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Donneau de Vizé, Jean La devineresse
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1194-
Défc])4
V. 1.C v,x
^Ct cLeArlWvtS^Vt .
Wk.
BEVIMEMESSE
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M"^- J O B I N, ' COMÉDIE.
EN CINQ ACTESj Et en Prose.
i^.--
■■^^■.
^3 NOUVELLE ÉDITION,
A P A R I Si
Chez Prault , Imprimeur du Roi ^ Quai des Augultins ^ à l'ImmorLahcéo
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5ïJ.
M. D C C, L X X X I Y
-1 ^ 1 1^ Il it
AC T E VMS.
MADAME JOBIN, Deviaereffe.
DU CLOS, Aflbcié de Madame Jobin. ^
MO NSIEUR GOSSELIN, Frère de Madame Jobîiij
DAME FRANÇOISE, Vieille Servante de Mme. Jobin*
MATURINE, autre Servante de Mme. Jobin.
LA COMTESSE D'ASTRAGON, aimée du Marquis.
LE MARQUIS, Amant de la Comteffe , & aimé de Ma^ dame Noblet.
MADAMENOBLET.
MONSIEUR DE LA GIRAUDIERÉ.
LA MARQUISE, aimé du Chevalief^
LE CHEVALIER, Amant de la Marquife.
MADEMOISELLE DU BUISSdN , Suivante de îaComtcfnf^
MONSIEUR GILET , Bourgeois de Paris.
MADAME DES ROCHES.
MADAME DE CLE RI MON T.
MONSIEUR DETROUFIGNAC, Gentilhomme PerigQf^ din.
MAQ^BREf^ffiTnrft^aï^'IGNAC , fa femme.
^^ AUG0 61Q6?T)/If7,a,
^Jl^iJm Ssieiie^ efi' chey Madame JoSin,
VÏMEMES
COME'BIE.
p
• m iimi imtf >l«i III
ACTE FKEMIEM.
SCENE PREMIERE,
DU CLOS, MADAME JOBIN.
LD U C L O S. A chofe ne pouvoit tourner plus hcureufement , & î'efpere que nous mettrons enfin votre incrédule Mr. de la Giraudiere à la raifon. La précaution que voul eûtes hier , de faire dire que vous étiez allée en Ville , quand il vint vous demander pour favoir ce que font devenus fes. piftolets , m'a donné le tcms de les faire peindra , aufli- bicn que la table du Cabinet où ils doivent être trouvés. J'ai fait plus , j'ai attrapé le portrait de ce Mr. de Valcrcux qui a pris les piftolets, 2>t qui ne les a pris que parce qu'il cft perfuadé que l'autre ne manquera pas à vous venir de- mander raifon du prcteadu vol. Le bon eft qu'il croit avoir fait le coup û recréicment. que fi vous le devinés , ii voiis croira la plus grande Sorcière du monde, Ainfî vous vous allez mettre en crédit auprès de l'un Se de l'autre ; Se cela , grâce à mon adreile Se à ir.es foius , qui me donnent de bons efpions par-tout.
Me. J O B ! N. Hé! Mr. du Clos , vous c'y perdez pns. Je vous paye ■ bien , & dej^uis que J2 vous ai mis en part avec moi , vous, n'êtes plus fi...
À i
4 LA DEVINERESSE;
D U C L O S. Mon Dieu , ne parlons point de cela ! C'efl nffcz que nous nous trouvions bien l'un de l'autre, ik que le grand nombre de dupes qui vous viennent tous les jours ciabliffe votre ré-p^ptaiion de tous côtés.
Me. J O B I N. Il n'y a que ce diable de la Giraudi«re qui me décrie. Quoi que je lui aie dit des cliofes alTez particulières tou- çhnui le palTé, & que je lui aie prédit l'avenir le plus jufte que j'ai pu par rapport à fon humeur, il ne fe rend point. Si foutient toujours que je ne faî rien.
pu CLOS. C'efl un impertinent j car quoiqu'il ne fe trompe pas , îa vérité n'eft pas toujours bonne à dire. Si vous n'êtes pas Sorcière , vous avez l'eipdt de la paraître & c'eft plus que fi vous l'étiez eu effet.
Me. J O B I N. Maturine cft admirable pour faire tomber les gens dans le pancau. Elle affcfte un air innocent qui leur fait croire cent Contes qu'elle invente pour les duper.
DU CLOS. Je l'ai toujours dit, Maturine cft un tréfor. Mais je vous prie , comment va le mariage que la Dame jaloufe veut empêcher ? Les trois cens louis qu'elle vous promet fi fon Amant n'époufe point la Comteffe d'Aftragon, font-ils bien comptés ?
Me. J O B I N. Nous avons déjà a (Te z attrape de fon argent pour nous tenir allures du refte , fi le mariage ne fe fait pas. Les malheurs que j'en ai prédits à la Comt^fle, qui eft ma dupe depuis long-tcms , l'en ont déjà dégoûtée. Elle doit .revenir ici pour favoir l'effet d'un prétendu entretien que 'e dois avoir avec l'elprit familier que je lui ai dit qui m'inf- truit de tout; & ce qu'il y a d'avantageux, c'eft qu'elle me paye pour cela, comme la Dame jaloufe me paye pour un charme qui empêche fon Amant de fe marier.
D U C L O S. Eh ! vous n'êtes pas la feule qui preniez de l'argent des tîeux côtés. J'en fais qui n'en font aucun fcrupule, Se qui ne lailfent pas de fe dire gens de bien.
Me. J O B I N. Ne nous mêlons point des autres , ne fongeons qu'à nouSo Avez-vous ici ce que vous faites peindre pour l'affaire des Piftolets?
DU CLOS. La GirSudicre n'a qu'à venir. Tout efl prêt , comme je ^ous ai dit. '
M?. J O B I N. Allez* J'appcrçois ia Suivante de notre Comteffe.
COMEDIE. ^
S C E N E I L
Mlle. DU BUISSON, Mme. J O B I N.
QMe. J O B I N. U'y a-t-il , Mlle, du Builîbn ?
MHe. DUBUISSON. Ah! Mme. Jobin me voilà toute effouiïléc. Je fuis vite accourue chez vous par la petite porte de derrière , pouc vous dire que ma MaîrrciTe vient vous trouver.
Me. J O B I N. Que rien ne vous cmbarralTe. Je fuis préparée fur ce tfue j'ai à lui dire ; & crédule comme je la connois , elle fera bien hardie, fi elle fe marie après cela.
Mlle. DU BUISSON. Oui, mais vous ne favez pas que le Marquis qu'elle ne feroii pas fâchée d'époufer, vicntavec elle vêtu en Laquais. Comme elle l'aflure de confentir à le rendre heureux , s'il la peut convaincre que ce que vous débitez n'eft que trom- perie , il s'eft réfolu à ce deguifcment , i pour éprouver (i voire Diable pourra vous en découvrir quelque chofe. Te- Hfcz-vous'fur vos gardes là-deffiis.
Me. J O B I N. Je fuis ravis de favoir ce que vous m'apprenez. Fie7-vou5 â moi, rompons raffjîre, il y a cinquante piftoles pour vous. Mlle. DUBUISSON. Quand il n'y auroit rien à gagner pour moi , je crois fer- vîr m.) maîtrelfe en travaillant contre le Marquis. Il me femMfî qu'elle ne fera point heureufe avec lui.
Me. J O B I N. Eft-il de's maris qui pullfent rendre une femme heureu- fe \ Il ne fau' pas être plus grande Sorcière que moi pour dire une ^'é,rnè en prédifant des malheurs à ceux qui ont l'entêtement de fe marier.
Mlle- DUBUISSON. Il Ci trouve de bons m-iris ; il n'y a qu'à mettre le tems à les bien, chercher.
Me. J O B I N, C'cfl-à-dira que vous n'y renoncez pas.
Mlle. DU BUISSON. Eh/ je crois qu'un bon maricft quelque chofe de bon.
Ml^ J O B I N. Sans doute. Et notre Comtelî".] Elle ne fe délie point de noti;e commerce \
m\c. DU BUISSON. Le moyen ? Je lui ai toujours parié contre vous. Je lui fouriens tous lesi'v, rs. q'î'il n'y2 que le hafard qui vousfaffe quelqueif>is (M^e Ij vériré -'Ik qi-and pour me ccuvaincrc d'er- reur, eLe âa'.-Pi-'cfw ks cii'ofcs les plus particulières de fa
« lA devineresse;
vfe , qu'elle prétend que vous avez deviné > elle n'a garde de s'imaginer que c'eft par moi que vous le fa^ez. A propos, ■fallois oublier de vous avertir » qu'après vous avoir parlé préfeniement à vifagç découvert, elle doit venir ici tantôt mafquée. Je la dois accompagner, mafquée comme elle. JPe vous ferrerai la main , ou ferai quelque autre figne , afin que vous nous connoiffiez Ne manquez pas à lui prédire les mêmes malheurs.
Me. J O B I N. Je ferai la Sorcière comme H faudra. Qu'eft-ce, Maturineî
SCENE III.
MATURINE , Me. JOBIN, Mlle. DU BUISSON,
CM A T U R I N. 'Eft votre Comtcffc.
Mlle. DU BUISSON. Je me fauve par la petite porte dérobée, & vous rendrai compte de tout ce que j^aurai entendu dire à fon retour.
Me. JOBIN. Fais-là attendre ici , Maturine , 8c lui disque je me fuis enfermée pour quelque tems.
MATURINE, feule. Je fuis bien bête , mais il en eft encor tems de bien plus bête quemoi. Combien de médifances ont fait tous les jour^ du Diable ! On le fait fe mêler de mille affaires , oii il a bien tno4ns de pan que je n'y en ai.
SCENE IV.
LA COMTESSE, LE MARQUIS , vêtu en Laquais , te*. nant la queue de la ComteJTe^ MATURINE.
QL A COMTESSE. Uc fait Mme. Jobin ?
MATURINE. Oh / Madame , il faut que vous attendiez un peu , s'H vous plaît.
LA COMTESSE. Quelqu'un eft-il avec elle?
MATURINE. Non , mais elle s'eft renfermée là-haut dans fa chambre noire. Elle a pris fon grand Livre , s'eft fait apporter un verre plein d'eau, & je penfe que c'cft pour vous qu'elle travaille.
LA COMTESSE. J'aurai patience. Fais, je te prie , quartd c^Ic fortira , <Jue je fois la premier» à qui elle parle.
COMEDIE. t
SCENE V.
LA COMTESSE, LE MARQUIS.
ËLA COMTESSE. N vérité , Mr. le Marquis, je fouffre beaucoup à vou« voir dans cet équipage. Si quelqu'un veooit à vous décou^ Vrir, que diroii-on ?
LE MARQ UIS. Ne vous inquiétez point pour moi. Je me Tuis fait ap^ porter en chaifc à trois pas de ciiez Me» Jobln. Je vous aS joint à fa porte , & m'en retournant avoc la même précau- tion , je ns cours aucun péril d'être vu. Il eft vrai , Mada. me , que vous m'auriez épargné ce déguifément , fi vous donniez moins dans les artifices de votre Devinereffe , qui ne vous dit toure$ les fadailTes qui vous font peur, que pour attraper votre argent.
LA COMTESSE; Vous me croyez donc fa Oupe ?
LEMARQUIÇ. Eft-ce que vous ne lui donnez rien ?
LACOMTESSE. II faut bien que chacun vive de fon métier.
L E M A R Q U I S. Le métier eft beau de parler au Diable , félon vous s'et^^ tend, Madame; car je ne fuis pas pcrfuadé que le Diable fe communique allument. A dire vrai , j'admire la plilpart des femmes. Elles ont une délicateife d'efprii admirable ; ce n'eft qu'en les pratiquant qu'on en peut avoir, & elles ont le faible de courir tout ce qu'il y a de Devins* LA COMTESSE. Ce font tous Fourbes ?
L E M A R Q U I S. Fourbes de Profeffions , qui ne faveoi rîen , & qui éblouiltenl les crédules.
LA COMTESSE. Mais, je vous prie, par quel intérêt Mme. Jobia me voudroil-elle empêcher de vous époufer! LE MARQUIS. Quefais-je moi .*' j'ai quelque Rival caché qui me veut détruire , &je ne puis comprendre comment vous fouffrei vous que votre Suivante, Mlle. Buiifon , ait plus de force d'efprit que vous. Elle vous dit tous les jours que vous ve- nez confulter une Ignorante; 8c fi vous l'en vouliez croire, yous vous moqueriez de fcs extrafagantes prédirions. LACOMTESSE. Du Buîffoii eft une folle. Il m'eft arrivé de^ chofes qu'il n'y a qu'elle âu mpnde qui fachç , &c Mme. Jpbia nous ki
8 LA DEVINE RE S SE,
a dites de point en point. Je ne fais après cela , cofflment du Buiflbn peut-circ incrédule. ^
LE MARQUIS. Le hafard l'a pu faire rencontrer heurcufemcnt.
LA COMTESSE. Enfin, M. le Marquis, vous croirez d'elle ce qu'il vous plaira. Je vous aime, & il n'y aura jamaiç que vous qui me puiflîez faire renoncer à l'état de Veuve: mais après les vérités qu'elle m'a dites cent fois, je la dois croire , & ne prétend point me rendre malheureufe en vous époufant. Vous voyez que je n'oublie rien de ce que je puis faire pour vous. Je l'ai priée d'examiner plus précifément de qaeî genre de malheur je fuis menacée , 8c fi c'eft une fatalité qu'on me puilfe vaincre. Ma réfolution dépend de ce qu'elle me dira, à moins que vous ne me fafliez connoître qu'elle eft uqe fourbe , &f que tout ce qu'elle fait n'eft qu'artifice. LE MARQUIS. J'en viendrai à bout, Madame, 8c vous en allez avoir le plaifîr. Ne manquez point à lui demander de mes nouvel- les, je Tuis fur qwe fon Diable n'en fait point affez pour lui apprendre mon déguifément.
LACOMTESSE. Il ne lui parle pas toujourç quand elle veut , 8c elle û. bçfoin quelquefois de plufieurs jours pour le conjurer, ' LE MARQUIS. Voilà l'adreffe. Elle prend du tems pour s'informer de ce qui lui eft inconnu, &c elle vous dira que je me ferai déguifé quand elle aura pu le découvrir. Et la Giraudierc qui vint chez vous hier au foir .' Croyez-vous qu'elle luî fafle retrouver fes pidolets?
LA COMTESSE. Pourquoi non ?
LE MARQUIS. Il ne le croit pas , lui.
LA COMTESSE. Quand elle ne lui dira point qui les a pris, je ne la croi- rai pas fourbe pour cela. JE-ft-eile obligée de tout favoir ? Il me femble que Ccît bien alTcz qu'elle ne dffe rien que de véritable.
L E M A R Q U I S. Je me rends, Madame, 8c je crois préfentenrent Mme; Jobin la plus grande Magicienne qui fut jamais ; car â moins qu'elle ne vous eût donné quelque charme , vous n'entreriez pas fî obftinément dans fon parti.. Pour mûi , je ne fai plus ce qu'il faut faire pour vous détromper. LACOMTESSE. Ce qu'il faut faire? Il faut me faue connoître que dans les chofes extraordinaires qu'elle fait , il n'y a rien de fur- naturel , 8c que je les pourrois faire moi-même , fî j'avois l'a- dreffe d'éblouir les gens.
LE
L E M A R Q U I S. C'cft afTcz , je trouverai moyen de vous contenter, LA C O M T E S S t.
Taifons-lioiis , elle deicend , Se je crois rcntendrc.
SCENE V L
Mme. JOEIN , LA COMThSSE , LE AîARQUIS.
F M me. J O B I N à Aîaturme.
Aires entrer ces Dames dans l'autre chambre , j'irai leur parier inrontincnt.
LA COMTESSE. Hé bien ! ma chsre Mme. Jobin ^ as-tu ùit de ton mieuk pour moi.
Mmî. JOBIN. Madame , vous ne foftgez }jjs que votre Laquars eft-iài Sois, mon ami. II faut qu'un Laquais dw-meurc à la porie. L A C O M T E S S E. Laiffcz-Ie ici , je te prie. Quoique je me fie à toi , je mourrois de peur fî j'éiois feule , & il me faut toujours quelqu'un pour m'airurer.
Mme. JOBIN. Que n'amenez- vous quelque Demoiiclla \ J'en rJmeroi,^ mieux dix qu'un feul Laquais. Ce font de petits cfprirs qui jafcnt de tout ; & puis comme \z fais pour vous ce que lei ne fais prefque pour perlonne , je n'aimerois pas qu'on diï dans le m.onde que je me mêle de plus que de rcgardcÉ: dans la main.
L A C O M T E S S È. C'eft un Laquais d'une (idélité éprouvée. Ne crains rieri de lui. Qu'as-tu à me dire Y Je tiemDle que ce ne l'oit ricrî de bon. J'en fcrois au dc'.efpoirj car je l'avouj que j'ai le cœur pris.
Mme. JOBIN. Je n'ai pas bcfoin que vous me l'avouyez pour lé favoir,* Mais plus vous avez d'amour , plus cci a:nour vous doit engager, non-feulement à n'épouferpas un homme qui ne pcut^que vous rendre malheureufc , mais à lui conleilicr de ne fe marier jamais ^ car il n'y a rien que ds faneile pour lui dans le mariage*
L A C O M T F S S E. Que me dis-tu là 1 Quoi les choies ne fe peuvent dé- iourner ?
Mme. JOBIN. Non , iiazardcz fi vous voukz , c'cft votre afTaire. Qu?n^ ♦ous fouffrirez , vous ne vous en prendiej psin: à moii L A C O M T E S S È; Mai- encor , espliéue-mci qt:e!]:e fortw* de maiheisr j'.ii î Éedousen
Mme. JOBIN. Il c{l entièrement aTtaché à celui que vous aimez. S'il fe marie -, il aimiira la femme fi cpetduement , qu'il en de- vicndta jaloux juiques dars l'ex-cs.
LA COMTESSE. La laloufîe n'ell point de fou caraftere.
Mme. JOBIN. ïl fera jaioux , vous dis-je , & fi fortement , qa'il ns lailiera aucun repos à fa femme. C'eft là peu dû choi'e , voici h fâcheux. Il tuera un homme puiflant en ami qui trouvera un loir caufani avec elle. On l'arrciera, & il per- dra la lête fur un échafaut.
LA COMTESSE. Sur un échafaut : Cela eft fait. Je ne l'épouferai jamais.
Mme. JOBIN. , Ce malheur ne lui cil pas feulement infaillible en vous époufant , mais cncor en époufant toute autre que rous. Ccft à vous à l'en avertir, fi vous l'aimez. LA COMTESSE. II ne faut point qu'il fonge à fe marier. Sur un échafaut! Quand il feroit le mari d'une autre , j'en mourrois de dé~ plaifîr. Mais tout ce que lu me dis eft-il bien certain ? Mme. JOBIN. Je l'ai découvert par des conjurations que je n'avoîs ja- mais faites. J'en ai moi-même tremblé ; car il eft quelque- fois dangereux d'arracher les fecrets de l'avenir ; mais je vous l'avois promis, & j'ai voulu tout faire pour vous. LA C O M T E S S "E. Quel malheur pour moi de l'avoir aimé î Je ne l'épou- ferai point, j'y fuis réfoluc : Mais dis-moi, me pourrois- tu faîisfiiire fur une chofe î Je voudrois favoir ce qu'il fait préfcmement.
Mme. JOBIN. Que gagnerois-J2 à vous dire ce que vous croiriez que je n'auroîs deviné que par liazard ? Apparemment il ne fait d'exu-aordinaire , 5c il n'eft pas difficile de s'imaginer ce qu'un homme fait tous les matins',
LA COMTESSE. N'importe , cela me contentera , 8<. je ferai plus ferme à ta croire , s'il demeure d'accord d'avoir fait ce que tu m'auras dit de lui.
Mme. JOBIN. Seriez-vous femme à ne vous point efTi-ayer :
L^COMTESSE. Peut-être.
Mme. JOBIN. Vous n'avez qu'à éloi^^ncr ce Laquais , vous verrez de vos pr'^pre? y^ux ce que fait préfenîemcnt votre Amant. Mais ne rremblrz pas , car celui que je fe-rai paroîue d'abord eft un peu teriible.
COMEDIE. it
LA COMTESSE.
Comment? Le Diable! La feule pcnfée me fait mourir de frayeur.
Mme. J O B I N. II n'cfl point méchant , il ne faut qu'a?oir un peu d'af- fuiancc.
LA COMTESSE. Je vous remercie do votre Dîablc. Je ne voudrois pns le voir pour tout ce qu'il y a de nliis p'ccieux au monde.
Mmj. J O B I N. Je retourne donc dans ma cliambre , & viendrai vous dire ce que j'aurai vu.
^ - . O^ -^^- cr^ °*
SCENE VIL
LE MARQUIS, LA COMTESSE.
LE MARQUIS.
H ! Madame , que ne l'engagiez- vous à faire paroîirc fon Diable? Elle vous aurcit manqué de parole, ou je vous aurois fait connoître la tromperie.
LA COMTESSE. Comment! vous vous feriez rélolu à le voir !
LE RI A R Q U I S. Apurement.
L A Ç O xM T E S S E. Mais elle vouloit qu'on vous mit dehors , & j'auroîs é;é la feule qui l'aurois vu.
LE MARQUIS. N'eft ce pas-là une conviftion de la Fourbe ? II ne Ini faut que des femmes, & un Laquais même lui eft fufpeft. LA COMTESSE. Vous pouvez garder votre efprit forr. J'aurai toujours de l'cftime & de l'amitié pour voys ; mais vous avez beau m'accufer d'être trop ciéduie , je ne vous mettrai jamais en ctatdetuerun homme pour moi , ni d'avoir la tête coupée. LE MARQUIS. Efl-il pofïïble que vous doumiez croyance à des contes ?
L A C O M T E S S E. Vous n'êtes donc pss perfuad^é qu'elle m'a dit vrai î
LE MARQUIS. Point du tout. Elle a fcs fins que je ne puis deviner, 8c je garderai ma tête long-iems , (i elle ne tombe que par fes prédirions.
LA COMTESSE. Au nom de tout l'amour que vous m.'avez témoigné , ne vous mariez jamais.
LE MARQUIS* Quelle prière !
LA COMTESSE. Je le vois bien. Vous ne ferez coViVaincu de ce qu'cllô
B 2
ï5 T. A DEVINERESSE,
fçait, que truand vous aurez vu un homme mort à voî pieds. Du moins ce ne fera pas moi qui en ferai caufe. L E M A R Q U I S. Vous me feriez perdre patience. Je tuerai un homme, moi qui n'eus jamais envie de tuer, parce que voire Dé- vinerclîe l'a pîcdit ? Fadaite , Madame , fadaife. C'cft une ignorc^nrc qui ne (çait autre choie qirc tromper , & il eft bien injulU- que vous me rendiez malheureux, parce qu'elle vous dit des extravafianccs.
LA COMTESSE. Il faut vous entendre dire, c'eft une ignorante \ mais fî elle peut découvrir que vous vous ères déguifé pour venir chez elle , que direz-vous?
L E M A R Q U I S. Elle ne le découvrira point.
L A C O MTE S S E. Je le crois; mais enfin fi cela arrive , me promettez- vous de ne vous marier jamais ?
L E M A R Q U I S. Et fî elle ne le découvre point , me promettez-vous de ni'époufer ?
LA COMTESSE. C'efl autre chofe. L'Efprit familier qu'elle confulte n'efl: pas toujours en humeur de lui parler.
LE MARQUIS. Elle a raifon , Madame. Vous fermez les yeux, Scelle eil en droit de vous faire croire ce qu'il lui plaira. LA COMTESSE. Je vous V,ù dit dès l'abord. Montrez-moi qu'elle me fait croire dQS faulTctés ?
L E M A R Q U I S. J'en viendrai à bout. Son Di^ible n'efl peut-être pas fi fin qu'on ne trouve moyen df rattraper.
L A C O MT E S SE. Mettez-vous phis loin. J'entends defcendre quelqu'un.
S Ç E N E V I î L .
Me. JOBÎN , LA COMTESSE , LE MARQUIS.
JMe. J O B I xV. 'Ai d'étranges nouvelles à vous apprendre.
L A C O M T E S S E. Quelles , je vous prie? ne !ne faites point Ijnguir.
Me. J O B I N. J'ai vu votre Amant.
L A C O M T E S S E. Hé bien ?
Me. JOBIN. \\ faut qu'il ait quelque grand dcliein , car il étoit vètu
^^Xaquaîs, pariani d'aftiOQ a uzjc Daine.
'V '•■■'■ - . - ■ ■■ ■ -
COMEDIE. ni
LA C O M 1 E S S E. Qu'eft-ce que j'entends l A une Dame î VctuenLaqxiais! Me. J O B I N.
Il vous le niera ; mais ibuieneziui fortement que celaeft,' car il n'y arien de plus certain. ^
LA C O M i' F. S S E. Je vous crois. Vous ne m'avez jamais rien dit que de véritable.
Me. J O B I N. lis fe parloient de côte en fe regarda"! , & cela efï: caufequc je n'ai pu diflirguerlcs traits de l'un ni de l'auirre. LA COMTESSE. C'en eft aflcz , je ne vous demande rien davantaç:e pour aujourd'hui. Je fuis fi troublée, que je ne fais pas trop bien ce que je vous dis.
Me. J O B I N. Une autrefois, Madame , ne m'amenez plus de Laquais;
LA COMTESSE. A demain le refte. Je n'ai pas la force de vous dire un mot.
SCENE I X.
Me. J 0 B I N , D U C L O S.
LMe. J O B I N. E coup en q(ï porté la Comte'Je fort toute interdite. DU CLOS.
Je l'ai entendue de ce Cabinet. Continuez, je me trompe fort fi les trois cens Piftoies ne font à nous. Le voilà en- liercment dégoûtée du mariage. Songeons feulement à nous tenir fur nos gardes ; car le Marquis enragé de ce quelle refufe de l'époufer , cmployera tout pour décou- viir notre fourbe , & foit par lui , foit par quelques In- trépides qu'il envoyera , vous aurez de puitîans alfauîî à Ibutenir.
Me. J 0 B I N.
Je m'en tirerai. Nous avons déjà fait d'autres merveilles.
^v^
s=£:
S C E N E X.
Me. J 0 B I N , DU CLOS, M A T U R I N E.
tj!^ M A T U R I N E.
IviLAdame, voilà une façon de Bourgeois qai vous demande.
D U CL OS. Comment efl-il fai: ?
M A T UR I N E. Il efl en manteau, vêtu de noir, de moyenne taille, V9 peu gros.
U LA DEVIN E R ES s E;
DU CLOS.
Je me remets dans ma niche. C'eft aiïurémcDt le Brave de voîonré oont je vous pariois raniôr. Si c'tft lui , je viendrai j «uer ma Scène. Vous en ferez beaucoup mieux payée. ( Il fort,)
Me. J O B I N.
Dis-lui qu'il morMi , je l'attendrai. Diou merci je ne manque pas d'exercice , ik il me vient tous les jours de nouveaux clijlans. Cependant je me trouve Sorcière à bon marché. Trois paroles prononcées au halard en marmo- tant, font mon plus grand charme, &c les Knchantemens que je fais demandent plus de grimaces que de diablerie.
SCENE XI.
Me. JOBIN, M. GILET.
BM. GILET. Onjour , Madame , on dit que vous favez tout. Si cela cit.vous connoiifcz ma Maîrrefle.
Me. J O B I N. De quoi s'agit-il ?
M. G I L E T; Il s'agit qu'elle m'aimoit autrefois un peu. Je ne fuis pas mal fait , non , Se je lui difois de petites chofcs qui avoient bien de l'efprir.
* Me. JOBIN. Je n'en doute point.
M. G I L E T. J'eu/Te bien vouiu me marier avec cHe ; mais depuis que certaines g2ns qui ont vu des Sièges 6c des Combats lui ea content , vo\is diriez qu'elle a honte de me regarder. Je m'apperçois bien qu'ils fe moquent de moi avec elle , &: j'ai quelquesfois de grandes tentations de me fâcher ; mais comme je n'ai jamais été à l'Armée , j'ai tant foit peu de crainte d'être battu, &c cela eft caufc que je ne dis mot.
Me. JOBIN. C'eft être prudent. Mais que n'allez-vous faire une Cam- pagne .'' Vous feriez en droit de parler aufli haut qu'euro
M. GILET. Oui : mais...
Me. JOBIN. J'entends vous n'avez point de courage.
M. G I L E T. Pardonnez-moi , j'en ai autant qu'on en peut avoir. Quand quelqu'un m'a joué un tour , je fuis des Ci-x. mois fans lui parler , &t j'ai le bruit de bien tenir mon courage.
Me. J O B I N. Je le crois. Vous le tenez peut. être li bien , que vous ne l? lailTcz jamais paroître.
COMEDIE. 15
M. GILET- Je fuis naturcilcment porté à la Guerre , 8c fl ne fe paffe puioi de nuit que je ne me batic en dormant. Je tais des mcrveiil.'s, 61 il n'y a pas encore trois jours qtic jn'étaat armé de pisd en cap daîis ma chambre , je tus charmé de ma miijC martiale en me cegardant dans un mi- roir. Je m'efcrimaî enlùite deux heures durant contre tous l les perfonnages de la lapiflerie , Scje l^ns bien que ]c cha- înaillerois vertement coaire dos gens etijidit's , mais il y a une petite dilliculté qui m'arrête.
Me. J O B I N.
Quelle î
M. G I L E T. Un coup de canon ou de moafquet ne regarde point où il va, & bleli'c un homme de cœur comnie un amre. Cela efl impertinent , & je ne fâche rien de plus fâcheux pour un brave.
Me. J O B I N. A dire vrai , îl n'y a point de plaifir à être bleffé , Si je ne faurois blâmer les gens qui ont peur de l'être.
M. GILET. Vous voyez bien qu'avoir peur comme je l'ai , ce n'eft poiut-là manquer de courage. '
Me. J O B I N. Au contraire, c'cft être capable des grandes chofes; que de prévoir le péril , mais comment vous guérir de cette peur ?
M. GILET. N'avcz-vous pas des fecrcts pour tout ?
Me. j O B I N. Mais encor , que voudriez-vous qu'on fît pour vous ?
M. GILET. Pas grand chofe , & cela ne vous coûtera prefque rien." Vous n'avez qu'à faire que jamais ]s ne puiifo ticc bleifé, & quand je ne craindrai rien, on verra que je ferai brave comme quatra.
Me. J O B I N. Oh ! cela ne va pas fi vite que vous penΣz. Jamaîà h]ç[Xé l
M. GILET. Mon Dieu , c'eft nne bagatel'e pour vous.
rJe. J O B I N. J'ai quelques fecrers , je vous l'avoue ; mais il y a de certaines chofes difficiles...
M. GILET.
Difficiles ! Vous vous moquez. Combien vnir.on de gens
charmez à la guerre ? Sans cela feroient-il« fl fois que
d'aller préfenter le ventre aux coups de mou.fqupt ? Parlez
franchement, Me. Jobln, jl y en i» bien ds VQîre façon
;
iKJ MJ ^1 X^ JUt r M My JOi jCV Ut L> U JIj f
Me. J O B I N.
Je ne vous déguife pas que j'ai des amis en ce Pays-Iâ. Ils ne fe font pas mal trouvez de mon fecreti mais comme il eil rare , il coure un peu cher.
M. G I L E T. Ne vous inquiétez point pour l'argent. Je fuis fils d'un ros Bourgeois qui a des piftoles par monceaux. Il s'ap- pelle Chriftophe Gilet ; & h par votre moyen j'avois pu mettre en crédit le nom des Gilets, fiez-vous à moi , je vous ferois riche.
Me, J O B I N. Vous avez une phyfionomie qui m'empêche de vous refufer. J'ai ce qu'il vous faut. Mais au moins n'en par- lez à qui que ce fuit.
M. G I L E T. Je n'ai garde. On croiroit que je n'aurois point de cou- rage 5 quoique j'en aie autant qu'il m'en faut;
Me. J O B I N. Hoîa ! Qu'on m'apporte une de ces épccs qui font dans mon cabinet. Elle eiï enchantée. Il ne m'en reftera plus que deux, S>c il me faut plus de fix mois à les préparer.
M. GILET. Et quand je l'aurai , ne faudra-t-il plus que j'aie de peur î
Me. J O B I N. Si on vous dit quelque chofe de fâcheux , vous n'aurez qu'à la tirer , Se incontinent vous ferez fuir , ou defar- merez vos ennemis.
M. GILET. La bonne affaire .' Si cela cft, je ne craindrai rien, 8é ¥0us aurez de la gloire à m'avoir fait brave.
Me. J O B I N. On ne parlera que de votre intrépidité. La voilà. Te- nez , quand vous vous trouverez en occafion de daiguaf- ner, mettez les quatte premiers doigts furie deifus de la garde , & fervcz le dclibus avec le petit doigt. Tout le charme confiée en cela.
M. GILET. Eft-ce de cette façon qu'il fiui qu'on la tienne î
Me. J O B I N. Un peu plus vers le milieu. Serrez ferme : il ne fe peut! rien de mieux. »?
M. GILET , allongeant avec Vépée nue. Ah î Vous voyez bien que je me fuis exercé. Ed-cc fa» voir allonger "^
Me. J 0 B I N. Quand vous ne feriez que frapper vôtre ennemi à lai jambe , le coup iroit droit au cœur.
M. G I L E T. iLt vous m'âiTurCz que je ne ferai point tué l
Me. J O B I N. Non , je vous garantis plein de vie, tant que vous tien- drez votre petit doigt ilc la manière que je vous l'ai mon- tre. Alcttez 1j a vntre côté. Vous prendrez un habit fans manteau , quand vous ferez j'otourr,é chez vous.
M. G I L E T. Oh .' Il ne tiendra pas à l'habit qu'on ne me craifrnç,
SCENE XII.
Me. J O B I N , M. GILET, DU CLOS.
OMe. J O B IN. U allez-vous, Monfîeur } On ne monte point ici fané faire avenir.
DU CLOS. J'ai à vous parler.
Me. J O B I N. ,
Et moi je ne fuis pas en hurr.eur de vous entendre.
D U C L O S. Je fuis preffé , & il faut que je vous parle préfcnte- ment. Moulieur n'a qu'à fortir, s'il lui plsk,
M. G I L E T. Il ne me pJaît pas , moi. bas. Il me fenible que j'ai uû peu de peur.
DU CLOS. Je le trouve drôle avec fon épée & Ton manteau*
Me. J O B I N , à M. Gihu Ne prenez pas garde...
D U C L O S. Mon petit bourgeois , favez-vous que je vous ferez fan^ ter la inoniée î
M. GI L E T. Peut-être. las. Céfthra^e, Gilet, courage.
Me. J O B 1 X. Mais j'ai nn affaire à vuider avec Moïifieur.
D U C L O S. Je m'en moque,
M. GILET. Si je n'étois plus fjge que vous. D U C L O S^
Comment?
Me. J OB I N, à du Clos, Point de bruit. Eutrons là-dedans , Monfieur voudra biec?
attendre.
D U C L O S.
Non , ie veux refier ici, Se Ç\ ce vifage de Coùrtaut ng fort tout-a-l'heure, je m'en vais le jeiter par les fenêtres,*
M. GILET, • èije m'échauffeu. bm^ £]?i8 enc.*iîiiiïéc , |è me rgçom-; in3nd§ à toh 0 "
.^? LA DEVINERESSE;
D U C L O S. Que dîs-tu entre tes dents .? "'''
M. G I L E T.
Ce qu'il me plaît.
DU CLOS ^ lui donnant un foujfleti jCe qu'il te plaît?
M. GILET, bas. Ne le laiffe pas infulier , Gilet.
D U C L O S. Jcpenfe que tu veux mettre l'épée à la main.'
M. GILET, bas. Ferme. Le petit doigt fous la garde.
Me. J O B l N , à M. Gilet, Eh î Monficur, vous m'allez perdre. Faites-lui grâce; îe vous en prie.
M. GILET. Non, il faut... Poltron , tj recules. Voilà ton épée qui tombe. Tu vois , je t'ai défarmé , & il ne tient qu'à moi de te tuer.
Me. J O B I N. Ne le faîtes pas. Vous l'avez vaincu 9 c'eft affez de gloire pour vous*
DU CLOS. J'enrage. Mon cpce m'échsper des mains,
M. GILET. Lav e ux-îu reprendre ? Je ne crains rien moi , & je fuis tout prêt à recommencer.
Mme. J O B I N. Non pas , s'il vous plaît. Donnez-moi l'épée , je vous la fendrai après que Monlicut fera parti.
Mr. GILET. Qu'il revienne donc , car je veux qu'il forte dans Iç même inftant.j
DU CLOS. Adieu J nous nous rcvcrrons.
Mr. GILET. Quand tu voudras ; mais je t'avertis que fi je te fangle îe moindre coup, il ira droit au milieu du cœur.
SCENE XIII.
Mr. GILET ET Mme. J O B I N.
Mr. GILET.
Ue je fuis heureux / Mon Ep~"ée , ma chère Epée , î)
faut que je te baife S<. rebaife.
Mme. J O B I N. Etes-vous content de moi ?
Mr. GILET. Si je le fuis , Mme. Jobin î Vous êtes la reine des fem*
COMEDIE, f9
files. Voilà ma bourfe , prenez ce qu'il vous plaira , je ne vous faurois trop bien payer.
Mme. J O B I N. Je ne cherche qu'à obliger les honnêtes gens , Se je n'aî jamais rançonne perfonne. Vous agiiTcz fi franchement avec moi , que trenie louis me fuffiront. Je ne veux rien do vous davantage.
Mr. GILET. Trente louîs ! En voilà quarante en dix belles pièces ; ï'cn aurois donné volontiers deux cens. Quand on m'a rendu nn fervice , je n'ai jamais de regret à l'argent.
Mme. J O B I N. Je fuis fâchée que vous ayez reçu un fouiïlet , mais...'
Mr. GILET. Cela n'efl rien , & puis ce n'eft point la faute de l'épéc; Je vols bien que fi je i'euflTe tirée plutôt , on ne m'auroijt point donné le foufflet.
Mme. J 0 B I N. AITurément.
Mr. GILET. Comme je vais tenir tête à mes petits Meflicurs les fan-! farons qui fe mêlent de me railler /
Mme. J O B I N. Ecoutez» Mr. Gilet , Ci vous m'en croyez , vous ne tire- rez point l'cpée ici. Outre que ce feroit une nouveauté qui donneroit lieu de foupçonner quelque chofe, vous ne man- queriez point à tuer quelqu'un , & un homme tué met les gens en peine.
M. GILET. Vous avez raifon.
Mme. J O B I N. Il vaut mieux que vous alliez à l'armée. Vous tuerez là autant d'ennemis que vous voudrez ; & comme les belles aflions font aifées à faire quand on ne court aucun rifque , dès votre première campagne vous pouvez d;ivcnir Meftre de Camp.
Mr. GILET. Meftre de Camp !
Mme. J O B I N. La fortune eft belle.
Mr. GILET. Je n'en ferai point ingrat. Comment ? On verroit le nom de Gilet dans la gazette. Que de joie pour mon bon hom- me de père! Je cours trouver mon tailleur. Il a toujours des habits tous prêts , & je brûle de me voir en brave.
Mme, J O B I N. Vous paroiffez un vrai Mars.
Mr. GILET. Je le crois, mais voici un homme qui entre bie.n bruf- pemen^i. yowle^-vpus que je Iç fafls fonir?
' " Ç z
it) LA DEVINERESSE,
S C E N E X I V.
Mm?. JOBIN, LA GIRAUDIERE, Mr. GILET.
M LA GIRAUDIERE.
E faire fortir , moi ?
Mr. G I L E T. Hé !
LA GIRAUDIERE. Comment, hé .^ Quelle figure eft cela?
Mr. GILET, touchant fon épée. Figure! Si l'épéc joue fcn J2u...
Mme. J O B I N i Mr. Gilet. Sortez. Voulez-vous le tuer fans qu'il fe défende \ Vou» fçavez qu'il lui eft impoffib'e de vous réiiftcr.
M. G I L E T. AFarmée? Meftre de Camp ? Serviteur.
SCENE XV.
LA GIRAUDIERE , Mme. JOBLV»
ÎLA GIRAUDIERE. Ouez-vous ici la Comédie ?
Mme. JOBIN. C'eft un fou qui m'étourdit il y a une heure de fes vi- vons. Mais je vous prie , que venez-vous faire chez moil Je fuis toute furprife de vous y voir.
LAGIRAUDIERE. J'ai une chofe à vous demander.
Mme. JOBIN. A moi ? A une ignorante ? Vous fçavez bien que je ne fçairien, & vout le dites partout.
LAGIRAUDIERE. Si vous me parlez jufle fur un vol qui m'a été fait depuis deux jours , je vous promets de ne dire jamais que du bien de vous.
Mme. J O B I N. Oa vous a donc volé quelque chofe? '
LA G I R A U E I E R E. Oui, une paii-e de Piltoiets , qui font les meilleurs du monde , 8c qoe je voudrois avoir rachetés le double de ce qu'ils m'ont coûté. Faites-les moi trouver \ je fuis à jamais de vos amis,
Mme. JOBIN. Moi ? J* ne fuis point aflez habile pour faire retrouver, les chofe 5 perdues,
LAGIRAUDIERE,
lîes Piilolgîs je vous en conjure.
COMEDIE' W
Mme. J O B I N,
Comment pourrois-je vous dire où ils font ? Je me mêle
de la bonne avaniure , comme beaucoup d'auires , qui
font auffi ignorantes que mol , mais faire retrouver des
piAoiets !
LA G I R A UD I E R E.
Voulez-vous être toujours en colère ?
Mme. J O B I N. Vous le mériteriez bien. Qu'on m'apporte un baffîn plelfl d'eau. Un verre me fuffiroit , mais je veux que vous voyez vous-même les chofes diftinQemeni; ic afin que vous ne croyez pas que j'aye aucun intérêt à vous éblouir , je vous déclare que je ne veux point de votre argent. LA G I R A U D I E R E. Je fçai comme il faudra que j'en ufe...
Mme. J O B I N. Voici ce qu'il faut , bas à Maturine. Eft-on là tout p?êt.
M A T U R I N E bas» Parlez hardiment . rien ne manquera.
Mme. J O B I N. Approchez. Regardez dans ce baffia. Ne voyez-vousrieilî
LAGIRAUDIERE. Non.
Mme. J O B I N. Penfez-vous de la manière que je fais, & regardez ff^- xemcnt lans détourner les yeux du baflin. Ne voyez.vous rien f
LAGIRAUDIERE. Rien du tout.
Mme. J O B I N. Rien du tout? Il faut donc que vous ne regardiez pas tien , car je vois quelque chofe moi.
LAGIRAUDIERE. Vous voyez ce qu'il vous plaît, mais cependant c'cfl moî qui doit voir.
( On laiffe tomber un ^ig^ag du haut du plancher qui tient une toile fur laquelle font peints deux piflolets fur une table. ) Ah ! je commence. Oui, je vois mes piftolets , ils font fur la table d'un cabinet, où il me femble avoir quel- quefois entré. Je... je ne vois plus rien ! Où diable faut-il que je les aille chercher? Je ne puis me remettre le^cabinet.
Mme. J O B I N. II me femble que j'ai .iflez fait pour vous , de vous faire ï-oir le lieu où vous trouverez vos piflolets. LA G I R A U D I E R E. J'almerois bien mieux que vous m'eufiiez fait voir le Vo« leur. Je ne ferois point en peine de les retirer.
Mme. J O B I N. J'ai comn-'^ncé , Se il ne faut pas faire les chofes à demi (ouryous. Reg:irdez cacote dans le balTin ; mais n'en dé.
ï^ LA DEVINERESSE;
tourner pas la vue , car la figure de c;-iiii qui a pris voij piftolets n'y paroîtra qu'un moment. Que voyez-vous ? LA GIRAUDIERE.
Rîen encore.
( Le même ligiag fait voir un portrait. )
Ah! jo vois.., c'eft VdlcreiiX, un de mes plus intimes amis. Jq lui cach^ji une épée il y a quelque temps , il a *oi;Iu à fon leur me fairs chercher mes piftolsts. Je cours chez lui.
Mme. J O B I N.
Vous y pouvez aller en toute aflurance. L'épreuve que je Tiens de faire n'a jamais marqué.
LA GIRAUDIERE.
Vous ne perdrez rien à ce que vous aurez fait pour moL J'ai du crédit , & ce ne vous fera pos peu de chofe d'avoir converti un incréduie de mon caraftere-
La Giraudiere fort.
Mme. J O B I N ^ Maturine.
Voilà qui va bien. Il femble à demi gagné , 5c s'il peut une fois l'être lout-à-fait , il voit la Comteffe , & je ne doute point que ce qu'il lui dira de l'incident du baffin , ne la confirme dans l'entêtement où elle eft de mon prétendu fçavoir. Tandis que j'ai un moment à moi, il faut aller donner ordre à ce qui doit éblouir les autres dupes qu'on sn'a promis de m'amener aujourd'hui.
Fin du premier Acle.
ACTE ïï.
SCENE PREMIERE.
|Me. JOBIN,NOBLET.
JMe. J O B I N. E vous fuis bien obligée Madame , de toutes vos libé- ralités. Je me fens portée d'inclination à vous fcrvir , & quand...
Me. N O B L E T. Non, Me. Jobin, ce que je viens de vous dcnner ne fera compté à rien, 8< les trois cens louis ne vous ea feront pas moins payés , fi le mariage que je vous ai prié de rompre, ne fe fait point.
Me. JOBIN. J'ai travaillé de tout mon pouvoir.
Me. NOBLE T. J'en fuis convaincue. J'ai de fidèles efpions chez le Mar- quis. Ils m'ont dit ?ue la Çomteifs lui a déclaré qu'elle.
COMEDIE, 2î
ift Vcpouferoît jamais , 8c je vois bien que c'cft-là Tefféi du charme aae vous m'aviez promis d'employer.
Me. J O B I N. II cft bien fort , 8c s'il peut le vaincre, il faut que fou Etoile ail bien du pouvoir.
Me. N O B L E T. Que ce commencement me donne déjà de joie î Je ne me iens pas ; &c fi l'empêche le Marquis de fc marier , je me tiijndrai la plus heureufe femme du mondg.
Me. J O B I N. Je vous Taî promis- Vous ferez contente.
Me. N O B L E T.
En vérité , Me. Jobin , il y va de votre Intérêt de m'o-
bliger. Vous m'avez alTurée il y a long icms que mon vieux
mari mourroit avant qu'il fût peu. Le Marquis m'a trouvé
dercfprlt, &c quelque mérite ; j'ai pris plailîr à le voir ;
)e l'ai aimé fans lui en rien dire, parce que j'ai crû être
bientôt en état de diCpofer de ma perfonne , Se vous êtes
la feule caufc de cet amour. Il s'eft rendu fi pui(ÎJnt, que
la perte du Marquis feroit pour moi le plus cruel de tous
les malheurs. Le mariage de la Comtefie accommode fes
aPi'aires j & quand il m'en parle , il me fieroit mal de
lui faire voir que je fuis jaloufe , piiifque mon bonhomme
vivant toujours, il n'y a aucune prétention qui me foit
permife ; mais enfin , fur ce que vous m'avez dit bien des
fois, je me flatte de jour en jour qu'il mcirra; 8c
dans la penfcc que le Marquis n'aura aucune répugnance
àm'epoufer, je ne puis foufîVir qu'il penfe à une autre.
Rompez ce malheur , je vous en prie. Il y va de ce que je
puis avoir de plus cher,?; puifqu'il y va de tour mon repos.
Comme il ne me croit que fon amie , il ne me foupçonne
pas d'agir contre lui.
Mme. JOBIN. V
Il n'a gnrde de vous foupçonner. Quel intérêt croiroit-iî que vous y prilîicz? Votre vieux Griion ne décampe point. Cependant vous pouvez être fon amante en tout honneur, car je vous reponis du veuvage dans quelques mois. Mme. N O B L E T. C'cft pour cela. Nous n'avons qu'un peu de tems à gagner. Je me tiecs fur qu'il me nrcfereroit à toute autre ; mais ii n'y a pas moyen de s'expliquer nvjni que d'cire veuve.
Mme. JOBIN. Dormez en repos. Je prends l'affaire fur moi, tôt ou tard je la ferai réufilr. ^
Mme. N O B L F. T. N'épargne rien , j- te prie, ma che.e Mme. Jobin ? je n'aurai point de fortune qui ne Ibit à toi.**
Mme. JOBIN. Mon Dieu, ce n'eft point par intérêt. Quand une femme a eu quelque tems l'incommodité d'un vieu« Barbon $ il eil bien jufte de lui aider à !a marier fçign foa cceur.
14 l'A DEVINERESSE;
Mme. N O B L E T. Adieu , quelqu'un entre ; nous en dirons davantage \i première fois.
SCENE IL
Mme. J O B I N , Mr. G O S S E L I N.
QMme. J O B I N. Ue demandez vous jj Monfîeur? Mais que vois-je > Eft-ce que mes yeux me trompent ? Non. Quoi , mon frère après dix années d'abferice...
Mr. G O S S E L I N. Ne m'approche pas , tu m'étouft'erois peut-être en m'eni. fcraffant , ou tu me ferois entier quelque Démon dans le corps.
Mme. J O B 1 N. , Un Démon , rhoi ?
Mr. G O S S E L I N. .Tu en fçais bien d'autres.
Mme. J O B I N. Me voilà en bonne répuuiion auprès de vous; mais encor , qui vous a donné cette penlée \ Mr. G O S S E L I N. Qui me l'a donnée l Tous ceux qui ont été ici feulement deux jours , & qui reviennent enfuite au Pays. On n'y parie d'autre chofe que des, diableries dont tu te mêles , & on ne veut plus me laifler Procureur FiCcal , parce qu'on dit que je fuis le frère d'une Sorcière.
Mme. J O B I N. , Nous vuîderons cet article. Laifî'ez-moî cependant vous cnabralîer.
Mr. G O S S E L I N. Ne m'embrafîe pas , te dis-jc ; je ne veux non plus de toi que du diable , à moins que tu ne renonces à toutes tes Sorcclieries. C'eft de quoi je me fuis chargé de te prier au nom d'une famille que tu deshonore.
Mme. J O B I N. Que vous êtes un pauvre homme \
Mr. GOSSELIN. Tu devines bien , je fuis un pauvre homme. J'ai des Procès qui me ruinent , & je fuis venu à Paris en pourfui- vre un qui peut-êirc me mettra à la bcface.
Mme. J O B I N. Hé bien , mon frère , il faut faire foliciter pouf vous^ i'ai de bons amis.
Mr. G O S S E L T N. Je n'ai que faire de toi , ni de tes amis.
Mme. J O B I N. Voilà comme font la plupart des hommes» lis donnent
d3n$
I
COMEDIE. IS
dans toiîtes les fottii'.s qu'on leur clébite , ^ quand une fois ils fe fo'ir Icîiirez picvenir , rien n'cft plus cjp.i!)ie de les détromper. V'nycz-vous , mon tVetc , Paris cft 'c lieu du mc" ds cù il y j le plus de geiis d'cfpijr , & oi'i i! y a aufli le plus Je Dupes. Les Sorcdloiies d int On m'accule, & d'juires choies qii purfîtroient enc r plus lurnsfirel- les , ne veulent qu'une imi;ginjtion vivl- pour les inventer, & de Tadrefle pour s'en bien 'ervir. (>'cft pjr c'I s qu>' l'on a croya-^ce en nous, (dépend. >nt 1j Mae; «■ Se les Diables n'y ont nulle pan, L'cftVoi uù font ceux à q^i nn tVit voie ces fortes de chnfes , hs dvcugle ilVcz p 'ui les empêcher de voir qu'on les troiTipe. Qutind à ce qu'on vous aura dit que je nie môle de devliier , c'v ft [.ir[ Art dont mille g.'*ns qui fe iivrcnt tous les jO.;rs entre nus n^a'ns , nous facili- tent les connoiifances. D'jiKeurs . le hafjrd fait la plus prdi:de partie du l'accès da: s ce métier. 11 ne fiur q' e de la prcfcice d'elprit , de -la hardielle, de l'intrigue, favcir le monde, avoir des gai^s dans les mailbns , lenir réciflre des inc dens ai rivés, s'infomer des coinmercps d'amouret- tes , & dire îur-tout qjantté de ch-lcs quand on vous vient conliilter. Il y en a toi:j( urs q-itiqu'une de véritable, & il n'eii faut q'Klq efois que de^x ou trois dites ainfi oar hafard , p'^ur Mn.s mettre en vos-^ue Ap;ès cela , vous aves beau dire que vous r,e favt z rien , oc ne vous croit p'S , & bien ou inal on vois f ir parler. 11 Te ptut faire qu'il y en au d'.iuties qui fe néler.t de plus que je ne vous dis; mais pour moi , tO' t ce que je fais elt fo;t innocent. Je n'en vei:x à la vie de pcrfonne; au contraire je f is du plai- fir à t'^ut le monde, & comme chacun vc\M être flaté je ne dis juiTiuis que ce qui ào-t p'aire. Voyez , mon frère , fi c'eft être forciere qu'avoir de l'efprit, Se fi vous me con- feilîcriez de renoncer à une fortune qui me met en pou- voir de vous être ut-Ie*
Mr. G O S S E L I N. Tu as bonne Ipngue, &c à t'en rendre, il n'y a point de diablerie dans ton fair, mais je crains bien...
Mme. J O B I N. Ecoutez , mon frère, n'en croyez que vous. Demeurez feu- lement un iour avec moi, Jk vos yeuxvou? écliirci'onr de la véi ité. Vous en allez même avoir le plaifi. tout préfen- tcmeni. Cschez-vnus.
s c E N E I J î.
Mme. JOBÎN, LA PAYSAN E. LA P A Y S A N E.
BOn jour, Madam-. Efl-ce vous qui favez tout , Zl qui s'appelle Mme. Jobio/
D
i6 L A D E V IX E RE S S E.
Mme. J O B I \. Oui, ma mi5 , c'e;: rr.ci.
LA P A Y S A K E. Je vous prie , Madame , de me donner vite ce que je TOUS vien» den:2nder. Car il faut que je m'en rcicurne trouver ma tarte qui m'attend chez fon m.ari qui lert chez une des p'uî grande Marquife de la Cour. Je lui ai dit que j'aKoiî voir ma coufine qui nourrit un enfaat dans ce quartier , & je fuis virement accourue ici.
Mme. J O B I N. Hé b;;n , qa'eil ce que vou? voulez?
LA P A Y S A N E. Ce que ie veux ?
Mme. J 0 B I N. Oj:.
L A PAYS A N E. Oh / me v'Ia bien chanfeufe. Parce que fuis Viiia- geol:e , vojs ne voulez rien faire pour moi. Mme. J O B I N. Non, ma mie, je ferai autant pour vous que je ferois pour une Princeife.
LA PAYSAN E. Faites-le donc je vous prie.
Mme. J 0 B I N. Vous ne m'avez pas dit ce que vous voulez,
LA P A Y S A N E. Je voi bien qu'on m'a trompée. Je crcycis que c'étoil à Madame Jsbia à qui je parlois.
Mme. J 0 B I N. Je fuis Mme. Jofain.
LA P A Y S A N E. Vous n'êtes donc point celle qui deïine ?
Mme. J O B I N. Je fuis celle qui devine.
L A P A Y S A N E. Si vous Tétiez, vous auriez déjà deviné ce que je veux. Car voyez-vous , la Mme. Jobin que je veux di.-e, al de- vine tout. J'ai vu quelquefois de bien grands Dames chc» le Seigneur de notre Village , Se comme je fuis curieufe , je venoiî écouter ce qu'ils difoient , oC ils difoient que TOUS devi::iez tour.
Mme. JOBIN. Lî difoient vrai. Il n'y a rien que je ne devine.
LA PAYSAN E. Que ne devinez-vous donc pour moi ? Je ne vous de- mande pas ça pour rien , Se vous êtes aiTurée que ie vous payerai ; car comme vous favez tout , vous lavez bien que q jsiqu un .ii'a donné de l'argent fans l'avoir dit à m.i mer«.
Mme. J O B I N. Eh! oui, cu:,j5 Is fai lîiia, 5c qus C5 qugiqu'aa-là
I
i
,1
COMEDIE. 17
LA P A Y S A N E. Ah ! vous avez deviné , & puifque vous le faver , vous favez le ref^e.
Mr.e. J O B I N. Oui, je fai le refte , &i que vous aimez, ce quelqu'un.
L A P A Y S A N E. Efl-ce qu'il ne faut pas l'aimer , puifqu'il m'aime, il ne le dit tous let jours plus de cent fois î II Te iamante, 14 fait de grands foupirs, & dit qu'il mourra fi je lui d->nne rz-^r. d-mvAé ; Se comme il eft un fort btau jeute Monfisur, je ne voudrois pas être caufe de fa mort.
Mrr.e. J O B I N. li y au-oit de la cruauté. Mais q-e faiiee-vcus pour l'cmoécher de mourir !
LA P A Y S A N E. E!i .' je lui dis que je l'aime.
Mme. J O E I N. Kt ne faites-vous rien davantage ?
LA P A Y SA N F. Dame, il n'y a encor que deux jours que je lui ai dltt car je voulois favoir s'il m'aime :.l du bon cœur ; mais quand je lui dis ça, il eft fî aife, fi aife. Mme. J O B I N. Je le crois. Il vous trouve bien gentille ?
LA PAYSANE. Ch oui. Il m'sppelle fa petite i>onchonne , Se me dit tant de jolies pentes chcfes.
Mme. J O B I X.
Voilà qui va bien , pourvu
LA PAYSANE. Il m'a promis qu'il m'époufera.
Mme. J O B I N. E: ouant ?
L A P A Y S A N E. \ c^s le faîc-z bien , Se c'eil pour ç~ que je viens ici.
Mme. J O B 1 \. Ecoutez, ma fille , n'allez pas lui rien accorder que vcas ne ftyez fa femme.
LA PAYSAN E. J'aurois pourtant bien envie de lui pouvoir accorder ce q^'il me demande.
Mme. J O B I N. Gardez vous-en bien.
LA PAYSANE. Pourquoi? il n'y a pas de mal à ç:. Prefque toutes les grandes Dames en ont , & toutes les grandes filles de notre Village, Se je venois vous prier de m'en faire avoir auHi.
Mme. J O B I N l'as. Je fuis à bout, Se je ne fçsi plus oar où m'}' prendre.
28 LA DEVINERESSE,
J'auroïS pluiôt fait donner une pe foniie d'efprit dans le panneau.
LA PAYSAN F.. Combien faut il qie je vous donne pour ça ! S'il les faut payer par avance, )'ai apporté une piccc d'or.
M ne. J O B I N. Je fçn {ni bien ce que vous fouiiakez avoir, Se je m'en vais vous le dire , fi vous voulez.
L \ P A Y S A N E. Et ie vous en piie.
Mme. J O B I N. Oui, mais ie ne p-urrai plus dea faire pour vous ; car quoique je devine tout, il faut q jc Jes gens qui me de- maideit quelque chofe , me Je diieTi eux-mêines , afin de montrer le confenremert qu'ils y apporienl. î, A PAYS N E. J-' vous i!r.;i . c'e(t-ç î , dprè; q le vous me l'crez dit. I^'ell ce pas tout ua ?
Mme. J O B î N. îl y a bien de la différence.
LA PAYSANE. Je n'oferois vous le dirr*. Faites q lenqie chofe pour l'amour d-j moi. Tenez, via ma pièce dur , je vous la do.'uie putôt toute eniiere,
Mme. J O B I N. Ne craignez rien. Peifon^-e ne nou« entend*
LAPAV^SAN^E. Je fuis trop honteufe. Reudcz-moi ma pièce , j'aime mieux n'en point avoir.
Mme. J O H I N. De quoi dites-vous que vous aimez mieux ne point avoir?
LA PAYSANE. Je dis que j'aime mieux ne point avoir de tétons, que d'en demander.
Mme. J O B T N. Voilà ce que c'eft. Ce font des lérons que vous deman- dez ; & dès que je vous ai vue , je niourrois d'onvie de vous en promertre ; ma's pour vous en faire venir, II fil- loit vous onterdre prononcer le mot. Ce n'efl: pas pourtant un mot fi terrible à dire.
LAPAYSANE. Je le dis bien quand je fuis toute feule aveuc Bafliane, Ils commencent déjà à luîpoufler.
Mme. J O B l N. Al!?z , ma fille , avant quMl lo!t trois ou qiatre mois , afTurez-vous que vous aurtz des ictons. LAPAYSANE. Quoi , j'en erai \ Q le me via aife .' Je n'ai donc pu gue- res de tems à lî'érr^ point mariée ; car le Fils du S.-igneur de notre Villiigcm'adit qu'il m'époufwToit dès que j'en crois.
COMEDIE. a^
Me, J O B I N.
Revenez dans cinq ou fix jours , je vous donnerai des bifcuits que je ferai fjlre ; car il fdui du tems &. dp l'ar- gent pour cela , & dès que vous en aurez mangé , vos létoas commenceront à grolîir.
LA PAYSAN E.
On difoit bien que vous étiez une bien habile Mjdime. Adieu , je vous remercie , je ne donnerai de mes bilcuirs à peifonne. Si mes Compagnes ont de ce qu'ils me feront venir, ce ne fera toujours qu'après moi.
SCENE IV.
Mme. J O B I N , LE CHEVALIER.
A Mme. J O B I N.
H! Monfieur le Chevalier.
LE CHEVALIER.
Je regardois une fort agréable Payfanc qui fort. Me. J O B I N.
Vous voyez , j'ai commerce avec toute forte de monde. Mais q i"iiv.:z-vous donc f<:it depuis fil ng-temsl LE CHEVALIER.
J'ai éré jaloux comme le diable, & aulfi maliicurcux que vous l'aviez prédit.
Me. J O B I N.
Le métier d'amant eft un peu rude.
L E C H E V A LI ER.
La jeune veuve dont je vous ai dit que j'étois Ç\ amou- reux, après m'avoir donné force aflTurances de ù rendrcue, s'cfl ovi ée de recevoir des vifites qui m'ont chagrir.é. J':?n ai foupi.é, je m'en fuis plaint, ces marques d'amour ont palTé ch-z elle pour tyrannie. Elle en a vu mes Riv:;ux: encor plus Ibuvent ; & enfin par le confeil d'une de fes parentos q.'i eft da: s mes intérêts, j'ai voulu voir il en jr.'éloignant je ne lui ferois point changer de conduire. Je lui ai marqué que je pariois pour me mettre dans rimp<lfi- bilitc de l'accabler de mes plaintes ,• la fierté l'a empêchée de me retenir. Je fuis parti en effet , Se apiès avoir p^fTé deux jours à vingt lieues d'ici , où pluficurs pcrfonnes qui lui écrivent m'ont vu , je fuis revenu en fecret , &c je de- meure caché à P^ris depuis fix jours , afi.i qu'clJe ntc croye toujours à la campagne. La chofe a réuffi comme nous l'a- vions penfé. Mon abfence lui a fait peine , elle voit mes rivaux Si plus rarement & plus froidement , St fouîiuiîe d'autant plus mon retour, que la parente dont je vous aï parlé l'a piquée à fon tour de jaloufie. Flic lui a faîr croire que pour me confoler de mes chagrins . je pourrcis biea voir quelque aimable perfonne au lieu où elle me croit. Se en devenir amoureux. Cette crainte lui a fjit prendre ia réfolution de vous venir voir aujourd'hui , pour fçavoir de
30 TA D EriNERSS se;
vous ce qu'elle doit croire de moi. J'en ai été averti par la parente , & vous voyez qu'il eft en votre pouvoir de me rendre heureux, en lui perfuadant qu'on ne peut l'aimeE avec plus de paffion que je fais.
Me. J O B I N.
Quelle vienne feulement , je réponds du refle / LE CHEVALIER.
J'ai à vous dire qu'elle ne manque pas d'incrédulité fur le Chariire des difeurs de bonne avanture , ik que vous viendrez difficilement à bout de lui perfuadcr ce que vous lui direz à mon avantage, fi vous ne la préparez à vous croire par quelque chofe d'extraordinaire.
Me. J O B I N.
Ne tient-il qu'à y mêler un peu de ma diablerie ? Atten- dez. Ce qui me tombe en penfée l'étonnera , & ne fera pas mal p;aifint.
SCENE V.
. Mme. JOBIN , LE CHEVALIER , MATURINE , Dme. FRANÇOISE.
1^ /| Mme. JOBIN.
JLy Aiurine , faites-moi defcendre Dme. Françoife,
M AT U R I NE. La voilà. Nous étions enfemble fur la montée.
Me. JOBIN. Approchez, Dme. Françoife, j'ai à vous dire deux mots, E//e lui parle à Voreille. Dme. FRANÇOISE. Bien , Madame, je m'y en vai tout à l'heure.
Me. JOBIN. Ecoutez encor,
Dme. FRANÇOISE. Je ne manquerai à rien.
Me. JOBIN. Faites tout comme la dernière fois, Se que du Clos fe tienne prête \ Maturine vous fera entrer quand il fora tems.
S C E N E V I.
Mme. JOBIN, LE CHEVALIER.
A LE CHEVALIER.
Fin que vous ne preniez pas mon aimable Vetive pour quelque autre , elle m'a donné fon portrait. Il faut vous la faire voir. Examinez-le , il n'y a rien de plus relfem.blant. Me. JOBIN. Vous avez lieu d'en être touché, c'eft une fort belle brune.
LE C H E V A L T E R. Ecoutez, Mme. Jobin , fi vous l'obligez une fois à vous
COMEDIE. îi
croire, je crains qu'elle ne vous mette à de trop fortes épreuves ; car fa parente m'a averti qu'elle vient particu- lièrement vous trouver à la prière d'une Comteiîe qu'elle a vije depuis une heure, 8c qui l'a fortement allurée qu'elle ne vous demandera rien que vous ne failicz.
Me. J O B I N.
Efl-clle tout-à-faît pcrluadée que vous ne foyez point à Paris.
LE CHEVALIER.
Ses gens m'ont vu monter à Cheval. Elle a écrit au lieu oij je lui ai marqué que j'allois ; on lui a mandé qu'on m'y avoit vu, &f hier encor elle reçut une lettre d'un de nos amis communs de ce pais-là, qui feignoii qu'il me venoit de quitter tout accablé de douleur. Je l'avcis prié en par- tant de lui écrire de cette forte , afin q'»e mon retour lui fut caché. Aïad elle ne doute point que je ne fois encor à vingt lieues d'elle.
Me. J O B I N.
Puifque cela eft , je veux lui faire naître l'envie de vous voir. Voici un miroir que j'avois fait préparerpour un autre affaire , je m'en fervirai pour vous. Qujnd votre Marquife fera ici, & que vous m'aurez entendu faire une manière d'invocation, vous n'aurez qu'à venir derrière ce miroir baifani fon portrait. Elle vous fçaura bon gré de celte marque d'amour.
LE CHEVALIER.
Mais comment me verra-t-elle ; fi je fuis derrière le miroir ?
Me. J O B I N.
Ne vous mettez en peine de rien. Vous vous retirerez apès quelques baifers donnez au portrait , S? fi je vous demande quelque autre chofe , vous le viendrez faire. LE CHEVALIER.
Elle a de la défiance 3c de l'efprit , prenez garde... Mme. J O B I N.
Fiez-vous à mni , je n ■ 'erai rien mal à propnç.
SCENE VIL
Mme. JOBIN , LE CHEVALIER , MATURINE.
¥M A T U R I N E. Oilà une belle Dame qui demande fi vous êtes feule. LE CHEVALIER. Si c'étoit elle /
Mme. .TOBIN. As- tu remarqué fi elle çil blonde ou brune ?
M A 1" U R I N £. Elle efl brune.
Mrae. JOBIN. Sortez vite , vous n'«urcz q:i'à cous écouter, SouTcneï-
32 ZADEVINERESSE,
vous Dulemsnr de ce que je vous ai dit du miroir. Toï; fa s là venir & te tiens enfuite auprès de moi. Je te ferai figne quand il faudra fjfre entrer Orne. Françoife. Voyons fi là DàmQ q j'n'i me peint fi incrédule , conferverj tou- jours fi force d'ifprit. G'eft elle alfurément , elle relfemble au p-vtr.:it.
SCENE VIII.
Mme. JOBIN, LA MARQUISE. MATURINE.
EL A M A R g U I S F. Nfin , Madame , vous rue voyez ch. z vous. Vous êtef à la mode, ik il faut bi.';n fuivre le trrreni comme les autres Mm'% I O B I N. Je fçii fi peu de chofe , Mjdiime , que vous aurez peut- être rcg'Ci à la peine que vous vous donnez. 1, A MARQUISE. Oii m'a dit de grandes merveilles de vous , & j'ai vu encor aujcird'hui une d* mes amies qui renonce à ce q n la fl teroit le plus, parce que vous l'avez affurée qu'il lui en arriveroit de grandes difgraccs.
Mme. JOBIN. Je ne fçjï qui c'efl; mais Ci je lui ai pré^'t quelque mal- heur, elle doit le craindre , je ne iromae point. LA MARQUISE. Quand vous tromperiez , vous fç iurioz toujours beau- coup , puifque vous fçauriez tromper d'habiles gens.
Mme. JOBIN. Il me faudroit plus d'adrelfe pour cela que pour leur dire la vérité.
LA MARQUISE. Voyons fi vous pourrez me la dire. Voilà ma maio.
Mme. JOBIN. Toutes les lignes marquent beaucoup de bonheur pour vous.
LA MARQUISE. PalToHS, cela eft géiéral.
Mme. JOBIN. Vous ères yc!,'ve , Se parmi beaticoup d'amans que vous avez , Il y en a un q n vous touche plus que les autres , quoiqu'il foit le plus jaloux.
La devinerejr^ fait figne à Maturme qui fort enfuite. LA MARQUISE. C'eft quelque chofe que cel?.
Me. JOBIN. II efi: abfcnt depuis quelque temps, & vous l'avez afTeï maltraité pour craindre que réIoignemoDî ne vous le dérobe. L A M A R Q U 1 S £. Cela peut-être.
Mme*
COMEDIE. ?j
Me. J O B I N. N*cn craignez rfcn , il n'aime que vous , 8c vous tendra la plus hcuicufc f.'iiiTie i:) •nondo , (î wous Tépoufcz. LA M A H Q LM S E. Ce commencement n'<.-lî point mjJ ; m.^is franchement je f.jis d'une croyance un peu dure, tk ^i vous voulez nie pcrfLiader do voire fçavoir, il faut que vous me dificz plus qu'aux autres.
MATURITE rentrant. Voilà w^Q fem n * qu'on vous ame le. Elle dit qu'elle eft Venue ds bi.n loi;i pour vo";; rro .vt-r.
M;. J O B I N. Ne fjvi^z vous pis q ic Midame étoit ici? Courez lui dire qi'c.'lc rcv.enne dans uie heure , je n'ai pas le temps de lui pjrler.
M A T U R I N F. Si vous l'tivicz vue , v.)us auriez eu pitié d'elle. Elle cfl fi i conimMée , que je n'ai pas eu le cœur de ia renvoyer» Là voilà. Regardez comme eW-i eft bâiie , je n'en ai jamais vlV.' une de même.
L '\ M A R Q U I s E. Elle mérite que vous l'expédiez promptement, Ecoutez- là j'aurai pjtience.
Me. J O B r N. II me fâche de vous ï'Atq pedre du temps.
:
SCENE IX.
Mme. JOBTM, LA MARv>UISK , Dme. FRANÇOISE vêtue en Dame & extraordiricirement enflée. M TUKINE.
MDn-.c. FRANCO! ^E à la Marquife. Adame , votre réputation eft fi grande , que je fuis venue vous prier . . .
LA MARQUISE. Vous vous méprenez , Madame, ce n'eftpas moi qui fuis Mme. Jobin. f
Dme. FRANÇOISE. Pardonnez-moi, je AiiWi tro -blé.'" d^' mal or;" je fouffre..*'
L A xM A R Q 'J I S >< i Mme. Jolin. GueriiTez-Ià . voiis fertz un." bt Ile cure, & jprès cela il y aura bien des Gens qui cr'^iî'nr •-.•n vous.
Me. job: n.
J'en viendrois peut-être plus aifému-nt à bout que les Médecins.
Dme. FRANÇOISE. Je n'en doute p Mnr. Je les ai prcrque tous confultés, 8t r ê"ie ceux de la L-cuhé de Mon'p,:I(ier , muis fis n.: connoiifont rien à mon mal , ils difcni qu'il faut que ce iûii un fori qu'on m'ait donnés
£
34 Z A D EriNE RE S S E,
Mme. J O B I N. Ily a bien de l'appnrence.
Dme. FRANÇOISE. Faites quelque chofe pour moi. On m'a dit que vous ne fçaviez pas reniement d.viiier, mais qae vous gucriffiea quanti;é de miiux avec des paroles.
Me. J G B I N. Le votre eft un peu gaillard.
Dme. FRANÇOISE. Je ne demande pas que vous me defenflicz tout- à-fait , je ne veux qu'un peu de foulagement.
LA MARQUISE à Mme. Jobin. Vous ne devez pas reftifer Madame. Ce ne fera pas une chofe fi difticiie pour vous de \a guérir. On en publie de bien plus furprenantes quo. vous avez faites.
Mme. J O B I N /7 /^ Marquife. Dîtes le vrai. Celle-ci vous paroît au-dellus de mon pou- voir î
LA MARQUISE. J'avoue que .je vous croirai une habile femme , fi vous faites un pareil miracle.
Mme. JOBIN. Il faut vous en donner le piaifir. Aufli bien il y a de la charité à ne pas laiiîbr fouffrir les afflgés. LA MARQUISE. Quoi , vous guérirez cette enflure en ma préfcnce?
Mme. JOBIN. En votre préfence , & vous l'allez voir. Je prétends qu'avant que Mme. forte d'ici , iJ ne lui en reftc pas la moindre marque.
LA MARQUISE. C'eft dire beaucoup.
Dme. FRANÇOISE à Mme. Jobin, Eh! Madame , ne me promettez point ce que vous ne fçauricz tenir. Il y a plus de trois ans que le mal me tient, & je ferois bienheureufe fi vous m'en pouviez guérir en trois mois. Les Médecins S* les Empiriques y ont employé tous leurs Remèdes.
Mme. JOBIN. Je vais vous faire voir que j'en fçai plus qu'eux. Mais il faut que vous trouviez quelqu'un allez charitable pour re- cevoir votre enflure ; car comme elle vient d'un fort qui doit avoir toujours fon effet , je ne puis la faire fortir de votre cnrps qu'elle ne paiTe dans celui d'un autre , Homme ou Femme , comme vous voudrez , cela n'impTrie. LA MARQUISE à Mme. Jobm. Vous vous tirez d'affaire par-là. Perlbnnc ne voudra recevoir l'enflure , vous en voilà quitte.
Dme. FRANÇOISE. C'cft bien aflfez que vous ne me fçachiez guérifi il ne falloU pas vous moquer encor de moi,
COMEDIE. 35
Mme. J O B I N. Je ne ire moque point de vou$. Trouvez quelqu'un Se je vous defenfle.
Dme. FRANÇOISE. Oi'i le trouver? Il ne tiendroit pas à de l'argent. Si voire Scivaiue veut prendre mon mal...
M A T U R I N E. Moi , Madame .** Je ne le ferois pas quand vous me drnneii'. 2 tout votre bien. Qu'eft-ce qu'on croircit, Ç\ on me voj^oit un ventre comme le votre ? Oo ne diioii pas que ce leroii votre enflure,
LA MARQUISE. Vous avez une filie d'or elle craint l«s médifans.-
Me. J O B 1 N. Il n'y a ici que des gens d'honnei;r.
LA MARQUISE à Dme. Françoife. Je vouHrois voir cette expérience. Ne connoiffez-vous perfonne qui pût fc laifler gagner \ On fait laoi de chofcs pour de l'argent.
Dme. FRANÇOISE. Je chercherai. M.iis il fjut dj temps pour cela. Atten- de?. J'di là-bas le VJet de mon Fermier. Peut-être VOU- drat il bien faire quelque chofe pour moi. LA MARQUISE. Vite , qu'on appelle le Valet du Fermier de Madame.
M A T U R 1 N E. J'y cours.
Mme. J O B I N. Si co Valet veut , je ne demande qu'un demi quart i heuie , 8c Madame fc trouvera deier.flée. LA MARQUISE. Je le croirai , qi;and je l'aurai vu.
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SCENE
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X.
il te
iMme. JOBIN , LA MARQUISE , Dme. FR/'NÇOTSE DU CLOS vau en Payfan fous le nom de Guillaume MATURiNt.
Dme. FRANÇOISE.
Coûte , mon pauvre Guillaume. DU CLOS. Oh ! la Servante m'a dit ce que c'eft , mais je vous [emcrcie de bien bon cœur. J'ai/rois trop peur de crever , ![( j'étcis enflé comme vous , ou de ne dcfenfler jamais. Dme. FRANÇOISE. Mais écoute-moi.
DU CLOS. Tout franc , Madame , on ne fait point venir les gens 1^ Paris pour les faire enfler.
^6 LA DEVINERESSE,
Dme. FRANÇOISE. Outre dix pift.-les que js te donnerai dès aujourd'hui, je te promets de te uounir toute Xà vie fa is rien faire,
D U C L O S. Dixpiftolcs, 8c )i ne ferai rie.^? C'eft quelque chofe,
LA MAHQUISE. Tiens, en voi;à rncor fix que ie te donne , afin qae tu aycs meilleur cou. jgc.
D U C î. O S. Vous me fait^-s prendre , mais pourtant je voudrois bien n'êt.e point enflé.
Mme. J O B I X 4 <^i/ Clos. J'ai à te dirj que qua.d j'a-rai f^it palïor l'erflure , ce ne fera pas comme à Madame , tD ne )oi,ff, ir_;s pas foa mal ; & puis tu n'juras qj'à m'amencr quelque mile' able qui prendra ta place. <^'eil pour fuira la fortune d un gueux fjiiîéeant.
DU C L O S. Puifque cola eft, vous n'avez qu'à faire , me voilà prêt; mais ne m'erjflrE guère , je vous en piie.
Me. J O B I N. On ne s'en appercevr.i p.e!c?u p^s. Viens. Mets-toi là ( Elle les fait ajfeoir ivn & l'autre. )
Dme. FRANÇOIS E. Je tremble.
LA MARQUISE bas. ^ Cela va loin , & je ne fçui pre;q.;e plus oîi j'en fuis.
Mme. J O B I N. f Elle les touche tous deux & ptononce quelques paro- les barbares. ) Qu'en ne dife cen.
Dme. FRANÇOISE. Ah, ah!
D U C L O S. Ah , ah !
Dme. FRANÇOISE. Eh / Madame , eh , eh /
DU CLOS. Ah, ah, ah ! quel lintamare je fens dans mon corps! je crois que l'enflure va venir.
Dme. FRANÇOISE. Ah , ah . ah ! Je fens que l'enflure s'en va , ch , eh eh .' je defenfle , ah , ah , ah '
DU CLOS. Ah oui l'enflure ; he oui l'enflure vient , j'enfle,
Dme. FRANÇOISE. Je defenfle , ah , je defenflc. hé , hc , hé !
D U C L O S.
J'enfle, j'enfle .hola, hola. Ah , j'enfle, j'enfle, j'enflei
ah, ah, -^i , c'eft aHez ; que l'enflure arrêre ; en voilj
a moitié d'av<intage que Madame n'en avait. On m'a tioqi'
pé , & je fuis plus gros qu'an tonneau.
COMEDIE. 17
Dme. F R A N Ç O I S K, /f levant* Ah! Madame, que me voiià foulagée /
IVime. J O B I N à la Marquife, Hé bien , Mefdnmes , qu'en dites-vous î
L A M A R Q U I S t. Il y a plus à penfcr qu'à dire.
Dme. FRANÇOISE. Suîs-ie moi-rrême , 8>c ce changement efl-il bi?n croya- ble ? Je PC fouffre plus. Je fuis guérie. Quelic juye Ce n'eft pas affez que trente Louis qui font dans ma bourfe. Prenez encor cette B:tçue en attendant un autre piéient. Adieu, Madame, j'ai impatience de m'allcr mortier, je crois que perfonne ne me connoîtra. Suis-moi Guillaume.
D U C L O S. Je ne fias p3s fi prefTc mni. Vous êtes plus légère , & je fuis plus lourd. On va fe moquer de nioi- La b.lle opéra- tion ! Hi , hi , hi , hi.
M A T U R I N F. Te voiîà bien empêche, trouve quelque gueux, il y en a mille qui feront ravis d'avoir ton enflure.
SCENE XI.
LA MARQUISE , Mme. JOBIN , MATURINE.
QLA MARQUISE. U'ai-je vu.'' Eft-cc que mes yeux m'ont trompée? Mme. JOBIN. Vous avez vu , Madame , un petit effai de ce que peut une femme qui ne fçait rien.
LA MARQUISE. J'en fuis immobile d'étonnement , & quand ce feroit un tour d'adreiîe , à quoi il n'y a pas d'apparence , je vous admirerois autant de l'avoir fait que fi tout i'Enfer s'en étoit mêlé. Mais puifque vous pouvez tant , ne vous amufei point à des paroles pour moi. Je voudrois voir quelque chofe de plus fort fur ce qui regarde mon amant.
Mme. JOBIN. Vous êtes en ocine de ce qu'il fait où il eîl ?
'la MARQUISE. Je vous l'avoue.
Mme, JOBIN. Le voulez-vous fçavoir par vous-même ? Deux mots prononcez le feront paroitre ici devant vous, LA MARQUISE. Je ne ferois point fâchée de le voir , mais...
Mme. JOBIN. Vous balancez? n'ayez point de peur. La vue d'ua amant n'eft jamais terrible.
LA MARQUISE. Et ne îerrai'jc que îui i
M-l ./T.
XJ c r #jiTj:i£\.jDOOJB,
Me. J O B I N.
Scion qu'il eft feul préfentemcnt , ou en compagnie;
LA MARQUISE. Voyons. Il me feroit honteux dj trembler. Il fe divertit peut-être agréablement fans penfcrà moi.
Mme. J O B I N. F.rprit qui m'obéis , je te commande de faire paroître la perf >i)ne qu'on fouiiaite voir, à Maturine. Tirez ce rideau» Il ne fçauroit tarder un moment.
( On voit paroiire le Chevalier dans un miroir. ) LA M A K Q U I S E. C'cft le Chevalier. Le voilà lui-trême. Que fait-il 1
Mme. J O B I N. Il a les yeux attachés fur un Portrait.
LA MARQUISE. C'efl le mien , je le reconnois au Ruban.
Mme. J O B I N. Vous djvez être contente , il le baife avec allez de ren» drelfe.
LA MARQUISE. Que je fuis furprife ! Mais il cft déjà difparu. La joye de le voir m'a peu duré.
Me. J O B 1 N. Vous n'avez point d'jmant fi fidèle , ni qui vous aime avec tant d'jrdcur.
LA MARQUISE. Je n'en doute point après ce que vous m'avez fait voir, Mjis n'y a-i-il point m^yzn de 1? npoeller auprès de moi/
Mme. J O B I N. Rien n'eft (î aifé. Ecrivez-lui qu'il parte fur l'heure, il prendra la pofle , & vo\is 1: verrez dès ce foir même. LA MARQUISE. Dès ce foir même .' Et il nous faut le rcfte du jour pour lui envoyer ma lettre.
Mme. J O B I N. LaiiTez.moi ce foin , j'ai des Melfcgers à qui je fais faire cent 'ijues en un moment. Vous aurez réponfe avant que vous foriiez d'ici.
LA MARQUISE. J'aurai répor-fe ? Voyons luf^u'au bout. Voilà des chofes dont je n'ji jamais entendu pjricr.
Mme. J O B I N.
Avancez la table. Il y a une écritoire deflus. Il faut s'il
vous pliît , que vous écriviez ce que je vais vous difter.
Il nCennuye de votre abfence. Mandei moi par ce porteur
Ji vous vous réfoudrei à la finir ^ & fi je puis vous atten'
dre ce foir chti moi Cela fuffit , c'cft à moi à cicheter ce
billet, il y fjut un peu de cérémonie que vous ne pourriez
voi fans frayeur. Je reviens dans un momeni. La Devint"
reJTe fort.
COMEDIE. 3>
LA MARQUISE. Pal fait l'erprii fort , mais je commence à n'être pal trop affuré.
M A T U R I N E. Il n'y a rien à craindre. C'eft une manière de chat-huant qu'elle a lâ-ded.ins , à qui elle va parler. Il eft laid , mais il ne faitjjmais de mal à pcrfonne.
LA MARQUISE. J'avoue que tout ce qj'ellc fait me confoad.
M A T U R I N E. Elle eft bien habile , & fi je vous ûvois dit...
Mme. J O B I N , rentrant. A l'heure qu'il eft , il faut que votre billet foit r«ndu.
LA MARQUISE. Quoi , fi promptemcnt î
Me. J O B I N. Vous allez le voir. Par tout le pouvoir que j'ai fur toi, je t'ordonne de fjire paroître de nouveau celui que nous avons déjà vîi. ( Le Chevalier paroit une féconde fois dans le Miroir, J
LA MARQUISE. Il revient. Il a mon billet. Quels tranfports de joie !
Me. J O B I N. Ces marques d'amour vous fàchent-elles J
LAMARQUISE. II prend la plume.
Me. J O B I N. C'eft pour vous écrire. Dès le moment que mon Por- teur aura fa réponfe , il quitera le corps .quM a pris , & viendra vous la mettre entre les rnains. LA MARQUISE. A moi 1 Qu'il ne m'approche pas , je vous prie.
Mme. J O B I N. RalTurez-vous. Elle tombera à vos pieds fans que vous foyez perfonnc.
LA MARQUISE. On lui apporte de la lymiere, il la cachette, il s'envs. Tout Je corps commence à me friiîbnner. Mme. J O B I N. Il me femble que les chofes fe palTent affez doucemenr. Vous n'avez rien vu que d'agréable, Si je vous ai épargné toui ce qui auroii pu vous faire peur.
LA MARQUISE. Il eft vrai , mais quoique je ne fois pas naturellement :imide , j'ai vu tant de chofes , que je ne croyois point faifables, que je ne m'aflure prefque uas d'être niof-même.
Me. J O B I N. Au moins faites-moi la grâce de ne rien dire. Il y s de ertains efprits mal tournez... Mais mon Poneuj a fait di- igence. Voici la réponfe. Prenez.
40 .i^ DEFins RESSE,
( On voit tomber une Lettre du haut du plancher.'^ LA M A R Q U l S F.
Comment î Toucher à ce qui a éié apporté par im efprit f
Me. J O B I N.
Lifsz. Le charme a eu fon effet, & vous ne deïez pas craindre qu'il aille plus loin.
LA MARQUISE, Elle lit.
C'eft Ton écriture. Qui l'eût jamais crû / Je pars fur Vheure, Madame S& doute fort que votre Porteur vous voyei avant moi. Un Amant attei.du de ce qu^ il adore ^ devance toujours le plus prompt Courrier. Adieu , Ma- dame , j-' fuis a interdite de ca qui m'a-rive , qu'il m'ell împvffibJe de raifonner. Je vous verrai. Si J5 ne vous marque pas ma reconnoiflance dès aujourd'hui, vous ne perdrez rien au retardement.
Me. JO B I N.
Vous en ufcrcz comme il vous plaira. Je vous demande feulement le fecrct. A Maiurine. Conduis la des ye ix, Ei ne nojs Ij'.ffe pas furprendre. Elle s'en retourne fort étonnée. Jamais Magie n'a mieux opéré. M A TUR I N E.
Parlez en toute alTurance, elle eft partie, Sr je croîs que (i on s'en rapporte à elle , il n'y aura jamais eu une plus grande Sorcière que vous.
SCENE XI L
Mme. JOBIN, LE CHEVALIER, MATURINE.
Me. JOBIN. E bien! Q»'eft-ce , M. te Xhevalierl Vous ai-je fcrvi l
LE CHEVALIER. Je te dois la vie , 5c je ne faurois trop payer ce que ta as fait pour moi. Voilà dix louis que je te donne , en atten- dant ce que je ne te veux pas dire aujourd'hui.
Me. J O B I N. Botez-vous ce foir pour aller chez elle. J'ai jo'ié mon rôle , le refte dépend de vous. Je ne vous recommande point le fecrel.
L E C H V A L I E R. J'y fuis plus intérelTé que toi , n'appréhende rien. AHieu, je me réglerai fur le billet envoyé , Se me tirerai d'aiïaircs comme je dois.
Me. JOBIN. A la fin me voilà feule : il faut profiter de ce moment.
SCENE
COMEDIE, 4t
SCENE XIII.
Mme. J OB I N, Mr. G OSS ELI N, M A TURIN E^
VMme. J O B I N. Enez , mon fere. Que dites-vous de mon commerce? Vous en devez étie inftruit.
Mr. G O S S E L I N. J'avoue qu'il y a ici di grandes Du^jcs , fî un peu d'à- dreife les lait éblouir.
Me. J O B I N. Vous n'avez encore rien vu. Venez avec mol , 8c quand je vous aurai motu;é ccitaine» Machi-^fS que je fais agir dans l'cccafion , vc us me direz (i d.ins la fuiic de vrre Pro- cès vous ne voudrez vous leivir , ni de mon argent, ni ûa mes amis.
Fin du fécond Aâe.
.9
ACTE ï ï I,
SCENE PREMIERE.
LE MARQUIS, MATURINE.
PLE MARQUIS. Eut-on voir Me. Jobin \
MATURINE. Eft-ce que vous avez quelque chofe de fi preffié à lui dire .'' Dame, elle a bien de gens à qui parler. LE MARQUIS. J'aurai patience. Il me fuffit de favoîr qu'elle foît chez elle.
M A T U RI N E. Ils font cinq ou fix là-haut qui attendent à la porte, &(. qu'elle fait entrer l'un après l'autre dans fon cabinet. Elle leur montre.là du plus fin.
LE MARQUIS. On dit qu-elle en fait beaucoup.
MATURINE. Oh ! il n'y a point de femme p'us habils qu'eiki
LE MARQUIS. J'ai oui affurer qu'elle ne fc trompe jamais*
MATURINE. Elle n'a garde.
LE MARQUIS* Comment S
4Z L A D E K INE RE S S E;
M A T U R I N E. Je ne dis rien. Vous n'avez qu'à lui demander ce que vous voudrez.
LE MARQUIS. Elle fait donc tout î
M A T U R I N E. Vraiment.
L E M A R Q U I S. C'eft à-dire , qu'elle a toujours quelque diable en poche I
M A T U K 1 N K. Elle ne me montre pas tout ce qu'elle a. Je vois feule- ment un gros vilain. Oileju dans Ca chambre , qui ne manque point à voler fur fon épaule dès qu'elle l'appelle. Il lui fourre fon bec dans l^oreilie pour luî jargonner je ne f)is quoi. Il a un bien laid langage que j: n'entends pjint; mais il faut bien qu'cl'e l'entende elle, car après qu'ils ont été ainfi quelque tems , elle n'a plui qu'à ou« Viir la bouche pour piédire le palîé, le piéfcnt, &c l'avenir. ç.
LE M A R Q U 1 3. Et n'as tu vu que cela î '
M A T U R I N E. Oh ! bien autre chofe. Mais elle ne fait pas que je l'ai vu.
LE MARQUIS. Et c'eft î
M A T U R I N E. Vous l'iriez dire , & puis on me chaiTeroit.
LE MARQUIS. Je l'irois dire .?
M A T U R I N E. Voyez-vous, je ne gagnerois jamais autant autre p^rt. Il y a bien de profit avec elle. J'oblige d'honnêtes gens qui font prefles de la confulter. Je les fait monter avaat les autres , &. vous favez bien , Monheur... LE MARQUIS. Ne crains rien de moi. Voilà deux piftoles pour aiTu- rance que je ne parlerai point.
M A 1 URINE. Vous ères brave homme , je le vois bien , & il n'y â point de hafard à vous dire tout. Quand elle veut faire fes grandes magies, elle s'enferme dans un grenier où die ne jailfe jamais entrer perfonne. Je m'en fus il y a trois jours regard 'r ce qu'elle fuifoit par le tr^^ii de la ferrure. Elle étoit afTifi , & il y avoit un gr:>nd chat tout noir, plus long deux fois qae bs atJtrcs chats . qui fe prome- noit comm; un Monlîeur fur f:s p^tes do derrière. Il fe mit à i'embralfcr avec fcs deux pâtes de devant , & ils furent cnfcmbk plus d'un gros q lart d'heure à marmoter» LE MARQUIS. Voilà un terrible chat.
COMEDIE. 43
M A T U R I N E.
Je ne fais s'il vit que je rcgjidois par la ferrure , mais
îl vint toi i d'un coup fe j.tccr conirc 1j porte , &c je la
croyois enfoncée , tant il fit du bruit. Ce fui bien à moi
à me fauver.
LE M A R Q U I S. Comment efl-ce qti'on t'appelle ?
M A T U R I N E. Muîurine , Monficiir , à votre fcrvice. LE MARQUIS. Ecoute, Ma^'urine. Je fuis curieux, & je fais pluficurg fccrets qui approchent fort de ce que fuit Mme. Jobii). Elle t'emploie & quelque autre encore dans les nugics l Ving( piftoles ne tiennent à rien. Je te les vais donner tout préientcraent , fi tu veux m'apprendre de quelle manière...
M A T U R I N E. Je penfe , Monfieur , que vous vous moquez. Vous étcg iecret , & je ne m'avifcrois pjs de vous rien cacher, f\ elle m'avnjt employée à qjelque chofe. Ma:s c'ed avec des paroles qu'elle Lit tout , & fi vous voulez lavoir comment , il faut que vous trouviez moyen de faire ami- lié avec Ton char j car il n'y a que lui qui le puilîe dire. LE MARQUIS. Tu crains...
M A T U R I N F. Tenez. Voi)à une Djme qi;i n rt de fon cabinet , de- m:;ndez-lui fi elle en eft fatisfjitc. Je vais cepcrdjnt lui faire favoir qj'on l'attend ici , afin qu'elle dépêche ceux qui f^int là haut. & ^. .=====:..^^ r: r-^;^
SCENE IL
Me. N O B L E T , L E M A R Q U I S.
A Me. N O B L E T.
H ! M. le Marquis!
L E M A R Q U I S. Quoi , c'eft vous , Ma iame 'f
Me. N! O B L E T. Vous voy:z comme l'impatience de vous obliger m'a fait p,.(rer par-dc(îus tous mes fcrupules. Quciqie tvcr- fion que j'aie eue toujours pour les gens qui (e mêioit de deviner, voi;s m'avez priée de voir Me. Jobin, &. j'ai voulu y vc.-.ir fur l'heure.
LEMARQUIS. Je vcus fuis fort obligé
Me. NOBLE T. Qui vous auroit cru ici ? Je iraverfois cette chambre pour reprendre l'autre efcalier i fans cela , je ne vous •ulTe pas rencontré.
F 2
44 r^ DEVINERESSE;
LE MARQUIS. Hé bien , Madame , la Devincrefïe ? Me. N O B L K T.
Je me dédis. Je croyois bien vous aider à la convaincre <îe ne favoir dire que des fduiTetés , mais après ce que j'ai entendu , il faut fe reiidre. Elle m'a dit des chiofes... Je n'en doute point , il y a là-detîbus du furnaturel. LE MARQUIS. Voilà qui va bien. Tout ce que vous êtes de femmes elle vous fjit donner dans le panneau. C'eit en quoi cou- Tillc ion plus grand chai me.
Me. NOBLE T. La Comtciîe d'Aftragon a du mérite , & j'aurols beau- coup de joie de vous la voir épouier. Mais comme vous êtes de mes plus particuliers amis , j'avoue que ce mariage me caufeioit de la peine , tant je fuis perfuadée fur fes men.ices , qu'il ne pourroii que vous rendre mal- heureux.
LE MARQUIS. A cela près , je voudrois que Madame la Comteffe voulût m'époufer.
Me. N O B L E T. Ecoutez , la fatalité qu'elle trouve attackée à votre per- fonne n'ell peut-être pas pour toujours. Elle peut ne re- garder que le tems préfent , &c cela étant, fi vous Iaiffie« palîsr un an ou deux fans vous marier , vous pouiriez enfuite époufer qui vojs voudriez , & nft craindre rien. LE MARQUIS. Je vous affure , Madame , que je ne crains rien du tout* Peut-on faire cas d'une ignorante?
Me. N O B L ET. Pourquoi vous !rouvai-ie doac ici %
L E M A R Q U I S. Je n'y viens pas pour rien fjvoir d elle , j'y viens pour îui faire vojr qu'elle ne fait rien.
Me. N O B L E T. Je le veux croire. Cependant la curîofité m'engage à revoir demain Me. Jobin. Elle m'a donné l'on heure; 2>c fi elle me fatisfait autant qu'aujourd'hui, )'aurai de la peine à m'en détromper. Mais adieu. Voici une Dame qui ne veut pas fe faire coonoître ici, & je ne veux pas non plus qu'elle me connoiffe.
SCENE I I L
LA COMTESSE, LE^ MARQUIS.
LA COMTESSE , avec un autre habit , fi' fe démafquant dès que Me» Noùlet eji foniç.
î
E vous ai fait attendre long-temps.
COMEDTE. '45
LE MARQUIS. Me. Jobin donne audience là-luut à trois eu quatre per- fonni-s , & nous ne lui ourlons pjs encore pnrlé quand vous feriez venue at'fli-iôt q'je moi. Mjis je vous prie , Madame, que vous a lit votre amie que noi.s avc.ns rencontrée en venant ici , & qui vous a fjit dcfcendre de mon carroffe pouC vous entretenir dans le Ç\cn ?
LA COMTESSE. Ce que je fais qu'on vous a dit q'.i vient d'arriver chez la Jobin, roucliant i'averîture du Miroir .Sf de la Dams enflé;; , dont voiis vous êtes bien doni:é de garde de me parler.
L E M A R Q U I S. J'enrage de vous entenore conter ce qii ne peut être.' Tour ce que vous voyez d^; gjns vous dilent merveille de la Jobin, & je ne trouve perf nne qu'elle n'ait tro.npe. LA COMTESSE. Vous êtes fon ennemi, 8c voi.s n'apprenez d'elle que ce qu'il vous i^l.iît. Pour moi qui la conn >is par moî- même , la crois comme (r tout ce qu'elle me prédit éioijt arrivé.
L E M A R Q U I S. Mais, Madame, railbnnons un peu. Ce qu\lîe dit auî m'arrivera à moi , ne doit m'arriver que par la malig "lité de TAftre qui a préfidé à l'iriftantde ma naifTance. Mille & mille autres font rés dans le même inftant , Zi fous le même Aftie. tft.ce que tous ces gens-là doivent ne fe marier jamais , où font-il obligés de tuer un homme l LA COMTESSE. Vous le prenez mal. Ily a une fatalité de bonheurou de malheur attachée à chaque particulier , & celte fatalité BC dé^^ind point du moment de la n-inauce. Mille gens périlL-i t enfwmble dans un vaiHcuU. Mille autres font tués dans un com.bat Ils font tous nés fous différentes planètes & en di ers tems , &c il ne lùilTe pas de leur arriver la œôrat chofe.
LE MARQUIS. Je vois bien, Mjdvime, que les raifons ne vous man- queront jamais pour défendre votre incomparable Me. Jt-bin. Ah ! fi vous m'aimiez...
LACOMTESSE. Je vous ai.mc , & c'eft par-là que je réfifte à vous époufer.
LE MARQUIS. Quel amour !
LACOMTESSE. La complaifaace que j'ai de venir encore icî avec vous, vous en n>orque aflez... Je vais me mafquer. Je parlerai Languedocien , & appuyerai le Roman que vous avez in- vente. Si Me.. Jobin s'y lalffe ftirprendre, je me rends, 8c
A5 LA DnVJ'^ ERE SS E.
voire amour fera faiisfait ; mais je luis foii affUrée qu'elle
connoîtra que nous Ij trompons.
LE MARQUIS.
J'en doure , à moins qi'elle ne me rcconnoiffe pour m'afuif vu tantôt en Laqudis.
LA COMTESSE.
Elle n'a prerq-je pas détourné les yeux fur vous; & puis cet ajuftemcnt ik cette Perruque vous donnent un autre vifage que vous n'aviez. JQ^.^. _^ _r=^!i^._a^ ^
SCENE IV,
*
MATURLS'E , LA COMTF.SSE, LE MARQUIS, Me. JOBIiN.
V.
MATURINE , à la DévinereJPe en entrant.
Oilà un honnête Gentilhomme qui vous attend il y a long-iems.
LE MARQUIS, à la ComteJTe. Gardez-vous bien de vous Ijiflfer voir. Mme. J O B I N. Je fuis fâches do n'avoir pu defcendre plutôtt
LE MARQUIS. Tant de Gens vous viennent chercher de tous côtés , qu'en quelqje tcms que ce foit on elt trop heurtux de vous parler.
Me. J O B I N. Je voudrois pouvoir fjtisfjire tout le monde, maison croit bien plus ha.b;]e q le je ne fuis.
LE MARQUIS. Nous venons à vous, Madame & moi avec une entière confijnce , car on nous a tant dit de merveilies...
Me. J O B I N. Laiifons cela. De quoi s'agit-il .<^
LE MARQUIS. Je fuis de bonne M,iift">n , pjs tout à-fjit riche. La Per- fonne que vous voy.z e(t la plus coifidét jblc héritière de Languedoc, je 1 ji enKvéc. Nous nous l'ommes maiiés. Son l^ere me veui fiirc mun procès. Il che che fa Fille. Elle fe cache. On s'emploie pour l'obli'^cr à nous pardon- ner. On n'en peut venir à bout. Il elt q uitioi de le flé- chir. Vous fiitcs des c'ioCes bien plus diiiijilcs. Tircz-nous d'arïaires. Il y a deux cents piftol s pour vo-js. LA COMTESSE. La fauto n'es pas tant j^rando. !. 'amour fj-ié quido jour de uareillos caufos , Se vous ooil lerex pas fjthada d« nous abé rendut l'on rcpaux
Me. J O B I N. Ce que vous voulez n'cft p. s entièrement impoffiblc.
LE MARQUIS. Je fais que le moindre de vos lecrets fuifi^a pour nous»
COMEDIE. 47
Voilà trente louîs dans une bourfe. Prenez-les d'afance , & nous recourez.
LACOMTESSE. Yeu vous dounarai Je moun couftat. Fafex mé bca rc- metré anbé moun Ptire.
Me. J O B I N. Il eft en Languedoc 1 '•
L F. MARQUIS. Il fait fes pourfuiies au Parlemeni de Touloufe.
Me. J O B I N. Nous les gagnerons. Il faudra peut-être un peu de tems pour cela.
LA COMTESSE. N'Importe.
Me, J O B I N. Je vais vous dire ce que vous ferez. Ecrivez-lui.
LA COMTESSE» El defchiro mas letros fansvou'é legi. Mme. J O B l N. Qnan.d j'aurai f a i quelque cérémonie fur le papier , écrivez. Pourvu qu'il touche la lettre , vous verrez là fuite. LA C O M r K S S E. Yeu farai ben quel la touqna'-a.
Mme. J O B I N. Ceft affez.
LE MARQUIS, ^/j ComtefTe. Que i'ai de joie / Nous voilà hors d'embarras. Madame dira quelques paroles fur le Papier , 5c avec le lems le papier louché fera fon effet.
LA COMTESSE. Dounai mé promptemen d'aquel Pùpié.
Me. J O B I N. Je vous en apporte dans un moment.
LE MARQUIS, à la DévinereJPe. Deux mors , je vous prie, avant que vous nous quittiez. Nous nous fommes mariez par amour. On veut que ces for- tes de mariages ne foient pas heureux. Que pouvons-nous attendre du nôtre ?
M. J O B I N , regardant fixement le Marquis. Affez ai bonheur , au moins cela me paroît ; car je m'arrête plus aux traits du vifjge qu'aux li^'ies des mains. Je vous en parlerois plus aflurément, fi Madame vouloiî fe montrer.
LA COMTESSE. Difpenfax mé , yeu vous prcgoé; yeu ai mile rafous que mé deffendon de mé lailla veiié.
L E M A R Q U I S. En faifant le Chatme pour !e Pnpier , n'en pourrez- vous pas faire quelqu'un qui tous découvre ce que je vou- drais favoir \
1 A DEriN ERE S SE,
Mme. J O B I K. Vous ferez content , laiiTez-moi faire.
SCENE V.
LE MARQUIS, LA COMTESSE.
ML E MARQUIS. E tiendrez-vous parcle , Mjdjme 1 La Déviaereffe LA C O M T E S S E. Nous verrons ce qu'elio dira à fon retour.
LE MARQUIS. Elle nous dirn qu'il n'y ù poipt de bonheur qui ne nous attende , Si vous dppoi fera du p ipiar charmé Du papier chaimé ! Y a-t-ii rien de plus ridicule ? LA COMTESSE. Je crois qu'il auroit l'cfTct que noi.s lui avons demandé, fî ce que voiis lui avez dit étoit vé irub!:. Mais ne nous rciouiiroîis point avant le temps. Quand eile aura confulté l'Efprit familier qu'elle a , je jurerois bien que Ij tromperie lui fera connue.
LE MARQUIS. La Jobln a un Efprit familier !
L A C O M T E S S E. Elle en a un , & elle ne peut avoir appris que par luî cent chufes fccretes qu'elles m'a dites.
LE MARQUIS. Et {\ elle vous apporte du papic- charmé, fans que fo a Efprit familier i"ait averrie de la pièce que nous lui faifonsî LA C O M T E S S F. Je vous promets alors de me dé nafquer , de lui faire confufion de fon ignorance, &i de vous époufer fans aucun fcrupule.
LE MARQUIS. Me voilà le plus conrent de tous les hommes. Mme. Jo- bii eft aviffi peu forciere que moi, & fon Efpnt familier n'eft autre choTe qje la foibleiîe de ceux qui l'écoutent. Vous i'ailez voir. Il me femble que /e l'entens.
P^:^- •^^^■. .V , ■ ig=^
SCENE V L
LE MARQUIS, LA COMTESSE, Mme. JOBIN.
"O" LE MARQUIS.
£I1l É bien, le papier?
Mme. J O B I N. Qu'en feriez-vous \ Madame n'a point de père. Vous ne l'avez ni enlevée ni époufée , & ce qui ell: davantage , vuus oe i'époufcrez jamais.
LA
COMEDIE, 49
L A C O M T E S S E. V'îU vous aï ben dit , Momour , qua quo ero la plus hubiUo femmo qac ya qucdb al mundo. L K M A R i^) U I S. J'jvoue que je n'ai point enlevé Madame , mais je nù l'épojferai jamais,
Mme, J O B I N. Non affurément.
LE MARQUIS; El h raifort ?
Mme. J O B 1 îsr. Je ne me fuis pas mife en peine de la dsmander., riiaîl îl cft d'ii'é de Vous ia faire 'çavoir. Vo i!.z v jus qie je falTô puroîcre l'Elprit qui me piile ? Vous l'enieadrez. LE MARQUIS. Je vous en prie.
LA COMTESSEi ParciiTé l'Efprit.
Mm-'. J O B I N. Afi;i que vous en foulfricz U vue plus aifémenî , v©u3 ne V -r-cz qu'une Vèio qu'il jnimera -, mais ne témoigne^ pj« de peur, cir il hait à voir trembler , & je u'en lurois pas la maîireffe.
LA C O M T E S S E, Noun piS tém>^ugaj de peau !
L E MA R Q U I S à /a Comte fe. Pourquoi en avoii i' J.- ferai auprès de vous.
Me. J O B l N, C'eft faire le brave à cmrre-teinps , vous pourriez bîérf avoir peur vous même, 8c je ne fçai fi vous vous tireriez bien d'avec l'Efp.it.
LA COMTESSE. Anen , anen, Vloufiou , yeu nai qiié faire ni d'efprit ni de refto , per eftré ailogur do, cir hven tout ailfeio L E M A R Q U I S. Je remets Midamc ch:z elie , & vous viens retrouvef încontinent. Prépjrt'Z votre plus noire Magie, vous verrez fi je fuis homme à mépouvjrttr.
Me. I O B l N feu/e. Il y va de mon honneur de bien fuitenir mon rôle. Vnîcî un homme piqué au jeu. II ne me laiHera p int de repos fi je ne le petfuade liii même que je fuis Sorcière. Ils fun£ partis, Mlle, du Builîon , vous pouvez entrer,
^XJ^ ^'^^'^.J^^^o^ ^^K J§^ •'^ J^ SCENE VIT.
Mile. DUBUISSON, Mme. J O B I N*
M;ie. DU BUISSON. Ires levraî, Me. Jobia^ je iuis accourue bien âpropot^
Q
5« LA DEVINERESSE;
Mme. J O B I xN. J'avoue que fi vous fuiïlcz venue un moment plus tafdi* j'cufTe donné jufqu'au bout dans i'enlevemeni. Comment deviner qu'ils me faifoienr pièce ? Je n'avois pas alTez exa- miné le Marquis dans fon habit de Laquais pour Je recon- noîire en Cavalier. Vous m'aviez dit que vous accompagne- riez la Comteffe quand elle viendroir mafquée. Je ne vo- yois perfonne avecelle, elle parloir Languedocien. C'étoient des chofes pour ma prétendue magie.
Mlle. DU BUISSON. II faut que ce fâcheux de Marquis l'ait perfecuiée pour venir pendant que j'étois dehors. J'ai fçû en rentrant qu'elle avoir changé d'habit , & qu'elle étoit forile avec lui dans fon carofle fans aucune fuite. Cela m'a donné du foupçon ' je n'ai point douté que ce ne fut pour venir mafquée chez vous. Jugez fi j'ai perdu tcms.
Mme. J O B I N. Il n'en eft que mieux que la chofe ait ainfi tourné
Mlle. DU BUISSON. Je tiens le mariage rompu. Ma maîtreffe n'en veut déjà plus recevoir de vifites.
Me. J O B I N. Ce qu'il y a de plaifani , c'eft qu'une Dame me paye pour empêcher le maiiage du Marquis, Se que le Marquis employé bonnement cette même Dame pour me venir éprouver.
Mlle. DU BUISSON. Il eft tombé en bonne main. Je crois voir quelqu'un. Adieu, je m'échape. Vous aurez toujours de mes nouvelles dans le b€foin.
SCENE VIII
Mme. JOBIN, DU CLOS.
JD U CLOS. E vous ai trouvé une admirable pratique. J'en ris en- core, aufîi bien que de la Scène de l'enflure, où comme vous fçavez je n'ai pas mal joué mon rôle. Mme. JOBIN. Et cette pratique i'amenez-vous \
DU CLOS. Non , ce ne fera que demain. C'eft la plus crédule de toutes les femmes, & vous n'aurez pas de peine à la du- per. Elle a un amant en tout bien &t en tout honneur, comme beaucoup d'autres ; mais elle ne lailTe pas de lui donner penfion. Cela accommode Je Cavalier , q.n a ce- pendant une petite amourette ailleurs. La Dame s'eft ap- perçue de quelques vifites , le chagrin l'a prife , &c c'eft ià-deifus que je lui ai perfuadé de vous vsair voir. Comme
COMEDIE. 5f
je me fuis fait de vos amis , elle m'j prié de l'amener ; 6^ fi vous lui dites , mais d'une manière où il entre un peu da diablerie , que Ton amant ne la trompe point , elle vous croira, & laifTera le Cavalier en repos. Il m'a promis un préfent fi j'en viens à bout , & c'eft travailler de plus d'un côté.
Mme. J O B I N. Nous y peaferons. Il fuftît quenous ayons temps jufqu'à demain. Ce qui preffe , c'eft J'amant de notre ComteiTe d'Aftragon. II vient de partir d'ici avec ells fort furpris d'un leur de magfe qu'il n'attendoit pas. Il va revenir, &: il nous embarrairera toujours , fi nous nous ne trouvons à l'éblouir par quelque chofe de furprenant.
DU CLOS. Rien n'eft plus aifé. Faifons ce qui épouvanta fi fort der. nierement ce eadet Breton qui fjifoit tant le hardi.
Mme. J O B I N. Je crois que notre Muquis n'en fera pas moias effrayé. Allez préparer tout ce qu'il faut pour cela.
SCENE IX.
MATURINE , Mme. JOBIN, Mme. DESROCHES.
MM A T U R I N E. Adam?. Voilà ce Monfieur qui vous avoit [^dit qu'il reviendroit.
Mme. DESROCHES. Je vous quitte; mais vous fouviendrez-vous alTez du feu de ma voix/* Si vous voulez que je revienne chanter...
Mme. JOBIN. Non, Madame, je vous ai entendue affez. A Maturin:» Dis là-dedans qu'on fe tienne prct.J
SCENE X.
Mme. JOBIN, LE MARQUIS,
Mme, JOBIN. É bien , Monfiour , votre Languedocienne ! LE MARQUIS, Elle a eu peur. Cela eft pardonnable à une femme. Vous m'avez furpris , je vous l'avoue. Je ne croyois pas que vous pulîiez deviner que nous vous trompions , 8c je trouve cela plus étonnant que fi vous nous aviez fait voir votre Démon familier,
Mme. JOBIN. Il fera toujours fort mal aife qu'on me trompe. Je pra- tique certains efprits éclairés...
LE MARQUIS. Laiiïbns vcs efpriis, ceU çft bon à djre à des dupes. J'sî
G. 2
gî lA DEVINERESSE,
coutu le monde, & je Içai peui-êi^e quelques Secrets que vous feriez bien aile d'apprendre. Il e/t vrai que tout ce que je vous ,ai dit de la Dame Lan;^ii:dociennc , n'étoit qu'un jjuî Elle eft femme d'un Gentil-humme qtii rft venu îci poiirfuivre un Procès , & vous ave? pjrlé en hibilc Deiin-refTe , quand vtus avez dir que je ne l'avoii ni enle- vée ni épouféc. Entre noi/S pjr oîuvez-vous pu le Içjvoirl
Me J O B I N.
Par la même voye qui me fera dcc uvrir , quand je le voudrai , fi ce que vous me dites piéfentemeni cft vrai ou faux.
LE MARQUIS.
Vous youlez encore me parler de vos Efprits^ Fft-ce avec moi qu'il faut tenir ce la- g-i^'e ? J'ai cherché inutile- ment en mille Leux ce qu'on dit que vous faires voir à bien des gens, & il y a k-ng-tems que je fuis revenu de tous ces ccntes. le vous parle à cœur ouvert , fjit.'s en de même. Avo»}ez-moi .es chofes comme elles font. Je ne fuis pas homme à vous empêcher dt g:<gf!er avec les Sots. Cha- cun doit faire f-îs affaires i^n ce monde; & depuis f.: plus jgrand jufqu'au plus petit, tous les psifonnages qu'on y joue ne font que pour avoir de "argent.
Me. J O B I N.
Comment de l'.jrgent ? Pour qui donc me prenez vousl ïl n'y a point d'illufioi d.ins ce que je fiis. J« tiens ma parole à tout le monde, 8c je 1j voudrois tenir au diacle, il je lui avois promis quelque choff.
LE MARQUIS.
Je le Crois. Il faut bien tenir parole swx. honnêres gens, Mais encore un coup . Mme. Jobin, avouez-mo! qtie votre plus grande fcience eft de fçjvoir bien tromper. Je -vous en eftimerai encore davantage. Je louerai votre esprit , &l fi vous me voulez apprendre vos tours d'adreffe , je vous Jes payerai mieux quç me font les toibles à qui vous faites peur par-là.
Me. J O B I N
C'cft trop m'infulter, gardez de vous en trouver mah Je n'di aucun delfein de vous nuire ; maison pnurroit pren- <îre ici mon parti , gc quoique vous ne voyez perfonne , on vous entend.
LE MARQUIS.
Vous parlez à un homme alTez intrépide. Je me moque âc tous vos Diables. Faites les paroîire , je les mettrai peut-être bien à la raifon.
C La DivinereJTe parait en furie , marche avec précipi- tation , regarde en haut é> en bas . marmote quelques jparoles , après quoi on entend le tonfifrre , & on voit de grands éclairs dan^ la cheminée )
Queil. bagatelle ! je feroi tonner auffi quand il me plaira. Mais il me femble q e j'ai vûiomber qucl^uu chofe. Encotî Vn bras U une çuiffe î
COMEDIE. 5Î
Mme. J O B I N. H faut voir le reftc.
LE MARQUIS. Je le verrai fans trembler. ( Les autres parties du Corps tombent par la cheminée. ) Mme. J O B I N. Pe".t-être. De plus hardis que vous oni eu peur. D'où vient ce filence ? Vous êtes tout interdit. LE MARQUIS. Je ne m'étois pas attendu à cette horreur. Un Corps par morceaux ! AHafnne-t-on ici les gens ? Me. J O B I N. Si vous m'en croyez, Mnnfieur , vous fortirez. \
LE MARQUIS. Moi , fortir ?
Me. J O B I N. Ne le cachez poli)t. Vous voiià ému.
LE MARQUIS. J'ai un peu d'émotion , je vous le confefîe ; mais elle r.e m'eft caufée que par le malheur de ce miférable. Mme. J O B I N. Puifque fon malheur vous touche tant, je veux lui ren- dre la vio.
( Elle fait figne de la main. Le tonnerre & les éclairs redoublent , (/ pendant ce tems les parties du Corps s'ap. prochent , fe rejoignent , le Corps fe levé , marche & vient jufqu'au milieu du Théâtre.
Vous reculez. Vous baiiïez les yeux. Vous vous faites une hofite de me dire que vous avez peur. Je veux oublier que vous m'avez infultce , & faire finirla frayeur où je vous vois. ( Elle parle au corps dont les parties fe font jointes.) Retournez au lieu d'où vous venez , Se remettez-vous dans le même étal où vous étiez avant le commandement que je vous ai fait de paroître.
( Le Corps s'abîme dans le milieu du Théâtre. ) LE MARQUIS. Où donc eft tout ce que j'ai vu ? II me femble qu'un homme a fjit quelques pas vers moi , je ferois bien aife de lui parler. Qu'eft-11 devenu ?
Me. J O B I N. La voix vous tremble ? Vous m'aviez bien dît que vous êti^z Intrépide.
LE MARQUIS. J'ai vu des chofes alîez extraordinaires pour en avoir un peu de furprife ; mais pour de la peur , vous me faites ïort n vous le croyez.
Mme. J 0 B I N. Vous avez pourtant changé de vifage plus d'une fois," Que fcroit-ce fi je vous avois fait voir ce que vous avez tant cherché inutilemcnî .*'
54 L A D EVÎNERES SEi
LE MARQUIS. Je vous donae cent piftoles , fi vous le faites.
Mme. J O B I N. Vous en mourriez de frayeur.
LE MARQUIS. Je ne me dédis point de cent piftolies. Si vous pouvez me montrer le diable, je dirai que vous êtes la plus habile femme du monde.
Mme. J O B I N. Revenez demain , & faites provifion de fermeté.
LE MARQUIS. ■Quoi , c'ell tout de bon ?
Mme. J O B I N. C'eft tout de bon. Nous verrons fi vous foutiendrez fa ?ûe. Viendrez-vous ?
LE MARQUIS. Si je viendrai 1 Oui. Mais répondez-moi que ma vie fer». en fureté.
Mme. J O B I N. ^Elle y fera, pou^-vu que la peur ne vous l'ôte pas. LE MARQUIS. Ne puis-je amener perfonne avec moi ?
Mme. J O B I N- Non , il faudra que vous foycz feul.
L E M A R Q U I S. Adieu , Madame , vous aurez demain de mes nouvelles,
Mme. J O B I N feule. ÎI y penfera plus d'une fois. S'il vient , il n'eft hardi qu'en paroles, Se puifqu'il a déia tremblé du Corps par mor- ceaux , le Diable que je prétends lui montrer le fera trem- bler bien autrement.
Fin du troifieme A3e» :ggg-.^.^^ ^g^; ^g!% ^^%;=!
ACTE ï V.
ê(CJÉMJÉ JPJELJÉmXJÉJELJË^
LE MARQUIS, LE CHEVALIER.
CLE MARQUIS. Omment , Chevalier, vous à Paris l LE CHEVALIER. Un billet de la Marquife que je reçus hier fur les deux heures par un Exprès qu'elle m'avoit envoyé , m'a fait re- venir fi promptement.
LE MARQUIS. On veut qu'elle foii venue hier confuher Mme. Jobi»
COMEDIE. 55
îbr votre chapitre ; qu'elle vous y ait vu dans un miroir baifant fon portrait.
LE CHEVALIER. Il efl vrai que je baifois toujours fon portrait dans ma folitude. '
LE MARQUIS. Qu'elle vous ait écrit dans le même temps pour vous or- donner de revenir ; qu'un Efprit vous ait porté fa lettre , & qu'il ait apporté votre reponfc un ouart d heure après. LE CHEVALIER. Que m'apprenez-vous ? Il eft certain qu'à moins qu'être diable, on ne fçauroit avoir fait plus de diligence que moi. LE MARQUIS. Vous croyez donc que c'étoit un diable ? LE CHEVALIER. Peut-être me faites-vous un conte pour vous divertir, mais ce qui eft très-vrai, c'eft que je baifois le portrait de la Mjtquife un mcment avant que Cd lettre me fut rendue»
LE MARQUIS. Vous le bailîez. On vous a écrit, &: vous avez fait réponfe fur l'heure. Je ne fçai plus que vous dire. LE CHEVALIER, Je ne fuis pas moins furpris que vous. LE MARQUIS. Mme. Jobrn eft de vos amis. Elle vous dira ce qui en eft,
LE CHEVALIER. Je ne fçai fi c'eft une chofe dont je doive chercher à être éclairci. Mon principal intérêt eft de fçavoir d'elle (î je n'ai pointa craindre quelque changement de la Marquife. LE MARQUIS. On m'a dit qu'elle ne tarderoit pas à revenir. Je vais vous îaiffer l'attendre. Comme il faut que je fois feul pour ce que j'ai à lui dire , je prendrai mon heure. L E C H E V A L I E R. SI ce n'eft que pour moi que vous foriez, je vous quit- terai la place.
LE MARQUIS. Non, rien ne me prelTe , & je ferai même bien aife de se lui parler paî fi-tôi.
SCENE IL
Mme. JOBIN, LE CHEVALIER.
A LE CHEVALIER.
H ! vous voilà , Mme. Jobir!. Je vous aiiendois. Mme. JOBIN. Hé bien, notre afîaire?
LE CHEVALIER. Elle ne peui mieux aller. Hier après vous avoir quitt^Ca
^6 LA DE riNERESSE ,
je nie fis mener en ch-iife roulante à deux lieues d'ici. Leê vitres étoicni levées , j'dvois le nez couvert d'un manteau , &. il éioit impolTible de me connoître. Le foir apprech..nrj je pris la pofte & allai mettre pied à lerie à b porto de la Matquife. Heureufement , foh pour m'jtteiidre , fuit pour regaider , elle étoit à ia fdnêcre. Elle m'jpperçut , & je lut entendis faire un cri. Je montai en haut , & !j tro ivjl un peu interdite. Kllc ne vouloii p efqje point TouiF ir que je l'approchaire , tant ella avoit pear q-ie jj ne tinlTa de l'Efprit qui m'avoit donné fa lettre. M.jis je 1j rairu,-! par mille chofes que ]<: lui dis. Mille protellations d'umour fuivirent , & (i elle me tient parole, il ne me ri-fte plue que trois jours à foupirer.
Mmci J O B I N. Elle vous époufe ?
LE CHEVALIER. Oui, fon portrait baifé a fait des merveilles^ & elle ne peut trop payer ma fidélité ?
Mme. J O B I N. Je fuis ravie que mon adrelTe vous ait fait heureiix*
IjE CHEVALIER, Je reconnoîtrai ce qtîe vous avez fiii pour moi. Miis je puis dire que vous avez aufli travaillé pour vous , a- C2la vous met dans une réputation incroyable. ( a Marquife a dit à quelqu'un ce qui s'étoit palîe hier chsî vous Ce bruit a couru, & j'ai déjà vu quatre ou cinq de mes amis qji m'ont demandé s'il étoit vrai que je fulie hier à vingt lieues d'ici.
Mme. J O B I N. N'allez pas les détromper.
LE CHEVALIER. Ce feroit me perdre. Je leur jare à tous que j'étols ab- feot , & que je pris la poits fur une lettre qje je reçus à deux heures. Mais adieu , je vous viendrai t;ouver à mi- nuit quand j'aurai long-teinps à vous parler , car vous avez toujours tant de pratiq'ies...
Mme. J O B I Ni Vous n'en devez pas être fâché , je là dois à ce que vous avez publié de moi.
D^:==-" .-0:== ' ' i-t-i.— :^
SCENE I If.
M. GILET avec un habit de Chevalier y Me. JOBÎN*
A M. GILET.
H î Ma chère Mme. Jobin , me reconnoiffez-vous bien! Mme. JOBIN. Je regarde. Comment ? C'cft M. Gilet.
M. G I L E T. En poil &c en plames. Avec cei habit, voyez , ne peut on pas deyenir Mefire de Camp î Mme*
COMEDIE, S7
Mme. J O B I N. Et par delà même.
M GILET. Je n'en trouvai point hier à ma fantaifie choz mon Tail' leur. J'di fait faire celui Jà cxp è» Il a travjillé toute la ijuir. Voyez-moi par-tout. Kft-cc là un air .''
Mme. i O B l N. Admirable, d'un de ces hommes de Guerre qui fe font trouvés à cinquante alfauts.
M. G I L F. T. Je m'y ferai voir. Fianch/mcrt l'habit fait bien le Sol- dat, ('eluici m'infp're ure envie de déguiâncr... Je ma do ne au diable , à l'heure qu'il eft , je tucrois cent hommes.
A'î,r!e. J O B l N. Il ne faut pas être fi brave dès le premier jour.
M. GILET. J'irai loin, où il n'y aura point de Guerre. Trois oîa qu.atre Sots qui jvoiont un peu de familiarité avec mri, m'ont dit inipeninement qu'il falloir que je f.-lfe fou de m'être fjit habiller ainfi. J'ai tiré l'épée , le petit doigc C cnmme vous me l'ave?, appris ) ferme lis m'ont regardé , fe l'ont regardés en feignant de rire, Si pas un deux n'a ofc branler.
Mme. J O B I N. Je le crois. Ils n'y auro'ent pas trouvé leur compte.
M. G I L E T. L'Épée eft divine. Quel tréfor.' Avec ce petit doigt-Iâ, je défierois tout uq tlcudron.
Mme. J O B I N. Vous en viendriez à bout; mais ne laiflez pas de vou« modérer jufqu'à ce que vous foyez à l'armée.
M. G I L E T. J'aurai bien de la peme à me retenir.
s c E N E 1 V.
Mme. JOBÎN , M. GILET, LE CHEVALIER.
LE CHEVALIER.
Eux mots , je vous p-^if , pour une chofe dont j'aurois
oublié de vous avenir. // /ui parle bas.
Mme. JOBIN. J y prendrai garde.
LE CHEVALIER. En voyez-vous alTez bien la Cf^'-féquence î
M ne. JOBIN. Il ne me faut pas tant dire.
LE CHEVALIER, Songcï y bien au moins.
H
5» LA DEVINERESSE,
Mme. J O B I N. C'eft affez.
LE CHEVALIER.
S'il arrivoit par hazùrd...
M. GILET au Chevalier. Pourquoi importuner Mme. Jobia , quand elle vous dit que c'eil allez .«'
LE CHEVALIER. Je vous trouve bon de le demander.
M. GILET tirant l Epée. Ah ! Vous fuites l'entendu.
Mme. J O B I N. Eh ! Monfieur Gilet.
M. GILET. Non , point de quartier , il faut que je reftropie.
LE CHEVALIER. Comment , venir fur moi l'Épée à la main ? // le poujfe»
M. GlLhT. // hjijfe choir fcn Epée. Vous poulTez trop fort. Diable attendez.
LE CHi.'.VAi.IER ramajjant l'Epée de M. Gilet. Il ne faut pas fjire l'inlolent quand on ne Içaitpas mieux £e battre que vous.
M. GILET bas. Eft-ce que j'ai mis mon petit doigt de travers.
LE CHEVALIERS Madame Jobin, Il eft heureux d'être ici , je le iraiierois ailleurs comme il le mérite, mais je ne reux pas vous faire de bruit. Voilà fon Épée.
Mme. JOBIN. Vous m'obligez foit d'en uler ainfi.
SCENE V.
Mme. JOBIN, M. GILET.
VMme. JOBIN. Ous ne fçauriez être fage , M. Gilet. M. GILET. J'ai vu l'heure que j'allois ê re frotté. Je ne fçai com- ment cela s'eft fait , car j'appi-yols du petit doigt fous la garde , d'une fermeté...
Mme. JOBIN. Ne voyiez-vous pas que je vous faiCbis fîgne de reculer f II n'avoit garde qu'il ne vous bârit.
M. GILET. Pourquoi \
Mme. JOBIN. C'eft que je lui al donne une Epée enchantée aufll bien qu'à vous. Il y a trois mois qu'il a idi fîsnne , & Iss pre- migis qui en ont bausnt Jiss amrs!«
COMEDIE. 57
M GILET. Je Tçavois bien que je ne m'étois pas trompé à mon petit doigt. Pcfte ! Il ullungeoit à coup fur , &c fi j'cufle fait le fot, j'en avolj au travers du corps.
Mme. J O B I N. Vous Yoyez bien qu'il ne faut pas vous jouer a tout le monde.
M. GILET. A préfent que me voilà averti, je garderai tout mon cou- Tage pour l'armée. Je pars demain, droit en Allemagne.
Mme. J O B I N. Vous fere2 très-bien. Quand les ennemis auroicnt quel- ques Épées enchantées , il n'y en a point qui vaillent ks miennes.
M. GILET. Adieu , Mme. Jobin , jufqu'à ce que vous me voyiez Meftre-de-Camp .
SCENE V L
Mme. JOBIN, M. GOSSELIN. Mme. JOBIN.
M
Aturinc.
Mr. GOSSELIN. Elle étoit là-bas quand je fuis monté. Mme. JOBIN. Ah ! C'eft vous , mon frère.
Mr. G O S S E L I N. Je viens de p^ifer à mon Procureir. II dit que dans trofs ou quatre iours il fera temps de foliciter. Mme. JOBIN. Je vous promets de vous trouver des amis. Vous ne ferez plus fcrupulcdj recevoir du lecours d'une lœur Sorcière? Mr. G O S S E L l N. Ne fçavez voi;s pas que je fuis devenu moi-même Sorcier? J'aidai hier à fuiie remuer le Corps qui effraya tant voire Marquis.
Mme. JOBIN. II faifoit le brave , & eût grande peur , je vois tous les jours de ces braves-là. lis parient bien haut quand il ne faut que parier , mais la moindre vifion les épouvante. Mr. GOSSELIN. Il veut pourtant voir le diable. Croyez- vous qu'il vienne!
Mme. JOBIN'. Il aura repris du courage depuis hier.
Mr. GO S S E L I N. Après l'avoir vu trembler comme il a fait , je le diverti. rois bleu s'il avoit affaire à moi.
H 2
6o lA DEVINERESSE,
Mme. J u B î N. Hé bien , fjïtes le Diable pour lui-, je m'en fierai piu£ ïûlontieis à vous qu'à pcilonne.
Ni. G O S S E L î N. Comment , le DiiiDlc ?
Mme. i O B î N. Vous avez h taiile merveilkufc pour cela. Un Diable Ragot ne fait pas Ja moitié de l'impicffion que vous ferez. Demeurez toujonrs ici. Vous gagnerez plus avec moi qu'à être Procureur- Fifcjl,
M. G O S S E L I N. Quitter ma chàige de Procureur-Fiical pour faire le Diafcic \
Mme. J O B I N. Allez, ce li'cft peti être pjs, trop changer d'état.
M. G O b S EL IN. Vous m'inf^ruirr z quand vous ferez leul. Je ne ferai point fâché de me réjouir de voire xM^-^rquis.
SCENE VIL
Mme. JOBIN, LAGIRAUDIERE.
f>,^ Maie. JOBIN.
Onfîeur de la Giraudiere , me venir voir eacore aujourd'hui I
LA GIRAUDIERE. Mme. Jobin , je luis converti. Mes piftnîcts retrouvés m'ont fait croire tout ce que je ne croyuis point de vous , & l'on ne me içauroit faire plus de plaifir que de m'en dire du bien.
Mme. JOBIN. Voilà un grand changement.
LA GIRAUDIERE. Comment Diable! J'apprends tous les jours des chofes qui me font voir que vous ê^es la plus hjbiie de toutes les femmes. Vous vîtes hier une Lïnf^uedocienue ï
Mme. JOBIN. Oui, quicroyoitme duper par une hiftoire d'enlèvement,
LAGIRAUDIERE. Rien n'eft plus furnaturel que d'avoir découvert la trom- perie. Avez- vous fçu qui c'étoit I
Mme. JOBIN. L'Ffprit qnc j'allai confulter fur fa fauiîe hiftoire , me J'auroit appris fi j'eulîe voulu ; mais que m'imporioit de ïe fçavoir l
LA GIRAUDIERE, C'étoit la Comtejre d'Aftragnn.
Mme. JOBIN. Quoi ! Je îui dis lis chofvs comme fon amis , & elle fe défie 4e moi I
COMEDIE. ^1
LA GIRAUDIERE. Elle cft bien éloignée de s'en défier , mais un peu de COmplailance pour Ion Amant...
Mme. J O B I N. Qu'elle répoufc , je ne lui en parlerai jamais. Je fçai pourtant bien ce qui e,} a-iivcra.
L A G I R A U D I E R F.. File eft réfolue à n'en rien faire ; & pour vous le témoi- gner, je dois tantôt l'al'cr prendre pour l'accompagner ici.
Mme. J O B I N. Qu'ai t-clle à y faire «
LA G I R A U D I E R F. File veut vous damandcr un Secret pour oublier le IVÎa^quis.
Mme. J O B I N. Si elle vient pour cela , je n'ai rien à dire. II faut la fervir.
LA G I R A U D I E R F. Il m'a raillé fur mes piftolets , j'aurji une joyc qu'on le pulife ch.igrn er... Mais ma chère Mme. J.bin à prêtent que me voilà convainc: de ce que voi.s fçavez , j'ai auffi quelque chofe à vous demander pour moi.
Mme. J O B I N. Qu'y a-i-il?
LA GIRAUDIERE. Je fuis un bon gros garçon qui aime la joye. Rien n'y cft tt co trdire que l'attachement , &c ce que )e voudrois , c\it q rs vo.:s me dofinalîiez un Secict puir être aimé de toutes les femmes que je trouverois aimables. Naiurelle- nient , je fi^is le plus inconftant de tous les hommes. Ne m'en blâmez point, c'' ft le moyen de n'avoir jamais à fou- pircr. A le bien prendre , y a-r.il une vie plus miférable que celle d'un am.nt confiant? Pour bien connoîire l'a- înotir , il faut aimer tout , les belles & les ag'-éables , les grandes S)i les petites , les gr.ilîcs & les mjigrcs , les brunes Scies bondes, les enjouées &c les tiiftcs ; elles ont toutes quelque chofe de différent dans leurs manières d'aimicr , & c'eft cette différence qui empêche qu'on ne s'ennuye en aimant.
Mme. JOB IN. Vous êtes d'affez bon poût.
LA GIRAUDIERE. J'ai la pratique , & connois les femmes. II en eft qui n'aimenr pninr par fierté, ne voulant pjs qu'aucun homme au monde puiiTe dire qu'il ait de l'avantage fur elles. Il y en a d'i. fcrfibles par nature. Il y en a que rien ne peut faire changer , qu.nt elles ont une fois donné leur cœur. D'au- tres ont (les avc:fions naturelles pour l'amant ou pour l'a- mou ; ^Sc comme la gloire de Ce faire aimer de toutes ces foites ds femmtfS eft d'autant plus grande que la chofe pa-
it LA DEVJNERE SSE j
roît impofible, c'cit pour cela que je vous demande uù.
Secret.
Mme. J O B I N. Je ne veux pas vous dire que je n'en ai point ; mai» comme je ne puis lui donner une entière force l'uns conju- rer les Efprits les plus diiîiciies à gagner, cela ne fe fait pas tout en un jour , Se vous ne vous appercevrez peut- être de plus de fîx mois , qu^: j'aye obtenu pour vous ce que ?ous m'engagez à demander.
LA G I R AU D I E R E. Mais dans fîx mois m'alïurez-vous que je me ferai aimer de toutes les fjmmes qui me pi iront? Mme. J O B I N. Je voEJs en afîure, Si même dès aujnurd'liui je pourrois vous fare voir queiqucs-unes de celles dont vous voudrez être aiaié.
LA GIRAUDIERE. Et je vous en prie.
Mme. J O B I N. Ce qui m'embralTi, c'eft que les efprits qu'il faut que j'emplayc font commis à li ga de d'un iréfor , où ils vou- dioac peut-être que vous mettiez quelque grande fomme, LA GIRAUDIERE. Sîfobîante oîi quatre-vingts Louis q je j'ai dans ma bouffe ils accommodent, ils font à eux.
Mme. J O B I N. S'ils n'y fongent point , à la bonne heure... Je voudrois ne vous faire rien coûter.
LA GIRAUDIERE. Vous vous moquez j'ai du bien , & on me voit faire une affrz belle dépenfe pour mes pluifirs. Travaillez pour moi, je n'aurai point regret à ma bourfe,
Mme. J O B I N. "V:ms verrez des cîiofes qui vous furprendront ; mais comme elles ne feront pjs tout-à-f.jic terribles , je crois que (ToE^s aurez le ca;L;r alî'^z ferm;....
LA GIRAUDIERE. C'eft mon affaire ; n je m'tffr.'ye , tant pis pour moi.
Mme. J O B I N. Demeurez ici. J'entre là-dedans pour faire une première coriuiation , cù je ne reçois jamais perfonne. Je reviens dans un moment.
LA GIRAUDIERE feul. Après avoir traité fi long- temps de dupes , tous ceux qui voyoïent Mme. Jobin , me rendrois-je bien moi-même fa dupe \ L'argent demandé pour fes diables du tréior , me fait craindre quelque fo jr d'adrelfe. Il faut voir , ne fut-ce que par curiwfité. Mes piftolets, &c la fauffe Languedo- cienne découverte , font des chofes qui doivent me per- fuader. J'ai de bons yeux quitte à ne rae vanter de rien , fi elle me trompe.
COMEDIE, 6j
Mme. J O B I N. J'ai fait l'Invocation la plus nccelfalre, & rcbfcnrité fa
régner ici. ( Une nuit pàroit. )
LA GIKAUDIERE. <2u'eft-ce ceci ?
Mme. J O B I N. Vous avez peur ?
LA GIRAUDIERE. Point de tout. Mais ie ne ferois pas taché de foîr clair*
Mme. J O B I N. Voici la Lune. Comme elie nous prête fa clané pour lous nos miftercs , il faut qu'elle la continue ici, pendant que je vijis conjurer l'enfer de faire paroître le bouc. LA GIRAUDIERE voyant paraître une Figure de Bouc» Je fçji qu'il eft en véiîéiation parmi vous.
Mme. J O B I N. C'eft aflez qu'il ait paru. Vous allez voir cinq on Gx du rr^mbre des belles qui vous aimeront. JEIle prononce un mot inconnu , & il pojje une figure de
caprice. Ce n'eft pas là ce que je demande.
Un démon paroît avec une bourfe ouverte. Vous voyez pourquoi ils fe font pjier. Je vouiuis tous épargner votre argent , mais...
LA GIRAUDIERE. Cette bourfe ouverte eft un l.^ngTgc fignifica^if. Vouf fçavez que je leur avois deiti é la mienne. Lj vo;Ià,
Mme. J O B I N. Donnez , ils ne b prendrort pjs de votre main. Une autre figure paroli ici ayant une epée à fes pieds. Par l'Èpée que celui-ci vous montre fous fes pieds , il vous avertit d'ôter la votre. J'avois oiiblé de vous dire qu'on ne paroît jamais devant eux l'Épée au Cû:é. LA G I K A U D I h R K. Oter mon Épéel Ce genre de refpcft eft alT^z nouveau*
Mme. J O B I N. Donnez-là moi , je vor.s en rendrai bon compte.
LAGIRAUDIERE. Volontiers : aufli bien elle me feroit alî'ez inutile contre des Efpiiis. Sont-ils contens ?
Mme. J O B I N. Oui , & vous allez voir quelques maîrrelTes que vous aurez. Les Figures qui les fuivront vous en feront fi claire- menr comoître i'humeur , que je n'aurai ncn à vous ea dire. Rega'-dez.
plufieurs figures de femmes paroififenticiVune après Vautre,
LA GIRAUDIERE.
Voilà une belle femme & qui ne manque pas d'empoint.
Il n'y a pas lieu de s'en étonner , la table qij vient après
elle eft bien garnie. Cela marque que la bonne chère ne
64 tA DEVINERESSE.
lui déplaît pas. Tant mieux, nous ferons de bons repasr enferiîble. Cette autre alîv-z belle , q oiqu'un peu maigre , ne le troxiveroiî pas mal de ce que la première a de trop, 'EWq doit être d'un tempérjmert coljic. Ce lyon le marque.
Mme. JO^BIN. Je vous avois bien dit que vous pounicz vous inftruire par vous-même.
LA GI R AU D IF. R E. Que je fuis charmé de cette b;une / Je penfe que je ferai un peu moins i'^confl int pour elle qu-* pou^ les autres. I/amour qui Id fut fait voir q i'e.Ie fçana bien aimer. C'eft l'ordinai-'e d^s brunes, elles aiment prrfque touj.urs for- tement. En voici une q le je crois ''é icieufe. Elle elî toute jeu'ie. Les fleurs lui plaifent. Il fj.idia lui envoyer ùqs bouquets. Que d'inftrumens ! Je vois bien que la Mufique eft fon charme. Tant ir.ieux , j'aime l'Opéra } nous irons fouvent enfemble.
Mme. J O B I N. El cette blonde \ Qu en dites. vous ?
LA G I R A U D I E R E. Elle eft d'une beauté fjrprenante. Qje j'aurai de joie de m'en voir aimé ! Mais ce ne ftra pas pour long-teraps j ce moulin à vent me 1j pemt hgere.
Mme. J O B IN. Ce caraftere vous fait-i! peur?
LAGIRAUDIERE. Pas tout-à -fait. Rien n'eft fâcheux à un inconflant^
Mme. JO B I N. Mon uéiie q.â paroît , m'avertit qu'il n'y a plus rien ê fçavoir pour moi d'aujourd'hui. Voilà votre Épée qua je vous rends.
LA GIRAUDIERE. J'ai vu d'agréables apparitions, car je ne crois pas qu3 fous préteudiez nie faire palTer cela pour autre choie.
Mme. J O B I N. Etes-vous content .?
LA GIRAUDIERE. Je fuis tout pl.'in de ce qui a pallé devant moî. Adîcu Je vas dire encore merveilles de vous à notre Comtetre. Je vous l'amené tantôt.
Mme. J O B I K feule. La Dame jaloufe n'a qu'à me comiJter fes trois cens Louis. Tout me favorife dans ce que j'ai entrepris pour elle. Le Marquis épouvanté , la Comtcffe rcfolue à l'ou- blier, &c la Giraudieie enicté de mon fçavoir! Qui en auroit tant efperé tout à la fois ? Je fuis fort trompé fi 13 Marquis a l'aH'urance de revenir. M.jis n'importe. Ne iaif- fons pas de tenir le diable tout prêt.
Fin du quatrième Acîe,
ACTE
C O M E D I JS. 6î
ACTE V.
SCENE PREMIERE.
Me. J O B I N , DU CLOS.
PMmc. J O B I N. Uifqiie la Dnme n'attend que vous pour venir icî, vous n'avez qu'à lui aller di:e que je Aiis feule. Si quel- qu'un me vient trouver pendant ce lems-là, vous le ferez attendre un moment dans cette autre ch.«mbre. Kien ne manquera. Maturine eft avertie de ce qu'U faut faire , &c tout ira comme il fuut.
DU CLOS. VoiiS ferez payée largement. C'oil une femme qui s'ef- fraye de rien , &c qui croira ce que nous vo-.drons dès la moindre chofe qui rétonnera.
Mme. J O B I N. Allez donc vîte , Se me '.'jmenez. Le Marquis tout trem- blant qu'il a été d î Corps par morceaux, pojrroit revenir, & s'il revenoit , je (crois bien aife de vous avoir.
DU CLOS. N'avez-vous pas un diable tout prêt ? Mme. J O B I N. D'accord , mais il n'en fera que mieux que vous ayez l'œil à tout. Ce que je trouve plaiiant , c'cft que notre Procureut-F'ifca! qui crioii fi haut d'avoir une i'csur Sor- cière , prend goût à notre Mngie , &c femblc ne demander pas mieux que de devenir lui même Sorcier.
DU CLOS. Mais ne hazardez vous rien à vouloir poufTer le Marquis à bout .'' Il a intérêt à détrom.pf;r b Comteife , ëc cet in* lérêt le peut rendre plus hardi qu'un autre.
Mme. J O B I N. Je l'ai éprouvé. Il s'agit de cent piftoles qu'il doit me donner, 8c cent pi{toi'.;£ ne Ce gagnent pas tous les jours. La peur le prit hier, Se le prendra encore aujourd'hui j mais quand il s'aviferoit do faire k* brave, nous ne rif- quons rien. Notre dijble eft un des plus grards qu'on eût pu choifir, &i fi le Marquis veut meure l'Épée à 1 . main , il fe jettera fur lui , &t n'aura pas de peine à le défarmer.
D U CL O 5. Faites lui ôter l'Épée avant que le diable fe montre à luiî
Mme. J O B I N C'efl une précaution que j'ai eue pour In Efprît- qui ont ébloui la Giraudiere ; mais fi je l'avois avec le Mar- quis, je craindrois ds lui donner du foupçoti &, de lea-
65 LA D EVI^ERESSE;
h'jrdir. Mais mctrons la chofe au pis. Quand notre diable ieioiî découvert , qu'arriteroit.il \ Le Marquis auroit beau le publier , je nierois tout ce qu'il diroit contre mol , 8c je fuis fort aifurée que la Comtcffe me croiroii plutôt que lui.
D U C L O S. Cela eft certain , ou bien il faudroit qu'elle eut vu elle- nème la tromperie. Mais je vois entrer une aflez plaifaatc figure d'homme. Parlez-lui tandig que je vous amené la Dame.
SCENE IL
M. DE TROUFIGNAC. Mme. J O B I N-
OMme. J O B I N. «^ Ue demandez-vous , Monneur ?
M. DE TROUFIGNAC. IVÎadame Jobin.
Mme. JOBIN. , C'efl: moi qui fuis Mme. Jobin.
M. DE TROUFIGNAC. Je viens à vous bien déconforté.
Mme. JOBIN. Je remédie à bien des malheurs.
M. DE TROUFIGNAC- On me l'a dit. Voyez-vous , je fuis Noble de bien des rsces dans le Périgord ; mais c'eft que je me fuis marié depuisrun an. J'avois pris pour rien la fille d'un vieux Pro- cureur du Bourg qui eft bien gentille, afin qu'elle fit tout comme je i'cGtandroJs , & quand ça été fait , elle m'a dit qu'elle ne m'avoit pris que pour faire bonne chère, & fe divertir. Elle va à la Chaffs , & lire un Fufîl des plus har- diment.
Mme. JOBIN. II n'y a pas de mal à cela.
M. DE TROUFIGNAC. , Non , mais elle a été à la ChalTe de quelques piftoles que j'avois eu bien de la peine à amalTer ; & elle m'en a emporté un boa fac tout plein. J'ai fait aller après elle. On l'avoit vue fur le chemin de Paris habillée en homme. J'y fuis venu , & ja la vis dans les rues il y a deux jours avec un juile-au-corps Se des Plumes. Je mis vite ma cafa- que fur mon nez, afin qu'elle ne me vît pas. Je la voulois luivre , rr).ais il vint tant de caroflfes à la traverfu , que je ■flc la vis plus.
Mme. J O B I ?>!. Vous l'eulFisz arrêtée fans les carciTes î
M, DE TROUFIGNAC . Je n'cuffes en garde. Elle eut mi? i'épée à la main tout comme up homfigv
COMEDIE. 67
Mme. J O B I N. C'ail-à-dire , que vous craigaez d>n cfre battu ? M DE TROUFIGNAC.
Non pas , mais je voudrois bien que les chofes fe fiiTent avec douceur. Or na pourriez-vous pas ûien la faire vcHir chez vous par quelque charme , & lui en donner un uuire après cela , afin qu'elle pût m'aimer ?
Mme. J O B I N. Pour la faire venir chez mol , quand elle feroii mémo dans le fond du Périgord , je le ferai trés-faciiemeni. Mais l] faut bien delà cérémonie à changer le cœur des femmes, fie j'ai belbin du lems pour cela.
M. DE TROUFIGNAC. J'aurai patience.
Mme. J O B I N. Pa'fque cela eft , donnez-moi fept pitces d'or pour les off.ir à i'Efprii qui m'amènera votre femme,
M. DE TROUFIGNAC. Sept pièces / Ne fercitce point affez de quatra ?
Mme. J O B I N. Efl: ce que vous na fçavez pas que le nombre de fept eft myrteiieux ?
M. DE TROUFIGNAC. Je n'y penfois pas. Faites donc bien , voilà les fept pièces.
Mme. J O B I N. Pour montrer que vous confenrez au charme , foufîli'z trois fois là-deifus. Plus fort. Encore plus fort. Revenez dans quatre jours. Je vous dir^i en quel état feront vos affaires , & quand j'aurai fait venir vuîre femme , jg lui ferai avaler d'un certain breuvage.
M. DE T R O U F I G N A C. Faites-lui en avaler en quaniiié , ]>.mi bon befcin.
Mme., J O B î N. Je connoîtraî ce qu'il lui en faut. Seule C'efl, autant de pris. Quand il reviendra , j'inventerai quelque conte qui l'obligera peut-être à ouvrir encore fa bourfe. Combien de fûts me rendent fçnvante en dépir de mci /
M. DE TROUFIGNAC revenant. Ah / Madame !
Mme. J O B I N, Qu'efl-ce ?
M. DE T R O U F I G N A C. Que vous êtes habile ? Le charme qae vous venez de faire a opcfé. J'ai apuezça ma femnio là-bas , q -i p:rie à votre Servante.
Mme. J O B I N. J'ctols bien certaine qu'elle viîi-sd.-oiï ; rr;ais il ne faui pas vous laiiTer voir , cela 'j$îr.v;:i!-oit Je ch.^rrrie. Aï. D E T R 0 U F IG N ,\C. Je fsrois bkn tâché q^^cilc ir^'aut vu.
X 2
LA DEVINERESSE,
jMme. J O B I N. Hola. Conduirez Monfieur, & le faites fortir par la porte de dcnicre. Seule. I.e hafard fjit des merveil'es pour moi. S'il continue à me fivorirer autant qu'il fait depuis quelque tems , je n'jurji plus d'tfpion.
SCENE III.
Mme. DE TROUFÎGNAC, Mme. TOBIN. Mme. D K T R O U K I G N A C. E la manière qu'on m'a dépeint Mme. Jobin , ce doit être elle que je trouve ici.
Mme. JOBIN. Vous la voyez eHe-même.
Mme DE T R O U F I G N A C. J'ai de grandes chofcs à vous demander.
Mme. J 0 B I N. Que rcf^Te-ton â un aulli beau Cavalier que vous ?
Mme. DE T R O U F I G N A C. Je ne fçai fi vous prétendez railler , mais de vous à moi, j'ai qiielques bonnes fortunes , &. de la nature de celles dont beaucoup de gens fe tiendroient heureiix.
Mme. JOBIN. Jene doute pas que vous n'en fçachiez profiter.
Mme. DE T R O U F I G N A C. J'en profite ; mais ce n'cfl pas tout. à-fait comme je vou- drois. 11 y a un petit obftacle , & je viens voir fî vous le pourrez lever.
Mme. JOBIN. Ce que vous me dites efî bien général.
Mme DE TR O UFI GN A C. Voici U p,Tticjlicr. Je vois les belles ; il n'y a rien en cela d^' furprenant à mon âge. Entre quatre ou cinq dont je ne luis pas hai , i! y en a une , maÎJrelTe d'elle , & riche dit-on , de ceci mille écus.
Mme. JOBIN. J'entends. Vous auriez befoin d'un charme pour la faire ccnfentir à vous cpoufer.
M.no, DE T R O U F I G N A C. El!e ne d». manderoit peuî-être pas mieux non plus que moi. Elle e{l belle , a de refprit , &. nous paroiffons affcz fait l'un de l'autic ; mais...
Mme. JOBIN. Hé bien ?
Mme. DE T R O U F I G N A C. C'cft.là le dijb'c Si voi:s c«v;nez ce m.ais , je croirai que ce que j : voudrois qui fut fait pour moi, ii'cft pas impof. fible. Voilà ma main.
Mme. JOBIN. Les connoUTariCes qu'on a par-là font trop iirparfaîtes.
COMEDIE. rç,.
J'apprendrai plus en taifani votre Figure. Il faut mè dire en quel jour vous êtes né.
Mme. DETROUFIGNAG. Le quinzième de Nouvembre. Me. iOBW feignant de tracer des figures fur fes tablettes» La première lettre de voire nom ^
Mme. DETROUFIGNAG» Ud C.
Mme. JO BI N. De votre furnom \
Mme. DE TROUFIGNAC. Une S.
Mme. J O B I N. Mon beau Chevalier, de quelque belle que vous foycz amoureux, ventz à moi. il y a point de faveur que je ne vous en fuffe obten ir.
Mme DE TROUFIGNAC. Par quel fecret \
Mme. J 0 B I N. Les cent mille écus ne font pour vous, vous êtes femme.
Mme. DE TROUFIGNAC. J'aime aflez cela. Pjrce que je n'ai encore que du poil folet , je fuis femme. En eft-ce là l'air ? Voyez ce chapeau, cette manière de tirer l'épéc.
Mme. J O B I N. Vous avez la meilleure grâce du monde à tout eclaj mais vous êtes femme.
Mme. DE TROUFIGNAC. Votre Figure n'a pas bien été. Mme. J O B I N continuant ,\ tracer quelque Figure fur
fes tablettes. Je vous en dirai davantage en l'jchevant. Vous êtes ma- riée depuis un an. L'homme que vous avez époufé eft fort Campagnard. Vous ne l'aimez point , quoiqu'il vous ait prife pour rien. Il ne fçait ce que vous êtes devenue, & vous lui avez emporté tout ce que vous avez pii d'argent. Mme. DE TROUFIGNAC. Voilà ce qu'il f3ut que le diable vous ait révélé ; car fani ruile exception , perfonne ne fçait rien ici de mes affjires. Je loge ch?z une bonne Dame qui me fjit palTer pour foti neveu. Je lui ai feulement découvert que j'étois fille; mais tout le refte lui efl inconnu.
Mme. J O B I N. Etes-vous content fur votre mais.
Mme. DE TROUFIGNAC. Je tombe des nues, je vous le confeiTe. Je ne m'étonne plus Ç\ tant de gens vous mettent fi haiît. Us me vont avoir ùi leur parti. Que de merveilles je dirai de vous!
fo lA DEVINERESSE^
Mme. J O B I N. Je fjîs des chif-'S qui mérire u ui peu plus d'étonae» ment que de vous jvoir dit des bj^atelles.
Mme. DE T R O U F I G N A C. Je crois qae vous pouvez tour , Mme. Jobit , faites-moî homoie.
Mme. J O B I N. <2ue je vous faffe homme '
Mme. DE T R O U F I G N A C. Vous en viendrez à bout , fi vous le vouiez , je TOUS pa- yerai bieu. ' Mme. J O B I N. hzi cent mille écus vous touchent le cœur ? Mme. D E T R O U E I G \ A C. Je hji moa mal bâti de m;Ki ; Se fi l'ét us h «m^e. j'ea ferois défaite. D'un autre côîé il m-* fjmblcqie le ne feroig point m»l miS iflfjires auprès des B "Iles. Jj a: fçiis fi cet habit me rend pi js hardie à leur en c )nter ; miis elles m'é- cout^nt avec aiTez de plaifir , Se j'fnrig; ds ma voir tous les jou'S =?n fi baju chemin pour de.n.'urjr co irt. Ua cot> dition d,"S femnes efl trop malh;ureuf-'. La cape 5j l'épée, &faites-moi homme. Aulîi-bijn je n'^ipas envie d'en quittée rbabic.
M-nc. J O B I N. Je vous écoute pour rire avec vous , car vous êtes trop éclairée pour me parhr férieufement.
Mme. DETROUFIGNAC. C'efI: de mon plus grind férieux. Se je vous jure que de tout mon cœur je voudrois devenir homme,
Mme. J O B I N. Je n'en doute pas. U y en n bied d'autres qui le voudroient comm« vous. Que je ferois riche avec un pareil Secret! Mme. DE TROUFIGNAC. Puifque vous avez découvert ce qui n'eft ici à la con- noilTance de qui que ce foit , rien ne vous fauroil être impoffible. Je fuis enchantée de votre fcience. Mm;. J O B IN. Quand vous voudrez l'employer pour appsifer la colè- re de votre mari.
Mme, D E TROUFIGNAC. Il enrigo plus d'avoir perdu fes piftoles que fa femme
Mm2. J O B I N. Ecoutez. Vous n'avez point de meilleur parti à pre«dre que ds vous r>ïm.:ttre bien avec lui. Ferez-vous toujours Ji libt'irtinc ? Si vous lui voulez donner plus de fatisfjfton que vous n'avez fjit, j'ai une poudre qui le rendra plus amoureux de vous que jamais.
Mme. DE TROUFIGNAC. Je ne maïque point encore d'arg;nc. Quand cela fera , pirhioiis. Jufquss-là j3 m<i f^-rvir^i ciss priviicgcs
COMEDIE. 7*
^àe cet habit , il me fait mener la vie du monde la plus agréable , & je n'y renoncerai qu'à l'cxirômité. Adieu , Mme. Jobin , je ne vous donne rien aujourd'hui, nous nou» reverrons plu» d'une fois. "-
Mme. JOBIN. Adieu mon beau Cavalier. Prenez garde à ne vous poiat trop rifqucr avec les Belles. Il y a des pas dangereux pour vous.
Mme. DE TROUFIGNAa On fe lire de tout quand on n'eft point bête.
Mme. JOBIN feu/e. Voilà une des plus plaifantes rencontres que j'aye encore eue depuis que je me mêle de deviner. Le maii Se la fem- me dans le même tems !
SCENE IV.
DU CLOS Mme. DE CLERIMONT, Mme. JOBIN.
ED U C L 0 S. Ntrez , Madame.
Mme. DE CLERIMONT. Non , je ne veux point entrer, & je me rcpens bien d'être venue jufqu'ici. Ah .' ah .'
DU CLOS. 'Qu'avez-vous ?
Mme. D E CLE RIMONT. J'ai cru voir un démon tout noir derrière nioi , & c'ctoît l'ombre de ce Gentilhomme qui defcend»
D U C LOS. Remettez-vous. Voilà Mme. Jobin.
Mme. DECLERIMONT. Ah ! Ah! Eh , Monfieur priez-Ià de n'approcher pas Q près de moi.
DU CLOS. Je me mettrai entre vous& elle. Qu'avez-vous à craindre?
Mme. DE CLERIMONT. Ses regards m'effrayent. Qu'ils font horribles !
DU CLOS. C'eft une imagination. Elle les a tournés comme uno autre, à Mme Jobin. J'ai dit à Madame quej'étois de vos amis , & que je vous prierois d'employer toute votre fciea. ce pour lui apprendre ce qu'elle veut fçavoir de vous.
Mme. JOBIN. Quand vous ne l'ameneriçi pas , fon mérite m'obligeroiJ au n'épsrgne rien pour la faiisfaire.
J rr c J } C L E R I A- O N T. Voilà qui eft bien honnête.
DU C L O S ^ Mme. Jobin. Te vC'ire iricLx fcur cllt, je Ycts to ccnjv.re. C'cflua
7» LA défini: RE S SE,
lemme intrépide , & qui n'aura point de peur, quoique vous lui fjffiea voir de furprenant.
Mme. DE CLERIMONT Bas. Que dites-vous , Monfieur \
DU CLOS. Je dis que vous foutiendrez la vue des chofes les plus effroyables. Nt montrez point de crainte. Vous feriez perdue.
Mme. J O B I N. Je vois bien. Madame a l'air d'une f.mmc fort alTurée.
Mme. DÉ CLERIMONT. II eft vrai. Je n'ai jamais peur de rien, âas à du Clos. Comme elle devine tout , elle Tçaura que je ne dis pas vrai.
DU CLOS. Elle ne devine que les chofes qu'on lui demande.
Mme. J O B I N. II faut, Madame, que vous me diû'cz vous-même ce que vous fouhaitez de moi. N'ayez point de honte , je fçai les fecrets de bien d'autres.
Mme. DE CLERIMONT. J'aime. Ah /
Mme. J O B I N. Voilà bien de quoi. Et qui eft-ce qui n'aime pas ? Si Vous fçjviez comme moi combien des gens font attaqué» de ce mal , vous feriez bien étonnée.
Mme. DE CLERIMONT. J'ai cru long-iems qu'on m'aimoit, mais depuis un mois j'ai quelque foupçin qu'on me facrifie à une rivale. On prend toutes les précautions imaginables pour m'empêcher de le découvrir, & potir me perluader qu'on m'aime toujours. DU C L O S à Mme, Jobin. Il vous faut tout dire. C'ell que Mjdame a extrêmement du bien , & comme elle fçait qu il eft de l'honnêteté quaud on aime que celui qui en a le plus en donne à celui qji en a le moins, elle entretient un carrofle à fou amant, Si lui donne de quoi paroître.
Mme. JOBIN. Cela eft d'une Dame génércufe.
Mme. DE CLERIMONT. Oui , mais je ne voudrois pas lui donner de quoi plaire à mes dépens , & fi je fçavois qu'il me trompât , je lui re- irancherois tout net le quartier que je lui dois.
Mme. JOBIN. II feroit bien jufte.
Mme. DE CLERIMONT. Mais aufli je ferois fâchée de me brouiller avec lui, s'il «toit vrai qu'il n'aimât que moi.
Mme. JOBIN. L'affaire eft fort délicate. Se vous faîtes bien de cher- cher à vous éclaircir ; car autrement, ou vous ferviriez de rifée à votre rivale , ou VOUS perdrez voire amant en vous krouillant avec lui. Mme.
COMEDIE, n m A
Mme. DECLERIMONT. ^ \
C'efl raifonner jufle.
DU CLOS montrant Mme. Jobin. Madame cft une femme de bon fens. Mme JOBIN. Je vais tout-à l'heure vous faire dire !a vérité.
Mme. DE C L E K I M O N T. Et par qui? Ah ! je fuis perdue, elle va faire entrer quelque démon. Je m'en vais foriir.
DU CLOS. Gardez-vous en bien. Il vous tordroii le cou à la porte.
Mme. JOB. IN. Qu'avez-vous , Madame»* ^ "'
Mme. DE C L F. R I M O N T. Je me trouve mal, 8c je reviendrai une autrefois.
Mme.- JOBIN. Il faut que je vous débflc. Vous êtes peut-être trop ferrée dans votre corps.
Mme. DE Ç.hW^iW2>KY faîfant Jigni que Mme. Jobin
n'approché pas. Eh non. Ah !
DU C L O S à Mme. Jobin. N'approchez pas de Madame , elle clt (i délicate qu'on ne la peut toucher fans qu'on la blefle. Mme. JOBIN. Je vois ce que c'eft , Madame a peur ; mais qu'elle na craigne rien. Au lieu de mes apparitions ordinaires, je vais feulement faire venir la tére de l'Idole d'Abelanecus qui a îant parlé autrefois , &c qui lui dira ce qu'elle a envie da fçavoir.
Mme. DE CLERIMONT. La tête d'Abelanecus. Une Tête î
Mme. JOBIN. Après qu'elle aura parlé, vous n'aurez à douter de ricilÉ
Mme. DE CLERIMONT. Elle parlera ?
Mme. JOBIN. * Elle parlera.
Mme. DE CLERIMONT. El je l'entendrai .''
Mme. JOBIN. El vous l'entendrez.
Mme. DE CLERIMONT. Non alTurément je ne l'entendrji point, car je fors d'îcî tout à l'heure. Je n'ai plus ni curiofité ni amour , &c je nv'ea vais vous payer pour m'avoir guérie de tous ces maux-là.
Mme. JOBIN. Hé ! Madame, quand on cft une fois entrée ici, on n'en fort pas comme vous pcnfcz.
K
74 1^ ^ UEKINEKESSE^
DU CLOS. Qu'allez-vous faire ? Vous êtes perdue. Des Efprits învf- fibles font répandus ici tout au tour , & fi vous faites af- front à tout leur corps en fortant avant qu'avoir eu re- ponfe d'Abclanecus , ils fe montreront peut-être avec leurs ongles crochus , & je ne fçai pas ce qui en fera. Mme. DE CLERIMONT. Quoi , il faut que j'entende parler le Diable .*"
Mme. J O B I N. Bien des gens voudroient le voir, qui n'ont encore pu y réuffir.
Mme. DE CLERIMONT. Ils n'ont qu'à venir chez vous.
Mme. J O B I N. On y vient quelquefois inutilement. Il ne parle pas pour tout le monde , Se il faut bien qu'il vous aime. Mme. DE CLERIMONT. Comment ; Madame ? Le diable m'aim:. Je ne veux point être aimée du diable.
DU CLOS. Faut-il le dire fi haut ? Tout le monde n'a pas fon ami- tié. S'il va fe fâcher , où en êtes-vous ?
Mme. J O B I N a J^ Clos, Que vous dit Madame ?
DU CLOS. Qu'elle a beaucoup d'obligation au diable.
Mme. J O B I N. Croyez , Madame, qu'il vous fcrvira. Je vais mol-même quérir la Tête qui doit parler; car elle ne fouffriroit pas qu'un autre que moi rapportât ici. Je vous avertis qu'il ne faut pas que vous ayez peur. Je ne repondrois pas de votre perfonnc. Elle fort.
Mme. DE CLERIMONT. Où m'avez-vous amené ? Je fuis à demi morte. Quelle peine de trembler fans qu'il foit permis d'avoir peur ! Com- ment faut-il faire ?
D U C L O S. Songez au plaifir que vous aurez de fçivoir la vérité, & de ne poiat paiicr pour dupe. Quand vous aurez entendu la tète , vous ferez certaine de ce qu'il faudra faire. Mme. DE CLERIMONT. Oui , mais la queftion eft de l'entendre fans avoir peur, & c'cft ce que js ne ferai jamais. Ah , ah , ah ! {Madame Jobin i entre ^ 6» on apporte une table fur laquelle la Tête efi pofée. ) DU CLOS. Eh , Madame , ne vous couvrez point les yeux. Le diable n'eft pas fi horrible que vous croyez. Mme. JOBIN. Approchez , Madame, voici la Tète en ciat de tous parler.
COMEDIE. hc
Mme. DE CLERIMONT. Çu'elle parle , je l'entendrai d'ici.
Mme. J O B I N. Si vous pouvez vous réfoudre à la carefler elle en parlc- roit bien plus volontiers.
Mme. DE CLERIMONT. La carelTer! je ne le ferois pas pour tout l'or du monde.
DU CLOS. Je m'en vais la carefler pour vous 8c pour moi. Comme elle eft aife 1 Regardez, Madame.
( La Tête fe tourne d'elle-même à droit & à gauche. ) Mme. DE CLERIMONT tirant à moitié' fa main de
dejfus fes yeux. Je n'oferois. Ah ! ah ! Mais pourquoi tant craindre l C'efl peut-être quelque vifion.
Mme. J O B I N. Une vifion ? vous croyez donc que je vous trompe î II faut que vous en foyez éclairci.
( Elle marmote ici quelques mots, ) LA TESTE. Je t'ordonne de me venir toucher pour voir fi c'efl vifion.
Mme. DE CLERIMONT. Je fuis perdue. Ou me fauver? Que ferai-je ? DU C L O S ^ Mme. de Clerimont, Madame , pourquoi avez-vous de vifion? Vous vous êtes attirée cela.
Mme. DE CLERIMONT. Je n'en puis plus.
Mme. J O B I N. Ne tardez pas tant à l'aller toucher. Elle pourroit s'élan- cer fur vous, & vous en porteriez de terribles marques.
DU CLOS. Venez, Madame, 8c de bonne grâce.
Mme. DE CLERIMONT. Il m'eft impolTible de faire un pas. D U C L O S. Un peu de courage , je vous aiderai.
Mme. DE CLERIMONT.
Allons donc, puifqu'il n'y a pas moyen de m'en difpenfer.
Elle s'arrête après s'être un peu approchée & dit. Il n'eft
pas néceffaire d'approcher plus près. C'elt une Tête aficdti-
vc, 8>c je ne vois que trop bien qu'il n'y a que de vifion.
Mme. J O B I N. Ce n'eft pas affez , il faut la toucher.
Mme. DECLERIMONT. La toucher l
DU CLOS. Souvencz-vous qu'il ne faut pas avoir peur.
Mme. DE CLERIMONT. Eh , le moyen de n'en pas avoir î
K a
76 L A D EVINERES SE;
DU CLOS.
N'en témorgnez rien, du moins, (Za Dame étant proche de la Table , la Tête remue les yeux. La Dame fait vn grand cri & recule , du Clos la retient. )
Mme. DE CLERIMONT. Ah/ Le mouvemeni de fes yeux m'a touîe effrayée. '
DU CLOS. Allons , faites uo effort.
Mme. J O B I N. Mettez la main deffus , il ne vous en arrivera aucun mal. ( La Dame avance la main , la retire , touche enfin la Tête, & fait deux pas en arrière avec précipitation. ) Me. J O B I N. Ne reculez pas plus loin. Vous l'avez tauchée. Dcmaa- dez-lui préfenrement ce qu'il vous plaira.
Mrne, DE CLERIMONT. Quoi, il fdut que je l'interroge moi-même î
Mme. J O B I N. C'eft votre affaire Se non pas la mienne.
Mme. D K C L E R I M O N T. ^ Comment faire conveifaiion avec une Tête î
D U C L OS. Allons , Madame, parlez vite, afin que nous fortions d'ici.
Mm». DE CLERIMONT. FcTut-il faire un compliment \
Mme. J O B I N. Non , il faut la tutoyer.
Mmo, DE CLERIMONT. Dis-moi... Je n'achèverai jarnâis.
DU CLOS. Voulez-vous fortir fans avoir rien fçû /
Mme. DE CLERIMONT. Un petit moment, que je me raffijre. Dis moi, Madame !a Tête , fî je fuis toujours aiméo de Monfîeur du Mont.
LA TESTE. Oui
Mme. DECLERIMONT. Aime-t-il Madame ds la Jubiniere .' LA TESTE. Non.
Mme. DE CLERIMONT. Et ne va-t-ilpas chez elle ?
L A f E S T E. Quelquefois^ mais c'eft feulement pour obliger un ami.
Mme. DE CLERIMONT avec précipitation. Je n'en veux pjs Içavolr davantage. Tenez , Madame , voilà ma bourfe. Adieu , je fuis toute hors de moi-même. à du Clos. Ne me quittez pas , Muniieur , que vous ne m'ayez remifc chez moi.
COMEDIE. 7/
Mme. J O B I N feule. Pourvu que la bourfe vienne , il importe peu comraent. Quelle folle avec fa peur ! Otcz tout cela.
PICARD. Madame, ce Monfîeur d'hier qui vous avoit dit qu'il reviendroit , le voilà qui monte.
Mme. J O B I N. Otez promptemcnt, & qu'on fe tienne prêt là-dedans jjOur faire ce que j'ai dit quand on m'entendra pnrlev.feu/e, yolci un coup de partie. Il faut, s'il fe peut, en bien fortîr.
SCENE V.
Me.JOBIN, LE MARQUIS, M. GOSSELIN déguife en
Diable.
ÎLE MARQUIS. E ne fçal ce que vous avez fait à une Dame qui fort d'ici , mais je l'ai trouvée toute éperdue fur votre efcalier , & fi fon conducteur ne la foutenoit, elle auroit peine à gagner la porte.
Mme. J O B I N. JLïXq a été curieufe , 5; M a falu la fatisfairc.
LEMARQUIS. J'avoue qu'on a befoin de fermeté avec vous.
Mme. J O B I N. Il faut que vous en ayez fait provifïon, puifque vous vous hazardez à revenir.
LEMARQUIS. Vous m'avez fi fortement répondu que ma vie ne cour- roit auculi danger , que je revienne fur votre parole. Mme. J O B I N. Oui, mais il eft certain que vous aurez peur. Songez-y bien pendant qu'il eft temps.
LEMARQUIS. ' Il faut que je vous confelfc la véi iié. Je fus un peu effrayé de ce qui parut hier devant moi. Vous le remarquâtes , &c la honte qui m'eft demeurés dû ma foibleiTs me fait cher- cher à la réparer.
Mme. J O B I N. Vous ne ferez peut-être pas plus ferme aujourd'hui que vous fûtes hier. La vue du Diable ed plus terrible qu'un Corps par morceaux.
L E M A R Q U I S J'ai promis de vous donner cent Pifloles fi vous pouviez me le faire voir ; je vous les apporte. Si je tremble ; j'aurai au moins l'avantage d'avoir vu ce que mille Gens font per- fuadés qu'on ne fçauroit voi.'-.
Me. J O B I N. Si vous m'en croyez , gardez votre bourfe. Vous voyez que je ne fuis pa fi jr.iérci!é.
ys LA DEVINERESSE,
LE MARQUIS. £ft-ce que vous ne pouvez me tenir parole \
Mme. J O B I N. Je ne le puis ? Moi. Elle fait des Cercles & dît queU qu€s paroles. Donnez voire argent. On ne fait pas venir le £)iable pour rien.
LE MARQUIS. Cclx eil fort jufle. Prenez.
Me. J O B I N. Vous allez voir un des plus redoutables Démons de tout l'Enfer. Ne lui marquez pas de peur.
LE MARQUIS. Je ferai ce qui me fera poffible pour n'en point avoir.
Mme. J O B I N. Regardez ce mur. Ed.il naturel , bon , dur , Zx. bien fait !
LE MARQUIS. II a toutes les qualités d'un bon mur , mais pourquoi me le faire regarder l
Mme. J O B I N. C'eft par-là que le Diable va fortir , fans qu'il y faffa la moindre ouverture.
LE MARQUIS. J'ai peine â le croire.
Me. J O B I N. Allons, Madîan, par tout le pouvoir que j'ai fur vouf ; faites ce que je vous dirai. Montrez-vous. ^ M, GoJTelin commence à paraître vêtu en Diable» )
LE MARQUIS. Ah ! Que vois-je là l
Me. J O B I N. Quoi, vous détournez les yeux.? Si vous voulez , nous finirons-Ià.
LE MARQUIS. Non, quand j'en devrois mourir de frayeur, je veux voir tt qu'il deviendra.
Mme. J O B I N. Je le retenois afin qu'il ne pût avancer vers vous. Ici IMadiaa, je vous l'ordonne. Vous reculez dès le premier pas qu'il fait ? J'ai pitié de vous , je m'en vais lui comman- der de difparoître.
LE MARQUIS , arrêtant M. Go félin & lui préfen tant
le Piftolet, Parle ou je te tue. Qui es-tu ?
Mme. J O B I N. Qu'ofez-vous faire \ Vous êtes perdu. LE MARQUIS. Je me connois mieux en Diables que vous. Pjrle , te dis-je, ou bien tu es mort.
Mme. J O B I N. ( Il fort des éclairs des deux côtés de la Trape. ) Vous allez périr.
C V M E Lf I E, 79
LE MARQUIS,
Votre Enfer ridicule ni tous vos éclairs ne m^étonncQt pas. Si tu ne parles , c'cfl fait de toi.
Mr. G O S S E L I N. Quartier , Monfieur , je fuis un bon Diable.
L £ MARQUIS. Ah fourbe de Jobin , je fçavois bien que je viendrois à bout de l'atraper. Il faut dire la vérité , autrement...
Mme. J O B I N. LailTez-le aller , Monfieur, vous ferez content de moû
LEMARQUIS. Non , je ne le JaiiTe point échapper que je ne fois éclaire! de tour. Veux-tu parler. Je tuerai le Diable. M. G O S S F L I N. Eh, Monfieur, je ne fuis qu'un pauvre Procureur Fif- cal. Que gagnc'rez-vous à me tuer 1
LE MARQUIS. Le Diable un Procureur-Fifcal !
Mme. JOBIN. Ne faites point de vacarme , je vous en prie. On m'a payée pour empêcher votre mariage , voilà pourquoi je cherchois à vous tromper.
SCENE DERNIERE.
LA COMTESSE, LE MARQUIS, LA GIRAUDIERE M. GOSSELIN , Mme. JOBIN.
ALACOMTESSE. . H , ah , Mme. Jobin, vous trompiez M. le Marquis. Nous avons tout entendu.
LE MARQUIS. P^ifque cela eft , Madame , le Diable peut prendre parti où il lui plaira, je le laiiTe aller.
M. GOSSELIN. Si Ton m'y ratrape , qu'on m'étrille en Diable.
LA GIRAUDIERE à demi bas. Mme. Jobin , dans fîx mois nous aurons quelque petite affaire à démêler.
LA COMTESSE. Quelle effronterie ! Mettre le défordre parmi les gens pour attraper de l'argent?
Mme. JOBIN. Je rendrai tout , ne me querellez point.
LE MARQUISE /a DevinereJTe. Il n'cft pas tems de vnider nos comptes. LA COMTESSE. II faut que la chofe éclate , afin que perfonne n'y foit plus trompé.
Mme. JOBIN. Ne dites rien, je ns fuis pas fi coupable que voujpenfez.
^Q Lj^ DEVINERESSE,
LE MARQUIS appercevant Mme, Nobtet, Entrez , Madame , vous ne pouviez arriver plus à propos» Ne craifjoez point de vous voir forcée à un fécond mariage. Il n'en faut pas croire la Devinereffe , c'eft la plus grande fourbe qui fut jamais.
Mme. J O B I N. Voilà bien du bruit pour peu de chofe. LEMARQUIS. Pour peu de chofe, vieille Scélérate, après le défefpoîr où je fuis depuis huit jours .♦'
Me. NOBLE T. Comment? Eft-ce que Mme. Jobin... LE MARQUIS. Vous êtes de mes amies , réjouilTez-vous de mon bon- heiir. Madame la Comteffe eft détrompée. LACOMTESSE. Je venois demander un fccret pour vous oublier j mais il n'y a plus moyen de le vouloir.
LEMARQUIS. ; Quelle joye pour moi! Afin de l'avoir entière, il faut "fçavoir qui a payée la Devinereffi.^ pour me travetfer.
Me. N O B L E T. Oa l'a payée I Vous croyez cela ?
LE MARQUIS. Elle nous l'a confelfé.
Mme. J O B I N e/z s'en allant. Il ne me fouvient plus de rien. Voilà tout ce que j'ai à vous dire.
LA G I R A U D I E R E. Elle fe tire d'affaires fort réfolument.
LE MARQUIS. Je prendrai mon tems. On fçait comment la faire parler.
Mme. N O B L E T. Je cours après elle. Comme je ne veux jamais la revoir, j'ai quelque reproche à lui faire pour mon compte. Elle s'' en va. L F. MARQUIS à la Comtejfe. Hé bien , Madame , avois-je tort de décrier Me. Jobini
LACOMTESSE. J'ai été fa dupe. Sortons d'ici. Vous aurez toute liberté d'en rire avec moi.
LE MARQUIS. Allons, Madame. Je me tiens aifuré de mon bonheur , puifque j'ai eu l'avantage de vous détromper.
■v FIN.
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179^ La devineresse
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