3ulm Carter drutun.
HISTOIRE
NATURELLE ET MORALE
DES
ILES ANTILLES
D E L'AMERIQUE*
Enrichie de pkfiews belles figures des (fyrete^ les plus conjiderabks qui y font d'écrites.
Avec vn Vocabulaire Caraïbe.
A R O T E R D A M, Chez A R N O U L D L E E R S5
M. D C. L V I I I:
A M E S S I R E
I A Q V E S
A M P R O U X
SEIGNEUR DE LORME
Confeiller du ^oy en Jês Conjëils d'Etat W Triyé f ÎST Intendant de fes Finances.
ONSIEUR,
II y a tant de bouches qui pu- blient vos louanges êcqui exaltent Vos vertus, qu'il ne fe faut pas éton« ner fi la renommée en a volé juf- ques au nouveau monde, ôc files Peuples les plus Barbares fe fou-
a 3 met-
E P I S T R E.
mettent volontairement à rendre hommage à tant de qualitez émi- nentes que Ton voit reluire en vous. C'eft Monsieur, ce qui oblige ces pauvres Américains à venir du bout de l'Vnivers pour vous ofrir leurs refpecfc, au nom de toutes les Iles que leurs Ancêtres ont poiïè- dées autrefois dans l'Océan de l' A- merique. Us fe prometent que l'ob- fcurité de leur origine, la rudeflè de leur langage, la Barbarie de leurs mœurs, leur étrange façon de vi- vre, la cruauté de leurs guerres, leur ancienne pauvreté,ni Pinçon (lance de leur fortune , n'empêcheront pas que félon vôtre generofité ordi- naire, vous ne leur fafsiez l'honneur
de
E P I S T R E.
deîes acueillir favorablement-Que fi vous leur acordez la grâce de leur laifler dérober fans crime,queîques uns de ces precieus momens que vous employez avec tant de gloi- re , aus afaires les plus ferieufes ôc les plus importantes de l'Etat , pour jetter les yeus fur l'Hiftoire de leurs Antilles , Ils efperent , y[ o n s i e u R , que vous n'y trou- verez pas feulement une agréa- ble diveifué , qui delailera vôtre veué,mais même, (s'il m'eft permis de le dire ) allez de fu jets capables d'exciter vôtre admiration, le n'ofe en dire davantage, crainte de faire tort à l'impatient defir que nos Caraïbes témoignent de vous k
prc-
E P I S T R E.
prefenter. Ils vous lofrent icy Monsieur, avéque toute 1 humi- lité & toute la foumifsion,dont leur rufticité eft capable, étant perfua- dez que fi elle ncfl enrichie d'autres ornemens que de ceus de la nature, cllo nenparoitra pas moins fidèle,' ni moins acoplie. Recevez-la donc s il vous plaitdans fa naïveté natu- relle, comme ils vous en fuplient par la bouche de leurTruchement, qui forme mille vceus pour vôtre profperité, & qui prend la hardief- fe de fedire.
MONSIEUR
Votre tres-bumble <sr très- obeîffant feryiteur,
PREFAC E.
NOus avons le malheur dans les Relations que l'on nom donne des pais lointains , que fouVent elles font écri- tes par des personnes intereffées , qui par de certains motifs 5 & pour de certaines confédérations , déguifent la Vérité ,<S nous reprefengnt les chofes d'un autre air , isr fous une autre couleur , quelles ne font en èfet. Quelques fou au fi nous rencontrons des Ecrivains qui de fang froid & degayet'é de cœur y nous en font acroire, & prènent plaifir à impofer a notre crédulité.^ Les uns & les autres ont ïaffurance de mentir y croyent qu'ils le peuvent faire impunément , parce quils viennent de loin félon que porte le proverbe. Et par fois enfin , nous fommes Jujets à recevoir des pièces de cette na- ture, de la main de gens fimples &grofiers , qui nont ni étude ni èfprit pour nous donner rien cfexaB nid'affur 'è: & dans les Ecrits def quels on ne trouve pas où affoir de certitude ni de fondement y par ce qu'en plufeurs fùjets ils ont pris le blanc pour le noir , tr que faute d'aVoir , ou bien compris ou bien retenu les chofes y ils ne nous les raportent pas dans leur naïve Vérité : quoy quau refïe leur intention ne fit pas de nous tromper. Mais au contraire y cejlun grand avantage, quand de tels Ouvrages font compojê^par des tuteurs, où l'on peut reconnoitre tout enfemble ces trois conditions 3 d?être defintereffe^y de ne pas faire jeu de la vérité, & d^aVoir de la mémoire <jr de P intel- ligence pour former leurs Relations.
Cens qui prendront la peine de jetter les yens fur Pffijloire que. nous leur prefentons en ce Volume , y doivent ejpem cet
b avan*
PREFACE.
avantage , fins choquer les lois de la bienfiéance ni de thu* milite y noivs pourrions bien nom atribuer à nom-même:, les dens premières de ces conditions que nom Venons d'établir y c'efi a dire en un mot, lafincerite 7 Veu que c'efi une louange qu il fiemble que chacun Je peut donner innocemment , à moins que fa propre confidence le démente. Mais pour les qualité^ de hfiprit que nom avons reprefientees comme la troifième condi- tion 5 il efi certain que nom n'en /aurions prendre l'éloge fans faire un trait de Vanité. Cependant nomofions bien recomman- der icy notre Hifioire par cette derniç-e perfeclwn : Car nom n'y aVons guère; contribue que la forme ^ l' afifimblage^ ayant travaille fur les fidèles <sr les curieus Mémoires y qui nom ont été fournis par des témoins oculaires , desinterefife^ <jr dignes defoy^ <&? qui rimt pas la mémoire moins foi je & moins heu- rt ufieyni le jugement moins vif (sr moins éclairé^ que leur ame efi belle & fincere.
C ejî-pourquoy nous avons aparté un foin diligent <&r firu- pulem à ne rien ajouter du notre 5 dans ce qui efi efifiencicl^ que l'ordre <y les liaifions qui ne fi trouVoient pas en des pièces dé- tachées. Et nom riaVonsfait à parler proprement 5 que 'prêter la main à ces nobles Voyageurs ? pour décrire & arranger leurs narrations 5 fins en altérer le fins ; pour enchaffier ï? mettre en auVre fidèlement , les preciem materiam qu'ils nom avaient confie^. Av fi feront ils en toute rencontre les garens autenùques de nos ^laticns ; ny ayant rien en tout cet Ou- vrage qu'ils ïPayent Veu , qu'ils nayent examiné , qu'ils . nayent même corrigé , s'il en a été befiin , <S<~ où, en un mot ? ils ne donnent une plène aprobation : Veu qu'en éfety ce Livre rfest prefque qu'une copie de leurs riches Ori- gmarn.
Le
P R E F A C E.
Le* premier plan de cet Ouvrage fut drejfëa far h il y A déjà plus de jet ans \ iT juge digne de la lumière par des personnes intelligentes qui le Virent alors . Et qui n ou* firent la grâce de le lire foigneufement , <T de nous honorer de leurs remarques. Et des lors nous l'enflons mèfom laprejfe , fides Voyages neceffiaires , & d'autres occupations plus importan- tes P ne nous en euffent détourne^ jufques à prejent. Mais fi le public reçoit quelque fatisfacîion de cette Hifioire 3 il r? au- ra pa* fiijet de fe plaindre de fin retardement: Vendue nom la luy donnons <y plus enrichie , tsr plus exacte qu'il ne Veut eue en ce tens-la. Car outre quil nous efi Venu d ail- leurs <ur des avis des Mémoires ? nous ayons beaucoup profite dans notre entretien familier aVeque le !?. ^aimond , fur tout pour f Hifioire Morale des Antilles. En êfet qui nous en auroit pu donner plm de connoi fiance que luj , qui ayant demeure tant données dans ces lies , & fréquente fi long tens les Caraïbes de la Dominique , eïi P homme du monde qui fait le mieus le langage , les mœurs , & les coutumes les plus particulières de cette Nation: Ce qui fait que l3 on auroit jujle fujet de luy en demander me Hifioire de fia propre main. Mais a ce défaut , comme il eft cour- tots er obligeant 7 il nous a fait part de fis lumières & de fies trefiors : & ceft à luy feul que nom devons entre autres chofes 5 le Vocabulaire qui fie trouve à la fin de ce Volume.
Nous ofons nom promettre que le titre cTHiftoire Naturelle & Morale , que nom mettons fur le front de cet Ouvrage > à l'imitation de celuy que T excellent lofef Jcofia donne à fin Hifioire , ne fimblera ni tropfafiuem m
h 2 trop
PREFACE.
trop vafle , a cem qui daigneront le confronter avec le corps
de la pièce. Ju moins avons nom tafché de proportionner la grandeur de l'édifice à la magnificence du portail. Ce neîl pas que nom nom vantions icy dJ avoir compris dans ce Li- vre, tout ce que ton pourroit écrire fur le fujet des Jntilles. On trouVeroit affe^ de matière pour en amplifier de beau- coup PHiJloire Naturelle, même la Morale : Mais quoy quilen foitfil nom femble que nom avons fxtisfait en quelque forte,à ee que le frontispice du Livre fait efpereram Lecleurs: Et que fi chaque partie du Nouveau Monde , êtoit examinée aufïi particulièrement par les Hijloriens , l'ancien mo?îde en feroit miem informé qu'Une la été jufqua prefent
Nom avons été oblige^ à toucher en quelques endroit, des fujetsdèja traite^ par <t illuflr es Ecrivains > tsr connm d'u- ne infinité de perfennes : non certes en intention , ou degrofîr notre Volume, ou de nom élever audeffmde cesgransju* teurs : mais parce que fans cela notre Hijloire eut été de- feSlueufe. Tout de même quune Carte de la France feroit imparfaite , fi fon Auteur y aVoit obmis quelques places con- fiderables , fom ombre que d^ autres Geografes les aur oient marquées en des Cartes particulières de chaque Province du Royaume. Et neantmoins nom nom fhmmes retranche^ tn ces matières , autant qu'il nous a été pofûble : comme en la de- fcription du Cocos, de l'Ananas, <&r de plufieurs autres chofes.
A l" exemple dcLeryif de Lefcarbot, d? autres Hi- jloriens , & par le confeil <ÙT les invitations de quelques uns de nos amis , ?îom avons parfemè cet Ouvrage de paraleles 4? d'opofitions empruntées de divers (Pais <jr de divers Peuples. Si quelcun trouve que cefl interrompre le fil de l'Hifloire^
alon-
PREFACE.
alonger le par chemin, <(jr amuferle tapis, nom nousflatons dans la créance qu'ily en aura d'autres à qui ces petis enrichiffemens ne feront pas def agréables. Et stls ne le s confderent pas corn-? me des traits apartenans au dejfein effenciel du tableau, ils les pourront regarder avec quelque plaifr , comme des hor- • dures de fleurs , de fruits , t? d'oifeam , pour l'ornement de la pièce.
Pour ne pas fatiguer le Lecteur , en luy faifant faire de trop grandes traites tout dune haléneif pour ne paslajferfes yens par une trop longue trop uniforme tiffure de périodes <ST de difeours , nous ayons divifé notre Hijhire en autant de Chapitres <ùr d'Articles que nous avons eflimé le pouvoir fai- re raifonablement avec grâce. Mais en quelques endroit la contexture & la liaifon de la matière ne nous ayant pas laiffé la liberté de faire des panfesy<Or découper notre récit r comme nom l'enflions Voulu , cette contrainte nous fervira d'une excufe fuffifante.
Le difeours efl P image de la penjée. Mais le portrait reprejente la chofè même. Cejl pourquoy nous ne nous femmes contente^ de fimples paroles dans cette Hiftoire. Nous y avons ajouté un grand nombre de figures €sr de tailles douce s y félon les Jûjets qui nous font permis, pour en imprimer plus pttiffamment l'idée dans les efprits ,par une demonjiration fen- fible palpable. Et nous naVons pascreu que les célèbres Auteurs qui ont excellemment reprefnté une partie des mê- mes chefs par le burin de leurs Graveurs , comme entr au- tres Charles de L'éclufe & de lean de Laet nous en duffent dé- tourner^ Veu que par ces aides nom facilitons V intelligence des matières , & nom divertijfons nos Letleurs , en même tens que nom embêliffons i? que nous enrichirons notre:'
h 3; Hifoi-
AVERTISSEMENT
A V L E C T E V B, ■
CEtte Hifioire , ayant été 'imprimée en un pais ou notre Un- que efi étrangère y ce ncfi pas merveille quil s'y trouve plufieurs fautes. Et il y a plutôt fujet de s* étonner qu'il ne s'y en rencontre pas davantage, il y a plufeurs é aigm ou il n'en faut pas , &fouvent ilny en a pas ou il en faut , félon la règle d'aujourduy. On trouvera en quelques endroits des Lettres qui ne font point neceffaires fuyvant la Vronontiation & l' Or t agrafe qui ont cours, & en d'autres il en faudrait ajouter pour éviter des in- congruités. Nom aurions fait un Errata de toute ces fautes que nom conda?nnons les premiers fi nom neuf ions craint qutl eut étonné par fa longueur.
four les manquemens de ce Livre t qui peuvent efire venm de nom mêmes ,/ans que le feribe ni l'Imprimeur y ayent rien con- tribue ■> nom n aurons point de honte de les reconnoitre, cjr nom nom garderons bien de les défendre, quand on nom les aura mon- trez, , fâchant ajfez, quelle efilafoibleffe & de la mémoire & du jugeme?it die tom les hommes du monde. Seulement nom fu-> fiions ceus qui les auront remarquez > de s'appliquer à em-mê<* mes ce dire famé m ;
Homo fum, humanï à iiienihilaïienum puto. Ceft adiré, de fgfouvenir qu'ils font Jujets a Je méprendre, &a> fetro?nper comme toute autre perfonne. ^hfaulieu donc de re- prendre feverement & avec rigueur ce qu'ils n'aprouveront pas dans notre Hi foire , ils nom en avertirent doucement & en cha- rité: é* nom y déférerons autant que laraifon nom le pourra per- fuader. ^Ainfi bien loin de nom en plaindre -, nom leur en aurons de l obligation ^é1 le public en recevra de l'utilité, fi ce Livre efi mis un jour en lumière pour une féconde fois.
Nom avouons déjà par avance, qu'une Hifioire qui efi ornée de plufieurs autres figures moins neceffaires pour l'intelligence dés matières qui y font contenues 7dév oit aufiicfire enrichie des Cartes des Antilles en gênerai, çjr de celles des îles les plm célèbres qui y font comprifis : mais parce que cette pièce avait déjà languy fort long tens fom h prejfe, é* que nom ne luy pouvions procurer ces embelijfemens, fans t expo fer h de nouveam delays , nous avons creu qu'il fallait les referver pour une autre édition.
Avertiflemcnt au Lecteur.
Pour ce qui efi de ï élégance & des enrîchijfemens du langage, comme celxneft pas del 'effence del 'Hifioire, les efpntsfolides & raifonnables rechercheront plusicy les chofes que les mots, & la vérité que les ornemens. 2\(ous confierons que pour nous efire arrêtez, un peu trop fcrupuleufement aus propres termes des mé- moires qui nous font venus de diverfes mains , nom avons em- ployé quelques mots qui ne font plus de mife , & quelques ex- prefitons, qui ne font pas du bel ufage. 2^ps Lecteurs les fiupor- terontsil leur plait, puifque fi ces fautes font tort h la pureté de la diction , £7- À l' élégance du ftile qui efl a prefent reçeu} elles ne corrompent point le fens ', &ne changent point tes chofies.
Ce nefil pas pour obliger cette Province tres-renommée en la- quelle cette Hifioire a été imprimée, que nous avons toujours em- ployé le terme d'Hollandois pour exprimer toute cette Florifi- fante T^ation qui relevé de la Souveraineté de CMefiieurs les Etats Généraux des Provinces Vnies : mais feulement pour nous rendre intelligibles a nos François , en nous accommodant au ftile communément receuparmy eus , qui comprend fous ce mot, tous les Habit ans des Provinces Vnies.
ISÇous citons fouvent avec honneur plufieurs perfonnes de mé- rite , de toute forte de conditions & qualité z> , qui habitent dans les Colonies, que les Rations étrangères ont formées aus An- tilles. lS{ous avons cHimé que nous en devions ufer de la forte pour autoriser par ce moyen nos Relations & *leur procurer plus d'éclat & plus de certitude. 2{ous avons aufii produy ces illufires & irréprochables Témoins , pour désabuser plufieurs Européens, qui font fi mal informez, de ces lies, quils fe perfuadent , quelles ne fervent, pour la plupart . que de retraite aus banqueroutiers, & aus gens de mauvaife vie. Le contraire étant neantmoins tres- averé, aj] avoir qu elle s font habitées par une infinité d'honnefies familles, qui y vivent civilement, & en la crainte de Dieu.
HISTOI-
Mesure IAQVES AMPROVX Seigneur 1Z orme. Conseiller du Roy en ses Conseils et Intendant de ses Finances .
HISTOIRE
NATURELLE & MORALE
ILES ANTILLES
D E
L'AME RI Q U
LIVRE PREMIER Comprenant l'Hiftoirc Naturelle.
CHAPITRE ; PREMIER. T>tUfitMHon des ^Antilles en gêner d : Delà Température de l'air 5 De la nature du fais 5 & des Peuples qui y habitent.
m
i
Ntre le Continent de l'Amérique Méri- dionale, & la partie Orientale de l'Ile de Saint JeanPorto-Rico, il y a piufieurs lies, qui ont la figure d'un arc, & qui font difpofées en telle forte , qu'elles font une ligne oblique au tra- vers de T Océan. Elles font communément appellées les ^Antilles de l'Amé- rique. Que fi l'on^demande la raifon de ce nom là , il eft à croire qu'elles ont été ainfi nommées , parce qu'elles font Comme une barrière au devant des grandes Iles , qui font ap- pellées les lies de l'Amérique : Etainfi il faudroit écrire, & prononcer proprement Antiks , ce mot étant compofé de
A celuj
a Histoire Naturelle,
Chap.
celuy d Ile , & de la particule Gréque „W, qui fignifie k /.flfte_ fie Neantmoms l'ufage a obtenu , que 1 on &e &>£ 1 on prononce AnuUcs. On les nomme auflî les 1 1« r/ T ou cW,/„ , du nom des Peuples qut au Si les PTft
& de Léon, Pan mille quatre cens quatre-vints douze
ZoneTorH^V" ^ vin':h™P»™P^ , qui font fous la Zone Torr.de, a prendre dépuis l'onzième deeré del'Eoua teur,,ufques au dix-neuvkW, en tirant vers le Noîd Set ques uns.commeLinfcoten fon HiftoiredcPAmerVoue ore nant le nom d'Antilles en une lignification plus «ï^ k donnentausquatre grandes Iles , l'Epaenoie ou W n
connue de même qu'en la Chine & L ! ? ef°'S m" lieus de l'Or.ent : &, J^^^^SSf
avoir été apporté parles ^^^58 cofte
heu res du foir , & qui r affraich.t l'air , & rend a chaleur fupportable. Jofef Acofta dit, qu'ausgrandes Iles d 1 An US nque , on ne fentee NBàfeW^f^^^r ceftamfiquc prefque fous toute l'enceinte a> h 7 t
guhets pour tempérer les ardeurs du Soleil ' & K~
11 ne fa,t jamais de froid aus Antilles. Auflî la Mao- „V,ft point connue, ce feroit un prodige que d y en voir " 7 *
Et
Chap. ï pes îtES Antilles.'.- $
£t pmm en çes bords de verdure embellû l' Hy ver ne fe montra , qu'en U neige .des lys. Mais les nuits y font extrêmement fraîches fi l'on de- meure découvert pendant cetems-îà , on eftfujet à s'enru- mer, & à gagnée de grands .& dangereus maus d'eftomac; Et ou a remarqué, que tous cens qui s'expofentà nudà cette delicieufe fraicheur, s'ils ne font faifis de maus d'eftomac, du moins ils deviennent pâles , jaunâtres , & boufis , & perdent en peu de tems , tout ce qu'ils avoient de couleur vive & .ver- meille. H eft vray que d'autres attribuent ces effets, à la nour- riture de laCaffaue, quel'on mange ordinairement en ces Iles au lieu depam. «Se qui peut eflxe, a quelque qualité con- traire à la constitution naturelle des Habitans de nos climats. On éprouve la même température durant la nuit., au Pérou, ôc dans les Maldives. Et cens qui ont fait le voyage de Jeru- falem , ôc de tous les pais chauds , rapportent qu'autant que les chaleurs y font grandes pendant le jour , autant les nuits y font froides. Ce qui arrive, à caufedes grandes vapeurs que le Soleil élevé fur le jour , & qui' venant à fe condenferla nuit , ôr à tomber en rofée, raffraichiffent l'air merveilleu- fement. , /
L'Equinoxe, dure en ces Iles prés delà moitié de l'année, & le refte du tems , les plus grands jours font de quatorze heures , & les plus courtes nuits de dix. Et ceft ainfiquela Divine fagefle , a donné austerres qui font plus expofeés aus ardens rayons du Soleil , des nuits fort longues ôc fort humi- des , poiir reparer & remettre en vigueur , ce que cet aftre fi voifin, y a flétry & deiTéché durant le jour.
On n'y peut point divifer Tannée en quatre égales & diver- fes parties , comme nous le faifoiis en l'Europe. Mais les pluyes, qui y font fort fréquentes dépuis le mois d'Auril, jufques à celuy de Novembre , Soles grandes fécherenes qui dominent le refte du tems , font la feule différence qu'on peut remarquer entre les faifons.
Que fi on demande , comment on doit appeller ces deus diverfes Conftitutions <5t Températures de l'air 5 Ceft en cet endroit ou les opinions fe trouvent fort partagées. Les uns veulent, que de même que les jours n'y ont prefque point
A 2 àc
4 Histoire Naturelle, Chap.i
de ces heures qu'on nomme Crepufcule , nui tiennent le milieu entre le jour & la nuit, qu'auffiiin'y ait point de Prin- tems ni d'Automne , qui faffent la liaifon de l'Eté , & d'une cipcced'Hyvcr qu'ils y admettent. Les autres maintiennent au contraire , qu'il n'y a aucune jufte raifon , qui puifle obli- ger a faire porter le nom d'Hyvcr à l'une de ces faifons.à cau- le que la terre n'y cil: jamais couverte déglace, ni de neige, qui font les triftes productions del'Hyver, mais toujours revêtue dune agréable verdure , & preique en tout tems couronnée de fleurs & de fruits, quoy qu'en une différente inclure. D'où ils concluent que le Printcms ] l'JE ré & l'Au- tomne, y partagent l'année en trois diverfes Ôc égales por- tions, encore qu'on ne les puifle pas difeerner fi ayfément qu en plufieurs autres endroits du monde.
Mais lefentiment des Peuples, qui ont formé des Colo- nies en ces lies , ne s'accorde pas avec cette divifion, parce quilsprenent le temsdes pluyespour l'Hyvcr, &ccluydcs^ iecncreilcs, qui eft beau, riant & fercin , pourl'Eté llcft vray qu'Acoftaau Chapitre treizième du deuzicme Livre de ionHiftoire , querelle les Efpaçnols qui parlent de la forte, fcquiprencnt pour Hy ver ces mois plu vicus. Ilfourient que le tems fec , & fercin, eft le vrav Hyvcrdans toute la Zone Torride , par ce qu'alors le Soleil eft le plus éloigné de cette -Région ; & qu'au contraire la faifon des pluyes ôc des brouil- lais y doit eft renommée l'Eté, à caufe de la proximité de cet Aftre. Mais bien qua parler proprement & à la ri^ieur il fe falut icy ranger au fentiment d'Acofta , neantmoins puis que non feulement les Efpagnols , mais tant d'autres Nations lontaccoutuméesàtenir un autre langage , il nous fera bien permis d'ufer de leurs termes , en une chofe de fi petite im* portance.
Au refte quelque pluvieufe que puifle eftrela laifondans les Antilles, ceus qui y ont demeuré plufieurs années afin- rent , qu'il ne fepafle prefque aucun jour , que le Soleilnesy fafle voir. Et c'eft ce que l'on dit aufli de l'Ile de Rhodes: A caulc dequoy toute l'antiquité la dédiée au Soleil : croyant qu'il en avoit un foin particulier,
Chap. i des Iles Antilles. 3
Le flus & rcflus delà Mer, eft réglé encespaïs comme aus cottes de "France: mais il ne monte que trois ou quatre pieds au plus.
La plus grand' partie de ces lies, eft couverte de beaus bois, qui eftant verds en toute faifon , font une agréable perfpe&i- ve, & reprefentent un Eté' perpétuel.
La terre y eft en plufieurs lieusauiîl belle, au fil riche, & aufli capable de produire qu'en aucun endroit de France. En effet toutes celles de ces Iles qui font cultivées , donnent en abondance dequoy vivre aus Habit ans qui y demeurent: En quoy elles font bien différentes de ces pais de la nouvelle îrance, ou les pauvres fauvages ont tant de peine à trouver leur nourriture, que leurs enfans enfortant le matin delà Cabanne, & eus au milieu delà campagne ou ils font leur chafle, ont accoutumé de crier à haute voix, VenezTatous venez, Caftors , venez Ortgnacs y appcllant ainfi au fe cours de leurs neceftké, ces animaus, qui ne fe prefentent pas àeusfî fou vent qu'ils en auroientbefoim
Ces mêmes lies habitées , font pourvëues de bonnes four- Ces d'eau douce , de fontaines , de lacs , de ruûTeaus , de puits ou de cifternes : & quelques unes d'entre elles ônt auffide belles rivières , qui arrofent la terre fort agréablement. II y a mêmé en plufieurs lieus des eaus minérales , dont* on ufe avec heureus iuccés pour la guerifon de divers maus.Le foul- fre,fe tire en plufieurs endroits du fein des montagnes, & les paillettes luifantes & argentées que les torrens & les riviè- res charrient au tems de leurs débordemens parmy le fable, & lécume de leurs eaus , font des 1 ndices certains quil s'y for- me du Criftal, & qu'il y a au fil des mines de ces precieus me- taus, qui font tant recherchez de la plu-part des hommes.
Les eaus courantes , qui méritent de porter le nom de ri- vière, n'y tarifent jamais dans les plus grandes féchcrelfes, & font fort fécondes en poirTons , qui font pour la plupart , dif- ferensde ceus qui fevoient en Europe : Mais il s'en trouve en telle abondance aus colles dela.Mer, que les Habit ans ne s'amufent pas fou vent à pefcher dans les rivières.
La Vigne vient fort bien en ces lies, & outre une efpece de yigne fauvage qui croift naturellement parmy les bois,
A 3.
6 Histoire Naturelle, Cbap i
& quiportc de bcaus & gros raUïns, Ion voit en toutes celles quilonthabitecsdc belles treUles, & même en quelques » droits des Vignes culti vées comme en France , qui portent deus fois 1 année, & quelquefois plusfouvcnr, félon la taille & la culture qu'on leur donne, ayant égard àlal_unc& à la faifon convenable. Le raifin en eft fort bon , mais lc vin que 1 on en tire n'eft pas de garde , & ne fe conferve que peu de jours i c eft pourquoy on ne s'amufe pas à en faire
Quant au Blé, qui vient en la neuve Efpagne aufll bien qu en lieu du monde , il croift feulement en herbe ans Antil es & ne peut fer vir qua faire de lafauce verte, àcaufe que le froment veut eftre hyverné, ôc que la terre eftant trop grade en ce pais, elle poulie trop d'herbe au commencement! & 4 ne relie pas afles de force à laracine pour paner au tuyau & former un epy . Mais s'y on avoit effayé d'y femer de V Orge du feigle, & d'autres grains qui veulent lc chaud , il eft crova! ble qu ils y croiftroient en perfection. Il eft vray , que quand tous ces grains y pourroient venir en maturité, les Habitai qui ont prefque fans peine le Manioc, les Patates, le Mavs, & diverfes efpeces de légumes, ne voudroient pas prendre le loin qu il faut pour les cultiver.
Tous les vivres naturels de ces Iles font légers & de facile digeftion. Dieu l'ayant ainfi permis, à caufe que lc païs étant chaud , on n'y doit pas tant charger fon eftomac , que dans les contrées froides. De la vient qu'on confciUcaus nouveaus venus.de manger peu & fouvent, pour fc bien porter Les vivres, n'y font pas auffi beaucoup de fang, ce qui eft caufe que les Chirurgiens y faignent fort peu.
Pour ce qui regarde les Habitans de ces Iles. Elles font peuplées de quatre Nations différentes : Dont la première qui en eft Originaire , & qui les pofîede de tems immé- morial , eft celle des Caraïbes , ou Cannibales , déqucls nous entreprenons déparier au long au deuziéme Livre de cette Hiftoirc. Les autres trois font les François, les An- glois , ôc les Hollandois. Ces- Nations étrangères, ne fc font établies en ce Païs , que dépuis l'An mille fix cens vint-cinq. Et dépuis ce tems , elles s'y font tellement accrues , qUC la Françoifc & l'Angloife nommément y
font
Chap. 2 des Iles Antilies. 7
font aujourduy un tres-grand peuple : Comme il fe verra plus particulièrement dans la fuitte de cette Hiftoire.
CHAPITRE SECOND.
Ve chacune des Antilles en particulier.
POur obferver quelque ordre , en la defeription que nous ferons de chacune des Antilles en particulier, nous les distribuerons toutes en trois clafles , dont la première comprendra les lies qui approchent plus dumidy, & qui font les plus voifines de la ligne. La féconde celles qui fétendent plus vers le Nord5 &Ia dernière, celles qu'on nqmme ordinairement les Iles de defïouslevent, qui font au couchant de l'Ile de Saint Chriftofle, la plus renommée de toutes les Antilles,
ARTICLE I.
J>e Vile de Tobago.
LA première , & la plus Méridionale de toutes les lies Antiles, tft Tobago ou Tabac , diftante de la ligne Equi- no&ialevers le Nord , d'onze degrez &feizefcrupules. Elle a environ huit lieues de longueur, & quatre de largeur. 11 y a plusieurs belles & agréables montagnes , d'oùprennent leur fource dixhuit fontaines ou petites rivières, qui après avoir arrofé les plaines fe vont décharger en la mer. On tient que l'air y feroit bon, fi les arbres étoient abbatus , Ôc que la terre fut bien découverte.
Les grands-bois de haute futaye, qui croiftent jufqucs au fommet des montagnes , témoignent la fertilité de la terre. On trouve en cette feule Ile,les cinq efpéces d'Animausà qua- tre pieds,dont on voit pour le plus une ou deus aus autres lies, i , une efpéce de Fores , qui ont peu de poil , & un évent fur le dosv 2. des Tatous, 3. des Agoutis, 4. des Opaffums, 5 . des Rats mufqués , que nous décrirons tons chacun en fon Meu. Outre les Ramiers , les Tourtes , les Perdris, & 1er
Pcrra-
S Htitoire Naturelle, Chap.a
Perroquets , qu'on y voit communément , il y a une infinité d'autres Oifeaus , qui ne font point connus en Europe.
La mer qui environne cette Ile eft tres-abondante en tou- tes fortes de bons poifibns. Les Tortues de mer viennent par troupes cacher leurs ceufs dans le fable , qui eft fur les rades. Au Couchant & au Nord , il y ades bayes qui ont de bons ancrages pour les navires.
Une Compagnie de Bourgeois de l'Ile d'Oiialcre en Zé- lande, yavoit fait pafier deus cens hommes il y a environ feize ans , pour y établie une colonie , fous les aufpices de Menteurs les Eftats des Provinces Unies , & avoient nommé l'Ile, U Nouvelle Oùalcre. Mais les Indiens Caraïbes habitans naturels du pais , redoutant le voifinage deces étrangers, en maflacrerent une partie , ce qui obligea les autres , qui étoient travaillez de maladies i & qui apprehendoient un pareil traittement que leurs Compagnons , à fe retirer ail- leurs. De forte, que cette terre a efté long tems deftituée d'habitans, qui y fuflent fermement arrêtez : & n'cftoit fré- quentée que des Caraibes , qui y defeendoient en allant & en retournant de leurs guerres , pour y prendre les raffraichifle- mens qui leur étoient neceflaires , ôc de quelques François des Iles de la Martinique , & de la Gatdeloupe , qui y alloient faire pefche de Lamantin, & tourner la Tortue en quelque faifon de l'année.
Mais à prefent, les Zelandois s'y font rétablis 5 & il y a environ trois ans que Monfieur Lampfen , Ancien Bourgue- maiftredela Ville deElelîingue, & Député de fa Province en l'Aflemblée de Mcffieurs les Etats Generaus , a pris à cœur de peupler de nouveau cette lie. Il y a déjà fait paffer dans fes propres vailTeaus, plufieurs braves hommes , qui tra- vaillent à la défricher , & qui fécondent les genercus def- feins qu'il a , de relever glorieufement les ruines de la Co- lonie , que fes Compatriotes y avoient dreflee.
Cette Ile , étant la plus voifinc du Continent de l'Améri- que Méridionale , eft tres-propre pour entretenir un com- merce avec les Aroiiagues , les Calibis , les Caraibes, & plu- iicurs autres Nations Indiennes , qui y habitent en'grand nombre , & pour y faire une aflemblée confiderable de vail- m lans
Chap.s des ïies Aktilles," f
lans hommes , qui pourront aifémenc paner en cette terre ferme, & y jetter les fendemens d une puuTante Colonie.
ARTICLE IL
De l'île de U Grenade.
CEtte Ile, qui eft fit uée fur la hauteur de douze degrez, &feizefcrupules au deçà de la Ligne, commence pro- prement le demy cercle des Antilles. Onluy donne! et lieues de longueur, fur une largeur inégale, elle fétend Nord 6c Sud en forme de CrohTant. Les "François s'y font places il y a environ fix ans. Ils eurent à leur arrivée beaucoup à dé- mefter avec les Cataibes, qui leur en contefterent quelques mois par la force des armes • la paifible poûeflfion. Mais enfin Monfieur du Parquet , Gouverneur pour le Roy de l'Ile de là Martinique , qui avoit entrepris à fes frais cet étabhûemcnt, les obligea à luy laifler la terre libre par la confideration de leurs propres Intercfts, fondez principalement fur le grand avantage qu ils reeeuroient du voifinage des François , qui les aflifteroient en tous leurs befoins.
La Terre, y eft tres-propre à produire toute forte de vi- vres du pais, des Cannes de fucre , du Gingembre & d'excel- lent Tabac. Elle jouyt d'un air bien fain. Elle eft pourveiie de piufieurs fources d'eau douce, & de bons mouillages pour les Navires. Il y a aulfi une infinité de beaus Arbres , dont les uns portent des fruits delicieus à manger , & les autres font propres à bâtir des maifons. La pefche eft bonne en toute lacofte, & les Habitans fe peuvent étendre tant pour la pefche , que pour la chatte, en trois ou quatre petits llets, qu'on nommé les Grenadins qui font au Nord-Eft de cet- te terre. Monfieur le Comte Capitaine de la Martinique a efté le premier Gouverneur de cette Ile. Monfieur de la Vaumeniere , luy a fuccedé en cette charge. Il a fous fa conduite plus de trois cens hommes bien aguerris, qui pour la plupart ont déjà demeuré en d'autres lies, <Sc qui s'enten- dent parfaitement à faire cultiver la terre , & à manier les armes , pour repouffer au befoîn les efforts des fauvages ,
B &
13 Histoire Naturelle, Chap.2
& de tous ccus qui voudroient troubler le repos dont ils jouyflent en cette aimable demeure.
Monfieur le Comte de Seryllac , .ayant entendu le récit avantageus qu'on faifoit à Paris & ailleurs , de la bonté' & beauté' de cette lie, la fait acheter dépuis peu de Monfieur du Parquet. Ce qui donne tout fuiet d'efperer que dans peu de tems cette Colonie , qui cft tombée en de fi bonnes mains, fera confiderable pour le nombre de fes Habitans, & pour la quantité des Marchandifes qu elle fournira,
ARTICLE Ml
De l'île de Bekia.
CEtte Terre , cft disante de la ligne de douze dégrez ôc vint-cinq fcrupules. Elle a dix ou douze lieues de circuit, & elle feroit aiTes fertile fi elle étoit cultivée. 11 y a un fort bon Havre pour les Navires qui y peuvent cftrc à l'abry de tous vens, mais à caufe qu elle cft dépourveùe d'eau douce , elle eft peu fréquentée, fi ce n'eft de quelques Caraï- bes de faint Vincent , qui y vont quelquefois faire perche, ou cultiver des petis jardins qu'ils y ont ça & là , pour leur di» vertiftement.
ARTICLE IV.
De Vile de Sdint Vincent.
CEtte lie , eft la plus peuplée de toutes celles que pofïe- dent les Caraïbes. Elle eft fur la hauteur de feize dé- grez au Nord de la ligne. Ceux qui ont veu l'Ile de Ferro , qui eft lunedcs Canaries, difent que cellecy eft de même figure. Elle peut avoir huit lieues de long & fix de large. La terre eft relevée de plufieurs hautes montagnes , au pied defquclles fe voyent des plaines , qui feroyent fort fertiles fi elles étoient cultivées. Les Caraïbes y ont quantité de bcaus Villages ou ils vivent dclicieufemcnt , & dans un pro- lond repos. Et bien qu'ils foient toujours dans la méfiance
des-
L
Çhap.fc DES ïiES ÂHîïEtES. '«*
des Etrangers, & qu'ils fe tiennent far leurs gardes quand il en arrive à leur rade , ils ne leur rcfufent pas neantmoins du pain dupais, qui eft la Caiïave, de l'eau, des fruits, & d'autres vivres qui croulent en leur terre , s'ils en ont befoin : pourveu qu'en échangeais leur donnent quelques coignées, ïerpes, ou autres ferremens dont ils font état.
ARTICLE V.
• De l'île de h Bar h ou de.
Ile que nos François appellent la Barhoude , & les An* wgiois W^ , eftfituée entre le treizième & le quator- zième degré, au Nord de l'Equateur, à l'Orient de Sainte Aloufie & de Saint Vincent. Les Anglois , qui y ont mené des Fan mil fix cens vint-fét la Colonie qui l'habite encore à prefcnt, luy donnent environ vint-cinq lieues de tour. Elle eft d'une figure plus longue que large. 11 n'y a qu'un feui ruifleau en cette lie, qui mérite de porter le nom de Rivière : Mais la terre y étant préfque par tout platte & unie , elle a en plufieurs endroits des Etangs , ôcdes refervoirs d'eau douce, qui fuppléent au défaut des fontaines & des rivières. La plu- part des maifons , ont auffi des Cifternes , & des puits , qui ne tarifïènt jamais.
Du commencement qu'on cultiva cette terre , on tenoit qu'elle ne promettoit pas beaucoup : Mais l'expérience a vé- rifié le contraire , Se elle s'eft trouvée fi propre à produire du Tabac , du Gingembre , du Cotton , & particulièrement des Cannes de fucre , qu'après l'Ile de Saint Chriftofle , elle eft la plus fréquentée des Marchands , & la plus peuplée de tou- tes les Antilles. Des Tan mil fix cens quarante fix , on y con- toit environ vint mille Habitans, fans comprendre les Efcla- ves nègres , que l'on tenoit monter à un nombre beaucoup
plus grand. . . , , .
11 y a plufieurs places en cette Ile , qui portent à bon droit le nom de Villes : parce-qu'on y voit plufieurs belles lon- gues & lar-es rues qui font bordées d'un grand nombre de beaus édifices , ou les principaus Officiers & Habitans de
B 2 cette
12 HrsToïRE Naturelle, Chap, *
cette celcbrc Colonie font leur demeure : Mais à confiderer toute cette Ile en gros , on la prendroit pour une feule gran- de Ville , à caufe que les mahons ne font pas fort éloignées les unes des autres : Qu'il y en a un grand nombre de bien bâties à la faflon de celles d'Angleterre 5 que les boutiques & les magazins y font fournis de toutes fortes de Marchan- difes : qu'on y tient des foires & des marchez : Et que toute Mie, à limitation des grandes Villes, eft diviféecnpluueurs Parroifles, qui ont chacune une belle Eglife, ou les Pafteurs qui y font en grand nombre font le fervicc Divin.' Tous les plus confiderables Habitansde cette Ile s'y font fermement ctablis , & s'y trouvent fi bien , qu'il arrive rarément qu'ils ia quittent pour aller en un autre.
Cette Ile eft renommée par tout, à caufe de la grande abondance d'excellent fucre , qu'on en tire dépuis plufieurs années*. Il eft vray, qu'il n'eft pas fi blanc que celuy qui vient d'ailleurs, mais il eft plus eftimé des Raffinenrs , par ce qu'il a le grain plus beau , & qu'il foiflbnne davantage , quand on le purifie.
ARTICLE VI.
: ii : p
De l'Ile de Sainte Lucie.
LFs François appellent communément cette lie Sainte ^loufie,cï\ccû fituée fur le treizième degré ôc quaran- te fcrupules au deçà de la ligne. Elle n'eftoit par cy devant fréquentée que par un petit nombre d'Indiens, qui 'sy plai- foient à caufe de la pefche qui y eft abondante. Mais les François de la Martinique, font venus dépuis peu leur tenir compagnie. 11 y a deus hantes montagnes en cette Ile , qui font extremémentroides. On les apperçoit deforr loin , <3c on les nommé ordinairement, les Pitons de Sainte ^yiloufie- Au pied de ces montagnes 5 il y a de belles & agréables vallées , qui font couvertes de grands arbres , & arrofées de fontaines. On tient que l'air y eft bon , & que la terre y fera fertile quand elle fera un peu plus découverte quelle n'eft à prefent.
Mon-
.Chap. a des II e s A n t i l l es. r j
Monfîeur de R oflclan , a etably cette Colonie Françoifc, fous les ordres de Monfîeur du Parquet, quifavoit choify pour y eftre fon Lieutenant : ôc étant decedé en l'exercice de cette charge de laquelle il s'aquittoit dignement , Monfîeur le Breton Parifien a cfté mis en fa place..
article vu;
De l'Ile de L ^Martinique.
L'Es Indiens, appeïïoient cette lie <JWadanma$ mais les Efpagnols luy ont donné le nom qu'elle porte à prefent. _Elle cft fur la. hauteur de quatorze degrez & trente fcrupules au deca de la ligne. C'eft une belle & grande terre ., qu'ia en- viron feize lieues en longueur, fur une largeur inégale, ôc quarante cinq de circuit. C'e-ft aujourduy lune dcspius cé- lèbres, & des plus peuplées des Iles Antilles.
Les François, & les Indiens occupent cette terre , & y ont vécu long temsçnfemble en fort bonne intelligence. Mon- fîeur du Parquet, neveu de feu Monfîeur Defnambuc, qui donna le commencement ans Colonies Françoifes qui font répandues en ces Antilles , comme nous le dirons cy après, en eft Gouverneur pour le Roy , & depuis quelques années il en a aquis la Seigneurie.
C'cûla plus rompue des Antiîles , c'eft à dire la plus rem» plie de montagnes , qui font fort hautes ,N& entre-coupées de rochers inacceffibles. Ce qu'il y a de bonne terre , eft com- poféen partiede Mornes, qui font des emiciences prcfque rondes , ainfi nommées au pais : de côtaus qui font parfaite- ment beaus , (*on les appelle Cotieres au langage des Iles : ) Et de quelques plaines ou valons , qui font extrêmement agréables.
Les montagnes, font tout à fait inhabitables, S? fervent, de repaire aus bettes fauvages, aus ferpens , & ans couleu- vres , qui y font en fort grand nombre. Ces montagnes font couvertes de beaus bois, d'ontles arbres , furpalTent de beau- coup & en grofîeur , & en hauteur les nôtres de France • Se
B h pro~
T4- Histoire Naturelle, Chap.t
produifcnt des fruits , ôc des graines , d'ont les fangliers & les
oiféaus fe repaitTent.
Pour ce qui c A: des Mornes ôc des côtaus,la plupart font habitables , & d'un bon terroir, mais fort pénible à cultiver : Car on en voit qui font fi hauts & i\ droits, qu à peine y peut on travailler fans danger , ou du moins , fans eftre obligé à fe tenir d'une main à quelque fouche de Tabac, ou à quelque branche d'arbre, afin de travailler de rature.
Le Tabac qui croift dans ces lieus élevez , eft toujours meilleur, ôc plus eftimé, que celuy qui croift es vallées , ôc en des fonds , qui ne font pas de fi prés favorifez de l'aimable prefence du Soleil, c'efta dire en des habitations placées en des fonds , ou fur des lieus tout entourez de bois. Car le Tabac qui fe cueille en ces endroits, eft toujours plein de tachés jaunâtres", comme s'il étoit brûlé ,. ôc n'eft ni de bon goût, ni de bonne garde. Ces lieus étonfés font aufti-fort: mal-fains, ceus qui y travaillent deviennent de mauvatfè cou- leur, ôc les nouveaus venus , qui ne font pas acoûtumez à cet air, y gagnent plutôt qu'ailleurs le mal d'eftomac, qui eft fi commun en ces Iles.
Comme il y a deus fortes de Nations différentes en cette terre , aufli eft elle partagée entre l'une & l'autre , c'eft à dire entre les Indiens habitans naturels du pais , & les François, qui jetter.ent les fondemens de cette Colonie an moys de Juillet de l'an mil fixeens trente cinq, fous la fage conduite de Monfieur Defnambuc, qui lès fit pafler de l'Ile de' Saint Chriftofle , les mit en la paifible pofîeftion de cette terre , ôc après les avoir munis de tout ce qui étoit neceffaire pour leuiTubfiftence , ôc pour leur feureté,leurlaifla Monfieur du Pont, pour commander en qualité de fon Lieutenant.
La partie de l'Ile , qui eft habitée par les Indiens , eft toute comprife en un quartier, qui fe nomme la Cabes-tcrre, fan* autre diftinction.
Pour ce qui eft du pais occupé par les François, ôc que l'on nomme IzBaJJ'c-terre ; il eft divifé en cinq quartiers , qui font la Café du Pilote, la Cafc Capot, le Carbet, le Fort Saint Pierre , ôc le Prefchcur. En chacun de ces quartiers il y a une Eglifc , ou du moins une ChapeHe , un Corps de garde,
ôc
Chap.2 des Iles Antilles. 15
Se une place d'Armes, autour de laquelle on a bâty plufieurs beaus & grands Magazins , pour ferrer les Marehandifes qui viennent de dehors, & celles qui feront dans l'Ile.
Le quartier de la Cafe du Pilote , eft ainfi appelle , à caufe d'un Capitaine fauvage qui y demeuroit autréfois , & qui tenoit à gloire de porter ce nom de Pilote , que nos François luy avoient donné. H étoit grand amy de Morifieur du Par- quet, <5c c'étoit luy qui l'avertilToit continuellement , de tous les dciTeins , que ceus de fa Nation formoient alors con- tre nous.
Au quartier de la Cafe Capot , il y arune Fort belle Savan- ne, (on appelle ainfi aus lies les prairies &les liens de pâtu- rage ) laquelle eft bornée d'un cofté d'une rivière nommée la Rivière Capot, & de l'autre deplufieurs belles habitations.
Le quartier du Carbet , a retenu ce nom , des Caraïbes r qui avoient autrefois en cette place l'un de leurs plus grands Villages, & une belle Ca7e qu'ils appelloient Le Carbet, nom qui eft encore à prefent commun à tous les liens où ils font leurs aiTemblées. Monfieur le Gouverneur a honoré un fort long tems c'et agréable quartier de fa demeure , laquelle il faifoit en unemaifon qui eft bâtie de briques, guéres loin de la rade , près de la place d'armes , en un beau vallon , qui eft: arrofé d'une afles grofle rivière, qui tombe des montagnes. Les indiens qui n'avoient point encore veû de bâtiment de pareille figure, ni de matière fi folide,le confideroient au com- mencement avec un profond étonnement , & après avoir efîayé avec la force de leurs épaules s'ils le pou r roi en t ébran- ler, ilsétoient contrains d'avouer, que fi toutes les maifons ctoient bâties de la forte , cette tenipefte qu'on nomme Ouragan , ne les pou rr oit endommager.
Cette maifon , eft entourée deplufieurs beaus jardins, qui font bordez d'arbres fruitiers , & embellys de toutes les rarétez, & curiofitez du païs. Monfieur le Gouverneur a quitté cette demeure depuis environ deus ans, à caufe qu'il ne fe portoit pas bien en ce quartier où elle eft fituée & en a fait prefent aus Jefuiftes , comme auili deplufieurs belles ha- bitations qui en dépendent, & d'un grand nombre d'Efclaves nègres qui les cultiv ent„
te
i(j Histoire Naturelik, C hap. i
Le Fort Saint Pierre, eft le quartier où demeure prefente- ment Monficur le Gouverneur. 11 y a une Port bonne bat- terie de plufieurs groifes pièces de Canon , partie de fonte verte, Sr partie de fer. Ce Fort commande fur toute la rade. A un jet de pierre du logement de Monfieur le Gouverneur, eft la belle Maifon des Jefuiftes , fituée fur le bord d'une agréable rivière, que l'on appelle pour cette raifon, L Rivière des iefuiftcs. Ce rare édifice eftbâty folidement de pierres de taille & de briques, d'une ftru&ure qui contente l'œil. Les avenues en font fort belles ; & aus environs on voit de beaus jardins , & des vergers remplis de tout ce que les lies produi- fent de plus delicieus , & de plufieurs plantes , herbages , fleurs & fruits qu'on y a apportez de France. 11 y a même un plan de Vignes , qui porte de bons raifins , en ailes grande abondance, pour en faire du vin.
Le quartierdu Prefcheur , contient un plat païs fort con- fiderablepour fon étendue 5 & pluficurs hautes montagnes, à la pente déquel \e% on voit un grand nombre de belles habi- tations, qui font de bon rapport.
Entre la Cabes-terre & la Bafte- terre , il y a un cul-de-fac, où il fe trouve beaucoup de bois propre à monter le Tabac. On y va prendre aufli des rofeaus qui fervent à paliflader les Cafes,& du Mahot franc,dontl'écorce fert à plufieurs ufages de la ménagerie.
La plupart des maifons de cette Ile , font de charpente, fort commodes , & d'une montre agréable. Les plus confi- derables font bâties fur ces eminences , que les Habitans ap- pellent Mornes. Cette fîtuationavantageufe contribue beau- coup à la fanté de ceus qui y demeurent,car ils y refpirent un air plus épuré que ecluy des vallées 5 Et elle relevé merveil- leufement la beauté de tous ces agréables édifices > leur four- jùÛant une pcrfpedive fort divertiflante.
La meilleure rade de cette lie , eft entre le Carbet , ôc le Eort Saint Pierre. Elle eft beaucoup plus aflurée que celle des îles voifines , étant à-demy entourée de montagnes afies hautes, pour la mettre à couvert des vens, 6c tenir lesvaif- feaus en feiueté.
Entre
Chi-rp. 2 des Iles Antilles. 17
ïiitrc la Café du Pilote , & ce fein qu'on nomme ordinai- rement le Cal-de-fac des Salines , il y a un rocher une demye licu'é avant en mer, que l'on appelle le Diamant , à caufe de fa figure, qui fert de rétraite à une infinité d'Oifeaus ,<5c entre autres aus Ramiers , qui y font leurs nids. L'accès en eft dif- ficile: mais on ne laiile pas de le vifiter quelquefois en paf- fant, pendant le tems que les petis des Ramiers font bons à manger.
Le Crénageeftfitué du même codé que ce Diamant 5 c elt un lieu en forme de Cul-de-fac , ou de fein , où l'on mené les Navires pour les r'affraichir , & pour les reparer en les tour- nant fur le cofté , jufques à ce que la quille apparoiffe à de- couvert. La mer y eft toujours calme : mais ce lieu n'eft pas en bonair , & les matelots y font ordinairement pris de fiè- vres , qui pourtant ne font pas fort dangereufes , puis qu'elles quittent leplusfouventen changeant de lieu.
Outre les Torrcns , qui au tems des pluyes coulent avec impetuofité parmy toutes les ravines de cette lie , on y conte jufqu à neuf ou dix rivières confiderables, qui ne tarûTent jamais. Elles prenent leurs fources à la pente , ou au pieddes plus hautes montagnes , d'où elles roulent leurs eaus entre les vallons , & après avoir arrofé la terre , elles fe déchargent en la mer. L eurvoifmage eft fou vent incommode ôedange- reuz, à caufe que lors qu'elles fe débordent, elles déracinent les arbres , fappentles rochers , & defolent les champs & les jardins, entraînant bien fouvent dans les précipices les mai- fonsquifonten la plaine, ôc tout ce qui s oppofe a cette ex- traordinaire rapidité de leur cours. Ceft auffi ce qui a con- vié la plupart des Habitans de cette Colonie , de choifir leurs demeures au fommet de ces petites montagnes , d'ont leur Ile eft richement couronnée : cat* elles les parent contre ces inondations.
M ais ce qui eft de plus confiderable en cette terre , eft la multitude des Habitans qui la pofledent , & la cultivent , qu'on dit cftre à p relent de neuf ou dix mille perfonnes , fans y comprendre les indiens , & les Efclaves nègres , qui font prefque en auffi grand nombre. La douceur du Gouverne- ment , & la fituation avantageufe de cette lie , contribuent
C beau-
r
I
i8 Histoire Naturelle, Châp.s
beaucoup à l'entretien , & à l'accroiffement de cette grande affluanec de Peuple. Car pre'fque tous les Pilotes des Navires François ôc Hollandois qui voyagent en l'Amérique, ajuftent le cours de leur navigation en telle forte , qu'ils la puiffent rcconnoitre,& aborder avant toutes les autres , qui ne font pasfi bien fur leur route: ôcfi-toft qu'ils ont jette l'ancre à la rade de cette terre , pour y prendre les rafraichiflemens qui leur font neceffaires , ils y font defeendre leurs paffagers, s'ils ne font exprelfément obligez de les conduire encore plus loin. Il cft même arrive' fouvent , que des familles entières, quiétoientfortiesde France,. en intention de parler en d'au- tres lies , qui font au dé-là de celle-cy , ôc qui ne luy cèdent en rien , ni en bonté' d'air, ni en fertilité' de terroir , e'tans fatigue'es ôc ennuyées de la mer, s'y font arrêtées, pour ne point s' expofer de nouveau, à tant de dangers, de dégoûts, ôc d'autres incommoditez , qui accompagnent infeparablc- ment, ces longs & pénibles voyages.
Parmy cette grande multitude de peuple , qui compofe cette Colonie, il y a plufieurs perfonnes de mérite, & de con- dition, qui après avoir fignalé leur valeur , dans les armées de France , ont choify cette aimable retraitte . pour cftre le lieu de leur repos , après leurs honorables fatigues. Monfieur de Courcelas, Lieutenant General de Monfieur le Gouverneur, s'yeft rendu recommandable entre tous 5 fa fage conduite, fon affabilité , & fon humeur obligeante , luy ont aquis les affections de tous les Habitans de l'Ile , ôc les rcfpeâs de tous les étrangers qui y abordent. Monfieur le Comte, & Mon- fieur de L'Oubiere , y font confîderez entre les principaus Officiers. Monfieur du Coudre' , y a exercé un fort long- tems la charge de Juge Civil ôc Criminel, avec beaucoup d'approbation.
Au commencement de la defeription de cette Ile, nous avons dit à deffein , que les François Ôc les Indiens , y ont vécu long tems enfemblc en bonne intelligence : Car nous apprenons des mémoires , qui nous ont eflé envoyez dépuis peu, touchant l'Etat de cette Ile, qu'il y-a environ quatre ans, que les Caraïbes font en guerre ouverte avec les nôtres ; que depuis ce tcms-là, ces Barbares ont fait plufieurs ravages en
nos
Chap. z -des Iles Antilles. 19
nos quartiers ; & que ni les hautes montagnes , ni la proton* deur des précipices , ni l'horreur des vaftes & affreufes foli- tudes,qu'on avoit tenues jufqucs alors pour un mur impéné- trable , qui féparoit les terres des deus Nations , ne les ont pu. empefeher de venir fondre fur nos gens ., & de porter jufques au milieu de quelques-unes de leurs habitations, le feu , le maffacre, la defolation, & tout ce que l'cfprit de vengeance leur à pu dicter de plus cruel, pour contenter leur rage, ôc pour aflbuvir la brutalité de leur paillon.
On parle diverfement des fujets de cette rupture. Les uns l'attribuent audéplaifir que quelques Caraïbes ont conçeu; de ce que Monlieur du Parquet, a établi contre leur gré , des Colonies Françoifes aus lies de la Grenade , & de Sainte Aioufie. Les autres difent , qu'ils ont cfté incitez à prendre les armes , pour venger la mort de quelques uns de leur Na- tion, Habirans de l'Ile de Saint Vincent , qu'ils tiennent eftre periz, après avoir beû de l'eau de vie empoifonnée , qui leur avoit eux apportée de la Martinique.
Incontinent que cette guerre fut déclarée , Se que les Ca- raïbes eurent fait par mrptiïe , félon leur coutume, quelques dégars en l'un de nos quartiers : ceus qui font envieus de la gloire de nos Colonies , & de leur progrez & affermiffément en ces Iles , faifolent courir le bruit , que nos gens ne pour- royent jamais domter ces Barbares . que ceus de cette même Nation qui habitent à la Dominique , & à Saint Vincent avoient ébranlé tous leurs alliez du Continent, pour nous faire la guerre à forces unies • que pour faciliter ce deffein,, & groiïir leur party, ils avoient même traitté de paix avec les Arovagiies leurs anciens ennemis 5 & qu'ils avoyent engagé fi avant tous ces Sauvages en leur querelle , qu'ils étoient refolusde fe jetter d'un commun effort fur nous , & de nous accabler de leur multitude.
L'On ne fait pas au vray , fi cette ligue dont on nous me» naçoit àefté projertée : mais il eft confiant qu'elle n'a point paru, & qu'après les premières courfes , que les'Caraibesde la Martinique firent fur nos terres avec quelque avantage, ils ont dépuis fi mal reuffy dans leurs entreprifes, & ils ont efté fi fouvent pour fuivis & repouiîez des nôtres , avec perte
C z àc
2-o Histoire Naturelle, Chap.j
de leurs principaus Chefs, qu'ils ort cfté contrains depuis deus ans ou environ d'abandonner 'cu.-s Villages, & leurs Jardins à leur diferetion , &dc fe renfermer dans l'epahTeur des bois , ôc parmy des montagnes & des rochers qui font préfque inaccellibles. De forte que ceus qui connoiflentlâ valeur, l'expérience, & le bon ordre de nos François qui ha- bitent cette lie, font entièrement p erfuadez, que fices Bar- bares, ont encore raffurance defortirdeleurs tanicres,pour expérimenter le fort des armes, & pour fecoiier cette pro- fonde confternation en laquelle ils vivent, ils feront con- trains par necefllté , ou de leur quitter l'enriere pofleffion de cette terre, ou d'accepter toutes les conditions fous lefquel- les ils voudront traitter d * paix avec eus , ôc renou veller l'an- cienne alliance, qu'ils ont trop légèrement rompue.
CHAPITRE TROISIEME.
Des Iles Antilles qui s'étendent Vers le Nord
TOutes les lies dont nous ferons là deferiptiem en ce Chapitre, étans fituées plus au Nord que les précé- dentes; joviffent par confequent d'une température un peu plus douce. Elles (ont auflï plus frcquente'es que celles de Tabago , de la Grenade , & de Sainte Aloufie -r à caufe que les Navires qui fefont rafraîchis à la Martinique , & qui def- cendent à Saint Chriftofle, les peuvent vifitcrles unes après les autres , fans fe détourner de leur route.
ARTICLE L
De l'île de la Dominique.
CEtte Ile,eft fur la hauteur de quinze degrez& trente fcrupules. On l'eftimc avoir en longueur environ tre- ze lieues, &en fa plus grande largeur un pui moins. Elle a en fou centre plufkurs hautes montagnes , qui entourent un fonds nacceifible, où l'on voit du haut de certains rochers, une infinité de Reptiles, d'une guoileur & d'une longueur effroyable. Les
Chap. 3 des Iles Antilles. 21
Les Caraïbes, qui habitent cette Ile en grand nombre , ont fort long-tems entretenu , ceus qui les alloient vifiter , du conte. qu'ils faifoicnt , d'un gros <5c monftrueus ferpent , qui avoit Ton repaire en ce fonds. Us difoient qu'tfportoit fur fa tefte une pierre éclatante comme une Efearboucle , d'un prix inéftimable. Qu'il voiloit pour l'ordinaire ce riche orne- ment , d'une petite peau mouvante , comme la paupière qui couvre l'œil : mais que quand il alloit boire, ou qu'il fc joùoit au milieu de ce profond abyfme , il le montroit à découvert, & que pour lors les rochers , & tout ce qui étoit à fentour, recevoit un merveilleus éclat du feu, qui fort oit de cette precieufe couronne.
Le Cacique de cette lie, étoït autrefois des plus confie- rez entre les autres de la même Nation. Ht quand toutes leurs troupes marchoient en bataille , contre les Arouagues leurs ennemis du Continent, celuy-cy avoir la conduite de l'avantgarde , & étoit fignalé par quelque marque particu- lière, qu'il avoit fur l'on corps.
Quand il paiTe de Navires François prés de cette Ile , on voit auifi-tôt plufieurs canots, en chacun déquels il y a trois ou quatre Indiens au plus, qui viennent convier les Capitai- nes de ces Vaiffeaus, d'aller mouiller aus bonnes rades qu'ils montrent: Ou du moins , ils prefentent des fruits de leur terre , qu'ils ont apportez , & après avoir fait prefent de quel- ques uns des plus beaus aus Capitaines , & aus autres Offi- ciers , ils offrent ce qui leur refte, en échange de quelques hameçons , de quelques grains de criltal , ou d'autres menues bagatelles qui leur font agréables.
A K T I CL E II
De l'île de tMarigahnte*.
GN la met ordinairement fur la hauteur de quinze de- grez & quarante fcrupules. C'eft une terre alfez plattc & remplie de bois, qui témoignent qu'elle ne feroit pas infé- conde, û elle étoit cultivée. Elle a toujours été fréquentée
C â df*-
22 Histoire Naturelle, Châp.3
des Indiens, tant pour la pefchc,que pour l' entretien de quel- ques petis jardinages qu'ils y ont.
Les derniers avis , qui nous font venus des Antilles, por- tent, que Monfieur D'Hoiiel, Gouverneur delà Gardeloupe, a nouvellement fait peupler cette lie , & qu'il y a fait bâtir un Fort, pour reprimer quelques Indiens ; qui vouloient s'oppoferà cedeflein , & qui y a v oient tué vint hommes qu'il y avoit envoyez par avance, pour découvrir peu à peu la terre : Et qu'à caufe de cet accident , il y en a fait parler en- viron trois cens, qui fe retiroient la nuit en un grand vaifieau qu'ils avoient à la rade , jufques à ce que la fortification fut en defenfe. Les Caraïbes de la Dominique , pour entretenir l'amitié qu'ils ont avec les Habitans de la Gardeloupc , qui font leurs plus proches voifins , difent qu'ils font innocens de ce maflacre , & en ont fait exeufe à Monfieur D'Hoiiel, l'im- putant à ceus de leur N ation, qui habitent aus autres lies.
ARTICLE Ul
Des Iles des Saintes , & des Oifeaus.
ENtre la Dominique, & la Gardeloupe,ily a trois ou qua- tre petites îles , fort proches les unes des autres , qu'on nomme ordinairement les Saintes. Elles font fur la même hauteur que Marigalante , au couchant de laquelle elles font fituées , & jufques à prefent, elles font deîertes & in- habitées.
l'Ile aus Oifeaus, eft encore plus occidentale que les Sain- tes. On la range fur la hauteur de quinze degrez, & quarante cinqfcrupiles. Elle eft ainfi nommée à caufe de la mul titude d'Oifeaus, quiy font leurs nids jufques fur le fable,& au bord delà mer. Ils font pour laplûpart fort faciles à prendre à la main, par ce que ne voyant pas fouvent des hommes , ils n'en ont nulle crainte. Cette terre eft fort baffe , & à peine la peut-on ^percevoir, que l'on n'en foit bien prés.
ART Ir
Châp.s
des Iles Antilles.
ARTICLE IV.
De l'île de la Defirade.
E Lle eft ainfî nommée , parce que Chriftofle Colomb la découvrit la première de toutes les Antilles, en fon fé- cond voyage de l'Amérique. Et comme la première terre de ce Nouveau Monde, fut appellépar luy, San Salvador, au lieu qu'elle fe nommoit auparavant Guanahani , qui eft une desLucayes, fur la hauteur de vint-cinq degfez <3c quelques fcrupules ; ainfi , il nomma celle- ey la Dejïrée, à caufe de Tac» compliiTement de fon fouhait. Elle eft éloignée de dix lieues delà G ardeloupe, en tirant vers le Nord-Eft: ôcdela ligne, defeizedegrez, & dix fcrupules. 11 y a allez de bonne terre en cette lie ,pour y dreiTer plufieurs belles habitations : c'eft pourquoy on efpere, qu'elle ne fera pas long-tems fans eûre peuplée.
A R T I C L B V.
De Vile de la Gardclottfe.
CEtte Île eft la plus grande , & Tune des plus belles , de toutes celles que les François poffedent aus Antilles. Elle étoitcy devant appellée par les Indiens Carucueira: mais les Efpagnols luy ont donné le nom qu'elle porte à prefent. Les uns la mettent precifément au feiziéme degré, & les au- tres y a jouftent feize fcrupules. Elle a environ forxante lieues de circonférence, fur neuf ou dix de largeur aus endroits ou la terre fétend d'avantage. Elle eft divifée en deus parties par un petit bras de mer , qui fepare laGrand'terre, d'avec celle qu'on nomme proprement la Gardcloupe. La partie plus Orientale de celle-cy , eft appellée , Cabes-T erre , & celle qui eft au Couchant , Baffe-T me.
Ce qu'on nomme laGrand'Terre, a deus Salines, oufeau de la mer fe forme en fel, comme en plufieurs autres Iles, par la feule force du Soleil, fans aucun autre artifice.
Las
24 Histoire Naturelle, Chap. î
La partie qui eft habitée , cft relevée en pluficur endroits, 6c particulièrement en ion centre , de pluficurs hautes mon- tagnes,dont les unes font henffecs de rochers pelés ôc affreus, qui félcventdufcin de pluficurs effroyables précipices, qui les entourent; & les autres font couvertes de beaus arbres, ,qui leur compofent en tout tems une guirlande agréable. Il y a au pied de ces montagnes pluficurs plaines de grande étendue , qui font rafraîchies par un grand nombre de belles rivières, qui convioient autréfois les flottes qui venoient d'Efpagne, d'y venir puifer leseaus.qui leur étoienr necef- faircs pour continuer leurs voyages. Quelques unes de ces rivières , en fe débordant roulent des bâtons cnfoufrcz,qui ont paffé par les mines de foulfre , qui font dans une mon- tagne d^splus renommées de l'île, qui vomit continuelle- ment de la fumée, <5c a laquelle on a donné pour ce fujet le nom de Seulfrtere. Il y a auffi des fontaines d'eau bouillante, que l'expérience a fait trouver fort propres à guérir Thydro- pifie, & toutes les maladies qui proviennent de caufe froide. 11 y a deus grands feins de mer , entre ces deus terres , d'où les Habitans de l'Ile qui fe plaifent & la péfche , peuvent rirer en toute faifon des Tortues , & plufieurs autres excellens pohTons.
Cette terre commença d'élire habitée par les François, en îan mil (Sx cens trente cinq. Meilleurs du Pie (fis , & de L'Olive, y eurent les premiers commandement avec égale autorité, Mais le premier étant mort le feptiéme mois après fon arrivée , <5c Monficur de l'Olive étant devenu inhabile au gouvernement par la perte qu'il fit de la veuë , les Seigneurs delà Compagnie des lies de l'Amérique, prirent a cœur de foûtenir cette Colonie naiflante, qui étoit extrêmement de- folée , & de la pourvoir d'un chef doué de courage , d'expé- rience, &de toutes les qualitez , qui font requiles en un homme de commandement. A cet effet ils jetterent lesyeus fur Monfieur Auber l'un des Capitaines de l'Ile de S. Chri- ftofle, qui étoit pour lors à Paris. Le tems à amplement vé- rifié , que ces Meilleurs ne pouvoient pas faire un meilleur choiz : Car cette Colonie doit fa confervation , & tout le bon état auquel elle a été du depuis, à la prudence, & à la fage
con-
fchap. g fit, s lins Anti l le s, -a$
ccmduittc de ce digne Gouverneur , quifignala fon entrée en cette charge par la paix qu'il fit avec les Caraïbes, & par plu- sieurs bons ordres qu'il établit,pour le fbulagcment dcsHabi- tans , & pour rendre l'Ile plus recommendable , comme nous le déduirons au Chapitre deufidme du fécond Livre de cette Hiftoire.
Monfieur d'Hoiïel eft aujourduy Seigneur & Gouverneur de cette lie : & depuis qu'il y a été étably , elle a pris encore une toute autre face, qu'elle n'avoit auparavant , car elle s'eft accrue en nombre d5 Habitans, qui y ont bâty plufieurs belles maifons , & y ont attiré un fi grand commerce , qu'elle eft a prefent l'une des plus confiderables , .& des plus florififantes des Antilles.
On y voit de belles plaines , fur lefquelies on fait paffer k charrue" pour l'abourcr la terre 5 ce qui ne fe pratique point aus autres Iles : Apres quoy le Ris., le Mays , le Manioc dont on fait la Caffaue , les Patates , ôc même le Gingembre , & les Cannes de fucre, viennent le mieux du monde.
Les Jacobins Reformez , pofledent une partie de la meil- leure terre de cette lie, fur laquelle ils ont fait plufieurs belles Habitations, qui font d'un bon rapport. Elles doivent le bon état auquel elles font, aus foins incomparables du R. P. Ray- mond Breton , qui les a confervées à fon Ordre , parmy plufieurs ditficultez.
La partie de file qu'on nomme la baffe terre, eft enrichie d'une petite Ville qui s'acroîft tous les jours. Elle a déjà plu- fieurs rues qui font bordées d'un grand nombre de beaus édifices de charpente , qui font pour la plupart à deus étages, 6V d'une ftru&ure commode, & agréable à la v eue. Elle eft auffi embellie de l'Eglife Parroimale 5 des Maifons des Jcfui- ftes, & des Carmes, que Monfieur le Gouverneur y a appel- iez dépuis peu 5 & de plufieurs amples Magazins , qui font fournis de toutes les provisions «3c Marchandifes , qui font neceflaires pour la fubfiftcnce de cette aimable Colonie.
Monfieur le Gouverneur fait fa demeure en un Château, • qui n'eft pas fort éloigné de la Ville. Il eft bâty bien folidé- 111 ent , à quatre faces. Les coins font munis d éperon s , & de redoutes , de maffonneric d'une telle épauTeur, qu'elle peut
D foute-,
z6 Histoire Naturelle» Chap.ï
foûtenir la pcfantcur de plufieurs pièces de Canon de fonte verte, qui y fontpolees en batterie. Un peu au delà de ce Château , il y a une fort haute montagne , qui le pourroit in- commoder : Mais Monfieur le Gouverneur, qui n'oublie rien de tout ce qui peut contribuer à l'ornement &à la feu-» reté de fon lie , y a fait monter du Canon ; & afin qu'un en- nemy ne fe puifle emparer de cette place , il y a fait une efpéce de Citadelle, qui eft en tout tems pourveuë de vivres , & de munitions de guerre. Il y a aufll fait bâtir des logémens i qui font capables détenir à couvert les Soldats qui la gar- dent, &defervir aubefoinde retraite afiurée ausHabitans. La Cabes-Terre , a auffi un Port qui eft bien confiderablc. Il eft bâty en un lieu qu'on nommoit autrefois la Café au borgne. 11 contient tout ce quartier-là en afiurance. On l'appelle le Fort de Sainte CHaric.
Plufieurs perfonnes de condition , fe font retirées en cette lie, & y ont fait dréfler un grand nombre de Moulins à fucre. Monfieur de Boifferet, y eft Lieutenant General de Monfieur le Gouverneur. Monfieur Hynfelin , Monfieur du Blanc, Monfieur de Me' , Monfieur des Prez,& Monfieur Poftel, y fonteftimez entre les principaus Officiers , & les plus hono- rables Habitans. Monfieur d'Aucourt , perfonnage d'un rare favoir , & d'une converfation fort douce , y exerce la char* ge de Lieutenant Civil 6c Criminel , avec beaucoup de Louange.
ARTICLE VI.
De l'île jy^ntigo*.
CEtte lie , eft fur la hauteur defeize degrez & quarante fcrupules, entre la Barbade & laDefirée, fa longueur eft de fix ou fept lieues , fur une largeur inégale. Elle eft de difficile acce's aus navires , à caufe des rochers qui l'environ- nent. L'on tenoit cy-devant , qu'elle etoit inhabitable , par ce qu'on croyoit qu'il n'y avoit poit d'eau douce : mais les Anglois, qui s'y font placez , y en ont trouvé & y ont encore creufé des puits,<Sc des cifternes,qui fuppléeroicnt à ce défaut.
Chap. j :iD E 8 ï L E 5 ^ N T Ï'L L E s. ï£
Cette lie eft abondante en poiffons , en gibier , & en toute forte de bétail domeftique. Elle eft habitée pat fét ou huit cens hommes , & il y a comme en toutes les autres , qui font entre les mains de cette Nation, de bons & defavans Pa- iteurs , qui ont un grand foin des troupeaus qui leur font commis.
ARTICLE VIL
De l'île de LMont~ ferrât.
LEs Efpagnols , ont donne' à cette Ilele nom qu'elle por* te > à caufe de quelque reffemblance qu'il y a, entreune montagne qui y eft , & celle de Mont-ferrat , qui eft prés de Barcelonne, & ce nom luy eft demeuré jufques à prefent. Elle eft fur la hauteur de dix fét degrez de latitude fepten^ trionale. Elle a trois lieues de long , ôc préfque autant de large, de forte quelle paroit d'une figure ronde. La terre y eft tres-fertile. Les Angloisla poftedent & y font fort hier* logez. On tient qu'il y a environ fix cens hommes.
Ce qui eft de plus confiderable en cette lie , eft une belle Eglife, d'une agréable ftrudure , que Moniteur le Gouver- neur & les Habitans y ont fait bâtir : la chaire , les bancs , ôc tout l'ornement du dedans , fontdemenuiferie, de bois du pais, qui eft precieus, ôc de bonne odeur.
ARTIC LE VII L
Des lies de l£ Barbade & àe Redondc.
T 'Ile, que les "François nomment Barbade, &les Angloîs jL^Barboude, eft- fur la hauteur de dix-fet degrez & trente fcrupulcs. C'eft une terre baffe, longue d'environ cinq heuës^ fituée au Nord- Eft de Mont-ferrat. Les Anglois , y ont une Colonie de trois à quatre cens hommes , & y trouvent dc- quoy fubfifter commodément. Elle à cecy defâcheus & de commun avec les lies d' Antigoa, & de Mont-ferrat , que les Caraïbes de la Dominique & d'ailleurs , y font fouvent de
D -a grands
ii Histoire Naturelle, Chap y
grands ravages. L'inimitié que ces Barbares ont conceuë contre la Nation Angloife eft fi grande , qu'il ne fécoulc presque aucune année , qu'ils nefafTent une ou deusdefeen- îes à la faveur de la nuit , en quelcunc des lies qu'elle poflede : & pour lors, s'ils ne font promrément découverts 6c vive-' ment repouffez , ils maflacrent tous les hommes qu'ils ren- contrent , ils pilent les maifons & les brûlent , & s'ils peuvent fe faifir de quelques femmes ou de leurs enfans, ils les font pri- fonniers de guerre , & les enlèvent en leurs terres , avec tout le butin qui leur agrée.
l'Ile qu'on appelle Redonde ou Rotonde , a caufe de fa figu- re, eft fur la hauteur de dix fét degrez & dix fcrupules. Elle eft petite, &ne paroitde loin que comme une grotte tour: & félon une certaine face, ondiroit que ce feroit un grand- Navire, qui eft fous la voile. on la peut facilement aborder de toutes parts , a caufe que la mer qui l'entoure eft profon- de , & fans rochers ou écueils , qui puiflent mettre en danger les Navires. .
ARTICLE IX.
De Vile de Nieves.
C'Eft une petite terre , qui eft fituée fur la hauteur du dix- fettiéme degré' & dixneuf fcrupules vers le Nord, bile n'a qu'environ fix lieues de tour, & dans fon milieu,une feule montagne quieft fort haute , & couverte de grands bois juf- ques au fommet. Les habitations font tout àl'entourde là. montagne , à commencer dépuis le bord de lamer, jufques à ce qu'on arrive au plus haut, où l'on peut commodément monter. On fait aifément & par eau & par terre , tout le cir- cuit de cette lie. 11 y a plufieurs fources d'eau douce, dont quelques-unes font allez fortes pour porter leurs eaus juf- ques à la mer. Il y a même une fontaine , dont les eaus font chaudes & minérales. On a fait des bains tout proche de la fource, qui font fréquentez avec heureus fuccés , pour la guerifon des mêmes maladies , qui demandent l'ufage des eaus de Bourbon. .
Les
Chap. 3
D'ES II £ S AfîT î\ L E S.
Les Anglois qui s'y font établis en Tan mil fix cens vint- huit,habitent cette le au nombre d'environ trois mille hom- mes , qui y fubfiftent honorablement par le trafic qu'ils y font de Sucre, de Gingembre,<x de Tabac.
Cette 1 le, eft des mieus policées de toutes les A ntillcs. La Juftice s'y adminiftre avec grande fagefle, par un Confeil, qui eft compofé desplus notables, &des plus anciens Habitans delà Colonie. Les juremens , les larcins ,1 yvrognerie , la paillardife , ôc toutes fortes de difîfolutions ôc de defordresr y font punis feverément. L'an mil fix cens quarante neuf, MonfieurLake y commandoit. Depuis Dieu l'a appelle' à foy. 11 étoit homme craignant Dieu, ôc favanf ; quigouver- noit avec grande prudence ,& grande douceur. .
Il y a. trois Eglifes, qui font Amplement bâties 5 mais en recompenfe elles font commodément difpofées pour y faire le Divin fervice. Pour la feuretc des vahfeaus qui font à la> rade, & pour empefeher la. defeente que pourroit faire un Ennemy,ony abâtyunFort, où il y a- plufieurs greffes piè- ces de Canon , qui commandent fur la mer. Il tient auffi en auurancc les Magasins publics , dans lefquels on décharge- toutes les Marchandâmes qui viennent de dehors, & qui font neceflaires pour la fubfiftence des Habirans. Et c'eftde-là , qu'elles font puis après diftribuées à tous les particuliers qui en ont befoin , pourveu que eeus qui ont cette commiflion, les jugent capables de les payer, au jour nommé, ôc au prix, que Monfieur le Gouverneur & Meilleurs du Confeii y onti mis, félon leur prudence, ôc équité.
Ce qui rend encore cette île recommandable , eft qu'elle- n'eft feparde que par un petit bras de mer , de celle de Saint Chriftojîe , la plus belle ôc la plus renommée de toutes les An- tilles, dont elle eft la Capitale. Décrivant donc afîez briève- ment la plupart des autres lies, il eft jufte de nous étendre un peu davantage fur cellecy. Et c'eftpourquoy nous en ferons, un Chapitre à part, comme le fujet le mérite bien.
c m:a-
Histoire Naturelle, Chap.4.
CHAPITRE QUATRIEME.
De l'Ile de Saint Chrijlofle en particulier.
L'Ile de Saint chrijlofle , fut ainfi appellée par Chriftoflc Colomb, qui la voyant fi agréable voulut qu'elle por- tait fon nom. A quoy 11 fut auflîcouvié par la figure d'une des montagnes qui font en cette lie , laquelle porte fur fa croupe, comme fur Tune de fes épaules une autre plus peti- te montagne ; de même que l'on peint Saint Chriftorle , com- me un Gcant, qui porte nôtre Seigneur fur les fiennes,en for- me d'un petit enfant. L'Ile eft fur la hauteur de dixfét de- grez, & vint cinq Scrupules.
C'eft le fiege des Gouverneurs Generaus des "François & des Anglois , quipoiïèdent la plus grand' -part des Antilles : Monsieur le Chevalier de Puin cy, Baillif <5c Grand- Croix de l'Ordre de Saint Jean de jerufalem, Com- mandeur d'Oyfemont & de Coulours, & Chef d'Efcadre des Vaiffeaus du Roy en Bretagne , Gentil-homme de fort an- cienne Maifon ; qui porte le nom de Poincy, exerce tres- dignement cette charge pour la Majefté, depuis environ dix- neuf ans. Et l'on trouve en fa perfonne , toute la prudence, toute la valeur,toute l'expérience & en un mot toutes les hau- tes qualitcz, qui font neceffinres pour achever un grand Ca- pitaine. C'eft aus foins & à la fagelfede ce brave Seigneur, que l'on doit aujourduy le bon Etat de cette lie : Car l'ayant trouvée comme un defert, il Ta enrichie de plufieurs bcaus édifices : Il la remplie de toutes les chofes neceffaires à la vie : 11 y a attiré une grande multitude de perfonnes de toute con- dition qui y vivent doucément & en repos: & il y a formé la plus noble & la plus ample Colonie , que nôtre Nation ait eue jufqu'à prefent, hors des limites de la France. Il main- tient cette Colonie par de bonnes lois politiques, & militai- res. Il rend une fidèle juftice à tous ceus de fon gouverne - ment, ayant éftably pour cet etfet un Confeil de gens de con- fédération. 11 prend un foin charitable des pauvres, des ma- lades & des orfelius : En gênerai il" foulage <3c aide au befoin
tous
Chap. 4 des Iles Antilies. £ft
tous les habitàns de l'Ile, fubfiftantdefes propres biens , par fon bon ordre, & par Ton ceconomie, fans cil re à charge à perfonne. Il- traittefplendideinentles Etrangers qui le vien- nent vifiter, & fait un accueil favorable à tous cens qui abor- dent en fon lie. Sa maifon eft conduite avec un ordre qu'on ne fauroit a(Tez prifer. Dans la paix même on y voit faire les exercices de la guerre : Et en tout teins elle eft une école de civilité, & de toutes fortes de vertus. 11 fait obferver exade* ment la difeipline militaire pour tenir l'Ile en defenfe, donner de la terreur à Tennemy , & prêter au befoin fecours ans al- liez. 11 eft l'Arbitre de tous les ditferens qui fur viennent en- tre les Nations voilincs, & par fa fage conduite, il demeure toujours en parfaite intelligence avec les Anglois il les porte à l'honorer & à déférer à fes fentimens. 11 peut mettre fur pied en un inftant plufieurs Compagnies de Cavalerie 6c environ huit à neuf mille hommesde pied , Enfin il a eu foin détendre le nom François en plufieurs lies , ou il a étably des Colonies qui font a prefent florilTantes : 11 à auffi envoié en la terre ferme de l'Amérique, en un endroit appelle Cap de Noid , des hommes qui entretiennent un commerce avec les Indiens , & qui peuvent donner le fondément à une ample Peuplade 5 par ce que ce lieu là, ouvre l'entrée d'un grand &; bon Pais. 11 étoit impoiïlble de paiTer plus outre, fans arrêter quelque tems nos yeux fur un fi digne General. Pourfuivons maintenant la defeription de Saint Chriftôfle.
l'Ile a environ vint cinq lieues de tour. La terre en étant légère, & fablonneufe, eft très-propre à produire toutes for- tes de fruits du pais , & plufieurs de ceus qui croiffent en Eu- rope. Elle eft relevée au milieu , par de tres-hautes monta- gnes, d'où coulent plufieurs ruifleaus, qui s'enflent quelque- fois fi promtément, parles pluies qui tombent fur les mon- tagnes , fans qu'on l'apperçoiue à la pente , ni ans plaines . que l'on eft fouvent furprisde ces torrens , qui débordent tout à coup.
Toute l'Ile eft divifée en quatre Cantons : dont il y en a deus, qui font tenus par les François, & les autres deus, par les Anglois : mais en telle forte que Ton ne peut traverfer d'un quartier à l'autre ? fans palier fur les terres de l'une ou de
l'an-
Histoire Naturelle, Chap.4. l'autre Nation. Les Anglois , ont en leur partage plus de pe- tites rivières que les François: Mais en récompense, ceux-cy ont plus dcplat-païs, 6c de terres propres àeftre cultivées. Les Anglois font aufti en plus grand nombre que les nôtres : mais ils n'ont point de fi fortes places dedefenfe , & ils ne font pas fi bien armez. Les François ont quatre Forts, munis de quantité de Canons , qui portent loin en mer, d'ont celui qui eft à la pointe de fable , à des fortifications régulières comme une Citadelle. *Leplus confiderable après celui là, eft à la rade, ou au mouillage qu'on appelle delaBafle-terre. 11 y a jour & nuit en l'unie en l'autre des Compagniesde Soldats qui font bonne garde. Pour contenir aufll les quartiers en feureté , & prévenir lesdefordres , qui pourroient furvenir entre deus peuples difterens , chaqueNation tient aus ave- nues defesquartiers,un corps de garde, qui fe renouvelle par chacun jour. Les Anglois, ont auftï de leur collé deus places fortes , l'une qui commande fur la grande rade, & l'autre fur une autredefcente,quieft joignantlapointedefable.
Cette lie eft pourveiie d'une belle Saline, qui eft fur k bord de la mer, dans un fein, que les habitans appellent ordi- nairement Cul-de-fac. Guéres loin de-là, il y a une pointe de terre , qui s'avance fi près de l'Ile de Nieves , que le traiet de mer qui fepare ces deus places , n'a qu un petit quart de lieue, de forte qu'ils s'eft trouvé des hommes, qui l'ont autre, fois paffé à la nage.
On tient qu'il y une Mine d'argent à Saint Chriftone: mais comme les falines , les bois , les rades , & les Mines font communes aus deus N ations, perfonne ne fe met en peine d'y regarder, joint qu'il faut une grande puilTance , & un prodi- gieus nombre d'Efclaves pour une telle entreprife. La vraie Mine d'argent de cette lie , c'eft le Sucre.
On fait aifément par terre, le tour de toute cette Ile : mais on ne peut traverfer le milieu , à caufe de plufieurs grandes ôc hautes montagnes , qni enferment en leur fein d'effroyables précipices, & des fourecs d'eaus chaudes. Et même on y trouve du foulfrc , qui a donné le nom de Soulfriere à l'une de ces montagnes. Depuis le pied des montagnes. En pre- nant la Circonferance au dehors , toute la terre de cette lie
fetend
Châp, 4 des IleS Antilles. 3 3
fétcnd par une pente douce jufques au bord de la mer , d'une- largeur inégale, félon que les montagnes pouffent plus où moins avant leurs racines , du codé de la mer 5 où que la mer s'avance, & referre la terre contre les montagnes. Toute Tetendue de bonne terre qui eft cultivée , jufques à la pente trop roide des montagnes,eft divifée préfque par tout en plu- fieurs érages , par le milieu defquels pafTent de beaus & larges chemins tirez en droite ligne , autant que les lieus le peu-, vent permettre. La première de ces lignes de communica- tion , commence environ cent pas au dellùs du bord de la mer: l'autre trois ou quatre cens pas plus haut, 5c ainfi en montant jufques au troiziéme ou quatrième étage , d'où l'on voit les habitations de défous , qui forment un afpe£t fort agréable.
Chaque étage , qui fait comme une ceinture ou plus gran- de ou plus petite à l'entour des montagnes félon qu'il en eft eu plus ou moins éloigné, a auffi-fes fentiers, qui comme au- tant de rues traverfantes , donnent le libre accez à ceus qui font où plus haut ou plus bas : Et cela avec une fy belle fym- metrie , que lors que l'on fait par mer le tour de Vile , il ny à rien de plus agréable que de voir cette divertiffante verdure de tant d'arbres qui bordent les chemins, & qui font aus lizie- res, & font les feparations de chaque habitation. La veuë ne fe peut laffer de confiderer cette terre. Si elle fe porte en haut, ellefe trouve terminée, par ces hautes montagnes, qui font couronnées d'une verdure éternelle, & revêtues de bois precieus. Si ellefe refléchit plus bas, elle apperçoit les Jar- dins, qui prenant leur naitîance dés le lieu ou les montagnes* font acceffibles, fétendent de là par une douce & molle des- cente jufques au bord de la mer. Le beau vert naiffant du Tabac planté au cordeau , le Jaune pâle des Cannes de Sucre qui font en maturité, & le vert brun du Gingembre & des Patates, font un païfage fi diverfifié, & un émail fi charmant, qu'on ne peut fans faire un effort fur fon inclination, retirer la veuëdedeflùs. Ce qui recrée encore davantage les yeux, eft qu'au milieu de chaque habitation ou Jardin, on remarque plufieurs belles maifons, de différente ftru&ure. Celles nom- mément qui font couvertes de tuile rouge ou plombée, don-
E nent
r4, Histoire Naturelle, Chap.*
nent un grand luftre à cette aimable perfpe£rivc : Et par ce que L'Ile va toujours en montant, l'étage inférieur ne de- robe paslaveiicde celui qui eftplus avant en la terre ^ mais en un inftant on voit tous ces bcaus compartimens, tous ces chemins qui font comme autant d'allées de yergers j toutes ces bordures de différentes fortes d'arbres 5 tous ces jardins plantez à la ligne de diverfes efpéces de fruits; & tous ces jolis édifices qui ne font diftans le plus fou vent que de cent pas , ou environ , les uns des autres : Et en un mot tant d'a- oreablcs objets feprefentent aus yeux en mémetems, que Ton ne fait à quoy s'arrêter.
11 e(t neceflaire pour la plus grande commodité des habi- tans , & la facilité de leurs employs , que leurs maifor.s foient jfeparées les unes des autres , & placées au milieu de la terre qu'ils cultivent : Mais les François outre leurs demeures qui font ainfi écartées ont encore bâty en leur quartier de la balle îerre une agréable ville , qui s'augmante tous les jours , & dont les édifices font de brique & de charpente. Elle cl! prés delà rade où lesvaifleaus ont coutume de mouiller. Tous les plus honorables Habitans de nie,& les Marchands étran- gers y ont leurs Magazins.
On y trouve chez les Marchands François & Hollandois. qui font là leur refidence , d'excellent vin , de l'eau de vie , de la bière, toutes fortes détoffes defoye & de laine, qui font propres pour le pais, & généralement tous les rafraichifle- mens qui ne croiuent point en File, & qui font neceflaircs pour l'entretien des habitans. L'on à de tout à un prix raifon- ïiable, en échange des Marchandifcs qui croiuent en cette terre. C'eft en ce même lieu , ou demeurent les arrifans , qui s'occupent en divers métiers , qui font utiles pour maintenu- le commerce, & la focieté civile. On y voit de plus un Audi- toire pour rendre la Juflice, & une belle Eglifc qui peut con- tenir une fort nombreufeaflemblée. Tout cet édifice eft de charpante éleveé fur une baze de pierre de taille. Au lieu de vitres 6c de feneftres, il n'y a que des baluftres tournez. Le comble du couvert cft à trais failles , pour ne point don- ner tant de prife au vent , & la couverture cil de tuile rouge.
Les
Chap^ï des Iles Antilles. 5 5
Les Capucins , ont eu quelques années la conduite de cet- teEghfe, <Sc la charge des amesparmy les François de l'Ile: mais en Tan mil fix cent quarante fix, ils furent dilpenfez de cet employ du commun avis des habitans , qui les congédiè- rent civilement , & rèçcurent en leur place des Jefuiftes & des Carmes , qui y ont à prefent , par les foins &la libéralité de Monfieur le General & des Habitans, de belles Maifons, ôc de bonnes habitations, qui font cultivées par un grand nom- bre d'efclaves qui leur appartiennent , ôc qui leur fourniflent dequoy fubfifter honorablement. Le R. P. Henry du Vivier à efté le premier Supérieur de la MiiÏÏon des Jefuiftes. Sa douceur , ôc fon aimable converfation , luy ont aquis le cœur de tous ceus de noftre Nation qui demeurent en cette lie.
Monfieurle General, a aufti fait bâtir un bel Hôpital en un lieu fort fain, où les malades qui n'ont pas le moien de fe faire guérir en leurs -maifons , font fervis , & nourris, ôc vifitez des Médecins ôc des Chirurgiens jufqu a leur convaiefeence. Les Etrangers qui tombent malades dans l'Ile y font auiïi receus. lia encore mis ordre que les Orfelins foient placez en des maifons honorables, où ils font inftruits ôc nourris à fes fraiz.
Entre les beaus 9 grands , & folides édifices que les Fran- çois ôc les Anglois ont bâty , en plufieurs endroits de cette lie, le Château de Monfieur leGeneralde Poincy excelle fans contredit , ôc furpafle de beaucoup tous les autres 5 c'eft pourquoy nous en ferons unedefeription particulière.
Il eft placé en un lieu frais Ôc fain , fur la pente d'une très- haute montagne couverte de grands arbres , qui par leur ver- dure perpétuelle , luy donnent une raviflante perfpe&ive. Il eft éloigné du bord de la mer, d'une bien petite lieue de France. L'on trouve au chemin qui y conduit, ôc qui monte infenfiblement, les agréables maifons de quelques-uns des principaus Officiers Ôc Habitans de l'Ile : ôc dés qu'on à co- ftoyé une petite eminence qui le couvre, en venant de la baffe terre , on y eft conduit par une droite oc large allée , bordée d'Orangers ôc de Citronicrs qui fervent de palliiTade , ôc qui recréent merveillcufement l'odorat ôc la veue : Mais ce beau Palais prefentant à l'oeil une face extrêmement charmante, à péne la peut on jetter ailleurs.
E 2 • Sa
£6 Histoire' Naturelle, Chap,4,
Sa figure eft préfquc quarrée , à trois étages bien propor- tionez,fuivantlcsrcgles d'une exquife Architecture, qui y a emploie lapicrreçlc taille, & la brique , avec une belle fym- metric. La face , qui fç prefente lapremiere , & qui regarde l'Orient , a au devant defon entrée un large cfcalier, à dou- ble rang de degrez , avec un beau parapet au deflus ; & celle qui a l'afpcct au Couchant,eft aulfi embellie d'un efcalicr tout pareil au premier , & d'une belle 5c grofie iburce d'eau vive, qui étant receiie dans un grand bafiin , eft de là conduite par des canaus fou-terrains en tous ics offices.
Les falles 6c les chambres font bien percées j les planchers font faits à la Françoife , de bois rouge, folide, poly , de bon- ne odeur, & du crude l'Ile. Le couvert, eft fait en platefor- me, d'où l'on a une veûc des plus belles , 6c des plus accom- plies du monde,.
Les feneftrages font difpofez en bel ordre: les veiïesde devant fétendent le long de l'avenue , & percent dans de beaus vallons , plantez de Cannes de Sucre , & de Gingem- bre. Celles du Couchant , font terminées par la montagne, qui n'en eft éloignée qu'autant que la jufte proportion le re- quiert, pour relever par le riche fonds qu'elle prefente , la grâce & les perfections de ce Palais. Quant aus ven es du M idy & du Nord, elles découvrent une partie confiderable de l'Ile, 6c les courts 6c les bâtimens , où font tous les offices neceilai- res pour l'accompliflement d'une fi belle maifon.
Dans l'efpacc qui eft entre ce Château , 6c la montagne voifine , on a ménagé un beau jardin , qui eft curieufement entretenu. 11 eft fournyde la.plu-part des herbes potagères qui fe voient en France , 6c enrichy d'un parterre rempli de fleurs rares ôccurieufes, qui font arrofées d'une claire fon- taine , qui prend fa fource à la pente de la montagne , 6c fans beaucoup d'artifice fait un gros ject, qui reiallit au milieu du Jardin.
Ce riche bâtiment eft fi bien placé, 5c rafraichy fi agréa- blement des dous vens qui coulent de la montagne, 6c de celuy d'Orient, qui eft le plus ordinaire dupais , qu aus plus grandes chaleurs de l'été, on y jouyt d'une aimable tenv Scraturc.
C clt
des Iles Antilies. 37 C'cft une chofe divertiOfante au poffible , quand aus jours de rejouiflance publique , on fait en l'Ile des feus de joye, pour les nouvelles de quelque heureus fucce's'des armes yi&orieufcs de fa Majefté Tres-Chreftienne. Car alors les Clairons, & les Hautbois font ouir leur fon écla- tant du haut de la piatte- forme de ce Palais , en telle forte que les montagnes voifines , les côtaus & les bois qui les cou- vrent , retentiflent à ce bruit pénétrant , ôc forment un aima- ble éco qui s'entend par toute l'Ile, & bien avant en mer. Alors on voit auffi pendre du haut de la TerraiTe , & des fe- Heures de 1 étage le plus élevé, les enfeignes femées de fleurs de Lis, & lesdrapeaus& étendàrs que Monfieur le General a remportez fur les ennemis.
A l'un des cotez de cette maifon , il y a une belle ôc gran- de Chapelle , fort proprement ornée, où. les Aumofniers de Monfîeur le General font le fervice. Les Offices & les loge- ments desdomemques vont en fuitte,& fonteompris endeus corps.dc logis , qui font auffi bâtis de brique. A l'autre côté, mais un peu plus loin , fur une petite eminence, on voit le quartier desEfcîaves Nègres , qui occupent plufieurs petites roaifons de bois , & de brique. On a donne' à ce lieu le nom delà Ville D'Ango le.
Cette Maifon n'eft pas feulement recommandable pour cure fituée en bon air , pour eftre parfaitement bien bâtie, & pour les claires fources d'eausquila^ratfraichiffent, les beaus Jardins qui l'entourent , les droites & fpacieufes avenues qui y conduifent , les commodités des divers offices qui l'accom- pagnent, & pour tous les autres riches ornemens qui l'embeU liftent : Mais auffi pour eftre fortifiée de redoutes, & munie de groftes pièces de Canon de fonte verte, & d'un Arfenal où toutes fortes d'armes, & de provifions de poudré, dcmcfchc, & de balles, fle trouvent en abondance.
Ce ne feroit pas même ailes pour la perfection de ce ma- gnifique Hofîel, qu'il eut tous ces rares avantages de la ria* ture & de l'art, que nous venons de décrire, fi après tout cela il étoit fitué enunlieudefert, aride , & inftruclueus , & qu'il faluft.mandier d'ailleurs que de la terre qui l'environne, les moyens neçefiaires pour fon entretenément. Auffi. n'a-til
E 3 point
38 Histoire Naturelle, Chap.+
point ce défaut , & la beauté s'y trouve jointe avec l'uti- lité , par un mcrvcilleus aflcmblage, Car de les fcneltres on voit dans la baiïccourt trois machines , ou moulins propres à biïfer les Cannes de Sucre , qui apportent à leur maiftre un profit , & un revenu afiuré , <5c qui va du pair avec ceiuy des plus nobles Se meilleures Seigneu- ries de France. Quant à la matière pour entretenir les moulins , affavoir les Cannes de Sucre , elle fe recueille des chamsqui font aus environs, Ôc qui les produifent à mer- veille. Plus de trois cens Nègres , qui appartiennent à Mon- fîeur le General, cultivent ces terres, & font employez au fervicede ces Moulins , &à la fabrication de diverfes autres Marchandifes , que cette lie produit heureufement , comme nous le dirons au fécond Liv re de cette Hiftoire.
Tout fe fait en cette maifon , & en fes dépendances , fans confufion , & fans empreiTément. Ce grand nombre d'Efcla- ves Nègres eftfi bien policé , conduit & réglé , que chacun fe rend à l'exercice & à lcmploy qui luy eft alîlgné par le Maitre des ouvrages , fans s'ingérer dans les offices & dans les occu- pations des autres.
Outre cette forte de gens qui font nez à la fervitude, Mon- fieur le General a environ cent Domeftiques François de Nation, qui font gagez pour le fervice de fa maifon, dont la plupart font de diverfes profeffions, & de divers métiers ne- ceflaires en lafocieté Civile, fur tous lefquels , l'intendant de la maifon a une infpection particulière.
Monlleur le General , a encore les Gardes de fa perfonne, qui l'accompagnent lors qu'il eft neceffaire , fous la conduite d'un Capitaine , plutôt pour reprefenter la Majefté du Roy, de qui il a l'honneur d'eftre Lieutenant , que par aucun be- foin qu'il en ait , eftant aimé , & chery de tous les François, «Se révéré des Etrangers.
A l'exemple de Monfîeur le General , plufieurs Nobles & honorables Familles , qui font venues de France , eftant atti- rées par la douceur de fon Gouvernement , fe font ferme- ment établies dans celte llc,&yontbâtyde belles & agréa- bles maifons. Les plus remarquables font celles de Meilleurs dePoincy, de Tréyal , & de Benevcnt , qui font trois braves
Ghap. 4 des Iles Antilles. - 39
Gentils-hommes , Neveus de Monfieur le General : le pre- mier defqnels,eft Gouverneur particulier de Saint Chriftofle, fous Monfieur ion Oncle , & les deus autres , font Capitaines de leurs quartiers.
Feii Monfieur Girand, entre Tes autres Maifons enavoit aufîl fait bâtir une prcs de l'Hoftei de Monfieur le General, &une autre à Cayonnc qui font des plus accomplies. Ce perfonnage, qui étoit de grand mérite , Se qui par fa fage con- duite, s'étoit acquis l'amitié de tous les Habitans des Iles, portoit la qualité de Sergent de bataille de Saint Chriftofle, & autres îles dedellouslevent, c'eft à-dire de S. Martin, de Saint Bartelemy de de Sainte Croix , qui font au Couchant, audeflbus de S. Chriftofle.
Entre les maifons confiderablcs parmy nos François , on doit encore mettre celle de Monfieur Auber , qui a cité Gou- verneur de la Gardcloupe. Elle c& d'une belle ftrucT:urerde bois folide & en bon fonds , & de plus elle a un bois de haute fûtaye , qui n'eft pas encore abbatu , Ôc de la terre nette pour occuper cinquante Efclaves , qui travaillent au Sucre , & au Gingembre. Mais ce qui luy donne plus de luitre, eft qu'elle eft placée , au plus haut étage des Habitations du quartier de la montagne Plateau ,& relevée fur une ëminence, d'où l'on découvre plufieurs belles demeures qui font au défions, & autant loin en mer, que la force de l'oeil fe peut étendre. Monfieur de la Roziere à prefent Major de l'île, Monfieur de Saint Amant , Monfieur de l'Efperance , Monfieur de la Roche, qui font Capitaines, tous les Officiers en gênerai, & tous les plus anciens Habitans, font bien logez.
Les Anglois • ont au fil fait bâtir en leurs quartiers , plu- fieurs grands & beaus édifices, qui relèvent merveilleufé- ment la beauté naturelle de cette lie. Les plus confiderablcs font ceus de Feii M onfieur Waernard , premier Gouverneur General de cette Nation : de Feii Monfieur Riche , qui fut fon SucceiTeur, de Monfieur E tiret, qui exerce aujourduy cette charge avec grande louange, & de Monfieur le Colonel Genre fon, qui font tous fi accomplis , qu'ils doivent àbon droit efbe nommez, entre les plus belles , 6V les plus commo- des maifons des Antilles.
On
4o Histoire Naturelle, Chap. 5
On conte aufli , jufqucs à cinq belles Eglifes , que les Anglois ont fait bâtir en cette Ile. La première , qu'on ren- contre en lortant du quartier des François, eftàla pointe des Palmiftcs ; la féconde près de la grande rade , au deflous de l'Hoftel du Monfieur leur Gouverneur ; la troihéme à la pointe de Sable 5 <Sc les deus autres, au quartier de Cayonne, Les trois premières , font d'une agréable ftru- dure félon le pais , ornées en dedans de belles chaires , & de fiegcs de menuiferie , & de bois precieus. Les Ecclefiafti- ques , qui font le fervice Divin , étoient autrefois envoyez par l'Archevefquede Cantorbery.quiy avoit pourfon grand Vicaire Monfieur le Docteur Fiatlcy , Chapelain du Feiï Roy d'Angleterre , & Pafteur de l'Eglife de la pointe des Paluuftes.enlamêmelle. Mais à prefent ils reçoivent leur ordination des Compagnies Synodales , qui ont l'autorité Epifcopale.
CHAPITRE CINQUIEME.
Ves Iles de dejjous le yent
TOutes les Iles, qui font au Couchant de celle de Saint Chriftofle , font ordinairement appellées , les îles de dejfous le vent : par ce que le vent qui fouffle prefque toujours aus Antilles, eft un vent d'Orient , qui participe quelquéfois un peu du Nord , & que ce n'eft que bien rare- ment un vent du Couchant , ou du Midy. On en conte en tout neuf principales defquelles nous traînerons en ce Cha- pitre, félon l'ordre à peu prez qu'elles tiennent en la Carte.
ARTICLE L
De l'Ile de Saint Eujîache.
CEttc lie eft au Nord-Oueft de Saint Chriftofle , fur la hauteur dedix-fétdegrez,&quarantcminutcs- Ellc cft petite, & ne peut avoir en tout, qu'environ cinq lieues de tour. Ge n'eft à proprement parler qu'une montagne, qui fe- lcve au milieu de l'Ocean;en forme de pain de Sucre; qui eil la
même
Chap. 5 & E s 1 1 e s À ntill es, 4ï
même figure que reprefente le mont de Tabor , & le Pic de Tenerifc: finon que ce dernier, eft incomparablement plus haut.
Elle relevé de la Souveraineté de Meilleurs les Etats des7 Provinces Unies,qui en ont concédé la Seigneurie, & la pro- priété foncière , à Monfieur Van Rée , & à Tes Aflbciez Ho- norables Marchands de Fieffinguesen Zélande, qui y orit étably une Colonie , compofée d'environ feize cens hom- mes, qui y font proprement accommodez? fous le dous Gou- vernement de la Nation Hollandoife.
Cette He , cil la plus forte d'aiïiettc de toutes les Antilles : car il n'y a qu'une bonne defeente, qui peut eflre facilement défendue, & oii peu d'hommes pourroient arrêter unea- mée entière.. Outre cette fortification naturelle , on y a bâty un bon Fort, qui commande fur la meilleure rade, & bien avant en mer, par la portée de fon Canon.
Les Habitans font tous commodément logez , & propre- ment meublez, à l'imitation de leurs compatriotes d'Hol- lande. Il n'y a plus que le haut de la montagne, qui (bit cou- vert de bois : tout le tour eft défriché. Et Ton ne fauroic croire qu'à péne., la grande quantité de Tabac, qu'on en & tiré autréfois, & qu'on en tire encore j ournellement.
Bien-qué lé fommet de la montagne de cette lie paroirTe fort pointu , il eft neantmoins creus , & a en fon centre un fonds alfez vafte , pour entreténir quantité de Sauvagine*, qui fe plait dans cette profonde retraitte. Les Habitans, font foigneusde nourrir fur leurs terres , toutes fortes de volail- les, & même des Pourceaus, & des Lapins ,.qui y fouTonnent à merveille.
H n'y a point de Fontaines en cette Iîe5 mais il y aprefen- tement fort peu de maifons , qui n'ayent une bonne Citerne, pourfuppléer à ce manquement. 11 y a aullides Magazins3 fi bien fournis de toutes les chofes , qui font necelfaires à la vie, & à l'entretien des Habitans, qu'ils en -ont fouvent aiTcz, pour en faire part à leurs voifins.
Quant aus perfonnes qui compofent cette Colonie, il y a plufieurs familles honorables , qui y vivent Chrétien né- ment 6c fans reproche , & qui n'ont jamais été flétries des
3? crimes*
42 Histoipe Naturelle, Chap. 5
crimes, que quelques-uns leur impofcnt. Ceusquiont vécu parmy ces gens-là, y ont remarqué beaucoup d'ordre , <Sc beaucoup moins de dérèglement qu'en diverfes autres lies.
11 y a aufll une belle fcglife , qui eft gouvernée par un Pa- fteur Hollandois. Monfieur de Graai , qui eft a prefent Pa- fteurderEglifedcTrcvcïS, en l'Ile d'Oualcre , en a euautré- fois la conduite. 11 yprcfchoit en un même jour, & en une même chaire , en François , <$e en Flamand • pour édifier les Habitans de l'une & de l'autre langue , qui demeurent en cette lie. Monfieurde Mey célèbre Prédicateur de FEglife de Mildebourg , qui entre autre écrits , a donné au public un docte & curieus commentaire , fur les lieus les plus difficiles des cinq livres dcMoyfe,ou il eft traitté des chofes naturelles, fucceda a Monfieur de Graaf, & dépuis qu'il a été rappelle pour fervir en Ton Païs , Meilleurs les Directeurs de cette Colonie , ont toujours eflé fort foigneus de demander au Synode de leur Province , de bons «3c de fidèles ouvriers pour eftre employez , en cette petite portion de la vigne du Seigneur.
ARTICLE IL
De l'île de Saint Bxrtelemy.
L'Ile de Saint B art clemy> eft au Nord-Eft de Saint Chri- ftorle , fur le dixféttiéme degré. Elle a peu de terre pro- pre à eftre cultivée , bien qu'elle foit d'un aflez grand circuit. Monfieur le Bailly de Poincy, Gouverneur General des Fran- çois, Tà fait habiter à fes dépens, il y a environ quinze ans. L'on y trouve plufieurs beaus arbres fort eflimez , une in- finité d'oifeaus de diverfes efpeces , oc de la pierre tres-pro- pre à faire de la chauz, qu'on y va quérir des autres lies. Elle eft de difficile accez pour les grands Navires $ àcau- fe qu'elle eft entourée de plufieurs rochers. Ceus qui fe plaifent à la Solitude , n'en s'auroient defirer une plus accomplie.
ARTI-
Chap. 5
des Iles Antihes,
ARTICLE IIL
De l'île de Saba.
ELle eft fituée auNord-Oueft de Saint Euftache , fur la hauteur du dixféttiéme degré , & trente-cinq fcrupules. On croiroit à la voir de loin , que ce ne feroit qu'une roche : Mais la Colonie de Saint Euftache,qui y a fait pafler des hom- mes pour la cultiver , y a trouvé une agréable vallée , & aflez de bonne terre pour employer plufieurs familles , qui vi- vent contentes , en cette aimable retraitte. Il n'y a point de mouillage à la cofte, que pour des chaloupes. La pefche y et abondante. Et les foins que Monfieur le Gouverneur de Saint Euftache, a pris jufqu a prefentde cette Peuplade , font que les refraîchiifemens neceftaires n'ymanquent point.
ARTICLE I V.
Z>e l'île de Saint CUartin.
CEtte île , eft fur la hauteur de dixhuit degrez & feize fcrupules. Elle a environ fét lieues de long , & quatre de large. Il y a de belles Salines , qui avoient obligé l°£fpa- gnol à y bâtir un Eort , où il entretenoit une Garnifon , pour s'en conferver la propriété. Mais il y a environ neuf ans, qu'il démolit le Fort ôc abandonna l'Ile. Ce qui ayant efté apperceu par Monfieur de Ruyter , qui commandoit l'un des grands Navires, que Monfieur Lamplen ^ envoyé d'ordinaire en Amérique , & qui pour lors coltoyoit cette Ile de Saint Martin , il fut à Saint Euftache lever des hommes, qu'il y a- mena pour l'habiter , & en prendre poiTeflion, au nom de Meffieurs les Eftats des Provinces Unies.
La nouvelle, de la fortie des Efpagnols de cette terre, étant venue au même tems à la connoiifance de Monfieur le General des François, il equippa promtement un Navire, & y mit un nombre de braves hommes , pour relever le droit &ies prétendons de nôtre Nation ? qui avoit pofiedé cette
E 2 Uc
44 Histoire Naturelle, Chap
Ile avant l'ufurpationde l'Efpagnol. Depuis les François, ôc les Hollandois , ont partage cette terre àA'ainiablc, & ils y vivent enfemblc , en fort bonne intelligence.
Les Salines , font au quartier des Hollandois : mais les François en ont l'ufagc libre. Monfieur le General, établit pour Ton Lieutenant en cette place Monfieur de la Tour. £t a prefent , c'eft Monfieur de Saint Amant qui y com- mande. 11 a fous loy environ trois [cens hommes, qui culti- vent la terre, .& font, tous les déyoirs pofubles, pour la met- tre en réputation.
Les Hollandois , y font en auffi grand- nombre que les François. Monfieur Lampfcn , ôc Monfieur van Rée, font les principaus Seigneurs , & Direcreurs de cette Colonie. Us ont en leur quartier de belles Habitations , de grands Ma- gazins, ôc un nombre bien confiderable deNégrcs , qui leur font ferviteurs perpétuels,
11 n'y a point d'eau douce en cette île , que celle, qui au tems des pluies eft recueillie en des cifternes, qui y font allez communes. Il y a plufieurs llets à l'entour de cette terre, qui font tres-commodes , pour les menus divertiflemens des Habitans. Il y a auiîi des Etangs d'eau falée , qui s'avancent bien avant entre les terres, oùlon pefehe une .infinité de bons poifions , particulièrement des Tortues de mer. On trouve dans les bois des Porccaus fauvages, des R amiers , des Tourtes, & des Perroquets fans nombre. On y voit plu- fieurs arbres, quidiftilent diverfes fortes de gomme : mais le Tabac qui y croift , étant plus eftimé que celuy des autres Iles : c'eft ce qui rend fon commerce plus confiderable.
Les François & les Hollandois ,ont leurs Eglifcs particu- lières, es quartiers de leur Jurifdi&ion. Monfieur des Camps, qui eft à prefent Pafteurde l'Eglife Hollandoife , y fut en- voyé en cette qualité , au mois de Septembre.de l'an milfix cens cinquante cinq , par le Synode des Eglifes Wallonnes des Provinces Unies, qui a cette Colonie., fous foa lnLpe- £tion fpirituelle.
ÀR.TL
Chap. J
des Iles Antilles»
45
ARTICLE V.
De ï lie de V ^Anguille t
ELle porte ce nom, àcaufe de fafigure : car c'eft une ter- re fort longue , & fort étroite , qui fétend en ferpentant prés de l'Ile de Saint Martin, d'où on l'apperçoit à découvert. 11 ne s'y trouve aucune montagne , la terre , y eft par tout plattes & unie. A l'endroit où elle a plus de largeur, il y a un étang, autour duquel, quelques familles Angloifes fefont placées dépuis fét ou. huit ans,& oùelles cultivent du Tabac, qui eft fort prifé de cens qui fe connouTent à cette Marchan- dise. On met cette Ile fur la hauteur de dixhuit degrez ôc vint fcrupules, au deçà de la ligne,
ART I CLE VL
Des îles de Somhréro , d' ^Anegade^ & des Vierges.
LA première de ces trois Iles , eft fituéc au milieu des' Bancs , qui bordent le Canal par où parlent les Navires,- qui veulent retourner en Europe, Elle eft fur le dixhuitiéme degré, & trente fcrupules. Les Efpagnols , l'ont nommée Sombrero , à caufe. qu'elle à la figure d'un chapeau. Elle eft inhabitée;.
^Anegade , qui eft fous lemêmedégré que Sombrero , eft aufiideferte, & de dangereus abord.
Les Vierges grandes ejr petites , comprenent plufieurs Iles* qui font marquées en la carte fous ce nom. On en conte en tout douze ou treize. Elles fétendent au Levant de l'Ile de Saint Jean de Porto-Rico; fur la hateur de dixhuit degrez- auNord de la ligne. Entre ces Iles , il y a de fort bons mouilla-' ges,pour met tre en feureté plufieurs flottes. Les Efpagnols les vifitent fou vent pour la pefche,qui y eft abondante.il y a aufir une infinité de beausOifeaus de mer & de terre. Il y a fi peu de bon terroir, qu'après l'avoir effayé,& viiité en toute fon éten~: dùë^on a trouvé,qu'il ne meritoit pas d'avoir des Habitans.*
0
Hiitoirb Naturelle,
Chap. $
ARTICLE VIL
De l'île de Sainte Croix.
LA dernière de toutes les Antilles , qui font au deflfous du Vent , eft celle , qui porte le beau nom de Sam- te Croix. Elle eft fur la hauteur de dixhuit dégrez & quel- ques fcrupulcs. Les Caraïbes , qui en furent chaflez par les Efpagnols, la nommoient ^fy ay. Elle étoit fort eftiméc par- my eus : à caufe que c'étoit la première Ile que cette Nation av oit occupée aus Antilles , en venant du Nord chercher une habitation commode , pour jetter lcs> fondemens de leurs Colonies , comme nous le reprefenterons particulière- ment au fécond Livre de cette Hiftoire, au Chapitre de leur Origine.
La terre de cette Ile , rend avec beaucoup d'ufure , tout ce qu'on y feme. On y voit de belles <5c fpacleufes plaines de terre noire & facile à labourer. Il y a aufli plufieurs arbres fort beaus, ôeprecieus, qui font propres à la teinture, & à la ménuiferie. L'air y eft bon ; mais les eaus n'y font pas beau- coup faines, fi on les boit incontinent qu'elles ohteftépui- fées. Pour leur ôter la mauvaife qualité qu'elles ont , on les laifle repofer quelque tems en des vaiiTeaus de terre, ce qui les rend bonnes , &. qui donne fujet de croire qu'elles ne font mauvaifes^u'à caufe de leur limon, comme celles du Nil.
Cette Ile, eft maintenant en la poflefllon des François , qui en ont relevé glorieufement le débris. Apres les divers changémens de Maitres , qui y éroient furvenus en peu d'an- nées, comme nous le dirons au Chapitre premier du fécond Livre de cette Hiftoire. Monfieur le General des François, qui la fait peupler à fes frais , luy a donné un nouveau luftre, qui fait naître l'efperance d'une ample Colonie.
Elle peut avoir neuf ou dix lieues de long , & prcfque au- tant, en fa plus grande largeur. Les montagnes n'y font point fi hautes , ni fi preflees les unes contre les autres , que l'on ne puifife monter au deflus , & qu'il n'y refte bcaucou p de bonne terre, propre pour employer plufieurs milliers d'hommes.
Chap. 6
des Iles Antilles.
47
CHAPITRE SIXIEME.
Des jlrbres qui croiffent en ces Iles7 dont on peut manger le fruit.
ENtre les Arbres , qui fe trouvent en ces Iles , les uns portent de bons fruits qui aident à la nourriture des Habitans , les autres font propres à faire des bâtimens, ou bien ils fervent à la ménuiferie , ou à la teinture. Il y en a auiïî, qui font employez avec heureus fuccés en la Médecine, & quelques autres qui recréent feulement l'odorat par leur fcntcur agréable , & la veiie par la be*auté de leur feuillage, qui ne flétrit jamais.
De ceus qui portent des fruits bons à manger , & qui fe voyait en l'Europe , on n'y rencontre que les Orangers , les Grenadiers' Citroniers , & les Limoniers , dont la grofleur, êc la bonté , furpaffe celle des mêmes cfpéces qui croiffent ailleurs.
A R T I G L E h
Des Orangers , Grenadiers , & Citroniers.
QUant aus Oranges ,il y en a de deux fortes au s Antilles -y elles font toutéfois de même figure & on ne les peut difeern^r que par le goût. Les unes font douces , & les autres aigres, les unes •& les autres extrêmement délicates $ les aiguës apportent une grande commodité au ménage, car on s'en fert an lieu de verjus & de vinaigre, mais les douces excel- lent en bonté, Il eft vray que quelques uns nomment les Oranges de la Chine , Les Reynes des Oranges , & de vrais mufeats fous la figure & la couleur d'Oranges. Mais quel- que eftime que Ton fade de l'agréable douceur de ces Chi- noifes, il y en a qui préfèrent le goût excellent & relevé de nos Américaines.
Les-
^ Histoire Naturelle, Chip. 6
Les Grenadiers croiffent auffi en perfection en toutes ces Iles, & y portent des fruits beaus à voir & agréables au goût. Ces Arbriffeaus fervent en plufieurs endroits de Palifade ans courts , & aus avenues des maifons , & de bordure aus jardins.
Pour les Citrons , il y en a de trois cfpcces différentes en grofleur, que l'on ne nomme pas pourtant toutes Citrons. La première forte, qui eft la plus bellc& la plus groffe.eft ap- pdleé Lime. Elle n'eft guère bonne qu'à ccnnre,n'ayant préf- que point de jus, mais étant confite elle eft excellente. La fé- conde efpéce eft le Limon, de la même grofleur que les Ci- trons qui nous font apportez d'Efpagne : mais il a peu de jus à proportion de fa grofleur. Le petit Citron qui fait la treiziè- me efpéce eft le meilleur &le plus eftimëj. 11 n'a qu'une ten- dre pellicule, & eft tout plein de fueextremément aigre, qui donne, bon goût aus viandes , & fert à aflaifoner plufieurs ra- goûts. 11 eft particulier à l'Amérique. Quelques curieus, ont aufti en leurs jardins des Citrons parfaitement dous , tant en leur écorce qu'en leur fuc, qui ne cèdent ni en grofleur, ni en faveur à ceus qui croiffent en Portugal.
Tous les autres Arbres des Antilles , ont la feuille les fleurs, le fruit, & Técorce d'une figure, d'une faveur,& d'une couleur différente de ceus de nos contrées.
ARTICLE II.
Du Goyavier,
POur commencer par les Fruitiers , on fait état du Goya- vier y qui approche de la forme d'un Laurier , horsmis que fes feuilles font plus molles, d'un vert plus clair & qu'el- les font cottonnées par delibus. L'écorce de cet Arbre eft fort déliée ôc unie. 11 pouffe plufieurs rejettons de fa racine, quifontàlafin, fi on ne les arrache , un bois épais fur toute la bonne terre voifine. Ses branches qui font affes tournes, font chargées deus fois l'an de petites fleurs blanches , qui font fuivies de plufieurs pommes vertes , qui devien- nent jaunes Se de bonne odeur , lors qu'elles font meures.
Ce
Chap.é ©El IfcBS ANTÏI3LES, 49
Ce fruit, qui fe nomme Goyave, eft orné audefius d'un pe- tit bouquet en forme de couronne , de au dedans fa chair eft blanche ou rouge , remplie de petis pépins comme eft la Gre- nade. Ce qui fait que les Hollandois rappellent Grenade douce. 11 eft de la grorTeur d'une pomme de Rénette , & il meurit en une nuit.
Sa qualité eft de referrer le ventre eftant mangé vert : dont aufliplufieurs s'en fervent contre le nus defang5 Mais étant mangé meur, il a un effet tout contraire.
ARTICLE III.
r Du Papayer.
LE Papayer, eft un Arbre qui croift fans branches , de là hauteur de quinze à vint pieds, .gros a proportion, creus & fpongieus au dedans , d'où vient qu'on l'employé à con- duire par tout ou l'on veut , les ruiflèaus des fontaines. Il y en a de deus fortes., lune qui fe voit communément dans
G toutes
5° Histoire Naturelle, Chap.6
toutes les îles. Ses feuilles font divifécs en trois pointes , à peu près comme la feuille du Figuier , elles font a t tachées a de longues queues , qui font grofles comme le pouce , & creufesau dedans: Elles fortent de la cime de l'Arbre, d'où citant recourbées elles couvrent plufîeurs fruits ronds de la grofleur d'une poyre de Coin, qui croifient à l'cntour du tronc, auquel ils demeurent attachez.
L'autre efpéce deP^*r, fe trouve particulièrement en l'Ile de Sainte Croix. Elle eft plus belle & plus chargée de fuëilles que l'autre. Mais ce qui la fait eftimer d'avantage, c'eftibn fruit qui eft de la grofleurd'un Melon , & de la figu- re d'une mammellc , d'où vient que les Portugais l'ont nom- mé CMamao.
Ces Arbres, ont cecy de particulier, qu'ils donnent de nouveaus fruits chaque mois de l'année. Lafleur de l'une & de l'autre efpéce eft de bonne odeur , & approchante de celle du Jafmin. Mais on met entre les regales des lies le fruit de la dernière , à caufe que quand il eft arrivé à fa perfedion , il a u ne chair ferme,qui fe couppe par tranches comme le Melon,
&
Chap. 6 des Iles Antilles. 51
Se qui eft d'un goût dclicieus. Son Ecôrcc eft d'un Jaune méfié de quelques lignes vertes, 6c- au dedans ii eft rcmply d'une infinité de petis grains ronds gluans & môllaue.s , d'un goût pic quant, & qui feut l'cpicc. Ce fruit fortifie l'cftomac, &aideàladigeftion.
ARTICLE IV.
X>u tJVLomin.
LE UWomw, eft un Arbre qui croift de la grofieur d'un Pommier , & porte un gros fruit de même nomqueluy. Il eft vray que les infulaires rappellent ordinairement Çorafol^ à caufe que la graine de cens qui fe voyent parmy eus , à efté apportée de Corafol, qui eft une Ile tenue depuis un long tems par les Holiandois , qui y ont un bon fort , & une ample Colonie , qui s'eft étendue en plufieurs autres Iles voifines de celle là. Ce fruit refiemblc à un petit Cocombre qui n'eft point tireur. Il a la peau toujours verte , & émaiilée de plufieurs petis compartimens , en forme décailles. Si' on le cuëille en fa maturité il eft blanc au dedans comme de la Crème, & d'une douceur relevée par une petite aigreur , qui luy donne une pointe fort agréable. Ce fruit , eft raffrai- chiftant au poiTibie, & delicieus au goût. Il porte fa fe- mence au milieu , qui eft delagrofleur, & de la figure d'u- ne Féve extremément polie , ôc de la couleur d'une pier- re de touche , fur laquelle on auroit tout fraîchement éprouvé une pièce d'or 5 car elle pacoit émaiilée de peti- tes veines d'orées.
ARTI-
Histoire Naturelle,
Chap.é
ARTICLE V.
Du Iunipa.
LE Iunipaou Gempa , qui eft le même Arbre que lesBre- filîens nomment Iampaba, & les Portugais lempapo, croift de la grofîeur d'un Châtaignier, fes rameaus fe recourbent près de terre, & font un ombrage agréable, fes feuilles font longues comme celles du Noyer. 11 porte des fleurs pareil-
les à celles du NarchTe , qui font de bonne odeur. Son bois eftfolide, de couleur de gris de perle. Les Habitans des Iles conppent les troncs de ces Arbres quand ils font encore Jeu- nes, pour faire des afuts dcfufils& demoufquets, parce que ce bois étant mis facilement en œuvre , peut eftre poly en perfection. Chaque mois il fc reveft de quelques feuilles nouvelles. 11 porte des pommes qui étant meures, femblent cftrc cuites au four , elles font de la grofleur d'une pomme de Rambour. En tombant de l'Arbre elles font un bruit pareil
àceluy
Chafr.6 des Iles Antilles., 53
à.celuy d'une arme à feu : Ce qui vient , de ce que certains vens ou cfprits , qui font contenus en de petites pellicules qui couvrent la femence , étant excitez par la cliente , fe font ou- v erture avec violence. D'où il y a raifon de fe perfuader, que c'eft le même fruit, qu'en la nouvelle Efpagne les Indiens ap- pellent d'un nom fort barbare , £u&nt h hz>in.
Si on man ge de ces pommes de junipa.fans ôter cette peti- te peau qui eft au dedans,elles referrent le ventre d'une étran- ge faffon. Ce fruit eft recherché des chafîeurs à caufe qu'étant aigrelet il étanche la foif , & fortifie le cœur de cens qui font fatiguez du chemin. Son fuc teint en violet fort brun, encore qu'il foit clair comme eau de roche, & quand on en veut mettre jufques àdeus fois fur la même place du corps que l'on veut teindre, la féconde teinture paroit noire. Les Indiens s'en fervent pourfe fortifier le corps, &le rendre plus fou- pie , avant que d'aller à la guerre. Ils croient auffi, que cette couleur les rend plus terribles à leurs ennemis. La teinture de ce fruit ne fe peut effacer avec le favon : mais au bout de neuf ou dix jours elle d'ifparoit d'elle même. Au tems que ce fruit tombe, les pourceaus qui en mangent ont la chair & la graiffe entièrement violette , comme l'expérience le témoig- ne, lien eft de même de la chair des perroquets , ôc des au- tres oifeaus lors qu'ils s'en nourriflent. Au relie on peut faire avec ces pommes un bruvage affes agréable, mais quî n'eft gueres enufage que parmy les Indiens , 6c les Chafleurs qui n'ont point de demeure arrêtée.
A R T I C'L E VL
Dit Raiftriier,
LE Kidfinier que les Caraïbes nomment "ôùtfem , croiil de moyenne hauteur & rampe prcfque par terre au bord de la mer : Mais dans une bonne terre il devient haut, com- me un des plus beaus Arbres des Po rets, jl a les feuilles rondes, èpaiffes , entre-meflées cle rouge & de vert. Sous l'écorce du tronc après qu'on a enlevé un aube! blanc' de 1 e- paiffeur.dedeus pouces, on trouve un bois violet V'fb'Mê,
G s &
54 Histoire Naturelle, Chap.6
& fort propre à faire d'excellens ouvrages de menuiferie 11 produit en Tes branches des fruits qu'on prendroit quand ils font meurs, pour de gros Raifîns violets : Mais au lieu de pépins, chaque grain a fous une tendre pellicule , & fous fort peu de fubftance aigrette , raffraichiflante , & d'aCTez bon gout , un n'oyau dur comme celuy des prunes.
ARTICLE VI I.
De l'i^fcajott.
IL y a trois fortes d'Arbres qui portent le nomDWw;'w. mais il n'y a que celuy que nous décrivons icy qui porte du fruit. C'eft un Arbre de moyenne hauteur, qui panche Tes branches jïifques à terre. Ses feuilles font belles & larges, ar- rondies par devant, & rayées de pluficurs veines. Il porte des fleurs qui font blanches , lors qu'elles fepanoviflent nouvel- lement , puis après elles deviennent incarnates , 6c de couleur
de
Chap.6 des Iles Antilles. 55
de pourpre. Elles crohTent par bouquets & elles exhalent une fi douce odeur , qu'on n'a point de péne à difeerner l'Ar- bre qui les porte. Ces fleurs ne tombent point jufqties à ce qu'elles foientpoufféespar une efpecede Châtaigne faite en
forme d'oreille , ou de rognon de lièvre 5 Quand cette châ- taigne a pris fon accroiffement , il fe forme au derfous une belle pomme longuette, qui eft couronnée de cette crefte, qui devient en meurnTant d'une couleur d'Olive, pendant que la pomme fe reveft d'une peau délicate & vermeille au poffible. Elle eft remplie au dedans de certains filamens fpongieus qui font imbus d'un fuc tout enfemble dous 6c aigre , qui defaltere grandement , & que l'on tient eilre très- utile à la poitrine, & aus défaillances de cœur , étant tempéré avec un peu de Sucre. Mais s'il tombe fur quelque linge il y imprime une tache rouffe , qui demeure jufqties à ce que l'Ar- bre fleurifle de nouveau.
Les Indiens font un bruvage excellent de ce fruit , lequel étant gardé quelque jours 5 a la vertu d'enyvrer auiTi prom-
tément
56 Histoipe Naturelle, Chap. 6
témentqueferoitlc meilleur vin -de France. Lanois quieft audefïus étant brûlée, rend une huile cauftique, de laquelle on te fert hcureufement pour amollir , 5c même pour ex- tirper ces durétez qui eroîôent aus pieds , & que Ton nom- me Cors. Que s'y on La caûe , on trouve au dedans un pig- non couvert d'une tendre pellicule, laquelle étant ôtéc eft d'un tres-bon goût , '& a la vertu déchauffer & de fortifier jnerveillenfement l'cftomac.
Cet Arbre, ne porte du fruit qu'une fois Tan d'où, vient que les BrefiTiens content leur âge avec les nois quicroif- fent fur cette pomme, en en refervant une par chacune année, laquelle ils confervent avec grand foin, dans un petit pa- nier qui n'eft deftiné qu'à cet ufage. S'y on fait une incifioh au pied de cet Arbre, il jette une gomme claire & transpa- rente, que plufieurs ont pris pour celle qui vient d'Arabie. La femence de l'Arbre eft en la nois , qui produit aifément étant mife en terre.
ARTICLE VIII.
Des Prunes D'Icaque
L5 laque , eft une efpece de petit prunier qui croift en forme d'un buiffon • les branches font en tout tems chargées de petites feuilles longuettes, elles font deusfois l'an emaillees d'une infinité de belles fleurs blanches , ou violettes, qui font fuivies d'un petit fruit rond , de la grof- feur d'une Prune de damas, ôc qui étant meur devient blanc ou violet de même qu'étoit fa fleur. Ce fruit eft fort dous, '& tellement aimé de certains Sauvages qui demeurent près du Golfe d'Hondures, qu'on les appelles Icaques, à cau- fe de l'état qu'ils font de ce Prunes , qui leur fervent de nourriture. Ceus qui ont voyagé parmy ces Peuples , ont remarqué que lors que ces fruits font en leur maturité , ils font fort foigneus de s'en conferver la propriété; & que pour ctapcfdxct leurs voilins , qui n'en ont point en leur r con-
Chap^Ô DES ItES 17^
contrée , d'y venir faire aucun dégaft , ils tiennent durant tout ce tems-là aus avenues de leur terre , des Corps-de- garde , compofez de l'élite de leurs meilleurs Soldats , qui les repoufient vivement avec la flèche ôc la malTue^ s'ils ont Faffeurance de fe prefenter.
ARTICLE IX.
Des Prunes de LMonbam.
LE Monhain , eft un Arbre qui croift fort haut , & qui pro- duit auffi des Prunes longues ôc jaunes, qui font d'affez bonne odeur : Mais le noyau étant plus gros que tout ce qu'elles ont de chair, elles ne font gueres e (limées , fi ce n'effc de quelques uns qui les méfient dans les bruvages du Omcou ôc du Maùy , pour leur donner un meilleur goût. Les Pour- ceau s , qui vivent dans les bois, font toujours gras, lors que ces fruits font en maturité , par ce qu'il en tombe une grande quantité fous les Arbres àmefure qu'ils m'euriifent, qui font
H recueil-
5» Histoire Naturelle, Chap.6.
receùillis avidement de ces animaus. Cet Arbre jette une gomme (aune , qui rend une odeur encore plus pénétrante que celle du fruit. Les branches étant mifes en la terre, pre- nent aifément racine, ce qui fait, qu'on l'employé ordinaire- ment à fermer les parcs où l'on nourrit le bétail.
ARTICLE X.
Du Courbary.
LE Courbwy , croift d'ordinaire plus haut, plus touffu, ôc plus gros , que le Monbain. 11 porte un fruit dont, la co- que eft fort dure à enfler , & qui a environ quatre doigts de long , deus de large & un dépais. Dans la coque il a deus ou trois noyaus, couverts d'une chair fort pâteufe , qui eft jaune comme du Safran. Le goût n'en eft pas mauvais : mais on n'en peut faire d'excès, que l'cftomac n'en foit extremément chargé & que la gorge n'en foit empefehée. Les Sauvages, en cas de ncceflïté en font une forte debruvage, qui n'eft pas désagréable étant bien préparé, c'eft à dire lors qu'il a bien boùilly avec l'eau. Son bois eft folide de couleur tirant fur le rouge. l'Arbre étant vieil rend de la gomme, qui s'en- durcit au Soleil, & qui demeure toujours claire , transparen- te comme l'ambre jaune , & de bonne odeur. Quelques In- diens en forment des boutons de diverfe figure , dont ils font des Bracelets, des Colliers & des pendans d'oreille, qui font beaus, luifans, & de bonne fente ur.
ARTICLE XI.
Du Figuier d'Inde.
ON voit en la plupart de ces 1 les , un gros Arbre , que les Européens ont nommé Figuir d'Inde, à caufe qu'il porte un petit fruit fans noyau , qui a la figure , & le goût appro- chant des figues de France. D'ailleurs il ne refîemble de rien à nos Figuiers ; car outre que la feuille eft de différente fi- gure, & beaucoup plus étroite, il croift en des lieus , fi deme-
furément
Chàp.6 des îles Antilles $p
furément gros?qu'il s'en rencontre qu'à peine pluikurs hom- mes pourroient embrafier, f arce que le tronc qui le plus fou- vent n'eft pas uny en fa circonférence, pouffe à les caftez, de- puis la racine jufques à i endroit cù les branches prenent leur naiflanec, certaines ateftes sou faillies,qui s'avancent jufques à 4 ou 5 pieds aus environs , & qui forment par ce moyen de profondes cannelures , enfoncées comme des niches. Ces faillies, qui font de la même fubftance que le corps de l'Arbre, fontauffienvelopées delà même écorce qui le couvre, & elles font de l'épaifleur de fét à huit pouces , à proportion de la grofteurdu tronc qu'elles cntourcnt.Le bois de cet Arbre, eft au dedans blanc & mollafic , & Ton couppe ordinairement de ces longues pièces qu'il poulie hors de fon tronc . pour faire des planches , des portes , & des tables 5 fans crainte que T Arbre meure. Car il recouvre en pende teins G propre- ment de fon écorce la brèche quia efté faite, qu'à peine peut on appercevoir que l'on en ait rien enlevé. Tous cens qui ont demeuré en l'ilede la Tortue , qui eft fituée aucofté fep- tentrional de l'Ile Efpagnole , ont veu au chemin qui conduit des plaines de la montagne, au village que nos François ont nomme Milplantage , un de ces Arbres , qui peut facilement tenir à couvert deus cens hommes fous L'ombre de fes bran- ches, qui font toujours chargées de plufieurs feuilles fort toufués.
ARTICLE XII.
Du Cormier.
IL y a en ces îles une efpécede Cormier bien différent du Cormier que l'on voit en France. Car il eft d'une hauteur excelîive fort beau à voir, & orné de belles feuilles, & de plu- fieurs branches qui les accompagnent.il porte un fruit agréa- ble, rond comme une Cerife,qui eft de couleur jaune, tacheté de petites marques rouges , & qui tombe de foy même lors qu'il eft meur. 11 a le goût de la Corme, & c eft ce qui eft cau- ' fe, qu'on luy a donné le même nom. 11 eft fort recherché des ' Oifeans,
H -a A & T h
60
Histoire Naturelle,
Chap*
ARTICLE XIII.
Bu Tdmijle Bfineus. Outes ces lies ont des Palmes, & quelques-unes en ont
X jufqucs à quatre fortes toutes différentes. L'une fe nom- me Palmifte Efineus. Cet Arbre porte juftement ce nom, car il eft tout HeriiTe' , ayant en fa tige, enfes branches , & en les
feuilles de grandes épines extrêmement aiguës & fi dange- reufes , que quand quclcun en eft piqué , il court rifque d'en cftre long tems incommodé, s'y l'on n'y apporte un promt remède. Celles qui entourent le tronc de l'Arbre fontpiaics, longues comme le doigt, de la figure d'un Cure-dent spolies, & d'une couleur tannée tirant fur le noir. Les Nègres avant que de s'en approcher mettent le feuàl'cntour du pied de l'Arbre, pour brûler toutes les Epines qui l'arment & luy fer- vent de defenfe. Son fruit confifte en un gros bouquet qui cftcompofé deplufieursnois grisâtres, dures, & rondes , oui
relier-
€hâp.6 des îles Antilles. 6i
refierrent des noyaus qui font bons à manger. C'eft aulïî de cette efpece de PaJmes,.que quelques Nègres tirent du vin, par le moyen des incitions qu'ils font au défions de fes bran- ches. Il y a apparence que c'eft le aiême Arbre , que les Bre» filiens nomment ^dfyri.
ARTICLE XIV.
Vu Palmifle Franc,
LA féconde efpece eft nommécfPalmific Franc. C'eft un grand Arbre droit & d'une hauteur demefurée. Les ra- cines de cette efpece de Palmier, félevent hors de terre tout autour de la tige, delà hauteur de deus ou trois pieds, &de la g rôdeur d'un baril. Ces Tacines font petites a proportion
de la hauteur de l'Arbre qu'elles fouîiennent : mais elles font entrelacées fi étroitement , .& fi confufément les unes dans les autres, qu'elles luy fervent d'un folide appuy. Cet Arbre a eecy de particulier , qu'il eft ordinairement plus gros par le
H %,. ham.
<7i Histoire Naturelle, Chap.6
haut que par le bas. Quand il eft encore jeune, il a l'écorcc tendre , de couleur grisâtre , & marquée de pied en pied d'un cercle , qui donne à cognoiftre à peu prés , combien , il y a d'années qu'il occupe la terre : Mais quand il a pris fa con- fiftencc , il devient par tout fi folide & fi uny , qu'on n'y peut plus rien remarquer. Sonfommet eft orné de plufiers belles branches canelécs& polies , qui font accompagnées départ 6c d'autre, d'une infinité de feuilles vertes, longues, étroites, & déliées , qui leur donnent une merveilleufe grâce. Les plus tendres de ces branches , qui ne font pas encore épano- vyes, s'élèvent directement au milieu de l'Arbre, pendant que les autres qui font courbées tout autour , luy compofent une riche & agréable couronne.
Cet Arbre Te décharge par chacun mois de quelcune de fes branches , & d'une écorce , qui fe détache de deflbus , la- quelle eft longue de quatre ou cinq pieds, large de deus ou environ , & de l'épauTeur d'un cuir préparé. Les Habitans des lies, nomment cette écorce Tache, & ils l'employent pour la couverture de leurs Cuifines , & des autres petis offi- ces de leurs Habitations , de même qu'ils fe fervent des feuil- les, trelTées , & cordonnées proprement à l'un des coftez des branches, pour faire celle de leurs maifons.
Nous avons à defiein , rangé les Palmiftes à la fin des Ar- bres fruitiers quife trouvent en ces lies , à.caufe qu'ils contri- buent tous, horsmis leLatanier, à la nourriture des hom- mes. Car fi le Palmifte épineus , lequel nous avons décrit en l'article précèdent, fournit du vin, celuy-cy porte au Sommet de fon tronc, & comme en fon cœur, une moelle blanche', tres-tendre,& tres-favoureufe qui a le goût dé Noifette, étant mangée crue , ôc étant bouillie & afiaifonnée avec plufieurs feuilles déliées , <5c blanches au poffible , qui l'entourent , & luy fervent comme de chemife , elle peut tenir un rang confi- derable , entre les plus delicieus mets des Antilles. Les Fran- çois , appellent cette fubftance moelleufe , ôl les feuilles qui l'enveloppent, chou de Palmifte , parce qu'ils en mettent au potage, au lieu de chous ou d'autres Herbes.
Si l'on fend en deus le tronc de cet Arbre, & qu'on enlevé comme il fc-pciu faire aifément , une certaine matière fillaf-
feufe
Ghap. 6 des Iles Antilles. 63
feufe &' mollafîc qui cft au dedans , ce bois qui refte âînfi creufé, & qui eft épais d'un bon pouce , fournit de belles & longues goutieres , qui fontde durée. On s'en fert pour cou- vrir'd'une feule pièce le faîte des Gazes , & pour conduire les eaus par tout ou l'on veut. Les Tourneurs & les Menuy- fiers font auffi avec ce bois, qui cft préfque noir, & qui fe po- lit aifément , plufieurs beaus & rares ouvrages , qui font na- turellement marbrez.
Pline , fait des Arbres fi prodigieufement hauts ? qu'une flèche n'en peut atteindre le Sommet quand elle cft tirée 5 Et l'Auteur de THiftoire générale des Indes, parle d'un Arbre de telle hauteur, qu'on ne s'auroit jetter une pierre à plein bras par deflus. Mais encore que le Palmifte que nous dé- crivons furpalîe de beaucoup tous les autres arbres des Antil- les, nous n oferions pas dire qu'il foit d'une hauteur Ci deme- furée, puifque du pieddelatbre^on remarque facilement une belle panache, qui for tant du plus haut du tronc, eft toujours tournée aufoleil levant 5 Elle fe renouvelle par chacune an- née, & quand elle eft fortie de fon étuy , elle eft émaillée d'u- ne infinité de petites fleurs jaunes, en forme de boutons do- rez, qui venans à tomber font fuivis de plufieurs fruits ronds, &de la grofTeur d'un petit œuf de poule. Ils font attachez en un feul bouquet, & afin que ces fleurs & ces fruits,foicnt con- fervez contre les injures du rems, ils font couverts par deftus d'une écorce épaitTe,dure& grisâtre par le dehors, & d'un ver- meil doré par le dedans,qui aboutit en pointe. Ce precieus pa- rafai ,n'eft autre chofe que l'étuy qui referroit les fleurs avant qu'elles fuflent épanouyes , & qui s'étant entre-ouvert par delîbus, s'élargit en une figure creufe au milieu, & pointue ans extremitcz,pour mi eus couvrir & les fleurs & le fruit.
D'autant que cette efpece d'Arbres , n'a point d épines , on le nomme Palmifte Franc . 11 y en a encore une autre forte, qui ne croiftpas fi haut que celle-cy , qui porte une petite graine ronde , que les Nègres font foi g ne us de recueillir , à caufe qu'elle fert à faire de beaus Chapelets qui font marbrez , . <5e polis à merveille,,,
AKTU
Histoire Naturelle,
Chap.6
ARTICLE XV.
Vu Latanier.
T A troiziémc efpecc de Palme eft nommée Lttttnier. Cet JLarbre élevé fa tige affez haut 5 mais il ne croift pas beau* coup en groifeur. Au lieu de branches il n'a que des longues feuilles , qui étant épanouyes font rondes par le haut , & pli-
cées par le bas à la façon d'un Eventail. Elles font attachées
à de grandes queues, qui fortenc de certains filamens, qui entourent la tefte du tronc , comme une grotte toile rouffe &
fort claire. Ces feuilles étant liées par petis failTcaus, fervent à couvrir les cazes , <5c la peau qu'on enlevé de demis les queues, eft propre à faire des cribles, des paniers , & plufieurs autres petites curiolîtez , que les Indiens tiennent entre leurs meubles plus precicus. Ils font aufti du bois de cet arbre , <3c de ecluy du Palmifte Franc , des arcs, des maûuës , dont ils fc fervent en leurs combats au lieu dépées , des Zagayes , qui
Chap.6 des Iles Aktjh.es. 65
font 4e petites lances aiguës,, qu'ils d'ardent avec la main contre leurs ennemis , & ils en munûTentla pointe de leurs flèches, qui font par ce moyen aujflfi pénétrantes, que s'y elles étaient d'acier.
ART I C L E XVL
Du Cocos , é* du Cacao,
LA quatrième efpece de Palme , & la plus excellente de toutes , eft celle qui porte le nom de Cocos % ce fameus fruit dont les Hiftoriens difent tant de merveilles. Mais il faut remarquer, que les Cocos quife trouvent aus Indes Occi«
dentales , ne croififent pas à beaucoup-près Ci hauts, que cens de l'Orient , le tronc pour l'ordinaire n'excédant pas vint , ou vint-cinq pieds en hauteur , étant au refte d'une grofleur bien proportionnée. Il eft beaucoup plus chargé débranches Ôc de feuilles, que lePalmiftc Franc. Les Iles de la OHonaque & de Ro/ttam, qui font au Golfe d'Hondures, font senomme'es
I , pour
66 Histoire Naturelle, Châp,6
pour l'abondance de ces Arbres. L'Ile de Saint Bartelemy entre les Antilles en eft auffi ornée , 6c c'eft de là , qu'on en a apporte' en celle de Saint Chriftofle.
Le fruit , croift fur le tronc même, au pied des branche*. Il a la forme d'une nois : mais fans faire de comparaifon pour lagroffcur : car un feul pefe quelquefois environ dix li- vres. Dépuis que l'Arbre a commencé déporter, on né le trouve jamais fans fruit; car il en pouffe de nouveaus par chacun mois de l'année. La coque eft fi dure & fi épaifle, qu'on la peut polir , 6c y graver diverfes figures pour enrichir les coupes, les bouteilles, 6c plufieurs autres vaiffeaus, qu'on en fait pour le fervice ordinaire du ménage : elle eft entourée d'une groffe envelope, qui eft toute de rilamens.
Quand on a ouvert cette nois de Cocos, on trouve pre- mièrement une chair blanche comme neige qui eft nonrrif- fante au poflible , ôc qui a le goût de l'Amande. Cette fub- ftance moelleufe eft en fi grande quantité en chaque fruit, qu'on en peut remplir un plat; Elle eft attachée fermement au dedans de la Coque, 6c en fon milieu , elle contient un grand verre d'une liqueur claire ôc agréable , comme du vin mufeat ; de forte qu'une perfonne fe pourroit bien contenter de l'un de fes fruits pour fon repas. C'eft cette eau feule, qui fe convertit en germe, 6c qui entre fes autres vertus, a la pro- priété d'effacer toutes les rides du vifage, 6c de luy donner une couleur blanche 6c vermeille, pourveu qu'on l'en lave aufll-toft, que le fruit eft tombé de l'Arbre.
Qui defirera d'apprendre toutes les particularitez du Co- cos , 6c les grands ufages qu'il a tant en la Médecine , qu'en la Ménagerie, lira s'il luy plait, la belle 6c ample defeription que François Pyrard en a fait, en. fon.tr ;altré des Animaus, arbres 6c fruits des Indes Orientales.
Quelques-uns, à caufe de la reffcmblancedes noms, confon- dent quelquefois le Cocos, avec le Cacao , qui croift en la Pro- vince de Guatimala, près la neuve Efpagne, qui eft auftiun fruit tres-renommé en toute l'Amerique,pour eftre le princi- pal ingrédient, qui entre en la compofition àc\zChicolatey ou chocolaté^ 'ont on fait unbruvage fouverain pour fortifier la poitrine, âiûlpet toutes les humeurs malignes qui s'y atta- chent»
Chap.7 DES ÎLES ^NTILLES' 6?
chent, chaf&r la gravcllc, & tenir le corps frais 6c ciifpos, pourveu qu'on le prene modérément.
Ce Caca*, quife trouvoit auflï aus Antilles, en l'an 1649, dans le jardin d'un Habitant de File de Sainte Croix, laquelle étoit alors entre les mains des Anglois , eft un Arbre pref- que femblable à l'Oranger , Gnon qu'il ne croift pas du tout G haut, & qu'il a les feuilles un peu plus étendues. On le plante ordinairement en des iieus ombrageus , & même fous d'autres arbres , qui le puuTent défendre de l'ardeur du Soleil, qui nétriroitfes feuilles. Son fruit qui eft de la groffeur, & d'une ficrurc approchante de celle d'un Gland , ou d'une moyenne Olive, fe forme dans de grottes colFes longuettes, qui font rayées , & divifées parles coftez.
CHAPITRE SETTIEME.
Des Jrbres qui font propres à bâtir ; ou qui fervent a la menujferie } ou à la Teinture,
NOup avons jufques icy reprefenté pluficurs beaus Ar- bres qui portent des fruits qui contribuent a la nour- riture ou au raffraichiftement des Habitans des An- tilles , & en ce Chapitre nous nous propofons de traittcr des principaus, qu'on peut employer utilement tant a bâtir des maifons, qu'à lesorner, par le moyen des beaus meubles de menuyferie qu'on en peut faire; Puis après nous eonfidere- rons tous les autres Arbres de diverfes couleurs,qui font pro- près à la Teinture.
ARTICLE î.
De de m fortes d '<^Ac*jo#.
TL y a fort peu d'Iles, ou l'on ne trouve de beaus Arbres qui Ifont trespropres à bâtir des maifons, & à faire divers ou- vrages de menuyferie. On fait particulieremenr état de .1 A- ^ol , qui croift d'une hauteur * d'une grpflcur fi exceffive,
I 2 H
6S Hî-stoire Naturelle, Chap. 7
que les Caraïbes tirent fouvent d'un feul tronc, ces grandes Chaloupes , qu'ils appellent Pyraugùes , qui font capables de porter cinquante hommes. ]1 poulie plufieurs branches , qui font fort toufuës,à caufe de la multitude de feuilles d'ont elles font chargées, l'ombrage de cet arbre eft fort agréable : Et même quelques uns tiennent qu'il contribue à la famé de ceus qui fe repofent défions.
Il y a deus fortes d'Acajou qui ne font differens qu'en la hauteur de leur tronc, & en la couleur de leur bois. Celuy qui eft le plus eftimé,.a le bois rouge, léger, de bonne fenteur, & fort facile à cftre mis en oeuvre. On a-remarque' par expé- rience que le ver ne l'endommage point 3 qu'il ne fe pourrit point dans l'eau, quand il a été coupé en bonne Lune 5 Et que les coffres & les aumônes qui font faites de ces bois, don- nent une bonne odeur aus habits & qu'ils les contregardent de toutes les vermines qui s'engendrent , ou fe gliflent aifé- ment dans les coffres qui font faits d une autre matière. Ces proprietez font caufe que quelques-uns ont crcii que cet arbre étoit une efpecc de Cèdre. On en fait aufli de l'Efcente pour couvrir les maifons.L esCapitaines deNavires,qui trafi- quent aus Antilles apportent fouvent des planches de ce bois quifontfi longues & fi larges, qu'iln'enfaut qu'une pour faire une belle & grande table.
L'autre forte d'Acajou eft de pareille figure quant au de-^ hors, que celuy que nous venons de décrire ; mais il ne croift pas du tout fi haut, & quand on a levé l'écorce & l'aubel , on trouve que le bois eft blanc. 11 eft auffi fort facile à mettre en oeuvre quand il eft fraîchement couppé; mais fî on le -laine a l'air il fe durcit en telle forte, qu'on a biende la.péne a s'en fervir. Les Habitans des lies ne ï'employent qu'à faute d'au- tre , à caufe qu'il. eft fujet aus vers qu'iïfc pourrit en peu detems. Si on fait des Incifions au tronc de ces arbres ils jettent une grande abondance de gomme, qui pourroit avoir - quelque bon ufage, fi on en avoit fait l'eftay.
ART 1=*
Chap. 7
des Iles Antilles,
6*>
ARTICLE IL De VAcomas,
CEt Arbre, eft bien aufïï gros & fi haut que l'Acajou , Se n'eft pas moins prifédes Archite&es , & des Mënuyfiers. Ses feuilles font polies , 8c allés longues. Il porte un fruit de la grofTeur d'une prune, qui étant venu en fa maturité eft de couleur jaune, & beau à voir, mais il eft trop amer pour eftre recherché des hommes. Les Ramiers s'en engrahTent en une faifon de l'année , & pendant ce tems là, leur chair efl de même goût que le fruit qu'ils ont mangé. Il al'écorcc cendrée & raboteufe, le boispefant ôc ayfé à polir, & félon les lieus où il croift, fon cœur eft rouge, ou jaunâtre, ou. tirant fur le violet. Si on ouvre l'écorce , il en fort une li- queur laîteufe, qui fe durcit en forme de Gomme.
ARTICLE II L
Du Bois de Kofè.
IL faut avouer que fi les Habitans des Antilles avoicntdcP fein de s'y établir fermement, ils y pourroient trouver, non- feulement les chofes qui font neceflaires à l'entretien de la vie, mais encore les délices & les currofitez , tant pour ce qui concerne la nourriture , & le vêtement , que pour ce qui re- garde la ftru&ure de leurs maifons, & leur em.be UiiTement in- térieur. Mais les douces penfées du retour au païs de leur naifTance, que la plu-part confervent en leurs cœurs, leur font négliger tous les rares avantages que ces Iles leur pre- f entent, & pafTer legerement, pardeffusla riche abondance des chofes precieufes qu'elles produiflent, fans en tirer aucun . profit. Car pour ne rien dire prefentément , de la grande fa- cilité qu'ils ont de faire des étoffes du Cotton qui y croift, de nourrir en leurs parcs toutes fortes de volailes, & de bétail., tlomeftique , qui y fohîonne autant qu'en lieu du monde 5 ils pourroient fans doute recevoir beaucoup démolumens , de
1 % \ plu,.
yo Histoire 'Naturelle, Chap.7
pluficurs bois prccieus , qui feroierit de grand ufagc non feu- lement pour les loger , & les meubler commodément : mais aufli pour en faire du Commerce avec l'Europe. Les-dc- feriptions que nous ferons de quelques uns de ces rares Ar- bres tant au refte de ce Chapitre qu'au fuivant, juftifieront cette propofition.
Le Bois de Rofe, étant propre non feulement à la charpen- te, mais aulfi à la Menuyferie, doit tenir le premier rang. Cet arbre croift d'une hauteur bien proportionnée à fa groffeur 5 Son tronc eft ordinairement fi droit, que c'eft l'un des plus agréables ornémens des forefts des Antilles 5 11 eft couvert de pluficurs belles branches, qui font accompagnées de feuilles molles, velues d'un cofté, & longues à peu près comme celles du Noyer. En la faifon despluyes il porte des rieurs blan- ches , de bonne odeur , qui croifient par bouquets , & qui re- lèvent merveilleufémcnt la grâce naturelle de cet arbre. Ces fleurs font fuivies d'une petite graine noirâtre & polie. L'é- corce de fon tronc eft d'un gris blanc. Son bois eft au dedans de couleur de feuille morte, & quand le Rabot & le Polif- foiront paOTépardeflus , on y remarque pluficurs veines de différentes couleurs, qui font comme des ondes, quiluy don- • nent un éclat marbré, & un luftremerveilleus. Maisladou- ce odeur qu'il exhale lors qu'on le met en oeuvra , & qu'on lemanie.eft.ee qui le fait prifer d'avantage, & quiluy donne le beau nom qu'il porte: Quelques-uns ont même eftimé que cette douce feriteur , qui eft encore plus agréable que celle de laRofe,luy devoit donner le nom de bois de Cypre, & par effet ils le font paffer fous ce titre , en quelques-unes des Antilles. Cet arbre, croift dans toutes les lies de mêmefaf- fon , quant à la figure extérieure ; mais fon bois eft marbré dediverfes couleurs, félon la différence des terroirs , où il a pris fa nauTance.
ARTI
Chap. 7
des Iles Antilles,
7 y
ARTICLE IV.
Vu BoU D'Inde,
•
CEt Arbre prceieus & de bonne fenteur , fe trouve en fi grande abondance dans l'Ile de Sainte Croix, ôc en pla- neurs autres , qu'il y en a des forefts préfque toutes entières. 11 va du pair avec le BoisdeRofe, mais il croift beaucoup plus çros & plus haut lors qu'il rencontre une bonne terre. Son tronc prend de profondes racines , & s'élève fort droit. Son écorce eft déliée , douce & unie par tout , fa couleur eft d'un gris vif & argenté', & en quelques endroits elle tire fur le jaune , ce qui fait remarquer cet Arbre entre tous les au- tres. 11 fleurit une fois l'an , au tems des pluyes,& pour lors* il renouvelle une partie de fon feuillage. Son bois eft tres- folide, & pefànt au pofliblc, d'où vient qu'il foutTre d'eftre poly, & que quelques fauvages en font leurs maffues. Apres qu'on a levé un aubel vermeil,qui eft fous l' écorce: on apper- coit le cœur de l'arbre qui eft extremément dur, & d'une cou- leur violette, laquelle le fait beaucoup eftimer des curieus.
La bonne odeur de cet Arbre refide particulièrement en fes feuilles. Elles font de pareille figure que celles du Goyavier , & quand on les manie elles parfument les mains d'une fenteur plus douce , que celle du Laurier. Elles don- nent à la viande & aus fauces un goût fi relevé, qu'on rattri- bueroit plutôt à une compofition de plufieurs fortes dépice- ries qu'à unefimple feuille. On s'en fert aufti dans les bains, que les Médecins ordonnent pour fortifier les nerfs foulez, & pour défleicher l'enflure 5 qui refte aus jambes de cens, qui ont efté travaillez de fièvres malignes.
Histoire Naturelle,
ARTICLE V.
De plujïeurs Bois Rouges qui font propres h bâtir t ejr des Bois de fer.
OUtxe l'Acajou, dont nous avons parlé au commence- ment de ce Chapitre, il y a encore en ces Iles plufieurs beaus arbres , qui ont le bois rouge , folide , & pefant, qui re- fifte aus vers, de à la pourriture, ils font tous tres-propres à bâtir des maifons , & a faire de beaus ouvrages de Me- nu y ferie.
Mais on fait particulièrement état, du Boisdefer, qui porte ce nom, à caufe qu'il furpaffe en folidité, pefanteur, iSc dureté, tous çeus que nous avons d'écrits jufques à prefent. Cet Arbre qui doit eftre mis entre les plus hauts, & les mieuspro- portionez des Antilles, eft revêtu de beaucoup débranches. 11 porte de petites feuilles, qui aboutiflent en pointe, & font divifées prés de la queue. Il fleurit deus fois l'année, afîavoir aus mois de Mars & de Septembre. Ses fleurs , qui font de couleur de violette, font fuivies d'un petit fruit, delagrof- feur d'une Cerize qui devient noir étant meur,& eft fort re- cerché des Oifèaus. L'écorce du tronc eft brune. Le Bois eft d'un rouge bien vif, lors qu'il eft nouvellement coupé- mais il fe ternit étant mis à l'air, & perd beaucoup de fon lu- ftre. Le coeur de l'Arbre eft d'un rouge fort obfcur,commc leboisdeBrefil, & d'une telle dureté, que l'on doit avoir des coignées bien trenchantes , &qui foyent à l'épreuve pour le pouvoir abbatre : Mais fon bois étant beau, folide, facile à polir , & plus incorruptible que le Cèdre & le Cyprès , il rc- compenfe abondamment par toutes ces bonnes qualitez, la péne qu'il donne, avant qu'on s'enpuifle fervir.
Il y a encore un autre Arbre qui porte le même nom de Bois de fer , mais iln'eftpas comparable au précèdent, line porte que de petites feuilles, &quand il fleurit il eft chargéd'u- ne infinité de Bouquets , qui félevent fur toutes fes branches, comme autant de pannaches, qui les parent fort avantageufe- ment, 11 eft d'une belle hauteur $ & ilal'aubel jauné ou blanc,
félon
* . I
Châp.7
des Iles Antilles.1
1*
félon les lieus ou ilcroift. Tout le bois de cet arbre, hors- mis le cœur qui eft fort petit , fort dur , & tirant fur le noir, eft fujet aus vers, ce qui fait qu'on ne le met pas volontiers en oeuvre, fi ce n'eft à faute d'autre.
ENtre les Arbre qui croifîentaus Antilles il y en aplufieurs qui fervent à la Teinture. Les plus eftimez , & les plus connus , font , le Bois de Brefil , le Bois Jaune -, l' Ebéne verte, ôc le Roucou.
Bois de Brefil , eft ainfi nommé , A caufe que le premier quiaefté veûen Europe, avoit efté apporté de la Province du Brefil, ou ilcroift en plus grande abondance , qu'en aucun autre endroit de l'Amérique. Cet arbre eft rare aus Antilles, & on n'en trouve qu'en celles , qui font le plus heriflees de rochers fecs & arides. Son tronc n'eft pas droit comme ce- luy des autres arbres ; mais ilefttortu, raboteus , & plein de nœuds à peu prez comme l'Epine blanche. Lors qu'il eft chargé de fleurs il exhale une douce fenteur, qui fortifie le Cerveau. Son bois eft recherché des Tourneurs; mais fon principal ufage, eft en la Teinture.
L'Ile deSaïnte Croix , eft renommée parmy toutes les au- tres , pour avoir une infinité d'Arbres rares & precieus. On fait particulierément état d'un qui s'élève fort haut & dont le bois qui eft parfaitement jaune , fert à la Teinture. Lors que les Anglois tenoient cette Ile, ils en envoyoient beau- coup en leur pais. On le nomme Bois Imne; à caufe de fa couleur. V
Uébene Verte, eft ordinairement employée à faire plufieurs excellens ouvrages de Mcnuyferie , parce qu'elle prend aifé- ment la couleur , & le iuftre de la vraye Ebéne : mais fou meilleur ufage eft en la Teinture, laquelle elle rend d'un beau vert naiffant. L'arbre qui porte ce bois, eft fort touffu, à caufe que fa racine pouffe une grande quantité de remettons,
. A K T I C L E
VI.
De plujieurs Arbres dont le Bois eft propre h k Teinture.
K
-qui
fjp Histoirb Naturelle, Chap.?
qui l'empefchent de croiftrc fi haut & fi gros qu'il feroit , fi fa force e'toit ramafiee en unfeul tronc. Ses feuilles font po- lies , & d'un beau vert. Sous l'écorce il a environ deus pou- ces d'aubel blanc , & le refte du bois jufques au cœur, eft d'un vert fi obfcnr , qu'il approche du noir 5 mais quand on le po- lit, on découvre certaines veines jaunes, qui le font paroiftre marbre'.
ARTICLE VIL
Vu Roucopf.
C'Eft le même Arbre que lesBrafiliens nomment Vtucu : line croift pas plus haut qu'un petit Oranger. Ses feuil- les qui font pointues par l'un des bouts, ont la figure d'un
Chap.7 t>ES Iles Antilles. 75
coeur. Il poi'te des fleurs blanches méfiées d'incarnat 5 Elles font compofées de cinq-feuilles qui ont la forme d'une Etoile, 6c la largeur dune Rofe. Elles crouîent par bouquets ans extremitez des branches. Ces fleurs font fumes de peti- tes filiques , qui referrent plufieurs grains de la groffeur d'un petit pois , qui étans parvenus à maturité font couverts d'un vermillon le plus vif, & le plus éclatant qu'on s'auroit defirer; Cette riche Teinturcquieft enfermée en cette écof- fe, eft fi mollette , & fi gluante, qu'elle s'attache ans doigts
auffi-tôt qu'on', la toucluv
Pour avoir cette precieufe couleur , on s'ecoué dans un vauTeau de terre les grains fur lefquels elle eft attachée, on verfe deiTus de leau tiède , dans laquelle on les lave jufques à ce qu'ils ayent quitté leur vermillon. Et puis quand on à laif- férepofer cette eau, on fait feicher à l'ombre le marc , ou la lie épaifîe qui fe trouve au fonds du vaifleau , & l'on en forme des Tablettes ou de petites boules , qui font fort efti- niées des Peintres , & des Teinturiers, lors quelles font pu- res , & fans aucun mélange , comme font celles que nous ve« îions de décrire.
Le bois de cet Arbre, febrife facilement; il eft tres-pro« pre pour entretenir le feu, ôc s'il eft entierément éteint & qu'on en frotte quelque tems deus pièces l'une contre l'au- tre , elles jettent des étincelles comme feroit un fufil , qui al- lument le Cotton , ou toute autre matière fufceptible de feu, que Ton à mife auprez pour les recevoir. Son écorcefert à faire des cordes qui font de durée. Sa racine donne un bon goût aus viandes , de quand on en met dans les fauces , elle leur communique la couleur, & l'odeur du Safran.
Les Caraibes ont de ces Arbres en tous leurs Jardins, ils les entretiennent foigneufement & les prifent beaucoup ^ à eau» fe qu'ils en tirent ce beau vermillon dont ils fe rougiïïent le corps. Ils s'en fervent aufli à peindre , & à donner du luftre aus plus. belles vaiOelies de leur petit ménage.
On pourroit aufli mettre au rang des Arbres qui font pro- pres à la Teinture, la plupart de eeusqui diftilent des gom- mes : car ceus qui ont efté curie us d'en faire l5 eifay , ont re«
K a mar«
76 Histoire Naturelle, Chap S
marque, qu'eftant meflées dans la Teinture, elles relèvent les couleurs les plus fombres & les moins claires , par un cer- tain éclat, & un fort beau Iuftrc, qu'elles leur donnent.
CHAPITRE HUITIEME.
'Des Arbres quijônt utiles à la médecine ; Et de quelques autres dont les Habitans des .Antilles peuvent tirer de grands a vont Ages.
TpV Ieu ayant ordonné à tous les Peuples les bornes de I lleur habitation, n'a laifîe aucune contrée dépourveuë de moyens necelîaires pour y faire fubfifter commodé- ment les hommes qu'il y a placez $ <5c pour étaler devant leurs yeus les richelfes infinies de Ton adorable Providence, il a donné à la terre la vertu de produire , non feulement les vi- vres qui font neceiîaires pour leur nourriture ; mais encore divers antidotes , pour les munir contre les infkmitez , dont ils peuvent être acuëillis , & plufieurs remèdes fouverains pour les en délivrer lors qu'ils y font tombez. Pour ne rien dire des autres endroits du monde, les Antilles poiTedent fans contredit tous ces rares avantages en un degré fort confldc- rabie : Car elles ne fourniûent pas finalement à leurs Ha- bitans une agréable .variété de fruits , déracines , d'herbages, de légumes, de gibier, de poiiTons, & d'autres délices pour couvrir leurs tables; mais elles leur prefentent encore un grand nombre d'excellens remèdes pour les guérir de leurs maladies. C'eft ce que le'Lefteur judicicus pourra facilement remarquer en lafuittedecette Hiftoire Naturelle, & particu- lièrement en ce Chapitre ou nous décrirons les Arbres qui font d'un gra.ndufage ealaMedeciné.
ARTI
Ghap. S
des Iles Antilles,
77.
ARTICLE L
Du Cafiier oh Canificier.
CEt Arbre croift de la grofTeur , & preTquc de la même fi- gure qu'un Pefcher, Tes feuilles font longuettes & e'troi- tes: Elles tombent une fois l'an pendant les fe'cherefîès , & quand la faifon des pluyes retourne, il en pouffe de nouvelles.
Elles font précédées de plufièurs beaus bouquets de rieurs jaunes , auqr.elles fuccedent de longs tuyaus , ou de longues filiques,qui viennent de la grolîeurd'unpoulce, ou environ, & foni quelquefois d'un pied <3t demy , ou de deus pieds de long. Elles contiennent au dedans , comme en autant de pe- tites celiules, cette drogue Medecinale fi connue des Apoti-
K s caires3
7& Hiitoihe Naturelle, Chap.g
caires , que l'on appelle Cajfe. Nos François nomment l'Ar- bre Cajsier, ou Canificier , & les Caraïbes dtali Mali. Tandis que le fruit groffit & s'allonge , il eft toujours vert , mais quand il a pris fa confiftance, il devient en meuriûant,brun, ou violet, & demeure ainfi fufpenduà Tes branches.
Quand ce fruit eft meur & fec, & que les Arbres qui le portent font agitez de grands vens , on entend de fort loin le bruit qui eft excité par la collifion de ces dures ôc longues filiques les unes contre les autres. Cela donne l'épouvante au s Oifeaus , qui n'en ofent approcher 5 <5c pour les hommes quinefavent pas lacaufede ce fon confus, s'ils ne voyent les Arbres mêmes émeus , & choquans leurs branches & leurs fruits , ils s'imaginent qu'ils ne font pas loin du bord de la mer, de laquelle ils croyent entendre l'agitation: ou bien ils fe perfuadent que c'eft le Chamâillis de plufieurs foldats, quifont aus mains. C'eft la remarque de tous ccusquiont vifité le fein , ou comme on le nomme ordinairement le Cul-de-fac , de l'Ile de Saint Dominguc , où l'on voit des plai- nes entières , & de fort longue étendue , qui ne font couver- tes d'aucuns autres Arbres. C'eft auffi de-là, félon toute ap- parence , qu'on a apporté la femence de ccus qui croulent aus Antilles. Au refte ces bâtons de CalTe , qui viennent de l'Amérique , font plus pleins & plus pefants, que ceus qu'on apporte du Levant, & la drogue qui eft dedans, a tous les mêmes effets.
Les rieurs du Cailler étant confîtes en fucre , purgent be- nignement, non feulement le ventre, mais aufîi la vreifie. Les bâtons du Cailler lors qu'ils font confits verts, ont aulli la même propriété. Mais la poulpe étant extraite du fruit meur, fait une opération plus prompte, & beaucoup plus louable. Plufieurs des Habitans du Païs fe trouvent bien d'en ufer chaque mois , un peu avant le repas : & ils ont remarqué que ce dous Médicament leur conferve mervcil- leufement leur bonne conftitution.
AR.TI-
Chap. 8
des Iles Antilles.
79
ARTICLE IL
Des Noti de Médecine,
L£s Nois de Médecine qui font fi communes en toutes ces Iles, croiffent fur un petit Arbre d'ont on fait le plus fou- vent les feparations des Jardins & des habitations. S'y l'on n'cmpefche fa jufte croiffance , il monte à la hauteur d'un fi- guier ordinaire, duquel il aaufii la figure, fon bois eftfort tendre & moélleus, il produit plufieurs branches qui ram- pent eonfufément à l'entour du tronc. Elles font chargeas de feuilles aiTes longues, vertes & mollaffes , qui font rondes par le bas , & fe terminent en trois pointes.
Le bois & les feuilles de cet Arbre, diftilent un fuc laiteus, qui tache le linge ; Même il n'y à pas de plaifir de s'en appro- cher
ià Histoire Naturelle, Chap.S
cher en tems de pluie parce que les gouttes d'eau qui tom- bent de defllis fes feuilles ont un tout pareil effet que le fuc. Il porte pluficurs fleurs jaunes compoféesde cinq feuilles, qui ont la figure d'une étoile quand elles font épanoiiyes les fleurs venant à tomber quelques unes font fuivies de petites nois, qui font vertes au commencement, puis elles devien- nent jaunes , & enfin noires , & un peu ouvertes lors qu'elles font meures 5 Chaque Nois , referre trois ou quatre noyaus en autant dediftin&es cellules, qui ont l'écorce noirâtre de la grofleur & de la figure d'une r éve. L'exerce étant levée , on trouve dans chacun un pignon blanc , d'une fubftance huileufe qui eft enveloppé & my-party d'une déliée pelli- cule. Ces pignons ont un goût aûez agréable, qui eft appro- chant de celuy des Noifettes : Mais s'y l'on n'obferve quel- que règle en les mangeant , ils excitent un étrange devoyé- ment par haut & par bas, particulièrement s'y on avalle la petite peau qui les enveloppe, & celle qui lesfeparepar la moytie. Pour tempérer leur force, & pour en uferavecun heureus fuccés,.on les purge de ces peaus, & on les fait paf- fer légèrement fur les charbons, puis étant battus , on en prent quatre ou cinq , qu'on méfie dans un peu de vin , pour leur fervirde véhicule & de correctif.
Lesrameaus de cet Arbre étant couppés & mis en terre prenent facilement racine. Les Portugais tirent de l'huile des pignons, qui eft eftimée en la ménagerie, & qui peut auûi avoir fon Heu en la Médecine.
ARTICLE III.
Vu Bols de Candie.
L'Arbre qui porte cette efpecc de Canelle qui eft fi com- muncentoutes les lies, peut tenir place entre ccusqui fervent à laMcdccine,puifquefon écorce aromatique eft re- cherchée de tous cens qui font travaillez d'affections froides, & employée pour décharger l'eftomacdcs humeurs gluantes 6c pituiteufes qui roppreftent. La bonne odeur, & la verdu- re perpétuelle de ce bel Arbre, ontperfuadé a quelques uns
que
Chap.S des Iles Antilles, 8 1
que c'étoitune forte de Laurier ; Mais il croift beaucoup plus haut , fon tronc e£l aiuTi plus gros , fes branches font plus étendues & fes feuilles qui ne font pas du tout 11 longues, font de beaucoup plus douces , & d'un Vert plus gay. Son écorce qui eft cachée fous une peau cendrée eft plus epaiffc, & d'une couleur plus blanche que la Canelle qui vient du le- vant^. Elle eft auffi d'un goût plus acre & plus niordicant- Mais étant féchée à l'onibre,elle donne une faveur tresagrea- ble aus viandes.
Les lies de Tabago , de la Barbade , & de Sainte Croix, font eftimées entre toutes les autres, pour avoir plu- fieurs bois que l'ufage a rendus recommcndables errla Mé- decine. Car on y trouve du Sandale, duGayac , & même du Safafras , qui font allez connus , fans qu'il foit befoind'cn faire des defcriptions particulières.
ARTICLE IV.
Du Cottonmen,
IL y a encore plufieurs autres Arbres aftez communs pat toutes les Antilles , dont les Habitans peuvent tirer de grandes commoditez. Le Cottonnier, que les Sauvages ap- pellent CMânoulou-Âkecha , doit tenir le premier rang, com- me étant le plus utile. 11 croift de la hauteur d'un Pefcher : Il a l'écorce brune , les feuilles petites , divifées en trois, il porte une fleur de la grandeur d'une Rofe , qui eftfoutenuë par le bas , fur trois petites feuilles vertes , & piquantes , qui l'enferrent. Cette fleur eft compofée de cinq feuilles, qui font d'un jaune doré, elles ont en leur fonds de petites lignes de couleur de pourpre , & un bouton jaune , qui eft entoure de petis fi lame ns de même couleur. Les fleurs font fuivies d'un fruit défigure ovale , qui eft de lagrolîeur d'une petite nois avec fa coque. Quand ii eft parvenu à fa maturité , il eft tout noir par dehors , & il s entrouve en trois endroits , qui font voir la blancheur du Cotton qu'il referre fous cette rude couverture. On trouve dans chaque fruit , fét petites fèves, qui fout la femence de l'Arbre.
82 Histoire Naturelle, Chip. S
11 y a une autre efpéce de Cottonnier, qui rampe fur la terre , comme la vigne deftituée d'appuis : c'eft celle-cy , qui produit le Cotton le plus fin 6c le plus eftimé. On fait de l'un & de l'autre des toiles , & plufieurs petites étoffes , qui font d'un grand ufage en la ménagerie.
ARTICLE V.
Vu Savonnier,
IL y a deus fortes d'Arbres dont les Infulaires fe fervent au lieu de Savon, l'un à cette qualité en fon fruit, qui croift par grappes, rond, jaunâtre, ôc de la groffeur d'une petite pru- ne , qui a aufll un noyau noir & dur qui fe peut polir. On le nomme communément Pomme de Savon. L'autre a cette vertu en fa racine , qui eft blanche & mollaffe. L'un & l'au- tre rendent l'eau blanche & écumeufe, comme feroit lcSavon même 5 Mais fi on ufoit du premier trop fouvent , il brule- roitle linge. L'on appelle ces Arbres Savonnier ,à caufede la propriété qu'ils ont de blanchir.
ARTICLE VI.
T>u Paretuvier.
C'Eft Arbre ne fe plait qu'aus marécages, & ans bords de la mer. 11 a la feuille verte, épaifle, icafiez longue. Ses branches qui fe recourbent contre terre, ne l'ont pas fi toft touchée, qu'elles prennent des racines, & pouflent un autre Arbre , qui entrelafle ordinairement fa tige & fes branches il prés à prés, & à tant de réplis , avec tout ce qu'il peut join- dre, que ces Arbres gagnent & occupent en peu de tems tout ce qu'ils trouvent de bonne terre , qui eft par ce moyen ren- due (i difficile à défricher , que l'on n'en peut attendre aucun profit. C'eft fous ces Arbres , que les Sangliers, & autres be- lles Sauvages tiennent leur fort. Ils fervent auifien quelques
licus
Châp.8 des Iles Antilles. 33
licus de rempart aus Habitans des Iles , qui font afiurez que perfonne ne les furprendra de ce cofté la. Ils font encore tresutilcs, en ce que n'y ayant point de Cnefne en ces lies, leur écorce eft propre à tanner les cuirs.
ARTICLE VIL
Vu Cdebafkr.
IL ne faut pas oublier le Calebafeer, qui fournit la plus gran- de partie des petits meubles du ménage des Indiens , & des Habitans étrangers qui font leur demeure en ces Iles. C'cft un Arbre, qui croift de la hauteur , de Ta grofFeur., & de la forme d'un gros Pommier. Ses branches font ordinairement fort touffues. Ses feuilles qui font longuettes , étroites , &
L 2 rondes
Histoire Naturelle,
Chap. 3
rondes par le bout , font attachées par bouquets aus bran- ches , & en quelques endroits du tronc. 11 porte des rieurs &• des fruits prefquetous les mois de l'année. Les fleurs font d'un gris méfié de vert, & chargé de petites taches noires, & quelquefois violettes. Elles font fuivies de certaines pom- mes, dont à peine en peut-on trouver deus, qui foient de pa- reille grolleur , & de même figure. Et comme un potier fait paroitre l'adrefTe de fa main , en faifant fur une même roue , & d'une même malle de terre des vaiffeaus , d'une for- me & d'une capacité différente: Ainfi la nature montre icy fon jnduftrie merveilleufe , en tirant d'un feul Arbre , des fruits divers en leur forme , & en leur grolfeur , encore qu'ils foient tous attachez à un même Arbre , & produits d'une même fubftançe.
Ces
Chap. S des Iles Antilles. 8 5
Ces fruits ont cccy de commun , qu'ils ont tous une écOrce dure , ligneufe , d'une épaifleur & d'une folidité requife pour s'en pouvoir fervir au lieu de bouteilles , de badins , décou- pes, de plats, décuelles, &dc tous les autres petis vaifteaus, qui font neceflaires au ménage. Ils font remplis d'une cer- taine poulpe , laquelle étant bien bien meure devient violet- te, de blanche qu'elle étoit auparavant. On trouve parmy cette fubftance , certains petis grains plats , & durs qui font la femence de l'Arbre. Les Chafleurs des lies, fe fervent de ce fruit pour étancher leur foif au befoin , & ils difent qu'il a le goût de vin cuit: mais qu'il referre un peu trop le ventre. Les Indiens polifient l'écorce , & remaillent fi agréablement avec du Roucou , de l'Indigo ,& plufîeurs autres belles cou- leurs, que les plus délicats peuvent manger & boire fans de- goût, dans les vaiiTelles qu'ils en forment. Il y a autîi des Curieus, qui ne les eftiment pas indignes, de tenir place entre les raretez de leurs cabinets.
Al T I C L E VIIL
Du CMahot.
IL y a dëus fortes d' Abres qu'on appelle CMahot, afiavoir lé Mahot franc, & le Mahot à herbe. Le premier eft le plus re- cherché, parce qu'il eft plus fort. H nedevient pas fort grand, , maïs il produit plufîeurs branches qui rampent contre terre. L'écorce en eft fort epaifle, & fort aifée à lever de defius l'Ar- bre. On en fait de longues éguiliettes, qui font plus fortes que les cordes de Teil , d'ont on fe fert en plufîeurs endroits. On les employé ordinairement à monter les rouleaus du Ta- bac, & à attacher plufîeurs chofes qui font neceflaires au mé- nage. Pour ce qui eft du Mahot d'herbe , on s'en fert au dé- faut du premier j mais il pourrit facilement, ôc n'égale en rien l'autre pour la force.
Enfin il y a dans ces Iles plufîeurs autres Arbres, qui ne fe voyent point en l'Europe , dont les uns recréent feulement la veue , tels que font , celuy qu'on appelle Mappou , ôc plu-
L 3 fiems
Histoire Naturelle, Chap.8 fieurs fortes de Bois Epineus : Et les autres contentent l'odo- rat par leur bonne fenteur : ou même ont des qualitez ve- nimeufes, comme l'^4rbrelaitei*s\ celuy dont la racine e'tant broye'e , & jette'e dans les rivières enyure les Poiiïbns : le Mancemlier , lequel nous décrirons en ion lieu, & une in- finité d'autres, qui ont tous le bois blanc, mol, &de nul ùfage, & qui n'ont encore point de nom parmy nos Fran- çois, i
Avant que de palfer outre , nous mettrons icy la figure du Papayer Franc^ dont nous avons fait la defeription en l'Article troiûe'medufixiéme Chapitre, page 50.
Nous inférerons aufll en ce lieu la figure d'un c branche de Cacao, duquel nous avons parle en l'Article feiziéme du même Chapitre, page 66.
CH A-
Chap.9 des Iles Antilles, 87
Y
CHAPITRE NE U Vï EM E.
Des jfrbriffeaus du Tais , qui portent des fruits , ou qui pouf fent des racines , qui font propres à la nourriture des Habit ans, ou qui ferment à d'autres ufages.
Dieu ayant fait de la terre un feul Elément, la feparée en diverfes Contrées , à chacune defquelles il a donné quelque avantage & quelque commodité, qui ne fe trouve point aus autres , afin que dans cette agréable variété, fa Providence le puuTe tant plus diftindément reconnaître. Mais il faut avouer , qu'en la diftribution que cette Divine Sageife a fait de fes biens , les Antilles ont efté fort richement partagées : Car pour nous arrêter feulement à la matière que
nous
8£ Histoire Naturelle, Chap. 9
nous traittons , non feulement les grands Arbres , que nous avons de'crits aus Chapitres prccedens , contribuent au loge'- ment , à la nourriture , au vétemens , à la confervation de la fanté , & à plusieurs] autres dous accommode'mens des hom- mes qui y habitent , mais il ycroift encore plufieurs Arbrif- feaus qui pouffent des racines, ou qui portent des fruits qui fervent aus mêmes ufages , comme il fe pourra remarquer parlale&uredejce Chapitre.
ARTICLE I.
Vu Manyoc,
LEs Habitans des Iles , fc fervent au lieu de blé de la ra- cine d'un Arbriffeau, qui fe nomme Mmyocy& que les
Toupinambous appellent Mtnyot, & d'autres Mandioque, de
laqucl-
Chap.9 des Iles Antilles. 89
laquelle on fait un pain aflez délicat, que l'on appelle Cajfave. Cette racine eft fi féconde qu'un arpent de terre qui en fera planté, nourrira plus deperfonnes que n'en pourroient faire fixqui feroient enfemencez du meilleur froment. Elle jette un bois tortu de la hauteur de cinq à fix pieds , qui efTtres- facile à rompre & remply de petis nœuds. Sa feuille eft étroi- te & longuette. Au bout de neuf mois la racine eft en fa ma- turité'. On dit même qu'au Brefil il ne luy faut que trois ou quatre mois pour croiftre grotte comme la cuifle. Si la terre n eft point trop humide , la racine s'y peut conferver trois ans fansfe corrompre: fi bien qu'il ne faut point de grenier pour la ferrer, car on la tire de la terre à mefure qu'on en a befoin.
Pour faire venir cette racine, il faut prendre de ce bois, & le couper par bâtons de la longueur d'un pie ou environ. Puis faire des fones dans le jardin avec une houe , de fourrer trois de ces bâtons en triangle dans la terre que l'on à tirée de ces fofles , & dont on a fait un petit monceau relevé. On appelle cela planter a Ufoffe. Mais il y a une autre forte de planter le Manioc, que l'on nomme planter au Piquet , qui eft plus pronte & plus ayfée , mais qui ne produit pas de Manioc fi beau , ni fi eftimé. Cela ne confifte qu'à faire un trou en terre avec un piquet & à y planter tout droit le bois de Ma- nioc. Mais il faut prendre garde en le plantant , de ne pas mettre les nœuds en bas, parce que les bâtons ne pouffe - roient point. Les Indiens n'y font point d'autre fafton : mais pour l'avoir en faifon, ils obfervent le decours de la Lune, & que la terre foit un peu hume&ée.
11 y a plufieurs fortes de ces Arbrifleaus, qui ne font diffe- rens qu'en la couleur de l'écorce de leur bois , & de leur ra- cine. Ceus qui ont l'écorce, grife, ou blanche , ou verte, font un pain de bon goût , & ils croulent en peu de teins : mais les racines qu ils produifent ne font pas de fi bonne gar- de , & elles ne foifonnent point tant que celles du Manyoc rouge ou violet , qui eft le plus commun , le plus eftimé , & le plus profitable en la ménagerie.
Le fuc de cette racine eft froid comme la ciguë 5 & c'eft un poifon fi puilfant, que les pauvres Indiens des grandes Iles,
M étant
90 Histoire Naturelle, Chap.ç
étant pcrfécutez à feu & à fang par les Efpagnols , & voulant éviter une mort plus cruelle , le fervoient de ce venin pour fe faire mourir eus mêmes. On voit encore aujourduy en nie de Saint Domingue, un lieu nomme' la Caverne des In- diens , où le trouvent les oflemens de plus de quatre cens perfonnes , qui s'y donnèrent la mort avec ce poifon , pour échaper des mains des Efpagnols. Mais au bout de vintqua- tre heures que ce fuc fi venimeus pour toutes fortes d'ani- maus, eft tiré de fa racine , il perd fa qualité maligne & dangereufe.
ARTICLE IL
Du Ricintts ou Palma chrifii.
IL y a dans les Antilles une infinité de ces Arbrifieaus que l'on nomme Palma chrifti, ou Ricinus. Et ils croiftcnifi hauts , & fi gros en quelques lieus , qu'on les prendroit pour une efpece différente de -ceus que l'on voit en Europe* Les Nègres en amaffent la graine & en expriment l'huile, de la- quelle ils fe fervent pour frotter leurs cheveus , & fegarenur de la vermine. Les qualités que luy donnent Galicn & Dios- coride, répondent bien à Tulage qu'en tirent ces Barbares. La feuille de cet ArbrilTeau eft anfïi fouveraine,pour la guéri- - fon de quelques ulcères, parce qu'elle eft fort attraftive.
ARTICLE II L
Des Bananiers , & Figuiers.
IL croift en toutes ces Iles deus fortes d'Arbrifleaus,ou plu- tôt de grosRofeaus fpongieus au dcdans,qui viennent vo- lontiers en terre grafle, près des ruifteaus, ou dans les vallées, qui font à l'abry des vens. On les nomme ordinairement Bananiers , ou planes & Figuiers , ou Pommiers de Paradis. Ces deus efpeces d'Arbrifleaiis ont cecy de commun entre eus, i . Qu'ils croiflent de pareille hauteur ; aflavoir de douze ou de quinze pieds hors de terre ; 2 . Que leurs tiges qui font
vertes.
Chap.? des Iles Antilles.
91
vcttes.luifantes, fpongicufes & remplis de beancoagd eau, fortent d'un gros oignon en forme d'une poire , qm eft mnny de planeurs petites racines b!anches,quilelient avec la terre : 3 Qu'ils pouffent proche leur pié des rejetions , qui ptodut- fentdes fruits au bout de l'an : 4-Que quand on a coupe une des tiges pour avoir le fruit , la plus avancée fuccede en la place?* ainfi l' Arbriffeau fc perpétue , & fe multiplie, telle- ment qu'il occupe avec le temps , tout autant de bonne teire en rencontre : 5. Que la fubftance de l'un Se de 1 autre eft mollaffe, qui fe refout en eau, laquelle étant cla,« au pof- fible, a ncantmoins la qualité de teindre le linge, & les etoftes blanches en couleur brune. 6. Que leursfruitsfontau fom- met de chaque tige , en forme de groffes grappes , ou de gros bouquets - 7. Et que leurs feuilles qui font grandes d enviroB unelulne & un quart , & larges de dixhuit pouces , peuvent
$2 Histoire Naturelle, Chap9
fervir de nappes & de ferviettcs , & étant féches tenir lieu de matelas ce de lit?, pour coucher mollement.
Ces deus ArbruTcaus font encore fcmblables en cecy , que de quelque fens que l'on coupe leur fruit lors qu'il eft en ma- turité, la chair qui eft blanche comme nége , reprefénte en fon milieu la figure d'un Crucifix ■ cela paroit particulière- ment quand on Je coupe par rouelles délicates. C'eft pour- quoy les Efpagnols croiroient faire un crime d'y mettre le couteau, & le Jcandalifent fort de le voir trancher autrement qu'avec les dèns.
M ais le Bananier a cecy de particulier : i. Son fruit eft long de douze àtréze pouces, un peu recourbé vers l'extrémité, gros à peu prés comme le bras . au lieu que ecluy du Figuier eft de la moitié plus petit, de la longueurde fixpouces. 2. Le Bananier, ne produit en fon bouquet que vinreinq ou trente Bananes pour le plus, qui ne font point trop ferrées les unes auprès des autres . Mais le Muter, a quelquefois jufqucsa cent ou fix vint figues , qui font tellement unies «5c preflees les unes contre les autres , qu'on a de la peine à les en déta- cher. 3 . Les Bananes ont la chair ferme 6c folide , propre à cftre cuite , ou fous la cendre , ou au pot avec la viande, ou confite, & féchée au four , ou au Soleil , pour eftrc gardée plus facilement. Maisla Figue, ayant une fubftance molla- ce , ne peut fervir à tous ces ufages.
Pour avoir ces fruits , on coupe par le pié les Arbres , qui ne portent qu'une feule fois en leur vie, & on foutienavec une fourche la grofie grappe, de peur qu'elle ne fe froifie en tombant. Mais on n'y met pas volontiers la ferpe, que quand on apperçoit qu'il y a quelques uns des fruits de chaque bou- quet , qui ont la peau jaune . Car c'eft un figne de maturité : & lors étant portez à la maifon ceus qui étoient encore verts mcurifTcnt fucceffivement , & l'on a chaque jour du fruit nouveau.
La Grappe , qui eft nommée Régime par nos François , eft ordinairement la charge d'un homme : & quclquesfois il la faut mettre fur un levier, & la porter à deus furies épaules, comme la grappe de raifin, que les Efpions rapportèrent de la terre de Canaan. Quelques uns , ont trouvé ce fruit fi beau
6c
Cîiap.p des îles Antilles. 93
& fi délicat , qu'ils fefont imaginez que cét celu y du Paradis tcrreftre, dont Dieuavoit défendu à Adam & a Eve de man- ger. Aufly ils le nomment Figuier D'Adam , ou Pommier de Taradis. La feuille de ces Rofeaus , fe trouvant de la gran- deur que nous avons dit , étoit du moins bien propre à cou- vrir la nudité de nos premiers parens. Et pour ce qui regarde la figure du Crucifix , que le fruit reprefente au dedans lors qu'il eft coupé, cela peut fournir une ample matière de pro- fondes fpeculations > à ceus qui fe plaifent à fpiritualifer les fecrets de la Nature.
Il y en a qui difent que la figure d'une Croix eft auiïi mar- quée dans la femence de l'herbe que l'on nomme Rue. La pe- tite Gentiane ou Cruciata , a les feuilles difpofées en forme de Croix fur fa tige : & il faut avouer , que la nature comme en fe jouant , s'eft plue à reprefenter de cette forte diverfes figu- res , dans les plantes & dans les fleurs. Ainfi il y en a qui fe rapportent à la forme des cheveus , d'autres à celle des yeus, des oreilles , du nez , du cœur , de la langue , des mains & de quelques autres parties du corps. Et ainfi il y a encore diver- fes plantes fameufes , qui femblent reprefenter plufieurs au- tres chofes, comme des Aigles, des Abeilles, des ferpcns, des pattes de chat , des creftes de coq , des oreilles d'Ours, des bois de cerf, des flèches , & femblables -7 dont par fois même à caufe de cette relïemblance , ces plantes-là portent le nom. Nous ne les fpecifions pas icy parce que tous les Livres en fon pleins.
ARTICLE IV.
T>u Bois de Cor al.
IL y a encore en plufieurs Iles, un petit Arbrifieau, qui por- te une graine rouge comme du Coral. Elle croift par bou- quets à l'extrémité defes branches, qui en reçoivent un grand îuftre. Mais ces petits grains ont une petite marque noire à l'un des bouts,qui les défigure, & leur fait perdre leur prix, fé- lon l'advis de quelques uns. Les autres difent tout au con-
M 3 ' traire»
94 Histoire Naturelle, Chap.i#
traire , c}uc cette bigarrure de couleurs , ne les rend que plus agréables. On s'en fert à faire des Braflelets.
ARTICLE . V.
"Du Iafrnin & du Bais de chandelle.
LEs Arbrifleaus , que nos François ont nomme Iafmin, & Bois de chandelle , doivent eftrc mis entre ceus qui font confiderables en ces lies. Car le premier porte une petite fleur blanche , qui parfume toute la circonférence de fa bon- ne odeur 5 <5c ceft ce qui luy a acquis le nom qu'il porte. Et quant à l'autre, il exhalé une fi agréable & fi douce fenteur lors qu'on brûle fon boisfec, il cft'aufli fi fufeeptibie de feu, & il rend une flamme fi claire, à caufe d'une certaine gomme aromatique d'ontileft Imbu, que c'eft avecraifon qu'il eft recerché des Habitans pour l'ufage & l'entretien de leurs feus, &pour leur tenir lieu de chandelle , & de flambeau pendant la nuit.
CHAPITRE DIXIEME.
Des Fiantes ? Héritages, <& Racines de la terre des Antilles
A Près avoir reprefcnte'dans les Chapitres precedens, les Arbres &les Arbrifleaus , dont la terre des An- tilles eft richement couverte : il nous faut mainte- nant entrer en la confideration, de plufieurs rares Plantes, Herbes , <5c Racines dont elle eft auiïi très- abondamment pourveuë.
A R T I-
Chap. ï©
des Iles Antilles.
9 5
ARTICLE I.
De trois fortes de Pyman.
LA Plante , que nos François appellent Pyman ou Poyure de l'Amerique,eft la même que les naturels du pais nom- ment t^éxi ou Carive. Elle croift touffue, comme un petit buiflbnfans épines. Sa tige eft couverte d'une peau cendrée,
elle porte plufieurs petis rameaus , qui font chargez d'une multitude de feuilles longuettes ; dentelées , & de couleurdr vertnaiffant. 11 y en ade trois fortes qui ne font en rien diffé- rentes, qu'en- la figure de Técolfe , ou du fruit qu'elles por- îent L'une ne produit qu'un petit boutton rouge, longuet comme un clou de Girofle, qui a- au dedans une ternenc*
dcliee
96 Histoiué Naturelle, Chap. io
déliée beaucoup plus chaude que les épiecs, qui viennent du Levant , & préfquecauftique, qui communique facilement cette qualité' picquante, à tout ce à quoy on l'employé.
L'autre Efpécc , a une écofte beaucoup plus grofic, & plus longue, qui devient parfaitement vermeille étant meure , ôc fi l'on s'en fert aus faulces, elle les jaunit comme feroit le Safran.
La Troiziéme a encore une écofte plus grofie , qui efl afics épaifle, rouge comme du plus vif Coral, <Sc qui n'eft pas éga- lement unie. La graine qui n'eft point fi acre , ni fi épicéc que celle des autres , eft fufpenduë au milieu. C'eft l'un des plus beaus fruits, que Ion s'auroit voir , lors qu'il eft meur. On en a apporté de la graine en France & ailleurs , qui eft venue en perfection. Mais le fruit ne vient pas du tout fi gros, qu'en l'Amérique. On fe fert de cette écofte, Ôcde la graine qui eft dedans , au lieu de poyure, parce que ce fruit donne un goût relevé qui approche de celuy de cette e'pice. Les effets neantmoins n'en font pas fi louables ; Car après qu'il à un peu piquéja langue , & enflammé le palais par fon acrimonie, au lieu de fortifier , & déchauffer la poitrine, il TafFoiblit, & y caufe des froideurs 5 Ou plutoft , félon le fen- timent des iMedecins , il ne l'échauffé que trop , 6c il l'affbi- blit par fa yertu cauftique, n'yeaufant de froideur que par accident, entant qu'il difiipe l'humide radical , qui eft le fiege de la chaleur. Cet pourquoy on remarque dans les lies, que ceus qui s'en fervent ordinairement en leur manger, font lujets à des maus d'eftomac, & à contracter une couleur jaune.
ARTICLE II.
Du Tabac.
T A plante de Tabac, ainfi appelléà caufe de l'Ile de Tabago, X— /où félon l'opinion de quelques uns, elle a efté première- ment découverte parles Efpagnols, eft auffi nommé 2VjVo- " tiane, du nom de Monfieur Tricot M edecin , qui la mit le pre- mier en ufage en l'Europe, <5c qui l'envoya de Portugal en
îrance.
■Chap. 10 des îles Antilles. 97
France. On la qualifie encore Herbe à la £e)>ne,$&vcc qii'cftant apportée de l'Amérique, elle fut prefentée à la licine d'Efpa- gne comme une plante rare, & de merveillcufe vertu. _Les Bfpagnols luy donnent de plus de nom d'Herbe Sainte , pour les excellons effets que l'expérience leur en a fait fentir,corn- me témoigne Garcilaffo, au 25 Chapit. du 2 Livre de fon commentaire Royal des Yncas du Pérou. Enfin on l'apcllc Petm , bien que]ean de Lery s'en mette fort en colère , fou- tenant que la plante qu'il a veuë au Brefii , & que les Taupi- nambous nomment Pettrn , en: tout à fait différente de noftrc Tabac. Les Caraïbes le nomment en leur langue naturelle TOuly. On ne connohToit autrefois dans les Iles d'autres Plantes de Tabac , que celles que les Habitans nomment or» dinairement Tabac vert , & Tabac h la langue } à caufe de la fi- gure de fa feuille : Mais dépuis qu'on y à apporté de la terre ferme , de la femence de celles qu'on appelle Tabac de Verine, & Tabac des Amazones, on les a auffi divifées en ces qua- tre fortes. Les deus premières font de plus grand rapport : Mais les deus autres font plus eftimées , à caufe de leur bon- ne odeur.
Toutes ces fortes de plantes de Tabac, croulent aus Iles de la hauteur d'un homme ôc d'avantage, lors qu'on n'empêche point leur croiffance, en coupant fe fommet de leurs tiges. Elles portent quantité de feuilles vertes longues, velues par deffous , & que l'on diroit eftre huilées lors qu'on les manie. Celles qui croiffent au bas de la plante, font plus larges & plus longues , comme tirant plus de nourriture de l'hu- meur de la racine. Elles pouffent au fommet de petits ra- meaus, qui portent une fleur en forme de petite clochette, laquelle eft d'un violet clair. Et quand cette fleur cft féchc, il fe forme un petit bouton en la place , dans lequel #ft con- tenue la femence , qui eft de couleur brune & extrêmement déliée.
Quelquefois on trouve fous les feuilles , & fous les bran- ches de cette Plante, des nids de ces petis oifeaus que Von ap- pelle Colibris , ôc que nous décrirons en leur lieu.
N
ART!-
9$ Histoire Naturelle, Chap. 10
ARTICLE Uh
, "Du V Indigo.
LA matière d'ont on fait cette Teinture violette qu'on appelle Indigo , fe tire d'une Plante , qui ne féleve hors de terre qu'un peu plus de dcus pieds 6c demy. Elle a la feuille petite, d'un vert nailTant qui tire fur le jaune quand
elle eft meure. Sa fleur eft irougeâtre. Elle vient qc graine , que l'on feme par filions en droite ligne. Son odeur eft fort désagréable, au contraire de cette efpecc d'Indigo que l'on trouve en Madagafcar, qui porte de petites fleurs d'un, pourpre me'flé de blanc, qui s'entent bon.
AKTU
des Iles Antulbs,
99
ARTICLE IV.
D# Gingembre»
ENtre toutes les Epiceries du levant, qu'on àeffayé de faire croiftre en l'Amérique, il ny en a aucune qui ait reufli que le Gingembre , qui y vient en abondance , & en fa perfedion. Ccft la racine d'une Plante, qui ne féieve pas
beaucoup hors de terre , qui a les feuilles vertes & longuet- tes, comme celles des rofeaus , & des cannes de lucre. Sa Racine fe répand non en profondeur mais en largeur, & enY couchée entre deus terres , comme une main qui a plusieurs doigts étendus aus environs. D'oii vient aufll qu'on l'ap- pelle Patte, entre les habitans des lies. Cette plante fe peut
N 2 ptg-
ioo Histoire Naturelle, Chap. io
provigner de femence, ou comme il fe pratique plus ordinai- rement de certaines petites racines , qui croiflent comme fi- lets, autourdela vieille tige & des plus grottes racines, tout ainfi qu'aus Chervis. Elle croift facilement en toutes les An- tilles & particulièrement à S Chriftofle. Auiîl depuis que le Tabac eft devenu à fi-vil prix, plufieurs Habitans de cette Hc, ont fait trafic ds Gingembre, avec un heureux fucce's.
ARTICLE V.
Des Pâtîtes.
LA Pttate, que quelques uns appellent Batate , eft une ra- cine qui eft prefque de la figure des Trufes des jardins, que
Ton nomme Toupinambous ou Artichaut d*lnde,mzis d'un goût beaucoup plus relevé, & d'une qualité beaucoup meilleure çour la fante'. Nous
Chap. io des Iles Antilles. ioi Nous prendrons icy occafion de dire en parlant par forme de digreffion , que ces Toupin&mbous qui font aujourduy non feulement fort commun en ces quartiers, mais fort vils & fofct méprifcz , & qui ne font guéres que la viande des pauvres gens , ont eux autrefois entre les plus rares délices. Car aus fuperbes ferlins , qui fe firent a Paris par les Princes , à quel- ques Ambafladeurs en l'an mil fix cens feize, on en ferviî comme d'un mets precieus & exquis. Retournons à nofue faute.
Elle croit en perfe&ion dans une terre légère , moyene- ment humide , & un peu l'abourée. Elle pouffe quantité de feuilles mollafles, d'un vert fort brun , qui ont une figure ap- prochante de celles des Epinars. Elles fortent de pluficurs pampres qui rampent fur terre, & qui remplirent inconti- nent au long & au large toute la Cii conférence 3 Et Ci la terre eft bien préparée , ces pampres forment en peu de tems diverfes racines , par le moyen de certains fibres ou filamens blanchâtres, qui fe poullent de deffous les noeuds , & qui s'in- finuent facilement en la terre. Elle porte une fleur de la cou- leur à peu-prés qu'eftla racine, & en forme de. clochette, au défaut de laquelle fe forme la graine. Mais ordinairement pour provigner ce fruit , on prend feulement de ces pampres qui /éparpillent par tout comme nous ayons dit , & on les couche dans une terre labourée , où au bout de deus ou trois mois ils ont produit leur racine : Laquelle a auffi cette vertu qu'étant coupée par rouelles & mife en terre , elle produit fa racine & fa feuille, comme fi elle avoit fafemence en chacune de fes moindres parties.
Ces Racines font de couleur différente, & dans un même champ on en tirera quelquefois de blanches, qui font les plus communes, de violettes, de rouges, comme les Bettes-raves,, de jaunes, & de marbrées. Elles font toutes d'un goût excel- lent. Car pourveu qu'elles ne foient point remplies d'eau, & qu'elles foient creiies en un terroir moyennement humi- de &fec, qui participe de l'un &. de l'autre , elles ont le goût des Châtaignes , & font d'une meilleure nourriture que la CalTaue,«quidefléchele corps 5 Car elles ne font pas fi arides, Auffi plufieurs Anglois fe fervent de ces. racines au lieu de
N l> pain
ï«Di Histoire Naturelle, Chap. io
pain & Je CafTaue, & les font cuire pour cet effet fous la cen- dre, ou fur les charbons. Car étant ainfi préparées , elles font de meilleur goût , & elles perdent cette qualité venteufe qu'ont la pluspart des racines. Mais pour l'ordinaire, on les fait cuire dans un grand pot de fer, au fond duquel on met tant foit peu d'eau : Puis on étouppe foigneufement avec un linge l'orifice & l'environdu couvercle, afin qu'elles cui- fentpar cette chaleur étouffée. Et c'eft là le mets plus ordi- naire des ferviteurs & Efclaves du Pais , qui les mangent ainfi fortantdu pot, avec une fauce compofée de Pyman, & de fuc d'Orange, que nos François appellent Pymantade.
Il faut avouer , que Ci cette racine n'étoit pas il com- mune , elle feroit beaucoup plus priféc. Les Efpagnols là mettent entre leurs délices, & ils Taprétent avec du beurre, dufucre, delamufcade, oudela Canelle. Les autres la re- duifent en bouillie , & y ajoutant force graine , & du poyurc ou du Gingembre , trouvent que c'eft un excellent manger. Mais la plûpart des Habitans des lies n'y font pas tant de façon : Quelques uns aufli cueillent la tendre extrémité des pampres, 6c après les avoir fait bouillir, ils les mangent en fa- lade, en forme d' Afperge, ou d'Houblon.
ARTICLE V L
De ï Ananas.
L%{_Atunas, eft tenu pour le fruit le plus delicieus, non feulement de ces Iles , mais de toute l'Amérique. Il eft aulïi fibeau & d'une odeur fi douce, qu'on diroit que la na- ture ait déploié en fa faveur , tout ce qu'elle referroit de plus rare, & de plus precieus en fes trefors.
11 croift fur une tige haute d'un bon pied , qui eft revêtue d'environ quinze ou léize feuilles, qui font de la longueur de celles des Cardes, de la largeur delà paume de la main, & de la figure de celles de l'Alocs. Elles font pointues par le bout, de même que celles du Glayeul , un peu cavées par le milieu , & armées des deus côtés de petites épines , qui font fort pointues.
Le
164- Histoire Naturelle, Chap ,îo
Le fruit qui croift entre ces feuilles , & qui cft élevé fut cette tige, eft quelquefois de la groffeurd'un Melon. Safor- me eft a peu prés femblable à une pomme de Pin. Son écor- ce, qui eft relevée de petits compartimens en forme décailles, d'un vert pâle , bordé d'incarnat , couchez fur un fonds jau- ne, cft chargée en dehors de plufieurs petites rieurs, qui fé- lonies divers afpe&s du Soleil, fe revêtent d'autantde diffé- rentes couleurs qu'on en remarque en Tare en Ciel. Ces fleurs tombent en partie, à mefureque le fruit meurit. Mais ce qui luy donne plus de luftre , & ce qui luy a acquis le titre de Roy entre les fruits, c'eft qu'il eft couronné d'un gros bouquet, tiffu de rieurs ôc de pluîicurs feuilles , lolides & den- telées, qui font d'un rouge vif & luifant, & qui luy donnent une mcrveilleufesrace.
La chair, ou la poulpe qui eft contenue fous l'écorce , eft un peufibreufe j mais elle fe refout toute en fue dans la bou- che. Elle a un goût fi relevé, & qui luy eft fi. particulier , que ceus qui l'ont voulu parfaitement décrire , ne pouvans le faire fous une feule comparaifon , ont emprunté tout ce qui fe trouve de plus délicat , en l'Auberge , en la fraife, au Muf- cat, & en la Rénette , & après avoir dit tout cela , ils ont efté contrains de confefler, qu'elle a encore un certain goût par- ticulier, quinefepeutpasaifément exprimer.
La vertu, ou le germe , par lequel ce fruit fe peut perpé- tuer, neconfifte pas en fa racine, ou en une petite graine rouffe, qui fe rencontre fouvent en fa poulpe : Mais en cet- te guirlande dont il eft couvert. Car fi-tôt qu'elle eft mife en terre, elle prend racine, elle pouffe des feuilles, & au bout de l'an elle produit un fruit nouveau. On voit fouvent de ces fruits, qui font chargez de trois de ces bouquets, qui ont tous la vertu de conferver leur efpcce. Mais chaque tige ne porte du fruit qu'une feule fois .
H y en a de trois ou quatre fortes , que les habitans des lies ont diftingués ou par la couleur , ou par la figure , ou par la faveur , affavoir l' Ananas blmc, le Pointu , & celuy qu'ils ap- pellent la Rénette. Ce dernier cft plus cftimé que les deus au- tres , à caufe que quand il cft bien meur. Il poffede pour le goût toutes ces rares qualités que nous avons dites • 11 a
Chap. io des Iles Antilles. 105
aufli une odeur plus agréable que les autres , & il agace moins les déns.
Les Indiens naturels du Païs , <$c nos François qui demeu- rent aus lies , compofcnt de ce fruit un tres-excellent bruva- ge, qui approche fort de la Malvoifie, quand il eft gardé quelque tems. On en fait auffi une confiture liquide, laquel- le eft l'une des plus belles, &des plus délicates, de toutes celles que l'on apporte des Indes. On coupe aufll l'écorce en deus, ôc on la confit à fec avec une partie des feuilles les plus déliées , puis après on là rejoint proprement félon l'art & on l'encroûte d'une glate fucrée, qui conferve parfaitement la figure du fruit & de fes feuilles, & qui fait voir en ces heurcu- fes contre'es , nonobftant les chaleurs de là zone torride , une 4ouce image des triftes productions de Thy ver.
On a mangé a fies long tems de ce fruit , fans remarquer les rares ufages qu'il a dans la Médecine 5 Mais à prefent l'ex- périence à fait connoiftre que fon fuc a une vertu admirable pour recréer les efprits , & relever le coeur abbatu , on l'em- ployé aufli heureufement pour fortifier l'cftomac , chaffer les dégoûts, & rétablir l'appétit. Il foulage auffi m erveilleufe- ment ceusqui font affligez de la gravelle, ou de fuppreflion d'Urine, & même il détruit la force du poifon. Au défaut de ce fruit, fa racine produit les mêmes effets. L'eau que l'on en tire par l'Alambic, fait une opération pluspromte& plus puiflante^ mais à caufe qu'elle eft trop corrofive , & qu'elle ofYenfe la bouche, le palais <5c les vaifTeaus uretaires , il en faut ufer en bien petite quantité , & par l'avis d'un favant Méde- cin, qui s'aura donner un corredif à cette acrimonie,
ARTICLE VII.
Des Cannes de Sucre,
X E Rofeau, qui par fon Suc delicieus fournit la matière JL/dont oncompofe le Sucre, porte les feuilles iemblables aus autres rofeau s, que l'on voit aus marais & au bord des étangs i mais elles font un peu plus longues , «5c un peu plus «enchantes. Car fi on ne les empoigne avec adrclle , elles
O cou-
io6 Histoire Naturelle, Chap. io
coupent les mains comme un rafoir. On le nomme Canne de' Sucre , & il croift de ta hauteur de cinq à fix pieds , & de !a groficur de deus pouces en circonférence. 11 eft divifé par pluficurs nœuds, qui font ordinairement éloignez de quatre ou cinq pouces les uns des autres. Et d'autant plus que cette diftance eft grande, d'autant plus aufti les Cannes font cfti- litées cftre plus propres à faire le Sucre.
Latigepoufte comme un buiflbn de longues feuilles vertes & touffues, du milieu defquelles féleve la canne , qui eft auf- fi chargée en fon fommet de plufieurs feuilles pointues, & d'un panache dans lequel fe forme la femenec. Elle eft en- tièrement remplie d'une moelle blanche & fucculantc , de laquelle on exprime cette douce liqueur , dont fe forme le Sucre.
Elle vient en perfection dans une terre grade, légère, <3c moyennement humide. On la plante en des (liions, qu'on fait en égale diftance avec la houe, ou avec la charrue, & qui font profons d'un demy pied. On y couche des Cannes qui font meures,on les couvre de terrc,& peu déteins après chaque nœud forme une racine, & poufle la feuille & la- tige, qui pro- duit une nouvelle Canne. Si toft qu'elle fort de terre , il faut cftre fort foigneuz de farder tout aus environs , afin que les méchantes Herbes ne la fufToquent : Mais dez qu'une fois elle a couvert la terre , elle fe conferve d'elle même comme un bois taillis , & elle peut durer cinquante ans fans eftre re- nouvelle^, pourveu que le fonds foit bon, & que le ver ne la corrompe , car en ce cas le meilleur eft d'arracher au plûtoft toute la plante, & de la faire toute nouvelle.
Encore que les Cannes foient meures au bout de neuf ou dix mois, elles fe conferverrt bonnes fur le pied deus ans , & quelquefois trois ans entiers, après quoy elles déperilîcnt, M ais le plus feu r& le meilleur eft', de les couper tous les ans* prez de terre, & au défaut du dernier nœud.
Lors que ces Cannes font en leur maturité & que l'on marche fur les chams, on trouve ce dons raffraichiftement , & on en fucc avec plaifirle jus qui eft excellent,ayant le même goût que le fucre. Mais fi l'on en prend trop , on fe met en danger d'un cours de ventre , & particulièrement les nou- veaux
Chap.ii des îles Antilles.' 107
•veaus venuz ; car ccus qui font naturalifez dans le pais n'y
font pas fi fujcts.
11 y a encore en quelques unes de ces Iles, de ces belles Se prccicufcs Cannes , qu'on porte à la main par ornement , & qui font naturellement marbrées & emaillees de diveries figures. Le bord des Etangs , & tous les endroits mareca- eeus font auffiponrvcus de gros Rofeaus fort hauts & fort droits , dont les Habitans font ordinairement les parois & les feparations de leurs maifons , & les lattes de leurs couvers. Les Indiens fe fervent auffidu fommer de ces rofeaus, pour faire la plupart de- leurs ftéches.
CHAPITRE UNZIEME.
S>e quelques autres rares productions de h terre des Antilles $ <? de flujieurs fortes de Légumes <ùr de Fleurs qui y croiffenL
NOus avons dëja reprefentë au Chapitre précèdent, plufîcurs Plantes, Herbages & Racines qui croiffent aus Antilles , & qui font confiderables en leurs feml- ks,en leurs fruits, & en leurs merveilleufes proprietez Mais d'autant que cette matière eft extrêmement féconde & a-reable , nous fournies perfuadez que le ledeur curieus au- ra pour agréable, de voir encore fous un titre particulier, un grand nombre de rares Productions de cette terre , qui font pour la plupart inconnues en l'Europe.
ARTICLE I.
Des Raquettes.
>-H E que nosïrancois appellent Raquettes , à caufe de la fi- V/gure de fes feuilles 5 Eft un gros buiflbn épmeus , qui rampe fur la terre, ne pouvant s'élever guère haut, parce que fa tkc, qui n'eu autre chofe qu'une feuille qui s'eft groffic par & 1 o 2 fuc-
loS Histoire Naturelle, Chap.n
fuccefïion de tems , ne monte qu'environ demy pied hors de terre. Et quoy qu'elle foit allez grofTe elle ne paroit point, & onnelapeutappercevoirqu'en foulevant les feuilles vertes, lourdes groffieres & épaiffes d'un pouce, qui l'entourent, & qui font attachées les unes aus autres. Elles font armées d'ai- guillons extrêmement perçans ôc déliez ; Et fur quelques unes de ces feuilles longues & heriiTées , ileroiftun fruit de la grofleur d'une Prune Datte, qui a auffi fur fa peau plufieurs menues eV déliées épines, qui percent vivement les doits de ccus qui le veulent cueillir. Quand il efc meur il eft rouge de- dans & dehors comme de vermilon. Les Chaflcurs des Iles le trouvent fort délicat & fort rafraichiffant. Mais il a cette propriété, qu'il teint l'urine en couleur defangaufTi toft après qu'on en a mangé, de forte que ceusquinefavent pascefe- cret, craignent de s'enre rompu une veine. Et il s'en eft trouvé qui aians apperçeu ce chargement, dont ils igno- roient la caufe, fe font mis au lit , & ont crëu eftre dajngereu- fement malades. On dit qu'il y a au Ferouune efpece de Pru- nes, qui produit le même effet. Et quelques uns aiïurent l'a- voir aufli remarqué, après avoir mangé de la gelée de gro- feilles rouges.
Ceus qui ont décrite Tmal , qu i eft fi prifé à caufe de la precieufe teinture décarlatte qu'il nourrit fur fes feuilles , le font tout pareil à la plante d'ont nous venons de parler, hors- mis qu'ils ne luy donnent point de fruit. Quelques autres l'ont mife au rang des Chardons qui portent des figues, à caufe que le fruit en a la figure , & que quand il eft ouvert au lieu de noyau , il n'a que des petits grains tout pareils à ceus de la figue.
^ 11 y en a encore d'une autre efpece,dont le fruit eft blanc,& d'un goût beaucoup plus dous , & plus favourcus que le rou- ge, dont nous venons de parler. Et même il s'en trouve une autre qui eft fans doute une efpece de Tunal, fùr laquelle on aveu des vermiiïèaus femblables en couleur à un rubis; qui teignent en tres-belle & tres-viyc écarlate le linge , ou le drap fur lequel on les écrafe.
ARTI-
Chap. 1 1
des Iles Antilies. ARTICLE II.
Du Cierge,
LE Cierge y qui eft ainfi nommé par nos François à caiife de fa forme, eft appelle par les Caraibes Akoulerau, C'en: auffi une efpeee de gros Chardon , qui croift comme un gros buiffon touffu, & heriffé de toutes parts dépînes extrême- ment pointues & déliées. Il pouffe en fon milieu neuf ou dix tiges fans branches ni feuilles ? qui font hautes de neuf à dix pieds , droites & canelées comme de gros Cierges. Elles font auffi munies de poignantes épines , comme d'aiguilles fines , & perçantes au pofïlble , qui ne permettent pas , qu'on le puifle toucher de quelque collé que ce foit. L'écorce & le dedans fontaffes molaOes & fpongieus. Chaque Cierge porte en une faifon de Tannée , entre les rayes canelées de fa tige» des fleurs jaunes ou violettes , aufquelles fuccede un fruit en forme de grofie figue , qui eft bon à manger , & affes délicat, Les oifeaus en font fort frians, mais ils ne les peuvent béque- ter qu'en volant, parce que les aiguillons qui le confervent de toutes parts , ne leur foufrrent pas de s'arrefter fur ce buiffon, ni fur fes tiges. Les Indiens en détachent le fruit, avec de pe- tites perches fendues par le bout.
ARTICLE II L
De plujieurs fortes de Lienes.
IL y a plufieurs efpécesde bois rampans par terre , & qui. s'attachent a us Arbres , & empefchent fou vent de courir facilement par les forets. Les Habitans des Iles les nomment Lienes. Les unes font en forme de gros Cable de Navire. Les autres portent des rieurs de diverfes couleurs. Et même il s'en voit qui font chargées de greffes Oliques tannées , lon- gues d'un bon pied , larges de