PRESENTED TO
THE LIBRARY
BY
PROFESSOR MILTON A. BUCHANAN
OF THE DEPARTMENT OF ITALIAN AND SPANISH
1906-1946
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in 2009 with funding from
University of Ottawa
http://www.archive.org/details/essaisurlesfableOOIoisuoft
ESSAI
SUR
LES FABLES INDIENNES
SUR LEUR INTRODUCTION EN EUROPE,
SUIVI DO
ROMAN DES SEPT SAGES DE ROME
EN PROSE.
imprimerie te 3Jîault>e et ^îcnou ,
Rue Baillcul , 9 et ».
ESSAI
LES FABLES INDIENNES
SUR LEUR INTRODUCTION EN EUROPE
PAR A. LOISELEUR DESLONGCHAIYIPS
KOMAN DES SEPT SAGES DE ROME
EN PROSE
POUB LA PREMIERE FOIS, D'iPKts UJ MANUSCRIT DE I.A RI Rl.un 11 I ■ ■ t IT1I
AVEC U»E milSE. ET DBS EXTRAIT- DO l'i'l,
PAR LE ROUX DE LINCY
POUR SKIîVIR D IHTHODiTCTinv
AUX FABLES DES XIIe XIIIe ET XIVe SIÈCLES
TUBLIÉES PAR M. ROBEHT.
PARIS. TEGHENER, LIBRA1RI
PLACE DU LOUTRE , 12.
1839
V&
s* S\
a 4
»
\ MONSIEUR
LE BARON SILVESTRE [)E SACY,
PAIR DE FRANCE ,
GRAND OFFICIER DE I. ORDRE KOYAL DE LA LEGION-D HONNEUR,
SECRETAIRE PERPETUEL
l\cawmiî. rovin ors ivscKirrioKS n bellu-li
MuMM \GK DE RESPECT ET DF. RECONNAISSANCE,
LOISELEUR DESLONf.CHAMPS.
ESSAI
FABLES INDIENNES
SUK LEUR INTRODUCTION
KiN EUROPK.
Depuis long-temps l'histoire des fictions imagi- nées par les peuples est en possession d'exciter à un haut degré la curiosité. Un docte et pieux évêque n'a pas dédaigné de composer un traité sur l'o- rigine des romans, et, de nos jours, plusieurs sa vans ont publié sur ce sujet des travaux d'une grande étendue et fort feeommandables.
Parmi toutes les inventions romanesques nées d'une imagination féconde, celles qui ont l'Orient pour pays natal, méritent, sons plus d'un rapport, d'attirer l'attention. Le succès obtenu par les Mille
4 ESSAI
et une Nuits dans le siècle dernier, succès mérité qui s'est maintenu jusqu'à présent, n'est pas le premier que les fictions de l'Orient aient obtenu en Europe. Il faut remonter jusqu'au moyen âge pour trouver l'époque de l'introduction de ces fic- tions dans les compositions romanesques euro- péennes. C'est un examen bien curieux à faire, et l'histoire des deux recueils de contes et de fables attribués à Bidpaï et Sendabad peut contribuer à éclaircir cette question.
Le nom de Bidpaï est assez généralement connu, grâce à La Fontaine. Bidpaï est le nom d'un philo- sophe indien , auquel les Persans et les Arabes ont attribué un recueil d'apologues intitulé par eux , Calila et Dimna , recueil très célèbre en Orient, et qui a été traduit en latin dès le xme siècle de notre ère. Également importé en Oc- cident vers la même époque, \e Livre de Senda- bad (qu'il ne faut pas confondre avec les Voyages de Sindbad) eut une grande célébrité, sous le titre de Roman des sept Sages. Les recueils d'apologues et de sentences morales étaient bien plus recher- chés au moyen âge qu'ils ne le sont aujourd'hui, et les nombreuses imitations des livres de Bidpaï et de Sendabad furent alors très goûtées. La si- multanéité du succès de ces deux livres, et le rap- port de leur commune origine, m'ont engagé à réunir dans un même opuscule L'examen des di-
si R LES FABLES INDIENNES. ••
verses traductions, plus ou moins infidèles, par la voie desquelles ils sont venus de l'Inde, leur patrie, jusqu'à nous. Plusieurs savans ont déjà abordé ce sujet, et l'illustre et vénérable doyen des orientalistes, M. le baron Silvestre de Sacy, a consacré à Bidpaï plusieurs excellentes disserta- tions qui m'ont été du plus grand secours.
Quelques personnes seront peut-être étonnées que je n'aie point associé Lokman à Bidpaï et à Sendabad ; mais, outre que le recueil du fabuliste arabe n'a point de rapports avec les deux ouvrages dont je vais m'occuper, l'antiquité et l'origine de son recueil sont fort contestées. M. Marcel, édi- teur et traducteur des Fables de Lokman, les re- garde, il est vrai, comme antérieures à celles d'fisope ; mais M. de Sacy, dont l'opinion est d'un si grand poids dans cette question, n'hésite pas à les considérer comme modernes et empruntées à la rédaction grecque des fables ésopiques.
ESSAI
BIDPAI.
L'invention de l'apologue se perd dans la nuit des temps. L'idée de cacher un précepte utile sous le voile de l'allégorie, et de rendre plus sensible une vérité morale en l'appuyant sur une fiction ingénieuse , se retrouve chez tous les peuples de l'antiquité1; mais il y a toute apparence que c'est en Orient, et peut-être particulièrement dans l'Inde, qu'il faut chercher l'origine de cette in- vention. En effet , dans un pays où parmi les croyances se trouve le dogme de la métempsy- chose , où l'on attribue aux animaux une ame semblable à celle de l'homme, il était naturel de leur prêter les idées et les passions de l'espèce humaine et de leur en supposer le langage : c'est ce qui a lieu dans l'apologue indien. Les combi- naisons les plus profondes et les sentimens les
On rencontre plusieurs apolo- Pêcheur forcé d'avoir recours à ses gués ou paraboles dans la Bible. fiiels pour prendre des poissons , ( yoy. les Juges, th. ix, vers. 8-15 ; sourds aux sons de sa flûte. Enfin, tes Mois, liv. Il, th. xn, v. i, on connaît l'heureuse citation de I. IN , c. xiv, v.9.) Le poêmed'He- l'apologue des Membres révoltés siode, intitulé Les Travaux et les contre l'Estomac, faite par Mené- Jours, nous offre la fable de l'E- nius Agrippa, pour calmer le peuple pervier et du Rossignol. Dans lié- romain mutiné. (\o\.\Essai sur rodote (1. I, c. cxli), Cjtus, pour la Fable et sur les Fabulistes, rappeler aui rois leurs devoirs, par M. Walckenaer, p. i.\iv, pre- iorsque les movens de persuasion mier volume des OEuvres de La >ont inutiles, récite l' apologue du Fontaine. Paris, 18'22; in-8°.)
SLR LES FABLES INDIENNES. 7
plus délicats y sont l'apanage des animaux. Ce serait peut-être émettre une proposition contes- table que de réclamer exclusivement en faveur des Indiens l'honneur d'avoir inventé l'apologue: on ne peut, du moins, se refuser à reconnaître qu'ils jouissent dans ce genre d'une haute supério- rité, par la physionomie toute particulière qu'ils ont donnée à la fable et au conte. Chez les Indiens, en effet, au lieu d'être un récit isolé, placé par un orateur dans un discours comme exemple et comme moyen de persuasion ', l'apologue est un traité complet de politique et de morale, et a reçu une forme que l'on peut appeler dramatique. Dans les livres indiens, une fiction principale encadre plusieurs fables ou contes débités par les premiers personnages mis en scène à mesure que la situa- tion amène ces récits ; ces fables sont en prose et semées de vers sentencieux , empruntés aux codes des législateurs, aux légendes héroïques et sacrées, aux drames et aux recueils de poésies -.
■ Esope n'est point, comme on naer, Essai sur la Fable et sur sait, l'auteur du recueil de fables les Fabulistes, p. iavi.'i qui porte son nom. Considérant l'a- = Dans la sanscrit, langue anli- pologue comme un puissant moyen que et sacrée des indiens, Dres- de conviction, il l'employa souvent, que tout est en vers, aussi bien les il en lit sentir toute l'importance, préceptes des législateurs, que \r- et, sous cerapport.il a mérité d'en aphorismesides grammairiens , les être regardé comme i'inventeur.Les dogmes des philosophes el les théo- Ingénieuses Gelions dont il avait renies iU'> astronomes. Le mélange l'ait un fréquent usage, restèrent de prose et de vers ne Bfl rencontre dans la mémoire des hommes, et que dans les ouvrages d'une très on en forma des recueils, (Walcke- liante antiquité, comme les Védat,
8 KSSAl
' Il existe en sanscrit plusieurs livres de ce genre, mais ils n'ont pas tous, à beaucoup près, le même degré de mérite *. Le plus remarquable est celui que les Persans et les Arabes ont désigné sous le nom de Livre de Cailla et Dimna , et qu'ils at- tribuent à un philosophe nommé Bidpai. L'histoire des métamorphoses de ce livre célèbre , mainte- nant suffisamment éclaire ie, est d'un grand inté- rêt pour la littérature orientale , et mérite d'être exposée avec quelque détail.
Dans la première moitié du vie siècle de no- tre ère , le fameux Chosroès ou Khosrou Nouchir- van , roi de Perse , ayant entendu vanter plu- sieurs traités de morale et de politique écrits en lan- gue indienne, chargea un savant médecin nommé Barzouveh, et qui possédait une connaissance ap- profondie de la langue persane et de la langue in-
ou dans les drames et les recueils intitulée le Trône enchanté. Les
de contes, productions qui peuvent contes du Perroquet ont été traduits
être considérées comme modernes en persan, sous le litre de Thouthi-
rclativement aui grands poèmes nameh, du persan en anglais, et
héroïques , tels que le Râmâyana de l'anglais en français par MfMa-
Ct le Mnhàbhih ala. rie d'Heures. (Paris, 1826, in-8°.)
1 Les principaux sont le Singlui- Un docte prince indien, Radjah -
MM -duàtrinsati , ou le trône Kali-Krichna-Behader, a traduit les
cnrhanié; le Souka-saptaH, ou les contes du Mauvais Génie, en anglais,
eontes du Perroquet; le Fe'fcîîa-pan- d'après une version en bradjba-
tehavinsati, ou les contes du Mau- kha} et M. Babington en a publié
rai; Génie, et le grand recueil inti- uni" autre traduction faite d'après
tulé Vrihat-kathâ. LiSinghâsaaa- le tamoul, et sur laquelle on peut
dwùtrinsnli est a la portée des 1er- consulter un article île M. Burnouf.
leurs français, le baron l.escallier dans le Journal des Savons, d'a- en ayant donné, d'après la version vril 18Ô5. Le Vrihat-kathâ n'a persane, une traduction française, pas encore été traduit: mais il en
SUR LES FABLES INDIENNES. ^
dicnne ', d'aller dans l'Inde chercher ce trésor de sagesse 9. Barzouyeh se procura, non sans peine, le livre qui lui était nécessaire, et le traduisit en pehlevi, l'ancien langage des persans; de retour à la cour de Nouchirvan, il lui offrit le recueil d'apo- logues que ce prince désirait connaître, et que le traducteur avait intitulé Livre de Calilaet Dimna, par le sage Bidpai. Il avait donné ce titre h son ou- vrage, parce que les deux chacals, nommés Calila et Dimna, sont les personnages les plus importans d'une partie considérable du livre3. Le roi, satis-
a paru une analyse dans le Quar- terly Oriental Magazine de Cal- cutta, 1824 et 1825. Le texte san- scrit de ce dernier recueil sera pu- blic incessamment en Allemagne; l'original sanscrit des trois autres est aujourd'hui fort rare, mais il en existe des traductions dans plusieurs des dialectes vulgaires de l'Inde.
• Il semblerait <jue Barzouyeh était Indien de naissance. Au com- mencement du chapitre du Calila et Dimna, qui renferme une no- tice sur sa vie, censée écrite par lui-même, on lit : ■ Mon père était
un homme de la classe militaire, et ma mère d'une bonne famille de BrAhmanes. • ( Ealila ami Dimna or the Fables of Bidpai, trowula- ted from the aràbic by the m. Windham Enatchbull. Oxford . 1819; in-8°, p. 65.)
» Calila ri Dimna, ou Fables de Bidpaï, en arabe, précédées d'un mémoire svrVoriginedece livre, et sur les diverses t feuiuctions quien
ont été faites en Orient; par M. Sil- vestredeSacy. (P.2etsuiv. du Mé- moire.)— Kalilaand Dim., p. ">. — Saint-Martin, Biographie univer- selle, art. Khosrou, t. XXII, p. 382. 3 Silvestre de Sacy , Mémoire historiq., p. 3. — DHerbelot a dit que le livre intitulé Djawidan-khi- red ( sagesse éternelle) , était la même chose que le Homayottn- nameh qui est une version turque du Calila et Dimna, ce qui a donné occasion à ceux qui ont parlé après d'Ilerbclot du Calila et Dimna, de dire que la version pehlevie de ce livre était intitulée Djawidan-khired, ce qui est une erreur. (Silvestre de Sacy, Mai hist., p 10.) Le Djauidan-khi- red est un recueil de préceptes m raux attribués par les Persans .. l'ancien roi Bouchenk, traduit en
arabe par Hassan , fils de Sahel et insère parAhouAli Unned Kbn-
Hescowi&j dans un ouvrage d'une plus grande étendue, intitulé Aduh
10 ESSAI
fait de son zèle, lui demanda ce qu'il désirait pour sa récompense , lui assurant que sa requête lui serait accordée, quand même il demanderait une partie du royaume. « Je demande au roi, dit Bar- zouyeh, d'ordonner à son vizir Buzurjinihr, fils de Bakhtégan, d'employer son talent et la force de son jugement, en même temps que son savoir et son imagination, à écrire une courte notice de ma vie et de mes actions, pour être placée au devant du chapitre contenant l'histoire du lion et du tau- reau : cette notice ne manquera pas de m'élever, moi et ma famille, au faîte de la gloire, et de per- pétuer notre nom dans les siècles à venir, aussi long-temps qu'existera le livre qui m'a procuré la faveur du roi !. »
La demande de Barzouyeh lui fut accordée, et Burzurjmihr composa en effet le chapitre dans lequel le docte médecin est censé parler lui-même et rendre compte de sa naissance , de son éduca- tion et de sa vie, jusqu'à l'époque de son voyage dans l'Inde.
Les rois de Perse, successeurs de Nouchirvan, firent conserver précieusement dans leur trésor
alArab ua al Foras, préceptes de ■ Kalila andDimna, p. 44. —
conduite des Arabes et des Persans. Silvestrcdc Sacy, Mc'm. hist., p. 9.
(Voyez le Mémoire de M. Silvestre —Extrait du Chah-nameh, traduit
de Sacy sur le Djawidan-khired , par M. de Sacj , dans le v vol. des
dans les Mémoire» de I Académie Notice* et extraits de» manuscrits
1rs imeriptions, II' série, tom. IX, <le la Bibliothèque du Roi, p. 152,
II* partie, p. I et suiv. , \>- partie.
SUR LES FABLES INDIENNES. 1 1
le Livre de Calila et Dimna, jusqu'à la destruction du royaume de Perse par les Arabes musulmans, sous le règne de Yezdeguerd *. Cent ans environ après cette catastrophe, au vme siècle de notre ère, Almansor2, second calife abbasside, ayant entendu parler du Livre de Calila et Dimna, conçut un vif désir de se le procurer, et parvint à force de recher- ches, à trouver un exemplaire de la version pchle- vie, composée par Barzouyeh3. Ce livre était échappé par bonheur à la destruction presque complète de la littérature persane, sacrifiée au zèle aveugle des sectateurs de l'Alcoran, dans le moment de la con- quête *. Un Persan, nommé Rouzbeh, plus connu sous le nom d'Abdallah Ibn-AlmocahV\ et qui avait abjuré le magisme pour embrasser la reli- gion musulmane, fut chargé par le calife de com- poser une version arabe du texte pehlcvi, et publia son ouvrage sous l'ancien litre de Livre de Calila et Dimna. La traduction pehlevie, sur laquelle avait
• Silvestre de Sacy, Mém. hist., clido. (Préface des contes inédits
p. <). — Notices et extraits des des Mille et une Nuits, traduits par
manuscrits, X, y. 109. — La bataille M. de Hammer, p. x\j.)
de Cadesiab , qui dérida du sort 3 Notices et extraits des manu-
de l'empire persan, fut livrée ci; scrits, t. \, p. 98, 100.
l'année 636. 4 silvestre de Sacy, Mém. hist.,
' Il fut le premier calife, dit fhis- p. 9eM0. tories arabe Massoudi, qui ordonna s i;t non Ïbn-Almocanna, com- te traduire en arabe des ouvrages me on a écrit quelquefois . mais à persans et grecs, parmi lesquels se tort. | Silvestre de Sacy, Not. et trouvent le Calila et Dimna, la Lo- r.n. des MSS., t. X, p. 100. — gique cPAristote, le< Œuvres de Mém. hist.. p. 10.) Ptolémée, et \et' Élément d'Eu-
12 ESSAI
travaillé Abdallah, se perdit, comme le peu de mo- immens de la littérature persane échappés, dans le moment de la conquête, au zèle destructeur des premiers musulmans, et qui disparurent pour tou- jours, lorsque des traductions en arabe et en per- san moderne purent en tenir lieu, la langue pehlevie ayant fait place à l'arabe et au parsi '.
11 est donc impossible aujourd'hui de savoir jus- qu'à quel point Abdallah a pu s'écarter du texte pehlevi qui lui a servi d'original. Les manuscrits de la version arabe offrent d'ailleurs des varia- tions si nombreuses, que M. de Sacy présume que ce livre a subi plus d'une interpolation 2.
La traduction d'Abdallah Ibn-Almocaffa servi} de texte, vers la fin du vnie siècle de notre ère , à un poète qui mit en vers le Livre de Calila et Dimna pour Yahya, fils de Gialar le Barmécide, et lut richement récompensé. Une autre version en vers arabes, dont l'auteur se nommait Abdalmou- min Ben-Hassan, est intitulée Dourr al liikem ji amisul alHind wa al Adjem, c'est-à-dire les Perles des sages préceptes, ou Fables des Indiens et des
• Silveslre de Sacy, Mém. Itist , l'histoire persane, et ses tradm -
p. O^et, 10. — Le livre de Calila et lions ont été une des sources dans
Dimna n'est pas le seul qui ait été lesquelles a puisé Ferdoucy, au-
traduit du pehlevi en arabe par Abd- leur du grand poème du Chah-
dlah Ibn-Almocaffa. Il avait aussi nameh. (Silveitre de Sacy, Mém.
traduit en arabe les principales par- hist., p. 13).
tins, peut-étrp même le corps " Mém. hitt.,o. 14. f-iitior dp» anciennes légendes df
-l 1. I ES l \l-l ES INDU NM 5.
.-. I Ile doit contenir environ oeuf mille distiques '.
Après avoir été traduit du pehlevi ou persan
ieo en arabe, le Livre de Calila et Dùnti de 1 : a persan i : ne. Nasr, lil> d'Ahn prince Samanide qui régna >ur la Perse orien- tale de (JU hégire 301 a 943 hégire 331 . or- donna au poète Roudéghi, qui vivait a ^a cour, de
ire en vers persans le Livre de Calila et Ditana. Roudéghi se conforma aux désirs de maure, et DaulefrChah, biographe do rap-
porteque l'émir Nasr récompensa son zèlee4 son talent parle présent d'une somme de 80,000 <•(■> dai - ■ travail de Roudéghi est selontoute
trence, aujourd'hui perdu *. Il n'enest pas de mêmed'une célèbre version du Livre de Calila ei Dîmna, en ; ver-
sion ayant pour auteur Àbou'lmaah' Nasrallafa . qui vivait au xir si H
pour le plus habile »'t le plus éloquent des écri- vains de soi) temps5. Elle fut comj l'ordre
d'Al ou'lmodhaJTer Babram-Chab, sultan de la dv-
da Sarr. Mm, Ktst travail . qui ne fui pa> al F •"•|
> Sil\e>tre lieSai-v. Mém.hist . \ . . ,>U préface
■t :.'.'.— Ab,u liàzl Bel- , • \ II. de S
. >izir du wèmtl (MMttl a- \ot. et extraits I
nide, a>aii char^d abord un au- }• - • re poêle, nomme IVkiki .
I i ESSAI
uastie des Gazno vides l. Ce prince était un protec- teur zélé des sa vans et des gens de lettres, et le li- vre lui est dédié par Nasrallah -.
Plus de trois siècles après, vers Tan 900 de l'hé- gire (J.-C. 1494) , la version de Nasrallah fut ra- jeunie par Hocéin ben-Ali, surnommé Al-Yaëz (le prédicateur) , et qui est regardé comme un des auteurs les plus élégans qu'ait produits la Perse. Hocéin ajouta au Livre de Cal il a plusieurs fables, ainsi qu'une introduction de sa composition , et abandonnant l'ancien titre, il appela son ouvrage Anwari-Sohaili ( Lumières canopiques), faisant allu- sion au nom de son protecteur Ahmed Sohaili 5, vizir du sultan Abou'lghazi Hocéin Béhadur-Khan, descendant de Tamerlan. Le nouveau traducteur trouvait la version de son devancier surchargée de métaphores et de termes obscurs ; mais malgré le mérite de son livre, les ornemens , conformes au goût persan, qu'il y a prodigués, perdraient
' Bahram - Chah régna depuis 3 Hocéin Vaéz, dans sa préface,
l'an 512 de l'hégire (Hl8de J.-C.» indique lui-même le sens figuré du
jusqu'à l'an 548 ou environ (1159 litre qu'il a adopté, en comparant
de J.-C). — Le livre de Nasral- l'émir Sohaili a l'étoile Sohaïl ou
lah fut composé, à ce qu'il parait, Canope, dont le lever présage le
dans les premières années de son bonheur et la puissance. Il adresse
règne. iSilveslre de Sacy, Mcm. a l'émir ce vers persan :
hist., p. -'i" ■ «Tu es vraiment le Canope;
= M. Silve>tre de Saiy n donné parfont OU tu luis, partout où lu
dans le dixième volume <le> Notices parais sur l'horizon . tu es le pré-
et extraits rfesmanuscrits une no- sage du bonheur pour tous ceux sur
!ice très étendue de la version de qui tombe l'éclat de ta lumière. »
Nasi illnh. ' ftftm.Mlf.âe M. de Sacy, p. 44.)
SI H LES FABLES INDIENNES. I •"•
peut-être beaucoup en passant dans une langue européenne '.
Ce qu'Hocéin Vaèz avait liiit pour la traduction de Nasrallah , on entreprit plus tard de le faire pour la sienne. Vers la fin du xvic siècle de notre ère, l'empereur de Delhi Akbar, trouvant que YAnwari-Sohdili d'Hocéin manquait parfois de clarté et de précision, et qu'il renfermait encore trop de termes arabes et de métaphores extrava- gantes, ordonna à son vizir Abou'lfazl de le retou- cher, ou pour mieux dire d'en faire une nouvelle rédaction -. Abou'lfazl obéit h l'ordre de son sou- verain; son travail fut achevé en l'année 999 de l'hégire r> (1590 de J.-C.)etfut public'' sous le titre
• Lcpassage suivant, dont j'em- prunte la traduction à M. de Sacy, et qui est extrait de la préface d'Hocéin Vaèz, renferme le juge- ment de cet écrivain sur la version de Nasrallali , et peut donner une idée de son style :
« Elle (la version de Nasrallah) est assurément écrite d'un stylo aussi délicat que l'aine qui entre- tient la vie, et aussi frais que le co- rail agréablement coloré. Ses ex- pressMns ravissantes sont comme les gestes séduisans des belles auv lèvres de sucre qui font naître des passions turbulentes, et ses pen- sées, qui raniment la vie, sont comme les boucles charmantes des beautés au tendre duvet qui capti-
<' eut les ctrurs... Cependant, Comme I auteur a employé dos termes peu Usttei, qu'A a orné son stylé de
toutes les élégances de la langue arabe, qu'il a cumulé des métapho- res et des comparaisons de toute espèce, et allongé ses pbrases en les surchargeant de mots et d'ex- pressions obscurs , l'esprit de ce- lui qui entend la lecture de ce livre ne jouit pas du plaisir que devrait lui procurer la matière qui y est traitée , et ne saisit pas la quintes- sence de ce que contient le chapi- tre qu'on lit; le lecteur lui-même peut à peine lier le commence- ment dune histoire avec la fin, et la première partie d'une histoire avec la dernière, [flot, cl e.rlr. des i/s.s. , t. Xji»part.p.9&et99).>
' Voyez un passage de la pré- face d'AbouïfazI , cité et traduit par M. de Sacy dans les Ifottcu ei e.rlr. des MSS. , t. X , p. 308,
3 Not. et e.rlr.. t. \ , p. 918
IG
! SSA1
d' Eyari-danich (le Parangon de la science); mais cette nouvelle version, peut-être plus conforme au goût des musulmans de l'Inde, n'est pas moins exempte que l'autre des métaphores outrées et des ornemens bizarres du goût persan '.
HocéinYaëz, ainsi qu'on l'a vu, avait composé Y Amvari'Sohaïli au commencement du xe siècle de l'hégire. Dans la première moitié du même siè- cle, sous le règne de Soliman Ier2, YJiucari-So- haill fut traduit en turc 5, par un professeur d'An- drinople, nommé Ali-Tehélébi, qui dédia son livre au sultan, et l'intitula, en raison de cette dédicace, Homaijoun-nameli (le Livre impérial).
Long-temps auparavant, vers la fin du xic siècle de notre ère, le Livre de Cailla et Dimna avait été traduit de l'arabe en grec 4. L'auteur de celle ver-
. Voyez l'analyse de ÏEyari-da- nieh, par M. Silvcstre de Sacy, dans le dixième volume des Not. et exlr. de» MSS , t. X, p. 197 et suivantes, lre partie.
> Silvestrc de Sacy, Mëm. hist., p. 51.
3 M. de Hainmrr (Journal asia- tique,Ul* série, t. I, p. 580) cite, d'après le Tarikhi-gvzidf&'Hamd- nUah Mestoufi, , une traduction mongole du livre de Calilà et Dim- na, composée par Saïdeddin Ifli- Uhareddin Mohamed Abinassr.
4 n.ins cette version grecque, les noms de Calila et de Dimna ont été changés en ceux de ÏTeçavmfc et de 'I^/uXot-rr,;, changement dû,
sans doute, à l'erreur du traduc- teur grec qui aura cru que le mot Calila Tenait du mot iclil , qui si- gnilie couronne, et que dimna dé- rivait de dimna, signifiant vestiges, (races. (Silvestrc de Sacy, Mon. hist. , \). 55. i On verra plus loin quelques détails sur la traduction latine de ce livre , composée par le P. Poussiues. Le texte grec a été publié ensuite avec une nouvelle
\er-inn latine, a Berlin, en 1UU7 par Sébast. Godel*. Starck , sous le titre suivant : Sjiccivtm sapicïilia: Indorum veterum, i. e. Liber cthno-politicas diclus arabice Ka- lila oue Dimna, yraxe ÏTeçewtwK xoù 'l/yr./.izr,:. Les prolégomènes
SCR LES FABLES INDIENNES. 17
sion, nommé Siméon Seth;ou plutôl Siméon, fils de Seth, florissait sous les empereurs Michel l)u- cas, Nicéphore Botoniate, et Alexis Comnène. Il paraît avoir i';iit cette traduction par l'ordre du dernier de ces empereurs, moulé sur le trône en 1081.
On ignore la date d'une version du Calila et Dimna, en langue hébraïque ', composée sur le texte arabe, et que le Florentin Doni attribue à un rabbin nommé Joël 2.
Ce fut sur cette version hébraïque que Jean de
que Starck n'avait pas donués , ne les ayant pas trouvés dans le manuscrit mit lequel il avait t'ait son édition, ont été publiés a part en 1780, a Upsal, par les soins de P. l'ai). Anrivillius. Il existe plu- sieurs manuscrits de l'ouï rage de Siméon Seth dans diverses biblio- thèques, et M. de Sinner i Préface de Longus. Paris, 1829; in-8u, p. xxx) avait annoncé le projet d'en publier une nouvelle édition. La traduction de Siméon Seth parait être l'original d'une ancienne ver- sion italienne aujourd'hui fort rare, et qui est intitulée Del governo de' Regnisotto morali cs<'ni])j <li ani- mait ra/jionanti Ira loro , (ratti ]>rima ilalla lingita Indiaua in AgarcnadàLelioDemnoSaraceno, e dall' Agarena nella tirera da Si- mon Seto filosofo AnliochenOj éd.
ora tradotti 'lui GrecO in llaliano.
Ferrara , pel Qfammarelli, 1585.
IS'oi.et crir., \, p. 46, il'' partie.) ■ Le patriarche KUed-Jesu, dans
son catalogue des livres écrits en syriaque, mentionne une version dulivredeCSoitlael Dimna eu cette langue. On peut consulter au sujet de celte version syriaque, aujour- d'hui complètement inconnue , le mémoire historique de M. de Sacy sur le livre de Calila et Dimna, p. 55.
= SilvestredeSacy , 3b/. et extr. desMSS., t. IX, p. 401.— La filo- sofia morale del Doni. i in Venetia, 1606, p. I i. Celle version que Doni semble avoir eue outre les mains, parait aujourd'hui perdue. On n'en connaît jusqu'à présent qu'un frag- ment assez considérable qui l'ait par- tie de l'ancien fonds hébreu de la Bibliothèque du Roi, sous le o 510, et dont M. de Snev a donné l'ana- lyse dans la collection que je viens de eiler. Les noms de Calila Dimna ont été conservés dai - version hébraïque . mais le ;i
BidpoX a disparu pour l'aire plaie1
.î celui lie Si ndabar.
18 ESSAI
Capoue, juif converti à la foi ci 1 ré tien ne, composa entre 126*2 et 1278 ■ , une traduction latine inti- tulée Guide delà vie humaine, ou Paraboles des anciens Sages 2. Cette version de Jean de Capoue, comme l'a remarqué judicieusement M. de Sacy 3, est d'une grande importance dans l'histoire du Livre de Cailla et Dimna , parce qu'elle est la source de laquelle sont dérivées immédiatement ou médiatement plusieurs autres traductions ou imitations du même livre, écrites en espagnol, en allemand, en italien, en français, et peut-être encore en d'autres idiomes, et que c'est probablement par ce canal que se sont répandus les contes et apolo- gues qui tirent leur origine du Livre de Calila et Dimna, et qu'on rencontre dans les recueils de nouvelles des xivc et xve siècles \
. Jean de Capoue déclare qu'il a entrepris son travail pour obtenir la prolongation dcsjours de son pro- tecteur le cardinal Mathieu, cardinal diacre du titre de Sainte-Marie m porticu, et neveu du pape Nicolas III. Il avait été créé cardinal diacre en 1 -2(>-j mi 1263, et fut nommé ar- chiprètre de Saint-Pierre en 1 278, et prolecteur des Frères Mineurs en 127".). Or, comme Jean de Capoue ne lui donne pas ces deui derniers titres, il est probable qu'il n'en était pas encore décoré. (SilrestredeSacy, Not.et extr.,i. IX, p. 401.)
^ Directorium humaneviîe alias parabole antiquorwn Sapientwn, petit in fol. gothique, avec ligures en bois , sans date ni lieu d'impres-
sion. V. de la Sema Santander (Diction, ltibliogr. choisi du \ve siècle, t. II , p. 578) rapporte cett* édition a l'an 1480. M. de Sacy pos- sède dans sa riche collection un exemplaire de ce rare et précieux ouvrage , qu'il a bien voulu me com- muniquer. Le fragment de la ver- sion hébraïque faisant partie de l'an- cien fonds hébreu de la Bibliothè- que du Roi, sous le n. 510, com- mence avec la fable de l'Homme et les deux Femmes dans le troisième chapitre du Directorium humane vite , au folio 5 recto du cahier qui a pour signature la lettre F. (Not. etextr., t. IX, p. 420.)
3 flot, rt <-.rtr.,\. IX, p. 598.
i On verra plus loin que la tra-
51 Et l.KS FABLES INDIENNES. 19
La version latine de Jean de Capoue, de même que le texte hébreu , offre une singularité en ap- parence indifférente, mais qui mérite d'être re- marquée, c'est que le nom de Bidpaï s'y trouve remplacé par celui de Sendabar, ce qui a donné lieu de confondre le Livre de Cailla et Dimna ave» \q Livre de Sendabad , qui en est fort différent. M. de Sacy pense que ce changement est dû à une erreur de copiste. Les deux noms de Bidpaï et de Sendabar s'écrivanten hébreu avec des lettres qui offrent quelque ressemblance, les copistes ont pu en effet substituer au nom de Bidpaï celui de Sen- dabar, et d'autant plus facilement que ce dernier nom leur était connu par le roman hébreu intitule' Paraboles de Sendabar '. Peut-être aussi, comme nous le verrons plus bas, cette substitution a-t-elle été faite à dessein?
Parmi les versions du livre de Jean de Capoue, en langue europénne, je remarque d'abord une ancienne traduction allemande intitulée Exemples des Sages de raee en race, ou Livre de la Sugcsse-.
duclion latine de Jean de Capoue H en existe trois publiées à Lïm
n'est probablement pas la première en 1483, 1 Wiet 1485; une d'Am-
qui ait été composée. bour^ , datée de I 184 , et trois de
1 SilvestredeSacy, Mot.etexlr., Strasbourg, datées de 1501, 1559
t. IX, p. 403. et 1545. Les gravures en bois don;
* Beispiele (1er Wuisen von lYditioii de l-isr> est ornée, parai<-
geschleehi su geschlecht ou Das sent être non pas une copie, mais
llurh def Wvislteil. La première une imitation de Celles du Dut;
édition es) sans date, et les biblio- torium humant vite de lean de
graphes la rapportent a l'an 1 i7". Gapoue, Celte édition a été don:.'
20 ESSAI
Elle est attribuée au duc de Wurtemberg, Eber- hard Ier ' ; mais, selon toute apparence, elle a été faite par l'ordre de ce prince, et tout porte à croire qu'elle dérive du Directorium hiititàne vite de Jean de Capoue 2. C'est encore à cette source qu'a été puisé le livre espagnol intitulé Recueil d'exem- ples contre les tromperies et les périls du monde 5. Cette dernière version n'est probablement pas la seule qui ait été composée en espagnol. L'exis- tence d'une autre traduction castillane plus an- cienne, traduction faite sur une version latine an- térieure à celle de Jean de Capoue, et composée sur le texte arabe , a été signalée par le P. Sar- miento,dans ses Mémoires pour servir à l'histoire de la poésie et des poètes espagnols *, et par don
en détail par A. G. Kœstner. M. Schnuner a aussi envoyé à M. do Sacy une notice de l'édition sans date.(2Vof. et extr. (tes MSS., t. IX, p. 437-444.)
■ CtJprineo mourut le 5 juin 1 525, après un règne de plus de soixante ans. I Biographie universelle, t. LI, p. 271.)
= Silvestrc de Sacy, Not. et exlr., t. IX, p. 445-446.
3 Exemplariocontralos engafio» ypeligrosdel rrvundo. La première édition do ce BTfeaété faite à Iîur- gOS,en 1 49K,in-fol., par Maestro Fa- driqne Meraan de Basilea. m. Pol- licer y Saforcada qni on donne une description détaillée dans son Essai d'une bibliothèque des traducteurs
espagnols j indique trois autres éditions de ce livre : deux publiées à Saragossc en 1521 et 1547, et une d'Anvers, sans date. Celte der- nière et celle de 1547 offrent un texte dont le style a été corrigé, cl n'ont point de figures en bois Gom- me les doux plus anciennes (Not. et extr. des MSS., t. i\. p. 456) Ce livre est de la plus grande ra- reté, et M. de Sacy n'a pas pu réus- sir à se le procurer.
4 Memorias para la Irisloria de lapoesia ypoetas espanoles, toxno primera de las obras posthumas dcl rcv". P. M. Fr. Martin Sar- mientobenedictino. Madrid, 1775. — Not. et extr., l. IX, p. 453.
SI B LES FABLES INDIENNES. ±\
Rodriguez de Castro, qui, dans le premier tome de Bit Bibliothèque espagnole l, en indique un manu- scrit appartenant a la Bibliothèque de l'Escurial. D'après une conjecture assez plausible du P. S;ir- miento, cette version castillane aurait été compo- sée en 1251 , par l'ordre de l'infant Alphonse , depuis Alphonse X, surnommé le Sage. Cette tra- duction castillane qui n'a pas été imprimée, mais dont l'existence est suffisamment constatée par le témoignage du P. Sarmienlo et de Rodriguez de Castro, est d'autant plus curieuse qu'elle révèle une version latine composée dès la première moi- tié du xiuc siècle 2.
i Bibiioteca espafiola. Madrid, 1786; in-t. ►!., t*> P", p. 637 et 638.
' Don Rodriguez de Castro, dans M ootice il un manuscrit de cette version castillane, appartenant à la Bibliothèque de iFseurial, nous apprend que, d'après une note qui termine le manuscrit , le Livre de Calila et Dimna a été traduit de l'arabe en latin, puis mis en langue vulgaire [romançado) par l'ordre de l'infant don Alphonse , lils du roi don Ferdinand, en 1-299 , de l'ère d'Espagne, ce qui réponde 1361 de J.-C. Or cette date doit être inexacte, puisqu'en P2<>1 Al- pliouse-le-Sage régnait déjà depuis
Bfcul ans, comme l'a remarque M. île
Sacy. il faut donc ou admettre qu'il y a faute, et lire 1289 (ce qui répsnd a 1251 de notre ère), ousup- poser que la date de 1299 est celle de l'époque ou le .manuscrit i êl
copié, et non de la rédaction du li- vre. Le manuscrit dont a parlé le P. Sarmicnto, sur la foi d'un autre il est vrai, portait, suivant losavanl bénédictin, la date de 1589 de 1ère d'Espagne, qui répond a 1351 de J.-C, et doit, en conséquence, être erronée, parce qu'à cette époque il n'y avait pas un infant Alphonse, Bis d'Un roi Ferdinand. Le P. Sar- micnto croit donc qu'il devait j avoir dans le manuscrit , 1289, CC qui répond à 1251 de notre ère. (Silvestre de Sacy, Not. et ext., t. IX, p. 433 el 134.)
On peut encore consulter au su- jet du manuscrit de l'Lscurial. l'ou- vrage Intitulé Oeiot de Bspafiolei BtnigradOS. Londres, 1826; t. V, p. is5. .le suis redevable de . • dernier renseignement a l'obli- geance de H. Ferdinand Dénie.
22 ESSAI
11 y a quoique apparence que ce fut cette der- nière version castillane qui, à son tour, servit de modèle pour la composition d'une traduction la- tine, faite par l'ordre de Jeanne de Navarre, femme du roi Philippe-le-Bel. Au commencement du xive siècle, cette princesse chargea un savant médecin, nommé Raymond de Béziers (Raymundus de Bi- terris),de traduire en latin un manuscrit espagnol ' qui renfermait une version du Calila et Dimna. Raymond se mit à l'œuvre; il n'acheva son travail que plusieurs années après la mort de la princesse qui le lui avait commandé, et il eut l'honneur de présenter son livre au roi, en 1313, aux fêtes de la Pentecôte. Un des deux manuscrits de cet ou- vrage, appartenant à la Bibliothèque du Roi, est sans doute celui qui fut offert à Philippe-le-Bel , comme en font foi la beauté de l'écriture et des prnemens , et plusieurs miniatures renfermant des portraits du roi et des princes de sa famille 2.
Une traduction , en langue vulgaire , composée probablement sur la version latine de Raymond de Béziers, faisait partie de la Librairie du roi
■ Si l'on en croit Raymond de de Jean de Capoue. Voyez dans les
Béziers, la version espagnole qui Notices et extraits des manuscrits
lui a servi de modèle aurait été faite (t. X, IIe partie, p. 13) , la notice
d'après une autre traduction Lé- de l'ouvrage de Raymond, par M.
braupje; niais M. de Sacy pense, au Silvestre de Sacy. contraire, que le livre de Raymond "Ce manuscrit, qui est intitulé
décèle en plusieurs endroits unori- JAbcr de Dina et Kalila, porte le
ginal arabe. Le docteur a mis en ou- n° 8604. tre à contribution la version latine
SUR LES FABLES INDIENNES. 23
Charles V, ainsi que le prouve l'inventaire de Gilles Mallet ' ; mais ce manuscrit est malheu- reusement du nombre de ceux qui se sont perdus*, Quant aux deux ouvrages que Gabriel Cottier et Pierre de La Kivey s publièrent , le premier en 15565, le second en 1579 '*, ils étaient traduits de deux imitations très libres du Calila et Dimna , ayant pour type la version latine de Jean de Ca- poue, et composées par Ange Firenzuola et le Doui, auteurs florentins du xvie siècle.
C'est en 1644, pour la première fois, que parut
■ Item ung livre de Quilila et do Dymas, moralités à propos aux es- tais du mondes rymé et hystorié. Lscripl de lettre tonnée à deui cou- lombes, commençant ou 11° feuil- let qu'il conviendra et ou dernier trembler pour sa mort, et est si- gné du roy Jehan, couvert de cuir vert à deux fermaux de laton. (In- ventaire de la Bibliothèque de Charles V, chambre basse, n°159, manuscrit de la Bibliothèque du Roi, n" 8354).
> La Rivey est beaucoup plus connu comme auteur dramatique, et son théâtre est encore aujour- d'hui recherché des curieux. ("Voyez \ Histoire de la poésie française au seizième siècle , par M. Sainte- Beuve.) Ot\ doit aussi à La Uivey la traduction des Faee'cieuses uuicts de Straparole.
3 Plaisant et facétieux discours sur les animaux. Lyon . 1656; in-iii. Cet ouvrage est la traduction de celui de Firqnzuola qui est inti-
tulé La prima veste de discorsi degli animait , et qui se trouve à la tête du recueil imprimé sous le titre de Prose di M. Agnolo Firen- zuola, Fiorentino. In Fiorenza, 1348; in-8°.
4 Deux livres de filosofie fa- buleuse j le premier prins des dis- cours de M. Ange Firenzuola, Flo- rentin... le second, extraict des traiclez de Sandebar, Indieu, phi- losophe moral,... par Pierre de La Rivey, Champenois. Lyon, 1570; in-iG. La seconde partie do l'ou- vrage de La Uivey est extraite de celui de Doni qui a pour titre La ftlosofia morale del Doni traita da molli antichi scrittori. Ycnezia, 155-2; in-'i". Wallon. d;m> mi Dis-
sertation sur les Gesta romanorutn (The hisioii/ of cnglislt poetry. Londoii , 1824 ; vol, l, p. c< nviu) cite de ce dernier ouvrage la vei sion anglaise suivante : Donietmo- r ail philosophie, translated from the indian longue 1570; in 1
±ï
ESSAI
une version française des Apologues de Bidpaï , faite directement d'après une langue orientale. Le Livre des Lumières de David Sahid l est la traduction des quatre premiers livres de YAnwari- Sohaili (Lumières canopiques) , c'est-à-dire de la version persane du Livre de Calila et Dimna -, et cet ouvrage doit être signalé parce qu'il a fourni à La Fontaine 5 plusieurs de ses belles fables. Plus de vingt ans après, en 166(>, le P. Poussines, savant jésuite, donna, sous le titre $ Exemples de la Sa- gesse desanciens Indiens % une traduction latine du Calila et Dimna, composée sur la version grecque
■ Livre des Lumières, ou la Con- duite des roys , composé par le sage Pilpay, indien ; traduit en françois par David Sahid d'Ls- pâhan, ville capitale de la Perse. A Paris , chez Siméori Pig !t, 1644 ; petit in-8°. M. de Sacy (Notices et
r.rlraitsdrs jtfSS., t. IX, p. 480) pense que l'orientaliste Gaulmin a eu beaucoup de part a cette publi- cation.
L'ouvrage de David Sahid ou de Gaûlmin a été public de nou- veau à Paris, sans nom d'auteur, en 1698 , S'iis le titre suivant : Les Fables de Pilpay, philosophe in- dien, on lu Conduite des rois. Le nom du traducteur e-,î supprimé dâi - cette édition , ainsi que l'èpt- ire dédicatouré , et le style de l'avis an lecteur et il" la traduction a été retouché souyenl fort maladroite- ment. Les mots Fin de la pre- mière partie , qui terminent l'é-
dition de 1044, ont été suppri- mési M . de Sacy (Notices et extraits >lrs MSS., t. X , p. 427) signale une troisième édition conforme à la précédente et intitulée Les Fa- bles de Pilpay, philosophe indien, ou la Conduite des grands et des petits. A Paris et a Bruxelles, 1698; in-1-2.
» Voyez ci-dessus, p. 14.
3 Les six premiers livres desFa- blesdcLa Fontaine, dont iapremière édition est île 1668, ne renferment aucune fable orientale ; c'est dans les cinq nouveaux livres de Fables, publiés pour la première fois en lf>7X et Ki70, que se trouvent les imitations de Bidpaï.
î Spécimen Sapicntiœ Indorum veterum. Cette version latine esl mis6 en appendice a lasuiledu pre- mier volume île l'Histoire j/recque de Michel Paléologue, par Georges Pacbvnere. Home; 1 vol. in-folio.
SU! LES FABLES INDIENNES. - »
deSiméonSeth.Le grandvolume in-folio qui recèle ce travail n'a point échappé ii la curiosité «lu l>on La Fontaine, et on trouve dans son recueil j>lu- sieurs fables qu'il n'a ]>u puiser qu'à celte source '. La version de Y Homayoun-nameh - que le oé^ lèbre traducteur des Mille et Nuits avait com- posée, ne parut qu'après sa mort5, et ce ne fut
■ Le Directorium humanc vite de Jean de Capoue est un livre beaucoup trop rare pour que l'on puisse croire que La Fontaine l'ait consulté. Il est donc bieu plus vrai- semblable que c'est d'après la ver- sion du P. Poussines qu'il a com- posé plusieurs fables dérivées du Calila et Dimna,e\ qu'on ne trouve pas dans le Livre des Lumières qui, ainsi que je l'ai dit , n'offre que la traduction des quatre premiers cha- pitres de I' Inwari-Sohaïli. La Fontaine entretenait , selon toute apparence, des relations avec le sa- vant Huet, précepteur du dauphin. Ce dernier s'était occupé d'un travail de comparaison entre le Livre des Lumières et la version latine du P. Poussines, ainsi que le prouvent des notes de sa rnain écrites en marge d'un exemplaire du premier de ce-- deui ouvrages que la Biblio- thèque du Roi possède sous le ii'' i: 1063. H est donc très possible que La Fontaine ait dû au docte Huet l.i connaissance du Spécimen SapientioB Tndorum retenait qui >e trouve comme noyé dans la col- lection des historiens byzantins. Re- marquons d'ailleurs que les in-folio
< lle-tiadu; tion-l ititHNn j l'Invu: al
pas la paresse duBon-Hommeaulant qu'on pourrait le croire, et que c'é- tait dans le latin qu'il lisait Platon avec tant de délices. M. UoberU.Es- sai sur les fabulistes qui ont pré- cédé La Fontaine, p. ccxxu), avait déjà remarqué que plusieurs sujets traités par La Fontaine ne se trou- vent pas dans le Livre des Lumiè- res, mais seulement dans le troi- sième volume des Fables de Ili'/pa) traduites par Cardonne, volume qui n'a paru qu'en 1T7.S, et il n'avaii pu expliquer ce fail qu'en suppo- sant quedes traductions manuscri- tes avaient été communiquées à no- tre fabuliste; niais bien que je ne veuille pas nier absolument la pos- sibilité de communications de ce genre . j" crois que pour les Fables deBidpal cette supposition est tout à-fail inutile.
\ oyez ci-dessus, p. 16.
3 Les f "on tes et Fables indiennes de Bidpat et deLokman, tradui- tes d'Ali- TcKëtebi-ben-Salehj au- teur turr;truvrr posthume , JXH M. Galland. Paris, 1754; 2 vol in-12.
<m a remarqué avec raison qui ce titre n'est pas exael . puisque Lokman n'est pour tien dans les f,i-
2(> ESSAI
que long-temps après que Gardonne ' la compléta. Enfin la série des traductions du livre de Calila et Dimna, en langues européennes, est close par une version anglaise ~, et par deux versions alle- mandes 3, composées sur l'édition du texte arabe
bles de l' Homayoun-namch.Nùs ce n'est point l'éditeur du livre, ni Galland lui-même qu'il faut accuser de celte bévue. On lit dans le second volume, p. 257 : « Quelques fables de Lokman, que je vais vous con- ter, vous feront mieux comprendre quelles sont les douceurs d'une amitié réciproque. » M. Dubeux , mon ami, qui a bien voulu, à ma prière, examiner ce passage dans quatre manuscrits turcs de l'iîb- mayoun-namehj n'y a pas trouvé le nom de Lokman; mais il est très probable que par suite d'une inter- polation duc à l'ignorance d'un copiste, ce nom se trouvait dans le manuscrit que Galland avait sous les yeux. On remarque, il est vrai, dans Y Homayoxm-nameh 3 de mê- me que dans V Anwaiï-Sohaïli , dont le livre turc n'est qu'une tra- duction, des fables étrangères au Calila et Dimna; mais ce sont des apologues qui ne font point partie du recueil de Lokman.
Le travail de Galland a été repro- duit avec quelques altérations dans un livre imprimé a Hambourg, en 1750, et intitule labiés politiques et morales de Pilpaï , philosophe indien, ou la Conduite dis grands et des petits, revues , corrigées et augmentées par Charles Mouton, secrétaire et maître de langue de
la cour de S. A. S. et R. Monsei- gneur l'évêque de Lubeck, duc de Slesvig-Holstein, etc. Quoique ce titre soit celui d'une des réimpres- sions du Livre des Lumières, M. de Sacy, qui a examiné l'ouvrage, a reconnu que c'est la traduction de Galland, et non celle de David Sa- bid , que Charles Mouton a repro- duite(iVo/.e7 ex/r.,X,p. 450). Cette prétendue traduction a été l'original d'une version en grec moderne , publiée à Vienne en 1783, sous le titre de M'j6oXo-)".xbv rAix.o-izoli.Tix.ov Tiû ttikitaUSoç ; Iv^cj cpiXcao'oou, h. ~7i;TeùJMr,; etçTÀvinu.ETepow Sid'Aix.- tcv jj.sra'yfaaôî'v.
> Contes et Fables indiennes de Bidpai et de Lokman , ouvrage commettre par feu M. Galland, cotitinuc et fini par M. Cardonne. Paris, 1778 ; 3 vol. in-12.
' KalUa and Dimna or the fables of Bidpai , translated frotn the arabic by the rev. Wittd- ham Knatehbull. Oxford, 1819; in-lS".
ZCalila und Dimna, eine Reihe moralischer und politischer Fa- beln des J'hilosophen Bidpai, aus dem arabischen iiberselzt von c. II. Hoimboe. Christiania, 185:2.
Die Label n Bidpai's, aus dem arabischen von Philipp Ho///. Stuttgart, 1837 ; in-18.
SLU LES FABLES INDIENNES. '±~
que M. de Sacy a publiée en 181G, édition qui est
précédée de l'excellent mémoire historique que j'ai eu souvent occasion de citer.
L'élude des productions de la littérature indienne ne date, comme on sait, que des dernières années du xviiic siècle , et ce n'est même que depuis vingt ans que cette étude a fait de véritables progrès en Europe. Jusqu'au moment où l'on a commencé à exploiter celte mine si riche et trop long-temps ignorée, l'original indien du recueil attribué à L»id- paï, celui d'après lequel le médecin Barzouyeh avait composé le livre intitulé par lui Calila et Dimna, est resté enfoui dans l'Inde, et l'on aurait pu douter de l'authenticité du récit qui attribuait aux Indiens l'invention de ce livre, si des détails offerts par le livre même n'avaient ôté foule incertitude à cet égard '. aujourd'hui le doute n'est plus possible et les travaux de l'illustre Colebrooke et du savant M. Wilson permettent de compléter l'histoire de cet ouvrage célèbre. L'original indien du Livre de Calila et Dimna, ou des labiés de Bidpaï, est écril en langue sanscrite et intitulé Pantcha-tantra (les cinq sections), ou Pàntcl opâkhyâna* (les cinq col- lections de contes). La rédaction actuelle de ce livre
■ SiIm'siic do Sacy, Mém, hist. (tonal translations by Boract p. r>-7. — Nui ires et extr., t. X, Hayman Wilson. ( Transactions p. -iô.x, l" partie. of tlte royal Asiatic suriety of
■ Analytical account ofthePan- Great-Britain and Ireland.vol. I. eha-tantra illustrated with oeea- London, W87; in- * .)
28 LSSA1
n'est probablement pas très antérieure à l'époque où Chosroès Nouchirvan envoya dans l'Inde le médecin Barzouyeh , pour qu'il se procurât ce célèbre traité de morale et de politique ', Jusqu'il présent il n'a été ni publié en sanscrit ni complè- tement traduit dans une langue européenne. Seu- lement le savant indianiste Wilson en a donné une analyse avec quelques extraits dans le premier volume des Transactions de la société asiatique de Londres, et M. l'abbé Dubois en a publié à Paris, en 1 826 , une traduction très libre , composée d'a- près trois versions appartenant aux langues vul- gaires de la presqu'de de l'Inde 2.
> La fable du premier livre du Pantcha-lantra ayant pour titre le Crabe et la Cigogne, renferme la citation d'un passage des écrits astronomiques de Varàha-inihira. L'illustre Colebrookc, dont les orientalistes déplorent la perte ré- cente , considère celte citation comme la preuve de l'antériorité des écrits de l'astronome à l'égard du Pantchu-iantru, et comme un nouvel argument qui s'ajoute à ceux qui l'avaient déterminé à placer l'existence deVaràha-milii- ra dans le v siècle de notre ère. (Préface de l'édition de VHitopa- désa publiée à Sirampour, p. v . Wilson, Anàlytical account ofthe Pancha-tantra , p. 163. — Préface du Dictionnaire sanscrit. Calcutta, 181*.»; p. xiv.) Il en résulte naturel- lement que le l'mitrha-tantra a dû recevoir la forme qu'il a main-
tenant vers la lin du ve siècle , et que la renommée de ce livre s'é- tait répandue promptement hors de l'Inde, puisque c'est dans le siècle suivant que Nourchirvan le lit traduire en peblevi.
* Le Pantcha - lanlra , ou les cinq lluses, fables du Brahme Vichnou - sarma ; Aventures de Paramarta et autres contes , le tant traduit pour la première fois sur les originaux indiens, par M. l'abbé J. A. Dubois, ci-devant mis- sionnaire dans le Meissour, etc. Paris, 1826; in-8°.
« Le choix que nous publions , dit M. l'abbé 1 » u 1 «i > is dans sa pré- face, a été extrait sur trois copies différentes . écrites l'une en ta- rnoul, l'autre en télougou, et la troisième en cannada, sous le titre de Panlcha-lantra , qui signifie les cinq ruses. Nous avons tiré de
SUR LES FABLES INDIENNES. 29
Le Pantcha-tantra a été plusieurs l'ois imité ou abrégé dans son pays natal, et il n'est peut-être pas un seul des idiomes vulgaires de l'Inde qui n'eu possède une traduction plus ou moins exacte. On en a cite deux imitations en sanscrit même. L'une est intitulée Kathâmrita-nidhi ', ou Trésor de l'Am- broisie des contes; l'autre , beaucoup plus célèbre et bien plus répandue , a pour titre Hitopadésa , ou Instruction salutaire. Le texte de ce dernier ouvrage a déjà été imprimé trois fois - ; et la dernière édi- tion , due aux soins de MM. de Schlegel et Lassen, ne laisse rien à désirer 5. Deuxsavans indianistes, Charles Wilkins * et William Jones8, ont publié cha- cun une traduction anglaise de X Hitopadésa , et M. de Schlegel en promet une que l'on attend avec impatience. V Hitopadésa a été traduit du sanscrit en persan, sous le titre de Mofarrili-alcolouh , ou
cet ouvrage tous les apologues qui en 1810, n'est pas moins incor-
peuvent intéresser un lecteur eu- recte que l'autre.
ropéen, el bous eu avons omis plu- i Hitopadesas, id est institu-
Mcurs autres dont le sens et la tio salutaris. Tcxlum corfrf. mss.
inorale ne pouvaient être enlen- collatis recensuerunt... A. G., à
dus que par le très petit nombre de Schlegel el Ch. I.assm. Bonnœ ad
personnes versées dans les usages Rhenura, 1839; in-4
et les coutumes indiennes aux- 4 The Beetapades <>f Veeshnoo-
(juelles ces fables font allusion.» sanna... translated from an an-
P. vin.) dent manuscript inthe tantkreei
iCtAébtook.e,Tranêlationsofth$ Umguage with explanatory notes
royal msiatic tociety , 1. I, p. 12<k». by Charles Wilkins. Dath , i787;
■■> La première édition publiée a in-8».
Sirampour en 1804, par Carey, est s Hitopadésa af Vishnu-sar-
trés fautive el ne se recommande man. (Works 0 f sir William Jo-
queparune préface de Colebrooke. nM.Londoa, 1799; in-4 roi ¥1. ! 1 lecodde qui a paru à Londres
VÊlecùmin I mjtj , et cette demi sîon
a été Induite en hindoustani, 9oas le une de Ekhlaki-ll mdi * , ou Ethique indienne. Une antre version hindoustanie . intitulée Khired- VlUtnninateiir de f Entendement, a été compos en 1803, sur VEtjari-danich, c'est-à-dire sur la tra- dw lit >n persane d'Abou'lfazl.
Après avoir énumeré les difïërentes traductions <>n imitations de l'original des Fables «le Bidpai '. est-à- lire dm Pantcha-unUra . tant en Kan i orientale qu'on langue européenne . je i rois à ; de donner un court précis de ce livn
1 Pantcha-UuUra, ainsi que l'indique ^n titre, e>t divise en cinq sections précédées «l'une in: dnction qui établit un lien entre le> cinq parties de l'ouvrage. Chaque section se compose d*un i
gue principal . dans lequel sont encadres d'autres
<J .ie cet ouvrage pri^a. ar-
dan> les Xotieti s it* » -ardu Veda. mais tout
manuscrits, t. \ 39 «.via est fort dou
• Vkhlaiji B f Indian bue» I
• Calcutta. ' p. u. et
h tke %Uu- . réeis
'.or of the understanding, de I'idiIv».; du Pwttcka-tamtrti .
i'd ami prepet raposee JM ■ W - I après
I I v 11 I i H La BiNiotheqwe
Calcutta. 1815. du I. uu manuscrit du
du nom de Bidptri Pantrka-tantra en caractères ru-
Kartt, MÙïi jl (titfas. nuis, outre que U lec-
oe nom «lénifie médecin eompa- tare de ce manuscrit est très fali-
. la rapproché en coosé- puante . il offre une redacti
quence du mot MMaU l'aidya . abresee et si différente de celle
qui suroît M.Wli juejen'ea
i ■ : ai pu tirer qu'un faible
M B il s I iBLES IHDIElUtl Si 3i
apologues récités à l'appui d'une moralité par i«-s personnages de la ÊûSle principale, et Bernés de vera sentencieux '.
Dans l'introduction*, Amara-sacti, r<»i de Mi- hilaropya3 (Meliapour), ville de l'Inde méridionale, ayant trois fils également dépourvus de savoir ci de zèle pour L'étude, convoque ses conseillers)
leur expose les inquiétudes que font liailreen lui
l'ignorance et l'inapplication <le ses enfans, et leur demande le moyen «le tirer les jeunes princes de
■ J'ai dit plus haut ( royei ci- dessus, p. " i qu étaient empruntes mi productions de la littérature indienne. Je forai re- marquera "'tt casion, que ')'"iv
des itam ea <ln premier inre du
Pantcha-tantra ' MS. taltnga, Fol.
i première commençant
pU lei m itl sanscrits MOdlpom-
I . la -or, ni.lc pu liini/niila-
tehdlatuun . m retrouvenl dani la renioii arabe da Calila et Dimna, presque sans aucune altération, en dépit do l'infidélité ordinaire dea traducteur! orientaux. (Voy. dans la traduction anglaise intitulée ha- Ma and Dimna . p. 89 el 90, la phrase qui commence ;>ar : Per- aona wko hm t no i m rgy of eha- (ait me semble d'au- tanl plus curieui , nue les deux itancea sanscrites dont y parle
■ ■lit été empruntées par le i
leur du Pantcha-tantra au\ Cmna-
it Hlmrtri-llari , frère du
^ iki.iin.iiliiv.-i , que lui) inp ifota réeu dam le tiède qui
■ i>n cédé notre ère Ge ion1 le-
stanee- 23 el 26 de la seconde Centurie. Voyez Bhartri- Harii - i.ricr. edidii /'. à Bohlen. Berolini, W"> ; in-4 , p. '»<>. 41 , 100, ISG, 1S7. ; f>r, la pn
- deui itancea . dans le Pan- tcha-tantra me parait prouver que fourrage auquel elles ont été em- pruntéea esl antérieur au r* siècle de notre ère, époque a laquelle m présume que le Pantcha-tantra a
pu étr<' rédigé; il esl permis .ih,r<
de regarder comme fondée l'opi- ni , ii des Indiens sur l'époque ■> la- quelle \ rrail Bhartri-Hari.
> Wfison, dnolyiical aoeounl of tht Paneha-tantra, p. 158, 169.
i a US. lalinga <t l HUopadé- sa. pi. i' 'ut la scène i Pdiol(pou- tta. \ ille ou l "ii reconnatl la Po- libothra de Ifégaslhènes . n si dence du r^i Sandracoptus ou Tchandragoupta. | Voyei la 1 1 de la traduction du drame sen« •.■m intitulé MouJra-Rdh j'.n M \\ il-, ii
32 ESSAI
cette mauvaise voie. Un des conseillers lui fait l'éloge du profond savoir du Brahmane Vichnou- sarma , et l'engage à confier à ce savant homme l'éducation des jeunes princes. Le roi mande Vichnou-sarma , qui promet d'apprendre en six mois , aux lîls de son souverain , la morale et la politique (Niti-sâstra).
Le docte Brahmane prenant sous sa direction les jeunes princes, compose, pour leur usage, les cinq chapitres du Panlcha-lantra. Par la lecture de cet ouvrage, les facultés intellectuelles de ses jeunes élèves s'étant développées à un haut degré en six mois, le Pantcha-tantra acquit dans le monde une grande renommée '.
Le premier et le plus étendu des cinq chapitres du livre sanscrit est intitulé Milra-bhéda, ou la Rupture de V amitié, et répond au cinquième cha- pitre du Cailla el Dimna -. 11 a pour but de mettre en garde les rois contre les artifices et les manœu- vres perfides que des fourbes adroits emploient pour parvenir à semer la division entre un prince et ses amis les plus dévoués. Les personnages de
> Celle introduction ne se trouve mihr, ministre de Nouchirvan. Ces
pas dans le Calila cl Dimna. i-Wc trois chapitres sont en outre précé-
y est remplacée par un récit de la dés d'une introduction composée
mission de Barzouyeb dans l'Inde, par on auteur plus moderne. J'en
enquête du Livre de Calila et Dim- donnerai plus loin un précis. no, par une dissertation d'Abdal- * Kalila and Dimna, p. 82 -
lahsnrce livre, et par une histoire 160. — Livre des Lumières, I"
'le Barzouyeb attribuée à Buzurj- chap., p. 47 — 141.)
si R LES FABLES ENDI1 3 I
l'apologue principal sont le roi lion Pingataca,\e taureau Sandjivaca, son confident, et deux chacals courtisans <lu lion , nommés Carataca et Damana- ca , et dont les noms ont été altérés dans la version arabe en ceux de Cailla et Dimua. Jaloux de la faveur de Sandjivaca, ces deux chacals réussissent, par leurs rapports calomnieux, à persuader au lion que le taureau conspire contre lui , et au taureau que le lion en veut à sa vie. La mort du malheureux favori, tué par son maître , est la conséquence de cette trahison.
Les contes ou apologues encadrés dans ce petit draine sont au nombre de vingt-six1; mais je ne signalerai ici que les plus intéressans, et surtout ceux dont <>n retrouve des imitations dans les cou- leurs italiens et français. Une des premières his- toires intitulée Aventures de Déva-sarma* se com- pose elle-même de plusieurs ineidèns ou épisodes. Dans le premier"', Déva-sarma voit deux béliers
■ Tous les MSS. ne donnent pas duction de l'abbé bubois, p. 7G) el
exactement l»1 même nombre. dans les diverses traductions orien-
■■> \\ ilsiin. Anal, accowtà, p. 162. taies de ce livre. <»n le retrouve dans — Kalila and J)inoia,p. 10G. — ' le roman dultenart (Robert, Essai Livre des Lumières, p. 70. — . sur les fabulistes qui ont précédé
Contes et Fables indiennes, tra- LoFontaine, p. civi), d'où il a passi
duiles par Galland ri Car donne, dans un recueil intitulé Food <
t. 1, p. 310. e'parses, analysé par H. Robert
s M. Wilson énonce l'histoire de dans le même Essai i p. icvui). Je
Véva-sarma, sans en indiquer les rencontre dans le Calila n Dimna
épisodes. Celui des deux béliers se arabe el dans les versions pei
trouve dans le Pantcha-tantra et turque, un autre incident que
I 1/N. talinga , toi. 'i \ erso ; — ira- n'offre pas le seul MS. du Panteha-
34 LSSAI
lutter avec tant de rage , que la terre est arrosée de leur sang. Un chacal s'approche pour lécher ce sang, mais, au moment du choc, il se trouve pris entre les têtes des deux béliers et écrasé sur la place. Le second incident est un de ceux que les conteurs français et italiens se sont plu particu- lièrement à reproduire : — Une femme de mauvaise conduite est battue par son mari , qui l'attache à un pilier et se couche ensuite tranquillement. Lors- qu'il est endormi, la prisonnière, délivrée par la confidente de ses amours , court h un rendez-vous, et son amie se met à sa place. Au milieu de la nuit, le mari se réveille et adresse de nouveaux repro- ches à celle qu'il prend pour sa femme. Furieux de ne pas recevoir de réponse, il coupe le nez à la malheureuse , puis se recouche et se rendort. Après le rendez-vous, la femme vient reprendre sa place, la confidente se sauve emportant son nez coupé , et le lendemain matin le mari voyant le visage de sa femme sans blessure , croit que c'est un miracle des dieux en témoignage de son innocence , et lui demande pardon1. La femme au nez coupé rentre
lanlra que j'aie ;i ma disposition. suivie par M. Dubois soit moderne C'est l'histoire , assez ignoble du et qu'elle ait mis à contribution la reste, d'une vieille femme qui traduction d'Ali. (u'ifazl quiest assez s'empoisonne elle-même en vou- répandue dans l'Inde, lant empoisonner un jeune homme. ■ Ce conte se retrouve, plus ou Le Pcmtcha-tantra , traduit par moins modifié dans le Décaméron l'abbé Dubois . donne cette fable ; de BoccacefVII» journée, vm« non- mais il est possible que la version velle ; dans le fabliau des Che*
SUR LES FABLES INDIENNES. 35
chez son mari qui est un barbier. Le matin, le barbier demande à sa femme la boite à rasoirs; elle lui donne un rasoir à la place , et il le lui jetle avee colère. Elle crie aussitôt que son mari lui a coupé le nez, et court porter plainte devant le magistrat, qui condamne le barbier. Mais l)év;j- sarma, qui a tout vu, parait et fait connaître la vérité '.
Le conte qui suit l'histoire de Déva-sarma roule sur une fiction indienne qui nous est familière, grâce aux Mille et une Nuits et aux romans de chevalerie. Un aventurier amoureux d'une prin- cesse, s'introduit dans son palais au moyeu d'un oiseau de bois, mis en mouvement par la magie , et se fait passer pour le dieu Vichnou 9. — La fable
veux coupés, par Gaério ( Fa- la traduction anglaise , composée hliau.r de Legrand <r Aussi/. Pa- par M. Jonathan Scott). ris. 1829; u>8° , t. II, p. 540); - Le Fetâla-yantchaomsati of- (ians les Cent Nouvelles Nouvelles fre un conte qui dérive évidemment (n. ôS.unc verge pour l'autre); de la seconde partie de celui-ci. dans le recueil de Malcspini (Nov. (Voyez WJ.'//m/ Puchisi, translate ; xi,); dans le conte de La Fontaine , by Rajah Salée- Krishen Behadw iaiitu\èlaGagewedestroisCommè' Calcutta, 1834; p. 5 .) res; et enfin dans une pièce de Mas- • Le Vrihat-Kathâ, ou grand ré- sinier, intitulée le Gardien. ( Voyez cueil de contes, en renferme un {'History of fiction, parDunlop, intitulé Histoire de la fondation t. II, p. 315.) On le rencontre aussi de In ville du Pdtalipoutra , le dans plusieurs recueils indiens, quel présente beaucoup de rapport savoir : VHitOpadésa i the lire- avec celui dont je viens de parler,
topades, translatée by Wilkins, ainsi que l'on peut en juger par la
p. i r» i ), les Contes d'un Perroquet traduction allemande que m. Bro-
i Ibott-nameft.London,1801;p.98; ckhaus en a donnée. (Grilndung
traduction française de M» Marie der stadt Patalipatra und Gts-
d' Heures. Paris, 1826,p.96,)et le chichte der Vpahosa. Sanskrit
Behar-Danisch (t. II, p. 84 de unddtutseh von Hermann Bror*
36 ESSAI
suivante, intitulée ' les Deux Corneilles et le Ser- pent , en renferme une autre ayant pour sujet la Cigogne, le Crabe cl les Poissons2 , et que nous re- trouvons en dernier lieu clans La Fontaine5, qui l'avait empruntée au Livre des Lumières de David Sahid. Mais le dénouement et le sens moral de la fable indienne sont fort différensde ceux de la fable française. Dans la première, la cigogne, après avoir
kaus. Leipzig, 1855; in-8°, p. 5. — Voyez aussi le Quarterly Orien- tal Magazine. Calcutta, in-8", 18-2 i; vol. 1 , p. 68). C'est évidem- ment de cette fiction indienne que dérivent le Cheval enchanté des Mille et une Nuits ; l'Histoire de Malék et deSchirine dans les Mille et un Jours; celle de Mazeu dans la continuation des Mille et une .Yu/fs, traduite en anglais par M. Jo- nathan Scott (London, 1811 ; vol. VI , p. 285; ; et celle du Labou- reur et du Char aérien dans l'ou- vrage du même orientaliste, intitu- lée Taies anecdotes and terrera translatai from th:> aiïabic andthe persian. (Snrewsbury, 1800; lvol. in-8° , p. 7.) La licîion du Cheval magique a pénétré de bonne heure en Europe : elle fait le fonds du ro- man (te Clamadès et Claremon- de, composé vers la fin du im« siècle par Adencs, et on la trouve aussi dans l'Histoire des doux no- bles et vin. iers Valeu- tin et Orst la Bibliothè* i.iai, 1777, p. 122 al suiv.) L'idée de pouvoir, avec le la magie , se transpor- ter rapidement d'un lieu dans un
autre , parait avoir singulièrement séduit les Indiens, et presque tous leurs conteurs s'en sont emparés. On retrouve un char ou un cheval ma- gique dans les Contes du Perroquet (trad. angl.,, p. 115;— trad. franc., p. 1 Î5) ; dans ceux du Vétala (Bij- tal Puchisi. Calcutta, 185i;p.55); dans le Trône enchanté (conte in- dien traduit du persan par Les- callier. New-York, 1817; t. 1er, p. l'.ll; ; et dans le Behar-danich. (Voyez la traduction anglaise, t. II, p. 288.) Le fameux Chevillard du ])<>n Quichotte est moins une imi- tation qu'une critique plaisante de la fiction orientale.
1 Les fables indiennes ne portent pas de titre comme les nôtres : elles commencent toutes par une stance de deux vers qui résume le sujet de la fable cl en énumère les person- nages.
= Wilson, Anal, ace., p. 105. — Kal. and Ditn., p. 115. — Livre des Lumières, p. 92. — ■ Fables in- diennes , I , p. 557. — Heetopades, p. S 14.
3 Les Poissons ri le Cormoran, La Fontaine, liv. X, lab. 4.
SLK li.> FABLES INDIENNES.
dévoré les poissons, est elle-même étranglée par un crabe.
Trois fables après celle-ci, j'en rencontre une bien curieuse, en ce que, malgré les altérations qu'elle a subies, il me semble impossible de ne pas reconnaître que c'est delà que dérive un des chefs-d'œuvre de La Fontaine : les Animaux ma- lades de la peste*. Une courte analyse suffira pour le démontrer. — Un tigre, un corbeau et un cha- cal, courtisans d'un lion, admettent, parmi eux, un chameau qu'ils rencontrent dans la foret. A quelque temps de là, le lion étant malade et de grandes pluies avant empêché les serviteurs du lion de se procurer du gibier, ils se voient menacés de mourir de faim avec leur maître. Us pensent alors a hier le chameau; mais craignant (pie le lion ne veuille pas consentir à tuer un animal au- quel il a accorde sa protection, ils s'avisent d'un stratagème, et viennent, l'un après l'autre, s'offrir au lion pour lui servir de pâture, ce qu'il refuse. Le pauvre chameau vient offrir à son tour dese dévouer pour le salut commun , et (oui atissiiùi !<■ tigre se jette sur lui et l'étrangle*.
• Liv. VI, fab. 1. La Fontaine (loin. Paris, 1050; p. 65.) Philel-
avaii probablement imité sa fable phe, qui écrivait dans la première
de la douzième de François Phi- moitié du x y* siècle, avait vrais
lelphe, laquelle est intitulée leLoup, Maniement puisé dans le i>i
ir Renard, et V in e. (Voyez les fa- rium humant rite de Jean d
blés dr Philelphe, poète latin, tr a- poue. duites et moralisées par Jean Bail- \\\\- n t".;1 an 164
38 ess.u
Un peu plus loin, je trouve un autre apologue traité par La Fontaine, la Tortue et les deux Oies \ ( apologue qui n'est pas sans quelque rapport, ce nie semble , avec celui du recueil ésopique qui a pour titre l'Aigle et la Tortue'2), et une fable inti- tulée l'Eléphant détruit par le Moineau, le Pivert, la Mouche, et la Grenouille 3, qui rappelle la fable si bien connue du Lion et du Moucheron 4. Les Jeux fables indiennes que je viens de citer, of- frent assez de ressemblance avec les apologues ésopiques que j'en rapproche, pour que l'on puisse croire que c'est dans l'Inde que se trouve l'origine de ces derniers. Les matériaux qui ont servi à la composition du Pantcha-tantra sont évidemment beaucoup plus anciens que ce livre, et il est per- mis de supposer que quelques fables indiennes on! pu, de bonne heure, pénétrer en Perse, et de là se répandre en Orient. Je n'insiste point sur cette hypothèse, qui aurait besoin d'être confirmée par études plus approfondies ; mais nous aurons encore occasion de remarquer plusieurs exemple
Panlcha-lanira , trad. par l'abbé p. 234. — La Tortue et les deu.-
Dubois, p. 104. — Kalila and Canards, La Fontaine, X, 3.
Dimna, p. 158. — Livre des Lum., » Esope, M it.de Cora y, fable 01,
p. lis. — Fables ù tiennes, t. Il, p. 37.
p. 87. — Hcctopadcs,\). 202. 3 Wilson , Anal, ace, 104. —
■ Wilson, Anal, ace, 104. — Pantcha-tantra , trad. franc..
Pantcha-tantra, p. 109. — Kal. p. 85.
and D'un. , p. 146. — I.iv. des 4 La Fontaine, II, '.). — Esope,
Cum.,p. 124. — Fabl t indiennes, édit. de Coray, fable 146, p. SR. t. M , p. 112. - //" topades
SI il LES FABLES INDIENNES. 30
de rapports entre les fables indiennes et celles du recueil ésopique.
Je passe trois fables d'un intérêt médiocre, el que n'a pas reproduites le Calila et Dimna , <t j'arrive à un conte assez joli qui aurait mérité de trouver place dans le livre arabe. Un roi d'Ayodhyà (Aoude), nommé Pourouchottama, devient la dupe d'un sramanaca , ou mendiant bouddhiste, qui ac- capare toute sa confiance et lui persuade qu'il a des entretiens secrets avec Indra , le roi du ciel. Le premier ministre du prince, nommé Balabha- dra, cherche inutilement a le désabuser. Un jour le mendiant , pour convaincre l'incrédule , an- nonce qu'il va partir pour le ciel, et le roi avec ses courtisans l'accompagne jusqu'à sa cellule, où il s'enferme. Au bout de quelque temps, Balabhadra demande au roi quand doit revenir le saint homme. « Prends patience, dit le roi, le sage, dans ce cas, dépouille sa forme matérielle pour revêtir un corps éihéréavec lequel il est enlevé au paradis d'Indra. » — « Mais alors, réplique le ministre, mettons le feu à la cellule, nous brûlerons la forme matérielle du saint homme, et votre majesté aura dans sa compagnie un personnage angélique. Je puis vous citer un exemple analogue.
« La femme d'un Brahmane nommé Déva-sarma, était au désespoir de n'avoir pas d'enfant Enfin . par la vertu de certaines paroles magiques, elle
40 ESSAI
devint grosse ; mais quelle fut l'horreur des assis- tans lorsqu'au moment des couches, au lieu de l'enfant attendu avec tant d'impatience, on vit pa- raître un serpent. La mère voulut qu'on le gardât; elle le nourrit et l'éleva avec soin, et finit par de- mander à son mari de chercher un parti pour son fils. Le Brahmane, pour distraire sa femme de cette idée, lui proposa de voyager. Il se mit en route avec elle, et par un hasard heureux, il rencontra un homme de la même classe que lui , qui con- sentit à donner sa fille en mariage au serpent. Déva-sarma retourna dans son pa^s avec la jeune fille ! , le mariage eut lieu , et l'épousée remplit parfaitement ses devoirs à l'égard du serpent son mari, le nourrissant de lait pendant le jour, et le tenant la nuit dans une grande corbeille. Une nuit, elle vit paraître un homme dans sa chambre ; pleine d'effroi, elle allait prendre la fuite, lorsque cet homme lui fit connaître qu'il était son époux, ce qu'il lui prouva en reprenant sur-le-champ sa peau de ser- pent, puis la forme plus agréable d'un jeune et beau garçon. Le malin Déya-sarma, qui avait tout observé, s'empara de la peau du serpent avant que les ('poux fussent levés, la brûla, et assura ainsi ;; son fils la conservation de sa nouvelle forme3 ».
i Le 'unie esl ici interrompu par « Wilson, .inal. acc.jp. 165-168.
un court apologue qui a pour ob- — Ce conte ne fait pas partie de
jet de prouver qu'on ne peut pas ceui «lu Calila ri JHmna, niais
échappera son destin. on le retrouve dans un autre recueil
. LES FABLES INDU KNES. îl
Le roi, persuadé par ce récit, fait mettre le feuà la cellule, et le misérable imposteur périt dans les liai un les.
La fable de Dharmabouddhi et Doucliiabouddhi ou l'Honnête homme cl le Fripon1, qui vient peu après le conte du Mendiant imposteur , a passé dans le Calila et Dimna. Deux amis partent en- semble pour aller chercher fortune : l'un des deux, nomme Dharmabouddhi (esprit honnête), ayant trouvé une bourse de mille dinars 2, dit à son ca- marade qu'après une si bonne aubaine, il est inu-
indien dont il existe une version persane. (Voyez le Trône enchanté, traduit par Lescallier, 1. 1" , p. \ et suiv.) Selon toute apparence, ii y a fort long-temps que ce conte a passé dans la langue persane, ei peut-être aussi dans la langue arabe; car sans cela, on serait fort en peine pour expliquer comment on le rencontre
dans la nouvelle des l-'are'rieuses mm7.sdeStraparolcdontvoicileson.- mairc: Galiot roycP Angleterre eut un fils nayporc lequel se mariapar trois foi 's. e hii/iui ( perd u sa peu u de porc devint un beau jeune fils, qui fui appelé le roi' Porc. 1 1 Ie nuit, i"'
nouvelle.) Le novellicre italien ;i
malheureusement gâté ce conte par des détails ignobles. Du reste , les circonstances principales sontles mê- mes el l'imitation n'est pas douteuse. Ce <pii peut en outre ôter toute incer- titude a cet égard, c'est que ce conte n'est pas le seul que Straparole ail emprunté ;i l'Orient. Le Ponte d '
Med'Aulnoy, intitulé lePrinceMar- cassin [Cabinet <lrs /'l'es, t. IV, p. 395), est une imitât ii ai delà nou- velle italienne. Ilamilton a égale- ment mis à profil Straparole, dans l'épisode de son conte du Délier, qui est intitule Histoire de Pertharite et de Ferandine. (Voyez les Con- tes d'Hamilton. Paris , Renouard , 1820; t. I, p. 1-2.)
• Wilson, Aiml. arc., p. 169. — /ia/. andDim., p. 151. — Lie de* Lion.,]). 129. — Fables indiennes, t. 11. p. 153. Cette fable est du nombre de celles qui ont passé dans
le recueil de (unies el de fables inti- tulé Délices de Verboquet le géné- reux; 1623, in- IX, p. 41. On y
trouve aussi le conte du Nezcoupt et celui de la Vieille empoison- neuse. I x oyez les contes III e| 1\ du même recueil , et ci-dessus p.
r>r> el 54.)
» Le dinar est une pièce d'or dont la râleur n'est pas bien connue.
19
« ESSAI
tile daller plus loin. Ils reviennent tous deux, enfouissent la somme trouvée, et conviennent d'y puiser ensemble au fur et à mesure de leurs be- soins. Le lendemain, le second compagnon, nommé Doachiabouddhi (cœur pervers), va déterrer les dinars et les emporte. Quelques jours après, il va trouver son camarade et lui propose d'aller en- semble puiser au trésor commun. A la vue de la place vide, le fripon accuse l'honnête homme, qui l'accuse aussi de son côté, et tous deux vont porter leur plainte devant le tribunal. « Avez-vous un té- moin, demandent les juges? — Je n'ai pour témoin, répond l'honnête homme, que l'arbre auprès du- quel a été fait le dépôt, et j'espère qu'il rendra té- moignage de la vérité. » Les juges consentent à venir le lendemain sur les lieux; le fripon va trouver son père et l'engage à se placer dans l'ar- bre, dont le tronc est creux, afin de déclarer que Dharmabouddhi est le coupable. Le père, qui ne goûte nullement ce moyen , conseille à son fils de songer aux inconvéniens que cette ruse pré- sente, et raconte à ce sujet la fable d'une cigogne qui , ayant attiré une mangouste pour détruire un serpent dontle voisinage l'incommodait, fmitpar en être victime '. Le fils insiste et le père a la faiblesse
■ Celte fable ne se trouve, à ce on ne la lit pas dans l'édition de qu il paraît, dans presque aunin H. de Sacy ; mais la version persane manuscrit du Calt'laei Dimna, car d'IIocéin Vaei (voyeï le Ltvre des
SUR LLS FABLES INDIENNES. i3
<le se prêter à ee qu'il désire. Le lendemain, le juge se rend sur le lieu de la eontestation, l'arbre rend témoignage contre l'honnête homme qui , soup- çonnant quelque supercherie, fait mettre le feu a l'arbre. Le malheureux qui s'y était caché , sort à demi-brûlé en confessant la vérité, et le voleur est conduit en prison '.
Après celte histoire, on trouve la jolie fable des rats qui mangent le fer et des faucons qui enlèvent les cnfans2, si connue sous le titre du Dépositaire infidèle. La fable qui termine le premier livre du Pantcha-tantra a pour sujet le Fils du roi et ses compagnons 5, mais elle diffère entièrement de celle qui porte le même titre dans le Calila et Dimna. Un des incidens de la première est peut- être le type de celle de X Anwari- Sofia ili, intitulée le Jardinier et l'Ours {. Un singe domestique veu chasser une abeille qui s'obstine à rester sur le front du fils du roi qui est endormi, et n'y pouvar réussir, il prend I'épée de son maître et coupe en
Lumières, p. 152) et la version la- positaire infidèle, La Fontaine,
tine de Jean de Capoue la donnent. IX, 1. — Une imitation de cette
(Voyez. Firenzuola , Diteorti degli fable se trouve dans un autre re-
animali; in Fiorenza, 1548, in-8°, cueil indien. (Voyez le Touthi-iit.
fol. 47 verso. — et Larivcy. Deux mrli, OU tesCbftfcl (Pwi Pcrroi/ur
Uvresdefil080fitfab\tleuse,pA5A.) p. 35 de la trad. angl.,etp. 67 d'*
• .u.s. talinga, fui. 10 verso, el la trad. française.
fol.il recto. 3 wilson, fatal, arc, 169.
« Wilson, Anal, ace , 109. — î Livreurs Lumières, p, !
Kal. and Dim. , p. ir>G. — Livre VOwtt al V Amateur des jardins,
det l.um. p. \7,i. — Fable» in- La Fontaine liv. VIII fab. 10 diennet, I II, p, 186. 1 < /><
44 ESSAI
deux du même coup et l'abeille et la tête du prince.
Le deuxième chapitre du Pantcka-tantra, intitulé Mitra-prâpti , ou Y Acquisition des Amis, répond au septième chapitre du CalUa et Dimna arabe , et au troisième de la version persane et de la version turque l. L'objet de ce chapitre est de dé- montrer les avantages de l'association et de faire voir que les êtres faibles doivent s'unir entre eux, par les liens d'une amitié sincère, et s'entr'aider dans les circonstances difficiles. Les personnages du récit principal sont un rat, une corneille, une gazelle, et une tortue, qui , en se prêtant un mutuel secours, parviennent à se tirer d'affaire. La fable de La Fontaine intitulée le Corbeau, la Gazelle, la Tortue, et le Rat -, n'est autre chose qu'une inri-
«JSfaï.andDt'm., 192-216. — Idv. sous le titre du Muletier. Dans ce des Lum., cil. III, 192-233. — Fa- petit conte, la femme d'un mar- bles indiennes, ch. in, t. II, p. 260 chand, ayant une liaison amou- h guiv. Ce chapitre devrait être le reuseavec an peintre, convient avec sixième, niais le rédacteur du Calila celui-ci d'un signal pour leurs en- et Dimna, après le cinquième chu- trevues. t n esclave du peintre dé- pitre, en a iuséréun qui est proba- ,",lx''1' l'intrigue et trouve moyen blement de sa composition , et qui de prendre la place de son maître, renferme le jugement du chacal en se couvrant de ses habits, sans Dimna, dont les rapports calom- que la femme se doute de rien. Par nieui ont porté le lion à tuer son l'a- malheur, le même jour, le peintre vori. i n il<"- contes de ce chapitre, va faire le signal convenu pour de- intitulé /_/> Peintre , la Femme du mander un rendez-vous, ce <pii marchand, et l'Esclave {Eal. and amène une explication entre lui e! Dim., p. 165) offre quelques rap- sa maîtresse; il (liasse son valet, ports avec le premier incident delà et cesse toute liaison avec la femme ne nouvelle de la in journée du «lu marchand. (Voyez le Livre des Décam anue par l'imita- Ewnièi i p. 167.) tion que La Fontaine en a composée in XII, fab.15.
M R LES FABLES INDIENNES. I i
tation abrégée de ce chapitre, composée d'après le Livre des Lumières de David Sahid, cl dont les fables accessoires ont été élaguées. La première des {aides de ce chapitre du Panlcha-iantra est celle d'un oiseau à deux becs, dont l'un jaloux de l'au- tre qui refuse de partager avec lui du nectar, avale du poison, et (ait périr l'oiseau '. L'apologue bien anciennement connu, intitulé les Membres et l'Estomac , offre quelque ressemblance avec cette faltle. Le Cailla et Dirnna ne la donne point, mais on y trouve celle, qui a pour sujet le Chasseur, la Gazelle, le Sanglier, cl le Chacal -, de laquelle dé- rive en dernier lieu celle de La Fontaine qui est intitulée le Loup et le Chasseur7'. La dernière des huit Tables de ce chapitre ', celle de l'Éléphant dc- livréde ses liens par un rat 5, est peut-être le type de l'apologue ésopique du Rat et du Lion (i.
■ Wilson, Anal, ace, p. 171. — l'estimable vie dePàoini ( legram-
Pantcka-tantra, Irad. franc., p.37. mairien) fui détruite par un lion,
* wilson, Anal, ace, p. 172. — qu'un éléphant tua le sage Djaimini
fiai. "'"/ Hit»., p. 5103. — l.iv. quoiqu'il eût composé la MimansA,
desLum., p. 216.— .FoMes. indien- et qu'un alligator dévora, sur le
nés, t. II, p. 292. — Heetopades, borddelamer.l'harmonieui Pingala
p. 66. (auteur du premier traité de proso-
3 Liv. VIII, lab. 27. die. Quelle estime des botes féroces
h m. wilson dans son analyse ci --ans raison peuvent-elles faire
rite un passage de ce chapitre qui du génie? »
.' :ii allusion a des traditions eu- 5 Wils"ii, Anal. OCC. , p. 172, —
rieuses et peu connues. Le voici : Pantcha-tantra , trad. franc. .
- Celui qui dit : . le suis plein d'ai- p. 42.
mablee qualités et personne no doit GBsop», édit, i\c Coray. Fa-
■ re portée me faire de mal - tient ble 217, p. 140. — La Fontaine,
un propos ridicule. On raconte que H M
46 ESSAI
Le troisième chapitre du Pantcha - tantra est intitulé Kâkoloûkika, ou l'Inimitié des Corbeaux et des Hiboux. Il correspond au huitième chapitre du Calila et Dimna arabe, et au quatrième de la ver- sion persane d'Hocéin Vaëz et de la version tur- que !. Le but moral du principal apologue est de faire connaitre le danger de se fier à des inconnus ou à des ennemis qui se couvrent du masque de l'amitié. Le roi des corbeaux, jaloux de celui des hiboux, forme le projet de détruire ses ennemis , et, pour y réussir plus sûrement, il charge un de ses conseillers intimes de s'introduire parmi les hiboux. Le corbeau y parvient au moyen d'une ruse qui rappelle l'histoire de Zopyre. Dépouille'' de ses plumes , couvert de sang , il est trouvé au pied d'un arbre par des hiboux qui le conduisent à leur roi. Le nouveau venu gagne la confiance du roi des hiboux en dépit des efforts de ses ministres, et il fait connaitre aux corbeaux les moyens de détruire leurs ennemis , qui finissent par être étouffés dans la caverne qui leur sert de demeure.
La deuxième fable de ce chapitre, intitulée le Liè- vre, le Moineau, et le Chat -', a fourni à La Fontaine, par l' intermédiaire de David Sahid, une de ses
■ liai, and Dim., 210-258. — - WilspO, Anal, arc, p. 175. —
Liv. dus Lum., ch. iv, p. 23S-286. fiai, and Dim., p. 226. — Mo.
— Fables indiennes, cb. iv, t. II, des l.uiu., p. 264. — Fables t'n-
p, 3l6el (tiennes, t. II. p. 342.
SLR LES FABLES INDIENNES.
])lus jolies fables '. Elle est suivie d'un conte ass< comique qui est arrivé jusqu'à nos recueils de l'a- (('lies. Trois fripons rencontrent un Brahmane chargé d'une chèvre qu'il vient d'aeheter pour un sacrifice , el ils parviennent a lui persuader que c'est un chien et non une chèvre qu'il porte sur ses épaules. Le pauvre Brahmane croit que ses yeux sont fascinés, et craignant d'être souillé par le contact d'un animal immonde , il abandonne sa chèvre que les voleurs emportent -.
Le cinquième apologue du même chapitre3 est un des plus jolis , et surtout il est curieux en ce qu'il nous offre le type du charmant conte de Se- necé, intitulé la Confiance perdue. Un Brahmane s'etant un jour endormi sous un arbre , rêve qu'il voit un serpent à large tête roulé sur une fourmi- lière à quelque dislance. En se réveillant , il conclut du songe qu'il vient d'avoir , que le serpent est la divinité du lieu , et qu'il réclame son tributVl'ado- ration. Aussitôt il fait bouillir un peu de lait, le
> Le Chat, la Belette, rt le petit devis et plaisons cont' s, par lr.
lupin; La Fontaine, VU, 1(5. sr du Moulinet , comédien. Paris,
• Wilson, Anal. ace., p. 175. — Techener, 1829; in-18, p. se.
and Dim. , p. 25j. — Liv. (Comment l'espiègle gaigna par
l.uin. , p. 'i.Vi. — Fables in- gageure le drap d'un paysan.) —
nnes,i. il, p. 347. — Heeto- on le rencontre encore dans les
paries, p. 261. - Ce petit conte se («nies tartateaût Gueulette, qui
retrouve dans les/ inveiciist.suuicts l'avait emprunté à StrapaTole. [Ca-
du seigneur Slraparole ( I|c Nuit, binet des Fées, t. XXII, p. 109,
in nom.; édition de 1 7 "2<i, in-12, 5 Wilson. AnalytieaX OCO>
t I' '. p. 'i7i, et dans les l'acecieux p. 17('-:~
I SS A 1
porte, dans un vase, auprès de la fourmilière , et
adresse au serpent son oblation. Le lendemain, il est aussi étonné que satisfait de trouver un dinar ii la place du lait, et tous les malins même bonne fortune. Malheureusement (Haut un jour forcé de s'absenter , il chargea son fils de présenter l'obla- tion à sa place. Le jeune homme ayant trouvé le lendemain matin un dinar comme à l'ordinaire , en conclut que la fourmilière était pleine de pièces d'or, et que le moyen de s'emparer dé ce trésor était d'en tuer le gardien [. Sarmant d'un bâton, il guetta le serpent , et le frappa sur la lëte pendant qu'il buvait. Mais il manqua son coup, et l'animal Curieux mordit le jeune imprudent qui mourut sur la place. Le Brahmane à son retour apprit ce mal- heureux événement2, et se rendit a la demeure du serpent pour essayer de le fléchir; mais ses prières furent inutiles : le serpent lui défendit de jamais revenir, et lui donna comme dernière consolation un joyau d'un grand prix. Le Brahmane prit le joyau, mais pensant combien sa valeur était au I résous de ce qu'il aurait pu gagner par un hom-
■ L'indication d'un trésor don- intitula Sigurd, tradition épique
née par la présence d'un serpent est selon l'Edda et les Mbclungs.
une superstition répandue chez les a La fableest ici interrompue par
Indiens, et que l'on retrouve chez un court apologue ayant pour but de
les peuples du Nord. Voyez dans prouver que la mort du jeunehomme
i Revue de» Deux Monde» «lu 1" esl une juste punition de sa mau-
1832, l'article de M. Ampère, vaige action.
SI B LES FABLES INDIENNES. 49
mage assidu, il ne cessa de déplorer l'imprudence de son fils j.
Parmi les autres apologues du troisième cha- pitre, je remarque le Mari, la Femme, et le Vo- leur-, jolie fable si agréablement contée par La Fontaine, et la Souris métamorphosée en fille*, que l'on retrouve encore chez lui avec plaisir. La fable du Livre des Lumières, dont celle de La Fon- taine offre une traduction exacte, est parfaitement conforme à celle du Calila et Dimna, mais celte dernière diffère beaucoup de la fable sanscrite ori- ginale. En effet, dans le Panlcha-tanlra , la souris changée en fille par un Brahmane, trouve des ob- jections à tous les partis qu'on lui propose, jus- qu'au moment où elle aperçoit un rat; alors le naturel la porte à prier son père adoptif de le lui donner en mariage. En lisant la fable de La Fon-
• Wilson,. 1/irW. «ce, p. 176-178. indien se retrouvent dans celui-ci
Ce joli conte fait partie du recueil et dans celui de Marie de France. La
de Marie de France, poète du fable ésopiqne intitulée le Serpent
xme siècle, dont Legrand d'Aussy et le Laboureur (édit. de Coray,
a analysé les meilleures fables, et fab. 141, p. 85) est-elle une rédac-
dont M. Roquefort a donné le leite lion traditionnelle et altérée de ce
original. (Voyez pour celle fable-ci conte? Je sciais porté a le croire, les Fabliaux traduits par Le- » Wilson, Anal, ace., p. 178. —
grand of Aussy, t. rV, p. 389, édit. Bal. atui Ditn. , p. 237. — Iàv.
de 1829, elles Poésie* de Marie des Lum., p. 359. — Fàblesindien-
>ie France, t. II. p. -2<>7.j Ces deux nés, t. II, p. 355. — La Fontaine.
publications étant postérieures à IX, 15. Délices deVerboquet^Ji. Senecé , j'ignore où il a puisé son 3 Wilson, Anal. are., p. 178. —
conte intitulé La Confiance perdue. Sol. and Ditn., p. 244. - Liv.
ou le Serpent mangeur de Èaïmak des Lum., p. 279. Fables indien-
et le Pure son pourvoyeur. Les nés, t. Il, p. 586. — La Fontaine
principales circonstances du conte IX, 7.
4
50 ESSA[
laine , on verra quels sont les détails étrangers que le rédacteur de l'ancienne version persane a intro- duits dans l'apologue original; et, ce qui mérite d'être remarqué , c'est que ces modifications dé- rivent d'une source indienne : on en retrouve l'idée dans un chapitre du grand poëme indien intitulé Harivansa '.
Le quatrième chapitre du Pantcha-tantra estin- ùluïé Labdlia-pranasana, ou De (a perte des choses acquises, et correspond au neuvième chapitre du Calila et Dimna -, où les douze fables de l'original indien sont réduites à deux. L'apologue principal, dont les personnages sont un singe et un animal aquatique fWhulpnx, nommé makara , a pour objet de prouver qu'on perd souvent par imprudence un bien acquis avec peine. Parmi les douze fables de ce chapitre, je remarque d'abord un conte qui l'ait voir que les femmes indiennes, en dépit de l'espèce de servitude à laquelle les condamne le
■ Harivansa, traduit parM. Lan- souris, et l'ermite, par le pouvoir
glois. Paris, 1835; in-'*", t. Il de sa dévotion, change la sou-
p. 180. Voyez aussi , au sujet d'une ris en chat : le nouveau chat
tradition juive qui semble se rap- ayant ensuite peur du chien de l'er-
porter a cet apologue, V Estai sur mite, est changé en chien, puis en
les fabulistes qui ont précédé La tigre. L'ingrat animal veut proliler
Fontaine, par M. lioberi, p. eewu. de sa force pour tuer son bienfai-
- L'Hitopadésa offre une fable leur, qui, d'un mot, lui rend sa
qui diffère beaucoup de celle du forme primitive. ( Heetopades ,
Pantcha-tantra. Une souris tom- p- 245.)
bicdu bec d'une corneille est ra- Kàl. andDim.,p. 258-208! —
massée par un ermite charitable; Fables indiennes, eh. v, t. III,
mais le chat veut dévorer la pauvre p. l-'il
si R LES FABLES INDIENNES. 51
législateur suprême Manon1, sont bien souvent les maîtresses au logis, et soumettent leurs maris à leurs caprices. Le ministre Vararoutchi souffre qu'on lui rase la tête pour plaire à sa femme ; son royal maitre Nanda laisse la sienne lui mettre une bride dans la bouche, et sa capricieuse moitié, montant sur son dos, le force à la promener ainsi en hennissant comme un cheval "1.
La fable qui suit rappelle l'apologue ésopique bien connu de V Ane velu de la peau du Lion 5. Un blanchisseur , propriétaire d'un ane, le cou- vre de la peau d'un tigre, pour effrayer ceux qui viennent dans son champ ; mais l'âne se trahit par son braiment , et il est battu par les g^n^ du village '.
Je trouve un rapport frappant entre l'apologue qui vient après celui-ci , et la fable ésopique intitu- lée la Proie et l'Ombre. La femme d'un villageois abandonne son mari pour suivre un galant, et emporte avec elle tout ce qu'elle possède. Arrivée au passage d'une rivière, elle se laisse persuader
> Voyez les Lois de Manou, p. 16), sous le titre du Vizir selle
liv. IX, st. 2 et 3. Les draines qui et bridé, et le Lai d\irislotc a sans
nous dévoilent la vie intérieure. doute la même origine. (Voyez les
nous offrent un tableau un peu en Fabliaux traduits par Leyraml
contradiction avec les ordonnances d'Aussi, t. I„ p. 2*73-281, édit. de
•lu législateur. de 1829.)
' C'est de ce conte (pie dérive 3 La Fontaine, V , -21. — Esope,
••■lui que Cudonne a publié dans cdil.de Coray. lab. 258, p. 169. Mi Vélemgu de littérature orien- , Wilson, Anal. «ce. .p. 181. taie 'Paris. 1770; in- 12. t. I,
32 ESSAI
de confier à son amant son avoir et ses vêtemens pour les porter de l'autre coté, après quoi il vien- dra la chercher. Le misérable, au lieu de tenir sa promesse, se sauve en emportant le paquet, et la pauvre femme, ainsi abandonnée, voit venir un chacal , ayant un morceau de viande à sa gueule. Le chacal apercevant un poisson au bord de l'eau , dépose ce qu'il tient pour s'emparer du poisson ; mais cette nouvelle proie lui échappe, et un vau- tour emporte le morceau de viande. La malheu- reuse femme ne peut pas s'empêcher de rire de cet accident, et le chacal lui dit : « Votre conduite n'a pas été plus sage que la mienne ; car vous êtes ici nue sur 1© bord dâ l'eau , et vous n'avez ni mari ni galant l. »
Le cinquième et dernier chapitre est intitulé Aparîkcliita- kâiiliva, ou la Conduite inconsidé- rée, et a pour but de montrer le danger de la pré- cipitation. Il correspond au dixième chapitre du
■ Wilson, Anal. ace. , p. 181. C. F. Matthœi. Lipsise , 1781 ; — Il est à remarquer que la rédac- in-8° , p. 22.) La même remarque tion ordinaire de l'apologue du s'applique à la fable de Lokman,in- Chicn portant un morceau de titulée Le Chien et le Milan. (Fa- viande s'éloigne un peu, pour les blés de Loqman , surnommé le détails, de la fable indienne (voyez Sage, traduites de Varabe par VEsopedc Cora;/ Jab.ïOV.V. 135), M. Marcel. Paris, 1805; in-18, et que le rapport est bien plus sail- p. 125.) L'apologue du Ciiien qui lant dans la même fable du recueil lftche sa proie pour l'ombre est cité grec attribué ,i Syntipas. Miapz comme exemple dans la vie de Bar- Syntipœ philosophi persœ fabulœ zouych duCa/i7a et Dimna. (Eal. LXIl , grœcè et latine; edidit and lHm., p. 76.)
SUR LES FABLES IMHI.wi i j'ili
Cailla ei Dimna\ ou les douze fables de Forigi* nal se trouvent réduites à deux.
Ce livre commence par une fable dont voici le précis, et à laquelle se rattachent toutes les autres.
Un banquier, nommé Manibhadra , malgré sa bonne conduite et son attention à s'acquitter de ses devoirs religieux, perd tout ce qu'il possédait par un revers de la fortune , et prend la résolution de se laisser mourir de faim. Pendant la nuit, le dieu des trésors lui apparaît sous la forme d'un men- diant de l'ordre àesDjaïnas, et l'engage a ne pas se désespérer. « Tu as toujours honoré les dieux, lui dit-il, et je ne t'abandonnerai pas : demain matin
je me présenterai à toi de nouveau sous le COSlmilc
que lu vois ; prends un bâton , frappe-moi sur la tète , et je me changerai en un monceau d'or. »
Le lendemain matin , le banquier se rappelant cette apparition , attend impatiemment le person- nage annoncé par son rêve. Enfin il parait, et après un coup de bâton donné par Manibhadra , le mendiant est changé en un tas «l'or. Un barbier que la femme du banquier avait fait venir pour lui faire les ongles, ayant tout vu, s'imagine sottement qu'il suffît de frapper sur la tête d'un mendiant djaina, pour obtenir le même résultat En effet , il se rend au couvent voisin, attire chez lui plusieurs
• Kal.tmd />/)/(.. p. -_>r,.s--27.->. !•• nr.o. Fablet indiennes, ch vi. t. III,
."i ESSAI
religieux sous un prétexte, et lorsqu'ils sont arri- vés, il leur donne à tous de grands coups de bâ-, ton sur la tête ; quelques uns tombent morts sur la place, les autres se sauvent en jetant les hauts cris , et on arrête le barbier qui est condamné à être pendu '.
Le deuxième apologue du même livre, nous offre un récit depuis long-temps populaire en Europe. — Une mangouste2, chargée de la garde d'un jeune enfant, se jette sur un serpent qui se glissait dans la chambre et le déchire à belles dents. La mère qui rentre peu de temps après, s'imagine, à ia vue du sang dont l'animal est couvert, qu'il a dévoré l'eiifanl . et tue la pauvre mangouste 5.
Une fable assez plaisante que je rencontre un peu plus loin est peut-être le type du conte si connu des Trois souhaits. — Un tisserand , nommé Man- thara, ayant eu son métier brisé par accident, prit sa hache pour aller couper du bois , et trouvant un gros arbre sur le bord de la mer, il se disposa
■ Wilson, Anal, ace, p. 182. — , La mangouste (Viverramungo)
Pantcha-tantra, trad. franc., est un animal du même genre que
p. 217. — Hcetopades, p. 215. — l'ichneumon des Egyptiens.
Contes d'un Perroquet , p. 148 de 3 Pantcha-tanlra , trad. franc.,
la trad. angl., et p. 217 de la Ira- p. 206. — Wilson, Anal. ace. ,
duction française. — L'histoire 185. — Kal. and Dim., p. 268. —
du derviche Abounadar, qu'on lit Fables indiennes, t. III, p. 43. —
dans les Contes orientaux du comte Ce conte se trouve dans le Livre
de Caylus, est une imitation de cette de Synlipas, d'où il a passé dans
f;ible. (Voyez le Cabinet des Fées, le fiowan des sept Snr/es. vol. \W, p, |50.
SLH LES FABLES INDIENNES. •>•">
i rabattre. Gèt arbre servait de demeure à un gé- nie , qui s'écria au premier coup de hache : « Holà, cet arbre est mon logis, et je ne le puis pas quitter. parce que je respire ici la brise fraîche de la mer. » — « Mais si je n'ai pas de bois pour faire un autre métier , dit le tisserand , ma famille va mourir de faim. » — « Demande toute autre chose que cet arbre, répond le génie, et tu seras satisfait. » Notre homme retourne chez lui et rencontre le barbier de son village , qui cherche à lui persuader de sou- haiter d'être fait roi. La femme du tisserand le dé- tourne de ce projet , et lui conseille au contraire de garder son ancien état , mais de demander au génie d'avoir deux télés et quatre bras, afin de faire le double de besogne. Le malheureux a l'impru- dence de suivre ce mauvais conseil; il va trouver le génie qui exauce son souhait ; mais à son retour, les gens du village, le prenant pour un lutin, se jettent sur lui elle tuent !.
L'histoire du liràhmane Soma-sarma ~ qui suit celle-ci , rappelle celle d'AInasehar , frère du bar- bier, dans les Mille et une Nuits , ainsi que la Lai- tière et le Pot au la il '.
i Wilson, Anal, ace, p. 193. On — Fables indiennes j i. tu. p. 50
verra plus loin, dans I analyse du — Heetopadei, p. J'i7. /.ii ic de Syntipas , les imitations 3 Bonaventnre Des tvriors . les
de ce tonte. Contes ou les Nouvellesre'cre'at ions
WiUoii, Anal, arc. p. 11)5. — rt joi/cit.r devis. .Nom. \in . I 1
Panteha-tanira, traduct. franc • p. 141 . édit. de i7r>.">; in-12. —
p. 208. liai, and Dim., p. 209. La Fontaine, H?. VII, l'ai» 10
56 h >wi
Un Brahmane avare, nomme Sonia-sarma , avait recueilli en aumônes, pendant le jour, uni' jarre pleine de farine. En rentrant, il pendit cette jarre à un clou, immédiatement au pied de son lit , afin de ne pas la perdre de vue. Pendant la nuil il s'éveilla , et se livra aux réflexions suivantes : « Cette jarre est pleine de farine ; s'il survient une disette, je la vendrai au moins cent pièces de mon- naie. Avec cette somme j'achèterai un bouc et une chèvre ; ils feront des petits, et je gagnerai assez en les vendant pour me procurer une couple de vaches. Je vendrai leurs veaux et j'achèterai des buffles ; avec le produit de mon troupeau, je fini- rai par avoir un haras dont je tirerai des sommes considérables, et je ferai bâtir une belle maison. Je deviendrai alors un homme d'importance , et quelque personne opulente viendra m'olfrir sa fille en mariage, avec une riche dot. J'en aurai un fils que j'appellerai de mon nom, Soma-sarma. Lors- qu'il commencera à se t rainer, je le prendrai sur mon cheval en le plaçant devant moi; aussi lors- qu'il m'apercevra, il ne manquera pas de quit- ter le giron de sa mère et de venir à moi. J'appel- lerai sa mère pour qu'elle vienne le reprendre, et comme elle ne m'obéira pas, étant occupée des soins de son ménage, je lui donnerai un coup de pied.» En disant cela, il allongea le pied avec tant «le violence qu'il cassa la jarre, et la farine s Y-
SliH LLS FABLES INDIENNES. 57
tant répandue, se remplit de terre el <le pous» sière, de sorte qu'elle lut Complètement perdue. Toutes les espérances de Soma-sarma, s'évanoui- rent au même instant.
Un des derniers contes présente quelques rap- ports avec la rencontre que fait Sindbad du vieil- lard de la mer pendant son cinquième voyage l. Un ràkchasa ou mauvais génie, habitant d'un bois, arrête un jour un pauvre Brahmane qui passait tranquillement son chemin, et se plaçant sur ses épaules, il lui ordonne de continuer ainsi sa route. Le Brahmane épouvanté n'oppose aucune rési- stance, mais s'apercevant que les pieds de son in- commode compagnon de voyage sont d'une mo- lcsse extraordinaire, il lui en demande la cause, et apprend que le génie a fait vœu de ne jamais marcher. En passant auprès d'un étang le génie ordonne a son porteur de le déposer pour qu'il fasse ses ablutions, et de l'attendre fidèlement. Le Brahmane obéit; mais pensant que son maître est hors d'état de le poursuivre , il cherche son salut dans la fuite2.
Le cinquième chapitre du Pantcha-tantra est
« Voyez la traduction <les Mille duction française de M. Garchi de
et une .\iu7s,par Galland (83« el Tassy, p. 2<i'i.i. el le roman É*oor-
M'- Nuits). gien de THiriani . analysé pai
• Wflson, Anal, ace, p. 100.— M. Brosse! dans le Journal aria
Voyea aussi lé roman hindouslani tique *!«■ novembre 1855 des Iventunt </<■ Kamrvp (trn-
.M>8 ESSAI
le dernier de l'ouvrage. Le Brahmane Viehnou- sarma demande alors aux princes, ses élèves, s'ils sont suffisamment instruits? Les princes répon- dent qu'ils sont imbus de tous les devoirs d'un souverain , et le roi , charmé de l'instruction ac- quise par ses fils dans le cours de six mois, com- ble le docte Brahmane de biens et de faveurs \
Le Pantcha-lantra, ainsi que je l'ai déjà fait obser- ver, a subi de grandes modifications en passant dans les autres idiomes orientaux. La version arabe intitulée Calila et Dimna, composée elle-même sur l'ancienne version pehlevie de Barzouyeh, par Abdallah Ibn-Almocaffa, offre plusieurs chapitres entièrement étrangers à l'original sanscrit, et sur lesquels il est à propos de donner quelques dé- tails. En tête du Calila et Dimna se trouve une introduction attribuée à un personnage appelé Behnoud, fils de Sahwan, et plus connu sous le nom d'Ali, lils d'Alchah Farezi. M. de Sacy ne la croit pas fort ancienne , se fondant sur ce qu'elle ne se trouve ni dans la version persane de Nasrallah, ni dans la version grecque de Shnéon Seth , ni
1 La traduction, ou plutôt l'ex- que dans le Pantcha-lantra san-
Iraildu Pantcha-lantra public'' par scrit : plusieurs apologues étrangers
M. I alibi- Dubois (voyez ci-dessus, au même livre ont été introduits
p. -28, note), diffère notablement dans les versions en langue vulgaire
de l'analyse de M. Wilson. Dans le que M. Dubois a suivies, et d'autres
premier chapitre où Tanlia, qui est apologues de l'original ont été sup-
vpul traduit avec quelque (''tendue, primés, c'est une rédaction çqm-
l' ordre de* râbles n'est pas \c même plètemenl différente.
SUR LES FABLES INDIENNES. 39
dans la traduction hébraïque attribuée au rabbin Joël !. Voici en peu de mots la substance de cette introduction, d'après la traduction abrégée qu'en a donnée M. de Sacy.
Alexandre , après avoir soumis les rois de l'Oc- cident, tourna ses armes victorieuses vers l'O- rient et triompha de tous les souverains de la Perse et des autres contrées qui osèrent lui résister. Dans sa marche pour entrer dans l'empire de la Chine, il fit sommer le prince qui régnait alors sur l'Inde, et qui se nommait Four, de reconnaître son auto- rité et de lui rendre hommage. Four, au lieu d'o- béir, se prépara a la guerre. Après un long com- bat, dans lequel la victoire fut chèrement disputée, l'armée indienne fut mise en déroute , et son roi périt de la main d'Alexandre. Celui-ci mit ordre aux affaires du pays, et après en avoir confié le gouvernement à un de ses officiers, qu'il établit roi a la place de Four, il quitta l'Inde pour suivre l'exécution de ses projets. Mais à peine fut-il éloi- gné que les Indiens secouèrent le joug et se choi- sirent pour souverain un homme de la race royale, nommé Dabchelim. Lorsque le nouveau souverain se vit affermi sur le trône, il exerça sur ses sujets une tyrannie sans bornes. 11 y avait alors dans celle partie de l'Inde, un Brahmane nommé l>id-
Wi moiré historiqui p. 15,
60 ESSAI
pai, qui jouissail d'une grande réputation de sa- gesse, et que chacun consultait dans les occasions importantes. Ce Brahmane chercha par ses con- seils à ramener Dabchelim à la vertu ; mais le roi, indigné de sa témérité, le lit jeter dans un cachot. 11 s'écoula un long espace de temps sans que Dab- chelim pensât a Bidpai. Une nuit qu'il cherchait inutilement à se rendre compte de quelque pro- blème relatif aux révolutions des astres , il se res- souvint de Bidpai , se repentit de son injustice, et, faisant venir le Brahmane , il lui ordonna de lui répéter ce qu'il lui avait dit la première fois. Bid- pai obéit, et Dabchelim, après l'avoir écouté avec attention, lui déclara qu'il voulait lui confier l'ad- ministration de son royaume. L'administration de Bidpai fut heureuse, et Dabchelim désirant ensuite, à l'exemple des rois ses prédécesseurs , attacher son nom à quelque célèbre ouvrage de morale, chargea le savant conseiller de composer un livre qui contint les préceptes les plus importans de la sagesse. Bidpai, voulant satisfaire le roi , se livra pendant un an à la méditation avec un de ses dis- ciples et produisit ensuite le Livre de Calila et Dimna '.
Après cette introduction, vient le chapitre iuti- tùU «le la Mission tir B(irzoH\\e'h dans l'Inde. Les
SilveilredeSacy, Mémoire his- Dtmna,p. 1-32. torique p. 16-22. Kalila and
SI R I ES l Ufl.KS I.MHINM S. 61
différentes traductions du Livre de Calila et Dimna présentent dans ce chapitre une différence as^c/ notable relativement au motif qui détermina le voyage du docteur persan. Suivant presque tous les manuscrits du texte arabe , d'accord avec la version grecque de Siméon Seth , et avec la tra- duction persane de Nasrallah , ce fut Nouchirvan qui, ayant entendu parler avec éloge du Livre de Calila , chargea Barzouyeh d'aller dans l'Inde chercher ce trésor de sagesse '. Au contraire, dans la version espagnole, dont un fragment a été pu- blié par don Rodriguez de Castro ; dans la traduc- tion latine de Jean de Capoue, composée d'après la rédaction hébraïque du rabbin .ïool; dans la tra- duction latine de Raymond de Béziers, et enfin dans un manuscrit arabe du Calila et Dimna, il est dit que Barzouyeh, ayant lu dans un livre que certai- nes montagnes de l'Inde produisaient une herbe ayant le pouvoir de rendre la vie aux morts, sol- licita du roi Nouchirvan la permission d'aller re- cueillir cette herbe merveilleuse dans le pays où on la trouvait; arrivé dans l'Inde, le docte méde- cin reconnut, après des recherches infructueuses, que ce n'était là qu'une allégorie, et que cette herbe offrait l'emblème du Livre de Calila et Donna, dont les sages préceptes pouvaient commu-
1 Sitvestre de Sacy, Mém. &«'*/., p. 35
<)*2 ESSAI
niquer aux ignorant une nouvelle existence K La même tradition se trouve dans un épisode du grand poëme persan intitulé Cliah-nameli ., épisode quia pour sujet le voyage de Barzouyeh 2.
Le troisième chapitre est une introduction com- posée par le traducteur arabe Abdallah Ibn-Almo- caffa. Ce morceau est parsemé d'apologues ingé- nieux, mais qui ne sont pas empruntés à l'original sanscrit.
La vie de Barzouyeh forme le quatrième cha- pitre 5. Cette biographie, qui fut composée par Bu-
' Silvestre deSacy, Mém. hi$t., p. 22 et 23.
* Notices et extraits des MSS., t. X, p. 148.
3 Ce chapitre renferme plusieurs fables étrangères au Pantcha-tan- tra. Je citerai , entre autres , celle du Voleur qui se casse le cou en se jetant du haut d'une maison , croyant sottement pouvoir, au moyen d'un mot magique , être transporte sur un rayon de la lune. Cette fable se retrouve dans la Dis- cipline cléricale (Disciplina cleru i-alis) de Pierre Alphonse, ouvrage puisé principalement dans des au- teurs arabes, et qui est compilé en partie des proverbes de philoso- phie et de leurs chastoiemens, et des fables, et de vers, en partie de ressemblance de bestes et d'oy- seaux. (Discipline declergic ,p.6.) L'auteur était un juif, né à Huesca, en 1062, dans leroyaumed'Aragon, et nommé Kabbi Moisc Sephardi. Il :»e convertit a la foi chrétienne en
1106, et fut baptisé dans sa ville natale le jour de la fête de saint Pierre, d'où il prit le nom de Pierre, auquel il ajouta celui d'Alphonse, le roi de Castille et de Léon , Al- phonse VI , lui ayant fait l'honneur d'être son parrain. (Biographie universelle, t. XXXIV, p. 389). La Disciplina clericalis a été pu- bliée pour la première fois en 1824, par la Société des Bibliophiles, avec une traduction française en prose du iv« siècle , intitulée Discipline de clergic , et avec une version en vers, ayant pour titre Castoiement d'un père à son fils. Une première édition du Castoiement avait déjà été publiée en 1760 par Barbazan. M. Schmidt a fait paraître en 1827, à Berlin , une nouvelle édition du texte latin plus correcte que la pré- cédente , et qui porte le titre sui- vant : Pétri Alfonsi Disciplina clericalis ■ Zum ersten mal her- ausgegeben mit rinleitung und an- merkungen, von Fr. W. Schmidt.
SUR LES FABLES INDIENNES. <>'*
zurjmihr, (ils de Bakhtégan, à la prière de Bar- zouyeh , et dans laquelle il est censé parler lui-même, renferme sur ce célèbre médecin et sur l'époque à laquelle il a vécu, des détails d'un grand intérêt. Porté par goût à l'étude de la méde- cine, Barzouyeh s'y livra d'abord tout entier dans le but de se rendre agréable à Dieu; puis, frappé de la diversité d'opinions religieuses qu'il voyait régner en Perse , il consulta plusieurs docteurs dont les réponses ne lui semblèrent point satisfai- santes, et renonçant à un examen qui ne pouvait lever ses doutes , il résolut de se consacrer à la pratique de la vertu et de renoncer aux plaisirs du inonde. Barzouyeh s'étonnait que des hommes, doués de raison, négligeassent leurs véritables in- térêts pour ne s'occuper que d'objets frivoles: i Quelques satisfactions sensuelles qui ne durent qu'un instant, voila pourtant, se disait-il, ce qui oc- cupe toutes leurs facultés et les détourne de soins bien plus importans. » Pour faire sentir la vanité
Kin beitray zur geschiclite iler est le vingt-dcuiième du livre de
romantischen lilleralur. Berlin, Pierre Alphonse, le tome I", p. 1 V)
IK27;in-4°. Mis, dans le premier vu- de l'édition des Bibliophiles, la
lumedc l'ouvrage 'vaiiUÛèSpecimeru page 70 de l'édition de M. Schmidt.
ofearly cnglish romances, a donné elles Fabliaux de Legraud d'Aussi
une analyse de l'ouvrage de Pierre t. III, p. *2r>3. La même histoire
Alphonse, communiquée par M. forme leeenttrente-siiiéme chapitre
Douce. Presque tous les contes du recueil de contes et de légendes
de la Discipline cléricale ont été composé en latin dans le nv |M
analyses p.ir Legrand d'Aussy. rie, et intitulé Getta romanorum.
\ oyei pour celui du Voleur,
qui
64 ESSAI
et le danger des plaisirs du monde , le docteur persan se sert d'une allégorie trop singulière pour être passée sous silence. « On ne peut mieux assi- miler le genre humain qu'à un homme qui, fuyant un éléphant furieux , est descendu dans un puits ; il s'est accroché à deux rameaux qui en couvrent l'orifice, et ses pieds se sont posés sur quelque chose qui forme une saillie dans l'intérieur du même puits : ce sont quatre serpens qui sortent leurs têtes hors de leurs repaires ; il aperçoit, au fond du puits, un dragon qui, la gueule ouverte , n'attend que l'instant de sa chute pour le dévorer. Ses regards se portent vers les deux rameaux aux- quels il est suspendu , et il voit à leur naissance deux rats, l'un noir, l'autre blanc, qui ne cessent de les ronger. Un autre objet cependant se pré- sente à sa vue : c'est une ruche remplie de mou- ches à miel ; il se met à manger de leur miel , et le plaisir qu'il y trouve lui fait oublier les serpens sur lesquels reposent ses pieds, les rats qui ron- gent les rameaux auxquels il est suspendu, et le danger dont il est menacé à chaque instant, de de- venir la proie du dragon, qui guette le moment de sa chute pour le dévorer. Son étourderie et son illusion ne cessent qu'avec sou existence. Ce puits, c'est le inonde rempli de dangers et de mi- sères; les quatre serpens, ce sont les quatre hu- meurs dont le mélange forme notre corps, mais
SUR LES FABLES INDIENNES. 6S
qui, lorsque leur équilibre est rompu, deviennent autant de poisons mortels; ces deux rats, l'un noir, l'autre blanc, ce sont le jour et la nuit dont la succession consume la durée de notre vie; le dragon , c'est le terme inévitable qui nous attend tous ; le miel , enfin , ce sont les plaisirs des sens dont la fausse douceur nous séduit et nous dé- tourne du chemin où nous devons marcher !. » Avec le cinquième chapitre, intitulé le Lion et le Taureau, commencent les rapports du Pantclia- tantra avec le Calila et Dimna. Ces deux livres offrent , entre eux , de notables différences , mais l'original du Calila et Dimna en pehlevi ou persan ancien étant perdu, il est impossible de savoir quel a été le plus infidèle de Barzouyeh ou d'Abd- allah Ibn-Almocaffa. Quoi qu'il en soit, plusieurs apologues ont subi des modilicalions considéra- bles; d'autres, en assez grand nombre, ont été omis ; quelques autres enfin ont été ajoutés"2; trois
■ Silveslre deSacy, Ment p. 20. du texte grec, publiée par M. Huis-
— On retrouve cette allégorie dans sonade dans le quatrième volume
le roman grec intitulé Histoire de de ses Anecdota grœca, p. H2.
liarlaam et de Josaphat. Ce livre, a Nasrallah , auteur d'une ver-
attribué à saint Jean Damascèoe, sion persane du Calila et Dimna
qui vivait au vm ■ siècle de mitre reconnaît que plusieurs des chapi-
cre , renferme plusieurs apolo- très de ce livre ne faisaient point
gués d'origine orientale. Voyez partie du recueil primitif. Outre les
\' Histoire de Barlaam et de Joea- prolégomènes , ces chapitres aj m
phat, roy des Indes, composée par tés sont, suivant Nasrallall :
Sainet Jeun Itamaseene et tra- Les Wi'iitures d'Iladh, Raladli,
duirte par Jean de Ifilly. Paris, Iraklit. et Kiharioun ;
1574; in-l-J. p. ;»7 \erso; cl L'édition Le Moine et son Hôte .
()(> ESSAI
de ces derniers ont passé dans le recueil de La Fontaine, qui les avait probablement puisés dans la version latine du père Poussines l. Ces fables sont : le Chat et le Rat'2, les Deux Perroquets , le Roi, et soti Fils 3, la Lionne et l'Ours 4. La fable du Cailla et Dimna, intitulée le Fils du roi. et ses Compagnons, et que La Fontaine a empruntée éga- lement à la traduction du P. Poussines 5> diffère tellement de celle qui porte le même titre dans le
Le Voyageur et l'Orfèvre;
Le Fils du roi el ses compagnons.
Cette indication n'est pas com- plète.
• Spécimen Sapientiœ Indorum veterum. J'ai fait voir plus haut (p. 25, note), qu'il était probable que La Fontaine avait dû au sa- vent Huet la connaissance de Ja traduction latine du P. Poussines. L'existence de cette version a pu être révélée à notre fabuliste, par les détails que le docte évêque, dans sa Lettre sur V Origine des Romans, donne sur la version grecque de Siméon Seth et sur la traduction latine du P. Poussines. Les mêmes fables se trouvent dans les Deux livres de filosofie fabu- leuse de La Rivey ; mais l'examen de cet ouvrage m'a convaincu que La Fontaine n'y a pas puisé.
> La Fontaine, liv. VIII , f. 22.
— Spécimen Sapientiœ Indorum, p. 008. — Kal. and Dim., f. 275.
— Fables indiennes, t. III, p. 62. 3 La Font. , liv. \, fab. 12.—
Spec. Sap. Ind., p. «500. — Kal. and Dim. , p. 286. — Failles in-
diennes, t. III, p. 93. — Cette fa- ble, bien qu'elle ne fasse pas partie du Pantcha-tantra , est évidem- ment d'origine indienne, puisqu'on la retrouve dans le grand poème sanscrit intitulé Harivansa. (Voyez la traduction de M. Langlois , t. I. p. OU.) M. de Sacy l'a publiée en hébreu avec une traduction fran- çaise , d'après le MS. de la Biblio- thèque du Roi, qui renferme un fragment de la version attribuée au rabbin Joël. (Notices et extraits desMSS., t. IX, p.45Iet suiv.) Il en a donné aussi le texte persan, d'après Nasrallah. (Ibid, t. X p. 170.)
4 La Font. , liv. X , fab. 13. — Spec. Sap. Ind., p. GI8. — Kal. and Dim. , p. 340. — Fables in- diennes, t. III, p. 187.
5 Le Marchand , le Gentil- homme,le Pâtre, etleFils de roi. La Font., liv. X, fab. 16. — Spec. Sap. Ind., p. 010. — Kal. and Dim. , p. 354. — Les Délices de Verboquet le </<!néreux , p. 74.
— Fables in Hernies ,(. III, p. $49
— Voyez ci-dessus, p 13.
SUR LES FABLES INDIENNES. 07
Panteha-tantra, qu'elle peut être mise au nombre des fables ajoutées. Je signalerai encore parmi ces dernières, celle qui a pour titre le Voyageur et l'Orfèvre l. Cet apologue offre une circonstance curieuse dans l'histoire littéraire , c'est qu'on le trouve raconté dans la chronique de Mathieu Paris2, sous l'année 1195, comme une parabole que le roi Richard Cœur-de-Lion , à son retour de la Pales- tine, récitait en manière de reproche contre les princes ingrats qui refusaient de s'engager pour la croisade 5. C'était dans l'Orient que le roi Ri- chard avait recueilli cet apologue , et cela nous prouve que les fables du Cailla et Dimna jouis- saient d'une sorte de popularité.
La version hébraïque ôaCatUa cl Dimna, attri- buée au rabbin Joël est de la plus grande rareté, et on n'en connaît jusqu'à présent qu'un manuscrit in- complet dont M. de Sacy a donné l'analyse *. Mais autant qu'on peut en juger par la traduction la- tine que Jean de Capoue en a composée sous le
> Kal. and Dim. , p. 346. — apologue se trouve aussi dans les
Fables italiennes, t. III, p. 291. — Gesta Homanorum (t. II, p. l'il
Cet apologue est probablement in- delà traduction anglaise publiée
dien ; f>i ce <pii me le fait penser , par le révérend Charles Swan) , et
c'est qu'on le trouve dans la rédac- dans le poème anglais de Gower, in-
tioo du Panteha-tantra en langue liuûé Confessio amantis , lib. V. vulgaire, traduite par U. l'abbéDu- s Dissertation on the Gesta llo-
l>"is. [Le Urahme , le Serpent , le manorum, p. CGXXYm (in the Ilis-
Tigre, le Voyageur , et V Orfèvre, toryofEnglish poetry, by Thomas
p. 121.) H arfon.LondonJ 1824; in-S..)
■ M'iihni Paris historiu. Lon- I Nbf. et e.rtr. des >/>>. I l\
dini. 1571; in-fol., p. 240-342. Cel p. 391 et suiv.
08 ESSAI
titre de Diredorium humane vite l, cette version ne diffère du texte arabe que par l'absence de l'Introduction dont j'ai donné l'analyse , et par l'interpolation de deux contes a empruntés par le rabbin au livre hébreu des Paraboles de Senda- bar r\
De la traduction latine de Jean de Capoue, dérive, comme on l'a déjà vu, la version espagnole intitu- lée Recueil d'Exemples contre les tromperies et les périls du monde \ et ce dernier livre parait être à son tour la source où le Florentin Ange Firen- zuola :i a puisé le sujet de la partie de ses œuvres en prose, intitulée Première façon des Discours des animaux 6. La version espagnole étant de la plus grande rareté , il est impossible de savoir si le traducteur castillan a donné à Firenzuola l'exemple de l'infidélité; mais ce qu'on peut affir- mer , c'est que le livre de l'auteur florentin n'est
• Voyez ci-dessus , p. 17 et 18. aux Paraboles de Sendabar pour a Ces deux contes sont celui de les intercaler dans sa version du la Pie (Diredorium, fol. 1^ i ver- Calila et Dimna , ait jugé à pro- soi et celui la Femme et du Dro- pos d'y introduire aussi le nom du guiste (Direct., fol. E3verBO). philosophe Sendabar, qui joue un 3Lacirconstaucedennterpulalion rôle important dans le roman bé- dé ces deux contes daus la version breu qai porte son nom. hébraïque du Calila et Dimna 4 Exemplario contra los enya- fournit un moyen assez plausible fioa y peligros del mundo, (Voyez d'expliquer la substitution du nom ci-dessus, p. 20.) de Sendabar a celui de ISidpai, 5 Silvestrc de Sacy, Not. et exlr., dans celte même version bébrai- ix, p. 440. que (voyez ci-dessus, p. 19). Il est 0 jM prima veste de discorsi possible en effet «pie le rabbin Joël degii animali. (Voyez ci-dessus, qui avait emprunté demi apologues i>- 23, note.)
Mit LES FABLES INDIENNES. 69
qu'une imitation des plus libres. Lesdeux chacals ; , Cailla et Dimna , sont devenus les deux moulons Carpigna et Bellino ; la scène des fables est géné- ralement transportée en Italie , et on y rencontre des allusions à l'histoire italienne et à la mytho- logie grecque.
J'y remarque en outre la fable ésopique de l'Ai- gle et de l'Escarbot 2, fable étrangère au Cailla et Dimna , de même qu'au Directorium humane vite.
La Philosophie morale r' du Doni est encore un ouvrage principalement puisé dans le Directorium humane vile de Jean de Capoue, mais dont l'au- teur parait avoir eu sous les yeux la version hé- braïque du rabbin Joël, et la traduction espagnole dont je viens de parler *. Cet ouvrage de Doni est divisé en deux parties. La première , qui est partagée elle-même en trois livres, comprend Y Histoire du Lion, du Taureau, et des deux Chacals (qui, dans le livre italien, sont devenus un mulet et un âne), ainsi que le Procès de Dimna. Cette première partie est présentée comme l'œuvre du philosophe Sendabar. La seconde partie est divi-
> Lu traduction de Jean de Ca- éd. deCoray , lab. '2 , |>. 2. — La
poue porte duo onfmolta. Font., II, 8.
« l'rose lii M. A. l'irenzuola. 3 l.a Filosofta morale del /'<""
in Fiorenxa, 15'ix; in-8», fol. 33 (VoyezcldeBmi, p.95,«w recto.— La Rlvey. Deux Uvrtsdé I Silvntre de Sacj '<■■' l
l'Umofi l'iiintii'iis e, p.72. -Esope, t. IX, p. 109.
70 ESSAI
sée en six traités; il n'y est plus question du roi Dislès, ni de Scndabar; mais de Sforza, duc de Milan, et de maître Dino, philosophe florentin. Les fables de cette seconde partie ' sont la plupart em- pruntées au Birectorium humane vite.
L'examen des imitations du Cailla et Dimna qui dérivent de la version latine de Jean de Capoue, m'a fait perdre un instant de vue les autres versions en langue orientale du livre de Bidpaï. J'ai parlé plus haut de deux traductions persanes du Livre de Caiila, composées, l'une par Nasrallah2, l'autre par Hocéin Vaëz , et qui est intitulée Anivari-So- haïli 5. L'auteur de cette dernière version s'est donné les plus grandes libertés. Les Prolégomènes et la Vie de Barzouijck ont disparu et sont rempla- cés par une introduction de l'invention d'Hocéin \
■ La Rivey en réunissant des ex- Livre des Lumières de David Sa-
traits de cette seconde partie à i'ou- hid et dans les Contes et Fables
vrage de Firenzuola dont j'ai parle indiennes, traduites par Galland
ci-dessus, en a forméses/)et<.z:/<rres et Cardonnc.M. de Sacy, qui en a
de Filosofie fabuleuse. (Voyez ci- donné une analyse dans son Mé-
dessus, p. 25.) M. de Sacy pense moire historique sur le Livre de
quelenomdeDmoestranagrammc Caiila et Dimna (p. 45), pense
de Doni. que l'idée de cette traduction a pu
» Voyez ci-dessus, p. 15 et les être suggérée a Hocéin par le Dja-
Notices et extraits, l. X , p. 94 et midan-hhired ou Testament de
suiv. Househenk. | Voj.lesNot.etextr. ,
3 Voyez ci-dessus , p. 14. L'An- t. \ , p. <r>, et ci-dessus, p. 9, note.) wari-Soltaili a été imprimé deux Les chapitres supprimés par Hocéin fois à Calcutta, en 1805 et en 1824. Vaëz ont reparu dans Y Li/ari-da- II en a paru , en 1828, à Bombay, nich , c'est-à-dire dans la version une édition lithographiée. persane d'Ahou'Ilazl. M'oyez ei-
4 On (ruine une traduction Cran- dessus, p. |5.) çaise de cette introduction dans le
SUR LtS FABLES INDIENNES. 71
11 a de plus introduit dans son livre un grand nombre de fables nouvelles, parmi lesquelles je rencontre trois apologues ésopiques, le Rat et la Grenouille ', l'Homme de moyen âge et ses deux Femmes 2, et la Vieille et le Chat maigre 5, fable qui n'est autre que celle du Rat de ville et du Rat des champs '*. J'y remarque en outre l'anecdote des Grues d'Ibycus 5; la fable intitulée la Tortue et le Scorpion c, qu'on retrouve aussi dans le Be- haristan deDjami7; le conte moral de Y Oppres- seur puni par le ciel 8, emprunté au Gulistan de Saadi u, et la fable intitulée le Paysan et le Ros- signol l0, laquelle n'offre qu'un rapport bien éloi- gné avec le Lai de l'Oiselet ". La Fontaine, qui,
■ The Anvari Soheily of Hussein Vaez Kashefy, published by capt. Charles Stewart and Moolvy Hus- sein Aly. Calcutta, 1805, fol. 158 recto. — Contes et fables indiennes,, trad. par Galland et Cardonne, t. III, p. 87. — La Fontaine, IV, 11. — Fables d'Esope , édition de Coray, p. 161.
* The Anvari Soheily, fol. 195 recto. — Fables indiennes , t. III, p. 212. — L'Homme entre deux âges, et ses deux maîtresses, ha Fontaine, I, 17. — Esope, M. Co- ray, |t.'.IH.
3 The Anvari Soheily, fol. 18 veno. — IÀvrc des Lumières, p. 52. — Fables indiennes , t. 1 . p. 134.
4 Esope, od. Coray, p. 196.
■ The anvari Soheily . fol. 162
recto. — Fables indiennes, t. III , p. 98. — Nouveau journal asia- tique, t. XVI, p. 179.
6 The Anvari Soheily, fol. 47 roi to. — Livre des Lumières, p. 107. — Fables indiennes, t. II, p. 25.
7 Contes , fables et sentences , trad. par Langlès. Paris, 1788; in- 8", p. 5.
8 The Anvari Soheily, fol. 189 verso.
9 The Gùlistân, translated by Gladwin. London,1808, in-8". p. 48.
<o The Anvari Soheily, fol. 53 recto. — Livre des Lumières, p. 114. — Fable* indiennes , t. il . p. 70.
" Fabliaux traduits par Le- grand aVAussy . t. IV, p. Ï3 Disciplina clericalis édition des
72 ESSAI
ainsi que je l'ai dit, a eu souvent recours à la tra- duction ou plutôt à l'abrégé de YAnwari-SQhaïli,m- titulé Livre des Lumières l, y a pris, outre les fables que j'ai déjà indiquées, les six qui suivent, savoir : les Deux amis*, le Faucon et le Chapon r>, les Deux pigeons * , l'Homme et la Couleuvre 5 , le Ber- ger et le Roic', les Deux aventuriers et le Talis-
bibliophiles , t. I, p. 136; édit. de Schmidt, p. G7. — (Voyez aussi l'Histoire de Josaphat et de Bar- laam, traduite par Jean de Bill y, p. 43 verso, et le texte dans les Anccdotagrœca de M. Boissonade, t. IV, p. 79.) C'est dans ce dernier roman , selon tonte apparence, que Pierre Alphonse, auteur de la Dis- ciplina clericalis, a puise sa fable de l'Oiselet. Elle a passé encore dans la Légende dorée (Golden Lé- gende) de Caiton, fol. cccr.xxvxn, b. — (Voyez la dissertation de War- ton sur les GestaBornanorxtm, p. ccxr., et la traduction anglaise pu- bliée par le rév. Charles Swan, t. II, p. 339 et 307.) — Je ne dois pas omettre la citation de l'apologue de l'Oiselet , faite par l'archevêque Tli- gaud au roi saint Louis à l'occasion di' ia mort de Louis de France. (Voyez la Chronique de Bains, pu- bliée par M. Louis Paris. Teche- ncr, 1.S37 ; in-S", chap. xxxn, p. 236.)
■ Voyez ci-dessus, p. 24, 43, 45.
= La Fontaine, Mil, 11. — Livre des Lumière?,, p. 224. — Fables indiennes, t. II, p. 304.
3 La Font., VIII, 21.— l.ir.
des l.tun. . \>. U2. - Fables in- du nnes, t. il, p. 59.
4 La Font., IX, 2. — Liv. des Lum., p. 19. — Fables indiennes, t. I, p. 77.
s La Font. , X , 2. — Liv. des Lai m . , p. 204. — Fables indiennes, t. II, p. 270. — Cette fable ne se trouve pas dans le Calila et Dim- na, cependant il cstprobable qu'elle vient de l'Inde. La fable du Pant- eha - tantra , traduit par l'abbé Dubois, laquelle est intitulée le Brahme, le Crocodile, l'Arbre, la Vache, et le Renard , ne dif- fère ni pour le fonds ni même pour les détails , de celle d'Hocéin Vaëz. Le quatrième conte de la Discipline cléricale de Pierre Al- phonse , en offre une rédaction très abrégée. (Voyez l'édition des biblio- philes, t. I, p. 47, et celle de Schmidt, p. 45.)
(J La Font., X, 10. — Liv. des Lum., p. 152. — Fables indiennes, t. il , p. 21 i-225. Le dénouement de la fable de La Fontaine est fort différent do celui de la fahle orien- tale; mais il est assez singulier que la fahle, comme La Fontaine l'a con- çue, offre des rapports frappaos avec l'anecdote du sultan Mah- moud de Gaznafa cl de son esclave \\.i, (Voyez l'ouvrage de Ch.Stc- wart, intitulée A Descriptive cata
SUR LES FABLES INDIENNES. 73
man '. La traduction turque de X Anwari-Sohaili , intitulée Homayoun-nameli, est une reproduction assez fidèle du texte du livre persan et n'en dif- fère que fort peu.
J'ai déjà dit quelques mots de deux imitations du Panlchà-lanlra , composées dans l'Inde même et en sanscrit. La première, intitulée Katliâmrila- n idh ï ( Trésor de l'ambroisie des contes), est un abré- gé dans lequel on a suivi l'original pour le récit , en diminuant la partie poétique. La seconde imita- tion sanscrite, celle qui a pour titre Hitopadésa, ou instruction salutaire , s'éloigne beaucoup de l'ori- ginal, et deux vers de l'introduction de Y Hitopa- désa , nous apprennent que ce livre est tiré du Pan- tclia-lantra et d'autres ouvrages. Dans l'introduc- tion, un roi de Pàtalipoutra, nommé Soudarsana, honteux, de l'ignorance de ses fils, confie le soin de leur instruction au Brahmane Vichnou-sarma que nous avons déjà vu dans le Pantcha-tantra , figurer pour le même office, et qui fait successive- ment à ses élèves quatre récits, formant les qua- tre chapitres du livre, et dans lesquels sont ame- nées un certain nombre de fables. Le premier cha- pitre, intitulé Mitra-lâbha (l'Acquisition des amis),
\ogueof the oriental libraryofthe de Tassy, Paris, 1834; io-8°, p.
\tiir TippoojultanofMysore.Caia- 142.)
Iiri^c, isii'.t; in-4oj p. 57; et les ■ I.a Font., X, 14. — Un. dès
ivriiiutfs de limiini)). traduites Lum.tn, i\7>. Fables indiennes,
de Vhindoustani par M. Garcin 1. 1, p. 347.
7i ESSAI
répond au second du Peinte ha- ta ni ra , ei a de même pour but de démontrer les avantages que procure l'association aux êtres faibles; le second, qui a pour titre Souhrid-bhéda (la Rupture de l'amitié), fait connaître comme le premier chapitre du Pant- cha-tantra, le danger de prêter l'oreille aux in- sinuations des fourbes qui cherchent à semer la discorde entre un prince et ses meilleurs amis ; le troisième chapitre, intitulé Vigraha, et ayant pour sujet la guerre des oies et des paons, démontre, de même que le troisième chapitre du Panlclia- tantra, le danger de se'fier à des inconnus; le quatrième chapitre , intitulé Sandhi (la Paix) , n'a de commun avec le Pantcha-lantra que quelques fables. On voit que cet arrangement diffère nota- blement de celui de l'original ; on remarque de plus dans VHilopadésa un certain nombre de fa- bles qu'on ne trouve pas dans le Pantcha-lantra , de même qu'il en est beaucoup de ce dernier ou- vrage qui n'ont point passé dans Y Hitopadésa.
Plusieurs de ces fables nouvelles doivent être ci- tées, parce qu'elles nous sont déjà connues par des imitations. Je remarque d'abord la huitième fable du premier livre , intitulée ! le Jeune Prince , le
' J'ai déjà dit plus haut pour le lils du marchand ayant vu de ses
Pantcha-lantra, que les fables in- propres ycui un étranger jouir des
diennes ne portaient pas de titre , charmes de son épouse, tomba dans
mais commençaient par une stance le désespoir ; craignez que votre
de deux vers. Cette fable-ci cnm- imprudence ne vous soit également
menée parla stance suivante : « F.e funeste.' »
SUR LES FABLES INDIENNES. 75
Marchand et sa Femme1, et dont voici l'analyse. Un jeune prince , nommé Toungabala, en parcourant un jour la ville confiée à son gouvernement, aper- çoit une femme d'une beauté ravissante , et dont il devient éperdument amoureux. Rentré chez lui, il envoie sur-le-champ à cette belle une habile entre- metteuse , chargée de plaider sa cause. Lavanyâ- vati (c'était le nom de la dame) avait vu le prince et n'avait pu se défendre de l'aimer ; mais ne vou- lant pas confier son secret à l'entremetteuse , elle lui déclare simplement que , fidèle à ses devoirs , elle obéira toujours à son mari quelque chose qu'il lui commande. L'entremetteuse, vient rapporter le tout au jeune prince , qui voit bien que c'est par le mari qu'il faut obtenir la femme. D'après l'a- vis de sa conseillère2, il admet le marchand, époux de Lavanyàvati, au nombre de ses serviteurs, et lui témoigne une entière confiance. Un jour, après avoir fait une magnifique toilette, Toungabala dit ;i son confident : « A partir d'aujourd'hui, je veux célébrer, pendant un mois, la fête de la déesse Gauri , présente moi chaque soir une jeune fille de bonne famille , et je l'accueillerai comme il con- vient. »> Le soir même, le marchand amène une jeune fille, et se cache pour voir ce qui va se pas-
1 llilopculesas id est Jnstilutio * L'entremetteuse raconte ici HOC
salularis. Ed. Schlegel et Lassen. table qui prouve qu'on obtient pai p. 59.-— Tht llrvlopuilcs, transi. la IHM 08 qu'on ne pourrait BW
pff WUktn», p 77. se procurer par la force.
7<) ESSAI
ser. Toungabala, sans même prendre la main de la jeune fille , lui donne une riche parure et des par- fums , puis la fait reconduire aussitôt par ses gar- des jusqu'à sa demeure. Le marchand, séduit par l'attrait du gain, amène le lendemain sa jeune épouse , et la présente au prince. Toungabala , re- connaissant sa chère Lavanyâvatî , l'embrasse avec transport et l'entraine sur un riche sopha. Le mal- heureux marchand témoin de sa propre honte, dé- plore son imprudenceet s'abandonne au désespoir '. Dans la sixième fable 2 du même livre , une jeune femme, surprise au milieu d'un tète-à-tête amoureux par son vieil époux , se jette au cou du bonhomme , l'accable de caresses et lui prend la léte entre ses mains, afin de l'empêcher devoir son amant qui s'échappe furtivement ".
• On verra plus loin, dans le Livre glaise des Gesta Romanorum, pu-
de Si/ndpas , une mauvaise imita- bliéc par le rév. Charles Swan ,
lion de ce joli conte. Londres, 1824; in-12, t. II, p. 100
» LTilopadesas id est Inst.sal., et 102.) — Voyez encore l'Hcpla-
p. 27. — The Heetopades,p. 52. me'ron delà reine de Navarre (nou-
3 Cette petite fable parait être le velle vie) , la xvie des Cent Nou-
type des contes vne et vme de la velles Nouvelles , le Recueil de
Discipline cléricale (Disciplina Bandello (Parte I, nov. xxm), ce-
clericalis) de Pierre Alfonse (édi- lui de Malespini (p. I, nov. xliv),
tion des bibliophiles, t. I, p. 59 et celui de Sabadino (ty>v. IV), les
03; édition de M. Schraidt, p. 48 Face'cieuses nuicts du seiginur
et 49. Voyez aussi les Fabliaux Straparole (Ve nuit, iv« conte, 1. 1,
de Lerjrand d'Aussy, t. IV, p. 188 p. 400, édition de 1720 , petit in-
de ledit, de 1829, in-8\) Ces deux 12), les Contes ded'Ouvillc (t. II,
contes ont passé dans le grand re- p. 215), et autres recueils de facé-
cueil intitulé Gcsta Romanorum , lies. — .Te ne dois pas oublier de
do nt ils forment les chapitres cxxn dire que. cette ruse , dont les récits
ri cxxni. (Voyez la traduction an- sont si -nombreux , se retrouve en
31 R LES FABLES INDIENNES. 77
La neuvième fable du second livre ' offre une ruse de femme bien connue, grâce à Boccace. —
Une femme galante , entretenait en même temps un commerce amoureux avec un juge et son fils. Un jour qu'elle était en tête à tête avec le jeune homme , le père vint lui rendre visite. Elle fait ca- cher son jeune amant dans le grenier , et recevant le juge , elle continue avec lui l'entretien qu'elle avait commencé avec son fils. Survient le mari de la dame. Sa femme l'aperçoit , et dit au juge : « Prenez ce bâton , et sortez en témoignant une grande colère. » Le mari, voit le juge sortir tout furieux , et en demande la raison à sa femme. « Il est irrité contre son fils , répond-elle , le pauvre jeune homme , pour échapper au courroux de son père , s'est réfugie dans notre maison , et je l'ai ca- ché dans le grenier. Le père est venu le chercher ici, et n'ayant pas pu le trouver , il est sorti fort en colère. » Alors la femme l'ait descendre le jeune homme du grenier et le présente il son mari. -
dernier lieu dans l'histoire des doute que l'a [tris Boccace pour
amours de madame et du coinlc de l'introduire dans son Dccame'ron
Guiclie. Voyez les Fragment de (VII* journée, vi« nouvelle). Le
lettres originales de Charlotte Eli- même conte est le iv de la Disci-
sabcih de Bavière, et la Moç/ra- pline cléricale de Pierre Alphonse
phic universelle , article de Phi- (t. I, p. 67), mais avec quelque
lippe d Orléans, t. WXII, p. 103. différence dans les détails. On le
• Jlilopadesas , p. (i(i. — The rencontre encore dans les Facéties Ehetopades, p. 136. <la Poge ( Poggii florentini face-
* Ce conte se retrouve dans le ro- tiarwn libellus anicas. Londini, moi grec de Syntipas (p. 39, édit. 1798, in-18, t. I, p. S73), dans de BoiMomde) . et c'est la sans les SsrmosMi convivales de <;a>t
78 ESSAI
Je ne dirai qu'un mut de la traduction persane de YHilopadésa, intitulée Mofarrih-Alcoloub (l'É- lectuaire des cœurs) et composée par Tadjed- din. Je ferai seulement observer, d'après le té- moignage de M. de Sacy !, que le traducteur musulman a presque partout supprimé ce qui dans l'original à trait aux dogmes , aux rites religieux et a la philosophie des indiens, et qu'il y a substi- tué des idées et des expressions prises du ma- hométisme. Ainsi dans la fable intitulée le Chas- seur, la Gazelle, le Sanglier, le Serpent, et le Cha- cal, fable que nous avons vue dans La Fontaine, sous le titre du Loup et du Chasseur, le traducteur persan représente le chacal , à la vue des trois corps morts, récitant, en action de grâces, la fatiha ou première surate de Y Alcoran. Le premier livre est seul reproduit un peu fidèlement ; nombre de fables des trois autres livres ont été supprimées.
Nous voici arrivés au terme de l'examen des di- verses métamorphoses que le livre de Bidpaï a su- bies. Nous avons vu comment ce recueil d'apolo- gue avait été traduit du sanscrit en pchlevi J
(Basil., 1545; p. 21), dans le re- (Paris, Techcner, 1837) repose en-
cueil de Bandcllo (Parte secundo , tièrcmcntsur celte donnée.
nov. XI), et dans les Contes de • Notices et extraits des MSS.,
d'Ouville (t. II, p. 204). Il forme t. X, p. 239 et 241.
encore un incident de la comédie » Je dois faire ici une rectification
de Bcaumont et Fletcher, intitulée importante, relativement à l'auteur
les Femmes satisfaites (wemen île cette version pehlcvie. J'ai dit
pleasod), et la Force du PouUer p1ashaut,p.9,note, qneBarzouyeh
SUR LES FABLES INDIENNES. 79
ou persan ancien, dans le vie siècle de notre ère; puis dans le vme, du pehlevi en arabe , de l'arabe en persan moderne quatre siècles plus lard , de l'arabe en grec à la fin du xie siècle , et en hébreu peut-être vers le même temps ; de l'hébreu en latin dans la seconde moitié du xm( siècle, et du latin dans plusieurs des principales langues de l'Europe. Quelques fabliaux, contes ou nouvelles, nous ont offert des emprunts faits h lïid- paï, et nous avons vu les obligations que lui a no- tre fabuliste. Nous allons maintenant passer a l'examen d'un livre non moins curieux.
était peut-être indien do naissance; mais cette conjecture reposait sur un passage de la traduction anglaise du Calila et Dimna, lequel est pro- bablement inexact : suivant la traduction du même passage, par
M. de Sacy, Barzouyeh dit : Mon père était du nombre des militaires et ma mère d'une des principales l'amilles des Mages. (Mémoire his- torique, p. 20.)
&0 ESSAI
SENDABAD.
Le Livre de Sendabad est un roman oriental dont il existe des traductions, ou, pour mieux dire, des imitations dans presque toutes les langues eu- ropéennes , et dans plusieurs langues asiatiques , et qui, sous le titre d'Histoire des sept Sages de Rome y a obtenu un grand succès en Europe , du xiue siècle au xvie l. Le renseignement le plus ancien et le plus positif que nous possédions sur ce livre, nous est fourni par Massoudi, histo- rien arabe d'une grande autorité, lequel vivait au xe siècle de notre ère 2. Dans sa chronique intitu- luée Moroudj-alzeheb (les Prairies] d'or) , au cha- pitre des Anciens rois de l'Inde , Massoudi parle d'un philosophe indien, nommé Sendabad, contem-
> On sait qu'il n'existe aucun les des Voyages. Richard Hole a rapport entre le Livre de Sendn- publié aussi sur les voyages de bad et les Voyages de Sindbad- Sindbad une dissertation curieuse le-Marin que Galland a intercales intitulée Remarks on the Ara- dans sa traduction îles Mille et bimi Pfights Entertainment* ,in une Nu ils, à la grande satisfaction which ihc oriyin of Sindbad's des lecteurs; mais qui ne faisaient voyage» and other oriental fic- point partie de son manuscrit. On fions is particularly considered. peut consulter sur ce roman, con- London, 17î)7, in-N". Bidéré sons le rapport des indica- • Massoudi mourut l'an 345 de tions géographiques qu'il renferme, l'hégire, ou 956 de J.-C. (liiogra- un mémoire de M. Walckenaer, in- phie universelle, tome XXVII, séré dans le premier volume de page 389.) l'année \H~>2 des Nouvelles arma-
SUR LES FABLES INDIENNES. 81
porain <lu roi Gourou1, et autour du livre intitulé
les sept Vizirs, le Pédagogue , le Jeune homme, et la Femme du roi. « C'est, dit-il, l'ouvrage qu'on appelle le Livre de Sendabad". » Ces mois indi- quent nettement l'Inde comme la patrie du Livre de Sendabad, et donnent à penser qu'il en exis- tait du temps de Massoudi une traduction arabe ou persane 8, bien connue alors, mais aujourd'hui perdue ou du moins fort rare en Orient. Quoi qu'il
■ L'étude de la chronologie in- dienne esl encore trop peu avancée pour qu'on essaie de déterminer même approximativement à quelle époque ont pu vivre le roi Gourou et Sendabad. Remarquons d'ail- leurs que le court article de Mas- soudi renferme probablement une erreur. Sendabad y est nommé comme l'auteur du livre, et nous le retrouvons parmi les personna- ges du roman , comme nous l'at- testent la version hébraïque et la version grecque. Pour expliquer ce l'ait, il faudrait supposer que l'au- teur du livre a décoré de son pro- pre nom un sage qui , dans le ro- man , joue un personnage fort ho- norable.
L'auteur du Modjcmel - altc- warikh (fol. 01, recto du MS. persan iv> G'2 de la Rdjliofhèque du Roi ) , noua apprend que le Li- vre de Sendabad a été composé sous la dynastie persane des Arsa- cldes, laquelle commença 356 ans avant J.-C. et finit ven l'an 2'23 de notre ère. (Langlès, traduction française des Voyagesdi Sindbad-
le-Marin. Paris, 1814; in-18, p. 130. ) Un passage de l'historien arabe Hamza Isfahani, dont je dois la communication à l'obligeance de M. Mullcr, confirme cette indica- tion, d'où il résulterait que le Sen- dabad-nameh , aurait été rédigé en persan bien avant les fables de Bidpaï, et, selon toute apparence, d'après un original sanscrit , ou d'après des traditions indiennes.
» Silvestre de Sacy, Notices et extraits des manuscrits , t. IX ,
[). 404.
3 M. de Saey (Notices et ex- traits , t. IX , p. '117) , pense que c'est une traduction persane île ce livre qui est désignée par le biblio- graphe Badji-khalfa , sous le titre de Sendabad-nameh. — Les deux romans orientaux, intitulés, l'un Histoire du prince Bakhtyar, l'autre Les quarante Vizirs, repo- sent sur la même donnée (pie le Livre de Sendabad, mais n'en son! pal des traductions. Il sera question plus loin de ces deux ro- mans.
82 ESSAI
en soit, l'article de l'écrivain arabe, malgré sa brièveté, définit le sujet du livre dont il parle assez clairement pour qu'on puisse y rapporter trois ouvrages qui en dérivent, sans aucun doute, et qui n'en diffèrent probablement pas pour le fonds. Ces trois ouvrages sont le roman arabe intitulé His- toire du Roi , de son Fils, de sa Favorite, et des sept Vizirs ' ; le roman hébreu des Paraboles de Sendabar - ; et le roman grec de Syntipas 3 ; dans
» Il est douteux , ainsi qu'on le verra plus bas, qu'il y ait identité entre le Livre de Sendabad men- tionné par Massoudi et le roman arabe que je viens de citer, roman dont M. Jonathan Scott a donné la traduction dans un volume qui a pour titre : Talcs anecdotes and letters, translated from Ihearabic andthepersian. Shrewsbury, 1800; in-8°. On peut allirmcr toutefois que le roman traduit par M. Jo- nathan Scott, est au moins une imitation peu éloignée da livre ori- ginal.
» Le nom de Sendabar est une altération légère de celui de Sen- dabad, altération due sans doule à la ressemblance du D et de l'Il dans l'alphabet hébreu. Le Mischlé Sendabar (Paraboles de Sendabar) a été imprimé à Constantinople, en 1616 1 comme l'a fait voir M. de Ilossi (MSS. codices JTebr. J.-Ji. de Rotsi, vol. I, p. l£4), et à Venise, en 1644, 1568 et 1605. Un exemplaire de celle dernière édition ayant autrefois appartenu à Gaulmin , et chargé de notes de son écriture , se trouve aujour-
d'hui dans la Bibliothèque royale. (Not. et extr., t. IX , p. 405.) Il existe aussi dans le même établis- sement un manuscrit des Parabo- les de Sendabar, venant également de Gaulmin, et portant le n" 510 de l'ancien fonds bébreu. M. de Sacy a donné dans le Mémoire que j'ai déjà cité une notice de ce ma- nuscrit. Gaulmin avait fait une traduction latine des Paraboles qui est aujourd'hui perdue , à ce que l'on croit. Groddeckius qui connaissait ce travail , avait an- noncé l'intention de le publier, ce qui n'a pas eu lieu. (Groddeckius, in Thcatro anonymorum Plac- ciano, p. 708. — Silvestre de Sacy, Notices et extraits, t. IX, p. 415.; 3 La Bibliothèque du Roi pos- sède, sous le n° 2912 de l'ancien fonds grec, un manuscrit du Livre île Si/ntipas, écrit dans le xvi« siè- cle, et dont l'existence avait été signalée par Duverdicr, Montfau- con , Il uct, et surtout par Du Cange qui l'avait mis à prolit pour son Glossarium ad scriptores médite et infimœ Grwcitalis. M. Dacicren a donné une notice dans le XLL
SUR LKS FA1U.ES indiennes. H.'i
lesquels un jeune prince, iaussemenl accusé par
une des femmes du roi, son père, d'avoir voulu lui faire violence , est défendu par sept sages ou philosophes qui raeontent une suite d'histoires propres à mettre en évidence la malice et la per- versité des femmes, ainsi que le danger d'une condamnation sans preuves.
L'époque de la rédaction de ces trois romans est inconnue, mais la date la plus récente que l'on puisse assigner à la version hébraïque des Para- boles de Sendabar est la lin du xne siècle x , et l'on verra que cette rédaction est probablement
volume des Mémoires de V Aca- démie des Inscriptions , et M. Bois- sonade l'a publié sous le titre sui- vant : ZTOTHLAX De Synlipa et Cyri (Mo Andreopuli narratio e codd. Pariss. édita a J". Fr. Boisionade. Parisiis, 1828; in-l"2. Cette édition a été faite d'après le manuscrit analysé par M. Daeicr, comparé avec on second manuscrit du supplément grec. 11 avait déjà paru en 1805, à Venise, une édi- tion du roman de Syntipas, en grec vulgaire , intitulée : BffuOoXo'yucàv i'jvTÎ7vx tou œiXoGoçou , rà irXeïffra lïïfùpvov, i/. tx; — izv./.r,; •yXwtttm [y.ÊTacpp aiOs'v.
(tn sait qu'il n'y a aucun rapport entre le roman de Syntipas el les fables attribuées à un philosophe du même nom , lesquelles ont été pu- bliées pour la première fois par M.iiilu'i . en n.si.
> Le rabbin Joël, auteur de la rai
sion hébraïque du Calila et Diinmi , traduite en latin par Jean de Ca- pouc , sous le titre de Directorium liumane vite (voyez cfe-dessus, p. 17 et p. (>8) , a introduit dans sa version demi contes empruntés aux Paraboles de Sendabar. Cet emprunt constate l'antériorité des Paraboles de Sendabar a l'égard du Calila et Dinina hébreu , an- tériorité que prouve encore l'intro- duction du ii in de Sendabar dons le livre du rabbin Joël. Or, comme on sait de date certaine que le I)i- recloriiim liumane rite a été ré- digé entre I2S2 et 127S , les Para- boles de Sentiabar, étant antérieu- res au l'aida et Diimia liélireu, qui lui-même est antérieur au 1H- reeforium tannons rite, doivent être au pins tôt de la fin du sn« siècle, el sont peut-être plus an-, ciennes
84 ESSAI
plus ancienne. Les Paraboles de Sendabar %*ne sont d'ailleurs précédées d'aucune préface , et l'on ignore d'après quelle langue la traduction en a été faite , bien qu'on puisse présumer que c'est d'après l'arabe -.
Le roman grec de Syntipas commence par un prologue en vers , où ce livre est annoncé comme l'ouvrage d'un certain Andréopule , qui déclare l'avoir traduit du syriaque3, et qui se qualifie d'ado- rateur du Christ *. Ce prologue est suivi d'un court avertissement en prose , où le rédacteur nous ap- prend que c'est le Perse Mousos 5 qui a le pre- mier écrit cette histoire pour l'utilité de ceux qui la liront , ce qui prouve simplement qu Andréopule
■ Je suis redevable de détails très étendus sur ce livre hébreu , à la complaisance d'un jeune orien- taliste, M. Richard, qui se propose d'en publier une nouvelle édition , accompagnée d'une traduction fran- çaise et d'un commentaire. Vu mon ignorance de la langue hébraïque , ces renseignemens m'onlétédu plu- grand secours.
* M. de Sacy (Sot. et exlr., t. IX, p. 417) a remarqué que par- mi les noms des sages qui ligurent dans les Paraboles de Sendabar, il en est plusieurs qui ne sont que des noms de philosophes grecs al- térés , ce qui décèlerait une origine grecque. Mais je ferai observer que les sages ne sont point nommés dans le roman de Syntipas , et que les noms d'Aristole. d'Kpicure et d'A-
pollonius sont assez connus des rabbins, pour que le rédacteur de la version hébraïque ait pu les in- troduire dans son livre.
3 Aucun autre témoignage, à ma connaissance, n'a confirmé l'exis- tence de cette version syriaque, in- diquée par Andréopule.
4 Ce prologue a été publié par Mattha.'i,dans la préface de son édi- tion des fables de Syntipas (p. vin), et reproduit par M. Uoissonade dans son édition du roman grec. Le ma- nuscrit d'où Matthaii a tiré ce pro- logue est, suivant ce savant, du xm^ ou du xivc siècle.
5 Peut-être ce roman avait-il été mis en arabe ou en persan par un musulman nommé Mousa? (Silvcstre de Sacy, Mot. cl cxlr.,l. IX, p. 405.) '
SUR LES FABLES INDIENNES. 85
n'en savait i»as davantage, et ne conclut rien contre l'origine indienne énoncée par Massoudi. La version grecque d'Andréopule a été consi- dérée, par M. Dacier *, comme le type de l'histoire latine des sept Sages de Rome, mais diverses rai- sons , qui seront énoncées en leur lieu , me por- tent à croire que c'est à tort. Ce fut, selon toute apparence, d'après le roman hébreu des Parabo- les de Sendabar, qu'un moine de l'abbaye de Haute- Sel ve * , nommé Dam Jehans, composa le livre intitulé Historia septem Sapientum Romœ 3, livre
■ Mémoires de l'Académie des Inscriptions , t. XLI, p. 550. — M. Dacier n'ayant pas connu le li- vre hébreu des Paraboles de Sen- dabar, avait naturellement regardé le Si/ntipas comme le type du livre latin des sept Sages de Rome, le- quel ne peut pas avoir clé composé plus tard (pie la première moitié du \nr siècle, et ce savant en avait conclu que le roman grec était pro- bablement du xic et qu'il avait été apporté en Europe à l'époque des croisades.
» Haute- Selve ou Haute-Seille (Alta-Silvai , était une abbaye de l'évêcbé de Nancy. (GalliaChris- tiana, t. Mil, p. 1372.) Les fonda- tions en furent jetées ( tvdifteare cwpit) le 20 mai II 'i(t.
Les manuscrits de Y Historia
ttptem Seepientum Romet, après avoir été sans doute assez communs, comme on doit le penser d'après le
succès que le livre obtint, sont de-
venus de la plus grande rareté. On en a signalé un exemplaire dans la Bibliothèque de Berlin. (Kellcr, Li romans des sept Sages; Tubingen , 183(j; Einlcitung , p. xxxj) et la Bibliothèque royale de Paris en pos- sède un autre. Ce HIS. qui fait partie de l'ancien fonds latin sous le n" 850G , est de la seconde moitié du xv1' siècle, par conséquent d'une importance fort médiocre. Cepen- dant l'absence de titre et quelques légères différences que j'ai remar- quées entre ce MS. et les éditions do V Historia septem Sapientum, im- primées à latin du w siècle, me por- tent à penser que ce n'est pas une copie d'une de ces éditions. Noyez aussi dans la Notice de If. Daciet i lUém.de l'Aead, des tn$e.,t, xli. p. 532 et 658) la mention de déni
autres MSS. qui, selon toute appa- rence, sont aujourd'hui perdus. I ne indication vague, donnée par iluct. dan- ion Traite de l'Origine du
8(> ESSAI
destiné à être traduit ou imité dans presque tou- tes les langues de l'Europe. Une des premières imitations françaises de ce roman latin date du xme siècle et a pour auteur un trouvère nommé Hébcrs ou Herbers, qui adopta l'ouvrage de Dam Jehans pour thème d'un grand poëme intitulé Les Sept Sages de Rome, mais plus connu sous le nom de Dolopailios, et dont le héros est Lucinien, fils deDolopathos \ roi de Sicile. Ce poëme, dont il ne reste aujourd'hui que deux manuscrits, dont un imparfait'-, est beaucoup plus étendu que l'ori- ginal, auquel Herbers a ajouté plusieurs contes, en développant d'ailleurs, à sa manière , ceux qu'il
romans, forait croire que le doclc évêque connaissait d'anciens ma- nuscrits du livre de Dam Jehans.
> C'est à tort que plusieurs savans ont désigné sous le litre général de J)i>lo])(itlii)s les diverses rédactions du Livre des sept Sages, ce titre ne pouvant convenir qu'au poème d'Hcrbers. Cette distinclionesld'au- taiitpliisesscntielle, quccepoémccsf uuliv re tout-à-fait à part, qui n'estlo type d'aucun autre. — Fauche! est le premier qui ,dans sonouvrage intitu- lé /.'i iiteil de l'Origine de lalangm et poésie française rymeet romans, ait donné sur le poème d'Herbers quelques détails qui ont été repro- duit- par Duverdier dans le IV' vo- lume de sa Bibliothèque. (Voyez les i >Eu vres de Claude Fauche! . Paris , 1606; in-V\ p. 660.) Un extrait as- -e/. étendu du Bolopalhos se trouve dans le recueil intitulé Le Conser-
vateur, ou Collection de morceaux rares et d'ouvrages anciens et mo- dernes, élagues, traduits et refaits entoutou en parité. (Janvier, 1760; p. 17&-30&)
■•■ Le seul de ces deux manuscrits qui soit complet, a autrefois appar- tenu au fonds de la Sorbonne, et, c'est celui sur lequel a été composé l'extrait du Dolopathos, publié dans Le Conservateur de janvier 17(J(). On l'a cru perdu pendant très long- temps , mais M. Paulin Paris l'a retrouvé à la Bibliothèque du Roi, et c'est à sa bienveillante amitiéque je dois la connaissance de ce pré- cieux manuscrit. Il porte le n- ON] , Sorbonne. Le second, qui fait par- tic «lu fonds de Cangé sous le n<*27, est incomplet i la Bn.Ces deux ma- nuscrits sont l'un et l'autre du xiie siècle*.
si R LES FABLES INDIENNES. 87
a conservés '. C'est Herbers lui-même , qui , dans sa préface , fournit, sur l'époque où il vivait et sur le moine de Haute-Selve, le peu de détails que l'on possède :
Uns blans moines de bêle vie De Halte-Selve l'abeïe A ceste histore novelée, Par bel latin l'a ordenée. Herbers le vcult en romans traire Et de romans uns livre faire, El nom et en la reverance Del fils Felipe au roi de France Locy c'on doit tant loer a.
Plus loin , ii la suite d'un long discours sur les connaissances du jeune Lucinien, le poète dit :
Si comme Dans Jehans nous devise Qui en latin l'islorc mist Et Herbers qui le roman list De latin en roman le truist 3.
Par les deux derniers vers du premier passage, lesquels présentent, il est vrai, un peu d'ainlu-
> L'énorme différence que l'on xur etxiv1 siècles, traduire (fêtait
remarque entre Y llistoria septem imiter en se donnant toutes les H-
Sapientum et le poème d'Hcrbers, bertés possibles,
que ce trouvère prétend avoir Ira- * Roquefort De l'État de lapoe-
duit du livre latin composé par le sie française <m.i- m" et un* «iV-
motae de Hautc-Sclvc, pourrait des. Paria ,1811; in-S*, p. 178. —
faire penser que YHistoria septem Leroux de Lincy , Description di l
Sapiettfwm n'est point l'œuvre de MSS. qui renferment le roman de
Dam Jehans , et «pie le livre de ce 7Jn<f,p. xxxiv. — Le SES. de Cangé
dernier csi perdu; mais rien c'est el celui de la Sorbonne ofirenl ici la
moins probable. <>n sait (pie poui même leçon.
les poètes et les romanciers des xii 3 Roquefort, *Md, p. 175
88 ESSAI
guïté, Herbers semble désigner un prince nommé Philippe, et lîls d'un roi Louis, comme son royal protecteur , ce qui n'est applicable qu'il Philippe- le-Hardi, successeur de Louis IX '. Or, le fils du saint roi étant né en 1245 , on peut en conclure , avec M. de Roquefort, qu'un ouvrage composé pour lui, dans sa jeunesse, a pu être terminé vers l'an 1260, ou un peu plus tard. Mais il ré- sulte d'une autre variante du même passage, cité parFauchet -, qu'il s'agit ici, au contraire, d'un prince nommé Louis, fils d'un roi Philippe, et alors l'auguste personnage pour qui le trouvère aurait composé son livre serait, ou bien le fils de Philippe- le-Bel, depuis Louis X, ce qui est peu probable, ou bien plutôt Louis, fils de Philippe-Auguste, «à qui, du vivant de son père, les barons anglais of- frirent la couronne, après la déposition de Jean- sans-Terrc, et qui, en 1223, monta sur le trône de France, sous le nom de Louis VIII \ Dans ce dernier cas, la rédaction du Dolopalhos appartien-
> Le MS. de la Sorbonnc porte à Les vers de la lin offrent encore
la ftn : la variante qui suit :
Herbers define ici son livre, Hebers definc ici son livre. Au bon roi Locys le livre A l'évesque du Meaux le livre Cui Diex doint bonorensa vie. Qui Diex doint henor en sa vie. Et ces vers semblent s'adresser 3 M. Paulin Paris, mon ami, qui à saint Louis. a bien voulu, à ma pricre exami- na citation de Fauchet porte : ner les deux variantes du passage El nom et en la révérence d'Herbe», pense qu'elles peuvent Del roi BiPhelippe de France l'une et l'antre désigner Lonis VIII. Loeis qu'en «luit tant loer.
mk LES FABLES INDIENNES. 89
drait aux premières annéesdu xme siècle. Quant au
moine de Haule-Selve, il semble être désigné par Herbers, dans les vers que je viens de citer, si non comme un contemporain , du moins comme un personnage dont le souvenir était encore récent, et la date bien constatée de la fondation de l'ab- baye «à laquelle il appartenait, ne permet pas de reculer plus loin que la seconde moitié du xnc siècle, l'époque de son existence.
J'éprouve encore plus d'incertitude relative- ment «à un trouvère dont le nom est resté in- connu, et qui composa probablement dans le cours du xiu' siècle , non plus une imitation très libre , mais une traduction en vers ', assez fidèle, de YJIis- toria septem Sapientum, qui fut aussi traduite en prose -. De la version en vers français, composée
i Cette traduction vient d'être bliothèque du Roi et la Bibliothèque
publiée en Allemagne, par M. Kel- de l'Arsenal possèdent chacune un
1er, sous le titre suivant : Li romans exemplaire, la première sous Icn-
des sept Sages, nach (1er pari- 192, Y. 2 , la seconde, sous le n-
serhandschrift hcrausgegcbenvon 13009 belles-lettres A'ul réimprimée
If. A. Kellcr. Tubingen, 183(1; in- deux ans après en 149-4 , de même
•S". Cet ouvrage est précédé d'une à Genève. Cette traduction fran-
savante introduction. çaise imprimée est entièrement oon-
* La Bibliothèque du Roi possède forme dans tous les détails a Fllis-
plusicurs manuscrits du xiik siècle, toria septem Sapientum , ctpour-
renfermant cette version en prose, rait bien avoir été composée à la lin
qui est celle que publie M. Leroux du vvsièclesur une des éditions du
de Lincy. Elle diffère notablement livre latin. Le Style en a été rajeuni
de la version française en prose ren- dans l'édition suivante , dont j'ai
fermée dans l'édition gothique avec sous les veux un exemplaire appar-
figoreSj publiée à Genève en 1492, tenant à la Bibliothèque de T Ane-
in-4o, et intitulée Les sept Sages de nal : les sept Sages de Rotm
Romme. Cette édition, dont la Bi Histoire tfHoncianui empen
1)0
ESSAI
par le trouvère anonyme, dérive, selon l'opinion très fondée de M. Ellis ' , une ancienne traduction en vers anglais, dont ce savant a donné une bonne analyse-, précédée d'une introduction. Une autre version anglaise, en prose 3, parait dériver direc- tement du texte latin. Il en est de même de la ver- sion en prose, imprimée à Genève, en 1492 4.
Le roman des Sept Sages de Rome fut encore traduit du latin en allemand5, en hollandais c et en
et de son fils unique, nommé Dyoclecian. A Lyon, par Jean d'O- gerolles , 1577; petit in-12. — Hon- cianus est une pure et simple faute d'impression; on lit ailleurs dans le volume Poncianus, comme dans l'édition de Genève. — M. Keller cite encore l'édition suivante : les sept Saiges de Romme , histoire de Poncianus V empereur, quin'a- voit qu'uny fils qui avoit à nom Dyoclecian. Lyon, Oliv. Arnoullet; in-4 , gothique. La dernière édi- tion, à ma connaissance, est celle d'Oudot : le Roman des sept Sages de Rome. Troy es , Nicolas Oudot, i662; in-8°.
• Spécimens of early english metrical romances. London, 1811; ïn-s , vol. III, p. 16.
2 The seven wisc masters, ibid, p. 25-101 . — Weber en a publié le texte dans le III« vol. de l'ouvrage intitulé Mutrical romances of the thirlecnlh , fnurtcenth and fif- teenth centuries published fnnn ancient manuscripls tcilh an introduction OOlet uni n glo$SOr ry i>n Henri/ Weber, Edimburgb,
1810, 5 vol. iu-8o.
3 Seven wise masters , W. Co- pland, i™ édition sans date , mais de 1548 à 1567, ouvrage souvent réimprimé. lien existe une traduc- tion en vers écossais , composée par John Rolland, et imprimée à Edim- bourg en 1578, 1592 et 1631 ; in-8°.
4 Voyez la note 2 de la page 89.
5 Hyslorivon den sybenweysen meystern. Ausburg, 1475; in-fol., 65 feuillets.
Von densieben weisenmeistern. Ausb.1474.
On trouvera dans l'introduction mise par M. Keller en tête de son édition du Roman des sept Sages, en vers français, des détails très étendus sur la traduction allemande du roman latin et sur les nombreuses éditions de ce livre ; mon ignorance à peu près complète de la langue allemande ne me permet pas de m'engage! dans cet exposé.
G Die hyslorie uan die scuen wi$e maanen uan Romen.Te Dclf. i 'iS5; iu-'i ", Ggures en bois.
Hier beghini de historié van de»
SUR LES FADLES INDIENNES. !H
danois ', et chose singulière, il fui retraduit de l'al- lemand en lalin par le jurisconsulte Modius, dont le livre fut publié vers 1570 2. Modius, à ce qu'il parait, ignorait l'existence de YHistoria septem Sapienlum, qui avait cependant été imprimée plu- sieurs fois dans le xvc siècle 5.
VII wiisen mannen van Rome. Antw. N. de Leeu; in-4<>, figures en bois.
• Voyez l'introduction de Keller,
p. XXXI.
a Ludus seplem Sapientum de Aslrci régit wlolcscentis educa- tione, periculiij libérations, insi- gni exemplorwn amœnitçte ico- mtin que elegantia Ulusiratus tmtehac latino idiomate Un hircin twnquam editut. Le livre porte à
la lin : Inijiiissinii l'raneofiirtitul Mirinnii apUd Paulum Reffeler ,
itnpensis Sigistnundi Feyrabent. l'etil in-13, sans date
3 J'ai sous les yeux deux de ces éditions appartenant l'aneàla Biblio- thèqueduRoi, l'autre à la Bibliothè- que, de l'Arsenal , et dont je dois la communication à la bienveillance de mm. les conservateurs de ces éta- blissemens. La première édition , celle de la Bibliothèque du Roi, est un volume petit in-4° gothique, de 71 RndlietS, sans date ni lieu d'im- pression . ne portant ni réclames ni signatures ni chiffres, et par con- séquent antérieure, selon toute ap- parence, a I aimée 1480; elle n'a point de liire particulier, ci porte simplement en baul de la première page: fnetpii historia septem Sa pientwn Rome età la fin Explicit
historia seplem Sapienlum Rome. Ilonorem Dei et Marie semperque cole. Une table des histoires oc- cupe la dernière feuille. M. Gui- ebard, employé à la Bibliothèque du Roi, et qui se livre avec zèle à l'étude de la bibliographie du \v siècle , pense que cette édition a été imprimée en Allemagne, et, se- lon toute apparence, à Cologne. L'exemplaire de la Bibliothèque de l'Arsenal porte le n° 131)08, c'est un petit in-fol. de 40 feuillets, imprimé a AJbi, en lettres romaines, mais sans date, ne portant ni chiffres ni réclames ; les signatures sont à la main. Il porte en haut de la pre- mière page : Incipil historia sep- tem Sapienlum Rome , et à la lin Explicit historia septem Sapien- lumAlbieimpressaad ntorum >nn- licrum virorum que emendatio- nem. Cette édition ne diffère pas pour le texte, de l'édition précédem- ment citée; toutes deux n'ont ni préface ni prologue, et commen- cent par Poneianui rtgnaoit in wbe Roma. Je dois à l'obligeance de M. Th. Wrighl l'indication dîme troisième édition sans date . gothique, et queDibdin, dans une note maouicrite, suppose avoir été imprimée a Strasbourg par Cobui .ci Eggestein ou Creussner.
92 ESSAI
L'Italie, et l'Espagne en dernier lieu, nous offrent deux imitations du roman des Sept Sages, dont l'une a servi de modèle à l'autre, mais X Histoire du Prince Eraslus ', que l'auteur annonce comme
Les deux éditions suivantes sont citées par les bibliographes. His- toria septem Sapientum Romœ. Col. J. Kolhof, 1490 ; in-4°, go- thique, avec figures en bois. — Sapientum septem Romœ Histo- ria. Delfis, Ch. Sncllaert, 1495; in-4°, figures en bois.
Le livre publié par Gérard Leeu, à Anvers, en 1490, sous le titre de Ilistoria de Calumnia novcrcali, (petit in-4° gothique, figures en bois), ne diffère point pour le fonds de l'ouvrage précédent. Ce livre porte en tête de la première vi- gnette Historia Calumnic nover- calis que septem Sapientum in- scribitur r/uod ab iis sit refutata. Le rédacteur, dans une courte pré- face, avertit le lecteur qu'il s'est contenté de retoucher le style de l'IIistoria septem Sapientum et de retrancher les noms des person- nages qui ne conviennent pas aux temps où ils étaient placés, que du reste il n'a rien changé au fonds du récit, mais que le titre d'Histoire delà calomnie Wune marâtre lui a paru plus convenable, à cause du rapport de l'histoire avec celle de Phèdre et d'Hippolyte, «le même qu'avec celle de la femme de Puti- phar et de Joseph, et de la chaste Suzanne, faussemeut accusée par les vieillards.
La Bibliothèque du Roi possède sous le n° Y» 58 un exemplaire de cet ouvrage que M. Dacier avait déjà
consulté pour sa notice du Livre des sept Sages (Me'm. de VÂcad. des Inscriptions, t. XLI) ; mais ce savant qui ne connaissait pas les éditions sans date de V Historia septem Sapientum, n'ayant eu sous les yeux que Y Historia calumnic novercalis, a cru que nous n'avions pas le texte du moine de Haute- Selve, et cette erreur a été répétée. ' Li compassionevoli avveni- menti d'Erasto, opéra dotta et morale ~di greco tradotta in vol- gare. Vinegia, 1542, 1551, 1552; in-8°. Une autre édition imprimée à Mantoue en 1 546, et citée par El- lis,est intitulée Eraslo doppo molli secoli ritornalo al fine in luce et con somtna diligenza dal greco fe- delmente tradotto in italiano. Cet ouvrage fut presque aussitôt traduit en français sous le titre suivant : Histoire pitoyable du prince Erastus, fils de Dioctétien, empe- reur de Homme. Paris, 1565, in-18. Ellis, dans son introduction (Spé- cimens, etc., vol. III, p. 17), en indique une traduction anglaise composée par Francis Kirkman , et publiée, en 1674, sous le titre qui suit : Hislorg of prince Erastus son to the emperor Diocletian and those famons philotophers called the tenon wise masters of Home. Il existe eue. in- «lu livre italien la traduction espagnole suivante: His- toria del. principe Erasto hijodel emperador Diortrziann traducida
SUR LES FABLES INDIENNES. 93
une traduction du grec, dérive au contraire très
évidemment du roman latin de Dam Jelians , ainsi qu'on en verra plus bas la preuve.
L'analyse suivante du roman grec de Synlipas*, comparé avec les Paraboles de Sendabar et avec le roman arabe des Sept Vizirs; traduit par M. Jo- nathan Scott, confirmera le témoignage du chro- niqueur arabe Massoudi, relativement à l'origine indienne du livre de Scndabad, et offrira l'occasion de faire quelques rapprochemens curieux qui pour- ront racheter le ridicule ou l'insignifiance de quelques uns des contes de ce recueil.
Un roi de Perse, nommé Cyrus, avait sept fem- mes, et aucune ne lui avait donné d'enfans. Après avoir long-temps adresse des prières à la divinité pour en obtenir un fils, il vit enfin ses vœux exau- cés. Lorsque le jeune prince fut sorti de l'enfance, on lui donna successivement plusieurs maîtres avec lesquels il ne fit aucun progrès. Le roi prit alors la résolution de confier l'éducation de son
de Italianopor Pedro Hurlado de sacrilior plusieurs conlcs à des scru- ta P«ra. En Ambcres, 1573; iu-1'2. pules de délicatesse , je suis forcé Le chevalier <le Rfailty a publié en do prendre pour base de cette ana- 1109 me nouvelle traduction Iran- lyse le roman grec de Synlipas. caise de l'Histoire du prince Ercu- dont le texte a été publié par (tu, d'après la version espagnole. M. Boissonade. (Voyez ci-dessus, p. ■ Aucune traduction des Para- 83.) Je me fais on plaisir de répéter boles de Sendabar n'ayant encore ici que c'esl à la complaisance de été publiée , et m. Jonathan Scott m. Pichard «pie je dois tous l<"> dé- ayant cru à propos dans sa traduc- tails que je donne sur l.i version ii<>n anglaise <hi roman des Sept hébraïque. Yiiirs (voyez ci-di'ssus. p, S'2), de
!)4 ESSAI
lils à un philosophe, nommé Syntipas, qui s'enga- gea à lui faire connaître, en six mois, toutes les parties de la philosophie. Pour réussir dans son entreprise , Syntipas fit construire une maison vaste et commode, et sur les murailles des appar- tenons il fit tracer la représentation de tous les sujets dont il voulait orner l'esprit do l'héritier royal. Lorsque tout fut prêt , il installa son élève dans sa nouvelle demeure, et les progrès du jeune prince furent tellement rapides, qu'au bout de six mois il savait tout ce que le philosophe s'était en- gagé à lui apprendre. La veille du jour fixé pour la fin de l'éducation, le roi rappelle au philosophe ses engagemens, et celui-ci lui promet de lui pré- senter son fils le lendemain. Pendant la nuit, Syn- tipas consulte les astres sur la destinée de son élève, et voit avec étonnement et douleur que la vie du prince est en danger, s'il est ramené à son père avant sept jours au delà du jour convenu: Le philosophe l'ait part de sa découverte «à son élève ; dans leur embarras, ils conviennent ensem- ble que le jeune prince se présentera à la cour le lendemain, mais qu'il gardera le silence pendant les sept funestes jours, et Syntipas se cache pour échapper au courroux du roi. Le lendemain, le jeune homme se rend au palais, mais, au grand étonnement de son père et de ses courtisans, il reste muel à toutesles questions qu'on lui adresse
SUR LES FABLES INDIENNES. '•>■>
Le roi, aussi désolé que surpris, ne sait que penser de cet étrange événement. Une des femmes de Cy* rus lui demande de lui confier le prince, elle l'em- mène dans son appartement , et emploie les priè- res et les caresses pour l'engager à rompre sou silence obstiné. Tout est inutile. Elle essaie alors de tenter son ambition. « Je vous enseignerai, lui dit-elle, les moyens de vous défaire de votre père et de régner à sa place, si vous consentez à m'é- pouser. » Le prince, indigné, ne put contenir sa langue : « Apprends, s'écria-t-il , qu'à présent je ne puis te répondre; mais dans sept jours...» Cette femme se voyant perdue n'hésite pas: elle déchire ses vêtemens, se meurtrit le visage, et va se plain- dre au roi de la brutalité de son tils '. (ivrusdans sa colère condamne le prince a mort.
Le roi avait à sa cour sept conseillers ou philo- sophes investis de toute sa confiance. Informés de l'arrêt porté contre le jeune homme, ils ne purent pas le croire coupable, et soupçonnant quelque trahison de la part de l'accusatrice, ils eonvinréni entre eux de passer chacun un jour entier auprès du roi, et de faire tous leurs efforts pour fléchir sa colère , dans la crainte que plus lard CyrUS ve- nant il se repentir de la mort de son lils, ne les en
rendit responsables *.
1 Il n'est pas besoin de faire re- probablement tout a l'ait fortuit, marquer le rapport de eel incident Tout ce début est à peu près le
avec l'histoire de Phèdre, rapport même dans la version hébraïque
9(> ESSAI
Celui ii qui était échu le premier jour se rendit sur-le-champ au palais. « Sire, dit-il aCyrus après s'être prosterné devant lui, un roi ne doit jamais prendre aucune détermination avant de s'être bien assuré de la vérité. Ecoutez, à ce sujet, le récit que je vais vous faire *.
« Un roi , qui aimait les femmes avec passion , aperçut un jour une dame dont la beauté fit une telle impression sur lui qu'il en devint éperdument amoureux. Pour jouir de l'objet de ses vœux , il éloigne le mari de cette belle personne, en le char- geant d'une mission, et profitant de son absente, il se rend chez cette dame. Il lui déclare son amour et emploie inutilement les prières pour obtenir qu'elle contente ses désirs. La dame lui repré- sente l'indignité de l'action qu'il veut commettre, et le roi, ne pouvant réussir à vaincre sa résistance, se retire sans s'apercevoir qu'il a laissé tomber son anneau2. Le mari, en revenant chez lui, découvre
à l'exception de quelques différences ne portent point de nom dans le
dans les détails. La scène est placée roman grec , tandis qu'ils sont , au
dans l'Inde, et le roi, qui se nomme contraire, nommés dans ïlfisloria
Bibur , choisit pour précepteurs de septem Sapientum Home. Aucun
son fils, sept philosophes qui por- des personnages ne porte de nom
tent presque tous des noms f:rccs dans ['Histoire des sept Vizirs
altérés , parmi lesquels on recon- traduite par M. Jonathan Scott,
naît ceux d'Apollonius , de Lucien, (Voyez ri-dessus, p. X-2, note.)
d'Aristote et d'Hippocrate. Senda- ■ Pour ce conte, comme pour les
bar, le premier des philosophes , suivans , je me suis borné adonner
finit par élre chargé définitivement une analyse ou j ai l'ail en sorle de
de l'éducation du jeuneprince.il n'omettre aucun détail important,
est à remarquer que les philosophes i Dans les Paraboles de Senda-
SUR LES FAILLES INDIENNES. 97
cel anneau auprès du lit, le ramasse, et reconnaît qu'il appartient au roi. Convaincu par cette preuve que Le prince a pénétré dans la chambre conju- gale, il prend la résolution de s'abstenir de tout com- merce avec sa femme. Au bout de quelque temps, celte dame, à qui son mari avait caché ses soupçons, el qui, de son côté, avait craint de l'entretenir de l'amour du roi, blessée de la froideur de son époux , s'en plaignit à son père et à ses frères. Ceux-ci firent mander le mari devant le roi : « Sei- gneur, dirent-ils , nous avons donné à cet homme un champ à la condition de l'ensemencer, et il le laisse en Iridié ; qu'il nous le rende, ou qu'il le cul- tive selon son devoir. » — « Qu'as-tu à répondre à cette plainte? » dit le roi. «. Seigneur, répondit le mari, ils ont déclaré la vérité. J'avais jusqu'à présent cultivé avec soin le champ qu'ils m'avaient donnes mais un jour y ayant aperçu la trace d'un lion , je n'ai plus osé en approcher. » — « Ne crains rien, répliqua le roi : le lion est entré dans ton champ, mais il n'y a fait aucun dommage et n'y retournera plus , cultive-le connue aupara- vant '.
har, le roi oublie la canne qu'il te- ■ Stmfaac , éd. do Boissonade, naii a la main en entrant, Dans les p. 16. — ■ Le même eente Fait par-
■"l't Vizirs, le prince, qui a soupe tic des Pctraboiei <lr Srmlubar .
chez la daine, lait ses ablutions ainsi que du roman des stpt Vixirt,
avanl départir, et oublie sa bague el le> trois rédactions sont à peu
sons an des coussins du sopha.( Ta près conformes. Ce conte , qui est
(**, anecdotes mut letters, p 7-2. i un des trois analysés par M. Dacîei
98 ESSAI
Le premier philosophe , après avoir conclu de cette histoire qu'il ne faut pas toujours s'en rap- porter aux apparences, afin de mettre en garde le roi contre la malice du sexe féminin, raconte l'his- toire suivante : « Un marchand, curieux de savoir ce qui se passait chez lui pendant son absence , acheta un perroquet qui avait le talent de rendre compte de tout ce qu'il avait vu et entendu. Le marchand le mit dans une cage , et lui ordonna d'observer la conduite de sa femme tandis qu'il irait vaquer à quelques affaires qui l'appelaient hors de chez lui. Dus qu'il fut sorti , le perroquet remarqua qu'un galant venait visiter la dame du logis; il en instruisit le marchand à son retour. Celui-ci témoigna, depuis ce moment, tant de froi- deur à sa femme, qu'elle fut persuadée qu'il avait pénétré le mystère; mais elle ignorait comment il y était parvenu. Une esclave qui avait de l'expé- rience et qui était dans le secret de sa maîtresse, lui dit que sûrement le perroquet avait jasé. Il ne s'agissait plus que de faire perdre tout crédit au perroquet, en trouvant le moyen de le prendre en faute. Or voici ce que la femme imagina. Quand la nuit fut venue , elle suspendit l'oiseau endormi pics d'un moulin à bras , et attacha au dessus de
(Mém. de VAcad. des Inscr., t. et traduit sous le litre de la Pan-
\ i.i . p. 540) , se retrouve dans le touflc du Sultan. (Voy. les Me'lan-
rerueil turc intitulé Adjâtb-èt- yes de littérature orientale , l. h
nicmrr , d'où Cardottne l'a extrait p. *.»
SUR LES FABLES INDIENNES. 99
la cage une éponge pleine d'eau ; puis , tournant la meule avee rapidité , elle faisait passer par in- tervalles une lumière devant l'oiseau. Le perro- quet trempé de l'eau qui distillait de l'éponge, étourdi du bruit, ébloui par la lumière , crut qu'il avait fait cette nuit le plus violent orage. Il ra- conta le lendemain son aventure au marchand qui, sachant que la nuit avait été très calme, le prit pour un fou, cessa d'ajouter foi à ses rapports, et se raccommoda avec sa femme '. »
Ces deux récits détournent Cyrus du projet de faire mourir son fils. Le lendemain, la femme
» 2uvTvicac,p.2i. — Ccconto,dont j'ai emprunté l'extrait à M. Dacier (M4m.de l'Acad. des Ins., t. XLI, p. B50), est en outre l'un des pre- miers dans les Mille el une Nuits, traduites par Galland. Il se trouve aussi dans les sept Vizirs (Taies, anecdotes , etc., p. <J2), dans les Paraboles de Sendabar et dans le tKr&Èorium humant vite, de Jean de Capoue, fol. E verso, d'où il a • I.iiis les Discorsi degli ani- mait de l'ircnzuola (1548 in-8» , p. 14) el dans les l)ni.r livres de i'iloso/ir fabuleuse de La llivcy (p. 1 i.~>, voyez ci-dessus, p. 68el 83). On le1 trouve encore dans le recueil de Sansovino 1 Giom. Vil , nov. x.j Je ne sais si je me trompe, mais la présence du perroquet dans ca petit conte . comme oiseau par- leur ci intelligent , rue semble une
présomption eiiia\eunl une origine indienne. Le perroquet joue un
rôle semblable dans plusieurs contes
indiens. A cette occasion _, je crois faire plaisir au lecteur en citant un quatrain sanscrit, élégamment tra- duit par M. Chézy dans l'Anthologie erotique d'Amarou.
l'heureux expédient.
Nuit de délices , où loin de tout témoin indiscret , la jeune amante a pu s'abandonner sans réserve aux désirs du séducteur. Quelles ca- resses ! quelles brûlantes expres- sions!... Mais au point du jour qu'aperçoit-elle? l'oiseau parleur qui a tout entendu. O ciel ! et voici la duègne qui survient, il va tout lui redire pour sa bien-venue!
Que fait la rusée? elle détache à l'instant de ses pendans d'oreilles quelques rubis tranebans qu'elle mêle adroitement avec les grains de grenade préparés pour le déjeuner du babillard , et trouve ainsi ïè moyen de lui clore le bec à ja- unis.
100 ESSAI
du roi ' cherche à le faire revenir de celte nou- velle détermination, par l'histoire, fort insi- gnifiante cependant , d'un foulon qui se noie en voulant sauver son fds que le courant d'un fleuve emportait -. Celte histoire produit l'effet désiré sur le roi , qui , pendant les sept jours , joue ainsi le rôle ridicule d'un homme qui change de résolu- tion deux fois dans la journée.
Au moment où le jeune prince va être conduit au supplice, le deuxième philosophe se présente de- vant Cyrus , et demande la révocation de la sen- tence. Il récite , dans celle intention , un premier conte très insignifiant 3, suivi d'un autre mieux imaginé qui a pour objet de prouver que l'esprit des femmes est inépuisable en ruses. « Un officier aimait passionnément une femme et en était aimé; un jour que son mari était absent, l'amant envoya sou esclave pour savoir si on voulait le recevoir; l'esclave était jeune et bien fait , il plut à la dame , et la rendit inlidèle. L'officier ennuyé d'attendre si long-temps son retour, et encore plus impatient de voir sa maitresse, se rend chez elle. Au bruit de son arrivée , la femme ne se déconcerta point et
• Le grec porle wai femme , la vieille traduction française. et l'hébreu nadrah, jeune tille; = ïjvriîvaç, p. 24. — Paraboles
la traduction de M. Jonathan Scott de Sendabar. — Les sept Vizirs.
porle concubine. Ce n'est que dans (Taies, etc., p. 07.) Y Historia septem Sajjientum Ro- 3 Les deux gâteaux. — 2uvtî-
mœ qu'elle est appelée regina , 7rx;,p. 20. — Paraboles de Senda-
reine, ou empereris, comme porte bar.
SLR LES FABLES INDIENNES. 101
lit cacher l'esclave dans son appartement intérieur. L'amant est reçu , avec les démonstrations ordi- naires de tendresse , mais la f'étc est troublée par la nouvelle du retour du mari. Quelle ruse ima^ri- giner? Si on fait entrer l'officier dans l'intérieur de la maison , il y trouvera son esclave , et décou- vrira ce qu'on veut lui cacher. Un expédient s'offre tout à coup à la femme : « Mettez l'épée à la main, dit- elle à son amant, feignez le plus violent cour- roux , accablez-moi d'injures , et sortez sans rien dire à mon mari. » L'officier joua parfaitement son rolc Dès qu'il fut sorti, le mari, surpris et effrayé, demanda a sa femme quelle était la cause de tout cé fracas. « Cet officier, répondit la femme, est entré ici à la poursuite de son esclave, que j'ai fait caoher dans l'appartement intérieur, pour lesous- traire à sa colère, et le refus que j'ai fait de le lui livrer, m'a attiré les injures que vous avez enten- dues. » Le crédule mari court aussitôt dans la rue pour voir ce qu'est devenu l'officier, et dès qu'il l'a perdu de vue, il revient trouver l'esclave : « Mon ami, lui dit-il, tu peux t'en aller en paix, ton maî- tre est déjà bien loin'. »
i Suvtmtoc , p. 29. — Ce conte pas douteuse. Il fait aussi partie
«l'int j'ai emprunté encore L'extrait des Paraboles de Sendàbar et du
à m. Dàcier, ne diffère en rien., roman des sept Vitirs. (Taies, eic,
pour le fond , de celui de la Fer- p. 77.) On a vu que c'est du LtVre
mtsrs et de ses deux Amans, dans de Syntipcu qu'il a passé dans le
VHitopadëia (voyez ci-dessus, p. Déeaméron, et de là dans d'autres
7" i, ainsi son origine indienne n'est livres facétieux.
102 ESSAI
Ces deux contes amènent un nouveau sursis, que la femme du roi fait révoquer le lendemain au moyen de l'histoire suivante : — Un jeune prince part pour la chasse avec un des conseillers du roi son père. En s'acharnant à poursuivre un onagre , il s'éloigne de sa suite , et rencontre une lamie ou ogresse ' qui se présente a lui comme une princesse égarée. il la prend en croupe, mais ayant bientôt occasion de s'apercevoir du danger qu'il court, dans son ef- froi, il élève ses regards vers le ciel : « Seigneur Christ, dit-il, aie pitié de ton serviteur et délivre-le de ce démon. » Aussitôt la lamie, s'élancant du che- val, disparait sous terre, et le jeune prince retourne au palais de son père, encore tout en émoi-. La femme du roi termine son récit en présentant cette aventure comme un piège tendu au jeune prince par le ministre qui l'accompagnait, et elle en prend occasion de s'élever contre les conseillers de Cyrus.
Le troisième philosophe réplique par deux his- toires dont la première a pour but de prouver que des événemens très graves résultenl souvent d'une cause très futile5. La seconde est curieuse en <<■
. Dans les Paraboles de Senda- par Galland (le Vizir puni),
bar la lamie est remplacée par un 3 Une querelle sanglante entre
démon femelle nomme Srliidah. deiu Pa78 voisins est occasionnée
îl-jvri-a;, p. 52.— Paraboles Par le vo1 dunG ruche à miel.
de Sendabar. — Les sept Vizirs SmMraç, p. T,7. — Les sept Vi-
Ifale» anecdotes, etc., p. 81).— «{«(Tal^etc., 88). / rs Mille et vvp Nuits , traduites
SUK LES FA1JLES INDIENNES. 103
qu'on en retrouve la trace dans l'Inde. La voici : Un homme envoie sa femme au marché lui acheter du riz. Le marchand auquel elle s'adresse fait ob- server à cette femme que le riz se mange ordinai- rement avec du sucre, et offre de lui en donner gratuitement si elle consent à lui accorder un en- tretien secret. La femme exige que le sucre lui soit livré d'abord; et le mettant avec le riz dans une serviette, elle confie le tout au garçon de bou- tique, et suit le marchand dans son apparte- ment. Pendant ce temps, le garçon ôte le sucre et le riz et met de la terre à la place. La femme en sortant prend la serviette sans y regarder et l'ap- porte ii son mari qui est fort étonné de n'y trou- ver (pie de la (erre. La femme se doute bien du tour qu'on lui a joué, mais elle ne se trouble pas. « Je me suis laissé tomber dans le marché , ré- pond-elle à son mari, et mon argent s'est perdu. Alors j'ai ramassé la terre à l'endroit de ma chute, dans l'espoir, en criblant celte terre, de retrouver mon argent ». Le benêt de mari trouve la raison fort bonne , et perd son temps à cribler la terre sans y rien trouver '. — Le troisième philosophe en
■ £'jv7Ï-a; , p. 40. — Paraboles Thouthi-nameh. Voyez la traduc-
de Sendabar. — Jean de Capoue, tion anglaise de ce dernier ouvrage
Directorium humaine vit», loi. F. intitulée The Tooti^nameh or taies
~> verso. Celte histoire se retrouve ofa parrot. Lohdon, 1801; in-8 .
dans le reeueil indien des Coules p. 126, et la traduction française
d'un Perroquet (Souka-Saptati), de m Marie d'Heures, p. 113. —
traduit en persan v>ns le litre de Ce mule est le second dont l'origine
10 ï ESSAI
terminant son récit fait observer que les ruses des femmes sont inépuisables, et le roi révoque de nou- veau sa sentence.
La femme du roi revient à la charge par une histoire fort singulière dont voici l'analyse : Un jeune prince part accompagné d'un des ministres du roi son père , pour la cour d'un roi dont il va épouser la fille. Pendant la route, le ministre, sous un faux prétexte, abandonne le prince auprès d'une source qui a la vertu de changer en femmes ceux qui boivent de son eau, et, retournant à la cour, il annonce au roi que son fils a été dévoré par un lion. Le jeune prince, qui est resté seul, boit à la source fatale, dont les effets se manifestent aussitôt. Heureusement pour lui , il rencontre un paysan qui consent à devenir femme à sa place , sous la condition de reprendre au bout de quatre mois sa forme naturelle. Le jeune homme se pend à la cour du roi dont la fille lui est promise, et h son retour, il élude par une supercherie l'accomplissement de la promesse qu'il a faite au paysan; quant au ministre coupable, il est mis à mort. — Après cette histoire la femme du roi blâme de nouveau la conduite des conseillers de son ('-poux l.
indienne ne peut pas se révoquer phosé fait l'heureuse rencontre d'un
en doute. génie qui le conduit a une aniro
■ ijt-rl-y.:, p. 43. — Dans source, par la vertu de laquelle son
les $ept yizirs [Taie», anecdotes, seieluîesl rendu. Ces deux sources
elr., p. 90), le prince métamor- rappellent les deux fontaines du
SUR LES FABLES INDIENNES. 105
Le philosophe auquel est échu le quatrième
jour, vient à son tour prendre la défense du jeune prince par deux récits qui se retrouvent chez les conteurs indiens, et dont le premier a été si singu- lièrement défiguré par le traducteur grec, que la pudeur de notre langue ne permet pas d'en donner une version littérale. Le fils d'un roi avait un em- bonpoint qui le rendait difforme '. Un jour qu'il était au bain , le baigneur en le voyant nu se mit à pleurer en pensant que l'héritier du trône serait incapable d'avoir lui-même des héritiers. Le jeune homme lui demande la cause de son chagrin, et le baigneur lui déclare le fond de sa pensée. « Ap- prends , lui dit le prince , que mon père veut me marier, mais ayant conçu les mêmes inquiétudes
Boyardo , également douées de vertus contraires. (Voyez l'Ortan- do iiiHdinoralo, édition dePanizzi. Londres, 1830; in-12, vol. II, tant, m , st. 33 et 54, et les notes p. 205.) Les deux arbres doués de vertus contraires, dans le romande Fortunatus, ont aussi quelque ana- logie avec les deuv fontaines du conte arabe. (Voyez les Riches 7s/*- tfetiens <irs voyages et adventures de Fortunatus , nouvellement tra- duits d'espagnol en /ranpo<s,Paris, 1637, in-12.) — Dans les Paraboles de Sendabar, ou ce conte ne fait qu'un avec relui de la l.rnnie , le prince, après sa métamorphose, passe la nuii près de la fontaine encharitée donl l'eau change !<•> nommes m femmes el les femmes
en hommes. Le lendemain, il ren- contre dans la forêt une troupe de jeunes filles, il les aborde et leur fait connaître son rang et son aventure. Ces jeunes filles prenant pitié de lui , l'engagent à se désaltérer de nou- veau à la fontaine , l'assurant qu'il recouvrera sa forme première, i'.n effet . il n'a pas plus tôt bu, qu'une seconde métamorphose a lieu. — il y a toute apparence que le roniau des sept Vizirs nous offre ici laré- daction originale qui se trouve sin- gulièrement altérée dans le grec el dans l'hébreu.
> THv -j'àp TtÇ u!è( BaaiXéuc
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100 ESSAI
que toi, je désire, afin de savoir si je suis propre au mariage, avoir la compagnie d'une femme, et je te prie de m'en amener une. » Le baigneur, avide d'argent, conçoit la malheureuse idée de pré- senter sa propre femme, croyant son honneur fort en sûreté avec le prince. Cette erreur ne dure pas long-temps ; témoin en secret du tête-à-tête de sa femme et du jeune homme, il voit des choses aux- quelles il était loin de s'attendre, et de désespoir il met fln à ses jours J.
Après avoir démontré le danger d'une action inconsidérée , le même philosophe raconte une se- conde histoire dont voici le précis : — Une jeune femme dont le mari va partir pour un voyage , lui fait promettre par serment de lui rester fidèle , et jure de son côté de ne point souiller le lit nuptial. Au jour fixé pour le retour , la femme va au de- vant de son mari ; mais trompée dans son attente , elle ne le voit pas arriver. Pendant le chemin , un jeune homme l'aperçoit , et charmé de sa beauté , il lui adresse sur-le-champ un aveu qu'elle re- pousse avec indignation. Désolé de ce mauvais suc- ces , le jeune homme va trouver une vieille entre- metteuse qui lui promet de déterminer celle qu'il aime à l'écouter. La vieille fait alors une espèce
« 2'jvt;.-o.; , p. 48. — Para- Femme du marchand dans l'Hi-
bolei île Sendâbar. — Cette his- topaddsa. (Voyez ci-dessus, p. 75.)
loire est une copie défigurée de C'est une de celles qui ont passé
«elle du jeune Prince et de Ut dans le Livre des sept Sage».
SUR LES FABLES INDIENNES.
lO-
dc gâteau dans lequel elle met une grande quan- tité de poivre ; elle donne ce gâteau à manger à une chienne et emmène l'animal avec elle clicz la jeune femme quelle veut abuser. L'âcreté du poi- vre ne tarde pas à faire pleurer les yeux de la chienne, et la jeune femme qui le remarque en de- mande la cause. «Cette chienne, répond la vieille, est ma fille. Un jeune homme en était éperdument épris; elle fut sans pitié; son amant la maudit de désespoir, et sur-le-champ elle fut changé en chienne. Maintenant elle déplore sa faute. » La jeune femme, dupe de ce récit, raconte à la vieille ce qui s'est passé entre elle et le jeune homme, et déclare qu'elle consent ii le recevoir l. La vieille
• EuvTwraç , *p, 51. — Para- bolea de Siuihihar. — Issaept \ i-
zirs (Tulrn, <7//rrv/ofCS,etC.,p.lOO).
— Disciplina clericalis, fab. xi. Taris, 1824, vol. I, p. 75. Edit. Schmidt, Berlin, 1827 , p. 51. — Fabliaux traduite par Legrand d'Aussi/, Mit. de 1829, vol. IV, p. 50. — Gesla Romanornm, orcn- ttrtainimg moral storics,transla- téd from the latin i/y the ren.
Charles Suan. LondOD, 1824; in- 12, vol. I, page 120, eh. sxvui.
— Ce conte est indien ; on le trouve dans le grand recueil intitulé Vri- hat-liatlia, mais avec un dénoue- ment plus moral et des circon- stances fort différentes, ce qui me lait juger a propos «l'en donner un précis,
Le négociant Guhaséna, .sur le
point de partir pour un long voyage de commerce , a des inquiétudes sur la lidélité de sa femme qu'il aime tendrement , et sa femme conçoit , de son côté , les mêmes craintes. Ils adressent des prières au dieuSiva, qui leur apparaît en songe et leur donne à chacun un Ii il us rouge qui doit conserver sa couleur et sa fraîcheur tant que chacun des époux demeurera fidèle. En effet . ils trouvent les (leurs a leur réveil. Guhaséna se met en roule : arrivé dans l'endroit ou ses affaires L'appelaient, il l'ait la con- naissance de quatre jeunes mar- chands, qui . étonnés de voir celle Heur de lotus toujours fraîche .
parviennent au milieu d'un ban- quel ou les liqueurs spiritueosas
ne sont pas épargnées, a savoir Iù
108 ESSAI
s'éloigne fort satisfaite du succès de sa ruse et va chercher l'amant qu'elle ne peut trouver nulle part. Ne sachant que faire , elle s'avise de propo- ser au premier venu qu'elle rencontre sur sa route
vérité ; et ils partent pour la ville où demeure Dévasmità, femmede Gu- haséna, se proposant bien de flétrir la Heur de lotus. Une vieille prê- tresse de Bouddha se charge d'être leur entremetteuse. Elle va voir Dévasmità et emmène avec elle une chienne à laquelle elle a fait manger des morceaux très assaisonnés. Le poivre fait pleurer la chienne, ce qui attire l'attention de Dévasmità, qui en demande la raison. La vieille lui répond que celte chienne dé- plore les erreurs de sa vie précé- dente: qu'avant de renaître chienne elle était femme d'un Brahmane que les affaires du roi obligeaient à de fréquens voyages, et que, pendant son absence , elle avait toujours ré- prime les sentimens naturels à son âge et à son sexe ; en conséquence, elle était renée chienne , avec le souvenir et le regret du passé. La vieille ajoute qu'elle engage Dévas- mità il ne pas demeurer sourde àla voix delà nature. Dévasmità con- sent à recevoir ses amans, mais c'est pour les punir. Elle les en- dort au moyen d'un breuvage soporifique, et leur fait imprimer sur le front la marque indélébile d'un pied de chien. Pour mettre son mari à l'abri du ressenti- ment de ceux qu'elle a si mal- traités, Dévasmità prend, ainsi que iclaves, des habits d'homme . et s'embarque pour l'Ile de Kataka, où elle doit retrouver son mari et
les marchands qui y sont retournés après le mauvais succès de leur ten- tative amoureuse. En arrivant , elle va porter plainte au roi , et réclame les quatre personnages comme des esclaves fugitifs. Ceux-ci furieux invoquent le témoignage des gens de leur profession pour prouver qu'ils sont hommes libres, mais Dévasmità prie le roi de leur faire ôter leurs turbans, et on voit sur leur front la marque de l'escla- vage. La jeune femme raconte son histoire au roi, et les coupables sont forcés de payer chacun une forte rançon. (Quarterly oriental Magazine de Calcutta, 1824; vol. II , p. 102-106.)
La métempsychose est une ex- plication si naturelle du change- ment de formes, qu'on ne peut pas douter que l'histoire ne soit indienne. Remarquons de plus avec 1 indianiste anglais, auteur de l'ana- lyse du Vrihat-Kalhù, que la fleur merveilleuse qui ligure dans ce conte, et que l'on retrouve encore dans un autre récit du recueil Iraduil du sanscrit en persan , et intitulé Thouthi-nameh (voyez la traduction deM.Trébutien. Paris, 1825; in-8°, p. 24) , paraît être L'origine d'une fiction depuis long-temps répandue en Europe , el à laquelle se rappor- tent le Cor ou cornet à boire du roman de Tristan (voyez les œu- vres de Trcssan.l. III, p. 59; in- 8°, édition de 1822); la Itase du
si T. LES FABLES INDIENNES. 109
de lui procurer une bonne fortune. Cet homme qui se trouve être justement le mari de la dame, accepte et n'est pas peu étonné en entrant dans la maison de se trouver chez lui et de reconnaî- tre sa femme. La dame , sans se déconcerter ni trahir sa surprise , se meta pleurer et accable son mari de reproches. « J'étais instruite de ton retour, lui dit-elle , et j'ai voulu t'éprouver. Ah ! je vois bien que lu es indigne de mon amour. » Le pau- vre mari s'excuse le mieux qu'il peut, et ne réussit que difficilement à l'apaiser !. — Le quatrième p!ti- losophccn terminant ce récit, en conclut que c'est peine perdue que de vouloir lutter contre les arti- fices des femmes.
Le même jour, la femme du roi menace de s'ém- poisi m ner si le prince n'est | >as mis à mort, et elle lui fait craindre on sort pareil à celui d'un sanglier dont elle lui raconte l'histoire : — Un sanglier qui avait l'habitude de manger les figues tombées d'un figuier, trouve un jour un singe sur l'arbre. Le singe lui jette quelques figues que le sanglier trouve bien
romande Perreforest;\n Coupe en- révérend Charles Swan , t. I. p.
chantée de L'Arioste (Roland fu- 340.)
ricux, chants ai h et suit) , sidéli- ■ L'idée do ce dénouement qui
flieusonent reproduite par noire La est le même dan» les Paraboles de
Fontaine; le fabliau du Court Mun- Sendabar et dans les aepi i'iiirs,
tel (voyea les Fabliaux traduite paratl empruotée soi Contée </'»<»/
l'in ' Legrandd àitesy,t.V ■. p.126, Perroquet. ( Voyes la traduction
150,151), et le Boixante-neuviè- anglaise, p. (i-2 , et la traduction
nu' eonte des Gesta Bomanorutn. française de M' Marie il Heures
(Voyea la traduction anglaise «lu p<79.)
110 ESSAI
meilleures que celles qu'il mangeait auparavant. L'espérance d'en recevoir d'autres, le fait rester si long-temps dans la même attitude que les veines de son cou se gonflent au point de crever, et il meurt suffoqué l.
Le lendemain, le cinquième philosophe pour prouver «à Cyrus le danger de la précipitation , lui raconte la fable d'un officier du roi qui, s'imagi- nant que son chien a dévoré l'enfant confié à sa garde, tue l'animal dans le premier transport de la colère, et s'abandonne ensuite à des regrets inutiles lorsqu'il reconnai que le sang dont le fidèle gar- dien était couvert venait d'un serpent qu'il avait tué2. I Le même sage raconte ensuite une seconde histoire , qui roule encore sur l'éternel thème de la malice du sexe féminin : — Un homme livré à
■ Sùrrvkaç , p. 59. — Je n'au- reste est absolument semblable. La
mis pas donné l'analyse de cette fable du Singe et du Sanglier se
fable ridicule si les Paraboles de trouve aussi avec quelques ditié-
Sendabar n'offraient ici une rédac- rences dans les Contes et Fables in-
tion un pou différente, qui permet diennesde Bidpaï, traduites par
de reconnaître dans le Livre des Galland et Cantonne (t. III, p.
sept Sages une imitation de la fable 198).
que je viens de citer , laquelle con- * Suvrîaraî , p. 00. — Parabo-
tribuc I prouver, par conséquent, les de Scndabar. — Nous avons
que cette version latine a été faite déjà rencontré ce conte dans l'ana-
sur l'hébreu. Dans la fable liébrai- lysc du Pemtehtktontra. (Voyez
.pie, au lieu d'un sin^c, il cstques- ci-dessus , p. 54.) C'est encore un
tion d'un homme, travaillant dans de ceux qui ont passé dans le ro-
uncharnpetquivoyanlvenirunsan- man des sept Sages de Rome,
dier se réfugie sur un figuier. Le ebmrae on le verra plus loin.
SUK LES FABLES INDIENNES. 1 1 1
lu débauche et passionné pour les femmes, avant entendu vanter la beauté d'une dame qui demeu- rait dans son voisinage, a l'effronterie de s'intro- duire riiez elle, et de la solliciter de répondre à son amour; mais cette femme vertueuse et fidèle a son mari refuse de l'écouter. Ces refus n'ayant lit il qu'exciter au plus haut degré les désirs de noire homme, il va tout aussitôt trouver une vieille entremetteuse a laquelle il promet une somme considérable si elle réussit à lui procurer un téte- a-tète avec la femme qu'il aime. La vieille imagine alors le stratagème suivant: « Allez au marché, «lit-elle à l'amant, adressez-vous au mari de cette femme, et âehetez-lui un manteau que vous m'ap- porterez. » Il suit cette instruction de point en point, et rapporte à la vieille un manteau qu'elle brûle en trois endroits. Elle l'emporte avec elle et va faire visite a la femme dont le mari avait vendu ce manteau. Pendant le temps qu'elle reste eliez celle femme, elle parvint «à déposer, à son insu, le vêlement de drap, sous l'oreiller du mari. A l'heure du diner, le mari rentre et veut se mettre un instant sur son lit. En arrangeant son oreiller, il trouve, dessous, le manteau, le re- connaît, et croyant sa femme infidèle, il se jette sur elle et la maltraite. La jeune femme, aussi sur- prise qu'irritée , se réfugie « liez ses pareils, où la vieille ne laide pas à l'aller trouver. « Je sais ce
i 12 ESSAI
qui vous est arrivé , lui dit-elle, de médians ma- giciens ont causé tout cela ; mais je connais un sa- vant docteur capable d'y porter remède. Venez le voir chez moi; il rétablira la paix entre vous et votre mari. » La pauvre femme donne dans le piège. L'entremetteuse va prévenir l'amant , et le soir même elle lui ménage une entrevue, dont il pro- fite malgré la résistance de la femme. Après avoir contenté ses désirs , le jeune homme manifeste à la vieille son regret d'avoir troublé la paix d'un bon ménage. « Soyez tranquille , réplique-t-clle, voici ce que vous avez a faire. Allez au marché du côté où se tient le mari. Il ne manquera pas de vous parler de son manteau. Vous lui direz que ce manteau, ayant été placé imprudemment près d'un fourneau a été brûlé en trois endroits, et que vous avez chargé une vieille de le faire réparer. Alors, je paraîtrai comme par hazard; vous me cherche- rez querelle , et j'avouerai que j'ai égaré le man- teau. » La scène ainsi préparée réussit parfaitement. Le mari, convaincu de son erreur, va demander pardon à sa femme, qui consent, non sans peine, à se réconcilier avec lui '.
■ Sovwcaç, p. 03. — Para- 1829). — Voyez aussi dans Apulée
boles de Sendabar. — les sept Fi- le conte des Pantoufles de PhiU-
zirs. (Taie», etc., p. 168.) — On sictère [le* Métamorphoses , trad.
retrouve ce conte dansles Fabliaux par M. Bétolaud, LU, p. -2u~>. Pa-