Il reste en charge jusqu'en 1410 (B , lonae VIII, p. 155 — C , tome I, p. -J'iJ ) En 1110, Guillaume de Lalaing, seigneur de Bugnicoart, succédée Lannov; il eil deporlf en l41/> à l'occasion de son attitude dans les que relies des Hoecks et des Cabillauws (x\., lome IV, p, 148, 150. — 6 , tome VIII, |. 15-. ) En I li/î et 14 iO, Goswin de Wilde, président du conseil, gouverne mo- mentanémenl le pavs. En 1 147, il est condamné à mort et exécuté (b , ome VIII, p. \zr>. — A , tome IV, pp 150, 151.) En 1 118. Jean, sire de Lannojr, chevalier de la Toison d'or, est installé comme siadthouder. Il devieni plu» tard gouverneur de la Flandre gallicanle. (A , lome IV, p 152.) Vers 1454. Charles, comte de Charolais, reçoit le gouvernemeni delà Hollande, etc Q). En 146;), Louis de Bruges, seigneur de la Gnithuuse, comle de Win- chester, chevalier «le la Toison d'or, est sladthouder. Il est encore en charge en 1477. (A , tome IV, pp 218, 251. — D , tome VII, p 60? ) En 1477, Wolfart de Borsele, comte de Grandpré, chevalier de la Toiion d'or, succède à Guillaume. Il est démissionné en 1479 sur le* instances des Cabillauws (A , lome IV, pp 251, 255. — E., tome II, p. '.)*,.) En H^-O, .lean de Lalaing, sire de Lalaing, chevalier de la Toison d'or, succède à Borsele. Il meurt devant L'irecbl en juillet 1485. (E., tome II, p. 187) En 1 485, Jean III d'Egmont (fib de Goillaame) , premier comte d'Egmoni, succède à Lalaing. Il meurt en charge en 1515. C«p<;ndant, à raison de son grand âge, on lui avait adjoint dès 1511 f>our conduire les opérations mili- Uires son neveu, Florent d'Egmoni, seigneur dTsselstein. plus lard comle de Buren.iE., tome I, pp. .57, 172; tome II, p. 125; tome II i, p. 7i».) Par patentes du 51) septembre 1515, Henri, comle de ?iassau, succédeà Egmont. Il reste en charge jusqu'en 1521. '£., lome II, p. I'j5 — G 1'' série, lome I''. p 60) En l.)2l, Antoine de Lalaing, premier comle deHoogsiraelen. chevalier de la Toison d'or, succède à Nassaa H reste en charge jusqu'à sa mort en |.'>40 D-puis 1528 , le pavs d'firecht est joint à la gouvernance de Hollande (E tome VII, p -505; lome III, p 51 ; tome IV, pp 17H, \%-i). ( 902 ) Par piUentes du ...décembre 1540, suivies d'une inslruclion du 27 décembre , René de Nassau-Châlons , premier prince d'Orange de sa mai- son, etc., succède à Hoogstraeten. Il conserve sa gouvernance, quand, en 154", il devient stadlliouder de Gueldre. II meurt en 15-14. (E , tome VII, p. ôO(>; tome Vlil,p. 130. — G , 1" série, tome I , p. 74. — H , fol. «2, /iistructions.) Par |)alenles du .. octobre 1544, suivies d'une inslruclion du 7 octobre, Louis de Flandre, seigneur de Praet, chevalier de la Toison d'or, succède à Nassau-Châlons. Il donne volontairement sa démission en 1546. (E. , tome VIII, p. 340. — H., folio 152, Instructions.) Par patentes du 1" février 1546, accompagnées d'une instruction de la même date, Maximilien de Bourgogne, sire de Beveren, premier marquis de la Vère et de Flessingue, succède à de Praet. Il reste en charge jusqu'en 1559. (E., tome VIII, p. 340.— H, folio 242, /nsfructions. - J., folio 43, Instructions). Par patentes du 9 août 1559, Guillaume de Nassau, prince d'Orange, che- valier de la Toison d'or, succède à Bourgogne. Il donne sa démission en 1567 et se retire en Allemagne. (H , folio 50, Instructions. — K., tome I, p. 487, Commission). Par commission du 17 juin 1567, Maximilien de Hennin-Lietard , pre- mier comte de Boussu, remplace le prince d'Orange par provision En 1 570, il est destiné à devenir stadthouder en titre. En 1573, il est fait prisonnier parles insurgés. (B., tome X, p. 49'). — L. , tome II, p. 16. — IVI , p. 315.) En 1573, pendant la captivité de Boussu, Philippe de Noircarmes, gouver- neur du Hainaut, accepte pour deux mois la charge de stadthouder de Hol- lande. 11 meurt en 1574. (N., tome I<", p. 255.) A la fin de 1573, don Ferdinand de Lannoy, comte de la Roche, gouverneur (le l'Artois, fils de l'ancien vice-roi de Naples et beau-frère de Granvelle accepte la charge de stadthouder. En octobre 1574, il demande à la quitter et à reprendre son ancien gouvernement. En attendant, il va en Italie rétablir sa santé. (N., tome I", p. 367. — B., tome X , p. 578. — L., tome III, p. 6.) Le 16 octobre 157-i, est installé, comme stadthouder provisionnel , Gilles de Berlaymont, baron de Hierges, qui conserve néanmoins le gouvernement de la Gueldre. (N, tome II, p. 55.— L., tome III, pp 138, 167, 191, 517, etc.) D'autre part, depuis le mois de juillet 1572, les députés des vill(s insurgées reconnaissent le prince d'Orange comme stadthouder et lieutenant général du roi en Hollande, Zélande, West-Frise et Utrecht; et le 4 juillet 1574 les membres et villes de Hollande et de Zélande font un traité d'union toujours sous le gouvernement du prince d'Orange , comme stadihoudrr du roi. ^0., pp 154, 175.) ( 905 ) La r.icilicâ(ion Par patentes du 8 septembre 1552, Charles de Berlaymont, baron de Ber- la\ mont et de Hierges, plus tard premier comte de BerlajmonI, chevalier de la Toison d'or, devient gouverneur, etc ,à titre définitif : Charles-Ouint ne voulant plus réserver à Mansfeld que le gouvernement de Luxembourg et jugeant nécessaire de donner au IS'amurois un chef particulier. Beriaymont est confirmé dans ses charges le 22 octobre 1555 et le 12 mars 155G. Il meurt le 17 juin 1578. (D. — E., tomeX, p. 101 — H., fol. ."51, Instruc- tions. — G., tome l'-^p, 228. — B.) Par lettre du conseil d'Élat du 20 octobre I57G , il est annoncé aux États dt'Nannirque ce conseil vient île commettre au gou\ernement du comté Jean de Bourgogne, seigneur de l'romoni, etc , pendant la captivité de Beriaymont. ( 906 ) Fronionl est inaiiilenu par don Juan , toujours provisionnellement , el reste en charge pendant Tannée 1377 et une partie de l'année 1578 (1). (J. pp. 241, 261. — D. — C, 2"" .série, tome V, p. lOo ) Par patentes du 17 juin 1578, Gilles de Berlajmonl, baron de Hier^jes, etc., ancien stadthouder de Gueidre, succède à titre définitif à son père Charles. Il meurt en juin 1579. (D. — C, — 2""^ série, tome IV, pp. ô86, 435. — K., registre n» ôô42 et suiv. — B.) Par patentes du 20 juin 1579, Florent de Bcriaymont, comte de Berlay- mont et de Lalaing, chevalier de la Toison d'or, succède à son frère cadet Gilles. Il reste en charge jusqu'en 1599 et passe alors au gouvernement do l'Artois. (D. — K., registre n" 3340 et suiv. — S., tome 1", p. 418. — B.) Par patentes du 4 novembre 1599, Chailes, comte d'Egmont, prince du Gavre, chevalier de la Toison d'or, succède à Berlaymont. 11 compte comme souverain bailli jusqu'au 18 janvier 1020. Il a comme lieutenant le seigneur d'Yves, Henri, et plus tard N. Uyttenbroeck (2). (D. — C, 4"'« série, tome I<^', p. 40. — L., pp. VI, 7, 1 08. — B.) Par patentes du 4 février 1020, Max, comte de S'''-Aldegonde, etc., succède à Egmont en quittant le gouvernement du Limbourg II prête serment le 21 avril. Il passe en 1626 au gouvernement de l'Artois. (D. — K., registre, n" 5385 et suiv. — C , 3'"' série, tome VIII, p. 439. — B.) Par patentes du 4 décembre lOiT», Philippe Charles d'Aremberg (Ligne- .4remberg), prince-comte d'Aremberg, duc d'Arschot et de Croy, chevalier de la Toison d'or, succède à S'<'-Alilegonde. Il prête serment le 4 mars 1627. H meurt en charge en 1640. (D. — T. — B.) Par patentes de janvier 1()4I, Claude de Lannoy, premier comte de la Motterie, chevalier de la Toison d'or, elc , succède à Aremberg. Il avait déjà été chargé, pendant une absence de celui-ci , de la défense du comté par com- mission du l'"' mai 1634. Il reste en charge jusqu'en 1643. (D. — K., registre n" 3400. — M, tome V. p. 227. — B.) Par patentes du 31 janvier 1643, Ernest, comte d'Isembourg et de Grent- zau, chevalier de la Toison d'or, etc , ancien gouverneur de l'Aitois. succède à Lannoy. Il reste en charge jusqu'en 1645. Il a pour lieutenant Antoine de Maulde qui reste en charge jusqu'en 1654 (D. — K., registre n"5404 — B ) (I) .\diicn (le Crov, ciimlp du Rœiik que citent en I.%77 certains au'eiirs, était mort depuis tlihT^. — Voir Coinlé de Flandre. (2j Le marquis — K , rojjislre n" Ô405. -IJ.) Par palcnles du 10 mai 1048, Amiiroisedc Homes, conilc do ncaucijjnies, rst rliaijjt' du gouvernement des gens df i',iierre du comté; et par patentes du (■) février 104'J, il succède en litre à Balançon 11 passe la même année au ffouvernemenl de l'Artois (I). — M., tome X, p 40 ) En IG4'J, Philippe de CroyCliimay-Aremberg, prince deCl.imay, chevalier de la Toison d'or, succède à Beaucignies II passe en 1Gj4 au gouvernement du Luxembourg. (D — B.) Le 12 juillet Ifini, Claude de la Baume, comte de S'-Amour, prince de Cantecroix, est reçu comme successeur de Chimay. Il meurt en charge en tfiris. Il prend pour lieutenant Ph -H de Ilinnisdael, seigneur de Fumai, ou plutôt Vechlmael, puis Sigefroi <2, Cor- nil (lu Rondeau. (D. - M., lome XXIV, fol. 65. — B.) En I09i, Louis, comte de Guiscard. maréchal des camps et armées, gouverne le comté au nom de Louis XIV. (D. — N., lome I "", p. 10.) Quand Namur rentre sous le sceptre de Charles II en lOO.i, Philippe- Charles Frédéric S|)inola d'Embry, comte de Bruay, chevalier ) Par nomination diî 1414, Elugues de l.annoy, seigneur de Sanles, elc, qui Ija^se en 14ôô au {{ouvernement de Hollande. En 1444 il se démet de toutes ses charges pour vivre dans la retraite et » estre non serf fors à Dieu. » (D'après IJuzelinus, au seigneur de Santés succède immédiatement son cousin Baudouin de Lannoy, seigneur de Molembaix, chevalier de la Toison d'or.) Par nomination de 1445, Baudouin d'Oignies, sire d'Estrées, chevalier. 11 meurt le r_' juin 1459. Par nomination de 1 459, Jean, seigneur de Lannoy, etc., ancien stadtliou- der de Hollande. Il prête serment dans le conclave le 20 juin 1459 et meurt le 18 mars 1492. Par nomination de 1465, Antoine d'Oignies, seigneur de Brouay ou Bruay, chevalier, succède à Lannoy. Il prête serment dans le conclave le 10 oc- tobre. Par nomination de 1467, Jean de Rosimbois, seigneur de Fromelles, cheva- lier. Il prête le serment accoutumé le ^G février; puis une seconde fois le y avril 1477 quand il a été maintenu en charge par Marie de Bourgogne. Il meurt en 1479. Le 21 février 1479 prête serment à Lille , comme successeur de Fromelles, Jean de Haraes , seigneur de Sandgate, etc. Le 20 février 1 484 prête serment à Lille comme successeur de Hames, Jean de la Gruthuuse, seigneur d'Espierres ou des Pierres, chevalier. Le 18 août 1485 Baudouin de Lannoy, seigneur de Molembaix, Solre, etc., chevalier de la Toison d'or, prête serment à Lille comme capitaine général et gouverneur des châtellenies. Il meurt en charge en 1501. (G.) Le 14 mai 1501 prête serment à Lille Jacques de Luxembourg, seigneur de Fiennes, chevalier de la Toison d'or, lieutenant général du roi de Castille. Il devient, en outre, plus lard gouverneur du comté de Flandre. En 1513 Jacques II de Luxembourg, seigneur de Fiennes, premier comte de Gavre, etc., succède à son père comme gouverneur et capitaine général de la Flandre gallicante. Il prête serment à Lille en 1514 et meurt en juillet 1332, ayant été aussi gouverneur du comté de Flandre. Par lettre du mois de juin 1532 Adrien de Croy, premier comte du Rœuix, succède à Gavre. Il prête serment à Lille le 7 juillet loôô. Par patentes du 11 avril 1534, Jean de Montmorency, seigneur de Cour- lières, chevalier de la Toison d'or, succède à Rœulx qui vient de mourir. II prête serment à Lille le 1 1 septembre. 11 est maintenu par Philippe II à son départ pour l'Espagne, et meurt en I36ô. Après lui la charge reste vacante pendant deux ans. (C, tome 1", p. 208, patentes. — D., tome I", p. 264. — F , ô''sér , tome IV, p. 395.) ( 913 ) l'.irpaicDlesdu 15 avril l'ion, Maximilien de Gand, dil Vilain, ban.n de Rasseiijjliicii, |iiuinicr conile d'lscnj;liieii, succcdc à Courriel es par proiision. Il prêle serment à Lille le .'0 avril. Il esl maintenu en cliarjje en 1;i70 à litre définilir. En 1570, pendant que Rassengbien esl envoyé en Espagne par les Étals Généraux, et du -28 octobre 1 37" au 1 5 juin I iUU, pendant qu'il est captif des Gantois, trois personnages gouvernent successivement les cliàlellenies. (a) François de Monlmorcncy , chevalier, baron de Waslines, qui prête serment à Lille comme intérimaire \e 28 septembre 1570. (b) Hugues de Bournel , chevalier, seigneur d'Eslaimbeke, etc., qui prête serment le G février 1578 el meurt le 21 juillet suivant. (c) Par patentes du IJjuin 1578, délivrées au nom des Étals Généraux après leur rupture avec don Juan, André d'Oignies, seigneur de Willerval. 11 prête serment le 24 juin 157«, signe comme gouverneur la pacification dWrras et donne sa démission le 15 juin 1379, parce que le magistrat de Lille a rappelé son ancien gouverneur Rassenghien. Ce dernier rentre en charge le 15 juin 1579 el meurt, toujours en fonc- tions, le 5 juin 1 583. (D., tome I"- , p. 430 ; — tome H, pp 1 Ô7 , 499. — F., 1" série, tome H, p. 02; — 2' série, tome l»^', pp. 143, 144. — E., tom 1»', p. 406; - tome II, pp. 159,201, 228.) Par commission du 22 octobre Par patentes du 25 août 1584 , 1579, l'archiduc Mathias elles États Philippe de Recourt, baron de Lie- Généraux nomment Pierre de Melun, ques, succède à Rassenghien II prêle prince d'Espinoy, etc., siiperinten- serment à Lille le 3 novembre. dunt de la Flandre gallicanle, de (D'a|)rès Buzelinus, le gouverne- r.Vrtois, (.te, pour résister à Farnè.se. ment étant vacant en 1590, Farnèse Œ , tome II, p. 299.) y nomma par intérim le baron de Waslines intérimaire de 1370.) Par patentes du 25 mars I59ô, don Juan de Robles, baron de Rilly, pre- mier comte d'Annapes. Il prête serment le 2 juin, et meurt en fonctions en 1021'. Après lui la charge reste vacante momentanément. (H., tome I. p 419. — J., p. 548.) Par patentes du 6 février 1024, Philippe Lamoral de Gand dit Vilain, comte d'Isengbien, neveu de feu Maximilien, prête serment à Lille le 12 mai suivant, et meurt le 6 février IGôl. Par patentes du 8 janvier 1031, Alexandre de Bournonville (duc de Bour- nonville en France), comte de llennin-Lietard, chevalier de la Toison d'or, succède à Isenghien. Compromis dans la conspiration des nobles de 1032, il 2""* SÉRIE, TOME XXXV. 59 ( 914 ) quille son gouverncmenl, se réfugie en France et après bien des vicissitudes, va mourir à Lyon. (C , tome V, p. 15.) Par patentes du 1 ^f juillet 1 GoO, Philippe de Rubempré, comte de Verlaing, chevalier de la Toison d'or , elc , est promu du gouvernement de Tournai à celui de la Flandre gallicante. Il meurt en 1G39. Par patentes du 2 janvier 1640 , Eustache de Croy , prince du S'-Empire, comte duRœulx, chevalier delà Toison d'or, succède à Verlaing. Il meurt en 1655. (C, tome VI, fol. G2, patentes.) Par patentes du 29 juin 1053, Charles Spinola, comte de Bruay, etc., succède à Rœulx. Il fait son entrée à Lille et prêle son serment le 30 août 1635. En 1C67, il défend Lille contre Louis XIV, et capitule après 13jours de tranchée ouverte le 28 août. Son corps reposait dans le caveau des grands carmes de Bruxelles pour être inhumé dans la ville de Lille w au cas qu'elle retournée l'Espagne. » (C , tome XVI, p. 58. — F., 3« série, tome X, p. 5-24.) Frise. Preuves. A.. Henné. Histoire du règne de Charles-Quint. — B Pontus Heuterus — G. Archives de l'audience Papiers d'état : commissions et instructions pour des gouverneurs. — D Bulletins de la Commission royale d'histoire — E. Pontanus^ ouvr. cité. — F. Gachard, Correspondance de Philippe II. — G Bulletins de la Commission pour la publication des anciennes lois et ordonnances. — H. Gachard, Actes des États Généraux de 1576 à 1585. — J. Gachard. Collection de documents inédits concernant l'histoire de Belgique. — K. Gachard, Actes des États Généraux de 1600 — L Bio- graphie nationale. — M. Bor, Nederlandsche oorlogen. — 0 Annales de la Société archéologique de Namur. — P. P^an Meteren, ouv. cité — Q Bilderdyck , o[i\ . cité. En 1498, Albert, duc de Saxe, est créé par Maximilien gouverneur héré- ditaire de la Frise. Il se fait remplacer ordinairement par son fils Henri et meurt en 1501. (A., tome II, p. 139.) En 1501, Henri, duc de Saxe, succède à son père. (A., tome II, p. 140 ) En 1503, Georges, duc de Saxe, acquiert tous les droits de son frère Henri. Il gouverne le pays jusqu'en 1515, et cette année, par acte du 15 mai, il cède ses droits à l'archiduc Charles (Charles Quint). (A., tome II, pp. 244, 518, 31 y.) En 1515, Florent d'Egmont, seigneur d'Ysselstein, second comte de Buren, chevalier de la Toison d'or, est créé stadlhouder par Charles-Quint. Il reste en charge jusqu'à la fin de 1517. (A., tome II, p. 148. — B . p. 662.) ( îM;i ) Par patentes du 27 janvier 1518, Guillaume, baron (Kieilicrr) de Koggen- ilorfT, succède à Buren. Il se fatigue de sa position, donne sa démission el retourne en Allemagne après avoir désigné à son souverain Tborame le plus propre à lui succéder. (A, tome II, p l'74; tome 111, p 5'<5 ) En 1521, Georges Schenck, baron de Tautenburg, drossart de Voiienhove, chevalier de la Toison d"or, succède à Roggendorf. En 15i'8, on joint au gou- vernement de Frise l'Over-Yssel et, en loôG, Drenlbe, Grocninghe, el les Ommelanden, annexés aux Pays-Bas. Schenck meurt en charge en 1540 (A., tome III, p 345. - B., p. 529 ) En 1540, Maximilien d'Egmonl, seigneur d'Ysselstein , comte de Buren, chevalier de la Toison d'or, succède à Schenck. Il meurt en charge en 1548. (A., tome VII, p. Ô04; tome VIII, p. 357.) Par patentes du l*^' janvier 1549, Jean de Ligne, premier comte d'Arem- berg de sa maison , chevalier de la Toison d'or, succède à son frère d'armes le grand Buren. En 1551 , on joint au gouvernement de Frise le comté de Lingen , nouvellement acquis par Charles-Quint. Ligne Aremberg est con- firmé dans sa charge le 30 novembre 1555 et le 20 juillet I56fi. Il est tué à la bataille d'HeyIigerlée de 15G8 (A., tome VllI, p. ô-iO-ôSo. — L. — C, fo- lio 200, 288, 321, 356, Instructions.) En 1568, le comte de Meghem , siadlhouder de la Gueidre, est chargé de gouverner la Frise et d'y commander. En 1570 il devient stadthouder en titre sans perdre son ancienne gouvernance et meurt en charge à Zwolle le 8 janvier 1572. (E., p. 904. — F., tome II, pp 137, 221. — G., tome I", p. 315.) En 1572, Gilles de Berlaymonl , baron de Hierges, etc., qui est nommé stadthouder de Gueidre , est en même temps chargé du gouvernement de la Frise et de ses annexes par provision. Comme il ne peut quitter la Gueidre, à raison des circonstances , il se fait remplacer en Frise par un lieutenant: le colonel Gaspar de Robles, seigneur de Billy. (M., pp. 357, 382. — F., tome II, p. 221. — C, fol. 378, Instructions ) Par patentes du 15 janvier 1574, le colonel de Robles devient stadthouder et capitaine général en titre En 1576 il est fait prisonnier par ses soldats, et n'est mis en liberté qu'en 1577. (F., tome II , p. 221; tome III, pp. 180, 518. — D., 2' série, tome X, p. 121. - 0 , tome X, p 205) En mars 1576, Georges de Lalaing, baron de Ville, comte de Renne- bourg, etc., est nommé stadthouder par provision par Philippe II. II est maintenu par les États Généraux après leur rupture avec don Juan , par commission du 1" avril 1577, et signe l'union d'Ulrecht II se réconcilie en 1580 avec le Roi en gardant sa charge et meurt en 1581. Pendant le gou- vernement de Rennebourg il est à remarquer que Berlaymont Hierges com- ( 9i6 ) mande pendant quelque temps, au nom des États Généraux et par provision en Over-Yssel et à Lingen. (D. 2'^ série , tome X , p. 111.— H., tome II, pp. 7, 154, 426. — C, fol. 394, 40G, 408, Commission et Instructions.) En 1581, le colonel espagnol François Verdugo succède à Rennebourgel reste en charge presque vers 1594. (F , tome III, p. 240.) D'autre part, pendant les années 1580-81, Jean de Mérode, baron de Petersheim et de Weslerioo , gouverne la Frise au nom de l'insurrection et des États Généraux réunis autour du prince d'Orange. (P., p. 520. — Q., tomeVII,p. 61.) Enfin en 1598-1600, Frederick , comte de Bergh, etc., futur stadtbuuder de Gueldre, porte le dernier, au nom du souverain des Pays-Bas, le titre de gouverneur de Frise. (Actes des États Généraux de 1 600, p. 1 1 2.) Tournai, Tournaisis. Sources à consulter sur les principaux personnages. A. Poulrain, His- toire de la ville et cité de Tournai, etc., tome II , p 663 et suivantes. — B. Bulletins de la Commission royale d'histoire. — C. Collections des patentes militaires. Grands baillis. Gonverneurs capitaines gcuéruux. En 1521, Philippe de Beaufort, sei- En 1521 , Charles de Lannoy, .sei- gneur de Beaufort, chevalier, est établi gneur de Senzeille et de Maingoval, grand bailli par Charles-Quint après premier comte de Lannoy, chevalier la conquête II est encore en charge de la Toison d'or, plus tard prince en 1 524. (A., tome II, p. 584.) de Sulmone et vice-roi de Naples, est créé par Charles-Quint gouverneur de la ville de Tournai. 11 réside peu, à cause de ses grandes charges mili- taires. Il a pour lieutenant Jean de Buillemont. (A.) En 1522, Philippe de Lannoy, seigneur de Santés et de Rollencourt, che- valier de la Toison d'or, succède à son cousin comme gouverneur,puisen 1524 ou 1525, au seigneur de Beaufort. Il reste en charge jusque vers 1534. En 1525, il a pour lieutenant général du bailliage Jean de Preys, licencié es lois, conseiller de l'Empereur. (A.) En 1534, Jean d'Oignies, seigneur de Wattines, chevalier, succède à son ( 917) beau-pùie Laonoy-Rollencourt , dans ses deux charges , par provision , en verlu (le la résignation de Lannoy et du consentement de Charles-Quint (A.) En 15ÔS, Hugues de Melun, premier prince d'Espinoy, chevalier delà Toison d'or, succède à Oignies dans les deux charges. Il a pour lieutenant gouverneur messire de Hautpont, et pour lieutenant général du bailliage (1550) Jean Oudcghcerst. (A). En 1555, Pierre de Werchin, sénéchal héréditaire du Hainaut, etc , ancien gouverneur de Namur et de Luxembourg, devient gouverneur de Tournai et du Tournaisis. De 1558 à 1502, Jean de Failly, En 1559, Floris de Montmorency- seigneur de Bernissart, est grand Nevele, baron de Montigny, chevalier bailli. (B., 2« série, tome XII, p. 421.) de la Toison d'or, devient gouverneur des ville, château et pays de Tournai- Tournaisis, et, par patentes du 9 oc- tobre 15G2, grand bailli. Les états lui donnent 0,000 florins carolus à sa bienvenue, et, en mai 1565, de nou- veau 3,000 florins. Il reste en charge jusqu'à sa mort en Espagne. Il a pour lieutenant gouverneur Jean de Chas- teler, seigneur du Moulbais, cheva- lier, et pour lieutenant général du bailliage Guillaume de Maulde, sei- gneur deMansart et de Fermont, che- valier. (A. — B., 1" série, tome XI, p. 327 et suiv.) En verlu d'une lettre de la gouvernante générale du 7 juin I5G6, le lieu- tenant gouverneur Chasteler est commis pour exercer la charge de gouver- neur en l'absence de Montigny. (A. — B., idem.) Par commission du 9 août 1560, Philippe de Montmorency, comte de Horncs , amiral de la mer, etc., frère de Montigny, est envoyé à Tournai comme commissaire extraordinaire du pouvoir central. (A. — B., idem.) En janvier 1.507 (N. S.), Philippe de Noircarmes, etc., grand bailli du Hainaut, arrive à Tournai comme chef militaire supérieur. (B., idem ) En février 1567 le colonel Jean de Croy, comte du Rœulx, etc., est commis au gouvernement de la ville et du château, et bientôt créé surintendant de la ville, pays et bailliage. Il donne sa démission presque aussitôt. La même année on trouve comme lieutenant général ilu bailliage Pierre Bachelel . licenciées lois. (A.— B., idem.) ( i»l8 ) Par patenles du l'ôjuin 1508, Jacques de Blondel, seigneur de Cuinchy, est fait jfouveineur capitaine et bailli des ville, château et bailliage. II est encore en fonctions le 29 se|)tembie 1576. Il a pour lieutenant Jean Han- nacrl, seigneur de Bisselinglie, qui avait déjà été fait, par le comte du Rœulx, commandant du château. (A. — B , idem.) En octobre 157fi Pierre de Melun, prince d'Espinoy, etc . est créé par les États Généraux gouverneur et grand bailli des ville, château et pays de Tournai Tournaisis. Le 13 octobre il assiste pour la première fois à l'as semblée des états. (B., idem ) En 1581, après la prise de Tournai par le prince de Parme, Philippe de Recourt, baron de Licques, en est créé gouverneur. 11 est encore en charge le 31 mai 1582. II garde pour lieutenant le seigneur de Bisselinghe. (A.) Par patentes du 19 octobre 1590, Philippe de Croy, premier comte de Soire, marquis de Renty, chevalier de la Toison d'or, est créé gouverneur et capitaine des ville et château de Tournai, et, par patentes du même jour, grand bailli de Tournai-Tournaisis, Mortagne et S'-Amand. Les deux charges étaient vacantes depuis plusieurs années. Croy-Solre établit comme lieute- nant gouverneur, commandant du château, messire de Bersaque. (A.) Par deux patentes séparées du 23 mars 1612, Gaston Spinola d'Embry, comte de Bruay, etc., en quittant le gouvernement du Limbourg, est pourvu des deux charges devenues vacantes par la mort de Croy-Soire. Il donne pour successeur, à Bersaque, quand celui-ci vient à mourir, le capitaine Ro- bert de Renty. (G. , tome 111, fol. \]C^, pale nies). (A.) Par patentes du 12 janvier 1615, Charles de Lalaing, baron de Hachicourt, puis comte de Hoogstraeten et de Rennebourg, etc., succède aux deux charges vacantes par la mort de Bruay. Il reste en fonctions jusqu'en 1624 lors de sa promotion en Artois. Le 12 jauvier 1615 il continue le capitaine de Renty dans sa charge de lieutenant gouverneur et de capitaine du château (A. — G, tome III, fol 110, 1 13, patentes.) Par patenles du 6 février 1624, Philippe de Mérode, premier comte de Middelbourg, etc., succède à Lalaing-Hachicourt, dans ses deux charges; il meurt en 1625. 'A.) ( î)19 ) Par patentes du 12 ociobrc 105"), Philippe de Rubempré, comte de Ver- lainj;, etc., succède aux deux charges de Mérodc II a pour lieutenant géné- ral du bailliage en 1032, Jean de Cordes, seigneur de Ghysignies, chevalier. En lOôO il est promu au gouvernement de la Flandre gallicante (A. — Actes des Étals Généraux de 1G52, p. 56.) Par patentes du 3 juillet IGôG, Charles Philippe de Croy-Solre (fils de Philippe cité plus haut), premier duc d'Havre, chevalier de la Toison d'or, succède aux deux charges de Vertaing. (A. — C, tome VI, p. 18, patentes.) Par deux patentes séparées du 9 décembre IGiô, Philippe François de Croy-Solre, duc d'Havre, chevalier de la Toison d'or, frère du précédent qui est mort sans hoirs, succède à ses deux charges. II passe en 164'J au gou- vernement du Luxembourg (X.) Par patentes du 27 février 1649, Gilles Othon, marquis de Trazegnies, elc , succèfle aux deux charges du duc d'Havre, en laissant le gouvernement d'Artois, mais pour le cumuler par provision plus tard avec celui de Tour- nai, Il rend Tournai en 1GG7 aux armées françaises. (A. — B., 3™"^ série, tome IX, p. ô5o et tome X, p. 544.) Régime français. Par commission du 27 juillet lfi67, le sieur de Renouard, capitaine aux gardes françaises, puis maréchal de camp, est nommé commandant de la ville pi (lu château de Tournai; et par commission du 5 juin 1668, puis du 1 1 août 1074, gouverneur de Tournai et du Tournaisis. Je pense qu'il exerce en même temps la charge de grand bailli II a pour lieutenant gouverneur par commission du 30 août 1 067 le sieur de Miraumonl ; par commission du 23 décembre 1608 le sieur de Mersgrigny, capitaine au régiment de Navarre; l>ar commission du 24 avril 1GG9, quand Mersgrigny devient commandant de la citadelle, le sieur de S'-Léon, aussi ca|)itaine au régiment de Navarre; enfin, par commission du 31 décembre 1G70, le sieur du Fay. Le 2 janvier 167,'; Antoine de Ribeyne, seigneur de Saint-Sandoux, briga- dier de l'infanterie du Roy, capitaine et sergent-major aux gardes françaises, succède aux charges du sieur de Renouard. Il est maintenu pour trois ans par nue nouvelle patente du 2 janvier 1678. Cependant il est sous la direction du maréchal d'Humières, créé le A juillet 1076 gouverneur général des Flandres dans lesquelles le pays de Tournai-Tournais est compris. Par patentes du 24 avril 1670, Par patentes du 6 février 1079 le Louis Damman, seigneur d'Ennequin, comte de Montbron est nommé gou- plus tard vicomte Damman, ancien verneur en rem|)lacemenl du seigneur ( 020 ) lieutenant général du bailliage depuis 1675, est nommé par Louis XIV grand bailli de Tournai, Tournaisis, Mortagne et S'-Amand, en remi)la- cement du seigneur de Saint-San- doux, décédé. Il a pour lieutenant le 21 septembre 1G79, le sieur Mullel, avocat au bailliage. Par provision du 4 juillet 1706, octroyée par Louis XIV, Antoine- Ignace Van der Gracht, seigneur de Fretin, e.sl créé grand bailli hérédi- taire de Tournai, Tournaisis, Morta- gne et S'-Amand, en remplacement du vicomte Damman. de Saint-Sandoux, décédé 11 est rem- placé le 20 mai 1G81 par N. de Câli- nât, brigadier de l'infanterie du Roi; le 1" janvier 1682 par le sieur de Tracy, maréchal de camp; et,en vertu de patentes du 4 mars 108-J, Tracy étant mort, par Colbert, marquis de Maulevrier, lieutenant général des ar mées du Roi. Ce dernier est maintenu pour trois ans par patentes du 12 juil- let 1688. Maulevrier a pour lieute- nants : le sieur de Dreux, par com- mission du 24 avril 1000, et le sieur de Corcelies par commission du 7 avril 1692. Par patentes du 4 juin 1 693 le lieu- tenant général marquis d'Harcourt, succède à Maulevrier décédé. Après la mort de Corcelies il a pour lieutenant le 1" mars 170Ô, le sieur Dollet déjà major de la citadelle. Régime autiuchien. Grand») bitillis. Quand en 17ô4 le grand bailli Van der Gracht de Fretin vient à mourir, il a pour successeur, en vertu de pa- tentes visant la jirovision de 1 700, son fils, Louis-François Van der Gi'aclil, seigneur de Fretin. Celui-ci, lors de la formation du conseil de Tournai- Tournaisis, en 177ô, prend le litre de président et grand bailli. Il meurt en charge en 1776. Gouverneurs enilltaires. Par les armées alliées en 1709 mi- lord Arnold, comte d'Albemarle Par nomination du 28 avril 1718, des États Généraux de Hollande, en vertu du traité des Barrières : le gé- néral Robert Murray; Le généra! de Rechteren; Le général baron de Palandt. Le général de Monlesse, mort en 1739; Le général Fiédérick Jacques, Landgrave de Hesse; Le colonel .lean-Adrien-Adolphe, baron de Dorth. ( 92i ) Par Louis XIV pindaiil l'ocrupa- tion française, le "J"! mai 17-'r> ; le inaïqtiis de tiixvé En 1770, l'Iiilippe, comte lie Ncny, Par commis'^ion des Etais Géné- siiccède à Van der Gracht de Fretin ralx du C février 17i'l,> : le lieutenant comme président et grand bailli. {Jl- {T,jnéral lîarenl-Lcwe iixiiiarh (le la Cour ) En 177i'^, M. de Mtillcndoi f, ancien piésidenl du conseil souverain de Hainaut, est nommé grand bailli et président du conseil du Tournai- Tournaisis. (Pincliarl, ouvrage cité, p. li>0.) Murinteiiduut. Par commission du 18 février 1750, François Gaston, comte de Cuvelicr, conseiller du conseil supiême et d'Étal, trésorier général des domaines, est créé surintendant et directeur général de la ville, banlieue cl pays de Tour- nai-Tournaisis. Les De Kempeneer, peintres bruxellois {1540-1575); par M. L. daleslool, chef de section aux Archives du royaume. Nous devons à M. Alphonse AVaiiters, membre de l'Aca- démie, la connaissance d'un lait important pour riiistoiic de notre ancienne école de peinture. Il a clairement prouvé que Pedro CampaDa, l'auteur de la belle Descente de croix de la cathédrale de Séville, n'est autre que le IJruxel- lois Pierre De Kempeneer (1). Depuis que RI. Wauters a si heureusement établi cette identité, j'ai pu constater, grâce à l'obligeance de M. P. Cuy- (1 ) Bullilins de l'Académie royale de Belgique, 2« série, t. XIV, p. 5 iO. ( 922 ) pcrs V'an Vollhovcn (1), qu'il y eut plusieurs peintres du nom de De Kempeneer, ou plus exactement De Kem- penere, non-seulement contemporains, mais tous fixés dans la ville natale de Campana. Il est donc probable que nous avons affaire ici à une seule et même famille, d'artistes par excellence, ajouterai -je, et qui ne fut pas sans jeter du lustre sur cette vieille école du quinzième et du seizième siècle, d'où sont sortis tant d'excellents maîtres, brillant surtout par la grâce et la naïveté de leur pinceau. A ce compte, les renseignements qui vont suivre figure- ront avantageusement, je pense, à la suite de ceux fournis par le savant académicien cité plus haut. Sans parler de Jacques De Kempeneer, mentionné dans sa notice (2), je signalerai Jean, son homonyme, à propos de circonstances qui se rattachent également à l'histoire de l'art. Voici les faits. Philippe de Lannoy, seigneur de Molembaix, chef des finances, l'un des principaux personnages de la cour de Charles-Quint, agissant apparemment d'après les ordres de ce monarque , avait chargé la chambre des comptes de Brabant de faire faire une peinture détaillée de la forêt do Soigne qui, en ce temps, formait encore un beau reste des forêts primitives de la Gaule (3). (1) Je lui dois la communication de différentes pièces dont il avait |)i'is copie dans le riche dépôt (Archives du royaume) qu'il continue à con- sulter avec une ardeur juvénile. (2) Voij. aussi A. Henné, Hist. du règne de Charles-Quinl en Belgique, t. V, p. 87, c. XVI, Coup d'œil sur l'état des lettres, des sciences et des arts. (3) « Caiterùm sicut in Gallia variae sylvarum suul prœfecturai, ila et >> in Belgio atque Brabantià, ac nominatim in Sijlva Zunin^ qua; non n modo provinciœ illius, sed lolius etiam Belyii nuuc celeberrima est... ( 923 ) La chambre confia ce grand travail à François Borre- inan (1), avec lequel elle passa un contrat qui mérite d'être inséré ici. Je le traduis littéralement du flamand. Ce joiird'hui, li2* de février 1539, style de Brjihanl (-2), il a clé convenu, en cette chambre, avec François Borrcman, peintre, habitant de Bruxelles, qu'il exécutera et peindra, d'après nature, sur une petite échelle, en trois parties ou pièces, toute la forêt de Soigne, avec les couvents, villages, hameaux, maisons , arbres et endroits remarquables, huicen et layen (5), clairières, chemins et autres bois, prairies, champs et eaux y situés et y aboutissants. Et dans chacune de ces pièces, il représentera une chasse différente et les personnes ■> Amplissima est Sylva Zoniensis, neque hac ulla major est tolo Belgio, » vero consonat partem esse seu fragmentuni veleris Ardeniise, cujus "^ eliam fragmentum ac i)ars Sijlva Carbonaria. •■> (A. Sanderus, EInyium sijlvœ Soniœ .) Voi/. aussi la notice de M. A. Waulers dans le tome III de son Histoire (les environs de Bruxelles. Q^n sait qu'on a trouvé, en jiiilld 1870, chiiis les fondations de l'église de Hoeyiaert, village situé au soin delà l'orèl.un aulel de l'époque romaine, érigé par quelque intendant impérial du nom de Caius Appiaiùus Pacatus, aux divinités topiques appelées Malronœ Canlrusleihiœ. (Dissertation de M. Schuermans dans les Bulletins des commissions d'art et d'archéologie.) Tout récemment , M. l'avocat Duvi- vier, l'auteur du Hainaut ancien et d'une dissertation sur la forêt char- bonnière, a découvert dans celle ([ui nous occupe, deux beaux tertres ou /umu/j que j'ai examinés avec lui. M Duvivier m'assure que ce ne sont pas les seuls monuments de ce genre que l'antique forêt renferme. Je veux le croire. (1) M. Pinchart cite Jean et Pasquier Borreman, sculpteurs, à Bruxelles, années l,*)!! et 1529. {Archives des arts , etc., 1. 1", pp. 49 et 247.) (-2) 1540, n. st. (3) Les coupes de bois? ( 924 ) de l'Enipcrcur et de la Reine (1). A l'endroit nommé Ter Jac- ycreii , au lieu le plus favorable, il mettra quelques princes se livrant à la chasse au vol. 11 donnera une teinte autre que celle de la foret à la Heechde, ainsi qu'à tous les bois apparte- nant à (les couvents ou à des particuliers, situés dans la même foret ou y aboutissants, afin qu'on puisse les distinguer. Ledit François recevra pour chacune de ces pièces 72 carolus d'or, dont il sera payé de quatorze en quatorze jours, d'après le travail accompli. On lui adjoindra, non à ses frais, maître Jean Meys, géomètre juré, qui connaît la forêt, pour le conduire et lui en montrer tous les endroits. Ledit François sera tenu de livrer ses patrons (2) et vidimus en cette cliambre, aussitôt qu'ils seront achevés, sans les mon- trer à qui que ce soit, ni sans en laisser prendre quelques patrons. Et cet ouvrage devra être terminé dans les quatre mois. Fait en ladite chambre des comptes, à Bruxelles, les jour et an que dessus. Cleerhage. Secondé par maître Meys et trois compagnons (5), notre artiste se mit vaiilaiiiment à l'œuvre et acheva ses cartons, esquisses, etc., au bout de soixante-douze jours. Il avait été convenu verbalement que toute l'œuvre se- rait peinte à l'eau ou en détrempe. Ensuite ou se ravisa et l'on décida que Borreman emploierait de la couleur à rhiiile. Si j'ai bien compris les documents parfois peu expli- cites d'où ces détails sont tirés, les vues devaient consister (1) Mario île Hongrie. (-2) Patroenen. (ô) Gezcllcn ( 923 ) non en trois, maison six grands tableaux. Une chose cer- taine, c'est qu'un de ces tableaux l'ut exécuté par un peintre d'Anvers, appelé tout exprès, d'après les dessins de Bor- reman (1), mais sur une échelle plus considérable que celle adoptée en premier lieu. Un |)résenta sinon le maître, du moins son tableau à Charles-Quint, qui en (ut très-satisfait. Peu de temps après, Borreman fit une maladie dange- reuse et resta longtemps en convalescence. Kn mars 1542 (n. st.), il remit son compte, sur lequel il avait touché par anticipation 200 florins carolus. Il l'accompagna d'une requête, où il exposait à la chambre sa triste position, étant père de famille, etc. Il en appela à son équité, vu le sur- croît de labeur et de dépenses résulté pour lui , et demanda que le compte et tout le travail accompli fussent soumis à l'appréciation de quelques-uns de ses confrères (2). La (1) Voy. ci-iiessous le détail du compti^ (2) Je donnerai ici le contenu de la facture sur laquelle ils avaient à se prononcer. Pour vacations avec trois compagnons dans la forêt de Soigne, pendant 72 jours consécutifs, à 2 '/i florins du Rhin par jour, y compris la nourri- ture et le salaire fl. 1^0 » Vaqué 14 jours pour mettre sur papier ou dessiner au charbon la même pièce (sic) et la dessiner ensuite sur toile, afin de la mettre en cou- leur 11 10 » Pour de la toile A- S » A un ouvrier d'Anvers, qui a mis en couleur ladite pièce et qui a employé à ce travail 51 jours, à raison de 25 sous par jour, plus 3 sous pour sa nourriture fl 71 8 s. Couleurs et huile fl. 10 » Un châssis pour y tendre la pièce et un échafaudage en bois de sapin, plus une table longue et étroite pour s'y placer et peindre . . fl. 4 » A maître G Cleerhage, jiour écrire le contrat en double. . fl. 1 •• Le peintre fait remarquer ensuite (|u'il n'a rien compté pour lui, sauf ses vacations pendant 72 jours et ses dessins sur papier et sur toile. Il a eu, ( 92G ) chambre ayanl trouvé la demande fondée, désigna le contrô- leur des ouvrages de la cour et trois peintres de Bruxelles, savoir : Roland Hellinck, dit Maille, Thierry de Wert et Gaspar Van Conincxloo, dit Screnier. Ces artistes louèrent l'œuvre de Borreman, et le tout mûrement considéré, dé- clarèrent que le salaire qu'il réclamait était trop minime. Ce salaire fut donc porté à la somme ronde de 300 florins carolus, à 40 sous chacun, selon l'avis du peintre Jean Do Kerapeneer. Pour celui-ci, consulté séparément par le receveur des domaines, au quartier de Bruxelles, il dit que la somme en question était raisonnable eu égard au prix qu'on donnait pour une aune de patrons pour tapisseries exécutée sur place, d'après l'imagination (1) ou selon vidimus. Sa dé- claration, du 6 mars 1544-1S42, est signée Jaen de Kern- penere, scylder. Il me reste à ajouter que Borreman, se conformant aux clauses du contrat, remit l'ensemble de son travail à la chambre des comptes, qui le tint à la disposition de l'Em- pereur. Fit-il dans la suite les autres tableaux? C'est ce qu'il serait intéressant de vérifier, car il n'est pas impos- sible que les grandes vues de la forêt de Soigne qui ornaient l'ancien palais de Bruxelles et où l'on voyait Charles-Quint et ses principaux courtisans, aient été de François Bor- reman, et non de son contemporain Bernard Van Orley, ainsi que le dit Descamps (2). en outre, deux apprentis qui ont cherché, préparé et porté les couleurs el l'ait toute la besogne nécessaire à la peinture de l'ouvrier anversois, logé chez lui, etc. Il prie donc la cour de prendre ces choses en considération. (1) Vuyten yheeste. {■2) Cité par MM. Henné et Wauters, Histoire de Bruxelles, t. III, p. 526. ( m ) En tout cas, si je ne me trompe, cinq des esquisses de Boi- remau se irouvent encore aux Archives du royaume (1). Elles ont 30 centimètres de hauteur, sur une longueur qui varie, savoir : première esquisse, 2 m. 10, seconde 1 m. 22, troisième 1 m. 20, quatrième 1 m. 24, cinquième 50 c. Au premier coup d'œil, on reconnaît dans ces précieuses aqua- relles, d'origine historique, comme on voit, un paysagiste des plus hahiles, tant le sujet est traité avec facilité et har- diesse (2). Ayant lidèlement imité la nature , il n'a pas cette raideur qu'on reproche généralement aux vieux maîtres. Telle est aussi l'opinion de M. Piol, archiviste-adjoint, qui a eu l'obligeance de signaler ces esquisses à mon attention. Cependant, il doute que ce soit là le produit du pinceau de Borreman, bien que l'époque et la nature du travail concordent parfaitement avec les détails qu'on vient de lire (3). Un second homonyme du nom de De Kempeneer, An- toine, fut certainement un artiste de grand mérite, puis- qu'il peignit beaucoup pour Marie de Hongrie, la sœur déjà citée de Charles-Quint. C'est ce qui résulte d'une enquête (1) Elles figurent à l'Invenlaire imprimé des caries et plans sous celle indicalion : N» 5003. Dessin colorié représentant Vabornement de la forél de Soigne, fait au commencement du seizième siècle. En ciiui feuilles. (2) La cinquième esquisse , représenlant la ferme, dile Ter Cluysen, propriété du couvenl de Jéricho, à Bruxelles, forme un charmanl paysage. (5) Ainsi, enlre aulres explicalions écriles, l'esquisse susdile porte celle-ci : Dit is dbeghinsel vanden bosscite des goidshwjs van Jherico (Ici commence le bois du couvenl de Jéricho). Ajoutez a cela que ces documeuls proviennent de la chambre des comptes à qui élail confiée l'administration de la forêt. Je me ptirmeltrai de faire observer qu"à mon avis elle en connaissait mieux l'économie que l'administration actuelle. La révululion française esl venue rompre brusquement, chez nous, des tradi- tions de sylviculture fondées sur des siècles d'expérience. ( 928 ) oiivcrle, en 1558, par le procureur général de Brabant au sujcl de la fille (lu peintre, soupçonnée d'hérésie. Au nombre des témoins entendus on voit figurer Jean de Vreman, chapelain de l'église de la Chapelle, à Bruxelles, et habi- tant dans la rue de Notre-Seigncur. Cet ecclésiastique dé- clara qu'il connaissait une pauvre femme, sa voisine, alitée depuis quatorze ans, simple d'esprit, veuve d'un peintre nommé Antoine De Kempeneer, qui peignit beaucoup, à Binche, pour la Reine. Elle avait une fille jeune et jolie, nommée Lenken, qui la soignait. Le témoin n'avait rien appris qui pût mettre en doute l'orthodoxie de cette jeune personne, dont la sœur était mariée avec un apothicaire. Deux peintres de la ville, Gabriel de Blonde et Denis Van Hullegarde, témoignèrent également en faveur de l'in- culpée. Outre leur art, ils faisaient des pièces de théâtre et y jouaient eux-mêmes. Ceci d'après leurs dires. Il est â présumer que les toiles d'Antoine De Kempe- neer ornaient le palais de Binche et qu'elles périrent, en 1554, dans l'incendie de ce monument, triste représaille du roi Henri il contre Marie de Hongrie (1). Voici maintenant Paul De Kempeneer, jeune, qui pei- gnait par récréation, poussé qu'il était par des aptitudes spéciales à sa famille. En effet, Paul remplissait au greffe du conseil de Brabant le modeste emploi de clerc. Ses productions s'étant répandues dans le public, la corpora- tion des peintres en prit ombrage et lui signifia qu'il eût à cesser de pratiquer un art qui n'était pas le sien, n'ayant étudié sous aucun maître ni été reçu dans le métier. Notre amateur, semble-t-il, ne tint pas compte de ces charitables (1) Guichardin. ( 921) ) avorlissomeiils et linil par se lairc traduire devant le tri- bunal des éclievins, malgré l'inlervenlion de son patron maître Ambroise Govaerts, greffier. Sur la plainte de celui- ci, le conseil cassa même une assignation indûment faite au greffe par les demandeurs. (Acte du 25 lévrier 1570.) Guillaume De Kempeneer, probablement le bourgmestre des nalions dont parle M. Waulers, exerçait l'important métier de tapissier. Un document judiciaire nous le l'ait connaître sous un joui' assez peu l'avorahle. Le procureur général de lirabanl le poursuivit du chef d'abus, d'un caractère grave, puisqu'il concluait contre lui au bannis.se- menl perpétuel, avec conliscation de ses biens. Mais la cour, rejetant cette conclusion, se borna à inlliger au prévenu une amende s'élevant à 1,200 florins carolus. (Arrêt non motivé du 8 mars 1545-1544.) Je suppose que celte peine atteignit un bourgeois opulent (I). Jac(|nes De Kempeneer, le conseiller communal et litté- rateur (2), paraît avoir été un marchand de soieries. Du moins, il est cité en celte qualité dans un jugement qu'il obtinlcontreBaltbazardeBrederode, son débiteur. (28 mars 1544-1545.) En résumé, si l'on y comprend Guillaume, le tapissier, on trouve jusqu'ici six artistes bruxellois du nom de De Kempeneer, savoir : Jacques, (|ue j'appellerai le vieux. (1) Un arrêt du même jour coïKiamiia à une amende de 800 florins carolus le tapissier Georges Ballincl;, dit Van Wt'cAe, d'Anvers, accusé également de certains abus. S'agirait-il de fraudes dans la confection des tapisseries? En présence de ces arrêts siniullaiiés. on ne peut guère en douter. (2) Notice citée. 2""" SKKIE, TOMK XXXV. 60 ( 930 ) altendu qu'il peignait dans les premières années du sei- zième siècle (1), Pedro, Jean, Antoine et Paul. Le nom dont il s'agit, tiré inopinément de l'obscurité par M. Wauters, était au reste assez commun à Bruxelles. C'est ainsi qu'on pourrait encore citer comme ayant vécu à la même époque, Catherine De Kempeneer, marchande de soieries également. Elle était mariée avec Arnoul de Nayer, pelletier. Jean De Kempeneer, jeune, est mentionné sans qualité dans un jugement, de môme que Michel dans un autre. Le 11 août 1569 fut baptisé dans l'église des SS. Michel et Gudule Jeanne, fille d'un autre Jean et qui eut pour parrain Josse De Kempeneer. Enfin, Jean De Kempeneer, commissaire extraordinaire des montres des gens de guerre, tîls de Philippe, fut anobli par lettres patentes de Charles H, roi d'Espagne, du 9 juillet 1679. Il serait intéressant d'établir exactement les liens de parenté qui unissaient entre elles ces différentes personnes (2). La classe s'est constituée en comité secret afin de pro- céder, conformément à l'article 19 de son règlement inté- rieur, à la formation du programme de concours pour 1875. La rédaction de ce programme sera arrêtée lors de la prochaine séance, fixée au lundi 7 juillet. (1) Notice citée. (-2) Depuis, j'ai constaté que des De Kempeneer remplissaient, dans le seizième siècle, l'office d'hommes de fief à la cour féodale de Brabant, qui avait son siège à Bruxelles. En 1625 une Catherine de Kempeneer, de Bruxelles, veuve Vanden Dycke, disposa par codicille de plusieurs lableaux qu'elle disait être fort beaux. ( {m ) CLASSE lïES BE\UX-.\in\S. Séance du o juin iS75. M. L. Al VIN, directeur. M. Al). Qiir.rKLKT, secrétaire perpétuel. Sont pri'sciiis: MM. G. Geels, II. Vieuxtemps, .1. Geefs , Ferdinand De Braekeleer, C.-A. Fraikin, Éd. Fétis, Edmond De Busscher, Alph. Balat, Aug. Payen, le cheva- lier Léon de Burbure,,). Franck, G. De Man, Ad. Siret, J. Leclerc(|, Alex. Robert, A. Gevaert, membres. CORRESPONDANCE. La classe apprend avec un vif sentiment de regret la nouvelle perte qu'elle vient de faire en la personne de M. Joseph von Keller, l'un dt; ses associés de la section de gravure, décédé à Dusseldorf le 50 mai dernier. — Les condoléances de l'Académie seront exprimées à la famille du défunt. — L'Académie royale des beaux-arts de Dresde exprime ses remercîmenls au sujet de rexem|)laire du Livre com- ménwralif qu\ lui a été offert. ( 932 ) ■^ Des remercîments sont adressés ù M. De Biissclier pour l'hommage d'un exemplaire de son travail intitulé : Juste Billet, chroniqueur gantois au dix-septième siècle; 1 vol. in-S". CONCOURS DE 1875. Le terme fatal pour la remise des mémoires en réponse au concours littéraire de^la classe a expiré le I"juin. A cette date, aucun travail n'était parvenu. La classe décide, comme elle s'en est réservé le droit en 1871, d'accepter, pour la question du concours actuel demandant de Rechercher l'époque à laquelle Varchiteclure a subi, dans les Pays-Bas, l'influence italienne, le manu- scrit présenté en réponse à cette question en 1871. MM. De Man, Balat, Payen et Ad. Siret feront l'exa- men de ce travail. — Il est pris acte de la réception d'une quatrième par- tition pour le concours d'art appliqué de cette année, en réponse à la question demandant un quatuor pour instru- ments à cordes. Cette partition porte pour devise : The Idéal lives only with Art and Beautij. — Le terme fatal expire le 1" juillet. ( î)33 ) RAPPORTS. iM. le Minisiro de l'inlérieur sera inlormé que la classe, conformément à l'avis favorable de MM. les membres de la section de sculpture, donne son a|)|)rol)ation au projet d'ilinéraire pour les voyaL,'es d'étude de M. Cuypers, lau- réat du grand concours de sculpture en 187ii. COMMUNICATIONS ET LECTURES. M. AI vin donne lecture de la notice qu'il a rédigée, pour le jiiocliain Aiiiniaiic, i!>uï la vie et les œuvres de F.-.I. Eétis. OUVRAGES PRESENTES. Van /Jeiieden {P.-J.). — Les parnsilcs des chauves-souris de BeliçifiiK'. Bruxelles, 1873; in-4". De Busscher [Edmond]. — Juste Billet, clirouicjucui' yan- loisau (li\-seplicmc siècle, aperçu biographique et histori(|uc. Gaiid , 1 eali. in-8». Revue scientifique de la France et de l'étranger, 'i" série, ± année, n" 40 à 52. Paris, 1873; 15 eali. in-8". lievue politique et littéraire , T série, 2' année, n"' 40 à 52. Paris, 1875; 15 cah. in-i°. lievue britannique, mai el juin 1875. Paris; 2 eali. in-8". lievue hebdomadaire de chimie, 5" el 4' années, n"' 1 à 20. Paris; 1875; 1 vol. et 25eali. in-8". Journal de l'Agriculture, 1875, lonie 1, n"' 208 à 220. Paris; 15 cah. in-8". La Tribune médicale, n" 2ot),8'= année. Paris, 1875; cah. in-S". Revue et magasin de zoologie pure et appliquée, 1875, n" 5. Paris; cali. in-8". Archives de médecine navale, XIX'= année, avril, mai et juin 1875. Paris; 5 cah. in-8". Tommasi (D.) — Sur les dérivés acides de la naphlyla- mine. Paris. 1875; in 4"'. Lipschitz {R.). — Kxlrail de six mémoires publiés dans le Journal de malhémati(|ues de Borchardl. Paris, 1875; in-8". Koscialdewicz [le lY A.). — Notes sur Cracovic et son Uni- versité. Sainl-Étienne, 1875; in-S". Virlel d'Aoust. — Les origines du Nil. Paris 1872; in-8". Académie des sciences de Rordeaux. — .\etes, 5'" série, 55' et 5 V années. 1871-1875. Paris-Bordeau\, 1872; 2 eah. in-8". ( îloG ) UulleUn acienlifiqai; du (h'jnirleineni du .Yurd à Lille , ■.)" année, n°' 4 à (i. Lille , 1875; 3 cah. in-H". Société d'agriculture de Valenciennes. — Revue agricole, 2;)'^ année, tome XXVII , n"' 3 et 4. Valenciennes, 1873; in-8". JIir>sch (A.) et Plantamour {E.). — Nivellement de préci- sion de la Suisse, IV" livr. Genève, 1873; in-4''. Berliner Gesellschaft fi'ir Anthropologie. — Vcrliandlungcn. Jahrg. 1823, Sitzung von \\ Januar. Berlin; in-8''. Stillfried {R.-G.). — Zum urkundlichen Beweise iiber die Abstammung des preussischon Kônigshauses von den Grafen von HohenzoUern. Berlin, 1873; in-4". /{. bohmische Gesellschaft der Wissenschaften zu Prag. — Abhandlungen vom Jahre 1871-1872. VI^"^ Folge, V^" Bd. Prague, 1872; in-4"; — Sitzungs])erichte, Jahrg. 1871 tind Jahrg. 1872, Januar-Juni. Prague; 3 cah. in-8". Ferdiiumdeum fur Tirol nnd Vorarlberg zu Insliruck. — Zeilschrift, 3*= Folge, XXVli. Heft. Inspruck, 1872; iu-8". Entomologischer Verein zu Slellin. — Zeilung, 34. Jahrg. N"* 4-G. Steltin, 1873; in-8'\ A'. Akitdcmie der Wisseuschaften in Wien. — Silzung der math.- nnturw. Classe , Jahrg. 1873, n"' 12 à 15. Vienne; 4 feuilles in-8". Miinch {P.-A.). — Nordeu.s aeldsle historié. Christiania, 1872; in-S». Schiiheler {F.-C). — Die Pilanzenweit Norwegens. Cliristia- nia, 1873; in-4°. Surs {George Ossian). — On some remarkablc forins olani- mal life from ihe greal deeps oiï the Norwcgian coasl. l.Parlly l'rom poslhumous mauuscripts oi' llie laie prof. D' Michae! Sars. Christiania, 1872; in-4". Liehkin [J .). — Recherches sur la chronologie égyplienne, d'après les listes généalogiques. Christiania, 1873; in-8'. lioeck [Axel]. — De Skandinaviske og arktiske Aniphipoder, 1. licite. Christiania, 1872; iu-4". ( 937 ) //cUantI {Aiiiini(l). — iMUckoiiistoi- ol" Kisc i visse Skil'cn' i iiorgc, lulgivcl vcd E. |i. Miiii>ifr. Clirisliaiiia, 1875; in-'i". Sexe (S.-A.). — On llic i-isc oC l.aïul in Snindinaviii. Chris- tiania, 187^; in-8". K. Nor.ske Videuskuhers-SclaliubH i Tliroudjeui. — Skrifler, 19''- Aarhundmic. Bd. " j , 6, 7, 1 h. Thioiuljcni, I80o-I87i.>; ô cali. in-8". n. cuiuilulo ifeoloyico (l'H(ilia, net Firenzc. Bolk'Uino, 187Ô, W^ô c 4. Florence, 1873; in-8". Hivisla scii'nti/ico-indufitrùUe , compilata du Guida Vinicr- rati, anno V, aprile-gingno 1875. Florence; 3 eali. in-8°. Carraru {Fnincesco). --- Programma del corso di dirillo cri- minale, ôN'dizione, vol. III. Lucqucs, 1875; in-8". Societu ilaliaiin di sciciizc nnlurali di MHuiio. — Alli, vol. W, lasc. Il, fogli 7 al !>. Milan , 187l>, in-8". Heide Isliddo lomhardo di Miluno. — Rendiconli, ser-ie II, vol. V, W' 8 a 18. Milan, I87Î'; 10 cali. in-8"; - Meniorie, classe di scienze nialemaliche e naluraii , vol. .\lll, fasc. V. Milan, 187:^; in-8". lU'ule accadcinid dci Liiivei di Raina. — Alli, (onio XXV, sessione Vil'. Rome, 187:2; in-4". De Viihena (Julia). — As raças historicas da peninsnia ibe- rica e a sua infincncia no diieito |)oi'(ngucz. (loïnihre, 1873; in-8". Museï) pùldica dr bac nos- A iras. — Anales, lomo 'ù.'^". \i\\- Irega ;j\ Buenos- A ires, 1875; in-4". Ifisiittit égyptien d'Alexandrie. — Bulletin, années 18(i9- 1871 , n» 11. Alexandrie, I87!2; in-8°. liaijal aaiatic Socithj of Landau. — Journal, ncw séries, vol. VI , pari 2. Londres , 1 875 ; in-8". Melearolagieal Society of Londan. — Quarlerly journal, vol. I, new séries, ri° 6. Londres, 1875; in-S". Numismatic Soviet}! of Londan. — Journal. 1873, pari. 1. Londres: in-8". ( 938 ) Nature, \ol. VII, n"^ 179 à i'Jl. Londres, 1873; 13 c:ih. 111-4". Thii Accuhmy , n»' 09 to 74. Londres, 1873; 6 eali. in-4". Royal Socicly of Edinhurgh. — Proceedings, session 1871- 1872; in-8"; — Transactions, vol. XXVI, part IV; in-4". fioi/al Society of arts and sciences of Mauritius. — Transac- tions, ncw séries, vol. VI. Manrice, 1872; in-8". iiidaslrial and lechnological muséum, Melbourne. — Lectures, second session 1871. Melbourne, 1872; in-S". The anierican journal of science and arts, third séries, vol. V, n ' 28 New-Haven, 1873; in-8''. Archiv of scientific and pracdcal médiane, n° 5. Marcli 1873. Philadelphie; in-8''. l'niled Slutes naval Observatory al Washington. — Aslro- noinieal and meteorological observations, made during thc Year 1870. Washington, 1873; in-4". Fin nr Tomk XXXV de la 2""" sébie. BULLETliNî? U1-: l'aCAULMIL hOYALE DL BELGIQUE. 9S'' TAHLES ALlMIMiÉTlOUES 1)1' TOME TRENTK-CINyriKMi: UK LA DKl'XIEME SI-HIE. 1873. TABLE DES AUTEURS. Jradcmic. royale iVJimlndam. - Envoie le projjramine ilu concour.- lil- (éraiie HoeefTl, oliO. Acar. — Comniiini(iiie ses observations des phénomènes péiioili(|ues faites à Anvers en 1872, !H . Alberdimjk Thym. — Hommage d'ouvrajjes, 10!. Alvin(L.). — Kemercie M. Éd. Félis, directeur sortant, 81 ; nommé pré- sident de la commission cliargée de l'cNamen de la question des échanges des œuvres d'art du Musée de l'État, 1 Hl ; présente la situation de la Caisse centrale des artistes belges pour l«7-> et 1S7Ô, 18^>, 623; nommé membre de la commission chargée de l'examen des modifications à apporter au règlement des grands concours de composition musicale, !«-_>; nommé membre de la commission chargée de l'examen des questions relatives au séjour, à Rome, des lauréats des grands concours du Gouvernement, 440; lecture d'une notice sur F.-J. Félis, 905. Associdlion britannique pour l'avatuouent des sciences - Annonce sa 4Ô*' réunion, 042. B. B'ilal {Alph.). — Reçoit des remerciments pour avoir soutenu les intéiéts (|.- la Caisse centrale tics artistes belges, 80 ; nommé membre de la com- mission chargée de l'examen de la question des échanges des œuvres d'ait 940 l'AItLE DES AlTEUas. «lu Musée (le l'Élal, KSI ; commissaire pour le mémoire de concours con- cernant l'époque à la(juelle rarchiteclure a subi, dans les Pays-Bas, Tin- lluence italienne, 932. Bdlynck {Aug.). — Présente ses observations des phénomènes périodiques faites à Namur en 1872, 1)0. Bernardin. — Présente ses observations des phénomènes périodiques faites à Meileen 18;i>, 91, 551, 459. BisschopinckiL.). — Présente une note sur les acélonitriles chlorés, ôo^J; rapports de MM. de Koninck el Melsens sur cette note, 462, 46ô; impres sion, 553. Boc {De). — Présente ses observations météorologiques faites à Anvers en 1872,051. Borchijrave {Emile de). — Élu membre titulaire, 622; approbation royale de son élection, 793; remercîmenis, ibid. Borijnet {Ad). — Commissaire pour le mémoire de M. Varenbergh con- cernant les rap|)Orts politiques de la Zélande et de la Flandre , au moyen âge, 51; rapport verbal sur ce mémoire, 795; commissaire pour le mémoire de concours concernant les principes constitutionnels communs à nos diver-ses provinces à l'époque de l'invasion française, en 1794, 102; rapport sur ce mémoire, 569. Bosselet {Ch.).— Nommé membre de la commission chargée de l'examen des modifications à apporter au règlement des grands concours de compo- sition musicale, 182; nommé membre de la section permanente du jury de ces concours, 330; annonce de sa mort, 438. Brachet. — Présente une note sur un monoculaire achromatique ,91; dépôt de cette note aux archives, 354. X^ Briart {Alph.) — Présente la seconde partie de son mémoire sur les fossiles du calcaire grossier de Mons, 91 ; rapports de MM. Nyst, de Koninck et d'Omalius sur ce travail, 189, 191, 192; hommage d'ouvrage, 351 ; com- missaire pour le mémoire de concours concernant le système houiller du bassin de Liège, 645. Broechaert {Jean). — Lauréat du concours de Stassarl pour une notice sur un Helge célèbre , 56S, 621 ; remercîmenis, 794. Biirbure {le chevalier L. de).— Nommé membre de la commission chargée de l'examen des modificalions à apporter au règlement des grands con- cours de compiisilion musicale, 1N2; nommé membre de la section perma- nente du jury ] ; rapport sur celle note, 795; rapport sur les mémoires du concours (le Slassart relatif à Van Dyck, 5C2. X Dewalque (G.). — Dépose un billet caciieté, ô; lecture de son rapport sur le projet de M. Dupont de publier une histoire naturi'lle générale de la Bel- gi(|ii(', 189; commissaire pour le mémoire de MM. de Saporla et Marion concernant l'état de la végétation à l'époque des marnes heersiennes de Gelinden , 4C0; rapport sur ce mémoire, AGô; présente ses observations des phénomènes périodiques faites à Liège en 1 87Ô, G42; commissaire pour le mémoire de concours concernant les relations de la chaleur avec le déve- lop|)cmentdes végétaux phanérogames, 644 ; commissaire pour le mémoire de concours concernant le système houiller du bassin de Liège, 045. Donaldson (Th.). — Remercîments pour l'envoi îles Bulletins, 4ô9. Donny [Fr.). — Commissaire pour la note de M. L. Henry concernant les dérivés glycériques, allyliqueset propargyliques, ô52; rapport sur ce tra- vail, 461. Dwpin (le baron Cit.). — Annonce de sa mort, 100. ^Dupont (Ed.). — Lecture de son rapport sur le travail de M. J. Gosselet intitulé : Carte géologique de la bande méridionale des calcaires devoniens de l'Entre-Sambre-et-Meuse, 20; rapport sur une note de M Schuermans rectifiant celle de M. Dewalque concernant l'époque à laquelle Tetrao Lagopus a disparu de la Belgique, 94, 193; lecture des rapports de MM. Stas et Dewalque sur son projet de publier une histoire naturelle générale de la Belgique, 189. Dtiprez (Fr.). — Nommé membre de la commission des paratonnerres, ;5; rapport sur une note de M. F. Terby concernant les taches de la planète Mars, 20; communique ses observations météorologiques faites à Gand en 1872, 90, 459; commissaire pour un mémoire de M. G. Van der Mens- brugghe sur la tension superficielle des liquides, 188; adhère au rapport de M. J. Plateau sur ce mémoire, 461. E. Egger. — Hommage d'ouvrage, 101. Faider (Ch.). — Commissaire pour le mémoire de concours concernant les principes constitutionnels communs à nos diverses provinces à l'époque de l'invasion française, en 1794, 102; rapport sur ce mémoire, 569. Félis (Ed.). — Remercie comme directeur sortant, 80; communications diverses au sujet de la Caisse centrale des artistes, 80, 1 82 ; nommé membre TABLK DES AL'TEUnS. 945 lie la commission chaij;ée île l'examen île la ([iieslion «let i^rhanfîcs îles œuvres (!';! Il (lu Musée de l'Klai, l«l; nommé membre île la commis- sion charjjée île l'examen des modilicalions à apporter an règlement des grands concours de composilion musicale, 18J; lauréat du concours quin- quennal de littérature française, 448, 62-2 ; commissaire pour le mémoire de concours concernant l'époque à laquelle l'architecture a subi, dans les Paj>s-|jas, Pinlluence italienne, 9ô_>. Folte (F.). — Commissaire pour le mémoire de concours concernant l'inté- gration des équations aux dérivées partielles des deux premiers ordres, fi 1 1. Fttrster [L.]. — Annonce de sa mort, 4ô!>. Fraïkin (C.-^.j. — Nommé membre de la commission chargée de l'exa- men des modilicalions à apporter au règlement des grands concours de composition musicale, 18L>; nommé membre de la commission chargée de l'examen des questions relatives au séjour, à Rome, des lauréats des grands concours du Gouvernement, 440. Franck (Ad.). — Élu associé de la classe des lettres, G2-2; remercie pour son élection , 794. Franck {Joseph.}.— Nommé membre de la commission chargée de l'examen des questions relatives au séjour, à Rome, des lauréats des grands coi.- cotirs du Gouvernement, 440. G. Gnchard. (Pr.). — Commissaire pour un mémoire de Jl le baron Guillaume concernant les bandes d'ordonnance des Pays-Bas, 101; lecture de son rapport sur ce mémoire, 570; notice sur l'incendie du Palais royal de Bruxelles (ô février 1731 ), 109. GaleslootlL.). — Présente une notice sur les De Kempeneer, peintres bruxel lois f I;)l0-1,'î73), ôfil ; lecture des rapports de MM. Waulers et De Decker sur cette notice, 79.t; impression, 921. Gallait{L.). — Nommé membre de la commission chargée d'examiner la réponse de M. le Ministre de l'intérieur au sujet des échanges des œuvres d'an du Musée de l'État, 181 ; nommé membre de la commission chargée de l'examen des modilicalions à apporter au règlement des grands con- cours de composition musicale, 182; nommé membre de la commission chargée de l'examen des questions relatives au séjour, à Rome, des lauréats des grands concours du Gouvernement, 440. Geefs (7.). — .Nommé membre de la commission chargée de l'examen des questions relatives au séjour, à Rome, des lauréats des grands concours du Gouvernement , 440. Gemerl{Auy.i. - Lecture du rapport de la section permanente du jurv 944 TABLE DKS AUTEUKS. (lesjîiMiiils concoiii'S (le composition musicale, sur les modilicalions à ap- |)oiter au lèglemenl de ces concours, 181 ; nommé membre de la com- mission chargée d'examiner ce rapport, 182 ; fait part des résolutions de celte commission, ôôl ; renouvellement de son mandat de membre de la section permanente du jury du grand concours de composition musicale 330; accepte de prononcer le discours académique aux funérailles de M. Bosselel, 438; nommé membre de la commission chargée de l'examen des questions relatives au séjour, à Rome, des lauréats des grands con- cours du Gouvernement, 440; fait connaître la réponse à adresser à M. le Ministre de l'intérieur au sujet des voyages de M. De Mol, lauréat du grand concours décomposition musicalede 1871, 024. Gilbert (P/t.). — Rapport sur une note de M. De Tilly concernant la formule qui donne, en série convergente, la somme des logarithmes hyperboliques des X - 1 premiers nombres entiers, 5; présente un travail sur le déve- loppement de la fonction F (m), 332; rectification au sujet de son mé- moire sur l'existence de la dérivée dans les fonctions continues , 709. Gloesener (M.). — Sur un nouveau procédé pour soustraire les boussoles marines à l'influence du fer et de l'acier qui entrent dans la construction et le chargement des navires, 337, oiO; commissaire pour une notice Pdtjen [Jng.]. — iNommé mcnilnc de la rnnimission cli3tf;<'e tie l'examen lies (jiicslions lolalives au st-joui-. à RDtiie, ( Schuermans (H.). — Rectification à la note de M. Dewalque (sur l'époque ;i laquelle Tetrao lagopus à disparu de la Belgique), 94, 223; rapports de MM. Dupont, P.- J. Van Beneden et de Seiys Longchamps sur cette recti- fication, 19-3, 194, 195. -< Selys Longchamps (Edm. de.). — Rapport sur la rectification de M. Schuer- mans à la note de M. Dewalque concernant l'époque à laquelle Tetrao lagopus a disparu de la Belgique, 94, H>5; annonce que M. Schuermans a satisfait aux observations des commissaires sur cette rectification, 189; troisièmes additions au Synopsis des Caloptérygines, 469; commissaire pour le mémoire de concours concernant le mode de reproduction des an- guilles, 645; troisièmes additions au Synopsis des Gomphines, 732. Siret(Jd.).~ Rapport sur les mémoires du concours de Stassart relatif à Van Dyck, 562; commissaire pour le mémoire de concours concernant l'époque à laquelle l'architecture a subi, dans les Pays-Bas, l'influence italienne, 932. T.VBI.E DES AUTEURS. 951 Slingeneycr (Ern ). - Nommé membre de la commission ciiargée d'exa- miner la réponse de M. le Minisire de l'inlérieur au sujet des échanges des œuvres d'ail du Musée de l'Étal, 181. Smet {J.-J. De). — Commissaire pour le mémoire de M. Varenhergli inti- tulé : I.a Zélande et la Flandre, etc., 51 ; rapport verbal sur ce mémoire, 795; commissaire pour le mémoire de concours concernant l'histoire poli- tique de la Flandre depuis lô05 jusqu'à l'avénement de la maison de Bour{îogne, 101; rapport sur ce mémoire, r)4ô; disparition de la ville de Rommerswale en Zélande, 796. Société (les sciences, des arts et des lettres du Hainaul , à Mons. — Knvoie son programme de concours pour 187ô, .ïGO. Société mathématique de France — Demande l'échange avec le Bulle- tin, 188. Spring {U'allhère). — Présente une notice sur les composés oxygénés du soufre, 643. Staa/file lieut-coL). - Hommage d'ouvrage, ôGI . Stas {J.-S.). — Lecture de son rapport sur le projet de M. Dupont ('r(icielle «les liquides, 18.S; rappoiis de MM. ,1 Plalf.iii, I»u|)rez el Monlifjny sur ce ménioiie, 40(». Van (jéel (Victor). — Présente l;i liste des niafjes observés ;i Gcrpiiincs en 1«7i>,5 Van //assvll (André) — Homma[;e d'oiivrayc, «0 Van Hi/ssellirrr/lie. — Présente une notice sur un appareil enrejjislreur uni- versel j ()4ô. Varenberqh (E.). — Présente un mémoire concernant les rapports politi(|ues de la Flandre et de la Zélande au moyen âge, 51 ; rapports verbaux de MM. De Smet , Borgnet el Steur sur ce mémoire, 795; hommage d'ou- vrage, 361 ; lauréat du concours de la classe des lettres, 794. Verstraete[le cap.). — Rapports de MM. .\lpli. Le Roy et Félix Nève sur son mémoire concernant l'origine rationnelle de la parole écrite el l'antiquité relative des premiers .systèmes d'écriture, 52, C9. \'erlriest {P ). — Communique ses observations météorologiques faites à So- mergem en 1872, 90, 459. Vieuxtemps [H.). — Nommé membre de la commission chargée île lexa- men des modifications à apporter au règlement des grands concours de compositien musicale, 182; nommé membre de la seclion permanenle du jury de ces concours, 410. Von Kcller (Joseph). — Annonce de sa mort, i)ôi . Vosmaer [€.). — Élu associe de la classe des beaux-arts, 80; remercie |)oui son élection ,181. Vreedc{G.). — Hommage d'ouvrage, 794. >^ Wagener (Au;/.). — Communication au sujet des tableaux de Hubens (|ui oni péri dans l'incendie du Palais royal de Bruxelles (ô février 1751), 148. Wanters (Jlph.). — Commissaire pour un mémoire de M. le baron Guil- laume concernant les bandes d'ordonnance des Pays-Bas, 101; lecture de son rapport sur ce mémoire, 570: commissaire pour une notice do M. Galeslool sur les De Kempeneer, |)eintres bruxellois, ."GI ; rapport verbal sur celle notice, 795. W'illems (M. -P.). — Notes de critique et d'exégèse sur Horace, Satire 1,0, vv. 7-22, 148, 29ô. ff TABLE DES MATIÈRES. Académie. — Hommage, à S. M. le Roi, de la médaille jubilaire et du Livre commémoratif du centième anniversaire de fondation, 2; M. Tlionissen nommé président de l'Académie pour 1873, 2, 50, 79; réception de deux mandats de 10,000 francs, 90, 642. Archéologie. — Rapports de MM. Liagre et Ad. Quetelel sur le mémoire de M. Mahmoud-Bey concernant le système des mesures anciennes et modernes de l'Egypte, 19; rectification à la note de M. Dewalque (sur l'époque à laquelle Tetrao lagopus a disparu de la Belgique), par M. Schuermans, 225; rapports de MM. Dupont, P.-J. Van Beneden et de Selys Long- champs sur cette rectification, 94,189, 193,194, 195. Architecture. — Envoi, par M. le Ministre des travaux publics, des plans de l'édifice destiné aux expositions des beaux -arts et aux cérémonies publiques, 624. Arrêtés royaux. — M. Thonissen nommé président de l'Académie pour 1873, 2, 50, 79; nomination du jury du concours quinquennal de littéra- ture française et du jury du concours triennal de littérature dramatique française, 51 ; arrêté royal ouvrant le concours des cantates de 1873, ô29; prix quinquennal de littérature française décerné à M. Éd. Fétis, 542; approbation de l'élection de MM. Le Roy et de Borchgrave comme mem- bres titulaires, 793. Astronomie. — Note sur une configuration singulière des taches de la pla- nète Mars , observée par le R. P . Secchi , le 1 8 octobre 1 862 ; par M. Terby, •40; rapports de MM. Duprez et Ern. Quetelet sur cette note, 20, 21 ; sur l'apparition extraordinaire d'étoiles filantes du 27 novembre 1872, lettre de M. le professeur Newton , 21 ; présentation , par M. Brachet, d'une note sur un monoculaire astronomique, 91 ; rapport verbal de M. Montigoy sur TABLE DES MATIERES. 951) cette note, 354; sur les étoiles filantes du 27 novembre 1872, par M. Ad. Queteiet, 98; présentation, par M. Terby, d'un mémoire intitulé : Areo- {jraphische Fragmente, etc., 188; rapports de MM. Ern. Quelelet etLiaf^ro sur ce travail, -352, 554 ; sur l'éclipsé de soleil du 20 mai 1873, note par M. Ern. Quetelet, 643. B. Billets cachetés. — Dépôt d'un billet cacheté par M. Dewalque, ô; restitu- tion d'un billet cacheté à M. Perard, 458. Biographie. — Présentation , par M. Galeslool , d'une notice intitulée : Les De Kempeneer, peintres bruxellois (1510-1575), 361 ; lecture des rapports de MM. Wauters et De Decker sur cette note, 795; impression, 921 ; rap- port collectif de MM. De Decker, Siret et de Burbure sur les mémoires du concours de Stassart relatif à Van Dyck,562 ; lecture, par M. Alvin, d'une notice sur F.J. Fétis, 955. Botanique. — Voir Paléontologie . Caisse centrale des artistes belges. — Communications diverses du comité- directeur, 80, 182, 447, 025; situation de la Caisse en 1872, 182. Chimie. — Recherches sur les dérivés éthérés des alcools et des acides poly- atomiques, pai- .M. L. Henry, 21 1, 717; communications verbales de M.Mel- sens sur ses recherches chimico-physiques, 224, 468; M. Bisschopinck présente une note sur les acétonitriles chlorés, 3.^2; rapports de MM. de Koninck et Melsens sur cette note, 462, 465; impression, 525; M. Henry présente une note sur les dérivés glycériques , ally liques et propargyliques, 552; lecture des rapports de MM. Stas, de Koninck et Donny sur ce tra- vail, 461 ; remarques sur la volatilité des composés cyanogènes, pir M. Henry, 531 ; M. Swarts présente une note sur les acides pyrocitriques, 645; M. W. Spring présente une note sur les composés oxygénés du soufre, ibid.; sur les boissons alcooliques glacées portées à des tempé- ratures très-basses et sur le refroidissement et la congélation des vins ordinaires ou mousseux, par M. Melsens, 685; note sur les composés propargyliques, par M. Henry, 729. Commission administrative. — MM. Stas et De Busscher élus membres de la commission , 408, 026. Commission de la Biographie nationale. — Rapport sur les travaux de la commission pendant l'année 1872-1875, par M. De Busscher, 628, y5() TABLE DES MATIÈUES. Commission de publication des œuvres des grands écrivains du paijs. — Présenlalion, par M. le baron Kervyn de Lellenhovc, du lome XVI' des Chroniques de Froissart, 2-30. Commission pour les échanges des œuvres d'art du Musée de l'Etat. — Nomination des membres de celte commission, 181 ; lecture de la réponse à faire à M. le iMinJstre de rinlérieur, au sujet de sa lettre relative aux échanges ,531. Concours de composition musicale {grand). — Nomination de la section permanente du jury de ce concours, 530, 439, 440; lecture, par M. Ge- vaert, du ra[)|)ort de cette section sur les modifications à apporter au règlement du concours, 181; nomination d'une commission chargée d'examiner ce rapport, 182; résolutions de cette commission, 531; lettre de i\I. le Ministre de l'intérieur au sujet du voyage d'études de M. De Mol. lauréat du concours de 1871, 624. Concours de la classe des beaux-arts. — Envoi, par M. Cuypers, d'une reproduction photographique de son bas-relief couronné , 331 ; envoi , par M. Mellery, d'une reproduction photographique de son carton couronné, 4Ô9 ; partitions reçues pour le concours d'art appliqué de 1873, 6'i4, 9ôi2; mémoire sur l'architecture destiné au concours littéraire de 1873,932. Concours de la classe des lettres. — Mémoires reçus pour le concours de 1873 et nomination de commissaires, 101; rapports de MM. De Smet, Kervyn de Leltenhove et Sieur sur le mémoire relatif à l'histoire politique de la Flandre depuis 1305 jusqu'à l'avènement de la maison de Bour- gogne (1382), 5^3, 547 ; rapports de MM. Juste, Guillaume et Kervyn de Lettenbove sur les mémoires concernant Charles le Téméraire , 548, 559, 501; MM. Henrard et Varenbergh lauréats, 362,620,794; proclamation des résultats du concours de 1873, 619. Concours de laclasse des sciences.— Programme pour 1874, 91 ; mémoires reçus en réponse au concours de 1875, 644. Concours de Rome (grands). — Lettre des lauréats résidant à Rome, 357; nomination d'une commission chargée de l'examen des questions relatives au séjour, à l'étranger, des lauréats de ces concours , 440. Concours des cantates. — Arrêté royal ouvrant le concours de 1873, 529; cantates reçues, 350,440; nomination du jury, 530. Concours de sculpture (grand). —.Envoi , par M. le Ministre de Tinlérieur, d'un projet d'itinéraire pour les voyages d'études de M. Cuypers, Iaure;.al du concours de 1872, 625; rapport de la section do sculpture de la classe des beaux-arls sur ce projet , 955. Concours de Stassarl. — Mémoire reçu en réponse à la (jucstion ilu con- cours sexeunal, 102; rapport collectif ts. — De MM Gilbert et (iataian sur la note de M. De Tilly concer- nant la somme des logaiithmes hyperboliques des x — 1 premiers nom- bres entiers, 5, 1 1 ; de MM. Gilbert cl Catalan sur diverses communica- tions adressées à l'.Académie par M. Saltel, 12, l'J; de MM Ad. Quelelel et Liagre sur le mémoire de M. Mahmoud-Bey concernant le système des mesures anciennes et modernes de l'Egypte, 19; lecture des rapports de MM. Dupont et d'Omalius sur le mémoire de M. Gosselet intitulé : Carte géologique de la bande méridionale des calcaires devoniens de l'Entre- Sambre et-Meuse, JO; rap] orts de MM. Duprez et Ern. Quetelet sur une note de M. Terby concernant les taches de la planète Mars, 20, 21 ; de M M. Le Roy et Nève sur le mémoire de M Verstraete concernant l'origine rationnelle de la parole écrite et ranti(|uité relative des premiers systèmes «l'écriture, 5-', G9; rapports de M.M. Dupont, P.-J Van Beneden et de Sel>s Longchamps sur la note de M. Schuermans relative à l'époque à laquelle Tetrao liigopui a disparu de la Belgique, 94, I9ô, 194, 19.t; rapports de MM. Mailly, .Vd. et Ern. Quelelet sur la note de M. l'errey concernant les trenibiements de terre ressentis en 1870, 95, 97; lecture des rapports de MM. Stas et Dewalque sur le projet de M. Dupont de publiei' une histoire naturelle générale de la Belgitpie, 189; rapports de M.M. >yst, de Koninck et d'Omalius sur le mémoire de M.M. Briart et Cor- net concernant les fossiles du calcaire grossier de Mons, lh9, 191, 192; rapport verbal de M. Gluge sur diverses notes de M. Robin, 193; lecture du rapport de la commission chargée de répondre à la lettre de M. le Ministre de l'intérieur relative aux échanges des œuvres d'art du Musée de l'État, ôôl; rdp|)ort de la commission chargée de l'examen des modifica- tions à apporter au règlement des grr.nds concours de composition musi- cale, ibid.; rap|)orls de M.M. Ern. Quetelet et Liagre sur le mémoire de M. Terby intitulé : .\reographische Fragmente, etc., 352,354; rapport '2"" sr;iîlF, TOMK \XXV. 62 î)(»!2 TABLE DES MATIÈRES. verbal de M. Montigny sur la noie de M. Brachet concernant un nouveau monoculaire achromatique, ô54 ; rapports de MM. Plateau, Duprez et Mon- ligny sur le second mémoire de M. Van der Mensbrugglie concernant la tension superficielle des liquides, 4fiO, 461 ; lecture des rapports de MM.Stas, de Koninck et Donny sur la note de M Henry concernant les dérivés glvcé- riques, allyiiques et propargyliques, 401 ; ra|)ports de MM Catalan et Stei- chen sur la note de M. Saltel concernant la sphère oscuiatrice, ibid.; de MM. de Koninck et Melsens sur la noie de M. Hisschopinck concernant les acélonitriles chlorés, 402, 403; de MM. Dcwalque et d'Omalius sur le mé- moire de MM. de Saporta et Marion concernant l'état de la végétation à l'époque des marnes heersiennes de Gelinden, 4(i-'5, 468; de MM. De Smel, Kervyn de Lettenhove et Steur sur le mémoire de concours concernant l'his- toire politique de la Flandre depuis lôO ') jusqu'à l'avènement de la maison de Bourgogne (1382), 543, 547; de MM. Juste, Guillaume et Kervyn de Lettenhove sur les mémoires de concours relatifs à Charles le Téméraire, 548, 55-J, 561 ; rapport collectif de MM. De Decker, Siret et de Burbure sur les mémoires du concours de Stassart relatif à ^'an Dyck,56-2; de MM. Bor- gnel, Leclercq et Faider sur le mémoire de concours concernant l'exposé des principes constitutionnels communs à nos diverses provinces en J7t)4, TiG'J; lecture des rapports de MM Gachard, .lusle et Wauters sur le mémoire de M. Guillaume intitulé : Histoire des bandes d'ordonnance des Pays-Bas, 570; lecture du rapport de M. Van Bemmel sur le concours quinquennal de littérature française, C18; lecture des rapports de MM. Wauters et De Decker sur la note de M. Galesloot concernant les De Kempeneer, peintres bruxellois, 795; de MM. De Smet, Borgnet et Sieur sur la note de M. Va- renbergh intitidée: La Flandre et la Zélande, ibid.; rap|)orl de la section de sculpture de la classe des beaux arts sur un projet d'itinéraire pour les voyages d'études de M. Cuypers, lauréat du grand concours de sculp- ture de 1873, 930. S. Sciences morales et politiques. — De l'homme considéré dans le système social, ou comme unité, ou comme fragment de l'espèce humaine, par M. Ad. Ouetelet, 198; origine des douanes en Belgique : étude de droit constitutionnel, par M. P. De Decker, 231 ; le pouvoir des mots, discours par M Le Roy, 597. Séances publiques. — Préparatifs de la séance publique de la classe des lettres, 437, 570 ; programme, 572 ; regrets de LL. MM. le Roi et la Reine, ainsi que de MM. les Ministres de l'intérieur et des affaires étrangères, de ne pouvoir assistera cette séance, 541. TABLE DES IIATIÈIIES. 963 z. Zoologie. - Présentation, par M. Eil. V.in [{cniclfii, d'un mémoire sur un dauphin nouveau de la baie de Rio de .l.ineiio, 4;)'J; troisièmes additions au Synopsis des Caloptéryj;ines, par M. do Selys Louffcliamps, WS\ Iroi- sièmes additions au Synopsis des Gompliines, par le même, 7Ô2 ; rapport sommaire sur les résultats d'im voyajje au Brésil et à la Plata, par M. Ed. Van Benedin, 775. ERRATA. Page 21, ligne 3, en remontant, au lieu de : intiressez, lisez ; tntéresaerez — 28, — % au lieu de : suivi, lisez : suivie. — 28, — 22. Cette ligne est la première du paragrai)lie 8. — 148, — 10, au lieu de : peinte, lisez : peintre. — 181, — 6, en remontant, au lieu de : M. Gevcil, lisez : .)/. Gevuert. — 186, — l, en remontant, au lieu de : Sen//'w(/, lisez : Sf/f/im/. — 22o, — lo, au lieu de : le Tetrao lagopus, lisez Tctrao liKjopns. — 6SI, — 1, en remontant, au lieu de : lOi'T^, lisez : I0i*,27. PIHMCATIONS l)K L'ACADÉMIE ROYALE DE BELfilOlE. Hoiiveuiix .lléinoire.s, lomos I-XIX (1820-1815); iii-i . — iMcmoii-eN. Kiincs XX-XXXIX (1840-187-2); in-f'. — Prix: 8 Ir. par vol. à partir du liiiiic X. floinolfo.s coiironncN, lomc'S I-XV (1817-IS42); iii-i". — MonioIre.H coiiroiiiiôs et .floiiiofrcM des NavuiitN éfrangerji. tomes XVI-XXXVi il8.i5l87l ) ; iii-i". — Prix : 8 tV. |>ar vol. à partir du tome XIJ. Iléiuoii-CN enurniinéfl, in-8", tomes I-XXII. — Prix : i IV |i;m' vol. ■ altleN (les Mémoires (1816-1857). In-IS. .%niMiaii'(>. 1" à ôO""- aiino!', 18."m-1><7ô; in-18. Fr. 1,50. liiilleliiis, Ir-^ série, tomes 1-XXlll; — i""' série, tomes l-XXX\ ; iii-tS'. . Annexes aux Hiilli'tin.s rie 1834, in-8". - Prix : 4 fr. par vol. etililiog^rapliie aeailéniiqiie. 1854; 1 vol. in-18. Table.« »énéi-nles des Bulletins : tomes I-XXUI, K' série (1802-185(1. 18.58, iii-H'. —2'"^ série, tomes I-XX (18.57-1866). 1867; in-8". ra(alo»ne de la bihiiolhèque de IWcadémie. 1850; in-8". Catalogue de la bibliothèque de M. le baron de Stassart. 1863; in-8". Ceiillënie anniversaire de fondation (1772-1872). 1872; 2 vol. in-8. Cominissw7i pour la publication des monuments de la littérature flamande. OEiivres de Van nisaeriant : Deu natuiie.n hloeme, tome I", publie par M. Hormans, 1857; 1 vol. in-8»; — Rvmbvbel, avec Glossaire, publié par M. .1. David, 1858-1800; 4 vol. in-8"; — Alexa^dek Geesten , publie par M. Siicllaerl, 186l)-1862; 2 vol. iii-8' — .'Vederiandsclie gedicliten, ete., publiées par M. Sncllaerl, 1869; 1 vol in-8". — Partlionopeus van Bioyj«. publie par M. iiormans, 1871 ; I vol. iii-8". — iiipegliel «1er %Vj-.««lieIt. dooi' lan Prael, [jublie par M. liornjans' 1872; 1 vol. in-8°. Commission pour la publiéation d'une collection des (enrres des f/rands écrivains du pays. or.uvres de Cba^itellain, publiées par M. Kervyn de Letlenliovc. 1865-1865, 8 vol. in-8°. — I-e «<"«• livre des Chroniques de Profssart. l»ublié par le même. 1865, 2 vol. in-8". — Clironique. de Jehan le llel . publiées par M. Polain. 1865. 2 vol. in-8". — L,i Itomuans deCiéomadè.s. publié par M. Van Hasselt, 1866, 2 vol. in-8". — nitset contes de Jean et Baudouin de Condé, publies par .M. Auguste .Schelei'. 1866, 5 vol. in-8". — Li ar.«d'aniitur. etc., |.ublié par M. J. Petit. 1866-1872, 2 vol. in •8". — Ciir(tiiif|ne.<« de l<'roi.<«savt , publiées par M Kervyn de Lettenliove. 1867- 1 175, 11> vol. in-8". — l,ettresde Commines, publiées par le même. 1867; 2 vol. iu-8' — Oitsde rVairiquet <îe Convîn. publiés par M .\. Sclielei'. 1868, 1 vol. in-8". -- i'ot'.xies de Froi.i«sart, [lubliees par le même. 1870- 1872; 5 vol. in-8. Commission roi/ale d'histoire. Collection de Chroniques belges inédites. pul)liées par ordri; du Gouvernement; 35 volumes in-4". Compte rendu des séances, 1''' série, avec table (1837-1849', 17 vol. in-8". — 2"" série, avec table (1850-1859), 15 vol. in-8". — ô"'« série, tomes l-XIV (1860-1872). Annexes aux Bulletins, 13 volumes in-8". • Commission pour la publication d'une Uioijraphie nationale. Hiosraphic nationale, lomes I, 11, iil et IV (1''' partie). Bruxelles, 1866-1872; 7 cali. yr. in-8". 3 2044 093 256 899