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CATÉCHISME

DE PERSÉVÉRANCE.

NE VERS. IMPRIMERIE DE N. ,DUCLOS.

CATÉCHISME

PERSÉVÉRANCE, ^

EXPOSÉ HISTORIQUE, DOGJUTIQUE, MORAL ET LITURGIQUE^/^^^^^O DE LA RELIGION, DEPUIS L'ORIGL^E DU MONDE y^j^^^it^ .

JUSQU'A NOS JOURS ; '^ ^

CHANOINE DE NEVERS. W

Jésus- Christus heri et hodic, ipse et in secula. Hebr. xiii , 8.

Jcsus-Ghrjst hier, aujourd'hui et dans Xou^J^ "sSkcl e s .

DeusjêKfai itô^s <^kJoa n . Dijf^^a<lcharitû. i J^b iv , 8.

GAUME FRERES. Ê DITETÎ^^^j^ R A I R E S , Rue du Pot-de-Fer-Saint-Sinpice, 5.

J8S8.

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CATECHISME

Ht PËBSÉVÉRASCB.

PRSlfîlÉRï: PARTIE,

XIX^ LEÇON.

GRACE. PRIÈRE,

JRésumé de ce qui précède. Ce que c'est que la Religîon. Grâce diversifiée en mille manières. Définition de la grâce. Division. Grâce extérieure et grâce intérieure. Première et seconde grâce. Grâce sacramentelle. Grâce habituelle et actuelle. Trait histo- rique. — Gratuité de la grâce. Grâce de la prière. Nécessité de la prière. Ses qualités.

Résumons en quelques mots ce que nous avons dit jusqu'ici. Dieu a créé le monde pour sa gloire, c'est-à- dire pour manifester ses perfections. L'homme a été établi pour jouir de ce grand spectacle, pour adorer, aimer , remercier Dieu au nom de toutes les créatures. Comme il existe des rapports nécessaires de supériorité et d'infériorité, d'amour et de protection, de respect et de reconnaissance entre le fils et le père, entre la mère

T. II. i

2 CATÉCHISME ,

et la fille, de môme il en existe nécessairement entre Dieu, Créateur et Père, et l'iiomme', sa créature et son enfant. Que dis-je? les rapports entre Dieu et l'homme sont bien plus intimes, bien plus sacrés et bien plus nobles que ceux des parents et des enfants. Par un acte infini d'amour. Dieu a destiné l'homme à une fin surnaturelle, c'est-à-dire à un bonheur infini, à un bonheur au-dessus de nos pensées et des exigences de notre nature imparfaite et bornée; en un mot, à un bonheur après lequel il n'y a plus rien. Ce bonheur, c'est la vue et la possession immédiate de Dieu même dans le Ciel pendant toute l'éternité. On comprend maintenant toute la signification de ce beau mot de saint Thomas , que la grâce ne détruit pas la nature mais la perfectionne ' .

Dieu, qui voulait cette noble fin, avait donné à l'homme tous les moyens d'y parvenir. L'homme devait les mettre en usage, faire ce que Dieu lui commandait, s'abstenir de ce qu'il lui défendait. A cette condition, le bonheur lui était assuré, pour lui et pour tous ses descen- dants. Ces admirables rapports, ou, si vous voulez, cette société entre Dieuetl'homme innocent, c'est la Religion. Comme on voit, cette Religion, ou cette société, qui devait conduire l'homme à un bonheur auquel il n'avait par lui-même aucun droit de prétendre, est une grande faveur, une grande aumône, une grande grâce de la part de Dieu.

Or, une condition de ce divin contrat, était que

' Gratis non tolUt natursim sed perficit.

DE PERSËTÉRANCÊ. 3

1 homme s'abstiendrait du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal. ]\lalheureusement , l'homme osa violer cette condition fondamentale : sa société avec Dieu fut détruite. Plus d'espérance; au contraire, une condamnation à mort et des châtiments proportionnés à la grandeur de l'outrage. Dieu pouvait abandonner l'homme dans le déplorable état il venait de se plonger, comme il avait abandonné les Anges après leur révolte. Sa justice semblait l'exiger; mais la miséricorde l'em- porta. Le fils de Dieu même s'offrit à son Père pour expier le crime de l'homme. Dieu se laissa toucher. Comme on voit chaque jour dans les familles, les parents accorder le pardon et rendre leur amitié à l'enfant cou- pable, sur la prière de l'enfant vertueux ; de même à la sollicitation de son fils, Dieu consentit à rendre à l'homme ses bonnes grâces, et à rentrer en société avec lui; c'est-à-dire, à rétablir les subUmes rapports qui existaient entre eux avant le crime originel. Or, nous l'avons dit, ces rapports, c'est la Religion; la Religion, qui doit conduire au même bonheur surnaturel , immense, infini, l'homme pénitent, comme elle devait y conduire l'homme innocent.

Soit qu'on l'envisage avant le péché d'Adam, soit qu'on la considère après cette déplorable faute, la Religion est donc un bienfait, une faveur, une grâce ; ou, pour mieux dire, c'est la grâce par excellence, puisqu'elle renferme toutes les autres. Avant la chute, la Religion était, de la part de Dieu, un acte infini d'amour; après la chute, c'est un acte infini de misé-

U CATÉCHISME

ricorde et de clémence. Ce bienfait, nous le devons au Verbe éternel. Voilà pourquoi Dieu s'empressa d'an- noncer à nos premiers parents ce divin Médiateur de la paix, ce Lien de la société nouvelle; il voulut qu'ils connussent bien celui à qui ils étaient redevables de leur conservation et de leur salut, afin de concentrer sur lui toutes leurs espérances et l'amour de tous les cœurs.

Pour rendre évidente cette vérité fondamentale , que la Religion toute entière est un grand bienfait, une grande aumône, une grande grâce, la grâce par excel- lence, la grâce diversifiée en mille manières, il suffit de se rappeler que la théologie catholique définit la grâce un secours ou plutôt l'ensemble des secours surna- turels que Dieu accorde gratuitement aux hommes en vue des mérites de Jésus-Christ, pour opérer leur salut ; qu elle divise la grâce en deux grandes espèces : les grâces extérieures et les grâces intérieures.

Les grâces extérieures sont tous les moyens surna- turels visibles ou sensibles par lesquels Dieu nous aide à opérer notre salut. Or, c'est la Religion qui nous conduit au salut. Cette première espèce de grâce ren- ferme donc tout ce qui compose extérieurement la Re- lio^ion. En effet, elle comprend, dans l'Ancien Testa- ment, toutes les révélations, toutes les promesses, toutes les figures, toutes les prédictions du Messie ; la loi donnée sur le mont Sinaï , le décalogue, tous les sacrifices, toutes les observances, toutes les cérémonies, toutes les fêtes, tous les chants, toutes les prières du culte judaïque ; tous

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\ds enseignements des Prophètes pour rappeler les Hébreux à la vertu ; tous les bons exemples donnés par les saints personnages de ces temps-là ; en un mot, tous les secours extérieurs qui pouvaient porter les hommes à faire le bien surnaturel, par conséquent toute la religion mosaïque. Il est donc vrai, avant la venue du Messie, toute la religion , considérée extérieurement, n'est qu'une grande grâce, diversifiée en mille manières, pour con- duire l'homme au bonheur surnaturel.

Il en est de même après la venue du Messie. Consi- dérée extérieurement, la religion chrétienne, c'est-à- dire la religion développée par le Rédempteur en per- sonne , les enseignements admirables de ce divin Sauveur, ses miracles, ses exemples , les prédications des Apôtres et de tous leurs successeurs, répandus depuis dix-huit cents ans par tout l'univers; le symbole, le décalogue, les sacrements, les fêtes, les jeunes, toutes les lois de l'Eglise, les exemples de cette multitude innombrable de martyrs, de vierges, de solitaires; en un mot, tous les secours extérieurs qui, depuis la venue de Jésus-Christ, peuvent porter les hommes à faire le bien surnaturel , sont autant de grâces extérieures ; par conséquent encore la religion toute entière, depuis cette heureuse époque, n'est qu'une grande grâce, diversifiée en mille manières, pour conduire l'homme au bonheur surnaturel '.

Telle est la première espèce de grâces , les grâces extérieures.

Venons aux grâces intérieures. Cette seconde espèce

' l'oyez Ber^kr, art. Cvcxce.

6 CATÉCHISME

de grâces comprend tout ce qui touche intérieurement notre cœur ; tout ce qui éclaire intérieurement notre esprit ; tout ce qui nous dispose intérieurement au bien surnaturel et nous donne la force de l'opérer . Les bonnes pensées, les salutaires inspirations, les pieux mouve- ments, les saintes résolutions, les chastes désirs, sont autant de grâces intérieures. Qui peut les compter? Ah ! il serait plus facile de calculer le nombre des cheveux de notre tète.

Comme la grâce extérieure, la grâce intérieure se diversifie en mille manières; elle prend tous les tons, elle revêt toutes les formes; elle nous fait entendre toutes les voix : voix de la foi, voix de l'espérance, voix de l'amour, voix: du remords, voix de la crainte, voix de la tristesse, voix de la joie, voix de la tendre mère qui supplie et qui pleure; voix du Père irrité, qui reprend et qui menace ; voix àe l'ami qui adresse de doux re- proches. Nuit et jour, depuis le premier instant de notre raison jusqu'à notre dernier soupir, le Rédempteur se tient debout à la porte de notre cœur, nous répétant sans cesse , et dans toutes les langues et sur tous les tons : Mon enfant, ouvrez-moi; donnez-moi votre cœur. Cette double espèce de grâce qui est toute la religion , rend raison de la double espèce de culte qui a toujours été en usage, le cuite extérieur et le culte intérieur.

Il faut en effet que Dieu se communique à l'homme extérieurement et intérieurement ; extérieurement , parce que Ihomme a un corps et des sens, et qu'il faut guérir sa nature extérieure et se proportionner à ses

DE PERSÉVÉRANCE. 7

besoins; intérieurement, parce que l'homme a une ame, et qu'il faut porter le remède jusque-là , et le proportionner aux besoins de cette nature spirituelle. Par nous sommes régénérés dans notre double nature spirituelle et corporelle, et l' homme nouveau devienttout en nous; jusqu'à ce que nous puissions dire dans l'éternité , lorsque le mystère de notre transformation sera pleine- ment accompli : ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus- Christ qui vit en moi.

Et maintenant, afin de donner une connaissance plus précise de la grâce, nous répéterons avec les Théologiens catholiques, que la grâce est un secours surnaturel que Dieu accorde gratuitement à l'homme en vue des mérites de Jésus-Christ , pour nous faire opérer notre salut . Nous venons de dire en quoi consiste ce secours et comme il *se diversifie suivant nos besoins. Tantôt c'est une lu- mière, un enseignement qui éclaire notre esprit; tantôt c'est un mouvement intérieur, un exemple qui détermine notre volonté et la porte au bien.

Ces lumières, ces mouvements, ces forces, ces im- pressions , ces opérations intérieures de Dieu, portent plus particulièrement le nom de grâces. En conséquence de cette notion, on distingue la première grâce et h seconde grâce. La première grâce est celle qui de pécheurs nous rend justes, et la seconde grâce est celle qui de justes nous rend encore plus justes. La grâce sacramenleUe est celle qui nous est donnée par chacun des sacrements que nous recevons. Elle produit en nous l'effet particulier que Dieu s'est proposé en instituant le sacrement qui

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nous la confère. Par exemple, la grâce propre du sacre-n ment de confirmation, c'est la force qu'il communique, pour confesser la foi.

Enfin , on distingue !a grâce habituelle et la grâce actuelle. La grâce habituelle se conçoit comme une qualité qui réside en nous. C'est le Rédempteur demeu- rant en nous , qui , par sa présence nous rend agréables à Dieu et dignes du bonheur éternel, nous communique les vertus infuses et les dons du Saint-Esprit et qui réside en nous jusqu'à ce que le péché mortel le chasse de notre cœur. Le Sauveur lui-même nous ex- plique en ces termes ce touchant mystère : Si quelqu'un garde ma parole, nous dit-il, nous viendrons en lui et nous demeurerons chez lui. Et ailleurs : Si quelqu'un m'aime, il demeure en moi et moi en lui.

La grâce actuelle est une opération passagère qui nous porte au bien. C'est le Sauveur qui éclaire notre esprit, qui meut notre volonté pour lui faire opérer une bonne œuvre, accomplir un précepte ou surmionter une tentation.

Toutes ces grâces ont pour objet de nous conduire au salut : elles sont autant de semences de gloire éter- nelle, Yoilà pourquoi on dit avec beaucoup de raison, que la moindre grâce , le moindre degré de la grâce sanctifiante , vaut mieux que tous les dons naturels, l'esprit, la science, les talents, la santé, les richesses, les dignités, les trônes. En effet, tous les dons naturels ne nous élèvent pas et ne sauraient , sans la grâce, nous élever an bonheur surnaturel ; tandis que le

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raoinJre degré de la grâce, sans tous les dons naturels, peut nous y conduire. De , ces magnifiques et profondes paroles de saint Paul : Quand je parlerais la langue des Anges, quand j'aurais la connaissance de tous les secrets de la nature et de tous les mystères de la foi, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien, tout cela ne me sert de rien ' . Oh ! quelle estime nous devons faire de la grâce l quelle crainte nous devons avoir de la diminuer ou de la perdre !

Aussi les Saints de tous les temps l' ont-ils préférée à tout et ont-ils souffert volontiers les plus afîreux supplices plutôt que de renoncer à ce précieux trésor. Au moment nous écrivons ces lignes, il existe de cet amour de la grâce sanctifiante un exemple si édifiant , que nous aurions des reproches à nous faire si nous ne lui donnions pas toute la publicité qui dépend de nous .

Voici ce qu'écrit un missionnaire de la Chine. Durant la persécution de 1805, seize personnes, parmi les- quelles se trouvaient trois femmes, trois Tartares de la famille impériale et un mandarin , furent envoyés en exil. Tous ont soutenu généreusement le poids de la persécution et ont persévéré dans la foi. Trois autres furent condamnés à porter la cangue et eurent la croix gravée avec un fer chaud sous la plante des pieds, pour les forcer à marcher dessus. Deux sont morts depuis long-temps, en vrais Martyrs; le troisième vit encore, il porte la cangue depuis trente ans î ! il se nomme Pierre Tsay , son nom est précieux à conserver , car

^ I Jd Cor. c. xni.

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plus tard, j'en ai la confiance, ce sera le nom d'un Martyr. Cette seule parole «je renonce à ma Religion ! » parole qu'on s'est efforcé mille fois, et vainement, de lui arracher, suffirait pour le délivrer de l'instrument de son supplice et le rendre à la liberté ; mais par la grâce de Dieu, il a toujours été et il sera, nous l'espérons, inébranlable dans la foi jusqu'à son dernier soupir. Il a été placé dans une prison située à une des portes de la ville de Pékin, de manière à ce que tous les passants puissent l'apercevoir et contempler en lui un exemple de la sévérité à laquelle doivent s'attendre ceux qui seraient disposés à embrasser la foi de Jésus-Christ. Ce véné- rable athlète de la Religion demeure inaccessible aux promesses et aux menaces des persécuteurs. Rien de plus édifiant que de voir le contentement qu'il éprouve dans sa cruelle position . Les âmes pieuses vont souvent le visiter pour s'édifier, l'encourager et lui procurer tous les soulagements qu'il peut recevoir. Ce supplice si long et si douloureux, et la facilité avec laquelle il pour- rait s'en délivrer en apostasiant, le rendent plus grand mille fois devant Dieu que s'il portait sa tête sur l'écha- faud. Quelle belle couronne le Seigneur lui réserve dans le Ciel ! Ce confesseur de la foi est un véritable trésor pour notre chrétienté ; c'est un exemple qui parle for- tement à la conscience de tous, qui fortifie les faibles, qui soutient les fervents et qui fait comprendre combien on est heureux de souffrir pour le nom de Jésus-Christ ' . Il faut savoir encore, sur la grâce, qu'elle est tout à

» Jnnales de la Prop. de la Foi , novembre 1857 , /?. 112.

DE PERSÉVÉRANCE. 11

{■dit gratuite . Cette vérité découle naturellement de ce que nous avons dit plus haut. En effet, c'est très-gra- tuitement, c'est-à-dire sans nul droit, sans nul mérite de notre part , que Dieu nous a destinés au bonheur sur- naturel. Tous les moyens qu'il nous donne d'arriver à cette fin, sont donc aussi purement gratuits. Or, la grâce est l'ensemble de ces moyens. Ainsi nous ne pouvons mériter la première de toutes les grâces.

Il faut savoir de plus que la grâce ne détruit pas notre çoîonté, que nous sommes libres, parfaitement libres de lui résister. Bien plus, loin de gêner ou de détruire notre liberté, la grâce la perfectionne, la guérit et la rétablit , en nous donnant des lumières et des forces que nous n'avions pas et que nous ne pouvons avoir de nous- mêmes . Le bâton qui soutient le vieillard tremblant ; le remède qui rend la santé au malade ne leur ôtent pas la liberté.

Il faut savoir encore que la grâce nous est absolument nécessaire y que sans elle, il nous est impossible de faire la moindre action, avoir une bonne pensée, prononcer le nom de Jésus d'une manière méritoire du Ciel. Enfin, il faut savoir qu'avec la grâce nous pouvons tout dans l'ordre du salut, c'est-à-dire accomplir tous les Com- mandements, résister à toutes les tentations et parvenir au bonheur éternel.

Tels sont les mojens que Notre Seigneur nous donne pour opérer notre salut. Les grâces intérieures et exté- térieures qui composent toute la Religion , sont pour ainsi dire sa mise dans la société qu'il veut former avec nous.

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Notre mise à nous, c'est notre coopération a la grâce, c'est notre bonne volonté, et cette coopération à la grâce, et cette bonne volonté, sont encore un don de Dieu. Cependant, voilà tout ce qu'il nous demande. Son divin fils nous l'a fait dire par ses Anges, dans le beau Cantique qu'il leur ordonna de chanter, pour annoncer sa naissance au monde : Gloire à Dieu dans les hauteurs des Cieux et sur la terre, paix aux hommes bonne volonté.

Ainsi, la Religion ou la société de l'homme avec Dieu consiste, de la part de Dieu, dans la grâce; de la part de l'homme, dans la bonne volonté. Le bénéfice sera, pour Dieu, la gloire ; pour l'homme, la paix sur la terre et dans l'éternité. Telles sont les conditions et les fruits de cette admirable société. Voici quelle en est la nature.

Dieu donne à l'homme la première de toutes les grâces, sans même que l'homme la lui demande, c'est ce qu'on nomme la grâce prévenante. Oui, il est vrai. Dieu nous a aimés le premier ! Avec cette grâce l'homme peut agir et surtout prier pour obtenir de nouvelles grâces ; car la prière est comme la clé de tous les trésors du Ciel. L'homme est obligé de s'en servir pour puiser dans cette riche caisse des dons divins et y prendre ce qui lui est nécessaire , afin de continuer les opérations de sa société avec Dieu.

Delà, l'indispensable nécessité delà prière. Aussi, tous les peuples ont prié, même les Payens. De , ce précepte du Sauveur : Il faut toujoursprier et ne jamais cesser ' .

1 Luc. xviii. 1.

DE PERSÉVÉRANCE. 13

La prière, s'il est permis de le dire , doit être à notre ame ce que la respiration est à notre corps. L'air qui nous en- vironne et qui est destiné à nous faire vivre, entre dans nos poumons . Quand il les a rafraîchis et fortifiés nous le repoussons; un air nouveau lui succède, à celui-ci un autre; ainsi s'entretient la vie de notre corps : de même doit s'entretenir la vie de notre ame. Par la prière nous attirons en nous la grâce destinée à éclairer notre esprit, à fortifier notre volonté, en un mot à nourrir notre ame d'une nourriture surnaturelle et divine. Cette grâce produit son effet ; nous prions de nouveau , une autre grâce succède à la première ; à celle-ci une autre encore, et notre ame continue de vivre.

Or, pour conserver la vie du corps nous avons besoin de toujours respirer; de même, pour conserver la vie de notre ame, nous avons besoin de toujours prier. On prie toujours en aimant toujours Dieu, en désirant toujours la justice, en faisant toutes ses actions dans la vue de plaire à Dieu. Vous cessez de prier, dit saint Augustin, si vous cessez d'aimer. La prière continuelle, commandée par le Sauveur et réclamée par les lois de notre société avec Dieu, est donc un désir continuel de lui plaire et de faire en tout son aimable volonté.

Sans doute, il ne nous est pas possible, dans cette vie mortelle , de penser toujours à Dieu ; mais il faut que son amour et le désir de lui plaire subsistent toujours dans notre cœur. Une comparaison rendra sensible cette vérité. Il en est de l'amour de Dieu et du désir de lui plaire, par conséquent de la prière continuelle, comme

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de l'amour des choses d'ici-bas et du désir de leâ acquérir. Quoiqu'un avare ne pense pas toujours à amasser des richesses, cependant l'amour et le désir des richesses vit toujours dans son cœur, c'est à ce but qu'il rapporte toutes ses entreprises. De même, quoique nous ne puissions pas penser sans cesse à Dieu, le désir de lui plaire doit régner toujours dans notre cœur et être le principe de tout ce que nous faisons. L'amour de Dieu est un feu qui doit brûler continuellement dans notre cœur, comme dans l'ancienne Loi il était ordonné que le feu demeurât toujours allumé sur l'autel des holocaustes et que les Prêtres y missent du bois chaque matin, de peur qu'il ne s'éteignît.

Pour entretenir en nous ce feu divin et cette prière continuelle, il faut les ranimer souvent par des prières particulières, courtes ou longues, mais toujours ferventes. Les temps dans lesquels on doit s'apphquer plus particulièrement à la prière , sont : le matin et le soir, avant et après le repas, les jours de dimanche et de fête; lorsqu'on est tenté ou exposé à quelque danger; lorsqu'on doit former quelque entreprise. Il est encore très-utile de prier de temps en temps dans la journée , à l'exemple des premiers Chrétiens qui priaient très-sou- vent, et à l'exemple de David qui louait Dieu sept fois le jour et qui se levait même la nuit pour prier. C'est sur ce modèle que l'Église a réglé les prières qu'elle prescrit aux Ecclésiastiques, et elle souhaite que les laïques mêmes s'y conforment autant qu'ils peuvent. On voyait autrefois des rois et un grand nombre de Chré-

DE PERSÉVÉRANCE. 15

liens engagés dans le monde , réciter leur office chaque jour.

Ainsi, par la prière, nous attirons Dieu en nous et nous reportons notre ame en lui, ornée des mérites pro- duits par les grâces précédentes. Ces mérites nouveaux sont un titre à des faveurs nouvelles; car celui qui pro- fite bien des grâces qu'il reçoit, acquiert en vertu des promesses de Dieu, un droit à d'autres grâces. Venons aux différentes sortes de prières.

On distingue deux sortes de prières , la prière inté- rieure qu'on appelle aussi mentale et la prière extérieure qu'on appelle vocale. La prière intérieure est une prière qui se fait au fond du cœur sans prononcer aucune formule déterminée ; elle consiste à appliquer son esprit à de salutaires pensées et à embraser son cœur par de pieuses affections et de saintes résolutions. La prière intérieure, prise dans un sens général , est d'obligation, Dieu lui-même en prescrit f exercice dans la Loi an- cienne. Les Commandements que je vous donne, dit-il aux Israélites, seront gravés dans votre cœur, vous les méditerez étant assis dans vos maisons et marchant dans le chemin, quand vous serez couchés dans votre lit et quand vous vous réveillerez ' . Et David, dans le premier psaume, marque comme un caractère de l'homme juste, de méditer jour et nuit la Loi du Seigneur. La prière intérieure procure de bien précieux avantages.

l"" Rien de plus propre à nous faire haïr et détester le péché. Ce qui fait croupir les pécheurs dans leurs

j Deut. VI. 6,

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mauvaises habitudes , c'est qu'ils ne rentrent point en eux-mêmes et qu'ils ne réfléchissent pas sur la misère de leur état ; elle contribue puissamment à nous faire croître dans l'amour de Dieu et dans toutes les vertus chrétiennes : David témoigne que dans la médi- tation son cœur s'était embrasé ; 3"* elle nous aide à résister aux tentations du démon , en fixant notre es- prit sur les promesses et les menaces de Dieu , et sur les autres vérités de la Religion . De ce mot de Gerson , devenu célèbre dans l'Église : A moins d'un miracle, il est impossible de se sauver sans la prière mentale.

Du reste, chacun peut prier mentalement. Dieu n'en aurait pas fait un précepte à son peuple, si tout le monde n'en était pas capable. Il n'y a personne qui ne pense et qui ne réfléchisse aux choses qui l'intéressent. Les esprits les plus bornés pensent sans peine à ce qu'ils aiment. Les personnes les plus simples peuvent réfléchir sur elles-mêmes et s'exciter à la pratique de la loi de Dieu. Une faut pour cela qu'aimer Dieu et désirer sincè- rement son salut.

La seconde espèce de prière est la prière extérieure ou vocale. Elle est ainsi appelée parce qu'on la fait de bouche en prononçant des paroles déterminées, comme l'oraison dominicale, les psaumes, ou d'autres formules semblables . La prière intérieure doit accompagner la prière vocale ^ sans cela on ne prie pas véritablement. Ce peuple m'honore du bout des lèvres y dit le Seigneur, mais son cœur est loin de moi '.

« Matth. XV. 8.

DE PERSÉVÉRANCE. 17

Nous sommes obligés de faire des prières vocales pour plusieurs raisons : parce que Notre Seigneur nous l'a commandé en nous prescrivant de réciter l'oraison dominicale, et que l'Eglise nous en donne l'exemple, car dans tous ses offices elle emploie des prières vocales ; parce qu'étant composé de corps et dame, il faut que notre corps concoure à sa manière à glorifier et à louer Dieu; 3^ parce que notre ame est tellement dépendante des sens, surtout depuis le péché, que nous avons com- munément besoin de prononcer ou d'entendre pro- noncer des paroles pour nous aider à former de bonnes pensées et à nous élever à Dieu; 4-° la prière vocale es* nécessaire pour édifier le prochain et pour entretenir le culte extérieur de la PiCligion.

Les principaux abus qu'il faut éviter dans les prières vocales, sont la routine, la distraction, la préci- pitation, le défaut de modestie.

Les principales qualités de la prière , sont d'abord les vertus contraires aux défauts que nous venons d' indiquer, et ensuite l'humilité, la confiance, la persévérance, et la foi au nom de Jésus-Christ .

Les effets de la prière , sont de nous obtenir tout ce qui nous est nécessaire pour le corps et pour l' ame. Dieu s'est engagé par serment à ne rien refuser à la prière : Quoi que ce soit que {^ous demandiez avec foi dans la prière, cous V obtiendrez. En vérité, en vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom , il vous le donnera ' .

î 3!afth. XXI. 22. etc.

T. II. S

18 CATÉCHISME

Voici trois obstacles qui s'opposent au succès de la prière : demander dans de mauvaises dispositions, demander de mauvaises choses, demander mal.

Tel est l'admirable moyen que Dieu a donné à l'homme pour obtenir de lui tout ce qu'il voudrait : que r homme soit fidèle à prier , et le saint commerce de la Religion s'entretient entre lui et Dieu, et l'homme s'enrichit et Dieu est glorifié; et le Rédempteur obtient le butqu' il s'est proposé en s'incarnant et en se commu- niquant à l'homme.

Voilà pourquoi les premiers Chrétiens priaient beau- coup ; voilà pourquoi tous les Saints ont beaucoup prié. Imitons leur exemple ; aussi bien qu'à eux la prière nous est nécessaire.

PRIÈRE.

Omon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie de nous avoir donné tant de grâces intérieures et exté- rieures; faites que nous soyons fidèles à la prière, afin d'attirer de plus en plus vos bénédictions et vos fa- veurs .

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour , je ferai un peu de méditation tous les jours .

DE PERSÉVÉRANCE. 19

: PETIT CATÉCHISME.

GRACE. PRIÈRE.

Q. Qu'est-ce que la Religion?

R. Il existe des rapports nécessaires d'infériorité et de supériorité, d'amour et de reconnaissance entre le fils et le père, entre la fille et la mère . De môme , il en existe nécessairement entre Dieu créateur et père, et l'homme sa créature et son entant. Les rapports qui existent entre Dieu et l' homme sont encore bien plus sacrés et bien plus nobles que ceux des parents et des enfants ; car Dieu a élevé l'homme à une fin surnaturelle, c'est-à-dire à une société et à un bonheur auquel il n'avait aucun droit. Cette société surnaturelle de l'homme avec Dieu c'est la Religion. La Religion est donc une grande fa- veur, un grand bienfait, une grande grâce.

Q. Qu'est-ce que la grâce ?

R. La grâce est un secours surnaturel que Dieu donne gratuitement aux hommes en vue des mérites de Jésus-Christ pour opérer leur salut. La grâce comprend tous les secours surnaturels. Ainsi, la Religion tout entière est une grande grâce.

Q. Combien distinguez-vous d'espèces de grâces?

R. On distingue deux grandes espèces de grâces : les grâces extérieures et les grâces intérieures. Les grâces extérieures sont tous les secours sensibles que Dieu nous donne pour opérer notre salut. Ainsi dans l'Ancien Testament, les promesses, les figures, les pré-

20 CAIÉCUISME

dictions du Messie, la loi donnée sur le mont Sinaï, le décalogue, les sacrifices, les enseignements des Pro- phètes, les exemples des justes, en un mot toute la religion judaïque était une grande grâce, une grâce extérieure. Il en est de même de la religion chré- tienne avec tous les miracles, les discours et les exemples du Sauveur, des Apôtres et des Saints.

Q. Qu'est-ce que la grâce intérieure?

R. La grâce intérieure c'est tout ce qui touche inté- rieurement notre cœur, éclaire notre esprit, fortifie notre volonté et la porte à opérer notre salut. Cette grâce prend toutes les formes : tantôt c'est un remords, d'autres fois une inspiration de charité, un sentiment de foi et de confiance. Comme les grâces extérieures, les grâces intérieures sont innombrables.

Q. Quel est le principe de la grâce?

JR. Le principe de la grâce c'est Notre Seigneur. La grâce est purement gratuite, c'est-à-dire qu'elle nous est donnée sans aucun mérite de notre part. Cependant celui qui profite bien des grâces qu'il reçoit, acquiert en vertu des promesses de Dieu, un droit à des grâces nou- velles. La grâce nous est absolument nécessaire ; sans elle nous ne pouvons rien faire de méritoire pour le Ciel. La grâce ne gêne en rien notre liberté, au contraire elle la perfectionne.

Q. Qu'est-ce que la prière ?

R. La prière est une élévation de notre ame vers Dieu pour lui exposer nos besoins et rendre gloire à ses per- fections. Ainsi il existe entre Dieu et l'homme un saint

DE PEnSÉvnÉRANCE. 21

commerce. Dieu donne la grâce ; l'homme , aidé de Dieu , coopère à la grâce et la fait fructifier. Le bénéfice de ce commerce, c'est pour Dieu la gloire, pour l'homme le bonheur.

Q . Sommes-nous obligés de prier ?

R. Nous sommes obligés de prier et même de prier continuellement suivant ce précepte de Notre Seigneur: Il faut toujours prier et ne jamais cesser. Prier toujours, c'est avoir toujours intention de plaire à Dieu dans tout ce qu'on fait. Notre corps ne peut pas vivre sans res- pirer, de même notre ame sans prier.

Q. Combien y a-t-il d'espèces de prières?

i?. Il y a deux espèces de prières : la prière inté- rieure qu'on appelle aussi la prière mentale. Elle consistée s'occuper intérieurement de Dieu et de son salut; à réfléchir sur les vérités de la Religion, afin d'y conformer notre conduite . Tout le monde peut et doit faire cette prière intérieure. La prière extérieure ou vo- cale consiste à prononcer certaines paroles déterminées, comme l'oraison dominicale. Pour être agréable à Dieu, elle doit être accompagnée de la prière intérieure : car c'est du cœur et non pas des lèvres que vient la véritable prière. Les qualités de la prière sont l'attention, la dévotion, la modestie. la persévérance et l'union avec Jésus-Christ. La prière est toute-puissante, car Dieu a dit ; Tout ce que vous demanderez avec foi par la prière vous sera donné.

22 CATÉCHISME

PRIÈRE.

0 mon Dieu î qui êtes tout amour, je vous remercie de nous avoir donné tant de grâces intérieures et exté- rieures, faites que nous soyons fidèles à la prière, afm d'attirer de plus en plus vos bénédictions et vos fa- veurs.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour , /c ferai un peu de mtdilali on tous les jours ,

DE PERSÉVÉRANCE. 23

XX^ LEÇON.

ANTIQUITÉ DE LA RELIGION CHRÉTIENNE.

Signification du mot Religion. Religion chrétienne aussi ancienne que rbomme. Paroles de Bossuet et de saint Augustin. Sagesse e amour de Dieu dans le développement successif de la Religion.

Touchante vérité ! la Religion tout entière n'est qu'une grande grâce; ses dogmes, ses préceptes , ses sacrements , toutes les cérémonies de son culte , si belles , si variées, sont autant de ruisseaux qui apportent les eaux de cette grande source de grâce à notre esprit, à notre cœur , à tous nos sens. De ce que Notre Seigneur est le principe unique de la grâce, par conséquent, de ce que le salut n'a jamais été possible que par Jésus-Christ, il est évident que la Religion de Jésus-Christ est aussi ancienne que le monde, c'est-à-dire que le Chris- tianisme est une chaîne magnifique dont le dernier anneau est entre nos mains et dont le premier se rattache au trône de l'Eternel; mais d'abord qu'est-ce que la Religion?

Nous avons vu qu'avant son péché, l'homme était uni à Dieu, lui obéissait comme il est juste que la créature obéisse à son Créateur , l'enfant à son père ; il était de plus destiné à un bonheur surnaturel , c'est-à-dire à voir

24 CATÉCHISMT.

Dieu face à face dans le Ciel, après T avoir contemplé, béni , aimé , admiré dans le magnifique miroir des créatures. La faute originelle a brisé cette union et privé l'homme de toutes ses nobles prérogatives. Le Verbe éternel s'est offert pour rétablir cette union, soustraire l'homme au\ châtiments dus à son péché, lui rendre ses biens perdus et former ainsi une nouvelle alliance entre l'homme et Dieu.

Cette nouvelle alliance s'appelle Religion, c'est-à- dire second lien, lien nouveau, d'un mot latin qui veut dire relier , lier une seconde fois ' . La Religion est donc ce nouveau lien qui, en vertu des mérites du Rédemp- teur, unit l'homme à Dieu depuis que le péché originel a rompu le premier lien, la première société qui existait entre l'un et T autre.

Telle est la signification du mot Religion . Considérée

' C'est Texplication de saint Augustin. Religet ergo nos Religio uni omnipolenti Deo. De vera Retig n. 113. Ad unum Deum tendentes, inquara, et ei uni religantes aniu^as nostras., unde religio dicta creditur, omni superstitione careamus. In liis verbis meis ratio quae reddita est , unde sit dicta religio, plus mihi placuit. De Retract, lib. 1. c. xiii. n. 9.

On peut encore donner un autre sens au mot Religion , en sorte qu'il convient également pour exprimer la société de l'homme avec Dieu , soit avant, soit après la cîuUe originelle. La Religion étant une société surna- turelle entre î'honinîe et D'eu, elle est comme un lien nouveau, un lien de plus qui les unit; car entre Dieu créateur et père, et l'homme créature et enfant de Dieu, il existe une union naturelle, nécessaire. A cette union, Dieu en a gratuitement ajouté une autre plus parfaite, dont le but est pour rhorame le bonheur parfait, c'est-à-dire la vue immédiate de Dieu dans le Ciel. Cette nouvelle union fut réalisée au moment même de la création de l'homme ; car l'homme fut créé dans un état de grâce et de uslice surnaturelle. Cette union surnaturelle et gratuite est parfaitement appelée Religion, c'est-à-dire lien de plus, lien nouveau, lieu par excellence.

DE PERSÉVÉRANCE; 2i>

on elle-môme, la Religion cest la société de l homme avec Dieu: ou bien, cest V ensemble des rapports qui existent entre l'homme et Dieu. Ces rapports, dérivés de la nature de Dieu et de la nature de T homme, sont fondés d'une part sur la supériorité de Dieu à l'égard de l'homme, sur sa vérité, sa sagesse, sa bonté, sa justice infinie ; de la part de 1" homme , sur son infériorité à l'égard de Dieu, sur son ignorance , sur sa faiblesse, sur son indigence absolue. Ainsi , la Religion est immuable; r homme ne peut pas plus la changer qu'il ne peut chan- ger sa nature ou celle de Dieu : il ne peut pas plus se soustraire à la Religion qu'il ne peut faire que Dieu ne soit pas son Supérieur, son Créateur, son Père, et lui son inférieur, sa créature, son enfant. La manifestation de ces rapports consiste, de la part de Dieu, dans les vérités qu'il révèle, dans les devoirs qu'il impose à l'homme et qui sont les lois et les conditions de sa société avec lui ; de la part de Thomme, cette manifesta- tion consiste dans l'accomplissement des devoirs qu'il doit rempHr envers Dieu, envers lui-même et envers ses semblables. Telle est la nature de cette noble et né- cessaire et immuable société. Ses moyens sont les secours ou les grâces que Dieu donne à 1" homme, et la coopération que l'homme, aidé de Dieu, donne à la grâce. Son but, c'est, pour Dieu, la gloire; pour l'homme, le bonheur, c'est-à-dire l'entière satisfaction de toutes ses facultés . Sa sanction sont les peines et les récompenses éternelles.

Le trait suivant explique la nature et prouve très-

26 CATÉCHISME

bien la nécessité de la Religion . Une femme du monde qui, comme bien d autres, ne savait pas trop ce que c'est que la Religion, et même n'en tenait pas grand compte, se plaignait vivement de S3 fille devant un missionnaire. Mais Madame, lui dit le missionnaire, est-ce qu il y a des rapports entre une mère et sa fille, en sorte qu'une fille soit obligée de respecter sa mère et de lui obéir ? Comment, Monsieur, est-ce que je ne suis pas sa mère? quel que soit son âge , n'est-elle pas ma fille ? n'est-ce pas de moi qu elle tient tout? n'est-elle pas toujours obligée de me respecter et de m' aimer? Mais, Madame, ces rapports de supériorité de votre part et de dépendance de la part de votre fille , ne sont peut-être que des choses de convention qui peuvent changer? Changer î Mon- sieur, mais faites donc que je ne sois pas sa mère et qu'elle ne soit pas ma fille : les droits d'une mère sont immuables parce qu ils sont fondés sur sa qualité de mère . Vous croyez donc bien , Madame, qu entre vous et votre fille il y a des rapports nécessaires; que vous avez le droit de lui commander ; qu'elle est obligée de vous obéir, de vous respecter , de vous aimer ; que si elle y manque, elle est coupable; que ce n'est pas ici une affaire de con- vention, mais une chose immuable, sacrée, fondée sur votre titre de mère et sur sa qualité de fille ; vous le croyez bien ? Si je le crois ! —Eh bien! madame, changez les noms, à votre place mettez Dieu, à la place de votre fille mettez-vous vous-même, et vous avez IdiRehgion.

Nous avons vu plus haut qu il n'y avait que Jésus- Christ ou un Homme-Dieu qui pût, après le péché ori-

DE PERSÉVÉKANCE. 27

ginel, réunir dans une sociélé surnaturelle , le Créateur et la créature'. De là, il résulte évidemment qu'il ne peut y avoir qu'une seule Religion, la Religion de Jésus- Christ ; par conséquent que la Religion chrétienne est aussi ancienne que le monde.

Il est vrai, les lois de cette admirable société n'ont pas toujours été aussi clairement connues , c'est-à-dire la Religion n'a pas toujours été aussi développée qu'elle l'est aujourd'hui ; mais pour cela elle n'a pas cessé d'être toujours la même. Elle a eu pour ainsi dire ses diffé- rents âges, son enfance, depuis Adam jusqu'à Moïse; son adolescence , depuis Moïse jusqu'à la venue du Messie ; son âge parfait , depuis la venue du Messie jusqu'à la fin des siècles. Mais pour cela, elle n'a pas cessé d'être la même Religion.

' Daos cet endroit comme dans l'Introduction, comme dans la leçon xxi de la première partie et ailleurs, nous prenons le plan divin tel qu'il est , non tel qu'il aurait pn être , nous raisonnons d'après Tordre de choses que Dieu a réalisé. Or, cet ordre de choses consiste , 1" dans la création de l'homme dans un état surnaturel; 2" dans la volonté de Dieu de ré- parer la chute de l'homme , et d'exiger une satisfaction parfaite du péché : ces deux choses supposées, nous disons que l'Incarnation devait avoir lieu. Nous savons cependant que Benoît XIV permet de soutenir l'opinion que l'Incarnation aurait eu lieu dans la supposition même de la grâce conser- vée. Pour nous, en parlant de l'Incarnation, nous ne raisonnons pas, et nous prions de le remarquer, d'après la supposition de tel ou toi état pos- sible, mais d'après l'état réel de l'homme, ni ne prétendons enchaîner la volonté de Dieu en Ini imposant une nécessité incompatible avec sa par- faite liberté. Aussi, nous adoptons volontiers la conclusion suivante de saint Thomas :

Poluit Deus ex infinitate suse divinse potenliae, alio quam Incarnationis opère humanum geuus reparare; sed ut homo faciliùs et meliùs suam consequerelur salutem, lioc ncccssarium fuit ul Verbum ejus caro fieret, 2. p, q. 1. art. H.

28 CATÉc^ls^^E

Semblable à Thomme qui est d'abord enfant, ensuite adolescent, puis homme fait ; et qui , en passant par ces différents âges, ne cesse pas d'être le môme homme; semblable encore au soleil qui, d'abord à son aurore, puis à son lever, enfin à son midi, répand des lumières de plus en plus éclatantes, et qui n'en est pas moins toujours le même soleil : la Religion, dit Bossuet, a toujours été la même .

Placé entre les deux Testaments, Jésus-Christ a été le centre de l'un et de l'autre; Jésus-Christ était hier, il est aujourd'hui, il sera aux siècles des siècles. La Reli- gion dont il est le grand objet a été sous la Loi, ensuite sous l'Evangile et elle subsistera dans toute l'éternité Jésus-Christ , réuni à ses élus , assujettira toutes choses à son Père, et sera avec lui , loué, adoré et glorifié à jamais. Ainsi, c'est par Jésus-Christ et pour Jésus- Christ que tous les siècles ont été faits ; ceux de la Loi ancienne pour disposer à ceux de la Loi de grâce, jus- quà ce que ces derniers aillent se perdre dans l'éternité de la gloire.

Il suit de que l'Ancien et le Nouveau Testament ont tous deux le même dessein et la même suite ; l'un prépare la perfection que l'autre montre à découvert, l'un pose le fondement et l'autre achève l'édifice ; en un mot, l'un prédit ce que l'autre fait voir accompli.

Tous les temps sont unis; la tradition du peuple juif et celle du peuple chrétien ne font ensemble qu'une même suite de Religion , et les Ecritures des deux Testaments ne font ensemble qu'un même corps et im

UE PKKSÉVÉRANCE. 29

môme livre. Notre foi est donc la foi des Prophètes. Les dogmes qui en sont l'objet non-seulement ont été figurés dans les anciennes Ecritures, mais encore ces Ecritures en contiennent des promesses très-expresses. C'est donc ne pas connaître le Christianisme que de le regarder comme une Religion nouvelle, dans ce sens qu'il n'a aucune racine dans les siècles antérieurs au Messie.

La Religion que nous professons a toujours subsisté, puisque dès la naissance du monde l'attente de Jésus- Christ en a toujours été lame. Une même lumière, dit encore le grand Bossuet, paraît partout dès l'origine du monde; elle se lève sous les Patriarches, elle s'accroît sous Mo'ise et sous les Prophètes. Jésus -Christ, plus grand que les Patriarches , plus autorisé que Mo'ise et plus éclairé que les Prophètes , la fait briller à nos yeux dans sa plénitude . Jésus-Christ rapproche tous les temps, il est le rentre auquel viennent aboutir toutes choses, la Loi, les Prophètes, l'Evangile et les Apôtres''. La foi en Jésus-Christ a été la foi de tous les siècles . Dès la naissance du monde, le fidèle a croire en Jésus-Christ prorais, comme le Chrétien doit croire en Jésus-Christ venu .

En un mot, les anciens Patriarches n'avaient point une autre religion que la nôtre, puisqu'ils s'appuyaient sur les mêmes promesses, puisqu'ils soupiraient après la venue du même Sauveur que nous avons reçu. C'étaient des hommes évangéliques avant l'Evangile, des Chré- tiens en esprit avant qu'ils en portassent le nom.

Ainsi, ceux d'entre les Juifs qui reconnurent Jésus- Christ pour le Messie, ne changèrent point de religion

30 CATÉCHISME

CD devenant Chrétiens ' , ils ne firent que croire à la venue de celui qu'ils attendaient et dont la promesse avait été jusque-là l'objet de leur foi. Ce furent au contraire ceux qui le méconnurent qui changèrent alors véritablement de religion, puisqu'ils renoncèrent à la loi de Moïse qui ordonnait de le recevoir et de l'écouter, aux oracles des Prophètes qui l'avaient clairement dési- gné; en un mot, à l'ancienne espérance d'Israël.

Quoique les temps aient changé, dit saint Augustin, quoiqu'on ait annoncé autrefois comme futur le mystère de la Rédemption qui est maintenant prêché comme accompli, la foi n'a pas changé pour cela. Quoique avant la venue du Messie , la vraie religion ait été pra- tiquée sous d'autres noms et par d'autres signes que depuis sa venue , quoiqu'elle ait été alors proposée d'une manière plus voilée et qu'elle soit mainteniant exposée avec plus de clarté , il n'y a cependant jamais eu qu'une seule religion qui a toujours été la môme . Celle qu' on appelle aujourd'hui la Religion chrétienne était chez les anciens et n'a jamais cessé de subsister dans le monde, depuis le commencement du genre humain jusqu'à l'In- carnation de Jésus-Christ, qui est le temps la vraie Religion a commencé de porter le nom de chrétienne \

Combien une si haute antiquité ne rend-elle pas la Religion vénérable 1 quel témoignage n'est-ce pas de la

I Comme les Protestants qui se font Catholiques ne changent point de religion , mais complètent la leur en admettant franchement les consé- quences des vérités qu'ils reconnaissent.

-> Lib, 1. de Re tract, c. 13,

DE PERSévéKANCE. 31

divinité de son origine de la voir commencer avec le monde! Mais si, à cet égard, elle mérite tout notre respect, la perpétuité de cette Religion, c'est-à-dire sa suite continuée sans interruption durant tant de siècles , malgré tant d'obstacles survenus, ne fait-elle pas voir manifestement que Dieu la soutient ? Si , à cette pre- mière suite de la Religion avant Jésus-Christ, on joint une autre suite qui n'est en effet qu'une continuation de celle-là, je veux dire la suite de l'Eglise chrétienne, quelle autorité ne donne pas à la Religion une durée qui embrasse toute l'étendue des siècles ! Peut-on ne pas y voir un dessein toujours soutenu et progressivement développé, un même ordre des conseils de Dieu qui prépare, dès le commencement du monde, ce qu'il achève à la fin des temps et qui, sous divers états, mais avec une succession toujours constante, perpétue aux yeux de l'univers la sainte société il veut être servi ' ?

Certainement une Religion qui remonte jusqu'au premier homme et qui a traversé sans altération l'im- mense espace des siècles, qui rend compte de tout et sans laquelle on ne saurait rendre compte de rien , ne peut avoir pour auteur que la sagesse infinie, et pour appui que la puissance même de celui qui, tenant tout en sa main, a pu seul commencer et conduire un dessein tous les temps sont compris.

Quelle preuve plus éclatante de cette consolante vérité, objet de toutes nos instructions ! savoir que le salut de l'homme a été depuis l'origine des temps,

* Hist, abrégée de la Relig.

o2 CATÉCHiS^UÎ

l'unique pensée de Dieu, le but de tous ses conseils, îà fin de ce monde et de tous les événements !

Oui, et c'est la vérité capitale sur laquelle nous ne saurions trop insister; oui, l'unique pensée de Dieu^ depuis la chute originelle, fut de la réparer. Donner au monde un l^édempteur, fut le but unique de tous ses desseins jusqu'à la venue du Messie; comme depuis la venue du Messie, le but unique de tous ses desseins est de maintenir sur la terre l'œuvre de la Rédemption et d'en étendre les bienfaits à tous les peuples, à tous les individus .

En une seule parole : sauver tous les hommes par Jésus-Christ, voilà le dernier mot de toutes choses, l'explication de tout ce que Dieu a fait depuis le com- mencement du monde, et de tout ce qu'il fera jusqu'à la consommation des siècles.

Glorifier dans le Ciel avec Jésus-Christ et par Jésus-Christ tous les hommes qui auront profité de la Rédemption, tel sera le but de l'éternité.

Il est donc vrai, mille fois plus vrai que nous ne sau- rions le dire ou le comprendre : Dieu est charité. II est donc vrai que la grande, la seule instruction qui doive résulter de tout l'exposé de la Religion , est celle-ci : Dieu aimant les hommes; Dieu faisant toutes choses pour té- m>oigner son amour aux hommes en réparant le mal quils se sont fait à eux-mêmes par le péché , et leur ren- dant avec usure tous les biens quils ont perdus.

Puisque l'unique pensée de Dieu a été de sauver l'homme, on peut demander pourquoi il n'a pas en-

DE PERSÉVÉRANCE. 33

voyé le Sauveur aussitôt après sa chute? Ce délai même est une preuve admirable de son amour pour nous. En effet, il fallait que l'homme fît une longue expérience de sa misère, afin qu'il sentît mieux la nécessite et le prix du remède. Il fallait que l'homme fût long-temps et profondément humilié pour être guéri de l'orgueil, principe de sa chute; il fallait que l'homme désirât plus ardemment le Messie, afin d'être mieux disposé à profi- ter de ses exemples et de ses leçons ; il fallait enfin que l'homme connût bien que Dieu seul pouvait le sauver, puisque tous les efforts des philosophes et des sages de la terre n'avaient pu le tirer du double abîme de l'ignorance et de la corruption il s'était précipité. Du reste, depuis linstant de sa chute, 1 homme res- sentit les bienfaits de l'Incarnation future et il put en profiter.

Quant aux raisons prises du côté de Dieu pour expliquer le délai du Rédempteur, voici la principale: Dieu voulait pendant ce long intervalle de quatre mille ans , faire prédire le grand événement de la venue du Messie , avec toutes ses circonstances ; lui imprimer avec tant d'éclat le sceau de la divinité, qu'il fût impos- sible de ne pas reconnaître en Jésus-Christ le Libéra- teur du genre humain.

Dans cette vue, tous les mystères du Rédempteur, toute l'économie de notre salut qui en est le fruit, ont été promis, figurés y prédits , préparés par une multi- tude d'événements et de signes, un grand nombre de siècles avant l'accomplissement, avec le deiiré de lumière

T. II. 0

SA CATÉCHISME

qui convenait à chaque âge. En cela Dieu agit comme un Père rempli de sollicitude et de tendresse.

De peur que l'homme accablé sous le poids de ses maux ne tombe dans le désespoir, il ne cesse de faire retentir aux oreilles de cet enfant chéri , de présenter à ses yeux mouillés de larmes la consolante promesse d'un Libérateur. Par là, ô mon Dieu! vous satisfaisiez encore aux besoins de votre cœur paternel. Dieu ne punit qu'à regret : or, il voyait nos parents et leur triste postérité; il voyait ces belles créatures qu'il avait tant aimées, privées de leur innocence et de leur bonheur ; ces rois de l'univers, déchus et condamnés à de rudes travaux comme les plus vils esclaves, traînant vers le tombeau une longue chaîne d'infirmités et de douleurs, et son cœur paternel ne put tenir au spectacle de tant d'infor- tunes, quelque méritées qu'elles fussent d'ailleurs.

Et voilà qu'il multiplie les figures, les promesses, les prédictions du grand Libérateur. Courage, disait-il en quelque sorte, par chaque promesse, par chaque figure, aux générations qui venaient accomplir sur la terre leur douloureuse épreuve, vos maux finiront; je suis votre Père, vous êtes toujours mes enfants ; un jour le bonheur redeviendra votre partage. Et ces figures, et ces pro- messes, et ces prophéties du Libérateur, il les sema, pour ainsi dire, sur les pas de l'homme exilé, comme depuis, l'Eglise a planté la Croix, souvenir touchant du Libérateur, sur les chemins, sur les places publiques, dans les déserts, au sommet des montagnes et sur le faîte des édifices, afin que l'homme, de quelque côté qu'ii

DE PERSÉVÉRANCE. 35

portât ses regards, aperçût le signe d'espérance. Cest ainsi que Dieu n'a cessé et ne cesse encore de rappeler à l'homme tombé le Rédempteur qui le replacera sur le trône primitif.

Un autre trait non moins admirable de la bonté de Dieu pour l'homme, c'est qu'il ne lui a fait connaître que peu à peu et trait par trait le Sauveur qu'il lui réservait. La sagesse divine se proportionnait ainsi à la faiblesse humaine. Dans Tordre de la grâce comme dans l'ordre de la nature , tout se fait doucement et par de- grés. Jésus-Christ est le soleil du monde spirituel. Or, le soleil ne paraît pas tout d'un coup sur l'horizon avec tout l'éclat de ses feux étincelants. Il est précédé par les douces et tendres clartés de l'aube. Viennent ensuite les rayons dorés et plus vifs de l'aurore. Cette succession graduée de lumière prépare nos yeux à soutenir l'é- blouissant éclat du soleil.

Il en a été de même dans le monde spirituel . Au commencement les hommes étaient comme des per- sonnes à leur réveil, un trop grand jour les eût offusqués ' . Dieu ménage leurs faibles yeux ; il ne laisse paraître d'abord que les tendres blancheurs de l'aube, c'est-à- dire qu'il ne donne du grand mystère de la Rédemption que les connaissances dont les hommes sont capables.

' Notre Seigneur lui-même, venu pour dissiper toutes les ombres, se conforme à cette loi ; il ne révèle que par degrés, à ses Apôtres, les vérités dont il veut les instruire ; et s'il en agit de la sorte , c'est qu'il veut se pro- portionner à leur faiblesse, ne les trouvant pas capables de lumières plus vives : J'ai encore, leur dit-il, bien des choses à vous apprendre ^ mais vous n'êtes pas capables maintenant de les pointer, Joan. xvi. 12.

36 CATÉCHISME

II en est ainsi depuis Adam jusqu'à Moïse; c'est la Re- ligion sous les Patriarches , ou la loi de nature ; loi simple dans ses dogmes , dans sa morale et dans son culte : c'est l'esquisse du tableau.

Vient ensuite l'éclat plus vif de l'aurore; c'est la Re- ligion depuis Moïse jusqu'au Messie, ou la Religion sous loi. Plus développée dans ses dogmes et dans ses pré- ceptes, environnée d'un culte plus majestueux et plus compliqué, elle donne aux hommes une connaissance plus claire du Libérateur : c'est le croquis du tableau.

Enfin , dans la plénitude des temps , lorsque les hommes sont assez préparés pour soutenir la manifes- tation éclatante du grand mystère de la Rédemption, Dieu fait paraître le soleil lui-même. Notre Seigneur Jésus-Christ, environné de toute la splendeur du plus beau jour : c'est la perfection du tableau.

Que dirai-je encore, ô mon Dieu î de votre admirable sagesse ? Par toutes ces préparations si bien suivies et si analogues à la faiblesse de l'homme, vous vous montrez semblable à une tendre mère qui ne donne pas d'abord à son enfant nouveau-né les aliments solides des hommes faits, mais proportionne la nourriture à l'âge et aux forces de son tils .

PRIÈRE.

O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je commence à comprendre ce nom que vous vous donnez à vous-même : Dieu esl charité. Oui, vous êtes charité, puisque votre unique pensée, depuis le commencement jusqu'à la fin

DE PERSliVÉRANCl-. 57

du monde, est de nous faire du bien. Puisque vous mai- mez tant et toujours, n est-il pas bien juste que je vous aime jusqu'à mon dernier soupir?

Je prends la résolution daimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je ferai souvent des oraisons jaculatoires .

PETIT CATEGHIS31E. ANTIQUITÉ DE LA RELIGION CHRÉTIENNE.

Q. Qu est-ce que la Religion?

R. La Religion est la société de 1 homme avec Dieu. Cette société est aussi nécessaire que celle qui existe entre un père et son fils, entre une mère et sa fille. Le mot Religion veut dire second lien, nouveau lien. La Religion est donc la nouvelle alliance que Jésus- Christ a formée entre 1 homme et Dieu. Avant le péché, l'homme était uni à Dieu; le péché brisa cette union. Notre Seigneur, en s' offrant à son Père pour être notre victime, Ta rétablie. Cette nouvelle union de r homme avec Dieu s'appelle Religion.

Q. Peut-il y avoir une autre religion que la Religion de Jésus-Christ ?

R. Non , il ne peut y avoir d autre religion que la Re- ligion de Jésus-Christ, parce que Jésus-Christ seul étant Dieu et homme tout ensemble, a pu expier le péché et

88 CATÉCHISME

combler la distance infinie que le péché avait établie entre l'homme et Dieu. Ainsi la Religion de Jésus- Christ ou la Religion chrétienne est la seule véritable, et elle est aussi ancienne que le monde.

Q. Montrez-nous que la Religion chrétienne est aussi ancienne que le monde ?

iî. La Religion chrétienne est aussi ancienne que le monde, puisqu elle remonte jusqu au jour Jésus-Christ s'offrit à son Père pour racheter l'homme, et qu'elle a toujours eu pour objet de sa foi et de son espérance, le même Médiateur et les mêmes récompenses.

Q. La Religion a-t-elle toujours été aussi développée qu'elle l'est aujourd'hui ?

R. Non, la Religion chrétienne n'a pas toujours été aussi développée qu'elle l'est aujourd'hui. Semblable à l'homme pour qui elle est établie, elle a eu ses différents âges : son enfance depuis Adam à Moïse , son adolescence depuis Moïse jusqu'à Jésus-Christ, son âge parfait depuis Jésus-Christ jusqu'à la fin du monde. Pour cela elle n'a pas cessé d'être la môme, comme l'homme en passant par ses différents âges, ne cesse pas d'être le même homme .

Q. Quelle différence y a-t-il entre les fidèles qui ont précédé la venue du Messie et ceux qui l'ont suivie.

R. La différence, c'est que les anciens justes croyaient en Jésus-Christ promis , tandis que nous croyons en Jésus-Christ venu. Notre foi, notre espérance, notre Religion est la même que celle des Patriarches et des Prophètes .

DE PERSÉVÉRANCE. 39

Q. Pourquoi Dieu a-t-il fait attendre si long-temps le Messie ?

R. Dieu a fait attendre si long-temps le Messie, afm que r homme connût par une longue expérience de ses misères le besoin qu'il avait d'un Rédempteur, et qu il le désirât pins ardemment ; afm qu'il ne pût mécon- naître Jésus-Christ pour le Messie, en voyant que toutes les figures, toutes les promesses, toutes les prophéties, venaient s'accomplir et se vérifier en lui.

Q. Quel a été l'objet de toutes les pensées de Dieu depuis le péché originel ?

R. L'objet de toutes les pensées de Dieu, depuis le péché originel, a été de sauver l'homme. Avant la venue du Messie, tous ses desseins ont pour but de préparer la Rédemption , et depuis, de la maintenir et de l'étendre à tous les hommes. Le fruit que nous devons retirer de là, c'est d'aimer Dieu constamment et uniquement.

Q. Pourquoi Dieu n a-t-il fait connaître que par de- grés le mystère de la Rédemption ?

R. Dieu n'a fait connaître que par degrés le mystère de la Rédemption , pour ménager la faiblesse de l' homme . Il fallait qu'une foule de miracles le disposassent à croire le plus grand de tous.

PRIÈRE.

0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je commence à comprendre ce nom que vous vous donnez à vous- même : Dieu est charité . Oui , vous êtes charité, puisque votre unique pensée, depuis le commencement du monde

lld CATÉCHISME

jusqu'à la fin est de nous faire du bien. Puisque vous nous aimez tant et toujours, n'est-il pas bien juste que je vous aime de tout mon cœur et jusqu à mon dernier soupir?

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je ferai souvent des or aùons jaculatoires .

DE PERSÉVÉRANCE. ^1

XXP LEÇON.

LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ.

Première promesse. Première et deuxième flgures du Messie. Vérité des figures. Autorité des écrivains sacrés du Nouveau Testament. De la tradition. Témoignage de saint Augustin , d'Eusèbe de Césarée. Conformité des figures avec Notre Seigneur. Elles conviennent à lui et à lui seul. -- Première promesse faite à Adam dans le Paradis ter- restre. — Patriarches. Leur nombre. Leur vie. Adam première figure du Messie. Abel deuxième figure du Messie.

Il était décidé dans les conseils de la sagesse éternelle que le Messie ne viendra pas immédiatement après le péché originel. Cherchons dès-lors ce que Dieu devait à sa bonté pour l'homme, afin de le consoler d'une attente de quatre mille ans.

Or, on conçoit sans peine que Dieu devait 1" pro- mettre à l'homme ce Rédempteur ; â"* lui en donner le signalement afin qu'il pût le reconnaître quand il vien- drait et s'attacher à lui ; préparer le monde à sa ré- ception et à rétablissement de son règne.

Voilà aussi ce que Dieu a fait d'une manière digne de son infinie bonté et de sa profonde sagesse. Donnons une idée de ce plan divin que nous allons développer dans cette première partie du Catéchisme.

1" Le Messie promis. Pour fermer le cœur de r homme au désespoir et lui faire prendre patience durant

62 CATÉCHISME

quarante siècles, Dieu s'empresse de lui promettre un Rédempteur .

Le Roi de la création n'est pas plutôt tombé du trône, qu'une première promesse fait briller à ses yeux mouillés de larmes un rayon d'espérance : De la femme naîtra un fils qui écrasera la tête du serpent . Adam comprit celte mystérieuse parole, et la transmit fidèlement à ses enfants. Pendant deux mille ans, cette première pro- messe fut Tunique espoir du genre humain. Quoique bien vague, elle suffit pour soutenir le courage des justes d'alors et rendre leurs œuvres méritoires.

La seconde promesse détermine la première. Faite à Abraham , elle nous fixe exclusivement sur la postérité du saint Patriarche. A mesure que les siècles se dé- roulent et que l'homme devient capable de connaissances plus claires, les promesses se succèdent de plus en plus précises. Il est admirable de suivre cette longue chaîne de promesses divines qui, se développant mutuellement, nous conduisent de degré en degré, de la généralité des nations à un peuple particuher, de ce peuple à une de ses tribus, de cette tribu à une famille. Arrivé là, Dieu s'arrête; finissent les promesses, mais ne finissent pas nos incertitudes .

Il est vrai, l'homme est assuré d'avoir un Rédemp- teur, et que ce Rédempteur sortira de la famille David. Mais dans cette famille de David qui doit exister sans se confondre avec aucune autre jusqu'à la ruine de Jérusalem et de la nation, c'est-à-dire pendant l'espace de plus de mille ans, il y aura bien des enfants. Si

DE PERSÉVÉRANCE. ZjS

donc de nouvelles lumières ne viennent nous éclairer, il nous sera impossible de reconnaître parmi tant d'autres ce rejeton de David qui doit sauver le monde. Et voilà le genre humain exposé ou à repousser son Rédemp- teur lorsqu'il viendra lui tendre la main pour le relever de sa chute, ou à s'attacher au premier imposteur de la race de David qui se dira le Messie. La difficulté est sérieuse. Cependant rassurons-nous, Dieu Ta prévue. Il nous donnera le signalement de ce fils de David auquel le monde devra son salut.

Le Messie signalé. Il commence par ébaucher dans les figures le signalement du Libérateur. Pendant trois mille ans, c'est-à-dire depuis Adam jusqu'à Jonas, paraissent une longue suite de grands personnages qui , tous, représentent le Messie dans quelques circonstances de sa naissance, de sa mort, de sa résurrection et de son triomphe. Dieu ménage mille événements, il établit une grande variété de cérémonies et de sacrifices, qui sont comme autant de traits épars, dont la réunion com- pose le signalement ébauché du Désiré des nations. Parmi toutes ces figures, la plus significative, c'étaient les sacrifices. Chaque jour le sang des victimes, l'immo- lation perpétuelle de l'agneau, dans le Temple de Jéru- salem, rappelait sans cesse au peuple juif la Victime future dont le sacrifice devait remplacer tous les autres, et auxquels il donnait d'avance tout leur mérite : figure permanente dont le peuple entier avait l'intelligence '.

' Quorum quidem sacrificiorum significationem explicite majores (les plus éclairés j cognoscebant ; minores autera fies moins éclairés; c'est

àU CATÉCHISME

Toutefois, il faut en convenir, ces différents traits ne suffisent pas : 1 esquisse n'est pas le portrait, et c'est le portrait qu'il nous faut. Epars çà et là, et voilés fl' ombres plus ou moins épaisses, ces rayons de lumière ne forment qu'un demi -jour, et ne donnent qu'une connaissance encore vague du Libérateur futur. Aussi n'est-ce là, disons-nous, que l'ébauche de son signale- ment. Or, Dieu veut que ce signalement soit tellement clair, tellement caractéristique, tellement circonstancié, qu'il soit impossible à l'homme, à moins d'un aveugle- ment volontaire, de s'y tromper et de méconnaître son Rédempteur.

Le voici donc qui va dissiper toutes les ombres, finir tous les traits et fixer toutes les incertitudes. Pour cela, que fait-il?

Dans son infinie sagesse, il suscite les Prophètes. Associant leur intelligence à son intelligence infinie, il leur communique les secrets de l'avenir. Devant leurs yeux il place le Désiré des nations, et leur ordonne de le dépeindre avec tant de précision , que rien ne soit plus facile que de distinguer, entre tous les autres, ce fils de David qui sauvera le monde. Qu'est-ce donc que les prophéties? C'est le signalement complet du Rédemp- teur promis dès l'origine des temps, et figuré sous mille traits divers.

le sens que saint Thomas lui même donne à ce mot, ai f iv.) sub velaminc illorumsacrificiorum crcdenles ea divinitùs esse disposita, de Chrislo vcn- t uro quodammodo liabebanl velatam cognitionem.

D. Th. 2. r/. 2. arl. vu.

DE PERSÉVÉRANCE. ^5

Ce signalement à la main, nous cherchons parmi tous les enfants de David, qui ont vécu avant la ruine du second Temple dans lequel, suivant les Prophètes eux- mêmes, le Messie doit entrer, celui auquel il convient exclusivement et de tout point. Notre recherche n'est ni longue ni difficile Semblable au navigateur qui, apercevant le rivage désiré , répète avec enthousiasme : Terre ! terre ! bientôt nous tombons à genoux, et dans les plus vifs sentiments de l'admiration, du respect et de l'amour , notre bouche proclame l'adorable nom de l'enfant de Bethléem.

S'' Le Messie préparé. Dieu vient d'employer plus de deux cents ans à donner, par l'organe des Prophètes, le signalement complet du Messie. Le lieu de sa naissance, le temps de sa venue, tout le détail de ses actions est prédit. Que reste-t-il? le voici : Lorsqu'un grand roi, tendrement aimé de son peuple, et impatiemment at- tendu, doit faire son entrée dans la capitale de son royaume, oji s'empresse de lui aplanir les voies, on lui ouvre toutes les portes , on prépare tous les esprits à le recevoir.

Ainsi, le Verbe éternel, le Roi immortel des siècles, le Désiré des Nations , devant bientôt faire son entrée dans le monde, Dieu son Père lui aplanit toutes les voies, lui ouvre toutes les portes, prépare les esprits à le recevoir, et fait concourir tous les événements à l'établissement de son règne éternel. Préparation étonnante de grandeur et de majesté qui commence à être seosible à la vocation d'Abraham, mais qui

Il6 CATÉCHISMB

devient évidente cinq cents ans avant l'arrivée du grand Roi !

Ici nous développons le plan divin en montrant, appuyé sur les Prophètes, que tous les événements poli- tiques antérieurs au Messie , et surtout les quatre grands empires qui , suivant Daniel , devaient précéder sa venue , concourent , chacun à sa manière , à préparer le règne de ce Désiré des nations, par qui et pour qui tout a été fait.

Si Ton considère que ces quatre 'grandes monarchies ne se sont élevées que dans une longue suite de siècles, qu'elles ont été préparées par cette foule d'événements, de guerres, de victoires, d'alliances, dont l'Orient et l'Occident furent le théâtre depuis la plus haute anti- quité, enfin qu elles ne se sont développées qu'en absor- bant tous les autres empires , on voit clairement que ces grandes monarchies ont porté le monde entier aux pieds de Jésus-Christ : comme ces larges fleuves qui portent à l'Océan non-seulement les eaux de leur source, mais encore celles de toutes les rivières devenues .leurs tribu- taires.

C'est ainsi que l'histoire sacrée et l'histoire profane se réunissent pour vérifier d'une manière palpable cette sublime parole que Jésus-Christ est l'héritier de toutes choses ; que tous les siècles se rapportent à lui ', et que non-seulement la nation juive, mais encore toutes les nations du globe étaient grosses de lui'.

' Hebr. 1. 2.

^ Tota lex gravida eral Christo. Saint Jérôme tient le même langage. Voici ses remarquables paroles : Toute l'économie du monde visible ou

DE PERSÉVÉRANCE. l\l

Sur l'autorité des Prophètes, nous faisons voir que le premier des quatre grands empires prédits par Daniel, celui des Assyriens ou de Babylone, chargé de punir le peuple choisi toutes les fois qu'il tombait dans l'idolâtrie, avait pour but providentiel de forcer les Juifs à conserver intact le dépôt sacré de la promesse du Libérateur, son souvenir et son culte parfait ;

Que le second, celui des Perses, avait pour but de ménager la naissance du Messie dans la Judée, et d'o- pérer l'accomplissement des prophéties suivant lesquelles il devait être connu pour fils de David et entrer dans le second Temple ;

Que le troisième, celui des Grecs, avait pour but de préparer les esprits au règne du Messie et d'en faciliter rétablissement, soit en rendant vulgaire, du couchant à l'aurore, la langue grecque dans laquelle l'Evangile de- vrait être annoncé, soit en attirant les Juifs dans toutes les parties du monde, soit en faisant connaître univer- sellement les livres saints par la traduction d'Alexandrie , et les mettant à l'abri des altérations judaïques ;

Enfin, que le quatrième, celui des Romains, avait pour but V d'aplanir toutes les voies à la prédication de l'Evangile, en renversant toutes les barrières qui séparaient encore les peuples divers, en nivelant le sol et pavant de grandes et larges routes d'un bout du

invisible, soit avant, soit depuis la création, se rapportait à ravènement de Jésus-Christ sur la terre. La Crois de Jésus-Christ, voilà le centre auquel tout vient aboutir, le sommaire de toute l'histoire du monde, -^Comment, sur les épîtres de saint Paul,

Z|$ CATÉCHISME

monde à l'autre; d'accomplir la célèbre prophétie de Jacob mourant, et de mettre ainsi la dernière main à la préparation évangélique en faisant naître le Christ à Bethléem .

Admirable philosophie î qui résume en trois mots l'histoire universelle de quarante siècles : Tout pour le Christ, le Christ pour l'homme, l'homme pour Dieu. Tel est le plan que nous allons développer.

Or, nous avons vu, dans la leçon précédente, qu'en différant la venue du Messie sur la terre, Dieu voulait se ménager le temps d'annoncer, de représenter, de faire prédire en détail et dans leurs plus petites circonstances, les caractères, la naissance, la vie, les actions, la mort de ce divin Libérateur, afin que lorsqu'il viendrait, il apparût comme le terme auquel se rapportaient toutes les promesses, toutes les figures, toutes les prophéties, tous les événements antérieurs, de telle sorte qu'il fût impossible, à moins d'un aveuglemeut volontaire, de ne pas le reconnaître pour le Désiré des nations , pour le Messie tant de fois annoncé et si impatiemment attendu.

Nous avons vu encore que Dieu voulait nous ap- prendre par que le but unique de toutes ses pensées, depuis le commencement du monde, avait été le salut de r homme.

Entrons maintenant avec un profond respect dans le sanctuaire des conseils de Dieu, et développons cette suite non interrompue de promesses , de figures , de pro- phéties et de préparations qui vont nous canduire pas à pas durant le long espace de quatre mille ans, c'est-à-

DE PERSÉVÉRANCE. ^9

dire depuis le commencement du monde jusqu'au grand événement de l'Incarnation du Verbe.

Mais d'abord , comment savons-nous que les Pa- triarches et les hommes extraordinaires que Dieu susci- tait de loin en loin chez le peuple juif, que les sacrifices, les divers événements et mille autres circonstances de la vie de ce peuple, étaient autant de figures du Messie?

Nous le savons par l'autorité des écrivains sacrés du Nouveau Testament. Outre un grand nombre de té- moignages formels de Notre Seigneur lui-même et des Evangélistes qui montrent que tout l'Ancien Testament était la figure de Jésus-Christ et de l'Eglise, saint Paul dit en propres termes que tout ce qui est arrivé chez les Juifs est la figure de ce qui s'accoiiiplit chez les Chrétiens ' .

2" Par l'autorité de la tradition. Les Saints Pères sont unanimes à regarder Jésus-Christ et l'Eglise comme le grand objet voilé sous les ombres de l'Ancien Testament. Pour eux, l'Ancien Testament estlaTose en bouton , le Nouveau c'est la rose épanouie . Saint Augus- tin s'exprime ainsi : Tout l'Ancien Testament est caché dans le Nouveau : les Patriarches, leurs alliances, leurs paroles, leurs actions, leurs enfants, leur vie tout en- tière, étaient une prophétie continuelle de Jésus-Christ et de l'Eglise ; toute la nation juive, son gouvernement

' Haec autem omnia in figura facta sunt nostri. 1 . Cor. x 1 6 Haec autem omnia in figura contingebant illis id. id. 11. Comme il serait trop long de rapporter les passages des auteurs inspirés, voyez la Bible de Vence, préface générale sur l'Ancien Testament, t. i. 248.

T. IL A

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tout entier était un grand prophète de Jésus-Christ et du royaume chrétien ' .

Ecoutons encore un des organes les plus éloquents de la tradition. Eusèhe, historien de l'Eglise, s'exprime ainsi : Toutes les prophéties, tout le corps des an- ciennes écritures , toutes les révolutions de l'état poli- tique, toutes les lois, toutes les cérémonies de la pre- mière alliance , ne menaient qu'à Jésus-Chiyst , n'an- nonçaient que lui, ne figuraient que lui. Il était en Adam le père de la postérité des Saints; innocent, vierge et martyr dans Abel ; réparateur de l'univers en Noé ; béni en Abraham ; souverain prêtre en Melchi- sedech; volontairement offert dans Isaac; chef des élus en Jacob ; vendu par ses frères dans Joseph ; voyageur et fugitif, puissant en œuvres et législateur dans Moïse; souffrant et abandonné dans Job ; haï et persécuté dans la plupart des Prophètes ; vainqueur en David et roi des peuples; pacifique en Salomon, et consécrateur d'un nouveau temple; enseveli et ressuscitant dans Jonas. Les tables de la loi, la manne du désert , la colonne lumi- neuse, le serpent d'airain, étaient les symboles de ses dons et de sa gloire ' .

» De Catech. rudib. Le saint docteur revient cent fois sur cette idée dans ses différents ouvrages; f oyez, en particulier, les livres contre Faus te le Manichéen; voyez , dans la Biblioihèque choisie des Pères de TÉglise, Origène, t. ii. p. 54; TertulL, id, p. 474; St. Chrysost., t. xiii. 129,etc,etc. ^'

' Euseb. Démonstr. évang. lib. iv. 174 ^t suiv. Voyez aussi Bossuet, faisant un tableau semblable dans so : strmon sur les caractères des deux alliances, t. m. p. 237.

DE PERSÉVÉRANCE. 51

3" Par la conformité parfaite entre ces figures et Notre Seigneur. Si quelqu'un prétendait que la res- semblance qui se trouve entre les figures de Jésus-Christ et Jésus-Christ lui-même, n'est que l'effet du hasard ou d'un rapprochement arbitraire, il serait aussi peu sensé que celui qui, voyant plusieurs portraits d'un roi faits par différents peintres, et tous très-ressemblants, sou- tiendrait qu'aucun de ces peintres n'a eu dessein de re- présenter le monarque, et que tous ces portraits ne lui ressemblent que par hasard.

Mais il n'y a pas de hasard l'on voit un dessein, une suite, une combinaison aussi savante que bien sou- tenue. Or, telles sont les figures du Rédempteur.

Cette suite de figures mystérieuses qui commencent avec le monde et qui continuent sans interruption jus- qu'à Jésus-Christ, est la preuve irrécusable d'un des- sein suivi de la Providence. Comme les prophéties, elles se prêtent une mutuelle lumière; l'une achève ce que l'autre a commencé; et toutes réunies, elles annoncent évidemment Notre Seigneur , ses travaux pour le salut du monde, sa mort, sa résurrection, sa gloire et sonEgHse. Le Dieu de bonté consolait, encourageait ainsi les hommes dans leur malheur , en leur rappelant fréquem- ment et par des images sensibles, le Rédempteur qui les délivrerait de leurs maux, qui donnait déjà le mérite à leurs œuvres, et qui leur rendrait un jour tous les biens qu'ils avaient perdus. Car tous connaissaient jusqu'à un certain point la signification de ces touchantes figures , comme tous comprenaient au degré nécessaire les ora-

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des des Prophètes concernant le Messie. Les plus ins- truits en avaient une intelligence plus claire ; les autres les comprenaient autant qu'il était nécessaire pour avoir la foi implicite au mystère de la Rédemption , indispen- sable au salut ' .

C'était aussi pour nous que Dieu faisait paraître cette longue suite de figures. Il affermissait par notre croyance en nous montrant que la religion chrétienne étend ses racines jusqu'aux temps les plus reculés, et qu'elle est l'accomplissement d'un dessein commencé à l'origine du monde, et développé successivement pendant quarante siècles. Les promesses ont le même but.

La première promesse du Rédempteur fut faite dans le Paradis terrestre Les coupables pères du genre hu- main n'avaient pas encore entendu leur juste sentence , que déjà ils étaient assurés d'avoir un expiateur de leur crime et un réparateur de leurs maux. L'arrêt prononcé contre le démon et contre le serpent , son organe , con- tenait cette consolante espérance . La femme f écrasera la tête, dit le Seigneur au serpent, c'est-à-dire il naîtra de la femme un fils qui détruira l'empire du mal et du Démon. Nos parents comprirent la signification de cette parole allégorique ; elle suffit pour soutenir leur courage et rendre leurs œuvres méritoires par la foi au mérite de ce Réparateur futur.

On conçoit que la venue du Messie devant être long- temps différée, Dieu devait à sa bonté pour l'homme de lui promettre un hbérateur pour l'empêcher de s'a-

ï Foyez saint Thomas cité plus haut. 2. q, 2. art. vu.

DE PEHSÉVÉRANCE. 53

bandonner au désespoir. Cependant, toute consolante qu'elle est, cette première promesse est bien générale. Il €St vrai, elle annonce un Sauveur ; mais quand viendra- t-il?dans quel lieu, dans quel pays naîtra-t-il ? quels se- ront ses caractères? par quel moyen sauvera-t-il l homme? Surtout cela, incertitude absolue. Il viendra, il sera fils d'Eve et d'Adam, héritier de leur sang, mais exempt de leur péché; voilà tout. Cette première promesse fut l'u- nique espoir du genre humain pendant près de deux mille ans. C'était un faible rayon du Soleil de justice qui devait un jour se lever sur le monde ; les yeux affaiblis de Ihomme pécheur n'auraient pu soutenir féclat d'un plus grand jour. Dans cette obscurité même sa foi trouvait un mérite de plus et sa faute une première expiation.

Pour empêcher que l'homme ne perdît, même un instant, le consolant souvenir de son Libérateur, Dieu s'empressa de confirmer cette première promesse, ou plutôt il la traduisit en un autre langage non moins éloquent, le langage figuratif. Adam lui-même devint la première figure de son Rédempteur : en se compre- nant il put le comprendre aussi. Le père du genre humain commence cette longue suite de prophéties vivantes, qui toutes ensemble nous donnent, dans les actions des Patriarches , une parfaite peinture du Messie. Il est donc vrai, ces grands hommes n'ont pas été choisis seulement pour annoncer, par leurs paroles, les mer- veilles que Dieu devait opérer un jour dans la rédemption du monde, toute leur vie est encore une prophétie de ce grand événement.

5Z| CATÉCHISME

Avant de dérouler aux yeux de notre foi cette longue suite de tableaux vivants, apprenons à bien connaître les Patriarches. A leur nom que de nobles et tendres souvenirs se rattachent! Qui de nous peut relire leur histoire sans se reporter aux jours heureux de sa pre- mière enfance, alors qu'une pieuse mère ouvrant sur ses genoux la Bible en figures, nous écoutions ses récits avec tant d'avidité et que nos yeux se mouillaient de larmes, au nom d'Isaac immolé par son père ou du petit Joseph vendu par ses frères?

Palrtarche signifie père ou chef de famille : on donne ce nom aux premiers ancêtres du Sauveur ; on en compte trente-quatre. Il faut distinguer trois classes de Patriar- ches .

1" Ceux qui ont existé avant le déluge, savoir : Adam, Seth,Enos, Caman, Maialéel , Jared, Enoch, Mathu- salem , Lamech , Noé ;

Ceux qui ont vécu après le déluge jusqu'à la voca- tion d'Abraham, savoir : Sem, Arphaxad, Salé, Héber, Phaleff, Réhu, Saru^, Nachor, Tharé, Abraham;

Enfin, ceux qui ont paru depuis la vocation d'A- braham jusqu'à la servitude d'Egypte, savoir : Isaac, Jacob et ses douze fils, qui furent les tiges des douze tribus du peuple d Israël. Disons un mot de leur vie.

Les Patriarches étaient parfaitement libres, et leur famille composait un petit état, dont le père était comme le roi. Leurs richesses consistaient principale- ment en bestiaux. C'était ce grand nombre de trou- peaux qui leur faisait tant estimer les puits et les ci-

DE PERSÉVÉRANCE. 55

ternes, dans un pays qui n'a point d'autres rivières quç le Jourdain , et il ne pleut que rarement. Avec tou- tes ces richesses ils étaient fort laborieux, toujours à la campagne, logés sous des tentes, changeant de demeure suivant la commodité des pâturages , par conséquent souvent occupés à camper et à décamper ; car ils ne pou- vaient faire que de petites journées avec un si grand at- tirail.

Cette manière de vivre a toujours passé pour la plus parfaite, comme attachant moins les hommes à la terre. Aussi elle marquait mieux l'état des Patriarches qui n'habitaient cette terre que comme voyageurs , atten- dant les promesses de Dieu, qui ne devaient s'accomplir qu'après leur mort. Les premières villes dont il soit parlé furent bâties par des méchants , par Ca'i'n et par Nem- rod. Les premiers, ils se sont renfermés et fortifiés, pour éviter la peine de leur crime, et en faire impunément de nouveaux : les gens de bi^n vivaient à découvert et sans rien craindre.

La principale occupation des Patriarches était le soin de leurs troupeaux. Quelque innocente que soit l'agri- culture, la vie pastorale est plus parfaite ; elle a quelque chose de plus simple et de plus noble; elle est moins pé- nible, elle attache moins à la terre, et toutefois elle est d'un plus grand profit. On peut juger du travail des hommes par celui des filles. Rebecca venait d'assez loin pour puiser de l'eau et s'en chargeait les épaules, et Rachel menait elle-même le troupeau de son père : leur noblesse ni leur beauté ne les rendaient point plus dé-

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licates. C'est sans doute cette vie simple, laborieuse et frugale des Patriarches, qui les faisait arriver à une si grande vieillesse et mourir si doucement. Abraham et Isaac ont vécu chacun près de deux cents ans ; les au- tres Patriarches dont nous savons l'âge, ont au moins passé cent ans, et il n'est point fait mention qu'ils aient été malades pendant une si longue vie.

Telle fut en général l'existence des Patriarches : une grande liberté, sans autre gouvernement que celui du père qui exerçait un empire absolu dans sa famille ; une vie fort naturelle et fort commode, dans une grande abondance des choses nécessaires, et un grand mépris du superflu, dans un travail honnête, accompagné de soin et d'industrie, sans inquiétude et sans ambition '.

Pères du Messie selon la chair , les Patriarches étaient aussi dans leurs actions ses figures et ses Prophètes. Ils nous le représentent dans ses rapports avec l'Eglise ; c'est-à-dire, la formant, l'établissant à force de peines et de fatigues; enfin, s immolant pour elle, et par elle sauçant les nations . Ce caractère distinctif se retrouve dans tous les autres personnages, aussi bien que dans tous les événements figuratifs du Désiré des nations .

Or, Adam est la première figure du Libérateur des hommes. ïi convenait qu'il en fût ainsi. Voici les rap- ports qui existent entre ces deux tiges de l'humanité. Adam est le père de tous les hommes selon la chair. Notre Seigneur est le père de tous les hommes suivant l'esprit : c'est le Fils de Dieu qui nous a créés et régé-

» Foyei Fleury, Moeurs des Israélites, p. 3. cf 14.

DE PEUSÉVÉRA.NCE. 57

nérés. Adam est le roi de l'univers; c'est pour lui que toutes les créatures ont été faites. Notre Seigneur est le roi de l'univers; c'est par lui et pour lui que toutes les créatures ont été faites. Adam est le Pontife de l'univers; c'est lui qui doit offrir à Dieu l'hommage de toutes les créatures. Notre Seigneur est le Pontife universel de l'univers, le Prêtre catholique du Père éternel ; c'est lui qui offre à Dieu nos hommages et ceux de toutes les créatures'. Adam est d'abord seul environné d'animaux qui ne peuvent être sa société. Notre Seigneur est d'abord seul sur la terre, environné d'hommes plongés dans les affections sensuelles, et sem- blables parleurs penchants aux plus vils animaux.

Adam s'endort; le Seigneur lui tire une côte dont il lui forme une compagne. Notre Seigneur s'endort du sommeil de la mort sur l'arbre de la Croix. Pendant son sommeil, son côté est ouvert ; de la plaie qui lui est faite sort l'Eglise, son épouse , figurée par le sang et l' eau . Eve, épouse d'Adam, est son image vivante, elle sera sa société et lui donnera de nombreux enfants. L' Eglise, épouse de Notre Seigneur, est son image vivante ; elle sera sa société et lui donnera de nombreux enfants. Entre Adam et Eve existe une société indis- soluble. Entre Notre Seigneur et l'Eglise existe une soc'iété qui ne finira jamais : Jésus-Christ sera avec elle tous les jours jusqu'à la consommation des siècles et pendant toute f éternité .

Adam pèche : il est chassé du Paradis . Notre

« Sacerdos patris calholicus. Tertul.

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Seigneur se charge des péchés du monde , il devient péché' , et il sort du Ciel. Adam est condamné au travail , aux souffrances et à la mort . Notre Seigneur se condamne aux mêmes peines. Adam enveloppe toute sa postérité dans son malheur. Notre Seigneur sauve tous les hommes par sa Rédemption ; car, dit saint Paul, de même que la mort est entrée dans le monde par un seul homme en qui tous ont péché ^ de même la vie y est rentrée par un seul homme en qui tous sont sauvés "" .

Tels sont les principaux caractères de ressemblance que la raison et la foi nous découvrent entre les -deux Adam'.

A peine sortis du Paradis terrestre, nos premiers parents connurent par une triste expérience le mal qu'ils s'étaient fait, et le changement funeste que leur faute avait opérée dans toute la nature. Condamnés aux plus rudes travaux , mangeant leur pain à la sueur de leur front, quels besoins n'avaient-ils pas d'être consolés et encouragés par de nouvelles marques de la miséricorde divine ? Le Seigneur, toujours bon, toujours attentif, leur vint en aide.

Deux enfants leur furent donnés. L'aîné reçut le nom de Cain, et le plus jeune celui d'Abel. Caïn s'ap- pliqua à cultiver la terre; Abel se livra à la vie pastorale. Instruits par leur père, l'un et l'autre étaient dans

' 11. Ad Cor. V. 21.

2 Ad Rom. V. 12.

3 Foyez, dans la Bibliolh. choisie des Pères : TertuU. /. m. p. 29; saint Chrysost. /. xiii. p. 408 509.

DE PERSÉVÉRANCE. 59

i habitude de rendre à Dieu leurs hommages par Y offrande d'une partie des biens qu'ils recevaient de lui. Un jour, Caïn lui présenta les prémices de sa récolte, et Abel lui immola les premiers nés de ses troupeaux, et la graisse de ses victimes . Mais la piété de Caïn était aussi avare que celle d' Abel était sincère et généreuse. Le Seigneur témoigna d'une manière sensible la différence qu'il faisait des deux sacrifices. Il agréa celui d"x\bel; il dé- daigna au contraire celui de Caïn.

La jalousie ne sait point faire justice. Au lieu de s'en prendre à lui-raerne de sa disgrâce, Caïn aima mieux s'en venger sur son frère innocent. Au moment le crime fut conçu dans son cœur, il se montra sur son visage. Le Seigneur, qui voulait sauver Caïn en le rap- pelant à lui-même , lui fit entendre sa voix . D' vient que vous êtes irrité ? Pourquoi votre visage a-t-il perdu sa sérénité? Si vous faites le bien, n'en recevrez-vous pas la récompense ? Si vous faites le mal , votre péché ne provoquera-t-il pas à l'instant ma vengeance ? Mais il est encore temps de vous y soustra^ire : quelque vio- lente que soit votre passion, vous pouvez y résister.

Les divines remontrances d'un maître qui cherche à prévenir les fautes de ses serviteurs, ne firent aucune impression sur l'esprit envenimé de Caïn. N'écoutant que sa jalousie sanguinaire Allons à la campagne, dit-il à son frère. Abel y consentit volontiers. Peut-être même travaillait-il à adoucir les chagrins dont Caïn paraissait rongé. Sans lui répondre, Caïn se jette sur lui et le tue.

60 CATÉCHISME

Aussitôt le Seigneur se fit entendre au meurtrier, avec une douceur que le fratricide ne méritait pas, et dont il profita mal; il ne lui dit d'abord que ces deux mots : Caïn, ouest Abel, votre frère? Je n'en sais rien, répondit le scélérat. Suis-je donc le gardien de mon frère? Une réponse si insolente méritait un coup de foudre; mais le Seigneur qui, par ses remontrances, avait essayé d'arrêter le crime, voulait encore en ména- ger le repentir. Qu'avez-vous fait, Caïn, reprit-il? la voix du sang de votre frère s'élève de la terre et crie vengeance contre vous. Vous serez maudit sur la terre que vous avez forcée d'ouvrir son sein pour recevoir le sang de votre frère . Vous la cultiverez avec de grandes fatigues, et elle ne répondra ni à vos espérances ni à vos soins. Vous errerez sur sa surface comme un vagabond et un malheureux fugitif.

Le coupable, consterné de cet arrêt, s'écria avec plus de désespoir que de repentir : Mon crime est trop grand pour en espérer le pardon. Vous me condamnez à errer dans différents pays, sans pouvoir me fixer dans aucun . Quiconque me rencontrera se croira en droit de me tuer. Non, répondit le Seigneur, je veux vous laisser du temps pour expier votre crime et pour le réparer. Celui qui osera attenter à vos jours sera puni sept fois plus ri- goureusement que vous.

Dieu tint parole au fratricide ; et, pour le préserver de l'assassinat qu'il craignait, il imprima dans son air et dans toute sa personne, je ne sais quoi de farouche et de terrible qui faisait craindre de l'attaquer. Caïn

DE PEHSÉVÉRANCE. 61

avait abusé des grâces prévenantes qui le détournaient du crime ; il ne profita pas mieux des ressources de salut que lui offrait la patience du Seigneur. En ce point, comme en tout le reste, modèle souvent copié par une multitude d'impénitents qui , toujours inexcusables, ne tombent dans l'abîme qu'en éloignant la main cha- ritable qui se présente pour les soutenir, et qui n'y demeurent enfoncés que faute d'user du secours qu'on leur offre pour en sortir.

On voit dans Gain et dans Abel ce qui doit arriver dans toute la suite des siècles, l'église de Satan s'élevant contre l'église de Jésus-Christ. Dès-lors commence cette longue persécution que les méchants feront aux justes jusqu'à la fin des siècles. Mais le châtiment de Caïn an- nonce aux justes que la Providence veille sur eux pour les récompenser et les venger. La conscience du premier fratricide, livrée à de continuelles frayeurs, l'engagea à bâtir la première de toutes les villes, pour y trouver un asile contre la haine et l'horreur du genre humain.

Cette histoire du premier Caïn et du premier Abel , est l'histog^e anticipée d'un autre Caïn et d'un autre Abel. Quatre mille ans plus tard la seconde devait, comme la première , être écrite en lettres de sang à peu près dans les mêmes lieux, car Abel est la seconde figure du Messie.

Abel est berger de brebis. Notre Seigjieur s'appelle lui-même berger de brebis , il appelle l'Église son bercail , les Chrétiens ses ouailles. Abel offre un sacrifice que Dieu reçoit favorablement, tandis que celui de Caïn est

62 CATÉCHISME

rejeté. Notre Seigneur s'offre lui-même en sacrifice : ce sacrifice est reçu favorablement, et tous ceux de l'ancienne loi sont rejetés. Abel devient en butte à la jalousie de Caïn, son frère. Notre Seigneur est en butte à la jalousie des Juifs, ses frères. Abel est attiré dans les champs, et succombe sous les coups de son frère. Notre Seigneur est conduit hors de Jérusalem, et mis à mort par les Juifs, ses frères. Le sang d' Abel crie vengeance contre Caïn. Le sang de Notre Seigneur crie miséricorde pour ses bourreaux. En punition de son fratricide, Caïn est condamné à être errant et vagabond sur la terre. En punition de leur déïcide, 1^ Juifs sont condamnés à être errants et vagabonds sur toute la terre . Depuis dix-huit cents ans le monde les voit passer sans prêtres, sans roi, sans sacrifice; n'étant nulle part, et se trouvant partout. Caïn était un objet d'hor- reur et de crainte pour tous ceux qui le rencontraient . Le peuple juif est un objet d'horreur et de mépris pour tous les peuples. Dieu mit un signe sur le front de Caïn pour empêcher qu'on ne le tuât. Un signe de réprobation a été mis sur le front du peuple juif, pour empêcher qu'on ne l'extermine; et de tous les peuples anciens il est le seul qui survive, le seul qui existe au milieu de tous les autres, sans se confondre avec aucun. Adam est con- solé de la mort d'Abel par la naissance de Seth, enfant de bénédictic^n, qui perpétue la race des justes. Dieu est, pour ainsi dire, consolé de la mort de Notre Seigneur par la naissance d'une multitude innombrable de Chré- tiens, enfants de Dieu par adoption.

DE PEI\Sr:VÉl\ANCE. 63

PRIÈRE .

0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir multiplié les promesses et les figures du Messie; faites quelles excitent de plus en plus dans mon cœur le désir de vous connaître et de vous aimer ; donnez-moi l'innocence d'Abel, son zèle podl votre gloire et sa cha- rité pour mes frères.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-môme pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je saluerai ceux qui me feront du mal et je prierai pour eux.

PETIT CATECHISME. LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ.

Q. Comment Dieu révélait-il le Rédempteur aux premiers hommes ?

R. Dieu révélait le Rédempteur aux premiers hommes par des promesses; par des figures; par des prophéties.

Q Comment savons-nous que les Patriarches, les sacrifices et le peuple juif tout entier, étaient la figure du Rédempteur?

R. Nous savonsque les Patriarches, les sacrifices et le peuple juif tout entier, étaient la figure du Rédempteur,

64 CATÉCHISME

par l'autorité de Notre Seigneur lui-même, des Apôtres et des Evangélistes : saint Paul en particulier dit que Jésus-Christ est la fin de la loi de Moïse, et que tout ce qui arrivait aux Juifs était la figure de ce qui s'accomplit chez les Chrétiens; par l'autorité des Pères de l'Eglise : saint Augustin dit que tout le peuple juif n'était qu'une grande figure du Messie ; par la confor- mité des figures avec Notre Seigneur; car en voyant plusieurs portraits d'un roi faits par différents peintres, personne ne dit qu'aucun de ces peintres n'a eu dessein de représenter le roi, et que tous ces portraits ne lui ressemblent que par hasard.

Q. Les anciens savaient-ils que ces figures représen- taient le Messie ?

jR. Les anciens savaient que ces figures représentaient le Messie : les plus instruits en avaient une connaissance claire ; les autres le savaient autant que cela était néces- saire à leur salut .

Q, Qui étaient les Patriarches? R. Les Patriarches sont les premiers ancêtres du Messie. Le mot Patriarche veut dire père de famille. On compte trente-quatre Patriarches depuis la création du monde jusqu'à la servitude d'Egypte. La vie des Pa- triarches était simple, frugale et laborieuse; leurs ri- chesses consistaient en troupeaux nombreux; ils ha- bitaient sous des tentes ; ils passaient souvent d'un lieu à un autre. Ce genre de vie leur rappelait et nous rappelle aussi que l'homme est un voyageur sur la terre. Q. Quelle est la première promesse du Messie?

DE PERSÉVÉRANCE. 65

R.Ldi première promesse du Messie est celle que Dieu fit à nos parents dans le Paradis terrestre : il dit au ser- pent que la femme lui écraserait la tête. Cette pro- messe annonce à l'homme qu'il aura un Rédempteur; mais voilà tout. Les promesses suivantes expliqueront la première .

Q. Quelle fut la première figure du Messie?

R. La première figure du Messie, c'est Adam. Adam est le père de tous les hommes selon la chair ; Notre Seigneur est le père de tous les hommes selon l'esprit. Adam s'endort et d'une de ses côtes Dieu lui forme une compagne avec qui il sera uni pour tou- jours , et qui lui donnera une grande postérité ; Notre Seigneur meurt sur la Croix ; de son côté entr' ouvert Dieu tire l'Eglise avec laquelle Notre Seigneur sera uni jusqu'à la fin des siècles,' et qui lui donnera de nombreux enfants. Adam pécheur est chassé du Paradis et est condamné au travail , aux souffrances et à la mort ; Notre Seigneur, chargé des péchés du monde, quitte le Ciel et se condamne au travail, aux souffrances et à la mort . Il sauve tous les hommes par son obéissance , comme Adam les avait tous perdus par sa désobéis- sance.

Q. Quelle est la seconde figure du Messie?

R. La seconde figure du Messie, c'est Abel. Abel offre un sacrifice qui est agréable à Dieu; Notre Seigneur offre un sacrifice qui est infiniment plus agréable à Dieu, son Père. Abel innocent est conduit à la campagne etmis à mort par Caïn, son frère; Notre Seigneur, Tin» T. u. %

66 CATÉCHIS&UI

nocence même, est conduit hors de Jérusalem et mis à mort par les Juifs, ses frères. Le sang d'Abel crie vengeance contre Caïn qui est condamné à errer sur la terre ; le sang de Notre Seigneur crie miséricorde pour nous ; mais les Juifs sont condamnés à errer sur toute la terre, sans prêtres , sans rois , sans sacrifices.

PRIÈRE.

Omon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir multiplié les promesses et les figures du Messie ; faites qu'elles excitent de plus en plus dans mon cœur le désir de vous connaître et de vous aimer ; donnez-moi l'innocence d' Abel, son zèle pour votre gloire et sa cha- rité pour mes frères .

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour , je sa- luerai ceux qui me feront du mal , et je prierai pour eux.

DE PERSÉVÉRANCE. 67

XXIP LEÇON.

LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ.

Naissance de Seth. Hénoch enlevé au Ciel. Corruption du genre humain. Noé. Déluge. Arc-en-ciel. Noé , troisième figure du Messie.

Pour remplacer le juste Abel, Dieu donna à Adam un fils qui fut nommé Seth. C'est lui qui devait perpé- tuer sur la terre la race des enfants de Dieu. On appela Enfants de Dieu les hommes qui vivaient selon 1 esprit de la religion, et Enfants des hommes ceux qui n'obéis- saient qu'aux penchants dépravés de la chair et de la concupiscence: Caïn fut le père de ces derniers. Hénoch, un des descendants de Seth, se distingua surtout par sa fidélité à observer la Loi de Dieu. Pendant qu'il fut parmi les hommes , il ne cessa de les exhorter à la péni- tence, leur annonçant le jugement de Dieu sur les mé- chants. Lorsqu'il eut passé sur la terre 365 ans, Dieu V enleva en l'exemptant de la mort et il ne parut plus, ayant été transporté dans le Ciel d'où il doit revenir sur la terre, vers la fin du monde, pour convertir les Juifs et faire entrer les pécheurs dans la voie de la pénitence',- Ainsi, Dieu se conserva toujours dans la postérité de Seth, de fidèles serviteurs, et l'effet anticipé de la

, royet dissert, sur Hénoch, Bible de Vence, t. 1. p. 350.

68 CATÉCHISME

Rédemption s'est fait sentir dès le commeiicemeHt du monde.

Tant que la famille de Seth resta séparée de celle de Caïn, elle se conserva dans l'innocence; mais enfin elles se rapprochèrent et s'unirent par des alliances. La cause du mal fut dès-lors ce qu'elle a toujours été depuis , le mélange des bons avec les méchants. Avec le temps, la corruption devint générale et la terre fut couverte de crimes, l'iniquité alla à un tel excès, qu'elle força pour ainsi dire Dieu, qui est la bonté même, à se repentir d'avoir créé les hommes. L'expression dont se sert l'Écriture est étonnante : Dieu , pénétré de douleur, jus- qu'au fond du cœur^ dit : Je perdrai ï homme que j'ai créé . Mais au milieu de la dépravation générale , il se rencontra un juste qui s'était conservé dans l'innocence, ce juste était Noé, alors âgé de 480 ans. Le Seigneur l'appela et lui dit: L'homme a corrompu toutes ses voies, je me repens de l'avoir créé et je suis résolu de le détruire, et avec lui les animaux , les reptiles , les oiseaux , et toutes les créatures infectées par les crimes de la race humaine. Je détruirai le monde par le déluge. Pour vous, vous avez trouvé grâce devant moi ; faites-donc une arche de bois solide et poli, partagez-la en différents logements et enduisez-la de bituqne en dedans et en dehors, vous lui donnerez trois cents coudées de long , cinquante coudées de large et trente coudées de haut ; vous y ménagerez une ouverture pour servir de fenêtre, vous placerez une porte dans l'un des côtés et vous distri- buerez toute la capacité du vaisseau en trois étages»

DE PERSÉVÉRANCE. 69

Lorsque i' arche sera finie, vous y entrerez vous et vos enfants'; vous y ferez entrer avec vous des animaux de toute espèce, afin d'en repeupler la terre; vous ras- semblerez dans l'arche toutes les provisions nécessaires à votre vie et à celle des animaux .

Les mesures du Seigneur étaient justes, et quand, par les plus exactes supputations, on n'en aurait pas découvert, ainsi qu'on Ta fait, la proportion et la jus- tesse, on pourrait bien s'en rapporter à Ihabileté du grand maître qui voulut être lui-même le conducteur et l'architecte de ce merveilleux édifice '.

Noé obéit au Seigneur, et il employa cent vingt ans à la construction de l'arche. Admirons ici la patience de Dieu. Il fait construire, tout exprès, l'arche sous les yeux des hommes coupables, afin que la vue de ce bâti- ment soit un avertissement continuel du châtiment dont ils sont menacés. Noé ne cesse de les rappeler à la péni- tence ; mais ils ferment les oreilles à ses salutaires avis, ils se rient des terreurs qu'il veut leur inspirer. Lorsque l'arche fut finie, le Seigneur différa encore de sept jours à exercer sa justice, et il donna aux pécheurs ce dernier délai pour se reconnaître : il ne pouvait pour ainsi dire se résoudre à frapper. Nous avons vu que la prophétie d'Hénoch avait précédé celle de Noé. Ainsi, Dieu fit durer près de mille ans les avertissements et les menaces ; tout fut inutile . Elle arriva enfin cette punition si long-temps annoncée, toujours méprisée et en effet aussi formidable qu'elle avait parue peu à craindre.

I Toyer, dans la Bible de Vence , la dissertalion sur l'arche. /. i. dOfi,

70 CATÉCHISME

L'an du monde 1656, le Seigneur fit entrer dans l'arche, Noé, sa femme, ses trois fils et leurs épouses, avec des animaux de chaque espèce pour en conserver la race. Enfin, le Seigneur, voyant dans l'arche les huit personnes dont devait sortir un monde nouveau, et le nombre des animaux destinés à réparer les ruines de l'ancien, il ferma en dehors la porte de l'arche, en sorte que l'eau ne pouvait y pénétrer; et se voyant en liberté de punir les coupables sans perdre le juste, il abandonna le monde aux effets de son indignation.

Tout à coup la mer se déborde : tous les abîmes de la terre , tous les réservoirs du Ciel sont ouverts , une pluie plus effrayante par son abondance que par sa durée, tombe continuellement pendant quarante jours et qua- rante nuits. La surface du globe est inondée ; et les eaux surpassent de quinze coudées les plus hautes montagnes. Rien n'échappe : hommes, bêtes, oiseaux, tout périt. L'arche seule Hotte tranquillement sur les eaux qui l' élèvent, vers le Ciel à mesure qu'elles croissent, conservant dans son sein les prémices d'un monde nouveau.

La terre demeura couverte des eaux du déluge pen- dant cent quarante jours. Alors, Dieu fit souffler un vent qui les dessécha peu à peu. Pour prendre quelque connaissance de ce qui se passait, Noé ouvrit la fenêtre de l'arche, et donna la liberté à un corbeau. L'animal carnassier ayant trouvé à vivre parmi tant de corps morts, ne revint pas; cette circonstance fit juger à Noé que les eaux étaient déjà considérablement dimi-

DE PERSÉVÉRANCE. 71

nuées. Sept jours après il laissa échapper une colombe, dans le même dessein qu'il avait eu en envoyant un corbeau ; mais cet oiseau n'ayant point trouvé de terrain sec reposer le pied, revint à l'arche : il se présenta à Noé, qui lui tendit la main et le reprit. Noé attendit sept autres jours, et envoya la colombe une seconde fois. La colombe revint sur le soir, apportant à son bec *une branche d'olivier, dont les feuilles étaient vertes. A ce signal, Noé jugea que les eaux s'étaient tout à fait retirées. Mais il prit le parti d'avoir patience encore sept jours ; et il envoya la colombe pour la troi- sièipe fois. L'oiseau ne revint plus. Il attendit néan- moins, pour sortir, les ordres du Seigneur. Ces ordres lui furent donnés le 393^ jour après son entrée dans l'arche.

A peine Noé fut-il en liberté, que son premier mouvement le porta à un acte de reconnaissance. Il offrit un sacrifice au Seigneur , et le Seigneur lui promit de ne plus faire périr le monde par le déluge. Voici le signe de l'alliance que j'établis pour jamais entre vous et moi, lui dit-il : Lorsque j'aurai couvert le Ciel de nuages, mon arc paraîtra dans les nuées, et je me souviendrai, en le voyant, de la promesse que j'ai faite de ne jamais submerger le monde par une inondation générale. Ainsi toutes les fois que nous voyons l'arc-en-ciel, nous pou- vons nous rassurer et croire que Dieu ne fera plus périr le genre humain par les eaux.

La mémoire du déluge s'est conservée chez toutes les nations, ainsi que celle des crimes qui l'ont attiré.

72 CATÉCHISME

On trouve au sommet des plus hautes montagnes ainsi que dans les entrailles de la terre, même à une grande distance de la mer, une quantité prodigieuse de coquilles, de dents de poissons, de débris d'animaux marins, dont les espèces sont étrangères à nos contrées. Il est évident que ces corps viennent de la mer, et qu'ils ont été transportés dans ces pays éloignés par une inondation subite et par un mouvement violent des eaux sur toute la surface de la terre ' .

Noé est la troisième figure du Messie. Noé signifie Consolateur. Jésus veut dire Sauveur. Entre tous les hommes, Noé seul trouve grâce devant Dieu. Notre Sei- gneur seul a trouvé grâce devant Dieu son Père . Noé est choisi pour repeupler la terre. Notre Seigneur est choisi pour peupler la terre de justes et le Ciel de saints. Noé reçoit l'ordre de construire une arche. Notre Seigneur re- çoit ordre d' établir Y Eglise . Pendant cent vingt années Noé travaille à la construction de l'arche, et ne cesse de prêcher la pénitence aux hommes, mais ils ne l' écoutent pas. Notre Seigneur travaille pendant toute sa vie à construire l'Église, il prêche la pénitence par lui-même, par ses Apôtres et par leurs successeurs , mais les hommes ne l'écoutent pas. Noé, en construisant son arche, se prépare un moyen d'échapper au naufrage universel. Notre Seigneur, en établissant son Eglise, a eu pour but de préparer aux hommes un moyen de salut contre le déluge de feu qui doit consumer éternellement les pé- cheurs.— Noé et ceux qui entrèrent dans l'arche furent

' Foyet Cuvier, Discours sur les révoluiions de la surface du globe.

DE PERSÉVÉRANCE. 73

sauvés. Hors de l'Église de Jésus-Christ , point de salut pour ceux qui , la connaissant , refusent d'y entrer ou qui en sortent pour embrasser une secte étrangère. L'arche était remplie de créatures de toute espèce. L'Eglise renferme dans son sein des habitants de toutes les nations. Plus les eaux: du déluge montaient , plus l'arche s'élevait vers le Ciel. Plus l'Eglise éprouve de tribulations, plus elle devient parfaite, plus elle s'élève à Dieu. L'arche qui portait Noé et ses enfants était Tunique espérance du genre humain. L'Eglise qui possède Jésus-Christ et ses enfants , est l'unique es- pérance du genre humain. Au sortir de l'arche, Noé offrit un sacrifice que le Seigneur reçut favorable- ment. Sur la Croix, Notre Seigneur offrit un sacrifice mille fois plus agréable à Dieu que celui de Noé. Dieu fit alliance avec Noé. Dieu a fait, avec Notre Seigneur et par lui avec tous les hommes, une alliance qui sera éternelle. Noé reçoit une pleine puissance sur la terre et sur tous les animaux. Notre Seigneur a reçu de Dieu son Père une pleine puissance au Ciel et sur la terre. Par Noé, Dieu rétablit le monde qu'il avait détruit.

Dieu rétablit de même , par Notre Seigneur , le monde dans les biens que le péché lui avait ravis.

PRIÈRE.

0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie de la patience avec laquelle vous attendez les pécheurs. Je vous remercie de m' avoir attendu moi-même si long-

Ik CATÉCHISME

temps à pénitence. Je reviens à vous, recevez-moi dans votre miséricorde. Je vous remercie encore de m' avoir fait naître dans le sein de votre Eglise , hors laquelle il n'y a point de salut. Donnez-moi la grâce de suivre et de pratiquer jusqu'à la fin tout ce qu'elle m'enseigne. Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je renouvel- lerai chaque mois les promesses de mon baptême.

PETIT CATECHISME.

LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ. NOÉ, TROISIÈME FIGURE DU MESSIE.

Q. Comment s'appelle le fils que Dieu donna à nos premiers parents à la place d'Abel?

R. Le fils que Dieu donna à nos premiers parents pour remplacer Abel , fut appelé Seth. C'est lui qui conserva sur la terre le culte du vrai Dieu.

Q. Comment s'appelèrent les descendants de Seth?

R. Les descendants de Seth s'appelèrent Enfants de Dieu, parce qu'ils vivaient suivant l'esprit de la religion ; les descendants de Caïn , au contraire , furent appelés Enfants des hommes, parce qu'ils s'abandonnaient à tous les penchants corrompus de leur cœur.

Q. Dieu envoya-t-il quelqu'un pour rappeler les en- fants des hommes à la pénitence?

DE PERSÉVÉRANCE. 75

R. Pour rappeler les enfants des hommes à la péni- tence, Dieu envoya Hénoch. Il ne cessa de les exhorter à se convertir. Dieu l'enleva ensuite tout vivant dans le Ciel , d'où il reviendra avant la tin du monde , pour exhorter les pécheurs à se corriger.

Q. Les enfants de Dieu furent-ils toujours fidèles au Seigneur?

R. Les enfants de Dieu ne furent pas toujours fidèles au Seigneur. Ils firent alliance avec les enfants des hommes, qui les corrompirent ; car les mauvaises com- pagnies furent toujours le commencement du mal. La terre fut bientôt souillée de crimes.

Q. Comment Dieu punit-il les hommes?

R. Dieu punit les hommes par le déluge. La terre et les plus hautes montagnes furent couvertes d'eau pen- dant cent quarante jours.

Q. Tous les hommes périrent-ils par le déluge?

R. Tous les hommes ne périrent pas par le déluge; Noé et sa famille, en tout huit personnes, furent sauvés dans l'arche avec des animaux de chaque espèce pour repeupler la terre.

Q. Qu'est-ce que l'arche?

R. L'arche était un grand vaisseau que Noé cons- truisit par r ordre de Dieu , et dans lequel il entra au mo- ment du déluge. 11 mit cent vingt ans à le fabriquer. Dieu voulait par donner aux pécheurs le temps de faire pénitence .

Q. Que fit Noé en sortant de l'arche?

R. Noé, en sortant de l'arche, fit ce qu'on doit tou-

76 CATÉCHISME

jours faire lorsqu'on a reçu quelque bienfait de Dieu; il témoigna sa reconnaissance au Seigneur , en lui offrant un sacrifice. Le Seigneur lui promit de ne plus faire périr le monde par le déluge.

Q, Noé est-il la figure de Notre Seigneur?

R, Noé est la troisième figure de Notre Seigneur.— Noé veut dire Consolateur. Jésus veut dire Sauveur. Noé seul trouve grâce devant Dieu. Notre Seigneur seul trouve grâce devant son Père. Noé bâtit une arche qui le sauve , et sa famille avec lui , du déluge universel . Notre Seigneur a bâti son Eglise pour sauver de la mort éternelle tous ceux qui voudront y entrer. Plus les eaux montaient, plus l'arche s'élevait vers le Ciel. Plus l'Église éprouve de tribulations, plus elle s'élève à Dieu, plus elle devient parfaite. Noé a été choisi pour être le père d'un monde nouveau. Notre Seigneur a été choisi pour peupler la terre de justes et le Ciel de saints.

PRIÈRE.

0 mon Dieu! qui êtes tout amour , je vous remei^ie de la patience avec laquelle vous attendez les pécheurs. Je vous remercie de m' avoir attendu moi-même si long- temps à pénitence. Dès aujourd'hui je me consacre tout à vous . Je vous remercie encore de m'avoir fait naître dans le sein de la véritable Église, hors de laquelle il n'y a point de salut ; faites-moi la grâce d'y vivre et d'y mourir saintement.

DE PERSÊVÉRAINCE. 77

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-môme pour l'amour de Dieu ; et en témoignage de cet amour, je renouvellerai chaque mois îes promesses de mon baptême.

78 CATÉCHISME

>îfSfs6nnnnnn(Piinn6vniniS'ssiisisvTisici6t6insfTnnnsTsi)iSifisiii't>nevn'>^

XXIIP LEÇON.

LE MESSIE PROMIS ET FIGURE

Diminution de la vie humaine. Malédiction de Chanaan. Tour de Babel. Commencement de l'idolâtrie. Vocation d'Abraham. Seconde promesse du Messie. Melchisédech , quatrième figure du Messie.

A partir du déluge, commence pour ainsi dire un nouveau monde , une nouvelle terre ; mais cette terre déjà frappée de malédiction après le péché du premier homme, perdit encore par l'effet naturel d'une si longue inon- dation , une partie de sa force et de sa fécondité . Jusqu'au déluge, la nature était plus forte et plus vigoureuse. Par cette immense quantité d'eaux qui la couvrirent, et par le long séjour qu'elles y firent, les sucs qu'elle renfermait furent altérés; l'air chargé d'une humidité excessive, fortifia les principes de la corruption ; et la vie humaine qui jusque-là durait près de mille ans, se raccourcit peu à peu.

Noé transmit à ses trois fils Sem , Cham et Japhet, les saintes vérités de la religion, et particulièrement la tradition de la promesse divine du Rédempteur futur. Le saint Patriarche planta aussi la vigne qui était sans doute connue avant ce temps-là; mais au Heu qu'aupa-

DE PERSÉVÉRANCE. 79

ravaiit on se contentait d'en manger le fruit, il décou- vrit l'usage qu'on pouvait faire du raisin , en exprimant la liqueur et en la conservant. Le vin fut un bienfait destiné à donner un peu de joie au cœur de l'homme, qu'attristaient la diminution de ses jours et l'alFaiblisse- ment de toute la nature. Pourquoi faut-il qu'un si grand nombre abusent de ce nouveau présent du Père céleste? Un jour , Noé ayant bu de cette liqueur dont il ne connaissait pas encore la force, il tomba dans une ivresse involontaire, et s'endormit dans sa tente. Pen- dant son sommeil, il se trouva par hasard découvert d'une manière indécente. Cham s'en aperçut. Sans respect comme sans pudeur, il alla aussitôt le dire à ses frères. Sem et Japhet furent plus respectueux. Ayant pris un manteau qu'ils portaient tous deux en marchant à rebours , ils le jetèrent sur le respectable vieillard . Noé, à son réveil, apprit de quelle manière Cham l'a- vait traité. Subitement inspiré , il lança sa malédiction, non point contre Cham, par respect pour la bénédiction que Dieu lui avait donnée au sortir de l'arche , mais contre Chanaan, fils de Cham. Que Chanaan soit mau- dit sur la terre, qu'il devienne l'esclave des esclaves, dit le saint Patriarche. Malédiction terrible qui se vé- rifia plus tard, lorsque les Chananéens furent exter- minés et réduits en servitude par les Israélites, descen- dants de Sem. Malédiction toujours subsistante dans la race de Cham qui apprend aux enfants le respect qu'ils doivent avoir pour leurs pères.

Par un conseil admirable de la Providence, Noé

80 CATÉCHISME

vécut encore 350 ans après le déluge * Dieu prolongea ses jours, et il voulut que ses descendants demeurassent, durant ce long intervalle, sous les yeux de leur père commun, afin d'apprendre en détail et de conserver parmi les hommes les vérités capitales de la religion et les faits anciens , dont Noé seul était instruit par lui- même.

Ses descendants étaient déjà si nombreux, qu'ils songèrent à se séparer. Mais avant cette dispersion, ils voulurent exécuter un projet qui montrait bien leur folie et leur vanité. Venez, se dirent-ils les uns aux autres, faisons une ville et une tour dont la hauteur aille jusqu'au Ciel. Ce dessein extravagant avait deux causes également vaines : l'une, d'éterniser leur nom par un édifice superbe ; l'autre, de se défendre contre Dieu môme, s'il voulait encore punir le monde par un déluge. En cela ils se rendaient coupables, non- seulement de folie, mais d'incrédulité, car le Seigneur avait promis de ne jamais submerger le monde par une inondation générale. Us se mirent aussitôt à l'œuvre. Mais au moment ils pressaient l'ouvrage avec le plus d'ardeur, Dieu mit entre les ouvriers une telle diversité de langage, qu'ils ne s'entendirent plus les uns les autres. Ne pouvant alors ni commander ni obéir, ils furent forcés d'abandonner l'entreprise. La ville et la tour, restées imparfaites , furent appelées Bahel, c'est-à- dire confusion , parce que Dieu y confondit le langage des hommes qui , jusque-là , parlaient tous la même langue, et les dispersa dans tous les pays du monde.

DE PERSÉVÉRANCE. 8l

En s' éloignant les uns des autres, les enfants de Noé emportèrent avec eux le souvenir des principales vérités de la Religion qu'ils avaient apprises de leur Père com- mun. C'est pourquoi la connaissance de tous les grands événements, tels que la création de l'homme , son in- nocence, sa chute, la promesse d'un Rédempteur, le dé- luge, s'est conservée plus ou moins parfaite chez tous les peuples du monde. Mais tout ce qui est arrivé depuis la dispersion des hommes , quelque extraordinaire, quelque éclatant qu'il ait été, n'a pas été universellement connu ; preuve manifeste que le lien de communication qui -jusque-là avait subsisté entre tous les hommes , fut alors brisé.

Mais bientôt les traditions primitives furent altérées par des fables, et les hommes se livrèrent à des excès encore plus affreux que ceux qui avaient armé le bras vengeur du Tout-Puissant. En vain le monde encore humide des eaux du déluge ; en vain la diminution frap- pante de la vie, réduite à un petit nombre d'années ; en vain le bouleversement de l'univers, offraient à tous les regards les tristes monuments de la justice du Créateur, la connaissance du vrai Dieu s'effaçait de la mémoire des hommes. La corruption devint générale, et l'idolâtrie, qui est si favorable aux passions, commença à s'établir. Aveuglement déplorable ! on refusa au Tout-Puis- sant le tribut d'adoration que lui doit tout ce qui respire, et on prostitua à de viles créatures un encens sacrilège : l'or, l'argent, la pierre, le bois, les plus vils animaux, des statues inanimées, virent l'homme, le roi de l'uni-

T. II. 6

82 CATÉCHISME

vers, se prosterner devant eux, et leur adresser de timides prières . A peine trouvait-on une famille qui fût encore fidèle au Dieu d'Adam et de Noé, et il fallut que le Très-Haut, las de menacer, d'attendre et de punir, réprouvât de nouveau la race humaine, et l'abandonnât à sa perversité. Au milieu de ce déluge de crimes, que va devenir la Religion véritable ? Dieu a-t-il résolu d'en priver les hommes? Non, la parole de l'Eternel est irré- vocable; s'il n'eût consulté que les forfaits de nos pères, il eût sans doute anéanti cette race criminelle ; mais à l'instant même il frappe , sa miséricorde tempère les coups de sa justice; il n'oublie jamais qu'il est Père. La vue des mérites futurs de la Yictime expiatrice, qu'il avait annoncée au genre humain , rappelle sa clémence . Ainsi , sans abandonner les autres peuples qui ne devaient imputer qu'à eux-mêmes leur aveuglement, Dieu ré- solut de se réserver un petit nombre d'adorateurs; de se choisir un peuple chargé de conserver intact le dépôt de la révilation primitive, et surtout la grande promesse du Rédempteur.

Abraham , qui descendait de Sem, fut choisi pour être la tige et le père de ce nouveau peuple , duquel devait sortir le Messie. Or, de toute éternité, Dieu avait décidé que le Messie naîtrait dans la Judée, appelée en ce temps-là le pays de Chanaan. C'est pourquoi il fit venir dans cette contrée le saint homme, dont le Messie devait naître selon la chair. Admirons comment tout, dans les conseils de Dieu, tend à réaliser dans toutes les circons- tances de temps et de lieu, la grande promesse du Li-

DE PERSÉVÉRANCE. 83

bérateur. Abraham, destiné à être le chef du peuple choisi, et le père du Messie, habitait bien loin delà terre de Chanaan, dans un pays appelé la Chaldée. C'est de que le Seigneur le fit venir. Quittez le pays que vous habitez, lui dit-il, venez en la terre que je vous mon- trerai. Je donnerai cette contrée à vos descendants, que je multiplierai comme les étoiles du Firmament et les sables de la mer. A cette promesse magnifique. Dieu en joignit une autre bien plus magnifique encore : ce fut la promesse du Messie. Je vous bénirai, lui dit le Sei- gneur, et toutes les nations de l'univers seront bénies en vous, c'est-à-dire en celui qui naîtra de vous, comme Dieu lui-même l'explique dans la suite.

Cette seconde promesse du Rédempteur faite à Abraham dit bien plus que la première. La première ne disait pas chez quel peuple naîtrait le Messie ; la seconde nous le dit : il naîtra dans la famille d'Abraham. Voilà toutes les autres nations mises de côté; ce n'est plus chez elles que nous devons chercher le Messie. La pre- mière nous disait qu'il écraserait la tête du serpent; la seconde nous explique le sens de ces paroles : elle nous dit que le Messie renversera l'empire du démon, en rappelant toutes les nations à la connaissance du vrai Dieu, dans laquelle se trouve la véritable bénédiction. Ainsi, l°ceGermebéni promis à Eve, sera aussi le germe et le rejeton d'Abraham; 2" cette victoire qu'il doit remporter sur le démon , consistera à rappeler les hommes à la connaissance et au culte du Créateur ; ce fils d'Eve et d'Abraham renversera partout l'univers l'em-

Sa CATÉCHISME "^

pire du démon, en détruisant 1" idolâtrie qui n'est autre chose que le règne du démon, et en rétablissant le culte du vrai Dieu . La conversion des Gentils , c est-à-dire des Payens, est toujours marquée dans les divines Ecritures comme l'œuvre distinctive du Messie.

Plein de foi à la parole de Dieu, Abraham quitta son pays, accompagné de Sara, son épouse, et de Lot, son neveu . 11 arriva dans la terre de Chanaan . Ses troupeaux et ceux de Lot, son neveu, étaient si nombreux, que la contrée ils se trouvaient alors ne pouvait les contenir. Le saint homme propose à son neveu de se séparer. Lot se retire à Sodome. Cette séparation ne refroidit point la charité d'Abraham : il en donna bientôt une preuve éclatante. Le roi de Sodome, et quatre rois ses alliés, sont battus par un prince dont ils avaient été tribu- taires. Lot est fait prisonnier. Abraham l'apprend; à la tête de trois cent dix-huit de ses plus braves servi- teurs, et plein de confiance dans le Dieu qui le protège, le Patriarche fond, avec cette poignée de guerriers, sur les troupes victorieuses, les met en fuite, recouvre le butin, délivre son neveu et tous les compagnons de sa captivité. Transporté de reconnaissance, le roi de So- dome vient au-devant de son libérateur, et le conjure d'agréer toutes les richesses enlevées aux ennemis pour prix de son bienfait. Abraham n'en voulut rien prendre. Seulement il donna la dîme des dépouilles à Melchisedech , roi de Salem, Prêtre du Seigneur, qui bénit Abraham, après avoir offert du pain et du vin.

Dans la personne de ce Roi-Pontife, Abraham ho-

DE PERSÉriiRANCE. 85

norait le Messie futur , que ce Grand-Prêtre représentait ; car c'est de ce Messie qu'il est écrit : Vous êtes Prêtre pour toute l'éternité, selon l'ordre de Melchisedech .

Melchisedech est la quatrième figure du Messie. En effet, Melchisedech signifie Roi de justice. Notre Sei- gneur est la justice même. Melchisedech est Roi et Pontife tout ensemble. Notre Seigneur est Roi et Pontife tout ensemble. Melchisedech est Prêtre du Très-Haut. Notre Seigneur est le Prêtre par excellence. Melchi- sedech apparaît seul. On ne trouve ni son père, ni sa mère, ni sa généalogie, ni son prédécesseur, ni son suc- cesseur, dans le sacerdoce. Notre Seigneur n'a point de père sur la terre, ni de mère dans le Ciel, ni prédéces- seur, ni successeur dans le sacerdoce : les Prêtres ne sont que ses ministres . Melchisedech bénit Abraham . Notre Seigneur bénit l'Eglise, représentée par Abraham. Melchisedech offre en sacrifice du pain et du vin, Notre Seigneur s'offre tous les jours en sacrifice sous les appa- rences du pain et du vin.

Cette figure ajoute de nouveaux traits au portrait de Notre Seigneur. Les précédentes nous représentent le Messie 1" comme le Père d'un monde nouveau ; comme un juste souffrant et persécuté ; comme sauvant le monde du déluge. Ici il nous est représenté comme Prêtre éternel, offrant le pain et le vin en sacrifice. Les figures suivantes viendront successivement ajouter de nouveaux traits au tableau du Messie ; car il en est de ces prophéties vivantes , comme des promesses et des pré- dictions, elles vont continuellement se développant.

8S GATÉCniSME

PRIÈRE.

O mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie de n'avoir pas abandonné les hommes après le déluge, et de leur avoir conservé, malgré tant d'ingratitude, le bienfait de la Religion. Je vous remercie d'avoir choisi un peuple particulier pour conserver le souvenir de la grande promesse du Libérateur. Préservez-moi de l'orgueil; donnez-moi, pour mes parents, le respect de Sem et de Japhet, et envers vous, la foi d'Abraham et la piété de Melchisedech .

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose et mon prochain comme moi-même pour i' amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je respecterai en tout mes père et mère .

PETIT CATÉCHISME.

LE MESSIE PROMIS ET FIGURE. DEUXIEME PRO- MESSE ET QUATRIÈME FIGURE DU MESSIE.

Q. Qu'arriva-t-il après le déluge?

R. Après le déluge, la vie des hommes diminua peu à peu. Le long séjour des eaux sur la terre affaiblit la vertu des plantes, corrompit l'air, et fit perdre à la nature sa vigueur primitive.

Q. Quels furent les fils deNoé?

R. Les fils de Noé furent Sem, Cham et Japhet; c'est d'eux que sont venus tous les peuples de la terre

DE PERSÉVÉRANCE. 91

Q. Furent-ils tous trois bénis de leur père ?

R. Cham ayant manqué de respect à Noé , le saint Patriarche le maudit dans la personne de Chanaan, et cette malédiction eut son effet . Cet exemple terrible est bien propre à nous inspirer un grand respect pour nos parents.

Q. Que firent les descendants de Noé avant de se séparer ?

R. Avant de se séparer, les descendants de Noé vou- lurent bâtir une ville et une tour dont le sommet s'élè- verait jusqu'au Ciel. Leur dessein était d'immortaliser leur nom et de se mettre à l'abri d'un nouveau déluge, dans le cas Dieu voudrait de nouveau inonder la terre >

Ce dessein était mauvais pour deux raisons : la première, parce que c'était une pensée de vanité ; la se- conde, parce que c'était un sentiment d'incrédulité qui l'inspirait. L'entreprise fut commencée, mais Dieu con- fondit le langage des hommes, en sorte ^ue ne pouvant plus se comprendre , ils furent obligés de renoncer à l'ou- vrage. C'est pour cela que cette tour est appelée Babel, qui veut dire confusion.

Q . Que devinrent les hommes après la confusion des langues ?

R- Ils se séparèrent par grandes familles; et s'éloi- gnant peu à peu , ils finirent par peupler toute la terre . Ils emportèrent avec eux la connaissance des principales vérités de la Religion et le souvenir des grands événe- ments arrivés avant le déluge. De vient qu'on en

s 8 *• CATÉCHISIME

trouve des traditions chez tous les peuples du monde.

Q. Les peuples conservèrent-ils long-temps la con- naissance de la vraie Religion?

R. Les peuples ne conservèrent pas long-temps la connaissance de la vraie Religion. Aveuglés par leurs passions, ils méconnurent le vrai Dieu, et à sa place ils adorèrent les créatures : c'est ainsi que commença l'i- dolâtrie.

Q. Que fit le Seigneur pour conserver sur la terre la vraie Religion, et surtout le souvenir de la grande pro- messe du Rédempteur?

R. Pour conserver la vraie religion et surtout le sou- venir de la grande promesse du Rédempteur, Dieu se choisit un peuple particulier , à qui il en confia le dépôt : ce fut le peuple Juif. Le père de ce peuple choisi fut Abraham, descendant de Sem et fds de Tharé,

Q. Que Dieu lui promit-il?

R. Dieu promit à Abraham que toutes les nations seraient bénies en celui qui sortiraitde lui, c'est-à-dire que Dieu lui promit que de lui naîtrait le Messie . Cette seconde promesse écarte donc tous les autres peuples , et nous apprend que c'est désormais dans la postérité d'Abraham qu'il faudra chercher le Libérateur.

Q. Quelle fut la quatrième figure du Messie?

R. La quatrième figure du Messie fut Melchisedech. Melchisedech veut dire Roi de justice . Notre Sei- gneur est la justice même. Melchisedech est Prêtre du Très-Haut. Notre Seigneur est le Prêtre par ex- cellence. — Melchisedech bénit Abraham. Notre

DE PERSÉVÉRANCE. 89

Seigneur bénit l'Église représentée par Abraham. Melchisedech offre en sacrifice du pain et du vin. Notre Seigneur s'offre en sacrifice sous les apparences du pain et du vin. Ainsi cette figure nous dit de plus que les précédentes, que le Messie sera Prêtre éternel , et qu'il offrira le pain et le vin en sacrifice.

PRIÈRE.

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir conservé la vraie Religion sur la terre , malgré l'ingratitude des hommes. Donnez-moi, pour mes pa- rents, le respect de Sem et de Japhet, et envers vous la foi d'Abraham et la piété de Melchisedech.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour , je respeclerai en toutes choses mes père et mère.

90 CATÉCHISME

XXW LEÇON.

LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ.

Visite des Anges. Naissance d'Isaac promise. Entretien d'Abraham avec le Seigneur. Ruine de Sodome. Sacrifice d'Abraham. Isaac^ cinquième figure du Messie.

11 ne manquait à Abraham que des enfants qui pus- sent être les héritiers de ses grands biens et plus encore de ses vertus . Dieu lui apparut donc de nouveau, et après avoir contracté avec lui une alliance plus étroite , en lui prescrivant pour lui et pour toute sa postérité la loi de la circoncision , il lui déclara clairement que bientôt Sara , son épouse, lui donnerait un fils qu'il comblerait de ses faveurs, et qui serait l'héritier de toutes ses promesses. Voici comment la chose arriva.

Un jour qu'Abraham était assis à la porte de sa tente, vers l'heure de midi, il vit venir trois jeunes hommes qu'il jugea être des voyageurs. C'était le Seigneur qui lui ap- paraissait sous la figure de trois Anges, symbole de la Sainte-Trinité. La charité est inquiète, et l'apparence du besoin suffit pour exciter sa tendresse Abraham se lève à l'instant; il quitte sa tente, et s'avance à la rencontre des trois voyageurs. Il se courbe jusqu'à terre. Qui que vous soyez, leur dit-il; ne me donnez pas le chagrin de

DE PERSÉVÉKANCE. 91

passer si près de chez moi sans daigner vous arrêter un moment et recevoir les bons offices de votre serviteur . Je vais vous faire apporter de l'eau pour vous laver les pieds . Reposez-vous à l'ombre de ces arbres; vous mangerez un morceau avec moi , et vous continuerez ensuite votre route. Les voyageurs acceptent. Après avoir r€çu cette généreuse hospitalité, un d'entre eux dit à Abraham : Dans un an, à dater d'aujourd'hui, je reviendrai vous voir, et alors Sara, votre épouse, aura mis au monde un fils. A parler humainement, la promesse du voyageur était hors de toute vraisemblance. Sara était fort âgée, et Abraham avait alors 99 ans . Cependant le saint Pa- triarche n'hésita point et n'eut pas la moindre défiance.

C'est ainsi que Dieu préparait les hommes à croire un jour l'enfantement d'une vierge, en rendant féconde une femme nonagénaire et stérile ; c'est ainsi qu'il dis- posait de loin l'esprit humain à croire le mystère de la Sainte- Trinité, en montrant dans cette apparition à Abraham une image de ce mystère. Trois Anges se pré- sentent au saint Patriarche, et l'Écriture leur donne, au nombre singulier , le grand nom de Dieu, le nom incom- municable de Jehovah. Abraham qui en voit trois, n'en adore qu'un seul , ne parle que comme à un seul. Ce grand mystère, qui depuis a été découvert dans l'Evangile, n'était montré dans l'Ancien Testament que sous des voiles, et ne pouvait être vu que par ceux qui avaient dès.-lors l'esprit du Christianisme .

Cependant les trois voyageurs prirent congé de leur hôte Abraham voulut les accompagner et les conduire

92 CATÉCHISME

par honneur durant une partie du chemin. Ce nouveau trait de charité lui valut une nouvelle faveur, dans la- quelle le Seigneur, son Dieu, s'ouvrant à lui avec une familiarité incroyable, lui fit confidence de ses desseins les plus cachés . On marchait de compagnie sur la route de Sodome , lorsque le Seigneur, sous la figure d'un des trois Anges, dit à Abraham : La clameur des péchés de Sodome et de Gomorrhe s'est fait entendre jusqu'à moi, et me demande vengeance. Je vais voir si la me- sure est comblée et s'il est temps de frapper.

Abraham s'approcha respectueusement de lui, tant la charité et le zèle donnent quelquefois de courage, et il lui dit : Mais, quoi! Seigneur, voudriez-vous confondre dans la même punition l'innocent et le coupable? Si une de ces villes criminelles renferme cinquante justes mêlés dans la foule des pécheurs, les ferez-vous périr tous en- semble , ou plutôt ne pardonnerez-vous pas à la multitude des pécheurs en faveur des cinquante justes? La candeur et la simplicité d'une prière si touchante gagnèrent le cœur de Dieu. Si Sodome offre à mes yeux cinquante justes, lui dit le Seigneur, je ne détruirai point la ville, et les cinquante justes obtiendront la grâce de tous les criminels. Puisquej' ai commencé à vous parler, reprit Abraham, moi qui ne suis que cendre et poussière, j'ajou- terai encore un mot : S'il y avait quarante-cinq justes , voudriez-vous perdre une ville dont quarante-cinq de vos serviteurs solliciteraient le pardon? Je ne veux pas vous affliger , répondit le Seigneur; je pardonnerai à tous en faveur de quarante- cinq. Mais, mon Dieu, con-

DE PERSl-VfiRA?<CE. 93

tinua Abraham, si par malheur il ne s'en trouvait que quarante, que feriez-vous? Je pardonnerais encore, dit le Seigneur.

Abraham en avait déjà beaucoup fait , mais l'innocence qui fait les amis de Dieu leur donne des droits que les autres hommes ne connaissent pas. Ainsi, Abraham, qui d'abord ne faisait ses conditions avec Dieu que de cinq en cinq , passa ensuite jusqu'à dix , et retranchant tout à coup ce nombre de celui de quarante : Je vous en prie, Seigneur, lui dit-il, ne vous fâchez pas si je parle encore : S'il n'y en avait que trente? Je ne frap- perais pas, répondit le Seigneur. Puisque j'en ai tant fait , reprit le saint Patriarche, j'irai encore un peu en avant : S'il y en avait vingt? Ces vingt me désar- meraient, répondit le Seigneur. Je vous en conjure, Seigneur, ajouta Abraham, ne vous fâchez pas si je parle encore une fois : S' il y en avait dix, que feriez-vous? A la considération de ces dix justes, je pardonnerais.

finit cet admirable entretien qui nous révèle tout à la fois et l'infinie bonté de Dieu, qui ne punit qu'à re- gret, et la puissance de la prière et de l'intercession des Saints. Les dix justes ne se trouvèrent point, et cinq villes entières furent consumées par le feu du Ciel. A la place on voit aujourd'hui un lac immonde appelé la mer Morte . Lot et sa famille furent seuls sauvés de ce désastre, encore la femme de Lot s' étant retournée pour regarder l'embrasement, fut-elle changée en une statue de sel, qu'on voyait encore du temps des Apôtres.

Cependant Abraham retourna dans sa tente ; et à l'é-

9 à CATÉCHISME

poque marquée par le Seigneur , Isaac naquit . Abraham n'avait plus rien à désirer. Mais Dieu voulut mettre la foi de son serviteur à une dernière et terrible épreuve. Non content d'avoir promis à Abraham que le Rédempteur du monde sortirait de sa race, il voulut encore lui mettre sous les yeux une image de la manière dont se ferait cette Rédemption . Au milieu de la nuit , il se fit entendre au saint Patriarche : Abraham ! Abraham ! Me voici lui répondit le vénérable vieillard. Prenez, lui dit le Sei- gneur, prenez ce fils unique qui vous est si cher, Isaac, et allez me l'offrir en holocauste sur une montagne que je vous montrerai.

A cet ordre si capable de révolter la nature, Abraham ne répond que par une prompte obéissance. Durant trois jours, il dispose tout pour ce grand sa- crifice, il part avec ce cher fils pour accomplir l'ordre du Seigneur. Après trois jours de marche, il arrive au pied de la montagne du sacrifice : cette montagne c'était le Calvaire. Demeurez-là , mes en- fants, dit-il à ses domestiques , mon fils et moi nous allons monter sur la hauteur pour offrir un sacrifice au Seigneur. Il ne parut pas dans fair du saint Patriarche un instant d'altération. Avec la même tranquiUité, il charge son fils du bois préparé pour l'holocauste ; il s'arme de l'épée qui devait percer le cœur d' Isaac , et il prend le feu destiné à consumer cette chère victime.

Le père et le fils allaient ainsi de compagnie, occupés de pensées bien différentes, mais tous deux , d'un air con- tent et d'un pas assuré, lorsque Dieu qui ménageait à

DE PERSÉVÉRANCE. 95

son serviteur tous les degrés du mérite, permit une de ces petites aventures qui, n'étant comptées presque pour rien dans les grandes épreuves, mettent souvent à bout la tendresse la mieux préparée, si elle n'est soutenue de tout rhéroïsme du courage. Mon père, dit Isaac, avec une aimable simplicité? Que voulez-vous, mon fils , reprit Abraham? Je vois entre vos mains, continua Isaac, le feu de l'holocauste, et je porte moi-même le bois; mais est la victime? Mon fils, répondit Abraham , sans qu'un seul mot échappé le trahît : Le Seigneur y pourvoira. Isaac n'en demanda pas davan- tage.

Arrivé au-dessus de la montagne , Abraham dresse l'autel , arrange le bois, prépare le glaive ; il fallait enfin s'expliquer. Un coup d'œil, un signe, un soupir, suf- firent pour montrer à Isaac la victime : il la reconnaît sans s'étonner. II adore la volonté de Dieu, monte sur le bûcher, et s'y laisse attacher de la main de son père. Abraham, toujours plein de foi et d'obéissance, saisit le glaive, lève le bras sur la tête de la victime, et est prêt à porter le coup. Le temps des épreuves était fini ; celui des récompenses allait commencer. Arrêtez, Abraham! dit l'Ange du Seigneur, c'est assez; je connais maintenant votre foi . Parce que vous avez obéi à ma voix, je vous bénirai ; je multiplierai votre race ; elle triomphera de ses ennemis, et tous les peuples de la terre seront bénis en celui qui sortira de vous. En même temps Abraham se retourne et voit un bélier ar- rêté par les cornes dans un buisson voisin , il le prend

96 CATÉCHISME

et l'immole à la place de son fils. 0 Jésus couronné d'é- pines ! je vous reconnais bien .

Ce sacrifice d'Isaac est une vive image du sacrifice futur de Jésus-Christ . La figure et la vérité se ressemblent si fort, qu'on ne peut voir l'une sans se souvenir de l'autre. Aussi, Isaac est-il la cinquième figure du Messie. Isaac est le fils bien-aimé de son père. Notre Seigneur est le fils bien-aimé de Dieu le Père. C'est en Jésus-Christ que le Père a mis toutes ses com- plaisances. — Isaac, innocent, est condamné à mourir. Notre Seigneur , l'innocence même , est condamné à mourir. C'est Abraham, père d'Isaac, qui doit exécu- ter la sentence. C'est Dieu le Père qui exécute lui- même, par la main des Juifs, la sentence de mort contre son fils. Isaac, chargé du bois qui doit le consumer, monte sur la montagne du Calvaire. Notre Seigneur, chargé du bois de la Croix, gravit cette môme montagne du Calvaire . Isaac se laisse attacher sur le bûcher , et présente doucement sa gorge au glaive qui doit l'immo- ler. Notre Seigneur se laisse attacher à la Croix, et, comme un tendre agneau, se laisse immoler. Isaac n'est pas mis à mort, parce qu'il n'était qu'une figure. Notre Seigneur, qui était la réalité, est vraiment mis à mort. Isaac descend de la montagne plein de vie et comblé de bénédictions : une nombreuse postérité lui est assurée. Notre Seigneur sort du tombeau plein de vie, comblé de gloire ; et, en récompense de son obéis- sance, il reçoit en héritage toutes les nations.

Cette figure ajoute deux choses aux précédentes : elle

OK PERSÉVÉRANCE. 97

nous dit en quel lieu le Sauveur sera immolé ; Ë" quil mourra par l'ordre de son Père. Ainsi, le grand portrait du Rédempteur se forme peu à peu . Ces deux scènes si touchantes et si semblables, le sacrifice d'Isaac et le sacrifice de Notre Seigneur, n'ont-elles pas un rapport manifeste entre elles? Peut-on douter, en les lisant, que la première n'ait été ordonnée pour préparer à la seconde ? Peut-on se refuser à cette vérité frappante que l'Ancien Testament n'est que la prédiction du Nouveau? La prédiction est sans doute voilée d'abord ; mais le voile se lève peu à peu, et laisse voir ensuite l'objet à découvert, quand le temps de la manifestation est arrivée.

PRIÈRE.

0 mon Dieu î qui êtes tout amour, je vous remercie des grâces que vous avez accordées à votre fidèle ser- viteur Abraham, en récompense de sa foi et de sa charité. Accordez-moi la charité envers le prochain, la confiance dans la prière, et une obéissance aveugle à vos adorables volontés.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme nioi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je m abandonnerai entier emenl aux dispositions de la Pro- vidence .

T. II.

s 8 CATÉCHISME

PETIT C/VTÉGHISME.

LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ. ISAAC, CINQUIÈME FIGURE DU »IESSIE.

Q. Quelle promesse Dieu fil-il à Abraham après la délivrance de Lot ?

R. Après la délivrance de Lot , Dieu promit un fils à Abraham.

Q. Quel fut le signe de T alliance que Dieu fit avec Abraham?

i?. Le signe de l'alliance que Dieu fit avec Abraham , fut la cérémonie de la circoncision.

Q. Dans quelle circonstance Dieu renouvela-t-il à Abraham la promesse d'un fils ?

R. Dieu renouvela au saint Patriarche la promesse d'un fils après qu'il eut donné l'hospitalité à trois Anges, sous la figure de trois voyageurs. C'est un grand exemple qui nous apprend à exercer avec empressement l'hos- pitalité et la charité envers le prochain .

Q. Que nous apprend l'entretien d'Abraham avec le Seigneur, sous la figure de ces trois Anges ?

R. L'entretien d'Abraham avec le Seigneur nous montre V avec quelle confiance et quelle sainte fami- liarité Dieu nous permet de lui parler dans la prière ; que les prières et les mérites de quelques justes peuvent sauver bien des coupables. En considération de dix justes, Dieu aurait pardonné à cinq villes entières.

Q. Personne ne fut-il sauvé de l'embrasement de Sodome ?

DK Pi:nsi'VÉp.ANCE. 90

/?. Lot, sa femme et ses deux filles , furent seuls sauvés de l'embrasement de Sodome. Mais l'épouse de Lot, en punition de sa curiosité, fut changée en une statue de sel , qu on voyait encore du temps des Apôtres .

Q. Quel ordre Dieu donna-t-il à Abraham ?

R. Plusieurs années après l'embrasement de So- dome, Dieu ordonna à Abraham d'immoler Isaac.

Q. Comment Abraham obéit-il à l'ordre de Dieu?

/?. Abraham obéit à l'ordre de Dieu promptement et sans murmurer. Il conduisit lui-même son fils sur la montagne que Dieu lui avait indiquée ; il attacha Isaac sur le bûcher, et il allait frapper cette chère victime, lorsque Dieu, content de son obéissance, lui dit de l'épargner.

0' Que représente le sacrifice d' Isaac?

R, Le sacrifice d'Isaac représente celui de Notre Seigneur. Isaac est le fils bien-aimé de son père. Notre Seigneur est l'objet de toutes les complaisances de Dieu le Père. Isaac. innocent, est condamné à mourir. Notre Seigneur, l'innocence même, est condamné à mourir. C'est le père d'Isaac qui doit l'immoler. C'est Dieu le Père qui, par la main des Juifs, immole lui-même Notre Seigneur. Isaac porte lui-même le bois qui doit le consumer. Notre Seigneur porte lui-même le bois de la Croix sur laquelle il doit mou- rir. — Isaac se laisse attacher, sans murmurer, sur le bûcher. Notre Seigneur, comme un tendre agneau, se laisse élever en Croix. C'est sur le Calvaire qu' Isaac offre son sacrifice. C'est aussi sur le Calvaire que

H \. il. 1 «SUOTHECA

^ 00 CATÉCHISME

Notre Seigneur offre son sacriiice. Isaac est béni (le Dieu , en récompense de son obéissance. Notre Seigneur , en récompense de son obéissance , est béni de Dieu, et reçoit en héritage toutes les nations de la terre.

PRIÈRE.

Mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie des faveurs que vous avez accordées à vos fidèles ser- viteurs Abraham et Isaac. Accordez-moi la charité envers le prochain, la confiance dans la prière, et une obéissance aveugle à vos admirables volontés .

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je m* abandonnerai entièrement aux dispositions de la Providence,

\( ADifrrouait

DE PEUSÉVÉHANCE. lOl

XXV« LEÇON

LE MESSIE PROMIS ET FIGURE,

Mariage d'Isaac. -- Mort d'Abraham. Sa sépulture. Troisième promesse du Messie faite à Isaac. Naissance de Jacob et d'Esaii. Esati vend 6on droit d'aînesse. Isaac bénit Jacob. Jacob va en Mésopotamie. Quatrième promesse du Messie faite à Jacob. Jacob épous€ Rachel et revient auprès d'Isaac. Jacob, sixième figure du Messie >

Cependant Isaac avait atteint sa quarantième année, Abraham son père songea à lui donner une épouse; mais il voulut la tenir de la main de Dieu, et il se com- porta dans cette affaire avec ce fond de foi , de religion et de dépendance qui lui mérita jusqu'à la fin le plus heureux succès dans toutes ses entreprises : Précieux exemple que les parents devraient toujours imiter dès qu'il s'agit de pourvoir leurs enfants.

Le saint Patriarche appela son ancien serviteur, le fidèle Éliézer, et lui dit : Partez pour la Mésopotamie ou j'ai laissé mon frère Nachor; c'est dans ce pays et dans le sein de ma parenté, que vous irez chercher une épouse à mon fils Isaac. Éliézer choisit dix chameaux dans les troupeaux de son maître ; il les chargea de pré- sents magnifiques et de toutes les espèces de richesses qui étaient en abondance dans son opulente maison. Il

102 CATÉCHISME

se fit accompagner par un nombre d'esclaves propor- tionné à l'importance de son ambassade; il partit enfin dans un équipage propre à faire honneur au saint Pa- triarche et à donner du crédit à son envoyé. Le voyageur fut heureux ; il arriva dans la Mésopotamie à la vue de la ville Nachor s'était établi.

Ayant fait décharger ses chameaux, il les fit coucher aux environs d'un puits Ton avait coutume de faire boire les troupeaux et les bêtes de charge : c'était sur le soir, au moment les femmes de la ville, sans dis- tinction de naissance, venaient tirer de l'eau au puits. Eliézer adressa au Dieu de son maître cette humble et fervente prière : Seigneur, Dieu de mon maître Abraham, venez, je vous en conjure, à mon secours aujourd'hui, et faites éclater votre miséricorde sur mon seigneur Abraham. Me voilà auprès du puits les filles de la ville viennent puiser de l'eau; je ne puis discerner dans la multitude celle que vous destinez à Isaac. Je regarderai comme l'objet de votre choix celle à qui je dirai : Prenez votre cruche et donnez-moi à boire, et qui me répondra : Buvez , et je vais aussi donner à boire à vos chameaux.

Dans un homme moins rempli de cette foi simple qui opère les miracles et moins accoutumé aux prodiges, une pareille conduite pourrait passer pour téméraire ; mais que ne peut point sur le cœur de Dieu la confiance de ses Saints !

Eliézern'avait pas achevé sa prière, qu'il voit venir une jeune fille en qui la modestie relevait les grâces na-

DE PERSÉVÉRANCE. lOS

turelles, chargée d'une cruche qu elle portait sur ses épaules : c'était Rebecca, fille de Bathuel , petite-nièce d'Abraham. Elle tira de l'eau, remplit sa cruche et elle .s'en retournait. Le vieux serviteur la considé- rait avec attention; charmé de ses manières et de son air d'innocence, il lui dit avec respect : Voudriez-vous me donner un peu d'eau de votre cruche pour étancher ma soif? Buvez, mon seigneur, lui dit-elle ; et aussitôt ayant placé sa cruche entre ses bras, elle la tint dans une situation commode, et le laissa boire tant qu'il voulut; ensuite elle ajouta : Je vais aussi tirer de l'eau pour vos chameaux, jusqu'à ce qu'ils aient tous bu. Sans attendre de réponse, elle verse dans les canaux ce qui restait d'eau dans Sa cruche; elle retourne au puits et tire de l'eau de quoi abreuver tous les chameaux.

Le serviteur d'Abraham la regardait en silence , et dès que ses chameaux eurent cessé de boire, il s' adressa à la jeune inconnue, lui offrit des bracelets et des pendants d'oreilles, en disant : De qui êtes-vous fille? Y a-t-il du logement dans la maison de votre père? Elle répondit : Je suis fille de Bathuel , fils de Nachor ; il y a beaucoup de foin et de paille chez nous et bien de la place pour loger. Eliézer s'incHna profondément et adora le Seigneur. Rebecca, de son côté, courut annoncer à sa mère tout ce qui venait de lui arriver. Laban, frère de Rebecca, vint prier l'étranger d'accepter un logement dans la maison de son père. L'envoyé d'Abraham ne se fit point prier. Mais avant d'accepter le repas qu'on lui offrait, il de- manda Rebecca en mariage pour îsaac. Elle fut accordée.

104 CATÉCIUSME

Alors Éliézer fit de magnifiques présents à toute la famille , et dès le lendemain matin il sollicita la permission départir.

S'étant mis en marche avec une suite nombreuse, il revint heureusement auprès d'Abraham. Epouse accom- plie, Rebecca put seule adoucir la douleur que causait à Isaac la perte de Sara, sa mère, qu'il pleurait depuis trois ans.

Plein de jours et de mérites, Abraham était parvenu à la plus belle comme à la plus honorable vieillesse. 11 avait alors 175 ans. Le temps était venu de couronner cette longue vie, signalée par l'exercice constant de toutes les vertus dont devait être orné un homme choisi du Ciel , pour être le chef d'un peuple nouveau, destiné à conser- ver sur la terre la consolante promesse du Rédempteur, !e fondateur de la nation sainte, et le père du Messie; digne par sa foi qu'on le nommât le père des croyants de tous les siècles, et que le Souverain de tous les hommes se fit une gloire d'être connu parmi eux sous le nom de Dieu d'Abraham.

Ses deux fils aînés, Isaac et Ismaël, lui rendirent les derniers devoirs. Suivant sa volonté, il fut enterré à côté de Sara, son épouse, dans la double caverne du champ d'Ephron, fils de Séor, Hétéen. Abraham l'avait achetée trente-huit ans auparavant : il l'avait choisie pour son tombeau, parce qu'elle était dans la vallée, an pied de la montagne il avait élevé un autel au Sei- gneur son Dieu, de qui il attendait sa résurrection glorieuse et la consommation de sa félicité. Le Seigneur,

DE PI'KSliVÉliANCE. 105

comme nous T avons vu, avait promis à Abraham que de sa postérité naîtrait le Messie, et que les descen- dants du saint Patriarche posséderaient un jour la terre de Chanaan ; par conséquent, que le Messie naîtrait dans cette contrée. Cette promesse nous dispense de chercher le Messie 1" dans un autre payi; 2" dans un autre peuple que le peuple issu d'Abraham. Mais voici que cette lumière semble s'obscurcir, ou plutôt cette pro- messe demande une nouvelle explication.

Abraham a sept enfants dont les aînés sont Isaac et ïsmaël. Lequel d'entre eux sera le père du Messie? Un nouvel éclaircissement devient nécessaire : nous ne l'at- teadrons pas long-temps. Une famine générale se fit sentir dans le pays de Chanaan, habité par Isaac. Il son- gea donc à s'en éloigner. C'est à ce moment que le Sei- gneur lui apparut pour lui annoncer qu'il était l'héritier de la grande promesse, et que de lui naîtrait le Messie. N'allez pas plus loin, Isaac, lui dit le Dieu d'Abraham, et demeurez dans le pays que je vais vous montrer. Vous voyagerez dans cette terre, et je serai avec vous. Toutes ces belles et vastes régions, je vous les donne, et j'en mettrai vos descendants en possession Je rendrai votre postérité aussi nombreuse que les étoiles du Ciel . Toutes les nations et tous les peuples du monde seront bénis en celui qui naîtra de vous . La promesse précédente nous avertissait que le Messie naîtrait dans la famille d'Abra- ham. Parmi tous les enfants de ce saint Patriarche, cette troisième promesse nous désigne Isaac comme le père du futur Libérateur.

106 CATÉCHISME

Ainsi, tous les peuples descendant d'Ismaël et des autres enfants d'Abraham sont écartés : voilà une lumière de plus. Bientôt cependant de nouveaux nuages nécessiteront une nouvelle explication. En effet, Isaac a deux enfants, Esaii et Jacob. Lequel des deux sera le père du Messie? La suite va nous l'apprendre.

Après vingt années de stérilité , Rebecca, épouse d' Isaac, mit au monde deux fils. Pendant qu'elle était enceinte , ses enfants s'entrechoquaient dans son sein. Effrayée , elle consulta le Seigneur, qui lui répondit : Vous portez dans votre sein deux enfdnts, dont chacun sera le chef d'un grand peuple. Ils seront ennemis l'un de l'autre ; l'aîné sera assujetti au cadet , et la postérité du dernier aura l'avantage sur celle du premier. Par cette réponse , Dieu fit connaître à Rebecca que la béné- diction d'Abraham à laquelle était attachée la promesse du Messie, passerait au cadet par préférence à faîne.

Quand les deux jumeaux furent grands , Esaù devint un habile chasseur; il était toujours dans les champs. Jacob, au contraire, d'un caractère doux et paisible, demeurait à la maison. Esaii était faîne ; or , c'est au droit d'aînesse qu'on croyait attachée faUiance spirituelle avec Dieu , et le privilège de faire passer à ses descendants la bénédiction promise à Abraham et à Isaac : cette bénédiction regardait principalement la naissance du Messie. Dieu avait promis à Abraham que le Rédempteur naîtrait de lui. Mais le Seigneur, qui est maître de ses dons, avait résolu de faire passer cet honneur au cadet, c'est-à-dire à Jacob. Jacob en avait

DE PKRSÉVÉRANCE. 107

été informé par sa mère. Il ne négligea aucune occasion de seconder la volonté du premier de tous les pères , et de s'assurer la possession d'un titre qui déjà lui appartenait.

Un jour donc qu'Esaii était allé à la chasse , Jacob se mit sur le soir à préparer un plat de lentilles. Dans ce moment Esaii arrive extrêmement fatigué. Je n'en puis plus, dit-il à son frère, il faut que vous me donniez de suite ce plat que vous avez préparé. Je ne vous le donnerai point, dit Jacob ; mais si vous voulez, je vous le vendrai au prix de votre droit d'aînesse.

Il ne paraît guère de proportion entre un plat de len- tilles et un droit de cette nature; mais Jacob prétendait retirer son bien, et il ne crut pas que ce fut abuser des besoins de son frère que d'en prendre occasion d'exécuter les desseins de Dieu. Le marché sefitcontre toute appa- rence. Je me meurs, reprit Esaii, si je n'obtiens à l'ins- tant ce que je veux , et que me servira mon droit d'aî- nesse? et il le vendit, mangea son plat de lentilles, et s'en alla, se souciant peu de ce qu'il venait de faire. Et moi qui lis ces choses , n'ai-je pas quelquefois, nouvel Esaii, vendu mon droit au Ciel, pour une valeur moindre qu'un plat de lentilles et après ce honteux marché, n'ai- je pas dormi tranquille me souciant fort peu de ce que j'avais fait?

Dieu avait promis à Abraham que le Rédempteur naî- trait de lui par les descendants d'Isaac, et l'on était per- suadé que cet honneur était réservée l'aîné de la famille. Ainsi, en vendant son droit d'aînesse, Esaii renonçait au bonheur inestimable de donner naissance au Messie.

108 CATÉCHISME

C'est pour cela que saint Paul l'appelle profane, d'avoir mis à prix, et à un si vil prix, une chose aussi sainte que le privilège attaché à la qualité d'aîné.

Cependant Isaac avait atteint l'âge de 137 ans. Son grand âge, la perte presque totale de la vue, lui firent croire que le temps de sa mort n'était pas éloigné. Il voulut, suivant l'usage des familles le vrai Dieu était connu, donner, avant de mourir, sa dernière bénédic- tion à ses enfants. Cet acte d'autorité paternelle avait un si grand poids, qu'il était regardé comme un tes- tament sans retour.

Rebecca n'ignorait pas l'importance de cette action; elle n'avait garde de laisser échapper le moment de la rendre favorable à Jacob. Elle connaissait d'ailleurs la volonté de Dieu, qui voulait faire tomber sur Jacob les privilèges de l'aîné. La chose était commencée par la cession d'Esaii; mais il fallait qu'elle fût confirmée par la bénédiction du père.

Isaac songeait à bénir son fils aîné avant de mourir. Il lui commanda d'aller à la chasse et d'en rapporter quelque chose qu'il pût manger, afin qu'après avoir pris son repas il le bénit. Esaii partit. Par malheur pour lui, il s'était trouvé une personne de trop à cet entretien ; Rebecca avait tout entendu , et elle en profita sans perdre de temps. Elle appela Jacob. Mon fils, lui dit-elle, courez au troupeau, apportez- moi deux des meilleurs chevreaux ; j'en apprêterai à manger à votre père , comme je sais qu'il l'aime , et vous lui en présenterez, afin qu'après en avoir

DE PtUSI'VÉKA^CE. 109

mangé, il vous bénisse. La chose paraissait sans diffi- culté à Rebecca ; elle ne parut pas telle à Jacob. Ou- bliez-vous, dit-il à sa uîère, que mon frère est tout cou- vert de poil, et que je n'en ai pas, moi. Si mon père, pour s'assurer qui je suis, vient à me toucher, il ne manquera pas de me reconnaître ; il croira que j'ai voulu me jouer de lui, et à la place de sa bénédiction, j'atti- rerai sur moi sa malédiction. Non, mon fils, répondit Rebecca , vous n'avez rien à craindre ; je prends sur moi tous les risques : Jacob obéit.

Lorsque tout fut prêt, elle le revêtit des habits d'Esaû, elle lui couvrit les mains et le cou de peau de bête, de sorte qu'à la voix près, Jacob était tout à fait semblable à Esaii. En cet état, Jacob porta à son père ce qui avait été préparé. D'abord, en se déguisant le mieux qu'il put, il ne lui dit que ces deux mots : Mon père .J'entends, dit ïsaac, c'est un de mes fils, mais lequel des deux? C'est votre fils aîné , Esaii, répondit Jacob; mangez du gibier de ma chasse. Isaac parut n'en être pas entièrement per- suadé. Approchez-vous, dit-il, afin que je vous touche, et que j'éprouve si vous êtes en effet mon fils Esaii. C'était le moment critique; et si le Sei^jneur n'eût abrégé le temps de l'épreuve, Jacob ne pouvait échapper. Il s'approcha cependant ; Isaac le toucha. Pour la voix , dit le saint vieillard , c'est bien la voix de Jacob; rîiais les mains sont les mains d' Esaii. Etes-vous véritablement mon fils Esaii? Oui , je le suis, répartit Jacob. Alors le saint vieillard l'embrassa et le bénit. Jacob se retira aussitôt.

110 CATÉCHISME

A peine était-il sorti de la présence de son père, qu'Esaii arriva. Apprenant ce qui s'était passé, il entra en fureur, et jura de tuer son frère. Isaac adora le dessein de Dieu, et ne rétracta point sa bénédiction. Rebecca fit partir Jacob pour la Mésopotamie, afin de le soustraire à la vengeance d'Esaù. Isaac lui donna le même conseil et renouvela sa bénédiction, en lui recommandant de choisir une épouse dans ce pays.

Jacob partit aussitôt. Il marchait seul, et un jour qu'il s'avançait avec {grande diligence vers son terme, les ténèbres le surprirent. La saison était belle : il se déter- mina à passer la nuit dans la campagne. Le fils d' Isaac n'était pas délicat. La terre nue lui servit de lit, et pour oreiller, il mit une pierre sous sa tète. Il s'endormit d'un sommeil tranquille. C'est ce moment que le Seigneur choisit pour lui donner en quelque sorte l'investiture de sa dignité de Patriarche, à la manière dont en avaient été investis son père Isaac, et son grand-père Abraham. Tout à coup il fut occupé d'un songe mystérieux, et de la plus consolante révélation. Il voyait une échelle dont le pied posait sur la terre, et dont le sommet atteignait jusqu'au Ciel. Des Anges montaient et descendaient; le Dieu des Anges et des hommes paraissait appuyé sur le haut de l'échelle. Jacob, lui dit le Seigneur, je suis le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham et d' Isaac. La terre vous reposez, je vous la donnerai ainsi qu'à vos descendants.

Ainsi, c est toujours au moment les Patriarches s'éloignent de la terre de Chauaan, que le Seigneur

DE PERSÉVÉRANCE. 111

leur promet de les y fixer, eux et leurs descendants. En effet, c'est là, dans cette terre, que devaient ha- biter les pères du Messie, car c'est dans cette terre que le Messie devait prendre naissance. La multitude de vos descendants sera aussi innombrable que les grains de poussière qui couvrent la terre, ajouta le Seigneur. Toutes les nations de l'univers seront bénies en vous et dans le Fils qui naîtra de vous. Vous êtes en marche vers un pays étranger ; mais je vous reconduirai dans cette terre que j'ai promise à vos pères, et que je réserve à vos enfants.

Telle fut la quatrième promesse du Messie. Elle nous apprend que c'est dans la famille de Jacob qu'il faut chercher le Messie . Esaii et les peuples qui descendront de lui sont mis de côté : la recherche devient de plus en plus facile. Le voile qui cache le grand mystère, se lève peu à peu, et nous marchons par degré jusqu'au terme Dieu veut nous conduire.

Jacob s'éveilla; et, plein de reconnaissance et de frayeur, il se prosterna contre terre, en disant : Que c^e lieu est terrible! ce n'est rien moins que la maison de Dieu et la porte du Ciel. Et, reprenant ensuite son bâton de voyageur, il continua sa marche.

Arrivé dans la Mésopotamie, il s'approcha de la ville d'Haran, séjour de son oncle Laban et de sa famille. Les mœurs des habitants de Haran n'avaient point changé depuis cent ans que Rebecca en était sortie pour devenir l'épouse d'Isaac. Les jeunes filles des familles les plus considérables de la ville y conduisaient encore

11 '2 CATÉCHISME

les troupeaux; et , comme la condition de bergère n'avait rien que d'innocent parmi ces peuples, elle y était regardée comme une occupation honorable. Jacob, arrivé fort près de Haran, aperçut un puits dans la campagne, auprès duquel trois troupeaux de moutons se reposaient durant la grande chaleur du jour. Ce puits était une espèce de grand réservoir, l'on conduisait l'eau par des canaux, et qu'on avait soin de couvrir d'une grosse pierre. Jacob s'approcha des bergers, et leur dit : Mes frères, d'où êtes-vous? Nous sommes de Haran, lui dirent-ils. Connaissez-vous Laban, fils de Nachor? Nous le connaissons parfaitement. Se porte-t-il bien ? Oui, il se porte bien; et voici Rachel , sa fille, qui vient avec son troupeau.

La conversation continuait, lorsque Rachel arriva avec les troupeaux de son père. Jacob, qui savait que c'était sa cousine, s'empressa de lever la pierre du puits. Dès que les moutons eurent bu, Jacob salua Rachel, et des larmes lui coulèrent des yeux. Je suis, lui dit-il, fils de Rebecca, sœur de votre père. Ra- chel n'en voulut pas davantage. Elle courut à la maison de son père, à qui elle annonça, presque hors d'haleine, la rencontre qu elle venait de faire. Laban, au nom de Jacob, fils de sa sœur, courut au-devant du voyageur- Il l'embrassa tendrement, et le tint long- temps serré entre ses bras, et il le conduisit à sa maison. Suivant l'ordre d'Isaac, son père, Jacob demanda sa cousine en mariage. La proposition fut acceptée : Ra- clîel fut promise. Mais ce ne fut qu'après quatorze ans

DE PERSÉVÉI\A^CE. 1 i

de travaux pénibles , passés au service de Laban, que Jacob l'obtint. Il revint ensuite auprès d'Isaac, con- duisant avec lui sa nombreuse et riche famille. C'est dans ce voyage, à l'occasion d'un combat mystérieux qu'il soutint contre un ange, que Jacob reçut de Dieu le nom d'Israël, qui veut dire fort contre Dieu. C'est de qu'est venu à ses descendants le nom d'Israé- lites, ou enfants d'Israël. Isaac mourut bientôt après, et ses deux fils, Jacob et Esaii , l'enterrèrent dans la double caverne de la vallée de Mambrée, auprès de Rebecca, son épouse, de sa mère Sara, et de son père Abraham.

Dieu fit passer Jacob par un grand nombre de po- sitions , afin de représenter en détail la vie du Messie , dont ce Patriarche est une des plus belles figures. En effet, par l'ordre de son père, Jacob va dans un pays fort éloigné pour chercher une épouse. Par l'ordre de son Père, Notre Seigneur traverse l'immense espace qui sépare le Ciel de la terre, pour venir former l'Église, son épouse. Jacob, fils d'un père très-riche, et très- riche lui-même , se met en route seul, et à pied. Notre Seigneur, fils de Dieu, Dieu lui-même et Seigneur de toutes choses, descend du Ciel, n'ayant d'autre com- pagnon que le dénuement le plus complet. Jacob , surpris par la nuit, est obligé de dormir au milieu d'un désert, et de mettre une pierre sous sa tête pour lui servir de chevet. Notre Seigneur est si pauvre, qu'il n'a pas même une pierre pour reposer sa tête. Cette terre, cependant, appartenait à Jacob. Le monde

T. II. S

1 CATÉCHISME

entier appartenait aussi à Notre Seigneur. Jacob arrivé chez ses parents est obligé, pour obtenir son épouse, de subir de longs et rudes travaux. Notre Seigneur, arrive chez les siens, ils ne le reconnaissent pas; il passe sa vie dans les plus rudes travaux, pour former l'Eglise, son épouse. Jacob voit son union bénie du Seigneur; Rachel lui donne des enfants, pères futurs d'un grand peuple. Notre Seigneur voit son union avec l'Eglise, bénie de Dieu le Père, l'Eglise lui donne d'innombrables enfants. Jacob, vainqueur de toutes les difficultés, retourne dans sa patrie auprès de son père, emmenant avec lui ses richesses et ses enfants. Notre Seigneur, vainqueur de tous ses ennemis et chargé de leurs dépouilles, retourne dans le Ciel auprès de son Père, conduisant avec lui tous les Saints de l'ancienne Loi, et ouvrant son royaume à tous les Chré- tiens, ses enfants. Jacob arrivé auprès d'Isaac, reçoit de nouveau sa bénédiction. Notre Seigneur de retour au Ciel, est comblé par son Père de toute sorte de gloire et de bénédictions.

PRIÈRE.

0 mon Dieu 1 qui êtes tout amour , je vous remercie de m' avoir donné des modèles accompHs de toutes les vertus dans les Patriarches. Je vous remercie des promesses et des figures par lesquelles vous annonciez si long-temps d'avance le Rédempteur du monde. Plus heureux qu Isaac et Jacob , nous possédons ce qu ils atten- daient . Faites aussi que nous soyons , s' il est possible , plus

DE PERSÉVÉRANCE. 115

reconnaissants et plus fidèles; faites surtout revivre, pour les Chrétiens, l'aimable simplicité de mœurs de ces premiers temps.

Je prends la résolution d' aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, ;e me rappel- lerai souvent que Dieu me voit.

PETIT CATÉCHISRIE.

LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ. TROISIÈME ET QUATRIÈME PROMESSES DU MESSIE.

Q. Comment mourut Abraham?

R. Abraham, comblé de jours et de mérite, mourut saintement à l'âge de 137 ans. Il fut enterré par ses deux fils Isaac et Ismaël.

Q. Auquel des enfants d'Abraham fut faite la troi- sième promesse du Messie ?

R. La troisième promesse du Messie fut faite à Isaac. Le Seigneur lui dit : Je rendrai votre postérité aussi nombreuse que les étoiles du Ciel. Toutes les nations seront bénies en celui qui naîtra de vous. Ainsi, cette promesse nous dit quelque chose de plus que la précé- dente ; elle nous apprend non-seulement que c'est dans la postérité d'Abraham, mais encore dans la famille d' Isaac qu'il faut chercher le Messie.

Q. Combien Isaac eut-il d'enfants?

116 CATÉCHISME

R. Isaac eut deux enfants, Esaû et Jacob. Dieu, qui est le maître de ses dons, choisit Jacob, quoiqu'il fût le plus jeune, pour être le père du Messie. Jacob, instruit par sa mère des desseins de Dieu, ne négligea aucune occasion de faire reconnaître son droit par Esaû lui- même et par Isaac. C'est ce qui explique pourquoi il fit vendre à Esaii son droit d'aînesse , et pourquoi il surprit la bénédiction d' Isaac.

Q. Dieu confirma-t-il la bénédiction d'Isaac?

R. Oui, Dieu confirma la bénédiction d'Isaac, et fit à Jacob la quatrième promesse du Messie .

Q. Dans quelle circonstance Dieu fit-il à Jacob la promesse du Messie ?

R. Jacob allait en Mésopotamie, lorsque Dieu lui promit que de sa postérité naîtrait le Messie. C'était au milieu de la nuit : Jacob eut un songe dans lequel le Seigneur lui apparut et lui dit : Je suis le Dieu de vos pères; la terre vous dormez, je vous la donnerai. Toutes les nations du monde seront bénies en celui qui naîtra de vous. Cette promesse écarte Esaii et tous les peuples qui en descendent. C'est dans la postérité de Jacob qu'il faut désormais chercher le Messie. Ainsi, le dessein de Dieu devint de plus en plus manifeste.

Q. Que fit Jacob quand il fut arrivé en Mésopotamie?

R, Jacob, en arrivant en Mésopotamie, s'empressa d'accompHr Tordre que son père Isaac lui avait donné. Il demande l'alliance de Rachel, sa cousine. Mais ce ne fut qu'après quatorze ans des plus rudes travaux, qu'il obtint le consentement de Laban, son oncle. Il partit

DE PERSE VÉPxANCE. 117

ensuite avec sa famille pour revenir auprès de son père, à qui il rendit les derniers devoirs.

Q. Jacob est-il la figure de Notre Seigneur?

R. Oui, Jacob est la sixième figure de Notre Sei- gneur. — Jacob, pour obéir à son Père, s'en va dans un pays éloigné chercher une épouse. Notre Seigneur, pour obéir à son père, descend du Ciel sur la terre pour s'unir. à l'Eglise, son épouse. Jacob, quoique très- riche, part seul, et n'a pour reposer sa tête qu'une pierre qu'il trouve au milieu d'un désert. Notre Sei- gneur, maître de toutes choses, descend du Ciel, et n'a pas même une pierre pour reposer sa tête. Jacob est obligé de travailler pendant long -temps pour obtenir son épouse. Notre Seigneur est obligé de subir les plus rudes travaux pour former l'Eglise, son épouse. Jacob retourne auprès de son père avec sa famille. Notre Seigneur remonte à son Père avec tous les Saints de l'ancienne Loi, et ouvre le Ciel à tous les Chrétiens, ses enfants.

PRIÈRE.

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie de m' avoir donné des modèles accomplis de toutes les ver- tus dans les Patriarches ; faites revivre parmi nous l'ai- mable simplicité de leurs mœurs.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je me rappellerai souvent que Dieu me voit.

<

118 CATÉCHISME

XXVP LEÇON

LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ,

Encore un mot sur Ja vie des Palriarches. Les dou7e enfants de Jacob. Joseph vendu par ses frères Conduit en Egypte. Élevé en gloire. Reconnu par ses frères. Arrivée de Jacob en Egypte. Cinquième promesse du Messie faite à Judu. Joseph, septième figure du Messie.

Jacob eut douze fils qui furent les pères des douze tribus du peuple bébreu. Voici leurs noms : Ruben , Siméon , Levi , Juda , Issacbar, Zabulon , Gad , Azer, Dan, Nepblali, Joseph et Benjamin. Comme celle de ses pères, la vie de Jacob fut une vie pastorale. Les Pa- lriarches étaient parfaitement libres , et l'on peut re- garder leur famille comme un petit état, dont le père était le souverain, comme une petite église, dont le père était le pontife. Nous voyons en effet les Patriarches offrir des sacrifices au Seigneur. Leurs richesses consistaient principalement en troupeaux : c'étaient des chèvres, des brebis, des chameaux, des bœufs et des ânes; ils n'a- vaient ni chevaux, ni porcs : leurs richesses étaient g.ran- des. Au milieu de cette opulence, ils étaient cependant très-laborieux. Comme ils étaient encore étrangers dans le pays de Chanaan, que Dieu réservait à leurs descen- dants, ils ne bâtissaient point de maisons, ils habitaient

DE persévi':rai\ce. 119

sous des tentes; ils les plantaient au lieu ils devaient s arrêter pour faire paître les troupeaux; au moment du départ, ils les enlevaient pour les replanter ailleurs. Ils pouvaient sans doute construire des villes comme les autres peuples, mais ils préféraient la vie pastorale , comme la plus simple, comme la plus propre à détacher les hommes de la terre, et à leur faire envisager une patrie plus parfaite. C'est ainsi que Dieu voulait nous apprendre que la vie du Chrétien ici-bas n'est qu'un pèlerinage.

Leur nourriture était frugale. Témoin ce plat de lentilles que Jacob avait préparé et qui tenta si fort Esaii. Témoin encore ce repas qu'Abraham servit aux Anges, et qui se composait d'un veau rôti, de pain frais, mais cuit sous la cendre, de beurre et de lait. Une de leurs grandes vertus c'était l'hospitalité envers les étrangers. Quelquefois leurs instances allaient jus- qu'à l'importunité ; il fallait se rendre à leur invitation. Alors toute la famille s'empressait de témoigner son zèle pour recevoir honorablement ces botes que l'on regar- dait comme envoyés du Ciel. Le maître leur lavait les pieds, donnait ses ordres, choisissait les mets et venait servir lui-même les étrangers qu'il traitait. Les femmes ne paraissaient point dans ces occasions, ou ne se mon- traient qu'avec un voile, tant la modestie était grande dans ces temps heureux ! Quels étaient les fruits de cette vie si peu conforme aux mœurs des siècles voluptueux et efféminés nous végétons? Le détachement de la terre, l'union fraternelle et une longue carrière exempte d'in-

120 CATÉCHISME

firmités , qu'une simple défaillance terminait, parce qu'eniin rien n'est durable ici-bas. Telle était la vie de Jacob et de sa famille : nous le voyons en particulier dans l'histoire de Joseph.

Ce fils chéri et si digne de l'être était, |i l'exception de Benjamin, le plus jeune des enfants de Jacob. La modestie, la candeur, l'ingénuité, l'innocence, sem- blaient nées avec cet enfant. Il fut impossible à Jacob de ne pas donner la préférence dans son cœur à un enfant si aimable. Mais quelque attention qu'ait un père à dissimuler sa prédilection, les yeux de plusieurs frères sont trop éclairés pour ne pas démêler bientôt celui que le cœut préfère . Jacob alluma contre Joseph la jalousie de tous les aînés. Grande et terrible leçon que les parents ne doivent jamais oublier ! Une robe de diverses couleurs qu'il lui fit faire, suffit pour les mettre de mau- vaise humeur. La nécessité se vit Joseph de rappor- ter à Jacob un grand crime qu'ils avaient commis, ai- grit encore le mal. Enfin, ce qui mit le comble à l'envie qu'ils lui portaient, ce fut le récit de deux songes qui marquaient sa grandeur future. Il me semblait, leur dit- il, que je liais avec vous des gerbes dans un champ, que ma gerbe se tenait de bout , tandis que les vôtres se prosternaient devant la mienne. Quoi! lui' dirent ses frères, prétendez-vous être un jour notre roi et nous voir assujettis à votre empire. Joseph ne répliqua rien. Un peu après, il leur dit encore avec la même simpli- cité: J'ai vu en songe le soleil, la lune et onze étoiles qui m'adoraient. Jacob était un sasje vieillard. Prévovant les

DE PEUSÉVÉRANCE. 121

conséquences de ce discours, il fit une réprimande à Jo- seph, et lui dit : Qu'est-ce que cela signifie? Est-ce que voire mère, vos frères et moi nous vous adorerons sur la terre. Les frères de Joseph étaient transportés d'envie; mais Jacob qui ne pouvait s'empêcher de découvrir quelque chose de mystérieux dans ces songes , considé- rait toutes choses en silence.

Peu de temps après, les fils de Jacob allèrent con- duire leurs troupeaux dans les pâturages qui environ- naient la ville de Sichem. Joseph ne fut pas du voyage. Mais à quelques jours de là, Jacob l'appela et lui dit : Allez et voyez si vos frères se portent bien, si les trou- peaux sont en bon état, et puis vous reviendrez me dire ce qui se passe. A l'instant, Joseph se prépare au voyage; il embrasse son père , pour bien plus long-temps qu'ils ne pensaient tous deux , et il arrive heureusement à son terme. Ses frères l'aperçurent de loin : sa vue ralluma leur haine. Voici notre songeur qui vient, se dirent-ils entre eux; tuons -le et jetons-le dans une vieille citerne : nous dirons qu'une bête sauvage l'a dévoré; après cela on verra à quoi lui auront servi ses songes .

Il serait bien étrange que parmi tant de fils d'un saint , ce criminel projet eût passé sans contestation. Ruben, l'aîné de tous, entreprit de sauver l'innocente victime. Non, ne le tuez pas, leur dit-il; jetez-le si vous voulez dans cette citerne, mais ne trempez pas vos mains dans son sang. 11 disait cela dans l'intention de le tirer de leurs mains et de le rendre à son père. L'avis de Ruben passa. Tandis qu'on disposait ainsi de la vie de l'innocent

122 CATÉCHISME

Joseph , r aimable enfant, plein de joie de revoir ses frères , approchait avec empressement, et courait sans le savoir se jeter entre les mains de ses bourreaux. Il ne fut pas plutôt arrivé, qu'ils le prirent et le dépouillèrent impi- toyablement de sa belle et longue robe, ancien objet de leur jalousie, et le descendirent au fond de la citerne sèche qu'ils avaient choisie pour l'y laisser mourir.

Ensuite s'étant froidement assispour manger, ils virent arriver une caravane de marchands Ismaélites qui ve- naient de Galaad, ils avaient chargé leurs chameaux de différents aromates pour vendre en Egypte. Juda dit à ses frères : Que gagnerons-nous à faire périr cet enfant? après tout c'est notre frère et notre sang. Ven- dons-le plutôt à ces marchands. Les autres goûtèrent cette proposition. On tira Joseph de la citerne ; et pour vingt pièces d'argent Joseph fut livré par ses propres frères aux marchands qui l'emmenèrent avec eux en Egypte. Après cela, ils prirent sa robe, et l'ayant trempée dans le sang d'un chevreau, ils l'envoyèrent à Jacob, et lui firent dire : Yoici une robe que nous avons trouvée ; voyez si ce n'est pas celle de votre fils? A cette vue, Jacob s'écria en pleurant : C'est la robe de mon fils , une bête cruelle l'a dévoré , une bête féroce a mangé Joseph. Il déchira ses vêtements, se couvrit d'un cilice, et il pleura long-temps son cher Joseph. Ses enfants n'ignoraient pas qu'ils avaient frappé leur père dans l'endroit le plus sensible de son cœur. Ils revinrent auprès de lui pour calmer sa douleur, mais il ne voulut recevoir aucune consolation : Je pleurerai toujours, leur

DE PERSÉVÉRANCE. 125

dit-il, jusqu'à ce que j'aille rejoindre mon fils dans le tombeau

Cependant les Ismaélites étant arrivés en Egypte, vendirent Joseph à un seigneur du pays nommé Pu- tiphar, général des armées de Pharaon. La bonne mine et la modestie du jeune esclave le rendirent agréable à son maître. Le Seigneur était avec lui; tout réussissait entre les mains de Joseph. Putiphar ne tarda pas à s'en apercevoir. Il lui donna toute sa confiance , et lui confia l'intendance de toute sa maison.

Ce n'était toutefois que l'essai des faveurs que le Dieu d'Abraham, d'îsaac et de Jacob préparait à Joseph; mais Joseph lui-même n'y était pas encore préparé, par toutes les épreuves sa vertu devait triompher. L'é- pouse de Putiphar voulut lui faire offenser Dieu ; mais il en eut horreur. Un jour elle le prit par son manteau. Joseph, pour se soustraire à ses sollicitations, s'échappa, lui laissant son manteau entre les mains. Outrée de dé- pit, cette femme coupable accusa l'innocent auprès de son époux. Putiphar, trop crédule, fit jeter Joseph dans une prison destinée aux criminels d'état. Le Seigneur des- cendit avec lui dans ces sombres demeures, et lui fit trouver grâce devant le gouverneur , qui lui confia l'au- torité sur tous les prisonniers.

De ce nombre était le grand échanson et le grand pannetier de la couronne. Tous deux eurent pendant la même nuit un songe dont ils furent vivement troublés. Joseph le leur expliqua : Il annonça au premier que dans trois jours il serait rétabli dans f exercice de sa charge.

IM CATÉCHISME

et il le pria de se souvenir de lui ; il dit au second que dans trois jours il serait mis à mort. Tout cela arriva comme Joseph l'avait prédit.

Si la reconnaissance était la vertu des heureux et des grands, Joseph aurait pu se flatter d'une prompte déli- vrance, mais le premier échanson, tout occupé du retour de son honheur, oublia celui qui le lui avait annoncé. Le vertueux prisonnier attendit pendant deux années la fin de ses disgrâces. Enfin, le moment de sa liberté arriva.

Le roi d'Egypte vit en songe sept vaches maigres dévorer sept vaches grasses, et sept épis secs et arides en dévorer sept beaux et bien remplis. Cette vision inquiéta le monarque. De grand matin il donna ordre à tous les devins de l'Egypte de se rendre au palais. Il leur fit part de ses songes, mais ils ne purent les ex- pliquer. Alors le grand échanson se ressouvint de Jo- seph; il en parla à Pharaon, qui le fit venir aussitôt. Le roi exposa ses songes au jeune interprète. Les songes du roi , lui répondit Joseph , signifient la même chose. Les sept vaches grasses et les sept épis pleins marquent^sept années de fertilité ; les sept vaches mai- gres, au contraire, et les sept épis desséchés, désignent sept années de stérilité et de famine qui suivront les premières. Que le roi choisisse donc un homme sage et habile, qu'il lui confie son autorité pour pourvoir à tout dans les conjonctures présentes. Ce ministre principal aura sous lui des officiers subalternes qui établiront des greniers dans toutes les villes du royaume. Ils achèteront et feront voiturer dans ces greniers, au profit et par Tau-

DE PERSÉVÉRANCE. 123

torité du roi, la cinquième partie de tous les grains qu'on recueillera en abondance. Ce sera une ressource assurée pour les sept années de famine qui désoleront ensuite le pays . Faute de cette précaution , les grains se trouveront dissipés ou vendus à vos voisins , et vos sujets périront de misère.

pourrions-nous trouver un homme plus habile et plus sage que vous , s'écria Pharaon ? C'est donc vous que j'établis sur tous mes états : tous mes sujets vous seront soumis : il n'y aura que moi au-dessus de vous. En disant ces paroles, le prince tira son anneau de son doigt, et le mit à celui de Joseph; il lui fit donner une robe de fin lin, lui mit au cou un collier d'or, et le fit monter sur le char qui suivait immédiatement celui du roi. Un héraut marchait devant le char, et criait à haute voix : Qu'on fléchisse le genou devant Joseph , et que tout le monde sache que Pharaon le fait, après lui, le maître de toute la terre d'Egypte. Pharaon changea aussi le nom de Joseph, et lui en fit porter un qui signifiait Sauveur du monde. Joseph n'avait que trente ans lorsqu'il fut présenté à Pharaon, et que d'infortuné captif il devint le favori du roi et le maître du royaume . A peine en possession de sa dignité, il prit des équi- pages et un nombre de domestiques convenable, parcourut toutes les provinces, et établit des greniers dans chaque ville. Grâce à cette merveilleuse économie, l'Egypte devint en quelque sorte la nourrice d'une infi- nité de malheureux qui , sans elle, auraient péri de faim et de misère.

1*26 CATÉCHISME

De cette multitude de familles qui souffraient de la stérilité, fut en particulier celle de Jacob. Elle habitait toujours dans la terre de Ghanaan , la famine se fit sentir dès la première année avec une extrême rigueur. Jacob appela ses enfants, et leur dit d'aller en Egypte acheter du blé. Ils partirent tous, à l'exception de Benjamin, le plus jeune d'entre eux, que Jacob retint auprès de lui.

Arrivés dans la capitale, il fallut d'abord se pré- senter devant le vice-roi, qui voulait être instruit de tout; ils eurent audience à leur tour. Les dix étran- gers s' étant prosternés humblement à ses pieds, Joseph les reconnut. Il avait alors trente-huit ans. Et depuis vingt-deux ans qu'il était éloigné de sa famille, il était extrêmement changé. Ses frères ne le reconnurent pas. Il prit un air sévère, et leur dit en deux mots, comme à des hommes suspects et inconnus : D'où venez-vous, et que voulez-vous ? Nous venons , lui dirent-ils , de la terre de Ghanaan, pour acheter ici des blés. En les voyant à ses pieds dans la posture la plus soumise, Joseph se souvint des songes qu'il avait eus dans son enfance, et il adora intérieurement les ressorts de la Providence . Vous n'êtes rien moins que ce que vous affectez de paraître, leur dit-il ; vous êtes des espions envoyés pour recon- naître les endroits faibles du royaume. Non, Seigneur, lui répondirent-ils tout tremblants , il n'en n'est pas ainsi. Vos serviteurs ne sont venus ici que pour y ache- ter du blé; nous sommes tous les enfants d'un môme père : nous n'avons aucune mauvaise intention .

DE PILIISÉVÉKAKCE. l27

Joseph, qui voulait savoir si son père Jacob, et Ben- jamin, son jeune frère, vivaient encore, continua à leur manifester les mômes soupçons : Vous me trompez, leur dit-il, vous êtes des espions. Le soupçon du ministre mettait ses frères dans un étrange embarras : ils ne savaient comment s'y prendre pour le déclarer. Un d'entre eux prit la parole, et lui dit avec un grand air de franchise : Nous, vos serviteurs, nous étions douze frères , tous enfants d'un seul homme établi dans la terre de Chanaan ; le plus jeune de tous est delneuré auprès de notre père, un autre ne vit plus, et vous voyez les dix, autres à vos pieds.

Joseph était content, mais il n'avait pas résolu de le paraître. Yoilà, répliqua-t-il , ce que je disais : vous êtes des espions. Je veux m' éclairer; j'en jure par le salut de Pharaon, vous ne sortirez point d'ici, que je ne voie ce jeune frère dont vous m' avez parlé , et qui , sans doute plus sincère, m'eût révélé toute l'intrigue de votre voyage. Choisissez un d'entre vous qui aille chercher cet enfant. Pour les autres, ils resteront dans les fers jusqu'à ce que je sois entièrement éclairci de la vérité ou de la fausseté de vos discours. Joseph, cependant, se contenta d'en retenir un des dix en otage, ce fut Siméon, et il laissa repartir les neuf autres.

Pour la première fois peut-être depuis plus de vingt ans, ils firent de sérieuses réflexions sur la cause de leur malheur. Nous méritons bien, dirent-ils, les maux que nous souffrons ; ils sont le juste châtiment de la cruauté que nous avons exercée sur notre frère ; il pleurait à nos

128 CATÉCHISME

pieds , il implorait notre clémence : nous ne voulûmes pas l'écouter; maintenant le Ciel se venge. Je vous l'avais bien dit, ajouta Ruben, ne vous disais-je pas : Ne faites point de mal à cet enfant ? Vous ne voulûtes pas me croire, et voilà que le Ciel nous redemande son gang.

Tous ces discours se tenaient en présence de Joseph. Comme il leur avait toujours parlé par interprète, ils ne croyaient pas en être entendu. Ils partirent enfin, et arrivèrent auprès de Jacob. Ils lui racontèrent tout ce qui s'était passé. Le grand-ministre, ajoutèrent-ils , nous a commandé de lui amener Benjamin , autrement, il nous prendra pour des traîtres , fera mourir Siméon , et ne nous délivrera plus de blé. Je suis bien malheu- reux, répondit le saint vieillard; bientôt, si je vous crois, je me verrai sans enfants. J'ai déjà perdu Joseph, Siméon est prisonnier en Egypte , et vous voulez encore que je vous abandonne Benjamin!

Cependant la famine continuait; il fallut bien, sous peine de périr, laisser partir Benjamin; mais Juda en répondit sur sa vie. Ils se remirent donc en marche avec l'enfant, et arrivèrent en Egypte. Leur premier soin fut de se présenter au ministre, et de demander audience. Joseph la leur accorda de suite, et fit tirer Siméon de sa prison, afin que tous fussent témoins de la scène qui allait se passer. A l' heure marquée , Joseph entra dans la ^alle, et les étrangers furent admis. Il les salua et leur (it : Votre père, dont vous m'avez parlé, se porte-t-il bien? vit-il encore? Notre père vit encore, lui répondirent-ils , et il se porte bien. En proférant

DE PERSÉVÉRANCE, 129

ces paroles, ils s'inclinèrent profondément par respect, et attendirent une nouvelle question. Joseph , cher- chait des yeux Benjamin, car c'était ce cher enfant, fils de Rachel comme lui, qui avait la première place dans son cœur. L'ayant démêlé parmi les autres : N'est-ce pas là, leur dit-il en le montrant, ce jeune frère dont vous m' avez parlé? Sans attendre la réponse, il ajouta : Que Dieu vous bénisse, mon fils. Il ne put y tenir plus long-temps : ses entrailles s'émurent, des larmes lui échappèrent, et peu s'en fallut que son secret ne lui échappât avec elles. Il se retira brusquement dans son cabinet, il les laissa couler en abondance.

Son cœur soulagé, il se lava le visage, et il reparut d'un air si aisé, que personne ne le pénétra. Il ordonna qu'on servîf à dîner.. Mais ses frères n'étaient pas au bout des épreuves auxquelles il avait résolu de les mettre . Il ordonna à son intendant de remplir les sacs de blé ; de placer dans le haut du sac la somme que chacun avait apportée. Vous ferez plus, lui dit-il ; dans le sac du plus jeune, vous cacherez avec le prix du blé, la coupe d'ar- gent dont j'ai coutume de me servir. L'ordre de Joseph fut exécuté.

De grand matin les voyageurs partirent gaiement pour retourner auprès de Jacob. Déjà ils étaient hors de la ville, lorsque Joseph appela son intendant, et lui dit : Allez vite, poursuivez ces étrangers, arrètez-les, et de- mandez-leur : Pourquoi avez-vous rendu le mal pour le bien? La coupe que vous avez volée est celle dont mon maître a coutume de se servir. Il atteignit bientôt les

T. II. 9

150 CATÉCHISME

voyageurs : on ne peut exprimer leur surprise lorsqu'ils s'entendirent accuser du vol d'une coupe d'argent. Si quelqu'un de nous se trouve coupp^ble d'un pareil crime, nous consentons qu'on le mette à mort, et que les autres demeurent vos esclaves le reste de leurs jours. A ces mots chacun ouvrit son sac. L'intendant les visita tous, en commençant par celui de l'aîné, et la coupe se trouva dans le sac de Benjamin .

A cette vue ils déchirent leurs vêtements, ils re- chargent leurs bètes, pour aller se jeter aux pieds du vice-roi . Il les attendait dans le même appartement ils l'avaient salué en partant. Ils se prosternèrent tous le visage contre terre, pour écouter, dans cette posture humiliante, ce que leur juge allait décider de leur sort. Joseph se montra avec un air d'autorité, propre à ef- frayer des coupables , et même à déconcerter des innocents . Il leur fit de sévères reproches, et il conclut à retenir Benjamin dans les fers. Juda, lui parlant au nom de ses frères, le supplia de laisser partir l'enfant , autrement, son père mourrait de douleur.

C'en était trop pour le cœur de Joseph. Il ordonna à tous les Égyptiens de se retirer. Dès qu'il fut seul avec ses frères, il laissa couler ses larmes; puis, élevant la voix, il leur dit : Je suis Joseph . Mon père vit-il encore?

A ces mots, les frères de Joseph, frappés de terreur, demeuraient comme interdits . Avec une douceur capable de calmer toutes leurs alarmes, Joseph ajouta : Yenez à moi. Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu et fait conduire en Egypte. Ne craignez rien. C'est pour

DE PERSÉVÉRANCE. 131

votre bien que le Seigneur m'a envoyé devant vous en Egypte. Retournez en toute hâte auprès de mon père, et dites-lui : Voici ce quç vous mande votre fils Joseph : Le Seigneur m' a fait le maître de toute T Egypte . Venez me joindre, ne tardez pas. En finissant ces pa- roles, Joseph se jeta au cou de Benjamin. Ils se tinrent long-temps embrassés, versant 1 un sur l'autre des larmes bien douces. Il embrassa ensuite tous ses frères. Il leur fit donner des chariots et des vivres pour leur voyage, ajoutant de riches présents pour eux et pour Jacob .

Ils arrivèrent heureusement auprès du saint vieillard . Votre fils Joseph n'est pas mort, lui dirent-ils, c'est lui qui gouverne toute l'Egypte. Jacob, à ces mots, parut comme un homme hors de lui-même, et subitement revenu d'un profond sommeil : il ne croyait pas ce qu'on lui disait. Cependant, lorsqu'il eut vu les chariots qu'on lui avait amenés, et les magnifiques présents que son fils lui envoyait, il s'écria : C'est assez, puisque Joseph mon fils vit encore, j'irai et je le verrai avant de mourir.

Joseph a toujours été regardé, et avec raison, comme une des plus belles figures du Messie. En effet, Joseph est le fils bien-aimé de son père. Notre Seigneur est le fils bien-aimé de Dieu, son père. Joseph est revêtu d'une robe de différentes couleurs : il a des songes qui présagent sa grandeur future, pour cela il est en butte à la jalousie de ses frères. Notre Seigneur est orné de toutes sortes de vertus ; il annonce aux Juifs, ses

132 CATÉCHISME

frères, sa grandeur future ; pour cela, il est en butte à la haine, à la jalousie, à la persécution. Joseph est envoyé vers ses frères. Notre Seigneur est envoyé vers les hommes, ses frères. Joseph, arrivé auprès de ses frères, en est maltraité ; ils prennent la résolution de le mettre à mort; ils le vendent à des marchands étrangers. Notre Seigneur, arrivé au milieu des Juifs, ses frères , en est maltraité ; Judas le vend ; les Juifs le livrent auxPiomains, qui le mettent à mort. Joseph, vendu, est emmené en Egypte, et devient le maître de ce royaume. Notre Seigneur, vendu et humilié , obtient, en récompense, une puissance sans bornes au Ciel et sur la terre. Joseph, condamné pour un crime qu'il n'a pas commis, est jeté en prison. Notre Seigneur, condamné pour des crimes qu'il n'a pas commis, est jeté dans les fers et mis à mort. Joseph se trouve en prison avec deux criminels d'état ; il an- nonce à l'un sa délivrance, à l'autre son supplice. Notre Seigneur se trouve sur la Croix entre deux mal- faiteurs ; il promet le Ciel à l'un, et laisse l'autre daiis la damnation. Joseph passe de la prison au faîte delà gloire, et jusque sur les marches du trône de Pharaon. Jésus-Christ passe de la Croix jusqu'au plus haut des Cieux. Joseph sauve l'Egypte d'une grande famine. Notre Seigneur sauve le monde, qui mourait faute de vérité. Joseph est proclamé le sauveur de l'Egypte, et comblé d'honneurs d'un bout du royaume à l'autre. Notre Seigneur est proclamé le Sauveur du monde , et est adoré, béni et glorifié d'un bout du monde à l'autre.

DE PERSÉVÉRANCE. 13^

Joseph est appelé le sauveur du monde par des étrangers avant de l'être par ses frères. Notre Sei- gneur a été reconnu pour le Sauveur du monde par les Gentils, avant de l'être par les Juifs, ses frères. Tant que les frères de Joseph ne viennent pas lui de- mander du blé, ils sont exposés à mourir de faim. Tant que les Juifs ne se convertiront pas à Jésus-Christ, ils souffriront la faim de la vérité, ils seront esclaves de l'erreur. Enfm, les frères de Joseph se décidèrent à venir en Egypte ; enfin , les Juifs se décideront à venir à Jésus-Christ , en embrassant le Christianisme . Joseph , reconnu par ses frères, leur pardonne, les embrasse et les rend heureux. Notre Seigneur, reconnu à la fin par les Juifs, leur pardonnera et les comblera de bénédictions.

Cette figure nous confirme ce que nous avait déjà dit une des précédentes, c'est que le Sauveur sera persécuté par ses frères . Elle nous dit de plus 1 ° qu il sera condamné pour un crime qu'il n'aura pas com.mis ; 3** elle nous trace l'ordre dans lequel les peuples se convertiront, d'abord les Gentils, et ensuite les Juifs; elle nous montre labonté avec laquelle le Sauveur pardonnera à ses ennemis.

PRIERE .

O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie de toute l'étendue de mon cœur d'avoir révélé au monde son Rédempteur sous une figure aussi touchante. J'adore cette sagesse infinie qui, suivant les temps et les besoins,

13A CATÉCHISME

ajoutait quelques traits au divin tableau dont le Sauveur est le modèle. Donnez-moi, ô mon Dieu ! l'innocence de Joseph, sa douceur, son humilité et sa charité pour ceux qui me feront du mal.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je bannirai tout sentiment de jalousie.

PETIT CATECHISME.

LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ. JOSEPH, SEPTIÈME FIGURE DU MESSIE.

0. Quelle était la vie des Patriarches?

R. La vie des Patriarches était simple, laborieuse et frugale. Leur famille était comme un petit état, dont le père était le pontife et le roi .

(}. Les Patriarches possédaient-ils de grands biens?

R. Les Patriarches possédaient de grands biens, qui consistaient surtout en troupeaux. Ils ne bâtissaient point de maisons; ils habitaient sous des tentes, chan- geant de demeure suivant la commodité des pâturages. Dieu le voulait ainsi, afin de nous apprendre que la vie de l'homme ici-bas n'est qu'un voyage.

Q Quelles étaient les principales vertus des Pa- triarches?

R. Les principales vertus des Patriarches étaient la

OE PEUSÉVÉRANCE. 135

foi, qui les faisait sans cesse soupirer après une patrie meilleure; la charité pour le prochain, qui leur faisait exercer une généreuse hospitalité envers les étrangers; enfin, la tempérance et la sobriété, qui leur procurait une longue vie, exempte d'infirmités.

Q. Combien le patriarche Jacob eut-il de fils ?

R. Le patriarche Jacob eut douze fils, qui sont les pères des douze tribus d'Israël. Le plus célèbre c'est Joseph qui fut une des plus belles figures du Messie. En effet, Joseph est le fils bien-aimé de Jacob, son père. Notre Seigneur est aussi le fils bien-aimé de Dieu, son père. Joseph est revêtu d'une robe de diverses cou- leurs ; il a des songes qui annoncent sa grandeur future ; pour cela, il est en butte à la jalousie de ses frères. Notre Seigneur est orné de toutes les vertus ; il annonce aux Juifs, ses frères, sa grandeur future, et pour cela, il est en butte à la jalousie et à la persécution.

Q. Y a-t-il d'autres traits de ressemblance entre Joseph et le Messie?

R. Oui, il y a encore d'autres traits de ressemblance entre Joseph et le Messie. Joseph est envoyé vers ses frères. Notre Seigneur est envoyé vers les hommes, ses frères. Joseph est maltraité et vendu par ses frères à des marchands étrangers. Notre Seigneur est maltraité par les Juifs, ses frères; il est trahi par Judas, et livré aux Romains, qui le font mourir, Joseph est condamné pour un crime dont il est inno- cent. Notre Seigneur est condamné pour des crimes dont il est innocent. Joseph se trouve en prison avec

136 CATÉCHISME

deux criminels ; il annonce à l'un sa délivrance, à l'autre son supplice. Notre Seigneur est placé sur la Croix entre deux malfaiteurs; il promet à l'un le Ciel, et laisse l'autre dans sa damnation.

Q. Continuez la même figure.

R. Joseph passe de la prison jusque sur le trône de Pharaon. Notre Seigneur passe de la Croix jusque sur le trône de Dieu, son père. Joseph est proclamé le sauveur du monde. Notre Seigneur est proclamé le Sauveur du monde. Joseph est obéi par les étran- gers avant de l'être par ses frères. Notre Seigneur est obéi par les nations infidèles avant de l'être par le peuple juif. Joseph sauva ses frères de la mort lors- qu'ils vinrent à lui. Notre Seigneur sauvera les Juifs de l'erreur lorsqu'ils auront embrassé le Christianisme. Joseph pardonne à ses frères et les rend heureux . Notre Seigneur pardonnera aux Juifs et les comblera de bénédictions.

PRIÈRE.

0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie de nous avoir révélé le Sauveur si long-temps d'avance, sous une figure aussi touchante. Donnez-moi, ô mon Dieu! 1 innocence de Joseph, sa douceur, son humilité et son amour pour le prochain.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je bannirai de mon cœur tout sentiment de jalousie.

DE PEllSÉVÉRAJNCE. 137

XXVIP LEÇON.

LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ.

Jacob va en Egypte. Cinquième promesse du Messie faite à Juda. Sépulture de Jacob dans le tombeau d'Abraham. Mort de Joseph. Naissance de Moïse. Il est sauvé et élevé par la fille de Pharaon. Il se retire dans le désert de Madian. Dieu lui apparaît et lui com- mande de délivrer son peuple. Vocation d'Aaron. Plaies de rÉgypte. Agneau pascal, huitième figure du Messie.

La famille de Jacob, composée de trente personnes, se rassembla aux ordres du saint Patriarche ; elle partit de la vallée de Membre pour se rendre d'abord à Betsabée ou au puits du Serment, situé assez près du fleuve qui sépare l'Egypte de la terre de Chanaan. Ja- cob s'arrêta en ce lieu pour consulter leJSeigneur. Ne craignez rien, lui dit le Dieu de ses pères, descendez en Egypte, je veux y multiplier votre postérité; j'en rap- pellerai vos descendants pour les établir avec gloire dans la* terre que je vous ai promise . Confirmé par cette révélation, le Patriarche s'avança vers la capitale de l'Egypte. Quand il en fut à quelques lieues, il ordonna à son fils Juda de prendre les devants, et d'avertir Joseph de son arrivée. Joseph ne fut pas plutôt prévenu de l'ar- rivée de son père, qu'il fit atteler son char et se rendit auprès de lui. Il se jeta au cou du saint vieillard cl

138 CATÉCHISME

l'arrosa de ses larmes. Il le conduisit ensuite avec tous ses frères auprès de Pharaon.

Jacob honorait les rois de la terre comme des hommes revêtus de l'autorité de Dieu; mais sa qualité de Pa- triarche et de chef de la famille sainte , le mettait beaucoup au-dessus d'eux. Le saint homme ayant donc salué le prince, lui dit avec un air de dignité convenable à son grand âge et à sa glorieuse destination : Que le Seigneur mon Dieu vous comble de sa bénédiction et qu'il vous donne d'heureuses années. Le prince, à son tour, lui demanda quel âge il avait. Les jours de mon pèlerinage sur la terre sont de cent trente ans , lui dit Jacob ; jours courts et mauvais, qui sont peu de chose en comparaison de la longue vie de mes pères. Après cette courte au- dience, Joseph prit congé du roi, qui donna à Jacob et à sa famille la province de Gessen, une des plus fertiles de l'Egypte. C'est qu'habitèrent et se multiplièrent rapidement les enfants d'Israël.

Jacob vécut encore dix-sept ans. N'ayant plus rien à désirer sur la terre depuis qu'il avait retrouvé Joseph, il vit tranquillement approcher sa dernière heure. Il fit avertir Joseph de le venir trouver, car, dès-lors, il ne sortait plus de son lit ; il lui fit promettre de ne pas l'en- terrer en Egypte, mais de le faire porter dans la terre de Chanaan , dans le tombeau de ses pères Abraham et Isaac ; car la terre de Chanaan était réservée aux des- cendants du saint Patriarche. Joseph lui promit de le contenter, et le supplia de se reposer sur son obéissance.

Jacob se voyant près de sa fin, ne différa pas de consa-

DE PERSE VÉKANCE, 139

crer ses derniers moments par une des plus mémorables prophéties que le Seigneur ait jamais inspirées. Ayant fait assembler ses douze fils autour de son lit, il leur annonça ce qui devait arriver à leurs descendants; les différents états ils se trouveraient après leur établis- sement dans la Terre promise, et les caractères sin- guliers qui distingueraient chacune des douze tribus dont ils seraient la tige.

Bientôt il en vint à Juda. Tout à coup le saint vieil- lard parut un autre homme. Envisageant Juda avec une sainte complaisance sur la grandeur future de sa tribu, il lui parla de la sorte : Juda, tes frères te loueront, ta main sera sur le cou de tes ennemis ; les enfants de ton père se prosterneront devant toi. Le sceptre ne sortira point de Juda jusqu'à ce que vienne Celui qui doit être envoyé et qui sera l'attente des nations.

1" Cette promesse prophétique confirme ce que les promesses précédentes nous ont annoncé du Rédemp- teur prédit dès l'origine du monde. Elle nous dit qu'il sera f attente et le salut de tous les peuples. Oui, la conversion des Gentils, tel est le grand caractère auquel on devra principalement le reconnaître. Cet oracle célèbre de Jacob ne se borne pas comme les promesses précédentes à prédire un Sauveur, l'attente des nations : il détermine encore le temps il doit paraître. Ce sera lorsque l'autorité souveraine , figurée par le sceptre , aura cessé dans la maison de Juda.

Paroles précieuses! qui nous font aujourd'hui voir de nos yeux que Jésus, fils de Marie, est ce divin Messie

lAÛ CATÉCHISME

promis par Jacob mourant. Cette promesse nous tire encore d'un grand embarras. Nous savons, d'après les promesses précédentes , que le Messie naîtra de Jacob ; mais voilà que Jacob a douze fils : lequel d'entre eux sera le père du Rédempteur. La prophétie du saint vieillard lève tous nos doutes, elle écarte onze tribus, et nous avertit de chercher le Messie dans la tribu de Juda.

Le saint vieillard ne s'en tint pas là. Pour prouver à ses enfants la vérité de cette grande prophétie, il ajouta une seconde prédiction qui devait s'accompUr long- temps avant la première. 0 Juda! ajouta-t-il, ô mon fils ! que ta portion dans la Terre promise sera