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HISTOIRE

DU GRAND

GENGHIZC AN

PREMIER EMPEREUR

DES ANCIENS MOGOLS

ET TARTARES.

DIVISEE EN QUATRE LIVRES.

CONTENANT

La Vie de ce Grand Can. Son Elévation. Ses Conquêtes , avec THiftoire abrégée de fcs ^cceflêucs qui régnent encore â prefent. Les Mœurs^, les Coutumes, les Loix des anciens Mogols & Tartares , & la Géographie des vaftes ^àis de Mogoliftan , Turqueftan , Capf- chac y Yugureftan , £c de la Tarcarie Orien- tale & Occidentale. ' ^ *

TRADVITE ET COMPILEE

De pluftears Auteurs Orientaux & de Voyageurs Euro.^

péens y Hont on voie les noms à la nn ^ avec

un Abrégé de leurs Vies.

fâf fm M. Pe't I s D E LA C a o I X /r ftn^

Secrétaire Interprète dn Roy es Langnes

THf^fHeftjHe & Arabtfqne.

A PARIS,

I>sms U Boutique de Claude Barhtn,

Chcx la Veuve J O M B ER T au Palais , fur le fcconi ^ Perron de la Sainte Chapelle.

M . D C C X.

V

î

LÉ LIBRAIRE

AU LECTEUR.

O a $ fbmtncs œdeva bîes de ceccc Hiftoirclfcu M. Péris e la Croix Sccrctaîrc Interprète du Roy es Langues Turquefquc 6c Arabelque, qui mourut le 4* No- vembre 169 y. âgé de 7^. ans , après avoir exerce fa Charge pendant ^ quaraii£e quatre années avec au- tant d iionncur que de capacité. Il e(t connu dans la République des -^ Lettres par plufîcurs beaux O u vra- u ^es qu'il a compofcz : Il a traduit S rHiftpire de France en Turc j pour 0 porter la renommée de nos Rois jufqu'aux cxtrêmitez de J'Afiç : C*eft lui qui a rédigé les trois to- mes de V oyages en Orient du ficuc Thevenot le Neveu, dont U étoit ami particulier : Il a fait un Cata^ iogùe raiCojuaé âc cous içs Livres

Le LiBnyiKE Turcs &: Pcrfans qui font dans la Biblioteqiic du Roy j il a fait en^ corc deux Diâtionaircs , l'un de François en Turc , & l'autre de Turc en François s Eqfin lors qu'il cft mort , il alloit donner au public THiftoircf de Gcnghizcan.

II l'avoit entreprifc par otdtc de M. Colbert, Ce grand Miniftre uniquement occupe de la gloire de Ton Maître Se du defir de mct^ tre nôtre Nation en état de ne rien envier aux Etrangers , avoic coutume, comme on fçair, d'àf. fembler toutes les femaines , tan- tôt à la Biblioteque du Roy & tantôt dans la fîeane un certain nombre de Sçavans -, comme Met fieurs Renaudot , Charpentier, Vaillatitj Bizot , Gallois, Cottelier, pluficurs Sçavans Jefiiitcs & au- tres , pour conférer avec eux fur les Sciences aufquclles ils s'appli- quoicnt; Il faifoit exarhiner de- vant lui leurs O uvrages , il leur en prefcrivoit de nouveaux , S^

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ÀU LfiCtEURi'

jpouf mieux les exciter à travaillent , il obtcnoit du Roy des rccompcn* fcs pour eux.

Dans une de ces conférences 3 où le Sieur de la Croix avoir auffî l'honneur d'être appelle , THiftoi- re des Ottomaris , d'Aboulcaïr TafchKuprizadc , célèbre Auteur Turc , tomba fous la main de M^ Colberti Ce Miniftrc ordonna au Siqiir Péris d'en traduire la Pré- face , & fur tout un Poème qu'elle contient & qui traite de la Vie de Genghîzcan* Le Poëme traduit , le Miniftre en voulut entendre la leâure. Il trouva que ce Héros Mogol meritoîtpltis juftement que celui de Macédoine le fuperbc titre de Conquérant de l'Afic y il chargea nôtre Interprète d'en compofer THiftoire : & pour la rendre plus parfaite , il lui re- commanda de lire toas les Au* tcurs , tant Orientaux qu'Euro- péens 5 qui ont fait quelque men* îion de ce grand Prince,

SI llj

Le LiBRAiiiE

Le Sieur de la Croix pourréportr

dre encore mieux â{]rx:incencionsdil Miniftrc,aprcs avoir tradaic les qua-^ trc principaux A ureurs qui ont écrie ix frofiffo les aâiions de Gcnghiz-^ can^a parcouru les Relations de touS^ les Voyageurs qui ont parle de ce Prince ; de for t^ qu'il n'en rappor- te rien qui ne foit confirme parles Auteurs les plus dignes de foy.

Cette Hiftoire qui lui a Cif&tc^ dix années de travail ^ fera utile non feulement aux Sçavans qui lecherchent avec foin la connoif*» fançe des cvenemens pa(&z , &t aux Géographes qur ont ignore jufqu^à prefent les noms des Vil-* les y des Routes , des Fleuves &C des Montagnes de la grande Tar-^ taiie ; mais encore à ceux qui fe mêlent de négoce & qui trafiquent dans la Chine » dans les Indes Orientales^ en Perfe & autres paï* de rOriènt , en confequencc de rétabliffement que LOUIS le GRAND, y fit par les foias de lA^

TAU Lecteur.

Colbcrt, &: qui a ccc rcnoui^llc en 1708. dans un Traité de Com<> mcrcc encre le Roy & le Roy de Perfe , très- avantageux à la Nation Françoife , & ménagé pat M. le Comte de Pontchartrsdn Secre^ taire d'Etat , dont la vigilance fis le zele ne laifTent échapper aucu-» ne occafion de fervir fa Patrie. Les Negocians feront donc bien-aifes de voir un détail de ces Païs-là , ic <ie connoitre les Mœurs de$ Peu^' pies qui les habitent. .

A regard de la prononci ation des noms propres y il eft bon de fçavoir^ue la plupart des Auteurs Européens qui ont fait imptimei: des traduâions de Livres Orien^ taux , écrivent les noms propres à leurfantaifie. M. d'Hcrbelot , pat exemple , les a écrits à peu prés comme on les prononce en Orient, ic c^eft. ce que le Sieur Péris a mieux aimé faire , que d'imiter M. Vattier fçavant ProfclTeur ea Arabe ^ qui dans les traduâions

IL 1 LlBK AIKE

qu'il â données au public , quo^ que excellentes d'ailleurs , atellc- ment corrompu les noms propres , qu'à peine les peut-on rcconnoî- tre ) au lieu d'écrire Abdallah^ il a mis Gabdole > au lieu à Emir al- mouminiy il mec Miramomolin SC ainfi des autres Marcopolo n'a pas moins défigure les noms pro- pres Orientaux j pour dire Ge;^» ghizcan , il écrit Cingifcàn.

Au refte^ cette Hiftoirc a été lue & corrigée par plusieurs per- ibnnesfçavantesdans les Langues Orientales, isL qui tiennent rang ;parmi les gens de Lettres -, car l'Auteur n'étoit pas de ces Sça- vans eritctez, qui necroyent pas qu'il y ait fur la terre un homme capable de trouver des défauts dans leurs Ouvrages. Il confultoit volontiers fes amis , & profooit de leurs Critiques. Si feu M. d'Her- belot eût été de ce caraÉtere-là , fa Bibliotequtf Orientale ne feroit pas fi remplie d'erreurs, & il lui

AU Lecteur.

âuroit donné une meilleure formd ' L'Hiftoirc de Gcnghizcan a donc ctc examinée aVcc d'autant plus d'attention , que l'Auteur en la publiant croyoit faire tin prcfent cûnfîderable au public : £t i on A'a rien négligé de tout ce qui pou- voir contribuer à en rendre la lec- ture plus agréable & pins utile. M. de l'Me un des plus habiles Géographes du fîecle en a dreffê la Carte, fur les Mémoires des Sieurs Pctis de la Croix. Et M. Péris delà Croix fils de l'Auteur , ne s*eft pas contenté de mettre la derniè- re main à TOuvrage de fon Père; pour le rendre encore plus digne de la curioiité du public , il y a ajouté l'Abrégé de la Vie des Au- teurs dont on à tiré l'Hiftoire de Genghizcan. Il a auffi traduit un grand nombre d'Hiftoricns Orien- taux", Phyfieiens & autres qu'il a deffein de donner iûccffamimcnt au Public,

TABLE

Î>ES CHAPITRES.

LITRE PREMIER.

CàAPitrb I. 1^ Es Scythes^ Tartarts&

L^ anciens AîogoU. Dh pais de Genghisicaft. Des Ancêtres f!f de la Généalogie de ce Frime. De fa naïjfance & de fon premier nâm. Et quelle perfecutiùn ilfouffrit pendant fa mmeriti de U part des Cans Megel$ après la mort de fon Père. page i

Cliap. IL D^ÛHHghcan Roy des Keraitts^ dHtrhmnt le Prêtre Jean â'AJie. De Pafrtvéi de T'enmgin a Caraeorom , & de la Confpiration f m ffèt formée contre luié 16

CKap. lit. ÈettaitedtTemiégîndtla Cour ^^Ounghcan. Son premier combat eon^ tre Us troupes de fon b^au-pere. Les Aio^ goli refufent de payer triiut à Oungtn can. Temugin efl déclaré General de t Armée Mogole. 4^

Chap. IV. Guerre d^Ounghean contre les Mogolsm Mort de ce Roy & du Prince

Jsn fih. Ttmiêgïn frûclamé Empmur des M»g0ls , des Tart^rjs, & £aw^ très Nations SeftentrimAlts d^Afit. é^-

Chap. V. Guerre des M&gdts contre le G an des NaimanSm Expédition de TemHgin contre TonQakiy Can dti Aferkites^ Reglemens ponr C Armée' Jifogole^ ii

Cbap. V L Defcriptîon d'une Diète desf Mojiols ifH*ils appellent Courihaji. Eta-- bliffîm^nt dn fapt , cefi a dire de^ Loix MogoUs.Temugvn change [on nom & pnnd cdm do Genghiz^can^' $i

Cbap. VII. Mort du Prince Boyrue. Noitr* n)eie expédition de Gmghizxan contre IToHElabéy. QutlenfutlefHccés. pHito de Cafchlnc anprés de Onrcan Hoy de TTar^eflan » qui lui donne [4 filU en mariage. Defcriftion des Tugure^ & de leur Religion. ii|

Chap^ VIII. Première (juerre de Cfenghi^.^ can contre la Chine Septentrionale , ap^ peBée Catsy^ Quel en fut le fuccés. Son retour en fon Pàis^ Expédition de ce Prince au defert du Capfchac > autn-^ ment Decht* ni

Chap. IX. Seconde Guerre de Genghiz.-^ can contre la Chine. Prife 4/f Pe^uin , VMe capitale de la Chine Septentrional- ie y OH Cataj. I0

Ciiap» X. Gmrre de Genghiz^an centre U

ïable deà Chapittel Vf fit dtfes Ennemis de CarMaUjy dt' MogoUft^n & de Turque flAti. Perfidie du Prince C^fchlue envers f„n ieau-pere Gurcan. Guerre des MogoU centre CdC'' Mue. Mort de ce Prince. AUimce di GenghiK£an avec le. Roy de Caniime,i^«i

LIVRE SECOND.

Chapitre I. ^ Itération du traité di

■^- P**x fait entre Gen^ ghtzean & It Roy de Carixme, Abrégé de rmfloire des Sultans Seljukidts & des Rois de Canxme. ,„

Ciiap. II. Envoyé du CaUfi de Bagdad vert Gengbi-^an contre kt intérêts du

^ Sultan Mehemed Roy de danvne. t6^

Chap. III. Des cinf grandes Reines, fem^ met de Genghi:(ean.& defts quatre prin- cipaux Fils. ^ j

Chap. IV. Conduite du Roy de CarixMe envers les MogoU. Des Marchands Mo. g»ls vont en Cariée. ijg

Chap. V. Afaftnat dis Marchands Mo- gols. Rupture delà Paix. x%t

Chap., Yl^Préparatifs de Guerre centre le Roy de Carizjne. Etat de PAfie au tems de rtrruption des Mogols. jgo

Chap. VII. Jtrrivie de GtngUzca» fiant

TaWe de^ Ctiapîtres.

les Etats du Snltan de Canxjnîf BatallU

dt CaracoH* 197

Chap. y III. Skgî de U vilU JtOtrar. 105

Chap. IX. Sitgts des villes de Saganac ,

V:(J^end , Alfchafche ^ fm^et qh T^n^

car par Toafchican. zi5

ChgLp.X.* Siège de Cogende. Hiftoire de

TimHrMelic, ti%

T"^." ^'

LIVRE TROISIE'ME,

Chapitre I, TOXpiditiondeGenghiz.'*

^ can dans la Tranfoxia^

ne. Ridutlion des villes de Zarnuc &

de Nhr, ijj

Chap. IL Siège de Sacara, %6^

Chap. III. Siège de Samarcande* ij6

Çhap. IV. GenghiT^an envoyé trente mille

hommes foHS la condnite de trois Gene^

eteraux a la fourfmte du Snltan de Ca^

ft^me y leur roHte par la Coraffane.

Mort du Sultan Mehemed , Roy de

Carizjner ' ,. 189

Çhap. V. Siège de la ville de CariT^e^

Capitale du Royaume du même nom.

Avanture de la Reine Turcan-CatMn ,

Jiiere du Roy de Cariz^me. joj

Çhap. VI. Expédition de Genghizcan 4

ff4cfçheb^^Termed^ Bedafchan , ç§*^

Table des Chapitres. MHtra liîHx. î*f^

Cbap.VII. Chafe des Magùls. 53 1'

Ciiap* VIII. Expiéiti^n \agt Généraux _ MêgoU 4 Nifd , 4 Caend/tr & m JDa^ megane. -540

Ckap. I X. Prlfe de U Fûrter^e d^rUle. Cdftiviti de la Reine Tnrcan - Catnn^ Jiiere du Sultan Meh^med^ Con^netes des FïUes de Rei , de Corn , & d^atê- fres Places de tHircanle de Perfe.. 348

.«•■

LIVRE QUATRIÉ'ME,

Chapitre I. CX^dition de GenghïT^

^ can au fais de £alà » ^Hon appeSim autrefois la BaBriâne* Siège de Talcan. i6i

Chap. II. Expédition du Princi Tiâli cen- tre le Sultan Gelakddin fils du Sultan Mthemed, Siège des viUes de Merou .& de Nifchahur, 370

Chap. m. Sièges d^s villes de Bamian & de Candahar frontières des Jndes , du^ coté de la Perfe. .385

,Chap. IV. Expédition dn Prince Cosùou* cou contre le Sukan ûelaleddin. Conti^ nuation du Sitge de Bamiau. 391

Chap. V. Bat^le de Gengbizcan & de Çelaleddin. Pafage d^ ce Sukan am

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«

iTabîè éic$ Chapitres. tndeu 400

Chap VL RèduElion d*jiz.erbi)ané, ancUn^ ne Médit , k r4^keijfance dt GenginzjÊ can. Gnerrc des Jléogols carftre les Geâr^ giens. 414

Chap. VU.» Occupation de Genghiz,can fmdant rexpidttian des Généraux Hulh bé & Suida dans PAt^erbijane. Ct^ ^ que firent Us autres Centraux J^Ar^» mie. 4^4

iÇhap, VIII. tieiour de Gen^il^an du fais i Iran Mi pais de Touran^ ceft^ k dire de Perfe-en Tanarie, 434

Chap. IX. Expédition des Généraux . fiubbi & Suida au Royaume de Schi^ roùane. Leur pajfage par Derbende ^ au les Portes Cafpsennes^ 44^

Chap. X, Départ dt Gtnghizjcan de U Sogdiane pour la Diette de Toncat» Arrivée des Princes fes fils k cette Diette. 45î

Chap. X I. Diette générale tenue dans la viUe de Toncat. ♦ 457

Chap. Xll.Retûur de G^nghiincan à Cara^ €oron^ , y?«g« de fon Empire. Mariages des Mogols. Commencement de guerre ■ au Tangut. 4<^5

• Çhap. XIII. Marche de Genghizjcan au - Tangnt. Dernières allions du Sultan G^kleddin k fm retour des Indes. $4*.

^ Table 4^s Chapitres. tdille contre ScifdafcoH Souverain de Tan^Ht. 4yj.

Chap. XIV. & dernier. Elévation d'Oc- tdi Can au grand Empire de tAfie. Mort de Genghiz^can, ^87

«

Abrcgi de l'HiJloire des Succejfcurs de . Genghil^can. ^ ^ 495

Hifloire de Tûufchi-Can fils aine de Gtn--

ghi^can. 49^

Branche des Cans Vz^becs Rois de la Tran--

foxiane , ijfu'é du même Toufchi-Can ,

fils de Gerrghizican. • cq^

Hifloire de Z a gâtai Can , fécond fils dt

G mghiT^cam J07

Biftoire dOBdi Can y trofième fils dt

GenghiK.can & fon fufctjfeur. jn

JHiftoire de Tuli Can / quatrième fils dt

Genghi:(can. aj

Hifloire de Bulacou Can , fécond fils dt

Tuli & de fa foflerite. 5 ^7

\Ahrege de la Vie des Auteurs dont on a

tiri t Hifloire de GtnghilScan. 525 Uoms des Auteurs & Voyageurs Euro-

fèans, qui fervent à prouver la vérité

des faits rapport ti;^ dans C Hifloire. dt

CenghiT^an. . ijl

fin de la Table des Chapitres. -

\

ui t ? H O B A T l O isl.

I'A Y lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier VUifioirâ 4e Genghiz,c4n : Elle renferrac beaucoup de faits, donc la connoiflànce pourra êcre trcs-utite & très - agréable au Public. Fait à Paris, ce quinzième Septembre oiil fept

cens htiir.

RAGUET.

PRIVILEGE DV ROr.

LOUIS par la grâce de Dieu , Roy de France & de Navarre , à nos amez & féaux Confeillers les gens te- nans nos Cour^ de Parlement, Maître» des Requêtes ordinaires de notre Hô- tel , Grand Confeit , Prévôt de Paris , Bailli^ , Sénéchaux , leurs Lieutenans Civils y & autres nos Jufticiers qu'il appartiendra , Salut. Nôtre bien amé Iç^Sieur Pe*tis de la Croix, nôtre Secrétaire Interprète à^s Langues Orientales de la Marine &c Amirauté de France, Ledeur & Profcfleur en Lan^ gue Arabefque en nôtre Collège Royal de Paris > Nous a fait remontrer que

ïe Sîcnr Péris Je la Croîx (on pcre^ auffi nôtre Secrétaire Interprète ae(cli« tes Langues, (è feroit appliqué prés de quarante années à la coropoiîtion d utt Livre intitulé Hîfioîn ' dî Gmghhican -premier Emperetêr des anciens Aipgoli & Tartans , s*il nous plaiiôit loi accorder nos Lettres de Privilège fur ce neccf- faires j Nous lui avons permis & per- mettons par ces Préfentes , de faire im- primer ladite Hiftmre en telle forme, marge , caractère , & autant de fois que bon lui femblera , & de le faire vendre & débiter par tout nôtre Royaume pen- dant le tems de douze années confccir- tives , à compter du jour de la datte defdites Préfentesw FaHbns défenfes à toutes peribnnes de quelque qualité de condition qu'elles foîent , d'en intro* duire dlmpreffioh étrangère dans aucun lieu de nôtre obéïdânce : Et à tous Im* primeurs , Libraires & autres d'impri- mer , faire imprimer , vendre Se débiter » nr contrefaire ladite Hiftoîre de Gen- ghizcan pretnier Empereur des anciens Mogols Se Tartares en tout ni en par- tie , fans le conféntement par écrit du- dit Sieur Expoiànt , ou de ceux qui au- - ront droit de lui ; à peine de confifca- lion cks Exemplaires contrefaits > àe^

quinze cent livres d'amende confire cïja- cun des contrevenans , dont un tiers â Nous , un tiers à rHôtcl-Dieu de Paris , 1 autre tierî audit Sieur Expofant , & de tous dépens , dommages & intérêts -, à la charge que ces Préîcntes feront cnre- giftrces tout au long fur le Regiftrc de la Communauté des Imprimeurs & Librai- res de Paris , & ce dans trois mds de la datte d'icelles ; Que Tlmpreffion de la- dite Hiftoire fera faite dans n&trc Royau- me & ix>n ailleurs en bon papier & en beaux caractères , conformément aux Reglemens de la La>rairie ; & qu avant que de Tcxpcfer en vente , il en fera mis deux Exemplaires dans nôtre Biblio- teque publique , un dans celle de nôtre Château du Louvre , & un dans celle de: nôtre très-cher ic féal GbevaBer Chan- celier de France le Sieur Phelypeaux Comte de Pontchartrain > Commandeur de nos Ordres , le^out â peine de nullité dcfdites Prcfentes \ du contenu defquel- les , vous mandons & enjoignons de faire joiiir ledit Sieur Expofant ou k% ayans caufe pleinement & paifîblement , fans fouffiir qu*il leur foit fait aucun trouble ou empêchement*; Voulons que la co- pie defdites Préfèntes qui fera imprimée au conunencemcnt de ladite Hifloire Çsk

V**

tenue pOtir bien Se dûement fignffiée ; • & qu'aux Copies collanonnées par Tu» de nos amez & féaux Confcillers & Se- crétaires foy foh ajoutée cominé à TOrî- ^ ginal. Commandons au premier nôtre Huiflier ou Sergent , de faire pour IVxe- curion d'icelles , tous Aâr-es requis & ne- ceilaires , fans demander autre permii^ fion , &c nonobftant Clameur de Haro , " Charte Normande , Hc Lettres â ce con- traires : Car td eft nôtre plaiiîr. Donne* à Paris le premier jour de Décembre , Tan de grâce mil fept cens huit-, & de nôtre Règne le foixante- fîxiéme. Par le Roy en fon Confeil, L E C O M T E.

Jtegiffréfûr le Regifire »® i. de U Cûm^ munautè des Libraires & Imprimeurs de ParU , pag. 408. n\ 781. conformément AUX Reglemens, & notamment à C Arrêt du Confeil du 1^. Août 170J. A Paris ^ cefept Février milfept cens neuf

Signé ^L» Seyi STKB p Sjfndic.

HISTOIRE

GENGHIZCAN

PREMIEU EMPEREUR

DES ANCIENS. M OGOLS

ET TARTARES. LIF-RE PREMIER.

CHAPITRE I. JDh Scythes Tanitrts& ancUnt Mogoh.' Dupais dt Ctnghitcan. Du jlncetn't & dt là Gcntalogie de ce Princt. De ft tiMjfance & de fort prtmltr nom. Et ijuel- le ferfecHtiea il fouffrit pendant fa mint- ri:i dt-U part des Cans Mogols après ta ^9rt dt ftn Pert.

g. I la grandeur 5c la rapidité des ^'An de asm^fA Conquêtes , la diverlîtédes évc- S"" •atta^Pneniens', la ruine des Empires & ^^.^jj^ l^ii0ènra«tleUpIus vafte Monarchie / 4 ,, A

i Histoire

An.gr. ^û| fut jamais 3 peuvent rendre une hiftoî-* I ï / 4. fe recommancéble , c eft fans doute cel-' "*^^* ^ le de Genghizcan & de fes facccfleurs. Ce Prince a jette les fondemens d une doniî- nation plus grande que celles d'Alexan- dre & d'Augufte , pui(qu elle s'étendoit F lus de dix-huit cent lieues de l'Orient à Occident Se plus de milk du Septentrion , . .. au midy 4. Elle a été floriflante pendant dans P^^^ ^"^ fiécle > c eft-à-dire depuis Téle- Tarikh vation de Genghizcan , jufques bien avant Alofman dans le règne de Timur Caan fon dnquié- t^Z^ "• me fiiccefleur à FEmpire de la Chine.

^ Mais ce qu'il y a de plus extraordinai- re , c'eft que Genghizcan avoit des forces peu confiderables Ior(qu'il a commencé îes conquêtes , &qu'il les a pourfiiivies & confervées avec autant de prudence que de valeur. Il les an>eme plus étendues que tous /es fucceflèiirs enfemble, & ne fe con-* tentant jpas du Titre de Conquérant , il a voulu avoir encore celui de Legiflateur , quoique cela parût incompatible avec les occupations que lui donnoient fes guerres continuelles. Auffi n'eft-.il pas feulement

reconnu pour le plus grand viîifi<5^^'^^<^c. l'Orient ; tous k« Hiftoriens lui donnent, les plus hauts titres qu'on a«:J2^nais don-

« Nous fommes les Maîtres et la terre de- pais rOricot jafciues à l'Qc<:idcQt,

T^t GEKCHT2CAM, J

'fcez aux plus grands Empereurs 4 : Ils le Angr.

' furnomraent h le Sultan des Mogols Se \ll^' des Turcs 9 clc Conquérant du monde, ^ ^^^ , le feul Roi des Rois , la Colomyne des BeyT^vi Princes, le Maître des Trônes & des CoU- àans Ni- ronnes j Et ils difent que Dieu n a jamais. ^^^ ^^, ' revêtu aucun Souvcram d une h grande Divan- ftuthorité fur la terre. Cependant quelque aliufcha.' çonfîderable que foit cette hiftoire,on peut a^^^^^^^ dire que jufqu à prefent on a peu connu d$ dans - dans l'Europe ceque ceft que les Mogols: Rouzet quelle eft leur origine & quels ont été -If^f^^ leurs Princes. On f^ait peu quelles étoient leurs Provinces & leurs Tribus , bien que les fuccelïeurs de Genghizcan aycnt por- té leurs armes jufques dans la Hongrie Se dans la Boh6.me,où ils donnèrent en 1 14 1. une célèbre bataille, d Ils avoient même déjà eu affaire aux François dans la Syrie ^^f"*^

a Le Prince & le Chef des Mogols , école Genghizcan.

t Le Sulcan des Mogols & des Turcs , feul Roi des Rois > Poflcffcur du Troue & de la Couronne.

c Le Conquérant Gcnghîzcan. d Henry Duc de Silcue y fut tué & Je Roy de Hongrie fe (au va dans l'Autriche , où il fut dépouillé par le Prince , qui y commandoit ,. de toutes les richelïês que la Reine fa femme y avoit envoyées en dcpoft. Il fut enfuicc exile dans - l'EfclaVome , où il paflà le rcftc de fes jours dans une extrême mifcre,

Aij

If, HrsTOîRt

An. gr. en diverfes occafions ; Et avant ce tem^ j^ci^' l^ HulaKou petit-fils de Genghizcan j ^ '^^ avoit ruiné le fameux Empire des Califes ou fuccefleurs de Mahomet après avoir fait trancher ia tète à Miiftalem Btllah dernier des Califes Abaffides dans la ville f'fl r* ^^ Bî^gdad enu58. Malgré tous'ceséve- dinsLuh' "^^^^s,& bien qu'il y ait encore à prefent kattMia^ des defcendans de ces Princes, tant dans ùkh. TAfie que dans l'Europe , fans parler de ceux des Indes qui y pofledent unpuiflanr Empire fous le nom de Mogols & qui des- cendent de Tamerlan iflu de Genghizcan par les femmes à la cinquième génération. Hezitrfen 4 Malgré , dis- je , ces éveneraens & TcxiC- ÀAns jence adtuelle de tant de Princes, il eft fans '"!^' * doute aflez furprenant que cette nation- Se tcAY" ^ç ^jj p^g pl^j conniie en Europe, b

Il eft vrai que l'Empire des Moeols d'aujourd'hui eft nouveau , puifqu'il n y a pas plus de cent cinquante ans qu'il fuc Fotiaé par Humayoiin dans l'Indoftan > €

t^ Les Cans de Crim ou de là pccîce Tarcarîe Precopenfc qui defcendcnc de Toufchican > fils de Çcnghitcan , les Uzbecs qui s'établirent en Y49S. dans le Royaume de Tranroxiane ainfi que dans le Capfchac.

h Vt tiix qtéifqtiam ncfirum ejus nomen «M*- dierh»

c Mogols des Indes Otîentakt dcfccadent dei aogiens Mogols jflx Tamerlan,

fc

CE G E N G H I 1 C A K. f

• , & qu'il' y en a plus de cinq cens que Gen- An. gr* ghizcan fut proclamé Empereur des Mo- u .J^* gols & des Tartares ; mais les uns & les ^ ^*^\ autres ont la même origine & Ton n'àp^ ^

pellera dans cet ouvrage les Mogols de ^^^J^ Tartarie , anciens Mogols , que pour les diftinguer des Mogols des Indes qui ibnt . plus connus.

Quoiqu'il en foie, tous les Mogols & les Tartares reconnoiflènt Genghizcan pour le plus grand de leurs Princes.^^i II étoit fils d un Can nomnïé Pifouca ou Yefbuca qui '^McMÎt. avoit règne dans lancien Mogoliftan, pais ^* '• fimé dans la grande Tartarie & dans une Province appcUéc Caracatay.Cette gran- de Tartarie d' Afie de même que la petite Tartarie d'Europe ne font rien autre chofe que ce qu'on appelloit autrefois la Scithie. Elle contient divers Royaumes : mais ils font partagés en tant de fouverainetés quïl cft preique impoflible d'en faire le dénom- brement.

Les Auteurs Orientaux fe font con- tentés de la divifer en quatre Parties. La première » eft le Capfchac com-^ pofé de plufieurs grandes Provinces parmi lefquelles eft celle des Gctes , fitué à l'Occident du païs des Mogols , & au

a Dans le Caracatay écoic un grand Canc[ui avoic nom Pifouca, fils de Purcan.

t ' Histoire

*n. g.r Septentrion de la Tranfoxiane & des paiV .

J" / ♦• que le Sihon * arrofe. La féconde partie

/' cft lé Zagatay qui eft appelle par les

anciens Tranfoxiane & par les Arabes

^'*^' Maouarannahar. La trouîétne , c'eft le

Caracatay qui contient le Turqueftan > le

païs des N^^ïmans ; le païs des Gelayrs ^

dont celui des Keraïtcs ne fait qu'une

{>arrie ; Le pays des Yugures , le Tangue ^ e Khothan , ou Khy ta , ou Koutan s le païs des Calmacs & le Royaume de Cour- ge qui confine à la Chine & à la Mer. £n^ fin la quatrième partie eft compofée de l'ancien Mogoliftan qui eft le Cog & Ma- gog dont la fituation eft marquée diverfè- ment par les Hiftoriens , quoique ce foit le verirablc païs de Genghizcan. Les uns l'ont mife d*ins l'A fie mineure : D'autres ftulement en Lydie , d'autres dans la Col- chide & dans l'Kyberîe , Se enfin quel- ques voyageurs l'ont placée aux païs des S)remîers Scythes audenùs de laChine vers e Nord- Eft de TAficdifant pour appuyer leur conjeâure que les enfans de Magog,, fécond fils de Japhet paflèrent du Nord d'Europe à celui d'Afie , où ils donnèrent leur nom aux païs qu'ils habitèrent. Eti un mot ce païs eft firuc dans le dernier Orient de l'Afie au Septentrion de là Chi^ ne 3 & a toujours été tort peuplé. Les Au^

DE GENGKil5tCAtl. f

.teurs Orientaux ont appelle iès habitans An. gr. Mogols , & les Européans leur ont donné ^^^^ ^•

d'autres noms, , j 4 ^*

Dans le tems du Bifaycul de Gcnghiz- can , ils firent des progrès y Ils s'avance^ rent jufqu au Caracatay , où ils obligè- rent quelques Cans à leur payer tribut ; mais dansTfciïzicme fiécle auquel Gcn- ghizcan prit naiflance ils ctoient tributai- re du Roi des Keraïtes.

Des le feptiéme fiécle il y avoir de deux ^J^^j"*^ fortes de Mogols : les uns appelles Mo- ^^^fi^^^ gols Dirlighin & les autres Mogols Ni- Q^ranj. ron. L'on verra dans la fuite pourquoy ils flirent ainft nommes. Les Mogols Dir- lighin cétoient les nations de Congorat, Berlas , Mercbut, Courlas, 6c plufieurs autres \ Se les peuples de Mericit , Tan* jour -, Mercat , Soumogol , Nironcaïat » Yeca- Mogol & quelques autres encore é* ioient les Mogols Niron- Surquoi il faut remarquer qu Yeca-Mogol& Nironcaïat. appartenoient en propre à la maifon de Genghizcan.

Le mot de Cayat fignifie forgeron, Ca- balcan Bifaycul de ce Prince , pour fè fai- re diftinguer des autres Cans de la Tri- bu de Niron (es parens , ajouta le nom de Cayat à celui de Niron que portoit en particulier fâ principale Tribu 5 depuis ce

Amj

s Histoire

A.n gr. tems-UjCcmot comme un titre d*honna#.

I ï / 4- demeura non feulement, a la Tribu > mats ?1 , s^u Can même , qui en ctoit le maître Se à ceux qui là compofoient. L'origine de ce mot vient de certains peuples qui é^ toient à Téxtremité feptentrionale du Mo- goliftan & que 1 on nommoit Cayat parl- ée que leurs Chefs avoient autrefois éta^ bli dans un montagne appellée Arxené- Kom une fonderie de fer qui donna une grande réputation a ces. branches Mogo- ks à caufè de IHitilité que tous les païs Mon- gols en- reçurent, a On appella ces gens»- là les forgerons d'ArKeneKom, & com* me les ayeux de Genghiaçan s'allièrent

'Ruhru' avec eux dans la fuite , b quelques Ecri-

f «if. y^jjs j5^1 informes ont publié que ce Prin- ce étoit né d'un forgeron & qu'il avoit été forgeron lui même. Ce qui les a jettes, dans cette erreur , c'eft que chaque famil- le Mogole pour conferver la mémoire de cts illuftres forgerons- avoit coutume le premier jour de l'année de célébrer une fctc , pendant laquelle ils élèvoiént une ' forge armée dé fes foufflers , où ils allu- moient du charbon fi^faifbient rougir une

« Il n'y avoit point encor.c ca de ftr chcn eux en éwt de fcrvir. \ b Tune ttmfêtis Chingisfâber quidam et at irk

fofulo Moal , & furabatur de animalibus Vnç Gan qncd foter^t &c, -

\

\

x

ITE Ge N GH I se AK. J-

^ ÎMflè de fer qu'ils battoienr avec le mar- Ait. gt; teau fur- une enclume , & cette aâtion étoit II ^ ^^' précédée & iuivie de prières. Ces Ecri- °' . - vains fins doute ignorant la caufe de cette cérémonie & ne (cachant pourquoi on donnoit k furnom de Cayat à la famille de Genghizcan , fe font perfuadés que ce Can avoit été forgeron , & que pour re- mercier Dieu deTavoif élevé à TEmpire , il avoit établi cette coutume. Ainfi ne pouvant remonter plus haut dans Thiftoi- rc des anciens Mogols, ils ont fait paflèr Genghizcan pour un miferable dont l'élé- vation n'a, été qu'un gur ouvrage de la;, fortune.

Mais les Hiftorièns qui ont voulu creu*- fer l'antiquité pour découvrir l'Origine ^^**^c/iyr^ de ce Prince a ont eu.d'autres (entimens Bi» Ah'^ de lui. riiparlènttottsdefbnperePifouca:^^'^'*''/* Behader h comme d'un Can très coniide^ u^^rrar rable paoni' ceux, de Tancien Mogoliftan. ktfchji Il avoit , difent-ils , deux Souverainetés ^^^^ f^^ É3rt étendues -, c il avoit Epoufé Oulon ZAlm^

n Cet Empereur éroit' maître dt deux Em-^ * pires, dans chacun deCquels il donnoit fcs ordres^ Condi^-

b Lés Empereurs Mogols au nombre de vingt- fnir dam- un oac régné en Pcrk ij.o ans. Le premier fut Hdhb Genghizcan, fils de Pilouca. ^finyar.

c Ils étoienc tous Empereurs dans l'Orient, "Bin Ab'^ 9C k plus grand tic tous > a écè Buzengir Can.. dMlUtif^.

V

ïo HïsTOim

^»' g»^- Akeh fille d'un Can défes parem qui

Hcg. ^^^^^ remponc plufieurs VicSloires fur lès

/ 4 ^. Ennemis 5 ^ on peut voir clairement par

là que la naiflance baffe qu on lui aari-

buc eft un effet de l'ignorance ou de la

malice des Ecrivains. En effet fon père

defcendoit en ligne direfte par fept ge-

' nerations de Buzengir fiirnommé le Jufte

dont la réputation a été fi grande dans

les païs Septentrionaux & Orientaux

de r Afie , qu'il n'y a point eu de Prince

coniîderable qui n'ait voulu paflcr pour

parent ou pour allié de fa Maifon. b On

peut donc aflùrer que Genghizcan fils

de Pifouca eft né Prince ou Can.

* Rem^s Comme prefque tous les Empires * &

&Romu lesMaifons illuftres ont leuris fables &

lus fils leurs faux miracles , les Mogols n en ont

Me Mars. -^ z" «i . ^ /■

Mi^An P^^ i^nquc, ils ont mieux aune corrom- ^r4 , fils Pfe la pureté de leur Hiftoirc, que de dffiéiitif.ny pas mêler du merveilleux. Ils ont

a Le plus grand de tous fut Butengîr , de la race duquel forteuc tous les Caus Mogols, ■ / ^ Bin Abdallaûf dans le chapitre i, de fon l}ujji/i^(^i/it' Lubbattaouarîkh , dit que GiHghiigan vivoic

au tcms d*Abou Muflini Merouzy » lequel fé- lon rHîftoiien Almakinc étoic celui de Me- roiiaRc T Afnc , dernier àts Califes Oummîadcs; Ce fut cet Abou Muflim qui ôta la Couronne des Califes Oummîadcs pour la mettre fur la tê- te des AbbalTidcs^ l'an de grâce 7 4^. & de IX-? girciji.

.attribué des révélations à Genghizcàn , An. gr. & pour porter la vénération des peuples ÎJ ^^' auffi loin qu'elle pouvoit aller , ils lui ^^' ont donné de la divinité. Ceux qui s'in- terreflbient à fbn élévation eurent même rin(blence de le faire pafler pour fils de Dieu. Sa mère plus modefte , dit feulement qu il écoic fils du Soleil > mais n'étant pas afl'ez vaine pour fe flatter de l'amour de ce bel Aftrè , elle appliqua la fable à (on neuvième prédecefleur \ Se on publia que Buzengir étoit £1$ du Soleil.

Les Turcs & les Tartares croyent ^*^^*^ que la merc de Buzengir eft la tige de ^^r'^y* tous les Empereurs Mogols , & une hîC- toire ou plutôt une fable a fait dire aux Hiftoritns quune femme eft le principe de cette race illuftrequion ne peut éten- dre audeld d'elle. On la nommoit Alan» coiia. a Elle a voit été mariée & a voit eu deux fils appeliez, félon Marcopolo,^^»'^^^^ Baâbut & Balaélout; d'autres Auteurs '^'^ les nomment BelKcda & YeKeda; on dit que Douyan-Byan (on mari mourut peu rie: tems après , &: qu*aulieu de (bn- ger à (c remarier, comme elle padbic pour une Dame très vertueufe , elle tnena une vie retirée & fit croire aifemctït

i» On aflurc que Genghîzcan cire fon origine . 4*imc femme ap^cllée Alar.cpua.

12 H ï $ T O I R K

Ao. gr. qnillc (e vouloir donner toute entière i JJ J *• 1 éducation de fes enfans. Néanmoins , ?-. quelque rems après elle paruf groffe. a Les parens de (on mari en murmurèrent. M«rr4- jjj lobligerenr même à paroître devanr le J"g^^^ 1^ Tribu. Iteftvray qu'elle n en: fîr aucune difiiculré. Elle alla hardimenr chez le Jtige: Elle le piîa d*abord de pren- dre garde à ce qui lui étcnr arrivé, 8t d'en obferver rourcs les circonftances a»- ▼anr que de porter fbn jugemenr. Le Mirc$n- Juge' lui demanda de quel homme elle ^* croit devenue enceinre. Elle répondir qu'-

aucun homme n'y avoir contribué ; mais qu'étant un jour négligemment couchée fiir (bn lit, une lumière extraordinaire étoit venu éclairer robfcurité du lieu où elle étoit : que €ene lumière dont 1 éclat cUoiiiflbit , Tavoit environnée & avoit pénétré par jrois fois dans fès flancs, b Gomme la bonne Dame Alancoiia étoit bien.aifè de prouver ion innocence au

m Elle devint gtoflc , on Taccafà de crime , on la mena au }age , qni rxuterrogca i elle dit qu'elle n'avoic eu commerce avec aucan hom- me, j'étois couchée die elle, une lumière {Riruc qui encra dans mon corps par trois fois.

^ J'en fuis demeurée enceinte , je fuisgroHe de.trois mâles , attendez donc mon enfantement; Si j*accouche de trois mâles , vous recon*- ooîtrès la vérité de ce que j'avance , (înon vou^ • ferez de moi ce que boa vous fcmblcra^

t>l GïKGHiZCAK. 1}

jlai{Je & de lui perfuader que fa groflèilc An. ^t. u ctoit pas «n^relle , on rapporte qu'elle ^ T f 4- ajoura qu'à chaque fois que la lumière 8* avoit pénètre, elle avoir conçu un liiSt qu'ainfi il faloit attendre le tems de fon j^g^^^^^^ enfantement ^ que & elle metroit au mon- de trois enfans mâles ^ ce feroit tme preu- ve incontcftable que tout ce qu'elle avan-» çoit étoit verirable -, & qu'au contraire » fi elle n'accouchoit pas de trois fils , elle fe foumettoit à rous les fupplices qu'on voudroit lui faire fbufïrir. Le terme étanc venu 5 elle confondit la calomnie des pa- cens de fbn mari qui ofoient accufèr Gt vertu ; a elle niir au monde rrois fils , qui dans leur tems donnèrent le nom à trois grandes Tribus.

Buzengir étoit un dt ces trois fils y & Mircofià les Chefs de leurs defcendans font appel- ^*' lez NQuranyoiin,c'eft-à-dire enfans de lu^ jpiie;re. Cette fable a donné lieu à quelques Auteurs d'appeller Genehizcan fils du So- leil , le croyanr defcendu d' Alancoiia par Buzengir fon neuvième prédecefleur .Ma:- raKefchy l'un des Hiftorîens Arabes qui ^f^ftoié ont rapporté cette fable , protefte qu'il n'y H^'^h ajoute point fby , &c qu'il eft perfiiadé que f ettc Damç b ne l'a inventée que pour évi-

a £lie mit au monde trois enfans mâks. b Elle n'inventa cette fable ^ue pQut éviter là lûprt,

14 HlSTOIR*

Ab. gr. ter la mort qu elle avoit méritée par foit ï I i 4- crkne. Mais le Perfàn Cond-Emir hifto- ^^S* rien célèbre a comparé la chafteté d'Alan- ^'^' coua à celle de Ja Lune , Se après avoir rapporté le fait d une manière plus hon- nête y car il affure que la lumière entra dans fà bouche, & defcendit dans Tes flancs , il ajoute qu elle enfanta véritable- ment les trois fils dont elle avoit prédit la naifTance ; & cette prédiâion, dit- il , fut cau(è que dans la fuite elle paflà pour une iàinte & pour une Prophetefle.

Il eft confiant que les Mogols con&- crerent cette fable. Elle fut tenue pour un miracle parmi eux , & ils demeurèrent perfuadés que Dieu envoyant fà lumière a Alancoiia , n'avoit eu en veuë que de fai- re naître un jour des defcendans de cette femme un Prince qui vengeât le Ciel des injuftices que les hommes commettoient tous les jours , Se ils ont crû que ce Prince ctoit Genghizcan. lAinon- Ces trois enfans qui furent nommés, de* Bucan , Bofky & Buzengir ne parurent

pas plutôt dans le monde , que la^ fliperflî- tion confacra l'impofture d'Alancoiia; pour diflinguer fes trois derniers fils de cous les autres Mogols , on leur donna pour eux & pur leurs fucce fleurs a le fur-

n Mot corrompu de Nottranyoun qui fignific çpfans de lumière. '

îpwn de Niron i je dis les trois derniers An, gr. fils, car (es autres enfans furent appelles ' < / 4* Dirlighin , pour marquer qu'ils n'ctoient S* que des Mogols nez uns miracle.

Le même Cond-Emir fait defcendrc Condi^, Alancoiia de. Noé. a II dit qu elle ctoit wir* fille de Tchoubinécan dont il fait remoiv» ter les ayeux , Oguz , Caraçan , Mogol- can , jufqu à Turc quietoit fils de Japhet fils de Noé. Et ce Turc de qui les Turcs prétendent être fortis, fut le premier Roy de la Tartarie Orientale , dans le tems de / .

Cay/fmcrres premier Roy de Pcrfe. /

Enfin Ginghizcan , fuivant le rapport ^adUl^ de Fadlallah qui a écrit la viede ce Prin- uh. ce, eut pour père Pifouca Bchader, & pour ayeul Purtan fils de Cabalcan. Ce- lui- d fortit de Tumenécan fils de Baïfàn* courcan , dont le père fe nommoit Caï- ducan. Ce dernier étoit fils de Toutomî- tencan , qui eut pour père Boucacan fils de Buzengir rurnommë le Jufte.

Entre ces Princes il y en a trois parti- « . jr culierement qui le lont rendus recomman- daUatif dables : Buzengir par mille vertus &c par

u Tare fils de Japhet fucceda à Ton jpcre » les Tares l'appellent fils de Japhet , ce fut le premier des Rois Turcs i comme Ton donne à Kayoameires la qualité de premier Roj dQ Pcrfc.

-1

1^ H r s T (5 î X E

An. gr. la qualité de Roy de Coran : Cabalcàn enf; Jï 5 +• fe faifant admirer de toute TAfie par (on

^" courage : Et Pifbucapere de Genghizçan pour avoir fournis à ion obeiflance la plu- part des Chefs des Nations Mogoles, avec plu6eurs Souverains^ de Caracatay qui troubloient foin repos. Il les vaincjuit mal- gré les focours qu'ils recevoient fou vent du Roy de la Chine Septentrionale ou du Ca- tay. Le dernier combat que Pifouca don- na avant la naiflance de Genghizcan fut

y contre la Nation de Soumogol , rou on-

appelloit auffi Tatar ; pour fe venger d'u- ne infulte qu'il en avcit reçitë , il fit mar- cher feis troupes rcrs leurs frontières. U entra dans leur païs , & le pilla. Temu- gincan General de plufieurs Hordes , vint pour l'en chaffer ; mais Pifouca alla au de- vant de lui, le mit en déroute après une. ianglante bataille , & revint glorieux dans rVeca Mogol dans une maifon de plai- fance appellée Dilon Yldac , où il feifoit fa demeure ordinaire.

Condt" Pour éternifer le fouvenîr de cette Arîc-

•**'• toire , il donna le nom du Can qu'il ve-

noit de vaincre à un enfant > dont a acçou-

n Naiflance de Genghizcan Tau de grâce 1 1 J4«' pendant le xeguc de Loiiis VII. Roy de France ^ ^ cette année ècoït l'an du pourceau du Calea-* 4^icr Mogolj

char

Bi Gemgrizcak. 17

tha peu de tems après OlonAyKe I^ prc- An. gt. înîcre de fes femmes. Il lappella Tcmu- 1154^ gin. a Comme on trouva du fang caillé ^" »• dans les mains de lenfant , b Pifouca fut ^^/' étonné de cet acddent qui lui p<irut fort ^^ ' extraordinaire , & confulta félon la cou- . tume des Mogols les Aftrologpes & les ^ "'^ ' Devins. ^ Mais il ne fut pas contint de Mîrc^»- leurs conjectures , & Souehoudgrn fon ^'* parent & fon premier Minime , d homme Conde^. d'une grande capacité, fort entendu dans ^*^' le métier de la guerre , Se qui avoi t acquis beaucoup d expérience dans la Chine où il avoir demeuré long-tcms 5 Soughoud- gin > dis-je > fut le ièul qui fatisfît le Can Mogol j € il-ldUlit .que comme l'Etoile de TeKiira. fôn fi is marquoit qu'il auroic un grand nombre d'Ennemis à ccxnbattre y le fang qu'on avoir vu dans k$ mains farfoit con<- Doître qu'il teindroit les campagnes de leur fang Se les v« incroit tous : Qu'il de- viendroit enpeudetems Grand Can de

0 Cadriktiun fefxirdé Dbrmuchr Daeht.

^11 fur' nommé ci*abord T€niue.in.

€ Geêiguizcan H')o de Sakik Badur nacÎQ coniendo ciaro dcia H^y ;<ara 546.

d Pifouca le nomma Tcmûgin.

e Quando Chinguizcan nacio^truxo en fus dof nanosàprecado'ca cada una^dclkisun poco de Saiigrc que fuecicrco pionoltico de4u crudr

B

lî Histoire

An gr. tous les Scythes , a p;îrce que lattiaîfbn <Ié 1 1 j 4 fa nari vite dans fon horofcope étoît la ba- ^^o- knce , qui eft un figne Acrîen , & que les ^^^' . fcpt Planettes croient dans ce fîgne.

En effet , les Auteurs Orientaux difenc Cvn- „ dans leur ftile figuré : que l'air ou le venr dmir. ,i impétueux de ù rigueur fouffla fi violem- *' ment dans TAfie au tems de fa puifiance, ■** que plufieurs milliers de peuples en furent exterminés. Cette prcdiâion plut à Pif- coua. Il en conçut une efperance d'au- tant plus grande , qu'il crut remarquer fiir Je viwge de fon fils Temugin toutes les marques d un naturel héroïque. Il ne fe Crompa point dans fa conjecture s ce jeune Prince avoir à peine neuf ans , qu'il ner vouloit p^us s'appliquer à d'autre exercice qu'à celui des armes. Môul' Le Mîniftre Soughoudgin mourut vers; ^^y^' ce tems-li ; h mais il laifla un fils nommé^ Carafchar Nevian , qui étoit un fort ha^ bile homme. Pifbuea îe choifit pour éle- ver Temugin , & la fîiite a fait voir qu'il n'avoir pas. fait un mauvais choix. Ce- pendant Pifouca vit troubler le cours de

M Son borolcopc étoic la Balance , mai ton aé- rienne , & les fcpc Planettes Te trouvoient dant. cette maifon.

h Voyant en fon fils une ame héroïque , il lui

éonna aujli uû At^bec eu CovrycincQi; 4c baute qualité.

lés profperités par une difgracc que la for- An. gr. tune kii fufcita. Le Roy de la Chine le 1 1 6 ^, fit enlever , le retint long-tems prifonniet ^"^S* dans fes Etats , & lui fir un fort mauvais ^ ^ traitement : mais Pifouca eut Tadreflè de rompre fts fers > il corrompit ceux qui le gardoient y Se trouva moyen de s'en re- tourner dans r Yeca Mogol , où il ne fon- gea plus qu'à fe venger du Roy de la Chine. Pour cet effet , il maria (on fils Temugb, quoiqu'il n'eût encore que trei- ze ans â une Princcflfe , fille du Can des Naïmans , lequel n'avoit pas moins que lui fujet de fe plaindre du Roy de la Chi- ne y Se ces deux Cans devvîdent aller citta- quer ce Prince avec toutes leurs forces; mais la mort vint interrompre leur deC- ^'» -f^" lêin. a Pifouca mourut , & fes aflfaires ***^^^v • changèrent de face des là mètnt année.

Comme il avoir fait k guerre aux péU- Bin À^ pics de Tanjoifr , de MerKit ," & à pfu- dallatifi fieurs autres Tribus de la branche dé î^i- ron fes parens , & qu'il les avait obligés i le rfconoître pour leur Souverain , tod-' tes ces Nations fe révoltèrent. Les Caris Jk Tati|ottt 6c de Mètsit , GemotiCa tout-

M.QflZâà Pifoacamûuxin ^Çinghizcan â^svoSc que I } . ans , Fan de THegirc j i i;.

Ce fuc eii I lé 6\ detnc ^ns cm envicon après t^ oaiâancç de Philippe Anguitç Iloy de France* «

Bi|

lO HïSTOIRÎ

An. gr. fin du Prince Temugin , ainfi que qùef-

1 1 6 ^. ques Commandans d'autres Tribus que

^^8- Pifouca avoir aflujeties,fe liguèrent en{èh>

ble 9 & vinrent attaquer Temugin , qui

maigre {à grande jeuncfTe leva courageu*

/èment le Toughe , 4 animé par l'exemple

de fa mère qui (ê moiitrant digne femme

de PifouCci ; excitait Tes Sujets à fe dér

fendre , il (e mit avec elle i la tète des

trouppes. Ils marchèrent aux ennemis ,

& combatirent d'abord, heureufement j

mais la fortune leur devint contraire dans

la fuite , ils furent battus &rTemugin tom«

ba même plus d'une fois entre les mains

de fès ennemis. Il eut néanmoins toujours.

l'adreflc de fe fauver.

Idircên- Etant d^ns (à quatorzième année > il

^'* époufà Purta Cougine , fille d'un Can

MogoU Chef delà nation deCongorat,

ÔuHgh- ^ parent d!Ounghcan Roy des Keraïtes.

f«» Roy II ea.eut une fille j k mais l'année fuivan-

des Ke- t:e, un puiilànt par ti,des peuples .de Mer-

Tfitri ^^ ^y^"^ appris qij u etoit parti de Ion

fiân. païs pour aller faire une expédition , vint

dans fa Tribu de Nironcayaç pour ta pil-

Iç.r. Ils fi^rprirent ceux quila gardoienc^

« C'ècoit un Hâton au haut duquel é cîc une queue de cheval > qui Tervoic d'ciiieigne aux gens de guerre;

^Pecfccttcion que Temugiiv rouifrtc des Çaos f oifin»^

De Gehghizcan. ii & y étant entres aprçs une légère défenfè. An. gr. ils emportèrent tout ce qu'il y a voit de ' » ♦ «• précieux»: Ils enlevèrent la Princefïe Pur- "^S* . ta Cougine qui croit groflèd un (êcond!^ enfant , & l'envoyèrent au Roy des Ke- raïtes , perfiiadé que ce toit lùL faire plaifir, que de remettre en fon pouvoir une Princeflè pourveuc d'une grande- beauté.

Le Roy des Keraïtes reçut à la vérité ce prefent avec beaucoup de joye , mais il regarda toujours Purta Cougine d'un œil de père , & quoique dans {à Cour il y eût un grand nombre d'ennemis de Temugin - qui ie preflaflent d'époufer cette Dame , il répondoit qu'il ne pouvoir Te marier avec la femme de (on âis. II parloir ainfl» parce que dans^le cems qu'il fit an>itié avec Pifouca, il appelloit Temugin fon fils. Il: larr^âta doiu; comme il elle eût été fapro* pre fille.

AuiB-tôt que Temugin apprir que la Princcflè là femme éiîoit chez le Roy des Keraïtes , il ordonna à un «i Nevi^r^ de l'aller réclamer de fa partv, &.dt s'acquit- tçr de, cette commiflîon avec-tou^e la dr- Ugence poflîble. Le Nevian obéît, & ne fîit pas fiiôt arrivé à Caracorom où ce - Roy tepoit fa Cour, qu'il en obtintau-

A C 'cil à-dixe un Piincc it. ùk Cour^

11 Histoire

An. gr. diance. Il lui fit les compliiiicûs dont îl .

1 1 tf ». étoit chargé , 6c déclara le fujet de fa mi(^

y^ fion. Le Roy le reçut favorablement , Se lui accorda ce qu il demandoit : il lui coi>- fia même la Prînceflè', en lui recomman- dant d'avoir pour elle tous les relpedU aufquels il étoit obligé.

Le tems de la grofleflè de Purta Cou- gîne étoit fi avancé , qu'elle fiit obligée de s'arrêter quelques jours en chemin. Elle y accoucha d'un très- beau Prince^qii'ellc fit envelopper de pâte molle , pour le porter elle-même dans fa robbe ians le blefler. EfFeftivement quand elle arriva auprès de Temu gin, malgré la longueur d'un fi péni- ble voyage, l'enfant (e trouva dans une pa rfâite (âncé. Le foin qu'elle avoit pris du jeune Prince, fut trés-agréable au père, Cmii" qui le nonama Jougi. ^ Cependant Te-

9^if» mugîn continua la guerre pendant (êpt a huit années après la mort de (on père , & Oulon Ayxé (à mère fit tous fes efforts |X)ur le maintenir dans l'état où le Prince fon époux l'avcit laiffc ; mais il falut fuc- comber au grand nombre des ennemis. Temugîn fiit encore fait prifonnier par ceux de la Tribu de Tanjout » ^ âc ce ^li

■ M "En Un^ut Aéogâlé , htnrcûfemcnt arrivé. ' i La Tsiba de Nixon <|t]i avoic tct afiuj^cie

DE GïNGHiaCAîT. IJ

• Jui fot plus fenfible que fa prifon> c'eft An. gr. ' que (à propre Tribu de Nirbn Cayat , fë- * i 7 ^« duite par Touda Béy Can des MerKices , ^^* le plus puiflant de fes ennemis , fe révolta clnd^-' dans le même tems , & prit les armes con- mït^ tre lui. iftut toutefois encore le bonheur d échapper iks ennemis.

Néanmoins de fï fâcheux cvenemens firent juger à ce Prince qu'il faloit céder à la necefEté , & choifir une retraire ea cas que les ennemis refufaflent de faire la paix , ou ne la lui vouluflent accorder qu'à àQS conditions trop defavantageufes,. Il fit donc toutes les démarches ncceflai- res pour £iire confentir les Cans à un ac- commodement raifonnable. Il leur offrît tout ce qu'ils pouvoient prétendre ; mais comme ils n'avoient pas d'autre deflein que de ruiner la Maiion de Pifouca , it» 'rejetterent toutes (es propofirions. De ma- nière qu'ils envahirent la plus grande parrie de fon païs ; Il fit de vains etfbtts pour leur réfifter ; fi bien que défefperant de rétablir (ts affaires , il prit la réfola- tion de fe réfugier chez le Roy des Ke- raïtes dont il fe fîatoit d être bien re- çu > à caufe que Pifouca avoir autrefois

par rifoiica, abandoiwsi Temugin , & fc ran« gca fba« k$ £nieigiic& de U Triba 4c Tga<«

X4 HlSTOMlE

An. gt. fecouni ce Prince contre fes ennemis;

X 1 7 o. Vers ce tcms-Ià Temiigtn eut un fonge' ^ qui lui prcfagea fà future grandeur. Il rêva

^ * que fès bras étoient devenus extraordinai- rement longs , qu'il a voit une* cpce dan&

Af^rrr^- chacune de (es oiains , & que 4à pointe-

kifçhy, Je celle qui ctoit dans Ùl droite-, étoit tournée vers TOrient , & la pointe de Tautre vers l'Occident/ Il communiqua^ ce fbnge à la Princeilè ià mère , qui l'ex- pliqua d'une manière conforme aux idées, d'ambition dont elle étoit occupée. Ella lui dit qu& ces^ deux épées lui promet- teient TEmpire de ces deux parties du Mondé.

Flaté de ces grandes efperanccs qui la ' confirmèrent dans le delïèin de fe réfu- gier chez le Grand Can , i\ envoya pour cet effet un Nevian à Caracorom , & il n'implora pas vainement l'appui d'Oungh- • can. Le Roy lui accorda un afile , & lui manda par le Nevian qu'il pouvoir com-n p^ter (ur un homme pénétré des obliga- tions qu'il avoitâ Piiouca. Temuginaf- /uré de la proteâion du Grand^Can , ne fut plus occupé que de fa retraite. Illaiilà ' Ja oireAion des affaires du pais à ion on-^ cle Utagérin. Il maria la Prîncefle Ou* lôn-AyKé fa mère avec l'Emir Buzrucj; qu*îl fit afloir à fa droite-, Si audc0us der

tous

«

V

Was les autres Nevians. Il partit cnfuite An . gt. avec Carafchar , pcfur fe rendre i la Cour 1170. du Roy des Keraïtes. . ^^6*

a Carafchar prit toutes les précautions ^^ci»i - poifibles pour la fureté du Prince qu il |^|>, avoir l'honneur d'accompagnen II choi- fit iix mille hommes de guerre pour l'cf- corter , h &il engagea fes phis ndeles fer- ^n^g^yf viteurs à le fiiivre , leur faiunt e^rer que le Grand Can ne manqueront pas de prê- ter du fecours à Temugin , & de les réta- blir dans leurs biens à la confufion de leurs ennemk. Enfin le fils de Pifbuca fe mit en marche à la tête de tous ceux qui voulurent s'aCToder à ù, fisrtune ^ ce qui ne laiflbit pas de compofer une armée peu confiderable à la vérité parle nombre 5 niais reipeâable par (on courage & par la fideHtc qu die avoir pour fon Prince.

A De concext avec Carafchar il fè refugû vers Otinghcan.

k Pifouca étant note , ce jeune Prince alla (rouvei: Oaoghcan qui (coîc Roy deCaracatay.

«12»

-Itii Hl STOIRf

An. gr. II 70. •

Ji'f; CHAPITRE IL

D^Oungbcan Roy des Keràitts , autre^ ment le Prêtre Jean £ Afie. De tarrim . ^ , . vie de Temugin a CarMorom ,&de la 2»/ir#f . Confprattm qm f Ht formée contre un.

A Va k t que de parler de la réception qui fut faite à Temugb par Oungh- ^ can , il me érable qu'il eft d propos de rap-

K>rter ce que les Hiftoriens ont dit de ce oy ; puifque non feulement c eft un Prin- ce deêlorieufememoire , mais encore par- ce qu il a beaucoup de part à cette hx£- toire.

Sts Prédecefleurs ont été de puiflàns

' Seigneurs dans les Païs Sebtentiionaux de

^ i'Ane ) c'eft a dire dans le Mogoliftan ,

dan$ le Gelaïr> dans le Turqi;eftan> ic

' dans quelques aitres païs de Caracatay \

Quelques - .uns mêmes de fes Ancêtres

ont pris la qualité de Padifcha , 4 mais

leur puiilance diminua dans la fiiite. Sa

famille 9 qui étoit une des plus illuftres des

païs de Gelaïr dar\s le Caracatay, compo-

fbit fèpt grandes branches de Mogols

Dirlighin , parmi lefquelles étoit celle

A Q,ui fîgaific Empereur. •

bB Genghizcan* Vf s peuples Keraïtes , qui firent de cruel- An. gr. les guerres à leurs vpifins, L'ayeul d'- ^ ^ 7o« Ounghcan , dont la Tribu réfidoit à Ca- ^^' racorom , fut un des plus confîderables & des plus vaillans Princes des Keraïtes; mais en même tems le plus malheiufèux. Plusieurs Caiïs de Caracatay fe liguèrent contre lui > le vainquirent deux fois , &c ^adlaU Imi d entre-eux nomtné Naour , fon pa- uh,f. 3s» rent & (on plus proche voifin l'ayant atti* f c dans une embufcade auprès d un bois > l'arrêta , & l'envoya fur le champ (bu& bonne garde au Roy de Courge ^ dans la Chine ^ où il acheva (on deftin d'une ma-^ niere bien étrange i car lé Roy de Courge l'ayant fait lier & coudre dans un fac > le laiflà cruellement expirer fur un afhe de bois. b La veuve deMergous^c etoit le nom de ce malheureux Prince , inconsolable de (z perte & vivement irritée de l'indigne traî* rement fait à fbn mari , prit la rélolurion de le venger à quelque prix que ce fût ; voici de quelle manière eue en vint à bout. Quoique Naour fut la principale caufe de fà douleur, & l'objet de 6 vengeance» elle feignit de n'avoir du reflenriment que con- tre ic Roy de Courge , & fit dire à Naour

n Lon prétend que Cotgc c(l la Corie.

i £Uc ic a9ipmoit Coucoui^j.

""'' Cij

if HisTorRï

(An. gr. après quinze mois de veuvage qu'étant rc- . a X fo. foluc de quitter le deiiil , elle fouhairoit ^^S* avec paflîon de faire débauche avec lui ; ^ * Que s'il avoit même encore quelque refte de cet amour qu'il avoit eu pour elle avant que Mergous l'eut époufée , elle ne refu- fcroit pas d'être là remme -, & enfin que s'il acceptoît la propofition qu'elle lui faiibit de fè rcjoiiir avec lui , elle iroic le trouver , accompagnée feulement de quelques-uns de fes domeftiques , Se ou'elle auroit foin de faire porter plu- fieurs Outres remplis d'un excellent Ca- tnmez 4. Naour donna dans le piège , lit dire â la Princefle que rien ne lui pouvoit être plus agréable que cette partie de jplaifir; La Dame auifî- tôt fe prépare à partir , & après, avoir envoyé devant , cent moutons 6c dix cavales , elle fe met en chemin au milieu des chariots chargez de grands Outres de peaux de bœuf.Etant arrivée auprès des tentes de Naour , elle ordonna qu'on livrât les moutons aux Cuifîniers , & fit placer Its chariots ou étoient les Outres a deux pas de la tente fous laquelle (è devoit faire la débauche. Le Can alla recevoir la Princeflè avec tou^

a Quelques-uns l'appellent Cofmos. C*eft ane boiflbn compofêe de lait de cavale , accomno- $lèc d*ogc iMiiiçre particulière.

DE GENGJiISCAK. %cf

tes les démonftrations d'un amant pàflion- An. gr. né , il eut un lone entretien avec elle. On i ^ 7 o. iè mit à table. Elle (è fit apporter quel- ^^5^ ques Outres où il y avoit du Cammezyelle ^ * enpréfènta àNaour. Ilenbutavecplai'- fir. Il s'enny vra , Se alors elle domia le li- gnai aies gens qui ouvrirent les grands Outres. Il en ibrtit à Tinftant des hommes - armez , qui fe joignant aux autres Offi* ciers de la PrincelTe, fe jetterent fur Naouc qu'elle avoit déjà poignardé. Ils le mirent en pièces, & leur fureur ne s'âppcdià que lors qu ils fe furent baignés dans le (àng de tous les domeftiques que ce Can avoit fait entrer fous fes tentes pour le (èrvir. Telle fut la vengeance de la genereufe femme de Mergous , qui avoit pris de fi bonnes mefiires pour exécuter impuné^ ment ion deifein, quelle fe retira fans tomber entre les mains de ceux qui au- roicnt pu venger la mort de Naour. Elle s'acquit un grande gloire par une aâîon û Jiardie , & tous les Princes de Ton tems conçurent pour elle une eftime extraordi- naire.

Mergous Can eut deux fils de cette TadUU PrinceiTcCôja Boiruc & Gurcan i lèpre- Uh p^g. mier laiifa plufieurs enfans, dont l'aîné *7*t fût Ounghcan , qu'il nomma d'abord TogruI , 6c qui des l'âge de dix ans ac-.

Cuj

}è H I s T O I R K

An. gr. compâgna fon père dans fes expédition^--- 1170. TogruI étoit à celle où fon ayciil fiit pris ef P^^ Naour. Il eut même beaucoup de pei- ne à fc (auver. Comme il avoir plus de mérite & qu'il écoit pjius aimé que fè& amres frères , ils conçurent pour lui une haine qui devint cxceffive , lors qu'ils le virent fur le trône des Ketaïtes. Il y mon- ta après la mort de leur père , & le R07 de la Chine , par un Ambaflàdeur qu if envoya pour le féliciter, lur donna le nom d'Oungncan , voulant par- là lui Êire en- tendre qu'il meritoit le titre de Grancl Can , & qu'il le reconnoifloit pour tel. Et véritablement ce nom qui fignific le pre- mier des Cans lui plût fî fort , qu'il le prit & quitta celui de TogruI 4 qu'il ne portoit qu'à regret;

Ounghcan eut enfiiîte plus d^*un démê- lé avec ks fteres & fes coufins. Il ene fit mourir quelques-uns. Cette cruauté- excita fon oncle Gurcan à lui faire la guer- re. Ils en vim*em aux mains en rafc cam-* paçne , où après une affes fanglante ba- taille , Ounghcan fut vaincu & dépoiiillé <îe ks Etats. Mais il eut recours à Pifouca père de Temugin , & par le fècours qu'it en reçut il chafla fon oncle Gurcan 9 le

' a Ced le nom d'un certain oifeau <]^u*oa cxoi^ de mauvais angare»

DE Gl>tGHlZCAN. Jl

pourfuivit iufqu'âu pais de Cachin > & fe An. gu rétablie fur fon trône. w ^^* \

Ce fut ce même Ounghcan Roy des ^^|* ^ Keraïtes qui fit, un fi grand brute dans le monde Chrétien vers la fin de lonziéme fiecle , 4 fous le nom & la qualité de Prê- idathUn tre Jean d'Afie que les Neftoriens lui at- p^nV.. tribuerent* On voit encore des lettres cir«- culaires écrites de fa part à des Princes Chrétiens pendant le coturs de ion règne* Il y en a au Pape Alexandre 1 1 1. au Roy de France , à T^mpereur de Cbnftantinà- pie , & même au Roy de Portugal. Elles font toutes d'un ftile fort élevé , & leur Auteur a prétendu donner à ceux a qui cUes (ont adreilees^ l'idée du plus grand Prince qui fut alors dans rAne*. On a en François une copie de celle qui fut écrire en France au Roy Loiiis VII. père de Philippe Augufte î mais le caraâere n'a pas plus de trois cens ans y 6c elle commence par ces mots : Prêtre Jean par ** la grâce de Dievi , Roy tout-pdfiant fur ** tous les Rois Chrétiens , faîut Sec. ^

La (iiite de cette Lettre eft magnifique Cetu lit- pour le Prince Keraïte ; il y vante ks ^^ f^ ^Z* grandes richeflcs , la vaftc étendue de fes ^JhezVAu^ Etats, danslefquels il comprend les In* uur. des 3 & tous les peuples de Gog & de Ma«

'^ Oonghcan cfl le Piêtw Jean d* A fie.

S66

E

31 HlSTOIRB

An. gr. gog : Il fait une mention ergûeilleufe dé- 31 7 «• loixante & dix Rois qui le fervent & qui ^^f' font fes Sujets r II exagère les Tributs qu il exige d'un Roy d'Kraël de qui dé- pendent plufieitfs Comtes , Ducs & Prin«- ces Jui6 : Il invite le Roy de France à le venir voir , promettant de lui donner en )ropre 4e^és-grands Païs , & même de e cure fouvendtt- Seigneur après lui. II marque encoredans cette Lettre les divers peuples & les raretés qui font dans fos £tats. Enfin , il n'oublie rien de tout ce qui peut contribuer à le faire pafler pour un trés-puiflant Roy. Il fe dit Prêtre i caufe du Cicrifice de l'Autel , 8c Roy par rappon a la juftice & â la droiture. Il par- ie ae S. Thomas conformément aux fa- bles des indiens ) Se fur la fin de fà Let- tre y il pnt le Roy de lui envoyer quelque vaillant Chevalier qui foit de Ugmtration dt France. Ce font fos termes.

Mais il n'eft pas difficile de voir que cette Lettre a été fiippofée , & qu elle n'a pas été écrite par Ounghcan. Les Nefto* riens qui étoient en grand nombre en ce païs-la ,où ils avoicnt été établis dés Tarn' de grâce 737* par des Miffionnîûres de Mouflbl éc de Bâfra , en ont été les Au- teur5. Ils avoient fait répandre par leurs haiiSaixçs chez tous lesChrécieas ». qu'iU

L

V

DE Gen^hizcan. 3î

àvoient converti la plupart des peuples de An. gu la Scythie > & même le plus puiflànt des JJ 7 ot Rois qui y règnoient; que k converlion de ^|* ce Prince étoir telle qu'il s'ctoit fait Prc- ^ '' trc , & qu il avoit pris le nom^e Jean. Ils ajoutèrent ces circonftances pour rendre leur fable plus vrai-fëmblable , de ils com- pofcrent ces Lettres fiiperbes pour faire valoir le faux zélé de la Sefte Neftorien- ne , & fe faire loiicr d'avoir attiré un fi grand Prince au Çhti^anifine.

Toute rutiKté que l'on peut tirer de ces Lettres pour rhiftoîre; c'eft qu'elles font connoître qu'on, étoit perftiadc y quand elles ont paru, qiie ce Koy étoit un très-grand PrincejiCkrétien & Prêtre mê« iae# II'Cc trouve encore une Letnre du Pa- pe y qiri l'appelle Prêtre tres-feint. Il n'y a pourtant pas d'apparence qu'il ait été chré- tien , bien qu'il fbuffrit chez lui les Chré- tiens , d Se que quelques peuples de {on MathUk obcïflance euffent embrafle le Chriffia- J^J^^^'J* liifine , & qu'il leur eut permis d'avoir .^uSl^ às,s Eveques, Ce qu li y a de véritable > ùffimum^ c'eft que ce Roy étoit le plus confiderablc. KuhrMr^

a Et voMbam eiâm Neftorinm Regemfchannem C^ plus dieehant de iffo in d$eUflo quam vert « tas effet. Sic ergo exivit magna fam^t de iUa Rege /ohanne , è» efunndo "fto tfanfivi fer faf» au ejus i, nnUm Àl$imd [Mékt de ep »ifi Nefi^ tisni (atiçi^

J4 HîSTOiRï

An gr Can duPaïs de Caracatay. Un gfand 1 1 7 o. nombre de Souverains lui payoient tribut* Heg. Abulfarage a remarqué qu'il commandoit 5^^' même aux Turcs Orientaux 5 mais ceft que de (on tems on appelloit Turcs la plu- part des peuples de la Tarcarie , encore qu'ils ne fuilenc pas de Turquefbin. ConJe- a Ounghcan ctoit de la Nation des Ke- ^*^' raïtes , de qui dépendoiem les peuples de Gelaïr ,& de Tendouc,qui pofledoient les païs les plus étendus du Caracatay.La Ca* ^ prtale de Ces Etats ctoit la ville de Caraco-

roni>fîtuée à dix ou douze journées du lieu où Temugin tint fâ preitiierc Cour , & en- nuhru- viron à vingt journées de la Chine, b Elle ifnij. devint après Ounghcan le fé jour des Em- pereurs Mogols. Temugin s'y établit , & fes fuccefleurs en firent la principale Ville Abulfa- de leur Empire, c L'Empereur Oftay- ^f^ie% Caan ,trqificme fils de Genghizcan > la fie rebâtir après fbn expédition de la Chine > Se lui donna le nom d'Ourdoubaleg. Cette digreflion ma paru neceflâire

m Ouncghan qui ccoît le Commandant de hi lïatioii Kcraitc.

h Ounghcan erMt Dommus cHJufdam viUul'ê qut, dicitur Carteorcm pofulnm hébens fuhfequi dicehantur Krit , Mèrkit.

c Et il arriva à Ton ancienne patrie , où il bâtît cuie Ville quMl appella Oardûubaleg, & c*cft b Ville de Car^coxom*

DE GenGHIZCAnI ^

pcFur faire connoître quel étoit Ounghcan An. gr. a laCour duquelTemugîn chercha un afi- » » 74% le contre la perfecarion de fes voifins.Re- "^8* venons à ce dernier Prince, a II arriva fort ^ ^ hcureufement à Caracorona ^ fous la con- j^^^fi^ duke de Carafchar Név^an , Tan de grâce - 117 4. Il pouvoir être alors dans iâ vingtiè- me année. ^ Ounghcan le reçut agréable- ment, ÔC lui donna d'abord tous les témoi«^ gnages imaginables d'amitié , à caufe des lervices importans que lui avoic rendus le feu Can Pifoiica. Temugin répondit avec refpeâ: aux honnêtetez du Roy , & vit bien- tôt ce que l'on voit dans toutes les Cours,ies Courtifens s'emprcflcr d'autant plus à Jui plaire , que le Souverain faifolt plusparoitre d eftime Se d'afFedion poi^ lui.

Quelques jours après fon arrivée , Ca- tafchar demanda une audiance particu- -^^^/^ Kere pour fon Maître, & l'obtint, c Ce ^^^'* Gouverneur fit au Roy un long récit des Jnjuftices & des perfécutions que les Cans Mogols avotent faites à. ce jeune Prince depuis la mort de Pifouca , & il finit en le priant de vouloir le foufitir dans ùl Cour»

a Caracorom fignifîc Je Cable noir.

h Temugin à U Cour d'Ounghcan Roy des Ke« jraïtcs.

V c II /c cfot au fervîce d'Ounghcan juf<^u*i ce ^a'il eue acceiac Tâge yîril^

)6 HtSTOiRÉ •

An. gr. jufqu à ce qu'il fut en âge de fe ircng&ti 1 1 74« Tcmugin après que fon Gouverneur eut ^^8- parle, afliira le Roy de fbn obe tilance > ^^^' & lui dit qu'il fe dcvoiiok àfpn ièrvice» V Ounghcan c^eflk le jeune Prince , lui ac- corda fà prûtçâion , & lui prcmiit non feu*- Jenxent de faire cefler la perfecution des Cans contre fa tribu d'Yeca Mogol > qui . li)i ^voit toujours été fidèle , mais encore de faire rentrer dans ion devoir celle de Nkon Cayat. Enfin il lui fit toiEs< les bons traitemens qu'il devoir attendre' d'un Roy

3ui vouloit lui tenir lieu de père. Il ajouta e nouveaux Officiers à ceux qu'il avok déjà , &: ne fe contentant pas de lui ren- dre tous les honneurs poffibles, il envoya des perfbnnes de (a Cour vers les Cans les plus ennemis de Temugin , pour les menacer de Ibiji indignation , & leiu: dé- clarer la guerre, s'ils continuoienc leurs hoftilitcz.

Carafchar à la vérité avoit beaucoup id'e/prit , & ce &t (ans doute par les corv« . feils de ce fçavant Gouverneur , que le . jeune Prince Mogol devint en peu de teips capable des premiers emplois» Ounghcaa l'en honora. Il continua de l'appellcr fon , fils , & l'élevant audeflus des Princes mê- mes de fon fang , il lui confia la conduite

4e h guene qu'il avoit contre Iç Cm. dç

D 1 O E ÎT G H t Z C A K. 37

•Yehdouc. Temugin fit éclater fon cou- An. gr. rage dans cette ^are , & quelques Cans 1 1 7 r% Mogots qui refuferent dans la fuite de^^S* payer les tributs ordinaires au Roy des ^ ^ ^* Keraïtes , éprouvèrent auflî fa valeur. Il fc conduifit dans toutes les occafîons avec tant d'habileté, qu Ounghcan n entreprc- noit plus tien fans le confulter.

- Tous ces heureux fuccés & la confian- . ce que le Roy avoit en ce jeune Prince - Mogol , fembloit devoir raflîirer d une £iveur confiante j mais fa vertu lui rufcita des ennemis encore plus dangereux que ceux qui lavoicnt obligé d'abandonner j(ès Etats.

La Princeflc Ouifoubugîne , fille du Roy , charmée de la valeur de Temugin , prit de l'amitié pour lui , 4 & méprila la AhutcAÏf recherche de Gemouca Can dé la Tribu ?• *• ^* >« de Jagerat , ^ui la faifbic demander avec beaucoup d'inftances. Ounghcan la don« m au Pince Mogol , ^ & ce mariage fe fit Ahulcaît avec autant de pompe , que fi c'eut été p . ^i. /j^ celui du Grand Gan même. Gemouca ne le vit pas tranquillement. Il aimoit la

« Gemoaca «étoic amoureux de OuifoolougU PC 9 mais clic aîmoît Gexighizcan.

^Geoghizcan époufa la Princeflc ^ Gemouca en fur jâovLx » & ic pcr4it if^ûi Tcff rie du Grand

}8^ HlSTOIRH

An. gt. Princefle ; on la lai avoît refufee. Sofï. 117^. amour & {on honneur ofFcnfcs lui inipi- ^^* rcrent le detfein de fe venger première-^ ^^ ^ ' ment de fon rival , & enfiiite du Roy dcf

Keraïces.

MMrrs^ MarraKefchr célèbre Auteur Arabe dit :

é*/^*'- >9 oue le feu de l'envie s'alluma dans le cœur

^> de ceux qui environnoient le Grand Can,

>y Qu'ils inventèrent des rufcs de I)emons ,

» pour détruire dans ibn e(prit le PrinceMo*

3> gol : que (èmblables à d'habiles chaiTcurs

» lis lui tendirent des pièges, & n epargne-

»> rent rien pour couder la corde de l'union

'> qui l'attachoit au Roy. Ce font les pro*

près termes de MarraKefchi.

Cmju' Gemoucâ donc amant jaloux & deref"

rauo» pgj^ ^ trouva j&ns peine des gens difpofés

^J^^/^^ *" a féconder & fureur. Mille envieux s of-

j^irenfà fervir fa vengeance. Cependant

quoique tous, conjurez contre Temugin ,

& malgré Timpatience qu'ils avoient de le

perdre , il fe pailà pluueurs années fans

qu'ils puilent en venir à bout. La puif-

iance dû Prince Mogol que le Roy avoic

fait fon premier Mixuftre , {qs amis & (es

, ^ fèrvices rendirent long-tems leur reflen-

ra£i* timent inutile. 4 Mais le Grand Can â qui

M II étoit vaillant & ciaînt des ennemis i ce qui lui attira rcnvic de Tes pareils , qui le dcfleivi- reat auprès d'Oapghcan.

Ï)E Genghizcan. 59 jrîen îîc manquoit pour être parfait , que An. gr d'avoir de la fermeté dans fes fentimens ,117 jl fe laifla furprendre à la calomme dans la ^^8* fiiite. Néanmoins avant qu'il prêtât lo- ^^^* reille aux ennemis de Tcmugin , il arriva de grands évenemens.

TouiSta Béy Can des Merxites ctoitî la tête de ceux qui vouloicnt perdre le Prince Mogol Voyant que leur entreprife ne réiilfiflbit pas , il rompit avec Oungh- can> pour lui faire connoître jufqu a quel point Temugin lui étoit odieux ; Il fe joi- gnit aux Can des Tati joutes , &ils firent une Ligue fi forte, quils s'imaginèrent qu'indubitablement ils accableroient à la fois le beau-pere ^ le gendre. Ils reçu- rent dans leurs Afiemblées les ennemis même d'Ounghcan , avec ceux du Prince Mogol *) & afin que cette Ligue fut dura- ble , le Can dès Tanjoutes s'avifa de pro- poièr aux Confederez de confirmer leur uxûon par le ferment (blemnel S< ordi- naire aux Mogols.

Tous les Cans > les Emirs 9 ou leurs Serment Députes frappèrent de leur fabre un chc- ^^* Mû^ val entier , un bœuf fauvage ôc un chien , ^^^'* puis ils prononcèrent ces paroles : ODien, o Ctel^o Tern ! E contés U ferment ^»« hohs faifûm Centre Onnghçan & TemHgin. Si quelqHun de masTis if^rgnedam Pocca-

4^ Histoire

An, gr. fion , & maffjtie a U faroU ^H*il 4 donnh '^^11' dî Us ptrdre & dt Jivûurir Iturs (nnwdf "S* €ontrt €Hx , ijHil devienne cemme ces hêtes* " ^* Ce ferment foc long- tons fecret -, mais

enfin le Roy des Keraïces & le Prince Mo- gol en ayant été avertis par un Seigneur de la nation de Congorat ^ ils fè préparè- rent a faire la guerre & à prévenir leurs ennemis. Temugîn demanda à aller con- tre eux. La moitié de l'armée eut ordre de lui obéïr. Il joignit à ces troupes fës Mogols , & ayant élevé le Toughe y a il marcha du côté des Tanjoutes> dont il ap- prit des nouvelles par fes Efpions. Il fiir- prit par (on extrême diligence leur Com- mandant, qui fit tout fon poffiblepour évi« ter le combat, jufqu'â ce quequelques AI-» liez eufient joint (bn armée ; & qui tan- tôt en occupant des défilés dans les mon- tagnes où il fè retranchoit , & tantôt par d'autres rufès de guerre , amufa Tcmugin fi long-tems , que les Naïmans qui étoient de la Ligue des Cans , inftruits par leurs ÇAra0uls Coureurs que le Grand Can n'avoit pas auprès de lui toutes fes troupes , prirent le tems de cette expédition du Prince Mo- gol pour entrer dans les Etats même du Roy des Keraïtes : Et cette dernière en-

0 C'eft une longue pîauc au haut de laquelle il j a une quciie dç chçvaj,

trepiue

>

DE GBKGHIZCAN. 4^

.treprife fiit louvraged'un frère cadet d*- Ao. gr. Ounghcan nommé ErKccara , qui depuis ^ « ?•• plufîeurs années- s'écoic retiré chez les^^S' Naïmans. ^^^'^

Tayancan leur Roy accompagné de c& Prince mécontent attaqua brulquement le Grand Can^qui s'attei^it d'autant moins à cette irruption , que Tannée préceden* te il avoit fait la paix avec les Naïmans st des condixions-tresavantageufes pour eux^ Quoiqti£ furpriSyitne laîfla pas de vouloir leut réfafter y mak ce fut inutilement , ce malheureux Roy après un combat zQ^s^ long , fe trouva dansla neceflité de prent" dre la fuite» pour ne pas tomber encre les' Rialns de fcs-ennemis^ La plus grande par-^ cîe de ks^ SoIxktS' furent mes ou- bleues ,i ià Capitale fut pillée > & fon fcere EriCié- eara monta fur le trône des Keraïtes. Le leAe de fes tiK>upes' avec le Prince San^ coun Ibn fil$ fè retira dans les montagnes, fc Ounghcan par des chemins détournez, alla trouver ibn gendre qui étoic enfin fiir le point d'en venir aux mains avec ceuxà des Tanjoutes & leurs Alliez. >

. Le Prince Mogol fut aâez étonne de voir paroître dans (on camp le Roy des Keiiaïtes. Il lui fit des complimens de condolectnce ; mais il le confola en lui faW j&nt efpcrer une pleine vcngeaace. £9

Z'

J

41 HxSTOtRI

An. gr. effet, Ounghcan s*étant mis à la tcte difi 1 1 7 <>. corps de bataille , lui à l'aile gauche & un ^^5- Seigneur Keraïte à la droite , ils attaque- ^^^* rent vigoureufement les Tan joutes qui fe- <léfendirenc de même. La viâroire fut: long-tems incertaine, mais elle (e déclara pour Iç Grand Can ; car Temugin après: avoir ranimé les troupes par fes difcours ^ & plus encore par fon exemple , fbtv- dit fur les Confédérés avec tant de fu- rie , qu'il mit en de&rdre leur aît^ droite». Le refte de Tarmce du Roy à qui cet évc-* nement parut donner one vigueur nouvel^ le , fe jetta iur les ennemis avec tant d'im- petuofîté qu'on les enfonça*,& Ton fit un fii grand carnage des Tanjoutes , que cette- sation fut presque entièrement détruite.

Mais cette grande aâion ne (uffifoic fds. Il ËilkÂt rétablir Ounghcan & le- venger. Il chargea Temngtn de laver de- lîouyelles troupes* Ce jeune Prince don^ na fes ordres y & Fannée fiiivame par fes; ïbins. les Kci-aûes mirent fur pied une* {formidable armée* ;

Celle des .Cans confédérés ne fut pa^ ftbihsnotnbrcufe. Il y eut peu de Tan-* ^DUtes; majs en técocnpenifè Touâa Bé)C amena un grand nombre de Mer-Kites. It ^t auifi beauGOOp de Hordes^ des Mo^

# Urtc Horde eft'utrc tribu de Tartarct viraûl ^ tous cnfcoiblc &. habitant ibas des ccoccsg.

U Dirlighins Le Can des Naïmans j^^ gt. rendit en pcrfonne a la tece de (es i 179. >ut>es Se celtes des Tribus qu'Erxécara Heg. ok pour (à défenfe >augmencercuic con* ^^ ^* kraDlenjenr cette armée. .11 y eut d'abord qnelaies efcarmou* lies 9 & lavant-gardemeine depan Se *autre iè mêla plufieurs fi>is ôc fe battit vct tin avantage égal ; mais infênfible-* Ktit les deux armées iè voyant en pré* ence k rangèrent en bataille , & Temu-- ;in s^avançant i la tête de iês troupes; ommença le coiiibat. 11 fiic auifi-tôt iîii- fi de toute 1 armée. L'aûion fut très- rive 9 trés-opiniatre , & peut-être la plu« ^nglante dont Thlftoire ait fait mention^ Les Chefs des ennemis prirent la fuite > 6c km exemple entraîna toute leur armée«. On les furviit, 8c on en fit un fi grand earh^ , que toute la campagne fut rein* ledëlotffàng^ Dans cette déroute époi|« ▼entàbie > on ne (çait ce que devint Erxé^ tara 3 nmis le Grand Can Ton frère rentra viâx>rkux dans Caracorom , & (è récablk fur fbn crone Tan de grâce uj^.

Uine année miéi .cette viéh^ire ^tdaixe ^o* gf* GesiottcaCandelanaciondefai^Qiacpre-*!^^ , miér auteur de la guerre » Goujours mxotïxi f^ i» Tctnudn > & toujours d'intelligence avec le&Gms ^ués > obtint par rentre*-

Dii

/

44 HrsTorKi'

An gr. mife du PnnccSancoun la permiflioti' diét 1 1 « o. revenir à la G>iu: du Grand Gan.- Il nf ^j' foc pas plutôt arrivé qu'il s'attacha à ga- gner ranûdé de tous oeux que les exploits^ de TcRiugin avoient rendu^jâloux , & qui avouent déjà par de fburdbs*^ pratiques ef^ ùyé de dimiouei fon crédit. MsisM s ap^ pliqua fur tout âpkire au Prince Sancoun,^

auié toit encore jeune. Il entra facikhiene ans fa confidence , & il lui fit un portrait^ fi noir de Tenaugin , qu'il le lui rendh- odieux. Unenderneurapas-làillgroffir fa cabale >. redoubla £és intrigues , fit ré^ pandre plufieucs calomnies: contse le Prin* ce Mogol, fës amis les appuyèrent, &r Ton ne manqua pas de gens qui eurent Tadrcfie d'infpirer au jeune Sancoun le» fentimens qu'on lurvouioit donner. Ils lui firent accroire que Temugin étoit un ambitieux.9 qui n'avoit point d'autre bue que de. luLôcer la Couconnc des Keraïtes. Que pour y réiiflir , il; avoir ménagé une lècrete intell^ence avec Tayancan Roy» ^^Naïmans > dont il avoit éponfe la fille autrefi>is , & qui.éroic aâuellemcnt enne« ' 9Û du- Roy {JOQ père , & qu'il comptoit fut ce Gan*s)dotit le ièauirs lui^étoit afiùré. ^'JT' ; îîCes^difoours fnrcnc fiir le jeune Prîn- Heg. ^ ^^^ Keraïtcs toute l'imprcffioa que- jiai. Gcmouca fôuliaitoic qu'ils fifient* T&*»

DÉ G S H G H f 2 C A N; '^

imngîn ne pafla plus dans Ion cfprit que j^^^ ^^ \o\xc un traître. Il avertk par plufieurs i ^ %c^^ Lertres le Grand Can fon père de la' Hcg*- prétendue intelligence dont on lui avoio ; ^^t parlé , & n oublia rien pour lui ren^ dre le Prince Mogol fuipeû. Le Roy*. méprifa d^abord les avis de Saneoun. \i les regarda comme des difcours inf|>irési par Gemouca , & iàns- y faire aueune av tentioa, il continua d'aimer Temugin , ôc il l'employa même depuis dans plufieurs> occa/Tons. où il eut befoinde fà valeui: £6. 4e fâ capacité.

Mais enfin Sancotin & Gemouca , Tun^ agiflanr par crainte & l'autre par aver- fion y redoublèrent leurs efforts & fe dbn^ ncrent tant de peine ^ qu'ils, ébranlèrent f eiprit du Roy. Comme les troupes^ que commandoit le Prîncè Kcraïtc , & celle» quî reconnoifToient . les. ordres de Temo» gin étoient dans une même Province \ le^ inoîhdres mouvcmens des troupes .Mb- goles paffbient dans l'efprit de Sancoun- pour aes attentats. Ce jeune Prince vi^ yôi't dans une ihqiiiétudb & une. défiance continuelle. Il' envoyoit à toiis momens* des Coucriers à fbn père chargez de let*' très, par fefquelles iFne ceflbit de lui. xcndire /iifpeû le Prince Mogol. OungH-

can ne put iwx contre toutes, les iAftao»

An. gr. ^^ ^ '^'^ fi''^ ' ^"^ "^ conjuroît de s'auu-*'^ 1 1 ^ ïr. rer de la perfonne de Temiigin. Verita-^ W^S- biement ce ne fut pas fans violence qu'il ^^^* prit cette réfolutionj car outre qu'il ai- ÂkHlcMtr, mcrit la Princeflc fa fille y a le fouvenir des fervices qu'il avoît reçus de ce Prin- ce , faifoient dans fon ame une puif- fante diverfion. Cependant fon^ amour' pour fon fils l'emporta j & de peur qu uiv jour Temugin ne lui ravît la Couronne >; ^mme on le lui faîfoit appréhender , il fe détermina à Êiire arrêter fon gendre.

4j ta. Pïinccflç difoitàfon pcrc en pleurant :: inon maf i cit ûanocenc,, ne gcaïcz p^s fc« cn-^ vieux.

i— . I » i '**

CHAPITRE II L

Retraite de Temugin de la CQUrd^OHngh'* CM. Son premier coml^at contre lestrqu*^] fes de fin bean- pre. L es. Mûgols refn^ fent de fajtr tribut a Ounghcan. 71?-

■ tnuglk ejf dicîaré General dt lUrmiè; JMoffole*

An. gr. m Ç)^^ que Tes ennemis de T^^mngîin- ^^^ ^ • L-» furent aiTurés que le Ètoy des Kéraï- •89. î^s vouloir fe faifir de la perfonne de ce Ummie Prince, ils en eurent beaucoup de joy€*

CE Geïtghizcait. 47 §L Mais comme il arrive dans le cours dus ^„ ^^ chofès du monde , que les évenemens ne 1 1 ^ 5./ répondent pas toujours à nos dfeflèins ^ ôc ^eg. qu'ils confondent fouvent notre politi- ^8?' que , l'afFâire du Prince Mogol tourna d une autre manière qa Ounghcati & Ge* mouca ne refperoient.

Bâta & KifcheliK deux Efclaves di» Roy j b quelques Auteurs ont écrit qu'ils ^^rt^^ appartenoient à une vic^e Dame du Pa- kefchy^ lais, entendirent d'un endroit où ils étoient cachez , une partie du complot , 6c ht tout la réibiution cp'on avoir prife d'àrrê^ ter Teraugin, Ils fc rendirent en diligeil- ce dans la Horde où ce Prince campoit alors avec {es troupes, &c où on l'avoit envoyé 9 iôus prétexte qirc fa préfènce y étoit neceflaire -, mais en effet pour Yé^ toigner de la garde du Koy » dont tousi les Soldats adocotent le Prince Mogol y «ant àcauiè de feai belles aâions , que des pre&ns qu^il leur fa^ir fouvent. c Ces Ahd^ deux Efclaves ravenkcnt donc de pren*- »'^^«* ^e garde à lui , on dit même qu ils liû

« Genphizcan rcfla plus de dix-huîc ans aa fciyic€ (i'Oïinghcaii.

. b Oongfaoaa fe fâchant contre Jeux jeune» hon\m&$. \ ils fc réfugiereiic vers GenghizcaA> ijui Jcs reçut bien & les écouta.

c Ils Jui-<Iirent mémeie. tem où l!on d&voit: ^icnirraceablcx.

'Ad. gr. marquèrent le jour auquel on devoïc Tar^.

Jj^ ^ taquer.

^ufi Quoique Temugin eut de k peine

i croire les £{ciav«s , il ne laiflà pas de ks> remercier & de leur prometcre que dans toutes lesoccafions qui- Ce pré(ence« roient de les obliger» il reconnokroit Fat feâion*qu'ilrlul cémoignoient. Il con« fiilta même Carafchar & tes plus fidèles amis > & il £ic r^iblu entce-eu3& qu'ils ne iiazardeitoiem rien ; mais qu ils^ fe met- troient en erabuTcade ^ & que & Ton ve- ^oit les attaquer , ils fè dé&ndroient vail«- •Jammenr.' Comme cetotc (bus Ùl tente, feivant le râp^rt des Enclaves , que k Prince Mogol devoit être anêté^U ordoni- xia qu'on en retirât tout ce qu'il y avoic de meilleur , qu'on laissât les pavillons tendtis , qu'on en fît Ibrtir là famille avec tous les Officiers de fâ maifon , & que l'oa y fît du feu toute la nuit. Enfuite il mar- €ha,fiiivide ce qu'il avoit de gens de gueiv

ve , pour aller occuper un défile. . Ses Officiers n'eurent pas pliicôt exé* cuté fès ordres , que les troupes d'Oungh- ean qui avoient marché toute la- nuit » ar^ •rivèrent. EHes étoicnt plus nombreufes que celles de Temugin,' &Sancoun ôè Gemouca ctoîent â leur tète. Les Pritt- çes coururent à. bride abattue contre les

pavillons

Sâvjilpmlipi'ik vkeot tendas>&: fotiédkh- An. gr; tés, a &^;aflîachaniLiparîiculierenient â la i^ ^ ^* tente du Prince Môgol » ils tirèrent une ^^' prodigieufè quantité de flèches*, ils ne dou- idarro^ toîent £as .qaerlcs cr» des bleflcs ne dé- kefchy. côuvriflèdt bien.-* tôt l'efîtiemi rq» ils chcr- choient ; ix^ais. As furent .affés fiii^is de n'entendre aiacune voix* Ils entrent , ils ne voyentper/ônne fous les texites \ ils s'i- maginent que la crainte a fait prendre la fuite au Prince Mogoi 0 iU ie réfolvent à IçL.pwrfiiivre 3 Se le regardant moins comme im :enr^«ni qu'â^ cudibnt à com- battre > que o^me. un homme effrayé qui "cherçhok à leur éckâppçr , ils mat - cberent fur fes t|:açes , fans fe foucier de £iire garder les rangs aux Soldats qui ref- fembloient moins à une armée , qu'à une multitude copfufe d'hommes &c de che- vaux.

Cependant Temugîn n ctoît pas à plus de deux ou trois lieues de fph camp. Il ctoit pofté .au pied d'une montagne dans un défilé appelle Ghermçghah » couvert d'un bois , & il avoir un ruiffeau devant lui* Mais quand il vit que fes ennemis

' a 'Ils CQururent & perccrent les tentes de leurs Bêches, mais ils n'y trouvèrent |>cr(onnc j ils envoycrent .des dibtachemcns api es lui ^ mais ils ne le rcaco^trcrcnt pas,

E

50 HisroiRf. r

I An. gr. venoient à lui pèle tnèlcr, il jp^ilii le nii& [ 119 5' feau , & les chargea^ bra(ic|aenietit/qu ily ^^' n'eurent pas le tems de fe rcconnoStre. Il augmenta le defbrdre qui étoit déjà par* mi eux \ de ibrte que les troupes d'Oungb^ can après : une afiiés foible^ réfiftance pri^ renclafiuce. Ils perdirent Uffigrandinooi^ bre de Soldats & beaucoop d'&fficiers» Le Prinee a S«icoun lui^mcme^ ^reçue un coup de âcchèau viËigey fie fut obligé de le âuvet à Caracorom arec tous ceuiç Mirconde^^^ purent à:bapper du combat. Cette aâion fe pafia dans l'année p^i Temu* gin n'avoit pas fix mille hommes , 8c Von afliite qu'il en défit dix mille/. Upouvojit avoir alors quarante ans. Marra- Ce premier combat fut ^>inme le pré{à« kefiki» ge d'une infinifé d'autres victoires. Quand w la Providence divine, dît lin Poète Arabe, 93 jette fiir toi le cable du bonheur, tomes les 99 créatures concourent à te rendre h^epreux» 9> Tes ennemis mêmes y contribuent i ôc s'il 9> fe préfente quelque difficulté , la fbrmne w prend foin de la lever- G'cft ce qui aniva dans la iiiite ait Pritice Mogol ; ceux qui . voulutene l'abaiilèr , furent caufe de (on élévation. Il fembloit qu'il eût befoindc leur haine ôc de leur jaloufie pour s'établir,

^ d Sftncoun y ft}t bleffé , êc un grand Qombr« de Kcra'ûcs 7 fat eue.

(

Tbfi GËNGHt^CAN. fr

,15 le Grand Can ne fe fut pas laifle préve- An gtf/

^

nir contre lui , ce Prince qui avoit déjà de- ^^9 i meure dans fa Cour àix • neuf ans, y auroît ^S- ^afTé le refte de (à vie dans les emplois

<ju'il y exerçoit , & fe feroit contente d c- tre un Can dépendant. Msâs Dieu vouloit «'en fervir pour punir l'Afie , dont les cri- mes Tavoient armé contre elle.

Apres cette bataille , il ne fongea plus «qu à fe mettre à couvert des infultes que ies ennemis lui pourroîent faire dans la fiiîte , & qu'à s'ouvrir un chemin au trô- ne. Il fe xerira d'abord auprès du Lac Baljouta. » Il atTembla là tous fes parens Mîfcond/t Se tes amis , & comme la journée de Cher- mcghah avoit donné un not^H éclat à fon nom , tous les mécontens de la Cour des Keraïtes ne njanquerent pas de s'aller join- <lre à lui. h II arriva dans (on c^a}p des jhoul'^ corps entiers dé troiq)es qui avoiem fer- cain^ vi lous fes ordres , èc tous lui ofFriredt leurs fervices & leur vie.

Lors qu'il fe vit une armée afTéspuit' fante pour exécuter fes grands defleins, H s'éloi^ha du Lac Baljouta , & alla camper vers les frontières de la Chine ,

a Quelques- uns U nommeiic Fomainc d'eaa CiJée.

h Se retira du champ de bataille aii bord du Lac Baljouta , c*écoit un Lac làlé , di qui h'av^t gucics^'cau.

ji HrsTOïRï

fux. gr. fur les rives du Fleuve Cacoul a au pie4f* 11^5* d'une cres- haute montagne. Il demeura ^^8' ià pluiîeurs mois qu'il employa fort utilcr f^^' jnent/, car il acheva de mettre ks Offi- ciers & Tes Soldats dans la di(pofiuon qu'il .{buhaitoit , par les promeflls qu'il leur fie à chacun en paràauier. Il donna auflî à fês amis de nouvelles efperances 9 (î bien que toute Ton armée fè trouvant difpofée a le fuivre par tout où il voudroit la con* duire *, il décampa , ^ prit le chemin do. Mogoliftan , Ci patrie.

Ses Sujets dTe^a Mogol le reçurent comme un Prince qu'ils aimoient & qu'ils n'avoient perdu qu'à regret : tous les peu- ples de NiraK Cayat lui envoyèrent des Députez. Qiielques-uns même des plus confîderables d'entre- eux l'allerent teli- dter fur fon heureux retour , 6c lui offrir leurs iècours , s'il en avoir befein. Il les remercia tous de leur bonne volonté > re- tint ceux qui liû parurent finceres , 6c prît avec eux des mefurcs pour (è venger de Uirtçnd* (ts ennemis, b II fut d'abord réfolu dans Son Confeil quon publieroit dans touteç

/» On k nomme auflî Catamouran. i. e. Le rlcuvc Jaune. Croceus 'Bluyius. " b II refta quelque cems auprès du Lac Bai:* . jottca^puis décampa & alla camper aux frontic"- xcs de la Chine > Tui le bord d'un Fkuyc qui COU;^ le au fic4 d'une Montagne.

Hé G»wr,iîrzdÂîif* ^

les Provinces Mogoles une defenfe de An gK payer au Grand Can les tributs ordinaires.* 1} ^ ** Mais avant cette publication^ il fit fonder ^^^^ Telprit des peuples , & comme il reconnut qu'ils craignoient la puiflance d'Oungh- CourouU can, il convoqua plufieurs Diètes pour dif- "*> flper leur crainte.^^ La plupart ne manquè- rent pi^s de s'y trouver. Il leur expofa l'eC» clavage où ils gémidbient depuis fi long* tems* La tyrannie qu'exerçoit fiir eux non .. feulement le Roy des Keraïtes j mais --•• encore fes amis , aùfquels ils paybîent de **

grands tributs. Il leur reprcfenta qu'il ne tenoit qu a eux de (è délivrer d une perfë-^ cucion fi cruelle : que les Mogols leurs* Compatriotes qu'il avoit eus pour Com-* pagnons de (a dernière vidtoire, fçavoient Wen que leur perfecuteur n'étoit pas in-* vincible \ qu'ayant à leur tête un Chef qui avoit tant de fois vaincu pour leur en- nemi , ils ne djcvoient pas douter qu'il ne vainquît pour eux^ qui étoicnt fes Sujets .&{èsamis. Enfiil comme il connoiflbit le pouvoir que la Religion a fur le peuple 5 il finit en difant que l'entreprife importan- te dont u les entretenoit , ne venoit.pas t? ^ de lui ; que c'étoit Dieu même qiî la lui ^*^ avoit infpirce , pour leur ôter le joug qui ks accahloit. Gcs paroles de Temugin firent tant

59^

f4 HrsrorRB

An. gr. d'iraprcffion fur leiprit des peuples , qoîf 11 9 S' toute rAflcmblce applaudit à ce Prince,*:* ^^* promit de lui obéir. Quand il fut a(Turé de la bonne volonté de fès Sujets d'Yeca Mogol & de Niion Cayat , il leva feule- ment quatre mille cinq cens hommes , quil joignk à ceux qu'il avoit déjà. Il envoya propofèr une Ligue au Chef dé la Nation de Congorat (on beau-frere s car' km beatt-pere étoic mort , & il ât un trai^ té avec ce Prince , de Bieme qu'avec les; Cans de la Narbn de Courlas. Pour ceux de Soumogol , appelles auffi Tar- tares , ils rcfofcrem d'entrer dans la Li- gue y mais it les y contraignit par la force- des krmes» Les Cans de Mercat voyant de quelle manière il s'y prenoit , aimèrent fideux faire de bonne grâce ce qu'il exi^^ geoit d'eux qae d'y être contraims. Plu- iieursTributs a leur exemple fe rangèrent feus fes £nfe9gne^> malgré les fbllicita-*^ tions de quelques Can$ , & particulière- ment dt ceux de Merxit , dont Touâa-i^ béy ennemi mortel de la maUbn de Temu* gin étoit le plus puiflant^

Tous fes Cans de Soumogol , de Mer- cat , ddfCourlas , d' Ycca Mogol , de Ni- ron Cayat & d'autres encore , firent donc publier dans leurs Etats , qu'à l'avenir on me pâyeroit piqs rien i Ounghcan poux:

r î|uelque caufe & fous quelque prétexte An. p que ce pût être : En confequence de cette ii ^ ^* déclararion , les peu^cs de toiites ces Na- ^^J lions ropipircm lei Bureaux ,& chaflèrent tous les Receveurs du Rof d^^s Keraïtes, ^{^^//^^ Tous ces exadeuts retparn^ffm à Cara- paytr tri- corom pour do^nner ixsris àJta Gom de ce€«- hut à te rébellion. Oung h-.

Ounghcan fe fervît detous lesmoyetis ^^^* poffiblas pour obliger 4es pedfô Spuve*- raxns à rentrer dans let» devoir ^ niais H n'en put venir à bo&t, 8c defeipecant dé les gagner par la douceur , il ^déchar^a de toutes fortes d'^icnpoâtbns la Nation de MerKit qui ne s'étoit point révoltée ; il fit de grandes promeflès à Touékabéy , qai en étoic le Can prîaapdi yS^îik âata que ce nouveau parti de Mogols balatu^^^ toit la puiiËuiçe des autr^»

Il eft vray que Tetnugin eut f ad«eâe ^o. gr. de re^ndre inutiles les menaces & les pro- î/ ^7** meflcs que le Grand Can fit tour à tour , ^* pour intimider les peuples » ou pour les regagner r II içut aum fi bien garder ks frontières & celks de fes Alliés , que frs Ennemis n'y purent péctétrer. Enfin telle fut Gi conduite , que t<^tes les Nations de fon parti le regardèrent comme leur li- bérateur. Néanmoins quelque envie qu'il m de faire la guerre , il ne laifTa pas de

£ luj

V

ifi H I s T O I Air

A a gt. conièiller aur autres Cans d'envoyer xttÇ- 3/^7* Ambailàdeur 4 au Roy des Kéraïces pour' Ij^ lui propdfer un accoramodement , à con- . dition qu'ils ferofîent déchargés de tout'

wr p. 4I ™P^^ » ^*"fi ^^ 1^ Nââen de MerKtr. Toos-ks Cans lui abrindc^nerént !e fbîit de cette affaire ) en lui proteftantdetrou-' ▼er bon coût ce qu'il feroit. Temugin' jettâ les yeux fur un homme appelle Arni- joun , ( Fadlallah le nomme ainfi. ) IH lui donna toutes lés inftruâîons neceflai* res ôc le fit partir en diligence , quoique' peut-être dans le fonds-, il eût moins* d'envie d'avoir la paix que de faire paroî- tre qu'il la fbuhaitoit. Auffi-tôt queTAm- bafladeur fut arrivé à la Cour des Keraï- ces-, il demanda audiance > 9c l'obtint. IP repré(j»ita d'abord au Roy , fiiivant l'or- dre iqu il en avoir , les fervices à* lui ren-- dus par VîùmoL : Il le fit enfuite reflbuve- nir que contre là parole qu'il avoir don-- née à Temvigm , de ne point croire ceux' qui lui voudroient rendre ia fidélité fuf- pe£be , il avoir ajouté foy aux dîfeours de- fes Ennemis, fans approfondir leurs im- . poftures , & Éms avoir égard à fes fervî-- ces , dont fl n'oublia pas de feire un afles.* long détail. Il le pria enfin de donner la

* Ils envoyèrent un Ambafladcuc, mais U: paixuçfc fit point.

tf E 6 E K G H I 2 C A N. * j^

Tffàit aux Mogols, Se de rendre fon ami- An. gïi^' tiéi fon gendre qiii ne Faûroît jamais pet- J^ ^ 7.'.' due , s'il n'eutpoint eu d'enheniis, ^^* .

On né fit point de répl>nfe à l' Ambaf- 6deur.' L'affaire fiirremife à k délibéra- tion du ÇonfeiL Arnijourf fe retira fous fes tentes , où»fes ahiîis> de Gcmouca & les perfonnes attachées à SancoUit , ne man^ quérent pas^^de lui faire fouffrir mille in- dignités* Il eut beau s'en plaindre, on ne lui en fit aucune fatisfaétioni II de- meura une année entière a déVorei? fes dé- plaifirs : On remettoit de mois en moii à lui faire réponfe, & on ne laid faifoit point. Il perdit toutefois patience^. Il aver- tît ion Maître de tout ce qui fe padbit. Temugin lui envoya ordre de révenir, après avoir fait encore un ef&>rt pour obli- ger le Roy a s'expliquer»-

a Ounghcàn auroit volontiers cônfentî à Mircofn< cette paix ; mais le Prince fon fils qui nour- ^^* riflbit encore les foupçons que Gemouc* lui' a voit infpirés , Se dont la haine pour Temugin, fembfoit avoir été' augmentée , par fa défaite , trav^rfâ cette négociation,. & Icmpêcha de réiiflîr. Sancoun étoît de ces écrits entctez, qui ne reviennenc>

a Verîcablement Ounghcàn vouloic la pafx y> mais Coq fils Saacoun s*)r op^pofa de tout foa^ (ouvoir.

j^Q gr. jamais quand on les a une fois prévetil£^^

Il 97. Il porta lui-même la parole , 6c dit à l'ÂnH

Hcg* bailâdeur cgje les Mogois ne devoienc

^^^' point efperer de paix , qu'en fe foumet-

tant d tout ce qu'on veudroit exiger d'euzy

Wfconde ^^'^ ^'%^d de Temugin 4 il ne vouloic

point en ent«ndr^parleF> ni le vpk que le»

armes â la main.

Une répooic fi âere obligea F Ambaflà^ deur Ârnijoun à (t retirer , & lorfi]ue do^ retour au Mc^liftan-, il rendit com^ pte de fâ négociation aux Princes Confe^ derés > ils furent tous fi choqiaés de la: kauteur du Grand Can-, qu'ils firent de nouvelles proteftations de fecoiret le joug. Ils fe promirent encore une fidélité invio^^ liable , & prirent le Ciel à témoin 4e leurs/ £brmens. Ils fe préparèrent enfuite a faire la guerre , & Temugin ravî de voir tour- ner les chofês au gré de its fi>uhaits , fe difpofà à juftifier la confiance qae fes Al'^ bés avoient en fim habHeté. *"• g^- Dés Tannée Tuivante noo»;' Sancoun» •^ ° °* pour ne pas démentir fa fierté , ne nun* / $7. 9^^ P^^ d'envoyer des troupes dans le Mo- goliitan pour y faire des courtes > & jettec TefFroy dans l'aime des Rebelles ; mais (on attente fiit trompée. Ses Ennemis fe dé-

i» Sancouii die ^ iln'y aura entre TcinugiQfi& nous auevuie raifon <^ae le Cabre,

v^

DE Gek'ghiîcaïI. 5j> fendirent courageufement. Il cft vrai que ^o* ^"^^ cette année on ne fit pas de part & d'au- 1/ ^ ^" tre de grands exploits. Il ne fe pallà rien ^^* de cotmdcrable. Cependant les Mogols battirent toujours- les partis qu'ils rencon- trèrent , & TFemugin ne laifl^as d'ac- quérir de la gloire.

Le Grand Can irrité du niauvuii fuccéS' de fês armes dans le Mogoriftan , & Te fèn« tant ofFenfé de fa rcfiftanee de ces petits- Souveraine Allies , fit lever àts troupes dans tous les Païs de fon obeï^Hince. Il tira plus^ de trente mille hommes de fes^ Provinces de Turqueftan , de Tendouc , & des autres lieux dépendans du Royau- me de Gelaïr. Néanmoins tandis que ces- nouvelles troupes marchoient vers Cara^ corom pour fe joindre à celles de Caraca» tay , & aux autres qu'il ayoit déjà fur pied , il envoya (bnvner les Mogols de fe foumettre au plutôt , menaçant de les trai^ ter avec £a dernière rigueur > s51$ ne ren* troient dansiléuf devoir , ic leur promet- tant au- contraure toute forte de fàtisfac- tibn s'ils s'en remeitoient à fà démets ce, & pré venoîent les effixts (^'il alloic Élire pour tes punir.

Cette démarche du Roy des Kei*aïtes étoit capable d'ébranler la fermeté des (Con&derés 5 mais Temugin dépêcha

£4 ii isr ori^i:

Xch gr. auffi-tôt des Envoyés de tous cotez , {ioSÉT iioo. perfiiaderaux Mpgols qu Ôunghcan no' *^*^S- leur faifok de belles^ promefles que poiii? ^^ ^* les fuiprendre , & qu'il falloir s'en défier, il ne fe conienta pas de leur faire reprcfen- ter par d# EnVoyé&ée qu'il avoit à leur diireià-defTus , il convoqua même a Man- querule une aflettiUée à laquelle il convia tous lesCans intereflez. Auflîtot qu'ils fa-* rent toiis enfèmble^il les informa de' ce qui ie paflbit à Caracorotn. Il leur mohtra deâ Lettres qu'il avoir reçues de (çs- Gorref-' pondans , & il les afliira qiîe ce qù'cUesr contcnoient lui avoit été confirme par fesf Èfpions ; c'eft-à-dire que le Roy des Kc^ i^aïtes & le Prince fon fils avoient juré la perte des Cans alliésrqu'ils les regardoicnt déjà comme leurs Efelave^î , & qu'ils ctoient rcfolus de mettre tout à feu & à £ing dans lespaïf Mo2ols : Ils ne nous promettent, ajouta- t-ii, de bonsf traite- mens , que parce qu'ils nous voyeiit les' armes à lattiain & en état de nous défen-*- , dre* Ils voudroient que nous eufiîons là foibleflè de lescraindre, ouque nous fuP fions afles crédules pour les écouter. Ah! loin de nous livrer lâchement à nos enrie-* Ibis , croyesc-ttK>y ,rtiépiifons leurs mena- ces & Icursr promeflls, & n'appréhendons rien pendant que nous demeurerons^danS' Uhe pàifaice union4

4>E GeKGHIZCAK. itfj

. .-Quelques Cans furent d'abord d*avis An. gr; jqii'on acceptât la propofition du Roy des f^ ^ i' Keraïtes , mais les autres moins timides re^- ^|* jetterent cette opinion , & il fiit arrête jcuîni dans la Dicte que chacun mettroit en canv d/ins /«r j)agne autant d'hommes que fa Tribu en hauj^uff^ pourroit fournir : que la moitié des trou- ^^^* pes de la nation de Mereat , demeureroit dans le Païs pour obferver la nation de MerKit : qu'on feroit la guarre avec toute la vigueur poffible , & qu'enfin Temu-

fin auroit le Commandement gênerai de armée. On préfenta fiir le cluimp à ce Prince le Topouz y d mais il ne le voulut point aç^ cepcer > qu'à condition qu'on obéïroit uni- quement a Ces ordres , Se qu'il auroit le pouvoir de faire châtier ceux qui ne fe-> roient pas leur devoir. On lui accorda jtouc ce qu'il voulut , & alors il reçut la fnarque du Generalat. A Après cela cha^ cun s'en retourna dans fon Païs , & ne longea plus qu'à mettre fes troupes eq état de marcher au rendes- vous.

Quoique Temugin nd^t pas lieu de foupçonner la fidélité des gens de fa Na^

V». C eft le Bâton de CommaDdement. Unç joaiTuë faite d'une manière particulière.

^ Ce fat ca XI 01. que cette rêfolution fuc

éx H'ISTOtUî

J\n. g. non ) cependant pour s'en afTurer encd^

1» o X. j-g davantage , & pour engager fortement

I* dans fes intérêts tous ceux qui dévoient

♦combattre fous fes ordres^ leur fit des lar-

gefles.U voulut auffi montrer qu'il Içavoit

leconnoître les fervices ; comme il devoir

la vie aux deux Enclaves d'Ounghcan qui

'l'étoient venu avetrir du delTein de ce

Koy y il confeflà publiquement l'obliga^

tion qu'il leur avoit \ il leur donna les

Içiianges qu'ils mericoient , leur fit des

Niprelèns confiderables > ^letu: accorda des

rionneurs extraordinaires, il les déclara

JUârra- Tercam , a affigtia un fonds pour leur

*f/'*7- fubfiftance i les eicempta eux & leurs en-

Abulfâ' f^^ jg ÇQ^. fqbficie ^ If & avec le pou-

^^^^' voir de toucher les premiers au butin , qm fe feroit pendant la guerre , il leur donna le privilège de n'être point tenus de par-^ tager leur butin avec les Receveurs Si Doiianiers du Prince : Outre tous ces

A Ceft une qualité qu'on «lonnoit chez lt% ITartares 6c les Mogols i ceux qui avoienc re< .{U du Prince par Qidonnance fpeciale quelques privilèges 6c avantages qui les diftinguoicnc àcs autres.

b Le Tercâncftexemt de tous droits. Il ne partage (on butin avec perfbnne ^ ni avec \z% Douaniers du Prince. Il entre chez le Roy fans |>ermifEon : on lui pardonne jurqu'à ueut fois pour quelque faute que çc ibic.

^

iVâlîtages , il leur permit d'entrer quand An. gq Us voudroient fous la Tente du Prince , '^ ® '« fans être obligée d'en demander la per- ^^' miflîon à aucun de fes Officiers , Se ils lés déclara eacemts de punition pour rou<* tes les fautes qu'ils feraient ; à moins que !'on ne prouvât qu'ils les euiTent déjà com- toiCes neuf fois. Ajoutez à toutes ce$ grâces qu elles dévoient pafler aux dei^ cendans des deux Tercans jufqu'à la fep- tiéme , ôc félon cpelques Auteurs , jufqu I la neuvième génération.

Mais ce ne fiit pas (bulement enveril tes Efclaves qu'il fit paroître ùl reton-« noiflàJnce y il combla de bien tous ceuit qui avoîent quitté Ounghcan pour le fui* Irre. Il ckmit tnème pamu ceux-là fei Officiers Généraux > & il les honora dç &C0nfiimce.

Aii.gr.

I XX> Il

/9 9*

44 H I S T o I as

CHAPITKE IV.

Çmrrt dOimghcan cmtrt Us MogùlC M^rt de ce Roy & du Prince f on. fiU^ TemHgin procUmé EmPtrenr des, À£om gols ^ des Tartans, ér iCémns Nâ-* tions feftentrionaks iAfie*

TO u s CCS tcmoîgnagnes de rcccm- noiflance produiiîrent un eifet avan- tageux pour Tenmgtn. Us lui attkeienc on grand nombre de Soldats 1 & tous les Cans Mogols > exceptez ceuk que T6uc« tabéy & Gemouca avoient fait entrer dans le parti d'Ounghcan , en eurent plus d*ardeur à (èconder Tes dcfleins. Dés que leurs troupes furent ailèmblées, il nomma fes Lieutenans Generajux & ^s autres Officiers , & contre la coutume des Scy<- thés qui attaquoient leurs ennemis en fou- le , il divifà laimce en deux ailes > forma un centre > & fît de ks troupes particu- lières un corps de réfèrve , ce qu'il prati- qua toujours depuis : Comme la terreiu: iaifit fbuvent ccu^c qui (ont attaqués , il marcha vers les frontières du Grand Can, dont il apprit que l'armée étoit déjà en ipiouvcment , réfolu de lattaquer plu- tôt

'

DU GEKGHI2CAN. gf

iét que de fe tenir fiir la dcfenfive. An. ^r; • a Quoi qu'on ne fin point encore au 1 1 o x. ]?rintenis , le Roy des Keraïtts avoit déjà ^^S* mis (es troupes en campagne. Il les fit ^ ^J' , . marner a. grandes journées , fi- tôt qu il ^^j>^. fut averti que Temugin étoit dcja fiir fes* Terres ; mais tes équipages de fon armée étant plus riches , & par confequent plus' embarraflans que ceux des^ Mogols , ces^ derniers s'avancèrent jufqu'où ils vou- lurent s'arrêter. Ce fat dans une plaine* qu'on appelloit Tangut^ & qm^^pçzttc^ noie aux Keraïtes.

Temugin ayant appris en cet endroit que le Grand Can n etoit qu à trois lieuës & demie de là , fit* faire alte , & pour en- courager ks Soldats , il fe fêrvit d'Aftro- logues & de Magiciens. Marco Polo rap- porte que ce Prince ordonna de tenter le fort des Baguettes , ^ pour voir laquelle Voyaps'

deTheve*' M Geoghi:^an marcha avec l'armée Mogole. not liv. iv - Oanghcan marcha aiii& avec de nombrcufcs tfoupes;

6 Cette opération des Caimes a étéed ufage chez les Tarcares » & l'eft encore à prefent chc^ les Affriquains » chez les Tuccs & autres na- ttons Manometanes. Les Cojas ou Ecrivains des vaiCTeaux Cor(àires la fonc-ordinairement qaand lis doivent combattre, & c'cft ce qu'ils appel- lent faire /# Livre. Il cft vray qu'ils fe fervent glusfouventdc flèches. Deux hommes afTis à> terre ,. vi$*à>-Yis Tuo de Tattue, en cieDoei;^

€6 HiSTOritr

An. gr. des deux armées dévoie demeurer viScft^

1 1 o I. iieu(ès, & que cette opération m«^iquè

8- fe fit ainfi. a Les Magiciens prirent une

Mano Canne verte qu'ils fendirent en Ione>

taoh. pour en faire deux baguettes (]u ils pofe-

rent à terre , à quelque diftance Tune de^

l'autre > après avoir écrit fiir Ttme le nom

de Temugin ( qu'il appelle Cingis , ) &

fur Tautre d'Ounghcan ( qu'il nomme

•Umcan. Ils dirent enfoite au Prince Mo-

gol qu'ils aOoîent Ike leurs Conjurations ^

& que pendant cette feâure , les deux:

Cannes , par lapuiflance des Idoles , s'ap^

procheroient Tune de l'autre; qu'il y air-

roit entre -eïless un combat, & que celle

qui monteroit fur Tautre préfageroit la

viâoire au Prince donc le nom ièroit écrit

chacun deux du côté du fer, icsdcujc autres boucs s'engagent dans rouvcrcHfe ou l'on mec la coide de I*arc (|uand on veut ticer ;. de foue- quc Je* quatre flèches ne font que deux ligccs parallèles , commedeux baguettes^ Alors le Coja> £iîc la kébure d*ane certaine Oraiibn Arabe , 6c: jtls prétendent que pendant eettcle^lttre ces deux faites de llécbcs, éoac l'une repréfemc les C h r é» tiens , par exemple , & Taciw c les Turcs , s'ap- frochcnc malgré Ia.ré<iftancc de ceux qui les tiennent , de qu'après une cfpeccdc combat Tuf , ne s^éleve audefl'us de l'autre.

d Cing4s comândo alH (uoi Aftrologi & Iiican- iatorî cbe dovefl'ero dire quai cffercito doVee ^avcr Victoria. Coftoro prcfa una Canna vcxdc^ . jkitdinfero in due faxti pcr loiago.^ &lc«.

1

icSns* L'armée des Mogols voulut être An gt 'témoin de cetre opération. Les Magi- \} ^ riens lurent leur Livre , les deux baguet- J' tes furent bien-tot en mouvement \ elles s'approchent, fè touchent, combattent, 6c enfin celle d'Ounghcan demeura deâbùs. Ce prodige anima tellement les Mogols^ ic leur Chef j qu^ils marchèrent avec con* fiance contre Tarmée ennemie.

Mais les Keraïtes qui n'avoiènt pas^ SKK^ d'envie qu'eux de corbbattre , leur épargnèrent la moitié du chemin. Le Grand Can qui les commandoit en per-» tjtmc & le Prince (en Êls> iembloient leur promettre ane ybft^e affiutée. Le$ deux armées fertrQuVSam-^.préièiicc dans> h plaine , elles prii^ac > kte ^iitaDtage lir mieux qu'il leur fiât pdflibfe > & fiircnt ^ rangées en bat^k feloni'habileté de. leurs Chefe^ Un Auteur Pet (an voulam e^cprt^- tiirctudt mer le grand nombre de^ cômbartans qui tx>nipQkixfint les deux armées » fe fert d'o^ ne hypecbcrfe oricâtoie^ Itrdtr>qâe te licnniflemesir dès chevaux , fil les cris de» gens de gucfre obiij^ient le. Cie) i ie iouchdr les orcifles ; & qnd laiir jpar'i|s grand nembire de flèches qn'on tint d'»^ horà et part êc d'autre , fèirbbiii £tr&uh cfisunpdeCanKs iSs de Ho&ausu : T^B»^ aimoK i!aâiD a' harangua tti^

19$

Si Histoire

An ; gr. core une fois les Mogpls. Il leur parla' dvù j'i o 1. bonheur de la liberté & du malheur de* ^^^« lefclavage. Il leur reprcfenta qu'ils de-* voient dans cette grande journée être les artifans de leur bonne ou de leur mauvais fè fortune. Que le Grand Can les fai(bic

Î>a(Ier pour des Rebelles, mais qu'il fa* oit par une viâoire éclatante prouver i. tout le monde Imjuftice 'de leur ennemi » qui ufurpoit depuis long- tetns fur eux & fiir leurs Piinces légitimes une autorité à laquelle il ctoit honteux de demeurer £)umis«

Ounghcati ne manqua pas d exhorter «auffi les fiens à bien combattre , en leur remontrant que ks. Ennemis n'étoient pas a beaucoup prcs^ en fi grand nombre qu'- eux , ni n confommé^ dans l'Art milu taire. Ces Rebfllfs^ , difoient-ils , pren^ dront bUn-tot la fuite devant vous. Cent font fat des Soldats courageux & difciflî* neZi comme vous* Ce Pcmce fbnbloit avoir oublié que Temugin & la plupart de ceux dont il parlôit , n'ignoroient pas l'Art de la guerre. Il auroit fait d (es troupes un plus long^difcours, fi les Mogols lui en -euflènt donné le tems. Mais < le Prince iCarafchar Nevian qui commandoit l'a^ vant- garde de l'armée Mogole , attaqua l^miquemenc la fieime >.queconmundou

DE GlNGH12CAN, (S^

JÊemouca. Le combat fîir rude , la haine An. pi perfonnelle qui rcgnoit entre ces deux n o^ ^'^^ Officiers te rendit opbiâtre & fanglant ,>^^8: & Carafchar fiit culbuté; ^^^

Alors Suida Behadeur à la tcte des vieit fcs troupes de Temugin,jointes à celles de Soumogol, chargea fi vigoureufement le corps de bataille que commahdoit Oungh^ can , qu*il lô fip reculer , Se Gemotica s c- tant avancé potur le fbutenir après la dé^ Êdte de Carafchar, fut oblige de plief.- £n même tems les deu)C ailes Mogûles ,. Tune conduire par Hubbé Nevian, H Fautre par Yrca Nevian attaquèrent cel-*- les des Ennemis. On ne fçauroit aflei- loiier l'ardeur que lés combattans firent paroître pendant trois heures de parx 8c <i*autre* Les* Keraïtes fc battoiènt avec tant de courage , que la viâoire (êmblà ibuvent vouloir fc déclarer pour eux; £lle demeura pourtant du côté des Mo-^ goIs,xar Temugin-, lorfqu'il crut devoir Êire agir (on corps de ré(erve où il étoît. avec les Princes (esenfknss donna avec tant de furie , qu'il renverfa tout ce qui ^ voulut lui réfiften Cet avantage irrita l?ardcur des Mogols^ Se rallentit celle des Kcraïtes, qui commencerç^nt bien* tôt à rcailer & à fè débander de tous cô*»

Leur Ro)^ Se- le Prince ion fils^j^éi.

fo UtsroïJtt

^« gr. avoir fait d'inutiles efforts pour les rat-'

iJ^ ** lier , furent obliges de prendre la fuite

yfi aveceuxw On les pourfuivit vivement , &

Ion en fit un (i grand carnage , que toute

la campagne fut jonchée de corps morts.

Cette viâoire emichit les Mogob, quS

pillèrent lès bagages y & trouvèrent etis

cette oecaiion de quoi iàtisfaire kur avi^

dite. Us firent aum beaucoup de prifbnr

niers , Se prirent \m trés-graad nombre

de chevaux.

Enfin cette journée qui fut fi fati^e air

Grand Can , décida du (brt de Temugin^

alors âgé de quarante-huit ans.- Elle le

mit en poiTeffioa des païs des Keraïtes »,

^ de cfVLX de Caracatay > & le Roy vàin-

-eu perdit non Seulement ^iatante mUIe

lîomm^s , il eut encore le chagrin d'ap**

p]:endre que ce qui kif reftoit de bonnes^

troupes s'étoit rangé du coté de £i^s En- *

Ml'trcm- n&ni% Les Hiftoriens q^ rapportent qu*-

^'« Ounghcan fiit tué dat» la bat^lle, ont été^

mal informe». It eft vray qu'il fet bJeflK'

dans Tadion > que fa Weflure Tobligea

fur la fin d'abandonner le Commande-^

ment de l'armée , & que d'abord il voulue

Cb retirer vers Caracorom > mais^ fe voyanr

Tomny p^^f fuîyi par une tfoiipe de Mogds:, il fr

^^l^/S fàuva chez Tay ancan fon cnnerri y dont if

cj^ imj^ra le. iècQurs. Sa rctra&e fit hoâSU:

Dt GElTGHrSCAK. ^T

toup de bruit. On s*étonna qu'il eut An. gi^- Tdsc mandier un afile à la Cour d'un Can ^^ o ^ dont il étoic haï , aufli-bîen que de pli*- ^1 &tms grands Seigneurs Naïmans qu'il avoir maltraitez. Ils ne manquèrent pas^ de reprcfenter i, fe^r Prince tout le mal que ce Roy fugftif avdt çaufé à feur Na* don -, & qu'en fe réfugiant chez eux y c'étoit leur donner ane nouvelle marque de la haine qu'il leur avoit toujours por- tée , puilqu^û ne pouvoît avoir un autre* deSèin que d'attirer fur les Naïmans la colère ' cm Vainq«eiir , de de câufer dans* ùl mauvais fertune leur raine , qu'il avoîè inutilement toisée dat^^ le cours de fe^ prospérités.

Tayancaoqur tretok pas^naturdlèment fort généraux , Se qi» arvoit encore plus* d'averiîon pour ïe Grand Can , que ceux: . qui s'efforçoienî de l'àjriîiG^r contre lui , écouta leurs difcours, & fuivit le oon&il! qu'ils lui donnèrent tous de le £iire mou- rir. Ainii le Can des NaïVnans au liieu de" S>rcter du (ècours au Roy vaincu , qu'if ui eût été plus glorieux & peut-être plus* utile de fecourir que de perdie , le fit ar-^ rcter. Les principaux; de la Cour réfo- Ibs entre-eux d'ôter la vîè a ce Prince >. tinrent un grand Confeil , auquel leuc al&âb de ne ie pas trouver ;,. s^

fi ttlSTOIRB

Xtvgr. imgînant par-là fe mettre à couvert âÉ i^^j>i. reproche que les autres Gans lui pou* p y^^ voient faire d avoir violé le droit des gens. H feignit même d être fâché de la mort de fort Ennemi ^ mais lorfqu iWic à fts pieds la tcte de ce Kôy quilui fut préfèntéc , fâ joye éclata malgré lui i & il ne pût s'em- pêcher dclui infiilter par des paroles plds. , ne^de td épris & de raillerie r-Ce qu'un

Auteur blâme fiwrtv G'eft , dit-il , Une ac- tion lâche» d'arracher la bai beâ un Lion AhouU mort, a Comme la langue de cette tête J^'*** ibrtitdeux ou trois fois hor^de-la bou- che en préfence de Tayancàn , quelques Seigneurs qui fe mcloient d'Aftrol<^e, b dirent au Can , qui leur demandoit ficette aétîon marqûoit quelque fâcheux^ acci- dent , que cela fembîoit pçéfâger que Temugin commandcroit un jour aux Naï^ mans , fi Ton ay mettoic ordre en dili^ ^ gence.*

. Sancouh avoir accompagné le Roy fbn père jufqu'au païs des Naïmans-; mais pour ne pas bazarder deux tcres à la fois ic dans le même lieu , il fê recira incocnitô dans le Caracatay.- Its'y cacha quelque

# C'cft uncadion lâche d'arraciicr la barbe k an Lion more

b Rubruquis Autciii François , dît qu*on fafc ïieaacoofs de cm dc4* A ftroiogic ca ce païs- Jà.

( tem9^

X

DE Ce-MhGHI^Z'CA^. 75

tems, & attendit des nouvelles de Ton An;gc* ^ père i mais dés qu il ^n apprit le o^al- i * 0 *• * heur, il s'enfuit encore plus loin; il <ra- ^^' verfà le Turqueftan , & poiifla ju(qu au ^^nht Royaume de Tebet , où'il demeura fans fe Mogplc . faire connoître. - 1 . , . ? le Porc.

Le ïloj^aume d^iJTëDety dont oa^e Royaume fera peut - être pas fâché d'apprendre ^« Tebit. iiuel<]ubs particularités 5 eft iitué duqua- rantiémc degxé de latitude Septentrio- nale , & au trentième degré de latitude Méridionale , au cetit vingtième de loiv gitude Occidentale, & au cent quai'dntîé-' xne delongitude Orientale, a II cprtpofe .. ^«»f ^- mé p^rrie de la Région quon appelle. ^^^^^^^ Tiirc-Hinde , à-caufe qu'il fait partie du .f^^f Turqueftan d'une part , & des. Iiftdes de l'autre. Quelques-uns le; divifent en grand .& petit Te:bet 5 le gra^d -eft vojr fin de la Chine, Se Ie..pçtit;]eft,fiti|fti l'Orient du petit Royaume de^KafcIjpm^- .re , immediatetpent derrier)e fa> ^ iiQip% tagne , & l'un & l'autre n'ont guère plus d'un mois 6c demi de marche. Il cft rempli de Villes &de Villages.. h.^bj- tés ', les Peuples^ y jfom d'une humppr fi

et Le Tctct cft un grand pais cîont la 'Ville capitale porce le mèmt nom* Hjc cft fi^uè: entre la Coraflane 6c ia Chine , &c une partie dcf Indes i elle eft du païs des Turcs.

G

^

'

74 H i s t o I HB

An. gr. agréable, qu'ils ne rc(pireht que la joye 11 o ». ^ (^ plaifir ; maïs ce qu'il y a de furprc* ^^^ nant , c'eft que l'on y voit une montagne A. M. le nommée Jabal Aflîimoum, 4 dont la terrc^ Porc, m(pire le chagrin à ceux qui la fentent ; elle leur noircit même la langue , enfor- te qu'elle demeure noire le refte de leur vie.

C'eft de ce Pais qu'on apporte le fouf* fire rouge , de les plus belles peaux de Ti- gre , de même que ce Mufc excellent qu'on appelle ordinairement Mufc de Tebet. ^ On le tire d'un animal qui ref- feinble à une Gazelle , & qui pourtant a quelque chofe du pourceau. Mais dans une Ville nommée Schage, il y a une e{pe- ce de Rat , e dont le nombril produit un mufc fi précieux,qu*il furpafle tous les au- tres. Il eft trcs-rccherché , fouventtrés- Tare , ordinairement fort cher , & il eft "iSLÛfè qu OH préfère le mufc de Tebet au "hiufcdé la Chine & à celui des Indes. On y trouve auflî quantité de Civette , & la Rhubarbe qui y croift eft extrêmement cftiitiée,

' Le^ femmes y font belles, quoique mu- lâtres , & elles ont une qualité fecrct-

' #iCcft-à-dircMont4cPoîron. h Nommé en Arabe Dabac almifc. € Appelle Farat almifc. s

DE Genchizcan. 75

qui ncft pas indifférente a bien des An. gu gens. Elles fe volent les enfans les unes 15 ^ *" des autres pour les vendre , & leurs maris ^^' font la même chofe, C eft dans ce Païs-là a. M. le que les filles ne peuvent fe marier avant Porc, que d'avoir eu commerce avec quelque homme , & celle qui a eu le plus d'amans ^ cft la plus avaiitageufement mariée. Le grand nombre de galands paflë pour une marque du mérite & des belles qualités d'une fille , & le futur époux ne la confi- dere qu'à proportion des préfens qu'elle a reçus de fes amans ; ce qu'il regarde comme une dotJ Cette proftitutîon n'en rend pas les femmes plus vicieufes après le mariage j il feiilble au contraire qiï'el^ les en oeviennent plus chaftes , car on en voit peu qui manquent à la fidélité qu elles aoivent à leurs maris.

Revenons à Sancoun. Ce Prince après avoir denieuré quelque tems dans le Royaume de Tebct , revînt en TurqueC- tan : Il s'arrêta dans la ville de Cafchgar a M, Lpar» où il vécut , comme il avoit fait ailleufs'^, venfiU faiïs fe découvrir à perfonne i mais un jour •^*^^*"' ayant reconnu quelques Mogols de la flûte de Temugin qu'il avoit vus à Cara- , corom 3 il s'imagina que c'étoit des Ef- pions qui le cherchoient. Dans la aainte é$ Ville d'où les Sacdois cireat iear origine;

Gij

jS Histoire

An, gu qu'il eut d*être pris , il retourna bru(qtie« . Hcff ** "^^^^ ^" Royaume de Tebet, où il n'eut 5 5 ji. P^ ^" ^^ P'"^ heureux qu Ounghcan > A. M. le puifqu^ayant été arrêté comme Elpion, Porc» lui-même , on le fit mourir Tan de grâ- ce iiox.

Temugin ne fut pas plutôt informe de cette mort que fans perdre de tems , il continua de (è (àifir des Etats du Grand Can , comme d'un bien acquis par le droit des armes. Il fe rendit maître de toutes (es richeffes , & Sancoun n étant plus , il demeura paifible pofrefleur de tous les païs des Keraïtes. Les. Princes voifîns qui craignoient Ounghcan , parce qu'il etoit plus puiflant qu'eux, avoient vu avec joye naître la guerre àts Mogols contre lui , dans l'efpcrance qu elle pourroit di- minuer fes forces j mais ils n avoient pas compté que fa puKTance paflèroit toute entière à Temugin. Ainfi leur frayeur ne fit, que changer d objet.

. Ce fut fiir la fin de Tannée 1202^ que ,ce Prince âgé de quarahte-neuf ans fe re- tira dans fbn Païs. Il y fut reçu aux ac- clamations non feulement de fès Sujets 9 mais aufli des autres peuples Mogols qui avoient eu part à fa vidôire,du que /à vic- toire obligeoit à lui venir térpoignçr leur teconnoifîànce. Ilsneçroyoîentpaspou*

l

DE Genghizcan. 77 voir affés le remercier de les avoir déli- An. gi- vrés de la tyrannie d'Ounghcan, qu'ils J.*®** appelloient le pcrfccuteur de leur Naticwi ; ^^* & charmés de fa valeur , de fa fagefle & a. m. le de fon afFedion pour eux , ils l'élevoient Potç^ fans cefle jufqu au Ciel. Il ne manqua as de profiter d une occafion fi favora- le pour avancer fes affaires. Il fe fervit * encore de fon éloquence , dont il n igno- roit pas le pouvoir. Il promit aux Mo* gols de grandes fortunes , s'ils avoienc afles de zélé pour féconder fès deflèins^ Les Peuples gagnez par Ces paroles 6c par tout le bien que fes amis particuliers af« feéloient de dire continuellement de lui, réfolurent de relire Grand Can , c'eft-à- dire Empereur de toutes les Tribus. Lef Cans qui avoient été les Compagnons àt fa vidtoire , trouvant leur compte à 1 éle- ver à ce haut rang , animèrent les aurfes i fuivre leur exemple. Les préfêns que Te- mugin leur fit fous prétexte de partager avec eux les richcfles du Roy vaincu , ou peut-être la crainte de fè voir obligez de faire par force une chofè qu'on faifbic paroitre necefraire à ta gloire des nations Mogoles , les fit tous condefcendrc de bonne grâce à l'élévation de Temugin.

L'on convint par Députez avec les Cans abfcns de ce qui avoic été arrêté à i'aflèm-

G iij

yS HXSTOIRI

An. gr. blcc qui k tint pour cet effet. Le conron-^^ 1 1 o 1. nement de ce Prince fut donc réfblu , & ^^S' Ion jugea qu'il le falloit faire dans la Pro- A^M le ^^^^^ d'Yeca Mogol,a Dilon Ildac où Te- Porc. mugin avoir pris naiflânce. Les peuples y accoururent de toutes parts pour être té- moins de cetteceremonie , où le principal Afteur fe rendit accompagné des Cans Ces Parti(àns. Il s'aflît (ur un fîege des plus iimplçs qu'on avoir pofe (ùr une éminen- <e 9 d'où il harangua rAfTemblée avec (on éloquence ordinaire. Sa harangue finie , • on le fit mettre fur un feutre noir qu'on

avoir étendu fur la terre ^ Se la perfonne qui étoit chargée de porter la parole > lid annonça hauteinent la volonté des peu- ples Mogols. Il lui remontra que quelque pouvoir qu'il eut , il le tiendroit du Ciel ;

3ue Dieu ne manqueroit pas de bénir fès efleins , s'il gouvernoit fès Sujets avec juftice y 8c qu'au contraire il le rendroit miferable » s'il abufbit de fâ puiilànce : ce que lui marquoit le feutre fur lequel il croit affis. Après cène remonrrance ^ fèpt Cans le relevèrent d'un air de cererao- nie , & le portèrent fur le trône qui avoir été préparé au milieu de l'Aflemblée. Alors ils le proclamèrent Empereur > Se lui donnèrent le titre de Grand Can de tputcs les nations Mogoles.> même de

DE Gbnghizcan. 79 jcelle des Merxitcs ) qu'ils déclarèrent re- An. gt. belles. Enfuite ils fléchirent neuf fois le î-* ^ *• genoiiil devant ce nouveau Grand Can , ^^' pour marque de l^béiïTance qu'ils lui pro- a . M. le mettoient cous. Les Peuples à leur exem- Foie. ' pie , firent auffi neuf génuflexions acconi- pagnées d'acclamations & de ais de joye»

f>our aflùrer le nouvel Empereur qu'ils Ce bumettoient aveuglement â tout ce qu'il lui plairoit de leur ordonner.

Il promit de /on côté de les gouverner avec autant de juflice que de douceur > & de les défendre contre tous leurs Enne- mis > de procurer leur bien & leur repos 9 de leur acquérir de la gloire & de nirc connoitre leur nom â toute la terre. Con>- me il avoic beaucoup à fc loiier des peu- ples de Soumogol, qu'on appel loit parti- culièrement Tartares > n à caule du Fleuve

d C'efl de li qoe coat Its Scythes devenus 5ajcts de Temu^în les uns après ies autres ont été appelles indiflcremmcm Mogols U Tatta* rcs y & que le dernier nom ayant prftyalo dans la fuite y toute ia Scythie enfin a ttt nommée Tarcarie ^s ]cs PaXs Occidentaux de Méri- dionaux del*A/ie.

Il cft vray que le nom de Tata ou Tatar n*é« soie pas tout-à*fafc inconnu dans l'Orient St dans le Nord. Il étoîc ancien chez les Chinois. Ils avaient eu guerre avant la rtnnU de Nôtre- Seigneur Jefus-Chrîft , & depuis encore avec des peuples qu*ih ne connoifîoient que fous le

8o HïStorjiE

An. gr. Tara qui arrofe leur païs ^ il dédara^eR^ \}^ ^' langue Mogole qu'il vouloit ajouter à. 9^f ^ qualité d'Empereur des Mogols , celle A. M. le de Grand Can des Tar tares , tant pour Poic. . ^e honneur a cette nation , que pour lui témoigner le cas qu'il en far(bit , èc com*- bien il étoitfàtisfdit d'elle, quoique d'a- bord elle eût été ibn ennemie» '

Cette ceremonk qui fe fit pendant le règne de Philippe Augufte Roy de France,. ne fut pas tdûtot achevée , que le Grand Can cuftribua: de, nouveaux préfèns aux Grands , 6c fit de nouvelles largeflès aux petits , pour leur montrer fa libéralité. Ils continuèrent la fête de fon élévation par de magnifiques feftins à la manière du païs» Après du elle^^t achevée , 5c qu'en particulieril te fiitréjoiïi avec fès amis , il leur témoignale reflentiment qu'il a voit de leur amiâe , Sç les afiura tous de la fienne.. Sur ces entrefaijces un frère d'Ounglv çaîv vint offrir fcs fervices à Temugin & fui fyic en mariage^ Ce Prince fc nom* ' mefit • Hakefeibou* Le Gran<^an le re- nom Hc Tara. C*étoîcnt. fans, doute les Sou^ mogols ^ (quelques ofucres Notions , Sc l'on n*a- voît point oui pacjer de Tattarcs dans les aactes^ Paï.s avant Gcnghiican.

Il Faut rema^rqficr que les Chinois n'ayant poi4it d'r <^aiis leur alphabet» ils pronouccxu: .^T^taau lieu de Taiicajce^u

DE GlNGHIZCAN. Si

nt favorablement , & après s'erre éten^a An. gt. iiir le mérite du feu Roy des Keraïtes fon » 2- o «• frère , il lui dt>nna l'emploi qu'il deman- ^^S* <la. Il accepta .même fa fille avec joye , ^^j^] |ç en lui proteftant qu'il àuroit toujours pour poic, elle & pour lui beaucoup de cen(ideration. Je vous dois , ajoûta-t il , un bon traite- ment , en reeonnoiflànce de celui que j'ai reçu du feu Roy vôtre frère , & de 1 af» feâion qu'il m'a témoignée dans ma mau- vaifè fortune. A la vérité quoique je ne lui aye jamais donné fujet de fe plaindre de moi , non plus qu'au Prince Sancoun fon fils , & qu'au contraire je leur aye rendu des fcrvices importans , ils ont at- tenté fur ma peifonne > & m'ont regardé comme le plus grand de leurs ennemis ^ mais j'ây toujours imputé leurs perfécu- tioos à Gemouca. Leur haine pour moi a été fon fêul ouyrage , Se je n'en aurai pas moins de refpeét pour leur mémoire. - Le Prince Keraïte remercia Temugîn de tes bcmtés , & partit en diligence pour fê vendre où fon emploi le demandoit. Véritablement le Grand Can avoit deflcîn d'époufor fa fille ; mais s'étant apperçu que le Capitaine de fes Gardes , qu'il efti- moit beaucoup , &c qu'il honoroit de Ql confiance , étoit devenu amoureux de CQCte Princeife > U la lui donna en ma-^

8i HisToiRe

An. gr. nage , & en fit faire les noces luî-mcmc. 1} ® *• Se voyant Empereur de tant de Peir- s 9 9* P^^^» ^^ penfa moins à joiiir en repos de A M. le « nouvelle dignité qu a, s'en renare en- Poxc. core plus digne par de nouveaux exploits.^ Bien-tôt Tes ennemis jaloux de fa puifTan- ce , lui fournirent les occafions qu'il ac« tendoit. Ce fut dah^ le païs de Caraca- tay. Mais avant que je parle de ces guer-^ res , il faut dire deux mots du Car a* tatay. Defcri' C'eft un grand Païs qui s'ctend du Midi ftim du au Septentrion » depuis la muraille de la Ca^ Chine jufqu à l'ancien Mogoiiftan.4 II eft U¥. borné à TÔcddent par le mont Imaus , Sc a rOrient par la Mer Oçeane & par k Chine. Plufieurs Princes le partagent, & plufieurs Nations differenies l'haâtenc. lÀ font fitués les Royaumes de Tangtit » des Naïmans 8c beaucoup d'autres. Quel- ques Géographes d'Europe l'ont pris pour leCatay & fe font trompés 9^ f^utede (çavoir que le Catay eft la Chine même.

Le nom de Caracatay fut donné au païs de Scythie, après une furieufe guerre

s Appcllée en Mogol Aacou > ou Avencouh.

t Quelques Géographes veulcnc que les païs mêmes des Calmacs & le Royaume de Courge, qui eft la Corée , en foient une partie y & ce Ca* racacaj eft aafli appelle Khita ou Ktioucau pac les Orîenuax,

\

DE GfKGKIZCAN. S)

que les Sqrthes firent aux Chinois •> ceux- An. gt. i curent d'abord de l'avantage , enflés de » * ^ ^' leurs fiiccés ils pénétrèrent dans la Chine. "^»* Mais y ayant perdu une bataille confide- ^^j^^ jc rable , ils furent obligés d'en fortir & de porc. fe redrer chez eux. Le Roy de la Chine pour né pas perdre le fruit de la vidoire , fit pourfuivre fes Ennemis par deux Géné- raux d'armée a qui les vainquirent enco- re , & les réduifirent entièrement fous fon obéïflance. Il fit plus;, de peur que les Scythes ne fe révoltaflènt , il leur donna pour Cans ces deux Généraux qui par fon ordre firent bâtir des Forts & des Villes pour des Colonies fie des troupes Chi- noi/ès qu'il y envoya. Ces troupes defti- nées à la garde du Pais , tinrent long-tems les peuples en reipeâ *, mais peu d peu leurs defcendans oublièrent les coutumes des Chinois , Se s'accoûtumant à vivre comme les Scythes, devinrent Scythes eux-mêmes , & dans la fuite la Chine n'eut pas de plus grands ennemis.

Lors que le Roy de la Chme établie ces deux Généraux dans cette Scy thie fa- bloneufè , il l'appella Caracatay , lui don- nant le nom de Catay (on païs , b pour

a L'un fc noasioic Quimpiog ic Taucre Quia- cing.

i Les Cûnquerans en ufeat ainfî > & nos Rois ont toujours éotmk k nom dz France aa païs qu'ils ont aflTajccif^

St HiSTOIRï

An. gr. marquer lacquifition qu il en avoît faite

11 o X. j^ygç TEpithete , Cara , mot Tartare Se

f 9 9. '^"^^ V^ fignifie noîr , pour diftinguer les

A. M. le deux païs. Cependant on les a conforv-

Porç. dus , fans conuderer TEpithete qui en a

fait la différence , & fans fongei* que le

Caracatay eft ftérile & defagréable , an

lieu que le Catay , c eft-à-dire la Chine,

eft beau &c rempli de toutes fortes de

biens«

CHAPITRE V.

Guerre des Mogols contre le Can des Ndi^ mans^ Expédition de Temugm contre TouBabey C^n des Aierkites. RegU^^ mens four F armée MogoU.

TAya n c a n Chef des Naïmans , a l'un des plus confiderables Souve- rains du Caracatay , & beaupere de Te^ mugin fut étonne des profperités de fon gendre. Elles lui donnèrent de l'ombra- ge, mal gré les nœuds qui les uniflbient depuis fi long- tems y 6c le même homme

a, Ces Naïmans écoient les peuples que les an- ciens appelloient Scythes Iffedons , & leur Ville Capitale étoit riflcdon de Scythic , que les roo- dcfnes ont nommé Succuii»

DE GeNGHIZCAN. 85

^ i avoit caufé la perte du Roy des Kc- An. gr. raïtes , acheva de déterminer Tayancan ^ ^ 0%^ à déclarer la guerre au nouvel Empe- S-

reur. A^.ïi.h

a Gemouca Prince de h n-îbu de Jage- porc. rat , après la bataille donnée dans la plai- AbouU ne de Tangut ayant pris la fuite comme ^*'^« les autres , crut ne pouvoir mieux faire que d'envoyer offrir fês fervices au Can des Naïmans , quoi qu il eût appris la mort du Roy des Keraïtes. Tayancan qui le connoiflbit de réputation pour un ha- bile homme, accepta (gs propofîtions. Gêmouca fê rendit à fa Cour , avec tout ce qu'iLavoit pii ramaffer du débris de l'ar- mée d'Ounghcan. Il arriva fiiivî d un af- {es grand nombre de gens de guerre , &c prefque de tous les Officiers échappés du combat. Il fut fort bien reçu du Can s c[ui promit à lui & à fês amis des emplois conformes d leur mérite. Gemouca qui avoit leiprit adroit & rompu aux fubtili- tez de la Cour ^ gagna bien-tot celui de Tayancan , il le fit entrer dans fes . fenti- mens , ic le porta fans peine à faire la -guerre au nouveau Grand Can des Mo- gols > qu'il fè vantoit de connoîtrc à fonds

M> Son ancien rival Gemouca alla trouver Tayan. Il faut , dit-il , <^uc les amis fc joignent pouraccaqoer i*ttinemi.

iS Histoire

An gr. pour l'avoir pratiqué fort long-têtus;^

I lo ». Temugin, lui difoic-il, a une ambition

^^S- démefiirce. Il n*a{pire qu*à fiirprendre les

A.' M, le Princes pour envahir leurs Etats^ Il ne

Tore. s eftfcroiiillé avec ï*Empereur Ounghcan

& le Prince Sancoun , que parce qu'il eft

le plus ingrat & le plus perfide de tous les

hommes. Dans le tems même qu'il étoit

<omblé de leurs bienfaits , & qu'il joiiiC-

foit de l'honneur de leur alliance & de

leur amitié , il méditoit Thorrible delTein

de leur ôter l'Empire avec la vie.

Qiioi que ce difcours ne fut qu'une pure calomnie , & que le Chef des Naï- mans n'ignorât pas que celui qui le tenoît ctoit un homme artificieux , il ne laiflà pas de s'y prêter. Le pouvoir que Temu- gin avoir mr les Mogols , la conquête de plufieurs Provinces de Caracatay , & fiir tout le voifinage d'un Prince qui exer- çoit continuellement Ces troupes lui parut dangereux. Ainfi moins féduit peut-être par les fbllicitations de Gemouca , qu'en* traîné par Ùl propre jaloufie , il prit la ré- folution de faire la guerre. Il implora pour cet effet le fècours des autres Prin^ ces , qui n'avoient pas moins d'intérêt que lui à s'oppofèr aux progrés du nouveau Conquérant. Il envoya des Ambaflàdeurs à Touâiabéy ôc aux autres Cans de Mer-:

OE Genghizcan. 87 %ït 5 qui ne demandèrent pas mieux que An. gr. de fe liguer avec lui. Le Can d'Oiiyrat j ij ^ ** & celui de Kerit , qui étoit parent d'- ^S* Ounghcan entrèrent dans cette Ligue, & a^m. le Gemouca y engagea la Nation entière de Porc. Jagerat , dont on lui envoya bien-tôt tou- tes les troupes.

D'un autre côte Temugîn fut averti de ces pratiques par fes Correfpondans Se fes Penfionnaires , & même par Àlâcou Can de la Tribu de Car lue y a qui lui man- da que Tayancan lui avoit propofé de joindre (es forces aux iîennes. Un parent de cet Alacou porta à Temugin la propre Lettre du Chef des Naïmans , laquelle contenoit toute la Confédération dont on vient de parler.

Sur cet avis , TEmpereur des Mogols aflembla fon Confeil compofe de fbn on- cle UtegeKin , de Carafchar Nevian , Se de quelques autres perfonnesj II voulut auffi que le Prince Jougi , autrement Toufchy fon fils aîné y affiftât. II n'eut f^s plutôt expofé la mauvaife volonté du Can des Naïmans , que la guerre fut ré-

* Condcmîr die quc^e Prince étoit un grand Aftiolognc , au'îlavoit découvert par les lu- micrtsdcl'AttrolôgicqucrEtoilc de Tcmngm étoit tournée vers TAugé. ou le Zenith de U grandeur , Se qu'au contraire celle de Tayan» ^Q décli^oic vers le H^iif: 4c l'humiliation.

88 Histoire

An.cr. foluë. En même tcms Ton envoya, dfe X 1 ô ). tous cotés porter les ordres du Grand Can H g. aux Officiers de fes troupes , & Ton fit l°w 1 quelques nouvelles levées. Ce fut au

A. M. la * •■ ^ 19 r r

Souris, commencement de l année 1103. que ion armée s*aflembla. Dés qu'il y fut arrive , Ton drefla fes tentes. Il diftribua les troi^f pes aux Officiers qui les dévoient com- mander 5 & donna ks ordres.

Il envoya d abord à la découverte Cu- bla Neviaiih^c Hubbé Nevian , avec les Soldats qui étoient fous leur conduite. Ces deux Capitaines allèrent jufqu aux rivages du Fleuve Altay. Ils apprirent par les prifbnniers qu'ils firent en leur marche l'état des Ennemis : Us fçurent que Tayancan fe préparoit à fe mettre en campagne ; que les troupes de Mei Kit , de Kerit , d'OUyrate & de Jagerat , étoient déjà dans le Camp des Naïmans ; que Gemouca devoit en commander une par- tie ; Et enfin que le bruit oouroit dans 'Tarmée de Tayancan , qu'il avoit deilèin de venir au devant des Mogols pour les combattre. Cubla &c Hubbé étant inf- truits de tout ce qu ils vouloient ,fçavoir , retournèrent fiir leurs pas jufqu'à leurs frontières ; d'bii ils donnèrent avis au Grand Can de ce qu'ils avoient appris. Et en attendant fes ordres , ils fe retran-

c&erent

r.

DB Gen'ghizôak. 8p ^cherent dans un pofte avantageux, parce An. gr. qu'étant fort éloignés du gros de leur ar- i/ ^ ^' xnée , ils pouvoiènt craindre quelque in- ^^|* fiilte. Us ne laiflerent pas toutefois de a. M la ibrtir fouvent de leurs retranchemens , Souris, pour faire des courfcs dans le païs en- nemi.

Cependant tout ce qu'on avoit dit à ces deux Capitaines n'ctoit pas vrai. Tayan- can fuivant la délibération de fbn Con* fcil , attendoit Temugin , loin de le vou- loir aller chercher. Il crut devoir conicr* ver fes troupes ', au lieu de les briguer par une fi longue marche. 11 ctoit perfiiadé que fbn gendre ne manqueroit pas de ve- nir l'attaquer , & il comptoit qu'après la vafte étendue de païs que les Mogols avoient à traverfer , & le manque de vi- vres qu'ils auroieht âfbufFrir dans les dé- ferts , ils feroieht facilement vaincus par . une armée toute fraîche.

Une partie de ce que le Can des Naï- mans penfoit, arriva. Temugin joignit les troupes qu'il avoit envoyées devant. Là il fit rafraîchir fbn armée autant que le lieu le pouvoit permettre » &c s'éloignant de ks frontières il s'avança dans le païs de fcs Ennemis. Il marcha en bon ordre jufqu'au bord du Fleuve Altay. Aucunes troupes ne patoiffant pour lui en difputcr

H

5?d HlSTOlKl

An. gr. le paflage , il en fut d'autant plus (ûrpriSy, ï * o 5' qu il ne s'attcndoit pas à paflèr cette Ri- ^^ viere fans oppofîtion. Effeûiveraent il y A- M. la auroit eu beaucoup â (buffirir , pour peu Souris, qu'il eût trouvé de réiiftance. Mais Tayan- can , quoi que Gemouca qu'il avoit fait fon Lieutenant General , lui repréfentât qu'il valoit mieux prévenir l'Ennemi que lattendre ; qu'en allant au devant des Mogols , ce leroit le moyen de les empê- cher de ravager le païs ; que fes Solclats n'étant pas auffi aguerris que ceux de Te- mugin, il falloic les éloigner de leur patrie, de peur que la commodité de la retraite ne les rendît plus lâches. Tayancan , dis- je , au lieu de goûter les raifons de Ge- mouca , au lieu de profiter de bonne heu- re de la fatigue des Mogols en allant au devant d'eux ; perfiiadé que toute leur . cavalier îe écoit en mauvais état , & qu'elle feroit encore moins capable de combat^ cire fi elle faifbit plus de chemin ; que la fienue au contraire étant bien conîervée remporteroit aisément la viâoire , atten- doit au milieu de (on païs Temugin y qui ne manqua pas d'y arriver bien-tot.

t'armce de cet Empereur n etoit pas fi farigucc ri f\ mal nourrie que fon beau-pér re fe r maginoit ; parce qu*il Tavoit pour- vue de chair ièiche^^pour en ufer quand la

fraîche leur manqueroit s outre celavies An. gn riches avoient tous une grande provision [^ ® ?* de Cammez, a Se les autres du laie de che^ ^^^' yre cuit & endurcL t D'ailleurs elle avoit a, m. u marché par des pais abondans en fbura- Souris. ges : Et enfin Timprudence du Chef des Naïïnans donna le tems aux Mogols de fè rétablir de leurs fatigues , & de iè met- tre en bon état. Tayancan Ce contenta de les envoyer reconnoître , lors qu'il ap« prit qu'ils s'arorochoient de lui. Il donna cette commimon à quelques prudens Ca- pitaines, dont le rapport fidèle commen« ^a â le faire repentir de n'avoir pas foivt le confèil de Gemouca.

Ce Can de la tribu de Jagerat , quoi qu il vit bien qu'on avoit fait une grande faute de méprifer (on avis , n'en témoigna pas le moindre chagrin. Il n en parut pas moins zélé pour la caufè commune. Il haranguales Officiers , leur parla de Tex- ceffive ambition qui portoît Temu^n i vouloir régner tat tous les Cans , ainfi

A Lf ic de Cavallc.

* Ce làîc cuit ftrt aux TarUr^s de deux alî- Jtocns datks le bcfeih; I b en fenc une cfpece de IKXtagc i ibt'tn mèctenc dat)s 'tm petit Outre ^f^çÀù l'eau.. Il» a^Èia^ibcoiî l'Ou,«c fou« le rcg^ trcdte leurs chevaux, dont le mouvement fait fondre dans Teau le lait endiitci , & ils le ma»« gcDC ikos autre préparatioa,

H ij

^X I HrSTOXRE *

An. gr. qu*il regnoit déjà fur la plàpart àts Nav Jî- o J-: rions Mogoles , & far phifienrs peuples? <oo\ dupais de Caracatay. Enfin il finit en Â.fA.lsL ^C5 exhortant à combattre vaillamment Souris, pour leur liberté»

Bataiiïe LoiTque les armées fiirenc en préfence entre les & rangées en bataille. Le Prince Jougi & f^sN^'^^ de ks oncles commencèrent le com- ^i^„f^ bat. Ils chargèrent avec beaucoup de vi- gueur : mais Cachluc fils de Tayancan foutint le choc avec tant de Fermeté , que /es troupes ^n'en fiirent point ébranlées Les deux jeunes Princes que la gloire anir- moit également, firent tous leurs ifForcs pour montrer qu'ils ne vouloientîfoxrei- der ni en adreflè ni en valeur , la réfi/tean- ce mutuelle des deux avant- gardes enga^- gea peu à peu les autr^ corps , & les deux arxnéeç en vinrent aux mains, i : ' « ' Cmdcm 4 Le combat, dtea depuis le ieveritdu •"*'• Soleil: jufijuau coucher^, & il fot aufi fanglant qù tipiniatre. Tayâiican y fit le devoir d'un^and General , ôc Gembuca pouile par ù haine particulière pour le Grand Can ,; fe fîgnala par mille avions lieiol^au^^^ iFyl^ Temugin fen^bioù avoù CiKhamé la viâoîte.; Ses. Mo^U à ifoH

exemple combattitent avec lartt de dyil^

-i '' . ■ ' ■ .. ' .. •* ■ i

# Le fourncaa du combat dcm^uxa. cmbtraffi 4^1 Ui$ le oïsnia jn^q^ê^ bui.

tagc & d'intrépidité , qu'ils rompirent eit- An.' gu fin les Naïmans. a Ils les nurent en faite , 1 1 o ^. & en firent un horrible carnage. Tayan- ^^S- can fiir blcflë à mort > & nionrut peu après ^® ^ ^^ de fes bleflures. Cachluc fbnfils & Touc- sburis. tabéy (c faàverent avec tous ceux de leur AlhouU parti qui purent s^échapper des mains des cay^ t- 7-' Mogols* Pour Geniouea , fon ardeur Mortdi l'emporta trop loin. 11 fût fait prifonnier , Gimeuca, & on lui trancha la tête après la bataille , ^^ j ^ parce qu on le regarda comme un homme ^^^^ qui étoit caufe de tout le ^ng répandu Sc àe cous les malheurs de cette guerre.

Après un fi hcureujc fuccés > le Royau*- me du vaincu , devint la ptoye du Vain- queur , qui fbuniic à fôn obéïfiance une grande étendue de Païs. h Temugin fe Con^ê- retira à. Caracprom , où pendant tout Thy- ^^^* irct^^û: Çoor fot jpleine d'Ambafiàdeurs , ifeoèksdimsétoient envoyer poulie feli- €ifer!j(iinrâ rdâokt y & les^antres pour hii demander Ùl proteâion , ou pour lui faire

A.Tayancapfuctuê. Cacbluc s'cnfuk > ainfi que les Mogols , JMccrîcési Qïratcs & j^g^'^

• i h Ap? es cfctirc (fclcbrc vi^ofrc -, Temugm ré- ^ui6( à: -fon^béïi&ncc. la plupatc dc& peuples Â16g(^|s^t/Ja.fo)rcç d^fon fabre xavifl^iîux des Hmcs, " /, '

Condemfr met cet éveaemeat en izo/. mais cela ttt'lt fc\xtr

fé HiSTOYRS

An. gr. rendit en pe» de tems. Tcmugîn les fit

X » o /. mourir. Eniîiite il fit prêter ferment de

^cg. fidélité non feulement à ceux qu'il char-

a!^M le S^^ ^^ '^ garde de la fortcrefle & de la

I^Vpard. ^^'^^ ^e Cachin 9 mais même aux autres

Tribus de la nadon de MerKit , &c tous

les Cans aufquels il voulut pardonner ,

promirent de lui obéir*

Après, avoir donné fès ordres dans le païs desMerKites ,il revint à fa Capitale; où il ne fiit pas plutôt de retour , qu'ayant fait le dénombrement de fes conquêtes , il jugea que pour prévenir le defbrdre & la confiifion , il devoir régler fbn Empire, jihcul" Pour cet effet , a il réfblut de convoquer ^^^^' une Diette générale , dont il aflîgna la te- nue au Nourouz ", c eft-à-dire au premier jour du Printems de Tannée fuivante 1 105. au jour même que le Soleil entreroit en ^ries. Il eiïvoya des Exprés aux Princes fcs fils qui étoient éloignés , & aux autres Princes de fon (âng» Il en envoya auffi aux Cans , aux Emirs j à tous les Grands Officiers aufquels il'avoit confié les Gou- vernemens des Païs conquis, & enfin à tous les grands Seigneurs tant Mogols que Tartares.

a II convoqua une Dictrc pendant THyver, & 2u nouveau Printems Genghizcan monta fui le Trône.

Cependant

DE Gehghîzcan. 99

fe conjpnta pas de confirmer pour lui & An. gr. *" * pour fes fuccefleurs l'Empire des Mogols, l/; ^ ^' on y ajouta celui de toutes les Nations ^ ^^^ qu'il avoit fubjuguées 5 On déclara mè- a. m. le me les defccndans des Princes vaincus Léopard. déchas de tous leurs droits, a Quand il Ahal" ^ut remercié tout le monde des max-cair, ■qucs de zèle & de rcfpeét qu'il en reccvoit \ n'ignorant pa^ que rétabiif-; iêment des JLoix eft le principal devoir d'an Souverain , il ne manqua pas de dé- clarer qu'aux anciennes Loix du Pais , il jugeoit à propos d'en ajouter de nouvel- les qu'il voulcnt qu'on obfervâti

0 Après les faluts , on commença à licç les Yaffa.

toix de Genghil^can. a jiUuU

taïrf. 7.

, LoY PREMIERE. Il fut ordonné

die croire qu'il n'y a qu'un Dieu'Createur

du Ciel &c de la terre , h qui feul donne la ^ircâ»

vie & la mort , les biens & la pauvreté , ^«*

^ui accorde & refufe tout ce qu'il lui plaît^

a Ces Loîx' en langue Mogole font appcllées YaiSa , Se quel<}ficfois Yafac. Quelques Au- teurs les DOtnmenc Alcoura , mais c*cft im- proprement, parce que ce mot Alcoura ne doic itxc employé que pour la Loy de Moïfe,

i A4oi:c£ un k\xi Dieu fut U première Lov^

loo Histoire

ÂQ. gr. & qui a fur toute chofe un pouvoir sb^ Jj^^^ folu.

6 ?i. Il fcmble que Temugîn n ait fait pu-

A. M. le blier cette Loy a que pour montrer de

tcopard. quelle Religion il étoit i car bien loin d or-

JLfihru'' donner quelque punition contre ceux qui

quis. n etoient pas de £i Seâe , il défendit d'in-

Carpin. <iui^ter pcrfonnc au fujet de la Religion ;

Et il voulut que chacun eût la liberté de

JPW#. ^ profefl'er celle qui lui plairoit davantage ,

pourvu qu'on crût qu'il n'y a voit qu'un

Dieu. Quelques-uns de Tes Enfans & des

Princes de (on fang croient Chrétiens , &

les autres fat(bient profeflion du Judaïf-

ine, ou du Mahometi(me, ou enfin étoient

Gmghix,- Deïftes conune lui s fa Seâe fut plus fuji^

$An etoit ^ Qjitoiquc cette Loy ait été long-tcms ob- Pfiifie. fcxTécÏÏins fa pureté par les Tartares , & qu'el- le le Toit encore pa^r beaucoup d*entre> eux , néan- moins la fupcrdition a peu à peu introduit Tldo* latrie dans leur Religion ; Guis que les fuperfti- tieux crufTent aller contre l'elprît du Lcgillateujii Cette Lo 7 apprit â ceux des Tartares qui h'é- toicnt ni Chrétiens ni Mahometans à diftingue;: un Dieu célede d*un Dieu terreflre. Ils ont toujours iidoié le premier $ £t le fécond n^a pas lailTé de trouver place dans leurs tnaifons fous la Forme d'une Idolç , d'une Statut couver- te de feutre , Se lous le nom de Naifgay. 11$ faccompag^noient d'autres Statues , qu'ils di- (bient être celles de fa femme & de fes enfans, ]Kc ils s'adrcflbient à ce^ ft^tu^s pour leur$ Dfr. ç^f3àit% domc^i^u(e$,

2>S GtKÛHXZCÀïi; ÏÔÏ

Vie que les autres dans la Tartarie, où il An. gf/ y avoit auffi quantité d'Idolâtres, a î> ® >'•

1 1. Il ordonna par une autre Loy que ^ ^^^ les Chefs des Scdtes, les Religieux , les a. M. le Dévots , . les Crieurs dc$ Mofquées , & Lcopar*, ceux qui lavoîent les morts feroient excmts des charges publiques y auilî-bien que les Médecins.

1 1 L II défendit fous peine de la vfe qu'aucun Prince ou autre homme quel qu'il fut ^ entreprît de fe faire proclamer Grand Can ou Empereur > fans avoir au- paravant été élu par les Princes , Cans , Emirs 9 & par les autres Seigneurs Md- golf aflèmblez légitimement dans une Diète générale.

I V. Les Chefs des Nations forent pri- vés par une Loy particulière des Titres d'honneur qu'ils aneâoient d'avoir à l'i- mitation des Mahometans. Il défendit de les donner à l'Empereur qui lui {iiccede- roit , voulant feulement qu'on le nommât Caan avec deux A. Il prii même qu'a l'avenir , on le traitât fîmplement de Can, Ce qui iè pratiqua dbpuis quand on lui

A Dicono afTervi il Dîo altb fubliice & celcfte Idgfctt al gual ogoi giorno col cunibulo , & in ccnfo PWa. iioa Jomandon akro fc non buon incellecco & fa.» nira. Ne hanno poi un aitro chc chiamano Na^

clga j ché à modo 4i u^ ftatua coperta^de ï^kit^

I»* ,

J0t Hî6TOIR:B

An. gr. parloit ; 4 mais quand on lui écrivoit , ci» >^oj« ajoûtoit toujours quelque épithece à Ùl J-^^S; - qualité de Can.

A . M • le ^* ^^ ordonna qu^on ne ftroic jamais de Xei^paid. paix avec aucuns Rois > Princes ou peu- ples , à moins qu'ils ne £e fuflènt entière^' ment fournis.

V I. La diftribution des troupespar dîx^ par cent , par mille , & par dix raille fut auifi réglée comme une chofe fort com- mode pour lerer en peu de tems une ar* mée 9 & pour en faire dts détacEemens.

VII. Que lorfqu'il faudroit fe mettre ^ -^ en campagne y les Soldats viendroient

prendre Içurs armes des mains de l'Qffi^

TadUl^ cier qui en fèroît le gardien , t qu'ils les^

Uh. tiendroient en état , & les fèroient voir

i leurs Chefs ) lors ^'oa firroit preft â

donner bacaille.

' a Comme on donne en Europe le fimple cîtie 4e Koj £c non comme fout les Turcs qui ne patient IBc n'écrivent point de leur Souverain y îans joindre àfon nom «[.ueiqueticsegiodeux;. ' comme celui d'heureux , de puifHmt , d'inviocL- ble > de diflributeur des Couronnes » &c.

è £n ef&t ils moncroient à leurs Chefs )\xCm. ques au fîl & à l*a\guillc > & ils étoicnt obligés. par la même Loj de rapporter leurs armes dans les magaziins du Prince dés ^ue la guerre écoit finie y ils les repienoîent pour la chafie qu*oa &ifi>itcn hyver > quand il ne fe préfcntoit poinc fL'aocre occafipn de s'en icrvirt

V 1 1 LU fol défendu fous peine de la An. gf. tie de piller rÊnnehri , ayant que le Gc- J/ ^ /• neial en accordât la pcnniffion*, mais on ^ ^^^ ci'donna qu'aWs le moindre Soldat jotii^ a. M- le roit du même avantage que rOflicier* & Lcopard^ deitteiureroit maître du butin? dont il fe trouveroit fàifi , poutvû qu'il payât au Receveur du Can Içs droits portés par le Règlement.

I X. Comme ¥cmagin fçavoit qu'un exercice continuel eft neceflâire aux geni de guerre pour les tenir en haleine , 8c que la cbàfle lui parût une occiipatioft propre à exercer fcs troupes , il orddiinâ que tous les hy vers on feroit la chaffe aux bctes , de la manière fiiivante.

X. Que dèpffls le ino« q» répondit à ^ .^^^^ fAaxs )i»qa a cehu qui répondûlt a Ocbo^

bre , perfbnne ne prendroit le^ cerfs , lei drains , les cbevréiiils , les lièvres 5 les afbes fauvages 9 non plus que certains oifëaux ^ aiîn que la Cour & les Soldats puflent trouver fuffiiamraent du gilHer durant rhy ver dans les chaflcs qu on feroit obli- gé de fôre.

X L On défendît pareillement d'égor- Mircmdé ger les animaux qu'on voudroit tuer. Il raiidt leur lier les jambes > letir fendre le ventre > fourer la tnain jufqtt'au cœur 6c Tarracher. .

s

fii4 Hrsmiir

An. gr. X I Iv L'Ordonnance 'de manger fe ?/; ° S' jtkng & les entrailles des animaux rur niife é o^i. ^^ norrbre des Loîx. Il croit auparavant A. M. le défendu aux Mogols d'en maneer \ maid Lcopard. revenant un jour d uoe expécJKion , les Soldats manquant de vivre , & prefijue réduits à réxtrcmité , rencontrèrent une grande Quantité d'entrailles de bctes d*u* ne chaflc générale que d'autres peuples avoient faire. La fàinHes contrigmt d'en mangçr. Le Can même en matigea. De- puis ce tems-là ce Prince ayant jugé que ces alimens défendus pourroient encore devenir utiles i (es troupes dans d'autres, occafions , non feulement en permit l'ufa*^ ge ) mais même le confàcra.

XII L Les Immunitez & les privilè- ges des Tercans furent teglez comme on Ta déjà dit.

XIV. Pour bannir roîfîvetc de fes: . Etats, il impo(aà tous fès Sujets la ne-*- cefliié de fervir le public en quelque cho- (îe.. Ceux qui n'alloient point à la guerre étoient obligés dans certains temsde tra- vailler à des' ouvrages publics gratuite^ ment, & ils employ oient un Jour de la fe- àiaine au fervice particulier du Prince.

X y. La Loy contre les vols portoit que ceux qui en commettroient de con(^ dcrabtes y comme de dérober un chevs^"^

on bœuf, ou quelque autre chofe de pa- An. gu teille valeur , ferbient punis de mort , & î/ ® ^'* qu'avec un coutelas on couperoit leurs ^ ^l^ corps par le milieu; que ceux qui ne me- a. m. It ' ricerdient pas la mort , recevroient des Lcapatd» coups de bâton plus ou moins , fuivant la valeur de ce qu ils auroient dérobé. Ce châtiment finUToit ordinairement par le nombre de fêpt. On donnoit fept coups de bâtons, cfix-fèpt, ou vingt- iept, ou trente-fept,& ainu jufqu'à fèpt cent; mats on pouvoit éviter cette punition, en payant neuf fcHS la valeur de ce que Ton avoïc volé. L'exaétitude avec laquelle on ol>- fcrvoic cette Loy , mettoit en fiireté le bien des Mogols & des Tartarcs fujets dxt Grand Can.

XVI. Défenfe fut faiteiaux Sujets de r£mpire de prendre pour domeftique au^- cune peribnne de leur Nation > afin qu ils puflent tous s addonner à h guerre .Et pour conferver les efctaves étrangers quils feroient oWigés d'avoir pour leur fervicc, on publia deux Ordonnances ; par Tune on défendoit fbus peine de mort à tout Mogol on Tartare de donner â boire Se à manger à un eiclave qui ne lui appar- tiendroit point , non plus que de le loger ou de le vêtir fans la permiflîon de Ton Quîtrc î & par l'autce on obligeoic fous

Kjtf HiSTOiRl

'Ad. p. !a mètne peine tous ceux qui rencontre- ï^o S' loient des efclaves fugitifs à les ramener ?o^t. à leurt Patrons.

A . M. le XVII. Par la Loy qui concemoit les Lcopard. mariages , il fut ordonné que Tbomme achctteroit ià/emme, & qu'il ne fè msh rieroic avec aucune fille dont il fèroît pa- rent au premier ou au fécond degré ; mais on ne défc ndoit point les autres aiSnités y de iorte qu'un noo^nie pouvoir épouièr les deu x iœur s. On permit la poligamie > ic Tufage des filles elclaves» Ce qui fut caufc que dans la iùite chacun prit autant de femmes & d efclaves qu il en pouvoir M^rco nourrit *, ^ L*adminiftration des biens chez '•'^» les Tartares regarde les femmes. Elles achettent & vendent comme il leur plaît ^ les maris ne fè mêlent de rîen que de la chafle Se de la guerre. Les enfans qui naiflènt des efclaves font légitimes , aum^ bien que ceux des femmes; mais les enfans de ces dernières ^Sc entre ces enfans ceux de la première femme font les plus confi- (derés du père , qui les avance les premiers. Cet avantage toutefois étant réglé , il ne trouble nullement la paix de la famille y (qui d'ordinaire vit dans une parÊdte ia« telli^ence.

M Le donne fono alli marîti dî poca fpcza , an- sii digran qnadagso & otilc pcr li cxafi^ui , ft cficxciciL '

DE GlNGHltCAK l!&f

XVIII. Une aune Loy condamne à An. gr. mort les adultères , & Ton permet de les n- o /• tuer quand on les furprend in fl^grdntu ^^\ Les habîtans de la Province de Caïndu a, m. le murmurèrent contre eeccè Ordonnance» Lcopaid. parce qu'ils avoient coutume pour bien faire les honneur s^ de ciiez eu9> Se pour mieux recevoir leurs amis 5 de leur livrer Jeurs femmes ; Ils préfentcrent pluficurs ,

Requêtes au Can , pour n'être point pri- vés de ce moyen de régler leurs hôtes» Ce P jince cédant à leur importunité , les abandonna à leur honte. It leur accorda ce qu'ils demandoient : Mais afin que la.

Eudeur de (es autres Su^ts ne fût point leflee par une coutume qu il trouvoiç contraire à Thonneur Sc à la raifbn , il déclara en même tems qu^it tenoit ces peuples pour des infâmes*

X I X. Pour entretenir l'arnîtic entre MarU^f fe Sujets , il régla les alliances de les éten- ^^'^''^'^ &t fort loin ; ilpermettoit à deux famil- Ruhrik- les de s'allier , quoi qu'elles n*euflènt point ^««-1 d'enfans vivans. Il fuffifoît que Tune eût eu un fils & l'autre une fille , bien que tous deux morts, il ne fallôit qu'écrire an contrat de mariage , & faire les céré- monies ordinaires > les morts étoient ré»- putés mariés & Les fanùlles^ vericabljemenç: alËées,

iof HiSTOi».É

An. gr. Cet ufage dure encore aujourd'hui

110/. chez les Tartares ; mais la fuperftition y

^g* a ajouté des drconftances : Ils jettent au

A^M le ^^"^^ contrat de mariage » après avoir

Léopard, f^*^ defïlis quelques figuies qui reprcfen-

Hubru^ tent les prétendus mariés & quelques for^

jf»«. tnes de ftètes. Ils font per foadcs que tout

cela eft porté par la fumée qui en fort a

leurs enrans qui fe marient dans Tâutre

monde.

XX. Le tonnerre dans.landen Ma- goliiian & autres Païs voifins étoit fi re- douté des Mogols X parce qu'il faifbit de grande ravages , qu'aufiî-tôt qu ils ren*^ tcndoient gronder , ils fc jettoient tout éperdus dans les lacs Se les rivières où il^ te noyoîent. Temugîn voyant que cette terreur extraordinaire lui faifoit perdre fes meilleurs Soldats , quelquefois lors qu'il en avoit befoin , défendit fbus de grofles peines de (ê baigner^ Se de faire aucune ibrte d'ablution. Il ne leur fût pas même permis de laver leurs habits dans les eaux courantes pendant que le tonner- re fe feroit entendre. On leur fît acaoiic que les exhalaifons qu'ils excitoient en remuant l'eau , formoient principalement le tonnerre qui cauferôtt moins de désor- dre y s'ils s'éloignoient des: lacs au lieu de iTy précipiter. Us fe fournirent a cette

DE GeNGHIZCAK. 109

Loy , que les Tartares qui ne font point An. gr. Mahometans obfervent encore i. car ceux » ^ o j. qui le font , la regardent comme une fii- ^^S* perdition qui fait violence à lundes points ^^A* . • capitaux de la Religion Mufulmane > Lcopàrdî qui donne une pleine liberté à fcs fèc- tateius de Ce laver par tout où il trouvent de Teau. Ils font même perfiiadés que (ans cela il n'y a point de falut à eiperér pour eux,

XXI. Les espions , les faux témoins , les fodomites ôc les forciers fiirent con- damnez à mort.

XXII. On publia des Ordonnances très - rigoureufes contre les Comman- dans qui manqueroient à leur devoir > principalement dans les Païs éloignés. En luelque lieu qu'ils foflent , on devoit les aire mourir , â leur conduite étoit blâma- ble. Si leur faute étoit légère » il falloit qu'ils vinflènt en perfonne fe prcfentér au Grand-Can & fe juftilîer , 8c ce Prince etoitlà-deflîisun Jugeccés-ievcre. .

On publia plufieurs autres Loix qui ne ipnt pas {jpecifiées dans les Auteurs que j ay traduits. Je n'ignore pas qu'il fe trour ve dans le Levant un Reciieil intiulé ÏU/k Gengbizjcsni i a mais perfonne ne l'a en- irore apporté en France , ainfi Ton ne peut

.# C'cû- à- 4ire les Loix de Gen^hizcan.

î

le

xm HxsToiRS

An. gr. fur ee point pleinement (atisfâîre la ca--

* * ® i* riafitc du LcÀeur. Les Loix dont on vient

6 o\ ^ ^^^^ mention , & qui font fims doute

A. M. le les principales , demeurèrent dans leur vî-

Lcopard. guoir pendant le règne de Tcmugîn &

celui de fes SuccefTeurs. Tamerlan mcrac

qui naquit cent onze ans après ce Prince,

les fit encore cJ>ferver dans tout fon Em-

frire. Il eft encore vrai qu'on ne pouvoir es enfireindre fans encourir des peines fi iigoureu(es y que cela ne contribua pas peu à les maintenir. S/larra' Un Auteur aflure que le Grand Can kffchy. les inventa par la force de fon bon fèns & de (on eiprit » qu'aucuns Livres , non plus que l'exemple des anciens Rois -ne lui en avoient fourni l'idée. D'autres Au- teurs toutefois prétendent qu'elles ne font qu'une copie de celles que les Orientaux attribuoient autrefois à Turc fils de Ja- phet , fils de Noé.

Temugîn confirma Ces atnrs dans les charges qu'il leur avoit données ; il ren- dit même leurs eirploisplus confiderables AhêuU Qu'ils n étoicnt. Comme il rouloit dans $str. f'^'fQj^ çfprit plus de projets qu'il n en com- muniquoit xCcs Mogol^ s outre les moïenf dont il s'étoît déjà îervi pour gagner l'ef-

Erît de fes Sujets , il eut recours à la rêve- - ition. Il leur dédaca que Dieu ravoit

DE GSNGHIZCAII. HZ

^ifloiré qu'il deviendroit maître du mon- ^'^ g^« de i mais que fa volonté étoît qu'il chan- V^^^* geat de nom, & qu'il s'appellât defor- ^ ^ '^^^ mais Gmglf'i^afh II ajouta qu'il ne fal- A M. le loit point douter de l'efFet de cette di- Léopard» vine promeilèj puifque celle qui quel- ^^'*^^** ijues années auparavant lui avoir été faite ^^^ ^^ au fiijet de la tyrannie d'Ounghcan , s'é- Temugin toit u glorieufement accomplie. ^» ^*^«*

D'autres Hiftoricns attrilxiënt cette re- ''f ^'^^ vclation a une autre perfonne ; ils difent J^n//^*. ^u'un des premiers d'entre tes Mogols rage.pagy après avoir erré tout nud dans ks Eteferts **ï* pendant quelque tems , entra dans raffem- blée : JI déclara hautement qu'il venoît de la part de Dieu trouver le fils de; Pifou- ca, , ^pour l'avertir de prendre le nom de ConJt^. Gengnizcah , c'eft-à-dirc le Can des Cans, mir. & pour laflurer de l'Empire de la Terre. Ce fourbe fit un beau difcours for la gloi- re que ce Prince devoir acquérir fous ce nouveau nom » Ôc pour fe faire écouter avec plus d'attention , il eut la hardiefKi ^l'avancer qu'il ne faifoit que repeter les propres paroles de Dieu. Les Prophètes y

a Gcnghizcan ea laoguc Tartarc figniiîc Can fils de Can.

h Cet homme s'appclloîc Bct Tangri. C'étok ' «n Prêtre Magicien. Il (cdifoit Gra^d pcnitcnt, fie vouloit faire croire qu'il avoit été .cnlcviê au jCi^i ou U ayoic re$a fa mii&oa.

ïTi HiSTOIRl'

Ao gr. dit un Pocte Turc , qui ne prcdifent que l/'^ ^' des chofcs qu on croit poflîbles font tou- ^ Q^\ jours applaudis. En effet , Temugin que A. M. le nous n appellerons plus que Gipghizcan , Léopard paroiflanten état de foutcnir la Prophétie «Bm jfh' par la force de fes arroe^ tous lès peuples dcUatif. y ajoutèrent aîfément foy. Un autre Au- teur affure avec afles de vrai-fcmblance , que ce Prince a voit lui-même engage cet Impofteur à joiier ce perfonnage.

Enfin la Diète fut congédiée fiir la fin de Tannée 1105. Genghizcan fit à fon ordi- naire des prefêns à toiit le monde , on en- tendit* une infinité de prières & de voeux pour fà profperité. Ses amis , les Seigneurs Mogols qui étoient du' fecret xle la pré- tendue révélation , l'appuyèrent forte- ment. Le bruit s'en repandit par tout. Les peuples Mogols & Tartares la cru- rent & en devinrent fi fiers , qtf ils ne re^ gardèrent plus le refte du monde que comme un bien qui appartenoit à leur Grand Can.

CHAP.

il G£NGHX2CÀH. XT3

*" i* An. gr.

CHAPITRE VIL He|.^

/fi^r/ ^/i Pn>r^ B^yrue. NonviUt îxft- A. M. le iition de Gcnghizxdn contre TonSabéy. Lierre» QiulenfHtlefHCcis. Fuite de Caf chine ^Hfris de Gnrcan Roy de Turque flan ^ qui lui donntfa filU en mariage. Def^ criftion des Tugures & de leur Rein f^on.

CE T TE PropHerie , quoi qu'il en (bit, fat fort utUc à Genghizcan Les Mo- Çonàe^ gols ne rcfpirerent plus que la giierre. La ^^^* xcfiftance même des Princes qu'ils vou- lurent dans la fuite dépoiiiller de leurs^ Etats , leur parut un crime. Boy rue frère du feu Can des Naïmahs , auprès de qui AhouU Cafchluc fon neveu & Touûabéy s'c- ^'»*> t »- roient retirés ^ fat la première viâime de la prédidion.

Ce Prince informé de la réfolutîon des radUl- Mogols eut beau (è préparerais rece- hhP.^i^^ ¥oir, fes préparatifs lui furent aufli inuti^ les que lis troupes Merxitcs que Touo- cabéy lui fournit. Après une trés-lcgere réfiftance , BoyiucsVnfait ; mais il fat prb d la chaflè par un parti Mogol , &: on Va- mena prisonnier dans le camp de (ts £n*« ficmis. où on le Et mourir* Sa mon abbatic

K

1X4 HlSTOFRE

An. gr. le courage de fes gens > ion armée (c cHillr- Il 06. pa^ Cafchluc & Touâabcy après avoir' 4 oT donné rendes- vous à leurs Soldats , pri- A. M^k ^ene auj(S la fiiite & (è retirèrent aux Eon- licvre. tieres de leur païs d' Ardifch où ils avoient ireceiiillir quelques troupes qui n'avoienc pu joiiidre les autres»

Cependant Genghizcan n*^étant pas alors fort éloigné dû païs de Tangut , il y alla en izo^. ^vec un détachement de fbn armée ,. pour fè venger de Schidafcon qui en étoit ÎC'Can , & qui avoir iècretement prêté du /êcotirs à fès Ennemis. II (iirpritr Csmpion par adrciïe Campion la Ville capitaïe de mille' ca- Tangut, Ce qui étonna Schidaicou à uni ^ point , que ce Clan prit le parti de fc fou-

mettre. Il fe fervit de Tentremife des grands Seîgnairs du Païs pour obtenir Ion pardon. Ils allèrent chargez de pré- fens au devant du Vainqueur , qui par- donna au Can, & le rétab'it avec le mc*- aae pouvoir qu'il avoit auparavant , à con- dition pourtant qu onluipayeroit un tri- fcut tous les ans , & qu'il y aurok une gar- nifon Mogole dans la fortcrtfCfde Cam- jpion.Si bien que leGrand Can ferisfait dcs^ riclieffcs immenfcs qu'il avoit trouvées. dans cette Ville , fe retira vers fonarmée^ C'cft dans la ville de Campion que '''*" a an ê cent Jea caravanes, des l^chands-

DE GlNGHÎZCAKr: ïï^

qui viennent de TOccident & foiivent du An. gr. Midy pour négocier à la Chine, parce i »o7« qu'on leur défend de pafler outre. Elles ^^8- y lejournent quelquefois fort long-tems ; a. m. le ce t^ui donne lieu aux habitans de s*enrî- crocodî^ chir. Auffi font-ils prelque tous riches. On^^* y voit beaucoup de gens qui cultivent les Sciences , qu'on nomme Sehimia , Limia j^adl^ éc Simi^. ta première traite de la*Phyfi- hh. que 5 de la Chymîe & de la Pierre Philo- fophale. La ^conde regarde l'Aftrono-» mie & la Magie naturelle « ic la troifîéme concerne la Théologie & la cabale ; elle renferme la connoiuance des bons & de^ mauvais Anges, & enfeigne les opéra- tions qui conviennent à ces Sciences.

Genghizcan conquît préfque en même ^xfedï^ fems le païs de Crequir & celui de Ca- ''^'^ J.^^ chin, dont portoit autrefeis le nom le païs ^^abéy'^ deTangùt. EniMLO^. il apprfc que Cafch- chef d^ lue 5f ToaAabéy ramafloîenc toutes leurs /* numn forces dans le pafe d' Ardîfch dans la Trî- ^^^ ^^^ l)u de Mericir. Il leur donna Te moins de /"f^ tC3X9s qtî il put pour le reconnoitre. Il Cafcbliu.- inàrcha contre eux au milieu de Thyver.^ c^ndt^ Ces Princes étonnés de fa diligence , & ^'*'- d'ailleurs ne trouvant pas leur armée affeS ^^^y ^^ * forte pour 1 attendre de pied ferme , (e Mim^dê retirèrent plus loin & s'allèrent camper ibu& h forcereiTe nèxne d'Ardifck Mair

^n- 8'* leur ennemi malgré la difficulté des elie^ l^^^^' mins& la rigueur de la faifoafe rendic 6 05. devant la Place , & les engagea , quelqucs^ A. M. le précautions qu'ils enflent prifes , à en ve- *crpcnt. nir aux mains avec luL La bataille ne dlira pas long-tems : Les Mogols comme 'affii- rés delà viûoire , fondirent fiir leurs En-- nemis qui leui cedoient en nombre Se eiv valeur ,. & les mirent bien-tôt en fuite^ Toâabéy fut tué dans Tadion. Pour Cafchluc , il eut eiKore ladreflè de fc tirer de la mêlée, ic de fe fauver avec plufieurs bons Soldats dans le Turquef- tan , où il eut même le bonheur de trou- ver unafile cîiez Gurean, lun des plus „, . puiflans Princes de Touran , a c'eft-à-dire iih pa/. ^^^ P^^ Tartares qui. font au de là du; j^ Gihon , jusqu'aux exaérnitez. du Caracas* tay . Le Roy Gurean toucbé de fon mal- heur le reçut favorablement, it conçue même tant d'amitié pour ce jeune Prince ,. qu-il luidonna fa fille en mariage pour 1^ confoler déroutes fesdifgraces. Cependant tant de conquêtes & tant

# Ôd appelle ce païi Touran , parce qu'il fut autrefois le partage de Tour ,. fils de Eeridoun Roy de Perle de Ta première Dînaftic nommée Pifchdadicns. Aînfi que par le mot d'Ivan , on dtsc. entendre U Pcrfc et tous les païs f.tat$ aœ #Lj^a.du jnêiiie.Giho{k.^auci:emcDC GlKas.

dnbeureux cvenemçnséleverent Genghiz- An. gft can à un fi haut point de grandeur , que f^ ® *• plufieurs Souverains lui envoyèrent de- ^ ^°* mander fa proteâdon , & entre autres a. M. le Ârflancan Prince des Cafchluques dans le Serpent. Caracatay -. mais il arriva une affaire bien Alhow plus importante pour avancer raccom-^^»>p* ^^ pliflèment de fes grandes dcftinées. Ce Ahulfa^ fot le mécontentement d'un Prince de ^H^» Turqueftan nommé Idicout. a^

Il ctoit Can des Yugurcs^ Quoique uinotu- fort puiflànt , il ne laiflbit pas d'être tri- ^^' butaire de Gurean , Roy de Turqueftan y iJy^ qui tenoit ordinairement chez les Yugu-: , ^ / res une elpece d'Inteadant de Province pour veiller à fës intérêts^ ^ reciieillir le» tributs qu'ils étoient obligés de lui payer;. Celui qui avoir alors cette Gommiâion^ s'appelloit SchoiiaKcm. Cet Intendant, homme naturellement avare &c violent , outte la levée des fbmmes ic des denrées ducs â ion Maître, en extorquoit encore d'autres*^ de manière que les Yugure^ fè trouvant extraordinairement (urchargés , fb plaignirent de fes concuflions d leur Caik Ce Prince en parla d'abord à SchoiiaKem , mais n'en pouvant tirer rai» Con y voyant même qu'il ne répondoit à- ù:s> remontrances que par des menaces , ii

4L Uicouc ea Mogal figoifie le Hxiqce icgaanc;

fXS ' HiSTOIRf

An. gf , fut indigné de ibn infolence » 6c pour %^cn i^xo^. vcngçi , il le fit âflaflîncr. Il envoya auffi» ^ ^^* tôt deux de fes principaux Officiers à A. M. le Gengliizcan 5 pour 1 intoimer de ce quî Cheval, venoic dç^ fe pafler & lui demander ù pro- Umonde ^â;ion , parce au'aprés Taâion qu'il avoit été obligé de.fcûre, il craignoit fort le reflentnent de Gurcan. Ses Envoyés joi- gmrçnt Tl^mpereur Mogol dans le païs de Tangut , où il étoit encore allé pour remettre ibus (on obéïflance SchidaTcoi» qui s'étmt révolté avec d'autres Cans , &; entre-autres celui de Crequir , dont le AhouU païs fiit. entièrement ruiné. êairf. 8. L'Empereur Mogol, xavi de trouver Toccafion de donner quelque jaloufie au Roy Gurcan qui n'étoit pas de fès amis ^ Ahulfa- principalement depuis lalliance qu'il avoit ^^^^' contractée avec Cafi:hluc , reçut les En- ^ voyez d'Idicouc beaucoup mieux qu'il ii'auroit fait Ùlvss cette raifbn. Il lat é-^ coûta, èc leur £t une réponfe telle qu'ils lât pou voient fouhairer «Outre cela lors qu'ils s en retournèrent , il nomma deux perfon- nés quaiffîées pcmr les accompagner , qu'il chargea d'aflitrer ce Can de ibn amitié, &i de lui offrir fà proteâdon OMicre Gurcai)# Ce procédé honiiête & généreux char- ma le Can des Yugures qui prit ce qu'il y avoit de plus précieux dans les t£éfi)rs, &

alla trouver Genghizcaq pour lui offirîr An. gr;. lui-mcaae fes ièrvices. Ce qu'il fit avec ^J- ^^' toute 1 ardeuf poffible , 8c tout te refpeâ ^ ^^ -que fou- rang lui put penaettre. Cette dé- a. M. le tnarciie rendk ce Prince- & agréable au Moatom. Grand Can^qu il «n fut reçu avec tous lei» témoignages d'afFeâion qu'il pouvoir ef- perer . Les aflurances qaldicout lui donna ^cla fc de fon zèle ne furent point démenties par 5ç- grâce lès aâioffisj il fervitdans la fuite utilement i^if Hc- F£mpereur des Mogols , qui de (on coté gin 607* pour reconnoître fes fèrvfces, loi donna: iuie de (es S^cs en mariage , Sch regar- da depuis ce tems-là comme un de {es pro- •pres enfans. Le Roy Giircan qui fur la ■nouvelle de l'aflàflinat commis en la per- fonne de SchouaKem , avoir jette feu Se liâmes ôc menaeé dé fon reflèntimenr Idicout , n'ofà en venir aaiç voyes de &it y fi-tôt qu'il apprît que ce Prince-étoit de- venu gendre de Genghizcan , la crainte d'attirer fur lui les forces des^ Mogols^ Pemporta fur fà colère

La Religion: des Yugur^s n'a pas été Les tu-- bien connue des Hifloriens , quelques-uns S**^"- ont écrit qu'ils étoient Idolâtres , d'autres ^^^'*^^^*' les ont cru Chtétiens Nefl»riens , & d'au- ttes enfin Mahometans , parce que plu- fieurs d'entre-eux faifoient profcfïîon de ^^^y ^*'^' ces ReKgiom*- Leurs Prêtres qu'ils ap^

iiû Histoire

JUi. gr. pellent LdfM , ^ivoient la tète 8c h bartyf^ 1 1 1 o. enticreracnt razées* Leurs Supérieurs les H^^g* obligeoient a garder la choftcte , & i def- A. m! le ^'^vir les Temples. Ilsavoient pour coefw Moutoo. ^u^e une efpece de tnitre , & pour vête^ ment une tunique jaune ou rouge , érroi»' te comme une fbikane & ceinte par le milieu. Sur cette tunique ilsportoient ua manteautaillé en chafiible de Diacre chré- tien. Quand les Lama ibnt dans leurs Rtàbra- Temples , ils- font affis fîir des bancs vis i !«*'• vis les ans des autres, 8c tieanent leurs livres dans leurs mains. Ils ont toujours Ja tête découverte , & au lieu de chanter^ ils li(ènt tout bas. Ils gardent presque toujours le filence. Ceux qui les appel- knt Idolâtres > ne difent pas en quoi con^ £fte leur Idolâtrie. Les Idoles qu'ils avoient la'en font pas une preuve ? puis- que dans l'entretien que Rubruquis eut avec eux , iJ& l'alTurerent qu'ils n'ado- roient qu'un fèul Dieu , &c que s'iI»avoient des Images, ce n'éroir que pour fè reC- fcuvenir de ceux qu'tlks repréfcntoient ^ & non pour les adorer. Ce qui pourroît feire croire qu'ils profcflaient alors la Re- ligion de Genghizcan , altérée par des fii^ ardions qui leur écoient communes avec :s Mogolsé

Les Mog^ôls doivent aux Yugures Te- « aicure

15E Genghiïcam. ut trhare dont ils fe fervent , fcAt qu'ils en An gr. • iHanquaflent a<vant leur union avec ces l/- ^ '^* Peuples , fbit qu'ayant trouve la manière ^ ^* des Yugures plus commode que la leur^ a. M. le. ils ont pris leurs caraûeres , & ils s'en Moucoif. ibnt toujours fervis depuis ce tenis-là. a Ruhru-^

Les Yugures dans les anciens tems re- quis^ curent leur nom de latxrache même d'O- guz. H les appélla Yugures , c éft-à-dire unis. Il a roujours pailë chez eux pour un grand Prophète ; & les Turcs des der- •niers ficelés , c*eft-à-dire les Ottomans , ^^^^^ qui par le titre d'Ogufiens quïls portent , font .gloire d*efi être defeendus , difent que n'ayant encore qu'un an >îl parla , & fe donna luî-tnème le nom d'Oguz -, mais qu'à dix-huit ans , Dieu éclaira (on efprit , éc de l'Idolâtrie, dont tous les hommes alors faifoient eticore profeffion , le fie p;.flcr à l'adoration d'un feul Dieu; Ce qui choqua tellement tous fes parens , qu'ils le voulurent perdre ^, que cependant il leur réfifta vigoureufement avec quelques perfbnnes qu'il avoit converties , que

a XsL I^etcce^qiieMangoucaan fils de Qcnghi'z* Clin , Empereur des Mogols écrivit à 5. Loiifs

■ Roy de France en 11^4! ècoit en langue Mogo-» le i mais en caraâeres Yagndens de haut en

' bas. On la. lifoic aui& de haut en bas , ic les li-* gœs étoicat multipliées de la gauche à la droite.

L

ili HfSTOlKE

Ao. gif. ' ibn père fat tué d'uii coup de flèche daté 3/ ' ^ * un coinbat,& (es ondes mis cù fuUe.C'eft 4oy. ^^ ^ Fadlallah rapporte d'Oguz. a .

Idonton ' ^^^* ^^ Caracan , Caracan £Is de Mogol» '^' can» Mogolcan , fils d'A liogé Can quatrième Ko y àci Tores Ôriemaux , de la pofterité de Turc^lsdejaphet, filsdcNoê. Mogolcan eft la fource des Mogoisi comme Tacaxcan fils d'Alingé e(t l'erigipe des Tartares.

CHAPITRE VIII.

Premlen gHerre de Gtnglnzxan contre la Chine Stpentrionale y appcUie Cauy. S^el en fiât le fuccés. Son retour en fon Tais. Expédition de ce Prince an defert du Capfcnac « autrement Decht.

U G I Qjj E Genghîzcan , lors qu'il fut de retour à Caracorom, eût réfo- ne point recommencer la guerre fi- tôt , il ne laiflk pas de faire des recrues pour montrer à fes ennemis qu'il étoit tou- jours en état de Ce faire craindre. Et ce« {rendant, fuivant les réiblutions prifès dans a dernière Diete,il s'appliqua long-tems à . iregicr les affaires de rËiat,& à pourvoir à * la (îireté des Païs conquis. Il fembloit vou- ~ loir demeurer en repos âpres tant de fati- gues j mais Tamour de la guerre , fk paT-

DE G]iKG*fiizc A N. tiy îîon doftîinajîte ne le lui permit pas , & il An. gr* ne fbngea bien-tôt qu'à trouver des pré- ]?- * ^ textes pour fe broiiiller avec la Chine, à ^^f 1; laquelle il en vouloir pamculierement. a. m/Ic Comme les conjonûures préfentes ne Mouton^. lui en pouvoient fournir , il en chercha •danis les fîecles pafiez. m Ilrappella dans Ahul-^ iâmemcwreles maux que les Rois de l3:cjtir,f.f4 Ghine avoient faits autrefois à ks Ayeux , â Con Père & a Tes Peuples, b II en parla Mirccndê aux Nevians & aux Princes de (a Couri il ne les entretendit que des violences Se des peines que leurs pères avoient fouf- fertes. c Ce qui ctdit caufc , leur di(bit-il » que leur Paîs avoit été fi long-tems mé- prifê de toutes les nations de TAfie. En- fiiiteil lescxçitoit a fe venger en les pi- quant d'honneur , & il n'oublioit pas de * leur parler encore de la promefle que Dieu lui avoit faite de le fecpurir & de le rendre victorieux de tous fes ennemis. Lts Princes Se Seigneurs Mogols ne

« Il fe rclTouvînc de fon père , & en foupiranc

cita Tinjuilice du Roy de la Ghine.

h II raconta i Tes Coartifaiis les violences que les Rois de la Chine avoient faites à leurs Ancécres.>

c II die que comme le gr^nd Dieu lui avoîc donné la viâoiie fur tous leurs Ennemis > ils pouvoient efperer qu'il leur fcroic la mêmq gr^r ce contre les Chiaois.

114 HisTaiRi"^

!Atr. gr. manquèrent pas d applaadir au deflèin db 12. 1 o. i^m- Empereur, (oit par complaifànce > Coit é ? qu'ils le trouvaflcnt fort railbnnable. On A. M. le aflcmbla le conTeil pour avifèr aux moïens Mouton* de faire réiiifir cette grande entreprife , & il fut arrêté qu'avant toutes chotes on envoyeroit un AmbafTadeur à Altouncan Roy de la Chine , pour lui demander ré- paration de tous les dommages faits par lès Prédcceffeurs aux Mogoïs, avec or- dre de lui déclarer la guerre en cas de re- fiis. Pour cet effet on choifît Jafer vieux CourrifaU) homme conlômmé dans les affaires , & on le fit partir pendant l'hi- ver. Jafer étant arrivé à Canbalec, qui étoit l'ancienne ville de Pequin ,rune des capitales du Catay, a & l'ancienne 1 fledon Serique ^ eut audiance du Roy qui fe trou* va par hazard en cette Ville , car il n a-^

4 Le paï$ du Catay dont il eft ici qucftioii e(l la Chine même & non la grande Taitarie , comme on Ta crû longtems en Europe. Les Géographes Orientaux le font connoitre par les limites qu*ils lui donnent , Se les Hiftoriens le marquent en proies expreflcs. Outre cela on a découvert que le Nom de Catay eft princîpa- jemênt attribué aux fept Provinces Septentrio- nales de ce grand Royauimc y & que la partie làvL Midi qui contient les neuf autres eft appelïée Mangi > mais cette partie Méridionale n a été couquife par les Mogols fucccfleurs d^ Gcn» ^hiican qu'en iiéS, Hcgirc ^tf;.

l>£ Gengki2caï^. 1^5 Voit coutume d y être que duf ant l'Eté v ^"- S^- cet Acnbafladeur fit une longue harangue l^ ^* qu'il commença par l'élevaition de Gen-- ^07. ghizcan fbn Maître ^ & par Je choix que A M- le Dieu avoitfak de lui ppur gouverner le ^^^w^^**' Monde. Enfuite il demandât ration au Roy du tort & des dommages que fes Predecefleurs avoient fait aux Mogolsj faute de quoi , il dit qu il avoir ordre de lui déclarer la guerre , & de raflurer que Genghizcan à la tête dune puiflante ar- mée , viendroit le chaffef de fbn Païs Ô5 y établir un de iès enfans.

Le difcours de Jafer parut bien ex^ tâircondê traordinaire au Roy de la Chine , qui ne put aflcs s'étonner que l'Empereur Mo- gol eût osé former le de(Ièin de l'attaquer^ &* de poner la guerre dans un Païs qu'il devoir redouter par les dommages mêmes qu'il difoit que fà Nation en avoit rcçus^ Il (è plaignit à l'AmbafTadeur de ce qu'on le traitoit comme un Turc ou un Mogol , & il le renvoya avec cette réponfe : ^'il ne pouvoir empêcher Genghizcan défaire la guerre \ mais qu'il l'attendioit de pied ferme pour le faire repentir de fa tcn^- irité. Jafer s'en retourna en diligence â Caracorom. Il rendit i Ton Maître «n compte exa6l de fa négociation , & 4cs remarques qu'il avoit faites liiivant*

L iîj

ti6 HiSToiM

•An. gr. lés ordres qu^H en avoit reçus. " * ^' Genghizcan fiir le rapport de fon Ai»* ^ ^' baflàdeur acheva de iè préparer à la guer« A. M. le re. Dés que la faifbn lui pertnk de fè Moucoa. mettre en campagne , il partagea (on ar- mée en deux corps. Il prit le plus confia derable , & donna l'autre à commander i. trois de ks enfans , Jougy > Zagatay Se Oâay. Ces trois Princes marchèrent vers^ iddlal' Courge y a on Corée » Ils ne firent aucunr Uh fag, dégât chez les Calmaques par où ils paf-* ^ **• fèrent , pdcrce que cette Nation fîtuée iiir les frontières du Caracatay obéïflfbit alors: à, Genghizcan , & s'étoit (bûmis à fa puiC- iànce ) mais lors qu'ils furent arrives fur les terres de Courge , où il n'y avoit que fort peu de gens de guêtre, attendu que là plupart étoient allé trouver le Roy de la Chine , ils firent des ravages terribles tant dans les Villes & les Bourgs où ils purent entrer que dans les Campagnes. Us enle- vèrent tous les chevaux Se le bétail. L'Empereur des. Mogols n'en fit pas.

0 Royaume ficuê aox confins de la Chine vers le Nort > 6c qui cfl battu de la Mer du côté de rprienc. Ce I^aîs contenoh environ (èpt cens ftiilleames. lia prefiiue toujmirs ètègeuverné par un Roy de (a aauogi » qui s^eft quelquefois empâté de la Chine même s mais le Roy de Isà Chiue s*cft au (& vengé à (oQ toiu » & s'cft reodâ malcrc de Courge. ' '

ht Gejîghi^can. fif moins de Ton côté , lors <Ju après avoir An. gr» groffi fbn corps d^atmée de quelques trou? l^^^' pcs qui lattendoient vers le Til , Rivière ^^^' de Cai:acatay , il fur entré dans la Chine a. m. îe par cette grande porte de la mur^^le ; ^ Mouton, qu' Alacous » dont on a parlé cy-devant > lui fit ouvrir, Alacous ctpit Can de la Na- tion d'Ancout 5 à laquelle autrefois les Empereurs de la Chine avoient confié la porte de la muraille. Ce Prince qui étoit alors mécQ^tent d'Alfouncan i èntretCf noit une intelligence feaete avec Gen*- ghizcan qu'il fer vit très- utilement en cette occafion. I! ne fe contenta pas même d'introduire les Mogols dans la Chine , il leur donna de fes propres Officiers pour leur fervir de guides.

Toutes les Villes qui ouvrirent leurs portes fans réfiftance, ^ qui fournirent de bon gré des pfovifioos à Genghizcan , ^^^^^^^^ furent épargiiées p<M: ce Prince > mais ils lit piller celles qui voulurent lui réfifter , auui-bien que plufiear$ Châteaux œnfi»- derables>4ont (m enleva les richeflès > te

s Les Chinois la fi'rent bâtir autrefois entre lesmoocaenes^ pour empêcher les Turcs Se lc9 ■ Mogols dentier dans ce grand Païs. Cette ma- xailie eft appellée Avencanh en langue Mpgole» èc Sêdd Yadgoudge ou Mt^dgouge en Arabc^ Ce ^ai %iûfif$ ]^ ligMP .^. Gog U Magog.

• L iiij

lit HiSJOIRI

An. gr. tout cela fe fit en attendant la jonâîon de ja, I o. l'armée des Princes ks fils à la ficnne. ^ Q^' D un autie coté le Roy de la Chine jor-

A. M. le gnit à Ton armce les troupes de Courge , Mouton. & fe mettant à leur tête marcha droit au Ahêul' Mogols ; mais tors qu'il en fiit à quelques^ êi^ir,f. ^. journées , comme fes Soldats étoient rari^ gués , il s'arrêta pour les faire repofer. On difpofa tous les chariots autour de l'armée , & l'on fit devant un profond & large foffé. Ses troupes ne demeurèrent pas dans ce camp aufli long-tems qu'il au- voit fouhaité, parce qu'ayant appris que Genghizcan venoit à lui pour l'attaquer, Û les fit décamper pour aller au devant de ce Princc.^ - liiftêndf Si- tôt que les deux armées furent et) préfence , on les mit en bataille , & l'on- cn vint aux maihs. Le combat fut fan^ glant. Le Roy de.la Chine perdk trente mille hommes , & l'Empereur Mogol a- prcs avoir perdu un grand nombre d'OP ficiers , 6c plus de Soldats que les Enne- mis;, fe retira avec tout le butîn qu'iJ pm faire par la Province de Pequin , d^ns la- Quelle il avoit quelque intelligence. Les Chinois ne le pourfiifvirent point , parce qu'ils n'étôient pas moins fatigués que les Ivlogols , & qu'ils avoient auffi befoin de repos* C eft pourauolne regardant que

ï>E Genghiscîak. lijf la perte qu'ils venoient de faire*, & crai^ An. gr,' crnant que Genehizcan n affieecât leur ' * ^ *• Yiile capitak, ils rclalarent de s accom- ^ ç^°g^ inqder avec lui pour le faire fprtir de la a m. le Cbine^ que la gaerreavoit déjà réduite Singc^ dans un état pitoyable.

Altouncan lui envoya un AmbafFadeur

Sour lui propofer la paix , avec la main de i fille Cubcou Catonne 9 promettant de feire conduire cette Princeflè pr Ton des TadUf^ plus confiderables Seigneurs de ià Cour , lah. if^tg^ 6c avec toute la pompe convenable à fon 3 4^» rang. L'Empereur Mogol fe contentant alors de cette démarche d'im Ennemi qu'il n'avoir pu vaincre » accepta les propofî»* fions qu'on lai fai(bit. Il époufa la Prin* ceflb de la Chine quand elle fut anivée à fbn camp , & accon^agné dés Princes (èa^ fils , iïsSc retira avec elle à Caracorom*-

Mais il n'y demeura qu'autant de tems qu'il en eut befbin pour rct^Ik Ton ar* xnée y car outre qu'il ne la voulmt pas laif- iêr dans l'oifi vête , il avoir fcwrmé un grand deffein. Il méditoit la conquête des Païs Occidentaux de la Tiartarie pour Ion fils aîné , &: il fe fiiacroit d'y rciUfir > a cauiè de la méfintelligence qui diviibit tous les Cans Tartares. Il commença pat mettre une partie de Tes troupes dans le$ j^aJûs de Con obéiHànce^ pour Içs reteoig

tjô titstôtKt

'An. gr. dans le devoir 3 en Alite avec coat le reflé iioi.. jg {qjj Année, il prît la route du vafte é?8. païs ai>pellé le» Landes de Capfchac. Son A. m! le «Is ^^é > coinnoe la partie là plu» inte^ Singe, reflee , ne mangua pas d'être de cette expédition* t>0fcrif' Le paÏ9 de Capfcbac eft d'une fort tiùn di grande étendue , & pafle pour la plu$ S!w " confiderable panie de la Tartariê , il sV- tend d*Qriem en Occident depuis le Tur* queftan juiques au Volga , & j^n côtoïant Tandehne Bulgarie & l'ancienne Ruflie » il va de Volga jafqu'au pais de Crimée où (ont les peuple» appeliez les petits Tartares. Sa plus grande largeur du Nord au Midy eft depuis la mer Cafpienne jus- qu'aux grands derert» (àblonneux ou plu- tôt jufqu'à la mer Glaciale. a Cepaïs a peu de Villes*. Ses terre»^' il Ion en excepte les grands défêrts qui font du coté du Nord » font prefque touy tes excellentes » les grains , les pâturages^ & le bétail y font en abondance. On ne

« On nomme auffi ce païs Dccht Capfchfacig U, Dcçhc Beické. Dechc (ignifîe Landes ^

Îraixlcs campagnes unies & Berckê eft le nom 'utr petit £ls de Gcnghizcan qui après Bata^i- Can (on frère faccedâ à la SouTerainetè et Capfchac à lat^ucilc il donna fon nom , & ce fut le premier des Cans Mogols de Caprcbac ^ni fie ptofcflioiLdcia Religion Makometane^^

1>B GEKGHI2C-AN. 1p

pcat ttouver ailleurs un meilleur air , ny An, gf» de meilleures eaux» Les femmes y ftuit î/^** mieux feires qii en tout autre lieu de la ^ ^ g , Tar tarie *, les hommes y font courageux A. M. le & aiment la gperre. Ils font divifés en Singe, tribus dont plusieurs font encore ptéCcn* tement composée^ de Mogols & de Turcs.^ Comme les Villes y font en petit nom- bre ôc les campagnes fort valkcs , chaque cribu fo^ranfporte d un lieu à un autre » & cherche tous les sais en hyver le Midy^ de fonpaïs ôc en été le Nord*

Quoyque chaque tribu ait fon Prince ou Can qui la gouverne, cette partie de Tartarie > depuis que les Mogols 1* ont fub- juguée , a toujoiurs eu un Roy ou grand Can à qui les autres ont obéï. Ce païV dans les fîecles pafles a été fort abondant en hommes & ce fut d'où fortirent autre- fois les Huns , les Getes , ou Gots , let Gepides, les Vandales, le^ Alains, les Suédois 6c autres Peuples qui ne fè font rendus que trop fameux dans le monde par les defordres qulls y ont Bits.

Seray eft la Ville capitale de Capfchac^ cUe eft fituée for lar rivière deSencla qui & décharge dans- le Volga. Batu^-Can en ;etta les fbndemens &BereKé Can fon ficrc la fit achever. Les trois plus bettes rivières de Capfohac font le Vo%a:^ le Jayc & ITrtifck

l

An. gr. Revenons à Genghizcan. Parla vfc^ x> X i. toire que œ Prince avoir remportée fur é ?9 Oungjîcan , il croy oit avok droit for plu- A M. le fieurs tribus de Capfcihac qui vivoient jioge. fous lobeiflance de ce Rt)y vaincu. Ainfi ce fut de ce cote-là qu il marcha^ Dés [u il parut for leurs frontières y ces Tribus [e fournirent à lui auffi-bien que celles ^ui occupoienc lé pa» des Getes fitué cnCàpfonac aux Confins du Mogoliftan* Il compofa bien•tô^ une grofie Armée de ces nations & de quelques autres dont les Hiftoriens ne* citent point les noms. Il en donna la moitié àcomrnander au Prince Jougi Can , auflî appelle Touchy, fon fils aifoé , qu'il laifla dans ce pais avec plufîeurs Officiers Mogols pour le gou« verner > Se il rçvim dans le Mogoliftan avec l'autre mcritic qui faifoit une Armée ailes confideirable.

Jougi Can après le départ de l'Empe- reur fon père nt quelque nouvelle Con- Vin Jh ^^^^^ ^ ^ quïcaula beaucoup d'ombrage dêUatif. ^ plufieurs nations de U Tartarie Occi*' dentale. Ces peuples mêmes fe liguèrent contre lui y a mais il les défit en phifieurs^ rencontres Se for tou;t ks Conaans , les

«p II fc rendit maître des païs de Dechc Capfchac, de Saginc, de Bulgarie, dcRulfic, ^ d'Alaflan, de T^akcr&d'aucxcs Royaaiqesft.

l'rovlûççs^

DE GEN6HIZCAK. Î^J

àûdctis Bulgares , Valaques & Hongrois, An. gt; qui avoient autrefois occupé les Pais des u ' ** Huns , des Vandales & autres nations ^ ^^^ qui depuis longtems ne (ont connus que a. M. I^ juuis le nom de Tartares. Poule*

CHAPITRE IX.

Seconde G nerre de Genghiz^can contn U Chine. Prife de PeefHin FiUe Capitale de la Chine Septentrionale p oh Catay.

GEnghizxaO) comme nous lavons cy-devant remarqué» avoit accor^ ii fa pcoteâion aux Princes Arflan &: Idicout. Le premier , Can des Carluques & le {econd> Can des Yugures, après ctro convenus avec lui du nombre de gens de guçrre qu'ils leveroient pour fon fer- yiçe 5 s'ctoient retirés dans leurs païs avec plufieurs Officiers Mogols qui leur a- voient été donnés pour les efcorter.

Ces deux Princes n'épargnèrent rien pour avoir de bonnes troupes & cha« cun de fon côté mit fiir pied un Toman p a avec quoy ils retournèrent à la Cour de GçnghizcaU) après fon retour de .Çapfchâc. Leur arrivée réjoiiit fort TEm*^ « C'cfl-à-dûc dix millç hoamics;

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l J4 / HiSTOIRl

An. gc. pereur ^ parce qu'ils lui amenoient de fort X X > »• oelles crouppes donc i] avoic befbin pour ^^6* groifir r Amicc qu'il vouloit envoyer à la A'hi' U Chine fur lavis quon lui avoit donné Fa ttle ^ quelques menaces qui étoient échap- pées d Alcouncan contre les jMogoIssoutre . ^u'il en avoir une occ^on favorable* Car le Roy de la Chine alors mécontent des peuples de quelques Provinces de Caracatay avoit ordonné