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LE

CONSERVATEUR

Le Roi, la Charte, et les Honnêtes Gons,

TOME CINQUIÈME.

PARIS ,

AU BtJREAU DU CONSERVATEUR, CHEZ LE NORMANT FILS, RUE DE SEINE, N<»

MkDCCC. XIX.

IMPRIMERIE DE LE NORMANT, RUE DE SEINE.

*V\A*W VW \'^^ \ W VVV\XVV^AA.V\- VWVWV\% \V\ VVVvVV VWVW'Vl^V'W WVV\\ VX-VVVX VW\ wwv vv*

LE CONSERVATEUR.

( Cet nrlicle ttoit destiné à paraître dans la dernière Livraison du Conservateur. // avait été envoyé de la cftnipagne oii se iroiivoit alors M. Castelhajac , et malheureusement il arriva trop t-ard pour être inséré. )

ÉLECTIONS DE LA HAUTE-GARONjNE.

Pour un vrai Français, la plus douce récom- pense dti dévouement à la moiiarcli'c lé<2;ili:ue et aux inléréts de son pays, le prix le plus flatteur auquel il puisse piélendre, est sans aucun doute l'opinion de ses compatriotes. Quand cette opi- nion se manifeste, et qu'elle porte sur lui d'ho- iiorablfs suffrages, la reconnolssance s'unit au devoir, cl ille double le courage nécessaire pour soutenir les saines doctrines au milieil du choc des passions ou des espérances du criuie. Que la révolution s'agite , qu'elle se présente avec l'épou- vantable cortège de tous ses forfaits, qu'elle ait Tappaience de la force, parce qu'elle a toute l'im- pudence de l'audace, il n'en est pas moins vrai qu'elle rentrera dans le néant, le jour les royalistes éclairés et réunis s'entendront pour ne vouloir plus êtje ni dupes ni victimes! Ce jour s'approche : déjà les injures des journaux du mi- nistère n(> trouvent plus de crovaus, et Iciu' ton d'assurance ne tronipe plus personne. Les élec- tions viennent de donner la mesure du système ministériel; on l'a vu s'évanouir dans l'exécution mê.iie de 'cette loi, qui, d'apiès les ministres, devoitlui donner une si grande force; loi qu'ils

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avoieut dcfeiiJuc avec tant de tendresse et de résolution. Quelques préfets, quelques employés ont assisté seuls à de douloureuses fuuérailles 5 seuls ils ont ^émi sur la catastrophe qui uiettoit i\ nu l'imprévoyance de nos prétendus grands Lorames, et qui leur enlevoit toutes leurs espé- rances, en leur rendant toute leur petitesse. Pour obtenir des candidats ministériels, il a fallu que le ministère les prît dans les rangs de la révolu- tion 5 et les royalistes ont su s'entendre et se réunir, malgré les vices de la loi, ils ont La^ lancé l'influence révolutionnaire j et, dans quel* ques collèges même, ils l'ont emporté. Le ministère peut donc, sans trop de modestie, évaluer à presque rien sa puis'^ance électorale.

D'un aXitre coté, les jongleries et les outrages des feuilles révolutionnaires perdent chaque jour de leur empire. Ceux qui en sont l'objeLs'en ho- norent, et ciux f[ui les lisent se lassent d'y croii'e, en raison du dégoût qu'elles inspirent; à ce compte la guérison entière ne peut tarder. Les mots de f odalité, de dîmes, d'hommes de i8i5 n'épouvauleut plus : ou commence à savoir ce que cela veut dire, et Ion se fatigue de voir quelques bonnets rojiges et quel([ues arlequins exploiter la langue fraïkraise au profit de leurs passions ou de leur bassesse.

L'homme raodé.é , à quelque classe de la société qu'il appartienne, cherche indistinctement et sans

f)réjugé , dan-; toutes les autres classes , celui <l()nt es principes lui ofFi'eut une garantie pour la dé- fense de la monarchie et des intérêts du pays. La preuve la plus complète de celte assertion se trouve dans la bienveillance douta bien voulu ra'honorer le commerce de l'oulousc. Appréciant à leur juste valeur les slupides et banales déclamations révo- lutionnaires, il a bien voulu réunir son sullVage à celui des autres électeurs, et compter ainsi avec

C 5 ) eux pour quelque chose mou Jévouement à la cause royale.

Le tléparteinrnt de la Haute-Garonne, qui a lui-raêmc si noblement et si courageusement dé- fendu celte cause, a démonlvc , eu me préférant à tant de candidats royalistes, plus dignes que nîoi d'un tel honneur, le peu de puissance de la force ministérielle, et le peu d'empire des outi'ages dun autre parti.

J'ai senti, comme je le dois, l'honneur que m'a fait ce département j en m'allachant à leurs intérêts d'une manière aussi flatteuse , les élec- teurs de la Haute-Garonne na'imposent l'obliga- tion de les défendre : ils ajoutent à mes devoirs, et s'ils ne peuvent accroître mon dévouement à la monarchie, ils me prouvent du moins qu'ils y comptent, puisqu'ils m'unissent à une députa- tion à lac[uelle il n'est personne qui ne se fît gloire d'appartenir. J'oserois me flatter de mériter leur confiance, s'il suffîsoit pour cela d'une grande abnégation de soi-même, d'Ti,n attachement inaltérable pour la religion , d'une fidélité à l'épreuve pour le trône , d'un zèle sin- cère pour la défense des libertés publiqucî , et d'une véritable rcconnoissance pour le départe- ment dont la lovauté me servira toujours de modèle. " Castclbatac.

SUR LES ELECTIONS.

Les élections viennent régulièrement chaque année justifier les craintes que la loi inspire à ceuK qui l'ont combattue, et à plusieuis de ceux qui l'avoient acceptée. Cette arme, que le niinistère avoit forgée et saisie comme propre à servir ses pas- sions, est aujourd'hui arrachée de ses mains, et bientôt ks coups qu'il vouloit faire tomber sur de

_ ( 6 ) plus nobles adversaires, tomberont sur Inî-même.

C'est en \ain (|ur les niiiiislios ont modilié leur influence, el qu'au lieu de ces présentations dchon- tées, conunandves avec auloiité, soutenues avec \ioUncc, ils n'ont osé, cette année, que des insinuations timides 5 presque partout leurs négo- ciations cauteleuses ont été repoussées, et les deux couleurs, celle de la inonareliie et celle de la révolution se sont pvést iitéos franchement.

La l'évolution, i'orte du principe de 'a loi, et surtout de ce que le minisîère a fait pour elle depuis quatre ans, a remporté de grands avan- tages : elle co'npt"^ ([uarante-un députés; les mi- nistres en ont à peine ([intre ou cinq, et les ro'/a- li'-les, qui l'année dernière n'en avoient j)asfaitun seul pai' la force de leur parti , en ont oblcnu cinq ou siv.

Singulier effet des majorités numérirjues! La somme des votes royalistes , comptés sur tous ceux qui se sont présentés aux élections, a t'Ié déplus d'un tiers (3G ceiiti -mcs^. Le miiii^tère n'en a pas eu beaucoup plus d'un dixième ( 12 centicines), et le parti qui a fait les élections comptoitles J2 cen- tirmes des voles. Ce parti tout.entier éloit présent aux collèges éh'ctovaux, tandis que le tiers des électeurs absens étoit pj<;squ\>ntiir<ment com-

})Osé de royalistes; et, dans notre syslème d'é- ection , il ne faut que la moitié i\cs suffrages et dix-huit voix de plus pour emporter la totalité des nominations dans dix-huit départcjuejis de Fiance !

^ oilà le réôullat d'un système la majorité rst purement numérique, qui détruit toutes les infJMi'nces morales, le fort et le foibIe,rJiomme éclairé et l'ignorant, le passionné et le sage , le praud propiiétaire elle pau\j-e, celui (pii a rempli de grardes fonctions et celui <iuî ne s'est jamais occupe des intérêts publics , ne sont jamais éva-

( 7 ) ^ lues que comme des unités égales 5 d'un système les sufTragcs sont toujours comj)tés , et ne sont jamais ])Osés 5 système nouveau, que Rome avoit repoussé par ses centuries (i), Athènes elle- même par les classes étal)] les dans, sa population (2)5 et, partout les suffrages ont été recueillis pour former une portion de la souveraineté, on a senti la nécessité des majorités morales, de ces majorité^s ([ui donnent aux lumières et à la pro- priété la prépondérance qui leur appartient. Ce seroit en vain qu'on s'obstineroit à ne pas recon- noître rim]>orfance de ces premiers élémens du i)OUvoir politique ; ils coexistent avec la société; ils sont, pour ainsi dire, antérieurs aux goiiver- nemens établis , consolident ceux qui les prennent pour appui, et renversent ceux qui les mécon-» noissent.

Nous, au contraire, tious en sommes à ce point , que l'existence du gouvernement, le salut du pavs , la nature des institutions qui doivent le conserver, ou qui peuvent le perdre^ dépendent d'un pelitnombre de suffragesqui seroi( ntoLtenus dans ]cs classes les moins riches et les moins éclairées.. ■^^^

De pareilles idées sont les résultats d'une révo- lution quia eu ce caractère particulier", qu'elle u'a jamais compté les forces momies j elle n'a envi- sagé la société que sous ses rapports les plus ma- tériels, (îtpour ainsi dire arithmétiques. Il somLle

(i) Le peuple romain t'toit partr-pé en cent qii'frf-vin. ^-ireize centuries qui nvoi:;nt charune ur,e voiv : !e t^atricicî's el le& principaux remplissoienl \>^s quat.-e-vingldix-ln.i" jjrei i ?> *• , le reste des citoye^is, q-ii foriiK-iunl ia p.pulatior uombreuse, éloient repartis dans les quatrc-vini^t-quinre ;)i' r.';s.

(2) Solon divica le peuple d'Athènes ea quatre cIass''S ou cens: la preniiere, de ceux (|ui avrieiil Ooo mines de revci'u ; la seconde 3oo , la troisième lio .; L quatrième, du 'jraiid nonî.jre qui etoit au-dessous. Il exclut des cliar,"". i : de louteô magistra- tures ceu\ du (|ualrièi e cens; c! tope cijnl le gouvcracment d'Athènes eloil purement démocratique!

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ffiie pour rendre les hommes égnux, elle ait senti la nécessité de faire disparoîlre les existences moralos qui, en efîet , établissent les véritables tlistiuclions et les prééminences que rien ne sau- roil efîacer.

Ainsi , dans un e^onvernemenl dont le seul avan- taefe est d assurer tjue tous les intérêts soi-ont re- présentés, afin que tous soient délondus, non seulement il peut arriver, mais il arrive sous nos veux que les intérêts les plus essentiels peuvent être attaqués, foulés et détruits |)ar un petit nom})re d'intérêts inférieuj'sj et il est possible que deux ou trois cents éiecteui's pris sur toute la France, dans les dernières classes de celles qui sont awicllées aux élections , décident d'une maniéré absolue et péremptoire du sort et des destinées de notre patrie, contre les vues, les principes, la conviction delà moitié des électeurs composée des classes les plus impojtantes par la saqessc de leurs lumières et l'ascendant de leurs propriétés.

Dira-t-on que le gouvernement représentatif est fait comme cela? On se tronij)er()it 5 il ne peut, au contraire , exister entier et complet que par un mode d'élection qui mettroitla force daiisles poids au lieu de la laisser dan s les nombres; et, sans parler de toutes les idées cpii se sont déjà présentées , telle que l'élection à deux dej^rés et tant d'autres, je dirai , uniquement pour expliquer ma pensée, ([ue l'élection simple <'t direcîe, telle qu'elle existe aujourd'hui, seroit établiu avec moins d'injustice et d'inégalité, si chaque électeur porloit autant de sufTi'ages qu'il pai(> de fois ?>oo fr. d'impôts.

Knlin , quel (]ue soit le ni(ul(! d'élection, il cesse d'être véritablement représentatif, s'il n'amène point à la Chambre un nombre de déjmtés propor- tionnel à celui des électeurs votans dans les difié- vente« couleurs d'opiuious. Ainsi, dans les élcc-

(9) lions de celte amne {jni nous occtip<*nt, il est évident que le ^icc de la loi est démontré par cela seul qu'il n'y a pas un tiers de royalistes éluî , quand il y avoitplus du tiers des électeurs roja- Iist(\s.

Qu'on prenne garde à ces observations : elles ne seront pas écoutées dans Tordre polilique qui est aujourd'hui enipoité par le torrent tirs pas- sions ; mais peut-être leur accordera-f-on (juelque im])orîance, lorsqu'il s'agira de régler les intérêts de l'administration. aussi on trouvera des mi- norités nuuiéric[ucs, qui seront des majorités mo- rales , et on sentira le danger d'un système qui ne peut prc'sentcr aucune conciliation entre des intérêts difiércns, tous précieux, tous essentiels à ménager, et qui ne peuvent subsister ensemble que par des tempéramens, des sacrifices mutuels, et non par la victoire absolue qui détruiroit les uns au profit des autres.

L'administration tout entière n'est autre chose qu'une conciliation continuelle des intérêts op- posés, et cette conciliation deviendroit impossible si ces intérêts étoient toujours soumis à un juge- ment définitif, qui ne s'exprime que par oui ou 72on. Telle est cependant la seule décision que puissent donner les majorités numériques : c'est, en d'autres termes , le droit du plus fort, exercé dans toute son étendue 5 et comment pourroit-on étab.lir la société sur une telle violence, quand la société elle-même n'est étalilie que pour la dé- truire? iSon , ce n'est point dans les décisions pé- remptoires des majorités numériques, qu'on peut trouver les conciliations qui sont les liens néces- saires de la société : il faut remonter plus haut , et le» chercher daus les juçeiuens éclairés que dictent les lois de Tordre, de la justice et delà morale (i).

(i) Qu'on suppose, ou plutôt qu'on se rappelle un exemple

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Maïs, sans parler de ce qui tïcvroît e(re,pi'cnons l'f, choses au point elles «ont : reflet de la loi tTis tleclions est tel qu'il seroit possible f[u'il n'y ciît pas tic (lé])ules loyalistes dans la Chambre, tniidis que la lorce moj'ale dans les élections et rians le jiavs seroit toute rovalisle. Qu'en résulte- roît-il ? Quelr gouvernement repre'sentalif devien- tlroil doiisoirc, qu'il seroit impossible de l'établir rt de le soutenir, que cette partie ijnportante de la société, qui seroit entièrement étrangère à ce système, en deviendroit, malgré elle , l'ennemie. Fa pense- t-on que cette inimitié fût indifférente? Elle seroit au contraire bien dangereuse, soit qu'elle attaquât ouvertement , soit cju'elle paraly- sât tout par une résistance d'inertie.

Que ceux qui veulent de btinne foi l'établisse- ment du système représentatif y prennent garde; <îes circonstances heureuses avoient rattaché à ces j.rineipes tous les cs])rits, même ceux qui avoient i'ic obligés, j)our arriver jusque là, de sacrifier des intérêts, et, ce (pii est ])lus encore, des idées

«le ces inft'riîfs qui, tous les jours, divisent une contrée, une rtlle, nne commune, et qu'on ne peut concilier que par de .«•3{,eb lempcramens; qu'on iinaf;ine d'en cotifier ia dérision à la iMajoritt; numérique des liabifons, elle seroil presque toujours

Î>roRf>ncee par les passions }es plus aveucjcs. Par exemple, dans .-» question de la franclii»ê du port de Marseille, une partie de »a poptihlinn, les i>eL;orrnus du conmierce de mer, et Ici mar— rtian d(' tj ville vouloi^ent la franchise entière, al»soluc, et e '>»r-i*nloient rpic la leri-e' leur fût ferme'e , pourvu ([ue la mer î'-ur lût ouverte ; et ;'ii contraire , les fabricans de la ville et les |>rofirii't:.ir. s du territoire ne vuulcicnt aucune Iranrhise, et '«ouloient bu-n que la m -rfùl cntièremeiit fermée, pourvu que les rouimunicalions-avpc la terre fussent absolument libres. Si fin fût mis retle ([ueslinn à la décision de la majorité nume— îT(|'ic dfc» suflra^jes, il est évidiiit (ju'un nondire de voix plus ou nio'iis conside'r.ibie anroil »'n»;>orté la cjueslion dans un sens a[«»oIu , c'est-à-dire , la liarirliise sans rCjLi iclion, ou point de tiancliisc ; de telle soiic qu'un des deux inte'réts eût été te taie— inenl écrase pour faire predon»itier l'auti-e ; et cependant le bien ;:ul;lir se Irouvuit dans une pactis:ilion entre ces deux intérêts apposés, et les principes d'une justice éclaiiée pouvoienl seul» %>j IrBV'u les ligues.

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très- arrêté es sur le bien de leur jîays. Mais com- ment espéreroit-ou désormais de leur faire go li 1er nn mode de gouvernement auqu<'l ils devieii- droienl toul-à-l"ail éhangers, l'on décideroit de tout, même de leur sort, sans (ju'ils tusscut jamais ni consultés ni entendus.

Voyez déjà combien le découragement qui se . fait sentir depuis trois ans dans les classes monar- chiques, nuit à la \érilé des élections, et ehauge le cours naturel des événemens. ]Nous sommes obli- gés de le red're avec un a if regret : un tiers des élfcleurs se sont dispenses de paroître aux élec- tions, et il est facile de juger que ce tiers est eu plus grande partie composé de rovalislcs. I.e mi- nistère et ses agcns ne négligent pns les moyens qu'ils ont de lai e laarclier leur petite pha- lange , presque toute composée d'emplovés dépen- dans, et payés d'avance pour se mouvoir au com- mandement. Les hommes de la révolution sont plus actifs par nature , plus in piicts par position; d'ail -r leurs ils croient marcher à un triomphe certain: rien ne les arrête chez eux. Les royalistes , au contraii-e , découragés à la fois et par les résultats inattendus de celte restauration qui avoit comblé leurs vœux , et par le retour des principes et des hommes dont ils ont été si long-temps les victimes, se reposent sur la pureté de leiîrs intentions et de leur conscience, se tiennent loin des brigues et du tumulte; ils se mettent à l'écart. C'est malheu- reusement le parti que la vertu prend le plus sou- vent dans les temns de révolutions. Il si-rnlt facile de flémontrer (jue ces hommes tranquilles, qui croient que tout est fait parce crue le Eoi est sur le trônr^ lormcnt les trois quarts de ceux qui ne se sont pas rendus cette année aux collèges électo- i-au X .

Mais qu'on ne s'y méprenne pas, leur silence est une cala-xnité. Le gouverncmeni; re|.réseulatif

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ui ne recueille pas tous les suffrages, s'afToiLlit e tous ceux qui lui mauqueut j il pourvoit même dégénérer en tvrauuie , si , par une combinaison singulière ou par la \iol('uce, il ne se composoit plus que tro})inions partielles ; et il sera considéré comme Ici en France par tous les hommes qui réflécliissent, lors(juc la grande propriété n'y aura plus d'organe , de représentant et de défenseur.

A ovez en Angleterre, dans un gouvernement fixé et consolidé ])ar cent cin(juante ans d'exis- tence , tout a été établi sur des bases anciennes, il existe une ])laie qui inquiète le gouvernement, qui afToiblit le corps politique tojit entier : c'est l'état des catlioli<|ues en Irlande. Séparés du reste de la nation, ils sont étrangers au gouvernement de leur pays ils ne sauroient s'y attacher ; aussi les voit-on , en toutes circonstances, lui l'ésister et quelquefois même le combattre à force ouverte: ils sont un obstacle continuel à la tranquillité et à la prospérité delà firande-Bretagne. Et cepen- dant (|ue sont'les cMholiques en Irlande? Oppri- més depuis cent cinquante ans, déshérités de tous les avantages de leur patrie, ils ont perdu cette influence qui s'attache nécessairement à la propriété et aux existences politi(jues : que sont- 'ils, en comparaison des royalistes de France, qui, malgré les malheurs de la révolution, possèdent encore les grandes massesdepropriétés; qui encore, sous Buonaparte , étoient appelés avec une préfé- rence niar([uée à tous les emplois, ceux de l'armée , ceux de ladminislration , et ceux ([ue leur accor- doit la confiance de leurs concitoyens ?

Et c'est dans un gouvernement établi sur de nouvelles institutions , tlans un gouvernement qui nv. peut avoir de force qu'en ramassnnt toutes celles (|ui ])i-ée\isteiit , et en raltachant à lui tous les inl('rêts remarijuables , (ju'on prf'^tend exclure le plus considérable de tous. Et puisqu'en par-

laiit Jes royalistes on a osé prononcer le nom d'i/utcs y qu'on sache bien que ces esclaves sans union , sans propriété , sans connoissance de leurs intérêts , nieuar.oient sans cesse l'existence Lacéjlémone , faisoient trembler leurs maîtres , et les oblij4"eoient à être toujours sous les armes. Que scroit-ce en France, que de forcer à une ini- mitié perpétuelle du gouvernenteut des hommes forts de' leurs existences , de leur courage, et du sentiment d'honneur qui les anime? J'en appelle à ceux de leurs ennemis qui ont du jugement et de la bonne fui : peuvent-ils imaginer que ce soit en brisant des contre-poids aussi essentiels qu'on puisse établir un ordre de choses stable, un gou- vernement quelconque ? et si nous étions assez malheureux pour voir encore un usurpateur sur trône de France, ou même une république s'é- tablir parmi nous, la première condition de leur existence seroit encore de rattacher à leur sort ces grands intérêts, cette puissance morale qu'on re- pousse avec tant d'acharnement.

Si les ministres n'étoient aveuglés par leurs passions 5 s ils éloient de bonne foi, ils compren- droient l'i iq)0ssibilité d'établir un gouvernement fondé sur l'opinion , en mettant hors de ce gou- verneaient une des grandes puissances de l'opi- nion , celle qui se compose des classes les plus importantes dans la propriété, de tous ceux qui puisent leurs opinions politiques dans les doctrines et les senlimeus de la religion, de tous ceux qui se recommandent à la patrie par de gi'ands souve- nirs , de ceux qui ont détesté et combattu la révo- lution , de ceux, enlin , qui ont loyalemeutattaché leur sort et leurs espérances au rétablissement de la monarchie légitime. Voiià cependant tous ceux que les ministres repoussent, et ils trouvent un sujet de triomphe d'éloigner ainsi du gouverne- ment ses soutiens les plus naturels!

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Mais ils soront les premiers à éprouver les efTef.î d'une si misérable cl si étroite politiv-ue ; jusqu'à resent ils ont conservé le pouvoir en opposant es efl'orts d'un parti à un antre, en leur inspirant niulueilenii nt de fausses craintes, en les agitant par d<; petites niantetivres ; ils ont conservé le pouvoir, mais ils n'ont rien établi, rien ins- titué, et bientôt ils vont se trouver seuls en face du parti révolutionnaire, de ce parti qui ne con- noît point de ménagemens, et qui n'a point de niotils pour en avoir : que iVront-ils alors? tente- ront-ils de résister? par quels moyens? a\ec quelles forces? IN on : ils < liercheront leur salut dans les concessions qu'ils peuvent encore faire à la faction, et surtout dans l'espoir de séduire et de corrompre? ses ori^^ancs dans la C'iiambre. ^ oilà ce qu'ils appellfut i;ouve ncr. Ces deux movens ont ])U leur réussir un moment quand I<s rcAolution- uaires éloient foibles et peu nombreux, et que deux partis opposés étoitnt en présence. On a vil en eflct des hommes de révolution assouplir quel- <[uefois leurs principes ji<^idcs pour des avaniages présens et certains; mais leuis opinions, 1. uis sentimens sont ils changés? les liens qui les unis- sent sont-ils détruits? s'ils ont vendu le prt'sent , ils n'ont pas engagé l'avenir, et le jour de nouvelles élections les auront rendus maîtres , le ministère séduira -t- il par âvs places et de l'argent ceux <{ui |)Ourront saisir la puissance et le maniement tics allaires?

Quant aux concession'? générales, la liste en est déjà faite. On a déjà trouvé les raisons qui servi- ront à les colorer et les nu)tifs qui pourioient entraîner le Roi. Les minisires diront que l'tsprit de la France est révolutionnain j que les dernières élections <ni sont la preuve ; qu'on ne peut gou- verner qu'en sacrifiant beaucoup à la révolution , et chafjne concession ({u'on >ftndra obtenir sera présentée connue la dcruiùc. On dira (|u à ce prix

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lO«.slesliommrs(ju'on accuse de vouloir Jesrovolu»- tioiis deviendront les sujets les plus lidcles 5 011 opposera celle i'einle douceur à la rigueur des pi'incipes des royalistes, qu'on ne peut ni plier ni séduire- on fera voir (jue les autres sont plus faciles en accomniodciueus ; ([u'on peut traiter avec leurs intérêts pai'ticidiers ; que souvent les hommes choisis dans les départemeus comme les plus opposé? à la monarchie légitime, deviennent, à la Chambre, de paciliques mini^téricLs ; ((u'enfiii rien n'est plus facile que d'allier la i^voluliou à la monarchie, et que ce triomphe est réservé à la plus haute sagesse.

Insensés! mesureisla profondeur de l'abîme dans lequel vous nous entraînez ; il n'y a en France d'esprit révolutionnaire que celui que vous y avez fait renaître ; c'est à cet ouvrage as vos~maius que vous êtes aujourd'hui obligés de céder et d'o- béir : mais n'espérez pas de traiter avec lui ; pour négocier, il faut une sorte d'égalité dans la puis- sance , il faut avoir queb[ue chose à donner pour espérer de recevoir 5 et qu'aurcz-vous à donner que la révolution ne puisse bientôt prendre par force ? Espérez-vous que, victorieuse, elle vous laissera la puissance? qu'elle placera sa confiance €n vous ? et que vous obtiendrez d'elle la permis- «ion de faire régner le lloi.' mais avez -vous appris qu'un pouvoir politique prépondérant se soumette; volontairement à un pouvoir plus foible? il ne le pourroit pas quand il le voudroit ; les pou- voirs politiques ne sont pas plus maîtres de leur action que les poids dans la natuiv, les ]>lus forts cjuportent nécessairement les plus foibles.

Celte alliance que vous rêvez entre la monarchi* légitime et la révolution, est impossible : les prin- cipes de 1793 partout ranimés, le^ droits du Roi opposés aux dogmes de la souveraineté du peuple, le meurtre du frère du Roi , l'amour-proprc et les

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espérances de Tarmée hrisés par la première res- tauration , la grande révolte des cent-joiirs, la seconde restauration laite siu' le coi'ps même de cette armée, le joug de l'Europe trop fortement ressenti , enfin les passions de l'amour-propre irri- tées par les anciennes habitudes de monarchie , dont un usurj)ateur peut seul se dépouiller, sont autant d'oppositions au ])rétendu traité que \ous ■Voudriez conclure entre Louis XVIII et la révo- lution devenue toute puissante.

Elle pourra Lien encore, par un détour qui lui est liabitu(J , tlatterla personne du Roi comme elle a llalté, pendant quelque temps, ses ministres ; mais quels que lussent les sacrifices que le monarque se décideroit à lui faire , qu'on nous permette ces teri'ibles suppositions : quand il renonceroit aux droits de sa légitimité , quand il reconnoîtroit tenir sa couronne du peuple souverain, quand il prendroit lui -même les couleurs qui furent les signes des deux révoltes 5 quand il repousseroit ses serviteurs fidèles pour s'environner des meur- triers de son frère- quand il briseroit liii-niéme la chaîne de la succession légitime, les révo- lutionnaires ne seroient pas satisfaits: plus ces sa- crifices seroient inouïs, moins ils y prendroient de confiance 5 ils craindioienl , et ils craindrolent avec raison, le retour de ces idées d'ordre et de justice , qui peuvent être un moment méconnues, mais qui se relèvent d'autant plus fortes qu'elles ont été plus fortement comprimées.

Il doit résulter de te que nous venons de dire, si nous avons été bien compris , que la loi des élections donne des résultats 0])posés aux principes du gouvernement représentatif, que la majorité numérique est subversive, tandis que la majorité morale est conservatrice 5 que rabsence des roya- listes dans la Chambre des Députés seroit un vide qui mcwac«roil l'édifice social d'une prompte des

( '7 ) truclion ; que ce sujot de -triomphe pour ]es mi- ni.strt's est une calamité publique; qu'ils vont se* trouver seuls , foibles , s.ins appui , sans moyens , en lace de la révolution lrioni[)lianle ; qu'ils lui livreront le Roi sans défense , sous prétexte de l'associer à elle; enlin qu'ils gouverneront comme ils ont t,fouverné jusqu'à ce jour, dans des intérêts subversifs du gouvernement qu'ils étoient appelés à défendre. ***

DE L'ÉDUCATION PUBLIQUE.

(I" Article.)

Ce n'est pas un plan nouveau d'éducation pu- bli(.[ue que je viens proposer. S'il est une partie «le l'administration, ou j)lufôt du gouvernement politique, sur laquelle il soit dangereux et peut- être coupable d'innover, c'est l'éducation de l'homme ; de l'honime, le même aujourd'hui qu'il a été et qu'il sera toujoui'S, et le plus constant des êtres dans rétcrnelle mobilité de son esprit et de son cœur; de Ihomme, depuis si long- temps étudié et si bien connu, et dont l'éduca- tion par consc»juent a du être l'œuvre lente de la raison de tous les hommes, et de l'expérience de tous les temps.

L'Assemblée constituante avoit fait des j)lans d'éducation (i), comme elle avoit fait des plans de constitution et de gouvernement; elle auroit pu se les épargner ; il ne faut pas de plans pour

(i) J'oyez un excellent recueil de tout ce qui concerne cette partie importante que l'on peut appeler la révolution de l'e'dn- cation, sous 1-e litre de Génie de la RéK>oliition * . ou l'auteur a re'uni avec autant de goût que d'exactitude , et tout ce qui a été fait sur l'éducation publique dep .is lu révolution, et tou^ ce (|u'on peut en tirer de conséquences.

Trois vol. in - 8'- Prix : 18 fr. , et a4 fr- f*'" '* po'tc. A Pjris , chîi liormeut , ri;« de Seiue , n ' 8 i cl K. Picbaro , qu&i <2e C«oli , 5.

TwMf. V. 53= l.lVi'AlSOK, 2

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rlélruire, et la Convention approchoit, qui devoit renverser et les plans et 1(mm\s auteurs, et la so- ciété même sur lacruelle les novateurs avoicnt fait leurs ex]>éricnces. Aussi, si la révolution a fait faire aux sciences pliysiqnes (jnehjnes pas qu'elles auroii'nt faits tôt ou tard sans elle, elle a ruiné la science morale, et elle a affoibli les esprits plus encore qu'elle n'a corrompu les mœurs - mais des erreurs de physique, ces erreurs dont on a fiit tant de bruit, et si souvent remplacées ])ar d'autres erreurs , n'empêclieiit pas le soleil de niûrir nos moissons, la terre de recevoir l'in- fluence des saisons, et l'horame de vivre; mais une seule erreur de morale en science de gou- vernement et d'adniiuislralion , tue la société , et suffit pour nous rendre tous coupables et tous malheureux.

Jusqu'à nos jours, jusqu'à ces temps déplorables auxquels nous étions réserves , l'éducation de la jeunesse avoit été conliée à la religion; la sa- gesse de nos pères avoit compris qu'on ne pou- voit de trop bonne heure amener les enfans à celui qui a dit lui-même : Laissez les plus pcùts n'Cfiir à moi , et les accoutumer à la règle sévère que sa doctrine impose à l'esprit, au cœur et aux sens. C'est à l'école de la religion et dans des élablissemens gouvernés par elle, que s'étoient formés et les plus grands hommes de notre France, et ses meilleurs citoyens , et que se formoient tous les jours ces hommes que leurs talens ne recom- niandoient peiit-èlre pas a la renommée, mais que leur raison, leurs sentinieiis et leurs vertus n ndoient chers à leui'S familles et précieux à lEtat. Les enfans élt)ient éle\és comme les pères l'avoicnl été , et les générations se transmeltoient l'une à l'autre cet hérita.oc de principes , de doc- trines, d'affections, d'habitudes qui sont le pa- trimoine elle trésor d'une société , ou plutôt soii

( '9) âme et sa vie , et ([ui en assurent la durée contre les passions des hommes, les fautes des admi- nistrations, et les revers des gouvernemeus.

Mais des erreurs nées depuis long-temps , et dégénérées comme toutes les erreurs ( car le tejnps corrompt le mal comme il perlectionne le bien), des erreurs toujoui-s combatlues et souvent réprimées , et qui avoient changé de nom sans changcrd'objet , creusoient lentement, sous la société, l'abîme elle devoit s'en, loutir.

La longue série des ré\olutions qne la France éloit destinée à parcourir, commenra sous la ré- gence, parla révolution des mœurs, continua, bientôt après , par la révolution des doctrines , et a fini avec le dernier siècle, parla révolution des lois, complément de toutes les autres, et qui s'étendanl à la luis comme un vaste incendie sur toutes les parties de l'édifice , a achevé de détruire ce qui avoit échappé aux premières destructions, révolution sans exemple , combinaison fatale d'ignorance des lois de la société , et de con- noissance du cœur humain; d'oubli des principes, et de science des movens; d'erreurs politiques, et d'habitude adminisli'ative , de mollesse des mœurs, et d'éneigic des passions; révolution qu'on a appelée ii-aiiraise, et qui seroitbien mieux nommée européenne , et dans laquelle la France n'a fait que prêter à des O]>inions ou à des inten- tions étrangères, ses talens, ses passions et ses forces.

L'éducation publique avoit résisté plus long- temps au>: iiinovations , parce qu'heureusement le système d'éducation étoit local et non pas gé- néral comme il la été depuis , et qo il n'y avoit pas de centre d'où le poison pût se répandre dans tout le corps ; ou s'il y avoit unité dans le corps chargé long-temps et presque exclusivement de l'éducation de la jeunesse , ce corps, fortement

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co>istîtué, opposoit aux pvoj(îts fie destruction le poids iniiiu-nse de son crédit sur l'esprit des pi;u pies, de SCS services , de sou habileté. Ce corps lut détruit , il le fut à la l'ois dai^ tous les Etats calli()li<jnes 5 et tous ces souverains que nous avons vus depuis jéunis pour finirla révolution, s'accor- dèrent alors pour la comnieucer. «Les sols et les » ignorans , avoit dit d'Alejabert, attribueront » la destruction des Jésuites aux magistrats ; les » sages l'attribueront aux pliîlosoplies. » Mais, c'est qu'alors beaucou]) de magislrals étoient de- venus philosoplies.

Le clergé sécnlier on régulier hérita de la dé- pouille des Jésuites, et leducalion encore resia contice à la religion} les corps réguliers, tels que les Bénédictins, ou quelques autresdéjà afioi- blis , ne dirigeoient qu'un très-polit nombre de collèges; les prêtres séculiers , mêlés presque par- tout à des laïques, n'étoient que des individus isolés et fortuitement réunis ; et les corporations libres, telles que celles de l'Oratoire et des doc- trinaires, plus foibles de conslitulinn , puisque le lien qui unissoit tous leurs membres ne pou- voit en retenir aucun, et par cette raison moins défendues contre l'esprit «l'innovation, ne 2)OU- voient opposer auxprojet-j ultérieurs de destruc- tion, une résistance capable d'anêler ceux qui les avoient conçus, et qui les suivoient avec une iacroyable perse véian ce.

IVlais déjà le so]>hisle de Genève, puis'-aut à détruire, cctinscn.';é qui avoit osé dire: « L'homme » (|ui pense est un animal dépjavé, » avoit lancé sur la sociélé , curnuie une machine de destruc- tion , cette épouvantable maxinie : « Mou Emile » ne saura pas à quin/.c ans s'il a une ànie , et il )) est peut-être trop tôt h dix huit ans poui' le lui « apjiiindre. » Dans une sociélé celte maxiiue n'a\(iil p;is été llélrif ])ar la justice, et son auteur buiijii lioi'i> des contins du monde civilisé, luula

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cJucTtion publique dovcnoit iinpos'iihle ; ri alors aussi s'introtluisit chez les (Grands, jusque -là élevés dans les maisons piiLlicpies , connue les autres ciloy<'J'S , ct'lti; ioule d'iustiluteurs pliilo^ .soplics , qui préparèrent, pour la lévolulion, une jeunesse inconsidérée, qui devoit en être rinslrument et la victime.

Quand tout fut mûr dans les liomines et dans les choses , le mystèn- d'iniquité s'aci-.omplit. Tout ce qui restoit de honne éducation publique périt dans le naufrage , et il ne survécut, à la destruc- tion totale, que quelques établissemens en petit nombre , sauve's par un zèle louable ou par une utile cu])i(lité- ils ne conservèrent quelques étin- celles du fou sacré , qu'en le cachant avec soin ; et des débris des anciennes institutions, se for- mèrent des e'tablissemens particuliers sous le nom de pensions et d'institutions ; quelques uoes di- rigées dans \es vues les plus religieuses et sur les principes les plus purs; d'autres, qui ne furent que dt; sordides spéculations sur la nourriture des élèves.

Il s'étoit fait cependant un grand changement dans les expressions , suite nécessaire du change- ment qui s'éioit opéré dans les idées. On ne par- loit autix'fois que de rédiicatioîi publique : il ne fut plus question que de J'instruction publique. Le système religieux vouloit former des hommes pour la famille, des citoyens pour TEtat; le système philosophique voulut faire des savans pour l'univers , et l'on \it s'élever dans la capi- tale, et même dans les provinces, des cours pu- blics de philosophie, de sciences, de littérature , ap])liquées à la réAX)iution et même à la guerre, et la science devint meurtrière, la philosophie anarchiquc , la littérature séditieuse, et la latigue même barbare. Un célèbre critique défendoit en- core, avec la justesse de son esj)rit et l'opinià- Irelé de son caractère , l'ancienne littérature

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contre les innovations , et peut-être est -il vrai de dire qu'une littérature au«;si finie que la nôtre , expression fidèle d'une société toute monarchique, et devenue une. partie essentielle de nos mœurs et des habitudes de nos esprits, a plus qu'on ne pense, retenu la France dans les principes du seul gouvernement qui lui convienne.

Enfin riioiume ennemi parut 5 lîls adoj)tif et héritier universel de la révolution, il trouva une jeunesse qui avoit fait la révolution pour lui, il voulut en former une autre qui la continuât pour lui , une jeunesse qui n'aimât que lui , qui ne servît que lui , qui ne sût que lui , et il décréta IL niversite iuipérialo pour la France et même pour l'Europe dont il méditoit la conquête, et constitua ainsi une irronarcliie scolastique dans sa monarchie politique.

En effet, si Ton y prend f:^arde, l'Université impériale fut constituée sur le plan du g^onverne- ment impérial elle avoit son monarque dans le grand-maître , ses ministres de la justice et des finances dans le chancelier et le trésorier, son sénat dans le conseil titulaire , et même sa chambre des députés dans le conseil ordinaii-e et amovible. Elle avoit ses inspecteurs généraux et particuliers, et une armée de stippôts il n'y eut pas jusqu'à l'école polvteehnique destinée à fournir des offi- ciers à l'armée, qui n'eût son pendant dans l'école normale , destinée à fournir des officiers à cette autre railicej institution singulière quelîuonaparte avoit voulu , ce semble, rapprocher des institu- tions monastiques, en exigeant des élèves un céli- bat de dix ans.

H savoit, cet homme , ou plutôt on savoit pour lui, car il ne fut qu'un instrument qu'on a brisé quanij il a voulu échapper aux mains qui le diri- geoient, ou contrarier des projets plus vastes même que les siens : il savoit cett<: vérité si simpb; et pourtant si méconnue, qu'il suffit d'une gêné-

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ration pour former au bien ou au mal toutes celles qui 5.uiveut, et qu'elles rc<;oi\ent les pensées et les doctrines <le celles qui les ont pîécédées , comme elles en reroi\ent la vie et la langue. Ce- pendant, pour conserver les apparences, il fit entrer, de gré ou de forcé, dans ks premières places de ce grand corps, des hommes dont la profession, les travaux ou la conduite inspiroient au public , pour leurs doctrines , une confiance qu'il u'a\oit pas lui-même pour leurs opinions politiques. Il v eut dans les réglemens des vues sages, et assez religieuses, pour tromper les simples : mais cet homme,, au lieu de se faire un allié de la religion, la Ir.àtoit comme tous ses autres aliiés , et voulut toujours s'en faire un instrument. D'autres auroient voulu la détruire, lui il vouloitla gouverner- mais sa politique tou- jours plus attentive aux hommes qu'aux choses, et qui , dans la religion, ne vovoit que des prêtre*, ne compreuoit pas que la religion n'est un allié utile pour les gouvernetuens, qu autant qu il en est iude^peudant , qu'il combat sous ses propres drapeaux, et que comme instrumt^nt il se brise sous la main violente qui veut le maîtriser. D ail- leurs, tout ce qu il laisoit étoit empreint de sa passion lavorite, et tles habitudes domin ntes de son esprit ; il pensoit guerre même iorsqu il ion- duit les institutions les plus pacifiques. Les idées militaires, mortelles au premier âge pour les les éludes et la discipline morale , présidèrent à la formation de IL niversilé , et elles jetèrent dans l'esprit, le cetur, les manières même de la jeu- nesse, des germes dont nous avons vu les fruits, et dont nous verrons long-temps les déplorables suites.

ÎNous aurions dii parler dune autre création qui avoit précédé celle tle FLuiversité, sous le nom de commission ou de comité d instruction publitjuc , et qui posa les bases de l'édifice dont

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rUnîvorsilé impériale fut le couronnement. Le choix (lu iluinisto a})]>elé à la présider, avoit alarmé les liomm(\s religieux, et ne les avoil pas disposé» à recevoir favoiahlemenl l'établissement de l'Université dont il fut le premier exclu.

Cependant, au milieu du désordre la révo- Itition avoit jeté les hommes, leurs esprits et leurs mœurs, les choix déjà faits en grande partie par l'administration précédente pour les places inférieures de l'instruction publique, éloient de- venus extrêmement difficiles. L'instruction sco- lastique et même littéraire, ne manquoit pas à des hommes sortis, la plupart, de Congrégations enseignantes, et dont la vocation et les études avoient été dirigées vers l'état ecclésiastique ; mais les principes de la morale et même de la dé- cence , s'étoient étrangement altérés chez un grand nombre qui s'étoient jetés à corps perdu dans les orgies de la révolution, ou qui même avoient changé les cngagemens sévères de l'état ecclésias- tique pour des liens plus doux.

JNéanmoins on doit cette justice à l'homme dis- tingTié qui, de la présidence du corps législatif , fut appelé a la direction suprême de l'Université, et de qui seul dépendoient tous les choix, (£ii'il em- ploya dans renseignement, autant qu'il lui lut permis , tout ce qu'il connut de meilleur et de plus lonornble; nu fond, l'exécution tempéra toujours bs vices de l'i» sfilution, et jamais dans les adni'nislrations , aucune pensée ne iéj)()ridit pleinement à celle du fondateur. Le conseil dont je peux parler avec une entièie indépend;i)ice, quoique j'en aie fait partie, parce c|U absent de Taris à rép0([ue de l'organisation , et long-temps ai)rès , je n'ai pris q;;'- bien tard, et bien jjeii part à ses travaux 5 ie conseil a fait tout le bi<Mi qu'il lui a été permis de faire, ou plutôt il a cm- , péché beaucoiq) de mal suggéré par des hommes profondément pervers^ au clief du gou\ernemeut,

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et que cet homme , plus acccssiLlc qu'on ne le Cl oit à des influencrs élrangrres , exéciitoil comme s'il eût été sa pensée, avec toute l'inilexibilité de sa volonté, scmLlaLle au fer soumis à l'action du feu, qui reprend, après avoir été ployé, toute sa l'igidité.

Il faut bien le dire, jamais l'Université impé- riale n'obtint la confiance du public j mais le gou- vernement étoit accoutumé à s'en passer. Fidèle à so)i système de réserver pour la guerre ouïes monu- mens gigantesques des arls le produit des impôts , Buonaparte rejetoitsur le peuple toutes les autres dépenses. Celle de l'Université fut mise presque en entier à la charge des parens. La vue sage et politique de laisser la famille s'eniichir par sa propre industrie , avant de lui permettre le luxe de l'instruction, entra-t-elle dans sou esprit? Je ne suis pas éloigné de le penser. Quoi qu'il en soit, chaque élève fut obligé de payer un droit à l'Uni- versité 5 et non seailement il ialloil paver l'éduca- tion qu'elle donuoit dans ses établissemens , mais encore celle qu'elle ne donnoit pas, et que les jeunes gens recevoient dans des pensions particu- lières , obligées de dédommager l'Université de ce que lui ôtoit leur concurrence. Comme Buona- parte en soupronnoit les-directeuvs d'inspirer aux enfans des principes qui n'étoient pas les siens, il les persécutoit avec une rigueur que le conseil de l'Université modéra toujours, et trompa quel- quefois. La contrainte ne fit qu'augmenter la ré- pugnance- et ce gouvernement inflexible, qui avoitpu soumettre les enfans à la terrible loi do la conscription, ne pouvoit les attirer dans des lycées, qui n'étoient guère peuplés que d'élèves dont il payoit les pensions.

Cette répugnance, que tous les lycées étoiciit loin de mériter, avoit son principe dans les sen- timens religieux et jiolitiques des })arcns, et dans leur cloignement pour les goûts militaires et l'es-

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prit d'iiidéppiidancc (\uo les cnfans conti'acloicul dans cette éducation loible et licencieuse sur le lond, sévère et niêm,e dure dons ses formes. Elle étoit telle, celle l'épup^uaucc, que la plus humble école de villai^e ohteuoit la prétéreuce si elle étoit dirigée par un ecciésiastique , et que les premiers agens du ii;ouvernement dans les provinces, char- gés par devoir d'accréditer ces institutions, pré- féroient pour leurs enjans tout autre moyen d ins- truction.

Buonaparte fut renversé, et avec lui l'Université qu'il avuit fondée.

Le gouvernement im])érial, héritier de ttmtes ]es institutions républicaines, servi lui-même par les ])lus zélés républicains, avoit fait de l'em- pire scolastique un état monarchique : le gou- vei neraent royal en fit une république , sous le nom de conseil royal.

Huit jours à peine étoicnt écoulés depuis son installation, que l'usurpateur, revenu, pour la honte éternelle de l'Kurope et le malheur de la France, détruisit le conseil royal, et rétablit son Université. Le Roi, de retour, ne rétablit ni l'une ni l'autre de ces institutions, et provisoirement attribua la direction générale des études à une commission de cin-q membres de l'ancien conseil de l'Université ou du nouveau conseil royal. Tel est l'état actuel des choses.

Ici se présentent des questions importantes , et qu^'l faut résoudre avant de prendre un parti définitif sur l'organisation de l'éducation pu- blique.

^ auia-t il une direction générale des études?

L'édueation publique scra-t-elle confiée à des corps ou à des iiidividus?

Les corps seront-ils corps religieux ou corps laï([ues?

Je n'ignore pas que la solution de ces questions alarme beaucoup d'intérêts, dépassions, peul-êlro

( 27 ) de projets; elle compromet le système dont on est si jaloux, qui tend à conccntvt'v dans la capitale la direction e\clu.si\(> <\o tontes les opinions et de toutes les loices de la liance, «'! à plac<r dans un jtctit nombre de mains ces moyens d'iniluence générale , si bornés pour faire le bien, tout puis- sans pour faire le mal-, la discussion même peut réveiller d'anciennes haines el d'oj)inià^(res pré- juf^és. Je le sais; mais allcndre <|nc la raison et la vérité ne trouvent plus d'obstacles sur la terre, ce scroit attendre, pour ouvrir des routes, que les vallons fussent comblés el les mon1a<:nes ai.lanies. t^ est une erreur bien commune, si ce n est qu une cj'reu r, que cellede beaucou [) de gens (jui renvoient après le rétablissement de Tordre, tons les moyens de le re'tablir, et voudroieut que la guérison pré- cédât le remède,

J°. Le seul motif que Ton donne de la nécessité d'une direction générale des études, estl'uriifoi- mité d'enseignement. Ce molif, dont on voudr. ^it. laîrc un principe, est plus spécieux (pie solide.

L'éducation publique est, dans son enseigne- ment, religieuse, littéraire et scientitique.

L'enseignement religieux est toutentier confié aux livres queTEglisc met danslesmainsdese.>disciplfs etdanslcs explications qu'elle autorise, et ce qu'elle ré])rouve le plus formellement, est la diversité et la nouveauté des docti-ines. Si quelques maîtres se permettoient des explications ])eu orthodoxes, ce seroit au chef de chaque établissement ou à l'é- vèque, supérieur-né de tout renseignement reli- gieux, qu'il appartiendroit de redresser les erreurs qui auroient pu s'y glisser; et il faut rnéme remar- quer que telle étoit 1 imjiortance que l'ancien gou- Acrnen^ent altachoit a l'uniformité de doctrine religieuse, première garantie de lunilé de doc- trine politi(pie, qu il avoit établi une sorte de direction générale de l'enseignement tliéologique daus la maison de Sorbonne , objet, pour cette

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raison, des sarcasines tles sophistes du 1 8' siècle.

L iuslnulioii liltéiaire est pai"tout la même ; partout on se sert tics mêmes auteurs grecs et la- tijis , chaque professeur peut avoir sa nicthode particuiière d'enseignement; mais, sur ce ]H)int, on ne peut pas ol)trnir,onne doitpas même désirer d unilormité, et il faut laisser aux esprits une juste liberté. On n'enseigne pas les langues anciennes et [vH belles-lettres a PétersLourg autrement qu'à Pans ou à Rome. Les livres élémentaires qui ser- vent à cet enseignement différent, sans doute, comme \cs langues dans lesquelles ils sont écrits; mais, s'il ne peut y avoir sur ce point d'uniforniité absolue, il y a chez chaque peuple uniformité relative, et le même genre de livres se retrouve dans tous les collèges. L'uniformité du but pro- duit l'uniformité des moyens, et toute direction générale pour faire par autorité ce qui se fait de soi-même, seroit une domination sans raison comme sans objet. Il est même à remarquer que, dans toute rEuro[)e, les éludes littéraires ont été arrangées sur le mêuic plan, par la seule force des choses et d'après les observations faites par tous les hommes sensés, et dans tous les p«iys , sur la portée et les progrès successifs de l'esprit chez les enlans. Ainsi, partout il v a le même nombre de basses classes; il y a àcs classes d'humanité , de rhétorique, de j)hilosophie , et l'Université im- périale, qui avoit voulu dérogei* sur ce point à l'usage ancien, a été forcée d'y revenir, même dans les nomenclatures. Jamais les méthodes nou- velles d enseignement ne seront essayées t[ue dans les éducations particulières, et ce n'est que sur un petit nombre d'enlans (pi'un instituteur peut en iaire l'expérience.

Quant aux principes de goût, si , chez les diffé- reii'; peuples , ils vai lent suivant la constitution de la soeiélé , les habitudes nationales peuvtMit être comme le mécanisme <\cs diverses langues;

( 29 ) cependant ils sont généralement uniformes cliez cliac[ue peuple. Il y a sans doute luénie chez des gens de lelties des bizavrej-ies de goût liltt'i'aire, comme de tous les autres goûts 5 mais sur ce point l'Université n'auroit pas eu plus d'influeme que n'en ont eu les académieà, dans 'le sein desquelles nous avons vu s'élever tant d hérésies littéraires. L'instruclion scientiii(jue ou spéciale est morale ou physique. La théolos^ie a ses pères et ses con- ciles, et, ce qui ])eut encore mieux maintenir 1 u- niformité de doctrine , ou la rétablir, l'autorité suprême de l'Eglise. La jurisprudence a ses codes tt ses arrêts des cours souveraiîies. Quant à la mé- decine et aux autres sciences ^iliysiques appelées exactes, ou naturelles, quoiqu'elles ne soient ])as plus, mais seulement autrement exactes que ies sciences moiales, et d'une nature diftérente, Icu- sei:;neraentne doit pas eu être soumis à une direc- tion générale.

L'objet de ces connoissances est ce monde qui est livré à nos 'disputes, et qu'il faut les laisser à l'esprit desvslèm.e,seul et puissant moyen de leurs progrès. Copernic, Kepler . ISewton, Bergman , Boérhaave , Jussieu, Linnée, Lavoisier n'ont pas eu besoin d'un centre et d'une direction généi*ale, pour faire les découvertes qui ont inimortaiisé leurs noms, et étendu le domaine de la science. Leurs ouvrages sont entre les mains de tout le monde, et la direction qu'ils ont donnée aux es- p'. its , est la seule autorité qui puisse en hâter \<t&

rogrès. 7\iut système est un vo"». âge au pays de

a vérité : tous les vovaucurs s'é'jarent, mais tous découvrent même, en s égarant, quelque nouveau

oint de vue , et laissent des jalons sur la route.

e ne parle pas de l'instruction politique : on ne parle polili(jue aux enfans que lois qu'on veut les égarer. Laissons faire à cet égard la religion chré- tienne , qui leur donne à tous la seide leçon de

( 3o ) pollti([ue <|ui convienne à leur âge, et peut-élre a toi# les âges, celle d'ainier et d'obéir.

On a repvocli»'; à l'éducation des collèges la di- rection politique que l'étude des écrivains de l'an- ti(pHté pouvoit donner aux esj^rils. Celle crainte est exagérée : d'ailleurs la faute en seroit moins aux anciens c[u aux modernes, qui, ayant plulôt écrit sur l'Iiistoire , qu'ils n'ont écrit l'histoire , ont trop souvent tout répété sans ciioix, tout admis sans critique, tout :idiuiré sans discernement, et qui n'ont connu ni les gouvei-nemens aïiciens, ni les nôtres. Eu général, les jeunes gens puisent dans la lecture des écrivains de Piorae et d'Atliènes, non des principes politiques, mais des senlimens de désintéri.'ssement , d'amour de la patrie , et des exemples de vertus publiques ; principes , (juoi qu'ait dit Montesquieu, de la monarchie comme des rf'publiques 5 et, sous ce point de vue, elle n'é- toit pas inconnue à notre vieille France, cette alliance des principes monarchiques et des senli- mens républicitins ^ et noire monarchie aussi a eu ses Fabricius , ses Scipions et ses Gâtons.

Lue direction générale des études est donc inu- lile, et des lors elle peut être dangereuse , cai* il ii"v '1 rien d'indifférent dans la société. Celle di- rection morale de toute une nation mise en co- mité, el j>resque toujours entre les mains d'un seul homme , qui à la longue domine tous ses collègues , offre moins que jamais à une nation une garantie suffisante contre le danger d'une lausse direction. L'Europe en a fait la triste expé- rience dans l'impulsion qu'ont donnée aux es- ])rils, et juéme sans autorité politique, les com- pagnies littéraires, et l'Etat ne doit placer dans lin scnl point pas plus sa morale que sa Ibrtune.

i-.i la rovaulé s'est alarnuW; de l'autorité de ces grandes charges qui mettoient aux mains d'un parlitulier toutes les forces militairrs d'une na-

( ) lion, pense-t-on cjne la religion peut voir sans inquiétude loiUe sa force nioî'ale à la disposition d'un autre connétable de l'instruction publique, dans un temps les idées les plus saines se sont si étrangement obscurcies 5 et lorsque nous avons vu dans une ordonnance .récente, sur les petites écoles , ces étranges expressions : k Les évêqucs » pourront , dans le cours de leurs toui'nécs , )) prendre conuoissancederétat de cesécoies, etc., » et faire ainsi au corps éjiiscopal une simple iaculté dune surveillance qui est pour lui un devoir, et pour un Etat chrétien une nécessilé?

Cependant, quand il seroit nécessaire de con- server encore quelque temps une direction géné- rale, et seulement pour se donner le temps de revenir à un meilleur svstème , il ne faut ]îas croire qu'une institution de ce genre puisse faire de grands biens, précisément parce qu*e] le a pu faire beaucouj) de mal, et ce n'est pas ainsi qu'il faut juger les institutions politiques.

•2°. La question de savoir si l'éducation publique doit être confiée à des corps ou à des individus, est susceptible d une démoustralion rigoureuse et presque géométrique.

En effet, élever tous les homnaes qui doivent former la société, c'est-à-dire, la régler, la gou- verner, la j"ger, la défendre, c'est élever la société même. Or la société est un éti e perpétuel 5 l'ins- titution doit donc être perpétuelle. La société ne peut être élevée dans un même lieu, ni dans une seule personne; il faut donc une institution u)ii- verselle, qui puisse élever à la fois un grand nombre de personnes dans un grand nombre de lieux.

La société est une, et elle doit recevoir la même éducation, malgré la succession des temps, la di- versité des lieux, la multiplicité des pei'sounes; il faiit donc uuc institution. uniforme, et la même

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pour tous les temps, tous les lieux, toutes les per- sonnes.

Donc il fautun corps 5 car un corps seul est une iusUtution perpétuelle, universelle et uniforme.

Il ne peut y avoir clans les établissemens d'édu- cation torniés d'iudividus isolés et réunis forlui- tenient, sans autre lien que la communauté d'ha- bitation et de travaux, ni perpétuité, ni univer- salité, ui uuilorniité. Un individu meurt, ou quitte l'établissement, on ne sait lui trouver un successeur. Ceux qu.i se présentent sont souvent ceux qu'iS faudroit écarter. On ne tonnoît per- sonne de longue main j chacun arrive tout formé, avec son esprit, ses goûts, ses mœurs, ses habi- tudes ; rien n'a été ré^lé à l'avance, et soumis à une discipline uniforme, à un esprit général, à une direction constante et commune. On est ré- duit aux certificats et aux rcnseigneiuens officieux dont on connoît la valeur. Une administiation de collège essaie les hommes, et les prend tels qu'ils sont. Un corps les a formés et les conïioît. IVIille circonstances éloignent un particulier, libre de ses actions, de t(l ou tel lieu, de tel ou tel emploi, de tel ou tel chef, et une des grandes peiues du conseil dirigeant de l'Université étoit de trou\er des professeuis habiles <;ui voulussent aller en pro\ince, ou y rester quand ils y étoient. Le membre d'un corps religieux \a partout il est envoyé, fait ce qu'on lui ordonne, obéit à tous les supérieurs qu'il trouve. Un corps ne meurt pas, ne change pas, et, par l'éducation qu'il donne à ses membres, il relient la société dans les mêmes principes.

3°. Le corps enseignant doit-il être laïque ou religieux ?

Des laïques ne font pas et ne peuvent pas faire corps eus< iguant, c'e.st-à direfaii-e corps jbourdes fonctions austères et obscures, et (pii, quoi qu on fasse, zie pcuNcnt être, cojnme les fonctions pu-

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bliqucs (le 4i\ maglstraliue ou de l'armée, hono- rables et lucralives. Il faut pour ([ue des hommes fassent un corps de ce genr<;, corps moral et indi- visible, il iaut ({ue cliacuu renonce à toute indi- vidualité, à celle de ses actions, de sa volonté, de ses intérêts personnels, pour obéir à »ne action, à une volonté générale, et à des intérêts communs.

Les vœux de religion ue sont autre cliose qu'un ï'enoncement formel à toute individualité, un renonfcement aux gouts, aux besoins, aux devoirs de la famille privée, pour servir la famille géné- rale; et il est, ce renoncement, d'une si absolue nécessité pour former un corps, que les corps même militaires «pii ne permf'ttoit au sDldat ni le mariage, ni l'exercice d'un mélîer lucratif, et qui exigent de lui une entière subordination, le sou- mettent au moins de fait , et pour un temps , sinon aux vœux, du moins à la nécessité du célibat, de la jiauvreté et de l'obéissance; et l'Université elle- même a prescrit le célibat à plusieurs de ses mem- bres, et le désire pour tous.

Des laïques se rapprochent et ne se réunissent pas ; s'ils mcltejit un mouent en commun leurs travaux , ils gardent chacun leur volonté et leurs intérêts ; et un corp^: dont cha [uc éléineni peul se séparer à volonté ( st une agrégation d'individus, et n'est pas un corps.

Si des vues d'int6rêts, ou je ne sais quelle exal- tation politique, détermiuoient des laïques à for- mer quelques engagcmeus du genre de ceux dont nous venons de parler, et tels à peu près que les avoient acceptés^ pour un temps, les élèves de l'école normale, cette contrainte insupportable, quand elle n'est ni inspirée, ni adoucie par la religion, communiqueroit à leur esprit, à leur humeur, à leurs nuinières même, quelque chose de triste et de dur qui les rendroitpeu agréables à leur\ élèves, et même pourroit, par l'influence

ToMB V. 53« Livraison. 3

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de l'imitation, dénaturer le caractère des enfans confiés à leurs soins.

Les élablissenicus laïques d'éducation publique ne présentent donc jamais que des individus isolés les uns des autres, sans aulre lien que la commu- nauté d'habitation et de travaux; et c'est pour sup- pléer à l'absence de tout lien moral, que le gou- vernement impérial avoit établi dans son Univer- sité un régime despotique et à peu près arbitraire, qui pût retenir dans le devoir, et dans une union au moins extérieure, tant d'hommes que l'intérêt avoit rapprochés, que mille causes pouvoicnt à tout moment diviser, et qui soupiroient sans cesse après l'indépendance et les agrémens de la vie du monde.

L'éducation publique, donnée par des laïques, pèche autant par les inconvénicns qui l'accom- })agnent, que par les avantages dont elle manque. Elle met sous les yeux des enfans, (pii ne doivent à leur âge connoître que leur famille et le collège ,, des hommes du monde qui y tiennent par les liens du mariage ou par le désir de les former 5 qui y tiennent par leurs espérances ou leurs prétentions. Voués, par le besoin de vivre, à des lonctions in- grates, obscures, et d'autant plus fastidieuses que celui qui les exerce a plus d'esprit et de connois- sances, ils ne s'y livrent qu'avec le désir et dans l'espoir de les quitter; et, dans c«'tte vue, ils s'at- tachent particu.ièrement aux enlans dont les pa- rens peuvent seconder leurs projets d'ambition ou de fortune. D'autres, pour courir la chance d'un établissement avantageux, se répandent dans les cercles des villes ils sont j)lacés, en deviennent des habitués, j)rennent part à toutes les intrigues, à toutes les tracasseries, à tous ies ])laisirs, rap- portent dans le collège tout ce qu'ils ont vu et entendu, (jmbjuefois , sous conndence, ce qu ils oui fait, tt inspirent ainsi aux enfaus le dégoût de

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la. vie scolastiqne , et le regret d'un monde qu'ils ne connoîlront que trop tôt.

Ce qui caractéiise surtout les élablissenicns du genre de ceux dont nous parlons , est qu'il n'y a c[uc peu ou point de subordination entre les maîtres, et j>ar conséquent peu d'esprit d'obéis- sance et de docilité clans les éîève's. Ces maîtres laïf[ues, fâcheux s'ils sont âgés , snfTisHns s'ils sont jeuires, ne voient dans leur chef (jue leur égal ou même leur inférieur par les talens, et ne le re- gartlenl que comme l'homme chargé de les paver et de les uourrir. 11,^ scmt les premiers à insjtirer aux cnfans, toujours secrets complices de l'insub- ordination, leur mécontentement, t ntôt du sa- laire, tantôt de la nourriture, tantôt de la règle de la maison ; et je ne parle pas de ceux qui, sans réserve dans leurs propos ou dans leurs k-ctures, trop sO'.iventpeu réglés dans leurs mœurs, donnent aTix élèves des leçons ou des exemples de corrup- tion. C'est ce défaut radical de subordination que Buonaparle avoit ."^enti lorsqu'il avoit soumis ces établisseraens à un régime tout-à-fait militaire, plus favorable que tout autre à une certaine disci- pline (|ue cet homme, qui ne connut jaii^ais ({Ué le matériel de la société, prenoit pour de l'ordre, par la même disposition d'esprit qui lui faisoit croire qu'il avoit tout réglé, les hommes et les choses, lorsqu'il avoit prescrit, dans les plus mi- nutieux détails, des préséances et des uniformes.

Enfin l'éducation publique, donnée par des laïques, est ruineuse pour l'Etat 5 et c'est ce qui avoit déterminé Buonaparte à la mettre en entier, et comme un impôt, à la charge des parens. CeS hommes, qui ont tous les goûts de la société, et souvent tous les besoins de la famille , voués aux fonctions d'instituteur par le seul intéiêt, et ca-» pab ( s d'en remplir ou de plus lucratives ou de plus honorables, ne peuvent y êlfé retenus que

3.

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pur nu giMud îulérct^ il faut payev ceux qui trn- viiillcnt, et même ceux qui ne peuvent plus tra- vailler, et l'on peut «lire, sans crainte d'être dé- menti , que les iionoraires d'un seul professeur de rhétorique ou de pliilosopliie suiFisoient à entre- tenir tous les rêgcns de classe dans un corps reli- gieux, et qu'ainsi il n'y a pas plus d'économie dans les établissemcns séculiers qu'il n'y a de gra- vité et de subordination.

De BomAld.

Sur le 3îataise des Esprits en Europe.

En essayant, dans la 4'j* Li>raison du Coiiser- yateur, de démêler les causes du malaise qui se manifeste aujourd'hui dans plusieurs parties de l'Europe , j'ai cru devoir traiter d'abord de ce qui a rapport à la spiritualité de l'homme, alin d'éta- blir que les Kois sont impuissans jjourla diriger. Ils ut' font pas les doctrines; et c est principale- ment par les doctrines dominantes que les peuples sont heureux ou mallieui'eux , aises ou durs à gou- verner. C'est pourquoi tous les publicistes ont déclaré qu'un peuple atlu'e ne pouvoit se com- prendrcî; encft'et, la religion étant la loi et le lieu des esprits, partout les esprits ne «eroient ni unis , ni réglés par des princij)es religieux , il de- viendroit impossible de concevoir l'existence d'au- cune association.

Les Rois ne font pas les croyances publiques; cnarrivautau pouvoir, ilslpstrouvejitétablies; c'est Blême par elles qu'ils arrivent au pouvoir sans contestation. Le pi'cmier de leurs devoirs et leur plus grand intérêt a toujours été de les maintenir. J.a raison de cette obligation est simple. Aucun changement ne s'opère dans les doctrines sans cuuscr du ijrajidij U'oublcs dans l'Etat; les Kois et

( ^>7 ) îes pe-rrples en souffrent également. Plus ou moin* pailailcs, les doctrines reriies ont une supériorité iiicontestaLlc , par cela même rprelh's sojit gcné- raleniont reçues- elles règlent les esprits par la persuasion , la soumission , rhahitud<;; et, comme il est vrai qu'un peuple n'est fort fjTie de ce qu'il croit, plus il est assuré <înns ses crovances, plus il est à Tahri nu'me des événefneus qui ne dépendent que de la poli(i(|ue. L'Espagjie a lrf)uvé , dans ce que la pliilosopliie du siècle lui reproehoit comme fanatisme et superstition, un point de résistance que les autres peuples out cherclié vainement. Des mreurs semblables, le mépris des anciennes doc- trines et des ancien nés lo is renden t leifi nations euro- péennes propres à subir le joug delà conquête ; l'é- vénement l'a prouvé; et cen'estpas un des traits les moins remarquables de la situation de cette partie du monde, que de la voir slir tous les points ré- clamer la liberté^ tandis ane, par la facilité de ses nneurs et le dédain de ses anciennes institutions , elle rend aisées les gTandes dominations qui sont et ne peuvent être fartes et conservées que par le pouvoir absolu. De ce contraste des de'sirs del'es- piit et des habitudes de la vie privée, résultent des craintes réciproques que les nations sentent quel- quefoisplus viveraeiitque Ge'ix qui les goitverneut. C'est ainsi qu'aujourd'hui personne ne pourroit dire que la France, levant de nouveau le grand étendard delà démocratie, ne ])orteroit pas encoie une fois sa puissance sur l.es pays qu elle a déjà bouleversés, et qii« personne encore ne pourroit dire que le premier essai qu'ellie tenteroit dans ce but, ne suftiroit pa-s pour la faire l'ayer du nombre des nations. Celle incevlitude d'indépendance po- iiti([ue , née pou^i- tous les p-uples de l'Europe des malheurs qu ils ont éprouvés depuis trente ans, de leurs succès comme de leurs revers , est une Cia^ causes du malaise des esprits. Les Rois peuveut

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l'afFoiblir beaucoup, s ils sont parvenus ou s'ils parviennent un joui' à ne plus reclouter qu'une nation appelle t<,us les factieux de l'Europe à s'unir à ses projets j la coalition des Rois n'étant nécessaire qu autant qti'on pourroit redouter en- core la coaiition des passions populaires. Si cette appréhension n'existoil plus, les assemblées con- tinuelles des Rois et de leurs ministres devien- droient une cause d'effroi pour les peuples^ mais il est cerlain aujourd'hui , et peut-être le sera-t-il encore long-temps, qu'à la première division des principales puissances de l'Europe, les opinions révolutionnaires uniroient de nouveau la force des armes à la force des doctrines. Trente années de déplacemens successifs on tmultipliéles craintes, ont rendu difiiciles à saisir les démarches les plus simples, les plus loyales. INous, royalistes, nous croyons (|ue les souverains ne ^e rapprochent que pour mettre enfin un terme aux progrès des pas- sions populaires^ les ministres d'un Roi légitime de France essaient de nous tourner en ridicule dans leurs Correspondances privées (^.^ , positive- ment à cause de l'idée que nous nous formons d'une assemblée de Rois dans les circonstances ^rj'aves se trouve i'Eux"oj)e^ mais si ce n'étoit pas pour le gi*and iii»érét de la civilisation euro- péenne <[ue les souverains restent coalisés, il seroit permis de s'iufjuiéter d'une union active qui fini- roi t par roaipi'e un certain équilibre de forces

(i) La Corrcspondunce prifce fia Times, attribdf'c à M. le comte «le (jazcs . me cite romme adressant de sublimes lamen- tations à la re'iinion des diplomatc-s européens. C'est la pre- mière (ois «juc je me rois accuse fit' viser au* sublime et d'être lamt-nlnhle. Je croyois mes habitudes d'écrire d'une grande simplicité ; et ma manière de conside'rer ceux <|iii ont de l'in- fluence sur la deslinr'e des empires ne jjie permet guère de m'attend! ir «[u'ati moment ou la justice divine les punit de îeurs fautes, luiforc cette sensation s'cst-elle beaucoup usde à force d'avoir e'té exercée depuis treule ans.

( 39 ) sans lequel il est difficile que les indépendances nationales se conservent 5 et nos ministres, qui ne veulent pas qu'on croie à la prévoyance des chefs des nations, devroient bien nous dire pourquoi des conférences diplomatiques succèdent à des coufjrès, et en préparent de nouveaux.

S'il n'est pas au pouvoir des Rois de faire les croyances publiques, et s'il est de leur devoir, comme de leur intérêt, de maintenir celles qui sont établies, il s'ensuit nécessairement qu'il faut des institutions pour défendre les doctrines, et que le seul peuple qui pourroit impunément dé- clarer toutes les religions égales, toutes les opi- nions libres, seroit le peuple qui n'auroit plus la conviction de rien. Une nation dans cet état est une nation finie ; je ne sais si la France en est à ce point de maturité; on l'aftirmeroit si on ne con- sultoit que sa législation, et la manière dont les révolutionnaires, les doctrinaires et les ministé- riels l'interprètent 5 mais cette législation a été faite pour coi-rompre. La France valant beaucoup mieux que les lois qui lui ont été imposées, rien n'eût été plus facile , au retour du Roi, que de la rappeler aux grandes vérités qui l'ont fait pros- pérer pendant quatorze siècles. La Chambre de j 81 5 a montré tout ce qu'on pouvoit sur les Fran- çais, en réveillant le souvenir des anciennes doc- trines religieuses et morales; on conçoit que l'es- prit de la révolution eu ail frémi; mais le reste ne peut se comprendre.

La déclaration d'un principe peut bouleverser un empire , si on n'en règle en même temps toutes les conséquences. Ainsi en d;^clarant à la fois la liberté des cultes et la religion catholique religion de l'Etat, on a jeté le trouble dans les esprits; ce trouble existera, tant qu'aucune institution ne réglera lajiberté des cultes, et n'assurera les effets nécessaires de la suprématie de la religion calho-

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lif{ue ; l'une et l'autre resteront en péril ,• on verra le même pcu])îe redouter à la lois les persécutions religieuses et les excès de ceux qui ne veulent d'aucune religion 5 car il est remarquable aujour- d'hui en France, et dans une grande partie de l'Europe , que les craintes les plus opposées se rafr- semblent dans les mêmes esj.rits. Cela fient, je le répète, à l'extrême facilité avec laquelle on pose des principes, sans avoir la force d'en tirer les conséquences, et le taient de les régler. Sur ce point important, je crois devoir m'expliquer par un exemple qui rende ma pensée sensible à ceux qui voient de l'incertitude partout on ne peut mettre que des raisonnemens.

La religion grecque est en Russie la religion do l'Etat ; toutes les consécjuences de cette supiémalie sont rigoureusement établies* ainsi nulle incerti- tude à cet égnrd dans les esprits. L'em])ereuf Alexandi'e vi*nl d admettre, dans son empire, le libre exercice des cultes calviniste et luthérien; il les a admis, non en vertu d'un principe vague, mai* cumme un fait dont il étoit indispensable de fixer les conséquences, et qui ne scroit sans danger qu'autant qu'il sr voit garanti ])ar des institutions. 11 a créé un supérieur pour toutes les affaires qui peuvent naître de la profcssicm de ces deux con- fessions évangéliques, et loi a donné un canseil désigné sous le nom de Cousis toir.^ général de l'empire. L'institution qui dépend du pouvoir se trouve ainsi parfaitement accomplie. S'il y a trouble, scandale, tendance à des doctrines eiTO- nées, ce n'est pas avec des individus isolés que l'autorjlé souveraine aura à traiter: le supérieur et le conseil cjni lui est adjoint sont pour ré- ])ondre au chef d<; la société générale de la sagesse de cette société p.a-ticulièi'c. Jusqu'au jour ou a permis aux philosOjihes français de refaire le inonde, opération qui jusqji'ici n'a été qu'à dclruiic

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tout ce qui existoit, c'est aiusi que les choses se passoicntj les gouveineraens ne reconnoissoienl aucun droit aux individus, par la raison toute siuiple qu'il leur est impossible de traiter avec chaque individu 5 mais ils reconnoissoient lesasso- ciations, et les iustituoient de manière à pouvoir toujours les conduire par l'intermédiaire d'un chef assisté d'un conseil. On aura Leaucoup fait pour le repos de l'Europe quand on sera revenu à cette marche tracée par le bon sens , et contre laquelle on ne peut rien tenter sans se perdre. Papauté, rovauté, simple municipalité, partout il y a pouvoir et discussion , il faut un chef et un conseil qui maintiennent l'association^ la dirigent, et répondent pour elle.

Mais une institution d'ordre et de suprématie ne suffiroit pas éShsles circonstances de l'admis- sion de religion^^^uvelles; la religion est le lien et la loi des esprits; si la loi ëtoit fausse, elle les égareroîl nécessairement, et la tranquillité pu- l)liqueseroit compromise. Comme la Russie recon- noît une religion de l'Etat, c est-à-dire une reli- gion politiquement bonne en cela qu'elle est le lien de la majorité des esprits, le chef de l'Etat n'a pu adrnettrerexercicc libre de cultes nouveaux sans connuître leur morale, leurs dogmes; et il a mis^ pour conditions à la liberté qu'il leur accorde, à la protection qu il leur promet, « qu'ils rcste- ■» roient fidèles à leurs symboles et confessions , » par lesquels ils reconnoissent la Sainte-Ecriture » comme la parole de Dieu, afin de les mettre à « l'abri des innovations dangereuses et contraires •» à l'esprit du christia}]isme.'»T)an3 le maintien des doctrines , dans ce qui touche aux consciences, ce n'est pas directement que le pouvoir intervient, mais par 1 intermédiaire d'un consistoire composé des docteurs des deux cultes; il y a donc vérita- blement sûreté et liberté pour les calvinistes et 1er

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luthériens; le principe de leur admission reconnu, et les conséciuences en ayant été réglées, les cultes nouveaux n'auroient à craindre le pouvoir que dans le cas ils tenteroient d'altérer les symboles qu ils ont avoués en demandant à faire partie de la société générale; et le pouvoir qui se dégageroit alors à leur égard de toute protection, ne seroit que juste.

On ne peut assez réfléchir sur la différence qu'il y a entre proclamer des principes généraux dont on abcindonne les conséquences à la versatilité des esprits, ou n'admettre des principes qu'après avoir examiné sur quoi ils reposent, et en avoir réglé les conséquences de manière qu'elles ne puissent nuire à l'ordre établi. L'esprit de la révolution, <'spvit d'orgueil et d'ignorance, a toujours procédé par des généralités, et a rendu ainsi le monde im- possible à gouverner. La Jlussie vient de rappeler les choses à leur vérité fondamentale. Ce qui ap- partient à la spiritualité de l'homme a été laissé aux guides que les consciences se sont librement choisis; ces guides répondent à la société géné- rale des conséquences de leurs doctrines particu- lières ; mais ce qui appartient aux institution» nialcrielles , a été fixé par le pouvoir, selon le le droit qu il a, et le devoir qui lui est imposé de ne rien négliger pour conserver l'ordre établi , alors même qu'il est obligé de faire des conces- sions aux idées nouvelles. La tolérance a ses con- ditions, la liberté a ses règles; on tolère une reli- gion ; on règle les conséquences des religions qu'on déclare libres. Pour la religion de l'Etat, on ne peut pas dire qu'on la tolère , on ne peut pas décla- rer quelle est libre ; elle est dominante; elle est la base de la société ; elle a précédé les pouvoirs existans; elle fait leur principale force par l'union des esprits; les souverains doivent la maintenir; et ce n'est jamais sans affoiblir considérablement

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leur autorité qu'ils négligent de le faire. Jusqu'ici l'histoire a confiinié ces vérités, et conservé le souvenir des malheurs dans lesquels tombent les nations qui s'en écaitent. Si l'égal' prétendue des religions, si la tolérance |)nur l'athéisme qui est la négation de toutes les religions, et pour le déisme qui en est rindiffércnce, entrent, comme il esl impossible d'eu douter, dans le malaise que les esprits éprouvent eu Europe, c'est la première affaire qui doit occuper les souverains qui ont quelque chose à redouter de cette disposition. Qu'ils consultent le passé dans lequel se retrouvent toutes les idées simples et applicables, qu'ils mé- ditent sur ce qui vient d'être fait en Russie ; et ils se convaincront que la liberté de conscience doit être réglée comme toutes les libertés. Il est absurde de reconnoître que la liberté relii^ieuse est illi- mitée, et de croire qu'on pourra limiter la liberté politique 5 cela est impossible. Le pouvoir ne doit se charger de garantir que les professions de foi fixes et avouées 5 sil est au-dessus de lui d'inter- venir directement dans les symboles, parce que la spiritualité de Thomme ne lui appartient pas, il est iudlspenjable qu'il les connoisse, puisque les symboles religieux ont une influence irrésis- tible sur le repos des nations, et qu'on ne peut comprendre que des gouvernemens admettent des principes généraux, et laissent à tous les esprits la faculté d'en tirer les conséquences, sans se pister eux-mêmes à la dissolution de l'ordre social. Malgré Ijur arrogance, les principes géne'i'aux sont (|uelquefois si bêtes, qu'on ne les admet qu'à condition qu'on n'en tirera pas toutes les consé- quences. Si des musulmans venoient se faire citoyens français, et usoient de la pluralité des femmes, on ne changeroit pas sans doute pour cela les articles du Code civil qui punissent la bigamie 5 et si on les changeoit par respect pour la

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conscience des musulmans, i\ n'y aui'bît pas de motifs poiir ne pas les supprimer en laveur des athées qui nient t<uites les religions , et des déistes qui en rejettent les obligations. Toutes les lois qui règlent les mœurs sont des hois religieuses ^ bien qu'on s'accorde à les appeler des lois civiles. Kous allons par le passé , même alors qu'on s'ef- force de le nier, puisqu'il seroil ritioureusement impossible qu'il y eiit une législation fondamen- tale, là il n'y auroit pas de religion dominante dans l'Etat. Et cependant des ministres du Roi très-chrétien ont nir que l'Eglise de France fût un corps 5 une majorité de députés fiançais, par respect pour toutes les religions , a refusé d'admettre dans une loi le mot religion ^ se doutoit-elle qu'elle nioit à la fois la Charte et l'ordre social ? Les hommes en jdace, qui ne veulent pas que l'Eglise de Franco soit un corps, qui ont com- battu pour obtenir la majorité contre le mot reli- gion , se fâchent quand on leur dit qu'ils font du gouvernement représentatif en France un moyen de révolution sur TEurope entière. Sont-ils assei; igno<ans pour que la colère qu'ils montrent soit de bonne foi? Je n'ai pas las connoissances suffi- santes pour prononcer à cet égard. Dans la 4^* Livraison du Conservnteirr, j'ai dit pourquoi je ne croyais ni à la possibilité, ni à l'utilité d'une prolession de foi politique applicable à tous les Ltals 5 mais je concevrois fort bien que, dans le dé- sordre où sont les esprits, on trouvât nécessaire de faire suJ»ir un examen sur les hautes questions d'ordre social à quiconque prétendroit à devenir ministre ; je concevrois encrrre qu'une nation fiil mise, par les autres nations, hors de l'union com- mune, si %v% doctrines donliu,'lut(^s altaquoient les conditions fondamentales de la société; mais une intervention directe du dehors sur les affaires d'un peuple me parott un attentat à son indépendance;

( 45 ) «ftrle pouvoir étranger <[ui j>ourroît le contraindre à marcher dans une route meilleure, auroit par la même raison la foi*ce nécessaire pour l'é^i^arer, «'il V troiivoit un intérêt. Quoiqu'on accuse les royalistes de France d'appeler sans cesse les étran- gers dans nos débats, les rovalistes sont les seuls qui repoussent leur intervention, parce que seuls ils savent que la politique applicable ne peut jamais êU'e décidée de loin avec connoissauce de cause, et que les souveiaius qui l'essaient finissent presque toujoui's par n'être que des iuslrumens à ia dispo- sition de iactieux ou d'intrii^ans.

Si les généralités sontd'un danger extrême dans ce qui s'adresse à la spiritualité de l'homme, elles ne sout pas iroins dangereuses dans ce qui coUr- ceiue le matériel de la société, c'est-à-dire dans ce qui peut être réglé par Tadministration. P'après les événemens dont nous avons' été les témoins, il est à cra"ndre que les cabinets de l'Europe, aujourd'hui inquiets de l'agitation qui règne dans les esprits, n'aient beaucoup contribué à la pro-

Fager. Si cela étoit prouvé, il resteroit du moins espérance que remède seroit encore à la dis- position de ceux qui ont fait le mal.

jNous avons vu partager le monde en comptant par lieues quarrées, etpartager les hommes comme des bestiaux, eu ne les comptant que par tête 5 ils changeoient de niaîtres sans changer d'étable seulement l'étable qu'ils habitoient changeoit de propriétaire et de manière d'être dirigée. Il sembloit que les Rois légitimes fussent d'accord avec les usurpateurs pour abâtardir l'humanité, j.our amener tous les peuples à cette dernière j flexion de l'âne de la Fable : « On ne me fera pas V jjorter deux bâts, » Les sentimens, les habi- '.. ies, l'attachement aux lois sous lesquelles ou <i\. '.t né, etoient comptés pour rien 5 on ne consi- o., jitpa* même si le territoire, passant sous uae

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autre domination, ne perdoit pas ses moyens de' pi'ospérite, et par conséquent toutes les jouissances auxquelles il s'étoit accoutinné , et qui sont la récompense attachée par Dieu même â l'intelli- gence appliquée aux besoins la vie. Est-il étonnant que des peuples auxquels on ai'a\i leurs lois anciennes, sans leur laisser le temps de con- noître les lois nouvelles qu'on leur imposoit, aux- quels on enlevoit leurs libertés locales , leur situa- lion acquise, autant de fois que la victoire déplar.oit la prépondérance, demandent avec instance une législation publiquement discutée aux souverains dont ils sont devenus les sujets, parce qu'ils ont entendu dire que les législations publiquement discutées éloient les seules qui ne changeassent pas? Est-il étonnant que ce qu'ils ont réclamé ne les satisfasse pas quand ils l'ont obtenu? Ce qu'ils veulent, ce qu'ils expriment par le mot constita- tiony c'est la sécurité dont ils jouissoient îiutrefois, ce sont les habitudes qu'ils avoient contractées, le développement d'une industrie qu'une position long-temps fixe leur avoit indiquée comme la meilleure pour eux 5 et telle ville, aujourd'hui

Î>erdue dans un grand Etat, préf'éi*eroit aux plus jelles combinaisons d'un prince d'gne du grand nom de législatctir, une administration qui lui assureroit le débit des toiles qu'elle fabrique, ou de la clincaillerie qu'elle forge. Qu'on ne s'y trompe pas; ce n'est point par une suite néces- saire des idées spéculatives des écrivains (jue les ])euples s'occupent de législation; tous les sys- tèmes à cet égard sont renfermés dans un bien petit nombre de têtes. iMais lorsqu il y a malaise dans les esprits, les idées spéculatives obtiennent du crédit, parce qu'il est dans la natur»; de l'homme de ne jamais rcnonc<'rà l'espoir d'un meili<'ur soi't ; «'tles écrivains svst('mati({!i<'S , comme jes ci»arla~ lans qui pérorent sur les places publiques, ont An

( 47 ) débit dans la proportion du nombre de ceux qui souffrent.

Le monde a été mis hors de mesure parla pétu- lance de la révolution française; les événemer* alloient trop vite pour qu'on piU en calculer bs suites 5 et dès qu'où veut coiinoîlrc tout ce qu'une véritable poli'.ique exioe de uiorléralion et de prévoyance, c'est vers le passe qu'il faut tourner tes yeux. Lorsque les événemens, les traités aidoicnt au développement naturel d'un Etat, et qu'il s'aggloméroit une pro\ince voisine, la pre- mière condition étoit qu'elle conserveroit ses libertés locales, ses réglemens administratifs, en un mot tout ce qui composoit son existence parti- culière. Cette province clîangeoit de protecteur plutôt qu'elle ne cbangeoit de maître; et lorsque ses rapprocheraens continuels avec l'Etat principal avoient détruit les motifs qui avoient fait respec- ter ses habitudes, on les respectoit encore, parce que des promesses formelks les avoient consa- crées, et parce qu'on savoit alors que les seules réu- nions qui soient bonnes, sont celles qui s'opèrent sans que la main de l'homme s'y fasse sentir.' Les libertéslocales, les réglemens qu'on pourroit appe- ler civiques, ne nuisent point à la marche du gou- vernement ; ils arrêtent, il est vrai, les prétentions despotiques de l'administration 5 et c'estparce que l'administration domine aujourd'hui les gouver- nemens, qu'on est tombé partout dans cette ma- ïiie de législation généi'ale et d'uniformité qui introduit, même dans les plus grands Etats, l'es- prit de la démocratie. On se plaint des effets; il faudroit remonter aux causes ; ou trouveroît qu'on pose aujourd'hui, en politique, des principes (jui s'appliqueroient au monde entirr, par le même motif qui fait qu'un ministre, par une- circulaire , croit régler les affaires de cent mille communes, »e voyant pas de différence outre Lyon, Bordeaux^

C48 )

Marseille, et les villages on ne trouveroit pas même un maire qui sût éciii'e, et les intérêts par conséquent ne s'élèvent pas beaucoup au-des- sus de la science. La vérité est que la circulaire ne Tègle rien; seulement elle empêche les connois- sanccs locales de tourner au profit des localités. Il en est de même des généralités politiques; elles ne s'appliquent pas 5 leur seul effet est d'arrêter le développement des principes applicables, et de mettre le crédit des rêveries systématiques au- dessus de la foi due aux vérités d'expérience.

On ne peut se dissimuler que dans les royaumes composés de provinces qui, dans l'espace de vingt ans, ont changé plusieurs fois de maîtres, de constitutions, d administrations, d'intérêts domi- nans, les souverains ne soient fort embarrassés de répondre aux: désirs des peuples qui demandent une législation fixe. Jusqu'où retourncra-t-on en arrière? quelle est, des généralions q^ii existent ensemble, celle dont il faut accepter les habitudes? Ces questions ne sont douteuses que parce qu'on les établit en généralités; car si chaque ])rovince étoit consultée dans les hommes mai-quans qui connoissent ses besoins , qui sont intéressés à sa prospérité, qui ne pourroicnt se tromper sur ce qui survit du passé , comme sur ce qui est détruit sans r<-tour, il en résulteroit deux avantages inap- préciables : le premier, que les esprits se délour- neroient des généralités pour s'allacher à des in- térêts définis j le second , qu'on procéderoit au retour de l'ordre par le commencement ; c'est-à- dire en reconnoissant des libertés locales pour le maiiilicn dcsquelless'élevcroit ensuite la liberté publique; et plus les gouvernemens metiroient de ÎVanchise dans leur manière de procéder » cet égard, plus vite les esprits se calmeroient. Il y a des circonstances dans lesquelles il faut tout en- treprendj'e pour attirer les bouô esprits du côté

( 49 ) lîu pouvoir; partout il y a agitation morale , et ce talent manque à des ministres , l'avenir de l'Etat est exposé. Je ne crois pas le« peuples plus élevés qu'ils ne l'étoient autrefois ç mais ils ne vont plus par hahilude j ils sont accoutumés à interroger le pouvoir; les journaux, même loi'S- qu'ils ne donnent que de fausses lumières, n'en appellent pas moins la discussion partout ils portent la connoissance d'un fait, car on ne lit pas avec l'intention de ne rien apprendre. Dans cet état de clioses, le silence des gouvernemens laisse supposer des mystères , et fait naître des craintes; et s'ils parlent sans avoir su se donner pour soutiens ceux qui ont crédit sur les esprits, et veulent l'ordre , il faudra bien que les esprits tombent à la merci de ceux qui ont du talent et veulent ie désordre. La légitimité du pouvoir est un principe de sécurité; mais le talent aussi est devenu légitime; c'est la grande raison q:ji niilite eu faveur du gouvernem.cnL représentatif. La France ne sait pas encore tout ce qu'elle peut eu attendre ; et c'est pitié de voir à quels hommes sont contiées nos destinées.

Après avoir examiné ce qui tient à la spiritua- lité de la société, ce qui dépend do l'administra- tion, on trouvera qu'il reste'encore dans les esprits une cause de malaise qui tient à ce qu'on appelle la poJitique.

Les guerres de l'Europe se sont long -temps faites en Italie; elles se sont portées depuis plus spécialement en Allemagne; comme s'il étoiidans la nature des pavs divises en beaucoup de petites souverainetés d'être à la fois le théàti'e des com- bats, et le prix de la victoire.

L'Allemagne est devenue momentanément une

véritable unité par les efforts lieui^eux qu'elle a

faits pour, repousser la révolution armée sur son

terrain natal : l'Allemagne doit désirer des cora-

ToME V.— 53< Livraison. 4

(5o)

binaisons qui la mettent pour toujours à l'abri cîe nouvelles invasions. Ce désir est juste. L'accom- plissement eu est ex.trêmement difficile. Si on le tentoit d'une manière efticace, on verroit sans doute reculer les premiers ceux qui l'appellent avec le plus d'ardeur, puisrju'il ne peut s'effectuer .qu'avec des cliangemens plus brusques et plus nombreux que ceux qui ont eu lieu par suite des guerres de la révolution. Les souverains seroient alors traités sans plus de cérémonie qu'on n'en a fait pour se partager les peuplés 5 et cela même seroit une nouvelle cause de malaise et de troubles. Les vœux que fait l'Allemagne n'en reposent pas moins sur les sentiraens les plus naturels ; c'est ce qui donne du crédita ces républicains farouches qui, sous le nom de Teutonia et avec des poi- gnards , veulent se faire une patrie forte et in- divisible de tant d'Elats qui ont des mœurs et des intérêts divers. Celte révolution, si elles'opéroit jamais, seroit plus terrible que la révolution fran- çaise, parce qu'elle seroit pi us long-temps franche dans toutes ses passions. Mais la disposition des esprits allemands vers l'unité de territoire, comme force de résistance aux invasions, peut êti'e saisie par d'autres intérêts que les intérêts de la démo- cratie , et il en résulteroit d'autres inquiétudes. Je l'ai déjà remarqué, dans le désordre qui suit nécessairement les longs troubles civils mêlés à de longues guerres et à de faux principes , les craintes les plus opposées peuvenlse réunir dans les mêmes esprits j on redoute à la fois tous les malheurs qu'on a éprouvés successivement. L'art de calmer ce genre de craiiites n'a pas de règles fixes, et c'est pour cela ({ueje l'ai mis à ]>art comme du domaine de la politique, c'est-à-dire dépendant de l'ha- bileté des cabinets intéressés à rendre aux peuples un peu de cette sécurité f]ui les faisoit aulreiois iiiciïeif à gouvcrjier. La silualiou des esprils duu.s

(5,) i[iielques contrées est telle, que si on pouvoit y passer bail pour un gouvernement a\(c autant de sûreté que pour une ferme ou une maison, je pense que le monde gagueroit déjà beaucoup en repos.

A toutes les causes qui agitetit les esprits par suite des doctrines, des actes et des prétentions toujoui'S actives de la révolution franraise , si on ajoute, comme on doit le faire, la vieille poli- tique des Etats de l'Europe tendant sans cesse à sagrandir, se surveillant dans chacune de leurs démarches, bien moins occupés des périls se trouve la civilisation , que des projets qu'ils ont ou qu'ils se supposent réciproquement, projets qui ont leur contre-coup sur les peuples, parce que ce genre de prévoyance ou de soupçons ne leur manque pas plus qu'aux Rois , on conviendra que les écrivains qui tranchent d'un mot les diffi- cultés de la situation de l'Europe , ne les con- noissentpas; et que les ministres qui reprochent aux royalistes fran«;ais de compter sui* les cabinets étrangers , sont aussi bien ignorans , s'ils ne sont encore plus perfides. Les royalistes savent que la civilisation européenne est solidaire ; les révolu- tionnaires le savent aussi 5 ils l'ont prouvé et le prouvent encore par les attaques qu'ils lui portent journellement. Elle périra, ou se sauvera tout en- tière; et les calculs les plus positifs montreroicnt que la moindre faute des souverains dans des cir- constances aussi graves, la moindre division entre eux, seroit l'assurance du triomphe de la démo- cratie, et par conséquent la fin d'un ordre poli- tique qui , comme l'Empire romain , est peut- être arrivé au terme la décadence est inévi- table. Il est permis de recider devant cet avenir; il est noble d'essayer de le détourner, même quand on auroit les connoissances suffisantes pour juger la vanité des efforts qii'on tcnteroit. La raison ne

C 5a:) gouverne le moude que sous l'autorité des honne» aoctriucs} quand les doctrines fausses dominent, le monde appartient au hasard. La philosophie qui crie : abstiens-toi , et la philosophie qui dit : •■)- , r>nt rlisposé de l'univers jijus souvent que 11..- ^•iiue,';; tant il est vrai que la spiritualité de la sociélé e&t tout. Le jesle appartient aux mi-- nislres,

FlÉVÉE.

Paris, le i*» octobre 1S19.

L,c Conseri^ateur commence sa seconde anné^ ; peut-être nous est-il permis de croire que cet ouvrage n'a pas été entièrement inutile j malheu- reusement nous n'avons pu réjarer le mal aussi promptement qu'op l'a fait. INous sentons avec regret que notre tâche n'est pas finie : il n'y a que le plus entier dévouement à la cause du trône et de l'autel, qui puisse nous forcer à continuer un travail encore plus éloigné de nos goûts, qu'é- tranger à notre position. Toutefois, nous ne renoncerons à ce travail qu'au moment les bons principes auront triomphé, et lorsque la monar-^ chie sera sortie , saine et puissante, de la crise qui e prépare.

Jusqu'ici nous n'avons eu à signaler que des erreurs j à présent nous aurons à nous occuper des conséquences de ces erreurs : on a posé les prin- cipes, on arrive aux résultats j on a semé, on va recueillir.

Les thoses ne peuvent pas rester long-temps comme rjles sont : si le ministère ohlicnl encore une majorité tell* quelle, daps la session prochaine

( 53 )^ (ce qui «croit possible à la rigueui), le renouvel- Jemcnt de la quatrième série amènera un change- ment inévitable.

Il faut donc que les ministres attendent paisi«. blement l'événement, ou qu'ils prennent un parti dans le cours de la prochaine session. S'ils prennent un parti , quel sera-t-il? Modifieront-ils la loi des élections? S'ils la modifient, comment la modifieront-ils? Doubleront-ils le nombre des députés? Fixe- ront-ils l'âge éligible à trente années? Rendront- ils le renouvellement de la Chambre quinquennal ou septennal ?

Mais s'ils demandent et obtiennent le double- ment de la Chambre , en laissant le fond de la loi tel qu'il est, les élections se feront dans le sens elles viennent d être faites cette année. Alors surviendra plus promptement cette majorité dé- mocratique qui menace de tout emporter.

Si l'on n'admet pas le doublement de la Chambre ; si, pour conserver une foible majorité, en proposoit seulement de garder, pendant cinq ans, la Chambre actuelle , la turpitude de cette pro- position ne frapperoit-elle pas tous les esprits? Quoi', mentir aux principes qu'on a soi-même avancés, violer la Charte, non pour 1 améliorer, non pour introduire un changement salutaire , mais pour se perpétuer au pouvoir, précisément parce qu'on s'en est montré incapable! Il nous paroît impossible qu'un pareil projet trouvât une majorité dans les Chambres.

Les ministres se contenteront-ils d'apporter «ne

(54)

Seule modlûcation à la loi , le vote par nirondlsse- laent?

Nous avons déjà attaqué ce projet dans le Con- servateur, en tant qu'il s'agii'oit de voter dans les arrondissemens, mais de ne dépouiller les scru- tins qu'au clief-lieu du département. Si les auto- rités étoient infidèles (et l'on doit toujours calcu- ler sur la fragilité humaine), il est évident que le vote par arrondissement rendroit le ministère maître de toutes les élections de la France.

àSi le dépoiiillement devoit avoir lieu dans chaque arrondissement , cela seroit sans doute une chose désirable. Mais que diront les libé- raux? Déjà ils se prononcent con(re tout chan- gement: ils sentent que la moindre modification apportée à leur loi chérie , peut entraîner la chute du système. Or, nos gouvernans ne semblent pas disposés à renoncer à l'alliance des hommes dans les bras desquels ils se sont -ietés. jNous devons penser plutôt que de nouveaux traités ont été faits : des journaux, deshonimesmarquans dans l'oppo- sition de gauche , viennent d'embrasser le parti d'un ministre que jusqu'alors ils avoient violem- ment atlafjué. A la vérité, une colonne de l'op- position libérale combat encore le mêmeministrej mais le combat est-il réel ou feint? Les buona- partistes et les libéraux scroicnt-ils réellement divise's? Ceux qui continuent leurs outrages veulent- ils sculejnent les vendre un peu plus cher? C'est peut-être une affaire de commerce.

Si l'on en croyoit des bruits géïK^ralement ré- pandus, il paroitioit que la plupart des miiiistres, jusleracut choqués delà suprématie d'un de leurs

(55 ) collègues, voudroient secouer un joug trop pesant, JNéanmoins fout fait présumer qu'au moment la session va s'ouvrir, des intérêts communs réuni- ront nos hommes d'Etat autour de leur dictateur.^

Que si M. le comte de Cazès , mécontent à son tour de ses collègues, prétendoit les éloigner, qui nictlroil-il à leur place? des libéraux? Il seroil; bientôt renversé par eux. Des royalistes ? il n'est pas question de royalistes. Dos doctrinaires? ils ne forment pas un parti. Reste donc quelques mi- nistériels, que l'on a vus traîner dans toutes les places, et qui en sortent de plus en plus amoin- dris , usés , effacés. M. le ministre de l'intérieur .auroit de pauvres seconds. D'ailleurs la saison s'avance: il faut songer à convoquer les Chambres ; •t, comme de coutume, on sera surpris par le temps.

Tout considéré , le ministère restera vraisem- blablement tel qu'il est, marchant en dehors et en dedans des Chambres , appuyé sur Topinion dé- mocratique. Cette opinion, de son côté, n'étant pas encore assez forte, et craignant, avant tout, les royalistes , se i^éunira au ministère. Mais il faudra que celui-ci paie le secours qu'on voudra bien lui prêter ; il faudra qu'il fasse toutes ces conces- sions en lois , hommes et places, que nous aurons énumérées dans la dernière Livraison du Conser- valeur. Moyennant ce régime, le ministère pourra encore vivre de mépris et d'insultes jusqu'aux prochaines élections 5 époque à laquelle il viendra expirer aux pieds de quelques nouveaux régicides.

La Providence jelera-t-elle sur nous un i-egard favorable ? Des corps constitués , des hommes de talent seronl-ils tentés d'une grande gloire? La

( 5G ) Chambre des Pairs profitera-t-elle du moment qui nous reste pour affermir les principes monar- chiques . Dans la Chambre des Députés, le centra se réunira-t-il à la droite pour forcer le ministère à se retirer ou à changer de sj'^stème? Si les gen."» de bien ne sont pas persuadés de l'impoMance du moment; si, dans la prochaîne session, on ne- porte pas un de ces coups qui changent la face des affaires, rien ne peut nous empêcher désormais de subir la peine des fautes ministérielles.

Au reste, nous sommes persuadés que le dci- nier résultat sera favorable à la cause du trône. Une poignée de révolutionnaires encouragés par l'im- prudence des ministres, ])eut sans doute produire des troubles; mais en définitive, elle n'imposera pas la loi à la France. JNous sommes fâchés de le répéter, puisque cela fait tant de peine aux minis- tériels et aux libéraux : les hommes monarchiques «ont les plus nombreux et les plus capables. lSo% ennemis sentent intérieurement cette vérité, et c'est ce qui leur donne, dans ce moment même, un redoublement de rage. Que les royalistes con- tinuent à s'entendre comme ils le font aujourd'hui, et leur union sera le triomphe assuré de la monar- chie légitime. Le Conservateur.

La deuxième Partie du Cours de Thèmes Grecs , de M. Vende 1- Heyl , qui traite plus particulicreineiit des règles de la syntaxe, et Je ce qu'on appelle les idiotismes , vient de paroilre cliea Le Norinanl, libraire, rue de Seine, n" 8. Le succès de la première Partie de cet ouvrape, dont on a de'jà publié tine seconde édition, est d'un bon augure pnur celle— ci, i|ui semble avoir un degré de plus d'itittrt t et d'utilité pour les personnes qui enseignent ou (jui étudient la langue grect]ue (i).

(c) tin vol. in-8'. Prix, broché, 3 fr., et 3 fr. c. par Ih poste; cartonna, 3 fr. sS r. Chej l.e NorniBul et N. Pichard.

Hota. La première Partie, njti brochée , se vend a fr., et s fr. 5o c. par la poste i '•rlonn^e , 2 fr. s5 c.

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LE CONSERVATEUR.

SUR LE SUICIDE.

Il n'est point de jour lo récit de quelque suicide ne \icnne consterner Tâme, et nous éclai- ter sur la profondeur de la plaie que la pliilosopliie a faite auv mceurs publiques : car, avant qu'on eût ébranlé l'empire des idées rejiii^icuses , le meurtre de soi éli>il un crime presque inconnu 5 et aujour-» d'iiui même on en trouveroit à peiue des exemplcîl chez, les n.itious que l'impiété n'a pas encore per- verties, ^lerveilleux progrès de la rai-^on! elle a Vejelé la parole de ne, pour nous enseigner des doclriues (pii condamnent à mort leurs sectateurs : et tandis tju' n nous montrant le ciel, religion nous fait suj porter avec une éi:a!e constance ces deux grandes épreuves des forces humaines, la pros; érité et le malheur, la philosopiiie, s'efTor- rant de concentrer sur la terre les désirs inlinis d'un être iuîiiiortel , a mis le désespoir à l'evtré- milé de toutes nos joies et de toutes nos douleurs.

Il n'est pas x aisé qu'on le pourroit croire de réconcilier l'homme avec sa condition présente. Déchu d'un plus haut état, l'instinct de sa gran- deur le tourmente sans cesse; il aspire à recouvrer son rang, et il v a en lui, malgré lui, quelque chose qui s'indigne quand ou mutile ses destinées.

On a beau flatter son orgueil par de vaines promesses d'indépendance, on ne guérit pas la plaie de son cceur. Plus il s^éloigne de l'ordre, plus les angoisses se pressent autour de lui. Roi de ses misères, souverain dégradé et en révolte contre lui-même, sans devoirs, et dès lors sans liens,

Tome V, 54* Liyraisow. ^

C58 ) ^

sftn« société, seul au milieu fie l'univers, il se fuit » ou plutôt il cherche à se fuir dans le néant.

Les Liens et les maux d'ici-bas fatiguent presque également les âmes vides d'avenir. On se repaît de cliiniùres, on vit d'attente , puis l'on s'en va , quand on s'imagine qu'il ne reste plus rien à désirer ou à souffrir.

Chose étrange! pour dégoûter l'homme de la vie, il sutlit de :a lui livrer tout entière, de le j*assa^icr de .ses plaisirs 5 alors, connoissanl tout et ennuyé de tout, il saisit avidement la mort comme une dernière sensation, ou une dernière espérance.

ÎSoii moins foihle contre l'adversité, la moin<lre traverse Tirri te et l'ahat. Il oublie que cette rapide •vie n'est pas une jouissance mais un tra\ail, et il se croit libre de refuser une existence qui lui pèse. Triste elFet de l'extinction de la foJl lorsqu'un peuple tombe dans l'incre'dulité et dans les diW «ordres (pii en sont la suite, il perd jusqu'à la force de supporter les maux qu'il se fait lui-même. Ses doctrines et ses lois ne laissant aux infortunés d'autre refuge que la tombe, ils s'y précipitent aveuglément, et, dans leur effrayante aliénation, cherchent la tin de tout, tout commencç pour ne finir jamais.

La religion seule, en iustruisant l'homme de sa. condition véritable, ew lui apprenant ce qu'il est, ce qu'il doit éLi-e, l'élève au-dessus de tous le,s évènemens, et leretientsur la terre par de sublimes devoirs, et par l'espéiance même qui en détache son co;ur. Elle sait qu'il y a beaucoup à ])leur<'r, beaucoup à souffair en ce lieu d'exil, et elle dit : heureux ceux qui ylcjn'enty heureux ceux qui sauf" freiit; et cette consolation s'est trouvée plus puis- sant»; qu'aucune autre. iSe pensez pas , cependant, qu'elle iicglige d'essuyer ces larmes dont elle ô!e l'amerlUMu;, d'adoucir ces soulfiances qu'elle en- i^x'^nv. k suppoittT. l^arlûut elle avoit ouvert de^s

(59) aaîlcs à l'iufortune; sa tendresse n'oublioit aucune foiblcsse, aucune douleur j elle recueilloit jusqu'au remoi-ds. Cette sollicitude a , de nos jours, paru peu philosophique. On a détruit ces asiles du malhi.ur et du repentir. Renversé en quelques momens, l'œuvre de quatorze siècles s'est évanoui comme un songe de bonheur et de vertu. ÎN e nous plaignon» pas, néanmoins, si la philanthropie du siècle nous a ravi de belles institutions créées par la foi de nos pèresj nous n'avons pas tout perdu; il.iioufi reste la morgue et les filets de Saint-Cloud.

Remarquez cependaat la différence des doc- trines et de leurs effets. La philosophie qui dit à ^hon^me , vis pour toi, le conduit à iin dégoû.t profond de la vie; la religion qui lui ordonne d'; vivre pour les autres, la lui rend douce; et le sacrifice de soi, sans lequel nidle société n'existe^ est aussi pour l'individu un principe de conserva- tion. Et Ton ne doit pas s'en étonner; car si l'on y réfléchit, on comprendra qu'aucun être ne se conserve qu'en se conformant à l'ordre , et que l'ordre lui-même n'est que l'ensemble des devoirs, ou des rapports qui unissent chaque être aux autres êtres. Se soustraire à ces devoirs, ne con- sidérer q.uc soi, essayer de se faire une félicite', une vie à part, est donc tout à la fois une extrava- gance et un crime : une extravagance , car nul ne peut vivre seul, ni vivre heureux qu'en obéissant à ses lois naturelles; un crime, car c'est tenter de se rendre indépendant de Dieu, de se mettre à sa place. On s'adore réellement dans ses passions, dans ses désirs; on y sacrifie tout, et soi-même, s'il le faut; et le suicide, terrible et dernier acte du culte de soi, n'est en clfel que le sacrifice de tout 1 homme à hii-mêjne.

La l'évolution qui, depuis trente ans, s'est opéré»; dans les croyances , a tellement effacé ou corrompu les idée* d'oidre, qu'on a cru que la

justice sociale devoît rtre indifférente à ce genre (le inemtre. On a a ])]ijs loin, on veut que la rtli- gion soit C( mp.ice de cette indifférence^ on veut que .<nr le cadavre encore sanidanl du niallieui-eux qui vi< nt de se tuer, elle appelle les béuédictious du Dier. qui a dit : tu ne tueras point. El depuis quand riioraicide est-il une atîlion qu'il soit utile de consacrer au nom du ciel? Croif-on qu'il n'y ait pas a>sc7 df' suicides? Sont-ce les scrupules de lePi'V*onscience qu'on veut tranquilliser? Hommes de notre «ièclt , vous avez des attention'; Lienlou- cliantes. \ous parlez de pitié, de miséiicorde ; mais le scandale que donneroit l'Eglise eu tolé- rant le s> andale, à quoi serviroit-il à l'infortuné qui nest plus? Triste pitié ([ui ne sauve que l'araour-propre d'une lamille, eu préparant peut- êlre le déscsjioir de plusieurs autres.

Eaiss(Z à la religion ses lois, »u.>si l)ien vous ne les cLarigLrf'z pas 5 elles son! immuables .coiiune Dieu méjjie. Occupez-vous plutôt de l'éforiner les vôtres j il en est bien temps, 1 out hébétés de raa.- térial'sme, vous vous imagine/ qu'il en est de l'o.dre social comme de votre pliilosopliie la mort finit tuut, et le suicide vous paroît liois du rlouîaiue dts .'ois, parce que le coupable est hors de leur atteinte, INlais ne a oyez-vous pas que cet homme qui est moi t laisse un exemple qui ne nieuj t point, et que cet exemple en doit préveiiir \v.s effets? Toutepunilion, celle del'as-assin même, n'a pas d'i:ut)"e obji't; car enfin son supplice ne rend pas la vie à sa victime. ï)i donc riionuue qui se tu< donne un exemple fuueste, il est juste, il est convenable (le fléiiir sa mémoire, non ])our p'inir celui qui ne j)eut plus cire j)uni <pu; par L> PU, mais pour détourner, autaiit que possible, les autres hommes de 1 imiter. l'.tqui doute ([ue le 5Ui'clde ne soil nuisible à la s ciélé? Elle ne sub- ristô ^|u'à l'aide des lois, par le respect ou la crainte

( 6. )

qu'elles inspirent. Or, quiconque se croit maître de sa vie, quiconque est prêt à la quitt» r, est, de fail, par cela seul anVancJii de toutes les lois 5 il n'a plus de règle ni de frein que sa vlonté. Cela est si vrai, ([u'à Rome le suiciile ne devint com- mun que dans des temps de calamité^ on y eut recours comme au seul moyen de se soustraire à des^lois et à des jugeraens abominables. Ce fut aussi à la même épOfjue ([ne la philosophie entre- prit de le justifie)', et outrant Teneur, selon sa coutume , elle enseigna qu'on pouvoit se tuer pour se dérober aux souffrances d'une maladie incu- rable, à rindigence, aux peines de Fàme, ou pour s'affranchir des lois de la nature même.

Des gens qui ne voient dans les actions de l'homme que des résultats nécessaires de son orga- nisation physique, prétendent que le suicide est l'effet d'une maladie. Or, disent-ils, voulez- vous que l'on punisse les maladies? Non, mais qu'on les prévienne , qu'on en arrête le développement. Il y a moins de suicides, quand les lois flétrissent ceux qui se tuent. Des lois contre le suicide sont donc utiles à la société. Mais j'ai honte de rai- sonner sur une supposition aussi fausse qu'abjecte. D'après quoi jugez-vous que le suicide, hors certains cas très-rares, soit l'effet d'une maladie, paixe que cet acte violent est contraire à la raison? Mais quel crime n'est pas, dans le mêmest'ïis, un acte contraire à la raison? Il ne manqueroit plus que de les excuser tous , comme une suite involontaire du dérangement des organes.

Enfin voilà ce qu'on ose soutenir. J'ignore ce que ces doctrin'js présagent à la société. On peut assurer du moins qu'elles lui préparent des destins nouveaux. Les peuples aussi cprouvent je ne sais quelle inquiétude, quel dégoût d'être, qui les sollicite à se détruire eux-mêmes. Le mouvement vers la raoit est partout, et entraîne tout. On

(6:. ) cliroit que le monde est pressé de fimir. Témoin* de ce mouvement terrible, le pliilosophe s'ap- plaudit, le politique s'efFraie, etlc clnétieueapère. L'abbé F. de la. Mennais.

DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE.

Il est certain que M. le ministre de l'intérieur s'est fait présenter un rapport sur l'état de la liberté de la presse en France ; et il est encore certain que la conclusion du rapport est peu favo- Xable à cette liberté.

Les mesures que l'on vient de prendre en Aile- înagneranimentrespérance deceux quivoudroient nous ramener à la censure. Que les journaux mi- nistériels disent axijourd'hui qu'on ne la rét.iMira {)as, cola ne prouve rien : dans le langage do uo» lommes d'Etat, on sait ce que signifie jamais. D'ailleurs, le ministère est obsédé par les ancien» agens de police. Ces ennemis du gouvernement représentatil ne cessent de regretter le bon terap» de l'arbitraire impérial ; ils craignent toujours qu'on aille déterrer quelques unes de leurs lâche- tés. La Charte leur est odieuse j la liberté de \n pi-csée leur semble un véritîible fléau, puisqu'elle

Eeut tôt ou tard les chasser des affaires -, or, ils ont eau être flétiis dans l'opinion , ils n'en tiennent pas moins aux emplois : il y a des hommes public» pour lesquels le mépris est une espèce d'aimant qui les attache à leurs places. Posons quelques principes, rappelons quelques faits pour nous mettre en garde contre toute surprise.

Point de gouvernement constittitionnel san* liberté de la presse: nous l'avons dit et répété dan« tous nos écrits ; nous croyons l'avoir prouvé (i).

(i ) ftéjlexiniis jinliii,jucs ; Alomii-chic selon lu CItartc , cliap, 7, 8,9, elc. ; /tdjjporl sur l'r'UiC Hr la l'rancc ( 13 mai l8l5^ ; (W- nion fiur le l'mjat de Loi reUtif à la Liberté de la /'/««e (GnattjLif

4«6 Viits).

Qu'on s'explique : si l'on compte LrAlcr la Charte, rien Je plus conséquent que de suppri- mer la liberté de la presse; mais si Ton préleiid nous laisser l'une, et nous ravir l'autre, c'est une aLsxirdilé.

On a vu la censure en France avec la Charte. Comment les choses ont -elles été? tout de travervS. En i8i5, nous avoi't eu le 20 mars 5 en 1816, l'ordonnance du 5 sej>tembrc, et le reste.

Ce qu'il y avoit de pis sous la censure, c'est que la liberté delà presse n'étoit pas supprimée de fait: elle éloit seulement en régie entre ics mains d'un ministère qui la rcfusoit aux ro3\ilistes par haine, l'accordoit aux révolutionnaires par peur, et l'afiermoit aux ministériels moyenna^nt certain «erva^œ, peines de corps, corvées et autres tra- vaux domestiques.

Tous les amis du gouvernement constitutionnel, tous les hommes opprimés par le système du mo- ment, ont une grande obligation au Conservateur: c'est à cet ouvrage qu'il doivent en partie l'aboli- tion de la censure. Tant que le ministère put enchaîner l'opinion royaliste, il ne s'embai-iassa guère des attaques de la Minen'c , de la Biblio- tlièque historique, des Lettj-es Normcuules, etc. Les insultes à la monarchie légitime, les blasphèmes contre la religion, lui sembloient apparemment des bagatelles: mais quand le Con.veri^aZcur parut; quand il nous fut possible de défendre le trône et Tautel , de repousser les calomnies, de dénoncer la Correspondance privée, de démasquer certains Jiomnics, alors le ministère s'alarma. Ne pouvant étendre la censure jusqu'aux feuilles semi-pério- diques, il abandonna l'empire des feuilles quoti- dit.-nnes ; en désespoir de cause, il se précipita dans la liberté de la presse : il crut s'y cacher, il s'y" iioya.

La vérité est que la multitude des joui».aux lu^

( (M )

parut lin moyeu de salut j il compta sur des écarts; trompé par ses passions et jiav ses flatteurs, il s'iniai .na 4U< l'opinion lovaliste alloit justifier les accusations rc\ olulionnaires. li en est anivé tout autrement : Us journaux monarchiques ont mon- tré plus de zèle pour la ('iiarte, plus de .haleur pour les libertés [)ubli(pies que les gazettes iudé- pei;d;nles; leur effet stu- ]'(>\)iiji(in a été piompt et sensible. Or, réunir 1( s senlimens généreux au bon droit, c'est ti ( p fort: si l'on permet plus long-temps la liberté de la presse , toute la France voudra la religion , le Roi , la Charte et les hon- nêtes gens. ^ ite un rcnièd!- eontic cette pjste d'opinion royaliste! la Fiance elirétitnne, la France libie! Q;ie de\iendioit le ministôe? Il n'est qu'un se. 1 moren de tuut sauver : c'est de rétablir la censure.

^'en doTîîons point ; les rapports secrets sur Féïat de la liberté de la presse, U' peuvent avoir été or(lcni-<'s qinî daus dis vues hostiles contre l'oplni n mouare]ii([ue , car les journaux libéraux; ne sont aujourdJiui ni plus inipi( s^ ni plus anti- légilimes, ni plus calomniateurs qu'ii."^ ne l'étoien^ sous le régimr d*- la c< nsure : on peut s\'n con- vaincre par les extiaits de ces journaux; extraits qne M. le cardinal de la 1 uaerne recueillit et pu- blia au commencenn-nl de la dernière session. Ainsi, !«■? l'o alistes doivent tenir pour certain que tout projet contre la liberté delà pr« ss«' , les menace paiticulièretn» nt. Celte véiité acqueiroit un nou- Vt'MU di gré d'tvid<uice, s'il etoit prouvé qu'un de Ti<,s ministères , prît quinze cents on métne deux mille cin.j cents abonntMuens au CanstiiuLiointel.

La censure rétablie nous reinettvoit dans la position nous no-is trouvions l'aiin e dernière: licence ])oiir les feuilbs révoliilioniiaires , escla-» vage pour les journaux luonarchicpics. Q'ianl aux jjazcttes miuislérielles, ou peut lire daus ua de«

( 65 ) derniers numéros du Courrier, un article ce qu'il y a (le plus sacré pour les clit étions est grossièrement outragé. Or, nous aurions les niêiaes articles sou^s la censure, puisqu'ils conli«nneut les opinions de ceux qui seroieut maîtres do celte censure.

En oJ)tenant la liberté de la presse , les roya- listes ont tout obtenu. Tant que cette liberté sub- sistera le trioînplie leur est assuré. Dcqiuis trente ans, c'est-à-dire d< puis le comnirncenicut de la révolutii'U , toutes les lois que la piesse a été véritablement libre , la France est devenue royaliste ; et toutes les fois qu'on a voulu mainte- nir DU ramener la ré\oIulion , il a fallu supprimer la liberté de la presse : la révolution n'a pu se sau\er que par des coups d'Etat coutre cette liberté.

Ceci est un fait sans réplique. On se souvient encore des succès de Mallet-du-Pan , eu 17B9, 1790 et 1791, et pourtant à cette époque ii avoit à liittri* coutre toute une nation <u délire. I es révolutionnaires alaimés eurent recoins à une mesuTe libérale qui tit taire l'opposition : ils éta- blirent pour loi rt pressive l.-> prosci iption , etpour censeur le bourreau. ]Mallel-Ju-p: 11 !ut obligé dq iuirj Durozov paya ses écrits d. «a léle.

Après la terreur il y eut Ubtilé de la presse. Quel en fut le résultat? la tranee devinl telle- ment rovaliste que le niedoi'e ne put prévenir le rétablissement du trôn. , que ^,ar le 18 fruc- tidor : les écrivains monarchiques furent con- damnés en masse à la depoitat («u. Ou vit ce <ju'on a toujiiurs v) dans la Fiance révolution- naire : les pli;s fiers republicpins , es jiusaidi'us préilicateurs de i'egalité et de la lib'U'te, crièr< nt contre la liberté de la ])r(sse. Il n;-us reste des discours de es temps u ind' ix ndance 5 discours dans lesquels des ministres dcmocialiques posent

en principe qu'il faut établir la censure, et qu'il est impossible tic gouverner avec la liberté de la presse! Enfin, Fouchc; , pendant les cent-jours, déclara que si Buonaparte accordoitla liberté aux joiiTuanx, la France alloit devenir royaliste.

La jjreuve nouvelle que nous avons sous les ycuXjvient ajouter sa force à ces anciennespreuves. Oscroil-nn dire que depuis rétablissement du Consfruatenf-j, et l'abolition de la censure, l'opi- nion royaliste n'a pas fait d'immenses progrés? Les journaux monarchiques comptent au moins un tiers de plus d'abonnés que les journaux révo- lutionnaires et ministéj'iels réunis. Il y a deux ans (pic l'opposition de droite n'obtint aucun député dans les élections ])ar sa propre force; cette année, elle en a obtenu plusieurs; et si les électeurs attachés à l'ordre légitime s'étoient tous rendus à leurs collèges, ils auroient, malgré le vice radical de la loi, balancé les choix révolu- tionnaires, A quoi faut-il attribuer ces succès? Aux journaux royalistes. Qui a tué la fameuse Correspondance privée du Times? Les journaux royalistes. Qui a changé l'opinion de l'Europe? Les journaux rovalistes. Quel seroit donc leur succès, si au lieu d'être obligés de combattre le» ministres du Roi, ils soutenoimt ces ministres et en étoient soutenus à leur tour?

Mais pourquoi les ministres sont-ils si fatigué» par la liberté de la presse? parce qu'ils se sont mis dans la position la plus éh-ange. Ils n'appar- tiennent à aucune o])iijioii ; aucune opinion ne les porte. Qu'ils se rangent du côté du Conserva- teur, ou du côté àcla Minerve , à l'instant ils au- ront pour eux un des deux ])artis qui divisent la France. Ils ne seront plus obligés de paver deux pauvi'cs feuilles pul)li([ii(s cjue leurs inhj-mités retiennent dans 1 élat b; plus languissant, et qui meurent avant qu'on sache qu'elles ont vécu. Ou

( 67 ) jae connoît point en Angleterre de journaux pu- rement ministériels . Les ministres sont soutenus tout simplement par l'opinion d.ins laquelle ils se T»lacent : cela coûte moins, et est plus sûr.

Soyons justes : il se peutqueles ministres aient €11 à se plaiîidrc d;" quelques attaques personnelles trop ïioleutes. Mais s'ils sont justes à leur tour, ils conviendront qu'en abusant de la censure de la manière la plus odieuse , ils avoient préparé ces inévitables récriminations. Comment oi>t été traités les plus honnêtes gfins de la France dans les journaux censurés? Quels services n'ont point été méconiius , quels talons n'ont point été insul- tes , si ces services, si ces talens se trouvoient dans une opposition que le gouvei-nement repiéseutatif fait naître? Qui ne se r;ij)pelle le déplorable ar- ticle apporté , au nom d'un ministre , par un gf'u- darme au Journal des Débats ; article l'on ou- trageoit un prisonnier qui n'étoit pas mémo en état de prévention? Et ce prisonnier etoit le sau- vteur de Lyon, ce général Canueî que les tribu- naux ont vengé de la plus stupide comme de Ja plus noire des calomnies. Les ministres ont -ils oublie cette prétendue conspiration dans laquelle ils ont voulu nous envelopper? Ont-ils oublié les iaterrogatoires étranges dont nous avons été l'ob- jet ? ont-ils oublié la Correspondajice privée qui , {jondant trois ans , a vomi contre nous les plus àcUes calomnies? Les ministres par ces attaques qu'aggravoient les joJirnaux sous leurs ordres, ne se. contcnloient p<Ts de marquer une simple dissi- d(;nce politique ; ils ne prétendoient à rien m.oins qu'a faire tomber nos têtes : et aujourd'hui ils s'étonnent qu'un peu de chnleur reste encore au fond de l'opinion de ces hommes qu'ils ont si in- dignement persécutés !

Mail après tout, faut-il renoncer au gouvernc- Sieut conslitutiounely abandonner nos libertés.

( 68 ) parce que la liberté de la presse moleste et fatigue quelques hommes en place? Faites-vous uu Lou- i[i: r de Tolie mérite , et les traits que vous lance l'ennemi, tomberont à vos pieds. Sans doute si vous mettez au pouvoir un homme sans capacité, ou un homme que la morale réj)i^)uve, il sera vul- nérable de tDutes parts 5 il souffrira beaucoup des attaques personnelles. Mais ces attaques ont- elles jamais nui à un homme qui valoit quelque chose par lui-même? Les injures du Alorning ihro?ticle ont-elles jamais déterminé M. Pilt à de- mander au ])arlement un bill de censure? Un homme public dans un gouvernement constitu- tionnel , ne doit pas être si chatouilleux. Qu'il nous soit permis d'en appeler à notre ])ropre ex- périence : s'il V a quelqu'un dans le monde qui ait d,roitde se., plaindre dea outrages des journaux, e'e.st flous. Objet d'une double attaqué littéraire et politique , que ne lious a-t-on point dit depuis vingt ans', les gazettes de i\] . touché nous ont traités comme celles de M. le comte de Gazes; qu'en est-il résulté? Les personnes qui nous accor- doient leur estime, ne nous l'ont pas retirée , et Ton a fait lire un peu plus les ouvrages qu'on vouloit proscrire. ÏSous pouvons donc assurer que les coups portés à un honnête homme ne lont aucun mal : Pœte, non dolct.

Si d'ailleurs les ministres prétendoient nous enlever la liberté d<' la presse, de quel moyen se »erv iroient-ii>? D'une loi ? Elle ne pas&eroit pas aux; Chambres : il seroit aussi trop fort de venir, après une courte expérience de huit mois, nous demander de nous contredire honteusement, nous prier de *acri(icr à l'insullisance uiinislérielle la plus né- cessaire de nos libertés. Emploi<roit-on une or- dunuance ? INIaisune ordonnance ne peut détruire Hue loi , une loi si récemment , si solennellement uorléc. Il sulUioit d'au seul journaliste, d un seul.

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t-crivaîn qui refusai d'olK-ir, pour (lôfrrniînor mu* violniti; oxplosiDii dv ropinion piii>li(|u<'. iSoiis pensons, et nous l'avons dit , qile certains hojnmes d'Etat voudroient confisquer la Chaite au j)ro{it de l'article i4; mais nous ncn sommes pas encore là. Ceux (jni se figurent qu'on pourroit impuné- ment suspendre la Constitution, torturer les mots de la Ciiarte pour en ti'.er l'arbitraire, connoissent Lien peu la iorce des choses qui nous entraîne, et la capacité des hommes qui croient nous diriger. INous le répéterons; si les ministres veulent soustraire aux j)elites tribulations que leur cause la liberté de la presse , ils n'ont (£u'à se placer dans une des d(;ux opinions dominantes ; c Cst à eux de choisir l'une ou l'autre. ISe cherchent-ils q^^« la plus forte? il leur est dajis ce moment facile de la distinguer. Les révolutionnaires, pour la ving-^ tième fois, laissent échapper le secret de leur foiblesse : ce parti ne peut marcher, ne jit'ut se sou- tenir, ne peut être quelque chose que par la faveur Jl'S ministres. Ausecondretour du Uoi il fut abatluj il ne releva la tête qu'ajn'ès l'ordonnance du 5 sep- tembre; il se crut perdu de nouveau lorsqu'il lut question du second ministère - Richelieu ; une seule phrase d'un discours roval le lit rentrer eu terre ; la proposition de M. Barthélémy le consterna ; aujourd'hui il est-dans les plus mor- telles inquiétudes : le congrès de Carlsbad l'a renversé. Il n'y a point d'oiîres , de promesses qu'il ne fasseaupouvoir : lescomitésdirecîeurssont assembles; délibérations sur délibérations; mes- sages surme>4»nges au ministère : tantôt on propose de suspendre toute attaque contre M. le ministre de l'intérieur; tantôt on fulmine contre la résolu- tion de la diète de Franclort ; puis , la peur reve- nant, on déclare qu'on restera neutre. Quand on est si fort, pe«d-on la tête à ce point? Fait-on dependi'e sa destinée d'une politique étrangère.

( 70 ) d*nneTévolut-on de caLinet? \ojez les voyalistM: s'a£;itent-ils pour im clmngcmont de ministère? Sont-ils atléiés par la perte de la faveur? Ils ver- l'oiont demain s'établir un ministère libéral , que, loin de cjoîre la partie perdue , ils la tiendroient pour gai^née. Ils sont revenus de plus loin : leur force est dans leurs principes, et cette force ne se détiiiit jamais.

Ils ne sVfîraient donc point ; ils n'intriguent donc point . ils n'ont point de comités-directeurs. L'I'.urope les a mi^'connus jjcndaut trois années, et ils n'ont point été abattus 5 l'Europe leur rend justice aujourd'hui, et ils ne sont point exaltés par ce succès. Ils applaudissent sans doute aux résultats généraux du congrès de Carlsbad, sans juger de quelt^ues détails, et surtout de la convenance locale fpii a pu déterminer la clause relative àlasus- pension de la liberté de la presse. L'acte naémo- rable cjue l'on dit être rédigé par M. Ghenst, liomine d'un grand mérite, est la pi'em.ière baiTÏère que l'Eujope ait opposée , depuis trente ans, aux principes révolutiounaiies : si les souverains le maintiennent, il pourra sauver la société. Cet acte donne aux peuples Allemands une constitu- tion nouvelle, fondée sur leur antique consti- tution, comme le gouvernement représentatif en Angleteri-e, est assis sur les bases mêmes de l'ancienne aristocratie normande : le vieux tronc Cjcrmanique nourrira de sa sève la greffe qu'on lui fait porter. En France on a déracina l'arbre : on a voulu follement séjxarer l'avenii- du passé;

J.es royalistes voient donc avec pi,»'iisij' les piiu- cipes monarchifjuesjjrospérer en .lilemagne, mais ils ne therclieut point, dans ce triomphe général de la bonne cause, leur victoire pai'ticulière : comme ils ne dcniaiidenl jamais grâce dans l'ad- \ersité , ils ne réclament, dans la prospérité, au- •vuae 'faveur. Toules leurs iutrigiues consistent à

(V) Aire hautement et publiqurment aux ministres > « iSoussoiniiies prêts à \ous seconder si vous aban- » donnez un système destructeur, si vous cessez » de persécuter les hommes mQ.narchi(|ues, si voua « nous donnez des lois monarchiques. A ce prix, V nous vous scrviions de tout notre pouvoir : »» demain nous passons dans Vos rangs; nous écri- » rons pour vous , nous j)arleruns pour vous^ nous )) voterons pour vous, nous oublierons tout M que vous avez fait contre nous, ûlous ne vous >) demandons ni vos places, ni vos honneurs : » gardez-les, et sauvez la France. »

Qne les ministres choisissent maintenant entr« les propositions secrètes des révolutionnaires et les propositions publiques des royalistes. Qu'il» comptent les voix; dans les Chambres : ils trouve- ront que Topposition de droite, unie au centre, leur donneroit une immense majorité. Qu'ils cal- culent l'efl'et des journaux indépendans et des journau-x monarchiques : ils verront que l'opinion monarchique estl'opinion dominante de la France. Ceci nous ramène, en finissant, à notre sujet.

Le phénomène de l'influence des journaux roya- listes parmi nous (phénomène qui pourtant n'en est pas un) ne cesse de confondre les hommes dé- mocratiques. Ces hommes veulent, en théorie, la liberté de la presse; mais aussitôt qu'elle est ac cordée, ils reculent devant la pratique. Ils s'é- pouvantent des effets qu'ils n'atteudoient pas j ils s'étonnent que la liberté de la presse aban- donne la révolution, que celte liberté se range du côté de ceux si injustement désignés comme les ennemis de toute idée généreuse. ISéanmoins ce« hommes, avec un peu d'impartialité , ne devroient** ils pas conclure que les mœurs naturelles de la France sont les mœurs la foule est le plus facilement l'amenée ? Si dans le combat des cloc- ti'inss il ea est une qui obliosLue toujours 1%

C 70 tîctoire nVst - H pas évidcnl que celte cîoctrihe est la plus forit? Or, nulle doctrine ne triomphe à la loiif^ur, (ju'clle ne soit fondée^ en raison el cil justice. Donc l'opinion royaliste qui domine parmi nous lorsqu'elle est libre, est l'opinion française^ comme elle est ropinion juste et raisonnable.

Tout cons'déré nous ne voyons que le crime ^ la bassesse el la médiocrité qui doivent craindre la liberté de la presse ; le crime la redoute couime tin éclialaud , la bassesse comme une flétrissure^ la médiocrité comme une lumière. Tout ce qui est sans talent recherche l'abri de la censure : les tempéramens loibles aiment l'ombre.

Le Vicomte de Chateaubriand*

EXPOSITION DtS TABLEAUX*

( Second article. ) TABLEAUX D'HISTOIRE..

Ainsi que nous l'avons lait jjressentir dans le* réflexions préliminaires insérées dans la 5 1' Li- vraison du CoTiservaietir, nous ne nous proposons pas de faire un examen approfondi de l'exposi* lion actuelle. La nature de ce ricueil , le peu d'espace que la politique nous permet de lui dé- rober, le temps qui s'écoule entre chatjue livrai- son, nous forcent, quant au nombre <\i's tabbauXj à liiuiter cette revue, et ce n'est assurément pas ce dont le public se plaindra; mais^ en méuic temps, nous lâcherons que notre critique abré- gée soit aussi raisonnée que possible, et pré^ sente au moins quelques résultats po.-itifs et pro* fitables à l'art. Cet engagement que nous oson« prendi'C , nous espéi^ons le remplir , grâce à l'ex- cellent guide quia bien \oulu parcourir le salon avec nous, et dont les sa\,inles jcniarcjues don- neront à nos arliclcs toute l'autorité qu'ils pour*

( 73 ) ront avoir. Trop modeste pour vouloir être nommé, (ju il soutfre au moins que notre recon- noissance avoue ici tout ce que nous devons à ses lumières.

Deux manières d'examiner les productions des arts , peuvent concourir à leurs progrès : l'éloge motive des beaux ouvrages, et la juste censure dos mauvais. Sous ce double point de vue , le salon de celte année l'ourniroit ample matière à l'observalion. Cependant, nous nous bornerons à la première j non seulement celte tâche s'ac- corde mieux avec la brièveté qui nous est imposée (et quiconque a vu les seize cent onze ouvrages exposés cette année en est bien convaincu), mais elle est aussi plus douce et plus facile. Quand un tnbleau ne présente que des défauts désespérans, ou une médiocrité souvent plus déses- pérante , on répugne à blesser l'auteur par des cri- tiques dont il ne peut profiter, qui n'en feront jamais un meilleur peintre, et qui peuvent en faire un peintre très-alfligé- caria vanité estsurtout oii ]e talent n'est pas. Ce seroit à M. le directeur géné- ral du Musée, cruel par humanité, à désabuser CCS manieurs de brosse qui se croient artistes, en refusant à leurs ouvrages l'entrée du sanctuaire , ils paroissent d'autant pllis ridicules qu'ils s'y Irouvent en plus brillante compagnie. Mais une fois admis au danger deTexposilion publique, c'est à M. de Forbin qu'ils doivent &en prendre de son trop de complaisance, et comme nous ne voulons pas qu'ils s\i\ prenn-nt ensuite à nous de notre trop de franchise , nous nous tairons sur leur compte.

Ceci posé , commençons l'examen des bonnes f/to.çe^yetd'abordjVoyonsM.AbeldePujol.Comme dans notre premier articlç, nous avons, sous le ) apport politique, vivement critiqué son plafond, nous éprouvons l'impatience de louer, sous le

ToMK V. 54' Livraison. 6

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rapport de l'art, son grand tableau de la Tierc^e au tombeau. iSavamment composé, l'ordonnance en est vaste , et présente de belles lignes. Le grand nombre de personnages y répandent de la variété sans y jeter de confusion, mérite rare , et qu'il est d'autant plus juste de signaler, que de grands peintres de l'école actuelle semblent trop le né- gliger. Le beau style , le dessin pur, les doctrines» classiques qiii ont fait distinguer les premiers ou- vrages de l'auteur, se retrouvent dans celui-ci. Les premiers plans surtout sont remarquables par la science du dessin. La figure princi]>ale est con- nue avec un rare bonbeur ; la Vierge est, si ou ose s'exprimer ainsi, à peine morte, et cependant plus qu'endormie. Il y a dans toute cette figure comme un pressentiment mystérieux d'une pro- chaine résurrection 5 l'espèce de fraîcheur que le peintre lui a si ingénieusement conservée, indique que ce n'est qu'c« passant qu'elle a été soumise à l'obligation de finir, imposée à tout ce qui a com- mencé: on sent f[ue sa mort doit être courte. C'est à de semblables inspiialions que se reconnoisscnt les grands artistes. Comme coloriste , M. de Pujol

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laisse à désirer j la couleur de son tableau est foible, et manque particulièrement de celte sé- vérité historique qu'exigeoit lin sujet si grave. Sous ce rapport, et ]>eut-ctre aussi sous celui de l'originalité de la pensée, nous préférerions /e*5'rtz// if Etienne qui a commencé la réputation de l'auteur. Ceci , au reste, n'est tju'une prédilection de sen- timent 5 et si uous aimons un de ses enfaus plus que l'autre, cela ne sort jias de la famille.

Le Livret annonce du mémo artiste iiu secoîid tableau représentant Cisar allant au Sentit: nous n'avons pas encore pu le trouver ; c'est sans douli; matière à un regret.

AL Bosio aussi a peint la A/ort de la ^ier^p ; mais le moment choisi par lui est celui la Suinte

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rend le dernier soupir. Les productions de ce peintre ne sont ])as de cell(\s (j^ui obtiennent la vogue. Le premier aspect, cehii qui décide tou- jours le jugement de la multitude, ne leur est pas favorable. Son tableau a besoin d'être exa- miné : ajoutons qu'il en a le droit. Il renferme des beautés 5 la couleur en est chaude, la touche énergique j sa lumière brillante et vive est toute- fois un peu papillotante, et le rayon céleste qui éclaire la Vierge nous a paru lourd et sans trans- parence. On regrette aussi que ses figures, d'une expression toujours vraie, ne soient pas d'un ca- ractère toujours noble. C'est évidemment ce quî manque à cet artiste j cependant il a prouvé, dans l'invention de deux charmantes têtes d'enfans , que le beau idéal ne lui est pas constamment étranger. Que ne l'a-t-il aussi rencontré dans la figure de sa Vierge, la femme mortelle devoit avoir déjà disparu pour faire place à la Reine des Anges? M. Bosio s'applique à reproduire la ma- nière du Michel-Ange de Caravage. L'imitation est évidente , mais ne dégénère pourtant jamais tn copie servile. Ce que sa mémoire lui fournit, son pinceau sait encore le rendre original; et, comme les traducteui'S habiles ,, il s'approprie ce qu'il emprunte.

INI. Picot, dans ses deux tableaux delà Mort de Saphire et àe f^mour çt Psyché , a fait preuve d'une grande souplesse de talent, en traitant deux sujets si différens de deux manières également di- verses. Dans le premier il ne s'écarte jamais d'une extrême se'vérité d'exécution ; les figures sont bien posées, et généralement bien groupées, si on en excepte le personnage principal , Saphire, qui nous paroît tiop isolée du groupe supérieur , et sur un plan trop avancé. A ce léger défaut près, très-difficile à éviter dans les compositions dispo- sées en amphithéâtre, la figure de Saphire est na-

6.

(7^^ ) iurelle de pose, bien étudiée, belle d'expres- sion. Le mensonse semble encore errer ^ir ley lèvres que la mort vient de fermer. Saint Pierre qui vient de la punir au nom du Dieu de vérilé , présentoit un éciieil au peintre. II n^a été que le mini^tie de la Justice divine : sa tiçure devoit être terrible, et pourtant sans colère; c'est ce que M. Ficot a très-bien e:!kprimé. Un peu plus de noblesse dans cette tête, et aussi dan^ le.*? person- nages secondaires, et son tableau laisserait peu de cbosc à désirer. Le fond est charmant, lepavsaoe, d'une vaste étendue, fuit Lien j l'air y circule par- tout.

Le second tableau de M. Picot est un de ceux qui captivent le plus puissamment l'attention. Ou ne peut rien voir de plus gracieux que toute la figure de 1 Amour. Encore à demi a})puvé sur la couche de Psvclié , quii laisse endormie . d'un der- nier regard il lui dit adieu. 11 y a dans tout sou mouvement une crainte de la réveiller, qui est d'une exquise délicatesse; sa poitrine gontîée re- tient son souiûe ; à peine son pied presse la terre, et Ion peut dire du Dieu comme on a dit de Poiseau ,

Même quand Wiesour marche , on »enf qu'il a des ailes.

La tête de Psvché est d une expression charmante. Pudeur, volupté, innocence, enchantent son rê\e. Le buste, bien modelé, repose avec grâce. Pour- quoi est-il déparé par ce bras droit cassé dans 1 épaule, gros et court dans la partie intérieure, et Çi mal attaché au poignet ? iSous en avons aussi entendu blâmer la pose. En cela, notre a^is est bien ditTérent. Le bras ainsi écarté et avancé jus-

3u'au bord du lit, indique qu'il étoit passé autour u cou de l'Amour, qui vient de s'en dégager. Cette ftensée. qui dans la situation reprtscntée explique a situation ffrécédentt;, est au cûutrr.ire uuebonne

( 77 ) fortune en peînlnre, et ne mcrileroitquc des éloi;e» si elle étoit excculée aussi liieu quelle est conruc. Les accessoires sont du choix le plus élégant. Une conionne de fleur>, sans doute celle que la veille Zéphir a tressée pour orner la chevelure de Psvché, une lyre, qui dnnsrah«:encc de «on Invisible aiuant, charme les ennuis de l'altente, une Icccre drane- ne Tosee , qui , en s entr ouvrant, laisse apercevoir, à travers la vapeur matinale, le lointain d'un site enchante; enfin la couleur un peu foibie et molle p«nit-éLre, mais harmonieuse malgré sa foible5se, concourent à répandre sur cette scène d'araonr une teinle mystérieuse et un charme céleste.

31. Steuben, nouveau débutant au Salon, a été loué unanimement par les journaus ; nous vou- lons dire les journaux rovaîistes, car sans doute les autres ne lui auront pas pardonné davoir peint un saint prélat soulageant les pauvres. Cepen- dant son tableau de Saint Germain distribuant des aumônes nous semble encore au dessus des éloges qu'il a rerus. On a traité M. Steuben comme un maître vieilli dans l'atelier, et nous convenons que la vue de l'ouvrage pouvoit faire illusion sur 1 âge et la pratique de 1 auteur ; mais quand on pense que c'est un jeune homme, un commençant, qui réunit à un si haut degré l'éclat de la couleur, la facilité du pinceau, l'entente des effets, les socrets de la comoosilion ; lorsque, passant de l'ensemble aux détails, on examine telle fissure, par exemple cette pauvresse aveugle, d'une ex- pression si élevée sans sortir des convenances d'une nature si infirme, épuisée et non défigurée jiar le liesoin , si reconnoissante du bienfait reçu, qu'on devine qu'elle estmèie même avant d'aper- cevoir l'enfant qu'elle tient pi'esque cache dans ses bras; quand on considèie tout ce qu'il y a de sen- timent dans la conception et d habileté dans 1 exé- cution de cet épisode, qui seul vaut un tableau,

( 78 ) _ on, ne sauroît exprimer trop vivement la surprise et la satisl'actiou qu'un pareil début inspire; et doublement émerveillé du mérite de l'ouvrage et de la jeunesse de l'auteur, on ne s'apercevroit pas de quelques négligences de dessin , si l'on n'éprou- voil toiijours le désir de trouver parfait ce qui déjà est excellent.

M. Drolling, qui aussi, à son entrée dans la carrière, a donné tant d'espérances, et qui sou- vent les a réalisées, vient d'exposer un Orphée perdant Eurydice aux portes de Venfer. L'impru- dent époux vient de se retourner, et perd , par sa faute, l'objet de son amour. Le groupe de Mercure emportant Eurydice est gracieux et léger; on sent qu'Eurydice est aéjà redevenue une ombre j cette intention explicative du sujet est habilement saisie. Il est fâcheux que la pose d'Orphée soit bizarre, maniérée et d'un eflit désagréable. Sa tête aussi, pour laquelle les plus sublimes inspi- rations n'éloient pas trop élevées, manque préci- sément de grandiose : c'est un personnage à re- faire ; et les autres méritent que ]NL Drolling se donne cette peine. Quoi qu'il en soit , son tableau , tel qu'il est, s'il n'ajoute rien à la réputation déjà acquise du peintre, n'en ternira pas l'éclat.

Deux peintres se sont rencontrés dans le choix d'un sujet : La Résurrection dujils de la veuve de JYaïm. M. Guillemot, dans un tableau de grande diiiiension ; M. Bouillon , dans un cadre de gran- deur J/Y« du Potissin, On remarque dans le pre- mier une sage richesse d'ordonnance, un coloris harmonieux, v\nfaije Inrge. L'ensemble rappelle l'école de Jouvenet, d'autant plus que ce peintre a composé sur le même sujet un tabl«;au qui décore aujourd'hui l'église de Saint -Louis, à V'^crsailles. Cependant, sous tous les rapports, la préférence estdue au tablealide M. Guilleuiotsur celui dont il paroît avoir eu quelque réminiscence en esquissant

( 79 )^ le sien. Le mouvement du Christ est frappant de vérité. Rien de plus imj)Lratif ({ue le bras qu'il étend vei'S celui qu il raj^pelle à la lumière 5 il y a une autorité irrésistible dans son geslc, et l'on peut dire que sa main cs.t parlante. Cependant il y a peut-être déjà trop de vie dans le ressuscité ; des chairs plus livides eussent mieux fait sentir que la mort avoit à peine lâché sa proie. Tel (|ue le peintre nous 1<; montre, ce miracle resse : Lie plus à une guériso/i qu'à une résurrection. L'ajus- tement de la mère^ revêtue d'un costunnî monas- tique si exact, qu'au pi-emier aspect il est impossible de ne pas la prendre pour une religieuse , pourroit aussi jeter de l'incertitude sur le sujet. On lui reproche aussi de n'être pas assez partagée entre le Christ qu'elle implore pour son fils , et ce fils si cher que son regard ne devoit pas quitter, et qu'elle devoit sentir renaître, pour ainsi dire , avant de le voir. C'étoit, il est vrai, une double expression d'une extrême difficulté à saisir ; mais M. Guil- lemot étoit digne de l'aborder franchement, et capable de la surmonter. ISous l'engagerons enfin à examiner si le second plan.de son tableau n'est pas plus poussé à la vigueur que le premier, ce qui lait reculer celui-ci sous l'autre. Ce défaut, s'il croit l'apercevoir comme nous, peut facile- ment disparoître; et, dans l'effet général, cette correction rendra ce qu'il manque d'harmonie à cette belle composition, l'artiste a fait preuve d'un talent très-distingué.

Le tableau de M. Bouillon, composé seulement de vingt figures, d'une ordonnance plus classique^ ne rappelle pas seulement par les dimensions les chefs-d'œuvre du Poussin. Comme ce poète des peintres , si simple dans son abondance , si \>Uge dans son enthousiasme, iVI. Bouillon a su distin-. guer avec un goût exquis ce qui pouvoit enrichir «a composition de ce qui n'auroit fait que la

( 8o )

charger. Pas un de ses personnages qui ne soit utile, occupé, qui n'ait son expression propre qui se lie cependant à l'expression générale. On retrouve encore chez lui cet art profond du Poussin, de cliercher ses oppositions dans l'âge, le sexe, les mœurs, la pensée des personnages qu'il raj)proche, bien plus que dins leurs attitudes ou leurs ajustemens. Tel peintre croit être hien varié, bien pittoresque , quand il a fait un tableau qu'on prchdroit pour un bazar ou un caravan- sérail j c'est que beat; coup de peintres n'ont pas d'esprit, et que très - pou ont du sentiment. M. Bouillon a prouvé qu'il avoit de l'un et de l'autre, flien de mieux opposé et en même temps de mieux lié que ses groupes ; et ici , l'art va si loin , qu'on n'en aperçoit pas même la trace : on croiroit impossible de disposer l'action autrement qu'il ne l'a lait. La mère, placée de rannicre à voir à la fois son fils et son sauveur, exprime tout cnseirjjle la reconnoissance, la joie, et aussi une sorte de surprise effrayée de la grandeur du pro- dige. Toutefois, la trace d'une douleur si récemment consolée, ne peut être encore effacée, et l'on voit la dernière larme se sécher dans ces yeux qui ont beaucoup pleiiré. Son fils, déjà à moitié dégagé de son linceul, ouvre, sans voir, des yeux hagards j ses mains s'étendent sans toucher, sa bouche s'ouvre sans parler: la pensée, les sens lui manquent encore. Une voix puissante lui a dit au fond du tombeau : Zei'fTz-vou.y, et vivez. 11 s'est levé , il vit : voilà tout. Ces restes de la mort contrastent merveilleusement avec le Christ, dont la physio- nomie ravonnante de puissance, a \u\ caractère de jeunesse immortelle qu'on nesauroit trop admirer, On 'doit autant d'éloges nu groupe des trois dis- ciples si différons d'expressions. Le plus jeune, le plus aimant, saint Jean, puise dans ce prodige un»' nouvelle source d'amour. Le second a])prend

(8i) et retient. Le dernier, plus impassible, demeure sans rtonneiuent ; un miracle de plus ne peut le surprendre : il y a long-temps qu'il accompagne le Cihrist. Nous citerons encore, comme expres- sion vraie, un jeune homme, vu de proûl dans le fond, le vieillard coiffé d'un turban, et le jeune enfant qu'il tient. Celui-ci n'est point étonné j il n'est que curieux : il connoît à peine la vie qu il commence , et il ignore la mort.

Si on pouvoit faire un rcj)roche à M. Bouillon, il porteroit sur sa couleur. Bien que juste, elle est foible : on diroit d'une «;a7.e tendue entre le tableau et le spectateur. I.e fond nous a aussi paru trop sombre, et manquer de légèreté. jNous en dirons autant du manteau de la mère, qui est terne, ce qui diminue de beaucoup le relief de cette figure, et dont l'ampleur et l'agencement dégrisent trop les formes at le mouvement de la figure .

Quant au travail de la main, il est digue en tout de la composition. Le pinceau de M. Bouillon est dune suavité parfaite. Ce mérite, très-grand par lui-même, frappe ici d'autant plus, que l'au- teur qui , il V a vingt ans , remporta le premier prir avec un concurrent aussi redoutable que M. (jué- rin, n'avoit rien produit depuis. Tout entier à la grande entreprise du Musée des Ajitiques , la plus étonnante, sans contredit, qu'offre l'histoire de la gravure, on pouvoit craindre que, salisiait du renom deprcmier graveur de son siècle, ÎNLBouill on ne reprît jamais le pinceau, et l'on s'étonne avec raison de la facilité avec laquelle il le manie après un si long repos. C'est ru Roi que nous devons cet heorcM^c retour : Sa Majesté, eu acceptant la dédicace du Musée des antiques , jugea que celui qui savoit allier au plus haut degré le sentiment du dessin à l'art de la gravure , pourrdit être encore un peintre habile, et elle lui commande

( 8a )

le tableau que nous avons examiné, ta manirvc dont il a i'(''pondu à cette première faveur, t'ait espérer qu'elle ne sera pas la dernière j et, grâce à la protection royale, la France, sans perdre un excellent graveur, aura reconquis un grand peijitre.

Le défaut d'espace nous force à remettre à la prochaine Livraison la fin de l'exanien des taLleaux d'histoire. En nous étendant sur les premiers, nous avons cru agir dans l'intérêt de l'art et dans celui des lecteurs : une sèche nomenclature seroil sans utilité, et à coup sûr sans agrément. La cri- ti(|ue (Icscripti\>e nous semble la seidc qui satisfasse à la fois, la justice, le goût et la curiosité. Que ceux qui préfèrent la quantité à la qualité achètent, lisent, méditent \e Livret. Qu'ils y joignent, s'ils veulent, une douzaine de numéros de feuilles jacobines qui traitent de l'exposition. Ils n'y trou- veront, il est vrai, ni jugement, ni jugemens , mais une ample collection de noms, et aussi d'aimables impiétés : cela fait compensation.

Le Comte O'Mahony.

CORRESPONDANCE ELECTORALE.

ISous n'avons pu jusqu'à ce jour rendre, compte de g* qui nous a été écrit sur les élections. L'iinpo»sibilité d'in- sérer en entier notre correspondance, nous force à n'en donner que quelques extraits. Nous regrettons peu les détails que nous sommes obligés de supprimer. L'unifor- mité des moyens mis en œuvre dans toute la France par les deux partis (si Ton peut efncore ^ppelerparti h fraction des ministériels), Ole à tous les récifs que nous avons sous les jeux lattrait de la variété. Partout on a fait les mêmes choses, et si le résultat n'a pas été partout le même, il faut en rendre grâce à quelques uns de ces hommes tou- jours vaiuf us, qui, pour la première fois depuis trente ans, ont voulu prendre le soin de s'entendre. les roja- lisios se sont reuniri, «U l'ont emporté sur les libéraux.

( B3 )

qui, comme chacun sait, se gardent bien de se diviser dans les occasions l'union peut leur servir à quelque chose. Ils ont leur elat-majoi. leurs Uo';nPs légères, leurs corps de réserve pour les ni' mens décisifs, leurs espions y leurs embaucheurs; pour artillerie les injures et !es me- naces , et pour auxiliaires tout le rc;;irnpnt des peiueux. Semblables aux zéros , ceux-ci n empruntent leur for-e que de leurs devanciers ; mais à leur suite ils f -ut nombre, et complètent ainsi les cadres de la petite armée jacobine libérale.

Pour prouver l'accord qui existe dans toute la France parmi ces Messieurs, il suffira de jeter les _yeux sur les extraits suivans :

Poitiers (^'ienne), le ii septembre i8ig. Le scandale des élections est commencé. On a procédé aujourd'hui à la formation des bureaux , et voici le résul- tat de celte première épreuve, dans laquelle il paroîf constant que les combattans ont employé toutes leurs forces présentes.

Le collé|^e de la Vienne est divisé en deux sections. Elles n'ont pas suffi pour encadrer tous les éloctturs qui se sont présentés, et qui avoient des droits incontestables à être admis. Les deux sections sont donc poriées au maximum voulu par la loi. TSéanmoins il ne s'est trouvé, au lieu de 1200 électeurs inscrits sur les listes, que 926 volans j savoir :

Libéraux ^533

Royalistes » 3 1 3

Ministériels 106

Voix éparses qui ne se réunissent pas "4

Nombre égal gîiG

Les libéraux ont enlevé de vive force la nomination des bureaux, et les ministériels n'ont eu d'autre consolation que de s'avouer que s'ils font tout le mal, ce n est pas à leur profit.

Poitiers , le i4-

Il est enfin prouvé jusqu'à l'évidence que toutes les

démarches faites dans l'intérêt du ministère ont tourné au

profit des libéraux. Ce parti , depuis long-t'^mps , ruinoit

sous main les batteries de M. le préfet ; mais il l'enlrete-

( 84 )

woif en m^mp lomps clans la doiace ctmfiancp qu'il poîl»-* roil à son prc disposer des éler lions. CcpeiKlinl la faclioil ne ijrgli^r^oit aucun moyen de succès ponrawir, surtout sur les électeurs des camp; p;nes, élranp;ers aux iniri^ues qui déchirent la France. Elle ne manquoil pas de se pré- valoir à leurs yeux do la m;in lie du gouvernement , des deslitt tioiis faites , de la protection exclusive de raulorilé en fdveur des révolutionnaires. Ces! ainsi qu'on parvint à recruter des voix an parti libéral. M. Fradin iut élu, et, sans consulter l'ar.ic'e <5 de la loi sur les élections, se leva pour occuper le collège de sa leconnoissance, et îaire une profession de foi conforme aux principes qui n'ont cessé de l'animn' depuis I7q3, el dont il nous seroit facile de vous envoyer des ccliantillons. Ce succès des libéraux a médiorrement affcclé M. le préfet. Il cspéroit que pour réciprocité, on l'aideroit à faire passer à son tour un can- didat ministériel , lorsqu'il fut averti que les libéraux s'elforçoiep* d'enlever de vive force la nomination de M. de Marçay. Alors fut répandu avec profusion un pam- phlet qui pré.<;ente sous les couleurs les plus noires M. de Marçaj, ft recommande aux suffra£;es du collège M. Che- mineau. Celte maladresse, dont il étoit impossible- de mé- ronnoiire la source , ne produisit rien en faveur de M. Cheinineau , mais excita contre les auteurs présuuiés de ce libelle, l'indignation des libéraux. Seulement le suc- cès de M. de Marçaj' fut retardé, el il n'obtint pas uns ïnajorifé abs'jlue.

Les libéraux s'assernlilèrenl dans la nuil pour conserver leur avantage, et, pour éviter la désertion, ils doublèrent îa sc'ddé et ration.

Poitiers, le >5 septembre. L'œuvre est consommée. Les manœuvres l'intrigue ri de la corruption ont prévalu sur les nobles efforts du royalisme, de l'horineuret do la fidélité. Aussi les roya- listes se trouveiit-ils moins abattus dans leur défaite que leurs adversaires ne semblent embirrassés de leur victoire. M. de Marçay, digne collègue de M. Fradin, l'a emporté. Les royalistes ont prouvé par leur union, leur nombre, et la force d'opinion qu'ils ont exercée, que de même ipie les ministres sont parvenus-i mettre la véritable opinion *i<- !a France h jrs des Chambres, M. do La Rochelle , avec

( ^■> )

le m^c talent, a su placor ropiiiion de son dépajlenjenl hors du coll^p<; éleitoral tle la Vienne.

M, Math'ipu Dumas a rempli ses fonctions de président avec une impassibilité et une polile^se rem.^Kptables. A. l'exemple du ministère, ii a su'prenJro son p.irîi , et «près «voir écarté do tous ses vœux les di-piilés élus, il a fermé la îi'ssion ©n félicita-it le col èoe voix bassi» à la vé- rité > sur les choix qu'il* avoit faits. Sur 02^ votans, le JjalloUa'e entre MM. de Luzine et de Març^'ay avoit donné

à M. de LuKïne, eau li. lai roya'iite, 1^-j.o voix.

à M. de Marçay, candidat libéral, 49^

Voix perdues ^

Nombre égal 924

Le dirfianche 12, M. de Luzine, ex-d '[)>i4é-', avoit 365 voix. M. le lieutenanl-^général Canuel en avoit SuS.

Besançon (Doubs), le 12 st'idenibr*.

Les élections du département du Doubs sont terminées. Les détads suivans prouveront que pour obtenir leur ré- sultat, il a fallu toutes les ressources de l'inlrigue et Je la corruption. La liste des électeurs, régulièrement formée en 1817, avoit été clandestinement annulée, et on ea avoit publié une nouvelle deux mois avant la convocation du collège. Ladministration a employé près des ambitieux et menaces et promesses. Plusieurs p. aces de sous-prefet ont été promises; des emplois dans lou!es les administra- tions sont garaaiisj des bourses dans les collèges sont libé- ralement données 3 desdestitutions, inémert-centes, seront réparées , des pen-ions seront liquidées , et l'on consent au besoiji à ne demander aux rojalislfs, pour prix de toutes ces faveurs , que de ne point se déplacer pour les élections; aussi peut-on affirmer que dans le nombre des électeurs absens, les deux tiers étoient royaliste.';.

Outre l'emploi de ces différens moyens, on n'a point dédaigné défaire usage des harangues à la manière anglaise, CJn célèbre avocat de Besançon en a fait à des groupes d'électeurs rassembles dans les promenades publiques, et a parlé de la noblesse, des dîmes, du ri'^ir)ie féodal ^ de* duniainesnutlonaux ^ et t\ufanah'*me^ a\cc toute l'àncrgie d'un rélbrinaleur radical.

(86)

M. Courvoisier a réuni 3Go sufTrap;es 3Go

IM. Clément, désij^né par le niiiisipre et par la Mi- nerve ^ jadis membre et secréiaire de la Chambre des

cent-jours 824

M. Chifflet, député de l8tS i;5

M. de Terrier-Sautans, maire de Besançon 1 jc^

M. Pnidhon , professeur en droit , désigné par la Mineroe 85

Moulins (Allier) , i5 septembre.

Les élections du département de l'Allier sont terminées. Les candidats désignes par la Mineive ont été nommés ; M. lîu relie , ex - représentant pendant les cent - joiirs, M. d'Alphonse , ex commissaire impérial pendant les cent- jours, sont députés de T Allier.

Le ministère eût été vaincu , s'il n'eût cherché son appui parmi les libéraux.

On a beaucoup travaillé dans les auberges, les cafés, même aux barrières, l'on demandoit aux passans s'ils ëtoientélerteiirs. Sur Taffirmativc, on engageoiti» nommer MM, d'Alphonse et Burelle , sous peine de voir rétablir les cens et les dimes. Plusieurs placards ont été affichés , sur lesquels on lisoit : d Alphonse, Burelle : vive la libellé l

Grenoble (Isère), le i3 septembre. On l'a dit, et je le répèle, on recueille maintenant In fruit de ce qu'on a semé il j a trois ans. Le parti libéral, fort par son nombre , a commencé par menacer des foibles, qui l'ont joint, quoiqu'à regret. I>es royalistes ont voté suivant leur conscience, annonçant hautement que quand le ballottage s'établiroit entre les jacobins et les ministériels, ils se relireroient, ne voulant nullement se mêler de cette querelle de fam'lle. Les jacobins et les ministériels se trompoient mutuellement sans vouloir se brouiller sans retour. Le sieur Charles Sappej (ancien homme d affaires de Lucien Buonaparte) , refusé ostensiblement par les mi- nistériels, avoit cependant apporté, dit-on, une lettre de recommatidation du ministre au préfet, pour qvie celui-ci fit alliance au besoin. Le pr<';fel , secouru de la prés<'nce de M. d'Argoul, pair de France, qui lui apportoit son expérience! de iNimes, moniroit, dit on, au <;)iefdes libéraux la copie envoyée par le rninisln', d une; lettre de M. Ben-

(87)

jami'n Constant, qui dissuaJoit ses amis de porier^poitr cette fois, le pontife do la Converilion. l)'oi\ l'on peut inférer que le ministre et M. Benjamin Constant s'accor- dent parfois en secret.

Au second tour de scrutin, le convcnlionnel et régicid» Gréf^oire fut nommé à une majorilé absolue de trente voix. Des cris hideux de ^noe Gréfj^oirel auxqiiels se joi^noient quelques cris ironi<|ues de vioe le Roi ! lurent poussés sur la place et dans les rues. Bientôt la populace des faubourg;» illumina ses maisons; mais toute la population de ia viile ne fut tmanime que s>ir un point, en exprimant hautement sa façon de penser sur M. le préfet, qui a été si complète- ment dupé, qu'après avoir préparé un dincr de cinquante couverts, il sVst vu réduit à dix convives. Klendu sur un làuteuil, il avouoit qu'il étoit sur son lit d'agonie.

Bnyonne. (lîasses-Pvrenees. ) Ce département compte 4oo électeurs j il n y en a eu ^e présens que 280.

M. Rasiarèche a eu itjO

M. d'Anj!;osse 172

M. Dartigaux 140

M. de Gestas I2c)

Ai. de Candeau 65

La plus grande partie de ceux qui ont voté pour M. Bas- tarèche étoient des patentés qu'on avoit fait venir. Beau- coup d'électeurs sont arrivés quand tout a été fini. Les absens étoient presque tous .des royalistes, ou de bons propriétaires indifférens sur toute autre chose que leur propriété.

VTisscmhotirg (Bas-Rhin), 17 septembre.

Nos élections sont terminées depuis quatre jours. Les indépendans, dont on a si gratuitement relevé I aud.^ce et 1rs espérances, ont tout conduit suivant leur boy plaisir.

Le gouvernement avoit nommé pour président du col- lège électoral , M. de Turckhein, père, b.mquier, et pour adjoint, M. I^evrault , recteur de l'université.

En les mettant ainsi en évidence, le ministère annnn- çoit le désir" de les voir, de prime-aborrl , obtenir les suf- frages du collège. 11 crt lut tout autrement.

(88 )

les électeurs ont nommé dans leurpremière opération, un persnnrian;e absolument étrani^er au dr-parlsment, re— comiriandé par le comité directeur de Paris, et reconnu par son amour pour le réj^ime républicain ; en un mot, M. Lambrechts , Belge naturalisé , et ministre de la justice sous le gouvernement du directoire.

Le second choix est loinbé sur M. Brachenhoffer, maire de Slrnsbourg pendant les cent-jours/On n'oublie point ses proclamations du 20 avril et 17 mai i8i5, parce qu'il persévère dans les principes qui les ont dictée.^, et nos radicaux avoienl, sous ce rapport, une garantie plus que suffisante.

M. Florent î^aglio a été élu le troisième. C'est à l'égard de M. Turckhein que les indépendans ont le plus scanda- leusement abusé de la victoire. Ce président d honneur, mis en évidence pour attirer d'abord tous les suffrages, a été conservé pour la fin, et réduit à un honteux ballottage avec le sieur Apfel, maire de Wissembourg.

Vous pensez bien que notre préfet est irès-affecté du résultat de nos élections. On a de fortes raisons, de croire qu'il a été joué par des hommes qui avoient sa confiance, et qui s'étoient engagés à seconder ses vues; mais des in- dépendans prononcés composent-ils dans 1 intérêt du mi- nistère!^ Ils promettent pour surprendre la confiance, et en abuser avec la dernière impudeur. C'est ce qui s'est fait ici de la part des personnes qui ont tout conduit, et dont quelques unes, cependant, sont les habituées de la pré- fecture.

Aisne, septembre. Les élections de l'Aisne ont eu cela de remarquable, que les ministériels en fort petit nombre , comme par- tout ailleurs, ont levé le masque, et n'ont point caché leur ferme résolution d'exclure les royalistes du concours des nominations. Il est présumable qu'ils n'aiiroient osé l'écrire et le publier, (suitout un fonctionnaire public!) s'ils n'j avoient été autorisés. Ils semblent avoir îvoulu donner un démenti formel à M. le comte de Cazes, qui affirmoil à la tribune , au commencement do la session de i^iiy, qu'il éloit faux qu'on criât hautement : /1/ l/as les royalistes! à bas la noblesse! et que si le fait eût c.MSté, il eût été le premier à en avoir connoissance.

' ( 89 )

11 housest parvenu quelques exemplaires d'un pamphlet anonyme di.^lribue au luniiii'iil liccj cli.-clii>Uci tie ci' dépar- tement , qui atti&lo i)o;i seulcmoul It- rri d axc!!Jsi"ticou.re h's royalistes, composes (dit l'auleur ) en ^raade: partie, de l'ancieruie nobli-sse, mais qui confirme cette prufes- î'ion d- foi d un personnage connu : AUuince uç>ec les ruyu/ixU'S , jainali l a^Kc les jacobins^ le plus tard pussihle le moment paroit arrivé.

Voici le nom dii nos députés : MM. Le Carlior, fils de réfi;icide, député des cent -jours j Méchin, pret'et des cenl-jours ; le p;énéral Foj^ l'Abbej de iPompières, dé- puté des cent-jours.

Carpcntras (Vaucluse), i4 septembre.

Le H septembre, jour de la formation des bureaux, les royalistes eurent une majorité de plus de 60 voix. Cet avan- tage épouvanta nos adversaires: ils profitèrent do la nuit pouf envoyer dans tout le département afin de se renforcer. Les libéraux étoient loin d'être assez forts pour coraman- (1er les élections; leurs candidats étoient, MM. Olivier de Garante, dépuré des cent jours; le général Julien et Biloti : ceux des ministériels étoient, MM. Soulier, dé- pute sortant, ■et d Aubier, président du collège; ceux des ïoyalistcs, MM.Causans et Fiévée. On faisoit dire de tous cotes qnè le déparleinent étoit perdu si on nomraoit ]\L Fiévée, q e le préfet et tous les maires royalistes se- roient destitués, et alors on a imaginé de porter M. de Puy , maire; les ministériels et les libéraux se sont reunis "en sa faveur.

hi. de Pay a eu. ../.,... 280 voix.

M. de Causans aiiu

M. Fiévée it)5

M. d'Augler. ifiS

Et M. Soulier . . , , gy

Les libéraux regardent comme un grand triomphe d'a- Voir f lit élire des ministériels au préjudice des royalistes : iU ne pouvoient prétendre a faire nommer un des leurs.

Cliarlres ( Eure et Loir ) , i4 septembre. Les élections d £ure et Loir ont eu aujourd hiii Ia résultai que nous devions attendre de cette loi fune-te qui exposera toujours la probité à succomber souus l'infliiénce

T0M£ V. 54' LlYBAISOR. 7

( 90 ) de l'inlrigne. MM. de (^ourtavel et Cacquer sont rptnplaro». par iMM.Busson et Lacroix-Frainville, dépuîcs des tent- juurs.

Trois cents électeurs royalistes avoient porté les députés «ortans avec une constance et un zèle rcinar(]uables. Je m'éloigne avec horreur des épouvantables machinations mises en jeu dans ce département; indigné, mais trop heureux de n'être plus témoin d'une corruption qui a conduit mon pays sur les bords de labinie.'

Rouen ( Seinc-Inferieure ) , 1 5 septembre.

Le collège électoral étant composé de 4iSoo volans, et 1,600 seulement s'élantli\rés aux suggestions des libéraux, TOUS voyez quel parti un administrateur dévoué auroil tiré des 3,200 qui ont du dégoût pour la révolution; d'autant plus que chacun s'étant compté, on sait que sur les 3, 200 il y en a 1,200 de royalistes, 1,100 de modérés, et 900 d'indilTérens j que sur les i,Goo, il y a au moins 3oo paysans qui ont voté sans s3\o\r pour qui\ et encore moins pour quoi. Les noms de MM. Uelaroche, Cabanon, Le Seigneur, Girardin et I^ambretchs sont sortis au premier tour de scrutin. Par un arrangement que M. Deugnof a cru devoir prendre pour assurer sa nominalion , les libé- raux ont consenti à décider en sa faveu*- le ballottage établi entre lui et M. Cotlerelle.

Laval ( JMayenne ), 16 septembre.

Vous apprendrez peut-être avec intérêt que les roya- listes n'ont pas perdu une voix; que les ministériels, for- mant à peine un dixième du collège électoral , ont toujours Tolé avec les libéraux qui en forment les six dixièmes j aussi tout a été fait en un jour : il est vrai que les vain— qiieurs sont déjà embarrassés de leur succès et de l'union des royalistes, etc.

Alby ( Tarn ) , i.\ septembre.

Les élections du Tarn ont. été vicforienses pour les roya- listes. Au premier tour do scrutin , une majorité énorme a donné pour débilités MM. de Cardonnel et de Lastours , députés sortans. Sur 1, i4' volans, M. de Cardonnel a eu i)f)7 voix, et M. de Lastours tjJSy. On est à peu près sûr qu'il y a eu trois voix perdn'*s par erreur, ce qui porte la ïnajorilé à (ifjO , et ne laisseroit plus que 461 voles pour le» ministériels et les libéraux. M. Cavayon , le candidat

( 9' ) des premiers, n'a eu que 80 voix; 3go sproif donc le nombre des libéraux de ce di'parleinetit Lf inare< liai Soiill, un do leurs candidat-;, a ( ependant eu 4 ou i'ôS voles; mais ildevoit les autres à quelques niinisuniels qui l'ont porté avec M. Cavayou.

Arrière , i4 septembre.

Le parti libéral a échoue daHs Ses leU'afives. Nos députés sont : M. Calvet de Madaillan, minislt-riol, et Fornier de (>!auzclle, royaliste

La Rochelle (Charente-Inférieure ), i4 septembre.

Persuadé que vous screx bien aise de connoilre !e résultat dos opérations du collège élecloral de ce déparlement , je m'empresse de vous designer les noms sortis de l'urne latale.

iM. Admiiault, ex-député j

M. Mathieu Faure , banquier à Saintes;

M. Bouveau de Beauséjour;

Le général Taraire , nommé sur la fui d'une liste signé© Lafajette. Malgré mes soins, je n'ai pu rencontrer un seul é!ec;eur qui ait pu me dire connoitre ce général ; et cepen- dant il a eu une immense majorité.

Haute-Marne, septembre.

M. Becqiley, ministériel , et M. Toupot, ont été pro- clamés députés. Les tendres recommandations de la Mi— neive en faveur de M. Etienne n'ont eu aucun résultat.

Toulouse (Haute-Garonne), i4 septembre.

Les roy distes de Toulouse ont triomphé hier au soir : le coUégé électoral complet étoit de 1,657 membres. Les membres présens ont été au nombre de 1,^71. L^ majorité absoue etoil donc de 686 voix.

M. de Casteibdjac, de la Chambre introuvable, a eu 69 i

J^a majorité aUsoluu a dinc élé surpasse de cinq voix.

M. Durand, porte par les libéraux, a eu 'ï.ti vok.

Tout s'est passé avec calme et décence. L^s ro\a!istes ont elé généreux. Cfpcmdant les cris de we le lioi ont retenti dans la salle des Illustres au mun'Tit de la procla- mation.

Les billets portant le nom de M. Durand sont coupés dans la forme du ter de riustrument des supplices, et sont

(90 écrits en encrn rouge (i"). Celte particularité a inspiré de l'horreur à tout ce qui est honnête, et a fait une fort* impression. Tons les honnêies gens se réjouissent de la nominaiion de M. Castelbajac.

Le parti libéral croyant son succès assuré, avoit fait pré- pari«r un. char de triomphe et une sérénade pour son candidat.

Le département de la Haute-Garonne renferme 432, 38(» habitans, sur lesquels le minisière n'en a trouvé qu'environ Co qui consentissent à voter pour lui.

Nous bornerons ici nos extraits. Nous en ayons assez dît pour prouver ce que nous avions annoncé, que par- tout la conduite des libéraux a été la même, il n'y a pas eu plus de variété dans les intrigues ministérielles. Toiis les détails que nous eussions pu a'outer n'eiissent donc été que des répétitions inutiles. Nous en ferons grâce à nos lecteurs.

Au reste, il ne faut pas croire que tout le monde consi- dère du même oeil le résultat des élections. Un membre du centre a dit qu iln'y avoi) que deux mauvais choix, Vabljé Grégoire et iM. de Caslelbajuc. Certes, jusqu'à présent, on ne s'étoi» e;uère doulé qu'il piit devenir ilatleur d'être accolléà M. l'abbé Grégoire: mais ces Messieurs ont trouv«j le secret de faire un honneur de la plus cruelle injure. C«la peut s'appeler un miracle ministériel.

A M. L'ÉDITEUR DU CONSERVATEUR.

Alby , le 1 5 septembre i8ig.

On aimonce, Monsieur, qtje Je grand comité électoral prépare des breveta à immo/ji7ité pour nos électeurs, qui, nous sommes forcés d'en couvenir, les ont biens mérités. Quoi de. plus immobile, en effet, que la confiance du département du Tarn en ses immobiles députés ! Passa encore pour la première i-lcciion^ la tenvur de i8i5 pouvoit l'avoir dictée, et sans doute le gouvernement cxcT'

(^t) Hqu» ayons sous les yeux uo de ces bvill tins. '

( ^êU da Rédaettur. )

l ?)'5 )

çoit itne influence ullra-royalisie sous le ministère du rt'^çn'- f.ide Fauché; mais sous l'adininistivilion libérale de M. le roinle i\e Cazes , lorsque le Journal des JMai/es, adressé giatuitement à tous les électeurs, exliumoit la logique et l'éloquence du père Duchêne» nedevoit-on pas esp«^rer d'autres choix? Eh bien, les colléf;es darroudissement reproduisirent les hommes t/^ i8i5 , et M. le préfet, frère de Son Exe. M*"^ le comte de Cazes , ne put _y obtenir un» pauvre candidature pour son beau-père. Le p;rand collège dont eehii-ei éloit président, lui accorda neuf suffrages de pluscju'au candidat libéral» ce qui, joint aux cinquante^ jiept amis de ce dernier, donne un total de soixante-six ^oixsur Iro's cents votans. Tel fui le succès de plusieurs tournées admlnistrati\>es et des innacens moyens que M. le ])réfet liroit de sa place et des troupes secrètes de son illustre frère. En vain, Pordonnance du 5 septembre ré- duisant de moitié la députalion , espùroit-on que Tesprit de localité ou les affections personnelles inîroduiroient quelque division. On est trop pénétré dans le département du Tarn de cette gothique maxime ,^ l'union fait la force , pour séparer de communs intérêts , et dans l'embarras de choisir entre quatre mandataires également recomman- dables, on s'en ren>il au sort qui désigna MM. de Car- donnel et de Lastours, au choix unanime des royalistes. Il est'vrai que les collèges électoraux étoient restés en 1816 tels que Buonaparte les avoit formés, c'est-à-dire une institution ^^ztoc//^'^ de féodalité, et beaucoup trop mo- narchique pour une monarchie. Mais sous l'empire d'une r.harte électorale, qui , an dire des journaux ministériels , avoit mis les royalistes en coupe réglée^ reproduire deux députes du côté di oit, entendre de toutes parts celte immo- bile exclamation T l<:s mêmes ; trouver d honnêtes cultiva- teurs, de bons fabriccvns, plus effrayes des réquisitions, du maximum ^ des levées en masse, de l'emprunt forcé, de la décade , des comilés et tribunaux révolution- naires, etc. etc. , que du retour des dunes , des censives,^ de l'inquisition et de f es carcans, dont If snobles lioient le peuple comme chacun le sait j voir les sept onzièmes d'un collège électoral plonges dans cet obscurantisme ^ et ne pas les déclarer Unmo-fiUes y seroit une injusfice dont les nouveaux allies du ministère sont incapables Comme il importe cependant de- bien ëliblir nos tiroils, je vous prie,

Monsieur, de vouloir bien publier le résullaf ci-joinl de nos oppialions :

Scrutin du Collège èleclorul du d''partcment du Tarn , Séance du i2, si'pU'inbve lî^iÇ).

Nombre des volans dans cliaqHs s«clion.

Majorité absolue

Noms inscrits sur Us bulletins.

De Cardonnel , cx-dépuli!

De l^stours, idem

I.e maréchal Soull.. . . .

Corbicres, reprcs. des ccnl-jours Jutry de Lanel , idem

Carayon, receveur gcncral a Bordeaux, candidat minisléricl

Voix dissémîni'cs sur le nombre d'indi- vidus désignés par le cliiffrc

Bulletins sans dés i "nation. .......

Total £C\i. 8ro

S E C 1 1 O N S

4.0

:;s:

34G

4a

=37 43

97 43

43

G

7

.43 1=3

79

34

24 S

770

■07 19J

69 a

.■4.

c,j4 G77

4o3 580

85

9 I

Je n'aiirois pas donné le détail des voles dans chaque seclion , s'il ne m'eût paru essentiel de faire romarqiicr par quelle circonstance la seconde , moins nombreuse que la première, avoit <lonné quelques roix de plus aux anciens députés. Les hideux résultats du système ininiGléricl ont été rendus plus sensibles dans cette section par la présence d'un régir !,de^\\:\nx\\ comme relaps en 1 8iG,clrenIréen 1H18 d'apn' s une nouvelle irilerprélal ion de rinlerprète souvcraia de nos lois , M. le comlc de C;i7.es L'iridipnation a fait sans doute chanfjer plus d'un vote j et quel Français, s'il n'est

3u'ép;aré, eût voulu écrire les noms que traçait l'assassin e son I\oi !!! Oh, si l'on n'a pu opposer partout un tel fait aux. minisfrrs du Jioi , partou; le premier scrutin aura donné aux royalistes 1 immense majorité quonl obtenue

( 9' ) nos députés : mais si l'on est encore parvonu dans quelques départcrnensà flaller l'insouciance fies liouimes de bien, ou à exciter entre eux de funestes divisions, nims osons leur citer notre exemple. Trois élections consécutives donnant les mêmes résultais , démontrent ce que peuvent la pré- sence des royalistes dans leurs colléa;cs , et leur parfaite union. La nôtre est indissoluble^ et si , justice faisant, la Chambre des communes étoil doublée, nos députés de 181 5 sont là. Les hautes vertus du marquis do Saint-Gery , ses profondes cormoiî^sances en finances, reçoivent un nou- veau lustre de l'exclusion ministérielle, et la retraite donnée dans la force de l'âge au général comte do Pélissier, rehausse la gloire qu'il a acquise dans larmée de Condé.

Vous voyez. Monsieur, qu'indépendamment dos brevets d'immobilité, nous aurions des droits à Vétcîgnoir; mais nous craignons que les fonds du comité électoral ne lui permettent plus ce surcroît de dépenses. Les frais de route, de séjour, et même le salaire de certains élec- teurs, ont été ruineux pour lui celte année. D'ailleurs tout ce qui restolt d'éfeignoirs en mao;asin suffiroit-il aux oliscurans Toulousains qui viennent d'élire M. de Casîel- bajac ? Les grandes villes doivent être préférées. Enfin les éteignoirs deviennent si rares, qu'on a vu MM. Manuel , Benjamin Constant , etc, etc. y subs'ituer, pour leurs propres lumières, la tribune de la Chambre des Députés.

Agi éea , etc.

Paris , le 8 octobre 1819,

On l'a dit depuis long-temps : il ny a qu'heur et malheur clans ce monde : cette réflexion nous venoit tout naturellement en songeant à Messieurs Cartouche et Mandrin, qui ne doivent leur fin tragique et l'horreur qui s'attache à leur mémoire, qu à l'injustice du sort qui les a fait naître quel- ques anne'es trop tôt. Ce que le siècle de la fcodr- litc regarda et condamna comme un goût prononcé pour- Ta rapine, eût peujt-étre aujourd hui été regardé et admiré comme un talent remarquable pour établir le niveau dans les fortunes 5 et pour j)Cu, comme il y a tout lieu de le croire, qu'il T

( r)« )

eût dans lo cœur de ces Messieurs un éloignement pr-onoiicé pf>ur la religion , on leur auroit de noa jours accordé un l)revet de philosophe par- des- sus le marché : ils anroicnt pu m^me prétendre au bonnel de doctrinaire, s'ils avoientsu raisonner leurs principes de manièie à ce cjue personne n'y cou prît rien, l' t qu'on ne nous accuse ])as (l'exagération, nous aovous cliajfue jour laire l'éloge de choses bien au tr' nient fortes que les faits el^e^les de Cartouche et de Mandrin. Leurs actes ne sont que dés pécadilles , auprès' des actes que 1(S trompettes révolutionnaires exaltent et préconisent ; et l'on recule d'horreur devant l'ave- nir que nous préparent des hommes ass<;z éhoutés Îiour se faire les apologistes de tous les crimes, es défenseurs de tous les bourreauv. De tous les temps on a vu Hes nations, victimes de leurs er- reurs , s'abandonner à de coupabh's excès ; niais l'efl'ervesci'nce des passions une fois calmée, le dé- lire une fois évanoui , le besoin du repos se faisoit sentir : on gémissoit sur le passé, et rexpciience Vunissoit à la nécessit-é pour ramener à des idées saines et justes; les vrais principes ro<]evenoiei>t les seuls principes, la vertu étoil une , llionneur ij'avoit ([u'une acception. Il étoit réservé à notre siècle et il do prétendus grands li(^mmes, d'agir en sens inverse de ce qu'ont fait tous les peuples, de compter pour rien l'expérience des tenq)s , les le«;ons de l'histoire, <^t de ne se servir delà démoralisation d'une résolution que pour démo- raliser encoredavantage. Tel journal, parexemple, en parlant du parti révolutionnaire, vous dira qu't7 esl le plus fort par ce quil est ht nation^ comme si la France ne conuoissoit pas l'imporlan. e que l'on doit ajouter à ce mot nu/ion. Hélas î elle sait au- jourd'hui qu'il servit ég-iinnent à Earrèje, à (]ou- thon , au Directoire et à Buonaparle; il fut tour à leur employa par les bourreaux de la France et parles plais valets <îe la plus dure tyrannie. Ce-

( 97 ) toîl au nom de la un (ion qne des assassins deman- doient la têlc d'iin R(»i verlnrux et bon; ce fut au nom lie la n-ition que les mejnes honiines prodi- giièrenl l'encens de la ]>lns vi!e servitude ,au des- pote le plus aUsoîn. Au nom de la nation, la France lut pendnnt quinze mois couverte d'éclia- fauds et de cadavres: f>u nom delà nation, <t enchaînés comme des malfaiteurs, nos (conscrits alloîent expirer par niilliers sur les sablas de l'Es- pac^ne on dans les déserts de la Mn<;covir. Et ce mot de nalion, dont on ïie se servit jamais que pour opprimiM- ou avilir la France, a ci iiellemcnt appris à la nation elle-même la confiance due aux hommes ([ui ont été recneillirsonnora sur les lèvres sangbintes d'un Biilaud de Varcnnes ou sur celles d'un imj)érial jacobin. Employer aujourd'hui le même langaf^je, qui servit tour à tour de moyen à l'anarchie et au despotisme, ce n'est donc que faire preuve d'impudence ; or, pour que l'impudence j'éussisse , faut -il au moins dans certaines posi- tions, qu'elle ne révolte pas par son affreuse nu- dité. Il en est de même de la tentative que font anjoxird'hui les révolutionnaires; iis essaient de se faire passtr pou>- d'intéressantes victimes. A les entendre, ils combattent les hommes qui ont des- tîttîê , proscrit, etc. Ceci ne serolt que visible, si le ministèi'e avoit laissé la révolution à ses propres forces, et n'avoit pas tendu une main sccou- rable et protectrice aux hommes dont la France s'effraie autant qu'eîk; en rougît. Mais, forte de cet appui , la révotution relève la télé des mise'- rables, dont l'histoire atteste; les crimes à chacune de ses' pages, des noms qui n'ont rté étrangers à aucun lorlail, à aucun parjure, qui sont également couverts de sang et de boue, réclament pour eux tout l'intérêt à l'infortune (jui fut leur ouvrage, et, sans remords comme sans crainte, iis sa jouent sur les tombeaux qu'ils ont peuplés et sur les ruines de leur patrie. In tel excès d audace seyoit réelle- ment iu .oucevable , si quelque chose pouvoit ^re

(on

inconcevnhle après raveuglcmciit d'un lainistère qui croit Irouver sa force et ses movens de gou- vernement dans les doctrines et dans les liommes qui renversèrent la monarchie. Quels principes professez-vous? quels hommes employez-vous? Tille est la ijuestion dont la réponse est impossible au minislèie, s'il ne veut prononcer lui-même sa

Svopre condamnation. en est-il? qu'a-t-il fait e cette France toutes les. passions étoient amOi^lies; les regrets du passé s'anéantissoient devant l'espoir et le Lesoin du repos de l'avenir; aucun sacrifice n'étoit jfénible, parce que le retour des Bourbons en étoil le prix^ toutes les idées monarchiques s'étoient réveillée,s ; tous les esprits tendoient à une réconciliation géné- rale^ dont le bonheur de la France dédornmageoit l'infortune, autant qu'il étoit le garant de l'oubli nccordé aux erreurs? qua-t-il fait, dis-je, de ce l)eau royaume de saint Louis, si dévoué ,en sacri- fices et si riche en espérances? 8a conduile tor-» tueuse et mc-diocre a réveillé les passions, a ranimé Ja haine des médians contre les bons 5 «*lle a pros- x^rit ce qui fut fidèle ; elle a mis le paj-jure sui' un piédestal; elle a répandu l'inquiétutle régnoit ia sécurité; elle a provoqué des lois qui minent chaque jour la monarchie; elle caresse ceux qui renversèrent la royauté , dévoue à l'anathème ceux qui la défendirent , et détruisant par des actes par- ticuliers les ell'els des lois vengferesses de Ihonneur iiational , elle a lait rentrer en France les assassins de Louis XVL Tels sont les résultats de la con- duile du ministère. INous désirons sincèrement qu'il lui soit encore donné de réfléihir; car malgré tout ce qu il a pu faire, les révolutionnaires ne sont forts que de ses œuvres : ils le savent, et le jour cet appui leur manqueroit, la quesliou seroit vite décidée.

L'alarme est générale, aiijourd hui , au cani]) des prétendus libéraux. Le cri de détresse est dans tous leurs journaux, et les mcsur<'s prises en AUc-

( 99 ) maç^nc lonr causent une terreur qu'il leur est im- po.s.sil)!c (]f dissimuler. C^en es/ fait de la liberté de I .Allemagne , sécrirut-ils, c'est à Carlsbadqu^n été résolu le iioui>el esclavai^e de la nation. Les hommes doués de sentimens libéraux sont cons- terriés, etc., etc. INous ne pretrndous nullement uous Imn)i,scer dans la poirii([ue clranoère; mais il <'st des principes commun.sà tous les pays, des inl<^- réts communs cnii en dérivent, et des réfl< xions qui, par conséi|uent, appartiennent à tous les peuples.

Les souverains qui gouvernent F Allemac^ne ont uécessaircnient s'ellraver delà propagalion des principes destructeurs de tous les trônes. Après avoir fait d'immpn.ses sacrifices pour le rétablisse- ment du repos de l'Europe, ils ont voir avec inquiétude, que tous leurs efforts n'avoient abouti qu'à renverser un usurpateur, et que les doctrines qui conduisoient à la révolte et à l'usurpation sub- sistoient encore dans leur entier; qu'elles éloient publiquement répandues, quellesétoient avouées, et que, déjà, divers excès en attestoient le délire. L'histoire de la révolution française leur démon- troit que ce n'est pas en composant avec ces doc- trines qu'on en neutralise le danger; qu'une fois qu'fdles ont acquis un certain développement, l'au- torité devient insuftisante pour en arrêter les pro- grès. Avertis par une funeste expérience, ils ont dû, dans l'intérêt de leurs peuples, compter le passé pour quci(|ue chose, se réunir pour arrêter le mal , ets'entendre pour maintenirles principes qui cons- tituent seuls l'existence des sociétés. Là-dessus, il étoit naturel que le cri de détresse d'un certain parti se fît entendre. Quel espoir lui restera-t-il ,^i l'on en revient à des idées saines, à des principes positifs? Quand on vit de discordes, on doit frémir a l'idée du rrpos.

jNuI doute que la question qui s'agite en Alle- magne ne touciie en rien à l'indépeudanco de la France. Il J a une différence rcmarcjuable entre les

( ioo ) raesiiresapplicablesàun pa^'s soumis à plusieurs soHi^ yevains , à un pays les lois >aricnt en raison des divers princes qui les régissent, et un royaume comme la France, la législation est une et gé- nérale, et tout a été spécifié : devoirs, droits cl délits. Le Congrès de Carlsbad a lui-même fait remarquer cette ditFérerice. Mais la question n'est pas pour nos révolutionnaires. Quelque diver- gence qu'il y ait euti'e les mceurs^el les lois de dif- leren? ]>eupl<^s, il v a un principe commun à tous, le besoin du repos. Les doctr'ues (pii portent le lr<vabl<i dans un Etat^ sont également subversives de la tranquillité de l'Elat voisin. L'esprit de )é- volte est tout aussi contraire à la ré[iublique qu'à la monarcliierun Etat quelconque se préserve dif- ficiieinent delà contagion qui règne chez son voi- sin ; et les maladies politiques sont comme les maladies éj)idén)iques : elles pénètrent facilement on ne prend pias de fortes précautions pour les éviter. La lévolution française a fourni preuve de cette vériU- : nos révolutionnaires le ii/ivent aussi bien que nous; nmis ils savent aussi que quand ia source du mai est connue, la guc- jMson est facile. Ce qu'ils craignent n'est donc pas l'action de rAllemagnc sur nous , niais l)iOn J'action de rAlleniagnr sur elie-juéme , parce que ies (.onsequeuces en suut ii)é\ ilabîcs.

En effet, ]«• jonr i nv leur sera pins possible de colporter en Europe leurs injures contre les Kois, leurs outrages contre la vertu ^ le jour la jeunesse étrangère n<; pourra plus être égarée par l'Mirs f'inesles maxiints, ils si" ti'ou\<'rc)nt réduits a prêcher à la France seule des principes (qu'elle réprouve. Leur fm'ce al ors sera appréciée 5 connue, çlfe ne sera plus à craindre- et si la Providence, dans ses décrets,, nous réserve un ministère roya- liste, la rage de quel.[u<.'S démagogues s'unira inulilemeni auv rêveric-s laiil.*sli<^ues de quelques cerveaux dérangés. Le parti, qui voit très-bien sa position , lait aussi tout ce qu'il peut pour en con-

( lOI )

^Urer le dans^er; il cvie à i'iiulépenrlance natio* nale, à l'oulragc l'ait à la liberté. Quoique, jugée et usée , cette tactique lui est toujours bonne ; et ce qu'il y a de plai-ant, c'est que ce parti , si cha- touilleux en apparence sur sou indépendance, voiidroit inlerdiie. aux autres pays le droit de faire chez eux ce qu'il leur convient, et que tous les jours il abreuve d'insultes les monarques dont la politique repose sur des bases étrangères à l'es- prit de révolution qui a dévasté l'Europe. C'est le Koi d'Espagne qui, jusques ici surtout, étoit en Lutte à leurs invectives^ la révolte de ses provinces d'Amérique étoit soutenue, préconisée ; aujour- d liui la fureur s'étend à toute l'Allemagne 5 on va jusqu'à la menacer, et rien de curieux comme les paragraphes, plus ou moins impudens, qui font depuis quelques jours rornenicnt de nos feuilles révolutionnaires.

Que les royalistes éprouvent, comme le disent les journaux jacobins, de la joie des mesures prises en Allemagne, cela est possible, et même très- probable. Il est dans leur manière de voii- de ne pas aimer le désordre, et de se réjouir toutes les îbis que les vrais principes l'emportent sur des idées de révolte et de désorganisation. Les roya- listes auront aussi une grande joie le jour l'A- mérique espagnole sera soumise à son Roi légi- time. jNous ne chercherons donc pas à les défendre d'une accusation qu'ils peuvent fort bietl mériter, INIais ce qu'ils ne méritent point, c'est que l'on donne à leur joie une toute autre source, et que, pour les rendre odieux , on leur prête d'autres idées que celles qui leur appartiennent. Les roya- listes , une fois pour toutes, ne demandent ai n'espèrent le retour des dîmes , des droits féo- daux, etc. Ce qu'ils ont pejdu, ils l'ont perdu pour la cause royale; la volonté royale leur en a deuiandé-l'entier sacrilice , ils l'ont lait avec ré- signation ; et réunis , attachés au mode de gou- vernement, qui leur a été octrové par le Koi, ils veulent ce (^ui existe , et riea au«delà j mais ils ue

( 102 )

pensent pas que jioTir consolider ce qui existe , le fivstônie nuuisléiici soit bon : ils ne pensent pas que ceux qui ontrenversélamonarcliio eu soient les meilleurs soutiens ; que les assassins d(î Louis XVI soient les amis de Louis XVIII 5 que ceux qui ont Lrisé la Charte au 20 mars , et proscrit le Roi qui l'avoit donnée, soient aujourd'hui les plus zélés déienseurs delà Charte. Ils ne croient pas qu'en employant de tels hommes à l'exclusion des roya- listes, en mettant partout le parjure à la place de -la fidélité, la bassesse à la place du dévouement, le jacobin à la place de l'honnête homme; ils ne croient pas, disons-nous , que le ministère fa'se de la monarchie : ils croient au contraire qu'il fait de la révolution. Or, comme ils sont convaincus que la France en a assez, ils désirent ardemment que le ministère s'en aille; et le jour il s'enira, s'il est remplacé par des gens sages et éclairés, ils auront une grande joie, sans toutefois vouloir et demander alors, en fait de féodalité, de droits de dîmes , etc. etc. etc. plus qu'ils n'en demandent et n'en veulent aujourd'hui.

Ne forçons point notre Inlent , Nous ne ferions rien avec grâce ; Jamais un lourdaud , quoi (ju'ii fasse , Ne sauroit passer pour galant.

/c Courrier , q'.ii lutte avec le Journal de Paris pour projjager le charme des doctriins ministé- jielles, nous a rappelé ces vers dubon La Fontaine. Abandonnant tout à coup cette obscurité de style q)ii le rendoit si innocent, le voilà qui se lance dans la plaisanterie, et chei'che à intiter la gaieté des journaux les plus jacobins contre les jnissionnaires : il leur adresse, dans sa l'eu ij le du 4, une harangue le Dieu des chrétiens est fijjpelé le Dieu Trisnic^iste. INous ne ferons pas ressortir ce qu'il v a de j)i(juant f.'ntre ce rapj)V()- clicnient du IMercure- des païens et du fils du Dieu mort sur une croix ; nous nous contenterons de remarquer (jue, dans le bon tenq)s, c'esl-à-dircàlé- jioque l'on s'occupoit de condamnei' Louis XVI,

( 'o^ ) . . ;

Un journal révolutionnaire contcnoît ceqiîî snît ; (i)Le 17 décembre 1792, l'an 1" de la république.

« Ce fjui nie lait croire (|ue je suis aniino du )) vrai pnlriolisnie, c'est que je suis pres'juc tuu- » jours de votre avis lorsque vous vous égayez aux, » dépens des prêtres. »

Par quelle fatalité se trouve-t-il aujourd'hui une telle analogie entre les principes d'un journal ministériel et le véi-'table patriotisme de 1792? Kt remarquez que /e Courrier a pour rédacteurs des hommes attachés à rinstruction publique et aux plus hautes administrations !...

On s'occupe toujours de changemens dans le ministère. Selon les uns, M. de Semonville arri- vei'oit aux allaii-es étrangères, M. Roy aux finances, M.Mollien au trésor, INI. deLauriston à laguerre, Al. Pasquier à la justice ; selon d'autres, ce serolt W. Pasquier qui seroit nommé aux affaires étran- gères, un raccommodement s'étant opéré «vec W. de Serre. Ceci vaudroit peut-être mieux, parce que ]M. Pasquier avant déjà été à la justice, il seroi! Lien [)lus propre aux relations extérieures. Dans toutes les diiférentes versions, toutefois , on, s'accorde .sur l'inamovibilité de M. de Cazes.

Rien de positif encore sur l'ouverture des Chambres : il seroit à désirer que tous les députés fussent arrivés pour cette époque. Si jamais il fut nécessaire de s'entendre, c'est surtout dans les circonstances nous nous trouvons. Les députés royalistes doivent se faire un devoir d'arriver ù un poste oîi t(.»utes leurs forces sont nécessaires, et oiï il n'v a pour eux que travail et dévoucmeiit. l'honneur vous appelle, l'abseure seroit mil fort grand mal ; plus une tâche est Jifllcile à rem- plir, plus il appartient aux royalistes de se montrer dignes de la confiance qui la leur a imposée 5 ]eup persévérance depuis quatre ans, leur uoble^cou- lage dans "une lutte qui n'a été qu'une soiirce d'amertume et de dégoûts, nous garantissent leur

(i) Réfglutions de Paris , W iSl.

( io4 )

constance. La monarchie a besoin d'eux j ils reculerojil pas, parce que les caîilc/illés se sont accviH?. (."est en se n'unissant, vn se coinniiini-» ijuaijl J'avance leu's idcN'S, qu'ils parviendront à vaiaci'e ces difïîcullisj et c'est, sous ce rapport sni tout, qu'il cstdu pins ijraud int< rêt qu'ils soiiut t'xacis a se trou er à l'ouxerlure de la .essîon.

8i Ton en croit cei tains bruiis qui se répajidentj le ministère euroit ausni sa part des inquiétudes que causent auxrévolutionnaireslcs lucsures prises eu Allemagne. Ln conséquence, il auroit et<i décidé i\u ou aui'oit l'air d iibonder un, peu dans le sens nionarchi'jue. On préscuteroit donc aux Cliamljres quelques projets de loi moins déuio- crat'Cjues qu'on ne l'avoit résolu; on iioit méjué jusqu'à priij)Oser un changement dai s Ja loi des élections , i t alors tout ce r|ui seroil apparent dans le s^stèjue ministériel lui s(Moit la^oiabîe. Au. besoin encore les journaux mini>^téiitis invectivc- roient tant soit peu les révolutionuaires, et ils recoviuf;îtioient qu'on ne peut pas se lier pour fidélité à la Charte, à ces honiuK s qui disent bien liant, lien que la Charte, eiuume ij>, di.soidit rien que la ( onslitulio7i de i^(ji, a\arit le lo août. JVIais, d'un autre côté, pour concilier cette situa- lion , vraiment déilcat(;, avec les égards dus aux ré\olutionnaires.eîj laveui dune ancieime amitié et (\i:s ser\ices mutuels, on laisseroit toutes les places entre les mains des hoiiimes des ecnt-jouis j on ijoursuivroit A la sourdine le svsLcme de (iesti- lutitius envers bs ruvaii.<-l' s ^ et, par ce moyen, les hommes du paiti se reniorceri,iei>t en raison de ce qu'on aurou r.q.qjaier.ce d'eiîb-ver aiix prin- ci' es. i^0U3 ne f^aiarî^iosons p;'S ces bruits jusqu'à Un C'j la n point, r.iaib eouiuje ils ne nous ont pas paru tcul-à-l"nit dénués ùr londement, tt que ce dont les royall-les ont le plu» à se mélier , c'est d'être dupes, nous avons cru d. voir les prévenir sur des piojets qi:i re«S'*!;ib:<nt si iorî d ail.'ctirs à la l)ascule minisl^'i'i. lie , qn'viu peut loi't bien y cioi)e sans laire turi au j:tuie de nos hommes «l'ttat. CaSTELB-\JA<J.

•«^ WW**V«*VVVW»\IW**V VWv\\ WV«A/VW%KVVWVVW VWVWWWW WWWWWVMIVWWW»

LE CONSERVATEUR.

SEIZE OCTOBRE.

Tm. France , pour ai'oir pendant, cinquante ans produit, encouragé /es injànies suborneurs de l'Eu-- rope, /es fo/(aire y /es lle/vèlius , /es Diderot et /eurs myriades déco/iers, devait du saui^ au cic/ ; et /e cie/ , par un mystère que /es /lommcs ne sau-r voient approfondir, ii accepta jamais /e sang du- crimine/ sans qail fut nie/é du sang de /'inno^ cent (i ).

Toile est la triste réflexion qui m'a fortement frappé en lisant l'ouvrage de M. Piubiclion, inti- tulé de /' ylng/eterre , ouvrage qui renferme tant d'utiles vérités , tant de sages vues , et qui rae pa- l'oît d'une si grande importance pour tout homme qui veut s'instruire des affairt-s de son pays. Je lisois cet ouvrage en tr;i versant cette belle et hé- roïque \ endée , si remplie de décombres et de souvenirs, oii /e sang de /innocent fut si souvent nie/é au sang du crimine/ , mais les bons qui restent ont du moins cet avantage décrit par le même auteur L'auréo/e éc/airc /es pas du mar- tyr, et /aisse une funeste /ueursur /es pas du bour- reau (2).

C'est que je rae plaisois à rendre justice à la vérité des réflexions de M.Rubichon, réflexions si justes pour le passé, et que j'étois loin de croire effravantes pour l'avenir. J'ignorois encore les ré- sultats des dernières élections; jignoruis qu'à la honte (^e la France , xuie majorité d'électeurs

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(1) Rubirhon, de f AngleteiTe ^ tom* II, page 377.

(2) Rubichon, id. , pag. 379.

ToHE V. 55* Ijyb\ison. S

( io6 )^^

Avoucroit le régicîcle en choisissant, ponr la re- pi'éscntcr, lUi rt^ivide , eu l'adoptant //?;/r/?H'///y car on ne peut dire c£ue cette majorité \otoit sous les poignards.

Vous qui, à la Chambre des Députés de 1818, promettiez avec tant d'assurance de voter des chan- gcmens que vous disiez vous-mêmes nécessaires dans la loi des élections, et qui, séduits par nne inconcevable erreur, avez consenti à trahir votre conscience, vous les vovez maintenant, les suites de votre impardonnable l'oil)lesse. Vous }ie vous ctes pas trouvés sufîisamment avertis lors de la tiernière session, en vous trouvant assis près de celui qui dort quand on veut tuer son Roi ; cette fois vous êtes assis près de celui qui l'a tué, et il vous faut bien l'accepter cette dure responsabi- lité • vous avez pu changer la loi , et vous ne l'avez pas fait. Avons la honte, sur vous le sang : car vous ne pensez pas qu'il ne soit rien aux ven- jreancos du Ciel ; cl le Ciel, par un mystcre que les hommes ne sauraient approfondir, naccepta jamais le sajigdu criminel qnil ne fit mêlé du sang de finnocenl .

Désormais confondus avec des députés qui ont fait ouvertement profession de haine pour nos Kois, et qui doivent à votre criminelle foiblesse leur admission parmi vous , réj)ondez franche- ment : oserez-vous répétei' au milieu d'eux cette phrase qui fit tressaillir beaucoup d'entre vous en 181 5? t( Plus heureux que les derniers servileurs » du liai martyr, nous sommes sûrs que le notre » ne mourroit ni tout seul , ni le premier (i). »

Cette noble phrase (fui, en uSio, mit à décou- vert la conscience de (lin(|ue disputé, oserez-vous la dire devant un régicide qui ne seroit ]ias venu sans vous? Ft si, comme dans cette session mé-

(0 Discours de ISI. I.aborie , session de i8j5.

( «<^7 ) morable et tant calomniée , on vous lisoit de nou- veau le testament de mort de l'auguste JNIarie- Anloiiiett'% crovcz-vous que réiuotûjn ffu'ellë iuspiiàl lût éprouvée par vos nouveaux collègues? iN'on, vous ne le crovcz pas, car ceux qui lureut alors si protbudéniejit touchés pleuroient, délen- Soient et ne jugcoient pas leurs maîtres. Leui'S mains étoient pures de sang, et leurs cœurs péné- tres des saines doclrine^s; pour eux le régicide étoit un crime ^ hors la clémence huniaiue, et non un accid'nl.... Un accident! épouvanlahle thèse, que veulent j)rouver nos modernes rhéteurs, so-

Î)histes dangereux, qui, cherchant à propager eurs séditieuses doctrines, veulent empoisonner l'avenir pour qu'il resseinhle au passé !

Aujourd'hui, aujourd'hui même, si leur mé- moire, à défaut de remords, leur rappelle que c'est l'anniversaire de la mort de Marie-Antoi- nette , ils essaieront (le justiûer, au moins d'ex- cuser, cet exécraLle attentat ; on parlera du malheur des temps.... des circonstances.... des

exagérations d'un parti 5 euhu, on répétera

tous les lieux comm'ius de sottises et d injures que l'on peut lire chaque jour dans dinfâaies pamphlets.... Et on ne les punira pas !... On dira :

il faut mépriser telles choses Les mépriser!...

!Non , il ne faut pas les mépriser, car l'excuse d'un tel forfait entraîne complicité.

O Fille des Césars ! vous qui vîtes près de votre berceau les fidèles Hongrois de votre auguste Mère, répétant Moriamuv pro Rege nostro jSIarld T'/ieresid / \ous fiui, arrivée, Lrillante de grâces et de Leanté, dans la liante contrée de France,, y fûtes reçueavec toutrenlhousiasme de l'amour j vous qui y fûtes entourée de tous les enivrans prestiges 5 vous qui donniez tant de prix au Lien- lait, tant d.e grâce même au relus ^ vous qui disiez dans le danger : Je n abandonnerai jamai?

8.

( io8 ) le Roi ni mes Enfans ; quel que puisse être leut sort, je le partaf^erai : vous qui, pour ne pas perdre des coupables, disiez, avec tant de géné- rosité : Sai tout vu ; j ai tout entendu^ foi (ouf. oublie; vous qui , dans les iers, écriviez à votre sainte Sœur :

Je suis calme , comme on fest quand la cons- cience lie vous reproche rien. J ai un profond regret d abandonner mes pauvres enfans j 'vous savez que je n'enristois que pour eux et pour vous,

ma bonne et tendre Sœur

Combien, alors nos malheurs , notre amitié nous

a donné de consolation !

Pensez toujours à moi. Je

vous embrasse de tout moti cœur, ainsi que ces pauvres et chers enfans ; mon Dieu, qu'il est dé- chirant de les quitter pour toujours (i)!

O vous! si bien reine , si bien épouse , si bien mère, si bien amie, si pieusement martyre, ce scroit votj-e meurtre qui ne seroit pas voué tou- jours à l'exécration publique ! Oh ! il est encore des cœurs f'ranrais, pour jnaudire vos meurtriers, bénir votre mémoire et pleurer sur votre tombe !

Ah! si dix mille cpees ne furent pas tirées dans Paris pour venger la Reine, je ne dirai pourtant pas, avec Bnrke (2) : « Le temps de la chevalerie )) n'est plus. » Les ossemcns qui couvrent les sillons de nos provinces de l'Ouest, attestent des soldats immolés poui- sa cause j et lorsqu'un noble historien vient décrire , comme Tacite, l'histoire de la N'endé.-, il a gravé sur ses ruines : « Il est )) encore des chevaliers! » Aussi, nous le réj^é- tons avec une juste sécurité , dussent des impie; rentre])rendre , le meurtre ne s;ra janiais justifié. En vain le crime souiit à l'avenii', l'avenir ne

(1) Tiré (les lellresde la Reine à M'"« Elisabeth.

(2) ITie agc oj'clicualry is gonc. Burkc.

( 109 ) sci'a point à lui 5 car si, à la lionlc de la France , les regrets ccssoicnt d'être ceux de tous, et le dévouement aux Bourbons la cause «jénérale , les guerriers do l'Ouest pLf.'uroroient toujours leur^ maîtres égorgés, comnïe ils se i'eroient tuer pour leurs successeurs.

Heureuse certitude , dont on est encore plus fortement pénétré lorsqu'on vient de voir les vieux soldais de la Vendée priant pour le Roi près d'une antique croix de pierre, au pied de laquelle re- posent quatre cents Vendéens.

Le Comte Humbert de Sesmaisons.

Sur la Nécessité de ["Education religieuse ç

L'objet que je me propose de traiter est un des plus importans qui puissent occuper les hommes de bien 5 il s'agit de l'éducation , et spécialement de l'éducation chrétienne. Hélas ! ce point si essen- tiel, négligé, méconnu, contrarié même dans notre patrie, d'après les funestes maximes qui s'y étoient répandues, a été une des causes principales de nos malheurs. Il nous sufiiroit de considérer le passé pour nous pénétrer des terribles consé- quences qu'entraînent les éducations irréligieuses. Les principaux auteurs, Jes agens les plus actifs de cette révolution qui a bouleversé la France, spolié et persécuté la religion, massacré notre vertueux Roi , les ministres sacrés, les citoyens les plus respectables, nos plus proches parens , nos amis les plus chei's , ont été les criminels jeunes gens que, dans leur enfance, des instituteurs, ou négligens ou corrompus, n'avoientpas imbus des principes religieux.

Je n imagine pas qu'il soit utile d'entrer dans la question générale de la nécessité d'une bonne édu- cation morale; je regarde ce point comme telle-

( Ï'O ) ^

ment ('vicloiil qu'il n'a pas besoin d êlrc j)rouvé. Je doute même <|u'il se soit trouvé des homnjes, dirai- je assez dépravés , dirai-je assez insensés, - pour iwntester une vérilé aussi claire. Je me con- texiteiai donc d'établir ici, ce que des incrt-dules de noire siècle ont osé nier, l'importance de fon- der réducatii..n sur la religion j la nécessité de l'éducation religieuce pour former l'éducaliou morale.

Je ne m'arrêterai pas non plus à prouver cette autre vérité, cjui n'est ni ne peut être contestée, que la loi divine impoise aux parens l'obligation d'élever leurs enfans dans la crainte de Dieu, Admirons seulement la disposition de la sagesse suprême. Voulant le salut de Tliomme, elle charge de It; lui ]îrocurer ceux qui en ont le plus de désirs etlej)lus de moyens; qui y travailleront avec leplus de zèle par leur tendresse, avec le plus d'eliicacité par leiir autorité.

Quand 1»> devoir de l'éducation chrétienne ne seroit pas impérieusement prescrit aux parens par ]a loi de Dieu, il leur seroit encore imposé par la, ïiature de la chose. La morale et la religion ayant entre elles une connexion intime pour inculquer la morale, il faut inspirer la religion. Pour donner aux élèves les vertus que le monde désire, il faut commencer par les munir de celles que la loi pres- crit. Parens qui souhaitez que vos enfans soient honnêtes ( et quel est celui qui ne le souhaite pas? ), rendez-les pieux; Ibndez sur la religion î'édiiice de leurs vertus sociales. C'est la base la plus solide; c'est la seule qui le soit véritablement, généralemeni, constanimenl. L'asseoir sur d'autres principes, c'est établir le bâtiment sur le sable. Les lillialioi-s des séductions le mineront; le* vents rUs passions le reuvciseront ; les torreni de^ exemples l'entraîneront. Telle est la force pré- cieuse des principes chrét,ieus , ou' ilsprésenleulles

( IJ' )

ïnolifs les plus pnissans, donne nt les intérêts les ])iiis ijraiuls, inspirent les (lésirslcs pinsvifis, foiiv- nisseiit les nu)V<Mis les plus ellicaces de pralicpu'i* les vertus morales. ISolic sainte loi, pour porter les lioninies au hieu , réunit l(jus les gt'ures d'uni- versalité : l'universalité des personnes; l'esprit le plus sinij^le, le plus grossier, la connoîl aus-îi plei- neinent, sent aussi vi^enunt roLligalion de s'y conlbrnier que le génie le plus profoïid : l'univer- salité (\cs actioiis; cjuelle est la vertu qu'elle ne prescrive pas, la perleclion qu'elle ne conseille pas? Quel est le vice qu'elle ne proscrive pas, le crime qu'elle ne punisse pas? L universalité des circonstances; elle suit riioiume dans les diverses vici-siludes de sa vie; lui l;iit remplir tous les de- Vijirs de son état quelconcpie; commande à ses démarches les plus secrèles; péuèire jusqu'à sa pensée; et non contente do réprimer le péclsé , en. interdit la volonté, en éloufie le désir, en bannit l'idée .

Ce n'est pas seulement au temps de l'éducation que servent les principes religieux. C'est une maxime conslante par l'expérience et consacrée jiar l'Esprit-Saiut : la voie qu'aura suivie le jeune liomme, il ne s'en écartera pas, même dans sa vieillesse (i ). Aiusi sa marche , dans toute la suite de sa vie, tlépend en grande partie de la route il aura été pif ce. Elevé chrétiennement , il est dii- licile qu'il TIC reste pas vertueux : élevé sans reli- gion, il est plus difficile encore qu'il ne devienne pas coupable. L'éducation chrétienne « st une source pure dojit le cours s'étend dans toute la vie, et dont la bénigne iuliuencc lait constamment germer toutes les vertus. Celui qui a eu le bon- heur de la rec<i:voir, instruit que tout ce qui lui

( I ) J'rvi'çrbiui/t est : adnlescens /iixià viam suam , eliain cùm sediierit , non recedel ah cd. (Pr. . xxu, b. )

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arrive lui est méuagé pnr la Providence, en fait constamment l'usaoepoui' lequel elle le iui<Mivoie. La piété qu'on lui a in.spiiée devient la vertu par- ticulière et propre flans chacune de ses situations. Elle le rend modéré dans la j)rospérilé , lernie dans les revers, aflabie dans les dignilés, noble dans les disgrâces, charitable dans la jichesse, résii;né dans la pauvreté, laborieux dans la santé, patient dans les maladies. Restant toujours cliré- tien, il est toujours tout ce qu'il doit être.

Ce n'est pas tout encore : les heureux eflets de l'éducation religieuse s'étend<"nt plus loin que la vie 5 ils se prolongent jusque dans les géjiérations suivantes. Considérez ces maisons honorables ia vertu est héréditaire- se conseï ve d âge en âge la pureté des principes ; l'honnenr. la pro- bité, les ni o";u rs , i 'a tla cliemen t aux .«ai ii es jn aximes, l'observation des bonnes règles , l'accoinjilissement de tous les devoirs, l'assiduité aux fonctions, se conservent de rr.ce en race 5 que la considéiation publique vous in(!i(|uej que sont forcés de res- pecter ceux méjncs tjui ne les imitent pas Deman- dez aux cliels de ces lamiiles révérées comment iis ont reçu , comment ils perpétuent celte succession de vertus. Ils vous répondi'ont que c'est le li'uit del'éducation que leur ont donnée leurs pères, et qu'ils reportent à leurs enfans. Les maximes chré- tiennes sont, élans ces maisons vertueuses, des maximes de famille , regardées comme la plus pré- cieuse portion de l'héritage des ancêtres, comme la ])artie la plus sacic-e de la prcqiriété commune. O combien heureuse, cond)ien llorissanle seroit la société une éducation part ijle seioit donnée a tous les en fans 1 combien en ]>eu de temps seroit changée la face de la terre ! iNous vrrions les mai- sons devenues des habitations de ])aix, et non plus de <li.sf,f)rde5 b's églises (\vs lieux de prières, et non j)lus de dissipation ; les cercles dt s assemblées

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d'édifîcalion, et non plus de scandale , les conver- sations des écoles de verlu, et non plus de vice; la cour un foyer de patriotisme, et non plus d'in- trigues; le barreau un modèle d'équité, et non plus de chicane; les comptoirs des bureaux de charité, et non plus de fraude; la société entière un théâtre de charité , et non plus d'égoïsme.

iNous avons entendu , dans ce siècle déplorable, une doctrine diamétralement opposée à ces cer- taines et salutaires maximes. L'incrédulité, dont toutes les pensées sont contraires aux lumières de la raison, comme aux principes de la religion, demande à haute voix qu'on s abstienne de parler de Dieu dans les premières années delà vie. Elle crie, elle écrit, elle publie de tous côtés, que l'éducation religieuse doit être renvoyée à l'adoles- cence, c'est-à-dire au temps le jeune homme, sortant des mains de ses maîtres, commence à se présenter dans le monde.

Incrédules, je comprends facilement l'intérêt que vous inspire ce langage. Semblables à ces in- sectes dévastateurs , qui vont, rampant sous terre, détruire les plantes en coupant leurs racines, pour exécuter plus sûrement votre aflreux projet d'a- néantir la religion, vous attachez à sa racine vos dents meurtrières. Afin de dessécher dans tous les cœurs la pitié, vous travaillez à en tarir la source. Vous voulez que nous livrions à vous, à votre enseignement séducteur, à vos exemples plus séducteurs encore, une jeunesse dépourvue de principes qui la préser^ent, \ides de connois- *ances qui 1 éclairent, dénuée de raisonnemens qui la défendent, libre de frein qui la retienne. \ous la trouverez alors, je le sens, bien plus sus- ceptible de vos insinuations, bien plus complai- sante pour vos scandales, bien plus docile a vos j'xhortations, en un mot, à tous égards, bien plus lacile a corrompre.

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C'csl (lès les premiers momcns quelque* lueurs de raison se font a])ercevoir, que doit com- mencer l'éduciition clnélicnue. Je dirois volon - - lici's que celle ctUicntion doit ])rév('iiir la raison. Que les premiers regards de l'enlanl soient Irappés d'actes de pitflé ; que les premières paroles qu'il comproîd annoncent l'éd^^ificalion, que les pre- mières actions qu'il observe soient des exercices religieux; <[u'il voie qu'il v a un Dieu avant même qu'on lelui ait dit. A mesure que ses idées s'élen- d<nt , et que sa raison s'éclaire, les vérités saintes doivent lui être développées par dos instructions toujours à sa portée, lui être incuhjuées par des exliorlalions iréquentes, mais peu longues, lui être surtout présentées par des exemples toujours soutenus.

Hélas! les soins les plus attentifs, les plus frssi- dus de réducation religieuse n'ont pas toujours la force de prévenij-et d'arrêter la teriil>Ic impulsion des passions. Combien de pères ont à déplorer les égaremcns de leurs iils, sans pailer de ceux qui ont à se les reprocher! O vous qui éprouvez ce. malheur, le plus douloureux pour une âme pater- nelle, en vouslarijenlaut, ne désespérez pas. Aliez/ au-de\antde ces malheureux qui courtntà h'ur perte, ('oujurez-les, ])ar votre tcïidresse pour eux^ par leur respect pour vous, d'avoir. pitié de l'af- lliction qu'ils vous causent. Touclie/.-les par le spectacle de votre douUur, cl ejuplovez, à les re- tirer de leurs désordres , les laruie.s même (lu'ils vous font lépandre. .loigue/ les précautions de la prudence à l'ardeur du zèle, les caresses aux re- proches, la douce insinuation aux vives exhorta- tions. L histoire de la religion vous présente vn exemple uiémorf ble d'Un grand suc( es de ce genre, et des movtns propres à loblenir. Kgaré par les exemples (ïnu père peu rcligi<Mix , enq^orté paj'la fougue de ses passions, Augustin s'est abandonné

( n5 ) sans Y('<^cr\c aux excès de tous l<'s genres. L'erreur a perverti son esprit; le libertinage a corrompu son cœur. Témoin de ses écaits houleux, sa mère, la pieuse Monicpie, a rais inuliiement en usage pour Tarrèter, toutes les instances de l'amour ma- ternel, toutes les représentations du /.èle, tous les effoits de l'aulov té. Il ny a pas de frein assez puîs^ sant pour retenir un aussi violent coursier. Elle gémit, mais sans s'abattre; elle se désole, mais sans se rebuter. Sa tendresse semble s'accroître des torts de.son fils. Les épreuves aux(juelles il met sa complaisance, ne la diminuent