\

^<

M 'i \ \ *

m

Digitized by the Internet Archive

in 2010 with funding from

University of Ottawa

http://www.archive.org/details/lesbelgesaucongo01jans

'Cc^c^

^^Viyt/iyU^.^y..^y

LES BELGES AU CONGO

NOTICES BIOGRAPHIQUES

LES

Belges au Congo

NOTICES BIOGRAPHIQUES

FAR

EDOUARD JANSSENS

AVOCAT PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DE GÉOGRAPHIE D'ANVERS

ET

ALBERT GATEAUX

AVOCAT CONSEILLER DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DE GÉOGRAPHIE D'ANVERS

TOME I

ANVERS

iy^\PRl/'^ERIE J. VAN HILLE-DE BACKER, 35, RUE ZIRK

1908

Extrait du Bulletin de la Société royale de Géographie d'Anvers.

^l.

zs'n

s. /n. LÉOFOLD 11

ROI DES BELGES

FONDATEUR ET SOUVERAIN

DE

L'ÉTAT INDÉFENDANT DU CONGO.

m

..[ la Hollande ,ns ol les juvé- ^ nations. Leur la p(M-sévérance ni patriotisme, , (l'aclion dans

àgo, la Hel^iique

jTuiiX des vieilles

l, aomooratie et

,,m. se voirinip^^-

„,n dicté pal- los

. Belles se rceueil- 1;,]huu- modeste et une di-nit.' natio- ,ix, conscients do ,,\ connnerciale, ils ,.s frontières, prévoyante de Lé(^- >lutions, assi-na a lepaciti.iueducen- de notre au-uste atavique et telle luttant P' '''''-' ttot ^V^i-à^ '^iva

V

PRÉFACE

Depuis plusieurs siècles, le Portugal et la Hollande nous avaient montré que les nobles ambitions et les juvé- niles audaces sont aussi l'apanage des petites nations. Leur épopée coloniale, tracée toute entière par la persévérance dans l'effort et par les mérites d'un ardent patriotisme, avait réservé à ces pays un vaste champ d'action dans les contrées d'outre-mer.

Terre classique de la liberté au moyen âge, la Belgique vécut, pendant plus de trois siècles, sous le joug des vieilles monarchies espagnole et autrichienne, de la démocratie et de l'autocratie tour à tour triomphantes, pour se voir impo- ser enfin les liens d'un mariage de raison dicté par les calculs de la politique européenne.

Ayant reconquis leur indépendance, les Belges se recueil- lirent pendant cinquante ans dans un labeur modeste et soutenu pour se refaire une volonté et une dignité natio- nales; puis, grandis à leur propres yeux, conscients de leur énergie prudente et de leur activité commerciale, ils osèrent regarder au delà de leurs étroites frontières.

C'est à ce moment que l'initiative prévoyante de Léo- pold II, cet évocateur de viriles résolutions, assigna à l'activité de nos compatriotes la conquête pacifique du cen- tre africain. La volonté inébranlable de notre auguste Souverain se raidit contre notre méfiance atavique et telle est la puissance d'une conviction géniale, luttant pour une idée féconde et une noble cause, que bientôt il se trouva

II

on Bel^i({uo un n()3^au d'hommes entreprenants se consa- crant, avec un dévouement admirable, à la tâche civilisatrice proposée à leur patriotisme.

Nous assistâmes alors émerveillés à cette rénovation de notre peuple! Nous vîmes des officiers, des négociants, des missionnaires se transformer en explorateurs, en diplo- mates, en organisateurs et, sous l'ardent soleil des tropiques, sacrifier vaillamment à la cause de la civilisation leur jeu- nesse et leur vie.

Et, malgré les privations et les dangers, malgré les défaites et les martyres provoqués par les révoltes et les retours de la barbarie réfrénée, 'le nombre des colonisateurs belges devint légion.

Vingt-cinq années ne se sont pas écoulées depuis la fondation de l'Etat Indépendant du Congo et sur cette terre africaine, qu'en plein xix*' siècle l'esprit de conquête des puissances européennes avait délaissée, comme une plaie béante au cœur du continent noir, montrant toutes les horreurs des sacrifices humains, de l'esclavagisme et des guerres intestines, les Belges ont su se créer et se réser- ver un domaine, qui fait l'admiration des plus vieilles nations colonisatrices.

L'envie et la calomnie ne sont-elles pas venues con- sacrer définitivement les mérites de l'œuvre de nos com- patriotes?

Tout en rendant un hommage sincère à ceux qui se sont dévoués en Europe à la réalisation des vues pro- phétiques de notre Roi, à ceux qui, comme le baron Lam- bermont et Banning, ont lutté pour la reconnaissance du nouvel Etat, ou qui, comme le baron van Eetvelde et les secrétaires généraux Liebrechts, de Guvelier et Droogmans, ont assumé la lourde tâche des négociations diplomatiques et de l'organisation administrative de cet immense domaine, il nous a paru que la reconnaissance nationale devait se

m

porter avant tout vov^i les vaillants (lui lui'eiiL, en Afrirjuc, les artisans de cette épopée civilisatrice.

Nons avons obéi à ces sentiments de «,n'atitnde et d'admiration en g-roupant dans cet ouvrag-e les noms des édificateiirs de ce monument de gloire, de ces modestes pionniers: fonctionnaires, explorateurs, savants, mission- naires, colons et soldats, qui apportèrent le meilleur de leurs connaissances, de leur ardeur et de leurs illusions à une cause que, trop souvent, lielas! ils ont scellée de leur sang.

Exposant impartialement leurs succès et leurs revers, leurs joies et leurs souffrances, nous avons la conviction que dans le magnifique faisceau de ces efforts consacrés à une entreprise sublime, réalisée par des forces humaines et partant faillibles, le peuple belge puisera un salutaire exemple d'énergie, de solidarité humaine et de dévouement à la Patrie!

Au jour même la Belgique vient de recueillir le splendide domaine colonial, issu des travaux, de l'abné- gation et du sang de ses enfants, il nous plaît de remé- morer leurs noms et leurs titres de gloire.

Puisse ce sentiment de fierté patriotique excuser la témérité d'une publication qui, malgré des recherches ardues, apparaîtra certes en maint endroit comme insuf- fisante pour célébrer l'œuvre admirable et la belle car- rière africaine des fondateurs de notre colonie!

An vos, novembre 1008.

Avis au lecteur

Au moment la question de la repi'isc du Congo par la Belgique se posait à nouveau devant le pays, nous avons cru collaborer utilement à ce mouvement patrio- tique en proposant à l'admiration de la génération d'aujour- d'hui, l'œuvre méritante et si souvent héroïque des premiers pionniers belges en Afrique.

Le présent ouvrage n'est que l'extension et la généra- lisation d'une première série de notices biographiques des Belges au Congo, que l'un de nous fit paraître à l'occasion de l'exposition universelle de Liège.

Nous ne nous faisons guère d'illusion sur le résultat de nos recherches et de nos travaux, et nous reconnaissons que ces pages, qui se bornent souvent à grouper des données éparses, ne forment qu'un modeste essai de bio- graphie congolaise. Aussi, notre seule ambition est-elle de provoquer un travail plus fouillé et plus complet et nous nous estimerons trop heureux si notre publication pouvait être considérée comme un premier jalon d'une biographie complète des Belges qui ont séjourné et peiné en terre africaine (').

Les publications des divers explorateurs, tels Becker, Burdo, Coquilhat, Henry, Le Marinel, etc., les récits de nos officiers et de nos missionnaires, enfin, les nombreux ouvra-

(1) Nous regrettons de ne pouvoir rappeler à cette occasion les mérites des nombreux étrangers qui ont contribué pour une large part ù la tâche assumée par nos compatriotes; l'exposé de leurs travaux entraînerait à de trop grands développements.

VI

f^es de M. A. J. Waiiters, l'iiistorien de l'épopée congolaise, do MM. (]homé, Cliapaux et de tant d'autres, constituent les principales sources de notre étude; mais nous tenons néanmoins à exi)rimer notre vive f^ratitude aux anciens voya<:'eurs africains pour l'aide bienveillante qu'ils ont bien voulu nous prêter au cours de l'i'laboration de cet ouvrage.

Nous osons espérer que cette collaboration précieuse nous sera continuée et même i)rodig-uée pour la publica- tion du tomo II, dans le({uel nous nous proposons de grouper les notices se rattachant aux expéditions anties- clavagistes, à l'occupation du Katanga, à la cam[)agne arabe, aux opérations dans le Nord et au Nil, aux missions scien- tifiques dans les divers districts de l'Etat et à l'œuvre des missionnaires, des magistrats, des médecins, etc.

Les pages qui suivent ont été publiées successivement depuis trois ans dans le Bulletin de la Société royale de Géographie d'Anvers; il en résulte que certaines notices ne relatent point les événements les plus récents. Nous avons l'intention de l'aire paraître à la fin du deuxième volume les renseignements complémentaires mettant le tra- vail à jour, jus({u'à la date de l'annexion du Congo par la Belgique.

HÂNSSENS, EDMOND.

Cliché de l'ouvrage de M. Chapaux, Le Congo historique, diplomatique, etc.

Chapitre I

Hauts fonctionnaires

AGENT SUPÉRIEUR DE L'ASSOCIATION

HANSSENS, EDMOND-WINNOC-VICTOR,

à Fumes le 25 juillet 1843, décédé à Vivi, le 28 décem- bre 1884.

Entre à l'Ecole militaire à dix-huit ans.

Sous-lieutenant d'infanterie, il est attaché à la brigade topographique du génie, et après avoir passé par l'Ecole de guerre, est nommé répétiteur à l'Ecole militaire.

Capitaine adjoint d'Etat-major au 11*= régiment de ligne, il part pour le Congo le 18 janvier 1882, avec Nilis, Grang et Joseph Van de Velde.

Il séjourne à Issanghila, mais atteint par la fièvre il doit se rendre à Banana.

Rétabli, Hanssens retourne à Vivi et y rencontre Stanley qui. saisi d'une fièvre violente et épuisé par trois ans de travail opiniâtre, venait de remettre ses fonctions d'agent supérieur de l'Association au D'" Peschuel-Loesche pour

C)

rentrer en Europe. Mais, celui qui avait été désigné par Stanley pour lui succéder, ne parvint pas à dominer la situation, ni ses complications. Dès le 20 septembre 1882, il confia son haut commandement à Hanssens qui se trouva aux prises avec des difficultés de toute nature.

Le nouvel ag-ent supérieur est à l'avant-garde, presque seul, avec des moyens d'action insignifiants, pour ainsi dire, sans ravitaillements, attendant les steamers, dont le transport à travers la région des cataractes n'avance que péniblement. Et, sur la rive, en face, on annonce le retour prochain de de Brazza, avec des vapeurs Encore quel- ques retards, quelques lenteurs et la route du haut fleuve, en même temps que celle du Kwilu va être coupée. C'est la ruine définitive des espérances de l'Association. Il s'agit donc d'agir, sans compter sur les renforts promis, de prendre possession, de pousser en avant avec ses seules forces.

Après avoir rétabli les relations troublées avec le chef Nga'liema et avoir fait construire une route entre Manyanga et le Stanley-Pool, Hanssens quitte Léopoldville le 12 octobre 1882, avec Boulanger et onze Zanzibarites, à bord de VEclaireu7% l'allège de VEn Avant.

Le 13, à midi, soit onze heures de navigation après leur départ, les voyageurs arrivent à l'extrémité orientale du pool. A proximité de celle-ci, ils aperçoivent sur la rive nord les falaises d'un blanc sale que Stanley a appelées les « Dover Gliffs » et qui rappellent la physionomie de la côte sud-est de l'Angleterre. Un peu avant la sortie du pool, les regards sont attirés par une grande affluence d'hippopotames qui s'ébattent dans l'eau et sur une ile à bords sablonneux couverte d'herbes.

Le dimanche 15 octobre, vers dix heures et demi du matin, après vingt-cinq heures de navigation, Hanssens s'arrête au village de Mpiri (rive gauche). C'est la première

a^^S'loméralion rencontrée depuis Kinsliassa. Il y est reçu par le chef Mclioni qui l'accueille sans crainte, mais témoi^me autant de rapacité que ses confrères africains en souverai- neté,

Dans la soirée, Hanssens campe dans une île, séparée de la rive gauche par un canal d'environ cent cinquante mètres de larg-eur, à dix heures de navifjfation en aval de Msuata. Cette île est désormais appelée: île des Palmiers.

Le i7, VEclaircur aborde à Msuata, station fondée par Stanley en 1881. Le chef, le lieutenant Janssen, le disciple bien-aimé de Boula-Matari, s'y occupe activement et intcl- Jig-emment de l'aménag-ement et de l'amélioration du poste. Les relations entre les indigènes et le personnel sont des plus amicales.

Le chef hayanzi Mangui qui, avant le départ du capitaine de Léopoldville, avait promis de le rejoindre peu de jours après à Msuata, n'arrivant pas, Hanssens se décide à partir après six jours d'attente. Une circonstance nouvelle l'engage d'ailleurs à ne pas prolonger davantage son séjour dans cette dernière station. Le bruit court, en ce moment, que deux blancs, descendus d'une rivière de la rive droite et accompagnés de soixante noirs remontent le Congo, au moyen d'un bateau à rames et de pirogues.

Si cette nouvelle est exacte, elle doit se rapporter, sans doute, à l'expédition française commandée par Mizon. Hans- sens se hâte de se remettre en route le 23, à sept heures du matin, avec le lieutenant Janssen.

La largeur du fleuve augmente insensiblement au fur et à mesure qu'on remonte vers Tchoumbiri.

En amont de cette localité, le fleuve s'élargit dans des proportions considérables et forme une espèce de bassin de grande dimension, qui se rétrécit au nord, vers la zone se termine le district de Bolobo.

Au delà de Msuata, la rive gauche est extrêmement

8

peuplée. Les villages se succèdent à de très faibles inter- valles.

A partir d'Itimba les agglomérations se suivent pour ainsi dire sans interruption.

Entre Msuata et Tclioumbiri, les populations habituées à se trouver en contact avec les blancs, se montrent sympathiques; mais, en amont de Tchoumbiri il n'en est plus de môme; les habitants, effrayés à 1 aspect des " moundelle «, repoussent les voyageurs au cri de " Guende » (allez-vous en), partout ils veulent aborder.

Les habitants de Bolobo se montrent méfiants et très sauvages.

Ainsi, la veille du jour, Hanssens parvint à aborder à la rive, il se trouva vers cinq heures du soir, à hauteur du premier des nombreux villages constituant le district. Désirant établir son camp avant la tombée de la nuit, le capitaine voulut descendre à terre, mais en vain, les indi- gènes s'opposèrent au débarquement; le même accueil lui fut réservé dans les villages voisins. Les îles, si nom- breuses dans cette partie du fleuve, étaient toutes inondées sur une large étendue et une épaisse ligne d'arbres et de lianes interdisait l'accès du centre. Force fut donc de redescendre jusqu'en aval des agglomérations inhospita- lières. Hanssens parvint enfin, après trois heures de ten- tatives infructueuses, à trouver un point accessible de la rive et un tout petit espace découvert qu'il s'empressa d'occuper.

Le lendemain, il se remit en route de bonne heure et recommença le trajet qu'il avait parcouru la veille, dans de si mauvaises conditions.

Les indigènes se montrent cette fois plus accueillants. Pour leur inspirer confiance, Hanssens descend à terre, avec un interprète et un homme portant une caisse de bimbe- loterie n est aussitôt entouré de deux à trois cents indigènes,

[)

accourus dos environs, ;i (jui il liiil nno aniphi (Jislril)U- tion (le vori'oUM'ios à un sou. N(^ j):ii'V(Miant pas à (Hi'o reçu par le chef Uaka, lianssens s'installe sans hésiter dans cette localité appelée Ivintamo (:J0 octobre), et 1(; 10 novembre, il reçoit enlin la visite du niéliant Uaka. chef des Hayanzi, qui lui concède un terrain poui- la station de l'Association à Bolobo. Hanssens lait niveller le terrain, défri- cher le sol et après avoir remis le commandement du nou- veau poste au lieutenant Orban et à Boulang-er, il s'embarque le 27 décembre, à bord de YEclaireur, avec Coquilhat f[ui venait de le rejoindre. Itaka les accompag-ne, profitant de l'allèg-c pour visiter son village de campagne, à deux lieues plus bas. Les vo3^ageurs campent à une lieue au sud de chez Tchoumbiri, puis amarrent leur embarcation h l'embouchure de l'Ibari N'Koutou (ou Kwa), sur la rive droite de cet affluent, au village de Mokelé. Hanssens fait l'échange du sang avec Makuentcho et obtient de ce roitelet la cession des droits nécessaires pour se réserver exclusi- vement le protectorat politique du district de Mokelé. Ce lieu est important et tient l'un des côtés de l'accès que ribari N'Koutou (ou Kwa) peut offrir à des expéditions portugaises venant du haut Kwang-o.

Hanssens y fonde avec Coquilhat le poste de Kwamouth et quitte Makuentcho le 30 décembre ; en trois heures il gag-ne Msuata. Il reçoit la visite de Gobila et du chef du territoire situé sur la rive g-auche de l'Ibari N'Koutou, qu'il désire acquérir; il obtient sans peine un traité sem- blable à celui conclu avec Makuentcho.

Hanssens rentre avec son adjoint à Léopoldville, le 4 jan- vier 1883, pour préparer sa prochaine expédition vers l'Equateur, lorsque tout à coup il apprend ])ai' un courrier extraordinaire que Stanley, à la tête d'un nombreux per- sonnel blanc et d'un renfort de deux cent cinquante Zanzibarites s'avance à marches rapides sur Manyanga et qu'il y appelle Hanssens pour une mission secrète.

10

Graig-nant do se voir enlever par d'autres puissances l'embouchure du Congo, la direction de l'expédition avait décidé d'acquérir une large zone côtière s'étendant vers l'intérieur, au nord du Congo jusqu'au Stanley Pool. On voulait à cette fin, obtenir des cessions de territoires des chefs indigènes le long de la vallée du Kwilu et sur son affluent, le Niari.

Une colonne commandée par le capitaine Grant-EUiott. assisté de Destrain, se dirige d'Issanghila vers le Kwilu moyen, pour descendre de à la côte. Hanssens est chargé par Stanley, dés son arrivée à Manyanga (février 1883), de partir avec une expédition nouvelle pour la région supé- rieure du Kwilu-Niari, d'établir une ligne de communica- tion entre Manyanga et ce fleuve et de poursuivre son exploration jusqu'à ce qu'il ait opéré sa jonction avec le capitaine Elliott à Stéphanieville.

Le capitaine Hanssens se met en route pour le haut Niari, le 10 février, et quelques mois plus tard, il adresse à Stanley un long rapport lui annonçant que, au moyen de stations établies à Philippeville et à Boulangoungou, ainsi que du service de navigation organisé entre la pre- mière station et Stéphanieville, le haut Kwilu-Niari est désormais en communication avec le Congo (').

Hanssens est attaqué en retournant à Manyanga et blessé d'un coup de feu près de Nganda.

Ayant séjourné quelque temps à Boma, il remonte vers Manyanga, et se dirige de nouveau vers la région du Niari supérieur, il conclut des traités et fonde le poste de Mukumbi, entre Philippeville et Manyanga.

En juillet 1883, il inaugure le service des transports entre Matadi et Manyanga (rive sud).

Vers la fin de cette même année, après avoir créé la

(1) Stanley. Cinq années au Congo, p. 330.

11

station dos Falls, Stanley se sentant de n()uv(>;m épuisé (le lali^'ue, abandonne une seconde fois son commandement à Hanssens pour rentrer en lùirope.

Le 24 mars 1884, Hanssens quitte Léopoldviilc avec les trois steamers, le Royal, ÏBn Avant et l'A. /. A., un g-rand et un petit canot. La grande baleinière, sous le commandement de Hurton, et V Eclaireiu^ sont partis depuis le 15 du môme mois, emportant Vannerus et Keys. désignés par Stanley pour être adjoints respectivement aux chefs des stations de Bolobo et de Lukolela, ainsi que les ravi- taillements destinés aux stations de iMsuata, Kwamouth, Bolobo et Lukolela, enfin une cinquantaine de charges pour les stations du haut.

Le personnel blanc qui accompagne Hanssens à bord des steamers comprend : l'ingénieur Amelot, Drees etGuerin, mécaniciens de VEn Avant, de l'A. /. A. et du Royal; Nichols, matelot; le pharmacien Courtois et Wester, désignés pour la station des Faits. Le personnel noir est fort de cinquante et un hommes. A Lukolela, \' Edaireur est pris à la remorc[ue, avec son chargement et son équipage de neuf hommes.

Après avoir inspecté la station de iMsuata, Hanssens se rend, le 29 mars, conformément aux instructions de Stanley, au village de Pima Moubala, dont le chef Ngantchu a, lors d'une entrevue antérieure, prié Stanley de créer chez lui une station.

Depuis quelque temps déjà, le D^ Ballay avait fondé un établissement sur le territoire en question. Ngantchu affirme qu'il n'y a eu aucun traité écrit et qu'il s'est borné à accorder à Ballay une autorisation verbale de s'installer chez lui. Hanssens insiste pour qu'il respecte cette concession.

En quittant Ngantchu, il dirige ÏEn Avant vers la sta- tion du D'" Ballay, pendant que le Royal et 1' A. /. A. naviguent vers Kwamouth. Le poste français est situé au

12

fond de la baie cfui limite en amont la î^aillie rocheuse que la rive droite du Congo projette dans le lleuve à ce point.

En face de celte saillie, le lit du fleuve est obstrué au milieu et vers la gauche par des rapides, et les eaux y sont toujours mauvaises. C'est dans cette zone que les canots portant le lieutenant Janssen et l'abbé Guyot cha- virèrent. La navigation y est difïîcile et il faut plus d'une heure à Hanssens pour se rendre du village de Ngantchu à la station française. Cette dernière est établie au sommet de l'escarpement qui limite la baie; les abords en sont très difficiles et les installations très primitives.

En débarquant à la station, Hanssens y trouve, outre le docteur Ballay, de Brazza, qui y est arrivé depuis deux jours avec son frère Jacques, de Chavannes, Pecile et le sergent Malamine. Dans la baie chauffe un petit canot à vapeur, ayant à peu près les dimensions du Royal et portant une machine et deux chaudières verticales, ana- logues à celles de VA. 1. A. Le personnel noir comprend quarante-sept hommes, pour la plupart des laptos sénégalais. Hanssens reçoit l'accueil le plus cordial et le plus hospitalier. De Brazza porte un toast au succès de l'A. I., ajoutant que selon ses aspirations personnelles et les instructions qu'il a reçues du Gouvernement français, il considère les expéditions belge et française comme cousines germaines.

Hanssens débarque à Ngombi le 11 avril, et convoque aussitôt tous les chefs à une palabre, fait l'échange du sang avec le chef le plus important Ngondo et obtient sans difficulté, un traité qui assure à l'expédition la propriété et le protectorat du territoire du district.

Un emplacement situé à l'entrée du canal en aval du village inférieur, et s'étendant à front du fleuve sur une longueur indéterminée, et qui [)eut aller jusque trois milles, est mis à la disposition de l'officier belge pour y élever

l.'î

une station. En attendant que celle-ci soit construite, un poste de trois soldats llaoussas, commandé par un ser^'-ont, ^'•ardera le drapeau, qui est arboré sur la rive.

En ((uittant N^ombi, le lendemain, Ilanssens se diri^'-e vers Irebu, en faisant en passant des visites aux cliefs des districts du Hutunu et d'Usiiuli. Ircl)u est situé à environ cinquante milles en aval de la station de TEquateur, dans le secteur sud du contluent du Cong-o et de la rivière Matumba. Ce district est g-ouverné par deux grands cliefs, Mukwala et Mangombo, qui ont en môme temps l'autorité supérieure sur tout le territoire compris entre la Matumba et la station de Lukolela.

Hanssens fait avec eux Téchang-e du sang et parvient à conclure un traité qui place cette vaste contrée sous le protectorat du Comité.

Après avoir toucbé à la station de l'Equateur (17 avril), et y avoir déposé le chargement qui lui est destiné, il traverse le fleuve pour se rendre dans l'Ubangi, avec Van Gèle, Courtois, Guerin et Amelot.

Ce voyage est fécond en résultats. Hanssens revient au bout de six jours, radieux, à la station. L'Ubangi est un important district dans l'entrée d'une magnifique rivière venant du N. N. E. L'heureux capitaine a conclu avec le grand chef Mkuku un traité qui assure à l'xYssociation non seulement la possession du territoire d'Iranga, situé sur la rive droite du défilé devant Ngombi, mais du territoire d'Ubangi lui-même. Ce point présente une importance considérable.

C'est d'abord un centre commercial, qui peut être placé sur le même pied que Tlrebu ou Lulanga. Il commande en suite la sortie d'un affluent considérable, qui n'est renseigné sur les cartes que comme existant probablement, mais de l'existence réelle duquel Hanssens a pu s'assurer, en pénétrant à plusieurs lieues à Tintérieur. L'affluent porte vers sa jonction avec le Congo le nom de MBundju.

14

Les nombreux villag-es qui constituent le district d'Ubangi sont situés à front de la rive g'auche de l'alHuent et assez loin du point de jonction.

Le 27 avril, iïanssens, accompagné du lieutenant Coquilliat, remonte le fleuve vers le pays des Bangala, pour y renou- veler la tentative infructueuse de Stanley, d'établir une station à Iboko. Il traite avec les chefs de Loulanga, mais entre Loulanga et Bolombo le Royal s'égare et faillit sombrer.

Le 4 mai, Hanssens et son adjoint se trouvent chez Mata-Buiké à Iboko. Après l'échange du sang, une céré- monie complémentaire cimente le pacte de fraternité conclu la veille. Cette cérémonie consiste dans l'abatage d'un pal- mier fétiche, suivant un certain rituel: la direction dans laquelle tombe le palmier prouve aux populations que Nsassi (Hanssens) est dévoué corps et âme à Mata-Buiké, et dès lors, ce dernier s'attache à faire agréer les nouveaux ar- rivants.

Le principal obstacle est l'opposition de Mongimbe, le fils aîné de iMata-Buiké et son héritier présomptif. Mongimbe est un sournois et fanatique, opposé par instinct à toute innovation. C'est lui qui a fait échouer les négociations de Stanley. Les pourparlers sont longs, difficiles. La rapa- cité qui constitue la caractéristique de la race africaine, atteint ici son maximum d'intensité. Les Belges doivent dé- ployer des prodiges de patience et de longanimité et plus d'une fois ils sont sur le point d'abandonner la partie.

La veille de la palabre finale, le 8 mai, le capitaine fait annoncer publiquement que si le jour même ou le lende- main matin, au lever du soleil, tout n'est pas arrangé, il partira pour construire son village plus haut.

Mata-Buiké s'est précisément rendu ce jour-là à l'autre rive, avec deux de ses fils, Mongimbe et Imbembe, pour y faire une palabre.

15

Hanssens l'ail appeler les autres fils du chef à bord de VEn avant et là, leur montrant ses bateaux bondés de balles d'étodcs et de caisses de pacotille, il leur dit:

'. Vous voyez tous ces niossolo (marchandises, articles ^ de commerce) toutes ces belles étofïes, ces mitakos, ces » cauris, ces articles de quincaillerie, etc., etc.

^ J'ai apporté tout cela pour le vendre à mes amis les •^ Bangala, à mon frère Mata-Buiké et à ses fils. Mais les « Bangala ne veulent pas de Nsassi, ils lui refusent un « terrain pour construire ses maisons; il ira installer un « village plus haut, car on le réclame partout, et les -^ Bangala n'auront rien de ce qui a été apporté pour eux. ^

Le lendemain, au lever du soleil, les bateaux étant sous pression et les hommes à bord, Mata-Buiké fait prier Hanssens de retarder son départ de quelques heures.

A sept heures, il envoie un nouveau messager pour con- voquer le Belge à une grande palabre, Hanssens emporte la position et, en signe de joie, fait jeter à pleines poignées des perles et des cauris dans la foule. A dix heures tout est fini, le terrain est limité, les maisons et les bananiers qui s'y trouvent sont achetés et payés.

Hanssens obtient, le 7 mai, un traité par lequel Mata- Buiké concède l'ancien terrain offert puis repris à Stanley.

Cette station compte une centaine de mètres de longueur à front du fleuve et une profondeur moyenne de quarante mètres environ. Hanssens doit se contenter de ce lopin, pour l'excellente raison qu'il n'y en a pas d'autre. Tout ce qui est habitable, sur une étendue de dix à douze milles, est occupé.

L'essentiel est pour le moment, de prendre pied dans la contrée. Les îles qui coupent le lit du fleuve, en face d'Iboko (nom que porte l'ensemble du territoire occupé par la tribu des Bangala et qui signifie marché), sont basses et continuellement inondées à l'époque des hautes eaux. Elles ne se prêtent donc pas à un établissement.

10

Gest le lieutenant Goquilhat qui est chargé de la mission d'occuper avec ses iiommes et ses marchandises la nou- velle station, située en plein cœur du territoire des Bangala et de lui donner, par des négociations pacifiques, une extension plus considérable.

Hanssens se dirige ensuite vers l'Equateur pour y chercher les approvisionnements des Stanley-Falls (11-24 mai).

De retour à Iboko, il se rend le 25 à sa destination.

Au cours de la seconde partie de son voyage, Hans- sens découvre la rivière Mbumdju, achète le territoire d'Ubangi, situé dans le secteur oriental du confluent de cette rivière avec le Congo, à quelques milles en amont do ce dernier et celui de Liranga, appartenant au chef supérieur d'Ubangi, sur la rive droite en face du district de Ngombi.

Il constate ensuite l'existence de la rivière Ngala ou Mon- gala, afïluent de la rive droite, à environ soixante dix milles anglais, en amont de la station précitée.

Achat du district de Mobeka, situé sur la rive gauche de l'affluent, à environ dix milles anglais, en amont de sa jonction avec le Congo. Il n'existe pas d'autres villages en aval, de sorte que Mobeka commande le confluent.

Jusque Mobeka, la Mongala a une largeur moyenne de six cents mètres, ses rives sont basses et couvertes de bois. Sa direction est nord-est.

Hanssens constate l'existence d'un nouvel affluent de la rive droite, dont la jonction avec le Congo se fait à environ quinze milles en amont de Yambinga. Cet affluent, appelé indifféremment par les indigènes la MBula et la Bulumbu, est ritimbiri, reconnu déjà par Stanley. Hanssens baptise cet affluent du nom de rivière Liagre.

L'expédition belge le remonte sur une distance d'envi- ron quarante milles. Sa direction générale est nord-est. Sa largeur varie de huit cents à quatre cents mètres.

17

Dans la partie qu'il parcourt, la rive ^^auchc, spécialement, est très i)cui)lée. On y constate l'existence de trois dis- tricts importants, portant les noms de Busambi, Libuki et Humbuni. Un quatrième district, plus important encore que les précédents et appelé Itembo, se trouve situé sur la rive gauche, à quelques milles en amont du confluent et avoisinant ce dernier.

Les habitants d'Itembo appartiennent à la tribu des Yan- Korvés. Hanssens s'y arrête pendant une demie journée et fait l'échanf^e du sang avec le chef supérieur appelé Mubangi, mais ne parvient pas à conclure un traité avec lui.

Il installe un poste de trois hommes au confluent de l'Aruwimi, sur le territoire de Basoko. Les villages basoko sont situés sur la rive droite et commencent à environ deux kilomètres en amont de la jonction avec le Congo. Un sort malheureux était réservé à ce poste: deux hommes sont massacrés et mangés par les naturels, le troisième est recueilli par Van Gelé.

Le 3 juillet 1884, Hanssens touche aux Falls et rem- place le chef de la station, le mécanicien Binnie (qu'il ren- voie au service de la machine du Royal), par le lieutenant suédois Wester, auquel est adjoint Louis Amelot.

Ce sont deux années d'incessantes courses, fécondes en résultats.

De l'Equateur aux Falls la bannière étoilée flotte sur les deux rives du haut Congo.

Le 19 juillet, Hanssens, de retour à Iboko, (Courtois est mort en route) profite de son passage à la station pour aplanir les différends qui viennent de surgir entie son ancien adjoint et Mata Buiké et reçoit une lettre autographe d'encouragement du Roi.

Après avoir renforcé la garnison de Coquilhat, il quitte Bangala le 22 juillet, pour se rendre à Léopnld ville.

En descendant le fleuve, il visite successivement les sta-

18

lions de Lukolela et Rolobo, commandées respectivement par Glave, sujet anglais, et par le sous-lieutenant d'artillerie Liebrechts.

Le capitaine Hanssens félicite chaleureusement ce dernier des résultats heureux obtenus dans la pacification des belHqueux Bayanzi; (ceux-ci s'étaient montrés intraitables dans les rapports qu'ils avaient eus auparavant avec Stanley et d'autres Européens), et du développement de la station de Holobo, incendiée par les indigènes sous son prédéces- seur.

Hanssens rentre à Léopoldville le 6 août 1884, après une absence de cent trente-six jours, et y rencontre le colonel de Winton, administrateur général et chef inté- rimaire de l'expédition, ainsi que le R'' G. Grenfell qui se prépare à remonter l'Ubangi.

L'œuvre de Hanssens est considérable : le Comité d'études se trouve désormais possesseur de tous les points du haut Congo, présentant quelque importance soit par leur situation, soit par leur population, soit encore par leur commerce.

Le voyage s'est accompli le plus pacifiquement du monde. L'expédition n'a pas rencontré la moindre hostilité dans tout le trajet de dix sept mille kiloinètres qui sépare le Pool des Falls. Partout chez les cannibales elle a été reçue avec le plus vif empressement.

Après un séjour de quelques semaines à Léopoldville, Hanssens se remet en route pour acquérir en amont de Kwamouth, le plus de districts possibles.

Il se rend en septembre, accompagné de Casman et du lieutenant suédois Gleerup, à Betcho et à Kwamouth.

Mais malade, il est forcé de retourner en Europe, après avoir remis le commandement du haut Congo au lieutenant Van Gelé.

Mandé à Léopoldville, il y reçoit la croix de chevalier de l'Ordre de Léopold, mais démissionne quelques jours après.

10

Arrivé ;i Vivi, il y meurt le 28 décembre I.S.Sl, nu moment il se disposait à remonter vers l'amont.

Stanley a consaci'é (iuel([ues lig-nes flatteuses à Ilanssens dans son ouvrag'e: CAuq années au Congo:

« Le capitaine Ilanssons semblait avoir endossé, pour venir en Afrique, cette armure qui rend l'honmie invulnérable à tout: le courage moral. Chargé de conduire une expédition et de fonder des stations dans des régions inconnues, il faisait ses préparatifs avec une célérité et une sûreté étonnantes, pensant à tout, n'omettant rien, veillant à ce qu'il ne manquât ni une carabine, ni une aiguille et, quand il se mettait en route Taspect martial de son escouade j était le gage du succès qui l'attendait. »

Le 15 novembre 1(S81, Hanssens, dans une lettre qu'il adresse en Europe, s'exprime en ces termes:

« Quand le travail du Congo proprement dit sera terminé, il y aura pas mal de besogne pour explorer et occuper toutes ces immenses rivières ot planter le drapeau de la civilisation dans les régions inconnues elles prennent leur source.

» J'espère, pour ma part, pouvoir contribuer à éclaircir le mystère qui les entoure, et c'est cette perspective qui m'engage à différer l'époque de mon retour au pays. J'ai fini mon terme, j'aurais le droit de m'embarquer pour l'Europe. Mais cette zone mysté- rieuse exerce sur moi une telle fascination que je sacrifie tempo- rairement tout: famille, amis, patrie, pour aller voir ce qui s'y trouve. »

20 PUBLICATIONS :

Les premiers explorateurs du haut Congo. Lettres inédites. (Congo

illustré, 1892, pp. 5 et suivantes). Les Bayanzi, mœurs et coutumes. (Mouvement géographique, 1884, I,

pp. 6. 10 et 14). Le service des transports entre Maladi et Manyanga. (Mouvement

géographique, 1891, p. 128).

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES:

Jourdain et Van Stalle. Dictionnaire encyclopédique de Géographie

historique. DE Martrin Donos. Les Belges dans V Afrique centrale^ t. II. Albert Chapaux. Le Congo historique, etc., pp. 80, 100, 400. Bulletin de la Société royale de Géographie d'Anvers, 1905. Mouvement géographique, 1891, p. 128. Congo illustré, 1892, p. 1.

JANSSEN, CAMILLE.

Cliché du Mouvement Géographique.

GOUVERNEURS GENERAUX DE L'ETAT INDEPENDANT DU CONGO.

JANSSEN, CAMILLE,

à Liège, le 5 décembre 1837.

Docteur en droit et en sciences politiques de l'Université de Liège.

Substitut du procureur du Roi à Hasselt (1805).

Chancelier de la légation belge avec pouvoirs consu- laires à Gonstantinople (1872).

Président du Tribunal mixte international d'Alexandrie (1875).

Chargé d'une mission diplomatique et commerciale en Turquie, Asie-Mineure, Grèce et Palestine (1878).

Agent diplomatique et consul général en Bulgarie (1879).

Consul général à Québec (1882).

Part pour le Congo, le 25 septembre 1885, comme vice- administrateur général.

La constitution de l'Etat Indépendant du Congo fut proclamée à Banana, le 19 juillet 1885, par sir Francis de Win ton. Huit mois après, l'agent supérieur de l'Asso- ciation du Congo rentrait en Europe, à l'expiration de son terme de service et remettait à Camille Janssen ses hautes

oo

fonctions d'aclminislrateur général, chef du g-ouvernement local.

« Depuis l'époque de la découverte, à la fin du xv® siècle, « jusqu'à ce moment, le Congo n'avait connu la loi d'aucun ^' pouvoir civilisé. Depuis quelques années seulement, les » croiseurs anglais avaient chassé les négriers des criques ^ du bas fleuve. Dans l'intérieur du pays, à quelques lieues » des rives de celui-ci, c'est à peine si les populations " indigènes connaissaient l'Européen. La propriété n'était ^ ni garantie, ni protégée. La justice n'existait pas. Tout ^ était à créer.

Les résistances à vaincre étaient considérables, les obsta- cles à tourner parraissaient énormes. Par contre, les moyens d'action sont d'une insuffisance absolue. En ce qui concerne la situation politique, les rapports avec les Portugais au sud et les Français au nord, exigaient le plus grand tact et la plus extrême circonspection. Les trafiquants établis au Congo, depuis vingt à trente ans, redoutaient de voir suc- céder un nouvel ordre de choses à l'ancien système, qui était la liberté sans contrôle et sans réglementation.

Janssen s'applique immédiatement à créer la justice, régler les questions commerciales, établir des impôts et des droits de sortie, organiser les postes et le régime foncier.

Rentré en Belgique le 9 janvier 1887, il repart dès le 8 mai suivant avec le grade de gouverneur général, dont il a été investi le 17 avril.

Pendant ce second séjour au Congo, il explore le Shi- loango jusqu'à Nzobe et s'engage dans la Lukula, en décembre 1887, avec les capitaines Jungers et Destrain.

Revenu en Europe le IG juillet 1888. Janssen fait à Bru- xelles, du 20 octobre 1888 au 15 mai 1889, l'intérim d'administrateur général du département de l'Intérieur, mais le 18 mai 1889, il s'embarque une troisième fois pour le Congo, pour rcm{)lacer à Boma l'Insiiecteur d'Etat Cambier, chef du gouvernement local.

23

Jusqu'à l'époque Slanley dcbar(]ua au Con'^o, en 1879, |)our compte de l'A. I., les steamers ne dépassaient pas Ponta de Lenha.

La navigabilité du bas fleuve, en amont de Boma, était mise en doute; on aflirmait que seuls des bateaux de (juebiues tonnes pourraient aborder à Matadi. Si cette assertion se confirmait, c'était la mort de l'peuvre, à i)eine née, de la construction du cliemin de fer.

Le i^ouverneur général Janssen insiste pour (jue l'essai soit tenté et charge le capitaine Murray, olïicier de la British and African Steam navigation C", d'aller reconnaître au préalable par lui-même la route fluviale entre Boma et Matadi, à bord d'une embarcation à vapeur.

N'ayant rencontré aucun obstacle, Murray tenta l'aven- ture, monté sur le steamer Lualaba, le 29 juin 1889. Sans peine, ni appréhension, pendant toute la durée du voyage, qui prit cinq heures, il arriva à Matadi sans encombres.

Il était désormais prouvé que Matadi est aussi abordable ])ar les grands steamers que la plupart des ports intérieurs européens.

« Le résultat heureux de l'énergique tentative de Murray, eut un grand retentissement en Europe. Matadi, accessible aux navires de mer, c'était le succès assuré pour l'entreprise du chemin de fer, cette condition vitale de l'existence même de l'Etat, c'était l'afflux, la ruée certaine des immenses richesses du haut Congo vers le débouché belge de la région des cataractes, c'était la prospérité. » (Congo illustré, 1893, p. 161).

Le 14 juillet, le gouverneur général confie au major Gambier la direction du gouvernement local et entreprend une importante inspection dans le haut Congo, afin de juger, par lui-même des progrès réalisés en un si petit nombre d'années. Déjà à Boma, il a pu constater les résultats obtenus, grâce au capitaine Roget, dans l'orga- nisation de la force publique.

21

« Pendant le voyage pédestre qu'il tait de Matadi à Léopoldville, Janssen peut se rendre compte que la situation est excellente dans le bas Congo. La route des caravanes a été sensiblement améliorée, surtout au passage des rivières Lufu et Lukugu, le sous-lieutenant du génie, Carton, a établi de solides ponts suspendus. Le service de recrutement de porteurs est dirigé avec habileté et intelligence par Van Dorpe.

» Le 15 septeml)re, le gouverneur, à bord de la Ville de Bimxclles, part pour le haut Congo ; il est accompagné du capitaine Becker qui retourne aux Falls pour y organiser une expédition, du sous- lieutenant Verbrugghe qui va remplacer le lieutenant Jacques au poste de Bumba; du sous-lieutenant Duthoy, désigné pour être adjoint au commandant de Bangala ; du sous-lieutenant Lenger et du docteur Dupont.

» A Bangala, le gouverneur installe le lieutenant Baert, le nouveau commissaire de district.

» Aux Falls, il trouve Tippo-Tip, qui l'assure de son parfait dévoùment au Roi-souverain.

» A ce moment les Arabes et Tippo-Tip sont à l'apogée de leur puissance ; leurs bandes exploitent ITtimbiri, l'Aruwimi et la contrée du nord de Basoko. » (Histoire militaire du Congo).

Le 29 octobre 1889, le gouverneur s'embarque à bord du steamer Ville de Bruxelles, au poste dTsanghi, au confluent du Lomami. Accompagné du capitaine Van Kerckhoven, commissaire du district de Bangala, et du sous-lieutenant Lenger, de la F. P., il remonte le Lomami, luttant partout contre les Arabes, jusqu'au dernier campement de l'expé- dition Delcommune, en quatorze jours et cent et seize beures de navigation effective. Trois beures après avoir dépassé le susdit campement, de gros flocons de mousse descen- dant le cours de l'eau, attirent l'attention des voyageurs. Quatre heures et demie après avoir quitté le point extrême atteint précédemment par le Roi des Belges, le steamer se trouve arrêté dans une gorge par d'infranchissables rapi-

^f)

dos. La rivière se l'étrécit dans d(;s proportions iiivraisern- l)lal)los; tandis ([u'à quelques mètres plus bas sa lar'^'-eur mesure encore deux cents mètres, elle se réduit i)rusque- ment à cinquante ou soixante mètres.

Le 11 novembre, une observation à l'aide du sextant et d'un horizon artificiel donne 27' 2" de latitude sud.

Les rapides N'Conghi étant infranchissables, Janssen chai-g"e le lieutenant Lenger de créer à Bena-Kemba, un poste militaire destiné à relier celui que le lieutenant Le Marinel a l'ordre de fonder au camp du Lomami-Sankuru.

La descente du Lomami prend cinquante et une heures; le voj^age entier a duré vingt et un jours. Le Gouverneur général rentre à Léopoldville,

Le 17 décembre 1889, le gouverneur quitte Léopold- ville à bord du steamer Ville de Bruxelles à destination de Luebo et de Luluabourg, pour explorer le Kasaï et ses affluents et fonder la station de Lusambo, au confluent du Lubi et du Sankuru.

Voici en quels termes le R. P. Van Aertselaer relate ce dernier événement dans une lettre adressée à son frère le chanoine Van Aertselaer.

« Le 12 février 1890, le gouverneur Janssen arrive à cet endroit sur je ne sais quel steamer, il débarque le 13 pour planter le drapeau de l'Etat et repart le 14, écrivant à Bruxelles: « Lusambo est fondé ». L'assertion peut sembler une plaisanterie; elle est la vérité,

» Quelques officiers, parmi lesquels Légat, restent à la garde du drapeau, qui flotte au coin d'une épaisse forêt, entourée d'un côté par le Lusambo, des trois autres par une rangée de collines,

» Pendant ce temps, Le Marinel, Gillain et d'autres partent par terre de Luebo sur Luluabourg, y recrutent une colonne de travailleurs et arrivent après quelques semaines à Lusambo. »

L'efficacité de l'établissement du camp retranché de Lu- sambo, allait bientôt se faire sentir, au cours de la cam-

20

pag^ne arabe, si habilement menée par nos héroïques com- patriotes.

Le gouverneur général rentre à Léopoldville le 27 février; et à son retour à Matadi, il constate la complète transforma- tion de la station, sillonnée par le personnel de la com- pagnie du chemin de fer, occupé aux premiers travaux de la construction.

Il rentre à Boma le 21 mars, après une absence de huit mois et s'embarque pour l'Europe, le 5 mai 1890, avec Gambier.

Il est nommé secrétaire général du département des finances de l'Etat à Bruxelles, mais démissionne de ses fonctions de gouverneur général en 1893, et est autorisé à porter le titre de gouverneur général honoraire. Il est décoré de l'étoile de service à deux raies.

Secrétaire général de l'Institut colonial international, Janssen est choisi comme arbitre pour trancher les difR- cultés pendantes entre le Chili et les gouvernements de France, de Grande-Bretagne et de Suède.

A l'expiration de sa mission, il rentre à Bruxelles, en avril 1896.

PUBLICATIONS:

Orographie des noms géographiques du Congo. (Recueil administratif des finances, 1892, 185).

En collaboration avec vanEetvelde, Rapport au Roi-souverain. (Bul- letin officiel de TEtat indépendant du Congo. 1891, pp. 1G5, 211 et Mouvement géographique, 1891, 15).

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES:

Mouvement géographique, 1888, p. 18; 1889, p. 83. Congo illustré, 1893, p. 1.

Chapaux. Le Congo historique, etc., pp. 181, 615, 647. Jenssen Tusch. Skandinaver i Congo.

lauv. M iiai

t V > .

I^ gouverneur l''" el à son retour à .\:.. lion de la slalion. ^ IKi^'nie du rhemin de la construction.

II rentre à ii^ma t mois et s Camhier

Il es rina l'on

s, THÉOPHILE. HÉODORE. JOSEPH, AN TOI N E (BARON).

in le 27 avril si l.

e au 11' iéi:imct de lij^ne en ISOO et est admis

militaire deux ns plus tard.

le sous-lieutenantiu 0* re«,Mment de lif^ne. le 26 mai

1 est autorisé, par r royal en date du 8 octobre

a |)rendre part à lacampa'^ne du Mexique.

oint au cor|)S 1' ' :^Ie commandement du colo-

aron van (1er Sun- inme lieutenant îi la première

,)a'.n)ic des volti^jei; ^ les ordres du capitaine l.éon

.rt de Hocarmé, \\\ luitte Audenarde avec le pre-

'.r détachement de la kion pour se rendre à Mexico.

\rrivé h destination, Wliis vi la i)remière compag-nie

.•s voltigeui-s, escortant ui important convoi d'argent, sont

épéchés vers Puei)la, por renforcer W cercle d'inveslis-

ement formé |)ar le corf «lu maicchal Hazaine autour

d'Ojaca, place défendue pp Porpliirio Dia/.

Mais, à Puelda, le d kmiI l»elye ap|)renant que Diaz

a capitulé et qu'il est lait(.i isonnier, rentre à Mexico et à Rio Frio, dans la Sierra

Baron WAHIS.

Cliché (lu journal Le Congo.

WAHI5, THÉOPHILE, THÉODORE, JOSEPH, ANTOIN E (BARON).

à Menin le 27 avril 1844.

S'engag-e au 11^ régiment de ligne en 1860 et est admis à l'Ecole militaire deux ans plus tard.

Nommé sous-lieutenant au 6^ régiment de lig"ne, le 26 mai 1864, il est autorisé, par arrêté royal en date du 8 octobre 1864, à prendre part à la campagne du Mexique.

Adjoint au corps belge, sous le commandement du colo- nel baron van der Smissen, comme lieutenant à la première compagnie des voltigeurs, sous les ordres du capitaine Léon Visart de Bocarmé, Wahis quitte Audenarde avec le pre- mier détachement de la légion pour se rendre à Mexico.

Arrivé à destination, Wahis et la première compagnie des voltigeurs, escortant un important convoi d'argent, sont dépêchés vers Puebla, pour renforcer le cercle d'investis- sement formé par le corps du maréchal Bazaine autour d'Ojaca, place défendue par Porphirio Diaz.

Mais, à Puebla, le détachement belge apprenant que Diaz a capitulé et qu'il est fait prisonnier, rentre à Mexico et à Rio Frio, dans la Sierra.

28

Le lieutenant Waliis, à son retour à Mexico est attaché au colonel baron van der Smissen, comme officier d'ordon- nance et conserve cette fonction pendant toute la campag-ne.

Wahis se distingue au combat de la Loma, au New-Léon, dans le Nord du Mexique, et à Charco-Redondo, il contribue à la reprise d'un convoi important, qu'une fausse manœuvre avait livré à l'ennemi.

Wahis est cité à l'ordre du jour par le maréchal Hazaine, pour sa belle conduite, à la tête d'une colonne d'attaque, le 10 juillet 1805.

Lors de la défection du gouvernement français, vis-à-vis de l'Empire mexicain, la légion belge reprend le chemin de la patrie, ^'an der Smissen qui a pu apprécier les hautes qualités dont a fait preuve ce jeune officier, sur les champs de bataille, le désigne à l'attention du ministre de la guerre et le choisit comme aide de camp. Wahis entre à l'école de guerre en 1870 et y conquiert le brevet d'adjoint d'élat-major.

Il est nommé, le 19 juin 1890, secrétaire-général du dépar- tement de l'intérieur de l'Etat indépendant du Congo, et le J9 novembre de la même année, vice-gouverneur général.

Major adjoint d'état-major au régiment des grenadiers. Wahis s'embarque pour le Congo le 18 mars 1891, et prend la direction du gouvernement local, dès son arrivée à Boma, le 15 avril 1891.

Le principe si vrai qui affirme que protéger l'enfance c'est diminuer la criminalité, a incité la plupart des Etats à créer des établissements dans ce but. L'Etat a compris la portée hautement civilisatrice et morale de semblables institutions, et a chargé le nouveau vice-gouverneur d'orga- niser les premières colonies d'enfants indigènes.

En môme temps, Wahis réglemente le trafic des armes de guerre et crée la police administrative.

En juillet 1891, il établit le premier camp d'instruction à Kinchassa.

29

Ensuite, il entreprend un voyo^^'^e duns le Mayuinbe, puis se rend d;ms le liiiut Congo, jiis(ju'aux Falls, en passant l'inspection des stations du moyen et du haut- fleuve, lùuH que celles du Rubi et du Lomami.

Aux Falls et à Hasoko,le vice-gouverneur général s'occupe tout spécialement des mesures à prendre en vue de la campngne arabe qui se prépare.

Nommé gouverneur-général le r juillet 1892, Wabis rentre en congé en Europe, le IG octobre de la même année et assume, de janvier à mars 1898, l'intérim du secrétariat général du département des finances.

Le G avril 1893, il retourne une seconde fois en Afrique, accompagné de sa femme et de son fils aîné, et séjourne au Congo, jusqu'au 13 février 1895.

Pendant ce second terme de service, le représentant du Roi-souverain se consacre exclusivement à perfectionner les diverses institutions de l'Etat, en faisant partout mettre en œuvre les instructions du gouvernement.

De septembre à décembre 1894, il inspecte la roule des caravanes et l'importante station de Léopoldville; le 4 décem- bre, il préside à l'inauguration de la ligne Matadi-Kenge.

C'est durant le second séjour en Afrique du gouverneur Wabis, qu'un conflit éclate entre le Congo belge et fran- çais: la guerre est imminente et trois mille hommes sont immédiatement envoyés à la frontière; mais le danger est heureusement conjuré.

Au point de vue administratif nombreux sont les travaux et les réformes auxquels le gouverneur Wabis a attaché son nom.

Il y a notamment à citer: l'application du décret sur les recrutements de la F. P. et l'organisation des forces militaires; le développement des camps d'instruction et le règlement se rapportant aux colonies d'enfants; l'extension donnée aux recrutements des porteurs et des travailleurs, les améliorations apportées dans l'organisation du service des transports dans la région des chutes, le plus impor-

no- tant des services de l'Etat, aussi long-tcmps que le chemin de fer nétait pas achevé ou tout au moins qu'il n'avait pas atteint le district de Kimpesse les noml)reux travaux d'embellissement, d'assainissement et d'utilité; l'extension donnée aux cultures. En un mot, il n'est pas de service admi- nistratif auquel de notables perfectionnements n'aient été ap- portés sous la haute impulsion du gouverneur général Wahis.

Le 8 septembre 1805, Wahis se dirige une troisième fois vers le continent africain et le G mai de l'année suivante quitte la capitale de l'Etat, pour entreprendre une impor- tante inspection générale, dont il est chargé par le Roi- souverain.

Le gouverneur emploie les neuf mois que dure son absence à l'intérieur du pays, à visiter successivement les travaux du chemin de fer, le district du Pool, celui de l'Equateur, qu'il parcourt et étudie en détail, et celui de Ban- gala, la région de l'Itimbiri et la zone arabe. Cette inspec- tion le mène jusqu'à Kassongo, sur le haut Lualaba.

Le voyage se termine en février 1897, par la descente du Lualaba et du Congo. Le 11 mai 1807, Wahis débarque à Lisbonne.

L'œuvre militaire du colonel Wahis, a été appréciée en ces termes par la Belgique militaire (1807, n" 13G(3) :

« Militaire accompli, le lieutenant- colonel Wnliis, s'occupe tout d'abord de l'organisation de la force publique de l'Etat du Congo. Avant son arrivée, la force publique est surtout composée d'élé- ments recrutés à grands frais à l'étranger; son organisation est rudimentaire et son instruction négligée.

» Le colonel Wahis, persuadé de l'importance énorme qu'il y a pour l'Etat à posséder une force publique recrutée sur son ter- ritoire, bien organisée et composée de soldats bien exercés et disciplinés, se met immédiatement à l'œuvre et, sans se laisser rebuter par aucun obstacle, ne cesse, durant tout le long séjour qu'il fait au Congo, de s'occuper activement et personnellement

31

do ootto question qu'il a fort à cœur. Aussi peut-on dire que c'est à lui que l'on doit la lor(;e [)ul)lique, telle qu'cdhî existe actuelle meut.

» Alors qu'en 1891, à son arrivée au Congo, la l'orcc puhliiiiie comptait à peine dans ses rangs huit cents miliciens indigènes, elle compte actuellement plus de huit mille miliciens et quatre mille volontaires nationaux.

» Le décret sur la conscription a été mis en vigueur i)etit à petit, au fur et à mesure que l'autorité de l'Etat s'étendait, et l'organisation de ces recrutements, que le gouverneui' général a fait établir lui- même dans le bas Congo, sert de modèle dans tout l'Etat.

» Pour instruire les miliciens recrutés, le colonel Wahis fonde les camps d'instruction, les hommes de nouvelle levée doivent séjour- ner dix-huit mois avant d'être versés dans les compagnies actives de la force publique. Les règlements de ces camps sont élaborés par lui, et il ne manque aucune occasion de s'assurer, soit par lui-même, soit par des officiers délégués à cet effet, de l'observation de ses instruc- tions et des progrès accomplis dans les camps.

» L'instruction militaire des hommes de la Force publique, tant dans les camps que dans les compagnies actives, est également l'objet de toute sa sollicitude. Un tableau de service modèle est mis en vigueur dans tout l'Etat, et l'instruction du tir y acquiert une importance capitale.

» Rien de ce qui a rapport à la Force publique ne le laisse indifférent: armement, équipement, habillement, casernement, nour- riture, musique, tout l'intéresse, comme en témoignent de nom- breux ordres.

» L'éducation morale des soldats noirs et le traitement qu'il convient d'appliquer à ces hommes, pour en faire des serviteurs dévoués de l'Etat, sont également l'objet de tous ses soins; ses instructions à ce sujet, tout en révélant le soldat modèle, laissent entrevoir le père qui considère ses soldats comme étant en quelque sorte ses enfants et, autant il se montre sévère avec les insoumis et les mauvais soldats, autant il a de sollicitude pour le bien- être matériel et moral des bons.

32

>^ Nous n'en finirions pas si nous devions dire quelque peu en détail tout ce que le colonel Wahis a fait pour la Force publique du Congo. Une visite à Tervueren montrera ce que l'on peut obtenir de gens antérieurement sauvages, par une discipline et une instruction militaire bien entendues.

» L'activité du colonel Wahis s'est en outre exercée dans les ordres d'idées les plus divers, et l'on peut dire qu'il n'a rien négligé pour mettre en vigueur, le plus possible, les instructions du Gouvernement de l'Etat Indépendant du Congo. Aussi, il lui revient une très grande part dans les progrès a,ccomplis au Congo, de 1891 à 1897, et son nom restera attaché à l'histoire de notre colonie comme un modèle d'intelligence, de travail, d'énergie et de persévérance. »

Le IG avril 1900, au nioment de s'embarquer une qua- trième fois pour notre future colonie, Wahis reçoit, à bord du Philippevillc, un témoignag-e de haute sympathie de la part du prince Albert de Belgique, qui vient en personne lui adresser ses vœux pour un voyage heureux.

Wahis rentre en Belgique le 19 mai 1901 et est créé baron.

En 1905, le Roi-souverain, ayant décidé d'appliquer cer- taines mesures humanitaires nouvelles au Congo, fait de nouveau appel au dévoûment du baron Wahis.

Celui-ci repart une cinquième fois, le 4 mai 1905, en compagnie du colonel adjoint E. M. Lantonnois, vice-gou- verneur général, du major adjoint E. M. Gomins, inspecteur d'état, et du capitaine Borremans, secrétaire du gouverneur.

Accompagné de De Meulemeester, directeur ad intérim de Ja justice, de Piéi\ard, agent d'administration de deuxième classe, le baron Wahis effectue une tournée d'inspection dans le domaine de l'Abir et du Lopori et procède à un long et minutieux examen du service des transports à Buta. (Voir § 14. Lettre du Roisouvei^ain aux secrétaires généraux, 0 juin 190G).

33

Le baron Wahis rcviont on Hnl^nrHio lo 8 jiiillot 1000 ol est noiiimô aide de camp du Uoi.

En août 100(>, il a la haute direction des grandes mannnu- vres de l'armée.

Le baron Waliis est actuellement li(îut(Miant-^'"cn6ral commandant la ((uatrième circonscription militaire et la quatrième division d'armée.

Aide de camp du Roi ;

Commandeur de l'Ordre de Léopold, décore de la croix militaire de ])remiére classe, de l'ordre de la Guadeloupe (Mexique), de la médaille du mérite militaire (Mexique) et de l'expédition du Mexique (France);

Commandeur de l'Etoile africaine, décoré de l'Etoile de service à quatre raies, de l'Ordre Saint-Vladimir de qua- trième classe et de Saint-Stanislas de deuxième classe (Russie);

Commandeur de Saint-Benoit d'Aviz (Portugal), de l'Ordre de l'Epée de deuxième classe (Suède) et du Takovo de Serbie, décore de l'Aigle rouge de Prusse de deuxième classe, officier de la Légion d'Honneur.

PUBLICATIONS:

V inauguration de la première section Maladi-Kenge. Discours et une

carte. (Mouvement géographique, 1894, p. 5). Article paru dans la National Review de Londres (traduit par Y Europe

coloniale de Paris). The World, 21 novembre 1906; The Sphère. 21 octobre 190(3.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES:

Belgique militaire, 1897, n" 1366.

Mouvement antiesclavaçiste, 1897, pp. 131 et 173, 1900, p. 185,

Congo illustré, 1895, p. 129.

Jexssen Tusch- Skandinaver i Congo, 1902-1905.

VICE-GOUVERNEURS GÉNÉRAUX.

COQUILHAT, CAMILLE. AIMÉ,

à Liège, le 15 octobre 1853, décédé à Borna, le 24 mars 1891.

Etant au collège Dupuich à Bruxelles, pendant la guerre franco-prussienne, il s'engage les premiers jours de jan- vier 1871, à l'insu de ses maîtres, au régiment des voltigeurs du nord et est dirigé à Bapaume qu'il atteint après force marches et contre marches. Quelques jours plus tard, il assiste aux batailles de Vermand et de Saint-Quentin. Prisonnier des Prussiens, il parvient à s'échapper, fait trente lieues à pieds nus, déguisé en chiffonnier, sans pain et sans argent, et revient à Lille. Il se dispose à se faire rééquiper lorsque, sur le conseil de son père, il résilie son enga- gement et retourne à Mons, il est fêté comme un héros.

Quelques mois après cette équipée, il entre à l'école mili- taire. Lieutennnt-adjoint d'état-mnjor au 2<^ régiment de ligne, Coquilhat épris de la grandeur de l'initiative royale, se met au service du comité d'études du haut Congo, en juin 1882, pour rejoindre l'expôditiuri Stanley.

COQUILHAT, CAMILLE.

(y»

Cliché de rouvragc de M. Chapaux, Le Congo historique, diplomatique, etc.

OD

Accompagné du lieutenant Avacrt, du sous-lieutenant Parfo Nry et de l'agent comptable I^runl'aut, il quitte Anvers le 15 août 1S82 et s'embarque pour l'ATrique, le 19 août, à Liverpool, à bord du Benguela, steamer de la I>ritisli and African navigation Company.

A Libreville il apprend que Stanley a quitter le Congo pour cause de maladie, en juillet, et qu'il est retourné en Europe.

Le jeune officier belge arrive à Banana, le 23 septem- bre et se dirige, trois jours après, à bord de la Belgique, vers Vivi, premier poste du comité d'études.

A Boma, il rencontre Delcommune, gérant de la facto- rerie belge de la maison Gilis. La Belgique quitte Boma, le 27 septembre et s'amarre au pied de Vivi vers trois heures. Les voyageurs organisent la caravane et, le 80 septembre, celle-ci s'engage, suivie de soixante porteurs, sur la route d'Issanghila pour atteindre Léopoldville.

Coquilhat, Avaert, W. Van de Velde et Amelot prennent place, le 11 octobre, à bord du Royal, à Issanghila, et arrivent le 15 octobre à Manyanga, ils sont reçus par le chef de la station, le lieutenant Nilis.

Coquilhat abandonne à Manyanga ses compagnons ter- rassés par la fièvre, et part en tôle de la caravane. En cours de route, il rencontre Braconnier, qui se dirige vers la côte.

Averti par un courrier de Van Gelé que celui-ci se trouve à une heure et quart du camp de Loutete, il y rejoint son compatriote, qui est entouré de deux autres officiers belges. Valcke et Orban et de Callewaert, comptable anver- sois. Coquilhat, assiste à la signature du traité, par lequel Loutete et Makito, se mettent sous le protectorat des Belges.

Il abandonne le camp de Loutete, avec Valcke, le 24 octo- bre, pour Léopoldville et y est reçu le G novembre, par le chef intérimaire, le sous-lieutenant Grang, tandis que Valcke se rend à Msuata, en pirogue, pour s'y procurer les embar-

I

3G

cations nécessaires nu transport, en cet endroit, de son escorte restée à Léopoldville. Coquilhat se charg-e de con- duire la caravane de Valcke à Msuata et quitte Léopold- ville le 5 décembre, à la tête d'un contingent de 52 hom- mes, répartis en cinq canots.

Après une navigation des plus périlleuses, il s'arrête à MFoua (Brazzaville), dépasse l'île de Bamou, le camp des Abeilles "Kampi a Niouki^^, est comblé d'honneurs à MBoua, ])ar le chef indigène, s'arrête aux îles Pourourou et Doualla et atteint Msuata le 13 décembre (poste situé à une ving- taine de kilomètres en aval du confluent du Kasaï Ibari NKoutou et du Kwango). Boulanger y remplace provisoi- rement, comme chef de la station, le lieutenant Janssen, actuellement à Bolobo. Coquilhat s'embarque le 16 décembre, à bord de la baleinière JS Eclair eur ramenée de Bolobo par Janssen et longe la rive droite. Le rapide de N'Ga-Ntchou ne peut être doublé qu'en faisant hâler le bâtiment.

Les voyageurs s'arrêtent peu de temps à Boukele, dans le pays des Bayanzi, dépassent la bouche de la Lawson ou Lefini, rivière venant du nord-ouest, et le village de Tchoumbiri, pour débarquer le 22, à Bolobo. Mais, Coquil- hat est frappé d'un violent accès de fièvre, et Hanssens et Orban lui prodiguent les soins les plus dévoués. A ce moment les Belges reçoivent la visite d'Ibaka, roi de Bolobo.

Le 27 décembre Hanssens et Coquilhat à bord de VEclai- reuj' reconduisent Ibaka à son village de campagne, à deux lieues plus bas que le poste et campent près de Tchoumbiri; ils parviennent à obtenir de Makuentcho la cession des droits nécessaires au protectorat politique exclusif du district de Mokele. Ce territoire tient l'un des côtés de l'accès que ribari N'Koutou peut offrir aux expéditions venant du haut Kwango. Msuata est atteint en trois heures, le chef de la rive gauche de Tlbari N'Koutou, traite avec les Belges.

De retour à Léopoldville, le 4 janvier, Hanssens et Coquilhat préparent leur prochain voyage vers l'Equateur, lorsqu'ils

37

sont soudaineiiKMil inroriiios, par un coiiri'icîr extiaorcJi- iKwre, ({UG Stanley, à Ja tête d'un nombreux personnel blanc et d'un renfort de 2:.0 Zanzibarites, s'avance à marches r:ij)ides vers Manyanga et ((u'il appelle Hanssens pour le (•liai';L^er d'une mission secrète (:J février 1<S8:3).

Hraconnier suit le message à cin([ jours d'intervalle, avec des instructions précises. Sauf pour les besoins du ravi- taillement de Msuata et de Bolobo, défense est faite d'entre- prendre aucun voyag"e avant l'arrivée du chef de l'expédition.

Nommé adjoint de Bi'aconnier, qui occupe les fonctions de commandant du poste de Léopoldville, Coquilhat est préposé au service des vivres des blancs et remplace tem- porairement comme gérant des magasins, Caliewaert actuel- lement à Kimpoko (13 février 1883).

Coquilhat est présenté le 21 mars au grand explorateur; le 23, une sédition ayant éclaté à Kimpoko, Braconnier et Stanley vont successivement tâcher d'apaiser la révolte. Coquilhat recueille la succession de Caliewaert à Kimpoko il ne reste d'ailleurs que quarante-deux jours pendant lesquels il se con- sacre avec ses vingt- cinq Zanzibarites à l'amélioration de la station. Le 9 mai, Stanley le choisit comme adjoint dans sa nouvelle exploration du haut fleuve (30 mai). L'expé- dition comprend se])t Européens et soixante-treize noirs; la flottille compte trois canots à vapeur: VEn avant, ÏA.I.A. et le Rotjal auxquels s'est joint ÏBclaireu7\

Le 17, dans la matinée, Stanley touche à Bolobo, station qu'il trouve complètement bouleversée, par la guerre civile qui vient d'éclater entre Ibaka et les chefs inférieurs, ses voisins.

Stanley ramène la paix et modifie la composition de la garnison, qui s'est montrée si indisciplinée sous Boulanger et Brunfaut.

L'expédition quitte Bolobo, le 28 mai, longe la rive gauche, campe à N'Gendi et atteint le district de Lokolela, les indigènes, eff'rayés à la vue des steamers, s'en-

\

38

fuient et refusent des vivres. La faim ne tarde pas à se faire durement sentir dès le 1'" juin. La situation devient même inquiétante, lorsque Van Gelé a recours à un strata- gème qui réussit pleinement. Monté à bord du Royal, il fait a^iiter des pièces d'étoffe aux tons les plus écartâtes. Aussitôt, les natifs hésitent, se laissent séduire par les flamboyants foulards et livrent des bananes.

Etapes: Lokolela. district de N'Gombi, Oussindi, Bou- tounou, district de l'irebou.

Le 5 juin, les canots s'engagent dans un affluent, la Mantoumba, qui vient du lac du même nom.

Averti par les indigènes de sa méprise, Stanley redes- cend dans l'irebou.

Le 8 juin, les villages réapparaissent: Ikengo, Inganda, Madzia. Stanley négocie une alliance et une concession à Inganda, et donne l'ordre à Van Gelé et Goquilhat d'y créer un établissement.

Le sort désigne Van Gelé comme commandant de la future station de l'Equateur.

Le 13 juin, Stanley, à bord de VEn Avant^ se m.et à la recherche de l'Ikelemmba, qu'il a entrevu en 1877. Cet affluent est découvert, à douze kilomètres au-dessus d'In- ganda. Son nom est Mohindou ou Rouki. L'Ikelemmba n'est qu'une petite rivière débouchant fort près en amont.

Stanley, ayant trouvé un emplacement plus favorable pour la station, qu'il s'est proposé de faire élever, trans- porte nuitamment les installations d'Inganda à Wangata.

L'endroit choisi est à 0'' 2 latitude nord et par environ 18^ 5 de longitude est de Greenwich. L'ancrage est à l'extré- mité méridionale de Wangata, qui est lui-même situé au milieu d'une baie très ouverte, terminée à sept cents mètres vers le sud par une pointe rocheuse et limitée à deux kilomètres au nord par un cap moins proéminent.

Contre le village et à son midi s'étend une petite plaine, couverte de hautes herbes, et de monticules créés par

:v,)

les lei'initos, cl (jui se (lévelopi)e sur deux cents mètres, le J()n<^' (lu lleuve avec une profondeur de trente à soixante mètres. Ce ])out de terrain herbu représente la concession.

Stanley retourne à Lèopoldville, le 20 juin et, pendant son absence, Van Gele et Coquilbat se mettent courag-eu- senicnt à l'œuvre pour édifier la station, se trouvant aux prises avec toutes les dillicultés que leur suscitent les farouches tribus du district. Ils ont à apaiser de nom- breux conllits entre les Zanzibarites et les Wangata et notamment à s'imposer dans une lutte terrible entre les ^ens d'Ikenge, maîtres du village, et les chefs de Makouli.

Le 29 septembre, le chef de l'expédition débarque à la station.

Dans son livre: Cinq années aie Congo, Stanley écrit ces lignes:

« Le spectacle qu'offrait cette station était un vivant exemple de ce que peut l'activité humaine quand elle est secondée par la bonne volonté. A l'époque, nous l'avions quittée, c'était un amas informe de jungles dont il semblait impossible de tirer un parti quelconque. Maintenant nous apercevions à la place des jungles un vaste hôtel construit si solidement que ni la pluie, ni les balles, ni les voleurs n'eussent été capables d'y pénétrer. A l'intérieur l'ornementation des salles trahissait tant de goût qu'on eut dit l'œuvre d'une femme. Après avoir bâti la maison, les deux jeunes lieutenants qui commandaient la station avaient confectionné des châssis de fenêtre, des tables, des chaises et tapissé le parquet de nattes; puis, n'ayant pas de quoi peindre les mobiliers et les murs, ils avaient tendu le toit de serge bleue et rouge, et de toile blanche, ce qui donnait à l'ensemble fini et gaieté. Sur un mon- ticule, ils avaient établi un petit casino ou observatoire, ils pouvaient se livrer à la méditation ou contempler le fruit de leurs labeurs. C'est dans ce refuge qu'ils avaient rédigé le code de lois morales qui devaient présider au gouvernement de la station et à la civilisation des sauvages Bakoutis ; c'est aussi qu'ils se

10

réunissaient le dimanclie ou l(\s jours de pluie, pour discuter comme un véiitnhle petit coiii^cil de travaux publics, les améliora- tions à apporter à la p'etite vilK;. Gagnés par la contagion de l'exemple, nos employés noii's axaient révélé des talents et des qualités ignorés jusqu'alors. Chacun d'eux s'était construit une hutte au milieu d'un jardin les tiges de maïs atteignaient déjà une hauteur de près de deux mètres, la canne à sucre abondait, les plants de patates, de citrouilles, les coîicombres exibaient une prodigieuse vitalité. Les lieutenants Van Gelé et Coquilhat, avaient de plus créé un potager spécial pour la culture des légumes européens: oignons, carottes, fèves, pois, choux, etc.

» il y avait, enfin, un parc à chèvres, un poulailler, une grande cuisine ; rien ne manquait.

» Voilà enfin sur le Congo, une station qui répond à mon idéal, une communauté de soldats-ouvriers la discijiline est parfaite, les efi'orts sont réciproques, les chefs doués de sang-froid, de zèle et de prudence, savent mettre assez de bonhomie dans leur manière d'être pour se concilier les aborigènes et les employés noirs et assez de dignité pour empêcher toute familiarité vulgaire, tout oubli de ces distinctions sociales qui existent forcément, entre des gens intelligents et instruits et des barbares (').

Et dans le même ouvrage il ajoute:

» Si jamais l'A. I. frappe des médailles pour récompenser le travail et l'application qu'elle donne la première aux lieutenants Van Gcle et Coquilhat, fondateurs de la station de l'Equateur.

Stanley redescend, à Lokolela, le l"" octobre, pour repa- raître huit jours plus lard, avec Roger et toute sa flottille et se diriger ensuite vers le fleuve.

Le 30 octobre, les deux lieutenants belges assistent, avec horreur, à l'épouvantable spectacle d'une des cérémonies sanglantes qui marquent les funérailles du chef SoKa- Toungi. Peu de temps après, ayant subir de multiples

(1) La station Equateur s'appellera plus tard Coquilhatville.

- 41

v(\\alions de, la pari (rik(Mi^(\ ils sont foici's (h; (l('-r('ii(iro la station les armes à la iiiaiii. lkenf^''e est tué au cours d'un de ces combats.

Le 150 décembre, Slanley rentre à la station. Terrifié des tendances si peu loyales des Ban^alas, il inlerrog-e Coquilliat, quant à l'établissement du nouveau poste entre Loulan^'-a et Bangala. Le jeune officier se déclare prêt à installer sa station sur n'importe quel territoire même le moins lios[)i- talier et assure son chef de son entier dévoùment à l'œuvre royale.

Stanley, sans faire connaître sa détermination, emmène avec lui son courageux adjoint, le l' janvier 1884 ; le len- demain, après vingt-quatre heures de navigation la flottille tient les chenaux du centre des îles pour laisser Loulanga, au loin à droite; ce n'est qu'à ce moment que Goquilhat se doute enfin de la résolution que son chef lui a celée jusqu'ici : Stanley marche droit chez les féroces Bangalas.

Le 5, les voyageurs se trouvent devant la rive droite du Congo, en face des villages inférieurs des Bangalas, et abordent dans une île, à hauteur de la résidence du roi Mata-Buiké, dans le district d'iboko. Ils sont invités par Imbembe, neveu de Mata-Buiké, à descendre chez le roi.

Stanley exige la restitution d'objets volés lors de son premier séjour en octobre 1883 par les gens de Mata-Buiké, et devant le refus qui lui est opposé par les coupables, fait enchaîner ceux-ci par vingt Zanzibarites. Cette manœu- vre maladroite compromet l'octroi d'une concession de ter- rain à Iboko. Au cours de la dernière palabre, les Bangalas réclament un prix excessif pour l'emplacement destiné à la création du poste.

Boula-Matari (Stanley) fait rembarquer les caisses, et la flottille s'éloigne vers l'aval, s'arrétant deux heures à Lou- langa où les habitants ne montrent pas plus d'empressement à recevoir les voyageurs. Ceux-ci rentrent à la station le 11 janvier.

42

Stanley, dciru de son échec chez les Pjangalas, retourne à la côte et confie à Hanssens le soin de poursuivre son œuvre sur le haut lleuve.

Le 27 avril, Hanssens, qui vient de débarquer à Equateur, se propose de renouveler immédiatement la tentative avortée de Stanley et se hâte de remonter le fleuve avec Coquilhat.

Il traite avec les chefs de Loulanga, mais entre Loulan'^'-a et Bolombo le Royal qui porte les deux voyageurs belges seg-are et n'échappe que par miracle à un naufrage.

Le 4 mai, Hanssens et Coquilhat se trouvent chez Mata- Buiké. Après avoir fait l'échange du sang et avoir accepté de nombreux présents, le chef se décide enfin à céder aux blancs le terrain qu'il avait offert, puis repris à Stanley. Malgré les manœuvres des marchands d'Irebou, en séjour à Iboko et qui redoutent la concurrence, le traité est officiellement signé le 7 mai. Mais, de nouvelles difficul- tés s'élèvent quant au prix à fixer pour les cases à racheter.

A bout de patience, Nsassi (Hanssens) est forcé de simuler un départ chez Mobeka, ennemi juré de la tribu d'Iboko, l)Our hâter la solution de la question.

Le terrain concédé est enfin délimité; situé dans le vil- lage de Mankanza, capitale du district, et entouré à cinq et dix mètres par les cases de villages indigènes, il mesure à peine cent et trente pas à front de l'eau, sur cinquante- cinq de profondeur.

Coquilhat reçoit l'ordre d'y installer une station ; en plein centre anthropophage, il n'est protégé que par une ^arde de trente sept hommes.

Au prix de difficultés inouïes, Coquilhat parvient à édi- fier le poste du comité d'études et à maintenir des rapports pacifiques avec la sanguinaire tribu des Bangalas.

Grâce à son tact et à son habileté, il réussit même à intéresser à ses travaux les indigènes, qui deviendront pour lui des aides précieux.

Souvent des conflits menacent de détruire cette œuvre,

43

laite loiite tlo piiticMicc cl ('(xiuilliat so voit plusieurs l'ois à deux doi'^'-ts de sa \)cvlc. Mais, la [)rovidence semble veiller sur lui et déjouer au dernier moment les plus noirs desseins de ses ennemis.

Le 19 juillet, à un d(^, ces moments les rapports entre le blanc et les indig-ènes semblent devoir se rompre tragi- quement, Hanssens vient miraculeusement sauver d'une mort certaine son malheureux adjoint.

Hanssens renforce la g-arnison de ([uelques unités et quitte l>ang"ala. Quelque temps plus tard un nouveau dan- ger menace le courageux chef du poste.

Goquilliat vient de terminer la construction de son habitation et d'ouvrir un comptoir d'échange. L'exposition des marchandises a le don d'exciter la convoitise de l'in- digène qui se prépare à piller l'établissement.

La situation du blanc redevient périlleuse. Goquilliat a le sang-froid de recourir à un expédient d'où dépendra son salut. Il fait hisser le drapeau, réputé chargé de vertus magiques et qui annonce d'habitude l'arrivée d'un bateau. Les natifs, redoutant la flottille, renoncent à l'assaut de la station. Leur crainte n'était pourtant pas chimérique, car en même temps s'amarrait chez eux le Peace de la Baptist mission, ayant à son bord les R. P. Comber et Grenfell.

Goquilhat traite avec Nyamalembe, chef supérieur de Mabali et xMata Moupinza, chef de MPoumbou, village d'Iboko à une demi-lieue en amont; mais au mois de sep- tembre, un nouvel incident vient rallumer la guerre avec Mata-Buiké. La situation de Gocquilhat parait même déses- pérée, lorsqu'une seconde fois le Royal, remorquant une grande pirogue chargée de haoussa, vient juste à temps pour détourner le terrible chef indigène de ses crimi- nels projets.

Goquilhat profite de sa victoire et de son prestige nouveau, pour agrandir sa station de qeulques notables parcelles et réprime une agression du chef N'Gombe (30 septembre).

Le 2 novembre, il entreprend avec Buiké, fils du roi,

- 41

l'exploration du lac N'Gliii'i, atteint la Monokoya liobouka (bouche du Hobouka), sur la rive gauche du Con^o peu près en face de Bolarnbo), s'engage dans cette rivière minuscule pour atteindre successivement Bobouka, la rési- dence de Walebouka et celle de Mobeië.

Un parcours de six cents mètres, dans le district d'ibenza, conduit les voyageurs au lac ou plutôt à l'étang d'Ibanda, qui s'étend à l'ouest en forme de cercle un peu aplati d'environ quatre kilomètres de diamètre.

Goquilliat circumnavigue la nappe d'eau et au nord de son entrée découvre un petit débouché large de trois mètres, c'est le marigot qui mène à Kkinga. Les canots n'y peuvent pénétrer à plus de cent mètres. A l'est de ce ruisseau habite la tribu léroce de M'Bounji. Coquilhat renonce à sa tentative et rentre à Bangala.

La reconnaissance a révélé la conformation particulière de la longue pointe comprise entre le Congo et l'Ubangi et coupée d'innombrables petits cours d'eau : M'Binga, Inioië et M'Dolo.

Le rôle du marigot de Bobouka paraît être celui de déversoir du trop plein des réservoirs de Nkinga et d'Ibanda pendant les périodes de crue.

Ces étangs épanchent aussi leurs eaux dans le N'Ghiri et rubangi et sont le centre de l'extraction du fer travaillé dans la contrée.

Profitant de la présence du Peace b Bangala Coquilhat, reconnaît les districts d'amont et visite Mobeka, située sur la rive gauche de la Mongala, ainsi que l'île de N'Soumba, habitée par les Maroundja.

N'Soumba pousse sa pointe supérieure jusqu'à plusieurs kilomètres au-delà de l'embouchure de la Mongala, elle se termine vers le sud-ouest, un peu au-dessus de la station d'iboko. En suivant le courant, Coquilhat atteint Moutembo, il est accueilli par Mata-Moutatou.

Coquilhat, après s'être assuré le concours des Bangalas

45

dans la confoction du loil, do sa maison, avoir successivo- nicnt oniia^'é ceux-ci à la semaine, puis au mois, se les ôtrc attachés dans ses escortes, a j)répai'é insensiblement la formation d'une jeune ^'ardc indi^^'-ène qui constituera le noyau de la F. P. de l'Etat.

Le li juillet 1880, date mémorable il parvient à déci- der neuf des jeunes gardes à accompagner Deane aux Falls.

Le 7 août, Van Kercklioven, à bord de VEn avant et ayant avec lui quinze Zanzibarites, un petit canon et un réapprovisionnement pour plusieurs mois, vient relever Coquilliat de ses lourdes et périlleuses fonctions.

Le surlendemain, le fondateur de Bangala lait ses adieux à Mata-Buiké et atteint, le 15 août, Bolobo, qu'il trouve complètement transformé. Dans son ouvrage Sur le haut Congo (p. 370), paru en 1888, il rend un éclatant hommage au lieutenant Liebrechts, qui a fait de Bolobo un établis- sement modèle.

Goquilhat apprend le 17 août, à Kwamouth, que le roi l'a créé chevalier de son ordre, en raison des services qu'il a rendus en Afrique et s'embarque à Banana le 17 septembre, à bord du Portugal, qui l'emporte vers l'Europe ; le 21 octobre il aborde à Anvers.

Après quelques mois de séjour en Belgique, Goquilhat retourne au Congo, le 23 mars 1886, avec le sous- lieute- nant Dhanis, comme adjoint. 11 se disposa à quitter Matadi. le 30 avril 188G, quand un courrier de l'administrateur général Janssen l'investit de la direction supérieure des Falls, concurremment avec le commandement de Bangala.

Un contingent de trois cent cinquante cafres, destinés aux garnisons du haut fleuve étant arrivé à Matadi, Goquilhat reçoit l'ordre d'installer la troupe dans un camp provisoire et de donner un commencement d'instruction militaire à cent soixante d'entre eux. L'arrivée de cent vingt fusils Snyder de Vivi est le signai de la débandade des recrues. Le 20 mai, dix-sept cafres ont disparu.

40

Déchargé de sa mission aux Falls, Coquilhat se rend à Hang-ala le 3 août, avec le lieutenant Dubois, désigné comme adjoint de Deane.

Dans la nuit du G au 7 septembre, il apprend par Mo- hamed Tennée, caporal haoussa, l'attaque de la station des Faits et le péril des blancs, qui s'y sont main- tenus. Coquilhat n'hésite pas à se porter immédiatement à leur secours et s'embarque le 11, à bord de 1'^. /. A., remorquant ÏEclaireur, avec neuf des haoussas déserteurs, trois bangalas, trois zanzibarites et dix-sept de ses haoussas.

Il franchit l'embouchure de la Mongala et Ikounougou, s'engage dans le long et étroit canal, qui longe la rive septentrionale jusqu'à Mpesa et est attaqué à Upoto. Passe à NDobo, Ibounda, Boumba, Yambinga, et perd trois lieures dans ritimbiri.

Evitant le bras de Monongeri, l'A. 1. A. rase un instant la rive méridionale, puis, débouche le 22 septembre devant les villages des Basokos, à l'entrée de l'Aruwimi.

Traversant le fleuve vers la rive gauche, il double le confluent du Lomami et découvre Yaporo, le poste des Arabes, des pirogues dressées sur le sol forment des abris de tirailleurs. Continuant sa route sous un feu nourri de projectiles, il longe les hauteurs de Tougarambousa et bivouaque sur la rive gauche, en face du district de Yaroutou.

Coquilhat est reçu avec enthousiasme par les natifs de Yariembi. Campe à quatre heures en aval du Loukebou, dans le canal nord, formé par la grande île de Kioba (Bou- sanga). Dépasse le Loukebou, le lendemain. La navigation devient difficile, des récifs renflent de-ci de-là le niveau de l'eau. L'A. /. A. s'échoue deux fois sur un banc rocheux. Divers indices annoncent que la station est aux mains des Arabes. Six cents mètres restent à franchir pour aborder à l'île conquise par l'ennemi. Le sondeur avertit l'équipage qu'à deux mètres en avant il n'y a plus que deux pieds et demi

d'eau ot IM . /. .4. on cnllo ti-ois. Lo haloau no peut f)Iiis avancer, d'ailleurs les Arabes ont une écrasante supériorité de l)Osition et de nombre, la retraite s'impose, un fou roulant est dirige sur l'A. 7. A. Dans la manœuvre du demi-tour, le navire touche un récif. Coquilhat parvient, à ^n^ande peine, les armes à la main, à décider ses hommes à dégag^er le bateau. Pendant que ceux-ci s'exécutent sous la menace, C.oquilliat, le mécanicien Werncr ot trois tireurs d'élite entretiennent le feu.

L'A. 1. A. se dirig-e au plus vite chez les Bakoumous et s'eng-ag-e dans le Loukebou à la recherche de Deane. Coquilhat, après trois jours de courses infructueuses, trouve l'infortuné chef des Falls, à six cents mètres de Yariembi dans le plus pitoyable état. Guidé par Samba, ancien esclave racheté par Stanley à Léopoldville, Deane était par- venu à échapper aux balles des Arabes. Il g-ît au haut d'une falaise, dans un hangar, étendu sur le sol dur, le corps affreusement maigre et simplement enveloppé de couvertures en lambeaux. Coquilhat ramène son compa- g-non à bord de l'A. LA. et franchit en huit jours la distance des Falls à Bangala, non sans avoir essuyé une vive fusillade à Yaporo.

A Bangala, Van Gelé, Liénart et le baron de Stein lui remettent des instructions, le chargeant à nouveau de la direction supérieure des Falls, dont ils ignorent la destruc- tion.

Atteint de dysenterie, Coquilhat remet le commandement intérimaire de la station au lieutenant Baert ; son état de santé empirant, il est transporté d'urgence à Léopoldville, il reçoit les soins du docteur Mense (15 octobre).

Un mois plus tard, le IG novembre, il reprend le chemin d'Europe.

Rentré à Bruxelles le 18 décembre, il remplit les fonc- tions de secrétaire de l'intérieur de l'Etat et f\iit paraître son ouvrage: Sur le liant Congo (1888).

48

Le 28 mars 1890, Goquilhat s'embarque une troisième fois pour Je Gong^o, à bord du Lualaba avec le haut grade d'inspec- teur d'Etat. Quelque temps après son arrivée à Boma, il est nommé vice-gouverneur général et organise l'expédition Van Kerckhoven au Nil.

Le vice-gouverneur général Goquilhat meurt à Boma, le 24 mars 1891, des suites d'une attaque de dysenterie.

Il était capitaine commandant, adjoint d'Etat-major, détaché provisoirement auprès du lieutenant adjudant général, chef de la maison militaire du Roi, chevalier de l'Ordre de Léopold, décoré de TEtoile de service.

Un monument lui a été élevé au parc dit de la pépinière d'Anvers.

PUBLICATIONS

Chez les Bangalas, sur le liaut Congo. (Revue de Belgique, I88G).

Capitaine Hanssens en Afrique. (Bulletin de la Société royale belge de géographie, Bruxelles, 1880, n" 1, p, 5).

Le Congo et la tribu des Bangalas. (Bulletin de la Société royale belge de géographie, 1885, n" 0, pp. 625, 647).

Le Uaut Congo. (Bulletin de la Société royale de géographie d"Anvers, 1885, T. X, p 231. Anvers 1885-1886.) (Conférence faite le 16 no- vembre 1885, à la Société royale de géographie d'Anvers).

Sur le Haut Congo. 1 vol. in-8", 535 p., gravures et cartes. (Office de publicité et Lebègue, 1888).

Des crues du Congo à Bangala. (Mouvement géographique, 1886, p. 14).

Des pluies à Bangala. Température et chute des pluies. (Mouvement géographi(jue 1886, p. 14).

Population du district de Bangala. (Annexe n" 3 ù l'ouvrage: sur le Haut-Congo, p. 505).

I^es rites funéraires et le cannibalisme au Congo. (BoUetino délia Sezione liorentina délia Soc. Africana d'italia, 1839, n" 4).

The Bangala, avec 1 carte. (Journal Manchester géographical Society 1888, 111, n" 7, 12, p. 239).

49

Mesures politiques et militaires prises et à prendre pour amener la

répression et la traite des esclaves dans les territoires de VEtat. (Kai)i)()rt au Koi-.souvcrain. (Hullctiii ollicicl, I8Sî)-181K), n" 11, p. 39).

Ripport sur V évacuation de la station de Stanley-Falls, (Mouvement

géographique, 188(), p. 107).

Le haut Congo. (1-lulletin de la société royale belge de géographie, 1885-

1880, t. X, 4<' fasc. pp. 231, 248. Cartes: Le Congo dans le pays des Bangalas au 400.000^ (Mouvement géographique, 1885).

I*ays des Pas N'Gala. (Sur le haut Congo).

ÎShetch map to illustrate Captain Coquilhat's paper on the I^angala.

(Journal of the Manehester géographical Society, 1887, p. 238).

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES:

De Martrin Donos. Les Belges dans V Afrique centrale, t. II.

Chapaux. Le Congo historique, etc.

Mouvem,ent géographique, 1885, p. 37.

Sur le haut Congo, 1888, par lui-même.

Belgique militaire, 1891, I, p. 404.

it

COSTERMANS. =AUL. marie. ADOLPHE.

à Bruxelles le 2 arril iS :. icoeJé à 1.:.;: ;. le 9 mars 1905.

Sous-lieuteDant d'artillerie.

EDlre aa service de l'Etat, le 3 octobre 1890^ en qualité de lieutenant de la Force Publique.

Après un court séjour à Zobe, il est nommé commissaire de district à LéopoldviUe, depuis il a conquis tous ses grades.

Rentré en Europe le 16 mai iS92, il repart six mois après, le 6 décembre 1892, et retourne à Léopoldrille com- mander le district du Stanley-Pool.

Effectue la reconnaissance de la partie du district entre Eimpoko et Muene-Kindi, dans le Kwango oriental.

- Cest à Costermans que Léopold^ille. ce centre si impor- ->■ tant, doit de s'être accru et développé avec une rapidité » qui a déconcerté tout le monde, et tandis qu'il édifie des -> constructions de toutes sortes, il lui faut ravitailler con- » stamment en vivres, armes, cartoncbes et matériel varié » les trois expéditions Dhanis sur le hant Liialaba. Baert

COSTERMANS, PAUL.

Cliché (le la Belgique coloniale.

1

•^ sur le haut Uele, oL Georg'(3s Le Marinel sur le haut ri Ubangi, sans comi)ler les missions des Jésuites et des r> Trappistes, que l'KLat s'est engag-é à pourvoir de tout le -^ nécessaire; construire deux steamers nouveaux: la Ville 1 de Bruges et la Délivrance et reconstruire un ancien n bateau : la Ville de Bruxelles, recruter le nombre de "> porteurs suffisant pour assurer le transport sur la route -^ des caravanes, ce qui n'est pas peu de chose, étant donné -^ que l'Etat seul a besoin de 2500 à 3000 porteurs par mois, •^ qu'il doit se procurer sans préjudice de ceux qu'utilisent, •^ dans la région de cataractes, la S. A. B., la Société du ri chemin de fer et les missions, faire la police du district, r> faire entretenir les routes par les indig-ènes. »

Revenu malade en Belgique, le 24 juin 1894, il regagne le Pool le G septembre de l'année suivante, et y reprend son commandement. Il est promu au grade de commis- saire général du district de Stanley-Pool, le i^ juin 1897. Explore le pays Wamtumu, depuis Bekula sur le Kasaï jusqu'au Stanley-Pool.

Cette région parcourue par Ponthier et Buttner était encore peu connue.

Parti de Bokula sur le Kasaï, il descend la rive gauche jusqu'à Emio, puis suivant une direction N. E. S. 0. jusqu'à Bankana, il marche de vers l'ouest et Kimpoko.

Il traverse ainsi le plateau formant la ligne de partage des eaux du Congo, du Kasaï et du Kwango, plateau peuplé par les Wamfumu. Ceux-ci occupent de grands villages : Tua (?) compte 1000 cases, et Baku (?) environ 7000 âmes. Cette population est anthropophage.

Rentré en Belgique à l'issue de son terme de service, le 25 août 1898, il repart bientôt pour le Pool et le l*" mars 1899 est nommé inspecteur d'Etat.

Ayant terminé son congé qui suit son quatrième séjour au Congo, Costermans quitte Anvers en qualité de com- missaire du gouvernement et est chargé d'une exploration

52

au lac Kivu. La mission part de Naples, en janvier 1902, vers la côte orientale, de Cliinde elle remonte le Zambèze et se rend au territoire de la Ruzizi-Kivu.

Gostermans revient en Europe en septembre 1903 et le 5 janvier 1901, il s'embarque avec le titre de vice-gouverneur général pour remplacer M. Fuchs dans ses hautes fonctions.

Il meurt inopinément à Banana, le 9 mars 1905.

Capitaine commandant d'artillerie de forteresse à Anvers, chevalier de l'Ordre de Léopold, ofïicier de l'Ordre royal du Lion, chevalier de l'Etoile africaine et décoré de l'Etoile de service à quatre raies.

PUBLICATIONS:

Le district du Stanley-Pool. (Bulletin de la Société d'Etudes coloniales,

1885, no 1, pp. 24. 76). Notice sur la tribu des Ba-Nfumus. (Missions belges de la Compag;nie

de Jésus, 1899, p. 58).

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES:

Mouvement géographique, 1897, p. Q2. Belgique militaire, 24 janvier 1904.

DHÂNIS, Francis.

Cliché de l'ouvrage de M. Chapaux, Le Congo historique, diplomatique.

DHANIS, FRANCIS, ERNEST. JOSEPH, MARIE. (BARON)

à Londres, le 11 mars 18G2, d'un père belge et de souche anversoise. Fait ses premières études en Ecosse et les achève à Saint-Nicolas (Pays de Waes). Il s'engage au régiment du génie en septembre 1880. Entre à l'école militaire en 1882, est nommé sous-lieutenant au 8'"^ de ligne en 1884.

Quelques mois plus tard, il prend part à la cinquième ex- pédition de l'Association internationale africaine, qui quitte Bruxelles le 19 octobre 1884, et se dirige vers Zanzi- bar, sous le commandement de Becker. Par suite des famines régnant à ce moment dans l'Afrique orientale et pour des raisons politiques, la convention de Berlin de 1885 rendant sans objet une expédition sur la côte orien- tale, — les officiers belges sont rappelés de Zanzibar et rentrent en Europe, le 24 mai 1885.

Dhanis est attaché à l'administration centrale de l'Etat du Congo.

L'année suivante, il reprend le service actif et, en mars 1886, part pour le Congo avec Coquilhat et lui est adjoint à Bangala. Il est à cette station lors de la prise des Stanley- Falls par les Arabes en 1886, et se trouve ainsi au poste d'avant-garde de l'Etat.

54

Il explore la Mongalla avec Van Kerckhoven et va, à deux reprises, avec lui à Upoto négocier la libération de nombreux fugitifs des Stanley-Falls, retenus en captivité par les indigènes; il accompagne aussi Van Kerckhoven, en 1888, dans une pointe hardie pour reconnaître les posi- tions occupées par les Arabes. Au retour de cette dernière expédition, les voyageurs apprennent, en arrivant à Ban- gala, que l'expédition Stanley, à la recherche d'Emin Pacha, est partie vers l'amont depuis deux jours. Tippo-Tip fait partie de l'escorte de Stanley et s'installera aux Falls en qualité de vali ou gouverneur au service de l'Etat.

Dhanis accompagne ensuite Van Gèle et Van Kerckhoven dans la reconnaissance faite dans l'Itimbiri, en vue de pousser vers l'Uele, mais Van Gèle décide de continuer son exploration par l'Ubangi.

Dhanis exerce le commandement du territoire de Ban- gala en 1888, pendant l'absence de Van Kerckhoven, qui se rend aux Falls pour y étudier la question arabe, et descend ensuite à Boma.

Cependant, des ordres arrivent d'Europe d'installer un camp retranché à Basoko, près de l'embouchure de l'Aru- wimi. Ce camp doit avoir pour but: de servir de bar- rière contre les Arabes; 2^ de pacifier la région et de donner confiance aux indigènes; de constituer une base d'opération aux expéditions d'exploration.

Van Kerckhoven, revient de Boma avec un personnel nombreux. Il doit faciliter la mission du camp de l'Aruwimi, que viendra commander le capitaine Roget, par l'envoi préa- lable d'une avant-garde. Celle-ci doit procéder à l'occupation temporaire et à l'installation de postes dans tous les villa- ges situés entre Bangala et l'Aruwimi; cette opération devant assurer la complète sécurité et le ravitaillement des embar- cations naviguant sur le haut fleuve. En outre, elle doit exécuter les travaux nécessaires à l'établissement du camp retranché.

Le coiniiiaïKloinenl do ceUe avînil-f^-arth» osl confié au coiumissaire de dislrict Dlianis, ayant sous ses ordres les capitaines Bia et Pontliier, le lieuten;int Milz, les sous- orticiers Luyckx, Do Valkenecr et cent vin'^'-t noirs.

Dlianis (juitte Ban^ala le 25 octobre 1888, fonde le poste d'Upoto, (|ui est confié à Bia; crée ensuite, le 11 novembre, le poste d'UniAvangi il laisse Pontliier. Le V janvier

1889, il fonde la station de Yambin^a. Après avoir remis le conimaiidement de ce poste au capitaine Bia, Dhanis accompag-ne Van Kerckhovcn jusqu'à Basoko et secondé par Pontliier, Jacques et Milz, jette les premières bases du camp retranché en attendant l'arrivée de Boget.

Le 12 avril 1889, Dhanis remet le commandement inté- rimaire du camp à Ponthier, tandis que Jacques va prendre le commandement de Yambinga.

Dhanis rentre en Europe le 17 juillet 1889, et repart, le premier novembre, en mission spéciale de recrutement dans rx\frique du sud ; toutefois il est rappelé de Lisbonne.

Il repart une quatrième fois, le 6 février 1890, comme commissaire de district de première classe, avec la mis- sion de continuer l'exploration du Kwango méridional et oriental et de conclure des traités avec les chefs de ce territoire.

C'est grâce à ces traités que lors des négociations avec le Portugal, l'Etat indépendant obtiendra un territoire huit fois plus étendu que celui de la Belgique.

L'expédition forte de quatre-vingts soldats et de cent cin- quante porteurs a comme adjoints Sterckmans et Voient; elle part de Lukungu, se dirige vers Kisantu, sur l'Inkissi, et ar- rive enfin au Kwango, en face de Aluene N'Dinga, le 30 mai

1890. Dhanis établit des postes à Kandinga et Popocabaca chez les principaux vassaux du Kiamvo Muene Putu Kasongo. A la résidence de celui-ci, à Kasongo Lunda, il est reçu avec enthousiasme. De grandes danses sont organisées en l'hon- neur de l'expédition, mais ce n'est que grâce à son sang-

56

froid (jue Dlianis échappe au danger d'être massacré avec son escorte i)ar les indigènes surexcités par la musique et le chanvre.

Le kiamvo s'oppose au départ de l'expédition, sous pré- texte qu'il est le chef suprême et que dès lors il est inutile d'aller rechercher d'autres chefs. Dhanis ne s'inquiète pas de cette opposition et marche vers le sud, par un pays désert, horrihlement ravagé. Cette désolation a été causée par Muene Putu lors de son arrivée au pouvoir.

Ne trouvant pas de vivres et ne rencontrant même plus aucun village, l'expédition doit rehrousser chemin, le 29 juillet 1890, après une marche de quinze jours.

En quatre jours, elle regagne Kujenge et se dirige vers l'est. Après avoir traversé la rivière Wamba, Dhanis descend vers le sud, tout en concluant des traités avec les chefs des paj^s riverains de la Wamba, puis il arrive chez Kapenda Kamulemba, chef des Ghinge. Il conclut un traité avec ce chef et établit chez lui un poste (par de latitude), qu'il confie à Voient. Lors du traité avec le Por- tugal, ce territoire reste à ce dernier pays.

Reprenant la route du nord, l'expédition fonde des postes à Nguri, Akama et à Tomba Aluma, et retourne auprès de Muene Putu à Kasongo-Lunda.

Elle y est ravitaillée par le lieutenant Verschelden, qui est chargé de commander le premier poste établi à Kasongo-Lunda.

Le capitaine Dusart vient aussi de fonder, un peu plus au nord, le poste de Kingunchi.

A la suite de cette expédition, le district du Kwango

oriental est créé et Dhanis est nommé commissaire de ce

district qu'il vient d'explorer et d'acquérir en grande partie.

Il s'occupe de son organisation jusqu'à la fin de 1891

et remet alors le commandement au capitaine Dusart.

Cette œuvre importante ayant été achevée avec un plein succès, Dhanis, nommé commissaire du district de Lualaba,

57

est appelé à reprendre des mains de Paul Le Marinel, fon- dateur et commandant du camp de Lusamho, rentrant en Kurope, le commandc^ment du camp retranché du Sankuru et de l'expédition qui s'organise en destination du Katan^a. (22 avril 1892) Dhanis se rend de Popocabaca à Lusam])o, l)ar 1(^ Kasaï et le Sankuru.

L'année 1892 marque la crise décisive d'une lutte engagée dans l'Afrique centrale, entre les forces rivales de l'est et de l'ouest. Une collision était depuis longtemps prévue entre ces deux puissances, les Arabes de Zanzibar et les Euro- péens partis de l'emboucliure du Congo. Chacun d'eux s'était fixé comme but l'exercice de la suprématie sur le même terri- toire; l'anéantissement de l'une ou de l'autre des deux forces était, dès lors, la seule solution possible du problème. Un groupe d'Arabes trafîcants, chasseurs d'esclaves et d'ivoire, travaillait, depuis de longues années à faire converger vers Zanzibar tout le commerce de l'Afrique centrale et diri- geait vers l'est de nombreux porteurs indigènes, hommes et femmes, qui, arrivés à la côte, étaient vendus comme esclaves. D'autre part les Belges, arrivés plus tard sur les lieux, cherchaient à mettre un terme à ce commerce illé- gal, qui ne se maintenait que grâce aux razzias continuelles et qui amenait peu à peu la dépopulation de l'Etat indé- pendant du Congo.

Voici en quels termes le capitaine Chaltin s'exprime sur l'origine de la domination arabe dans ce pays, lors de la réception du baron Dhanis à la Société d'Etudes coloniales, le 30 novembre 1894.

On ne saurait mieux décrire le fléau qui désolait le centre africain:

« Toute la côte orientale africaine, depuis le Monzarabique jusqu'au delà de Mombassa, appartenait jadis aux Portugais, mais à la fin du xvn® siècle, un soulèvement des noirs, coïncidant avec une attaque

58

des Arabes, fit tomber une grande partie de ces territoires en la possession de l'Iman de Mascate.

» Les descendants de ces Arabes, qu'une succession de métis- sages a fait dégénérer, parvinrent à soumettre à leur tyran- nique et sanguinaire domination les malheureuses peuplades de l'est de l'Afrique. Ils eurent comme auxiliaires de cruels et cupides indigènes des îles Comores. Peut-être que, dans le principe, des idées de prosélytisme les guidaient, mais plus tard, il n'eurent d'autre projet, d'autre espérance, d'autre but que de s'enrichir prompte- ment et de regagner ensuite leur patrie.

» Dès 1830. ils envahirent l'Unyamwézi et firent de Tabora le centre de leurs opérations commerciales et autres. Ce ne fut que vers 1840 qu'ils atteignirent Udjidji, sur la rive orientale du lac Tanganyka. Tout en avançant, ils avaient eu soin de couvrir le pays de stations, dont le trafic consistait surtout en esclaves et en ivoire. Udjidji ne tarda pas à devenir le plus important marché de la région. C'était cette ville qui servait de résidence princi- pale à Rumaliza, le vaincu de la récente campagne antiesclavagiste.

» Traversant le lac de Tanganyka et poussant toujours vers l'ouest, les Arabes arrivèrent, en 1868, à Nyangwé, ils s'éta- blirent. Cette ville devint leur capitale. Puis, successivement, furent occupés Kasongo, Riba-Riba et Kirundu.

» Le Manyéma vaste contrée située à l'ouest du grand lac, eut particulièrement à souffrir de l'invasion arabe. Sans cesse parcouru en tous sens par des bandes de pillards, à la tète desquelles se trouvaient de sanguinaires musulmans, ce pays que Livingstone avait trouvé si admirable par sa beauté, par son climat, par sa production naturelle, par la densité de ses villages et de ses habitants, ne présentait plus, pour ainsi dire, que des ruines lorsque Stanley le traversa quelques années plus tard. Les Arabes y utilisaient, excitaient même les petites guerres de tribu à tribu, se faisaient ensuite céder les captifs, hommes, femmes et enfants, et revendaient les adolescents qu'ils armaient de fusils et dont ils se faisaient des escortes de combat irrésistibles pour d'autres peuplades sans consistance. C'était surtout de gens du Manyéma

50

que se rom()osai(Mit los l)nn(l(^s contre los(iU(»lles los forces fie TP^iat indépeiulaiit ont ou à lutter en ces derniers temps.

» Un (les plus cruels auxiliaires des Arabes de Nyangwé était le fanieux Matagamoyo, sui'nomnné le boucher des feiiinries, le lusil- \cuv (reniants

» Tippo-Tip, parlant de lui, disait: «Il est brave, sans aucun » doute, mais n'a [)as le cœur plus gros que le bout de mon petit » doigt. Il est sans pitié aucune et tue u!i indig(!ne, n'importe le » sexe, comme si c'était un serpent. »

» En tolérant ces atrocités, pour ne pas dire en les encoura- geant, Tippo-Tip n'en prenait-il pas sa part?

» Avant l'arrivée de leurs oppresseurs, les Manyémas se distin- guaient par la bienveillance et la douceur. L'exemple des Arabes les rendit cruels.

» Ils sont remarquables par la beauté de la stature et des traits; les femmes, très recherchées, ont la taille souple, une noble démarche et, la plupart, une parfaite régularité des traits; elles ont les cheveux plus abondants et moins crépus que les autres négresses, et les laissent parfois flotter sur leurs épaules.

» La contrée comprise entre le Lualaba, le Lomami, le Sankuru et le Lubi, ne fut pas plus épargnée que le Manyéma. aussi, les hommes et les femmes furent tués ou vendus, les villages détruits Les Arabes élevèrent les enfants et les formèrent à l'usage des armes, au vol et au brigandage. Chose pénible à constater, ce sont généralement ces enfants qui, après avoir vu incendier leurs propres villages, massacrer ou vendre leurs parents, mettent le plus d'acharnement à assassiner leurs frères noirs, à faire de nou- veaux esclaves.

» En octobre 1876, Stanley qui, depuis le 12 novembre 1874, avait entrepris la traversée de l'Afrique, de l'Orient à l'Occident, arrive à Nyangwé, il rencontre Habed-ben-Mohammed; dit Tippo- Tip, riche marchand d'esclaves, dont le rôle politique avait été nul jusqu-là.

» C'était, dit Stanley, un homme de grande taille, jeune, à barbe noire, aux mouvements prompts et agiles, un type de force et

GO -

d'énergie. La peau est négroïde, mais la figure intelligente et belle, avec un clignement d'œil nerveux et des dents admirables, d'une forme parfaite et d'une blancheur étincelante.

» Après un court séjour à Nyangwé, Stanley descendit le Lualaba. Tippo-Tip s'était engagé à l'accompagner avec une escorte de sept cents hommes, mais avant d'arriver aux rapides, il rebroussa chemin, laissant au hardi explorateur une partie de son escorte.

» Stanley a pu constater qu'à cette époque déjà, donc en 1876, les Arabes établis à Nyangwé et en aval faisaient des incursions dans une direction nord-nord-est (lac Albert). Ils visitaient et exploi- taient également la région du Sud, entre autres le pays a régné M'Siri.

» Après avoir passé les rapides qui se trouvent entre Kirundu et l'ancien village qui devint plus tard les Stanley-Falls, Stanley, sans s'arrêter chez les Wagénias qui lui parurent hostiles, continua la descente du grand fleuve. 11 constata que jusqu'à l'embouchure de l'Aruwimi les rives étaient très peuplées et couvertes d'im- menses plantations. Partout s'élevaient de grands villages régnaient la paix et l'abondance.

» Au cours d'un nouveau voyage, lorsque Stanley remonta le Congo, il arriva, en novembre 1883, dans la même région qu'il avait trouvée si riche six ans auparavant (').

» Voici ce qu'il en dit :

« Je reconnus l'emplacement d'un village que j'avais désigné sur ma carte de 1877, sous le nom de Maouembé. Mais en 1877, la localité était fortement retranchée derrière les palissades, tandis qu'aujourd'hui il n'y avait plus même la moindre hutte. En nous rapprochant, nous pûmes distinguer les débris de quelques bouquets de bananiers en même temps que les traces des sentiers blanchis qui menaient du bord de l'eau à la petite ville; mais plus rien ne remuait, plus rien ne vivait en ces lieux. Les haies, les cônes des poulaillers et les toitures basses et larges des

(1) Il y rencontra, près du confluent du Lomami, une bande arabe dirigée par des sous-ordres, appartenant à Abelben-Alim de Nyangwé, et qui avait poussé ses incursions jusqu'un peu en aval des Falls.

0

maisonnettes, qui so dossinaiont nnguôro à rari'iôrc-plan, tout avait disparu. Arrivés à front do l'ondroit, nous rcconnùines les si^'nes d'un récent incendie. Le feuillaj^o et même les troncs ai'fzentés dos plus hauts ai'bros avaient été roussis par quoique chaleur artificielle; les bananiers, terriblement clairsemés et endommagés, afjitaient tristement leur frondaison dé^Mienillée, comme les pauvres implorant l'aumôntî.

n Un peu plus loin, un autre phénomène attii'a nos rej^ards. Deux ou trois grands canots, dont une des extrémités était fichée on terre, se dressaient tout d'abord sur la rive, comme des colonnes fendues et creusf^s.

n Que pouvait signifier ce fantastique spectacle? Chacun des canots devait peser, au bas mot, une tonne. Pour soulever pareil poids, il avait évidemment fallu un grand nombre de bras, et des bras lobustcs encoi-e. Ce n'était point l'œuvre des nonchalants sauvages aboi'igènes Mais alorsl.. Eh bien! 11 n'y avait que les Arabes qui eussent pu accomplir ce tour de force; ces canots, droits comme des sentinelles, trahissaient l'apparition des chasseurs d'esclaves au dessous des Stanley-Falls !...

» Plus tard, nous apprenions que la ville de Yomburri occupait, précé- demment, ce site aujourd'hui désert.

r> En attendant, nous ne tardons pas à apercevoir, sur le môme côté du fleuve, une nouvelle scène de désolation et de misère. Ici, c'était une ville entière brûlée, les palmiers abattus et les bananiers ravagés, et le même étrange spectacle de canots dressés de toute leur hauteur.

n Nous nous remettons en marche, en accélérant le plus possible notre vitesse. Désormais nous ne pouvons plus faire six kilomètres sans rencontrer de lugubres traces de carnage et de destruction. Partout des arbres calcinés, des canots dressés tout debout, des palmiers couchés sur le sol, des maison- nettes en ruines. A quatre heures de l'après-midi, nous avions compté douze villages entièrement consumés par les flammes, et qu'habitaient naguère huit communautés distinctes.

n Dans la matinée du 17 novembre, nous nous attardions sur la rive à couper du bois, lorsque nous aperçûmes sur le fleuve un objet couleur d'ar- doise qui descendait avec le courant- UEn-Avant gagna le large, et un de nos hommes arrêta l'épave avec une perche à sonder. Hoireur ! c'étaient deux cadavres de femmes liés ensemble par une corde!... Et à en juger par l'état des deux corps, le drame ne remontait qu'à douze heures au plus...

» Tout en cherchant à nous expliquer ce crime atroce, nous continuâmes à longer la rive, jusqu'à l'extrémité supérieure de la courbe que décrit le fleuve au-dessus de Yavounga. A peine eûmes-nous contourné ce croissant, que nous vîmes une masse d'objets blancs, amassés devant le débarcadère d'un village. A l'aide de mes jumelles, je reconnus des groupes de tentes. Nous avions rejoint les Arabes de Nyangwé.

62

" Cette horde de bandits, car elle ne méritait pas d'autre nom, opérait sous le commandement de plusieurs chefs, dont Karema et Kibourouga étaient les principaux. Elle avait quitté, seize mois auparavant, la \ille de Ouané-Kiroundou, située à environ cinquante kilomètres de Vinya-Nj^ra.

Pendant onze mois, la bande avait mis à sac toute la région qui sétend entre le Conjîo et le Loubiranzi sur la rive gauche. Et elle s'était engagée à faire la même monstrueuse besogne entre le Biyerré et Ouané-Kiroudou. En étudiant ma caite, je découvre que la région ainsi dévastée, sur la rive droite et la rive gauche, occupe une superficie de plus de 55,5(X) kilomètres carrés soit '3,200 kilomètres carrés de plus que l'Irlande. et qu'elle a une population d'environ un million d'âmes.

■" Leur camp était établie à environ 125 mètres du nôtre et proléj:é par une haie construite avec les débris des maisonnettes de Yangabi, brûlées par eux. Au milieu de l'enclos, s'élevaient les rangées de hangars qui couvraient un espace dune centaine de mètres et devant le débarcadère je comptai cin- quante-quatre canots, capables de contenir, selon leur dimension, de dix à cent personnes chacun.

' Le camp est littéralement bondé de monde. De tous côtés, des group-^s de noirs, immobiles ou errants, silencieux et mornes, tranchent sur les costumes blancs des Arabes: on aperçait sous les hangars des corps nus étendus dans toutes les postures; d'innombrables rangées de jambes appaile- nant à des malheureux endormis; des petits enfants dont les formes naissantes indiquent encore à peine leur sexe; et çi et un troupeau de vieilles femmes entièrement nues, ployant sous des paniers de charbon, ou des tas de cassaves ou de bananes, et conduites par deux ou trois bandits armés de carabines.

En examinant le tableau de plus près, je m'aperçois que la plupart de ces infortunés sont chargés de chaînes; les jeunes gens ont autour du cou des carcans, que des anneaux retiennent à d'autres carcans, de sorte que les captifs marchent par groupes de vingt. Les enfants de plus de dix ans ont les jambes attachées par des anneaux de cuivre, qui gênent tous leurs mouve- ments, les mères par des chaînes plus courtes qui festonnent leurs seins et y maintiennent les enfants en bas âge. Pas un homme adulte parmi ces pri- sonniei"s.

* De leur propre aveu, les ravisseurs d'esclaves n'ont actuellement avec eux que deux mille trois cents captifs. Et cepvendant. ils ont parcouru comme un fléau, tuant et détruisant sans pitié tout ce qu'ils rencontraient, un pays aussi ét-^ndu que rirlan le ; cent dix-huit villages, représentant quarante-trois communautés plus vastes ont été ravagés, et cette œuvre d'extermination n'a rapporté aux exterminateurs que deux mille trois cents esclaves femmes et enfants et environ deux mille défenses d'ivoire. La qualité de lances, de sabres, d'armes de toute espèce qui font partie du butin, indique que des centaines

03

d'hommes adultes sont morts en combattant. En supposant que rliacun des cent dix-huit vill;t{jt>s n'ait eu qu'une population de mille [)ersonnes, les Arabes n'en ont enlevé (piedoux pour cent, et en faisant la part des accidents qui survien- dront pendant lo voyage de Kirundu et de Nyangwé, des effets qu'excerceront les tortures do la captivité et les maladies épidémiques, en;L^endréos par la malpropreté et les pi-ivations, on peut calculer que les sany;lantes aventures n'auront donné qu'un bénéfice de un pour cent à leurs ti'istes héros.

y> C*.-s misérables m'assurent que plusieurs convois d'esclaves, tout aussi nombreux que celui-ci, sont déjà arrivés à Nyangwé. Cinq expéditions sont venues et reparties avec un butin de captifs et d'ivoire et les cinq expéditions ont épuisé et vidé le vaste territoire au milieu duquel nous voyageons. Pour le moins, les brigands ont captivé dix mille esclaves. Kt la moitié de ceux-ci ayant péri en route, il n'en est arrivé à Nyangwé, Kirundu et Vibondo que cinq mille environ, soit un demi pour cent de la population. Et que de sang versé, que d'existences brisées, pour obtenir ce résultat. Dressons cet affreux bilan : dans les cent dix-huit villages mentionnés plus haut, les Arabes ont fait trois mille six cents esclaves. Il leur a fallu tuer pour cela, deux mille cinq cents hommes adultes pour le moins, et de plus, treize cents de leurs captifs ont succombé en route, au désespoir et à la maladie, étant donnée cette proportion, la capture des dix mille esclaves par les cinq expéditions d'Arabes n'a pas coûté la vie à moins de trente ti'ois mille personnes!... Et encore, quels esclaves je vois enchaînés, et pour le.-quels frères, pères et maris ont répandu leur sang!... De faibles femmes, de tout petits enfants!... Pour jeter dans les fei's un garçon de quatre ans, on a saciifié des familles entièi'es de six personnes! »

» A la fin de décembre 1883, après avoir fait les tristes et pénibles constatations dont je viens de parler, l'illustre explora- teur était arrivé aux Stanlej-Falls. Il n'y fit qu'un séjour de courte durée, le temps d'acquérir un terrain situé dans une île avoisi- nant les rapides et d'y installer, avec l'assentiment des indigènes, un poste dont le commandement fut confié à l'Ecossais Binnie. Cela fait, il redescendit le fleuve (*).

(1) Quinze mois plus tard, le 26 janvier 1885, le capitaine Van Gèle, arrivant à son tour aux Falls, y trouva Tippo-Tip installé depuis six mois à la rive; les deux adversaires, l'Européen et l'Arabe, étaient donc sur le Congo face à face.

La paix promise par l'Arabe ne dura que dix-huit mois.

04

» On sait que, le 28 août 1886, ce poste dont MM. Deane, officier anglais et Dubois, lieutenant belge, étaient les chefs, fut attaqué par les Arabes à la tête desquels se trouvait le père de Rachid, Bwana N'Zigé. Le poste n'était défendu que par une poignée d'hommes disposant de moyens d'action insuffisants. Malgré cela, tous les assauts des Arabes furent repoussés. Bien plus, la petite garnison, Deane et Dubois en tête, prit courageusement l'offen- sive et, baïonnette au canon, chassa l'ennemi de ses positions. Mais la résistance ne pouvait durer, les munitions s'épuisaient. Abandonnés par une grande partie de leurs hommes, Deane et Dubois, dont le courage et la vaillance ne s'étaient pas démentis un moment, durent se retirer. Pendant la retraite, Dubois qui suivait la rive du fleuve, glissa et tomba à l'eau. Tous les efl'orts tentés pour le sauver furent inutiles: il se noya.

» Déclarer carrément la guerre aux traitants de Nyangwe, de Kassongo et du Manyema, il n'y fallait pas songer un seul instant, en ce moment; c'eût été courir à une catastrophe certaine. On sait à quel expédient eut recours alors le gouvernement de l'Etat pour conjurer le danger, reprendre aux Falls l'autorité qui lui était nécessaire et organiser des bases sérieuses de défense, en vue d'une campagne prochaine, probable, disons inévitable. Tippo-Tip qui était resté étranger à l'attaque des Falls, ordonnée en son absence par Rachid, fut rencontré, à Zanzibar, par Stanley, qui reçut l'expression des regrets du vieux chef arabe. Celui-ci était nommé vali des Falls, au service de l'Etat et ramené par la voie du Congo à son poste il relevait le drapeau bleu, le 17 juin 1887. Quelques jours après, la station des Falls était pacifiquement réoccupée par la force armée, sous le commandement des capi- taines Van Gèle et Van Kerckhoven.

» On a discuté vivement, au moment elle s'est produite, cette nomination de Tippo-Tip, en qualité d'agent de l'Etat. On a fait alors sur ce sujet qui prétait, du reste, à la controverse par son originalité, de beaux discours et des articles décisifs. Aujourd'hui, l'on doit reconnaître que cette nomination a été un acte d'extrême habileté, qui seul a permis à l'influence européenne de prendre pied

05

graduel lomont dans ces districts lointains (ît de se préparer à une acîtion militaire, que la révolte et l(;s succcïs des madhistes dans la vallée du Ilaut-Nil, pouvaient d'un moment à l'autre, [)récipiter.

» Les dispositions de IVEtat furent combinées avec une extrême clairvoyance. 11 convient de le dire : si le succès a pu être obtenu aussi rapidement, c'est parce que, dès le début, on a vu nettement à Bruxelles ce qu'il importait de faire et que l'on n'y a pas perdu un instant de vue l'éventualité de la campagne.

» La création de deux camps retranchés fut décidée. Placés, l'un et l'autre, au point terminus de la navigation à vapeur, en face des avant-postes arabes: l'un à Basoko, sur le Congo vis-à-vis du confluent du Lomami, l'autre à Lusambo, sur le Haut-San- kuru, ils devaient être armés de canons et recevoir une forte garnison. Bien que très avancés vers le centre du continent, ils allaient devenir des bases pratiques d'opérations, grâce à la possibilité de les ravitailler et de les secourir à l'aide des vapeurs du Stanley-Pool.

» Depuis la soumssion de Tippo-Tip à l'Etat, en 1886, les chefs arabes avaient observé une attitude pacifique, mais en développant leur occupation du pays en amont des Falls. Cependant, quelques- uns d'entre eux, plus indépendants que le résident de cette station, poussaient des incursions dans les bassins, quasi inconnu encore à ce moment, du haut Lomami et du haut Aruwimi jusqu'à l'Uele. On avait même signalé l'arrivée de quelques bandes aux sources du Lopori et de la Mongala.

» L'occupation arabe faisant tache d'huile et l'influence des sul- tans des Falls et de Nyangwe devenait de plus en plus grande sur les principaux chefs indigènes du Lualaba et du haut Lomami, qui étaient devenus leurs vasseaux et leurs alliés. Cependant, nul acte d'hostilité n'avaient été posé par aucun d'eux dans ces régions l'Etat n'avait, du reste, d'autre agent que le résident de Kassongo. le lieutenant Lippens, qui avait pour adjoint De Bruyne, l'expé- dition du lieutenant Jacques arrivait à Rumbi, sur le lac Tanganika.

GG

» L'Arabe du Congo procède généralement par voie de razzia pour se procurer des esclaves et de l'ivoire. Il arrive la nuit avec ses bandes de pillards à proximité d'un village et, dans le plus grand silence le fait entourer. A un signal convenu, généralement au point du jour, les pillards se précipitent vers les huttes, tirent des coups de fusils au hasard, crient, hurlent, battent du gong, sonnent de l'olifant, font un tapage infernal, en un mot, mettent tout en œuvre pour épouvanter les malheureux noirs. Ceux-ci, réveillés en sursaut, effrayés, éperdus, opposent quelque fois de la résistance, mais le plus souvent tentent de fuir.

» Au début de l'action, la vie de personne n'est respectée, mais dés qu'il devient manifeste que les indigènes cessent de se défendre, tous les efforts tendent à la capture des esclaves. Les Arabes prennent de préférence les jeunes femmes et les adolescents. Les vieillards et les tout jeunes enfants sont massacrés et livrés aux anthropophages armés qui suivent et aident les expéditions escla- vagistes.

» S'il n'y a aucun intérêt à conserver le village, il est pillé et incendié ; les plantations sont détruites. Mais bien souvent les villages vaincus doivent, par leur situation ou par leur importance, devenir le centre et la base des nouvelles opérations.

» Les horreurs de la chasse à l'homme sont innombrables. Les bandits qui s'y livrent vont parfois jusqu'à allumer des incendies dans les hautes herbes, pour forcer ceux qui s'y cachent à en sortir

» Depuis que les chefs de villages connaissent la valeur de l'ivoire et qu'ils le savent exposé aux convoitises des Arabes, ils pren- nent la précaution de l'enfouir dans la foret ou de le cacher dans l'eau.

» Un des premiers actes des Arabes, en arrivant dans un vil- lage, même allié, est de mettre le chef en demeure de désigner l'endroit se trouve son ivoire. S'il refuse, on s'empare de ses femmes et de ses biens, et on ne les lui restitue qu'après qu'il s'est exécuté. S'il persiste dans son refus, on le torture et on le tue.

» Je me souviens que Rachid exposa un jour, au barzali, les tètes

C>7

ot l{»s mains droitos do six clicrs du ]vul)i (pii s'(H;iient mis dans co cas.

» Dès qu'une expédition est terminée, les prisonniers sont emmenés en esclavage et dirigés v(>rs les grands centres. Alors commence pour ces malheureux une période de soulïrances horribles. Les mains liées dernière le dos, le carcan ou la fourche au cou, ils sont enchaînés par groupes de dix à vingt. Peu ou point nourris, souvent battus, marchant par tous les temps sous un ciel de feu ou dans des marais infects, se meurtrissant les chairs dans les forêts, ils ne tardent pas à s'affaiblir. Ceux qui tombent de fatigue ou de faim le long des routes, sont impitoyablement achevés à coups de «fimbu». Toute tentative de fuite est punie de mort.

» Lorsque la chaîne de malheur arrive à destination, le nombre des esclaves a diminué des trois quarts.

» Dans son ouvrage: Ma seconde traversée de V Afrique, voici comment s'exprime le major Wissmann, au sujet de ces sinistres convois d'esclaves,

» Nous rencontrâmes, en l'espace de quelques jours, trois caravanes qui conduisaient à la côte un peu d'ivoire et des centaines d'esclaves attachés par dix et vingt à des carcans et de lonjzues chaînes.

" Pour les plus faibles, les femmes et les enfants, auxquels la fuite était impossible, on n'avait employé que des cordes. Mais ceux qui récla- maient une surveillance spéciale étaient mis deux à deux dans la fourche à esclaves. On peut à peine décrire l'état pitoj'able et misérable dans lequel se trouvaient ces malheureux: leurs bras et leurs jambes étaient presque décharnés; le regard terne, la tète inclinée, ils s'avançaient vers un avenir inconnu, emmenés vers l'Est, loin de leur patrie, arrachés à leurs femmes et à leurs enfants, à leui's pères et à leurs mères qui, peut- être avaient réussi à s'échapper dans la forêt ou avaient succombé en se défendant. La distribution quotidienne des rations d'une semblable cara- vane présente un aspect révoltant. Les affamés se pressent, les yeux grands ouverts, à l'endroit l'un des gardiens se tient pour distribuer des vivres, repoussant avec un bâton ceux qui, roni^'és par la faim, l'entourent de trop près; il remplit de blé, de maïs ou de lentilles un petit vase de la gran- deur d'un verre à eau, qu'il jette dans la guenille ou dans la peau de chèvre, dont l'indigène couvre sa nuJité. Beaucoup de ces pauvres g^ens trop fatigués pour moudre ou concasser le grain, le font simplement cuire,

l

()<S

à l'eau chaude ou le font grillei- dans des pots sur le feu, puis ils l'avalent pour apaiser la douloureuse sensation de la faim. S'il ariive à la côte le quart de ces malheureux; ils y sont vendus soit pour l'exportation, soit pour la culture des plantations des gens de la côte. Les grands éta- blissements arabes de l'intérieur, comme Udjiji et Tabora, surtout le premier, réputé par son insalubrité, ont besoin d'une quantité d'esclaves . A Udjiji, un esclave de travail ne vit pas plus d'une année. «

» Ecoutons maintenant un missionnaire belge le P. Vyncke, qui a vu de près les Arabes esclavagistes à l'œuvre :

" J'avais autrefois, dit-il, à plusieurs reprises, visité le marché d'Udjiji, mais à cette époque les esclaves étaient peu nombreux et je n'avais pas vu cet odieux trafic dans toute son horreur. A l'époque de ce dernier voyage, la ville venait d'être inondée, dans toute la force du terme, par des caravanes d'esclaves venus du Manyema.

n La place était couverte d'esclaves en vente, attachés en longues files, hommes, femmes, enfants, dans un désordre affreux, les uns avec des cordes, les autres avec des chaînes. A quelques-uns, venant du Manyema, on avait percé les oreilles pour y passer une petite corde qui les retenait unis.

♦» Dans les rues, on rencontrait à chaque pas des squelettes vivants, se traînant péniblement à l'aide d'un bâton, ils n'étaient plus enchaînés parce qu'ils ne pouvaient plus se sauver. La souffrance et les privations de toute sorte étaient peintes sur leurs visages décharnés, et tout indiquait qu'ils se mouraient bien plus de faim que de maladie. Aux larges cicatrices qu'ils portaient sur le dos, on voyait de suite qu'ils avaient souffert de mauvais traitements de la part de leurs maîtres qui, pour les faire mar- cher, ne leur épargnent pas les distributions de bois vert.

n D'autres, couchés dans les rues ou à côté de la maison de leur maître, qui ne leur donnait plus de nourriture parce qu'il prévoyait leur mort prochaine, attendaient la fin de leur misérable existence »

» Voilà le tableau des traitements horribles que les Arabes firent subir pendant de longues années aux populations de l'Afrique orientale. Ces horreurs ne criaient-elles pas vengeance et à elles seules ne suffisaient-elles pas pour que les efforts de L'Etat tendissent à expulser ces bandits des territoires soumis à son autorité? Mais d'autres crimes encore appelaient des représailles. D'abord l'attaque

m

(In \H)M,c dos Falls, oa\ 1<S<S(), ot l;i mort, do I)ul)()is qui <'ti a été l;i conscquoiico; (Misuit(\ le niassjicrc; (1(î dix I^^uropôoris: Ilodister i'( SCS <'()in[)ag-ti()ns, on in;ii 1S*)2; I^^min Pacha, le 21 octobre 1892, tuô sur les ordres de Kihouge et de Moharra, à quelques Jour- nées de marche de Kirundu; enfin Lippons et De Bruyne, (|ui avaient accompagné la caravane de Saïd-ben-abedi.

» Le point de savoir s'il fallait conserver aux Arabes la situation ([u'ils s'étaient acquise dans l'Etat, a souvent été soulevé. Après les crimes si souvent relatés par les officiers et les missionnaires, dont ces bandits se rendaient journellement les auteurs, cette ques- tion ne pouvait [)lus comporter qu'une seule solution: la négative.

» Il fallait, sans retard, enlever à ces bandits le pouvoir de nuire, de renouveler leurs cruels exploits.

» 11 est incontestable que les Arabes ne se seraient jamais soumis volontairement à nos lois. Ils sont habitués depuis longtemps a demander au brigandage et au vol, non seulement les objets de première nécessité, mais surtout ceux qui composent leurs richesses, qui leur permettent une vie facile et voluptueuse. Ils considèrent cela comme un droit inaliénable. Chez eux, point de souci, point de travail. La guerre, toujours la guerre avec ses atrocités sans nom.

» La guerre est leur grande pourvoyeuse. Ne leur procure-t-elle pas des femmes pour la satisfaction de leurs passions, des esclaves et de l'ivoire pour arriver à la fortune?

» Que leur importent la mort de cent, de mille malheureux et la ruine de toute une région?

» Ne pouvant pas leur imposer notre autorité, nous nous serions trouvés dans la nécessité de partager le pouvoir avec eux, c'est- à-dire de leur permettre de l'exercer dans les contrées qu'ils avaient soumises? Mais ils se seraient incontestablement servis de ce pouvoir pour opprimer les populations, les rançonner et les piller. Et tout cela, ils l'auraient fait alors au nom de la loi dont ils seraient devenus les dépositaires.

» Ils n'auraient jamais employé leur autorité dans l'intérêt de l'Etat, mais dans le leur.

» La base de la civilisation musulmane en Afrique, c'est la poly-

70

garnie, l'esclavage, l'exploitation à outrance des indigènes et le mépris plus ou moins dissimulé, mais profond, de l'Européen.

» Il fallait donc mettre un terme à la situation que les Arabes s'étaient créée dans l'Etat du Congo. En agissant ainsi, on se conformait du reste à l'esprit et à la lettre de l'acte général de la conférence de Berlin et de l'acte de Bruxelles.

» Le poste de Stanley-Falls a été rétabli, le 15 juin 1888, par les capitaines Van Kerckhoven et Van Gèle, d'accord avec Tippo-Tip, dont la nomination de vali du district remontait au mois de février 1887.

» Des raisons d'ordre politique et l'espoir d'amener pacifiquement la soumission des Arabes, avaient déterminé le gouvernement à faire cette nomination. Il est à présumer que c'est en 1879 ou en 1880 que les bandes de Tippo-Tip, franchissant les rapides situés en aval de Kirundu, s'établirent aux Stanlej-Falls. De là, elles portèrent leurs ravages plus loin, remontèrent le Lomami et créèrent une station à Isanghi, son embouchure. Etendant encore le rayon de leur action dévastatrice, ils poussèrent jusque dans l'Aruwimi; mais ils se heurtèrent à de courageux guerriers, qui leur firent subir des pertes considérables. Ils durent s'enfuir honteu- sement, toutes les tribus s'étaient liguées pour résister à l'ennemi commiin.

» Des querelles intestines ayant divisé les Basokos, les chasseurs d'esclaves furent plus heureux lors des incursions subséquentes qu'ils firent dans l'Aruwimi. Toutefois, ce ne fut qu'en 1887, qu'ils s'y établirent à demeure. Ils installèrent leur poste central à Yambuya, immédiatement en aval des premiers rapides. Selim-ben-Mohammed en fut le chef.

» Jusqu'en février 1889, date de la fondation du camp de Basoko, Selim régna en souverain maître sur les populations des rives du bas Aruwimi. Ses séïdes occupaient tous les villages et y dictaient la loi. Le rôle des chefs indigènes se réduisait à obéir aveuglement à ces bandits et à subir tous leurs caprices.

» Pour se procurer des esclaves, ils se livrèrent à des atrocités dont le souvenir est encore bien vivace parmi les Basokos.

71

» La l'apacitô de Selim et Tàprc licsoin do s'enricliir (|ui le dévorait, ont été la rausc (1(; l)ien des crimes dont l'iiorreur dépasse tout ce que l'imagination la plus perverse peut rêver. Il n'est pas rare de rencontrer, dans la région, des malheureux qui, dans leur enfance, ont eu une main ou les oreilles coupées ou ont subi d'autres mutilations. Mais l'action criminelle de Selim ne s'est pas seulement exercée dans TAruwimi. Ses bandes s'étendnnt vers le nord et le nord-est, sont allées ravager et piller les villages des rives de la Lulu, du Rubi et de l'Uele. Franchissant l'Itimbiri, elles avaient même pénétré sur le territoire des Mogangas, situé derrière celui des Bangalas. Ces bandes étaient conduites par trois monstres à face humaine, Madjuto, Mirambo et Kapangapanga. Un fait: en 1S91, Mirambo et Kapangapanga se trouvaient à Mogandjoro, sur le Rubi. Je marche contre eux, mais à mon approche, ils s'enfuient. Après être resté quelque temps dans la région, croyant ces bandits disparus, je me retire sur la Lulu. Un mois après, j'apprends qu'ils avaient de nouveau fait irruption à Mogandjoro et qu'ils y avaient massacré plus de trois cents personnes, ne voulant pas, avaient-ils dit, que les indigènes fassent alliance avec l'Etat.

» L'occupation des territoires situés derrière la rive gauche du Congo et celles du Lopori, de la Lukenye et du lac qui déverse ses eaux dans le Tchuapa, remontent à des époques postérieures à 1883.

» En 1887, Stanley, marchant au secours d'Emin Pacha, rencontra un poste arabe à Popoië. sur le Japhele, et en face du Nepoko un détachement de Manyeraas, appartenant à la caravane d'Ugar- raoux. Un peu plus loin, il fit la rencontre d'un autre détachement que commandait Kilonga-longa. Vers la même époque, les chasseurs d'esclaves étaient déjà établis dans l'angle formé par le Bomo- kandi et la Makongo. Cette position servait de pivot à leurs bandes, qui couvrirent de ruines le riche et beau pays, situé entre l'Uele et le Bomokandi.

» Les chefs azandes épouvantés par les cruautés sans nom qui se commettaient sur leur territoire, s'étaient soumis, mais bien malgré eux, à leurs terribles envahisseurs. Plusieurs des nombreuses îles de l'Uele étaient occupées.

72

» En résumé, dans l'espace de cinquante années, les Arabes enva- hirent, dévasteront et soumirent un territoire d'une superficie de près de deux millions de kilomètres carres, soit soixante-quinze fois celle de la Belgique.

» L'esclavage enlevait chaque année la vie à plus de cent mille êtres humains.

» Ecoutons ce que disait Stanley ('):

« Ici, c'était une ville entière brûlée, les palmiers abattus, les bananiers ravagés. Mais il y avait au moins des êtres humains capables de nous fournir l'explication de ces mystères. Environ deux cents indigènes se tenaient, en effet, accroupis sur la berge, devant les décombres. Quelques- uns avaient la tête enfouie dans les mains, d'autres l'egardaient tristement dans le vide, d'autres encore, la menton appuyé sur les mains, nous dévi- sajîeaient d'un air de stupide indifférence.

n La cruauté des hommes s'est abattue sur nous, semblaient-ils dire. Nous avons tout perdu: biens, bonheur, espérance. Quel mal nouveau pourriez-vous nous faire? Nous avons tant souffert que vous ne pourriez imaginer de supplices plus cruels.

» Je donnai ordre à Voumbila d'interroger ces malheureux. Alors un vieillard, qui pai-aissait accablé de désespoir, se leva et commença à nous raconter l'histoire de leurs malheurs avec une extrême volubilité.

n Le village avait été envahi, à l'improviste, par une bande d'hommes qui faisaient retentir les ténèbres de leurs clameurs féroces et d'une assour- dissante fusillade. Ces brigands avaient égorgé tous les habitants qui tentaient de s'échapper des huttes en feu; pas un tiers de la population mâle n'avait eu la vie sauve, et un grand nombre de femmes et d'enfants avaient été enlevés et emportés, Dieu sait où.

« Et dans quelle direction ces malfaiteurs se sont-ils éloif.'nés?

n Us ont remonté le fleuve, il y de cela huit jours?

n Ont-ils incendié tous les villa<ies?

» Tous sans exception, des deux côtés de la rivière. «

» Ecoutons encore le récit de Cameron (^): " Sur la route, toujours des ruines. Voir les débris de tant de villages,

(1) Cinq années au Congo, pp. 454-460.

(2) Camkron. a travers l' Afrique, pp. 145-146.

?:}

naguère habités par des fjons heureux, me jetait dans une ti'istesse inexpri- in.'iblo. étaient ceux qui avaient bâti ces cases, cultivé ces champs? Ils avaient été saisis comme esclaves, massacrés par les bandits, enga^jés dans une lutte à la(inelle ces malheureux n'avaient pris aucune part, ou morts de faim et de fatigue dans les jungles.

n L'Afrique perd son sang par tous les pores. Un pays fertile, qui ne demande que du travail pour devenir l'un des plus grands producteurs du monde, voit ses habitants, déjà trop rares, décimés par la traite do l'homme et par les guerres intestines. Qu'on laisse se prolonger cet état de choses, et tout ce pays, retombé dans la solitude, repris par le hallier, l'edeviendra impraticable au commerçant et au voyageur.

r< La seule possibilité d'un pareil événement est une souillure pour notre civilisation trop vantée. Si l'Angleterre, avec ses usines qui chôment la moitié du temps, négligeait de s'ouvrir un marché pouvant donner de l'emploi à des milliers d'hommes en détresse, ce serait inexplicable.

n E^péi'ons que la l'ace anglo-saxonne ne permettra à aucune autre de la distancer dans les efïbrts qui doivent être faits pour racheter des millions de créatures humaines de la misère et de la dégradation elles tombe- raient infailliblement, si l'on n'allait pas à leur secours. «

» Voilà succinctement le tableau terrible de ce qu'était la domi- nation arabe au Congo. Elle s'étendait, non pas à quelques points de ce vaste empire, mais à une partie considérable de son ter- ritoire.

» C'était ce fléau profondément enraciné, semant partout la ter- reur, la ruine et la mort, que l'Etat avait à combattre et dont il devait, au prix d'une lutte gigantesque, assurer la ruine.

» Dès 1890, les Arabes commencent à être refoulés des positions extrêmes qu'ils occupent.

» Le capitaine Roget les oblige à évacuer le pays des Mogangas et les rives de l'Itimbiri. Un de ses agents, le lieutenant Duvivier, leur inflige une défaite aux environs d'Imbembo.

» Au cours de la même année, le capitaine Van Gèle et le lieutenant Milz marchent contre un fort parti d'Arabes, qui s'avance vers l'Itimbiri, et le mettent en pièces à Majorapa, sur la Rubi.

» Dans le courant des années 1891 et 1892, Chaltin combat les Arabes dans le nord et surtout dans l'est de son district, les chasse de presque toutes leurs positions, et parvient, par l'occupation du

74

pavs, à les empêcher de franchir l'Arawiini. 11 réussit également, par l'établissement de nombreux postes sur les rives du Congo et du bas Lomami, à affranchir les indigènes du joug que le chef arabe d'Isangi fait peser sur eux.

» La situation dans le sud de l'Etat est celle ci :

» A une époque qu'il est impossible de fixer, mais que l'on peut vraisemblablement placer dans la période comprise entre l'occu- pation de Njangwe (1828) et celle de Stanlej-Falls (1879-1880), les bandes d'Arabes envahissent la zone comprise entre le Lualaba, le Lomami et le Sankuru.

» Elles ravagent, détruisent tout sur leur passage. La contrée autrefois riche, prospère et très populeuse, ressemble à une vaste solitude en 188G-1887. Les Arabes n'occupent pas eux-mêmes toutes les régions ils portent la ruine et la désolation. Ils visitent les rives du Sankuru, mais ne s'y établissent pas. Ils parviennent à s'allier des chefs importants comme Pania Mutombe et Lupungu, leur remettent des armes et des munitions et en font en quelque sorte des agents secondaires de Tippo-Tip. Cette alliance est féconde. L'appât d'un gain quelconque pousse Pania Mutombe et Lupungu à commettre des exactions sans nombre. Ils se savent protégés et appuyés au besoin par les Arabes qui, de leur côté, ont tout intérêt à ce que les razzias de leurs acolytes soient productives. Toute la région est ruinée et devient déserte. Bien des indigènes doivent chercher un asile dans les profondeurs des forêts, vivre à l'état nomade et se livrer eux-mêmes à des actes de brigandage pour ne pas succomber à la faim.

» Tel est l'état du pays, lorsqu'en 1890 est fondé le camp de Lusambo, sur le Sankuru. Ce camp, comme celui de Basoko, dont la fondation remonte à 1889, est établi pour opposer une bar- rière à la marche des hordes dévastatrices.

» Antérieurement à cette époque, Tippo-Tip a placé à la tête de ses troupes d'avant-garde dans le sud, un jeune homme résolu, actif, intelligent, et d'une énergie rare, Gongo-Lutete, dont la résidence est Gandu, sur le Lomami. Gongo n'est pas d'origine arabe. Ancien esclave de Tippo-Tip, dont il a gagné la confiance

/ .)

par son ooiirng'o, son audaco et sa fidôlitô, il est arrivé à une situation aussi élevée i\no. méritée.

» l^]n 1801, projetant de se renrlre à Lusanibo, il se met en route à la, t("'te d'une bande d'environ sept, mille individus et garnie le Sankuru. Prévenu de son arrivée^ le lieutenant Deseamps marche à sa rencontre avec toutes les forées dont il dispose, mais qui sont de beaucouj) inféi'ieures à celles des Arabes. Après les tentatives de négociations qui échouent à cause de la mauvaise foi et des exigences de l'émissaire de 'J'ippo-l'ip, le cam[) arabe est attaqué. L'intrépidité et le courage des troupes de l'Etat ont bien vite raison de la témérité de Gongo et de ses bandes indisciplinées qui prennent la fuite, abandonnant tous leurs esclaves. La brillante victoire de Descamps a pour effet d'affermir l'autorité de l'Etat et d'élever encore le prestige naissant du camp de Lusambo.

» Après sa défaite, Gongo Lutete retourne à Gandu, mais caressant des projets de revanche il ne tarde pas à reprendre la route du Sankuru. Les indigènes de Batubengé sur le haut Sankuru, effrayés de son arrivée, se retirent vers Lusambo. »

Du moment que le conflit entre les AraJjes et l'Etat devenait inévitable, l'on pouvait indiquer, avec une égale certitude, la région qui allait servir de théâtre à l'action et les lignes stratégiques qui devaient forcément être adoptées par les belligérants.

La route des Arabes parcourue successivement par Burton, Speke, Livingston, Stanley et Gameron, partait de Bagamayo pour aller par Tabora, à Udjiji sur le lac Tanganika. En face d'Udjiji, sur la rive occidentale du Tanganika, un prolon- gement de cette route s'en allait à travers le Manyema, par Kabambare et Kasongo, à Nyangwe, sur le fleuve Lualaba.

Cette roule, employée par les chasseurs d'esclaves et d'ivoire pour pousser leurs investigations à l'intérieur du continent, allait servir de ligne de base aux Arabes.

La création des camps de Basoko et de Lusambo formait

7()

la première dig"ue opposée par l'Etat du Congo aux incur- sions des esclavagistes.

Les Européens choisissent la route du Pool. Ils peuvent amener leurs navires de mer jusqu'à Matadi et, de là, gagner le Stanley-Pool avec des caravanes de porteurs, organisées à l'abri de toute ingérence des Arabes.

Du Staniey-Pool, leurs steamers peuvent remonter sans interruption, d'une part, vers l'est, par le Congo lui-même, jusqu'aux Falls; d'autre, part, vers le sud de Kwamouth sur le réseau du Kasaï, du Sankuru et de leurs affluents.

Les Falls étant situés au nord et le Sankuru à l'ouest de la région du Manyéma, les Belges ont deux lignes straté- giques bien distinctes, convergeant de deux bases différen- tes, vers Nyangwe, point terminus de la route de Zanzibar.

La région du Manyéma est donc le centre, à la fois offensif, et défensif, des Arabes.

Au commencement de 1892. les chefs arabes et leurs vassaux se trouvent ainsi répartis: Rachid, aux Falls en qualité de vali; Kibonge, à Kirundu; Saïd-ben-Abedi, à Test de Kirundu; Nserera, à Riba-Riba; Muine Mohara, à Nyangwe; Sefu, à Kassongo; Gongo Lutete, auxiliaire arabe, sur le Lomami.

L'hostilité ouverte des Arabes ne se déclare qu'en avril 1892.

CAMPAGNE ARABE (')•

Le 22 avril 1892, le commandant Paul Le Marinel remet à Dhanis le commandement du district du Lualaba.

Depuis quelque temps, des bruits circulaient au sujet du mouvement des bandes arabes, sous les ordres de divers chefs, Lupaka, Katako, etc., qui occupaient divers points en amont du Lubilasch. On croyait encore, à cette époque,

(1) L'histoire de la campagne arabe est reconstituée d'après les récits de Dhanis et du D^ Hinde et des renseignements extraits de la Belgique militaire.

/ /

que Gonfî-o Lutotc était mort dos J)lessuros reçues lors de la dispersion de sa bande j)ar le capitaine Descamps. Quoi qu'il en soit, on décide, avant le départ de Le Marinel, qu'une colonne venant de Luluahour^^ attaquerait ces bandes de front, tandis qu'une autre, partie de Lusambo, leur couperait la retraite Par suite de la maladie du capitaine Descamps, la colonne de Luluabour^^ ne put [)artir à temps et opérer sa jonction avec les troupes de Lusambo. Elle n'en détruisit pas moins les forces de Katako.

A la fin de mars 1892, Dhanis donne Tordre au lieutenant Micliaux de se diri^^er avec quatre-ving-ts soldats, en amont du Lubi et de le rejoindre ensuite chez Pania-Mutombo, le 15 avril au plus tard. Le 10 avril, il part lui-même pour Pania-Mutombo avec cent soldats et vingt auxi- liaires balubas. Le 11, le chef batetela Mukunji l'informe que son territoire, situé à l'est de Lusambo, près du Lubefu, est ravagé par les Arabes. Le 14, Dhanis arrive chez Pania-Mutombo, qui, jouant double jeu pour conserver de bonnes relations et avec les Arabes et avec les blancs, lui donne trois cents fusils et accompagne lui-même l'expédition.

Le lieutenant Michaux ne rallie Pania-Mutombo que le 17 avril, à cause des luttes qu'il a eu à soutenir pendant sa marche. Il est alors chargé de pousser une reconnais- sance jusque chez le chef batetela Mukunji, il inflige une défaite sanglante à Fuamba, un des auxiliaires de Gongo Lutete, et parvient à libérer de nombreux esclaves.

Le 19 avril, la colonne, sous le commandement de Dhanis, marche à la rencontre des Arabes. Le 20, Dhanis apprend que Gongo Lutete a fondé un poste à Mona Kialo et qu'il se propose d'attaquer bientôt Pania-Mutombo. Le 23, il tourne une position occupée par les Arabes et l'attaque de flanc et de revers. Après une faible défense, l'ennemi s'enfuit; il compte vingt tués et quarante prisonniers.

7<S

Combat de Batubenge, 5 mai 1892.

Le 3 mai, Dhanis part vers le sud-ouest pour Kisima- Sauri, la présence de Gongo est signalée. Le 5 mai, après une marche pénible de neuf heures, la rencontre a lieu.

La position des Arabes est admirablement choisie et domine tout le pays à plusieurs lieues de distance. Vers l'est seulement se trouve une vallée étroite et escarpée, qui donne accès à la position ennemie. A cause de la difficulté du passage, elle n'est pas gardée. Les troupes de l'Etat en profitent pour s'avancer jusqu'à vingt mètres des soldats de Gongo sans être inquiétées. La surprise est complète et l'ennemi ne peut se rallier, à cause de la rapidité de la poursuite. Les pertes de Gongo s'élèvent à quatre- vingts tués, de nombreux blessés et prisonniers, quatre drapeaux et une grande quantité de fusils.

Deuxième combat de Batubenge, 9 mai 1892.

Le 9 mai, l'élite des forces de Gongo avec les chefs Lupaka et Katako revient à l'attaque.

A la vue des bandes nombreuses couronnant, dès l'aube, le faîte des hauteurs entourant la position de Batubenge, sur le Sankuru, vers le sud-est, le sud, et le sud-ouest, les auxiliaires, gens de Pania-Mutombo, se dispersent. Enhardis par cette fuite, les gens de Gongo, qui ont pris position, se précipitent avec une ardeur nouvelle, croyant à une victoire facile. Les chefs des bandes crient à leurs hommes : « Ne tirez pas, ce sont des wachenzis, " (indigènes ou sau- vages), " faites-les prisonniers et enchaînez-les ».

Au lieu de la victoire aisée qu'ils escomptent, ils sont accueillis par le feu nourri des tirailleurs d'avant-poste, dans une vallée profonde qu'ils doivent traverser pour arriver à la position des troupes de l'Etat. En quelques instants, leurs chefs sont tués et les bandes, mitraillées de

70

tous les côtés, pronnont la Cuito. Oon^o, n'osant traverser 1(^ Lupun<;'ii, se porte vers le sud.

Combat de Kisima-Sauri, 12 mai 1892.

Enfin, le 12 mai, de Wouters rejoint Dlianis à Hatubenge et va incendier, à Kisima-Sauri, le boma occupé par Gongo, ({ui s'entliit Jusqu'à Mpai'u, à quatre jours de marche au sud-est de Batubenge.

Les résultats de ces premières victoires sont énormes.

Les indigènes voient que, sans leur secours, les troupes de l'Etat ont détruit la puissance de Gongo;

Les chefs indigènes sont avertis que, s'ils favorisent encore les menées des Arabes, ils seront considérés comme ennemis de l'Etat et traités comme tels. Ils sont prévenus que tout ditïérend entre les tribus, à l'ouest du Lomami, doit être soumis à un fonctionnaire de l'Etat, et que tout tribut doit être payé à l'Etat et non aux Arabes.

3^ Les victoires de Batubenge ont empêché la dévasta- tion complète du pays;

4" Le grand chef Batubenge et Mwana Kimwanga vont se fixer à Lusambo avec leurs peuplades et font leur soumission.

5" Le fils de Batubenge, que Gongo a fait prisonnier, est renvoyé du Lomami avec des propositions de paix de Gongo.

6"" Gongo lui-même envoie une ambassade spéciale.

C'est la soumission à l'Etat de tout le pays compris entre le Sanlmru et le Lomami, soit un territoire de cent vingt kilomètres de largeur sur cent quatre-vingts de longueur.

Gomme conséquence de ces événements, le principal champ de chasse aux esclaves est interdit aux Arabes. De plus, ils ne peuvent dorénavant exiger de Lupungu les tributs exorbitants qu'ils font payer en " mandibas « (étoffes indigènes). C'était frapper les Arabes au cœur. Sans esclaves,

\

80

ils ne peuvent plus trafiquer ni transporter leur ivoire à la côte; sans mandibas, ils ne peuvent rien acheter au marché de Kassongo, ni dans le Samba, ni dans le iMaleba; c'est le blocus de Kassongo, le principal centre arabe.

Victoire sur Kibalabala.

Le 19 mai, Dhanis attaque les Bakwa Sumpi dont le chef Kibalabala a massacré John Bey et les Haoussas de l'expé- dition Michaux. Ce chef est tué et cent de ses guerriers tombent entre les mains de Dhanis qui rentre au camp ramenant avec lui plus de deux mille prisonniers de guerre et esclaves affranchis. Il y trouve le docteur Hinde, qui vient le rejoindre pour prendre part comme médecin à l'expédition du Katanga, ainsi que le lieutenant Scheerlinck.

Suivant des ordres arrivés d'Europe, Dhanis, aidé du docteur Hinde, s'empresse d'exercer des hommes, de trier les marchandises, et de préparer des charges pour une cara- vane de quatre cents hommes, pendant un an^ en vue de l'exploration des régions du Katanga.

A ce moment juillet 1892 le commissaire du dis- trict découvre qu'un trafic régulier d'hommes se poursuit, les gens de l'amont, les Basongos qui sont eux-mêmes cannibales, étant accoutumés de vendre des esclaves et des enfants aux Basongos-Menos, comme provision de bouche.

En conséquence, le commissaire ordonne aux sentinelles surveillant la rivière, darrôter ou d'attaquer à coups de fusil tout canot descendant la rivière avec des enfants à bord.

Il parvient à en capturer quelques-uns et réussit à arrêter ce trafic.

C'est pendant que Dhanis remporte ses premières victoires que se produit le soulèvement de Riba-Riba et le massacre de l'expédition Hodister.

Après la défaite de Gongo Lutete par Dhanis et Descamps,

<S| ^

les chefs arabes des Stanle3'-Falls déclarent se désinté- resser (\o cette allai re, répondant aux demandes ofTicielles d'intleninité, qu'ils ne sont pas res[)onsal)les des actes rie Gon'^o Lutete, (jui a marché sans leurs ordres.

Soumission de Gongo Lutete.

Gongo, convaincu par trois insuccès qu'il est le i)lus faible, froissé par Sel'u, et voyant que la protection des Arabes devient, somme toute, illusoire, fait des proposi- tions de paix (19 juillet).

De Wouters et le docteur Hinde se rendent aussitôt à Pania- Mutombo pour se mettre en rapports avec cinq délégués du chef arabe. Satisfaits de leurs déclarations, ils les envoient avec des présents et sous bonne escorte à Lusambo. A la suite des propositions de paix de Gongo, les lieutenants Scheerlinck et Duchesne sont envoyés au Lomami avec une troupe de quatre-vingt-huit soldats, pour entamer les négociations avec le farouche et puissant chasseur d'esclaves: ils doivent poser les préliminaires de la paix, établir un poste chez le sultan et l'engager à être du voyage qui se prépare au Katanga chez Msiri.

D'étranges rumeurs circulent. Une expédition de blancs remonte, dit-on, le Lomami et a battu le chef Katambwé, à trois jours en aval de Gandu, le chef-lieu de Gongo Lutete, sur la rive gauche du Lomami.

Ignorant les événements de Riba-Riba, Bena Kemba et Nyangwe, le commandant du Lualaba ne peut apprécier à ce moment toute l'importance de l'offre de soumission de Gongo. Comment peut-il savoir qu'en acceptant la paix, Gongo trahit ses anciens chefs à la veille d'une invasion qu'ils ont résolue ensemble, et dont il était l'avant-garde?

Le 20 août, Dhanis quitte Lusambo avec cent quarante hommes. Il a comme adjoints le docteur Hinde, le lieutenant de Heusch, les sergents Gerckel et Prégaldien, et s'avance

82

entre le Sankuru et le Lomami, pour se rendre chez Gongo et maintenir ouverte la voie d'accès au Katang-a.

De Heusch, qu'accom[)ag"ne le sergent Gerckel, est chargé d'aller fonder un poste provisoire dans le sud, chez le grand chef Lupungu.

Le 24 août. Dhanis remot sa caravane en état au village de Pania Mutombo et recrute ses porteurs.

En traversant le Sankuru, l'expédition marche pendant cinq jours à travers une région déserte il est très diffi- cile (le ravitailler la caravane, et arrive au village de Mono- Kialo, le f septembre.

Mono-Kialo est un chef de race balaba ; le grand chef est Lupungu, à quatre jours de marche vers le sud.

Dhanis y est sollicité à la fois par Gongo et Lupungu, avec force présents, de leur faire visite en premier lieu. Gomme la générosité de Gongo est plus grande, le com- mandant tourne vers le nord-est pour se rendre chez lui.

La marche jusqu'à Gandu, résidence de Gongo, sur le Lomami, se déroule à travers une région dévastée par les chasseurs d'esclaves à la solde de Ïippo-Tip. Dhanis y arrive le 13 septembre. La joie des sujets de Gongo est très grande et la générosité de ce dernier est extrême. Les pour- parlers entamés avec le chef, au sujet de sa soumission, durent du 13 au 23 septembre.

Le 18 septembre, Dhanis a avec Gongo une explication sérieuse, parce qu'il est toujours accompagné et surveillé par des agents arabes qui ne le quittent pas. Gongo vient même la nuit au camp, en cachette. Le 19, le chef se rend chez lui en plein jour et lui fait remettre en cadeau seize pointes d'ivoire. Gongo déclare solennellement vouloir servir l'Etat tidélement et ne plus vouloir payer tribut aux Ara- bes. Il se proclame chef indigène et se dit décidé à s'aff'ran- chir de Tippo-Tip. Il accepte d'exercer son autorité du Lomami au Lubefu, sous la direction du chef de poste de Gandu et il admet que Lupungu relèvera directement de

DC WOUTERS d'OpLIXTER.

Michaux.

De Hbusch.

Cassart.

Cliché* du Mouvement géographique.

83

l'Etat et ne devra plus lui payer tribut. MnOn, il prie Dlianis d'annoncer sa soumission aux ^'•ens de SeCu.

Le t33 septembre, ayant appris ([ue S^fu avait pris eent de ses hommes et ravag-é deux de ses villa/^c^s [)rès du Lualaba, (ion«.^-o se dispose à marcher contre les Arabes et déclare à Fundi, l'envoyé de Sel'u, qu'il est l'ami des lùiropéens et que toute relation est rompue entre les Arabes et lui.

Cette soumission ouvre un vaste territoire à l'influence belgo-con^olaise, et assure à l'Ktat le concours d indi;L,'-ènes qui n'ont été Jus(fue que les instruments des Arabes. Dh'inis apprend par son nouvel allié le massacre d'Hodister et la capture d'entants blancs.

Pour assurer d'une manière définitive la soumission de Gong'o, le protéger au besoin contre le ressentiment des Arabes et avoir éventuellement une base d'opérations nou- velle contre les tentatives que pourraient entreprendre Sef'u et Muine-Mohara, le poste de Gandu, résidence de Gong"o, esi renforcé. Le commandement en est confié au lieu- tenant Duchesne, qui as)us ses ordres le sergent Prégal- dien et quarante soldats réguliers.

Soumission de Lupungu.

La palabre avec Gongo étant terminée, Dhanis se remet en route dans la direction du Katanga et, après six jours de marche, arrive à Kabinda chez Lupungu, de Heusch et Cerckel travaillent depuis quinze jours à établir une station. Le 4 octobre, il reçoit la soumission du grand chef des Balubas. C'est qu'il apprend que les Arabes s'avancent vers le Lomami.

Le 6 octobre, un courrier de Gandu apporte la nouvelle que Set'u exige que le poste du Lomami soit levé et tente de s'emparer de Gongo, Le 7, Lupungu reçoit un messager de Sefu. Gongo en a reçu un le 3 octobre. Tous deux font

81

répondre qu'ils relèvent directement de l'Etat et n'ont plus rien de commun avec les Arabes.

En môme temps, on annonce à Dlianis que les Arabes se fortifient dans l'Imbadi, à l'est du Lomami, sous le com- mandement d'un indigène, Dibue, et de l'Arabe Mobamed- ben Radjabou, et que les chefs de postes de Set'u cap- turent des gens de Lupungu, de Kolomani, de Goïmuyasso et surtout de Gongo. L'acte de Congo a soulevé la colère de Sefu, et il a résolu de se venger de l'ancien esclave de son père et des chefs indigènes qui l'ont suivi dans sa défection. Sefu quitte les Falls à la tête de forces considé- rables, et va occuper la rive droite du Lomami.

A ces nouvelles, Dhanis se décide à se rendre à Lusambo, pour y chercher des munitions, de l'artillerie et des auxi- liaires.

Pour suppléer à l'insufifisance des soldats réguliers, les meilleurs porteurs manyanga et autres sont enrôlés comme soldats et exercés sans retard. Une ligne de transport, reliant Lusambo à Gandu, est créée. Gongo assure le ser- vice jusqu'à Katambwe, Lusambo et le restant de la route.

Un poste est fondé chez Lupungu. Le lieutenant Scheer- linck, ayant sous ses ordres trois Européens et cent soixante soldats, en reçoit le commandement,

Un poste de surveillance est installé à Goïmuyasso, au confluent du Lomami et du Lurimi.

Le poste de Lupungu reçoit l'ordre de faire des recon- naissances vers le Lomami.

A Lusambo, Dhanis rassemble toutes les charges et muni- tions disponibles, et informe le gouverneur général de la situation, en lui demandant les renforts, de toute nature, nécessaires pour mener à bien la campagne qui va s'entamer.

85

Exigences de Sefu.

Pendant ce temps, le lieutenant Scheerlinck a reru, le •22 octobre, à Kolomnmi, il se trouve dc^puis le 20 octobre, avec le docteur Hinde et cent douze hommes, une lettre (lu sergent De Hruyne, adjoint au résident de Kassonf^'-o, annonçant (fu'il se trouvait en ce moment avec Soin, et ({ue cet Arabe se disposait à entamer la lutte avec dix mille hommes armés à Imbari.

'' Hodister et ses compagnons avaient été odieusement mutilés et massacrés. Emin Pacha était tombé sous le coup des Arabes. Sefu voulait punir Gongo de son acte auda- cieux et priait Scheerlinck de se rendre à Ikere, sur la rive droite du Lomami, pour y avoir une entrevue avec lui.

« Le plan de Sefu était, après avoir tué les blancs, de s'emparer de tout le pays jusqu'à Léopoldville. Le seul moyen de salut était de lui livrer Gongo Lutete ou de lui envoyer sa tête comme présent et ensuite de quitter le pays, que Sefu prétendait être à lui. Au cas ces deux conditions ne seraient pas imm^édiatement remplies, Sefu traverserait le Lomami et attaquerait les blancs. C'est l'insurrection du Manyema, l'écrasement des blancs et la perte irrémédiable d'une colonie prospère, fondée au prix des plus grands sacrifices. »

Les prétentions ridicules et téméraires de Sefu sont naturellement repoussées.

Les troupes de l'Etat se hâtent de marcher vers Goïmuyasso, sur le Lomami, pour y arriver avant les Arabes et les empêcher de passer le fleuve, en attendant les renforts suffisants pour prendre l'offensive.

Le 3 novembre, de Wouters quitte Pania-Mutombo avec le canon Krupp; Dhanis, lui-même, le suit dès le lendemain.

Les forces qui vont se trouver en présence sont les suivantes: du côté des Arabes dix mille hommes, armés de lances, flèches et six mille fusils; du côté des Européens: trois

80

cent cinquante soldats réguliers, armés de fusils perfection- nés, un canon Krupp de montagne de 7.5 centimètres; et comme auxiliaires: Gongo avec environ deux mille fusils à piston; Lupungu-Kolomami, avec mille fusils à piston; Pania-Mutomho avec quatre cents fusiJs à piston.

De plus, un grand nombre de chefs à Test du Lomami ne veulent pas suivre Sefu dans son expédition et n'atten- dent qu'une occasion pour se ranger sous le drapeau de l'Etat.

A la lettre du 22 octobre du sergent De Rruyne, le lieutenant Sclieerlinck répond qu'il n'a pas les pouvoirs voulus pour traiter avec Sefu et pour dépasser le Lomami. En môme temps, il transmet cette lettre à Dhanis et se porte de Kolomami à Goïmuyasso, pour y attendre Sefu et le conduire chez Lupungu en vue de s'y entendre avec lui. Sefu doit se rendre au Lomami, accompagné seule- ment de quarante fusils. En même temps, Scheerlinck prévient et appelle de Heusch, qui accourt avec toutes ses forces et munitions disponibles, tandis que Gerckel demeure à Lupungu avec une très faible garnison.

La caravane de Scheerlinck est forcée de traverser vingt-cinq rivières et ruisseaux, affluents du Lurimbi et atteint Goïmuyasso, le 26 octobre 1892. Scheerlinck y installe un camp, et organise tous les travaux en vue de barrer le détilé. Le jour suivant, les espions rapportent que Sefu, qui est à son camp d'Ikere, au nord-ouest de Dibue, a ordonné à Gongo-Muchofa et à Nyan-Gongo, deux chefs de la rive droite, à cinq ou six heures de marche vers le nord, de tenir leurs pirogues prêtes pour passer ses soldats, car, dans peu de jours, il a l'intention de traverser la rivière dans leur voisinage. Dibue, quoique ne voulant pas prendre part à la guerre, a été contraint par Sefu de joindre ses forces aux siennes.

La même après-midi, une nièce de Goï, femme-chef de l'amont du Lomami, apporte la nouvelle que Mahomedi

87

et Dibiie ossnionl de Irnverseï' l;i i"i\ièi"(' o\\ fiice de son village, l'un à quatre heures en amont de Ooïmuyasso, l'autre au passade redouté, mais (fu'olie a i'Of)oussé les premiers canots. Sei'u et Muson^'-ela j)asseront à Gandu, dont ils feront le siège. Le premier est le commandant en chef.

Hinde et Scheerlinck décident alors de se mettre en marche, la nuit.

Le 2\) octobre, une seconde lettre de De Bruyne apprend que les Arabes ont divisé leurs forces, dans l'intention de traverser la rivière en trois points simultanément, afin d'obliger leurs adversaires à se diviser eux-mêmes.

De Bruyne supplie ses compatriotes d'abandonner fidée de combattre, toute résistance étant sans espoir; il leur conseille de traverser la rivière et de tenir une palabre amicale avec Sefu. Si Scheerlinck refuse, il devra battre en retraite sur Lupungu.

Prévenus par leurs espions des intentions perfides de Sefu, les blancs refusent de s'en remettre à la générosité arabe.

Scheerlinck lui répond : « Si Sefu n'est point animé de dessins hostiles, qu'il consente, en sa qualité de vali de l'Etat, à châtier les assassins de Riba-Riba et de Nyangwe. S'il manque à ce devoir, la vengeance des blancs ne se fera pas attendre: Dhanis fondra sur lui avec des forces fan- tastiques. Et si l'on attente à la liberté ou à la vie des blancs de Kassongo, les troupes de l'Etat écraseront les Arabes depuis le Lomami jusqu'au Tanganika. «

Cette fière et comminatoire réponse ne produit aucun effet. La situation est grave, mais les indigènes, qui ont des raisons de haïr les chasseurs d'esclaves, exultent à l'idée de battre leurs bourreaux et d'exercer contre eux les plus terribles représailles. On fusille les féticheurs qui, sur l'ordre de Sefu, pénètrent dans le camp et tentent d'enlever des pirogues à prix d'or. L'action est imminente.

88

Scheerlinck dispose de trois blancs et de cent trente fusils, sans compter un millier d'indi^^ènes.

Le 2 novembre, des informations précises parviennent aux chefs de l'Etat: Muchofa tient ses canots prêts pour le pas- sage des forces de Sefu.

Hinde descend vers la rive du fleuve avec quarante hommes dans le but de détruire, si possible, les canots et, dans le cas contraire, pour essayer d'arrêter les forces arabes au passage de la rivière. Hinde parvient à rallier à l'Etat le chef Nyan-Gongo.

Tandis qu'il patrouille le long de la rivière en amont et en aval, il apprend par ses espions que Sefu essaye de la traverser dans les environs.

Le lieutenant Scheerlinck arrive au camp de Hinde, le 7 novembre, ayant laissé de Heusch au poste de Goïmuyasso. Hinde est prévenu, le 9 novembre, par un billet de de Heusch, que ce dernier sera probablement coupé de lui à ce moment, un prisonnier l'ayant informé spontané- ment que Sefu ferait une attaque dans la matinée du 11. Hinde lève le camp et arrive à Goïmuyasso. En prévision de l'attaque du 11, quelques chevalets pour fusils sont placés de manière à commander les principales routes autour du camp.

Le 11, des lettres du commandant Dhanis parviennent à Hinde; Dhanis espérait arriver le 14 avec dix mille alliés indigènes environ et donnait l'ordre de ne pas passer la rivière jusqu'à ce moment, sous aucun prétexte.

Un détachement, sous le commandement de de Heusch, est envoyé en amont, les Arabes essaient de s'emparer d'un certain nombre de canots; l'ordre était de faire des- cendre ces embarcations jusqu'au camp ou, au besoin, de les détruire.

De Heusch traverse la rivière dans un vieux canot oublié, mais il est forcé de battre en retraite sous une grêle de balles.

S<)

C'est ici que s'intercale un trait d'hôroïsme, digne de Rogulus, mais, hclas! bien inutile.

Le 11 novembre, à trois heures du soir, Scheerlinck reçoit une lettre de De Bi'uyne, TinCormant qu'il esta trois heures du Lomami avec deux à trois cents Arabes, et qu'il ira à la rivière le lendemain, pour y signifier de vive voix les ordres de Sefu.

« Sefu, écrit le malheureux De Bruyne, n'aura garde de se déranger pour m'accompagner. « Moi, je reste étendu V sur ma natte. D'ailleurs, moi, je suis le grand chef, et ?' ces blancs me prennent pour leur esclave! S'ils veulent T me voir, ils n'ont qu'à venir ici. » Jamais, lieutenant Scheerlinck, je n'ai vu un individu aussi stupide, aussi abruti, aussi lâche, aussi menteur que cet ignoble assas- sin de Sefu. Je suis traité ici en vil esclave, etc., «

L'entrevue émouvante de Scheerlinck et de De Bruyne a lieu le 15 novembre, Scheerlinck a placé ses meilleurs tireurs dans les roseaux bordant la rive et a pris toutes ses disposi- tions pour sauver l'infortuné sergent; il a la certitude que Lippens est mort, car celui-ci lui a écrit, le 6 octobre, une lettre dont voici un passage significatif: " Depuis quatorze mois, je suis mortellement malade. Après avoir eu la dysenterie à Léopoldville et une rechute en route, j'ai été, dès mon arrivée à Kassongo, atteint de la variole, suivie d'une terrible maladie de poitrine; ensuite, nou- velle dysenterie extrêmement violente, après cela une hépa- tite suivie d'un abcès au foie; j'ai celui-ci hypertrophié: j'ai de plus une maladie de cœur, de l'estomac et des intestins, et une grave affection des reins ru

" Mon pauvre ami, dit Scheerlinck à De Bruyne, Lippens n'est plus en vie. Vous pouvez vous évader sans manquer à l'honneur, ni au dévoûment que vous professez envers votre chef. Vous ne le retrouverez plus «.

•' Les Arabes, répond Do Bruyne, m'ont assuré qu'il n'est pas mort 55.

<)0

« Mensong*e! reprend Scheerlinck. C'est pour vous enga- ger à rester. Allons, décidez-vous. L'occasion est unique. Mes hommes tiennent vos g-ardiens au bout de leurs fusils. Pourquoi retourner chez vos bourreaux? Songez aux supplices qu'ils ont fait endurer à Hodister, à Michiels... »

Scheerlinck et le docteur Hinde insistent, très pressants.

" Je vous en supplie, dit-il enfin, d'une voix grave, ne me tentez plus. Si Lippens est vraiment mort, je chercherai à fuir: donnez-moi une boussole afin que je m'oriente. »

Ce désir ne peut être satisfait.

L'entrevue dure plus de deux heures. De Bruyne n'a pas la force de crier adieu. Il fait un geste douloureux et retourne se livrer aux soldats arabes, dont les yeux ardents le convoitent comme une proie.

Scheerlinck et les siens le regardent disparaître, navrés, et comprennent déjà tout ce que ce jeune homme a révélé d'héroïsme.

De Bruyne tint sa parole de soldat et quelques jours plus tard il était massacré, ainsi que son chef.

Le 19 novembre 1892, le lieutenant Michaux se rend à Gandu avec quatre-vingts hommes, pour renforcer le lieu- tenant Duchesne, qui était avec Gongo Lutete à N'Gongo; le 20, Dhanis se trouve à Goïmuyasso avec Kolomami et deux cents fusils. Le 21, arrivent de Wouters avec le canon Krupp, le sergent Cerckel avec Lupungu et deux mille fusils.

Le 21 novembre, toutes les forces de l'Etat se trouvent réunies sur la rive gauche du Lomami, entre Goïmuyasso et Gandu, pour barrer la route aux Arabes, lorsque le 21, vers minuit, Dhanis appr-end que les Arabes établis sur la rive droite tentent le passage de la rivière, à dix heures en avant de son camp. Ce sont Dibue et Mohamedi qui tentent une fausse attaque. Dhanis expédie immédiatement sur les lieux le sergent monrovien Albert Frees et le caporal

LiPPEXS.

Sergent De Bruyne.

POXTHIER.

TOBBACK.

Clichés du Mouvement géographique.

91

I»oii^;i, avec quarante hommes, ainsi (|ue les auxiliaires (le Lu|)un»^u, Kolotnani (U Cloïmuyasso.

Pendant ce temps, la même nouvelle arrive à Gandu, et Gon^i^o avec tous ses hommes marche toute la nuit du LU au -22 novemhre, pour alleindre Chi^-e, point de pas- sa ;,''e des Arabes.

Dhanis fait appel au courage, au devoùment et à res[)i'it de race de tous pour passer le Lomami.

Combat de Chige, 22 novembre 1892.

Le 22, à la première heure, le lieutenant Michaux quitte Gandu avec Duchesne, Prég-aldien et son détachement, comprenant cent fusils rayés. Il atteint Chige à six heures et demie du soir. A son arrivée, il trouve Gong-o et Albert Frees aux prises avec l'ennemi. La nuit interrompt l'action et chacun conserve sa position.

Le 23, au matin, Gongo fait prévenir le lieutenant Michaux que ses fusils sont mouillés et qu'il ne peut attaquer avant qu'il y ait du soleil; le lieutenant com- prend qu'il doit en être de même du côté des Arabes et se décide à attaquer seul et de suite, pour profiter de cet avantage momentané. Frees, lancé en avant, emporte un premier boma; Michaux et Frees prennent le second, puis les troupes de l'Etat poursuivent jusqu'au Lomami les Arabes en fuite. Affolés, ceux-ci se jettent dans la rivière, qui à cet endroit a environ cent mètres de large et un courant de quatre milles à l'heure. Des centaines d'ennemis se noient ou sont tués par les auxiliaires chargés de la poursuite.

Les pertes des Arabes au combat de Ghige sont considéra- bles : près de quinze cents fusils à capsules et trente fusils à répétition pris ou perdus dans le Lomami ; cinq cents à mille hommes tués sur le champ de bataille, et, en plus, deux à trois mille tués ou no^^és dans le Lomami; mille

- 02

prisonniers; presque tous les chefs morts ou fortement bles- sés; trois drapeaux enlevés; enfin, la plus g^rande partie de la poudre et des capsules des Arabes perdues dans le Lomami. Trois chefs sont faits prisonniers. L'un d'eux, appelé Sadi, ancien soldat de Stanley, avait les bras brisés, la cuisse et le crâne lacérés par les balles; malgré cela, il languit pendant trois semaines.

De plus, Sefu a le bras traversé par un coup de feu; mais, il a passé la rivière avant le commencement de la bataille et il échappe ainsi; Muine Mohara, son allié, qui s'apprêtait à franchir le Lomami, s'est sauvé avec toutes ses troupes, et tout le pays à l'est du Lomami veut se détacher des Arabes pour se ranger sous les drapeaux de l'Etat.

Le sergent Albert Frees et le caporal Benga étaient arrivés les premiers aux palissades du fort, Frees avait même été blessé de trois balles. Benga, véritable athlète, par- vint, en courant de toute sa vitesse et en se lançant contre la palissade, à déchausser deux ou trois pieux, ce qui fit une brèche à travers laquelle lui et Frees, promptement suivis par leurs hommes, réussirent à pénétrer.

Quant à Dhanis, le lendemain du départ de Frees et Benga, il avait reçu la nouvelle, par un homme portant un fusil arabe, que les ennemis étaient en force, et que malgré un combat sérieux, la position n'avait pas été empor- tée. Il était parti immédiatement pour le champ d'action avec Hinde, Scheerlinck et un détachement de ses meil- leurs hommes. Il avait marché la moitié de la nuit; mais, arrivé dans une forêt très dense, il était dange- reux de se mouvoir, il avait couché sur le sentier même et attendait l'aurore. Le lendemain matin, il netait en route que depuis trois heures, quand il rencontra un certain nombre d'indigènes qui lui étaient envoyés avec une lettre de Michaux. Ils étaient armés de Winchester

93

à répétition et escortaient d(is prisonniers; preuve d'une victoire sur les Ara))es.

Les troupes de l'Etat passent le Lomami.

Le traité conclu par Stanley à Zanzibar fixait le Lomami comme limite extrême du territoire arabe. Les Arabes ayant dépassé celte frontière et attaqué les blancs, sous les ordres de Sefu. Dlianis fait franchir la rivière à ses troupes, en deux colonnes. Michaux avec Gongo, passe le Lomami à Gandu et se dirige vers Dibue. Le même jour, 26 novembre, Scheerlinck et le docteur Hinde, à la tête de l'avant-garde, traversent également la rivière et s'emparent, le 28 novem- l)re, après une faible résistance, du village fortifié de Chile Kasongo.

Ghilea déclaré qu'il résistera jusqu'à ce qu'on ait incendié son village: il obtient satisfaction. Mais pour rentrer au camp du Lomami, il faut faire un détour à cause de la cluileur des chimbecks en combustion. Une courte escar- mouche s'engage avec les Arabes de Kitenge.

Pendant ce temps, la colonne principale franchit elle- même le Lomami, et le passage est terminé le 28.

L'objectif de Dhanis est Kitenge. La colonne a pour auxiliaires Lupungu, Kolomani et Goïmuyasso. Les forces de lEtat comprennent: cinq mille hommes de troupes tri- butaires arabes, armés de fusils; quinze mille hommes armés de lances et de flèches, accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, et trois cents soldats haoussas, zanzibarites, monroviens, manyangas.

Le 29, la colonne principale se met en marche contre Piani Kolomani. En route, Dhanis accepte les propositions de paix de Dibue. A Kitenge, ce dernier se présente et fait sa soumission.

Du 30 novembre au 2 décembre, Dhanis séjourne à Kitenge et y reçoit les propositions de paix de Bwana Kasongo

<)1

et de Kabamba, cbefs des Bena Kelembwe et des Bena N'Guo.

Le 2 décembre, Michaux arrive chez Dibue et y trouve Je pays abandonné. Dibue s'est réfugié à l'est de Kabanaba. Michaux reçoit l'ordre de se diriger avec Gongo sur Lussuna.

Un poste de surveillance est fondé chez Piani Kolomani, et le 3 décembre, la colonne peut partir pour Kabamba, elle arrive le 1.

Le 11 décembre, Dhanis atteint Lussuna et y établit son quartier général. Le chef Lussuna s'était enfui avant l'attaque, abandonnant quatorze bœufs qui sont dirigés sur Gandu.

Michaux a amené Gongo à Lussuna avec cinq à dix mille auxiliaires et, comme Dhanis est accompagné par Lupungu, Kolomani et Goïmuyasso, le camp, à ce moment, compte environ vingt-cinq mille indigènes, quatre cents soldats réguliers et six officiers blancs.

Une reconnaissance, commandée par le lieutenant Scheer- linck, avec soixante soldats réguliers et les forces de Lupungu et de Kolomani, environ deux mille fusils et quelques milliers de lances , quitte la colonne, le 10, et se dirige à l'est de la route Kabamba-Lussuna, pour couper la retraite aux gens du Malela, qui se sont enfuis à l'arrivée de la colonne Michaux et Gongo. Cette reconnaissance, après plusieurs heures de marche, attaque la droite et la gauche d'une longue file de villages, qui sont emportés à la première décharge. Elle fait trois cents prisonniers, capture une centaine de bêtes: chèvres, moutons et porcs, et rejoint la colonne à Lussuna.

Les gens de ce pays ne veulent pas encore se soumettre, par crainte des représailles arabes. Dans ces circonstan- ces, de petites expéditions sont envoyées, chaque jour, dans toutes les directions, et reviennent avec de nombreux prisonniers. Le 20 décembre, Dhanis apprend que des bandes arabes, qui ont pris des hommes de Gongo, campent à deux heures de Lussuna. Dix espions sont envoyés en recon-

\):>

nnissnnce. Le 21, Dlianis est infoi'iiK' quo, los Arabes so sont retirés de ^Tand matin. Le 2:',, la nouxclle se répand que Muine Moliara, décidé par Sefu, passe le Lualaba avec toutes ses forces pour attaquer le camp con^^-olais, et que les deux blancs de Kassongo, Lippens et De Hruyne, ont été tués par les Arabes. Setu a même tué de sa main un nommé Mabrouki, qui voulait les protég^er.

Le 26 décembre, Lupungu, Koiomani et leurs gens malades et dépaysés quittent la colonne. Dhanis les voit partir sans regret.

Le 27, Gerckel, venant de Goïmuyasso, rejoint la colonne avec sa caravane. Il est accompagné de Dibue, qui vient faire sa soumission. Un poste est installé chez lui. Francqui est arrivé prés de Lupungu; Delcommune, venant du Tan- ganika, atteint Gandu le 19 décembre, et repart le 24 pour Lusambo.

De même que l'attaque de Sefu a forcé le commissaire du Lualaba à franchir le Lomami et à s'établir dans le pays des Bakussus, au mépris des ordres formels du gou- vernement, Dhanis est poussé insensiblement dans sa marche heureuse vers les portes de Nyangwe. capitale du Manyema.

L'inspecteur dEtat Fivé, qui dirige les opérations mili- taires contre les Arabes, est informé par lettre du faisant fonctions de gouverneur général, en date du 3 décembre 1892, qu'il lui est laissé le soin de décider s'il y a lieu de se rendre lui-même à Lusambo.

Le lendemain delà réception de ce message (28 décembre), Fivé, accompagné du commissaire de district Gillain, se dirige vers cette ville, emportant avec lui toutes les muni- tions et emmenant tous les soldats qui ont pu être recrutés à Léopoldville.

Pendant ce temps là, Mohara mobilise toutes ses troupes; il lance un appel pressant à tous les chefs arabes, leur demande des hommes, des armes et des munitions et les engage à s'allier à lui pour lutter contre l'Etat.

96

Il y a, en ce moment, à Lussuna, six agents européens, quatre cents soldats réguliers et vingt-cinq mille indigènes.

La colonne étant renforcée et le canon arrivé, Dhanis quitte le village le 29 décembre et gagne Pania Guruwe le même jour.

Bataille du Dungu, 30 décembre 1892.

Le lendemain il se remet en route et à une heure de Taprès- midi, se trouve à une distance d'une heure et demie de marche du camp de Munie Pembe, fils de Muine Mohara, qui est installé à Dungu. Trop confiant dans ses propres forces. Gongo, avec mille fusils, précédant la colonne, attaque seul l'ennemi, mais doit battre en retraite devant des forces supérieures. Cent de ses hommes tombent le crâne fracassé, sept amazones sont prises et abattues sur place. C'est à ses femmes que Gongo doit d'échapper à la mort. Le meilleur de ses capitaines, Mundallah, se sacrifie aussi pour proté- ger son chef dans sa fuite.

Dhanis se porte au secours de Gongo et attaque les Arabes de front, tandis que Michaux envahit le flanc droit de l'ennemi.

Les fusils rayés et le canon répandent la terreur parmi les Arabes et transforment la défaite de Gongo en une brillante victoire.

Les Arabes mis en déroute sont forcés de repasser le Lualaba dans le plus grand désordre, pour se retirer à Nyangwe.

Vingt minutes plus tard arrive Scheerlinck; il s'avance pour rejoindre le commandant Dhanis et est suivi bientôt du capitaine de Wouters avec le canon. Le combat en retraite dure une heure. La colonne pénètre alors dans le camp de Msembe, autour du village de Kasongo-Lua- kila, elle s'empare de vingt barils de poudre et de nombreux objets ayant appartenu à l'expédition Hodister.

<I7

Les Arahos (jui, à ce comhul, disjjosaicnt d'un millier (le (usils, p(M'(lent plus de deux cents hommes, tués pendant le combat ou laits prisonniers. De plus, leur retraite est ((vile- ment précipit(3e que beaucoup de leurs ^ens meurent en route. Ils tuent des femmes pour ne [)as les laisser tom- ber au pouvoir des l)lancs et coupent mtvme les mains de i)lusieurs d'entre elles, pour leur enlever leurs bracelets. L'Etat a quatre-vingt-deux tués et blessés.

Munie Pembe et ses hommes se sauvent jusqu'à Nyangwe.

La colonne arrive à Mohadi, le 1 janvier; elle francliit cette rivière le 2 et campe à (ioïo Kapopa, le même jour, à environ trois cents mètres au-dessus de la plaine environ- nante. Goïo Kapopa est situé dans l'angle formé entre le Monadi et le Lut'ubu, deux grandes rivières impraticables sur lesquelles Dhanis lait jeter des ponts pour prendre SeCii à revers. La colonne s'y arrête plusieurs jours pour y attendre des renforts.

Elle reçoit dix-huit hommes venant de Goïmuyasso et apprend que Munie Mohara est dans la Samba.

Défense de Cassart, 8 janvier 1893.

Bien que son terme de service fût expiré, Cassart, ancien adjoint de l'expédition Delcommune. se disposait à rejoindre Dhanis à Goïo Kapopa pour lui apporter le secours de vingt- six soldats, d'une cinquantaine d'indigènes sujets de Gongo, porteurs de fusils et de cartouches provenant des expé- ditions Delcommune et Francqui. Cassart, venant de Gandu, quitte Lussuna le 8 janvier de grand matin. A quatre heures de l'après-midi, ses hommes étant fatigués, il s'arrête pour camper au bord d'une vallée.

Le 9 janvier 1893, vers cinq heures trois quarts, il s'ap- prête à quitter Kasongo-Luakila à quatre lieues du camp, lorsqu'il y est soudainement attaqué par les forces de Munie Mohara et de Munie Pembe, qui se proposent de

98

contourner la position de Dlianis el de le prendre à revers, tandis que d'autres troupes arabes, sous la con- duite de Sef'u et de Mohamedi, se ran'^'-enL sur l'autre rive du Kipan^ifo. Munie Pembe, qui a reçu des renforts, doit attaquer le flanc gauche; Sefu, ([ui s'est installé à Test, doit accourir et enfermer les troupes de l'Etat, dans l'angle formé par le Mohadi et le Lufubu. Après une série de combats qui commencent dans la plus pro- fonde obscurité et qui durent plus de cinq heures, Cassarl parvient à défendre son convoi de munitions contre cinq mille Arabes et à mettre l'ennemi en fuite.

Le 9 janvier, dans la matinée, Dhanis, qui surveille le camp de Sefu, apprend le danger que court en ce mo- ment Gassart; il envoie en toute hâte, à son secours, une colonne composée de cent soldats sous les ordres de de Wouters, accompagné de Michaux. Elte prend une route trop au sud et s'égare. Dhanis expédie alors vers le lieu du combat le lieutenant Scheerlinck avec cinquante hommes et une centaine de guerriers de Gong-o.

A deux heures, Gassart arrive à Goïo Kapopa sans avoir perdu une seule charge, et le détachement rentre à six heures du soir. ^

Gassart apporte cinq mille cartouches et quarante chas- sepols qu'il a enlevés des caisses ils se trouvaient, afin d'armer ses porteurs indigènes.

Après avoir marché plus d'une heure sans avoir pu rejoindre Gassart, le détachement de de Wouters rentrait au camp, lorsqu'il rencontra le lieutenant Scheerlinck, qui lui apprit l'attaque de Gassart par les forces de Muine Mohara. Le détachement, fort alors de cent soixante-dix hommes, con- tinue sa marche et, à une lieue au delà de Mohadi, aperçoit à deux mille mètres, dans la direction sud-sud-ouest, le camp de Muine Mohara, établi à l'extrémité d'un plateau, le flanc gauche et le front couverts par les marais. Seul le flanc droit qui a devant lui un vaste plateau, est accessible.

'.n> -

Pour attaquer ce liane, la colonne doit exécuter à (Jix- liuit cents mètres du carnj) une înarclie> de liane à décou- vert, ce (|ui permet aux Arabes dci se poi'ter en masse au |)oint menacé.

Attaque du camp arabe, 10 janvier 1893.

L'attaque se fait en trois colonnes. Le lieutenant Michaux commande celle de droite, le lieutenant Schecrlinck celle de gauche et le lieutenant de Wouters, le centre. Les colonnes d'attaque s'avancent jusqu'à vingt mètres des Arabes sans tirer, puis ouvrent un feu violent et s'élan- cent à la charge. Les premier et deuxième pelotons atta- quent alors de iront, landis que le troisième prend d entilade l'unique rue du village.

Les Arabes battent en retraite au premier choc, et, cent mètres plus loin, se débandent. La poursuite, d'abord faite par des soldats réguliers, est ensuite confiée aux gens de Gongo. Muine Mohara dirigeait le combat en première ligne. Suivant son habitude il avait pour toute arme un long bâton, qui est criblé de balles. Blessé d'un coup de feu à la jambe, le matin, dans le combat contre Gassart, il est porté par ses femmes. Il se fait tuer [)ar de Wouters plutôt que de fuir. Sa mort est le signal de la déroute. On apporte sa tète à Dhanis, vers huit heures du soir.

La colonne trouve dans le camp arabe de nombreuses charges, quatre barils de poudre, quatre mille capsules et de nombreux objets provenant de l'expédition Hodister.

De Wouters allait se mettre à la poursuite des Arabes, lorsqu'il apprend que Sefu compte attaquer le lendemain le camp de Goïo Kapopa; il se hâte de rejoindre Dhanis le même jour.

Les forces de Munie Mohara, contre lesquelles ont lutté les troupes de l'Etat, comptaient deux mille hommes.

100

Grâce à ces victoires, Dlmnis n'a plus devant lui. Je 10 janvier 1893, (|ue Sel'u qui a pris possession, à trois ou quatre lieues de distance, de la rivière Kipango.

Fuite de Sefu.

Le 11 janvier, Dlianis fait construire des i)onts sur le Lut'ubu, avec l'intention d'attaquer Sefu le 12. Un déta- chement comprenant un officier et soixante hommes est charge de protéger les travailleurs.

Malheureusement le détachement s'avance jusqu'au Ki- pango en face du camp de Sefu et entre en lutte avec Mohamedi, lieutenant de Sefu, qui veut s'op[)oser au passage de la rivière. Au premier coup de feu Sefu s'enfuit et la reconnaissance se retire ai)rés avoir tué cinq hommes, le Kipango n'étant pas franchissable à gué.

Le 12 janvier, les troupes de l'Etat passent sur des ponts le Lufuhu et le Kipango; elles trouvent le camp de Sefu vide, tandis qu'elles espéraient prendre les Arabes à revers et les jeter dans le Lufubu. Des routes larges de dix mètres, improvisées dans les hautes herbes, prouvent la» précipi- tation de la fuite. Le matin même de ce jour, apprenant la mort de iMunie Mohara et la fuite de Sefu, Mohamedi est parti avec tout son monde.

Luttes aux approches de Nyangwe et prise de cette ville : 4 mars 1893.

La route de Nyangwe est libre et les troupes arrivent devant cette ville le 21 janvier, à deux heures de l'après- midi. Au passage de l'expédition, les trois grands chefs du Samba offrent leur soumission.

Cette contrée est fort riche en sel, extrait de marais situés près du Lufubu, et qui sert de monnaie d'échange. Il y existe aussi des sources thermales d'une température de 50" environ.

Les troupes de l'Etat s'installent en face de Nyangwe,

101

à trois kilomètros do la l'ivc^. ^{uiclie. du Lualal)a qui, à cet ondi'oil, a neuf conls uièlrc^.s (1(^ lar^cnir. La vilh; s'rU'nd sur plusieurs kilomètres de lou^ucur.

Les Arabes y soûl, (Muhusqués daus des Lrancliées cous- truites le lon^- de la rive droite et armés d'uu ('crlaiu nombre de fusils perfectionnés, dont les balles sifflent bientôt aux oreilles des nouveaux venus. Malheureusement, les trou|)es de l'Etat ne disposent |)as d'embarcations et doivent se borner à faire le coup de feu d'une rive à l'autre et à bombarder la ville de temps en temps.

A ])artir du 25 janvier, les i)elotons de MM. de Wouters d"Oplinter, Michaux, Scheerlinck et du docteur Hinde, se relaient pour la garde de la rive et le combat journalier avec les tirailleurs arabes.

Le 28, treize obus tirés sur Nyangwe y provoquent une panique indescriptible. Le lendemain, Dhanis envoie une caravane chercher à N'Gondu, le canot démontable laissé par M. Francqui. Une caravane est expédiée, en môme temps, pour prendre à Lusambo la grande baleinière et une baleinière plus petite, si la première ne peut être démontée. Ordre est donné d'envoyer les charpentiers et les forgerons.

Le 14 novembre, une réquisition avait été envoyée au commissaire de district du Lualaba, pour signaler la situation et réquisitionner un détachement de cinquante hommes armés et commandés par un blanc.

En sus des mesures prises pour le passage du Lualaba et l'attaque éventuelle de Nyangwe, les ouvriers de Gongo Lutete commencent à faire des pirogues.

Tous les jours de nouveaux chefs viennent se soumettre, et le 2 février, Gongo Lutete est envoyé en reconnais- sance vers le nord-ouest pour détacher les chefs de l'alliance arabe.

Le 5, Scheerlinck fait une reconnaissance vers l'amont. Le 7, le camp est attaqué timidement par les Arabes, sur la rive gauche. Le 18, la caravane envoyée pour prendre

102

\<\ Ijaleiiiière, rciilro sans elle, car celle-ci a sombré clans le Kipango, des sondages sont exécutés.

Les soumissions des chel's indigènes deviennent de ])lus en plus nombreuses. Le 24 et le 25, les Bena-Lesaschi annoncent que les Arabes réunis en grand nombre sur la rive gauche attaqueront le camp dans la nuit du 25 au 20. Le 25 février, Saïd-ben-Abedi et Piani Senga passent en amont du camp congolais avec trois mille hommes; Mohamedi, Bwana Lozi et Muini Mrou traversent en aval avec environ quatre mille hommes choisis; ils mettent deux villages en état de défense et construisent deux bomas. Toutes les dispositions de combat sont prises, mais la nuit se passe tranquillement. On travaille d'arrache- pied à la construction d'une grande pirogue; une baleinière est promise de Lusambo. Ces moj^ens de transport ser- viront aux plus intrépides à s'emparer des embarcations amarrées de l'autre côté.

Le 26, à huit heures du matin, et bien que Gongo ne soit pas encore rentré de sa reconnaissance, Dhanis se décide à prendre lui-même l'offensive et à attaquer les posi- tions ennemies situées vers l'avaL II confie la garde du camp à Scheerlinck et Gassart avec cent dix hommes. L'avant-garde, forte de soixante-dix hommes est donnée à de Wouters et Hinde. Ensuite vient Cerckel avec un canoa Krupp, puis Michaux accompagné de soixante hom- mes Dhanis part lui-même, avant neuf heures, avec soixante- quinze soldats et deux cents auxiliaires de Gongo armés de fusils.

Tandis que Dhanis s'engage sur la route de droite qui conduit directement aux bomas arabes, de Wouters suit celle de gauche, afin de prendre les forces ennemies à revers. Peu^après son départ, Dhanis rencontre l'aile gauche ennemie qui longe le Lualaba, dans le but de surprendre le_^.camp; il attaque et refoule les Arabes. Le combat en retraite continue, les ennemis se battent courageusement et

103

(lispntont ('hiKpK» nhri |)ro|)r(' i\ l:i drlVuise. A un moiiienl ilomu' 1(^ conibal. r(Ml()ul)lo de violence.

\j'A colonne de Woulers, envelo[)i)ée p(Hi iipivs le com- mencemenl du conibal, se dé^a^j^e vivement et rejKJUsse l'ennemi perpendiculairement au lleuve, tandis que la colonne Dlianis longe le lleuve.

Les Arabes s'enfuient le long de la rive, tandis que les deux colonnes congolaises commencent à tirer l'une contre l'autre, l'herbe étant très haute et aucune des deux colonnes n'étant très nombreuse.

Heureusement il n'y a (pi'un seul homme tué et trois ou quatre blessés dans cette malencontreuse méprise. Dès que les hommes sont rassemblés, ils sont lancés à la pour- suite des ennemis en retraite et arrivent à leur fort avancé auquel, après quelques minutes d'un vif eng-agement, ils donnent l'assaut.

Les Arabes, n'aj^ant pas eu le temps de s'organiser après leur défaite en terrain découvert, semblent incapables de se rallier et leurs autres forts tombent rapidement. Gomme ils commencent à se reformer dans la plaine, entre les bomas et le Lualaba, Dhanis s'avance de nouveau contre eux et les force à se retirer sur la berge de la rivière.

A environ une heure et demie de marche des forêts, le Lufubu se jette dans le Lualaba; il a, à cet endroit, environ cent mètres de large et il est très profond. L'ennemi se ras- semble dans l'angle formé par le confluent des deux rivières. A l'approche des blancs, une panique se produit dans les lignes arabes reformées, et comme Sefu et Nserera tra- ^■ersent le Lufubu, remplissant les canots de leur état- major, les soldats essaient de passer la rivière à la luige, par centaines à la fois; un grand nombre d'entre eux se noient. Bwana Lozi, frère de Nserera, l'assassin d'Hodis- ter, et Kabwari, le chef des assassins de Lippens, revêtu des dépouilles de sa victime, ainsi que quatre cents Ara-

101

bes, sont tiiés. Huit cents se noient dans les marais, dans le Lufal)u et 1(^, Lualaba.

Le lendemain, à la nouvelle du désastre, les troupes ennemies campées en amont, qui devaient attaquer de con- cert avec ceux d'aval, prennent la fuite dans le plus grand désordre et repassent le Lualaba.

Gongo renti-e le T'' mars avec de nombreux prisonniers. Le lendemain, les Wagenias, péclieurs riverains, qui ai)rès le combat du 20 février, sont venus ofï'rir leurs services pour le passage du Lualaba, annoncent qu'ils amèneront des pirogues à quelques kilomètres en aval du camp; ils demandent une force armée pour protéger le rassemble- ment et les escorter jusqu'en face de Nj^angwe.

Le lieutenant Scheerlinck, accompagné de M. Cerckel, part avec son détachement, le 2 mars, et arrive le lende- main près de l'embouchure du Lufubu. Il s'y établit. Sur l'autre rive, à neuf cents mètres de distance, comme il a été dit, se trouve un camp arabe d'environ deux mille hommes.

A deux heures, l'ennemi ouvre le feu sur les pirogues qui veulent pénétrer dans le Lufubu. Les troupes de l'Etat y répondent avec succès et la fusillade cesse bientôt.

Le 4 mars, à trois heures du matin, le lieutenant Scheer- linck apprend par les Wagenias, qui ont pris quatre grandes pirogues, que les Arabes ont abandonné leur camp en face du Lufubu, qu'ils se sont repliés sur Nyangwe, et que, de plus, ils vont abandonner la ville.

A six heures, les pirogues, montées par une partie des soldats de l'Etat, se dirigent vers le camp, escortées par le restant du détachement Scheerlinck qui suit la rive gauche du Lualaba.

A midi, cent d'entre elles sont arrivées, sans que leur voyage ait été sérieusement inquiété. Les canots partent char- gés de soldats, chaque officier blanc ayant sous ses ordres trente à quarante hommes.

Dhanis reçoit à ce moment un courrier de M. l'Inspecteur

lor.

tl'Klnl, (jui ^(Ml:^il <r;in'i\(M' ;i Lusiiiiiho ; M. Imv(', y disiiil. que i)(Mi(l;nil son s(''i()iir (hins le liniil, (loii^^o, il ;i\;iil :iiissi été d'iiNis ([ifil fnllail (l('lo<;'cr I(3S Ai';iIk'.s du Loiiiiiiui ()L dii I.u;d;d);i. Avanl de v(Miii' ;i Lusnmho, il :i doiin*' Por- (\i'c i\ (llialliu d(' s^Muparor de Bena Kainha cl de s'y (Mal)lii'; d(^ plus, il a doublé reffoctil" dos Falls. Prrs d(î Lusandx), l'inspocleur d'Etat a appris le succès de l'cxjx^ dition et il a envoyé à CJialtin l'ordre de prendre contact avec l'expédition du sud et, de concert avec elle, de l(M)dr(^ à la prise de Nyangv^^e.

Dlianis l'eçoit ce message en môme temi)s ([ue le faisant- fonctions de gouverneur général lui intime l'ordre de se maintenir sur la défensive sur la rive gauche du [.omaini. Il ne peut, évidemment, tenir compte d'aucun de ces ordi'os. Sans attendre les renforts promis de l'ouest et du nord, il doit attaquer Nyangwe, car il a pris toutes les dispo- sitions nécessaires.

Mais l'événement rend celles-ci inutiles, car la vilh^ paraît évacuée. Vers deux heures, Dhanis fait embarquer de Wouters et Michaux avec leurs hommes et des irré- guliers. Deux heures plus tard, la plus grande partie de la ville de Nyangwe est occupée, après un siège de six semaines, et le drapeau de l'Etat flotte sur la grand'place de la capitale arabe. A dix heures du soir, les troupes de l'Etat se cantonnent dans la partie haute.

Mais la position des troupes est peu enviable, puisqu'elles possèdent à peine un pied-â-terre sur la rive ennemie du Lualaba, avec une énorme rivière à l'arrière et sans aucun moyen de recevoir des renforts ou des munitions. Dlianis établit son quartier général dans la maison de Munie Mohara.

Après la prise de Nyangwe, un séjour de quelque durée dans cette ville s'imposait, pour reposer les troupes fati- guées par une campagne qui durait depuis près d'une année, et attendre les renforts en hommes et en munitions, dont

lOG

on avait si grand besoin pour mettre la place en état de défense et à l'abri d'un retour offensif des Araljes; enfin, pour achever la soumission de contrées conquises et en organiser le gouvernement.

Le surlendemain de l'occupation de Nyangwe, Munie Pembe, fîlsde Mohara, demande la paix d'une singulière façon. « Nous avons tué trois blancs, vous avez tué trois grands Arabes: l'un est quitte envers l'autre ». Munie Pembe ne se trouvant qu'à sept heures de marche de la ville, Dhanis lui fait donner la chasse par Albert Frees, Gongo et ses gens, et cent cinquante soldats.

Le 7, Scheerlinck, sur la rive, voit arriver une pirogue portant le drapeau de l'Etat. Un nègre en sort, qui aborde Scheerlinck et lui parle français! C'est « Apache r^, le boy de Lippens, qui demande la paix au nom de Sefu et offre de remettre l'ivoire et les effets des blancs. Dhanis offre à Apache le choix de rester à Nyangwe ou de retourner à Kassongo réclamer le désarmement des Arabes. Apache part et revient quelques jours plus tard, porteur de l'ivoire et des effets des infortunés Belges. Leurs gens le suivent.

Tous les jours, on fait des reconnaissances autour de Nyangwe et on ramène des prisonniers. L'expédition Frees réussit à surprendre le camp arabe, découvre et sauve deux enfants d'Hodister, Ferdinand et Joseph, et ramène le harem de Munie Pembe et de grandes quantités de poudre, d'armes et d'autre butin. Les indigènes se sou- mettent sans difficulté. Il y a encore quelques engagements mortels avec les Arabes.

Le 0, on déjoue le complot ourdi pour renouveler, à Nyangwe, les exploits de Rotopschine à Moscou; des cen- taines de maisons sont brûlées pour éviter une seconde tentative de trahison. Saïd-ben-Abedi en est l'inspirateur. La vengeance des Belges est aussi prompte qu'implacable. Un grand nombre de ces brigands sont exi)édiés vers la côte, via les Falls.

107

Les fiôvros sévissonl à ()ulrnnc(\ l'ii iii-niid iionibro de soldais lonihent malades et ineiirenl.

Prise de Kasoiigo, 22 avril 1893.

Après la cliule d(^ Nyan<;'\ve, Loiiles les l'orces arabes du Nvangwe, du Malela, du Sandja, de Kahambarc, etc., se concentrent à Kasong'O et mettent, la ville en état de défense; Rumaliza, l'adversaire du capitaine Jacques, se prépare également à y arriver. Il faut donc à tout i)rix se rendre maître au plus tôt de ce point important.

L'opération est malheureusement retardée par suite de l'approche des Arabes placés sous les ordres de Faki, fils de Munie Mohara qui, quittant son camp du Lomami, vient établir une position fortifiée sur le Lueki, affluent de gauche du Lualaba, à trois journées de marche au nord-ouest de Nyangwe.

Dans ces conditions, Nyangwe doit être protégée par une garnison importante. Dhanis décide donc d'attendre les renforts annoncés, et qu'amène le commandant Gillain. Ils comprennent deux blancs et cent soldats de Luluabourg et trente soldats rengagés.

Gillain arrive d'abord avec trente soldats. Doorme et Collet suivent avec cent hommes.

Michaux et Gassart partent pour l'Europe le 16 avril.

La population de Kasongo, estimée en temps ordinaire à vingt mille personnes, est plus que triplée par les forces de Sefu, de ses auxiliaires du Samba et du Malela, par celles de Bwana Nzige, Saïd-ben-Abidi, Nserera, Musungila, etc. Soixante-dix mille hommes sont réunis à Kasongo, dont dix à douze mille armés de cinquante fusils perfec- tionnés, de six mille fusils à piston, le restant muni de lances, d'arcs et de flèches. Ils sont abondamment pour- vus de poudre et de capsules.

Les forces de l'Etat se composent de trois cents soldats

lOS

réguliers (deux cent vingt all)inis) et auxiliaires, gens de Gongoet indigènes soumis du Samba et du Malela, placés sous les ordres du soldat zanzibarite Ferliani. L'expédition quitte Nyangwe en destination de Kasongo, le 18 avril 1898. Les adjoints de Dlianis sont le commandant Gillain, les lieutenants Scheerlinck et Doorme, le docteur Hinde et le sergent CerckeL Gillain et Doorme et leurs hommes for- ment l'avant-garde et sont chargés de protéger le passage de la Kunda. Ils vont camper sur la rive droite du Lua- laba et la gauche du Lulindi. Les chefs Swana, Sanbua, Bwana, Dengu et Gongo Lutete franchissent la rivière avec tout leur monde. Dhanis rejoint Gillain, puis suit la route de Saïd-ben-Abidi vers Kasongo. Le lieutenant d'artille- rie de Wouters d'Oplinter tient garnison à Nyangwe avec le sergent Collet et cent hommes formant réserve d'arrière-garde. Nyangwe, en moins de six semaines, est réduite de ville bien bâtie d'une trentaine de mille habi- tants, à l'état d'une grande maison fortifiée entourée d'un camp. De la colonne Dhanis, seuls les Wagenias, auxiliaires du pays, remontent le Lualaba en canots pour venir s'établir vers le confluent du Kabondo, afin d'arrêter éventuelle- ment les fuyards du Boungou et du Samba.

Le 22 avril 1893, dans la matinée, les forces de l'Etat arrivent en vue de Kasongo.

Capitale de Tippo-Tip et de son fils Sefu, Kasongo est bâtie sur les versants et les crêtes qui dominent la rivière Kabondo, à trois lieues au nord-est de la ville. On tra- verse des rivières sans fin. Les troupes marchent en lignes de quinze hommes de front.

L'ennemi a fait des préparatifs extraordinaires. Tous les chefs de la rive gauche du Lualaba restés fidèles à Sefu, sont placés en avant-postes à deux heures de la ville, sur une des routes conduisant au fleuve. Un cordon de senti- nelles entoure la ville. Quatre bomas ont été construits à ses extrémités et sont presque achevés. Un d'eux est

!()<)

oc('iii)é j)nr los «^ons du cIk^I' Muih(' MoIiîii'îi, un aulro par l(^s Aral)os do la l'ivc «^aucluî du Kahoiido. A riiiléri(îur (le ra^'i^iouirralion, la maison (1(; Musun^ila servant d(i roduil, enloui'o d'un nuir crénelé de deux mèlres de liau- ((MU' avec llan({ueuient, constilue un véritable château-fort. Saïd-ben-Abidi et ses soldats sont relégués ])ar S(;ru à {'(extrémité occidentale de la ville, est construit un autre bouia. Aucune de ces redoutes n'est achevée, mais les travaux sont amorcés sur les faces nord-est, faisant front à l'attaque .

A cause de l'état de siège décrété par Sefu, nul ne peut quitter Kasongo sans être mis à mort par les sentinelles. Dans ces conditions, les indigènes s'abstiennent de rentrer en ville et Sefu est sans nouvelles des troupes de l'Etat. Croyant qu'elles viendraient attaquer Kasongo par eau les pirogues montant le Lualaba avaient été signalées il a massé la plus grande partie de ses forces du côté des routes venant du fleuve et dégarni l'ouest de la ville, par il croit que viendra Gongo.

Le 22 avril, à neuf heures et demie, l'avant-garde con- golaise se trouve en présence des avants-postes arabes et essuie un feu nourri, mais les balles portent trop haut. Dhanis est en tète, ses hommes répondent sans comman- dement par une vive fusillade. Pendant que l'avant-garde pénètre en ville, Gillain, qui suit dans l'ordre de marche, déploie ses soldats. Doorme arrive en ligne à son tour. En présence de ces forces, et après une escarmouche de dix minutes, les Arabes cèdent le terrain et se replient sur un boma situé à gauche de la route suivie. Ce pre- mier succès anime les assaillants. Doorme est lancé à l'attaque du boma ; le peloton Gillain suit le mouvement. Les autres forces congolaises passent successivement de l'ordre de marche à l'ordre de combat. Doorme essuie trois ou quatre salves parties du fort. Il y a un moment d'arrêt dans la course; Doorme commande alors le feu et dans

110

un élan ma^'nifiquc, emporte la redoute, escaladant lui- même la palissade en tête de ses hommes. L'ennemi cherche à se réfugier dans le château-fort, mais les sol- dats de Doorme, de Gillain, do Scheerlinck, le poursuivent avec rage. Les Arahes ne peuvent s'arrêter et fuient vers le sud-ouest.

Pendant que Doorme poursuit les défenseurs, en entraî- nant à sa suite la majeure partie des pelotons Gillain et Scheerlinck, ceux-ci, suivis seulement de cinq soldats et d'une vingtaine de porteurs, s'élancent au pas de course dans la direction des hauteurs situées sur les derrières des Arahes. Dhanis se porte également en avant vers le château-fort et essuie un feu intense. Il est hientôt rejoint par le docteur Hinde.

Arrivé près de Kahondo, le lieutenant Gillain se rend alors compte de la situation topographique de Kasongo. Voyant Doorme s'engager quelque peu à l'aventure et laisser à sa gauche la redoute et un groupe d'hahitations, il s'élance, avec Scheerlinck, sur la crête au sud du Kahondo. Gillain et Scheerlinck y sont vivement attaqués. Il est dix heures et demie du matin; c'est le moment décisif.

Les défenseurs des maisons crénelées tirent à bout por- tant sur Dhanis et Doorme. Gillain et Scheerlinck résistent à l'attaque sur les hauteurs par une salve de leurs sept fusils et se lancent bravement en avant, suivis par le peloton des porteurs qui hurlent. Ahuris par la fusillade qui part de la crête et par les cris de: « Victoire «, les Arabes aban- donnent leurs retranchements et battent précipitamment en retraite de toutes parts. Bientôt, ils sont en pleine déroute et la fuite dégénère en une effroyable panique. Au passage de la Mussokoï, ils se jettent à l'eau sans attendre les canots et se noient. Un corps nombreux est poussé par Lutete jusqu'au Lualaba, à environ trois heures de marche. ils sont cernés et les Wagenias les

111

font prisonniers ou les jollonl par (kîssus boni; à l'excep- tion tles l'enniH^s et des enfants, la troujK' est anéantie.

Peu de temps a|)rès la c^liar^e à travers la ville, les dillercntes eoni])a^'nies sont dispersées et le commandant avec quatre hommes est, non seulement séparé de tous les autres, mais même de sa compagnie. Pendant qu'il cherche ses hommes, il pense être tué par uruî halle partie (h; la tourelle de garde d'une des plus belles maisons de la ville, qu'il croyait inhabitée; en approchant du mur crénelé, il court de nouveaux dangers.

Toutefois, les Arabes, qui ont reçu directement le choc des lieutenants Gillain et Scheerlinck, s'aperçoivent de la faiblesse numérique du détachement qui les a tournés : ils s'arrêtent à la sortie de la ville, se postent et envoient une nouvelle charge aux deux blancs et à leurs cinq Con- golais. Les balles portent trop haut, les deux blancs rispostent et leurs projectiles brisent la dernière résistance des Arabes.

Ceux-ci sont poursuivis pendant deux jours, et les in- digènes, convaincus de l'écrasement de ces derniers vien- nent faire entière soumission à Dhanis.

Les troupes de l'Etat ont remporté une victoire com- plète sur des forces vingt fois supérieures et dans une position stratégique réputée inexpugnable par les Arabes. Kasongo regorge de vivres. C'est une ville luxueuse, d'un confort raffiné. Dhanis y prend vingt-cinq tonnes d'ivoire, autant de bœufs, quinze ânes, dix tonnes de poudre, des fusils, des étoffes, des bijoux. La ville est bâtie au fond d'un entonnoir croupissent les eaux infectes d'un ruis- seau. A cinq minutes de là, on ne se doute pas qu'elle existe. On retrouve des obus allemands marqués Lorenz et beaucoup d'autres munitions; Dhanis recueille dans le butin les mémoires d'Emin Pacha.

Les soldats, en entrant dans Kasongo, se perdent dans ce dédale de rues bordées de grandes et belles maisons en

Ii2

briques cuites au soleil. Les richesses du sol sont immenses.

La prise de Kasongo marque la limite des opérations que peut exécuter le commandant des troupes. Les gar- nisons qu'il doit laisser pour occuper Nyangwe et Ka- songo, et le peu d'hommes qui lui restent, en raison des pertes subies dans les nombreux combats qu'il a livrés, ne lui permettent pas d'organiser une colonne assez forte pour prendre l'offensive. Il est donc obligé de rester cinf[ mois à Kasongo pour organiser ses ravitaillements, pré- parer la suite de la campagne et attendre des renforts.

Le 2 juin, a lieu la cérémonie funèbre de l'inhumation solonnelle des malheureux Belges: Lippens et De Bruyne.

Le 7, Gongo Lutete est renvoyé au Lomami avec ses hommes. Le chef arabe ne demande d'ailleurs qu'à s'en aller, impatient d'occuper la contrée entre le Lualaba et le Lomami, appelée le Malela.

Scheerlinck, atteint de la fièvre, et dont le terme d'en- gagement est expiré, renonce à accompagner l'expédition par Kabambare vers le lac Tanganika. Retournant en Europe, il accepte de conduire à Lusambo une immense colonne de prisonniers et une quantité énorme d'ivoire.

Opérations de Ghaltin et de Fivé.

Tandis que Dhanis poursuit sa brillante épopée, Chaltin non moins heureux quitte Basoko, le 8 mars 1893, remonte le Lomami jusqu'à Lhoma, prend plusieurs postes arabes, notamment le camp de Rchari, et occupe Riba-Riba. Vou- lant poursuivre l'ennemi en déroute, il retourne aux Falls et à une journée de sa destination, apprend que la station de l'Etat a été attaquée le 15 mai. N'ayant plus aucun ménagement à garder, il fait détruire les postes arabes qu'il rencontre. Le 18, à sept heures, il arrive en vue des Falls. Les Arabes sont culbutés et fuient précipitam- ment, abandonnant tout ce qu'ils possèdent. Le 22 mai,

il3

Chnllin (luilte In \)];\('o pour rcMih'cr ;i Rnsoko. Kn roiilo il renc()ntro rinspocUMir (rKUU V\\(% ([u\ nprès s'ôLrc (îiiipaiVî (lu poslo (l'Isanj^ln d do Jnfnro, livre» avoc lo coinmnrHhinL Daenen un couihal viclorioux aux Arabes à la Roniée. Los positions ounomios sont brillammont onlovéos. L(; jour mèiiie et le lendemain a lieu la poursuite. Les Arabes se retirent vers le Lomami, d'où ils sont cliassés peu d<i temps après par une colomio (1(^ ('(Mit liomrnos sous les ordres du capitaine Marck. Lo 23, Fiv(3 prend Kayumbo. De son ccjté, le gouvernement, en apprenant les succès remportés par ses troupes, ne reste pas inaclif: il orga- nise une expédition, qui partant des Falls, a pour mission de balayer les Arabes de Kibongo et de soumet Ire ainsi à son influence toute la partie comprise entre les Falls à Kasont>o.

Victoires de Ponthier.

Le 25 juin 1893, le commandant Ponthier arrive aux Stanley-Falls, à la tête d'une nombreuse expédition. En toute hâte, il réunit les embarcations nécessaires pour passer les rapides, remonter le Lualaba et rejoindre Rachid chez Kibonghé. Il quitte les Falls le 18 juin, bat l'ennemi à Kewe, à Bamange et s'empare de Kirundu, la résidence de Kibonghé. 11 a ensuite à livrer vers l'est de terribles com- bats, au cours desquels il est puissamment secondé par le lieutenant Lothaire, commissaire du district des Ban- galas, le capitaine Hanquet, le sous-lieutenant Henry, les sergents Van Lint et Decorte.

Le commandant Ponthier termine ses opérations de guerre contre les Arabes de Kirundu, puis se rond à Kasongo auprès de Dhanis. La situation est grave; un nouvel adversaire s'avance, mais Ponthier offre ses services.

114

Opérations contre Rumaliza : octobre 1893 à janvier 1894.

Sur ces entrefaites, Dlianis apprend par la rumeur publi- que et par ses éclaireurs qui se trouvaient à huit heures de marche au sud de Kasongo, que Rumaliza, le sultan d'Udjiji, se dirige vers cette place à la tête de forces considérables, trois mille soldats bien armés, ralliant en route les débris des baudes Sefu, Nserera et Munie Pembe pour venger les échecs subis par ses coreligionnaires. En aval de Nyangwe, se trouve Saïd-ben-Abidi, dont les forces sont inconnues.

Le commandant envoie une reconnaissance vers Rumaliza, à l'est, et se porte lui-même sur Nyangwe. Après avoir pu se convaincre que les forces de Saïd-ben-Abidi étaient insignifiantes, Dhanis remonte à Kasongo.

Ponthier arrive quelques jours après; malheureusement il n'a avec lui qu'une escorte de soixante soldats. Les deux commandants attendent les renforts qui vont arriver avant d'aller à la rencontre de Rumaliza qui s'avance jusqu'à six lieues de Kasongo.

Dès que les renforts leur sont amenés par Hambursin, Dhanis et Ponthier quittent Kasongo, le vendredi 13 octobre, vers midi. La colonne expéditionnaire comporte environ huit cents hommes, quatre cents soldats réguliers dont deux cents de la côte et deux cents volontaires indigènes balubas, benamalela et batetelas dont l'instruction a été faite par le lieutenant Doorme. Elle est divisée comme suit: la garde du commandant Dhanis, celles du commandant Ponthier, les pelotons des lieutenants Lange, Doorme, Ham- bursin, des sergents Collet et Van Riel. La colonne emmène en outre avec elle un canon Krupp de 7.5 de montagne, avec quarante-quatre obus et onze boîtes à mitraille. Enfin, elle est renforcée par les troupes irrégulières des chefs indigènes Fcrhani, Uledi, Abedi (environ trois cents fusils à piston).

115

Apivs ;iv()ir pMi'couni niif (lishiiicc de doii/c kilomètres, 1.1 coloiiiK* rr;iii('liil. rCssu^ui cl pMssc l;i iiiiil ;iu vilhi^'(^ (l(; Piiiiii iM;i3'(Mi<4('. Le II, elle li'jivcisc l;i Lnliiidi, iinporlîiiile rivièr(\ (»l s'élnhliL à Mwniia Mk\v;iii^;i, à deux heurcis eiivi- l'oii du campemonl do la veiller

COMBAT I)K I,.\ I.IIIUKIIK: \~)-U) OCTOIiltK 1893.

Le 15 octobre,à sept heures du matiu, la colonne, preecdée des auxiliaires, se met en marche dans l'ordre suivant: lieutenant Doorme, commandant Dhanis, commandant Pon- thier, lieutenant Hambursin avec le canon, lieutenant Lange, sergent Van Riel défendant les bagages, sergent Collet protégeant rarriérc-gardc.

Le but de cette marche est de contourner la position ennemie de façon à prendre les retranchements à revers. Les Arabes se trouvent établis dans différents forts dont deux, situés entre les rivières Lulindi et Luama, affluents du Lualaba, sont des ouvrages importants, admi- rablement construits et bien défendus. Les fortifications arabes sont généralement plus faibles du côté opposé à l'ennemi. L'opération réussit. Toutefois, à un croisement de route, le flanc gauche de la colonne est attaqué par des éclaireurs ennemis. Les pelotons du lieutenant Lange et du sergent Collet s'établissent alors à ce croisement, pendant que la colonne défile, et la marche de flanc peut continuer sans encombre jusqu'à une heure de l'après-midi. A ce moment, la colonne prend à gauche et, à travers la brousse, marche à l'attaque d'un boma dont, à la faveur des hautes herbes, on peut s'approcher jusqu'à quatre cents mètres. Ce boma couvre environ un demi-hectare; il affecte une forme régulière, avec des angles arrondis, et il est surmonté d'une multitude de petits drapeaux.

Les troupes du lieutenant Doorme, soutenues par les hommes du lieutenant Lange, sont déployées en tirailleurs

11(3

et au coup