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LE PAYSAGE.

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SE TR O UVE A KO UEN,

{Renault , Libraire , rue Ganterie, n». 40 ; Frère , Libraire , sur le Port , , Et dans les principales Villes.

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http://www.archive.org/details/essaisurlepaysagOOIeca

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ESSAI

SUR

LE PAYSAGE,

ANS LEQUEL ON TRAITE DES DIVERSES METHODES POUR SE CONDUIRE DANS l'e'tUDE DU PAYSAGE ,

SUIVI

»E COURTES NOTICES SUR LES PLUS HABILES PEINTRES EN CE GENRE ,

OUVRAGE UTILE

AUX AMATEURS ;

Par C-J.-F. LECARPENTIER, Peintre , Professeur de l'Ecole de Dessin et de Peinture de Rouen , Membre de l'Académie royale des Sciences , Arts et Belles-Lettres, et de la Société d'Emulation de la même ville , de l'Athenée des Arts, de la Société philothecnique de Paris, de l'Académie de Gaen , etc.

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Prœcipua imprimis arîisque potissima pars est , Nosse quid in rébus natura crcavit ad artcm,

Fulchrius

Du Fresncy , de arte graphicâ.

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A PARISy

Ciiez TREUTTEL et WURTZ , Libraires , rue do

Bourbon , n°. 17 , faubourg Saint-Germain ;

ET A Strasbourg, MÊME MAISON DE COMMERCE*

1817.

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F. BAUDRY , Imprimeur du ROI, A Rouen.

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imiiUii yinTi»

AVANT-PROPOS.

J'étais loin de penser, quand j'ai recueilli les divers fragments qui for- ment cet Essai sur le paysage , fruit de plusieurs années d'études et d'ob- servations y qu'il serait destiné à voir le jour. Je n'avais travaillé que pour ma propre satisfaction et pour m'ins- truire moi-même dans un genre que j'aimai dès mes plus tendres années, et qui a fait les délices de ma vie.

Des amis auxquels j'en avais lu quelques morceaux , m'engagèrent à le publier; mais occupé depuis long- temps d'un autre Ouvrage sur la pein- ture , beaucoup plus étendu, j'avais laissé celui-ci pour donner tous mes

AVANT-PPtOPOS,

soins au premier qui touchait à sa fin. Enfin sollicité de nouveau, je nie suis décidé à le faire paraître. J'ai cru devoir céder aux instances de mes amis qui m'ont assuré qu'il peut deve- nir de quelqu'utilité aux personnes qui veulent cultiver le genre du pay- sage , et sur-tout aux amateurs qui habitent la campagne, comme étant plus à portée de vérifier mes remar- ques et d'adopter , s'ils le jugent à propas , mes observations, lesquelles sont fondées sur une longue expérience.

J'ai fait en sorte de parler le plus clairement possible d'une partie des arts dans laquelle il est indispensable d'employer souvent les termes techni- ques assignés à l'art de la peinture.

J'ai cru aussi qu'il ne serait pas

AVANT-PROPOS, vij mutile de placer à la lin de Touvrage une courte notice , ou nomenclature historique des peintres qui se trouvent cités dans le cours de cet Essai.

On ne sera peut-être pas fâché de faire connaissance avec des hommes qui ont acquis de la célébrité , et d'apprendre par quels moyens ils sont arrivés à la perfection.

INTRODUCTION.

L^'est en présence de la nature ^ c'est au milieu de la campagne ^ que j'essaie de tracer ce faible Ouvrage , fruit de mes loisirs.

Je vais parler du paysage , l'un des genres si intéressants de la pein^ ture , le paysage qui s'empare en souverain de toutes les richesses de la nature , qui semblent créées pour lui , ce genre qui étend son domaine sur le globe entier , et qui forme une des plus belles parties de l'art de peindre.

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ESSAI

SUR

LE PAYSAGE.

De l'origine du Paysage^

JE s Anciens paraissent s'être peu livres à peindre des paysages , si l'on en juge par leurs productions en peinture échappées aux ravages du temps et aux diverses causes qui ont hâté leur destruction.

Il n'est guères possible de se former aucune idée de leur goût en ce genre , par les fragments découverts dans les Catacom- bes , dans les ruines des principaux édifices de Rome , ainsi que dans les fouilles faites à Herculanum et à Portici ; le peu de pay- sages qui s'y rencontrent , ressemblent bien plutôt à des fictions mensongères qu'à l'imi-

I

^ Essai

tatiou de la nature ou à la representatiaa

des sites qu'ils ont habites.

On n'y trouve nuls plans , nulles pro- portions , et aucune connaissance de la perspective. Les conceptions des anciens en ce genre semblent être une imitation du goût égyptien ou même du goût indien , par les rapports qui se trouvent avec les ide'es connues de ces peuples ; on y pour- rait trouver peut-être quelque ressemblance avec les peintures des Chinois. Ce sont plu- tôt des espèces d'arabesques une archi- tecture ide'ale se trouve groupe'e avec quelques arbres de formes bizarres , et à des figures d'animaux qui nous sont e'gale- nient étrangers.

A peine decouvre-t-on des traces de paysage au moment de la renaissance de s artsen Italie. Ce n'est que vers le quinzième siècle que l'on commence à apercevoir quelques paysages, encore sont- ils maigres, d'un faire sec et remplis de détails minutieux :

surlePaysage* O

*n en peut juger par les fonds de paysage employés dans les tableaux des meilleurs peintres d'histoire de ce siècle. Les ouvra- ges du premier âge de Raphaël lui-même en ce genre sont pleins de petites formes et de maigres détails.

Le genre du paysage était à peu près inconnu ou très-neglige en France , tandis que l'Italie , la Flandre et la Hollande pou- vaient se vanter de posséder d^s peintres qui avaient déjà fait des progrès dans ce genre.

En Lombardie , le Giorgion , le Titien , le Mutian peignirent des paysages de la plus belle couleur. Chez les Flamands , Jean Schoorel entreprit le voyage de la Syrie et de la Terre-Sainte pour y faire des études dont il enrichit par la suite ses tableaux. Pierre Breughels , dit le rieuoc , fut aussi un des premiers paysagistes con- nus de l'école de Flandre. Vanden-Velde le vieux , et le premier de cette longue

4 Essai

famille d'artistes du même nom , Bartholo^ mée BréembergjElsheimer, PaulBril etplu- siem'S autres de la même école portèrent en Italie un talent déjà forme pour le paysage , qu'ils y furent perfectionner : ces trois der- niers restèrent dans ce beau pays l'étude des monuments antiques leur donna un gi'and goût de paysage. On ne peut repro- cher à ces premiers paysagistes que l'usage trop abusif du bleu et du vert , qui répand dans leurs tableaux une sorte de crudité'.

Les Carraches, le Dominiquin et VAlbane se distinguèrent aussi à Rome et à Bologne par des paysages d'un style mâle et large en même temps. Peut-être moins obser- vateurs des détails de la nature que des grandes niasses et du grandiose qu'elle leur présentait , e'galement admirateurs du Titien , ils suivirent la route que leur avait trace'e ce grand maître du coloris. Sah'ator Jîosa , l'un des peintres peut- être le plus original de l'Italie , e'tonna

surlePaysage. 5

par la grande manière de ses tableaux de paysages , qui tenaient de la bizarrerie et de la singularité de son caractère ; tout ce qu'enfanta Salvator fut grand et majes- tueux ; ses arbres d'un style noble avaient un grand caractère , son feuiller large et bien touché , ses rochers qui paraissent inaccessibles à l'homme y sont d'une forme gigantesque et d'un aspect extraordinaire.

A la renaissance des arts en France , on ne vit point de paysagistes parmi les peintres venus d'Italie ; le genre seul de l'histoire parut avec toute sa splendeur dans les sublimes conceptions des peintres flo- rentins que François P^. avait appelés à sa Cour. Le Primatice , le Rosso , André del Sarte > et beaucoup d'autres de la même école , nourris des grands principes de Michel-Ange , avaient donné aux peintres français , dans le genre de l'histoire , l'exem- ple du beau et du sublime , dont le boa goût se serait consei-vé sans les désastres

6 Essai

des règnes suivants qui en firent perdre

jusqu'à la tradition.

Qui n'est intimement persuade' que , sans les malheurs politiques du seizième siècle , l'ëcole française n'eût pas conservé le fais- ceau de lumières apporté d'Italie par ces hommes célèbres ?

Ce fut vers le règne d'Henri IV aue la France vit paraître les premiers peintres en paysages; mais ces artistes affectèrent dans leurs tableaux un goût verdâtre et mono- tone qui _, dans la suite , a poussé au noir. Sous le règne suivant , plusieurs paysa- gistes de l'école de Flandre s'arrêtèrent à Paris en allant visiter l'Italie _, c'est ainsi i^Herman Swanevelt , Van Gojen , ' f^ander Kahel et autres peintres du même pays , laissèrent des souvenirs bien intéres- sants dans le genre du paysage.

Louis XÏII , qui aimait les arts , excité par la vue des chef-d'œuvres de ces artis- tes passagers , résolut d'en fixer en France.

s U R L E P A Y s A G E. 7

Il fît venir de Bruxelles l'un des plus habi- les paysagistes de l'e'cole flamande , Jacques Fouquieres , lequel se rendit aux ordres du Monarque dont il fut comblé de biens. Le Roi l'ennoblit , lui donna la direction des embellissements de ses palais et de ses maisons royales. Les lambris du Louvre furent ornés de ses paysages , qu'il exécutait d'une manière large et avec un certain grandiose : ses sites étaient simples , mais traités avec noblesse ; souvent il pre- nait plaisir à représenter des entrées et des sorties de forêts. Il avait l'arT d'agrandir ses masses , de varier ses lignes , de don- ner à ses arbres un caractère grand et majestueux ; le temps et la fumée avaient déjà fort endommagé les tableaux de Fouquieres , auxquels , à l'exemple de Breughels son maître , on pouvait aussi faire le reproche d'avoir un peu abusé du vert et du bleu. Les tableaux de Fouquieres ont totalement disparu par les.

8 Essai

changements opères dans les salles du vieux Louvre. Ces appartements ont e'té changes en superbes et vastes galeries , ont été conservés les chef-d'œuvres en sculpture de la Grèce et de Rome. Ce maître n'est plus guè- res connu que par quelques tableaux de che- valet et par les eaux-fortes qu'il a gravées d'après ses tableaux , ainsi que par les estam- pes qu'en ont laissées plusieursgraveurs con- temporains , lesquelles se conservent avec soin dans les porte -feuilles des curieux.

Fouquieres eut la gloire de former à Bruxelles un élève distingué , Jean ^ Bap- tiste Champagne , qui était parvenu à l'égaler dans le paysage.

Plusieurs autres grands paysagistes de la même école vinrent successivement à Paris et enrichirent de leurs productions les gale- ries du Roi et les cabinets des riches parti- culiers. A cette époque , le Poussin faisait l'admiration de l'Italie par ses sublimes conceptions en paysages héroïques , dont il

SUR LE Paysage. 9

envoyait partie en France à ses amis et aux plus célèbres amateurs de Paris , qui seuls jouissaient de ces merveilles de l'art , mais qui n'ope'rèrent rien pour l'avancement de l'e'cole dans le genre du paysage.

Laurent de la Hjre , peintre d'histoire , renommé , s'occupa un des premiers à peindre le paysage ; ses tableaux approchè- rent de ceux du Lorrain pour le style et l'effet surprenant.

Sous le règne suivant , dans ce siècle de merveilles en tous genres , parurent quel- ques paysagistes nationaux. Jean Forest se distingua dans le genre du paysage ; mais ce peintre qui avait été à Venise pour étudier les ouvrages du Titien , du Qior- gion , et plus encore inspiré par la couleur vigoureuse de Lafosse son beau -frère , voulut imprimer à ses paysages des tons chauds et dorés qui tenaient plus à l'idéal de l'art qu'à la nature. Les tableaux de Forest ont poussé au noir , peut-être par

lo Essai

l'emploi de mauvaises couleurs. Ce peintre composait ses paysages d'une grande ma- nière , car tout fut grand dans ce siècle ; ses sites étalent d'un style noble et très- variés , il les embellissait par de beaux monuments d'architecture. On regrette de ne plus jouir , après un siècle , des produc- tions de cet habile homme , que Ton ne ren- contre que rarement , mais dont le nom , rappelé* par quelques gravures de son temps, se trouve dans les annales des arts et dans le souvenir des curieux.

Plusieurs autres paysagistes français s'oc- cupèrent en même temps de ce genre de peinture ; mais presque tous leurs ta- bleaux éprouvèrent le même sort j ou furent destinés pour la plupart à décorer les palais , d'où la mode qui régit tout à son gré ne tarda pas à les bannir ; ainsi disparurent en France , en Hollande , en Flandre et en Allemagne , beaucoup de chef-d'œuvres dans le genre du paysage.

SUR LE Paysage. ii

Francisque Blilet , peintre très-habile , arriva d'Anvers à Paris , fort jeune encore, la vue de quelques tableaux du Poussin parut fixer son goût. Il copia tout ce qu'il put rencontrer de paysages de cet artiste sublime , et parvint tellement à l'imiter que souvent ses tableaux furent pris pour ceux du Poussin. Je reviendrai sur ce peintre dans le courant de cet ouvrage.

Un autre grand paysagiste de la même e'cole , Vander-Meulen , fut appelé à Paris par Louis XIV.

Lebrun , premier peintre du Roi , fut chargé d'aller à Bruxelles, pour engager le célèbre Vander-Meulen à se rendre auprès du Monarque , qui le reçut avec toute la bonté et tout l'intérêt qu'il témoignait aux hommes d'un mérite distingué.

Vander-Meulen , jeune encore , brillait déjà dans le genre du paysage qu'il avait l'art d'orner de chasses et de marches de cavalerie ; on sait que Vander-Meulen des-

13 Essai

sinait et peignait parfaitement les chevaux, Lebrun plein de la gloire du Roi son bien- faiteur , et qui se connaissait en grands talents , trouva dans le jeune Vander- Meulen un peintre digne de perpétuer les conquêtes du Monarque , il le pre'senta à Louis XIV en qualité de peintre de batailles. Le Roi l'aima toujours , le combla de biens et d'honneurs (i). On sait que les chef- d'œnvres de ce grand peintre firent l'orne- ment de toutes les maisons royales ; les salles de l'Hôtel des Invalides répétèrent les exploits du Roi conquérant aux yeux des braves qui y avaient contribué.

Une famille entière de paysagistes ho- nora ce siècle d'une quantité' prodigieuse de compositions pleines de génie ; Pérelle

(i) Le Roi nomma son fils sur les fonts baptis- XDatix , il l'ennoblit , le cre'a Chevalier de Saint- Michel , avec une pension considérable et un loge» ment aux Gobelins,

SUR LE Paysage. i5

et ses deux fîls dont l'œuvre monte à plus de trois mille pièces de toutes formes et de toutes grandeurs. Ces artistes , doue's du génie le plus fécond , avaient été se per- fectionner pendant un long séjour en Italie et s^ formèrent un excellent goût de pay- sage. Us ne cessèrent d'enrichir les arts de productions charmantes , fruits de leur brillante imagination et des longues études qu'ils avaient faites dans leurs voyages.

On regrette, en considérant les beaux dessins et les estampes admirables de ces trois graveurs , qu'aucun d'eux ne se soit appliqué à la peinture , au moins ne con- naît-on aucuns tableaux sous le nom de ces maîtres ; peut-être sont-ils inconnus ou passent-ils sous un nom étranger.

Patel , élève du Vouet , qui fut aussi perfectionner ses talens en Italie , se fît connaître par des tableaux d'un goût suave et harmonieux , par des compositions plei- nes de charmes et d'un fort bon style tout

i4 Essai

à la fols. La France doit regretter la grande quantité' de ses tableaux passe's en Angle- terre (i) , ils sont paye's chèrement , et place's dans les meilleures collections.

Les peintres qui s'adonnèrent au genre du paysage en France dans le dix - septième siècle, l'imagination remplie des merveilles qui s'ope'raient sous leurs yeux , furent loin de s'occuper de l'étude simple de la nature, ils se crurent oblige's de donner un style héroïque à leurs paysages et s'abandonnèrent souvent à la fougue de leur imagination.

Les conquêtes du Roi en Hollande et en Flandre procurèrent à la France beaucoup de tableaux de paysages de ces deux écoles , mais qui, resserrés dans les galeries des Prin- ces, et dans les cabinets des riches financiers, ne tournèrent point au profit des arts.

Cette mine féconde fut ensuite exploitée

(i) Les meilleurs graveurs d'Angleterre en ont gravé beaucoup»

SUR LE Paysage. î5

de nouveau par la spe'culation mercantile. Les tableaux de ces deux e'coles se ven- dirent en France au poids de l'or , et il fal- lait être fort riche pour pouvoir les acquérir. Mais loin d'augmenter le gOÛt des ama- teurs pour l'école nationale, ils en furent de'tourne's chaque jour par les marchands eux-mêmes , qui redoutaient des juges dangereux pour ce commerce inconnu.

Tout cela était peu propre à former et à encourager les paysagistes français parle peu d'accueil qu'obtenaient leurs tableaux. On vit cependant quelques artistes courageux faire paraître des paysages aux diverses ex- positions publiques. Le goût du paysage re- prit peu à peu ; de vrais amateurs de la pein- ture qui ne partageaient pas ces sentiments , encouragèrent les peintres de paysages.

Vernet arrive en France avec ua grand talent formé pendant un séjour de vingt an- nées en Italie. On se souvient avec quelle avi- dité ses ouvrages furent achetés à Rome par

i6 Essai

tous les étrangers que son assiduité' bu travail pouvait à peine satisfaire. Il trans- porte à Paris l'Océan avec toutes ses fureurs, il effraye par la vérité , l'horreur de ses tempêtes etles suites affreuses des naufrages.

Les paysages et les marin es de Kernet cap- tivèrent tous les suffrages de la jiation ;rA- cadémie royale le reçoit dans son sein. La grande facilité qu'il avait acquise par ses lon- gues études lui fit produire une infinité de chef-d'œuvres. Les artistes, les gens de goût voulurent posséder ses heureuses concep- tions. La gravure s'empresse aussitôt de les multiplier; son nom vole de bouche en bou- che , la France prit de ce moment le goût du paysage et des marines.

On sait quel succès obtint la gravure de trois de ses principaux tableaux sous le burin savant de Baléchou. Tout le monde désira placer dans son cabinet ou dans son salon , la Tempête, le Calme et les Baigneuses. Ja- mais suite degravur es ne se répandit aussi

SUR LE Pays AGE. ij-

promptement et n'obtint autant de succès. Il y a peu de maisons l'on ne trouve ces trois estampes , qui dans la suite ont etë porte'es à un très-haut prix.

Les ports de France ne tardèrent pas à se multiplier par les talents distingues (i) de deux des plus célèbres graveurs du dix- Imitième siècle. On les voit par tout , et rien de plus connu que les ports de France de Vernet , nom qui est passe dans toutes les bouches et que de nouveaux talents héré- ditaires perpe'tuent avec honneur.

Ce ne fut pas sans surprise que l'on vit 'la représentation de cet e'iément terrible , dont Vernet a saisi toute la ve'rite' au point d'effrayer le spectateur.

Cet habile peintre fît passer en revue les diverses varie'te's de la mer ; le plusbeau calme parut à côte' de la tempête la plus horrible.

Toutes les bizarreries de la nature furent

(i) Lebas et Cochin,

l8 Essai

également rendues par le talent du fertile J^ernet. Il transporta sur la toile avec la plus étonnante vérité les formes diverses et l'àprete' des rochers, ces digues énormes qu'elle a placées pour arrêter les fureurs de rOce'an.

Ses compositions s'enrichirent des études qu'il avait faites de la cime élevée des Alpes et des Apennins , se forment les cata- ractes qui s'échappent du haut de ces mon- tagnes inaccessibles et retombent avec fracas dans des gouffres profonds. Des villes de formes pittoresques, de superbes aqueducs et les plus beaux monuments de l'antiquité contribuèrent à varier ces scènes immenses auxquelles le pinceau de cet habile peintre a imprimé un si grand caractère.

Un nouveau prodige en paysage enrichit presqu'au même moment l'école française par ses productions tout à la fois faciles, fortes et gracieuses. Un peintre très-jeune encore , venu des bords du Rhin , arrive à

surlePaysage. i(^

Paris avec un talent admirable. Il étonne tous les artistes , par la vérité' , par la fraî- cheur de son coloris et par la franchise de sa touche»

Loutherboiirg rivalise /^er/zef à l'exposi'- tionde ses tableaux de marines , traites d'un genre tout différent , mais dont la vérité ne glaça pas moins d'effroi. Vernet étonna par ses tempêtes de la Me'diterrannée , hoii- tli erbour g -peiQ^mty avec une extrême vérité, toutes les horreurs de la mer Baltique.

En admirant ses tableaux , on craint presque d'être mouillé par l'écume qui s'e'lève des vagues dont on croit sentir l'humidité.

Loutherbourg peignit aussi des paysages avec naïveté et d'une gfande fraîcheur , ornés de scènes familières de patres , de troupeaux , d'animaux de toute espèce qu'il traitait avec gruce ; il ne réussit pas moins dans ses tableaux de chasses et de ba- tailles.

:2o Essai

La gravure publia également les agréa- bles conceptions de cet habile peintre , que l'Angleterre nous a ravi.

Le Prince (i) , artiste dont la verve n'e'tait pas moins féconde , arrive à Paris, de retour de son voyage en Sibe'rie. Il re- paraît après une longue absence , avec une collection d'e'tudes et une infinité de costumes absolument nouveaux pour la ^France.

Ce peintre qui avait péne'tré jusqu'aux bornes de l'Asie e'iale aux expositions du Louvre les modes , les usages , les carac- tères diffe'rents de cette varie'té de nations qui couvrent l'immense Russie , depuis la ]>f ewa , le Mont Caucase , jusqu'aux bords de la mer Caspienne , et l'on vit paraître pour la première fois les costumes civils,

(i) Le Prince avait accompagné l'Abbé Cliappe «lans son voyage en Sibérie , comme dessinateur et peintre de l'expédiiion.

SUR LE Paysage. 21'

militaires , la représentation des ce're- monies religieuses , les foires , les mar- chés et les exercices de ces peuples di- vers ; tout ce que ces contrées lointaines offrent de singulier passa en revue dans les tableaux de le Prince ; mais ce n'est que comme peintre de paysages qu'il doit occuper dans cet ouvrage une place dis-

tinguée.

Les premiers paysages que présenta le Prince y quoique touchés avec la plus grande finesse , se ressentaient de la teinte et de la manière de l'école (i) qui l'avait nourri , et que ses voyages lointains n'avaient pu effacer.

Cet homme plein de génie s'aperçut bientôt qu'un coloris brillant , qu'une tou- che fine et spirituelle , sans la vérité de la nature , ne pouvaient lui assurer une répu- tation durable. Il ne veut plus voir que la ■I I j II II ^.

(i) Il avait ete élève de Boucher^

22 Essai

nature ; il achète (i) une habitation agre'a- lïle , dans une belle situation , sur les bords de la Marne , il allait passer une partie de l'année. C'est que, la palette à la main , il s'occupait à peindre et à observer les beaux effets qu'elle pre'sente.

A chaque nouvelle exposition,les éloges du public vinrent couronner ses heureux etTorts. Ce n'est plus le Prince arrivant de Russie , c'est l'e'lève de la nature que l'on admire.

Il ne manquait à ce laborieux et fer- tile ge'nie qu'une meilleure santé qui , délabrée par les fatigues de ses voyages , ne pouvait lui promettre une longue existence ; la mort vint le ravir aux arts encore dans la force de son âge.

Fragojiard y autre peintre très-ingénieux, fait pour briller dans toutes les parties de la peinture , s'était formé en Italie un genre de paysage enchanteur.

(j) Dans les environs de Lagnj,

suRLE Paysage. a3

Cet artiste , dont le pinceau saisissait toutes les formes et tous les tons, peignit avec le plus grand succès quelques jolis tableaux dans le goût de J'ecole flamande ; il imita souvent Ruisdaal à tromper , ainsi que plusieurs autres peintres ; ses imita- tions et ses propres paysages furent vendus très-cher , et eurent la plus grande vogue. D'autres peintres , animes par ces nou- veaux chef-d'œuvre s , se livrèrent à l'e'tude du paysage ; mais il était réservé à un artiste célèbre (i), nourri de la lecture des poètes et des anciens , de régénérer le paysage historique. De retour d'Italie , il avait formé son goût par l'étude des monuments et des beaux sites , il fait de nombreux élèves , qui , à son exemple , se sont livrés au paysage , et ont été continuer leurs études dans ce pays fertile en grands sou- venirs ; leurs tableaux font en ce moment

(i) M. Valenciennes^

24 Essai

l'honneur de l'école française dans le genre

du paysage, qu'ils ont porte à un très-haut

degré.

Plusieurs autres paysagistes français et étrangers établis en France brillent avec succès aux diverses expositions. Ainsi la France s'est emparée du sceptre du paysage , soit dans le genre he'roïque , soit dans le genre pastoral ou naïf.

Je ne m'étendrai pas plus au long sur l'éloge de ces peintres , dont le public ap-. précie chaque jour les heureux talents.

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ST7R LE Paysage. aS

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Du Paysage en général,,

I

XJe tous les genres de la peinture , le paysage est sans contredit celui qui pré- sente plus de charmes et plus d'attraits. Le paysage moins susceptible de régularité , n'exige point cette longue série d'études et de principes exacts essentiellement néces- saires pour bien traiter l'histoire et toutes les autres parties de l'art qui ont pour objet la représentation du corps ou de la figure humaine.

Celui qui a reçu de la nature l'heureuse influence de l'observation , et cette légère teinte de mélancolie qui fait trouver le bonheur au sein de la solitude , celui qui éprouve le besoin , je dirai même une douce volupté à se trouver seul au milieu des campagnes et des bois,, dans le silence de la nature , celui-là est paysagiste.

sS Essai

Loin du commerce du monde ^ le ge'nie du peintre de paysages s'empare de tout ce qui l'environne , la nature entière de- vient son patrimoine, elle paraît faite exclu- sivement pour lui. Tout le cliarme , tout l'enchante ; à chaque pas , de quelque côté qu'il porte ses regards , il aperçoit de nou- velles beaute's. Souvent dans son extase , on le croirait un être inanimé' , quand tout à coup revenant de sa rêverie , il enrichit son porte-feuille et sa mémoire de tout ce qu'il vient d'observer.

La vie entière du peintre de paysages doit être une étude continuelle ; c'est ainsi qu'il peut espérer de plaire et d'assurer sa réputation.

II est bien difficile de ne pas se laisser 1 entraîner au plaisir de peindre le paysage : la vue des beaute's , des bizarreries même de la nature excite dans l'ame du peintre une émotion surnaturelle , une admiration auxquelles il ne peut re'sister , bien loin de

surlePaysage. 57

ressembler à ces êtres froids et insensibles auxquels le ciel paraît toujours bleu , et pour qui les arbres sont uniquement verts.

Le genre du paysage a tant de cbarmes , que souvent, sous le beau ciel de l'Italie , on a vu des peintres livre's à l'ëtude sérieuse de l'histoire , qui , frappés tout à coup , et par une sorte d'enchantement , de la beauté des monuments antiques et des sites variés de cet heureux pays , se sont abandonnés par un attrait irrésistible à la représentation de ces objets pleins de délices. Combien pourrais-je citer d'exemples d'artistes qui oublièrent pour l'amour du paysage ce qui devait faire le principal but de leurs médi- tations !

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2$ E S S A T

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Division des différents genres du Paysage»

J_jE paysage doit se diviser en quatre par- ties ou genres bien distincts , quoique de'si- gnes sous la même et seule dénomination:

i". Le paysage héroïque, qui doit occu- per le premier rang , parce qu'il semble se rapprocher du genre de l'histoire , et qu'il exige de grandes connaissances de celui qui veut s'y livrer avec distinction ;

2". Le genre pastoral , lequel retrace les mœurs antiques avec cette simplicité noble toutefois , dont Théocrite et Virgile ont laissé des peintures si séduisantes dans leurs divins écrits j

5°. L'imitation pure et simple de la nature , telle que l'ont traitée plusieurs peintres flamands et hollandais , soit en paysages proprement dits , soit qu'ils les aient embellis par la représentation de figures ou d'animaux ;

surlePaysage. 29

4°. Le genre des marines qui a été rendu

avec tant de succès et avec une effrayante

vérité par plusieurs habiles peintres des

mêmes écoles.

Je développerai dans la suite de cet ouvrage ce qui caractérise chacun de ces genres en particulier; j'y joindrai des exem- ples tirés des ouvrages des peintres qui y auront brillé au premier rang ; je rendrai cette division bien intelligible , même pour les personnes qui n'exercent pas la peinture, mais qui la chérissent par goût et par un instinct naturel.

m

5o Essai

tKArVVV\(VVVVV\\XVVVVVV\A/VVVVVVVV\VVVV\\iVV%VVVVV\V\VVVVVVVVVVV\\^^

Des dispositions et de la manière d'étudier le Paysage»

V><ELUi qu'un doux penchant entraîne vers l'e'tude du paysage , et qui veut s'y livrer avec succès _, ne doit s'attacher à aucune manière. Il doit renoncer à toute méthode d'e'cole , j'entends lorsqu'il aura reçu les prin- cipes nécessaires pour se conduire lui-même vers l'étude et l'imitation de la nature.

Son premier soin est d'examiner de quels moyens les grands maîtres en ce genre se sont servis pour la rendre avec intérêt dans leurs conceptions , puis il doit aller à son tour prendre les leçons de ce guide de tous les arts. Qu'il profite cepen- dant des conseils et des avis des hommes habiles , consommés dans l'art , mais qu'il copie peu de tableaux.

Le peintre de paysages doit s'attacher à scruter le faire de chaque maître , qu'il étu-

SUR LE Pays A GE. 5t

die sur tout les tableaux de ceux qui ont su allier heureusement une façon de pein- dre large et agre'able avec la naïve vérité de la nature.

Je veux qu'il cherche à observer dans leurs ouvrages ce qui paraît être plus ana- logue à son génie , qu'il en saisisse à pro- pos les beautés , et que , semblable à l'a- beille , il se nourrisse de ce qu'il y a de meilleur dans leurs productions.

Le jeune élève doit bien se garder d'imi- ter ces artistes peu courageux et casaniers qui s'imaginent trouver le secret de leur art en copiant servilement et souvent avec froideur dans les cabinets et dans les gale- ries , les chef-d'œuvres des grands peintres qui ont acquis de la célébrité, mais par une route bien différente.

C'est ainsi que ces pemtres citadins croyent pouvoir se passer du miroir de la nature, et qui devenus serviles imitateurs ne produisent que de froides copies , souvent

52 Essai

très-imparfaites. O iniitatoreSySerçiim peciis ! Peut-être obtiennent - ils l'assentiment et même l'admiration d'une certaine classe d'amateurs et de quelques coteries à la mode ; mais ces tableaux loues d'abord avec exagération , vont tapisser les immenses de'pôts des marchands et finissent par aider à tromper les faux connaisseurs.

Le peintre au contraire qui a eu le cou- rage de consulter la nature , a toujours le me'rite de paraître original ; le paysage d'ail- leurs est celui de toutes les parties de la peinture qui offre plus de varie'té , et auquel l'artiste studieux peut toujours assigner un air de nouveauté qui plait même au vul- gaire peu instruit.

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s U R L E P A Y s A G E. 55

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Méthode pour se régler dans le cours de ses études é

J_jE paysagiste doit mettre beaucoup d'ordre et de soin dans ses études , et ne pas s'ac- coutumer, dès le commencement de sa car- rière pittoresque , à ne faire que de légers croquis ou de simples aperçus des objets dont il doit conserver le fidelle souvenir. p' Que d'artistes sont reste's fort au dessous de leur talent et qui se seraient fait une grande réputation , pour avoir pris de trop bonne heure cette habitude d'e'tudier et de courir précipitamment d'objets en objets , ils ont ainsi abvise de leur facilite , pour faire en apparence une prompte et riche moisson de dessins , dont l'abondance n'a fait que les appauvrir.

Si ces études faites à la hâte et prises pour ainsi dire à la volée , meublent promp- tement. leurs porte-feuilles , elles les mettent

3

54 Essai

ensuite dans un embarras extrême , en ne leur laissant que de faibles souvenirs. Ces études dépourvues des ve'ritables effets de lumière que donne la nature , obligent l'ar- tiste d'en imaginer qui manquent de force et de vérité ; ecueil dangereux qui le conduit à la manière , et qui finit par discréditer ses ouvrages.

Cette pratique de croquer et de faire de simples aperçus ne peut convenir qu'au peintre consommé , qui a passé sa vie entière à étudier sérieusement et à tou- jours observer ; alors la forte habitude qu'il a de la nature , lui rappelle sur un simple trait fait adroitement ce qu'il a vu ; ^1 le reporte sur la toile avec cette vé- rité que donnent seules l'expérience et de longues études.

Ce n'est qu'après avoir acquis cette grande habitude de la mémoire , qu'il faut user de ces moyens , mais toujours avec sobriété : on peut citer Vernet comme un prodige

SUR LE Pays AGE. 55

et comme un exemple frappant d'une mé- moire extraordinaire.

Ce peintre fe'cond , avec un trait , un simple souvenir , faisait naître un tableau qui avait toute la vérité , tout l'effet de 1^ nature ; mais combien peu d'hommes ont reçu ce don précieux qu'il possédait au suprême degré.

L'étude de la perspective est sur-tout in- dispensable pour le paysagiste ; elle lui sert de guide et déboussole pour le conduire, et pour placer tous les objets en une juste proportion dans les divers plans de son tableau. Elle lui sert à éviter les erreurs dans lesquelles il tomberait , sans cette science régulatrice.

On a vu de grands peintres négliger cette étude , et croire que la vue seule de la nature pouvait servir à les guider ; aussi ônt-ils laissé dans leurs ouvrages des fautes impardonnables.

On ne peut assez recommander aux jeunes

56 Essai

gens reliide de la perspective , qui n'a de rebutant que les premiers pas que l'on y fait , mais qui procure bientôt autant de satisfaction qu'elle avait d'abord fait e'prou- ver de dégoût à ceux qui ont eu le cou- rage d'en surmonter les difficulte's.

Combien le peintre de paysages doit obser- ver les règles de la perspective aérienne , qui sert à répandre une illusion si douce sur les objets même les plus éloignés !

Le paysagiste doit étudier et observer toute sa vie ; il ne doit jamais laisser échap- per une occasion de consulter la nature : toujours le crayon à la main, il faut qu'une promenade utile soit le délassement du travail de la journée. Quitte-t-il sa palette et son atelier , le soleil couchant l'appelle à la campagne , ou sur le bord des eaux. C'est à cette heure du jour , moment du repos de la nature , qu'elle lui offre de gvandes^ leçons d'harmonie.

surlePaysage. Zj

Les Saisons et les Heures du jour*

Toutes les saisons de l'année sont pro- pices à l'ëtude du paysage ; elles offrent chacune une variété' d'études et d'obser- vations , qui ne laissent jamais oisif celui qui se plait à consulter la nature.

Si chaque heure du jour présente aussi divers tableaux d'une grande variété _, il faut convenir cependant qu'il est des saisons €t des moments de la journée dont les effets sont plus favorables à la peinture. Le matin et le soir doivent fixer prin- cipalement l'attention du peintre de pay- sages. Le matin par sa belle fraîcheur , par ses beaux tons vagues et argentins ; le soir par la beauté et la richesse des tons de couleur. Le milieu de la journée pré- sente une clarté vive et générale , qu'il est assez difficile de rendre avec succès. Est-il un spectacle plus délicieux que le

o8 Essai

moment du lever du soleil , lorsque les vapeurs qui s'exhalent de la terre se colorent d'une légère teinte de rose , dernières traces de l'aurore qui s'enfuit à la pre'sence du soleil ? A peine aperçoit -on les lointains encore enveloppe's danslevague; les arbres, les coteaux s'éclairent par degre's , et parti- cipent de cette fraîcheur qui annonce le réveil de la nature.

Le soleil encore enveloppé de nuages fait de vains efforts pour lancer la totalité de ses rayons éblouissants , dont quelques- uns percent et semblent s'échapper à travers la vapeur.

Triomphe-t-il enfin des obstacles qui s'op- posent à sa clarté , les vapeurs sont dissi- pées , son disque radieux éclaire toute la campagne : voilà le moment du peintre. Cette scène du malin se varie à l'infini, et produit toujours de beaux effets. Les grands paysagistes d'Italie en ont souvent produit des tableaux fort intéressants : Claude le

SUR LE Paysage. 59

Lorrain > Herman - Swanevelt , le Guas- pre , y^ernet formé à leur exemple , ont rendu ce beau moment avec une vérité surprenante.

En Hollande, Berchem , Tf^oiiuermans ^ Adrien Vanden-P^elde , Carie Dujardin , Vinants , Both d'Italie , Moucheron ont enrichi les arts de magnifiques et précieux tableaux du matin. Plusieurs paysagistes alle- mands , parmi lesquels il ne faut pas ou- blier Djetrici, ont également réussi à rendre la fraîcheur du matin et ces tons tendres et vaporeux , si agréables à la vue. C'est dans le silence des campagnes qu'il faut saisir ces effets admirables pendant le som- meil de l'oisif et paresseux citadin.

Il est plus difficile à la peinture de rendre la vive clarté du midi , le ciel , d'un azur pur et brillant , n'est traversé que par quelques nuages , qui par leur blancheur éblouissante ressemblent à des montagnes de neige. Il faut des ombres à la peinture»

4o Essai

et l'on ne peut espe'rer d'effet à cette heure du jour , à moins que des nuages pre'cur- seurs de la pluie , venant à obscurcir l'at- mosphère , ne produisent un effet souvent très-vif et très-piquant par la lumière qui s'e'chappe avec vivacité à travers les masses sombres du ciel.

C'est sur-tout au moment où. les nuages pousse's rapidement par le vent , portent leurs ombres ambulantes sur les plaines et sur les coteaux.

Combien de fois suis-je resté en extase, tranquille observateur de ces beaux acci- dents de lumière , que Remhrant , Jacques et Salojnoîi Ruisdaal ont si bien saisis dans leurs tableaux immortels.

La mémoire du peintre de paysages doit s'approprier à son tour ces effets si'pitto- vesques^ pour les retracer sur la toile.

Le coucher du soleil offre une richesse, inépuisable de tons étincelants. Toute la nature se colore d'uu ton violàtrç et pur*

SUR LE Paysage. '4t'.

pure , les lointains de teintes jaunâtres et orangées vont se perdre avec l'horison qui pre'sente un ardent foyer de lumière. Toutes les montagnes , les plaines , les diverses fa- briques , les arbres ont perdu la couleur du jour pour s'emparer de la teinte du soir, et se peignent dans les eaux.

Il est à remarquer que le soir les ombres et les reflets conservent une couleur d'un vert prononce , ce qui s'aperçoit aisément lorsque les eaux ont acquis la couleur géné- rale du ciel. 11 est facile de se convaincre de cette vérité quand un bateau ou tout autre objet se trouve sur une rivière. Les reflets répétés dans l'eau, paraissent d'un vert pur , par l'opposition du ton jaune ou orangé qui le colore.

Dans ces moments du calme précurseur du sommeil de la nature , les eaux inspi- rent une sorte de mélancolie douce qui plail à l'imagination du peintre qui , tout plein de ces pensées , s'aperçoit à peine de

42 Essai

la chute du jour , si la lumière de l'astre des nuits qui de'jà frémit dans l'onde en longs sillons , ne venait captiver de nouveau son attention. Le disque brillant de la lune » souvent entouré d'une aure'ole d'un gris jaunâtre , lorsquelle est traversée par les nuages dont elle se dégage pour paraître plus lumineuse , colore d'un ton légèrement orangé ceux qui avoisinent le plus sa lumière.

La scène est changée , tous les objets ont à peine conservé quelque légère teinte du jour.

Leurs formes se détachent sur la faible clarté du ciel , les seuls monuments qui se trouvent fortement éclairés par la lumière vive de la lune , conservent encore une partie de la couleur qui les animait dans le jour.

Plusieurs habiles peintres de l'école fla- mande et hollandaise se sont fait un noni distingué par leurs talents à peindre avec une très-grande vérité des tableaux de clairs de

suriePaysage. 45

lune. P^ander-Neer fho\la.ndaàs , est regardé comme le plus célèbre en ce genre ; plu- sieurs autres ont rivalisé avec lui , quoiqu a- vec moins de célébrité. En France , f^erneC s'est montré au premier rang dans cette par- tie de la peinture qu'il a su ennoblir par divers accidents de feux et par des scènes intéressantes , ce qui lui donne un grand avantage sur le peintre que j'ai cité.

Le peintre de paysage historique trouve encore ici à exercer son génie. La mort de Pyrame et Thisbé lui offre le sujet d'un intéressant tableau. Celui des visites nocturnes de Diane près de son cher Endy- mion est du plus grand intérêt pour le pay- spgiste dont le génie sait s'emparer des charmantes illusions de la fable et de la poésie.

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44 E s s A T

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Manière d'envisager un site et de se placer pour le bien rendre»

JLjoRSQtrE l'on veut dessiner un paysage d'après nature, il faut e'viter d'en placer le point de vue trop ëleve' , ce qui est moins agre'able que lorsqu'il se trouve à la hau- teur de l'œil du dessinateur , à l'horison ,, il faudrait le supposer place' sur une haute élévation qui lui laisserait aperce- voir une très-grande étendue, et par con- se'quent le point de vue deviendrait très- ëlevé.

Il est des circonstances l'on est oblige d'entreprendre de ces sortes de dessins ; mais il est un juste milieu à gardçr > car si l'on plaçait ce point de vue beaucoup trop haut , il ne resterait que peu ou point de place pour le ciel , ce qui deviendrait alors un plan topographique , et il faut y

s U R L E P A Y s A G E. 4^,

être absolument obligé pour entreprendre de semblables points de vue.

Le succès d'un paysage dépend souvent de la manière dont le peintre l'a d'abord: envisagé sur la nature. Tel site très-sim- pie , qui , au premier aperçu , n'offre riea de saillant ni de pittoresque , lorsqu'il est rendu par un artiste bien inspirjé , produit souvent un tableau plein d'intérêt. Un sim- ple tertre , éclairé vivement des rayons du soleil , soutenu de quelques masses d'arbres , une pauvre cabane , se font admirer lors- qu'ils sont rendus avec vérité.

Presque la totalité des tableaux de Ruis'' daal et d'Hobbéma qui sont la traduction naïve et lîdelle de la nature , produisent un certain charme qui enchante ; on ne peut se lasser d'en admirer la franchise et la naïveté , quoiqu'ils ne présentent rien qui parle à la pensée ; mais ces peintres ont su se placer du côté favorable ; ils ont saisi à propos les beaux effets de lumière sans

46 Essai

lesquels on manque totalement le but de la peinture.

Il est d'autres peintres de l'e'cole fla- jnande qui ont trouve l'art de re'pandre un plus vif intérêt dans leurs productions par la représentation en grand des vues sim- ples mais très-étendues de ce pays. Vari" ^Artois et son élève Hujsmans ^ de Malines , brillent au premier rang dans les tableaux de paysages d'une très-grande proportion et d'une grande étendue de pays. Ces géants de la peinture ont introduit dans leurs tableaux des accidents de lumièrç admirables , qui y répandent une vivacité et des effets surprenants.

Leur manière de peindre , sur-tout celle ê^ Hujsmans , est large , facile et moelleuse. Ce peintre réussit particulièrement à repré- senter les terres écorchées par le passage des torrents, le jaune et le blanc mêlés au gris du silex , se disputent la lumière du soleil. Des arbres à demi-déracinés , suspendus par

surlePaysage. 47

la pointe de faibles racines , des plantes de toute espèce couronnent ces masses ar- gilleuses et y laissent pan cher leurs diffé- rents feuillages mêlés aux ronces et aux lianes pendantes sur la terre.

Tout ce que la campagne produit en grandes plantes meuble les premiers plans de leurs savants tableaux. Il est peu d'ou- vrages de ces maîtres dont la vue ne fût utile aux jeunes peintres qui se destinent à l'e'tude du paysage ; je les appellerais presque des dictionnaires universels à l'u- sage de cette partie de la peinture.

Combien les bords des rivières, les canaux, les prairies , les forêts, les plaines, les vallées , où. l'œil s'égare à l'infini, n'offrent -ils pas d'intéressantes études ? Les grandes forêts , séjour du silence et de la mélancolie , pré- sentent à chaque pas des aspects toujours pittoresques , sur-tout lorsque les rayons du soleil venant à percer leur obscurité , frap- pent de sa brillante lumière des groupes

45 Essai

d'arbres aussi vieux que le monde , et qui se présentent sous mille formes différentes. Quoi de plus enchanteur que l'aspect d'une valle'e les coteaux se suivent , s'en- chaînent et se croisent à perte de vue , et auxquels le lever et le coucher du soleil prêtent toujours des formes varie'es et pi- quantes ? Le cours sinueux des eaux qui la traversent , semble souvent se dérober à l'œil pour reparaître plus brillant par l'e'clat du soleil.

A chaque pas le paysagiste trouve des jouissances nouvelles. Quel plus vaste champ que ces immenses prairies couvertes de nom- breux troupeaux , dont les couleurs variées se détachent si agréablement sur le gazon ver- doyant ! Quelles e'tudes pour le peintre qui se plait à observer le mouvement , le repos , les attitudes diffe'rentes de ces paisibles cre'a- tures de formes si pittoresques , place'es sur la terre pour les besoins de l'homme ! Qu'il est heureux 'celui qui loin du com^

SLR LE Pays AGE. 4^

nlerce du monde , sait trouver une douce satisfaction au milieu des troupeaux étonnes de èa pre'sence ! Vous sûtes en jouir déli- cieusement, peintres ce'Ièbres et laborieux, l'honneur de l'e'cole hollandaise , qui avez brillé au premier rang dans cette partie de la peinture , Paul Potter , Adrien f^anden-' Velde i Carie Dujardin , jeunes peintres si célèbres , qui fûtes enlevés aux arts à la fleur de votre âge (i) !

Berchem , le favori de la nature , qui trouva l'art de répandre tant de grâces sur un genre qui en paraissait le moins sus- ceptible , ce peintre fécond peignit peut- être avec moins de naïveté que les trois premiers , mais il eut l'avantage d'ennoblir ses compositions par la présence de vastes monuments , de rochers de formes pitto- resques i par des détails riches de touche

(i) Ces trois peintres pe'rirent à peu près à Vk^ç de trente ans,

5o Ess

et de couleurs , terminés par des fonds de la plus grande e' tendue , joints à l'entente parfaite de la perspective aérienne. Ajoutez aux talents de Bercheni l'art de peindre les ciels avec une légèreté et une vapeur qui enchantent , et de donner à ses nuages les formes les plus variées : on pourrait joindre à ces noms célèbres ceux de Hoos , de Van-^ Romayn ,de Van-Blom , qui se sont adonnés avec succès au même genre.

Ces heureux peintres trouvèrent le bon- heur dans la pratique de leur art , la plupart ^'entre eux vécurent peu connus et assez mal récompensés ; mais la postérité les a déjà vengés de l'oubli de leur siècle. La pre- mière jouissance de l'artiste est dans la pen- sée de plaire et de faire éprouver aux autres» les vives sensations qu'il a déjà savourées lui- même ; car , n'en doutez pas , les amis des beaux arts et de la nature applaudiront d'autant plus à vos efïbrls qu'ils la retrouve- ront entièrement dans vos productions.

SUR LE P A Y SA GE. 5l

Si la Hollande eut ses peintres d'animaux. On vit aussi sur le sol brûlant de l'Italie un artiste ingénieux et plein de verve , em- brasser le même genre avec des moyens tout difFe'rents.

Le Benedette CastigUone se fît une gloire immortelle par la manière savante avec laquelle il peignit des animaux de toute espèce. Son ge'nie plein de feu et d'enthou- siasme en ennoblit les formes diffe'rentes , il les introduisit dans des sujets d'histoire souvent ils jouent le principal rôle , et il assigna pour ainsi dire à ses animaux un caractère tout à fait historique.

On dirait en examinant les tableaux du Benedette , qu'il les composait la Genèse à la main. Son ge'nie pene'trè des antiques traditions patriarcales des premiers âges du monde , et de la pensée de ces hommes fortunés qui trouvaient le bonheur au sein d'une vie nomade et paisible , environnés de leurs troupeaux , leur unique richesse ,

5j Essai

les a peints avec la plus grande veriteé On croit les voir gravir encore les sen- tiers tortueux des montagnes de la INIe'so- potamie , ou traverser les plaines immenses de la fertile Egypte. C'est ainsi que l'ima- gination du peintre et du poète a le droit de tout embellir , même les objets les plus simples , lorsque le ge'nie sait leur imprimer une sorte de grandiose et de majesté.

........... Pictoribus atque poëtis

Quidlibet audendi seinper fuit œqiia poiestas.

Plusieurs siècles avant le Benedette , des peintres vénitiens , les Bqssans , avaient fait preuve de grands talents dans la représentation d'animaux de toute espèce , et dans le genre vraiment pastoral.

Le genre pastoral ou naïf peut se diviser en deux parties : la première , des peintres qui , nourris de la lecture des poètes cham- pêtres , se sont adonnés à représenter des scènes de bergers à la manière antique.

SUR LE Paysage. 55

Ce genre se rapproche assez souvent du genre historique.

Stella parmi nous est le meilleur peintre du style pastoral. Ses tableaux sont des mo- dèles en ce genre , et il parut inspiré par les Eglogues de Virgile. Stella semble s'être transporté au siècle le Cygne de Mantoue chantait sur sa lyre les hymnes champêtres des bergers d'Italie. On croirait le voir, com- posant ses tableaux , assis parmi eux sous l'épais feuillage d'un vieux hêtre.

Il n'a pas moins mis de grâce à peindre les fêtes , les cérémonies des villageois ita- liens où règne un style simple > naïf et noble tout à la fois.

Il est d'autres tableaux qui tiennent le milieu entre le pastoral et le genre naïf det la nature. Ceux de Claude le Lorrain > le père de l'harmonie , semblent se pré-^ senter d'abord comme les vrais modèles de ce genre mixte. Ce grand peintre qui doit ètrer egardy comme le Raphaël du paysage^

54 Essai

a trouve le moyen d'ennoblir ses ouvrages par la représentation de grands monuments d'architecture , auxquels il sut allier toute la simplicité et toute la vérité de la nature. Personne n'a porté comme lui au suprême degré la dégradation des couleurs et la science de la perspective aérienne. Tout est grand , tout est noble dans les tableaux du Lorrain , ses conceptions ont toujours un air de mélancolie qui porte une rêverie douce et agréable.

Herman d'Italie et le Bourguignon , ses élèves , doivent se placer à côté de lui, ces deux peintres ayant souvent approché de leur maître. On pourrait y joindre Patel le père , élève du Vouet , dont les ouvrages respirent la simplicité des mœurs antiques.

L'autre genre pastoral ou naïf est celui dont les écoles flamande et hollandaise nous ont laissé de beaux modèles. Leurs tableaux enchanteurs , quoique très-simples, intéressent le spectateur par l'exacte imi-

SUR LE Paysage. 55

tation de la nature , la belle couleur et l'effet admirable du clair obscur. Paul Potier , Carie Du jardin , Adrien VandeU" Velde , Berchem , JVouvermans , Pjnaker, Asselin , Jean et André Both y Jean Miel ^ Etverdingen^ Corneille Poelembourgy Pierre de Laar , Albert Kuip , brillent parmi une foule d'habiles peintres des mêmes écoles.

Je place Jacques et Salomon Ruisdaal à la tête de ceux qui ne se sont uniquement attaches qu'à la plus fîdelle imitation de la nature , sans y avoir presque rien change'. Les objets les plus simples leur ont fourni de délicieux paysages ; souvent ce n'est qu'une portion de terrein lumineux , opposé à un ciel chargé et couvert , soutenu d'ar- bres d'un ton brillant et vigoureux ; tantôt c*est une simple chute d'eau qui s'échappe à travers les ronces et les cailloux; ici c'est un moulin de couleur argilleuse qui se détache sur un ciel clair et argentin , à.

56 Essai

travers duquel brilJe le plus bel azur. Ces deux peintres et quelques-uns de leurs imi- tateurs se sont uniquement occupe's de tra- duire la nature telle qu elle se montrait à leurs yeux ; ils n'ont pas même songe à orner leurs tableaux de figures ni d'ani- maux , et ont souvent e'té obligés d'avoir recours à des mains e'trangères.

Je me suis bien gardé de placer Herman Swanevelt , quoique en Hollande , sur la même ligne des peintres de cette école, avec Ruisdaal et tous ceux qui se sont adonnés à la simple imitation de la nature. Herman , ayant passé sa vie entière en Ita- lie à dessiner et à méditer les monuments €t les beaux sites , avait acquis un style bien plus élevé que ses compatriotes. J'ai parlé dans ma Galerie (i) de cet habile pein-t tre dont l'œuvre considérable est répandu

(i) Galerie des Peintres ce'lèbres , par l'auteur cet ouvrage.

surlePaysage. 57

clans tous les porte-feuilles des amateurs et dans les principales collections.

Si le genre pastoral veut être traite avec une sorte de noblesse , avec cet instinct naturel qui n'est autre chose que le goût, ce tact de'licat accorde à un très-petit nom- bre d'hommes , quelles études et quelles reflexions ne doit pas faire le peintre que son ge'nie destine à représenter les grandes scènes de la nature ?

Quelles observations pour bien rendre ces masses imposantes de montagnes et de rochers qui semblent places sur le globe pour fixer l'admiration et faire l'étonnement de l'homme ! Que d'études pour parvenir à dessiner ces vastes de'bris auxquels les peuples anciens ont assigne tant de gran- deur et de majesté ! Avec quel art il faut traiter les différentes espèces d'arbres , indiquer la variété , les formes , la cou- leur qui les caractérisent et qui les distin- guent les uns des autres ! Combien il faut

58 Essai

d'adresse et de discernement pour bien combiner les lignes , les varier , afin d'eVi- ter la monotonie et la re'pe'lition des mê- mes formes dans un genre qui n'a droit de plaire qu'autant qu'il se rapproche le plus de la nature ; on sait qu'il veut être traité avec noblesse , et qu'il ne peut souf- frir de médiocrité ! Le peintre , au con- traire , qui se borne à la simple imitation de la nature , est toujours sûr de plaire par la vérité des détails , l'œil de l'homme le moins connaisseur , étant accoutumé à comparer des objets semblables à ses ta* bleaux : mais on a droit d'exiger bien plus de celui qui se livre au genre héroïque.

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surlePatsage. 5g

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Le genre héroïque.

V^N appelle genre héroïque en paysage celui le peintre , nourri de la lecture des poètes , des auteurs anciens , ainsi que de l'e'tude des grands monuments de l'antiquité' , sait ennoblir ses compositions par quelque trait d'histoire. Tout ce qui constitue la composition de ces tableaux doit être grand , noble et simple tout à la fois ; on doit y voir places à propos des morceaux de bonne architecture , soit que l'imagination du peintre les représente dans leur premier état de splendeur , avec les belles formes et les sages proportions que leur avaient assignées les Grecs et les Romains , soit qu'il se contente d'imiter les vestiges échappés aux ravages des révolutions ou à la longue série des siècles passés.

Le Poussin doit occuper la première pUce du genre héroïque. Ce grand peintre

6o Essai

a laisse dans ce genre les plus beaux mo-r dèles à imiter. Que de noblesse , que de majesté dans les paysages du Poussin ! S'ils n'étaient pas aussi connus , j'entrerais dans quelques détails sur sa grande manière de les composer et sur les divers sujets d'his- toire analogues dont il avait l'art de les enrichir. Le Guaspre , son beau -frère et son élève , l'a souvent si bien imite que l'on est quelquefois tenté de le prendre pour le Poussin lui-même.

Le Giorgion , le Titien , le Mutian , les Carraches^le Dominiquin, VAlbane avaient Aé]k tracé la route du paysage historique avant le Poussin , mais il les a tous sur- passés. Cependant ces hommes célèbres avaient laissé des monuments remarquables d'un grand goût héroïque et idéal y lesquels sont devenus de vrais modèles à imiter.

Beaucoup d'autres peintres de l'école d'Italie suivirent la même carrière et y ont brillé à leur tour j de ce nombre , on peut

SUR LE Paysage. 6i

citer Paul Panini , Locatelli ; mais le pre- mier s'attacha particulièrement à former ses compositions des divers monuments d'ar- chitecture.

Nécessité de 'voyager pour se former un grand goût dans l* étude du Pajsagc héroïque.

Il est indispensable au peintre que son goût appelle vers le genre héroïque , d'entrepren- dre des voyages. Notre patrie est peu propre à former son talent et à enflammer son génie ; l'art qui gâte et détruit souvent les formes pittoresques , s'y montre de toutes parts au détriment des droits de la na- ture.

C'est en visitant l'Italie et la Suisse , c'est en gravissant ces chaînes de montagnes , ces géants du globe, que l'imagination du peintre se nourrira des beautés et de la variété infinie de formes , d'accidents et

62 Essai

des couleurs ditîerentes qu'elles lui pré- sentent.

C'est en parcourant la Grèce , Pausanias à la main , qu'il se meublera d'idées subli- mes qui embelliront ses tableaux ; il trouvera bien plus de plaisir à dessiner un monu- ment qui lui rappelle un trait historique ; c'est seulement qu'il se sentira transporte hors de lui-même , en portant ses regards sur l'immensité qui l'environne ,• c'est alors que s'agrandira la sphère de son imagi- nation , et qu'il formera une ample moisson d'e'tudes utiles pour l'avenir.

Arrivé dans ces lieux qui furent le ber- ceau des arls et le tlieàtre de tant d'e've'- nements , au milieu de ces nobles vestiges de l'antiquité , qu'une longue suite de siècles n'a pu dévorer , il se croira parmi les peuples savants qui les élevèrent et dont le génie en dirigea les belles formes ; cette idée propre à enflammer sa pensée , lui fera produire des tableaux qui fixeront les

SUR LE Pa Y s AGE. 65

regards de son siècle et ceux de la poste- rite'.

L'aspect des cascades , ces torrents qui s'e'chappent avec rapidité' de la cime des rochers et se précipitent avec fracas dans des gouffres dont l'œil ne peut mesurer la profondeur , les forêts d'arbres toujours verts qui les environnent , ajoutent en- core, par leur sombre couleur, à ce spec- tacle terrible et magnifique. Que d'images se graveront profonde'ment dans sa mémoire pour s'y reproduire sous toutes les formes que voudra lui prêter son imagination pleine de nobles pense'es et de grands souvenirs !

Le Bourdon , dans ses rêves gigantes- ques , a trace des images frappantes de ces sites extraordinaires. 11 n'a manqué à cet étonnant génie , à cet homme universel , l'un des plus grands peintres de l'école française , que de \es avoir rendus avec plus de charmes de couleur et de vérité;

64 Essai

ses pensées sont grandes , elles sont sou- vent sublimes ; elles inspirent une sorte de terreur , et cette sombre mélancolie qui constitua son caractère et son existence-

Qui ne serait tente de croire que sou- vent il n'a pas être effraye lui-même devant ses propres tableaux , en se croyant seul au milieu de ces lieux sauvages aux- quels sa brûlante imagination semblait don- ner une double existence ?

Mais, je le répète, le Poussin doit être regarde comme le fondateur du genre du paysage he'roique. C'est lui qui le premier traça le ve'ritable sentier qui conduit à l'étude de cette belle partie de l'art , et ses paysages sont demeures les plus beaux modèles à suivre pour ceux qui veulent s'y livrer avec succès.

Francisque Millet fut un des principaux et des meilleurs imitateurs du Poussin , dont il avait observe et adopté les tableaux à son aiTÎvée à Paris.

surlePatsage. 65

Ge peintre flamand a souvent approché de la manière de composer du Poussin , il a même cherche à donner à ses figures les formes , le style et le caractère de celles de ce grand maître. Sans une observation un peu exercée , on pourrait par fois s'y laisser prendre au premier coup d'œil ; mais il n'a jamais possédé la touche large | les pensées savantes du Poussin* En général tous ceux qui jusqu'ici l'ont pris pour mo- dèle ne sont point parvenus à le surpasser" et à s'emparer de cette profondeur de pen-« sées qui fait le charme de ses belles et savantes compositions.

Le Poussin a tellement su inspirer à son génie le véritable caractère de l'antiquité , que l'on serait tenté de croire qu'il a vécu parmi les peuples et dans les beaux sites que son pinceau a si savamment retracés.

Son génie semble s'être élancé à trois mille ans de son siècle : effort sublime , qui l'a placé à côté de Corneille , au

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66 "Essai

premier rang parmi les hommes les plus célèbres qui ont honore leur siècle et notre patrie î

De la mer et de ses effets,

JLiA repre'sentation de la mer constitue la quatrième partie du paysage. Cet élément tantôt calme , tantôt terrible dans ses eftets , est devenu le domaine de très-habiles pein- tres, qui se sont aussi adonnés avec succès au paysage proprement dit :

En Hollande , iVilliam Vanden-V^elde ^ JBachujsen , Everdingen , Zéeman y Bona- lentiire Peters y Minderhout , Storck , Salo- Tiion Ridsdaal etbeaucoup d'^autres peintres âe cette e'cole se sont surpasse'sdansle genre dés marines par la vérité des divers accident* de cet élément, par la belle transparence des vogues , la forme diverse des vaisseaux , les détails des agrès et des cordages. Presque

SUR LE Pays A G 67

tous les tableaux de ces grands peintres de marines inspirent la terreur et l'effroi , et font l'admiration des curieux et l'orne- nient des premiers cabinets.

Jacques Ruisdaal et V^an-Goyen se sont jaussi exercés au genre des marines , mais ils se sont le plus souvent borne's à la re- présentation des rivières et des canaux » ils ont introduit des sujets très-simples de barques et de petits navires.

f^ernet a aussi, comme je l'ai déjà dit, illustré le dix-huitième siècle par son grand talent à peindre les effets variés de la mer*

Ce peintre savant a ennobli ses tableaux de marines par la représentation de scènes variées , de jolies figures dessinées avec esprit et peintes avec beaucoup de vérité.

Kernet a eu l'avantage sur les peintre* de l'école hollandaise , d'avoir pour ainsi dire placé ses marines dans le genre noble et historique , soit par le beau style des monuments qu'il y a introduits , soit par la

68 E s s A T

forme des hautes montagnes et des rocliei*s ^ dont la varie'te de couleurs contribue à la richesse et au grandiose de ses tableaux»

Avec Vernet on parcourt l'Archipel , on visite toutes les plages de l'antique Grèce , on se promène le long des côtes de l'Italie, Rome , Naples et la Sicile furent le pre- mier the'âtre de ses études et de ses brillants succès.

On s'identifie avec la physionomie étran- gère de ces peuples dont les ancêtres nous ont laisse' de si grands souvenirs. On croit entendre leurs différents idiomes.

Non moins habile paysagiste , Vernet a su retracer avec la plus grande vérité les différentes heures du jour. Ce peintre auquel les diverses parties de l'art ne pouvaient être étrangères, a rendu avec le même succès et la même vérité la belle clarté de l'astre des nuits , qu'il varie souvent par des lu- mières et des effets de feux qui contribuent à donner plus de vie à ces scènes nocturnes.

suRLE Paysage. 69

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LES SAISONS.

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Le printemps»

JLje peintre de paysages ennuyé des lon- gueurs de l'hiver , voit paraître la saison du printemps avec un nouveau ravissement. Le Ze'phir commence à caresser de son souffle bienfaisant toute la nature , les amours vont pre'parer la couche nuptiale de la déesse des fleurs et du dieu volage qui les anime. La terre se pare d'une verdure tendre et naissante , les arbres précoces ont développé leurs touffes de feuilles d'un vert blond et transparent. Tout annonce la jeunesse de la nature. Déjà le cygne se promène majestueu- sement sur les eaux limpides qui naguères n'offraient qu'un solide et dur cristal.

On pourrait peut-être reprocher à la saison, du printemps un peu de monotonie dans îa couleur , mais la nouveauté des feuilles

yo Essai

leur donne un certain large moelleux et flexible. Le marronnier d'Inde , l'un des pre- miers arbres qui élève sa tête altière au- dessus des autres , étend avec majesté ses feuilles en grandes masses ; ses superbes bouquets de fleurs argentines qui se mon- trent presque aussitôt , ajoutent un nouvel cclat à la belle verdure de ses rameaux.

Le tilleul aux larges feuilles se de'veloppe et naît presque en même temps. Tous les. autres arbres épanouissent leurs bourgeons et étendent leur feuillage , pour embellir la campagne.

Dans les premiers moments de cette saison , le peintre ne se sert guères de sa palette. C'est avec ses crayons quil doit d'abord saisir les belles formes des masses qui vont meubler son porte - feuille et le préparer îiux études de la couleur.

Vers le milieu du printemps , les arbres vont offrir à l'observateur studieux un mé- lange de verts et de couleurs variées »

surlePaysage. 7jt

dont la richesse veut être imite'e par le prestige de la peinture. Les uns d'un clair jaunâtre , d'autres gris et blanchâtres ou d'un vert brillant , vont produire cet heur reux mélange et cette agre'able variété' qui oblige l'artiste à préparer sa palette et ses pinceaux.

Le saule à la feuille longue et déliée et d'un gris clair , se détache sur les arbres d'un vert foncé , tels que le chêne , les ormes et les hêtres.

Les pins de diverses espèces , les acacias chargés de bouquets de fleurs aussi blan- ches que la neige , brillent à côté du ver- doyant sycomore et sur la longue famille des peupliers. Le tremble dont la feuille mince et volage qu'agite sans cesse le plus léger souffle du Zéphir , brille sur les bou- leaux , sur l'aune grisâtre et les platanes aux feuilles découpées.

Les lilas , les rosiers chargés de fleurs i)rillantes , symbole de la fraîcheur , de la

72 EssÀï

jeunesse , concourent à l'embellisement

ce spectacle enchanteur.

Le peintre de paysages he'roïques trace de'jà ses tableaux ; c'est une fête à Flore dont la toile va s'animer. Une troupe de jeunes bergères apportent en dansant des corbeilles pleines de fleurs dont elles vo^vit former des guivlandes que d'agiles bergers s'empressent de suspendre aux arbres qui en- tourent le temple de la déesse des fleurs , l'autel parsemé de roses est couvert d'offran- des , déjà les parfums s'élèvent en nuages dorés et répandent une agréable vapeur qui lie ensemble tous les objets du tableau. Des danses se forment au son des flûtes et du tambourin. Des groupes de bergers et de bergères ajoutent à la richesse de cette scène brillante et meublent les divers plans du tableau , les uns debout , les autres Xionchalamment couchés , semblent atten- dre leur tour pour la danse.

Ici c'est Apollon chez Admète , qui sous

surlePaysage. 73

tin épais berceau de feuillages , retient autour de lui les bergers immobiles , sur- pris de la douceur et de la beauté de ses chants.

Le dieu de la lumière et de l'harmonie , en gardant les troupeaux , leur donne les premières leçons du chant en même temps qu'il leur transmet avec le rithme de la poésie , l'histoire éternelle des siècles.

Dans un autre tableau , ce n'est plus Apollon sous la forme d'un simple ber- ger , c'est un dieu qui tourmenté de la passion de l'amour , poursuit la légère Daphné à travers les plaines et lesi bois ; c'est envain qu'elle veut fuir cet amant , c'est un dieu sûr de sa conquête. Epuisée de fatigues, elle court et tombe évanouie dans les bras du fleuve Pénée son père , elle est atteinte par Apollon, mais au lieu des membres flexibles et arrondis de la nym- phe , il embrasse l'écorce déjà durcie d'un

74 Essai

verdoyant laurier , symbole éternel de 1^

victoire.

Les amours du dieu Pan et de Syrinx , peuvent faire suite au pre'ce'dent tableau. Amoureux de la nymphe des eaux , le dieu des forêts ne peut goûter aucun re- pos qu'il n'ait attendri le cœur de la jeune Syrinx. C'est envain qu'il poursuit sans cesse l'aimable nayade à travers les plaines et les bois, le dieu satyre ne peut lui plaire; mais elle a beau fuir, sa de'faite est pro- chaine , la faiblesse de son sexe l'oblige de tomber dans les bras de ses sœurs. C'en est fait , le dieu triomphe , il croit sa victoire assurée , il est près d'atteindre celle qu'il adore , il ne saisit qu« de fragiles ro- seaux qui repe'teront à l'avenir ses malheurs et ses amours.

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surlePatsagë. 75

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L'ÉTÉ.

Uéja les ardeurs du Lion ont échauffé toute la nature , le soleil colore les cam- pagnes d'une teinte jaune presque gé- nérale ; les arbres ont acquis une couleur de vert plus rembruni. Les plaines couver- tes de moissons jaunissantes qu'agite un le'ger vent frais , semblables à l'Océan , se ])alancent en vagues multipliées.

Cette brûlante saison ne permet guères au paysagiste de rester dans la plaine pendant la grande chaleur du jour ; c'est alors qu'il doit aller chercher la douce fraîcheur des bois et la belle verdure des vallées. C'est qu'assis au bord de l'onde paisible dont le doux murmure imite le gazouillement des oiseaux , il raffraîchit son imagination par de nouveaux sujets d'études* Se sent-il inspiré du goût de peindre des

76 EssAî

animaux , une foule de modèles d'une va- riété infinie s'empressent autour de lui. Le jeune poulain , la blanche génisse folâtrent auprès de leurs mères , des groupes de va- ches de toutes couleurs sont re'pandus dans la prairie

Le fier taureau au large front, au regard ëtincelant , charge de la garde de ces nom- breux troupeaux , les parcourt avec fierté et se présente à ses pinceaux..

La chaleur favorable au lavage des mou^ tons fournit un tableau d'un nouveau genre y lequel n'est pas sans intérêt.

Que de sujets s'offrent au paysagiste dans cette saison la nature rend avec abon- dance à l'homme le fruit de ses labeurs. Mais que de scènes n'offrent pas les divers. moments de la moisson et de lare'colte des foins au peintre du genre simple et naïf et au peintre du genre héroïque. Le premier s'empare tout simplement des actions diverses des moissonneurs et d.es

surlePaysage. 77

travaux de la campagne , il en forme des tableaux qui plaisent par le mouvement et la vérité.

Ces sortes de sujets sont trop connus pour que je les de'crive.

Je me hâte de retrouver le peintre du genre héroïque ; il exécute un tableau de la moisson. Le lieu de la scène est dans la fertile Sicile. Des épis d'une grosseur et d'une hauteur prodigieuse tombent sous la faucille , et déjà l'on s'empresse de les met- tre en gerbes.

Le soleil avancé dans sa course annonce la fin des travaux , et répand sur la cam- pagne des tons violâtres et orangés.

La fête des moissonneurs s'apprête, c'est le dernier jour des travaux. La déesse Cérès est élevée et portée en triomphe sur ua char pyramidal , formé de gerbes dorées , et traîné par deux jeunes taureaux d'une blancheur éblouissante. Une foule de tra- vailleurs s'empressent autour du char de la

^8 Essai

déesse et chantent des hymmes en son honneur. La plus jolie bergère du canton , dont le front modeste est couronné de fleurs et d'épis , est ici l'emblème de la déesse de la moisson : des danses se forment à la suite du char de l'abondance , et sont le symbole de l'alégresse universelle.

Un autre tableau est déjà terminé ; c'est une fête à Cérès.

Des moissonneurs reconnaissants,couverts de tuniques blanches , couronnés de fleurs et d'épis , portant une torche allumée , viennent ofliùr un s'acrifîce en l'honneur de la divinité bienfaisante des campagnes. Que ce sujet présente d'épisodes charmantes et d'accessoires pour le peintre dont l'ima- gination s'est nourrie de bonne heure de la lecture des poètes anciens ! Quelle foule de sujets différents dans les beaux vers de iVirgile et d'Ovide !

Est-il sujet plus attendrissant que les amours malheureux de Céphale et Procris!

surlePatsage, 79

Cette épouse infortune'e , victime de la ja- lousie , attachée sans cesse aux pas de son lîdelle e'poux , percée d'un javelot , perd la vie par la main de celui qui Taima si ten- drement , l'ayant prise pour une bête fauve dans un buisson elle s'était cachée pour i' épier plus à son aise.

Quel autre tableau plus de'chirant que la mort d'Adonis \ Venus livre'e à la plus cruelle douleur , la tête penchée sur les restes immobiles et glaces de son jeune amant , arrose de ses larmes le beau visage de celui qui ne l'entend plus.

Elle le presse dans ses bras arrondis par les grâces , tandis qu'une foule d'amours en pleurs s'empresse de couvrir de guirlandes de roses blanches mêlées aux noirs cyprès, ce corps inanimé.

Ses chiens naguères sensibles à sa voix , qui le suivirent avec tant d'ardeur dans les forêts et dans les plaines , l'œil morne et le regard égaré , ne peuvent se détacher,

8o Essai

de celui qui les guida tant de fois à la

chasse.

Quelle longue suite de sujets se pre'sente au peintre de paysages doue d'une heureuse imagination ? Ici c'est Diane découvrant la grossesse de Calisto. Séduite par le maître des dieux sous la forme de Diane , cette nymphe malheureuse est chassée de la pre'- sence de la déesse , et va quitter pour jamais ses fîdelles compagnes.

c'est la chaste déesse elle-même sur- prise au bain au milieu de ses nymphes par Actéon ; confuse d'avoir été vue ainsi nue , elle le change en cerf pour punir sa fatale curiosité , et ce malheureux chasseur est obligé sous cette nouvelle forme de fuir ses chiens insensibles à ses plaintes , qui le poursuivent sans relâche et finissent par jiiettre en pièces le maître qu'ils avaient tant aimé.

Les amours de Jupiter et de Léda offrent iin des sujets les plus gracieux de la fable.

surlePaysage. 8e

Ce dieu sous la forme d'un cygne , pour mieux tromper son innocence , s'avance dou- cement sur l'onde transparente , dont il frise à peine la surface. Conduit par une troupe d'amours avec des guirlandes de fleurs , il est dans les bras de la timide Le'da , qui loin de redouter la perfidie de l'oiseau , symbole de la pureté , lui fait mille caresses , le presse sur son sein d'albâtre et saisit son joli col dans ses bras arrondis par l'amour.

Dans un bois solitaire , autour d'une fon- taine aussi pure que le cristal , loin des regards des humains , le mélancolique Nar- cisse , amoureux de sa propre image , ne peut se lasser de contempler l'objet de sa passion ; il ignore , l'infortuné jeune homme , qu'il brûle pour lui-même ! Sujet de forêt superbe , et qui prête à placer les plus in- téressants accessoires. A ses côtés son chien fîdelle , triste comme lui ^ ne le quitte jamais.

Je ne puis trop engager le paysagiste studieux à se nourrir de la lecture des

6

Sii Essai

poètes. C'est ainsi que le Poussin, jeune encore , apprit dans l'habitude de vivre avec le cavalier Marini , à savourer de bonne heure les beautés enchanteresses de la poé- sie , dont l'application a mérite à ce grand peintre la palme du talent et les honneurs de l'immortalité'.

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surlePaysage. 85

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U AU TOM N E,

J 'ai dit au commencement de cet ouvrage que toutes les saisons étaient propres à l'é- tude , et qu'elles oftVaient au paysagiste des scènes également intéressantes ; maià c'est sur-tout en automne qu'il doit laisser reposer ses crayons , pour parcourir les campagnes la palette à la main.

Ce n'est qu'avec des couleurs qu'il peut s'emparer des beautés de la nature , qui dans cette saison se montre parée de ses plus ri- ches ornements.

C'est dans ce moment si favorable à la peinture , qu'elle déploie cette variété , cette abondance de teintes différentes qui font le charme du paysagiste.

Malheur au cœur froid , au stérile génie qui ne se sent pas enflammé de la passion de l'étude dans ces moments précieux la nature sentant approcher sa dépouille

1^4 Essai

annuelle , semble vouloir faire les derniers efforts pour exciter d'autant plus nos regrets par les richesses qu elle e'tale avec tant de somptuosité.

En effet, quelle varie'te de couleurs se trouvent réunies au même moment, le plus beau vert du printemps brille encore au- près du vert dore'.

Le jaune ëtincelant le dispute au ton de roses et de saffran et à mille autres cou- leurs dont l'ensemble varie et enrichit le paysage.

L'azur des cieux , la blancheur éblouis- sante des nuages du matin , semble encore ajouter un nouvel éclat à la couleur forte et dorée de l'automne.

L'âpretë des verts tranchants du prin- temps , est adoucie et lempërëe par la longue présence du soleil de l'ëtë.

Les plus célèbres paysagistes ont formé leur manière habituelle et leurs études d'après les riches récoltes de cette saison.

SUR LE Paysage. 85

le Gtorgion , le. Titien , ces coloristes par excellence, Claude le Lorrain ^ le Poussin, leGuaspre, Sali^ator Kosa^ Herman Swanc velt , Bercheni , Carie Dujardin , Ruis" daal , Both d'Italie, Jean Miel, JVouwer^ mans , Moucheron et une infinité' d'autres habiles peintres ont souvent fait passer dans leurs immortels tableaux tous les charmes et toute la varie'té de l'automne , si propres à enflammer le génie du paysagiste.

Que de scènes diverses , que de sujets charmants et naïfs dans cette abondante saison ? Le peintre ami des scènes cham- pêtres , veut-il représenter une re'coîte de fruits , une vendange ? Combien ces tableaux n'offrent-ils pas de richesses , de couleur ? Combien d'épisodes et d'attitudes différentes? Quel ragoût dans la représention de tous les instruments, de tous les accessoires in- dispensables dans ces exploitations rurales? Les charriots chargés de fruits ; les vigne- rons courbés sous le poids des hottes rem-?

86 Essai

plies (le raisins ; que de moyens se pre'sen- tent au peintre de paysages pour enrichir ses compositions et faire briller avec le plus grand e'clat toutes les ressources de la palette!

Le peintre de paysages historiques s'em- presse de tracer ses pensées. Une fête à Bacchus se pre'pare au son des cymbales €t des clairons, des libations se re'pandent à grands flots sur l'autel du dieu du plaisir et du vin, les bacchantes au teint enlumine' , les faunes , les satyres couronne's de pam- pres agitent leurs thyrses et forment mille danses différentes autour du dieu qui les anime. La joie , le desordre sont portes à l'exeès , lorsque Silène le vieux nourri- cier de Bacchus , dont les jambes chancel- lent sous le poids énorme de son corps , arrive au milieu de la fête , soutenu par les faunes et environne d'une foule de jeunes gens qui l'ont tout barbouille de .mûres , et vient ajouter au fracas de celle

surlePatsage. 87

scène tumultueuse. Le Poussin est un des peintres qui a le mieux entendu ces sortes de compositions , sans sortir des bornes d'une honnête décence. On sait assez quel grand parti le savant Annihal Carrach& a su tirer aussi de ces belles pages de la fable. Le ce'lèbre Lafage dans ses dessins pleins de sublimes pensées , s'est distingué souvent par des compositions de bacchanales, mais il y l'ègne souvent une telle licence qu'il serait d'un dangereux exemple de les exécuter en peinture et de les proposer pour modèles.

Cette courte digression ma écarté pour un moment de la suite des tableaux d'au- tomne. Dans celui-ci , c'est Bacchus lui- même , plein de fraîcheur et de jeunesse, c*estle vainqueur de l'Inde qui, monté sur la proue de son vaisseau dont l'aspect pré- sente une forêt flottante sur la mer, s'avance avec sa troupe joyeuse vers le rocher de Kaxos Ariane abandonnée par son per-

88 E s s A î

fîde amant , pleure ses malheurs et son in- fortune. Le dieu du plaisir s'e'lance de son vaisseau et s'empresse de consoler cette amante délaissée : Ariane attendrie et sen- sible aux caresses du dieu , laisse tomber sur lui un regard languissant , elle consent , pour suivre son nouvel amant, à quitter le ro- cher désert l'abandonna si lâchement l'in- grat Thésée; assise sur son char de triomphe , déjà ses hautes destinées s'annoncent par la couronne d'étoiles qui brille sur sa tête çt qui la place au nombre des constellations.

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surlePatsage. 8^

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U H I V E R,

Xj'hiver , cette saison glace'e la nature engourdie et plongée dans tin sommeil l'e- thargique semble ne rien promettre au paysagiste , a cependant paru plaire , et a fourni les sujets de fort jolis tableaux aux peintres accoutumes à vivre dans les pays glace's du nord de TEurope , et couverts du deuil de la nature.

Les peintres de l'e'cole hollandaise , plus long-temps témoins de ce long engourdis- sement , y ont puise des sujets de tableaux pleins d'intérêt. Les galeries , les cabinets les plus célèbres sont ornés de représen- tations d'hiver.

Tantôt ils ont peint des scènes naïves et familières , puisées dans les habitudes des gens de la campagne ; tantôt ce sont <Jes rivières , des canaux glacés , couverts

go Essai

d'un nombre infini de patineurs , de traî-

naux, c'est un jour de fête.

Si la variété' de ce tableau plait et charme l'amateur , il ne goûte pas moins de plai- sir à considérer la simple imitation de l'humble chaumière du paysan couverte de neige ainsi que les arbres qui l'environ- nent , quoique d'une teinte uniforme y mais quelques figures charge'es de bois et de bourrées ëgayent le silence de la nature. L'effet sombre et vaporeux du ciel ajoute encore à la blancheur de la neige qui n'est obscurcie que par la fumëe des chaumières. Les deux frères Ostade, JVouwermans et Teniers se sont exerces avec succès dans la repre'sentation de l'hiver.

Il faut que le paysagiste soit bien en garde contre la crudité des couleurs , et qu'il ne rejette pas ce défaut commun dans les ouvrcTges de quelques grands maîtres ^ sur l'exacte imitation de la nature , qui ne se présente qu'avec le vernis de l'harmonie^k

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SUR LE Paysage. 91

Il est à remarquer que quelles que soient la force et la vigueur des tons qu'elle pré- sente , il y a toujours pour l'œil de l'ob- servateur exerce' un passage insensible du fort au faible. Il existe un air ambiant entre l'œil et l'objet qui corrige l'àcrete' des cou- leurs.

C'est cet air ambiant qui se fait sur-tout remarquer dans les beaux temps de l'e'té , par une espèce d'oscillation qui adoucit et qui re'pand une sorte de tendresse sur les objets à mesure qu'ils s'éloignent de l'œil , d'où naît cette douce harmonie , cette va- peur qui causent au peintre un plaisir qu'il est difficile d'exprimer.

Le peintre de paysages doit être bien persuadé que ses tableaux plairont d'autant plus qu'il aura trouvé l'art d'y semer beau- coup de variété , soit dans le choix des lignes , soit dans celui des diverses espèces d'arbres dont il doit parfaitement désigner le feuiller et les formes différentes.

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0^ Essai

C'est de ce contraste que de'pend le succès du peintre qui doit observer sans cesse pour ne pas se laisser entraîner à la fastidieuse monotonie de certains artistes dont le fouiller est sans cesse le même par tout , jusques dans les derniers plans du tableau , quelle que soit la de'gradation de la pers- pective aérienne.

Il est nécessaire qu'il s'attache de bonne beure à varier non seulement les formes des arbres , mais à donner à chaque espèce le caractère et la couleur qui lui conviennent et qui les fassent reconnaître au premier aperçu ; c'est en quoi le Poussin , ce savant et judicieux observateur de la nature , s'est montré si supérieur.

II est facile de remarquer que ce grand peintre lorsqu'il s'est livré au paysage , a affecté de placer chaque espèce d^arbres à l'endroit le plus convenable du tableau ; il a eu soin de disposer dans les plans les plus éloigne's les ai^bres dont le feuille?

stjrlePâysage. g3

|)roduit les plus grandes masses ^ et il a place sur les autres plans jusque sur le devant de son tableau ceux dont les feuilles sont plus larges et de formes plus distinctes. Claude le Lorrain brille e'galement par l'ordre il a su les placer , et dans l'art de faire reconnaître chaque espèce parti- culière. Plusieurs autres grands paysagistes ont suivi le même système , et ont laissé de savants et durables monuments de leur talent.

Je ne puis cesser de parler des arbres que la nature se plait à placer sous les yeux du paysagiste , sans l'engager , s'il est curieux de sa réputation et de captiver les suffrages des amateurs , à les étudier chacun en particulier pour se pénétrer de la forme , de la couleur de chaque tronc €t de leur feuiller.

Beaucoup de peintres paysagistes , sans s'inquiéter de cette étude d'où dépend tout leur succès , se font une manière de feuiller

94 Essai

de pratique qu'ils adaptent à tous les ar- bres , ce qui rend leur touche lourde , ou sèche et monotone : aussi est-il impossible de distinguer dans leurs tableaux un orme d'avec un saule , ni un chêne avec un tilleul ; ils ne veulent pas observer que la nature leur apprend à connaître , même de fort loin , tous les arbres , par la diffe'rence de leur couleur ou de leur forme.

Pour parvenir à la véritable perfection , il faut bien étudier la nature , les diverses espèces de feuilles et la couleur qu'oflrent les arbres vus à une certaine distance ; remarquer si les masses en sont grandes ou serrées ; de quelle manière elles for- ment des bouquets , et comment se termine la tête des arbres ; chez les uns , comme le hêtre , le marronnier , en formes arrondies ; chez les autres , comme l'orme, le chêne, le frêne , le platane , en formes plus aiguës €t plus délie'es. Le paysagiste ne doit pas ctre moins attenlii à observer le vert des

siTR lE Paysage. gS

arbres depuis leur naissance au printemps jusqu'à leur accroissement en e'të , et leur de'cre'pitude à la fin de l'automne.

Il ne doit pas porter moins d'attention à la forme des troncs d'arbres qui sont tan- tôt droits , tantôt tortus suivant les ter- rains où ils sont plantes.

Il faut bien observer qu'il existe autant de différence entre les troncs d'arbres qu'en- tre leur feuiller , et qu'ils offrent des for- mes plus belles ou plus pittoresques , tant par leur couleur locale que par les acci- dents qui les varient à l'infini. Ce qui doit sur - tout fixer l'attention du paysagiste , c'est de ne pas placer le feuiller d'un frêne sur le tronc d'un chêne ou d'un tilleul , ni celui d'un saule sur un orme ; car cha- que espèce de tronc a le feuiller qui lui est propre : observation que ne'gligent un grand nombre de ceux qui s'adonnent au paysage.

Il faut aussi e'viter avec grand soin du

f^G Essai

ne pas découper sur le ciel d'une manière dure le feuiller des arbres ; Te'tude de la nature et la re'flexion nous apprennent que les extrémités des arbres , même les plus proches de la vue , se fondent avec le ciel , et y deviennent vagues et indécises ; cet effet est sur-tout bien plus remarquable encore dans les lointains tous les objets ^^ont se perdre et se fondre avec l'horison.

Le peintre du genre de paysage héroï- que ne doit pas mettre moins d'attention à ne placer dans ses scènes historiques que les espèces d'arbres propres au pays il place son sujet; mais je le suppose assez instruit par la lecture des auteurs pour ne pas tomber en de semblables fau- tes ; car rien de plus ridicule que de voir une fuite en Egypte , placée dans un pay- sage moderne et couverte de chaumières , de'faut qui se remarque souvent dans les paysages des peintres de l'e'cole flamande et hollandaise»

SUR LE Pays AGE. 97

La présence, du soleil est de ne'cessité absolue pour la beauté' du paysage , à moins qu'il ne soit question de repre'senter die grands effets de pluie , ou des orages ; hors ces cas particuliers , le soleil est Tanie du paysage. C'est le soleil qui prodigue et as- signe à tous les objets cette couleur bril- lante et lumineuse qui donne tant de charmes à la peinture , et qui décide la forme exacte de l'ombre et de la lumière sans lesquelles un tableau ne peut produire aucun eftet.

Le paysagiste doit bien observer que tous les objets que lui pre'sente la nature ont une teinte transparente et semblable à l'émail , qu'ils ne doivent être peints qu'avec beaucoup de légèreté et sans être peines par un travail difficile : il faut éviter d'em- ployer des couleurs lourdes et opaques dans les ombres , et sur-tout bien se garder de tout ce qui sent la pesanteur , la froideur et la peine.

98 Essai

Le ciel et l'eau veulent être traites par une main facile et intelligente , qui sache bien en combiner les formes et la couleur; rien de plus désagréable que de fatiguer et de revenir plusieurs fois sur^ces deux belles parties du paysage qui en sont Tame pour ainsi dire.

Les terrains divers , les pierres , les mar- bres , les écorces d'arbres demandent à être traités d'une manière transparente et fine ; les écorces d'arbres sur-tout ont je ne sais quoi de léger et de brillant qu'il est im- possible de bien imiter sans glacis , je sup- pose même qu'il faille empâter par-dessus certaines parties , lorsqu'elles sont frappées des rayons du soleil , ou couvertes de di- verses couches de mousses de couleurs claires.

L'observation de la nature peut seule in- <liquer au peintre ce qu'il est plus aisé de sentir soi-mcme par la pratique , que de faire entendre ; c'est dans l'habitude de

SUR LE Paysage. 99

la voir , de la consulter , que l'on prend de grandes leçons , la manière de rendre chaque objet, et la touche qui lui est pro- pre.

Je le répète encore , malheur aux peintres négligents qui , se laissant aller à un travail d'habitude et journalier , n'ont qu'une seule et même touche propre pour toutes les par-? Ùes de leur tableau , et qui ne font sans cesse que se répéter. Ce n'est plus alors qu'un métier , ce ja'est plus qu'une fabrique de tableaux.

too Essai

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z js s Arbres.

XL est à remarquer que vers le milieu de l'automne quelques arbres commencent à perdre de leurs feuilles, et laissent aperce- voir déjà une grande partie de leur bois , je dirais presque de leur osteologie ; ce qui produit un assez bon effet sur la masse des autres arbres qui ont conservé leur feuillage intact.

A cette époque , les cliênes , les ormes sont encore d'un beau vert , tandis que les hêtres commencent à se revêtir d'une teinte jaunâtre et couleur de feuille morte. Di- verses espèces d'arbres , tels que les peu- pliers , les tilleuls ne présentent plus dans leurs rameaux dépouillés qu'un long as- semblage de branches fines qui vues de loin ressemblent un peu à des plumes.

Les bouleaux aux feuilles jaunissantes , se

suRLE Paysage. roi

détachent en clair sur les grandes niasses des forêts.

Leur e'corce le'gère , tantôt blanche et éblouissante comme l'argent , tantôt de cou- leur de chair, ou souvent d'un jaune vif et dore , a tout le poli du métal le plus brillant.

Ce n'est qu'avec des glacis que le peintre pourra parvenir à rendre toute la finesse , la le'gèrete et la transparence de ces diverses ecorces , dont quelques-unes offrent l'image de la plus brillante peau de serpent.

L'écorce blanche et lisse du hêtre , souvent traversée par de longues taches grises et noires , est couverte par plusieurs espèces de mousses jaunes et blanchâtres qui se mêlent à une autre espèce de mousse du plus beau vert , laquelle prenant nais- sance vers sa base se prolonge le long de son tronc , et produit sur cet arbre les effets les plus pittoresques et les plus baillants.

iô§ Essai

Le chêne arrivé à un grand âccroissc- inent offre un feuiller de forme très-pi- quante. Rien de plus pittoresque que ce ge'ant des forêts , dont l'aspect imposant plait toujours à Tœil , et qui veut être peint avec beaucoup d'esprit et de tact. L'écorcè du chêne à quelque chose d'âpre au pre- mier aperçu , tantôt de couleur grisé fonce'e , d'un ton vineujt, ou brun fort suivant les différents terrains sur lequel cet arbre est planté. Son écorce sillonnée du haut en bas en forme de cordes enlacées , lui donne un caractère heurté et rude au toucher, et le fait différer des autres arbres : assez souvent une mousse blanche très- claire vient égayer la couleur triste de son écorce , et elle se prolonge chez beau^ coup d'individus dans toute l'étendue des branches qui, peu semblables à celles des autres arbres , sont presque toujours bizar- rement fourchues et tortueuses. C'est ce que Berchem , Both d'Italie , Evcrdingeft

SUR LE PÀTSAGE. Io5

et Pinaher ont merveilleusement rendu dans leurs tableaux charmants et pleins d'esprit \ en France le Prince ne les a pas peints avec moins de talent , on peut même dire que c'est une des parties il a. triomphe.

Le platane dont les feuilles larges et épais- ses ont quelque ressemblance avec celles du sycomore , qui sont cependant plus lé- gères , est encore un des arbres les plus pittoresques. Son feuiller, d'un vert brillant , devient vers l'automne , partie jaune , partie d'un rouge vif couleur de feu , ce qui donne à cet arbre beaucoup d'éclat. Rien n'est plus piquant et plus transparent que ses feuilles éclairées en dessous expo- sées à la lumière du soleil ; elles pren- nent alors un ton d'un vert jaunâtre, d'une transparence admirable. Cet arbre est des plus propres au paysage > à cause des formes variées qu'il présente en tous seiïs.

to/f Essai

J'ai remarqué jusqu'ici dans les ouvrage* des peintres français, un exemple frappant de ce que je viens d'annoncer de l'effet du platane éclairé en-dessous par l'effet du coucher du soleil , c'est dans un tableau peint par un amateur (i) des beaux arts , qui a pris une place très-distinguée parmi les artistes de nos jours. Son paysage exposé au salon de 1810, représentait une maison de campagne aux environs de Rome , sur le haut d'un perron , Horace lisait ses odes à Mécènes. Ce tableau peint avec tout l'esprit possible et du plus beau ton de couleur , attirait tout les regards et devail obtenir les suffrages de tous les hommes de goût. Jamais le caractère distinctif du platane ne fut rendu avec plus de vérité et d'esprit. L'écorce du platane est d'un blanc gris , il la perd périodiquement et elle se détache du tronc en grands mor-

(i) M. cle Turpin»

SUR LE Paysage. ro5

ceaux de diverses formes; alors la nouvelle peau qui se de'couvre à la chute de l'ëcorce , est d'un vert lisse et quelquefois de cou- leur jaunâtre.

Les troncs de tous les arbres sont assez ordinairement de couleur grise plus ou moins .fonce'e , souvent mêlée d'un ton vineux ou violâlre qui en adoucit Pâprete, Les diverses mousses et les plantes para- sites qui les enlacent et qui les couvrent en tous sens, y apportent une diversité de formes et de couleur très-agréables.

Le châtaignier et le marronnier d'Inde forment les plus belles masses de feuilles. L'ccorce de ces arbres est brune ou d*un gris blanchâtre par l'effet des mousses qui s'y attachent. Us. ont été chéris particulièrement par de très-habiles peintres de paysages ; on les voit souvent paraître dans les savants tableaux du Poussin et du Lorrain.

Le feuiller de l'acacia d'un vert très-brillant, tombant en forme de plumes, se détachq

io6 Essai

merveilleusement sur des arbres plus rem- brunis. Ce joli arbre produit à certaine dis- tance des masses le'gères , son aspect est pit- toresque.

Le noyer d'un feuiller large et d'un beau vert peut être employé avec succès dans les groupes d'arbres d'une haute propor- tion ; son ensemble est grand et majestueux.

Le frêne doit occuper une place hono- rable dans les tableaux de paysages , il veut être associé aux très - grandes mas- ses d'arbres , adossé et mêlé avec les chê- nes et les hêtres , sur-tout dans les parties les plus éclairées du tableau , à cause de sa belle couleur d'un vert clair et de la légèreté de son feuiller. Il est à remarquer que ses feuilles , disposées en forme de main ou d'éventail, se présentent en descendant, dans l'état de calme, et ne changent de forme que lorsqu'elles sont agitées par le vent.

Les arbres sombres et toujours verts , tels que le sapin , les mélèzes , les cèdres > les

SUR LE Paysage. 107

cyprès , les ifs , veulent être placés sur les tôchers ils semblent se complaire et ou ils produisent un bon eflet , par Toppositioa de leur couleur forte et rembrunie avec la blancheur et les tons dore's de la pierre.

Everdiiigen est un des paysagistes qui a su employer les sapins avec le plus de succès dans ses tableaux admirables il a peint des chutes d'eau.

On aime à voir dans les lieux frais et hu- mides s'abaisser le saule pleureur et se pein- dre dans le cristal des eaux ; cet arbre se plait a couvrir de son ombre hospitalière , l'urne de l'amour et de l' amitié, les restes d'un e'poux , d'une épouse , ou de l'enfant doux gage de leur hymene'e.

La pre'sence du saule pleureur inspire naturellement la mélancolie , son feuiller souple et léger se détache merveilleusement sur les masses qui l'environnent et lui ser* vent de fonds.

Divers arbres dont les ecorces sont pour

io8 Essai

l'ordinaire d'une couleur tendre , paraissent très-bruns et d'u"n vert sombre et noir lorsque plantes dans des lieux humides , ils se couvrent bientôt d'une mousse noirâtre. Presque tous deviennent ligneux et rabo- teux ; le lierre parasite ( image de ces êtres qui sans cesse s'attachent à nos pas avec l'air de l'amitië , dont ils n'ont que l'apparence , ) s'accroche avec ténacité à leur tronc et les serre jusqu'à la cime.

Rien de plus riche cependant que ces nouveaux ornements d'un beau vert , qui offrent au peintre le moyen de varier ses jouissances et l'effet de ses tableaux. Le Lorrain et Htrnian d'Italie n'ont pas né- glige' d'en enrichir leurs admirables pro- ductions.

Les arbustes , les buissons de toutes les formes, de toutes les couleurs, contribuent aussi à donner au paysage cette richesse , cette abondance qui contrastent avec la sé- cheresse et la ste'rilité de certains tableaux:

SUR LE Paysage. 109

maigres l'herbe croît à peine et dans lesquels le peintre a craint de faire paraître des arbres.

S'il est nécessaire de découvrir en cer- taines occasions les branches des arbres , il ne faut pas trop en multiplier la pré- sence dans les grandes compositions l'on doit voir, autant qu'il est possible de belles masses ; cette remarque s'étend particulièrement au genre héroïque. C'est sur-tout sur les premiers plans qu'il est nécessaire de faire briller les détails, les- quels deviennent presque inutiles dans les autres plans , et à mesure qu'ils s'éloi- gnent de l'œil. Combien de peintres sont tombés dans cette faute , pour avoir voulu trop finir et entrer dans des détails minu- tieux.

La nature vue à différentes distances donne d'excellentes leçons à celui qui veut l'observer avec attention.

Les arbres dont les feuilles sont d'une

tio EssAt

grande proportion , tels que le figuier , le catalpa , le platane , le sycomore et autres de cette espèce , doivent trouver leur place et briller sur les premiers plans du tableau y parce qu'il est plus aisé d'en accuser les de'tails.

Est-il rien de plus pittoresque que de voir ces arbres place's près d'un grand monu- ment et groupes près des ruines d'édifices antiques , avec lesquelles ils se lient toujours majestueusement.

Viennent ensuite les plantes à feuilles larges , rampantes , ou formant buisson , les- quelles produisent un bon effet sur les devants du tableau , et dont la variété et les

détails enrichissent les terrasses (i).

' ' ' ■■ f

(i) On appelle terrasse en peinture ,Ies chemins, les diverses portions de terre , ce qui s'entend bien différemment d'une partie e'ieve'e de jardin , qui est l'ouvrage de la main de l'horame , et que l'on appelle terrasse. Ce mot est encore employé dans l'art de fortifier les places de guerre.

surlePaysage. iir

La grande consoude aux feuilles larges en forme d'acanthe , les diverses espèces de chardons , les roses-trëmières , les mo- laines et les touffes de guimauve à la feuille grise et veloutée, toutes ces plantes aux- quelles la nature a assigné des couleurs et des verts si différents , ne sont pas moins admirables dans -les détails, placées sur le devant du tableau. Peignez-vous des lieux aquatiques , des fonds de forets , des lacs , des rivières , des ruisseaux d'eau vive et cou- rante ? N'oubliez pas la large feuille du nénu- phar élevant sa tête à la surface de l'eau, les roseaux de diverses formes , les iris , les joncs de toute espèce qui se reprodui- sent avec autant d'abondance que de variété dans les lieux humides , et qui ne plaisent qu'autant qu'ils sont exécutés par une main prompte et avec une touche fine et spiri- tuelle. Croyez que rien n'est plus désagréable à l'œil et plus insipide que ces objets traités d'une manière lourde et fatiguée.

112 Essai

Les pierres , les divers cailloux places à propos mais comme par hasard , concoii- rent souvent à faire briller un tapis de verdure. Il faut les placer en plus grande quantité , lorsqu'ils sont plus près des ro- chers ou des terrains expose's à la dégra- dation des pluies ou des torrents.

C'est toujours avec mode'ration qu'il faut employer cette ressource , qui , quoique pit- toresque , conduit naturellement à des de'- tails trop arides , souvent minutieux ; on sait que le trop est voisin du pire.

Une des choses qui doit fixer particuliè- rement l'attealion du paysagiste , c'est la diversité des tons de couleur , lorsqu'ils sont animés par la lumière du soleil , suivant l'heure du jour et les saisons , leur couleur naturelle ou éclairée , et celle qu'ils con- servent dans l'ombre.

Il faut remarquer sur-tout cette variété infinie de couleurs , et le passage continuel du jaune au gris , du rouge , des bruns au

sr r. I E P A Y > A GE. Il5

blanc. A peine troiive-t-oa sm- la palette la richesse immense de tons que présentent les bizarreries de la nature.

Est-il rien tle plus imposant , de plus riche en tons de couleurs que l'aspect de ces vastes ravins creuses par le temps et qui devenus des antres profonds ser- vent de retraite aux animaux sauvages qui eVitent la pre'sence de l'homme.

Il est rare de ne pas e'prouver une sorte de terreur secrète lorsqu'on y pénètre pour la première fois.

C'est dans ces vestiges de la nature boule- versée , les diverses couches de pierres et de terres sont à nu , que le peintre dé- couvre une foule de détails et une infinité de tons de couleurs plus riches les uns que les autres , et les eîYets les plus pittoresques. Des arbres à demi-rompus, dont les racines découvertes par le passage des eaux ont formé d'autres troncs d'arbres qui parais- sent ne plus appartenir à la terre qui les

ii4 Essai

nourrit , menaces sans cesse d'une chute prochaine , ils re'sistent depuis long-tems aux torrents qui les traversent , les e'branlent et qui les entraîneront un jour.

Des ronces épaissies par les années , des lianes dont les nouvelles pousses s* abaissent chaque printemps sur les débris des ancien- nes , tapissent tristement ces lieux sauva- ges où la présence du soleil produit par d'heureux hasards les effets les plus piquants.

Comme ce tableau s'anime lorsqu'après un grand orage y les eaux arrivant en abon- dance , se précipitent par toutes les ouver- tures de ce ténébreux réduit avec un bruit semblable à celui de l'Océan en courroux , el entraînent dans leur chute rapide des masses de terre et de rochers qui tombent et se brisent au fond de ces gouffres , dont elles augmentent chaque année la profondeur.

Ainsi la nature se plait à donner au peintre , par son intarissable variété , de grandes leçons pour qu'il évite la monoto*

stJR LE Paysage. ii5

tiie qui refroidit le génie et qui altie'dit les conceptions des arts.

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Des rochers , des montagnes et

DES EAUX*

JLjes rochers et les montagnes forment une des parties des plus intéressantes du paysage.

Il est rare de ne pas rencontrer ces masses imposantes , soit dans les points de vue dessinés d'après nature , soit dans les ta- bleaux composes ou dans ceux du style héroï^ que dont elles sont parties intégrantes , et auxquels elles ajoutent un grand in- térêt.

Le peintre de paysages jaloux de sa gloire , doit s'attacher à les imiter tels que la nature les lui présente avec leurs formes bizarres , sans les défigurer , ni les broder, comme cela ne se remarque que trop souvent dans beau-

I iG Essai

coup de tableaux les monlagnes et les rochers ne sont que le produit d'une ima- gination de're'gle'e , ce qui conduit au mau- rais goût et dege'nère en manière.

Les rochers sont de formes diverses suivant les lieux la nature les a place's. Ceux qui servent de limites à la vaste étendue des mers , varient suivants les climats ; ils se dessinent d'une manière plus pittoresque , par les accidents qu'ils éprouvent , soit par le mouvement habituel des vagues qui les minent peu à peu , soit par les ouragans et la chute des eaux qui y causent de fré- quents et terribles eboulements.

Les rochers qui servent d'enceinte aux eaux de la Me'diterrane'e ont plus de gran- deur et de majesté. Leurs formes sont bizar- res et pittoresques , et par conséquent plus propres à briller en peinture , sur-tout par l'émail varié des couleurs , avantage que n'of- frent point les côtes de l'Océan , qui sont en général d'un ton grisâtre ^ blanc , jaune clair

SUR LE Paysage. 117

et assez souvent mêlées de couleur de rouille par la chute et l'ébOulement des terres argil- leuses qui les couvrent vers leur sommet. Les Alpes , les Pyre'nëes , ces colosses im- menses formés de couches de terres colore'es et de divers granits , offrent à l'observateur une richesse de tons de couleurs sans nom- bre : aussi c'est la mine féconde que doiÈ exploiter le paysagiste.

C'est en les parcourant qu'il découvrira à chaque pas de nouvelles merveilles, qu'il prendra de grandes leçons d'effet et de cou- leur , et qu'il agrandira le domaine de son génie. La vérité doit guider le paysagistes dans ces études; je le répète, il faut qu'il en dessine les formes telles qu'elles s'offrent à ses yeux ; qu'il soit sur-tout attentif à saisir- les effets produits par les rayons du soleil ; qu'il observe la richesse de couleur qu'aug- mente la présence de cet astre dont la lumière embellit et vivifie toute la nature. L'intérieur des rochers par d^s causes?:

ii8 Essai

naturelles ou par une longue suite du tra- vail de l'homme , recèle des cavernes pro- fondes souvent abandonne'es depuis une Jongu€ suite de siècles. L'amour de l'art et de la science y conduit naturellement l'ar- tiste observateur qu'aucune crainte vulgaire ne peut arrêter , il y pénètre avec ce cou- rage héroïque c^i ne connaît point d'obs- tacles. Que de sujets d'admiration ne trouve- t-ilpasà mesure qu'il pénètre sous ces voûtes profondes des percées laissent quelque- fois pénétrer de très-haut la lumière du soleil } Quels effets piquants ne produisent pas les rayons de cet astre lumineux par les divers accidents de ces voûtes inégales dont les arcs se brisent en tous sens et auxquels cette clarté subite prête des formes plus variées et plus singulières ! La lumière perce et disparaît tour à tour et se joue dans ces voûtes fracassées auxquelles le temps et les divers éléments ont imprimé des formes aussi bizarres que terribles. Des longues

^

SUR LE Paysage. iig

herbes de/ toutes espèces , des arbres tor- tueux pe'nètrent et percent dans ces réduits obscurs par les brisures des rochers et semblent vouloir par leur verdure diminuer l'horreur et l'âpreté de ces lieux sauvages.

Il est assez ordinaire de voir des eaux lim- pides couler à travers les débris des rochers et produire un léger murmure qui se pro- page et se répète sous ces voûtes mal assurées.

De paisibles troupeaux viennent y cher- cher le frais pendant les ardeurs brûlantes de l'été, et par leurs longs mugissements rompent le silence de ces retraites soli- taires.

Que de tableaux , quelle foule d'images pour le génie du paysagiste !

Les plus habiles peintres de paysages ont su tirer un grand parti des rochers et des cavernes dont ils ont fait d'admirables ta- bleaux. Paul jBrily Bartholomée Bréemherg , le Lorrain , Herman d'Italie , Sahator Hosa, Vernet et beaucoup d'autres Ti.ovk%

120 Essai

ont laissé en ce genre des preuves incon-*

testables de leur talent.

Il est cependant peu d'objets dans la natu-^ re qui aient e'të aussi souvent de'figure's en peinture que les rochers. Beaucoup de peintres les ont peints à leur guise, et ne suivant que leur caprice, leur ont assigné des formes et des couleurs purement de convention.

Si plusieurs peintres se sont laissé en- traîner à cette routine perfide et dangereuse , combien aus^i en peut-on citer qui les ont rendus avec grandeur , avec noblesse, avec la vérité de la nature , et dont les noms ce-? lèbres enrichissent les annales des arts.

Les hautes montagnes tantôt couronnées de vastes forêts , tantôt couvertes d'un gazon aussi doux que le velours. , offrent un pâlu-î rage agréable aux bêtes à laine qui les ani-i jnent et en égayent la monotonie.

Les plateaux que la nature y a placés è diverses hiiuteurs pour offrir dçs lieux

SUR LE Paysage. 121

de repos au voyageur, et de gras pâturages aux troupeaux , sont souvent raffraîchis par la présence d'un lac ou d'une source d'eau pure qui après avoir serpente en différents sens va se. précipiter en cascade dans la profondeur des vallées.

C'est ainsi que la nature riche et variée dans ses productions offre sans cesse à l'ob- servateur et au peintre , des plaisirs purs , sans mélange d'amertume , qui loin de nuire à la santé concourent à en assurer l'exis-' tence et à faire trouver le bonheur que cherchent vainement les êtres insensibles au charme des arts.

laA Essai

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Du CIEL ET DE Z'eAU,

J_jEs ciels veulent être Iraite's par une lîiain sûre , légère et facile , qui sache les exé- cuter avec la rapidité de la pensée et avec le moins de travail possible. Cette partie si intéressante du paysage doit être peinte presque au premier coup.

Il est rare en revenant plusieurs fois sur un ciel de ne pas en appesantir et la cou- leur et la forme des nuages. Le pltis beau tableau de paysage dont le ciel serait exé- cuté avec peine et dans lequel on aper- cevrait trop de travail , perdrait beaucoup de son mérite aux yeux du véritable con- naisseur.

Avec quel plaisir on admire les beaux ciels de Berchem , de Carie Dujardin > de Both d'Italie, dont les nuages légers et de belles formes semblent poussés au gré des vents. Quelle douce illusion n'excitent

SUR LE Paysage. ï23

pas ces peintres en possession de rendre avec autant d'art que de franchise cette belle partie du paysage.

Parmi les modernes on doit citer comme de véritables modèles en cette partie , P^er^ net , Dfétrici , Loutherboiirg , Fragonard , le Prince et plusieurs autres dont le pin- ceau habile a re'pandu tant de charmes dans leurs intéressants tableaux.

Les ciels ne peuvent plaire qu'autant qu'ils sont le'gers et transparents comme l'air qu'ils représentent. La forme àes nuages doit se faire avec choix , avec goût ; le soir, le matin sont les moments les plus favo- rables pour étudier les beaux effets du ciel. C'est sur-tout après les violents orages que se forment ordinairement ces plus beaux accidents et que les nuages prennent des formes plus pittoresques.

Les ciels doivent être essentiellement va- poreux et peu charges de couleur , d'un tra- Yail simple que l'œil n'aperçoive qu'à peine»

12^ Es S A3

Il faut les ébaucher le'gèrement , les fonds d'impression blanche sont les plus propres pour obtenir celte légèreté , cette transpa- rence de couleur et ce charme que l'on doit de'sirer.

Il faut autant que possible employer l'ou- tremer dans la confection des ciels, celte couleur est la seule propre à imiter le vrai ton de la nature , elle a l'avantage de ne jamais s'altérer; toutes les autres couleurs, telles que le bleu de Prusse et autres chan^ gent beaucoup avec le temps et ne peuvent jamais produire la belle transparence du ciel.

Il faut bien se garder d'employer aucunes couleurs lourdes ou terreuses dans l'exécu- tion des ciels, quelque bruns et orageux qu'on les suppose. Que toujours les couleurs lé- gères et diaphanes de votre palette servent à former les teintes des ciels.

La pratique de bien peindre cette belle partie de la peinture , n'est donnée qu'à

SUR LE P A Y s AGE. tû5

titi très-petit nombre d'hommes ; et il est aisé de se convaincre de celte vérité , en examinant avec attention les divers ta^ bleaux qui composent une galerie ou un. cabinet.

C'est qu'il est facile de reconnaître les peintres qui ont reçu en naissant cette exé- cution facile tellement nécessaire pour bien peindre les ciels : au surplus c'est en ob- servant les tableaux des maîtres qui se sont le plus distingués dans cette partie , c'est sur-tout en consultant la nature , en saisissant avec discernement et avec goût les beaux effets du ciel , que le peintre peut parvenir à plaire.

Il faut bien se pénétrer de la distance extrême qu'il y a de la lumière du ciel à tous les objets terrestres, quelle que soit la force de la lumière , c'est une observation dont le peintre ne doit jamais s'écarter.

Il est bien difficile de parler des ciels , sans s'arrêter également sur les effets de

120 Essai

Teau qui , n'ayant de couleur que celle qu'elle emprunte du ciel , doit être peinte avec la même le'gèrete.

Les eaux sont le miroir de tous les objets qui les environnent , dans lesquelles leurs reflets forment un double tableau. L'e'tude et l'observation seules peuvent apprendre au peintre la belle manière de rendre ces divers objets qui contribuent à donner aux eaux cette transparence , cette le'gèrete , sans lesquelles on manque le but qu'on s'est propose , qui est la ve'ritable imitation de la nature.

Si j'ai dit qu'il fallait une grande légèreté

de main pour^eindre le ciel , quelle adresse

■à ne faut-il pas aussi pour imiter l'effet des

eaux , soit qu'elles coulent paisiblement , soit qu'agite'es par l'aquilon , elles élèvent leurs vagues ecumahtes en forme de mon- tagnes , ou qu'elles se précipitent en cas- cades du haut des monts escarpe's pour tomber en gros bouillons à travers une

SUR LE Paysage. 127

Vapeur humide et semblable à la poussière.

Le peintre doit s'attacher à bien pre'parer ses dessous pour placer avec finesse les touches brillantes de lumière ëmane'e du soleil, si nécessaires pour donner à l'eau cette transparence qui, lorsqu'elle est tour- mente'e au contraire par une main lourde et inhabile , ne produit que des eaux opa- ques et terreuses.

Quel spectacle plus piquant que les eaux vues au coucher du soleil , lorsque s'em- parant tout à covip de la couleur dorée ou violàtre de cet astre brûlant, elles parais- sent un fleuve de feu , ainsi que les mon- tagnes, et tous les objets d'alentour l Ces effets admirables qui s'évanouissent et se dissipent presqu' aussi-tôt , doivent être sai- sis promptement. C'est au reste à la mé- moire du peintre observateur et habitué à consulter la nature , à lui retracer cet accord de tons , de lumière et cette douce har- moaie qui fait le charme de la peinture.

128 EssAt

Nous venons de parcourir l'histoire et la théorie du paysage ; nous avons vu quels délices et quel charme l'exercice de cette belle partie de la peinture procure à ceux qui s'y adonnent avec cet instinct naturel et ce sentiment qui nous entraînent vers l'étude des beaux arts.

Après nous être occupés des divisions du paysage et avoir assigné le mode qui les caractérise chacune en particulier ; après avoir fait connaître aux amateurs les grands maîtres qui se sont distingués dans cha- que genre , il est absolument nécessaire de passer à la pratique ,-et de leur in- diquer les divers procédés usités et adop- tés jusqu'ici pour peindre le paysage avec succès.

J'ai cru qu'il était indispensable , après avoir traité de l'historique et de la théorie du paysage , de terminer cet essai par des leçons pratiques , sur-tout pour les ama- teurs auxquels je l'ai destiné spécialement.

SUR LE Paysage. isg

J'ai fait ensorte de ne négliger aucuns des de'tails propres à leur appîanir les dif- ficulte's qui peuvent les arrêter. Je parle sur-tout pour ceux qui , loin du secours des maîtres , isolés dans les campagnes situées à une longue distancé des grandes villes , sont ol^ligés d'étudier par eux-mê- mes et d'après leurs propres observations sur la nature.

Il y a dans cette dernière partie quel- ques détails qui paraîtront peut-être minu- tieux à ceux qui ont l'habitude de la pra- tique , mais qui ne peuvent être que de la plus grande utilité pour les amateurs qui ne sont pas à portée de recevoir des leçons ^ et se procurer commodément les choses les plus utiles.

Je me suis fait une loi d'être le plus simple et le plus intelligible possible pour les personnes mêmes qui n'auraient que le pur sentiment des beaux arts sans s'y être livrées.

â

i3o Essai

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Diverses manières de dessiner et de peindre le Paysage*

1°. Aux divers crayons ;

2**. Au lavis , soit à l'encre de la Chine , soit au bistre ou à la se'pia ;

5*^. A l'aquarel ou avec des eaux colorées ;

4°. A la gouache , du mot italien guazza^

5". A la détrempe avec la colle j

6^. A l'huile ;

7'^. Au pastel.

L'étude du Dessin,

On dessine soit à la pierre d'Italie , soit à la pierre noire , dite salée , à la mine de plomb ou au crayon , noirs ordinaires sur le papier blanc. Plusieurs habiles paysa- gistes ont fait ainsi leurs études d'après

SUR LE Paysage. i5i

nature , en se contentant de passer ensuile un léger lavis d'encre de la Chine ou de bistre ^ur ces études au crayon ; cette ma- nière large et expe'ditive convient parfai- tement à ceux qui ont acquis une longue habitude de saisir la nature sur le fait. Ceux qui sont moins avancés dans la pra- tique doivent terminer avec soin leurs étu- des au crayon , et se servir de l'estompe pour finir et donner plus d'harmonie à leurs dessins. 11 est une autre manière de dessi- ner aux deux crayons sur papier bleu ou de couleur , en employant le crayon noir et blanc. Ce genre de dessin , fort expéditif , rend très-promptement les véritables effets de la lumière et de l'ombre ; et cette manière de faire ses études d'après nature , se rap- proche plus de la peinture que les précé- dentes.

i 52 Essai

Le Lavis.

Le dessin au lavis se fait ordinairement ou sur un trait de plume fort léger , ou sur le crayon , avec l'encre de la Chine ou toute autre couleur en lavis. Il faut avoir soin de se servir pour cet effet de papier d'Hollande ou de velin bien colle.

Ce genre de dessin veut être traite faci- lement. Il faut sur -tout éviter de laisser sécher les teintes que l'on applique sans les fondre , en les étendant avec un pinceau propre , un peu gros et fourni , et faisant sur-tout la pointe. On met ordinairement à la même ante ou manche deux pinceaux , dont un toujours imbibé d'eau sert à fou-» dre. On peut se servir d'un pinceau plus fin et plus de'lié pour terminer et toucher les objets les plus petits; au surplus , tout cela tient à la pratique et à l'habitude àvk dessinateur.

STJR LE Paysage. i53

On aura soin , avant de procéder au lavis , de bien étendre une feuille de papier sur un panneau très-lisse , en appliquant de la colle de farine seulement sur les bords du papier , de la largeur d'un demi-pouce , ayant eu auparavant la précaution de le mouiller des deux côtés avec une éponge propre. On épure ensuite cette feuille en- tre deux feuilles de papier gris épais qui étanchent l'eau , après quoi on étend sa feuille collée, comme je l'ai dit , tout autour sur la planche ou panneau fait exprès pour coller les dessins. On aura soin de passer le pouce en l'appuyant fortement sur les bords pour s'assurer que le papier est bien collé et adhérent au panneau ; on le lais- sera sécher sans l'exposer au feu ni à un soleil trop vif et qui pourrait le faire déta- ch-er en quelques endroits.

On doit être sûr qu'en le laissant sécher naturellement , il se tendra comme un tam- bour et sera propre à recevoir une seconda

i34 Essai

feuille de papier que l'on collera en plein après l'avoir e'galement mouille'e , si l'on veut donner plus de solidité' au dessin qui doit être colle ensuite sur le fond pre'paré pour le recevoir. On pourra , si l'on veut , coucher tout simplement son dessin sur la première feuille , en se servant du même proce'de' que je viens d'indiquer , c'est-à-- dire en le couvrant en entier de colle et l'étendant également sur le papier de'jà colle , il faut le couvrir d'iuie feuille de papier propre pour pouvoir , sans rien effacer , promener sa main sur la totalité en tous $eiis pour retendre parfaitement et n'y lais- ser aucuns vents. Quand le dessin sera Lien sec , ce sera le moment de le terminer au lavis ; car sans cette précaution de le coller auparavant , on courrait le risque de voir goder son papier, sur-tout si l'on e'teadait le lavis en grandes parties.

Le même procédé s'emploie pour les des-^ sins , soit à l'aquarel ^ soit à la gouache*

SUR LE Paysage. i55

Lorsque le tout est terminé , on enlève le dessin de dessus le panneau en le cou- pant avec la pointe d'un canif appuyé sur une règle pour l'enlever droit : les bords seuls de la première feuille collée restent adhérents au panneau.

L*AquareL

L'aquarel se fait ainsi que le lavis sim- ple dont je viens de tracer les règles , à l'exception qu'après l'avoir légèrement ébau- ché , soit à l'encre de la Chine , soit à la sépia , ce qui vaut mieux selon moi , ce ton produisant plus de douceur et d'harmonie, l'on colore ensuite avec les couleurs en tablettes , dont on trouve des boîtes toutes garnies chez les marchands de couleurs ou de papier à dessin.

Robert , Pérignon , Fragonardy le Prince nous ont laissé des modèles excellents

i56 Essai

dans le genre de l'aquarel. On a depuis cherché à le porter presque à la force de la peinture , en doublant et augmentant les tons qui n'étaient annoncés que légè- rement dans les études des peintres que je viens de citer.

Quelques autres artistes se sont contentés pour faire leurs études en ce genre , de ne passer que dès teintes très-légères ; mais depuis quelques années on a tellement aug- menté la force des couleurs que plusieurs de ces aquarels approchent de la force du ta- bleau. Cette dernière pratique , beaucoup plus agréable que la première , demande aussi beaucoup plus de temps et de travail : on est forcé de repasser plusieurs fois avec les mêmes teintes jusqu'à ce que l'on ait acquis la vigueur désirée. La meilleure manière pour rendre son dessin plus bril- lant , est de repasser moins souvent et d'ap- pliquer les teintes plus vigoureuses d'a- bord 3 mais c'est à la pratique et à l'habi-».

sxjn lE Paysage. iSy

tude de donner cette facilité que l'on n'ac- quiert qu'avec le temps. On recommande donc à ceux qui. n'ont pas obtenu cette habitude , de commencer d'abord par des teintes très-le'gères , et d'augmenter insen- siblement en repassant plusieurs fois et en observant sur-tout de ne pas remettre une teinte sur une autre , qu'elle ne soit parfai- tement sèche ; ce qui produirait un tra- vail mou et desagréable.

J'ai oublié d'avertir que pour tracer le trait du dessin avant de laver il faut se servir d'encre de la Chine , et non d'encre ordinaire qui souvent se délaie avec le lavis. Dans tous les cas , il faut tracer légèrement, de manière que le trait de plume semble disparaître lorsque le lavis est terminé. Plu- sieurs artistes ont souvent même préféré de commencer tout de suite sur un simple trait de crayon ; cette dernière pratique donne ,en général plus d'harmonie , mg^is U faut être bien sûr de son trait , et par

i58 Essai

conséquent avoir beaucoup d'habitude. Les tablettes pour l'aquarel se délayent en petite quantité' dans autant de petits pots plats ou soucoupes que l'on a soin de la- ver chaque fois , car on ne peut trop recom- mander de propreté' dans cette manière de dessiner ; lorsque la couleur est restée pro- pre et a séché dans les petits pots , on aura soin , avant de commencer , d'y mettre fort peu d'eau d'abord et de délayer la couleur avec le doigt ou avec un gros pin- ceau que l'on lavera chaque fois dans un verre d'eau , qui doit se renouveler sou- vent, et dans lequel on lave continuelle- ment ses pinceaux. Il faut éviter que la cou- leur ne reste graveleuse dans les petits pots , ce qui arriverait indubitablement si on commençait par les noyer d'eau. En voici assez , je pense , sur l'article du la- vis , et je passe à la manière de peindra à la gouache.

SUR LE Paysage, iSg

La Gouache,

La peinture à la gouache est la manière «le peindre la plus usitée , après la pein- ture à l'huile : cette peinture , qui a de très-grands avantages pour e'tudier sur la nature , n'a malheureusement pas la durée de celle-ci , mais elle est propre à la ren- dre avec une grande vérité , sur-tout dans les lumières elle surpasse la peinture à l'huile : les bruns sont moins forts et n'ont pas le même éclat ni la même vigueur, La gouache est fragile , ses couleurs pâ- lissent et les lumières noircissent si elles restent exposées sans verre ou sans glace à de mauvaises odeurs dont la fétidité la salit sans retour.

Après avoir rendu compte des avantages et des désavantages de la peinture à la goua- che , il faut convenir qu'il existe dans

i4o Essai

cette manière de peindre un charme inex- plicable par la belle fraîcheur et la virgi- nité des couleurs qui conservent leurs tein- tes naturelles , et qui dans la peinture à l'huile , au contraire , sont altérées , quel- que pure que l'on emploie l'huile , elles perdent toujours en les broyant , leur ton naturel , défaut qui ne se rencontre pas dans la gouache.

Le temps qui détruit tout , me dira-t-on , exerce plus promptement ses ravages sur les tableaux à gouache , un verre peut se casser , on néglige de le remplacer et le tableau court rapidement vers sa ruine.

Celui qui se sent des dispositions pour cette brillante partie de l'art doit avoir ap- porté en naissant une grande prestesse de main , beaucoup de facilité à opérer. 11 faut qu'il ait grand soin de ne pas se laisser entraîner à son abondante facilité et qu'il sache se tenir dans les bornes de l'imita- tion simple de la nature , car il y a tant.

SUR LE PAtSAGE. l4l

d'exemples d'habiles peintres en ce genre qui pour avoir abuse de leur facilité , ont fini par donner dans la manière , par suite de l'habitude des tons , soit violâtres , soit bleus ou jaunes de convention, qui finit par discréditer leurs productions et les con- duisent à la classe des éventaillistes. Mais l'artiste savant qui a su joindre une sage réflexion à sa facilité ne s'écarte jamais des vérités de la nature , et il sera toujours admiré des amis de l'art.

Les gouaches au. Guaspre Poussin y oî" frent de grands modèles en ce genre de peinture , cet habile peintre formé sur la nature , et que la grande passion pour la chasse tenait toujours dans les campagnes, a fait passer dans ses gouaches toutes les varié- tés de l'atmosphère et des différentes heures du jour. Elles ont toute la vérité et pres- que toute la force des peintures à l'huile, tant il a su maîtriser ses teintes , il est sur-tout recommandable par, squ exactitude

îJ{2 EssAi

et son attention à ne jamais s'e'carter des belles et grandes formes de la nature ; ses fonds sur-tout sont admirables par la vapeur aérienne qu'il a su y répandre.

Plusieurs peintres allemands et suisses par- mi lesquels il ne faut pas oublier Djétricl , Guessner ou Gessener, Wagner se sont dis- tingués particulièrement dans ce genre de peinture , mais ils ont pris une toute autre route que le peintre romain j ils y ont mis beaucoup de brillant et de force de couleur ; leur touche fine , spirituelle et ferme , semble innée chez les peintres de cette école, JVagner a laissé une grande quantité de gouaches en petite proportion , qui sont tou- chées avec un esprit infini. Il a peint ses ciels avec un art admirable , sa coutume était de représenter les grands accidents de lumière que donne la nature le matin , le soir et après la fin des grands orages ; il a passé plusieurs années à Paris , il a laissé beaucoup de témoignages de ses talents.

SUR LE Paysage. 243

Un grand nombre d'artistes français se sont distingues dans ce genre de peinture. Clérisseau a peint à la gouache des grands paysages et sur-tout de magnifiques mor- ceaux d'architecture traite's d'un grand goût. Pérignon savant dessinateur de paysages , auquel on doit la majeure partie des vues du voyage de Suisse , n'a pas moins brillé dans la peinture à gouache. Ses dessins à l'aquarel qu'il a traités avec supériorité sont aussi très-recherchés des amateurs.

Houel a fait un immensité de grandes études en ce genre, pendant le long séjour qu'il a fait en Italie à deux reprises dif- férentes , et a laissé des porte-feuilles très- eurieux.

D'autres très-habiles peintres vivants se distinguent de nos jours dans le genre de la gouache. On admire aux diverses ex- positions leurs charmants tableaux ; mais on regrette que ces artistes n'emploient pas ie même talent à peindre des tableaux

t44 EssAi

à l'huile , dont la durée procurerait de plus

longues jouissances aux siècles à venir.

On se sert'pour peindre à H gouaclie, des mêmes couleurs que pour la peinture à l'huile , avec cette diflërence qu'on les era:- ploie avec l'eau de gomme arabique ; il faut éviter que l'eau en soit trop chargée ce qui ferait e'cailler les couleurs et leur donnerait un ton terne j au reste , la pra- tique et l'habitude donnent bientôt la mesure de ces détails.

Il faut faire broyer ses couleurs purement à l'eau et les conserver fraîchement dans autant de petits godets de verre ou de faïence, que l'on couvre d'eau sitôt que l'on cesse de peindre et on la verse le lende- main pour s'en servir. On mêle toutes les couleurs avec l'eau gommée sur une palette de fer blanc , que l'on a grand soin de tenir propre comme dans la peinture à l'huile.

On peint à la gouache sur du papier fort et bien collé , ou sur de la toile très-fine , im-

SUR LE Paysage. i45

primée au blanc de colle , tendue sur un châssis pour traiter les grands objets ; on sert e'galenient de carton et de papier,

II faut avoir soin , comme je l'ai dit au commencement de cet article ^ de coller son papier sur les bords.

On se sert, pour peindre la gouache sur la toile , de brosses fines et de gros pinceaux fort e'iastiques formant bien la pointe pour toucher les clairs et les le'gers détails. Au reste , l'opération est la même que pour la peinture à l'huile , si ce n'est qu'il faut avoir l'attention qu'une partie soit bien sèche pour revenir dessus avec de nouvelles teintes , il faut avoir soin dans les ciels de fondre le tout en même temps ^ ainsi que pour les eaux.

luà -peinturé a détrempe ou a la coller Ce genre de peinture particulièrement

10

i46 Essai

employé pour les décorations de the'âtre et pour tous les de'cors qui ne sont point exposés aux intempéries de l'air , se traite comme la gouache, à la gomme si l'on veut, mais la pratique la plus ordinaire et la plus usitée est de se servir de colle de gants ou de parchemin, avec laquelle on emploie le^ couleurs , ayant soin toutefois de laisser la colle chaudement sur le feu. Ce genre de peinture se retouche à sec si Ton veut, dans les clairs et dans les fortes ombres, '^""^'C'e^t sur-tout à la lumière que la détrempe brille de tout son éclat et qu'elle produit la plus vive illusion. On exécute avec la détrempe, qui demande une grande prati- que et beaucoup d'intelligence, des morceaux d'architecture d'un effet surprenant et des fonds extrêmement vaporeux. Les clairs de la détrempe sont très-brillants et très- lumineux , ils acquièrent une nouvelle force au théâtre par l'adresse avec laquelle on sait les éclairer , mais il faut que les lumières

SUR LE Paysage. i47

soient distribuées par une main savante et intelligente , car sans cela tout l'effet serait manque.

On emploie pour la détrempe les mêmes couleurs qui servent à l'huile j à l'exception pourtant de quelques couleurs tire'es du règnes ve'ge'tal.

L'Italie , ce genre de priature a pris naissance , a posse'dii les plu* grands artis* tes en ce genre et a formé les meilleurs modèles. C'est le pays de la décoration , et elle y a été portée dans les fêtes publiques à un degré de grandiose extraordinaire. Il est cependant vrai de dire qu'en France ce genre est arrivé de nos jours à un point tel qu'il est presque impossible de pouvoir aller plus loin. Des peintres très - habiles en détrempe donnent chaque jour de nou- velles preuves de leurs talents sur nos théâ- tres et notamment sur celui du grand Opéra , où. le prestige de la décoration surpasse toute attente , et je crois que l'Italie n'a

ï48 Essai

plus rien à opposer ù ce qui se fait en

Trance.

La Peinture à l'huile»

On sait que depuis plusieurs siècles la peinture à l'huile a marché avec dignité avant toutes les autres manières de peindre le paysage , tant à cause de la beauté , de la force , de la vigueur des couleurs , que par sa solidité qui lui fait franchir plusieurs siècles,

La peinture à l'huile a*sur~tout l'avantage de pouvoir être fondue avec plus de faci- lité en ce qu'elle sèche moins promptement et que l'on peut retoucher et glacer plu- sieurs fois, et de pouvoir être nettoyée après plusieurs siècles , au point de reprendre sa première fraîcheur sous des mains habiles.

Les couleurs que l'on emploie pour le paysage sont les menées , à quelques excep-

SUR LE Paysage, i49i

tion près, que pour les autres genres. Depuis quelque temps cependant la chimie a fait des découvertes utiles et sur - tout pro- pres à ce genre de peinture , qui sont venues se placer avec beaucoup d'avantages sur la palette du paysagiste ; telles sont les divers jaunes de croms , le beau bleu de cobalt , le vert de chelles et quelques autres qui procurent des tons brillants inconnus jusqu'à nos jours. Ces diverses couleurs doivent être employées avec sagesse et dis- cernement. La palette de la peinture pour le paysage se charge de même que pour les autres genres , en ayant soin de placer plus près du pouce ou du haut de. la palette les couleurs claires, telles que les jaunes d'ocre , de Naples et le blanc de plomb , viennent ensuite le vermillon ou cinabre , le rouge brun , les rouges plus foncés > la laque , l'outremer, la terre de Sienne brûlée > les bleus , les verts , les noirs et la momie. L'outremer est d'une nécessité absolue

i5o Essai

dans le paysage , sur-tout pour peindre les ciels et les eaux avec la transparence de la nature ; cette couleur a entr'aulres le gra<nd avantage de ne jamais s'altérer.

La peinture à l'huile exige une grande propreté sur sa palette qu'il faut nettoyer tous les jours chaque fois qu^elle est plus ou moins barbouillée de teintes inutiles. On a soin d'etilever chaque soir ie^ teintes vierges -que l'on transporte sur une autre palette pour le lendemain \ et on imbibe d^huile en entier celle que I'oh quitte , après J avoir bien essuyée.

Quelques artistes sont aéns l'usage de

relever leurs teintes pour le jour suivant

fct les -eoniseryent sur un morceau de

verre que l'on çouvrç d'eau, danç un vase i " ^q , J9 . «93193 inoa 9^ ff^ '

Il est 'bon d''avertir qwe toutes' l'es terres et 'les coifleurs-clâîrés sècli en t d'^éHés-mémes , niaiS ïl est <i autres couleui^s , telles que les laques , Ie« noirs , les'coui; es aux

SUR LE Paysage. i5i'

glacis comme la momie et les bithumes , qui ne peuvent jamais sécher sans huile sécative, dont il faut bien se garder de se servir dans les autres couleurs , ce qui les jaunirait et les ternirait. Cette huile séca- tive appele'e faussement par les peintres huile grasse , se trouve chez les marchands de couleurs , il y a cependant plusieurs recettes pour la faire soi-même. 11 faut dans tous les cas qu elle soit claire , lim- pide et tirant sur la couleur de bierrefoncée , et l'employer plus nouvelle possible.,. „/ Je recommande sur-tout d'en être trèsr- ëconome, car plusieurs peintres dans le des- sein de faire se'cher plus promptement leurs tableaux , en ont ete les victimes et ont eu Ja douleur de les voir pe'rir de leur vivant; ils ont noirci ou se sont gercés et perdus très-rapidement (i).

(i) Les tableaux de JVatteau et de Casanova, ea ♦ffrent des exemples frappants»

i52 Essai

On éprouve le même inconvénient en se pressant de vernir ses tabjeaux trop tôt , il faut les laisser se'cher pendant plusiem'S mois , car sans cela on e'prouve- raît même sort qti' avec l'huile grasse. Les exempied^^Éfei ces dangeiî&> sont si fre'- quents qu'ils devraient corrigÈi» lés pein- tre^ français, trop' presses de jouir et de faire jouir promptement de leurs produc^ tions. ^V'ï»* ia\) t tsi

Ces observations sont d'un grand poids net veulent être me'ditées par ceux qui désir reront' voir 'leurs tableaux passer h la pos- térité. Les Flamands et les Hollandais dont les tableaux se sont conservés purs jusqu'à hous j se sont bien gardés d'employer trop de sécatif , ce qui prouve en cela leur sobriété et leur patience à laisser bien sécher leurs charmantes productions, qui cependant pour la plupart sont, couvertes de glacis difficiles k sécheF, 'i> ^ miÇi ,,,iï ,

Qn ne peut trop recommander la pureté

SUR LE Paysage. i55

des huiles que l'on emploie (x) , ainsi que la bonne impression des toiles sur lesquelles on peint, de même que les panneaux ou le cuivre qui s'emploient aussi fre'quemment que les toiles. On trouve des toiles toutes préparées chez les marchands de couleurs, mais les peintres jaloux de bien finir leurs ouvrages , préfèrent de faire préparer leurs toiles eux-mêmes et de les faire tendre sur des châssis à clef , qui servent à étendre beaucoup mieux le tableau. Qn fait e'ga- lement préparer ses panneaux, pour lesquels on a soin de faire choisir du bois de chêne très-vieux , avec une ou plusieurs couches de blanc à dorer bien colle' , que l'on fait poncer pour le rendre très-vini , et on peint ensuite, /uoiq

Les panneaux pre'pares à la colle ont

(i) Les huiles propres à la peinture sont l'huile de Hn , l'huile noix et l'huile de pavot , qui est I^ plus blanche, ^juui^Uiiuai^i u

î54 Essai

cet avantage de boire assez promptemeRê l'huile des couleurs , et parconséquent de leur conserver plus de fraîcheur; mais ceux qui ne sont point accoutume'is à peindre sur ces fonds, doivent être avertis que les teintes sèchent très-promptement et paraissent tou- jours ternes > ce qui ne doit pas les effrayer quand ils seront bien sûrs de les avoir faites très-fraîches sur leurs palettes , ainsi tout ceci n'est que l'effet de Tembu, On peut peindre avec facilité sur les panneaux à la colle et lorsque l'on est bien rempli de son sujet. Ces tableaux étant vernis ensuite produisent des tons bien plus transparents à cause de la présence du fond blanc qui perce toujours à travers les couleurs même les plus terreuses ou opacjues; c'était ainsi qu'en usait David Teniers , dont la couleur GSt si transparente, et beaucoup d'autres peintres flamands.

La plupart des artistes français de nos jours qui peignent de petite proportiojx

SUR LE Paysage. i55

ont aussi adopte cette manière d'opérer. Les personnes qui ne seraient pas à portée de se procurer des toiles toutes préparées ne seront pas fâchées d'apprendre de quelle manière elles se préparent.

On fait faire d'abord un châssis, la tneil^ leure manière est de le faire construire à clef, par la raison que j'en ai donnée plus haut. On cloue sa toile et lorsqu'elle est bien ten- due on passe ensuite dessus une couche de colle de gants à froid , que l'on étend avec une longue truelle de fer ou un large couteau. On la laisse bien sécher , â^t-ès quoi on y passe la pierre |)oncépdur en faire dispa- raître tous les nœuds , on se sert ensuite delà même truelle pour y passer au moins deux couchés de couleur l'une après l'autre , la âérnîèré ' couclie se fait ordinairement aVec^une teinte de gris blanc perlé : d'autres peintres y préfèrent une teinte légèrement couleur de chair jaunâtre , cette prépara- tion leur paraissant plus agréable pour ré-

1 56 TLiSKi

bauehe. Vernet avait l'habitude d'employer souvent des fonds de cette couleur , qui ont l'avantage , lorsqu'on est assez maître de son sujet pour peindre au premier coup , de produire des tons chauds et vigoureux qui font le meilleur effet.

Les fonds tous blancs employés par les Flamands et les Hollandais , ont paru pen- dant long-temps peu propres aux Français pour servir la rapidité de leur génie , en ce qu'il est diflicile de sentir de suite le véi*i' table effet des couleurs avant d'avoir couvert son tableau en entier , mais il est vrai de dire que l'on jouit après avec usure de sa patience.

11 faut avoir soin d'^empâter très-peu ses ébauches sur les fonds blancs polis ; les- quels sont bien plus avantageux au peintre assez maître de sa pense'e pour exe'cuter au premier coup. Lorsqu'on se de'termine à ébaucher d'abord, et c'est en ge'nèral lamé^ thode la plus suivie, il faut bien dessiner

SUR lE Paysage. tS^

et arrêter son sujet , commencer ensuite par les ciels qu'il faut tenir toujours très-clairs, ébaucher avec des tons argente's et lumineux les lointains et toutes les parties fuyantes.

Quant aux premiers plans , si le peintre a l'intention de les tenir vigoureux , il doit y employer les couleurs les plus chaudes pour pouvoir y placer ensuite avec plus d'avantage ses glacis , c'est ce que l'on ne peut trop admirer dans les tableaux de l'école hol- landaise et flamande. On sait que jusqu'ici les peintres de ces écoles ont été inimitables dans cette belle partie de la peinture. P^an Gojenj David Teniers , Ruisdaalj Paul Potter et plusieurs autres en ont tiré un parti merveilleux. »no2 '4it>Vîi

Je ne dirai rien de la manière de finir sur son ébauche , j'observerai seulement qu'il faut attendre qu'elle soit parfaitement sèche avant de finir son tableau; et comme à l'ébau? cil e il faut commencer par le ciel en pas- sant ensuite aux lointains qui doivent être

*53 ESSAI

finis autant qu'il est possible de la même palette ou dans le même jour, car il serait dangereux d'y revenir plus tard , sans risquer d'être lourd.

Je ne puis trop recommander de pein- dre les ciels transparents , d'e'viter de se servir des couleurs terreuses et opaques qui en absorberaient la lumière. Il faut arriver ensuite aux plans qui succèdent aux lointains et ainsi de suite jusqu'aux devants les plus forts et les plus vigoureux. Lorsque le tableau est presque fini , c'est alors que l'ami de l'harmonie revient sur tout l'ouvrage , en augmentant les tons lumineux qui doivent dominer sur une partie principale du tableau par des touches larges , car il est de principe inviolable en peinture qu'il faut agrandir ses masses de lumière et répandre d'heureux et savants glacis sur les devants et dans les fortes om- bres , pour produire de savantes opposi- tions*

stTR LE Pats AGE. iSg

Les grands paysagistes d'Ralie , si l'on en excepte le Titien et le Giorgion , se sont moins servis de glacis que les peintres des écoles que j'ai cite'es auparavant ; ils ont en ge'nëral plus cherché à empâter et à tou3( cher largement leurs paysages.

S'ils n'ont pas surpasse les premiers pour la couleur , ils sont bien audessus d'eux par le grand style et le grandiose de leurs coU". ceptions.

Annihal Carrache , le Dominiquin , le Poussin ont pensé et traité en grand les sujets de leurs paysages et sont des modèles à suivre pour obtenir une exécution fran- che et facile.

Salçator Rosa qui parut après eux prit une route toute différente , ainsi que le Benedette , l'un s'est plu a produire des paysages d'un effet terrible et de formes souvent gigantesques; le second les a traités d'une manière plus agréable, et ils se sont tous deux servi de glacis avec avantage»

i6d Essai

les ouvrages du premier ont souvent jJoussé au noir,

Claude le Lorrain _, le patriarche des paysagistes , ce peintre consomme' , savant observateur de nature , est parvenu à plaire et à fîier l'admiration de la postérité avec une manière d'opérer qui lui était particulière et que ses élèves quoique très- liabiles , n'ont pu saisir ; le Courtois ou le Bourguignon , Herman , Svvan€i>elt l'ont pourtant imité de très-près , mais par d'autres moyens; ils avaient reçu de la nature plus de facilité pour l'exécution , que leur maître qu'elle semblait avoir formé poUr en faire un modèle inimitable : en effet , tous ceux qui sont venus depuis lui et qui ont voulu l'imiter , n'ont souvent produit que des^- réminiscences lourdes. La plupart des paysa- gistes français du dix-septième siècle sem- blent avoir voulu prendre pour modèles les paysagistes d'Italie , comme on le faisait alors pour les autres genres de la peinture»

SUR LE Paysage. ï6£

Depuis quelques anne'es , nos paysagistes modernes, devenus plus familiers avec les productions des e'coles flamande et hol- landaise _, ont su faire un heureux me'lange de la belle couleur , de la transparence des uns et du grand style des autres , qui leur mérite chaque jour de nouveaux applau- dissements, du public.

Le Pastel»

Le pastel qui par sa fragilité' et la mol- lesse de ses crayons paraît peu propre pour traiter le paysage , a souvent e'të employci avec succès par quelques artistes dont la main le'gère et la touche spirituelle ont su s'en servir pour faire promptement des études d'après nature.

Quelques peintres en ont tire' le meilleur parti pour l'harmonie^ils sont même parvenus à toucher avec esprit et même avec fermeté

II

i62 Essai

les formes diverses des feuilles des arbres et les accessoires les plus de'licats et les plus de'lies , ainsi que les figures qu'ils ont rendues avec beaucoup d'esprit et de sen- timent.

On connaît des paysages au pastel qui approchent de la force de l'huile.

Ce genre de peindre avec de simples crayons de diverses couleurs rend parfai- tement , sous une main preste et habile , la vapeur des brouillards et les effets brillants du lever et du coucher du soleil.

Le pastel peut être aussi employé avec succès pour retoucher et animer avec goût et intelligence des dessins de paysages au papier de couleur , au bleu sur-tout et re- haussés de blanc. Je me suis moi-même assez bien trouvé de cette pratique qui rap- procliait mon dessin de la vérité des tons de la nature.

Je suis pourtant loin d*en conseiller l'usage à moins que l'on n'ait acquis une

SUR LE Paysage. i6§

grande habitude par une longue pratique "de l'art , car sans cela on risquerait de produire des tons lourds , s'ils devenaient fatigues ; le pastel dans ce cas ne doit pour ainsi dire qu'effleurer le papier et être touché vivement : au surplus ce genre de peinture est le moins usité pour le paysage, et il y aurait peut - être du danger de s'y adon-* ner d'abord pour ceux qui commencent , ce qui les entraînerait facilement et sans s'en apercevoir à des tons faibles et faux.

Je crois être entre' dans tous les détails qui peuvent éclairer et conduire les ama- teurs dans l'étude si attrayante du paysage , leur avoir indiqué la véritable route pour arriver au but , celui de s'amuser et de plaire aux autres.

Fim

NOTICES

SUR LES PEINTRES

DONT LES NOMS

SE TROUVENT CITES DANS CET OUVRAGE»

NOTICES

SUR LES PEINTRES

DONT LES NOMS

SE TROUVENT CITES DANS CET OUVRAGE.

••)M»)ei

L'ALBANE ^né à Bologne en iSyS.

J-^'AiBAyE fut un des plus célèbres e'ièves de l'école des Carraches , dont il saisit parfaitement le grand goût et la belle manière de peindre. On sait que ce peint^ qui réussit parfaitement à peindre des femmes et des enfants, mérita le titre de pein- tre des grâces ; mais c'est comme peintre de pay- sages qu'il en est question dans cet ouvrage. Il peignit le paysage d'un grand goût , et tout à fait dans la manière d'Annihal , son maître , dans les fonds de ses tableaux de nymphes et d'amours ; mais on «a connaît de lui qui sont absolument paysages y

i68 Notice*

et dans lesquels il a place quelques sujets de U

fable ou de l'histoire.

Jean ASSELIN , ou ASSELVN, en Hollande ^ mort à Amsterdam en 1660.

Asseîin est un dçs meilleurs paysagistes de la Hollande ; il partit très-jeune encore pour l'Italie il séjourna long-temps 5 il y fit connaissance avec Pierre de Laat , son compatriote , dont les conseils lui furent fort utiles pour son art. Asselîn se forma en Italie une manière claire , oppose'e a celle des peintres de son pays. Il paraît qu'il prit/e Lorrain pour modèle, ce qui , joint à ses e'tudes et à ses observations sur la nature , lui fit une grande re'pulalion à R.ome , ses ouvrages sont reste's en grand nombre. Il revint ensuite en Hollande , et ses compatriotes accueillirent son tSent avec em- pressement. La manière de peindre àAsselin est îe'gère et spirituelle ; il rend à ravir la fraîcheur du matin et les vapeurs du soir. Personne n'a rendu avec plus d'harmonie le coucher du soleil , si Ton en excepte celui qu'il avait pris pour modèle. Sa manière de toucher les feuilles de ses arbres est \arie'c et pleine de goût. Son coloris est en geueV

SUR lEs Peintres. i6g

raî d'un ton dore. Les tableaux de ce maître se conservent avec soin dans les meilleures collections,

Jacques BASSAN Delporte^ en iSioà Bassano, mort à J^enise en lôga,

Jacques Bassan fut le premier peintre ce'Ièbre de cette longue famille d'artistes du même nom. Ce fut à Venise qu'il alla perfectionner ses talents , mais les sites agre'ables de sa patine le rappelèrent h. Bassano , il passa la plus grande partie de sa vie à e'iudier la nature de ce beau pays. C'est dans cet agre'able se'jour qu'il fit les charmants ta- bleaux de paysages et d'animaux , qui lui ont ac- quis tant de re'putation ; il ne se distingua pas moins dans l'exe'cutîon des tableaux d'histoire , mais c'est comme peintre de paysages et d'animaux que j'ai parle de ce ce'Ièbre artiste.

Louis BACKHUVSEN y à Embden en i65i , viort à Amsterdam en i6oc).

Backlinj'sen a conservé la re'putation du premier et du plus habile peintre de marines de la Hollande j ^n effet personne n'a peint avec plus de ye'rit^

'fjo Notices

toutes les fureurs , toutes les varie'te's de la mer S on vit souvent ce j)eintre s'exposer aux plus grands dangers pour observer et prendre la nature aur le fait. Les tableaux de Backhvj-sen se distin- guent par un précieux fini , par une touche moel- leuse et fondue, etsui'-toutpar une extrême exactitude dans les agrès des vaisseaux qu'il dessinait avec une grande supe'riorite'. Les tableaux de ce peintre tiennent un rang distingué dans les plus célèbres cabinets de l'Europe.

Jean-Benoît CASTIGLIONE, dit le BENEDE TTEy

à Gênes en 1616 , mort à Mantoue en 1679.

Le Benedette est un i^^?, peintres de l'école d'Italie ,. pour lequel la nature avait tout fait. Son talent et sa manière de peindre absolument à lui ne tiennent à aucuns des peintres de cette école. Les conceptions de paysages et des animaux du Benedette ont uiï charme qui entraîne ; on y admire luie touche- ferme et spirituelle qui le fait distinguer au premier coup d'œil. Ce maître jouit d'une telle réputation dans l'histoire des arts, qu'il serait superflu de s'éten- dre d'avantage sur sa supériorité. Il joignit au talent de peindre celui de graver à l'eau forte de la m*»

SVR LES Peiictres. tyi

tiiere la plus spirituelle et la plus le'gère. J'ai parlé très-au long de ce peintre dans ma galerie des pein- tres ce'lèbres , à laquelle on peut se reporter.

Nicolas BERCHEM^y à Harlem en 1624, mort dans la même ville en 1680.

BercJiem si connu dans les fastes de la peinture a e'té un des peintres les plus recommandables de l'e'cole hollandaise. Tout le monde connaît les talents de Berchem. pour le paysage et les animaux , aux- quels il donna toute la vie et toutes les grâces possi- Lies. Il composait ses tableaux avec goût ; ses sites sont toujours agre'ables et varie's. Rien de plus pittoresque que les formes qvi'il emploie ; ses ciels sont brillants et vaporeux , ses nuages touches avec esprit sont des modèles e'ternels de goût,

La couleur de Berchem est ordinairement chaude et dore'e. Il entendait parfaitement les oppositions de la lumière et de l'ombre , et il savait jîar des effets habiles donner de la richesse et du ton à ses ombres. J'ai vante' les talents de cet hakile peintre dans ma galerie des peintres ce'lèbres , je suis entré dans de grands détails sur son compte. Ber-: chem a aussi grave avec beaucoup d'esprit plusieurs

17* NOTICB»

•ajets d'animaux fort estimés des vrais connaî»* >enrs.

Jean et André BOTIl d'Italie , Jie's en Hollande»

Deux frères de ce nom honorèrent les arts et Pe'cole hollandaise ; celui dont il est ici question s'appe- lait Jean Both, il peignait le paysage , et André BoiJt, son frère, les ornait de jolies figures. Ces deux frères ve'curent toujours ensemble sans jalousie. Ils partirent de bonne heure pour l'Italie , ils ont passe' la plus grande partie de leur carrière qui fat de courte dure'e , tous deux e'tant morts dans un âge peu avance', mais ils vécurent assez pour leur réputation.

Ces peintres ont laissé des tableaux de pay- sages d'un excellent goût. Le soleil perce par tout dans leurs tableaux ; le feuiller en est exquis et tou- ché avec goût et avec facilité. Ils ont affecté des formes un peu aiguës dans leurs terrasses , qui en écartent la monotonie et la rondeur ennuyeuse. La manière de Jean Both tient plus à l'école d'Italie qu'à celle de son pays , si ce n'est qu'on y retrouve cette force de couleur si naturelle aux peinti'es d$ Fécole hollandaise. Les tableaux de Both jouissent

SUR LES Peintres. ïyS

d'une grande re'putation , et sont très - estimés. Les frères Botli furent en Italie camarades de Bamboche , à'Asselin , et furent admis dans la bande joyeuse des peintres de ce pays , e'tablie à Rome. Jean Both a gravé une suite de paysages avec beaucouji d'esprit et de goût.

Bartholomêe BRÉEMBERG , à Utrecht en ï620 , mort en 1660.

Brêemberg est un des plus anciens paysagistes de la Hollande , qui , suivant l'usage du temps , partit pour faire le voyage d'Italie , un long séjour dans ce pays acheva de perfectionner ses talens.

Bartholomêe parut frappé de la beauté des monu- ments antiques,et en fit le princij)al objet de ses études. Il a réussi parfaitement à rendre toute la vétusté et les ravages que le temps y a imprimés. Il n'a pas moins bien réussi à peindre les animaux qu'il traitait avec finesse. La manière de peindre de Brêemberg est précieuse et finie. Ses ciels sont légers et vaporeux , sa couleur quelquefois grise et argentine , est aussi souvent forte et dorée. Ses tableaux sont en général d'une petite proportion , et ce sont les plus estimés, La touche de Bartholomêe çst légère et spirituelle

1^4 NOTICES

et Irès-fondue , mais il y a beaucoup de choix dans les t ableaux de ce maître.

Pierre BREUGHELS le vieux , à Breughel près Bréda , au commencement du seizième siècle*

Pierre Breughels fut le chef d'une nombreuse famille d'artistes du même nom ; il fut un des pre- miers fondateurs de l'acade'mie d'Anvers; il voyagea beaucoup dans le Frioul , il y fit une longue suite d'e'- tudes, et passa de en Italie un long se'jour for- tifia San talent ; il vint aussi en France , et alla ensuite se fixer à AnA'ers. Son goût le portait à peindre des ass.emble'es de paysans , des foires , des atta(jues de coches et des paysages la vue est ordinairement fort étendue.

Ses e'tudes faites dans le Frioul et en Italie , lui ont servi à rendre ses tableaux très-gracieux et d'une grande variété'.

On ne peut reprocher à Breughels qu'un abus général de vert et de bleu qui tient un peu à l'u- sage de ce siècle , tous les premiers paysagistes ont eu les mêmes défauts. Les paysages de Breughels ont fait pendant plusieurs siècles l'ornement des cabi- hinets et se vendaient fort cher , mais depuis quel-

surlesPeiiîtres. 1^5

<jue temps ils ont un peu perdu de leur valeur.

Paul BRIL , à Anvers en i554» mort à Rome en 1626,

A peine Paul Bril eut-il reçu les premiers prin- cipes de la peinture qu'il quitta la Flandre pour aller à Rome , son frère Matthieu Bril était occupé au Vatican par le Pape Grégoire XIII. Bril oublia bientôt sa manière sèche qu'il avait prise à la vue des tableaux du Titien et è! Annihal Carrache, Ses paysages se distinguent par des sites et des lointains pleins de charmes. Sa touche est le'gère , son pinceau moelleux , et une manière qui se rapproche beaucoup de la ve'rité de la nature. Plusieurs peintres d'histoire employaient les talents de Paul Bril potu' les fonds de paysages de leurs fresques, Annibal lui-même l'employa dans ses grands travaux. Ses tableaux jouissaient à Rome de la plus grande re'putation , et étaient transportés dans tous les pays de l'Europe. Sur la fin àe sa vie , il peignit €n petit des tableaux très-gracieux et d'un grand fini.

f^ê Notices

Annibal CARB.ACHE , à Bologne en i56o i mort à Rome en 1609.

Les grand talents à^Annibal sont si connus que je n'entrerai dans aucuns de'tails sur ce grand pein- tre d'histoire -, c'est à cause de son beau talent pour le paysage qu'il est question de lui dans ces no- tices. Ce peintre s'e'tait fait une belle manière de traiter le paysage , qui est reste'e son appanage par- ticulier et distinctif ; elle est grande et large ; son feuiller du meilleur go-ût. Ses tableaux sont ornes de jolies figures d'un style noble : on estime sur-tout les dessins de paysages à la plume à! An- nibal Carrache , qui sont des modèles de goût et de facilite' ; ce sont les meilleurs à suivre pour se former à dessiner dans ce genre. Annibal s'est aussi amusé à graver à l'eau forte avec beaucoup de talent.

CASANOVA.

François Casanova ou Casanove naquit à Lon- dres en 1752. Ce peintre a fait le paysage avec «accès \ il n'a pas moins re'ussi à peindre les batail-

SUR LES Peintres. T77

les et les animaux. Les tableaux de Casanove sont peints avec feu, d'un coloris brillant, fort et vigou- reux : sa manière qui parut neuve lui attira beau- coup d'e'lèves , et détermina le goût des amateurs pour SGs ouvrages qui firent e'poque aux diverses ex- positions du Louvre,

Ses tableaux très - recbercbe's et bien payes de son vivant , ont perdu depuis de leur prix ; on y a trouve' peut-être souvent des groupes et des ani- maux qui sont des re'miniscences des autres maîtres en ce genre ; mais ses tableaux de batailles se ves- sentent moins de ce de'faut, et sont uniquement les fruits de son ge'nie. Ce peintre est mort à Vienne depuis peu d'années.

Philippe de CHAMPAGNE , à Bruxelles en i6o2 , mort à Paris en 1674»

Philippe de Champagne si justement ce'lèbre dans ie genre de l'histoire , ne se distingua pas moins comme très-habile paysagiste. Champagne e'tant entre' fort jeuneàrëcole de jPoM^i«ere^,qui jouissait à Bruxelles de la plus grande re'putalion pour le paysage , ne tarda guères à profiter des leçons de ce grand maître qu'il parvint non seulement k imiter en peu de temps ,

.12

17^^ Notices

mais qu'il surpassa par la supériorité de son eoïorîs*

Les jDaysages de Champagne ne se ressentirent d'aucun des défauts reprochés à Fojiqiiîeres , et il s'aperçut que la couleur verte , qui domine généra- lement dans ses ouvrages y n'était qu'une habitude de l'ancienne école ; en observateur de la nature il sut s'en corriger et on applaudit à ses tableaux peints d'une belle manière et d'une couleur forte et moelleuse.

Les paysages de Champagne sont composés de grand goût et tiennent du genre du Giiaspre, ils iont en général d'une assez grande proportion ; on les trouve rarement en France , parce que c'est particulièrement à Bruxelles , avant son arrivée à Paris, que C/iampag'/ie s'adonna au genre du paysage qu'il a continué depuis , mais bien plus rarement à cause des grands tableaux d'histoire dont il fut chargé.

I CLÉ RISSE AU,

Clêrisseau , à Paris, fut reçu à l'Académie royale de peinture et sculpture , sur des morceaux d'archi-- tecture peints à la gouache d'une manière très-large et très-moelleuse ; il continua de peindre en ce genre beaucoup de paysages , qu'il a toujours ornés

SUR LES pEINTRESi J79

Leaux restes des monuments antiques , dont il avait fait ses e'tudes pendant un long se'jour en Italiei Ses gouaches peuvent servir de modèles en ce genre et sont très-estime'es.

Carie DU JARDIN on KAREL , à Amsterdam en 164© } mort à J^enise en 1674.

Elevé à l'e'cole de Berchem , Carie Dvjardin passa ensuite en Italie il fut reçu dans la bande joyeuse des peintres hollandais. Carie Dujardin qui e'tait arrivé avec un talent déjà très-agréable , ne tarda guères à se faire distinguer par la grâce et l'agré- ment de ses tableaux. Rien de plus joli , de plus naturel que les paysages de Dujardin , qu'il ornait d'animaux et de figures dessinés aA^ec beaucoup d'es- prit et de goût. Les tableaux de Carie Dujardin se font reconnaître joar un beau ton gris et argentin, par des ciels délicieux et du ton le plus vaporeux ; ils sont en général Irès-estimés et tiennent une place honorable dans les meilleures collections. Ils se maintiennent toujours à un haut prix. Ce peintre a gravé à l'eau forte beaucoup de pièces qui sont extrêmement recherchées des vrais amateursi

i8o Notices

Le DOMINiqUIN ( Dominique Zampieri ) , yiê à Bologne en i58x > mort en 1641.

Les grands talents du Dominir/uin l'ont placé parmi les premiers peintres de l'Italie , ses talents lui firent une grande re'putation et lui attirèrent les jîlus grands chagrins par la jalousie des autres pein- tres ses contemporains. Son talent j)our le paysage qu'il ne faisait que par délassement , lui a fait trou- ver une place dans ce recueil. Sa manière de traiter le paysage tient beaucoup de celle des Càrraches , si ce n'est cependant qu'ils paraissent exe'cute's avec plus de travail , ce qui tient à la manière d'ope'rer du Dominiquin qui travaillait et re'fle'cliissait beau- coup ses ouvrages.

Les compositions de ses paysages sont grandes et nobles , assez ordinairement orne'es de quelques figu- res ou sujets d'histoire. Sa manière de peindre est large et moelleuse ; on ne les rencontre guères qu'ea Italie et dans les galeries des princes.

DYÈTRICr ou DIETERICH , à Veimar en l'ji'i , mort depuis peu.

Dieterich avait apporte' en naissant une facilite' rarç

SUR LÈS PeITITRES. 1^1

pour tous les genres de peinture : l'iiistoire , le por- trait , le paysage , les animaux lui e'taient e'galement familiers ; il avait aussi une grande pratique pour faire des pastiches ou imitations du genre de difFe'rents peintres. On l'a vu imiter souvent Remhrand , Ber~ chem, Ostade y à tromper, tant il avait su se rendre familière la façon, de faire de chacun de ses ma!- ti'es. Quand il a voulu être lui-même , il a fait des tableaux d'un grand inle'rêt ; il a sur-tout re'ussi k peindre le paysage d'une manière extrêmement agre'a- tle ; il a su joindre une belle façon d'opérer à la grâce et à la varie'te' de la nature. Ses paysages sont tantôt des vues de Saxe , d'une composition simple, tantôt ce sont des sujets de composition , des rochers , des cascades ; il a aussi cherché à faire des paysages dans le goût de Salyator Rosa , il a placé des figures de soldats absolument dans le genre de ce maître célèbre. Les tableaux de ce peintre sont pour la plupart en Saxe ils sont fort estimés ; il en est passé quelques-uns en France par le commerce , et ils y ont été recherchés ; ses ciels sont brillants et harmo- nieux.

Il touchait le paysage avec beaucoup de goût et de finesse ; cet artiste est venu en France il

i8a Notices

est peu reste ; il s'est fait une grande re'putation

comme paysagiste.

Adam ELSHEIMER , à Francfort en 1^74 > morc à Rome en \6io,

ElsJieimer fut encore un Aes restaurateurs du paysage. Il alla fort jeune à Rome il s'adonna à peindre des ruines et les plus jolis points de vue ^e cette riche contrée.

Il peignait ordinairement ses tableaux en petit , ils furent fort reclieicbés des curieux ; mais ils sont très-rares à trouver aujourd'hui bien conservés , ce Cjui les a fait porter à un très-haut prix.

La manière de ce peintre est suave et finie , sa couleur riche , sa touche moelleuse.

ElsTieimer sera toujours regarde comme un àes premiers paysagistes et comme l'un des fondateurs du bon goût en ce genre.

ÈVERDINGEN y Aider t-van , à Alcmaeri en i-(52i , mort en iGyS.

Éferdingen est regardé comme uri"3ei inèriTêtirs paysagistes de la Hollande. Les tableaux à'Eyerdingen

SUR LES Peintres. i83

sont distingues de la foule des peintres de ce pays qui paraissent s'être particulièrement occupes du fini j sa manière , au contraire , est large et forte ; il se plaisait à jîçindre des rochers , des chutes d'eau qui tombent avec un grand fracas et excitent une va- peur humide. Ses sites sont ordinairement sauvages; peu de peintres ont aussi Lien rendu les arbres d'hiver qn^É y erdingen : les sapins, les cyprès pro- duisent un effet on ne peut plus pittoresque dans les tableaux de ce maître , qui sont en gênerai d'un ton doré et transparent ; ses eaux sont d'une vérité , d'une fraîcheur qui ne se reacontrent dans les tableaux d'aucun autre peintre de la Hollande.

Jean FOREST, à Paris en 1616, mort en 1712.

Forest est un des plus grands paysagistes fran- çais du dix-septième siècle. Après un séjour de sept ans en Italie , il s'occupa à faire une nombreuse récolte d'études , il voyagea en Provence et en Fran- che-Comté , dont il dessina les plus belles vues.

Si les tableaux de Forest ne se font pas remar- quer par un coloris frais et agréable , il sait dédom- mager l'ami des beaux arts par des sitçs xaagnifique&^j

ï 84 Notices

par une magie sombre et terrible qui produit des effets piquants et e'tonnants de lumière. Il ornait ses tableaux de monuments d'un bon goût et de figures Lien dessine'es. Il entreprit un second voyage en Italie au désir de M. de Ségenlay qui le chargea de lui acheter dans c^ pays vine collection de tableaux choisis. Cet artiste modeste faisait si peu de cas de ses ouvrages que souvent on lui a vu les couvrir pour en recommencer d'autres.

Sa manière de toucher le feuiller est large et fa- cile ; mais ses tableaux sont plus faits pour frapper les artistes et les ve'ritables connaisseurs que le vul- gaire des amateurs. Il fut le beau-frère de Lafosse, ce'lèbre peintre d'histoire.

Jacques FOUQUIERES, Anvers en t58o,mor^ à Paris en iGSg.

Fouquieres , e'iève de Breughels , qu'il a surpasse' , ïne'rita le titre d'un des premiers paysagistes de la JFlandre. Ses talents furent employe's avantageusement par l'Électeur Palatin qui le fit venir h. sa cour , il entreprit ensuite le voyage d'Italie oii il perfec- tionna ses talents; de retour à Bruxelles, il fut ap- pelé en Frante par Louis XIII , instruit de son me'rite» KtQ monarque employa Fouquieres à rerobellissement

srn LES Peintres. i85

de ses maisons royales , et il le chargea de dessiner les places fortes et diverses villes de la France.

Le Roi satisfait de son travail l'ennoblit, et depuis ce temps Fouquieres ne quitta plus son e'pée , même pour peindre. Cette malheureuse gloriole lui fit ne'- gliger'la peinture , il fut plongé dans la misère dont il eût senti toutes les horreurs , sans un artiste de ses amis , qui le retira chez lui el le logea le reste de sa vie qui fut longue.

La manière de ce peintre est très-vraie et toujours prise sur la nature , son feuiller est large et bien touche'. Peut-être pourrait-on lui reprocher l'abus du vert dans ses tableaux et de les avoir souvent un peu bou- che's ; mais sans s'arrêter à ces le'gers de'fauts , les tableaux de Fouquieres feront toujours plaisir aux ve'ritables connaisseurs qui y rencontreront un certain grandiose rare à trouver dans les genres du paysage ; il dessinait bien ses figures et il a grave' quelques eaux fortes d'après ses propres tableaux.

Honoré FRAGONARD , à Grasse en Provence , mort à Paris en 1806.

Fragonard reçut de la nature les plus grandes dispositions pour la peinture. Son ge'nie bouillant et plein de verve lui fit produire une foule de com-

ï8É> Notices

positions enchanteresses et qui ont souvent Tai'r d'étrç l'ouvrage des fe'es. Le maître chez qui le hasard le plaça à Paris, homme plein de ge'nie lui-même, était peu propre à ramener son ëlève à Pe'lude sé- rieuse de la peinture ; aussi le génie de Fragonard fit tout , cre'a tout , il fut pour ainsi dire l'auteur d'un nouveau genre de peinture inconnu jusqu'à lui. Nouveau Prote'e , Fragonard se montra sous toutes les formes , mais elles furent toujours accompagnées des grâces qui jamais n'abandonnèrent leur favori , tous les genres lui furent familiers , on le vit s'é- lever avec dignité à la hauteur du genre de l'his- toire qu'il eût continué avec distinction , s'il eut été encouragé par son siècle.

Il peignit des pastorales dans le genre erotique , des scènes familières , mais toujours avec un charme d'effet et de grâce qui n'appartenait qu'à lui ; on peut assurer que ce peintre n'a point laissé de véritables héritiers de son talent, et toutes les faveur» dont la nature l'avait comblé s'ensevelirent avec lui dans la tombe.

La troupe des amours, semblables à des papillons,, voltigent sur sa palette et dans ses pinceaux , il semblait ne faire que les saisir pour les placer sus $e$ tableaux»

SUR t. "ES PeIKTRES. 187

Fragonard peignit avec le plus grand succès les différents genres de paysages, vues d'Italie , pasticbes flamands , tout lui e'tait familier , mais ce qui carac» te'risera à jamais les jolies conceptions de ce peintre » c'est un effet extraordinaire et qui doit lui me'riter à juste titre celui du Rembrand de la France.

Claude GELÉE , dit le LORRAIN, dans le dio- cèse de Toul en 1600, mort à Rome en 1682.

Le Lorrain a me'rite' le titre de premier paysa- giste de l'univers, et jusqu'ici personne ne le lui a dis- pute'. C'est bien vraiment le Raphaël du paysage et celui de tous les peintres de ce genre qui a le mieux entendu les lignes d'un tableau et sa ve'ritable har- monie.

Ses tableaux toujours pleins d'ide'es grandes et simples à la fois inspirent une sorte d'envie de rêver qui force d'y rester long-temps. Plus on les consi- dère et plus on les trouve grands de choses et d'un faire savant. Aucun peintre ne se péne'tra plus des beaute's sublimes de la nature que le Lorrain , mais ce qui doit surprendre tous les siècles à venir , c'est que ce grand homme qui est parvenu à un degré de ta- rent aussi e'minent , ait paru pendant les premières

i88 Notices

années <3e sa vie privé de toute espèce de concep- tion. Ses parents qui ne purent lui rien faire ap- prendre , se de'terminèrent à le placer chez un pâtis- sier. Une occasion qui l'enleva à sa patrie pour le conduire à Rome, fut le pre'sage delà de'couverte de son talent. Placé par hasard chez un peintre cé- lèbre de Rome pour y remplir un tocit autre emploi que celui de son élève, Auguste Tassî , c'était le nom du peintre , crut découvrir en cet être disgracié de la nature , des dispositions encore lointaines , il ne se découragea point, après bien des peines l'aurore de son génie sembla percer peu à peu à travers roI)scurité de ses pensées habituelles , enfin Tassi jugea le genre de peinture qui paraissait lui être propre.. Son attente ne fut pas trompée et il eut la gloire d'avoir formé à force de soins le premier et le plus grand paysagiste. La nature devint en- suite le grand modèle le Lorrain ne cessa de pui'^er ; cette espèce de miracle étonna tons les artistes Je l'Italie qui rendirent hommage à ses talents et se firent une gloire de le compter parmi leurs anus. Le Poussin admirateur des talents du Lorrain l'estimait infiniment.

Les tableaux du Lorrain seront des modèles éter- nels d'hi^rmonie , et feront l'admiration de tous 1»*

SUR LES Peintres. i8()

. siècles et l'omejnent des galeries des princes. Le talent du Lorrain est un problême qui dé- montre qu'il ne faut pas se rebuter ni trop compter sur des dispositions apparentes qui semblables au feu d^ paille n'en ont que la dure'e.

Le GIORGION, Georges BARBARELLI, dans le Trêvisan en 1478, mort en i5ii.

Ce peintre ce'lèbre et l'un des fondateurs de l'e'- cole vénitienne , apporta en naissant les plus grands talents pour la peinture et la musique, la nature qui avait fait de grands frais pour cet habile homme l'avait doue' d'une magnifique voix qu'il accompagnait avec le luth dont il -jouait supérieurement. Il n'eut pas moins de talents pour la peinture dans laquelle il s'est surpasse' , et il occupe un rang très-dis- tingué ; mort presque à la fleur de son âge , le Giorgion fut un célèbre peintre d'histoire et l'un des plus habiles coloristes de l'école vénitienne , ce n'est que comme paysagiste qu'il a été parlé de lui dans cet ouvrage uniquement destiné au genre du paysage. Quoique quatre siècles ayent déjà passé sur les tableaux de ce grand homme , il est aisé de décou- vrir encore qu'ils ont être peints d'une belle

igo Notices

couleur , avec une grande force et Beaucoup de fa- cilitë. Le Giorgion inspira et de'cida le talent du Titien qui apprit de lui les secrets du coloris , qu'il a porte' depuis au premier degré'.

Les paysages du Giorgion sont très-rares aujour- d'hui et ne se rencontrent guères que dans les palais des princes ils sont conserve's avec beaucoup de soin.

Le G U ASP RE ou Gaspard D UGHET, ou Guaspre Poussin j à Rome en 16 1 3.

Quoi qu'originaire français , le Guaspre a toujours été mis au nombre des premiers paysagistes de l'Italie^ élève de son beau-frère le ce'Ièbre Poussin qui lui jugea un talent ne' pour le paysage j satis cependant l'e'loigner de l'e'tude de la figure , il devint avec ses avis et ses e'tudes continuelles sur la nature , l'un des des paysagistes les plus renomme's.

La manière de peindre du Guaspre est large , facile €t vague. Personne n'entendit jamais mieux à rendre les vapeurs des mauvais temps , le bouleversement des vents et les moments orageux la nature en cour* roux paraît vouloir se dissoudre. 11 a peint à l'huile et àU gouache avec un talent supe'rieur et il peut être

SUR LES Peintres. igt

cîté comme un grand modèle dans ce dernier genre. Ses tableaux ont par fois la physionomie de ceux du Poussin f mais il est aise de reconnaître leur véri- table auteur. Il y a dans la manière du Guaspre an certain faire preste et facile qu'il est difficile de ne pas reconnaître, et qui le de'cèle toujours.

Ce peintre est un des meilleurs comme l'un des plus agre'ables paysagistes. Ses tableaux qui sont en* core bien conservés jouissent d'une grande réputa- tion. Il y en a beaucoup en Italie et sur-tout en Angleterre oii ils sont estimes à leur juste valeur.

Le Guaspre a gravé quelques pièces à l'eau forte avec beaucoup de goût et d'une manière simple et large.

HERMAN-rAN-SWANEFELT, ou HERMAN d'Italie f en Flandre en 1620.

Herinan d'Italie passe pour un des plus savants peintres de paysages après le Lorrain dont il avait pris les leçons , et dont il chercha dans la suite à imiter la manière ; aussi ce peintre peut-il prendre place à côté du grand homme qui lui avait déve- loppé les secrets de son art.

Swanevelc avait acquis par l'imitation de la na-

1^2 Notices

lure une manière de peindre suave et moelleuse ^ qui re'pand sur ses tableaux un agre'ment qui les rendra toujours pre'cieux aux amis de la peinture.

Peu de peintres ont touche' le feuiller des arbres aussi bien et aussi fraîchement qu'Herman. Ses ter- rasses sont de bon goût et de belles formes. Sa cou- leur quoique belle et dore'e assez ordinairement , n'a pourtant jamais obtenu toute la force et le ton doré des tableaux du Lorrain. Ilerman dessinait fort bien les figures et les animaux , et avait surp asse' son maître dans cette partie de l'art.

Les tableaux de Swanevelt sont très-recherche's et bien paye's , ils peuvent servir de modèles à ceux qui se destinent à peindre le paysage. On possède de ce peintre une longue suite de paysages qu'il a grave's à l'eau forte , d'une manière vigoureuse et piquante. Cette œuvre très-conside'rable et compose'e d'estampes de toutes proportions , est très-estime'e , «t se trouve dans les porte-feuilles de tous les pein- tres et de tous les amateurs.

nOBBÈMJ.

Ceux qui ont e'crit sur la peinture ont néglige' de )parler d^ffobbémaj peintre de paysages de l'école

STJR LES PeITÎTRES, IQ^

hollandaise ; quoique très-habile , on ne sait que fort peu de chose sur le compte de ce peintre qui s'est distingue' par une grande ve'rite' dans l'imitation la nature. Peu de peintres en effet l'ont rendue avec plus d'exactitude , sgs tableaux en sont l'exacte traduction , ce qui rapprocherait peut-être un peu ses ouvrages de ceux de Jacques Ruisdaal. Hobbé- ma re'ussissait sur-tout dans la ve'rite' de la repre'sen- tation des fabriques : personne n'a peut-être jamais mieux imité les couvertures de tuiles et n'a posse'dé une touche plus large et plus empâte'e : ses tableaux sont rares en France et très-recherche's en HoUêmde.

J.-P.-L. HOUELf à Rouen en lySS.

J,-P,-L. IJouel s'adonna de très-bonne heure à l'e'tude du paysage et à la gravure en ce genre. L'envie de peindre le fit entrer à l'e'cole de Casa- nova j dès-lors il se livra tout entier à la peinture du paysage , soit à l'huile , soit à la gouache , genre dans lequel il traça une nouvelle route et une manière large vraiment à lui.

Il a exe'cute' dans ce genre une infinité d'études

et de tableaux intéressants, pendant son long séjour

À Rome et en divers lieux d'Italie -, après avoir eji-

i5

154 Notices

suite passe quelques années à Paris , il entreprit un. nouveau voyage en Italie et porta ses vues vers la Sicile , il fît une nouvelle récolle d'études et de monuments qu'il a gravés lui-même , et donnés en- suite au public sous le titre de Voyage de Sicile , ouA'rage devenu extrêmement intéressant. Ses goua- ches dans lesquelles il a parfaitement réussi , seront toujours recherchées des véritables connaisseurs ; il est mort h. Paris eu i8i5 , dans un âge avancé , mem- bre de l'Académie royale de peinture et sculpture,

JiUYSMANS de Malines , à Awers en 1648, mort en l'jo.'j,

llitysmans , l'un des peintres les plus habiles de la Flandre , naquit à Bruxelles et vint se fixer à Malines , d'où lui est survenu le surnom de Malines, II suivit les leçons de T^'an- Artois. Hiiysmans le sur- pfassa , sur-tont dans les tableaux d'une très-grand& proportion qu'il exécutait avec une rare facilité et avec un grandiose remarquable. Le« taWeaux d'i/i/^5- inans sont aisés à [tecoraïaître par une belle couleuF forte et dorée, par des effets de soleil très-piquants. Ses tableaux représentent assez souvent àes vues très-* étendues de la Flandre, dont les lointains sont pîem«

SUR LES Peintres» igS

de vapeur. Des figures et des animaux bien dessi* ne's ajoutent encore à l'inte'rêt de ses tableaux qui seront toujours de véritables modèles de paysages.

Albert K UIP , à Dort en i6o5.

Ce peintre ne en Hollande , s'est distingué par sa belle manière de peindre le paysage et les chevaux qu'il rendait d'une touche extrêmement large et moel- leuse ; il peignait avec autant de talent les vaches et les prairies , dont son pinceau rend parfaitement le velouté. Ce peintre ornait souvent ses tableaux de bords des rivières qui en augmentaient le charme par le calme et la fraîcheur des eaux ; les tableaux de Kuip se reconnaissent à une manière large et simple, à des effets de ciels brillants et par de larges plantes dont il en enrichissait les premiers plans.

Ils ne se rencontrent pas très-communément dans les cabinets de France, par le prix qu'y attachent les amateurs de son pays.

Pierre de LAAR,ou BAMBOCHE , à Laar en Hollande en i6i3 , mort en 1674.

Le surnom de Bamboche lui fut donné à Rome

if)6 Notices

par la Lande joyeuse des peintres flamands et liollan-» dais , à cause de sa difformité' naturelle qui ne put changer la gaieté' de son caractère. Bamboche quitta très-jeune encore son pays natal pour aller se fixer en Italie , il passa une partie de sa vie dans la socîe'te' et l'intimité' des plus lial>iles peintres de Rome, ses tableaux furent très-recherclie's. 11 peignait fort bien le paysage , les chasses , les ani- maux , des rencontres de voleurs , des attaques de coches. Pierre de Laar fut contemporain des Doth , du Lorrain , du Poussin , de Polembotirg et de tous les autres paysagiste? d'Italie.

La manière de Bamboche est forte d'effet et de couleur ; on dit qvi'il ne commençait jamais un tableau sans jouer un air sur son violon , après quoi il pre- nait sa palette et semblait travailler d'inspiration.

Ses tableaux sont assez rares en France , mais il e'en trouve beaucoup en Angleterre et en Italie ils sont très-estime's.

On a grave' d'après ce maître qui a grave' lui- même à l'eau forte.

Raimond LAFAGÈ , à Toulouse en 1648, mort en 1690.

Lafage fut un des plus savants dessinaleuvi k

STTR LES Peintres. ïgrr

la plume , genre pour lequel il avait reçu de la nature le talent le plus étonnant. Lafage ne s'exerça jamais à la peinture qu'il eût honore'e sans doute par ses succès. ,

Il est assez difficile de se faire une ide'e de kt facilite' de dessiner de Lafage qui , le plus souvent ^ sans aucun trait de crayon , entreprenait un très- grand sujet.

La plupart de ses dessins ont e'te' compose's au cabaret , qui était son atelier ordinaire , et il lui est arrive de confier ses plus belles pensées sur le dos du me'moire du cabaretier , qu'il faisait porter en- suite chez quelques amateurs. Ses dessins sont pas- sés dans tous les pays. Sa manière de dessiner le paysage tenait beaucoup de celle des Carraches y il en ornait souvent le fond de ses compositions , sur-tout de ses bacchanales , genre dans lequel sou ge'nie s'est surpasse', mais oii la licence se fait trop sentir. C'est seulement comme dessinateur de pay- sages qu'il trouve une place dans cet article.

Lafage mourut fort jeune de la suite de ses de'bauches.

On a grave' presque tous ses dessins , et il a grave lui-même quelques planches qui sont rares et difCrt ciles à trouver»

iqg Notices

LOCATELLI , mon à Rome en 174».

Locatelli qui a ëte un clés meilleurs paysagPstes d'Italie, a toujours vécu dans une indigence extrême dont il est assez difficile d'expliquer les causes.

Cet artiste avait reçu de la nature , avec beau- coup de facilité , une manière de peindre large et moelleuse, qui donne beaucoup de charmes à ses paysages. Quoique ce peintre soit moderne, on n'a guères de détails , ni sur sa naissance , ni sur sa we privée , il est assez probable que son caractère ou sa manière d'être aient pu contribuer à le faire vivre dans un état d'indigence avec de si grands

talents.

Ses ouvrages sont plus connus en Italie qu'en France , il en est passé beaucoup en Allemagne et «n Angleterre.

Ses tableaux représentent toujours des vues de Rome et de ses environs , qu'il ornait de figures et d'animaux.

On a gravé en Angleterre d'après ses ouvrages.

On serait tenté de croire que Verne t l'a connu en Italie et lui a été utile par une certaine ressemblance dans la touche et dans la manière ^e peindre.

SUR lES PeI'JiTRES. I^^

LOUTHEFiBOURG, à Sirasbourg,

Ce peintre dont l'enfance fut livrée de très» bonne heure à l'e'tude des arts , arriva à Paris > avec un talent forme. Il y jouit, pendant plu- sieurs anne'cs qu'il passa dans cette capitale", d'une re'putation bien me'ritee. Ses tableaux firent le principal ornement des diverses expositions du Louvre , oh il brillait dans tous les geru'es. Le paysage , les batailles , les chasses , les animaux , les marines occupèrent tour à toiu* son pinceau ferme et moelleux.

Peu de peiulres ont eu de leur vivant autant de vogue et d'appréciateurs. Loutheri/ourg ioi^nmi à une mémoire surprenante une facilité d'exécution qui paraissait n'être qu'un jeu pour lui. La peinture n'était pour ainsi dire qu'un délassement pour ce génie fécond. Ses tableaux ont quelque chose d'ap- pétissant , de frais et de vaporeux qui les a fait toujours rechercher ; ses ciels et ses eaux sont sur- tout peints avec un goût exquis.

Si les animaux de Loutherbourg n'ont pas toute la vérité et l'exacte précision de la nature , il est vrai de dire qu'il a su leur doonçr un caractère et.

^0» Notices

une tournure à lui , qui les rendent si inte'ressanls qu'on serait mal fondé à exiger un autre air que celui qu'il leur a assigne'.

Ce peintre , d'un caractère vif et bouillant , après avoir vécu quelques années à Paris , est passé en Angleterre par le désir du changement. Ses ou- rVrages y ont été bien accueillis ; mais je crois que son talent n'y a pas gagné, si l'on fait la comparai- son des tableaux qu'il a peints en France avec ceux qui sont revenus d'Angleterre.

On croit que ce peintre y vit encore ; il a eu )ong-lem2:)S l'entreprise des décorations du premier théâtre de Londres.

On a beaucoup gravé d'après Loutherboiirg y il a gravé lui-même plusieurs pièces d'une manière forte et vigoureuse , qui sont très-recherchées.

Jean MIEL , à Vlaendej-en près envers , mort à Turin en 1664.

Jean Miel partit fort jeune pour l'Italie , il se fixa pour toujours. Il y exerça d'abord le genre de i'histoire , mais son goût l'entraîna vers le genre des pastorales et des paysages dans lesquels il réussit parfaitement. Ses tableaux sont largçs d'effet , soa

STTR LES Peintres. 2oi

pinceau gras et onctueux , sa couleur est dore'e et ses ciels très-clairs et très-brillants. Il reçut beaucoup de biens du Duc de Savoie , Charles-Emmanuel , qui le fixa à sa Cour, et pour lequel il peignit beaucoup de tableaux en tous genres ; mais c'est particulière- ment comme peintre de scènes familières de jjaysans qu'il est recommandable dans l'histoire des arts.

Francisque MILLET , a Anvers en 1644 y mort à Paris en x68o.

Ce peintre qui chercha à imijer les paysages du Poussin , s'adonna aussi au genre de l'histoire , qu'il eût fort bien traite si son ge'nie eût pu se fixer. Il parcou- rut la Flandre , la Hollande et l'Angleterre. Paris fut le terme de ses voyages, et il y mourut dans un âge peu avance' , d'un breuvage, dit-on, que des envieux lui donnèrent. La touche de Francisque est facile ; il dessinait bien. Cet artiste e^t un de ceux qui a le plus approche du Poussin dans l'imitation de ses paysages. Il avait reçu de la nature une me'moire si heureuse qu'il lui suffisait d'avoir vu un objet pour se le rappeler et le rendre avec exactitude , soit dans les ouvrages des autres , soit d'après nature. On a beaucoup grave d'après ce peintre , et sou œuvre est très-connue»

ïioa Notices

MINDERHOUT ^ en HolIa?ide,

Minderhout s'adonna particulièrement à peindre des marines qu'il exe'cutait d'un grand goût. Les figures -de ses tableaux sont bien dessine'es. Ce peintre est peu connu en France , et c'est dans son pays et en Angleterre que sont reste's la plupart de ses tableaux. On connaît deux grandes estampes grave'es d'après lui par Lemire , dont une porte pour titre le Bassin de Bruges. J'ai vu de ce peintre un paysage avec un fond de mer d'un effet le plus vaporeux , et d'une belle couleur,

MOUCHERON , en Hollande,

Les paysages de Moucheron sont d'un faire fort léger et très-agre'able. Ses ciels sont ordinairement très-vaporeux et ses sites fort étendus. Sa manière- de toucher les arbres est finie et spirituelle ; il îeur donne une tournure très-pittoresque. On recon- naît les tableaux de Moucheron à une certaine af- fectation de piquer ses arbres avec des tons grisâ- tres. Le fond de son coloris est fort et dore'. Les tableaux de Moucheron sont placés dans les meilleai» cabinet s.

SUR L'ES PeIKTRES. 2o5

Jérôme LE MUTIAN,nê en Bresse dans la Lom- bardie en iSaS , mort à Rome*

Le Mutian fit connaître de très - bonne heure ses grands talents à Rome , ou il fut fort prote'gé par les Papes. Il avait tellement l'amour de son art qu'il fit e'tablir à Rome la première Acade'mie de peinture , confirme'e par le bref de deux Papes , Grégoire XIII et Sixte V. Il entreprit de grands ouvrages , mais son ge'nie l'entraîna souvent Vers le paysage qu'il traita tout autrement que les autres peintres d'Italie ; son goût tenait à la manière du Titien , et de l'e'cole flamande ; ses paysages qui furent très - estime's de son temps , sont au- jourd'hui peu connus en France. La manière de peindre àw Mutian est grande et forte : l'on a gravé plusieurs estampes d'après ce peintre , qui a été un des plus ce'lèbres de l'Italie.

Adrien OSTADE , à Lubeck en 16x0, mort à Amsterdam en i685 i Isaac OSTADE , son frère puîné.

Adrien Osiade est trop connu dans l'histoire des

2o4 Notices

arts pour que j'entre dans de grands détails snr ce peintre si ce'lèbre à juste titre. On sait qu'aucun peintre de l'e'cole hollandaise n'a peint d'une manière plus grasse , plus onctueuse , et n'a observe' mieux que lui les lois de l'effet de la lumière ; c'est chez lui un me'rile qu'on ne saurait assez louer. Son goût le porta presque toute sa vie à peindre des bam- bochades en inte'rieur et en paysages , c'est par ce côte' qu'il est parle' de lui dans cet ouvrage. La cou- leur à*Osiade est forte et dore'e.

Son frère Isaac s'est beaucoup plus exerce' aa paysage cya* Adrien ; il y a souvent joint des ani- maux qu'il peignait d'une touche heurte'e , et qui lui e'tait particulière. On connaît aussi beaucoup de tableaux d'hiver d'Isaac Ostade qui , quoique fort habile , a e'te' e'clipsé par son frère.

Jean-Paul PANINI , peintre de l'école moderne d'Italie»

Ce peintre , appelé' souvent dans le commerce pax ses deux prénoms seulement , s'est fait connaître sur- tout par une belle manière de peindre des monu- ments d'architecture , qu'il composait et groupait avec beaucoup de goût. Sa manière de peindre est.

SUR LES Peintre ao5

belle et savante , sa couleur dore'e , son pinceau large et gras ; ses fonds de paysage sont très-har- monieux. Les tableaux de Panini sont place's avec distinction dans les cabinets , et ils ont servi de mo- dèles à beaucoup d'artistes qui se sont livres k peindre l'architecture.

PERELLE (père et fils) , dessinateurs et graveurs français du dix-septième siècle.

On connaît sous le nom de Perelle une suite conside'rable de paysages de toutes formes et de totites grandeurs , qui sont remarquables par une heureuse composition et par un faire large , facile et plein d'effet. On assure que cette œuvre très-varie'e est l'ouvrage de ti'ois artistes du même nom. , le père et les deux fils , qui tous trois se livrèrent à la gra- vure du paysage à l'eau forte d'après leurs études. Il paraît au style de leurs paysages qu'ils avaient e'te' e'tudier en Italie.

On a lieu de regretter que ces trois artistes n'aient pas eu le goût de la peinture qu'ils auraient enrichie de leurs savantes productions. Les dessins des Perelle sont souvent à la mine de plomb , ou lave's légèrement sur un trait de plume» Rien de

2o6 Notices

plus exquis et de plus agréable que ces dessins qui

sont très-recherche's.

Les paysages des Pef'elle sont dans les mains de tous les artistes. On les trouve souvent ; mais cotte mine fe'conde , recherche'e de l'e'tranger , finira par s'e'puiser pour la France.

Les Perelle ont aussi grave' d'après les tableaux de diffe'rents peintres flamands e'tablis à Rome.

PERIGNON , Peintre , dessinateur et graveur de paj- sages , du dix-huitième siècle,

Perignon se fit connaître par une belle façon de dessiner les vues de paysages qu'il terminait souvent avec quelques couleurs le'gères , souvent ils ne sont qu'au crayon , ou avec une légère teinte d'encre de la Chine ou de bistre.

Ce qui lui donne une place dans cet ouvrage , c'est sou talent particulier à peindre le paysage à la gouache qu'il exécutait sur des toiles légèrement imprimées de blanc à colle. Il fut reçu à l'Académie royale de peinture sur deux fort beaux paysages peints de cette manière, qui lui firent beaucoup d'honneur.

11 fut choisi pour aller dessiner des vues de Suisse

SUR LES Peiittres. ao^^

lors de l'exécution de ce voyage , dont il fit la plus grande partie des dessins.

Ce peintre traduisait la nature avec la plus scru- puleuse exactitude , et l'on peut s'en rapporter aux vues qu'il a dessin e'es , lesquelles sont le portrait fi délie des lieux qu'elles repre'sentent. '^

Perignon s'est aussi amuse' h. graver plusieurs planches à l'eau forte , d'après ses propres dessins ^ qui sont exécutées d'une manière le'gère et facile.

Ce peintre est mort dans un âge peu avance'.

Bonaventure PETERS , à Anvers en ï6i4 » morù en i652.

Peters a joui , de son temps , de la re'putation du premier peintre de marines , avant Backhitisen , jVilllain Vandeit'V^eîde et plusieurs autres qui l'ont surpasse'. Il faut cependant rendre justice au talent de ce peintre qui a su représenter avec beaucoup de ve'- rite' et le'gère te' toutes les horreurs de la mer et ses innombrables accidents.

Ses tableaux sont très-moelleux et très-vaporeux ^ le ciel , la mer s'y confondent ensemble , le tonnerre » ies éclairs sont souvent l'ame de ses tableaux , aux- quels on ne peut reprocher qu'une couleur, un peu

2o8 Notices

trop généralement grise ; au reste il y a beaucoup de finesse dans la couleur et dans la touche de ce maître qui, sans occuper le premier rang , peut encore obtenir une place dans les cabinets des ama- teurs qui savent appre'cier sans partialité' les talents divers des arastes. J'ai connu des tableaux de Peiers qui étaient du premier me'rite ; mais il y a deux choix dans ses ouvragés.

On a gravé d'après ce peintre qui fait honneur à une ville qui a vu naître dans son sein tant d'habiles artistes.

Adam PVNJKER , ou PYNAQ UER , à Pj-naker en 162 1 , viort en 1675,

On ne sait rien de bien certain sur la vie de cet artiste charmant , qui peignit le paysage de la ma- nière la plus piquante. La touche de Pj'naker est légère , fine et brillante. Peu de peintres ont peint le paysage avec autant de tact et d'esprit. La vue des paysages de P^naker excite un plaisir et un charme exlraorùinaires. Il se plaisait sur-tout à pein- dre des chêuey auxquels il a donné tout l'esprit dont le feuiller de'cet arbre est susceptible. Il joignait au talent du paysage le ^raiid art de bien dessiner le& iuiiiuaux*

SUR LES PeIITTEES. 90C|

On prétend que Pjnaker a e'te' fort employé dans sa patrie à peindre des tableaux de grande propor- tion pour l'ornement des galeries et des grands ap- partements ; mais la mode a fait disparaître ces chef-d'ceuvres dont il ne reste plus de traces.

On ne connaît dans le commerce que de fort jolis tableaux de chevalet de Pjnaker , qui seuls par leur me'rite ont fait sa grande re'putation ; ils se Vendent cher , et sont toujours très-recherche's.

Pj'Tiaktr se reconnaît à une certaine manière ferme et pointue dans les formes des terrasses et à une touche spirituelle j ses ciels sont toujours très- ^ lumineux.

Corneille P OLE MB O URG j ou P OÈLEMB O URG ,

à Utrecht en i586 , mort en 1660.

Polembourg quitta très-jdune encore Abraham Bloemaeri , son maître, pour se rendre à Rome il passa la majeure partie de sa vie. Son premier soin fut d'imiter la manière d'Adam Elsheimer qui jouissait à Rome d'une grande re'putation ^ mais Polembourg craignant d'être imitateur se cre'a une manière suave et d'un beau fini qui lui me'rita à soa tour les suffrages des artistes et des connaisseurs,

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210 Notices

Ses compositians sont ornées des ruines de Rome et de ses environs auxquels son pinceau ajoutait beau- coup d'inte'rêt. La couleur de ses tableaux est belle et brillante , il y joignait une sorte d'effet et de rigueur sur les premiers plans , qui contribuaient SI rendre ses lointains fuyants et vap«reux.

Polembourg a joui de son vivant de tous les avan- tages de son talent ; fête' et estime des grands , ii reçut des honneurs dans les différentes villes il passa en retournant à Utrecht , sa patrie , il fut fort employé , et il y mourut dans un âge avance'.

Les tableaux de Polembourg conserveront long- temps leur re'putation et seront place's avec distinc- tion dans les meilleures collections. Ils sont aise's à reconnaître au premier coup d'ceil , quoiqu'il ait eu quelques imitateurs dont on vend les tableaux sous son nom.

Nicolas POUSSIN , à Andelys en 1694, mors à Rome en i6G5.

Ce grand peintre est tellement connu qu'il serait su- perflu de vouloir faire dans cet abre'ge' l'e'nume'ratiore des grands talents qui ont rendu son nom si ce'lèbre»

Nous ne parlerons de lui que comme uu des phis

SUR LES Peintre Si iatt

grands paysagistes pour le genre he'roïque clans lequel son grand ge'nie a brillé au premier degré'.

Le Poussin est sans contredit le premier eh ce genre , et l'on retrouve dans les compositions de paysage de ce grand peintre toute la profondeur des pense'es qui se fait t-emarquer dans ses tableaux d'his- toire.

Sa manière est grande et savante ; ses plans sa- jgcment dispose's , les monuments qu'il a introduits dans ses paysages sont peints avec beaucorip de goût , fct toujours place's à propos pour le sujet qu'il a eu intention d'y traiter.

Ses masses d'arbres sont grandes et nobles , sans affectation , et pi-oduisent de beaux effets.

Les paysages du Poussin sont assez souvent tra- verse's d'une grande route ou ancienne voie romaine et ils ont presque toujours un but moral ; s'ils ne surprennent pas au premier coup d'œil par le brillant du coloris, on y trouve toujours la couleur locale de la nature dont cet habile homme fut le judi-