^^wi^.
•-^5*M^-*..'
i» ^ %. ~i. r- '•<•
^Ii„
i^-
-^■-lè^:^
'*^^
vimt-^-rf-:-. ■■^-^j-A^ i
fcgj-a^jfrra^
^ r'-*»
■réf-'r
'rm^-à^Mm
W'I-lkcr^'^ Wiié ^■É&âïiÉÎri^x'^.^r^^
Digitized.by the Internet Archive
in 2010 with funding from
University of Toronto
http://www.archive.org/details/lillustrationjou09pari
L'ILLUSTRATION
Ab. pour Varit, 5 mois, 8 fr. — 6 niois, 16 Tr. — On Prix de chaque N', 75 c. — La colleclion mensuelle, hr
11, 50 tr. 2 fr. 73.
N" 210. Vol. IX.— samedi U MARS 1847. Bareaax* rae Blcliellea, 60.
Ab. pour les dep. — 5 i Ab. pour l'Élranger,
Jraois, 17 fr. — Un an, SS fr. - M - 40.
HiBloIri» d« la ««naine. Altrqur du rotLluInl de Ftance par la po- pulatùm dt Janina. — Courrier de Porltt. — rbufe il'niie »»-a-
■ laiictie. l'tr» dn rilla^e rfil Chiilile. — Ex-'»! Ion de «luafe If- bieaoxdeniaiire. Iialleii!<,au berrilc deHiDdis»i-|. ■ L'Angrde la Paix, d'apris Rapharl.—ttmmaii-faux •! damoi'elles du dli- »eil»IMr.e flèrle. Chronique par Valf mm. Quatre Gravures— C,\>ro- nlqvr Diaalcale. — Dernier voynce de Dumuni-d'lirtliie.
Troifième et dernier aittcle. Panage du cercle polaire ; prise de pas- tettion dt la terre Adélie; dèbnrquirneiU &ur la terre Adèlie; rade (f/lobarl-Tmin. !le ran-l,iert<m. — lUeero'nicl . — M. Bev)amm Delasrrl.— RIrn de trop. Nouvelle, par M. F.:bred'Ohvet.— (;lol>e à TenI»». Komance. Paroles de M. le marquis de Pastoret, musique de M. Ch. Deli^ui. — Bullelln blblloKrapblque.— Bévue de» nola- feillléa de rindunirle. —Annoncer. — Exeruiion de m loi «ur
la ebasKe. l'nr Caricature, par Cham. — Frohlènie d'éCbecM. —
Principale» pablIcatlouB de la liemalne. — Rebug.
Histoire de la Semaine.
On s'est embrassé : que cela puisse f'Ire fini 1 que les ré- cits de l'entrevue, que les versions diftérentes sur la récon- ciliation ne viennent pas la compromettre! Nous le désirons beaucoup : mais ce que nous désirons plus encore, c'est que le rapprochement des diplomates des deux pays ne serve pas i couvrir entre les deux souvernenienis un antagonisme au- quel la cause de la liberté et celle de la civilisation n'auraient rien à gagner. Nous avons donc une grande impatience de voir démentir par les faits le bruit répandu que l'Aneleterre songe à dénoncer le traité de la quadruple alliance et à prêter l'appui de ses bâtiments et de ses matelots au sultan pour recommencer à Tunis ce qui s'est passé en 1840 à Beyrutli. Le bey menacé pour avoir reçu des batteries de nos ports un nombre de coups de canon qu'il ne nous a pas demandé, mais que nous lui avons spontanément accordé, c'est un évé- nement qui ne peut nous être indifférent, et auquel une puis- sance tierce ne pourrait venir prendre part, sans que l'Iion- neur et le respect de nous-mêmes nous commandassent de nous rariiT du coté du prince menacé. Espérons donc que cette position ne nous sera pas faite.
La chambre, peu surchargée de séances publiques, et qui a tout le loisir de discuter dans la salle des conférences les titres de M. Hébert à la succession de M. Martin (du Nord), la chambre a néanmoins accordé quelque attention à la lec- ture de la proposition de M. Demesmay sur la réduction de la taxe du .sel, et à celle de M. Glais-Bizoin sur la réforme postale. Bien entendu, M. le ministre des finances, comme toujours, a déclaré que ces mesures étaient excellentes, mais inopportunes ; M. Dupin a fait observer avec beaucoup d'à- propos que pour lui il y avait une grande opportunité à di- minuer les droits d'une substance alimentaire du peuple dans un moment où les subsistances sont aussi chères et aussi peu abondantes, et la chambre, presque unanimement, a adopté cette dernière opinion. Les deux propositions ont été prises en considération et renvoyées à des commissions.
— M. Duvergier de Hauranne a, à son tour, déposé sa proposition relative à la réforme électorale. Les modilicalions qu'il propose sont celles-ci :
Le cens électoral serait fixé à 100 fr. de contributions di- rectes, mais à 100 fr. de principal, c'est-à-dire que les cen- times additionnels, inégalement réparlis entre les villes et les campagnes, ne seraient pas comptés pour la cote comme ils le sont aujourd'hui. Or, comme leur chiffre est aiipiui- d'huien moyenne de 80 à 8.';fr., fixera iOO fr. de principal le cens électoral, ce n'est l'abaisser en moyenne que de 13 à20fr. ^
Si le nombre des électeurs d'un arrondissement électoral ne s'élevait pas à quatre cents, ce nombre serai! complété en appelant les citoyens les plus imposés au-dessous de •100 Ir.
Seraient entre autres électeurs : 1" Les membres et cor- respondants de l'Institut ;— 2° les officiers desarméesdeterrc el de mer jouissant d'une pension de retraite de 1,200 fr.
au moins et justifiant d'un domicile réel de trois ans au moins dans l'arrondissement électoral; — > les juges des cours ou tribunaux en activité ou en retraite ; — 4° Les pro- fesseurs titulaires des Facultés de droit, de médecine, des sciences, ceux du collège de France et du Jardin des Plan- tes; — b° Les avocats inscrits près les cours et tribunaux, après cinq ans d'inscription et de domicile réel dans l'ar-
rondissement électoral; — 0° les docteurs des Facultés de médecine, après cina ans de domicile dans l'arrondissement électoral, à dater de l'obtention du diplôme; — 7» les notai- res et avoués, après cinq ans de domicile réel dans l'arron- dissement électoral ; — 8° les membres des chambres de commerce, descon.seils de manufactures et des conseils de prud'hommes ; — 9» les membres des conseils municipaux
des villes chefs-lieux d'arrondissement ou dont la population agglomérée s'élève au moins à 3,000 ànies.
La chambre des députés se composerait de .'iôS députés.
Partout où l'arrondissement administratif est divisé en plu- sieurs collèges, il y aurait réunion de ces collèges en un seul, excepté à Pans et dans les villes où le nombre des dé- putés excéderait quatre.
Il sel iiit attribué proportionnellement un ou plusieurs dé- putés supplémentaires aux arrondisscuiciits qui comptent
aujourd'hui, premièrement, plus de 1 ,000 électeurs, quelle que soit leur population totale ; deuxièmement, plus de 800 électeurs, si leur population s'élève à (10,000 àrnes; troisiè- mement, plus de 700 électeurs si leur population s'élève à 80,000 âmes; quatrièmement, plus de (iOO électeurs si leur population s'élève à •100,000 âmes. Il résulte de là que tous les arrondissements conservent les députés qui leur sont at- tribués par la lui delSnl, et que l'égalité proportionnelle est rétablie par l'adjonction de 7'J députes nouveaux accordés
L'ILLUSTllATlOlN, JOURNAL UMVliUSKL.
aux anoiidisi-ements qui y onl droit dans la donnée ci-dessus.
ReCHNSEMENT quinquennal de la POl'ULATION DE LA
France. — Le MuiuUuta publié roi-dumiunce qui approuve les nouveau.t Uibleau-i dépopulation dressé.» par les préfets d'après le recensement (|umquennal lait en 18i(i.
Nous remarquons, par ces tableaux, que la po|iulation tô- le de la France, en 18i(i, était de ".ri,.4t)U.i8l) unies. Le écéilent recensement de ISH vivait iluimé 5.4,250,178.
tal
précc; .
C'est une augmentation de 1,170,0118, Miil à peu prèsô Ii2„/".
Cinq départ.inenis ont pré.'^inlé une dnniuution : ce se nt l'Eure, de2,y5r); le Jura,de7ôi; Lut-et-Garonne, de81ô; la Meuse, de lilii; et la Haute- Saône, de 551.
Les départements qui ont ollert le plus d'accroissement sont la Seine, près de 1-2 0/U, IcsBouclies-dn-UbunelO OjU, le Clier, la Loire-Iulérieure et la Haute- Vienne, plus de 7 0/U; la Gironde, G 0;0.
Lesdéparleinenis les plus peuplés sont :1a Seine, 1,5()4,467; le Nord, 1.15-2,980; kl Seine Inl'érieure, 737,9U0; loFas-dt- Cilais, o;).'i,7.'iO. Les moins peuplés sont : les Hauies-Aipes, •155,100; la Lozère, M5,55l ; les Basses-Alpes, 156,073.
Voiei quelle profîresslon a suivie la population <le la France depuis viuKtans : lin 18-23, 50,400,000 ; en 1851, 52,560,S)54; en 18.il, 54,230,178; et en 1847, 53,400,480. C'est un ac- croissement de 3 millions ou nu peu plus de 16 0;0.
Ejii-nuNTS. — Les emprunts sont à l'ordre du jour. Les gouvernements et les villes en contractent de tous cotés. Nous commençons en Fiance par des bons du trésor, sauf à les con.'iolider plus lard, et, , poui' rendre leur énussiou plus attrayante, l'intérêt en est élevé à partir du 1»' mars, savoir : ;\ 5 0/0 pour les bons de trois à cinq mois d'é- cliéance; à 5 1(2 0;0 pour les bons de six à onze mois d'écbéance; à 4 OjO pour les bon.> à un an.
Un emprunt do 80 millions de florins vient, d'être conclu par le gouvernement autricliien, avec la maison llotliscbild au taux de lUO en 3 pour cent.
Le gouvernement wurtcmbergeois, pour faire lace aux dé- penses de la construction de ses chemins de fer, eu a conclu un de 12 millions de florins à 4 1/2 p. 100 d'intérêt, avec les maisous Kutbscbild et Grunelius, de Francfort-sur-le-ftlein.
Le gouvernement anglais vient de son côté d'émettre un emprunt de 8 millions sterling en 5 pour cent. — Le gouver- nement sarde s'occupe d'en négocier un de 73 millions de francs pour se mettre en communication avec l'Allemagne par des voies de fer. — L'Espagne vote en ce moment l'é- ndssion d'un emprunt nou'veau de 50 millions ; — eulin, les prétendants comte de Montémolin et don Miguel clierclient également à !)attrc monnaie par le même moyen.
Emprunts kt projets de ikavaux le la ville de Pa- ris. — M. le préfet de la Seine, qui avait longtemps mis sa gloire il ce qu aucun em:uunt ne fût contracté par la ville de Paris sous son adminisiration et à ce que toutes les obliga- tions antérieurement contractées se trouvassent même étem- tes par les seules ressources du budget municipal, vient de céder au vœu bien entendu du conseil municipal, qui, dans des vues plus larges, a voté un emprunt de 23 millions, alin de créer une ressource applicable aux dépenses de divers grands travaux d'utilité publique à ia charge de la ville. Cet emprunt sera d'abord elleclué en patlie et à mesure des be- soins, au mpyen de prélèvements successifs sur les fonds déposés au trésor pour les dépenses faites ou en cours d'exé- cution, fl dont la liquidation ne peutéire opérée immédiate- ment. C?s fonds seront ensuite rétablis quand les créances au prolit des tiers deviendront exigibles, et c'est alors que les fonds nécessaires seront demandés au crédit. Un pense que, de celte manière, les sommes réellement ein|irunlées ne s'é- lèveront guère à plus de 9 millions, et qu'elles pourront être fournies à la ville par la caisse des dépôts et consif^nations.
Au moyen de ces nouvelles lessoui ces et de la somme annnelleinent consacrée aux grands travaux, la ville pourrait liàter l'acbèvemcnt de travaux déjà volés, et qui sans cela traîneraient en longueur. Il est facile de juger l'importance et l'urgence de ces travaux, dont nous allons citer quelques- uns : les halles cenlrab's, environ 20 millions, terrain et construction; le nouvel hôpital, 6 millions; les quais et ports, 2 iiiillioos; l'église Sainle-Clotilde, 3 mil ions; larueSaiiit- DiMiis, 2 imllious 500,000 fr.; la rue Soiiiflot, dans l'axe du Panthéon, 1 millimi 400,000 l'r.; la rue de Lyon, de la place de la Bastille à l'embarcidère, 1 million 3110,000 Ir.; le pro- longement de la rue Lafayctte, 1 million 300,000 fr.; la Sor- boniie, pour la Faculté des Sciences, 1 million; les abords de r()|iéra, supposé construit entre la rue Saint- Honoré et la nie de Uivoi prolongée, environ 4 millions. Aces importants travaux , il faut ajouter les collèges Louis-le-Grand et Henri IV, les écoles dont le nombre est insuflisant, la rue Montmartre, la rue Mazas, la rue du Vieux-Colombier, la rue entre les places Saint-Sulpice et Saint-Germain- des-Prés, les casernes de la garde municipale, de grands travaux de pavage et d'égouls, etc. La tout exij^era une somme totale de 72 millions au moins, qu'il faudrait pouvoir dépenser en six années pour suflire à Vous les besoins. Le préfet piopose comme urgente une dépense de 62 millions, pour laquelle il existe des ressources s'clevanlà12 millions. Les 50 millions qui restent à trouver soiaieiil fournis moitié par l'emprunt, et l'opération totale serait achevée en 1838. Nul doute que le ministère elles chambres n'accueillent celte comhiiiaison.
Algèiue. — Une lioi rible catastrophe, dit \'Ackkbar, vient defrappu'la villede Miliaiiuh. Depuis nu mois, la pluie y tom- b;iit conslammeut, et dans la journée du 11 courant, le temps était si aiïrc'ix, que p 'rso.ine n'osait sortir. Plusieurs mai- sons meuiç lient ite s'écrouler, et l'inquiétude était générale.
Pendant la luiit, presque toute* les heures ont été mar- quées par le sinistre fracas des édilices qui tombaient.
Le 12, dans la matinée, une maison s'alfaissait encore en entier sur ses fondations, et enterrait vivants cinq de ses ha- bitants. Trois ont pu être arrachés à la mort; mais le mari et la femiîio, propriétaires de la maison, ont perdu la vie sous les décombres.
Milianah a présenté, pendant plus de quatorze heures, le
tableau le plus affligeant. Ici, des familles enlières parcou- rant la ville avec leurs elïels, fujantavcc terreur, à moiiié nues, et rencontrant sur leur chemin niême le dangerqui les avait chassées de leur couche ; là, des hommes se précipi- tant par les fenêtres, après avoir jeté au dthors tout ce que rentermail leur habitation. Sur un autre point, des apparte- ments tout à coup mis à jour par la chute d'une farade en- tière, et présentant, au milieu des ténèbres et du désordre, le tableau de la plus affreuse épouvante. Tout cela était hor- rible !
Le 15, cinq maisons étaient détruites de fond en comble ; six l'étaient à moitié, et vingt-huit élaient plus ou moins endommagées ; en tout, trente-neuf désastres Cinq vie:;x bàtimenis servant de ca.scrnc avaient aussi subi un conrmieu- cement de destruction.
Dès le point du jour, tous les officiers et soldats du génie élaient à l'œuvre, transportant à la liàte poutres et madriers, pour étayer les constructions encore debout, ou pour faire la jiart du sinistre, en achevant d'abattre ce qui pouvait mena- cer la vie des citoyens.
Le diniaiiche 14, trente personnes qui se trouvaient dans un café ont été précipitées dans la me par un cri siihslre de sauve (jui peut! La maison contiguë à ce calé s'écroulait sur elles, mais, par un bonheur providentiel, un seul liomme a été légèrement blessé.
Toutes les rues sont bariées par des étais.
— On annonce d'Oran que les prisoimi.-is arabes détenus au fort de Mers-el-Kébir se sont cvaiiès, et que, par suite de celte évasion, le comuiandaiit du tort a été mis aux arrêts forcés. 11 parait pourtant qu'il n'y a eu, dans cette circon- stance, qu'un défaut de surveillance.
Taïti. — De nouvelles dépêches de M. le contre-amiral Bruat, datées du 20 oclobre au 12 novembre, sont parve- nues au ministre de la marine et des colonies.
Les 50 octobre, 7 et 12 novembre, des engagements avaienteu lieu entre lesinsurgés et les indigènes alliés, sou- tenus par les troupes établies au poste de Punavia. Dans ces escarmouches, amenées par la nécessité éprouvée de part et d'autre par les Indiens de pénétrer dans les vallées et d'y faire des vivres, il y a eu du côté de nos troupes et des indi- gènes alliés douze lionimes blessés, la plupart légèrement. — Plusieurs chefs importants avaient l'ail leur soumission au protectorat, mais sans qu'il parût en résulter encore un changement sensible dans les dispositions des insurgés, que M. le contre-amiral Bruat considérait toujours comme ne devant mettre bas les armes qu'après l'arrivée des renforts attendus.
Esi'AUNE. — On lit dans le Tiempo du 24 février :
« Le conseil des ministres s'est réuni à l'occasion de la lettre adressée de B;ircclene à la reine par l'infant don Henri relalivcmeut à ses p-.ojols de mariage avec la sœur du marquis île Castcllar; mais on ne connaît, pas encore sa dé- cision sur cette alTaire. Dans sa requête, le prince déclare que la politique a été complètement étrangère à si/n choix, et qu'il n'a consulté que son cœur et les devoirs il un gen- tilhomme (cl deber île un caballero). « Il s'est, dit-il, trouvé coinpléttment isolé depuis le mariage de la reine et celui de sa .sœur avec deux illustres princes, et, décidé à ne se ma- rier qu'avec une Espagnole, il s'est abandonné à son allec- tiou pour la senorita de Castellar. » L'honneur de sa liancée a souffert dans le public, et rinfant prie la reine de souffrir qu'il lienne sa parole de gentilhomme castillan. Pour obte- nir la permission d'épouser celle qu'il aime, don Henri se déclare pi et à tons les sacrifices. »
On lit dans VEspagnul du 25 février :
i( Des lettres deSaragosse confirment la nouvelle de l'en- trée de Cabrera en Espagne ; il est entré en soutane par la frontière de Catalogne, à l'endroit dit Ferri de Arreu. D'a- près les renseignements qui nous parviennent. Cabrera n'est pas entré en Espagne eu traversant leteriitoire fiançais. Il y a plus d'un mois qu'il s'est embarqué à Londres en com- pagnie lieForcadbll, dans la direction des eûtes du Levant. il aura sans doute pu débarquer sur quelque point du litto- ral, et il aura attendu là, se tenant caché, jusqu'à ce que ses plans fussent mûris. »
Angleterre. — A la tin de la séance du 20 février, M. Ward, secrétaire de l'amirauté, a présenté le budget de la marine. Le chiffre total des dépenses est de 5 ini'lioiis 296 mille livres sterling, soit à raison de 23 fr. la livre, 149 millions 980 mille fr. Lebudgetde noire Hotte est, pour 1847, de 140 millions, en y ajoutant la portion afférente au crédit extraordinaire de 93 millions Celte comparaison n'est pas la seule qui ait été faite par M. Ward. H a mis en regard les forces de la France et les forces de la Grande-Bretagne, mais avec les exagérations pour les premières et les dissi- mulations pour les autres qui convenaient à son thème, et il n'a pas hésité par suite à qualifier d'insuffisantes les forces navales de l'Angleterre. Toute puissance est relative, a-l-il dit; ce qui est une puissance auj"Urd'lini n'est puissance que jusqu'à ce qu'une puissance plus lortc se rencontre. Nous devuusdonc, a ajouté le sociétaire de l'amirauté, veil- ler à ce que la balance des forces ne puisse 6lre changée, si un événement malheureux et imprévu amenait la guerre. Lord Kussell a complété la pensée de M. \Vard par la décla- ration suivante : «Je suis persuadé, a dit le noble lord, qu'eu présence de 1 invention de la vapeur et de la dépense qui a lieu dai»s un Elat voisin, nous no devons pas nous croire m sûreté et garantis à toujours parce que nous avons eu précédemment une grande renonmmée et obtenu d'écla- tantes victoires. »
IlOLLANUK. — Le gouvernement vient de faire présenter à la première chambre des étals-généraux le nouveau code pénal. Voici les dispositions que ce projet contient relative- ment à rempiisonnement cellulaire :
« 1°Tous les individus condamnés à une détention tempo- raire (c'est-à-dire de ijuatre à quinze années) dans une mai- son de correction seront enferiné.s solitairement dans des cellules, et seront tenus d'exécuter nu travail forcé.
« 2° Les condamnés à la détention perpétuelle dans une maison de correction seront placés, pendant les quinze jire- mières années, dans des cellules solitaires, et le reste de leur vie dans des ateliers composés chacun de dix personnes au plus. Néanmoins les prisonniers de cette catégorie auront le droit, si cela leur convient, de demeurer pêrpéluellemeiit soumis à l'emprisonnement cellulaire.
« 5" Les détenus cellulaires seront visités six fois par jour au moins par les fonctionnaires de la prison. Aucun étran- ger ne sera admis auprès d'un tel détenu sans que celui-ci l'ait dem'andé expres.sément. »
WciiTE-MBERG. — La deuxième chambre des étals avait sollicité du gouvernement îles éclaircissements .sur les af- laires concernant la liberté de la presse, et déclaré qu'elle re- gardait la censure comme inconstitulioniielle. L" roi a ré- pondu dans les termes suivants : « Si nous maintenons la censure, c'est uniquement parce que nous y sommes forcé par la législation fédérale et l'article 3 de !a constitution ; et si ia censure s'étend aux affaires intérieures, c'est une suite nécessaire des résolutions de la diète germanique de 1815 et 1824 promulguées dans le Wurtemberg, résoluiions dont l'histoiie, la teneur et l'esprit, ainsi que l'inlerprétation par la dièle fédérale, commandent que la censure soit appliquée aux affaires intérieures. Un chaDgemeiit de la censure en général ou en particulier ne pourrait avoir lieu que par suite d'une modification dans la législation fédeiale. Nous nous lésHvons de donner connaissance aux états dans la pro- chaine session des démarches que nous aurons faites pour amener un pareil changement. »
Russie. — L'empereur de Russie, ayant appris que le gou- vernement français avait chargé un architecte de recueillir à l'étranger des blocs du porphyre le plus beau pour la con- struction du monument que l'on va élever à Napoléon aux Invalides, a donné l'ordre d'extraire des carrières qui dépen- dent du domaine de la couronne les masses de ces matériaux nécessaires au monument et de les expédier à Paris. Les carrières de porphyre qui fourniront ces biccs produisent en eflet les (dus belles masses et les plus rares par la finesse du grain et la délicatesse des nuances.
Turquie. — 11 parait certain, d'après des lettres de Malle du H février, que la Porte pré|iare une nouvelle expédition contre Tunis, et qu'elle comptecette fois sur le concours actif de l'Angleterre. Le Grand Seigneur vieut d'envoyer, aupiès du pacha de Tripoli de Barbarie, Ahmet-Checker-effendi, avec une mission qui se rattache évidemment à ses projets sur la régence de Tunis; et, chose qui nous a paru assez ex- traordinaire, cet envoyé, arrivé à Malte, s'estembarqué pour poursuivre sa route à bord de la f' égale anglaise iiparlau, qui a été mise à sa disposition. Le Sparlan a lait route pour 'Tripoli dans la journée du 10.
A Coiistantiiiople, d'après les dernières nouvelles du 7, les incendies répandaient la teneur parmi les habiUinls; on comptait trente-neuf incendies depuis deux mois et demi. Trois jours avant le départ des dépêches, une partie de Scûlari, c'est-à-dire un millier de maisons, avait été la proie des Hammes. C'est surtout dans les quartiers habités par les chréiiens que l'on a à déplorer les perles les plus considé- rables.
Quelques matelots du Itamier, bateau à vapeur français de la station, ayant tué un chien qui les avait mordus, ont été si cruellenieul butins par les musulmans, qu'on les a rem- portés mourants à bord.
La suppression du bazar des esclaves a eu lieu le 51 jan- vier. On a fait évacuer ce marché, et les portes ont été 1er- mées.
Un événement grave est survenu à Janina.Un musulman ayant été assassiné dans cette ville, quelques arrestations furent faites, et deux des prévenus, sujets hellènes, étant parvenus à se soustraire aux recherches de l'autorité, il en résulta une grande eflervescence dans la population musul- mane. Comme le consul hellène était impuissant à proléger sa nation et à se protéger lui-même, il se réfugia au consu- lat de France. Malgré toute la prudence que M. Sabalier déploya dans cette circonstance, une espèce d'émeute éclata ; on envahit le consulat, et quelques coups de feu qui, heu- reusement, n'atteignirent personne, lurent échangés entre les perturbateurs et les gens du consul. Ou croit que ce nionvemeiit a été en partie provoqué par les instigations du kehaya (du gouverneur). A la date des dernières nouvelles, la tianquiiliié paraissait rétablie; mais nue grande irrita- tion continuait à régner dans la population. Cette affaire a occasionné des communications entre la Porte et l'ambassade de France. On a promis de punir les coupables.
Chine. — Les Chinois se sont enfin hasardés à une entre- prise qui peut avoir des résultats fort avantageux pour leur pays et changer de fond en comble leur manière d'être vis- à-vis des pays étrangers. Une jonque de grand tonnage, construite dans les chantiers du Kokien, d'après les modèles cliiii lis les plus purs, c'est-à-dire les plus étrangers aux molificatlons réctninuiit introduites par des conslructears eurupérniihés, a appareillé de Uong-Kong le 6 décembre pour l'Angleterre.
L'épuipage de ce navire, qu'on a nommé le Ki-ln, est composé pour la plus grande partie de matelots chinois du Kokien, Seuls capables de manœuvrer les immenses voiles en nalle qu'on n'ajias voulu remplacer par de la toile, dans la cidiiite de perd* le cachet d'origin.ililé qui caractérise la màlure et lo gréement. La cargaison consiste en curiosités de toute espèce, parmi lesquelles la plus remarquable assn- réaient est une troupa nombreuse et complète d'acteurs, de danseurs et de inu>icieiis chinois, qui procnettent d'étaler dev.iiitles dilettanti de Louches, et, il faut espérer, aussi dt- vant les nôtres, tout le répertoire du théâtre tragique, co- mique et lyrique du Célesie-Einpire.
Néckologik. — M. BiMiianiiii D.!lcssert, ancien député, menibie libre de l'Inslilut (Académie des sciences), du con- seil général des hospices, et dont la vie fut en grande partie consacrée à des occupations chai'itables et au culte desscien-
L'ILLUSTUATIUN, JOURNAL UfSlVEUSEL.
|bes et des arts, est mort à l'âge de soixante-quatorze ans Ce triste événement est le sujet d'une uolice, qu'on lira plus loin dans ce numéro.
L'Académie française a perdu M. le baron Alexandre Gui- raud, auteur des lùachabées, du Comte Julien, de Viryiuius, tragédies, et des Eléijies saœyardes, qui vient de mourir dans sa cinquante-neuvième année.
Courrier de Paria.
Voici un carême pour rire et qui n'a guère une face de carême. Il n'a pas qnilté ses allures de carnaval; et pourtant c'est bien encore uu temps de pénitence, priiicipalement pour ceux qui se donnent la mission d'en parler: ne les ré- duit-il pas aux mêmes exercices, à la même dcscriplion, à la même phrase ccourlée : On danse! Jt suis bien que ce pe- tit, raol-li en dit plus qu'il n'eu a l'air et qu'il sous-eulend une foule de choses cliarni;m les, qu'avec un peu d'imagi- nation et de bonne volonté il devient facile d'utiliser, et dont on peut tirer un asse^ bon parti. « Les nouvellistes, a dit AdJissondans une occasion à peu près analogue, sont les porte-paroles publics et pour ainsi dire les entonnoirs de la conversation; ce sont les canaux à travers lesquels passe tout ce qui se dit et tout ce qui se fait dans la ville : ce qu'on leur demande, c'est qu'ils laissent échapper tout ce qu'ils re- çoivent et ne gardent rien pour eux. » Cependant, lorsque la ville interrogée n'a rien à vous répondre, sinon : « J'ai dansé aujourd'hui comme hier, comme je dansais la semaine dernière et le mois dernier, » on comprend l'embarras de no- Ire nouvelliste. Ce n'est pas tout que d'être échu sincère et miroir liJèle; il faut que l'image reflétée mérite d'être vue et qu'elle ait du moins quelque faux air de nouveauté. Mais quoi ! toujours les mêmes pas, les mémîs ligures, les mêmes toilettes, les mêmes visages, le même entraînement. D'ail- leurs, autrefois la contredanse se causait, et c'était une res- .<oun*e pour la chronique; la contredanse d'autrefois avait des allures posées, elle donnait du répit au danseur, il lui était permis de glis.-er quelques mots entre l'avanl-deux et le balancé; il y avait eu oulre l'entrée et la soilie qui fai- saient spectacle, et, par exemple, l'on a pu dire avec raison : Que de choses dans uu menuet! C'était le geste, c'était le maintien, -c'était le regard, c'était la révérence; on était grave dans la danse, on ne s'amusait qu'après; alors le rire, U causerie, la distraction, l'enjouenvul, avaient leur tour. N'est-ce point tout le contraire aujourd'hui? Toutes ces dan- ses barbares, polka, mazurka, redowa, on s'y livre avec fré- nésie, on s'y abandonne avec transport : comment parlerait- on pendant tetle gymnastique? c'est à peine s'il est possible de respirer; le vertige vou> saisit et ne vous quitte que pour vous laisser ivre de lassitude et d'ennui. Il serait impossible de dire tout ce que les femmes oui perdu à l'iulroduction de ces danses étrangères: elles n'y ont gagné que de l'appétit; mais quel spectacle qu'une jolie feunne dépeçant un per- dreau ou dévorant un beefteack avec une avidité d'anthro- pophage ! L'envoyé du Maroc disait d'im bal de la cour : « J'ai vu ces dames sourire, et je me sui> senti monter au ciel ; je les ai vues manger, et je suis redescendu sur la terre. » Le divin Platon a déliui la danse: nue poésie muette. Nous som- mes bien loin des idées platoniques en fait de danse.
Malgré cette es|ièoe d'anatlième que nous nous permettons de lancer sur le bal actuel et les innovations qu'il a subies, n'allez pas croire que nous lui refusions toute espèce d'am- nistie. Le bal a ses mérites ((ue nous sommes loin de mécon- naître, principalement il celte époque de l'année, où il y a tant de misères à consoler et tant desouflrantes à secourir. Encore une réclame, allez-vous dire, pour quelque fête de hienfiisance: de quoi s'agit-il encore? du bal donné au pro- lit des artistes dramatiques, ou de celui que les journaux annoncent pour le il mars prochain à l'Opéra-Comique, au prolit de la jeune colonie de Petit-Bourg? Il s'agit de tous les deux, aimable leclrice, et vous ne refuserez pas loholedu riclin à la vieilesse et à l'enfance. Cette belle institution pré- ventive de Petil-Bour({, qui adopte les orphelins abandon- nés de Paris, alors qu'ils sont encore honnêtes et qu'ils peu- vent être retenus sur la pente du nnl où les entraîne si sou- vent la misère, est surtout bien digne de votre généreuse tutelle.
Quand la danse fait du bruit, le concert commence à éle- ver la voix, c'est dans l'ordre. Il est beaucoup question des soirées musicales de M. le duc de Nemours. La fête de car- naval donnée réceninient par le prince, fête resplendissante depierretles et de pieiTeric!S,élait destinée aux intimes, et on l'avait célébrée à buis clos. Le concert a été plus accessible; les écrivains et les légistes s'y trouvaient en grand nombre : on aurait pu se croire à une séance de la société des gens de lettres uu à une conférence d'avocats.
Du reste, de nos jours, il n'y a pas de musique de prince dont les avucats ne puissent donner aussi la distraction à leurs invités. On chante au barreau, pendant qu'on danse au parquet et que l'on jo'je lu comédie il la Kaculté; tant il vrai que tontes Its traditions sont bouleversées. Cet aigle du barreau qui s'eiilnure si voloiiti':i> de rossi^^nols et de fau- vettes, c'ejl M. Crémieux. «âoii botel, a dit LahIaclie. est l'Aubave-aux-Bois de la musique. » Les pieniier> cliaiiieiirs des Italiens sont les clients de l'heureux avocat; entre lUX tt lui ce n'est qu'un échange devuix. tih lui donne en mélo- dies la monnaiî de Son élo luence. Qiiuique M. Crémicux s'attache àvaiicr sa popnlatiiin d'auditeurs, il est tout sim- ple qu'au jour de ces solennités on retrouve dans ses salons la salle des ['as-l'crdus. La cour royale manque rarement d'y figurer en iionibreu.se compagnie ; des méd'sants préten- dent que l'habile avocat a gagné au palais bien des eaui=es dont les plus viclorieux arguments avaient été chantés dans son hôtel. On cite à ce sujet le mot d'un vénérable ma- gistrat qui, ravi d'un air de Konconi, s'écria : «La cause eit entendue.»
La mort , qui cet hiver a beaucoup visité Paris, vient d'y frapper deux personnages qu'elle a rendus célèbres, pouruu
moment, h divers titres. Par exemple, qui est-ce qui, passé la rue de Breda et la place d'Amsterdam, connaissait Marie Duplessis? Bien que son nom fût historique, ses œuvres de- meurèrent ignorées jusqu'au moment où la mort est venue lever les scellés mis sur sa vie, et, en dernier lieu, sur son mobilier vendu à'afolle-enchère. Celte deinuiselle Duplessis,. connue seulement des intéressés, fut: une des plus sédui- santes Aspasies de la capitale. C'était '.l.a coqueluche de nos Alcibiadts sportuien et des Périclès de la Bourse et du truis pour cent. Il n'y avait qu'une voix parmi les connaisseurs pour louer son écrasante beauté, composé miraculeux de toutes les délicatesses etde toutes les magniUcences :1a taille d'une nymphe, l'ova'e grec, la blancheur anglicane, des yeux vénitiens, les griices de la Parisienne. A ces avantages, il laiit ajouter le meilleur cuisinier, les plus beaux chevaux, les plus merveilleuses dentelles et les perles les plus fines de Paris. Soucoupe, sa calèche, ses valets de pied, son groom étaient tenus d'une manière irréprochable, aussi comptait-elle autant d envieuses que d'amies. Il est présu- mable qu'en se conformant aux exemples laissés par la belle Ninon, la belle Duplessis n'eut pas Crrlaine des vertus de son illustre ino lèle. Madeleine n'en était pas encore à sa période de repentauce quand la mort est venue la surprendre, et les richesses du boudoir étaient loin de proclamer l'esprit de pénitence de la pécheresse. Parmi ces trophées de la galan- terie dont la vente a éveillé la curiosité sinon la convoitise des plus saintes et des plus chastes, nous avons distingué uu coll'ret sculpté, garni d une simple croix en bronze, celle des pèlerins du Mont-Carmel, l'un des' derniers dons envoyés à la ch.irmante créature, avec un détail digne de mémoire. Quelques jours avant sa mort, Marie Duplessis, assise à l'un de ces snlendides repas que prodiguent volontiers à la beauté les Mondors de tous les temps, se trouvait placée à côlé d'un diplûinale chauve, mais dont la bmclielte ornée de décora- tions en diamants excita sa convoilise. Celui-ci s'empressa d'olfrir ces brillants insignes à la belle enfant, qui l'assura de to te .sa reconnaissance. Or, à peine rentré chez lui, M.deM , s'apercevant qu'il avait oublié de joindre la croix de Terre-Sainte à sa collection, l'envoya aussitôt à la vierge de ses pensées, en écrivant sur la boite celle inscription com- mémoralive^: La terre suitile à la terre promise.
L'autre décès, digne d'être signalé à meilleur droit, c'est celui d'un membre de rinstiliil. d'une gloire académique, M.Alexandre Guiraud. Voilà taulùt vingt ans que le nom de M. Guiraud avait remplacé dans les fastes de l'Académie un grand nom et un nom illustre porté par un homme qui as- surément n'avait rien de littéraire, Matthieu de Montmo- rency. A cette époque, M. de Monlinorency venait d'i'lre mis en possession du fauteuil, eu i'onsidératioii d'un motif qnil'y ferait asseoirdemèincaujourd'hui :c'élait un duc, un pair de France, un ancien ministre. M. Guiraud ne jouissait d'au- cun de ces avantages, il avait remporté un prix aux Jeux- Floraux ; U était l'auteur d'une tragi^dleapplauiheà l'Odéon, les ilachabées . et d'un Virginius destiné à Talina et que Talma ne joua jamais. En outre, le jeune auteur était réputé bon chrétien, et surtout bon royaliste, dernier titre qui dans tous les temps et sons tous les réginies'fnt pris en considéra- tion par les immortels. Il faut rendre cette justice à M. Gui- raud , c'est qu'une fois mis en possession de ce fauteuil, toujours si envié' par ceux-là même qui semblent les plus dédait;neiix, il ne s'en servit pas comme d'un marchepied pour monter à d'antres honneurs. Son ambition se trouva sati-f.iite. ciir il était l'homme de toutes les ambitions mo- dcsles ; l'élégie plaintive, un peu précieuse et doucerette, latragédiecla.ssique.réglantinedes Jeux-Floraux. Cependant qui croirait aujourd'hui que M. Guiraud, alors qu'il tenait avec Soumet le sceptre du vers troubadour, fut salué un moment par les éclaireurs de la nouvelle école comme l'un des princes du romantisme naissant? Mais la révolulion de juillet, en éclatant, vint accrocher une sourdine à bien des lyres, et M. Guiraud remit sa musette en poche, et descen- dit des hauteurs de l'ode et du dithyrambe sur le terre- plein de la prose; il demanda ses inspirations au christia- nisme, et composa des histoires néo-chrétiennes, des ro- mans mystiques et de chevalerie dévote, bâtis sur le pa- tron des Marlyrsel de la Goule poétique. Flavien et Césairc semblent écrits par un chevalier du Temple ou par quelque solitaire de la 'Thébaide sous l'idée lixe de l'expiation et dans d"S temps voisins de la croisade. Si les laïques avaient un bréviaire, celui de M. Guiraud eût été le livre de Jo- seph de Maistre, adouci par quelques-uns des versets de ïlmilation. Homme excellent dans la vie privée, et qui ne demandait aux lettres que les douceurs (|u'elles procurent aux esprits délicats, Alexandre Guiraml est mort dans un âge |)eu avancé «Depuis vingt ans, — a dit M. Lebrun en con- duisant, comme directeur de l'Académie et comme ami, la dépouille mortelle du défunt à sou dernier asile, — depuis vingt ans, c'est pour la trente-troisième fois que je viens ren- dre les honneurs suprêmes à un i rdlègue. »
Que cette nécrologie ne nous fasse pas oublier plus long- temps les vivants et les œuvres vivantes. Voici, au Tiiéàtre- Français, une résurrection :le Mnrinije d'urgmt. Après quinze ou vingt ans d'oubli, celle œnvie ainsi evlmuiée est devcnie une surprise pour tout le n onde, d'aburd pour notre public contempor; in, auquel 'a pièce était à prn pès éliangèrc, et qui a paru surpris d v trouver si peu d'ob ervation et si peu de vérité, et d'entendre un dialogue si pénible et si contourné dans la boui lie de tous ces personnages nés cependant de la fantaisie f.iiiliî et enj'uiée de son auteur de prédilection, M. Scribe. Un autre étonnement, c'est celui de mcssieursles comédiens, qui avaient compté sur le tel de ces petits mots nialii ieux dont i's se régalaient à la répétition comme d'une primeur, tous attendant nn re sait quoi de merveilleux de ces plaisanteries qui ont fait lotig fen et qui les laissaient astez embarrassés de leur cniîtcnance. Mais la plus grande sur- prise assurément aura été pour l'auteur, as.sez accoutumé à voir ses spectateurs s'égayer des plaisanteries et du ridicule dont il affuble les sentiments et les passions dans l'intérêt des
' convenances. Eh quoi! cette perpétuelle raillerie de l'a- \ inour, cette glorilicalion sonore de l'argent a été médiocre- ment appréciée! Les hommes auraient-ils donc trouvé par ha- sard ce Poligny un peu méprisable, qui saci ilie brutalement celle qu'il aime à une charge d'agent de change? et d'un autre côté , les femmes n'auraient-elles pas goûté ce désin- téressement de madame de Brienne, qui, non pas par dépit (ce qui l'excuserait, carie dépit est encore de la passion), mais uniquement par commisération, se jette dans un nouvel amour ? Comment s'intéresser à une femme si peu sûre de son cœur? comment ne pas considérer d'un œil de pitié nn homme qui se dégrade si ouvertement? et y at-il moyen de rire en sécurité de conscience de toutes ces petites làclietés? Cependant ce J/arioged'argen; vous représente il lui seul tou- tes les nouveautés dramatiques de la semaine, et nous n'au- rions pas d'antre spectacle à vous raci nier, si M. Boulon ne lions avait pas conviés à l'ouverture de son Diorama.
Pour cette fois, le peintre du Déluge nous a montré l'inon- dation de Id Loire, vue prise du clocher de l'église Saint- Marceau à Orléans; position parfaitement choisie pour laisser apercevoir au spectateur tous les détails du sinistre sans qu'il perde rien de l'ensemble de la ville. Mais d'abord, voyez quel immense horizon se découvre de toutes parts, horizon cerclé de nuages épais et sombres, d'une couleur lauve et bistrée, et que déchire la rafale. Là-bas, la pluie tombe à flots, on le sent; les eaux s'agglomèrent et montent, on le voit. Déjà le torrent a jonché de ruines l'enceinte extérieure de la ville ; il tourne et mugit autour de ses murailles comme l'assiégeant qui cherche le côté faible de la place pour y pénétrer. Le lit (lu fleuve ne se distingue plus de la plaine, la plaine à son tour se confond au loin avec le village et ses maisons. .4u premier plan, sur la gauche, les eaux ont fait irruption dan- une masse d'habitations dont les murs se sont disjoints commeceuxd'un château de cartes, et voicile torrentqui les emporte, les roulant pêle-mêle avec les toitures en rbaunie, les instruments de travail, les objets mobiliers, les bestiaux moits et les créatures humaines qui se noient. Çà et là. sur la crête des larges vagues du torrent, apparaît une bar- que à la dérive, un bateau qui s'enfonce, une destruction qui surnage. Sur celte scène immense, où la mort plane, on ne saurait exprimer tout ce que le pinceau de M. Bouton a répandu de vérité saisissante et d'intérêt palpitant; on assiste à cette muette représentation comme à un dianie animé dont l'illusion, — tant l'art exerce ici son souverain prestige, — éttni et en quelque sorte réalise sous nos yeux les terribles épisodes.
Dans un autre tableau, M. Boulon nous a montré sous deux aspects dilTérents l'intérieur de l'église Saint-Marc à Venise. (.'elle basilique, bâtie sur le modèle de la Sainte-Sophie de Constantinople, olïre une grande variété de styles, et cette richesse charmante et un peu bizarre qui distingue les monu- ments d'origine byzantine. Cinq cents colonnes d'un verlan- tique et sombre soutiennent la masse de ses cinq dômes et l'immense couibure de ses arcades à plein cintre; ses murail- les incrustées de mosaïques ou couturées de lignrines et au- tres sculptures délicates, sont m oulre chargées à prolusiou de peintures à fond d'or. Des hauteurs de la voûte, des pro- fondeurs des cbapilles, et sur les marches des caveaux, se dressent et s'élaiicfut tuiili-s soi les de figures spiendidement colorées, dans lallitude de la prière ou de l'extase. Si, à celle variété de coloris et à celle niultilude de lignes ou ajoute le jeu des ombres, les effets île lumière. Ions les accidents du jour à l'extérieur, qui modilieiit l'aspect de l'édifice et de ses ornements, on n'aura encore qu'une faible idée des elTorts d'habik'té, de patience et de talent qu'une pareille tâche im- posait à l'auteur. Il faut voir surtout ce merveilleux tableau entre les deux ellels, au niomentoù, le jour lombanl, la dé- gradation de la lumière s'efléctue : le vert des colimiiettes et des encadrements prend des teintes plus foncées, la nef s'emplit d'ombre etde mystère, et puis la grande croix de diamants qui pend de la coupole s'illumine tout à coup, éclairant l'édilice de ses rayons brisés et faisant vive- ment ressortir les tons rouges, jaunes ou lapis-lazzuli des mosaïques et des lampadaires, et découvrant à l'œil ébloui l'aspect d'une mnllilude inaltendue agglomérée dans l'en- ceinte pour saluer l'élection d'un nouveau doge.
Ces deux nouvelles et immenses toiles du peintre du Dé- luge et de Saint-Pierre hors des jiiur.s attireront longtemps et retiendront la foule émerveillée au Diorama du boulevard Bonne-Nouvelle. ,
Cliiite d'iiiie nvalaiiclte.
On écrit de Chamonix, le 17 février :
« La grande quantité de neige tombée ces jours derniers nous faisait craindre quelque malheur... Le lîî février, à sept heures du suif , nn craqnnn' ni hoiiiblesc lit entendre; une avalant be, descendant du h.mt des Aiguilles-Uouges, couvrit le haineau du Cbable (dépendance du han.eàu des Prsis, à 2 kilou. êtres du Piicuré). Ce hbnnan, ccmpoïé de cinq maisons et de pi usie'ïir.s usines alimentées par l'Aive, était situé au bas d'un couloir très-rapide; l'avalanche ren- versa luul,. combla le lit de l'Ane, el s'avança bien loin dans la plaine. Oi«b personnes d'iiiie même famille, rassemblées dans la chambre commune de leur maison, ont élé| rolégées' p,tr la résistance d'un niiir, el ont pu se sauver à travers les débris de leur toit écrasé; quelques aulres ont été retrou- vées vivantes sous la neige tt les décombres, mais le reste est enseveli sousl'énoiine masfe.
a Le premier qui put se dégager courut au hameau des Prats demander du secours. On s empressa de toutes paris; mais il était impossible de recornaiire même l'emplacement des maisons. L'épaisseur de la ntige rérinmcnl Icnibéc et le danger des avalanches en pôehaicrt d'aller rhercher du secours au Prieuré. Ce ne lut que le 1 G au malin que le son lugubre du tocsin donna l'alarme aux babilaDts du chef-lieu de la vallée. Presque tous se portèrent aussitôt sur le lieu du
L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.
sinistre- là un soectacle dénlorable s'offrit à nous. Des mas- I ceul. On ne savait même pas sur quel point sonder pour ar- 1 heureusement on a peu d'espoir que, parmi les individus s^sdeneige",rncSsS river à telle.ou.telle maiso*;. Deux jours de recherches ont nombreux encore d^^^^ u a pu retrouver les traces, quel-
poutres, quelques pignons de mur sortaient de ce blanc lin- | fait découvru- six personnes vivantes et sept cadavres; mal- I ques-uns aient survécu.
; du village du Chable (vallée de Chamonii), récemment déti
« Toutes les provisions, les bois, les denrées, etc., ont été ensevelis sous la neige ou emportés dans l'Arve. Les mal- heureux qui survivent ii ce désastre n'ont aucune ressource contre la lamine; et telle est cette année la misère dans no-
tre vallée, qu'ils peuvent à peine espérer quelques secours des habitants les plus aisés. On pense que notre gouverne- ment leur viendra en aide. « La vallée de Chamonix est connue de toute l'Europe.
Pendant l'été, c'est un lieu de plaisance où les étrangers abondent de toutes parts. Nous espérons que parmi ces voya- geurs quelques-uns se souviendront de nous et prendront pitié de nos malheureux concitoyens. »
Exposition de quatre tableaux de maîtres italiens, au bénëflee des indigents.
Les amateurs de peinture sont fort occupés par le temps
qui court. Outre l'exposition du Louvre qui approche, celle
de la société des peintres qui va finir, celle de la société des
amis des arts, qui a lieu au Louvre, et les ventes importantes
qui appellent la foule rue des .leûneurs, voici encore, de-,
puis quelques jours, une autre exposition qui attire le public
dans le local de l'ancienne mairie du 2« arrondissement. Cette
dernière exposition est des plus modestes par le nombre des
tableaux, elle n'en contient que quatre ; mais elle n'en a
pas moins une grande iinpoi tance, car elle annonce deux
Baphad, un Titien et un BollicelU. Le tableau de Botlicelli
représente une temme personniliant l' Abondance. C'est un
document intéressant pour l'histoire de la peinture florentine
primitive. Quand on pense que cet artiste naquit quel- ques années avant Péruginet Léonard de Vinci, etqu'il mou- rut seulement quatre ans avant ce dernier, on est étonné de
le trouver aussi arriéré vis-à-vis de ces deux grands peintres
sousle rapport de l'exécution, quand il est si près d'eux par la
chronologie. — Le sujet du Titien est Lucrèce et Tarquin.
Lucrèce nue s'abandonne à la mort en victime résignée.
Tarquin, vêtu d'un riche costume hongrois, la tient par les
cheveux et lève son épée pour la frapper ; un jeune nègre
regarde la scène par une croisée. Cette toile importante de
l'école vénitienne, signée du nom de Titien, a été acquise à Naples.où elle était citée, dit la notice, comme une œuvre éminente du maître. — J'arrive aux Raphaël. Celui dont nous reproduisons ici le Irait appartient à la première manière du mailre et représente l'Ange de la paix. Ses regards sont di- rigés vers le ciel et son pied repose sur un petit globe, au milieu de la mer, comme pour signitier sans doute que la terre, le séjour de l'homme, n'est pas de son domaine. Il existe dans la collection impériale de Venise un dessin ori- ginal de ce tableau, pai Raphaël lui-même. M. Calamalta est occupé en ce iiKuuent ;> le graver. Le célèbre peintre allemand Overbeek disait, en rendant compte de ce tableau dans l'Abeille, journal artistique qui s'imprime à
Rome : « Il t'arrivera peut-être, lecteur, ce qui m'est
arrivé à moi-même, jeté le confesse ingénument; tu te di- ras : Mais existe-t-il quelque fabrique inépuisable et secrète de Rapbaëls ?... par bonté, suspends ton jugement... Pleine, ment satisfait de l'ensemble, on ne sait qu'admirer l'harmo- nie de cette oiiivre. Les négligences apiiarentes que tu crois peut-être y trouver sont non-seulement excusables, mais né- cessaires, et lu te sens poussé à crier ; 0 admirable (leinture fortic de ton oubli, va et montre-toi au monde, et donne-lui la paix! » Malheureusement la paix sans conteste n'est ici- bas que pour les hommes de bonne volonté et chez nous les hommes de mauvais-' volonté alKuidciit, ipii, malgré les can- dides parolesdu peintre allemand, eunlestcront l'origine pré-, je charme qui régnent dans la composition. — tendue de cotte peinture, tout en reiuiiiiaissant l'élégance et pour l'autre tableau de Raphaël qu'il serait du
L'Ange
I la Paix, d'après Raphaël.
rêt de dissiper les doutes ; car c'est une œuvre vraiment ad- mirable et digue de figurer dans un musée. C'est la fameuse Sainte Famille dite la Vierge de Lmette. A l'exception de uelques parties, entre autres la tête de saint Joseph, peintes 'une manière plus parfondue que Raphaël n'avait cou- tume de le faire , l'enfant Jésus , qui s'éveille et tend les bras à sa mère, rappelle son exécution et serait un des plus beaux enfants créés par son pinceau ; la tête de la Vierge, qui le regarde en soulevant le voile qui le couvrait, est adorable de candeur et de chaste amour. Tout cela, à l'exception de quelques repeints, peu importants du reste, pourrait être signe (lu nom de Raphaël ; mais cela ne Test pas ; et la porte est ou- verte sur le vaste champ des conjectures. Ce qui complique la question, c'est qu'il y a des vierges de Lorelte à Naples, à Rome, à Milan... Ce qui ne la tranche pas le moins du monde, c'est que nous en avons une à notre musée, car il paraît que c'est une affaire dans laquelle nous avons été mystiBés; et ce qui l'éternisé, c'est qu'on ne sait ce qu'est devenu l'original. C'est toute une histoire. L'original fut exécuté par Raphaël pour le pape Jules II, et placé à Rome à l'église Sanla-Maria-del- Popolo, où Sandrart le vit en 1575. Lanzi et quelques autres historiens se montrent assez disposés à croire que ce fut lui qui passa au couvent de l'église de Lorette, à qui un nommé Lottorius de Rome le donna en 1717. Mais, on le voit, il va déjà ici une lacune réelle dans la tradition. Ce n'est pas la seule. Le tableau conservé à Loreto n'était exposé que pen- dant les grandes fêtes. Lors de la conquête de l'Italie, les moines, ayant reçu du pape l'ordre de livrer la madone aux Français, substituèrent, dit-on, une copie à l'original, qu'ils mirent en dépôt chez un particulier. Celui-ci, ayant acquis plus tard, à la vente des tableaux de Santa-Susanoa, à Rome, un tableau traitant le même suiet, aurait consenti à vendre l'original à un artiste instruit de ces circonstances, sous la condition de ne pas en révéler la véritable origine. C'est de cet artiste que le propriétaire actuel du tableau l'a acheté sans garantie d'authenticité, il y a environ sept ans. L'atten- tion de ce dernier ayant été éveillée par la beauté du pan- neau tombé en sa possession, il se mit à faire des recherches sur son origine, et c'est alors seulement que l'artiste lui ré- véla les faits que nous venons de raconter. Leur ensemble ne constituera peut-être pas pour le public des éléments suffi- sants de conviction ; il y a là un sujet de discussion très- ardue et très-délicate, et il est à désirer que des communi- cations faites par les amateurs éclairés répandus en Europe melteicl un |oui le propriétaire ;\ même d'éclaircir compléle- iiieiil eesdihiciiltés. — Ce qu'il y a de certain, et cela doit sulliri' .1 l'xeilei la curiosité des personnes qui visiteront I l'exposition de la rue Pinon, c'est qu'elles y veiront unema- C'est surtout p"''''!"* peinture, et (|u'elles feront en même temps une
plus
vif inté- """"* action, car l'exposition a lieu au prolit des indig'jnls.
L'ILLlSTRAïlON, JOURNAL UNIVERSEL.
DanioiHcaux et damoiBelIes au XIX* siècle, chronique par Talcn«in.
M LE CARaOlSEr..
PENDANT LE CARnODSEL.
APRES LP. CAimonSF.L
I.E PRlï DU TOURNOI.
L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.'
Chronique maeieale.
Voici que déjà nous touchons bisntôt au terme de la sai- son musicale, et nous n'avons encore qu'un petit nombre de coac-.rn i iiiiiiUoiiiisr. Il est vrai qu'où ne songerait guère à se plaiu'lre de cette rareté de triples et quadruples croches, si elle n'était, malheureusement, un des signes les plus cer- tains de l'état dé gftne oii se trouvent, cet iiiver, toutes les classer de la société. La musiqnfi étant dans nos mœurs un objet purement de luxe, au moiudre emliarras nnancier qui survieut, les musicieiia sont nécessairement des premiers à subir les tristes conséquences de la détresse publique. Nos modernes ménestrels sont comme une .sorte de baroiniMre vi- vant et parlant, d'après lequel le premier observateur venu peut fort bien apprécier la situation plus ou moins jirospère de la fortune d'un pays. Au reste, en disant que les concens sont rares, on ne prétend parler que d'une rareté relative; car, l'un de ces derniers dimanches, on en comptait cinq dans la même journée. D'après le peu de cotte année, que l'on s'imagine ce que les années précédentes voyaient, à pareille époque, couler de flots d'harmonie et de méloilie, briller d'étincelants arpèges, voler de rapides gammes chro- matiques ! C'était U un vrai cataclysme dénotes, dont l'art retirait, si l'on veut, un assez mince profit, mais rendu inévitable par le nombre, qui va toujours croissant, des individus voués à la carrière d'artiste musicien ; si bien que le moindre salon a maintenant son homme de génie, pianiste imberbe, violoniste précoce, compositeur de la plus grande espérance, qu'on s'efforce de produire, de populari- ser. Etquoi de plus simple pour cela qu'un concert? Le con- cert, se dit-on, est au musicien ce que le Salon est au pein- tre. Une seule ditïorence, à la vérité très-importante, existe entre les manières d'exposer une partition et un tableau : pour voir celui-ci, le public n'a qu'à se présenter tout simple- ment îi la porte du Louvre, elle lui est tons les jours gra- tuitement ouverte; pouraller écouler celle-'à, il faut au con- traire se munir d'abord d'une carte d'entrée qui n'est point billet de faveur. I;i commence, pour les Mécènes actuels, une série de mouvements stratégiques des plus curieux. On sait de reste à quelle tactique inouïe doivent souvent avoir recours les personnes ofllcieusemeut chargées du pla- cement des billets de concert ; d'autant que chacune, ayant, comme nous l'avons dit, son héros particulier, il en résulle forcément une réciprocité de procèdes, d'arguments, de sub- tiliti^s, donnant inissauce parfois à des scènes extrêmement plaisaotes, ou le contraire, selon la disposition d'humeur de ri;liii qui est assez, liiureux pour demeurer spectateur dés- iiitéifs^é de ces petites comédies du inonde. Les maîtresses de maison ont au moins, cet hiver, un prétexte honnête et décent d'accorder plus discrètement leur protection immé- diate. Les quesiions d'ainour-]irnpre individuel, ou, comme on (lit RU politique, d'intérêt privé, ont fait place aux préoc- cii]!;! lions tieaucoup plus graves des besoins généraux. Aussi, piniii Ir-s concerts qui ont eu lieu jusqu'à présent, une bonne pji lie n'e^t autre chose qu'une des formes inliniment variées tliiiit la bi iiliisance se revêt, dans les temps de cri.sc, pour séduire rt cliarm-r ceux qui ont les moyens de venir au se- cours di's malheureux. C'est ainsi qu'en un même jour, nous avons eu un concert dans les salons de M. Pleyel, au béné- hcc de la Société allemande de bienfaisance; un concert- spectacle à la salle des Menus-Plai.sirs, au bénélice des inon- dés de la Loire; une représentation musicale au théâtre de l'Hcole lyrique, au profit de la caisse de pensions et secours de l'as.sociation des artistes musiciens.
Chacune de ces solennités onrait aux amateurs ses attraits particuliers. Le programme du concert au bénéfice de la Société allemande de bienfaisance était riche et varié. Le beau septuor de Hummel en faisait partie ; i! a été parfaite- ment interprété par MM. Dorus (llùte), Verroust (hautbcii.s), Rousselot (cor), Fridérich (alto), Elirmann (violoncelle), Goulïé (conire-basse) et Sigisinond Goldschmidt (piano). Ce dernier a fait encore applaudir son talent pur, correct, con- sciencieux et brillant à la l'ois, dans une fantaisie de sa com- position sur des motifs d&DonPasquak^ ot dans le duo pour drtux pianos composé par Thalberg sur des motifs de Xorma, qu'il a exécuté avec M. Scliulolt, autre pianiste diuionué entre les innombrables pianistes qui fourmillent aujourd'hui dans le monde musical. — Mademoiselle Emma Babuigg, chanteuse allemande arrivée depuis peu à Paris, a dit avec un remarquable talent, une belle voix fraîche et étendue, une sensibilité exquise, un fort bel air de Mozart, plusieurs mélodies de Schubert et de Kossini, une chanson suisse de sa propre composition, et une valse de Bériot. — Le jeune Tiiéoclore Pixis, neveu du célèbre pianiste compositeur de ce nom, que le public diflicile des concerts du Cunservatoire avait, liuil jour-; auparavant, encouragé de. ses appliiidisse- mi'iiN ,iu~si ll;iM.'iii ; .|;ij. ijivc, ii émerveillé l'auditoire de clir îii.iiiii ''■■ il M il iiiiii ' r VI ;iiment surprenante dont il a jiiih' sur Ir vi'i'nii uni' l;niliiisio de sa composition sur des motifs il'fc'rîMji/, et l(>s variations du Carnaval de Venise, composées par Ernst.
A la soirée qui a eu lieu dans la salle des Menus-Plaisirs, madame Dimoreau, l'iniinitabl ■ iIiiuIcum-, iI, M. Pniirlin <1, ont pro'ligué, au profit des iiion n-, d-l.i ' ■n,-, ir-s ili-lMirii\ trésors de ces liucs vocalises et ■'•<■ <■ iii- nn'ili ulr rx.ril -ii,ii>, quêtons les chanteurs les mieux duii'-s (1,11 hi iulimic eu vigueur et en étendue do voix, doivent envier à nos deux célèbres professeurs. — Le concert a été suivi de la repré- .sentation d'un opéra-comiqueeii 00 :m'I. ciclé qui fréquentait, il yaum' ' > de i\l. de Castellane, avait eu 1^ là. Le i/()rp((:o de cette pièce, q'ii n - 1 d'une noble amateur; la musii|ii ' . --i .1 renferme, au milieu de quelques mcx dies charmantes. On y découvre insiii ci'e, heureux, élé:;iiiif, d'oii oui plus t,i
'l"i)l l'élégante so-
li e'cs, les salons
il.iiis ces tomps-
1- -UK MiiTite, est
M. .1- Fini, ,w. Elle
len ■(•-, .II--; mélo-
■ol l'i lllri.ie jet fa- d ilécoulé les cauti-
lènes de l'E.idaoe du Camiilnn, à l'Opéra-Comique, et de l'Ame en puine,^ l'Académie royale de Musique. On a revu avec plaisir dans cette représaniatioa la jolie figure de ma- dame Anna Tliillon, toujours aussi jolie qu'on l'a connue au théâtre de la rue Eavart. Elle avait accepté par complaisance de se charger du r6le principal de la pi*,ce dj M. de Flotow. Sa voix a semblé avoir acquis plus de force en même temps qu'elle n'a rien pîriii de son agilité ni de son timbre argen- tin. Les autres rôles étaient remplis par M. Ponchard fils, le futur débutant de l'Acadiraie royale de Musique, MM. Le- fort et Guignol.
Le même soir, à la même heure, la Société musicale, di- rig"e par M. Amédée Raoul, exécutait, au charmant petit théâtre de l'Ecole lyrique, situé rue delà Tour-d'Auvergne, une des plus gracieuses partitions de M. Adolphe Adain, liniine. C'était, comme nous l'avons dit, au bénélice de la caisse des pensions et secours de l'association des artistes mu-iciens. Cette soirée avait ceci de pariiculier que, pour la première fois, le public d'un théâtre de Paris entendait ma- demoiselle Chérie Couraud, cantatrice distinguée, sur qui l'administration du Iroisièine théâtre lyrique fonde de gran- des espérances. La manière dont elle a joué et chanté le rôle de Régine lait très-favorablement augurer de l'avenir, bien que ce rôle ne soit pas tout à fait dans la nature de ses moyens dramatiques. — Des fragments du Mallre de Chapelle, clans lesquels un a applaudi mademoiselle Lcclère, spirituelle actrice également attachée au nouveau théâtre musical, ont joyeusement terminé cette représentation.— Annonçons en passant que le Ibéàtre lyrique qui va, l'hiver prochain, se substituer au théâtre du Cirque, est défiiiive- nieut autorisé par le ministre à prendre le titre à'Opéra na- tional.
Les concerts de bienfaisance sont à l'ordre du jour. Après ceux dont nous venons de parler, en voici d'autres qui se préparent ; car de tons côtés on rivalise de zèle et de talent pour soulager les misères, si nombreuses cette année. — On anronce pour dimanche prochain, à la salle des Menus- Plaisirs, l'exécution d'une œuvre nouvelle du célèbre auteur de rode-svniphonie le Désert. Cette fois M. Félicien David a pris pour héros Christophe Colomb, et pour drame la dé- couverte de l'Amérique. Après avoir musicalement retracé les vives impressions qui l'avaient frappé à l'aspect du ciel azuré de l'Orient, de l'immense solitude de sable, de la ca- ravane, du simoun, des minarets, de toute celte nature de feu, si diiférente de celle que nous voyons t.)us les 'jours, notre pnëte-musicien va sans doute nous montrer son génie sous une l'ace toute nouvelle, en nous dépeignant à sa façon les péripéties de celle terrible épopée, dont le théâtre fut un vaisseau suspendu entre deux abimes également ini;ommensurables, le ciel et la nier. Par un senliment gé- néreux, digne des plus grands éloges, tel que les véritables artistes en ont souvent, M. Félicien David a voulu que la première audition de sa nouvelle odc-sympbonie fût une bonne action. La recette de, ce concert sera versoe dans la caisse des pensions et secours de l'association des artistes musiciens.
L'CEuvre de la Miséricorde, tel est le nom d'une société de bienfaisance qui a pour objet devenir en aide aux pauvres honteux de la ville de Paris. Dans les deux dernières an- nées, celte pieuse instituiion a trouvé de grandes ressources ilans les produits de quelques concerts. M. Edouard Rodri- gues, amateur d'un mérite éininent, s'est empressé de met- tre à sa disposition sa remarquable intelligence; et, sous sa direction, une nombreuse masse chorale, composée de l'é- lite des classes les plus élevées de la socii^lé parisienne, a deux fois réussi à exécuter avec un ensemble rare des frag- ments importants de quelques oratorios de Ha;ndel. Ces pre- miers succès ont encouragé les bienfaisants et bienfaisantes sociétaires, et nous pouvons, dès à présent, faire part à nos lecteurs des beaux projets qui s'élaborent, et qui vont dans peu de jours se réaliser. Il ne s'agit de rien moins que d'exé- cuter en entier le fameux oratorio de Mendelssobn, la Con- version de saint Paul, cette œuvre savante, depuis dix ans populaire en Allemagne, et dont la Société des concerts du Conservatoire n'a encore osé faire entendre que deux ou trois morceaux. Pour mener à bonne fin cette louable et courageuse entreprise, l'Œuvre de la Miséricorde s'est as- sociée au Cercle musical des amateurs. L'une possède les ressources vocales, l'autre est un bataillon complet d'instru- mentistes, habitué à manœuvrer sous le commandement de l'archet de M. Tilmant. De cette association il est résulté une imposante réunion de plus de deux cents exécutants, voix ou instrumeuts, presque tous amateurs qui s'apprêtent à faire merveille. Le programuie suivant expose clairement le double résultat qu'on se propose d'atteindre :
« La disette, qui accroît la misère et les souffrances des malheureux, engage les Dames de l'OEuvrc de la Miséri- corde, secondées par le z»le des membres du Cercle musi- cal, présidé par M. C. de Bez, à' redoublet, d'efforts pour venir en aide aux pauvres honteux et aux familles des artis- tes dans le besoin. Celte réunion et ce concours réciproque et gratuit donnent le seul moyeu, possible d'exécuter ces oratorios, si célèbres en Allema^ive et en Angleterre, attei- gnant ainsi un but d'art et de cliai'ité. Trois concerts seront ilMiiiiés cette. ;iiinée : on exécutera à grand orchestre, sous la
■ nei I le M, ImI. Rorlri-iics, salle llerz, à huit heures du
Miir : l'Ai 11 s. de Mendelss.din , ou la Convrrsiim de »iiiit l'iiul (|i;i rôles françaises de MM. Bourges); et Jmi/u.v Machnbée, de Itendel (paroles françaises de M. Ed. Rodrigues), avec rinslrumentalion de IT-ill. i" concert, le vendre li 19 mars. (Paulus.) 2« concert, le vendredi 20 nUTsiJudoJi Macliahée, précédé d'une Siimjtlimu'e de Mozart. ô« coi'icert, le mardi lô avril. (Paui.iis.) L'orchestre, de cent musiciens, sera conduit par M. Til- mant. Les chœurs seront chantés par cent vingt voix. »
Les produits de ces trois concerts seront mis en commun : deux tiers reviendront à l'Œuvre de la Miséricorde, et l'au-
tre à la cai«e de p;nsions cl séjours de l'association des ar- tistes musiciens.
Le pro^rainine de ces artistiques et charitables solennités est suivi du nom de plus trente dames patronesses, pirmi lesquels on remarque ceux de mesdames la comtesse Rodol- phe Appony, la princesse de Beauvau, la marquise de Bon- vouloir, la princesse deCraon, raadameCharles de Bez,la du- chesse de Narbonne, la princesse de Pulignac, la marquise de Turenne, la baronne de Vatry, madame de Villiers, etc.. Voilà qui promet des fêtes splendides, dignes en loul point de notre grand monde parisien.
Il y a peu de jours, quelques personnes avaient été invi- tées à se rendre rue de Laval, dans les ateliers de M. A. Ca- vaillé-Coll, pour y entendre le nouvel orgue que cet habile et savant fadeur vicnl de construire, sur la commande du gouvernement, pour l'église cathédrale d'Ajaccio. C'est un nouveau chef-d'œuvre à ajouter aux grandes orgues de Saint-Denis, de la Madeleine et du Panliiémonl, sorties de la même fabrique. M. le chevalier Neukomm, le célèbre doyen des organistes, a fait apprécier hs nombreuses beau- tés, de puissance, de douceur, de variété, d'homogénéité, 3ui font de cet instrument, chaque fois qu'on en entend 'aussi parfaits, un des plus justes sujets d'admiration qui ;e puissent tmaginer. Trois improvisations de style dipéreiit, et toutes trois d une science profonde, ont valu ;i M. Neukomm des témoignages de sympathie encore plus affeclueux qu'i's n'étaient bruyants. L'habitude de n'entendre ces sons reli- gieux qu'aux cérémonies de léglise semblait imposer une sorte de retenue aux applaudissements; mais c'était princi- palement sur les visages qu'on lisait l'émotion qui était dans tous les cœurs, et l'on ne savait lequel des deux paraissait plus mefi'eilleux, de l'orgue ou de l'organiste.
On doit voir avec plaisir l'extension qu'a prise, dans ces derniers temps, lindiislrie du fadeur d'orgues. Pour en don- ner une idée à nos lecteurs, nous rapportenms cet extrait d'une statistique spéciale. « Dans le premier tiers de ce siè- cle, on a à peine construit ou réparé cent orgues dans louie la France, et depuis quinze ans, un en a établi plus de quinze cents, sans compter les diverses espèces d'orgues expressi- ves adoptées dans les petites églises ou chapelles. Avant Ix'ii. on n'aurait pas pu rassembler dans toute la France vin^l ouvriers facteurs; aujourd'hui, on en réunirait facilemeni plus de trois cents, qui travaillent sous la direction d une vingtaine de facteurs établis. » il est juste de dire, et tout le inonde le reconnaît, que M. A. Cavaillé s'est placé au pre- mier rang dans celte belle industrie. La construction de l'or- gue d'Ajaccio ne pouvait donc pas être confiée à de meil- leures mains.
N'oublions pas, avant de terminer cette chronique, d-; mentionner encore un concert de bienfaisance digne du plus grand intérêt, qui a été donné an profit de la Société des Crèdics, à la salle Siinl-Jean. Il n'y avait pas, d'ailleurs, que de la musique dans cette a-semb'ée. Une remarquah'e allocution de M. Dupin, un beau discours de M. Marbean. iiu autre de W. le docteur Siry, une Ode à la Crèche, de M. Escodica, enfin une pièce de vers de M. Emile. Deschamps, ont précédé la partie purement musicale, confiée à made- moiselle Nau, MM. Dupont, de Kantski, Lefébure et Levas- sor. De plus, on reinarqii.iit à l'entrée de la sa le un bénitier en carton-pierre, composition gracieuse inspirée par la Crè- che, l'œuvre d'une jeune artiste, mademoiselle Hélène Hé- bert, dont les productions occuperont une place honorable à l'exposition prochaine.
Georges BOUSQUET.
Coscouns LiTTÉnAiBE. —Lu Société Philolechniipie de Paris, ay.iM reçu de M. le iiiinisire (le l'inslriiclion piililiqne «ne in- demnité lie cinq cents francs, pour l'année 1S47, vient de décider que cette somme t'eiail le» fonds d'un prix qui serait décerné à railleur du meilleur ouvrage sur le sujet siiiv;mt :
ic Rechercher iMuHueiice que l'esprit public et les mœurs, en Fnnice, ont exercée sur les diverses pUases de la comédie depuis Molière. » ,. ,
l.a Société ne demande pas une revue complète des anlenrs (•o'iiiiiues, encore moins une noniéiichiUire de loiiles leurs pro- • qu'elle provoiue, c'.sl un exaiiieu es u'iiMcs iMiiil |iiesc|ui ont paru sur I,. ^11, , 1^ r . -I mu- ;i|i|ii-i-cialiou do 1 ilncis.'. ,-,"iiiiit-. les Miirurs sur la mœurs.
diiçlions ilepiiis Mol littéraire cl pliiliisni notre llierilre j\. e i'inlluenco ipi'nMl : ^ comédie, et, ac
Nul ouvrage lanjîuo franç;ii!
L'auteur ne é|iigraplu' qui niilU et s;l ileiii
hre
pètuc
pas udiic:
ne sera admis au concours s'il n'est rédigé en
■fera pasconnaUte. Son manuscrit portera une er;i repelée sur un billet caclielo indiquant son
ilevi ont être remis, francs de port, le 31 décciii- ,1. 1 M. le liii-.iu ili- I ..MiorcuTTK, sccrolaîre-per-
V eiiM.M's ;,,i , on, .uns ne seront pis rendus. Les i..ni hni'.- j.i.'ii.li.' une copie, a leurs frais. .i,-i.i eu une inediiiiie d'or de la valeur de 5(10 fr. c. s'il > a lien, dans la séance de mai I8i8. ii-siiii uls, bouoraires et associés litires ne sont
Dernier voji»«e de nunioïK- d'(.>vill« (i).
Voir lEs miméros 97 cl 19Ô.)
-i^oie et domicr.
Après avoir achevé l'exploration de l'Océanie. Dumonl- d'Urville s'élail dirigé de Sumatra sur la Tasmanie. Celte Ir.tversée dura plus de deux mois. Quand, le 12 deceinhiv ISV) r l,«/ni(«r/)c et id /é!éf jetèrent I ancre à Uobart-Town,
tait déclare
p:ir la dvsséuterie qui :
iiiatra." X.'^-''''o/(i/if avait perdu trois
I lui reslait de nom-
olles étaient d.
.'i bord au départ d
officiers, treize mailles ou -malelot:
breux malades dont laguérison semblait desespérée. Léqui
(I) r,t vol. l!r;ludill-S^el^^^y^ «i'Ié et Comp.
y M'* "
L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.
\nic de la Zélée n'avait pas été moins cruellement atteint pjr le Iléau. Le comuianiJaiit de l'expédition s'occupa avant tout d'établir à terre un hôpital pour les malades; puis iltit faire aux deux corvettes de nombreuses réparations dont elles avaient besoin ; car il avait résolu « d'entreprendre, se- lon ses propres expressions, une nouvelle pointe dans les gla- ces, qu'il méditait depuis longtemps. »
« Hobart-Town, dit-il, est assise sur un terrain ondulé, formé de petites collines à pentes assez roides. qui s'étendent jusqu'au pied du mont Wellington. Ses rues simt droites et se coupent généralement à angle droit; mais toutes ne sont
constance leur génie ne leur fit pas laute. Nous avions atteint le 66110 degré de latitude sud, tout nous faisait espérer que bientôt nous auiions franchi le cercle polaire antarctique, et, suivant l'habitude, je fus prévenu oiliciellemerit que le lendemain j'aurais la visite du père Anlarcti<iue. Après nue pluie de riz et de haricots lancés du haut des hunes, je reçus un postillon monté sur un phoque qui m'apporta le message de son fantastique souverain. Je ferai grâce au lecteur du costume de ce singulier ambassadeur et du contenu de son épître : je vis avec plaisir que nos marins avaient changé la cérémonie du baptême habituel de la liyne en cehe d'une
"■">'"'"- communidu sous une seule esoèce, celle du vin, qui devait coiistructions s élèvent chaiiue jour, et avant peu llo- leurêtre plus prolltable. et je n'eus pas d'objections A faire. »
pas encore garnies de maisons des deux cotés. Oe noinhieii
ses constructions s'élèvent chaque jour, et avant peu llo-
hart-Town présentera l'aspect d'une de nos grandes cités eu- j Un des officiers de l'Astrolabe, M. Coupveiit a publié la
ropéennes. J'avais déjà visité cette vilie lors de mou premier j singulière épitre que le père Antarctique fit reme'ttre au com-
voyage de circumnavigation; mais, dans fespace de dix ans, mandant de l'expi'ililion. et nous croyons, quoi qu'en ait
M :. ,•.. ._, : .1-.. ■ !.. _ , jjj( Duniont-d'Urvillf, qu'elle est assez' caractéristique pour
mériter une mention.
elle avait complètement chanaé d'aspect. La population pre que triplée s'élevait alors à 12 ou 1-i mille âmes. Il ne faut pas chercher à Hobart-Town des monuments remarquables par leur architecture et leur gran le constiuction. L'hôtel du gouverneur, établi sur le bord de la mer, est entouré par im jardin où s'élèvent encore quelques beaux arbres, dont les autres parties de la ville se trouvent totalement privées. Sa construction n'a rien deremarquible ; du reste, on .s'oc- cupe, dit-on, d'en b:\lir un autre en dehors de la ville... Quelques beaux magasins se lontremarquer dans la ville, qui possède en outre un hôpital pour les condamnes; une ban- que, un bureau de poste, un palais de justice, une prison
AN'T.VRCTIOUE XIX« du nom, au capitaine de vaisseau Du- «osT-D Urville, comiiiaiidant fAstnlabo, salut et amitié.
Voici la seconde fois que votre navire se trouve aux portes de mon empire liyperl>or,vn ; j'ai en, Uonc qu'il e.aitde mon de- voir, en voyant tant O'.uda.e ri d.- prrsevoia,,™, d\ rei en oSi'i'nr' iV™. ^■""- '^'"«■l'I"" "'"" M"e vous donnie. a ma ca- pitulation, elle n eu sera |kis moins liaiior.ilile pour moi v.o',1".' '''■™''"'«" 'le juillet, nul, si ce n'e>l Cook, que m'a- ... -, , , ., ^^.i'^^t"'!!'"'!'''' "'""''"'' ^'^"°' "'*'=''' ''"Pt^nétrcT dans iiH^^
une maison de correction et plusieurs églises. Les casernes ] "='"t'"e, niais a présent qne mes sujets rèvolies, prenant exeni- sout situées sur le haut d'une colline... Au bord de la mer I '' L'i'.'.L'^':'"' ■'^ ™"''' ':»'• ""l- 1"*^ mes gendarmes et mes gardes s'élèvent les bâtiments de la douane... I ue uùeî',ts!dL''„„'l"'t''''^"'''''%''' .«"Ti»?,'"^ ''«s navigateurs
«La côte méridionale de la Tasmanie est, comme on le Zi^^^tS:t^::^:riZ^?:^^lr '^''' '''''''''' sait, découpée par plusieurs baies ou les navires trouvent Cette année, l'hiver n'a pas été rigoureux • en sorte aue mes d'excelents abris, t-a baie des Tempêtes est vaste et pro- ; glacières ne sont pas bien approvisionnées; lînl obstacle conve- fonde, mais elle est faiblement défendue contre les vents de [ "j!*'e »« s'opposera donc à voire entrée dans mes États. Ne vous sud-ouest; la rivière Derwent est navigable pour les plus I '*"''^)e'' pas de quelques glac,^oiis épars sur mes Irunlières- ce
- - •■ , . .■ soin de petits encouiagemeiils que je vous envoie
Vous enirerz donc dans mes Élals; mais vous vi
grands navires jusqu'à Hohart-Town ; là, elle se rétrécit après avoir formé un cou le, elle remonte dans l'inlérietir des terres. C'est sur .ses bords que se trouvent situés les prin- cipaux établissements anglais; les plaines au milieu des- quelles la rivière roule ses eaux sont toutes couvertes de
ez aux ton; alites exigées par notre loi; vous avez été bap- .ntm' V""" \^'V T' ''«"""""ierez avec moi; l'eau vous a puiifies dans vot.-e liaplême tropical; pour entrer chez moi vous communierez sous les espèces du paiu et du vin; seulement
culture, et bien que les villages, dont les Anglais énumèrent conimandani, je vous préviens que mes caves sont un peu de-
les noms avec orgueil, ne comptent pas, pour la plupart, j ''"['.''"k-a
plus de douze à quinze maisons, il est probable qu'avant peu, A„„i', i °1.' J *y?'^ '''" provision pour vous est presque
grâce à rindusti\e et à Tactivité anglaises, l'ile entière de : Tuut"i'cir'iV ,"v '"""'''' '' ""•""""■ •
VanDiémen sera aussi peuplée et aussi bien ciillivée qu'un I lundi, àux'tronii''ies\l. ilHin'HViipile """ ''' "'^ *'"'"'■ ''''°"'"
de nos départements du cenlre de la France Déjii des rou- j Fai't, eu notre palais iu,|.r,i.,i, a VinsuinoDolis lai un- on' nn'
tes, parfaitement entretenues, établissent des communica- i 'o»i5- 00" 00' oo',daiis lom.s les diieiTions, cejour,i''li'iii dimau-
tions entre tous les points du littoral du nord au sud. Des 1 '''e '"'J" mois solsliciel, aimee issu de l'iiégiie polaire'.
voitures publiques, conduites en poste et partant réaulière- iNriDr
meut d'Hobart-Tnwn, franchissent en 48 heures la distance AN i ARCTIQUE.
qui sépare cette ville du fort Dairyniple, situe dans le détroit | Pour copie conforme : Petboi.opuile, Premier ministre.
de Bass. Tout le long de cette route, on ajtrçoil, de distance j ^
en dislance, de petits clochers coquettement bàlis, autour [ ^- ^- Notre ambassadeur G'aciolilhe sera, comme à l'ordi-
desipiels viendront se grouper, avant peu, de nombreuses ; "*"''^' '"'^'S «' défraye par le navire vitiié.
habitations^ » |
Le premier janvier I8i0, à quatre heures du malin, l'As- . ^^ lendemain, en effet, l'ingénieur des régions polaires irolabi'. et Ut Zélée étaient sous voile lorsqu'elles apprirent la '''"' ''^ '^ P"' de son souverain, frère du père la Ligna, nwrt de M. Goupil, le peintre de l'e.vpédition, une des der- | accompagné du premier minisire Pérrolophile, annoncer au nières victimes du Iléau. A son grau i regret, Dnmont d'Ur- j commandant Dumnnt-d'Urville l'arrivée du souverain et de ville ne put pas aller rendre les derniers devoirs à ce jeune | ^* .C"'""; conformément à la lettre reçue la veille. Un envoyé artiste, dont il loue aillant le caractère que le lali-nt. Les i 1"' a^^it le plus grand rapport de cosinme et de manières corvettes, couvertes de toile, durent coiilinuer à s'éloigner | "^'^c Itohert-Macaire prit le commandement de l'AUrolabe d' Hobart-Town; le 2, elles atteignirent la baie des Tempêtes; ' P?ur lui faire franchir le point dangereux du cercle polaire
le r>, elles perdirent de vue les terres de la Tasmanie, et elles coururent dans le sud.
A ctte ép jque, il restait encore sur la zone dn pô'e sud lin vaste espace à explorer, entre le 120°"' et le 160°'" degré de longitude orientale. « C'était là. dit Diimunt-d'Urville
ou son souverain l'attendait. Les ordres se succédaient avec tumulte. « Brassez bâbord lacivadiêre! larguez la balancière du contre-cacalocs de perruche, etc. » Pendant ce temps, l'ingénieur des terres polaires, armé d'une boussole d'incli- naison improvisée par le charpentier, ornée d'une aiguille en
que je voulais conduire nos corvettes en partant d'Ilobatt- | 'er-blanc, occupait et gourmandait les timoniers qui écri Town ; je ne me doutais pas qu'un navire de commerce an- valent les résultats de ses observation
glais nous-avait précédés d'une année dans ces parages; je n'avais encore aucune connaissance des îles Vallemj ni de la terre Sabrinas, dont la découverte avait été faite une année avant notre apparition dans ces parages. » En prenant sous sa responsabilité personnelle une nouvelle tenlative pour pé- nétrer dans les glaces, Dumonl-d'Urville voulait seulement constater quel était le parallèle sous lequel il rencontrerait les glaces solides, et tâcher de découvrir le pôle magné- tique.
Le 16, à trois heures vingt-cinq minutes du matin, la vi- gie signala la première glace. Ce n'était qu'un glaçon de pe- tite dimension; mais quelques heures après d'autres glaces se montrèrent à l'horizon, au nombre de cinq à six. On n'é- tait alors qu'au 61)"" degré de latitude. Le 18, par le (ifi»' de- gré, divers indices annohcèrent le voisinage d'une tftle; le |
1" plan perpendiculaire.-
-Haut 180" 13' 12" U"' i - Bas. -52" 4' 13" 15'' 1
Enfin, on héla un navire et l'on vit apparaître le père An- tarctique légèrement vêtu d'une veste blanche, ruisselant de sueur, quiiiqui! lïit abrité sous un parasol, et tenant au bras madame son ep nise, une grosse dondon, représentée par un novice. Il s'avança gravement vers la dunelle et pré- senta au commandant sa cour, ainsi composée :
u Le grand chancelier, habillé en marquis, orné d'nn cha- peau à claque de trois pieds de hauteur, en toile goudronnée, avec une énorme cocarde, d'un habit à queue et d'une épée en civadière.
— Un abbé et toute une séquelle d'enfants de clin>nr , de
12,'en elTet, M. i)umoulin aperçut la terre Adélie, mais il i •'«''•'.au'' ''' Je suisses; c'était un gaillard de siv pieds, qui ne crut pas à sa découverte. I pareissait faire un œil peu canonique à madame Antarctique.
" Nos matelots, pleins de courage et de bonne volonté, pa- ' ~ ^" "a'ural'sle babillé en charlatan, et qui remorquait raissaient gais et contenis, dit Dumont d'Urville. Ils avaient ■ ^P'*' '"' """ '"'''*'' ''* squeleltes, de peaux davaiios, etc. préparé dès longtemps une cérémonie semblable à celle qu'on ' , — Un gabier peint à la chaux en pingouin, et quidislii-
pratique à bord des navires au passage de l'équateiir ; et I acieurs, après m'en avoir ilemandé la permission, .se tenaient prêts à paraître sur la scène lorsque nous arriverions sous le cercle polaire. J'ai toujours pensé que les farces grossières dont les matelots ont l'habitude de gralilicr ceux qui, pour la première fois, franchissent les limites équatnriales, étaient d'un bon effet à bord d'un navire, où les dislraclions sont si rares pour les marins, et où souvent l'oisiveté et renniii, qui en est la suite, jettent le découragement dans les équipages. Aussi, loin de m'opposer aux scènes burlesques que prépa- raient nos matelots, je leur déclarai que je .serais le premier à m'y soumettre; seulement en raison de la température, je leur défendis de jeter de l'eau sur le pont, ni de soumettre personne à des ablutions qui ne sont supportables que .sous la zone torride; je leur laissai, du reste, le soin d'inventer le genre de cérémonie auquel ils désiraient soumettre les habitants de l'Aximlnbe, et l'on va voir que dans celte cir-
biiait des gourmades au naturaliste qui prétendait l'em- pailler.
— Un phoque, dont le père Antarctique Ut présent au comman iant comme une espèce particulièrement curieuse.
Cu autel avait été préparé à tribord, près du grand mat. L'abbé, suivi de tous les enfants de climur, bedeaux, etc., s'y dirigea avec coinpnnclion, se recueillit un instant, purifia le pain et le vin, cassa une croûte, s'administra une bonne rasade, puis, se retournant vers les fidèles qui l'entouraient, il leur adressa un sermon que nous regrettons de ne pas pouvoir reproduire. Il avait pris pour texte :
FIMBUS TERR.« GLORIA.
C'est aux confins du mon Je qu'est l'immortalité. {Ces pa- roles sont tirées de saint Passe-Avant, chap. ix, verset 18.) Et il se terminai! ainsi :
« .... Ce n'est pas précisément <ur votre bonne mine que le |ière Antarctique s'est décidé à vous recevoir... mais la saison n'a pas été favorable, et sans la sage admini>tration du ministre de l'intérieur Krigoritas , on tût complètement manqué de glace cette année. Comme il n'a plus oue quelques glaçons à opposer sur Us frontières de son empire, le père Antarctique s'est décidé à traiter, à vous recevoir sous son toit, et à partager avec vous son pain et son sel. Oublions nos querelles passées, pax vobiscum. Avancez; hic est domus. Enirez et rafraîchissez-vous, c'est ce que je vous souhaite.» Le sermim terminé, la cérémonie commença. Le comman- dant Dumoiit-d'Urville fut appelé le premier; le grand chan- celier lui remit ses lettres d introduction scellées du grand sceau de l'Etat sur lequel étaient gravés deux pingouins en croix. Chacun desolUciers et des inak-lols passa fnsuite à la sainte table. L'abbé, pour sanclifier davantage le vin de la Communion, en buvait une rasade de temps en temps; et coiiiiiie le lieutenant avait donné l'ordre ù la candinse de toiiiiiir aux frais de la cérémonie, avant que tout l'équipage ei'il participé à cette communion, depuis le père Antarctique josqii'aii simple enfant de chœur, l'officiant commençait à avoir la langue épaisse. Le naturaliste des régions polaires eut une conversation du métier avec M. Dumoutier. Il e.va- mina fort attentivement son cràue, et le pria avec instance de .se laisser mouler, afin de con-taler la découverle d'une nouvelle bosse, dite phreiiologico disterico-liinico-niaconicc- gnandino-squélccitique.
Celle fêle burlesque se termina par un banquet, des dan- ses et des chants.
Le 21 , tous les doutes avaient cessé à bord des deux navires. C'était bien la terre que M. Dumoulin avait découvert.' Elle s'étendait à toute vue au sud-est et au nord-ouest, et dans ces deux directions, on n'apercevait pas ses limites. Elle était entièrement couverte déneige, et elle pouvait avoir une hauteur de mille à douze cents mètres. Nulle part elle ne pré- sentait de sommet saillant. Nulle paît non plus on ne décou- vrait aucune tache indiquant le sol, et « 1 on eût pu croire, ajoute Dumnnt-d'Urville, que nous étions ariivés devant une baiiqui.se plus considérable encore que toules celles que nous avions rencontrées, si nous eussions pu adniettie cjne jamais les banquises pussent atteindre une hauteur aii.ssi prodigieuse... Avec nos lunettes, nous interrogions à cli»- que instant du regard cette terre mystérieuse, dont l'exis- tence ne paraissait plus contestable, mais qui ne nous avait oiTert encore aucune preuve irrécusable de son existence. » Celte découverte était réservée à M. Duroch, auquel nous en empruntons l'intéressant récit publié dans les noies du huitièlne volume.
« Nous sommes tous réunis sur la dunette. Le temps est admirable, et, chose merveilleuse dansées légions, le soleil est d une pureté sans tache; chacun s'amuse à contempler les formes bizarres qu-'offrcnt les glaces qui nous enlouicnl. Pour la centième fois j'interroge de ma Imigiie-vue ce¥,.mas- ses de neige et de glace, lorsque j'aperçois des taches rous- sàlics, rn^ii.'ii-es, qui ne pouvaient a|i|iarlenir qu'à des ro- cll'•^^. .1 i\'- M'iiiahlcs roches. Je les lis remarquir au com- iii.in iani ; ni. os, souvent trompé dans la journée, il se refusa d'abord à y croire. Bientôt cependant de nouvelles taches se découvrent; celle fois il est impossible de ne pas ètie con- vaincu, car, quoique éclairées par le soleil, ces taches con- servent une teinte uniforme et ressortent parfaitement en noir sur la neige d'où elles surgissent.
«Le commandant donne l'ordre de mettre un caiiolà la mer; on l'arme avec tix lioinmes vigoureux, car la dislance est grande ; on embarque un compas, de la bougie, tolit ce qui peut être nécessaire dans le cas où la brume viendrait le surprendre en roule; je suis de .service: à moi donc le coiiiniaiiileiiient du canot ; à moi l'honneur de fouler le pre- mier i-elle lerie vierge de pas humains. Kien ne l'out égaler mon bunlieur. Qu'elles devaient être piiissanles les émotions qui ont dû assaillir le (œiir des navigateurs qui les premiers dans la carrière ont doté leur pays de la découverte de ces magnifiques contrées couvertes de la plus heureuse végéta- lion et de nombreuses populations !
«Je pars accompagne de MM. Dumontier et Lcbrelon: mes hommes, pleins d'ardeur, impriment au canot une vi- tesse inaccoutumée. «Hardi, matelots! la yole de (o Zélée nous talonne, il faut arriver les premiers; » liais je n'ai pas besoin de les stimuler : obéissant à leurs bras vigoureux, rembarcatjoii dévore l'espace.
« Les corvettes baissent sensiblement à l'horizon, et bien- tûl nous ne distinguons plus que leur mftlure ; la côte, au contraire, se découvre davantage; nous ne pouvons plus douter que cène soit de la terre; les matelots redoublent d'éiier>;ie, 1 1 nous entrons bu milieu du labyrinthe de glaces qu'il faut traverser pour arriver au but. ^ u De ma vie je n'oublierai le magnifique spectacle qui s'oHî il alors à mes yeux.
«Sauf le grandiose, nous aurions pu nous croire au mi- lieu des débris de l'une de ces imposantes cités de l'antique Orient récemment bouleversées par un tren)blement.;de terre.
«Nous naviguions en effet au milieu de gipanlesqnes dé- bris affectant les formes les plus bizarres : ici des temples, des palais aux colonnades brisées, aux superbes arcades; plus loin le minarel de la mosquée, les flèches aiguës de la basilique romaine; là-bas, une. vaste citadelle aux nombreux créneaux, dont les flancs déchirés paraissent avoir été frap- pés par la foudre ; sur ces majestueux débris règne un si- lence de mort, unsilence éternel ;janiaisla voix de l'homme n'avait encore retenti dans ces solitudes glacées. Au milieu de cette scène majestueuse, nos embarcations, Ip payillon de France en poupe, glissent calmes et recueillies, ijiais le cœur bat vivement, etsouiain un long cri de vive le roi ! vient saluer la terre.
«C'est elle, en effet; la voilà! nous la touchons, et nrjs brillantes couleijrs se déroulent et dottent mijestueusement sous le cercle polaire, au bruit de nos hourras d'allégresse,
8
L'ilXUSTRAïlON, JOURNAL UNIVERSEL.
sur une rude roclie de granit rouijeJlre, dominée par douze cents pieds de glaces éternelles.
«Mais il nous faut des souvenirs; il faut qu'un de ses frag- ments vienne rappeler à chacun de nous, dans ses vieux jours, qu'il a mis les pieds sur un sol nouveau : pics et mar- teaux retentissent à l'envi ; le roc est bien dur, mais il ne
peut résister à nos elTorts, et bientôt de nombreux débris remplissent le fonil du canot.
«O'iiilques iiiolTensils pin'^ouins, seuls habitants de ces lieux, se promenaient près de nous; mîlgré leurs protesta- tions, nous les emmenons comme de vivants trophées de notre découverte.
« Mais la brise s'élève Iralcbe et froi Je autant que la glace sur laquelle elle passe pour arriver jusqu'à nous. Nous en proBtous pour mettre à la mer et saluons la terre, qui dis- parait, de trois cris de vive le roi!
« La bonne brise nous pousse rondement, et à onze heures et demie nous atteignons les corvettes ; tout le monde est
sur le pont: tous nous attendent avec anxiété; la vue de nos I Cependant M. Dubouzet de /a ^^/ée) avait envoyé un de
trophées excile des transports de joie, notre d'': -ouverte est ses matelots déployer un drapeau tricolore sur ces terres
constatée et reçoitle nom de terre Adélie. qu'aucune créature humame n avait m vues m foulées
«NousétionsaUirsnarÙfi'' 29' de latitude su et 158» 21' avant lui. «Suivant lancienne coutume que les Anglais
de loiiBitud* a l'est du méridien de Paris. i ont conservée précieusement, nous en primes possession au
nom de la France, ajoule-t-il, aijisi que de la cote voisine que la glace nous empêchait d'aborder. Notre enthousiasme et notre joie étaient tels alors, qu'il nous semblait que nous venions d'ajouter une province au territoire français par cette conquête toute pacifique... Celle-là du moins aura
l'avantage de ne susciter jamais aucune guerre à notre pays. La cérémonie se termina comme elle devait linir, par une libation. Nous vidSmes, à la gloire de la Krain-e ipii nous occupait alors bien vivement, une bouteille de vin de Bor- deaux... »
Le 17 février 1810 les deux corvettes étaient de retour à Hobart-Town, etle(! novembre, trenle-liuit moi.», jour pour jour, après leur dépari, elles jetaient à l'ancre l'ans la rade
de Toulon, au milieu de l'escadre commandée par l'aminil LuUinili'. Duinonl-d'Urville lit ses adieux à la mer, cl II revint :\ l'aris consacrer le reste de sa vie à cette l'emnu' chérie et à ce lils adoré avec lesquels il devait périr si iiii- sérahlument le 8 mai 18i2. sur le iluMiiinilc l'or de Ver.'^ailles. u l'our apprécier les travaux d'une canipagiu' si variée, écrivait M. Louis Heybaud dans son livre de hi ;V///hi>.v(V, en terminant l'analyse du dernier voyage de Uumont-d'L'r-
villc, une simple énumér.ition sullit. Deux croisières au pcilc, l'une sur les Irai l>^ Oe Wocldell, l'autre dans une direc- liiui plus nouvelle ot plus léionde; une exploration presque jimullanée de ipialie :;r,iiids archipels polynésiens, NouKa- lliva, Tontia-Taluni, Taili, la Nouvelle-ZéUinde; une élude hydrograpluque luiiirsuivieau milieu de diuigors infinis, sur tous les points douteux de l'Océanie occidentale, aux îles Vili, aux Nouvellos-Hébrides. aux des Salomon, Hogolen et
L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.
VMfVi lp Inii" de la Nouvelle-Guinée et del la Louisiade, 1 fication attentive des positions les plus essentielles de l'ar- 1 dition heureuse contre un chef sauvage coupahle du comme dans Tes labyrinthes du détroit de Torrès; une véri- | chipel asiatique ; trois découvertes importantes; une expé- l cre d'un équipage trançais ; une riche collection
massa-
Dernier voyage de Dumont-d Ur\ lie — Debarq
dhis'. iio n;.tureHc,etdes observations précieuses à l'appui, 1 voyage et des travaux de ceux qui ont tiguré aetlve.nent | Les quatre gravures qui accompagnent cet article ont été voi à une récapilulaUon incomplète des fruits de ce long ] d.ns ce long itii ériire.V. ' I dessinées tout exprès pour nHusfrat.on par MM. Valenlin et
l Lebreton sur les grandes planches in-folio de l'atlas. En 1 la mise en vente d un Album du pôle SuJ et de lOo.ame \ pubUantie dixième et dernier volume (il vient de paraître] Cet album, du prix de \p francs se compose des cinquante \ Se l'hlloire du voyage, MM. Gide et compagnie annoncent plus belles planches et de neuf cartes doubles du granJ atlas
du paie SuJ et de l'Ociiinie. | pittoresque du voyage, qui contient deux cent vingt planches et soixante-quatre caries, mais qui coûte, avec les cartes, I,2o0 francs.
40
L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.
TSèeroiogie:
M. BKNJAMr.N DIXESSKIIT.
Nous avons h fiire coniiailre une de ces perles qu'on peut cnnsi lérer comme une calamité piibli(|iie. M. Benjamin Delessert est mort le 1" mars, à sept lieures dn malin, à la suite d'une maladie du cœur. Doué d'une organisation su- périeure et véellement exceptionnelle, il a vu arriver la mort avL": Cl! calme qu'inspire une loi profonde etque prépare une vie aussi belle, aussi bien employée que la sienne. Il était de c^is hommes trop rares que la Providence envoie sur la loire pour servir d'exemple et prouver que l'amour du bien et la pratique de toutes les vertus sont la source du vrai bjn- lieur. Né a Lyon le U février 1773, sa carrière a commencé par un acte de dévouement (ilial; il est parti pour l'armée comme volontaire, dans l'espoir que sa présence sous les drapeaux ferait sortir son père des prisons révolutionnaires: ses vœux ont été accomplis. Parvenu promptement au grade de capi- taine d'artillerie, il a su, dans cette position comme dans tontes celles qui ont marqué sa vie, se faire estimer et dis- lin i^uer. Après avoir contribué à cbasser les arméss étran- gères de notre territoire, il abandonna la carrière des armes ]iijur prendre la direction d'une maison dont l'honorabilité est proverbiale. Malgré l'importance des affaires de sa.mai- son et celles de l'Etat auxjuelles il prit une part con- sciencieuse et assidue , il sut si bien diriger l'emploi de sin temps, qu'il parvint à suffire aux exigences de la Banfiuc, dont il était un des régents, à celles de la Caisse d'é- pargne, dont il est le fondateur, et enlin à celles du conseil général des hospices, qni depuis quarante ans le considère c(Mnme un de ses membre? les plus actifs.
Tant de travaux ne suffirent cepeodintpas à sa vaste intel- ligence; les s îiencîs naturelles occupèrent ses loisirs, elles SM :crs (pi'il obtint, en lui ouvrant à l'unanimité les portes de ridsiiioi, n'ont pu porter atteinte à sa rare modestie. Son plus grau'l bijiihi^ur était d^ voir réussir Cf ux qu'il aimait et qu'il estimait; il les aidait non-seulement de ses conseils et de sa science, miis encore de sa bourse, et Dieu seul sait les som- mes qu'il consacra cl l'encouragement des sciences et des arts. Un >. de Sis dernières paroles suflit pour le faire connaî- tra : Ji sens, disait-il à sa famille, que ma tête s'affaiblit, mais mon cœur est toujours le même.
Li vie de M. Binja riin ûelessert fut belle, et ses derniers moments ont été sublimes. Il n'a oublié aucun de ses pa- r.Mits, aucun de ses amis, et sa modestie a dicté ses volon- tés suprêmes. Il a consacré à la bi«Mif.ii..iii ■!• hi somme qui p Mivait être dépensée pour lui reo !rr. d , limimiMs qui lui étaient si bien dus. On coiupren li.i, no i.'sp,:ctera, nous l'cSTiérons, ses dernières volontés, et ses nombivaix amis, en les exécutant religieusement, donneront 5 sa famille désolée une preuve du respect qu'une si belle vie commande.
Ki<Mi de trop.
NOUVEILE.
(Suite. - Voir tome VlII, pnfje 407.)
— Mon Dieu, si je pouvais quitter d'ici, je serais charmé de vous y accompagner!» repartit le jeune postillon avec une vivacité quime lit rélléoliiretqui m'aurait lait refuser son oITre. « Mais, à mon grand regret, cela m'est impossible... Si mademoiselle voulait une voiture pour être conduite sû- renientchez M. DDliban?
— Je vous serai bien obligée ■' répliquai-je précipitam- ment; pourrie/.-\ous m'en procurer une'?
— Sans doute, sans doute!— Hola, ho! cocher! cocher! cria-t-il îi un liacre qui stationnait à quelques pas. — Par ici, hé! ).
Le cocher tourna la tête à ces clameurs formidables que pi me reconnaissais incapable de pousser, et je m'applaudis d'avoir trouvé une voix si perçante pour me servir. Le lia- cre s'avança : le postillon ouvrit galamment la portière, me prit la main, m'aida à monter, nm sans faire attention au |iii'. 1 et à la jambe que je ne pus m'cmpèclier de montrer un pi'U plus que je n'aurais voulu ;'et quand je lus bien instal- li'i', u s^ pcocbii vers moi pour me demander de nouveau iniio adresse, eu ajoutant :
a ('.est trente-deux sous la course, ma belle demoiselle; viiusèies étrangère, vous pourriez ignorer cela. Ne vous laisse/, lias voler. Dans tous les cas, si vous avez à vous plain- dre, c'est le n" 1282.
— .le vous remercie, » répon)is-je encore sans savoir ce que signifiait ce numéro.
Il parut enchanté du mot et du regard qui l'accompagna, et l'iM-iiia la piolière avec grand bruit en criant cette phrase éuii;inalipie ; — Hue du Seutier, 9! roule, n" 1282, et bon Iraiu!
\',l la voiture partit.
.le nie jelai tout au fond en me blottissant contre les cous- sins mal remhoiirrés de mon éipiipase numéroté, fort con-
Iciilr d'è'iv siMil.', (IT'lic liiM- (I iHiimlte, et toute palpi-
taiiii' l'iir iiv, rdin un ni-( ! im'. qui reprend enfm
pus :i'Ssii, I i!r -: i r ijr iin'l' .1 ^ill;r U i ■iMIrill quittéC.
iMiis |r 11'"! IIS iio'iui iIiUhiI, ni. lui sipi! après une course ili' .|iiri(|ni's iiislaiits sur le pavé cabotant du quartier Mont- iiiuhr, Li \ liiiiii' s'arrêta devant la porte du n° 9, rue du Siiiier, \i' n'avais pas en le temps de ra.ssembler mes idées mises en complète confusion par cette rapide succession d'.iveiil lires, et )C descendis tonte troublée, me précipitant dans la ni \ison sans savoir re que j'allais y rencontrer.
,\ pi'iiii' r:is-|i' liil 1] ii'l pi -s |Ms ,|ii,. jo m'arrêtai. Je re- trouvais l.i rw |iiii la i-iiui' il''~ m >si;.;i.ries, chevaux, ca- mions, ballots, piiiiplaiN alïairés, ipii allaient et venaient
sans faire la moindre attention à moi. La porte d'entrée, l'al- lée de porte cocliére, l'escalier, les murs de la cour, tout étaitbariolé d'immenses écriteaux,sur lesquels je lisais pres- que invariablement: Magasin de ceci, magasin de cela. Ne sachant que l'aire, je pris mon courage à deux mains, (d m'approchant d'un bomme qui passait près de moi, je bal- butiai : « Puurriez-vous m'iiidiquer, monsieur...
— Adressez-vous au concierge! me répondit-il brusque- ment, sans me laisser achever; je ne suis pas de la mai.son.»
Et il continua son chemin. Je restais fort interdite, lorsque heureusement mes yeux se tournèrent vers une petite cage en verre, située auprès de l'escalier : au-dessus était écrit ce bienheureux mot : Concierge.
(i Je voudrais parler il M. Doliban, dis-je timidement à la femme qui mit sa tête au carreau
— Le deuxième au-dessus de l'entre-sol ! » répondit-elle; et le carreau se referma.
C'était encore une énigme pour moi. — Mon oncle Doli- ban était le deuvième... au dessus... Je levai machinalement les yeux au plafond, comme si j'eusse pu y trouver l'expli- cation que je désirais. Et je l'y trouvai, en efl'et. Je vis en haut, en face de moi, écrit sur le mur de l'escalier :
n Le magasin de dentelles et broderies de Charles Ribault et compagnie est au premier étaae au-dessus de l'entre-sol, la porte a gauche. «
Ce fut une révélation. Je compris tout à coup qu'il fallait monter au deuxième étage au-dessus de ce bienheureux ma- gasin pour trouver mon oncle, et je montai rapidement. Je vis eu effet écrit sur le mur, il mesure que je m'élevais d'un étage : entre-sol, premier, deuxième... C'était là! Mon cœur battit horriblement, et je m'arrêtai.
La première entrevue avec un protecteur puissant et in- connu est un moment difficile et pénible pour tout le mon- de. Si l'on est naturellement timide, ce moment devient une véritable criss. Songez alors dans quel état je me trouvai. J'étais arrivée là, de secousse en secausse, de choc eu choc, poussée presque par le hasard dans un monde inconnu, et l'émotion que tout le monde eût éprouvée en pareille cir- constance devenait une sorte de vertige dont j'ai peine en- core à me rendre compte à moi-même.
Ce qui est resté gravé dans ma mémoire, car, dans de pa- reilles situations, les plus insignifiants détails frappent le plus, on ne sait pourquoi, c'est l'aspect de la porte. Il y avait une plaque clouée au milieu : Bureaux; et au-dessous: Tourne/, le bouton, S. V. P. — et enfin un gros bouton de cuivre. Je restai immobile, le front couvert d'une sueur froide, à contempler ce boulon; et cette formule sacramen- telle, ces trois lettres que je ne comprenais pas, qui me semblaient aussi mystérieuses et plus terribles que le fameux « Sésame, ouvre toi ! « Mes genoux llécbissaient, ma tète tour- nait, mes pensées flottaient dans un nuage, dans un brouil- lard qu'elles ne pouvaient percer; je ne savais que faire, que décider...
Un pas léger et rapide qui retentit derrière moi me fit tressaillir. Je reculai vivement, et un jeune homme passa sur le palier en me jetant un regard à la fois inditféreiit et curieux. Il allait .-ionner à une autre porte à côté, lorsqu'il s'arrèia et me regarda une seconde fois, avec cette expres- sion d'étonnemenl et d'admiration impertinente que j'avais si souvent rencontrée :
Il Vous cherchez quelqu'un, mademoiselle? » me deman- da-t-il.
Je rougis sans savoir pourquoi. « M. Dolihan! halbutiai-je.
— Pour affaires'.'
— Oui, monsieur.
— Eh bien, ouvrez cette porte en face de vous, ma belle enfant; ce sont ses bureaux.'»
Et il sonna à la porte en lace sans cesser de me regarder. J'avais aussitôt baissé les yeux : mais, bien que je n'eusse entrevu ce jeune homme "qu'un seul instant, la situation d'esprit dans laquelle je me trouvais rendit l'impression inetVaçable ; et ce regard bardi, galant et moqueur me péné- tra de manière que je ne pus l'oublier.
Pour le fuir, presqu'autant que pour entrer chez mon on- cle, j'avais réussi à surmonter mon trouble, et à mettre la main sur ce terrible bouton de cuivre, lorsque la porte à laquelle mon voisin avait sonné s'ouvrit, et une élégante femme de chambre se présenta.
« Madame y est-elle? ma chère Rose, dit-il familièrement,
— Omon Dieu! monsieur le comte, vous ne saviez pas? répondit-elle d'un air à la fois malicieux et compatissant, dont l'ironie évidente me fit plaisir, comme si elle m'eût vengée de ce regard qui m'avait humiliée. — Madame ne vous avait pas prévenu? Elle est partie hier pour les eaux.
— Coiniiii'ol ! oartie? » fit le jeune homme stupéfait.
Je n'en -m' n'i ■ davantage. J'avais tourné le bouton etj'étaisiii r-.\r: uni' salle entourée de grillages, der- rière lesiinN '!■ imin. 11. lut trois ou quatre honiines occupés à écrire et ii cumuler des écus. Ils ne parurent pas faire la moindre allention à moi. Deux ou trois autres individus, de- bout ou accoudés aux bureaux parlaient avec vivacité, ou- vraient et fermaient des paquets. Je ne savais encore à qui m'adresser, et je restais indécise et immobile au milieu, lorsqu'un jeune homme se détacha d'un des groupes, et vint vers moi d'un air prévenant :
« Que désire mademoiselle ?
— M. Doliban? balhuliai-je en rougissant.
— C'est ici, mademoisi'Ur; oiu' di'sio'/.-vous ?
— Je vomirais... Je... .lu i lui iiiiii-i-... à lui remetlre...
— Un colis en cominissniii .' riin i i;ui Ki jeune lionime qui voulut venir en aide à ma tiniidil", eu Irrminant la phrase quf j'avais commencée et que mon trouble m'empêchait d'a- chever.— Un colis en commission... pour les Antilles?»
L'intelligent commis avait reconnu l'accent et la toilette coloniale. Joignant le geste à la parole, il cherchait à me dé- barrasser de la valise que je serrais macbinalemcnt dans mes bras.
« Non, non, pardon ! repris-je en l'arrêtant. Je voifdrals voir M. Doliban, lui-même... J'ai à lui parler... des lettres à lui remultre... pour affaires de larnille.
— Ah! ail! c'est diflérenl... Monsieur David ! savez-vous si M. Doliban est à .son cabinet? dit-il en se retournant vers un gros homme en lunettes qui écrivait sur un bureau d'a- cajou au fond de la salle.
— Non, répondit-il sans lever les yeux. Il est à la Bourse.
— Mademoiselle veut-elle attendre?
— Sans doute, monsieur, répliquai-je, rassurée sans sa- voir pourquoi. Ce moment d'attente et de répit parut à ma timidité un avantage inappréciable.
— Eh bien ! alors, mademoiselle, veuillez avoir la bonté de vous adresser à la porte à côté... Ou bien, tenez, reprit-il talammcnt, veuillez pas-er par ici; ce sera plus commode pour vous. » Il ouvrit une petite porte, donnant dans une flirt belle salle à manger, et il appela mademoiselle Rose.
Mademoiselle Rose parut. C'était la femme de chambre qui avait reçu le jeune comte. Sa vue, en me le rappelant, me fil un efl'et singulier. Je m'as>is pour attendre le retour de mon oncle. Mademoiselle Rose parut un moment chercher un prétexte, puis elle me lit résolument la question :
« Mademoiselle arrive des colonies?
— Oui.
— Vient-elle pour voir madame?
— Madame? répliquai-je vivement, monsieur Dobiban est marié? »
Je ne sais pourquoi cette nouvelle me fit éprouver une grande surprise. Je n'avais jamais songé à trouver une tante en venant cbercber un oncle. Ce bouleversement subit de toutes mes prévisions me fit'tressaillir, pâlir, rougir presqu'à la fois : il me sembla que j'allais me trouver mal. Celte im- pression si brusque et si prompte ne put échapper à la cu- rieuse suivante, qui en parut fort étonnée :
« Madame est absente, reprit-elle.
— Ob ! je le sais! » répliquai-je assez vivement. Car, maintenant j'avais compris quelle dame le beau jeune homme venait voir. Cette seconde réponse, qui s'accordait si peu avec la première, parut fort extraordinaire à mademoiselle Rose.
« Mademoiselle connaît donc madame?
— Pas du tout.
— Mademoiselle connaît monsieur? »
A ce moment, un coup de sonnette retentit dans Pinlé- rieiir de l'appartement et termina ces questions qui com- mençaient à m'embarrasser. Je n'avais pas envie de raconter mon histoire à celte curieuse femme de chambre. Elle était sortie, et revint presque aussitôt.
« Monsieur est dans son cabinet. Qui annonccrai-je? »
Le moment fatal était arrivé.
« Sa nièce, mademoiselle Cécile Doliban, » répondis-je en balbutiant.
L'étonnement de la suivante tut à son comble. Elle ouvrit de grands yeux, me fil répéter la phrase, comme si elle avait cru mal comprendre la premiiTe fois, et ressortit en laissant la porte ouverte. J'entendis alors une voix d'homme désa- gréable et rude s'écrier : ' '
0 Ma nièce!... une nièce? (Qu'est-ce que cette histoire-là? Je n'ai pas de nièce... Une nièce, à moi, à Paris?... Rêvez- vous, Rose? »
La réponse de la suivante ne parvint pas jusqu'à moi. Mon oncle reprit aussitôt :
« Voyons, voyons; faites-la venir : que j'éclaircisse cela tout de suite. »
Rose revint et me dit d'entrer dans le cabinet. Je me le- vai. Mais je tremblais, et je crus ne pouvoir avancer. Enfin, je réunis tout mon courage, et je me trouvai bientôt en lace de mon oncle.
M. Doliban était un grand et gros homme, dont le front chauve était entouré de cheveux ébouriffés et grisonnants sur les tempes. Sa figure était large et haute en couleur, son nez fort, ses yeux petits, vifs et mobiles. Tout dans sa physionomie et ses manières annonçait une immense acti- vité, lointeàune grande brusquerie de caractère. Bonhomme au demeurant, bon vivant, criant souvent, et ne résistant jamais, il était facile de le juger du premier coup d'œil : mais je n'étais pas à beaucoup près en état de le faire à ce mo- ment-là. Son regard brusque, rapide, son air surpris et sé- vère, me terrifiaient. Je m'arrêtai au milieu du eatiinet sans oser faire un pas de plus vers le bureau contre lequel il se trouvait.
Cl Voyons, dit-il en s'approchant de moi, que me voulez- vous? »
J'étais incapable de parler. Je lui tendis la lettre qui de- vait nie servir d'iulroduclion auprès de lui. Il la prit brus- quement et l'ouvrit. U en regarda la signature avec un mou- vement de surprise... et en lut les premières lignes. Il ne l'avait pas achevée, qu'il parcourut d'un regard rapide les pa- piers (pli l'accompagnaient, jeta tout sur la table avec une exclamation étouffée, courut à moi, me prit vivement par les deux mains et m'entraîna vers la fenêtre, comme s'il eût voulu mieux me voir.
« Ma nièce!... ma nièce!... balbulia-t-d ; la fille de ce pauvre Charles! »
Se* yeuxr lixés sur moi, se remplissaient de larmes, et je sentais ses mains, qui serraient les miennes, tremUer invo- lontairement. 1
n Ah ! ma chère enfant ! reprit-il avec une expression de tendresse qui me pénétra jusqu'au cœur; ayoïr été ainsi abandonnée! Venir seule de la Guadeloupe, ici! Pauvre pe- tite ! — .Mais, conimeiil dialilu, conliiina-t-il avec brusquerie et un inouvoinent risiblo dlinineiir. comment pouvais-je me douter (le cela, moi? .-^avais-je seulement que mon frère Charles eût laissé une lille? Ei on ne me dit rien!... Elles l» étendent m'avoir écrit, ces péronnelles! par exemple! Je n'ai rien reçu, rion du tout ! A-t-on jamais vu une maladresse pareille! » / Et dans son indignation irréfléchie, il me repoussa légère-
L'ILLUSTRATlOiN, JOURNAL UNIVEllSI^L.
44
ment ; mais il se reproclia ce mouvement, et me pressa presque aussitôt contre son sein.
<i l'auvre petite! Pourquoi t'émouvoir et trembler ainsi, mon enfant? Va, va, tu trouveras en moi un bon oncle, je te le promets, et je te dédommagerai de ton triste voyage.
— Mon oncle! répondis-je tout émue, je n'en ai jamais douté... Je suis venue toute conliante vers vous : j'étais sûre que votre protection ne me manquerait pas, au moins jus- qu'ù ce que j'eusse pu mériter votre tendresse... et j'es|ière y réussir bientôt.
— Oli ! j'en suis sûr aussi, moi, et dès à présent, s'écria mon oncle on m'embrassaut. — Tu es charmante, mon en- fant! Va, va, nous nous entendrons à merveille. Ref^arde- moi donc! Quels yeux ! quel teint! Tu es trop jolie, mon anse, reprit- il en me baisant paternellement sur le front. — Et il resiaun moment à me considérer avec attendrissement. — Mon Dieu, mon Dieu, comme elle ressemble ù ce pauvre Charles! »
Telle fut ma première entrevue avec mon oncle Doliban. Il rappela Rose, et lui ordonna, à la grande surprise de la soubrette, de me préparer immédiatement une chambre dans l'appartement.
Dès le lendemain, j'avais fait complètement la conquête de moii imcle : la première semaine ne s'éiait pas écoulé.;, qu'il ralîolait véritablement de moi 11 est vrai que je lui ren- dais la pareille : nos caractères .sympathisaient parfaitement. M. Doliban était la bonté même ; sa facilité allait même jus- qu'à la faiblesse, et ses brusqueries, sesemporlenients mo- mentanés et sans résultat, qu'il se croyait bien vile obligé de racheter par quelque grande concession, me plaisaient inliniment. Quand il criait et s'emportait, je riais ou je bou- dais, au choix, selon le motif ou le moment de la colère, et, jamais la ((uerelle ne durait plus de cli.\ minute-;. Au bout de huit jours, il fut entendu et convenu dans la maison que je menais le cher oncle à vo'onlé.
Au reste, il étaii f.irt loin de ma pensée d'abuser de l'em- pire que j'avais pris sur lui : et cet empire s'explique aisé- ment. Mon oncle Dolib;ui adorait les enfants et n'en avait pas. Il lui était né, d'un premier roaria:;e, un fils qu'il avait perdu tout jeune : l'enfant que lui avait donné sa seconde femme était mort en naissant. Il retrouvait donc en moi une lille tout élevée, grande et jolie, telle qu'il l'avait souhailée. Il élait tourmenté, caressé, lutine, embrassé, dérangé vingt fois le jour. C'était un bonheur nouveau dont il savourait la jouissance; et lorsque, le soir, m asseyant sur l'accoudoir de son grand fauteuil, et lui passant le bras aulour des épaules, je l'arrachais à ses chiffres et à sa correspondance, pour cau- ser avec lui, pour le taquiner et le dorloter en l'appelant mon petit père, il n'est pas de caprice, je crois, auquel je ne l'eu-se fait consentir.
Mais au f md, sans me vanter, j'en avais fort peu. Je ne
* lui demandrfis rien, et je n'avais que la peine de refuser, car
il allait lui-même au-devant de mes désirs. Toilette, bijoux,
plaisirs, il me combla dès les premiers jours, et semblait
même épier mes fantaisies.
« Que veux-lu'/ m<; demandail-il sans cesse.
— Moi? rien, mou oncle, répondais-je inviriablement. Je n'ai besoin de rien.
— Ah çà, tu n'as donc pas de caprices? Parbleu, tu -es une singulière petite lille ! et tu serais un vrai trésor, si tu ne me tourmentais pas, comme tu le fais, du matin au soir.»
Li^-dessus, je l'aopelais mon oncle bourru, et je le re- poussais dans son fauteuil, en lui baisant son front chauve, ou en lui ébourilîant les cheveux qui lui restaient : ce qui le faisait crier, et me faisait rire.
D.'dilleurs, j'avais encore une anxiété pour l'avenir, une préoccupation sérieuse : c'était la réception que me ferait <;elte tante inconnue avec laquelle je devais vivre, dont j'a- vais beaucoup entendu parler déjà ; et ce que j'en avais ap- pris m'efîrayait instinctivement.
Elle était partie pour aller aux eaux de Vichy la veille de mon arrivée, et ne devait pas en revenir avant trois mois. Ji' vis tout d'abord, à la manière dont mon diu'ue oncle m'en parla, qu'il n'était pas autrement désolé de cette absence prolonaee. Il semblait respirer pUis à l'aise avec moi en l'ab- sence de sa chère moitié; mais celte remarque accrut sin- giilièreinenl mon inquiétude. « Je vais écrire A ta tante pour lui annoncer Ion arrivée, petite,» me dit-il dès le lende- main,'et je ne sais comment cette lettre fut retardée près d'un mois. Plus mou oncle s attachait à moi, et plus il semblait hésilcr à l'écrire. Enliu il s'y décida, mais je ne sais au juste ni quand, ni comment. La réponse se lit attendre, et elle parut mécontenter papa Doliban, qui fut toute la journée d'une humeur de' doi;ue. Personne n osait l'aborder, el ainsi qu'on en avait déjà pris l'habilude en pareil cas, ce fut ù moi qu'on s'adressa. J éihouii complètement; je fus brusquée, rembarrée et renvoyée de son cabinet. Je pris aussi de l'hu- meur et je boudai tout le temps du dîner.
» Le mina«e se gâte, murmura Ro-e derrière moi; il est venuderorai!e,etc'estdu coté de Vichy que le vent souffle.»
Je lis semblant de ne pas l'avoir entendue, et je persévé- rai dms ma tactique. Je restai silencieusement à broler dans un coin du salon. .Mon oncle se promenait en long et en large, les mains derrière le dos, en faisant de temps en temps lie brusques mouvements d'épaules, annonçant un de ces accès d'humeur que je lui connaissais bien. Il s'arrêta enfin vis-à-vis de moi. «Cécile?
— Mon oncle !
— Veux-tu venir au spectacle ce soir?
— Non, mon oncle, merci, répondis-je sans lever les yeux.
— Pourquoi? ri'prit-il vivement.
— Parce que... je n'ai pas envie.
— Allons! encore un caprice ! C'est insupportable! Si j'ai envie d'y aller, moi? Pourquoi refuses-tu de m'y accompa- gner?
— Si vous tenez à ce que je vous y accompagne, répon-
dis-je froidement, c'est différent. Mais c'est pour vous que vous irez alors, et non pour moi.»
Mou oncle frappa du pied.
«Oh! ces femmes, ces femmes!... elles sont toutes de même!» Il lit quelques pas dans le salon avec humeur. «En vérité, Cécile, reprit-il d'une voix altérée, j'avais compté sur plus d'altection de ta part. »
Ceci allait trop loin. Je me levai et je courus l'embrasser. Cette simple caresse vainquit le digue oncle : il était déjà au bout de sa colère. Maisje vis qu il avait les larmes aux yeux, et un pareil attendrissement me surprit , car je ne pouvais en deviner la cause. Je feignis de ne pas m'en aper- cevoir.
«Ce n'est pas bien, mon oncle, ce que vous dites là, con- tinuai-je en appuyant ma tête contre sa poitrine. Vous êtes un méchant, et si j'avais un aussi mauvais caractère que vous, je vous bouderais lon«temps pour la peine. Vraiment, tu n'es pas aimable aujourd'hui, petit père ! ajoutai-jeen le prenant par les deux joues pour l'embrasser.
— Tu serais donc fâchée de me quitter? répliqua-t-il du même ton ému.
— Ah! par exemple! m'écriai-je en le repoussant vive- ment. Répétez cela une seconde fois... et vous verrez!
— Quoi? demanda-t il en me prenant dans ses bras.
— Je vous battrai pour avoir eu une idée pareille.
— Ce n'est pas à moi qu'elle est venue, lépondit-il avec une espèce d'elîort. Mais, va, sois tranquille ; quoi qu'on fasse, nous ne nous séparerons pas. »
Je l'embrassai vivement, et je ne lui dis rien de plus. J'a- vais trop bien compris, et j'étais excessivement ell'rayée. C'était là sans doute la missive venue de Vichy : un ordre de me renvoyer!
Après ce premier orage, il ne fut plus question de rien. Il me sembla que mon oncle évitait de me parler de ma tante, et j'avoue que je ne mullipliai pas mes questions sur son compte. Mais comme une femme sait toujours ce qu'elle veut savoir, surtout lorsqu elle a^ des raisons pour ne pas le demander, je fus bientôt au fait; et ce que j'appris, tout en augmentant peut-être mon ell'roi, me fil concevoir pour ma tante une compassion mêlée de respect, qui se fiit bien vite transformée en dévouement filial, si elle l'eût voulu.
Madame Doliban était créole de Saint-D imingue ainsi que moi. Klle avait été mariée fort jeune, et n'avait guère que le double de mon âge. Son premier mari était un riche co- lon, M. de la Longuepierre, qui l'adorait et qu'elle aimait aussi avec passion, à ce qu'il paraît. Elle élait d'ailleurs bien élevée, spirituelle et remarquablement belle. Leur ménage était donc fort h»urcux. Elle avait une petite fille qu'elle avait nourrie elle-même et qu'elle idolâtrait. Enliu il sem- blait qu'elle n'eut rii-n à désirer, lorsque la révolte des noirs éclata. Son habitation fut prise et pillée; son mari fut tué; elle fut entraînée par les esclaves révolt'^s avec plusieurs au- tres blancs prisonniers. Les noirs mulilêrent et massacrèrent alîreusement les hommes, et, par un raffinement atroce de Iwrbarie, prirent les enf.ants, les égorgèrent, et, les faisant rôtir aux yeux de leurs mères, voulurent lesfo.'cerà eu man- ger pour racheter leur vie.
Je vous laisse à penser quelle élait la situation de ces malheureuses captives placées entre la mort et cet abomi- nable festin de cannibales. Madame de la Lonsuepierre vit saillie, cette charmante créature qu'elle adorait, confondue parmi les innocentes victimes de cesexéerahles vengeances: elle perdit connaissance ; lorsqu'un détachement de blancs l'arracha des mains de ces fircencs, elle recouvra ses sens, mais non sa raison. La pauvre femme était folle !
Dans son délire, elle voyait sans cesse les restes calcinés de son enfant! elle élait forcée de les dévorer. Elle les dé- chirait sans cesse entre ses dents dans les convulsions de sa terrible agonie. C'était un spectre alTreux, ensanglanté, qu'elle ne pouvait éloigner de ses lèvres; elle croyait enten- dre les cris de cette innocente victime pendant qu'elle es- suyait le sang qu'elle croyait voir couler de sa bouche sur son sein : c'était navrant ii voir, c'était affreux à penser!
Klle avait été amenée en France. Les plus habiles méde- cins désespérèrent d'aliord de sa guérison. Cependant leurs elTorts furent enliu couronnés de succès. La raison lui re- vint; mais elle conserva longtemps une sombre tnélancolie, L'amour maternel violemment surexcité lui causait de per- pétuelles angoisses. Elle ne pouvait voir nn enfant de l'Age de sa fille sans verser des larmes amères au souvenir de celle qu'elle avait si cruellement perdue.
Eu arrivant à Paris, elle s'étail trouvée tout naturellement en relaiions avec M Doliban. Mon père avait été voisin et ami deM.de la Longuepierre, et était mort en même temps que lui; ma mère avait élé égorsée à ses' cotés: M. Doliban lui-même venait de perdre son fils et le pleurait encore. Cette conformité d'infortune acheva de resserrer cette liai- son. Madame de la Longuepierre était jeime et belle : mon oncle était aimable et riche. Ils se marièrtnt.
Au bout de quelque temps de mariaue, madame Doliban devint enceinte : on peut juger de sa joie. EHe pensa en devenir lolle une seconde fois. Serait-ce un lils? serait-ce «ne fille? On faisail mille conjectures, millCTirojels pour l'avenir de cet enfant, qui devait êlre chéri et gâté à qui mieux mieux par .ses trop heureux parents. Il vint enfin au jour : c'était une fille ! Le ciel rendait à madame Doliban celle qu'elle avait perdue. Ivre de joie, sa mère l'accabla de baisers, voulut lui donner aussitôt le sein, car elle n'aurait cédé à personne le droit delà nourrir... Hélas! la pauvre petite n'était pas née pour vivre. Après avoir traîné quelques jours, elle mourut.
Madame Doliban pensa mourir aussi. La force de la jeu- nesse et les soins qui l'enlourèrent parvinrent à la sauver une seconde fois. Mais en retcouvaul la vie, elle perdit l'es- pér.incequi seule aurait encore pu l'emlieHir. Madame Doli- nan ne pouvait plus être mère: celle enfant, qu'elle n'avait fait qu'entrevoir, lui en avait enlevé le pouvoir en naissajit.
Ou cacha d'abord à "madame Doliban ce cruel secret qui,
dans le premier moment, l'aurait infailliblement tuée. Elle se berça longtemps d'espoirs t<nijours déçus, d'attente tou- joiiis vaine. Enliu, lorsijii'ille apprit sou malheur, le temps avait sillon guéri, du uioiiis cic.ilrisé la blessure de son cœur maternel. Elle dut se résigner à vivre, à vivre seule et inféconde, et à garder .^-aus objet et sans emploi ce lorrent d'amour qui débordait de son sein. Aussi cet amour ne tarda pas à s'aigrir, à secorrompre. Ce fut un sentiment d'envieuse amertume, de haineuse jalousie contre ce bonheur qui lui était injustement refusé. Elle éprouvait une sorte de lureur instinctive, en voyant d'aulivs qu'elle se complaire dans les jouissances maternelles, dans les joies de la tamille; elle se sentait invinciblement portée à leur nuire, à troubler ce con- tentement qui n'était plus l'ail pour elle et qui lui paraissait comme une insulte à son malheur; elle souillait enliu et par sa propre soufirance et par la vue du bnnlicor il'autrui.
Mon cheroncle, qui, comme la plupart des hommes en gé- néral, comprenait tort peu les nombreux di-loiirs et les pha- ses multiples des passions féminines, s élait flatté que mon arrivée .serait pour elle ce qu'elle avait été pour lui. Il avait trouvé un enlaiil en moi, eh bien! je remplacerais pour sa femme la fille qu'elle avait perdue. Rien de plus naturel... et rien de moins probable. Madame Doliban, ayant adoré sa fille, devait haïr .sa nièce : la conséquence était immanqua- ble. Je le compris tout d'abord, et cette prévision ne se réa- lisa malheureusement que trop vite et que trop bien.
Les trois mois que madame Doliban avait annoncé devoir passer à Vichy n'étaient pas encore eniièrement écoulés, lorsqu'un beau jour une chaise de poste entra bruyamment dans la cour de la rue du Sentier.
« Monsieur ! monsieur ! s'écria Rose se précipitant tout es- souffiée dans le cabinet ; voici madame qui descend sur le perron! n
J'étais en ce moment à rire et à badiner avec mon oncle, sui- vant mon habitude ; mais ce seul mot nous glaça lous deux. Je palis involontaiiement, et je me sentis trembler. Mon oncle se leva brusquement en fronçant les sourcils.
« Déjà ! i>murmura-t-il,etila|outacomme par paraphrase explicative à cette exclamation singulière: « Pourquoidonc nem'a-t-elle pas prévenu de son retour?»
Rose était restée à nous regarder tous deux, et semblait observer curieusement notre embarras et notre dépit, qui n'étaient que trop visibles.
» Cet bien ! c'est bien ! dit enfin mon oncle. Retourne dans ta chambre, mon enfant. Je vais aller voir ta tante, puisqu'elle vient nous surprendre ici; et quand elle pourra te recevoir, je te ferai appeler. »
Je l'embrassai sans répondre, et je courus me renfermer chez moi. J'y restai quelque temps, palpitante d'altenle et d'anxiété, ignorant ce qui se passait dans celle conférence où cerlainemeni mon sort était disculc. Je ommais.séis déjà trop bien la faiblesse de mon bon oncle puur ne pas craindre qu'il ne céiât aux exigences de ma lante.
Vous concevrez aisémeiit combien ces moments furent pénibles, et mon IroublK était plus grand encore, lorsque je passai au salon où ma taule ni'allendaiL Je me souviendrai toujours de celle première enliL'vue.
Madame Doliban avait alors trente-six ans à peine, et ne les paraissait certainement pas. Je lus surprise dès le pre- mier coup d'cpil de sa jeunesse et de sa beauté, et j en lus d'autant plus frappée que je m'y attendais moins. Je m'étais fait une tout autre idte de cette tante qui m'ellrayait si fort, et je ne comptais pas rencontrer eu elle cette jeune et jolie femme, pleine de grâce et de fraîcheur. Elle élait re- vêtue de son costume de voyage, sans aucune ressource de toilette, et ce négligé faisait encore mieux ressortir, s'il était possible, les formes élégantes de sa taille et l'éclat éblouissant de son teint.
J'élais charmée, et ce premier aspect m'avait tout à fait rassurée. Je m'avançai vivement pour l'embrasser comme une amie, comme une aimab'e compagne. Mais en m'ap- prochant, et à peine, pour ainsi dire, avais-je levé les yeux sur elle, que je les baissai involontairement en m'arrèlant tout interdite. J'avais renconiré le regard perçant, fixe, ja- loux, qui jaillissait comme un éclair de ses grands yeux brillanis, et j'en fus terrifiée. J'y lus tout d'abord une haine profonde, irrùconeiliable, que confirmail encore l'expression ironi(|uemeut souriante de ses lèvres convulsivement .serrées. «Ma chère amie, dit mon oncle d'une voix qiii ne man- quait pas d'une certaine lerinclé calme qui me fit plaisir, car je n'aurais pas osé l'espérer de sa part ; voici liia nièce, la lille de mon pauvre frère Charles... C'est une fdrt aima- ble enfant, d'un charmant caractère, que j'aime déjà beau- coup... et je ne doute pas que vous ne l'aimiez aussi quand vous la connaîtrez comme moi.»
Pendant tout le temps que dura ce pelit discours, ma- dame Doliban re.sta immobile el silenciPiisp, iin|ia.ssihle et froide en apparence. Son regard .seul, péoéirantrt dédaiiiin'ox, me parcourait de la têle aux pieds. J'élais aussi mal à mou aise que possible. Il y eul ainsi un moment de silence pénible. « Cette enfant, répondil enfin madame D iliban en appuyant avec une affeclaliou sensible surlemot ibmis'elait seivi nimi oncle, celle enfant me parait déjà presque une femme... si j'en juge au moins par la taille. Jevoisqu'en efi'et je m'étais trompée.
— Eh! certainement! reparlit brusquement mon oncle. Est-ce une «rande fille comme elle qu'on pourrait mettre en pension? Est-ceque son éducation est à faire? Cette idée- là n'avait pas le sens commun.
— Vous discutez d'une manière trop aimable pour que j'essave de vous contredire, inlerromiut madame Doliban avec une expression mordante. De cette manière nous se- rons loujiiurs d'accord. Mais, puisque l'éducation de celte charmante enfant est terminée... elle a sans doute appris à parler ? »
1>. FABHE-D'OLrVET.
{Ln suite à un prochain numéro.)
a
L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.
PAROLES
DE
M.LEMARQIISDEPASTORET.
AlUgrello.
IMAIVO
BARCAROI.Z.Z:.
]ni8IQlE v/J
DE
M. CH. DELIOUX.
J \) \r^J-^-
la tempête et les on - des En - - fants courbez-vous
P^^S^^m^ÈEE^^
■f f-
T^
n
r-^
f^^^^mmm^^'^mm
^.
Sur vos rames a - gi - - les Les vents sont fa-
-! — S-^ — r--^
rt'T^
Si
±1
H N
3
-^— i-
pO-,i-— -— -
¥=f-
i^Pp^j
— p : "
:i
m
M^^^w^^
Cl -les Lemondeestà nous Partons partons vof;uons l'artons partons voguons La mer est sounii-se La terre est en
'^mmwm^n
f— ^
1
^
^
1^,
^
•<9- Proetdét d'E. D»r
L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.
43
^^E^^j^Siftefpfp^
=?=^
Duix Ah' ah! ah! ah ! La mer est sou- mi - se La terre est en paix
^
Par-tons vo - guons Ah !
^ZZnEHmcgggppl^i^ë
Vi-ve Ve - ni - se
Venise à ja - mais
Vi-ve Ve-ni - - se
Ve-nise à jn - mais.
%nmisiiL^^^ê:
EEjipip
Gloire à Ve-ni se Venise à ja - mais
Gloire à Ve-ni - - se
semp.ff^ N h I
HTf[if[f[lf[f i"ti'[i'[liJJ ^"^w
Ve - nise à ja - mais.
-m
m^M^^m
^
^=^fe^^
^^^
>^R
^^P,
sor - lent du food des mers
Les deui sou - vc-rai - nés du mon de En - - - fanls cour-bci - xous
Sur (OS ra-mes a -£1- les Les venu sont fa - ci-les Le monde est à nous Par-tonspartons vo-guon* Parloo> parlons voguons La mer est sou -mi-se L» terre est en
-' - -- ' ^ ^ j,_ __^^^^ .
^^^^^1
Venise à ja-mais Gloireà Ve -ni- se Ve-nise à ja - mais Oloireà Ve-ni se Venise à i» - " ■"»"
I
paix Ah! ah! ah! ah! La mer est sou-mi - se La Icrre est en paix Par-Ions Vo-guons Ah!
Vi- «e Vc - ni - se Vc-ni.c a ja- niajs donc à v
j«-mai» OloircaVe-ui - - se Ve-pue a ja-mais.
•u
L'ILLUSmATlOM, JOUUJNAL LNIVIÏRSEL.
Bulletin bibliogra|>lii4«ie.
Le Licre des Orateurs,^ par Timon. 15° édition, 2 vol. in-18. l'atjHcrre. ô fr. 30 c. le volume.
Entretiens de villaye, par M. ueCoiimenin, 8» édition. — l'a- ris, 18i7. 1 vol. iii-18. i'aj/neiTC. 3 fr. 30 c.
M. Pagiierre vient de nieltre en vente la quinzième édition <l« Livre des Umleiim. Ci^l ouvrage est si ancien, son snccùs a «■■té si grand, son avenir paraît si biin as nré, qn'il serait aussi
iiiiiUIr iiiaiiilenaiil de ci ilii|iicr scmI. r;iiils (lur .le h r scsqua-
hlcs. Il a cil (|llal(il7.ccililmiis; Il i- m lin, le .m ,ni:ii'antc.
(Ih,4.|iic u|.iiiicMi (iMc l'on ail <lc^ .■,|.|.rc,i:iii<.iis il .lu sijlede
•jj ,■,■ MMii .1.- I.iiis .|iii- r..!! est loicc de recunnailre, (les
|ii','M-ii.iis iDiiii.' I. s |ii. ■!;.■> ..Il aurait torl de protester.. Mais
I', .liliiiii iliiiil is :ii .iiis:iiijoiird'bui la mise en vente nie-
rit.' une njuitinn |.:ii'ti. iilicic D'abord, c'est une édition popu- laire, car elle coûte moitié moins cher que les precèdenlcs; ensuite, elle a été véritablement revue et augmentée; enliu, elle est plus portative.
L;i conslanti' faveur i|un le public lui a fait voir a engafié
Ti 1 à lui iliic Clin lit il s'y est pris successivement pour
lui plair.'. Tel esl l'ulijit .l'une lettre que M. de Cormenin aihesse au public, sous luniie de préface. Un jour, M. Sarrans vint ileiiianiler il M. de Cormenin des articirs pour la Nou- relle Minerve. M. de Cormenin lui proposa les portraits des principaux orateurs de la Chambre, et, comme il liésilait à leur taire, face à face, les blessures du nom propre, M. Sarrans lui eherclia un pseudonyme, et lui imposa le sobriquet de Tiinon. Cet aveu fait, M. de' Cormenin raconte alors comment il com- menija à peindre les orateurs vivants; comment, après les exem- ples,' il traça les préceptes de l'éloquence delitiéralive dans ses (lill'er.'nis genres; comment, sa galerie devenant trop étroite puur l'alUiience des amateurs, il augmmta le nombre de ses ca- dres, et peignit la physionomie oratoiie de la Con.-tiluante dans la personne de Mirabeau, la physionomie oratoire de la Conven- tion dans la personne de Danton et de Robespierre , la physio- niiinie oratoire de l'empire dans la personne.de Napoléon, et la physionomie oratoire de la restauration dans la personne de MM. de Villèle, de Serres, Manuel, Foy, Benjamin Constant, Uoyer-CoUard, Martignac. o Mon livre, ajoute-t-il, peut donc aii.|Oiird'hui donner une idée à peu près aussi complète que possible de ce qu'a été et de ce qu'est, dans notre pays, l'élo- quence de la tribune, tant en pratique qu'en théorie. »
Timon a refait en entier, pour celle édition, le portrait de M. de Lamartine, u le |iliis dilticile de tous u, avoue-t-il. Vingl fuis il l'a t.iucli.' et reliiiiclié, été de place, et remis sur leche- viilit. PerHiiiiii' ru; le ii.iuvail ressemblant. Il ne savait auquel l'iileiiilri' li . iiiiiiiu'iil luire. Kiilin, il s'est arrêté au parti que
V 11! 'Il la liii.lii voliiine, ilansl'appeii.li.e, lesdillé-
ivee ; " : .lu'il a tuiles de l.aiiiarliiie. eu iliU'ieiils temps,
r.,i;,!ii j. I luoralelir, Cûiiiliie iiollLiqiii', iivec les dates
lui lias. « yii un me dise, ajoute-l-il, s'il n'el.ul pa.s alor.- tel ijue je l'ai eia.^uiine alors! C'est leut ce qu'il laut pour ma justihca- tion, car je ne suis pas obligé de peindre les gens autrement que je ne les vois, et qu'ils ne sont an monient où je les peins. Je piends même d'avance mes précautions, et je ne réponds pas (|iie Lamartine soit en tWSet années suivantes ce qu'il est, ce que je crois du moins qu'il est en 1847. « Nous citerons un frag- ment de ce nouveau portrait.
Il U'abnid légitimiste, puis socialiste, puis conservateur, puis djnasli.iu.', puis libéral, puis presque républicain, puis catho- lique, puis rati.inaliste; qu'a-t-il clé'? (pie n'a-l-il pas été? qii'estil encore'!' Veul-onque je disequcieii'eiis'iis ritn, que je n'y puis rien, que je ne veux répoii.lie a rieir(... Mais est-ce que l.'s reproches d'inconsistance pulitiqu.-, smi-de, religieuse, peu- vent sérieusement atteindre un poète, un fioi-'le lyrique surtout?
Il Délinir le poêle lyrique, c'est délinir Laïuarline. Poêle avant tout, le poète chez lui emporte le député, le politique, l'homme d'iitat.
Il Or, qu'est ce qu'un poêle lyrique'/ C'est un esprit vaste, divers, universel, mouvant comme la nature qu'il peint, comme la nature diiiil pas un jour qui se succède, pas un Ilot qui passe, pas un oiseau .jiii soupire, pas un souille ([ni murmure, pas une tleiir qui se enUire, pas un insecte .pii respire, pas une feuille d'iirlire qui Ir.'iiilile, pas un lioiiiiii.- parmi tant de iiiilliiuis il'lioiiinies .pu vivent, pas un moii.U' paiiiii tant .le mou. les étoi- les qui roulent dans l'espace, ne se louche, ne se coulond et ne se ressemble; voilà le poêle lyrique, et voilà Laniartine!
i( Il chante lorsqu'il parle, il chante lorsqu'il écrit, il chante lorsqu'il niédile, il chante lorsque la nuit tombe, il chante lors- que le jour se lève, il chante lorsque le veut gémit, il chante lorsque l'oiseau gazouille, il chanle lorsqu'il chante, il chante toujours.
Il ... Il est tellement sûr aujourd'hui de son improvisation, (pi'il II.' se r. ■lient plus aux rampes de la tribune ; il s'abandonne a t.iiil.^ la |Miis-aiice de son vol de cygne; il fend les eaux et il se déploie, de ui.'uie qu'un navire aux voiles de pourpre doucement eullées (lar le zéphyr se joue sur les ondes d'un lac tranquille.
II II parle une espèce de langue iiianiiiliqiie, piiioresque, en- chantée, qu'on pourrait appeler la laii(;iw de l.aïuarliiie, car il n'y a que lui rpii la parle et qui la piii^.M^ p. nier, et d'où s'é- cha|ipenl a\.^.' |iioliisioii. coiiiiiie aiiiaiii il.' j. Is lumineux, une
flllll.' il.' pellM-. s heur.'lls.^s .■! de UTI.ies li:.;ures .|ui Sllrpron-
ipii iliaiiii.^iil, qui lapliveiii, .pu iviiiplissent, qui ravis-
iitrt
iiiie cl r;
Dans rappemlice ipii lermine le sec^'url Vfdume de cette éili- tion populaire du Livre des Orateurs, Timon a rejelé, avec quel- ques riirianles, qii.;l.pi.'s sithmieilcs , pri'sque toutci inédites, et
Ces silii.iii.M. s, ,iii\i|ii.'i!r^. 11. Mis li. vous le dire, le peinti'e n'a piiseiiii- Il I.- .1-' / ■:.■ I iiiii-, -e i .elles de MM. Crémieux,
de l'i-viai ,1-1. .II. il.' 1 ,: u..> 11. jaip.eleiii, Ledru-Kollin,
Cl 11, m". 1.1 m 111, cil, ra, nulle, 1 lia.leii,: :.,ii,^, (l'Ilarcourl. Garnier-
l'aues, le il.ii I, d,^ li.iiiiis,il..l;ii,M. r, liiilaiir.', de Beanmout
efriiripirMll.., liill.iili, Mallevill.^, Iiii.liàlel, Duinnn, Lacave- l.ai.la:;iie, iM.iiiiii (du N m .1 , , Cii iiiii-l , ■ iilaille, (le Salvandy, ele.
Amc la ijuiiiziiiii.' I .',,11 11 I 11 /,.,-/,■ ,/,,,,, Urutevrs, M. Pagnerre piniih-.la iiiiiti.'i.i.' ..liii..;i .le /.niniiiiisdevillaije. Couronné
pii' l.i Miei.^1.^ .1 iieiiuii leiii, i.iiiiv, pi-és.'iile le iircmii'r
p..iir le prix Meiilli', ',.r 1 . .m i n .i .le 1". ,m, Vu !■■ fran-
ce.', ira.liiil en lall^ue . i, ,. r, i im , Il |,. I, I ce
livri-, .pii n'a rien de ,. I.li'in.'. a ,il,i m . .i ,„ ., , , leuips la
ineme pii|iiil:,rll.^ .pi.^ lesaiil..! m ,_,.s ,,,, ,„, :,|,|,,|.|, c',.-!
plus qu'un 1.011 livre, ,',sl i.„.' I .lelii.ii,,' v ii ,i r,.,a in- duit les plus lieiireux resiillals. Il se .■..iii|,„sr, lu. us r;n,,.,s ,i,,,|a dit eu ailiiou.,'aiit la piililication de la pr.'iinere eilili.iu, iriiiie série de dialogues familiers, — il y en a (piaranle dans la iiui-
liènie ('■ilition, — sur tontes les questions morales, économiques, hygiéuiqu.s, il'ilisirii. lion et de bienfaisance [Mililique, que les (•am|ia.,;u,iiils n.ii I., plus d'inter(''tà bien eonnaUre. Le luit de M. de Cm.. 1111. ...Il, r.iuime il ledit liii-meuie, de deiriclier partout !,■. lu,, IIS ailles de l'i.^norance, et ce but, il l'atteiiidra, s'il ne l'a pas encore atteint, cir il le poursuit avec un zèle et un dévouement dont nous ne saurions froti le louer, (i >*ain et friviiie liriiil, dil-il, (pie ce bruit éclatant des cites ipii monte,
qui .;l.- il (ji.i ..' dissipe, el qu'un appelle la gloire! Ah ! mille
l,l^^t,ll : , ,; les bénédictions des pauvres â l'oreille de
. . I..1 1111 e 1 , I u passant le long du sentier. Y a-t-il de
pi lil iiileii I, I, . ,1 ,; s':.-itile l'inlérèt des malheureux'? Va- l-il il.'s p. Iiii's t^ei.- I ' ... 'il,! ■ :,ii I,'- -r l'i les servir '< Les hom- mes s'. 'Il laiss.'i ,1 , , , I, , ,.!■ 1. s p..ni[)es de la civi-
lisaii..ii .-t par ),■ i , i ■ h- \l, is, aux yeux de Dieu, la
l.lus humble dus lu.^ s, ia iu.,l: dt^ cLaïups, n'est pas la moins belle. »
Ni ce vain et frivole bruit qu'on appelle la gloire, iiiUis béné- dictions des pauvres, qui lui sont mille fois plus douces, ne
manqueront à M. de Coi i:.,. ..i. i,,,ii-s ■.,;, ni, ni \,sE,itre-
iiens de village aiiiiiiil , 1! i , ;,. 1,, , i I., ,1 |.li.\sique,
intellecluel el moral .1.^ , -, jn, i.i,,, i ,,, ,, -lieuses, mais les produits .le lu .1. -s I. , i,lii.,.iis ,i,, ,. t .iii\ia.j.e, dont l'exéculion n'est pas moins digne d'. loges (jue rinlention, ont été jusqu'à ce jour el seront imiétininient distribués aux indi- gents par l'éditeur, sur la demande formelle de l'auteur. La hui- tième édition, que M. Pagnern^ vient de nieilre en vente, a été revue, augmentée de nouveaux clia|)ilres, et illustrée de qua- rante compositions, dessillées par H. Danbigiiy el gravées par mademoiselle Laisné. C'est un cliarnianl vulunie, que bien des citadins liront peut-être avec aulaiil de prolil que les campa- gnards, auxquels il s'adresse.
Œuvres ccmiplétes de Benvenuto Çellini, orfèvre et sculpteur florentin; traduites par M. LîopoLb Liclanché, traduc- teur de Vasari. Deuxiniie édition. 2 vol. in-i8. — Paris. Paulin. 5 fr. 30 c. le volume.
Les œuvres complètes de Benvennto Celliiii n'avaient jamais été publiées en français. La remarquable traduction queM Léo- pold Leclanché a laite des Mivwites a paru, pour la première l'ois, en 18«, en un volume in-18. Cette édition était depuis longtemps épuisée. En la réimprimant, le jeune et savant tra- ducteur de Vasari y a joint le Truite de Vinfévrerie et de la sculp- ture, qui n'avait elé traduit qu'une seule lois en français, — à niilre connaissance du moins, —(le Cabinet de l'Amateur el de l'yJntiijuuire. ISi:,); le 7Vui/.' de la Sculpture et deux Discours sur le Dcisijiel l'^ln-hitccture, qui n'avaient jamais ele traduits.
U serait silpclllli, a piop..s .!.• celle reinipressiuii, lie laire ici l'éloge de ces celehr. s Mnuuncs du grand artisle lloieiilin, qui ont eu el qui auionl luujuurs en France, comme en Italie, cimime dans tous les autres pays, un nombre si considérabliî de lecteurs. Nous r.qipellejons seulement que la Iradnction de 1\1. Léopold Leclanché reunit tous les g. nr-s île ii..ii;es "que la criliqiie la plus sévère esl en dioil de il. n . , ,. , i, |,,,ieil tra- vail. A la lire, on la iireiidrail, tant .11. , -, ,■,-,,,1 ,1 facile, pour un ouvrage original. (Jnani aux J'unh •■ .■„/ l't r j\ vrerie et sur la Sculpture, et aux Discours sur IcJJe.ssin et l'jjrchitectuie, ilsoIVrent un intérêt moins général que les Mémoires, mais per- sonne assurément ne regrettera de les avoir lus. M. Leopold Le- clanché, qui les a traduits avec autant de soin el de bonheur que les Miivwires, a eu raison de les recoinmauder spécialement à l'attention de nos académiciens et de nos professeurs. Us y trou- veront, comme il le dit, de précieux enseigueineuis pour leurs élèves... et pour eux-mêmes.
Les fragments suivants, empruntés au l'iaité sur lu Sculpture et au Discours sur le Dessin, montreront mieux qu'une analyse le genre d'intérêt historique et artistique ([ue peuvent avoir ces études du seizième siècle :
(( Selon moi, le véritable dessin n'est autre chose que l'ombre du relief...
<( ... Michel-Ange Buonarotli n'est arrivé si haut dans l'aride la peinture que iiarce qu'il a été le pins parfait sculpteur. Dire d'une belle peinture qu'elle se délache de telle façon qu'elle semble être en relief, n'est-ce pas le plus grand éloge que l'on puisse en faire'? D'où il faut conclure que le relief est le véri- table père de la peinture, et que la peinture esl la charmante et gracieuse lille du relief.
i( Par Pexemple de Michel-Ange, on peut juger quelle diffi- culté présenle la sculpture. Sept jours lui sulfisaienl pour pein- dre une ligure une, grande comme nature, avec toute la cun- si ienee qu'il apporlail à ses travaux, ym Iquefois même, je l'ai vu terminer le s.iir, avec tout le soin que l'an réclame, nue li- gure nii.^ c. uiinieu.ee le matin. Mais je laisse cela de côté, car soiivenl il liait enii aine par de certaines fureurs admirables qui lui venaient en travaillant; je m'en liens au terme de sept jours dont j'ai parlé plus haut. Une statue de marbre de même dimen- sion, à cause des dillicultes des points de vue el de la matière, ne lui demandait pas nuiins de six mois d'un travail assidu, comme je l'ai observe plusieurs fois. Il en fut de même pour Donalello, artisle d.' siipniue 111. lit.', le.ju.^l p. igiiit bien par la
seule raison qu'il etail lion sciilpunr. L.' .1. luemenl des
ouvrages de Michel- A n^.' | ..,,riail eiici.- I.iiiiiiir une preuve des dillicultes de la sciiiphne in .11.1. |i...i.' il.;i.|i..' sl;.i.i.' de inar- breqn'il sculpta, il p.'i;;i.ii , . m li j,,i 1 s. hi,i,|'iiin,iii pan e que la peinture n'est point iilne-i -1, , |i,.,.,iip 1 .1. s p. .mis de vue de la sculpture. Un p.nt .l..ii. eu . ..... i....- .p..- .es diliienll. s pre-
si niées par la s. nlpiure pr..\n liu.ui non-seul m. ut de la ma- tière, mais encore .1, s pins gran.le- .liides .pi'exige cet art et des nombreuses règle qu'il l,.ul oI.s.tvi r, c .|ui n'est point né- cessaire pour la peinture; c'e.-t louripioi j'alliruie (toujours en parlant modestenieut) que la sculpture l'cniporle de beaucoup sur la peinture.»
Citons aussi ce conseil, dont la plupart de nus artistes luoder-^ nés ont gr. nd besoin.
Il La sublime manière de notre plus grand inailre, Michel- Ange Buonarotli, si dilléreute de toutes celles qui l'ont précé- dée , n'a ohtenii un si éclatant succès que parce qu'il avait piiuusc à -les dcriHCrcs limites l'élude du squelette liumuin. Pour te coiivaiinre de elle vérité, regarde loiis ses ouvrages, tant en sculpture qu'en peiiiluie, el )4i verras qu'ils brillent encore plus [lar la scicuce (Je l'ossaturè que par la savante disposition des muscles. ))
Les (Xuvies complètes de Beuvemito Celtiiii forment deux vo- liiincs iii-lS, inipniiies par l'Ion. \. Leopold Liclanché les a .le. liées a liarye, 11 ipii , malgré l'époque, maigre les hommes, maigri les Mi'iillraiu es el les exigeiues de la vie, maigre les CM Hall.. Ils lie 11. nie nalnie, a su, par la vaillance cl la sincérité il.' s. s 1 1,1, M, II,,., s, I ar . I 11 un I 1, iinil.le el laborieuse persevo
i,ini 1 . p 11 1 Il,,,', 1.1 ,,,, iiiei.' el l'elévaliou do son esprit,
. .i.aiip.i ,1 i.i .■..niagi.iii .111 m. reaiiiiiisme, être et rester reli- 1 gicuseiuciil e exclusivenieul artiste. >i
Le Christianisme et la dévolution française, par U. Edgar QuiKET. Deuxième édition. 1 vol. ia-8. — Paris. Impri- meurs-Unis.
Nous l'avouons baulement, U. Edgar Quinet a toutes nos sympathies, ai nous dilleroiis quelquefois d'opinion avec lui, nous éprouvons toujours les sentiments qu'il éprouve. Nous par- tage.nsses désirs, ses espérances; nous combattons sousle niéuie drapeau, — celui de la révolution française, — sinon avec le même bonheur, du moins au même rang, avec le même zèle. C'est un des écrivains de noire temps dont nous admirons le plus le talent, dont nous honorons le plus le (^racteie. Der- nièrement encore, en rendant compte de ses f^acauies en Es~ pa)t,e, nous avons dit tout le bien que cous pensions de lui. Il nous trouvera toujours prêt à le défendre dès qu'il sera attaque, à marcher avec lui contre nos ennemis communs, quand il vou- dra prendre l'olTensive. Mais noire bulletin bibliograpliique est un champ neutre où les opinions les plus opposées peuvent se produire, avec une extrême naerve toutefois, sans avoir le droit desecombatlre. Tuutediscussion polili(|ue, religieuse, so- ciale, econ.jini.pie, nous est inlerdile. En exauiiiianl un livre, nous .l'Vi.i.s seulenienl .'ssav.^r de dire aussi brièvement el aussi sinipieiii.'iil ip:e po-sible eu quoi il est nouveau, quel but il se propose, a quel besoin il repond, quelles idées et quels faits il renferme; eu un mut, nous le signalons, dans le double iulérêt de l'auteur et du public, à ceux auxquels il s'adresse plus par- ticulièrement.
Le Christianisme et la Révolution française se compose des quinze dernières leçons que M. Ë. Quiuel a faites eu lK4à y dans sa chaire du collège de France. Dans ses cours précédents, l'éloquent professeur avait traite du jésuitisme, puis du sys- tème plus vaste, de l'ultramontanisuie. « Aujourd'hui, disait-il en commençant sou cours de 1843, mon sujet s'accroît encore ; je parlerai des révolutions religieuses dans leurs rapports avec la civilisation et les lettres du Midi eu particulier et de la France en général.
(I Je veux, ajoutait-il ensuite, toucher dans sa sublime inno- cence, (elle Église primitive, et la comparer à ce qu'elle est de- venue; je veux voir de près cet idéal qui se lève sur les ber- ceaux des sociétés modernes, mesurer jusqu'à quel point chaque peuple l'a réalise dans ses pensées écrites et dans ses entrepri- ses ; car chaque peuple chrétien en naissant esl un apolre qui a sa mission particulière; tous cheminent en semant la parole; quelques-uns linisst ni par le martyre.
<i Comment r( vèqiie de Rome est-il devenu le chef de la ca- tholicité'/ Par quelles phases a passé ce pouvoir extraordinaire, ipii a lie si lon.ntemps loule l'iime du Midi'? Comment celle dic- lalure du ri.yauiue de l'esprit a-t-elle elé acceptée et brisée? Pourquoi l'Lglise grccqoe s'est-elle si vile se|)aree, et quelles deslinées celle scission a-l-elle préparées à la Grèce moderne et à la Russie'? Comment l'œuvre accomplie dans Bjzance a- t-elle son retentissement dans Moscou el daus Saint-Péters- bourg? D'autre part, je veux voir naître du judaïsme et d'une hérésie chrétienne la puissance du Coran. Le choc el souvent le mélange de l'islamisme et du catholicisme me montreront l'Es- pagne dans sa langue, dans ses lois, dans sa politique; je me rappellerai que j'ai lu ses poètes dans l'Alcazar de Seville et dans le Genéralife de Grenade. Je m'arrêterai avec joie dans celte Arabie chrétienne. Mais nous ne connaîtrions pas le Midi, si nous ne l'opposions au Nord. Le grand divorce du Nord et du midi éclate dans la Réformalion; l'Espague el l'Italie nous se- ront alors expliquées par leurs opposés, l'Allemagne et l'Angle- terre. Nous suivniiis aiusi le grand flot des choses divines el des révolnlii.n- i. n.ui. .s., s, jusqu'à ce que nous arrivions a la revu- lutioii ,1 . 'Il nous trouverons rahiem' et le sceau de
loiiles , : 'ini I nul précédée; arrivant enlin a nous-mêmes, nous cheieiisiuiis s il n'est pas des indices de n conciliation daus Itrgenre humain après tant de discordes civiles, u
Tel est, rédigé par lui-même, le programme que M. E. Quinet s'était tracé dans son introduction, et qu'il a développé daus les quatorze leçons suivaiiles. La nature des queslion.s qui y sont traitées ne nous perinel d'eu renroduiie que les litres.
La deuxième est intitulée : De la tactique parlemenlai.e en matière de relit/vin el de philosophie; — la Iroisiènie : L'Eyh^e dans l'esprit de Jésus-Christ; — la qualiième : Le Christia- nisme dans Home; — la cinquième : De la Cité de Dieu et de la Cité de Hovie; — la sixième : Le Pope; — la septième : Le Ma- hnmétismc; — la builiome ; Le Coran et l'Evangile; — la neu- vième : Les Précur-ieurs de lu déformation; — la dixii'nie : La Jiéfirmaliiin ; — h; onzième ; L'Amériiue et la Hrformation; — la douzième : V Éifiiie gulhcune el l'Église de l'aveniri — la treizième : L'Jssemilée consliluunle et la Contention;— la qua- torzième : Napoléon; — la quinzième : Idéal de la déinocrutie.
Les ennemis de M. Edgar Quinet se sont tellement eflrayes de son succès, qu'ils nom trouvé pour lui répondre d'aulre argu- ment que la lorce brutale. Alin de le convaincre qu'il avait loit, ils OUI etouiré sa voix; ils l'ont lone, par leurs intrigues, de ne plus remonter dans cette chaire qu'il avait si dignement, si glo- rieuseinenl occupée, et ou il ne lui elail plus permis d'exprimer libreiiunl sa pensée. Qu'elle et.iit dangereuse, en eflet, la voix qui demandait .|Ue la Kian.e, allainee du pain de l'âme, lût nourrie de vérité, de loyauté, d'espérance, d'honneur, de sym- pathîPs, et de celle pure gloire qui apaise ou qui trompe sa soif! Qu'il était impie le prédicateur qui proclamait que « daus
iution Irarçaise est de s'identider ave n, ' (J 1,' 1 était immoral le prolesstur maximes aussi per-
ul èlr
I, l'espril de la le principe d capable d'eiis verse» que c 1" ,.'',, . i, , - u uasard.
Il ... L'aven, n ,■ ... .., .11.' ne pc
veau progrès de l'esprit, de la ei\ilis
Ou elle sera tout cela, ou elle ne sera jamais rien.
« Vous vouli z émanciper ce peuple de la glèbe; relevé» donc sans rehlclie son esprit a la luiuttur du nouveau ciel monl. Que sont ces tiéones par lesquelles chacun sera dispensé tôt ou lard (le toutes les venus?... '
« Si la souveraineté du peuple n'est pas le plus trompeur des mots, c'est une iime royale qu'il faut élever dans ce berceau, non pas seulenienl un ailisan dans l'atelier, un laboureur sur le sillon. Je ne veux pas seulement que la démocratie ail scn pain quotidien; avec l'esprit de mou siècle, je veux encore qu'elle iegiie;cl voilà pourquci je demande d'elle des vertus souveraines. »
lieureusemenl, si le professeur ne peut plus professer, l'écri- vain a encore le dioil ù'tcriie. A delaut d'auoileurs, ht: Edgar Quinet aura des lecteurs. Son noble ensti^i.mn m porttiases fruits. Il reunira autour de lui do noml u i x i.isciplcs qui cioi- mut à l'espoir, à l'avenir, el qui ;e devcucn m, se saciilieiont même s'il le laui, pour emiiinuer la révolution Irançaise, conci- lier tous les éléments sociaux qui secuuibaltenl, réaliser l'idéal de la deniocralie, el préparer l'âge d'or de la fraternité uni- verselle.
L'ILLUSTKATiOiN, JOUllINAL LlMVlîllSEL.
^5
REVU DES NOTABILITÉS DE imSTRIË.
EN VENTE : LE TOME IV DE L'HISTOIIIE OES
Villes de France. S'HÎS
BOTIN place .lu Duytnné, 3, el FOUR>iÉK, rue Sainl-lienoil, 7.
L« loine qualriém.^ ilc Vllitinire <le> villes lie France vient d'élre mis on vente: huit grandes pro- vinces, avec leurs' anciennes el nombreuses subdi- visions, formeiil son conlingenl. Celle publicalion sérieuse et consiiti'rable oITre un granij inlerét iia- lional.dans le «eus le plue Unirai el le plus étendu de ce mol. En eflel, ce n'esi point un livre où les fails lendenl à se concentrer dans la capitale; ce sont, au contraire, les annales partieuliôres de luuie localité, quelque minime que soit son inlporlaiice, à qiielque e(ioque qu'elle appartienne, pourvu que son nom se toit inscrit avec honneur dans les fastes de noire pays. Ce n'est point non plus l'histoire des résnes, suivant la méthode trop esclusivement ad'oplée par nos historiens ; c'est celle de tous les hommes, de loiites les corporations, de tous les or- dres, de toutes les classes, qui ont figure dans le drame immense de l'histoire locale depuis quinze siècles. M Aristide Guilberl, eu assumant une lâche égale aui travaui des .Augustin Thierry el des Henri Martin, el accomplie avec autant d'habileté que de persévérance, avait droit de compter sur la com- munication des dncumenis les plus abond.mis et les plus précieux, comme sur le concours des plumes les plus éminentes. Le nombre des grandes provin- ces qui ont paru dans les quatre premiers volumes s*éève à trente-sept, sans compter leurs annexes ou leurs enclaves: et celui des villes n'est pas de moins de cinq cent^; enfin, une niiiltiliide de bour- gades, de villages, de hameaux, de châteaux, d'ab- bayes célèbres, etc., ont, en outre, trouvé place dans ces quatre volumes. Quant à leur exécution nijtéricllc, tJe magnifiques gravures sur a^ier. des- sinées et gravées par , MM. RouarsUB frères, des ar- mes coloriées des villes, la beauté du texte et du Tor- mat, attestent de la pan des éditeurs les soins les plus assidus el les plus éclairés. La publication du cinquièiut volume esl maintenant assez avancée pour que celle du sixième et dernier ne puisse dé- passer les preiniers mois île l'année qui commence. el vienne compléter bientôt celle œuvre monutiien-
Ule
volun filles i
> grand in-8
360 lii
. Une
deux
livraison, tî5 centimes, et de chaque voliiiup. 13 fr.
Le tome rr. Breiagiie, Touratne. Lvnnnals. Béar- nais, etc. — Tome II. Picardie, i;,,se..-..e. (oiveniie.
l'ernord. etc. -Tome III. i ,14... 1 ,-.ndrc,
Arlois, M.iiue, .\njoil.— T ■ l\ I .: ;,r liuur-
lioliiiais. l'oilou. Lorraine. — ^ i"^ 1 i. --.■ (.lUie V, liouipog^ie, rianche-Comle, fi..Miu., Toim-. etc. — lonie VI Alsace, Auvergne, Limousin, >orman- die, lie-de-Fraiice.
ïangucslivaiites SSIS
liliss.inenl central. >7 bis. rue de Hi.helieu. - I „„i:< ■/■.uij/nif, par i«M. Iluberlson et ILiiinli.in.— iNiiilereuces avecdes Anïlais. — (nurs Uulirmanil. par .M. Savoye ; d'l•^^.n.)n..^ par M L. .Mallellll.»; d'i/«/ien, par M. Viiueicali; de fritnçnis pour les Anglais, (lar M. Personne.— Le progratiimeseitisiri- bue gratuiteiiicnlchez le concierge, ruedc Richelieu.
Il„„,.«i„:^ (liRA.ND MAfiASIN DEl
Mercerie ^*^±f^"'i!h:z'"'''''
J ia
nu 10
llA-
;haquc jour à lui tmist-rver reiu-e s'expliquf par les soins Ifs plus eiiiprcsséK i s^iisfaire à Irurs ilcmandes et par icsi'osuun-râ quE présentent les assortinieiils noiiibieux el van^s di in.tgasin pour tout ce qui §e rapporte â la Iniletit (Ifs dames, tel que : pirrumerit-, ganterie, nierce- rïp, rubannerie, passementerie, crêpes, tulles, ve^ lours. ouTTo^es en tapisserie el broderie, nouveau lés en loiil genre, chapeaux de paille, dominos e costumes dVnrants, rouge pour la loileile, assorii- menl df ^3nls Jouvm. leçons de tapisserie, i-aux dt Ninon, di- melisse. de Buint, de Labarre, pummadt de Rnpuytren. cartes à jouer, elc.
Objets d'art I
(emballai; E D'I. précieux fragiles. Maison COTEL, ce du Louvre, k. iballage des objets d'art réclame des soins si minniieui. les layeliers laissent tant j désiier sous ce rapport, que lions feliciierons volontiers M. Co- lél pour les ingénieux procédés qu'il a imaginés. Il se recomniaiine aujourd'hui aux préférences des artistes, des riches amateurs et du commerce en ge-
rdéde eveis de
ntioii
dailK :.ble
, la Société d'eiicoiirage- nssa siMuee uu 20 janvier 1817, lui decer- iiiéd.iille de bronze pour ses derniers per-
iii~. On peut voir i son magasin de la
i II . e. H, parmi ses dilTérents modèles , I i \ que les voyageurs du commercé
l adoptes pour leurs échanlilloiis
.1 . 11 II Iragiles: lableaut, glaces sla-
fieque
mes. pe exemple, qui lien
idulei
etc. No
i-c qn',1
Papeterie de luxe. "S^HS
port<* dans celie spéi-ialité une supériorité li iniel- ligence el de bon gmU qui devait forcément placer S.1 maison en première ligne; tous les nombreux détail» qui composent la papeterie de luxe ont élé l'oljcl de ses soins; il ne s'est p.is borne à leur don- ner â lous une forme plus étég;inle ei plus distin- guée, ses cOmmandt-s aux premières fabriques cnl eu pour résultai de conlribui-i- encore au perfec- tionneiuenl de la qualité. Le public élégant de toute l'Europe a dignenienl récompensé tant d'elTorls et de pertévérance par l'empreskement qu'il a mon- tré à s'adressera \:\ p;ipeterie Jtfarion Nous ajoute- rons, à la louani^e de cet habde et infaligable fabri- cant, qu'il ne s'est pas enrlormi dans sa vogue écla- tante, il s'est toujours mainienu dans celte voie du progrès et a réussi à donner a l'envil.rppB un avan- tage important qui lui manquait. Aujourd'tiui. tes lettres d'adaires, bien que cachei.'es el sous enve- loppe, peuvent recevoir et conserver le timbre de la posle qui porte témoignage de l'aulhenlicilé de knr date. Leite heureuse mnovalion a reçu l'approba- tion complète de M le ministre des finances.
La papeterie Marion ne s'adresse pas seulement au monde élégant, elle esl largement assortie pour satisfaire à lous Us besoins de la correspondance
u'à ceux de la correspondance
unierciale.
Maison UINANT, rue de Cléry, 7. prés celle Monl- martre.
La majt^on Binant esl dennis longtemps en posses- sion d'uni! clientèle nombreuse parmi les artistes de profession; cetli' préférence soutenue lienl à des causes dont i'appréciatiitn ne sera pas san« intérêt pour ceux de nos lecteurs qui s'occupent de pein- ture en amateurs.
Etablie dans uii quartier ccnlra'où le» loyers sont de moitié moins élevés que sur 1rs b<Milevards, la maison B naot a pu donner à sa galerie d'exposi- lion el il ses ateliers raeeroissemenl qu»- compor- tent aujount'hui ses (trandes relations d'aCTaires sans avoir a subir uneaugmentation proporliunnelle dans ses frais généraux; nous ajouterons encore que, restant étrangère â la vente de tous objets d'an et de ranlaisie qui ne se rapportent pûs diieclementà la iK'ijiiure, elle apporte plus de M)ins, de lèle et
ifTur
leurenseri.ble le plu aniclesqiii ont rapporta la pein ture et au m smu, et dont voici les divisions priuci pales, toutes établies sur une vaste échelle. S" Toiles pfittr tableaux dans toutes les dimen
•2'> .VfM
'elles rouleurt pour peîndr
dans dr
leur
d'un
■tal
xtreme propf !■ i - . : napprêciable avjuil.ige de constrv.i i. ^ ..nniiis toiijoiirs riaich<-s sans qu'elles gi.u.>.Miti i.i m m- chenl; el quelles que soient les lacunc)> apporircs dans le travail, on est sur de les retrouver absolu- ment dan» le îiième état qu'en sortant du liroyanc
y Boites à couleurs^ complètes . dans lous les genre*, simples el élégantes, et propres à être of- fertes en cadeaux;
V Location de mannequinê articulés, de toutes grandeurs, honiines, femmes et enfams ;
no Exf'osiiion et loealiun de tnbleaux. dessins et miniatures des principaux artistes de l'école mo- derne. L'expérience de M. Binant esl une garantie du mérite des tableaux ei dessins qui cuinposenl sa culk-ciion.
M. BELHOMMEnous prie d'à étranger a l'article qui a paru sur sa
noire dern'
[La suite au prochain numéro.)
BUREAUX !
Hue Riclielieii. 60.
LIMAGE
BUREAUX !
Rue Richelieu. GO.
REVUE ILLUSTRÉE D ÉDUCATION, DINSTRUCTION ET DE RÉCRÉATION
L'Image! ce tilre indique el d(>finil à lui seul le but, le plnii et la ilesiinalion du nouveau journal que nous nous proposons de publier sou*- le pairoitai^i' li'tin succès consacré pat- le temps. Nous voulons faire aiijnurd'liui ponr la jounes-c; |imii' un irje :i
part, ce que tinn- laisun^ (lr|iuis iiiialre ans i r li uiMiei'nlile
(les lecleurs. L''//»>/™(i"/i liull-. :l Sll-ijeiv l'uire ili- l/v„;ye, il nous liaraiitil d'avatice lu nu"'Uit' aceiu-il (louf une i-iiUeptiso analogue, coiiinie elle garantit au (utbltc la utéuie lidélile de noire pari à remplir toutes nos |>ronies>fcs
Eduailion, initriiclùm , récréiilw», voilà le triple objet que nous nous etii;ai;eous à ne jain.iis perdre de vue, pour ne pas lombcr dans le del'aut de la plupart des autres journaux qui s'adressent, eontiue U' nôtre, à la jeunesse. Pans la crainte de paraître trop sérieux, ou s'esl presque toujours retranche ex- clusivement dans la i'rivolile, sans soiiîïer que le comique lui- même n'est comique que parce qu'il renferme une idée jçrave el sérieuse, c'esl-à-dire une idée vraie. Nous éviterons l'un et l'autre excès, en nous elVm^'anl tour a tour d'instruire sans pe- daniisme el de plaire sans enranlilla.;;e. .^u reste, nous ne pré- tendons reniplaeer ni les lauiilles ni les maisims d'cilin alimi ; nous ne voulons y introduire (|u'iineehose, un eliiiient qui vi\i- lie tout, et qui esl un besoin rie lous le> leiiip-, de i(iii> les lieux et de lous les l;;es : In irariVie. (Ir, cette varn le. il n'y a (in'iin journal qui puisse la procurer, (luelle liililiolliei|ue ne fainliail- il pas a ([ui voudrait avoir sous la main tout ce qui a ete dit de
PROSPECTUS.
bon el de beau, tout cequi fait, en un mot, le fond des souvenirs d'tiii lioinme vériiahleuiehl instruit? Tel livre, par exemple, reiifertue un beau passajie, mais le reste n'est pas lisible : le niaiire l'aeliètera-l-il piiiir en délueliei' une piiRe'î Tel autre peiil èliv d'iiiie leeline iinilihilile m.iis eerl:iiiis rapports, mais il a en iiièiiie temps ses ilaiiLier;.: el le ninyen de li'S éoarler, sinon de refaire ou d'abréj^er le livre.' Nous n'insisterons pas davantage : ce que nous venous de dire sullit pour témoigner que nbiiif avons réfléchi à ce que nous voulons enlreprendre. ■Nous appellerons eepeiulant raltention du public sur un point qui doit ilislini^iier nolie joiirmil de Imis les anties. Il arrive paifoi^ i|iie l( s |lel•s^llllie^ même les plus iii>liiiiles ne savent (|iiel liviT iiieitre entre les maiiiMie leurs eufaiils. on quelle sérail la meilleuie inetlinileu i.ni\re eu eei laiiis cas. C'est une épreuve que li^iU le luoiide hiii i li:ii|ii.- jimi- 1111 demande quel- quefois des conseils. ■■nr les i ii(i-r> I. - plu- .impies nu sur celles qu'on saille mieux. Noire iiiieiiiiiui e.| il'.iller aii-devaiit de cet emballas, en iiiili(|iiunl des diiec lions, des i Imix de lectures, en rappelant certaines idées pratiques qui échappent dans le niiinieni, elc.
Mais nous n'avons parlé que de la partie ccriie de notre jour- nal; il nous lesie a iliie un mol de la partie piiinraque. Certes, s'ilesl un ;'ii;i' philùl lait pourvoir <|iie pourcconler, c'est la jeu- nesse, e'esl reiilaiiee ; el les grandes personnes elles-mêmes seraient mal venues a lui en faire un reproche.
COIVDITIOIVS DE li'ABOKKEMEKT.
L'IMAGE
Pi Ptfau-d'Ane m'était conté. J'y prendrais un plaisir extrême.
l.'i^nfant surtout n'aime guère et ne comprend bien que ce qu'il voit : à côté de l'apologue, il lui fiul l'image. Le ,but de notre journal est de repondre à ce besoin de l'intelligence nais- sante, en venant en aide à l'enseigneinuut du iiiallre ou de la faniillA.
Chaque numéro contiendra un grand nombre de dessins gravés sur bois par les plus habiles artisles. Nous espérons que ceci ne sera pi'itit pris pour une promesse de iirnspecliis. Les publica- tions illuslices qui soilenl de la lihiairie iti se publie \' Image
lions auliirient peMieile à evprilllil- celle iiilili:uice.
(iràie a ce lOuiiMirs, l'aliniiiieiiieiit :i V Imuçi' ne saurait man- quer de devenir bientôt la reeiuiipense obligée de loul enfant studieux. Nous ferons si bien, que les mères de famille, inodi- liant légèrement la phrase consacrée, diront aux enfants : « Si vous êtes âges, vous autez i'Imaqe, » el que même elles leur donnernni ;''//««,;<■ iionr les reiidri' sages.
La 1 eilaiiiiin, eonliei' à deux écrivains exercés dans l'art dilli- rile et delii:il d'elevrr el iriii-iriiiie la jeunesse, voués pur goill a renseignement, saura clioisir dans le fonds immense des eiinuaissaiices utiles el des charmantes distraeliims, la matière d'un recueil qui n'aurait point paru, s'il eût voulu ressembler aux noiiihreiises publications qui se pioposeni, sans l'atleiudre, uu but analogue.
Paraîtra une fois par mois en un cahier de .'i'2 pages grand in-8" jésus, ornées d'un grand nombre rie gravures sur bois, pour l'intelligence des sujets.
Le prix de l'ahonnemenl sera de 6 francs par an pour Faris; 8 francs pour les départe- menls; 10 francs pour l'étranger.
LES 3,000 l'REMIERS SOl'SCRIPTEIRS
Uecevronl, à lilre de prime, i vol s d'une cliarmante collection connue sous le tilre de
Nmmel'ami des Enfants, par M. Saint-(;ersi.m\ Ltntc, dont le prix esl de 1 fr. M cent, le vobmie, soil 4 fr. .'lOcent. les trids volumes. — La collection complet' , qui se compose de six voluiiies divises en deux séries, une pour le premier ige, une antre pour le second Sge, cortio ;i fr. — La prime ne secouinoseque d'une des deux séries ; mais le souscripteur a le choix en- tre la première ellasecoude, selon l'igeoe l'i.bonné.
LU >0l VEL AUI BES ESFANTS
Se compose, comme il vient d'êlre dit, de ti volumes divisés en deux séries chacune de 3 vo- lumes:
rBKHlKlIK SERIE,
Abonnes du premier âge
PEI XIEHB SERIB,
Abonnés du second ftge :
l Tome Itr. Les Voyageurs de Paris à Versailles.
Tome 11. Une Visile au chemin de fer. ( Tome m. Les Plaisirs du Nivernais, ou le Petit tiauvin. 1 Tome I" Les Tisses. La laine, le lin el le chanvre. Tome li Les Tissus. Le coton, la soie. Tome 111. Les Tissus. Histoire de quelques inveiilions. Le Niiinel ami des Enfants, honoré d'un baul patronage, répond à une ulilile sérieuse dans renseignement : mais la forme familière, enjouée, charmante de ces pelites lniiusen fait une lecture aussi attrayante el plus morale que celle de ce» livres dont le moindre défaut esl de ne lien laisser dans le cœur ni dans l'esprit des enfauLs et des jeunes gens.
Celle prime est accordée expressément aux 5,01 0 premiers souscripteurs comme témoignage de la ri!i'oiiiiaissance des éditeurs, el. nu sera pas continuée an delà de ce nombre d'abonnés, ni renouvelée au n'ahonneiiieiil. Les personnes oui s'abonneront au nom de plusieurs enfants du premier el du second âge devront ajouter au prix de l'abonnemeut 4 fr. 50 cent, si elles veulent recevoir les deux séries.
DE LA REFORME PARLEMENTAIRE ET DE LA REFORME ELECTORALE
Préface. — Chapitre 1. 5i(uu/i"». — Chapitre 11. Du Go
UV\iHtili:tl itH t»!kt.'ii\\\i:, nieuihre de la Cliambre des Députés. 1 volunie iu-S", prix : j fr. — l'.MLlN, edileur, rue Kichelien, 110.
ni représentatif. — Chapitre III. De la Centralisation. — Chapitre IV. De la Béforme purleii Hrforine i lect'iratc. — Jppendice.
. — Chapitre V. De la
46
L'ILLCSTRAÏION, JOURNAL UNIVERSEL.
Exécution de la loi «iir In cliasar, caricature par Cliaiii»
Lâchasse csl inlotdile.^danB le déparUment de la Seine, à partit du 1" mars 1817.
«OLDTION DD PBOBLÈME K' 28 COMEND DAKS LA DEUX CEM- UMEHe LIVRAISON.
1. f F 8 — D 8. +
2. T H 4 — H 5.
5. T D 8 — D 5. + i. T D 3 — H 3 :
3. T H 3 — H 1.
6. ni D 1 — B 2.
7. R E 2 — D 3.
8. T H 1 — B 1. + 0. R D 3 — C 2.
NOIRS.
1. R D 3 — C 3.
2. B G 3 — H 3:
3. R C 3 — B 2.
4. P C 1 — C 3.
5. R B 2 — B 3.
6. R B 3 — B 2. •7. R B 2 — B 3. 8. R B 3 — \ 2. Perdu.
N» 27.
LES BIANCS GAGKENT EM .SEPT COUPS.
A B C D B F G
NOIRS,
Principales publications de la Beniaine.
RELIGION, PHILOSOPIIie.
FtwJi>$ fritiqurft SM*" le rnttnvnh'xmp rontempornin ; nar l'ahlif' H. dp Valroger. Un vol. in-S de 692 pages. — P.iris, I,e- con'ri\
Lr Hetntir âe.sytifs. on raocnmpli^senipnt d« Ions les anciens proi'lièles, îsaïP. Jéréinie. Bnriicb, etc.. etc.. manifesti^ par PA- pooalvpse ; par Pierre Lachèze (de Paris). Un vol. in-8 de 5.S8 pages.
beaux-arts.
Inxtrurtinn pour h vfupip. Cent traités sur les connaissan- ces les pliK îndîpnpn«ables. t7« livraison. Peinturp. Snilptnrc firni'iirc. Traiip SS. Sis;né : Dupats. In-8 de 16 pages. — Paris, Dubochet, Le Chevalier.
Anna''» du parlemKnt français, puhliéos par une Snciété de pnblicisles. sons la direction de M, T. Fleirt, avec la sons- cripiion collective des deux Chambres. Session de tS46. — Dn 21 décembre t8W an 3 inillet 1816. Tome VIII. In-8 de iOU* papes. — Paris. Firmin Didot.
La Franckf-Comtè an Ba^irtjnane smin Ui princ^x expannoh de la mnixon d'Avtrirhe. Première série. Les Recez des Etats, publiés d'après les manuscrits de la Bibliothèque rovale; nar Adolphe de Trotes. 4 vol. in-8 de 2072 pages. — Paris, Cre- taine.
litillftin monumental, on collection de Mémoires et de ren- «eigncmenls sur la statistiqne monumentale de la France, neuvième série. Tome 1"', t1" vol. de la collection: nar les membres de la Société française pour la conservation des mo- niimenls. Publié par M de Cai'mont. Un vol. in-S dp 696 pages.
— Idem. Tleuxième série. Tome II, 12" vol. in-8 de 712 pages.
— Paris, Derache, Dumoulin.
ï.pilres xur VAnifteterre et xur la France, publiées par Ai'- GisTF, NruGARÈnE. Tome II. Première et seconde parties. 2 vol. in-8 (le 972 pages. — Tome III et dernier. Un vol. in-8 de 476 paaes. — Paris, Amyot.
L'ouvrage a 4 volumes.
La soluf.'on à une prochaine livraison.
On .s'aronne chez les directeurs de Poste et aux Messaeeries, et chez tous les principaux libraires de la France H de l'Etran- ger.
LAFLECHE, LrxEMROURG; — LAHAYE (Hollandel, Doorman, Van oen Bergh, Van Stockum; — LAON, Hi'riez, Marcuai. ; — I. A ROCHELLE. Boltet, CA;ii,Arn; — LAUSANNE (Suisse). Pii.ihkr: — LAVAL, Flmii llinMinn, Codbert; — LEIPZIG (Siixc), TlnocKHAiis el AvKNMuiv, Mh inisi-N, Werer; — LIEGE (llel«i(iup). IIesoer; — LU 1 I . r.i..i :n. Castiaux. DrRiEi™. Pn- ,v\M-, Vanackire; — I.IMiX.l S, M huih.m.n- : _ LISBONNE (Por- Uman; Su.v.i; — I.ISII'-.IIX. ItiNAin; — I.OMIIIES (Anglelerrp), Du M . IIah. Smith, Thomas Ji.srni. Tuom.vs Wiii.iam; — LONS- LE-S.MH.NIKU, MARM(^IlAl;'— LOHlKNT, Gor.v^iT. Leroux Cas- sAiii, Ppitcr; — LUN::MI.I.E, Georges: — LIIXEMBOUBt!. I!|i:h. IloiiMiNx; — LYON, AvNE lils, Bohaire, ' GiBAflin r, Gi iMiF.ur et OoinEZ. GrvMON, MinAN. Noi'Rtier.
MAÇON Ciiarpenuer; — MADRID (Espagne), Jatmeron, Mo-
nier; —MANS (LE), Bondu, Picuos, Tulcbabd;|— MANTE:», Noeie; — MARMANDK, Lafoircade; — MAKSEILLE, veuve Camoin, CiiAix, DipLAN, DuTERTBE, Michelet-Petron; ScREBirf;
— MAYENNE. Moreai-Leboi, Pottier ; — MEAUX, DiBOis; — MELUN, Thomas; — METZ, Brekon , Pallez et Roisseal, Waiuon: — MEXICO (Amérique), Devaix: — MILAN (llalie), DuMOi.ABn. Ti noleb et Schoeefeb;— MONTDIDIER, Lb- Rotx; — MONS fBelgic|ue), La«mebs ; — MONTMIRAIL, B»o- DARn; — MONTPELLIER, Castel, Patras, Virinque; — MOR- LAIX. RoGiB ; — MOSCOU (Russie), Urbain et Resait); — MOULINS, Desrosiers; — MOUTIEKS (Savoie), Blanc père;
— MULHOUSE, JoiRDAN-MoBAL, RisLEB ; — MUNICH (Bavière), J. J. Cotta.
[La suite à un prochain numéro.)
Bëbna.
jACttOES DUBOCHET.
Tiré i \3 presse mécanique de Lacrampe filsel Compignie, rue Damiette, 2.
L'ILLUSTRATION,
Ab. pour P^ris, 5 moi Prii dechaqueN", 75 e
8 fr. — 6 ranis, «6 fr. — Tn an, 30 Tr — La collection mensuelle, hr., 3 fr. 75.
N» 211. Vol. IX.— SAMEDI iô MARS 1847. liareaai, ra« BIcbelleu, 6t.
Ab. pour lea d^^p. — ' Ab. pour rÉlran^ier,
mois, 17 tr. — Vai - 20 —
SOMMAIBB.
HISlOirC df I« «rmalDe. Porirait de mad'mmsrllr L <jln Mm I hronlqoe oiustca c. — Courrier de PariR.
fil.' Sci-nr dr Iti Firr're bnilnnff, du Palais-Royal ; dftir Caricatures, — Vn inoiH en Afrlqu**. III. Oran à vol d'oisrnn, par M. Ad. Jeanne, fiie d'O- ran. prise du Chàleau-Xcuf. — Rfeu de If op. Nouvelle . par M. D. Fakre d'Olivet. Suile-l — !.•• < a'««de Pari» Dii Gravures — La ronrre-
rled» I» < tiarll* de Venion Cinq Gravures. — Rlude«(de carnaval roilipare. Huit Caricaturer,
parCliam, — Builedn bin Ingrapmq.e - lie- tne dm noiablllie» di- rindunirle. — Ann> n- re«. —Mode». Traisstisserntnt». Cne Crarure. -
P'Incipairft pnbi cuiion» de la ttiiialiie. — nei UK.
Hiiitoipc 4e !• Semaine»
Mademoiselle Lola Montés est, comme on dit en .Ançlelerre, le lion de la .semaine. Elle est presque, à elle seule, loule la politique extérieure. Il n'y a que la famine qui fasse plus de bruit que cetie danseuse.
Quant à l'intérieur, les séances publiques de notre parlement ont présenté assez peu d'intérêt; mais les examens dans les bureaux et les votes qui les ont terminés en ont offert davantage et nous présagent de vives discussions.
Hormis le débat sur la proposilion faite par M. Achille Fould de rayer du grand- livre onze millions et demi de rentes rache- tées, dont les arrérages continuent à être portés au budget et sont servis à la cais.se d'a- morlissement, la tribune est en quelque sorte demeurée muette. Dans cette discussion uni- que, c'est aussi le rôle qu'a fini par jouer M. le ministre des finances, qui, après avoir tracé à sa manière un exposé de la situation financière et des ressources du Trésor, ayant vu démontrer l'inexactitude des calculs qu'il avait mis en avant par l'auteur de la pro- position et par M. Jules de Lasteyrie, a mieux aimé laisser au scrutin le soin de répondre à leurs arguments. Sensible à son embarras, la majorilé a déclaré ne pa« prendre en considé- ration la proposition qui le lui causait
Les bureaux, nous venons de le dire, ont au contraire été fort animés. La proposition de M. Diivergier de Hauranne les a passionnés plus qu'on ne pouvait s'y attendre, et la que.s- lion d'autorisation de lecture a presque dé- partigé la Chambre comme elle avait précé- demment divisé la presse ministérielle. Cent soixante- treize voix ont volé pour que la pro- position fnl lue; cent quatre-vingliiept s'y sont opposées, et comme dans ce partage la majorilé di' tmis bureaux s'est prononcée fa- vorablement, la proposilion a été lue lundi dernier, et hindi prochain l'auteur la dévelop- pera, et la Chambre se prononcera sur la ques- tion de prise en considération.
Les burtaux ont encore eu à nommer, après examen préalable , des commissaires pour le projet de loi propo.sant, l'ouverture d'un crédit de 3,000,000 de francs pour rétablis- sements de camps agricoles en Algérie. Les bas^s d'après le.s- quelles seront formés ces camps agricoles sont les sui- vantes :
Un ordre du jour appellera les mililairrs i concourir J la
formation des camps agricoles. Le concours des militaires sera facultatil et non obligatoire. Mais, pour être admis, les sous-officiers et soldats devront être au moins depuis deux
rf'cuté d'après nature,
ans sons les drapeaux en Algérie, et avoir fnrore environ trois ans de service à faire. Vingt-cinq ans de sdvicc seront exigés pour les officiers. L'admission prononcée, les sous-officiers et soldats rece-
vront un congé de six mois pourallerse marier. Eux et leurs femmes jouiront de l'indemnité de route pour aller et reve- nir. Ils pourront, en outre, emmener avec eux, aux mêmes conditions, des membres de leur famille autres que leurs femmes.
L'Etat fera construire, pour chaque famille de colon militaire, une maison, et y joindra un mobilier, un ou plusieurs lots de" terrains cultivables, des bestiaux, des instruments de travail, les arbres à planter et des semences pour la première année.
En outre, pendant trois ans, les trois ans de service encore dus, les sous- officiers et soldais recevront de l'Etat les vivres, la solde, l'ha- billement, l'équipement et toutes les presta- tions de l'infanterie; et ils auront droit, de plus, à une ration de vivres pour chacun des membres de leur t'nmiUe.
Ces diflérents frais ue premier établisse- ment élèveront la dépense à ô,t:(Hl francs pour chaque famille de colon militaire ; soit r;,000,000 de francs pour 1 .000 colons.
Nous ajouterons que chaque colon militaire devient propriétaire de son lot et de ses an- nexes immédiatement après son installation dans le camp agricole, de manière que si le colon meurt, sa femme ou ses parent» lui succèdent et le remplacent dans tous ses droits.
Une forte majorité s'est prononcée dans les bureaux contre le .système proposé par le gou- vernement, et surtout contre la concession de domaines à des .soldats en activité et qui seraient envoyés en France pour s'y marier. M. Dufaure a cité un exemple d'un es>ai de ce genre mis en pratique. On a envoyé d'A- frique à Toulon, a-l-il dit, pour y contrac- ter mariage, cinq cents hommes qui devaient y rencontrer cinq cents femmes qu'on avait lait venir de différentes parties de la Fran- ce. Après d'assez scandaleux débals sur le choix des lemmes, on est parvenu à l'aire ces mariages tant bien que mal. Il est resté même une femme qui ne rencontra pas de mari; on a été obligé de lui donner une dot de 000 fr. pour l'indemniser. Enfin ces fem- mes lurent amenéesavec leurs maris en Afri- , que, mais au bout de six mois, après avoir
mangé leur argent, toutes ces femmes avaient décampé el s'étaient enfuies avec d'autres sol- dats.
sur dix-huit commissaires nommés par les neuf bureaux, quatorze ou quinze se sont net- tement prononcés contre le pro|et du minis- tère, on plutôt du maiéchal Bugeaud.
Fraudiîs administratives. — Dans les derniers jours de l'ancienne législature, sur la proposition de l'honorable M. Lanjuinais, et après avoir entendu les explications de M. le ministre de la guerre, la chambre des députés déclarait, dans un ordre du jour mo- tivé, que les ministres de la guerre et de la justice auraient à rendre coiiiple, dans les premiers jours de la session suivante, des me- sures administratives et judiciaires qui au- raient été prises à l'occasion des complices du déficit Dénier. Ce Béiiier, émule du caissier Kessner, était directeur, pour le compte de l'Etat, de la n anuliiilicn générale des vivres, et c'était lui qui faisait atlieur tt gaidait en n.8- gasin les blés et les farines employés dans la confection
AS
L'ILLUSTRATION, JOURiNAL UNIVERSEL.
du pd'm n'^cessaire à la garnison de Paris; mais, profilant de la coniiaiice, vrai.in'nt aveug'e, qu'avaient en lui sos supéiieuis, cet liOMime spéculait avec l'argent de 1 adnii- nislration; et, lorsqu'après sa inorl on vénlia l'état de sa caisseeldes mafjasins confiés à sa {larde, on irouva un do- licit qui ne s'élève pas à moins de 3 à -iUO.OOU fr. Mais ce qui donnait ù la responsabilité adminislralive une gravité extrême, c'est que Béiiier avait été e.venijné de fournir le caulioniieiiient qu'on e.xi,e de tous les agents comptables.
Cooinie la pe!ite se?siori par laquelle la nouvellelégisla- ture a élé imugurée n'élail pas considérée comme une ses- sion d'alTaires, on nejuijea pas convenable de porler devant la L'Iijjilire le résultat de l'enquèle qui avait dû Cire fai e à cette épogue; mais le minisl>T', pouvant, d'un inslant à l'autre, être inlerpellé sor cette grande affaire, s'est dé- cide à >e inelire en mesure.
Un conseil d'enquête a prononcé, il y a quelques jours, sur le s irt de M. I intendant niilitaiic Joinville, cou|>able, dit on, d un délaul de surveillance et d une négligence im- pjrd(mnable<. Cet aluiuiisUaleur est mis à la rel'orine; et M. 6oissy-d Ang as, qui était iniendant mililaire de la pre- mière division, e.-l aJinis à faire valoir ses droits à la re- traite, et remplacé à son poste pur M. Me'cion d'Arc.
Kl t'i iniinieiiint ren|uète judiciaire, dont les résu'tals piufroot provoquer des mesures bien autrement sévères contre c UK prelie ds.-ignera A la jii-lice.
TR01BI.es causés par la CIIEHTË UES SIBSISTANCES. — La cour d'assises de l'iadre vient de proniiicer sur le sort des accusés di^s désordres et des ciiines cuniinis à Buzaiiçais. Trois conilam.ialijnià mort, quaire conJainnation? aus tra- vaux à perp'iluilé, di.\-liuit aux travaux forcés à temps, un acpniteinenl, tel est l'arrêt que la cour a lendu confor.ué- meiil à la déclaration du jury. Les départements de la Dor- dogno, de Tarn et-Garonue et plusieurs autres ont éié fu- core le Ibéàlie d'agi allons qui, pour n'avoir pas le même ca''aolène sanglant, témoignent néanmoins des mêmes in- qiiiéti'.dfS et doivent la re coin,irenJre combien est grave ctille qoestivU de.-ubsisiances, qu'on jùt peut-être plus faci- lement résril le, >i on neuf pas aillant jitlen lu pour l'ab^rdr-r.
l)a reste les inèai-s lo nii'tudes et des désordres sem- blables éola'ent a l'exlérieiir Je t jutes parts, et, sans parler fli no iveau de l'Irlanie, où la faim moi sonne la popula- tion om ne le Il liera piurrait le laire, en Ecossf, en (Sel- giipie, en lU'ie des Iroibles sérieux é;'aie.it et s étendent.
Bavière — Mais l.i laiii. n'agite pas seule les populaiions; l'amour lait des siennes en Bavière. Madenioistl e Luia Mon- t-s, q le ses duels a lacr.vaJie avec les gendaniies de Ber- li 1. que Son rôle dans le proiiès Du.arrier, nous ont beau- foua plus lait connaître que ses déouts à 1 1 Purte-ijamt- Mi' lin, ma lemoiselle Lola ilontès a su prendre sur le cœur sexagénaire de Sa Majesté bavai\.i;e un empire qui eCii pu servir de texte à quel pies causeries scanlaleusts, mais qu'on semble vou'oir exploiter pour laire triompher une co.erie po'i ique. et au besoin aliéner une révolution.
(Ja.ii qu'il en soit, le ministère dont M. Abel était chef s'est ri^liré après avoir alr^ssé au roi une note intnafaule, et il a élé reiiiplai^é par MM. deJlaurer, de WeigaiiJ, de Ptsiing et Zcietii, dont ies i^pinions sont opposées aux opinions des iniiiistrts déniissioiinair,:s.
Pl'i i'Urs artio es de la Gazelle de ilunick semblent prou- ver en ctîel qu'il s'agit bien réellement d un cliangenieiit de sysièine en fa-eur despiincipes libéraux. Ce journal ajoute que le nouveau caount sera favorableà la liberté de la picse, la plus sûre de toutes les garanties. Mais des lettres de Mu- nich du 3 ont annoncé que, par suite des menées en œuvre, relie capitale avait été le ihéâtie de désuidres assez sé- rieux.
bGïPTE — On é:;rit d'Alexandrie, le 21 février, que le projet de M. Linant-Bey de BellefonJs, sur le percement de i'islhme de Suiz. a subi l'examen de trois ingénieurs de dif- férentes nations, l'un français, M. Paulin Talabol; l'autre an- g'ais, .M. Sleplienson; le troisième autrichien, M. Kegrelli. Après cet examen, une société d'étude du canal de Suez .s'est formée au capital de l.iO,000 fr. aux trois groupes des dilT'renl>>s na ions d'où sont les ingénieurs. Chacune a versé ' 5;)0iill fr. ponrl élude du projet. Chaque groupe envoie un | iiig-niour. Us sont attendus Irès-pro luinenitiit. '
Turquie. — Nous avons dit que dernièrement, à Janina, la popiidce, exaspérée coniredeux malfaiteurs, voulut fjrcer la maison du consulat de Fr.ince, où elle les croyait dépo- sé-; et qu'lieureu<einent le courage et la fermeté déployés dins celte circonslance par le consul de France, M. Saba- t er, continrent les assai'lanls et prévinrent de graves désor- dres. Di'S que ces laits furent connus à Cunstanlinople, le iiiini-tère s'empressa de pretdre des mesures commandées par la circonstance. Le kéliava du pacha de Janina et l'un di- membres du conseil, Vébib-cITei.di, accu^é-i d'avoir en- couragé les p-rturbateurs. sont destitues et appelés à Cons- t iiiliiiojile pour êlre jugés par le conseil de jnsiice. Un com- liiU-aiie va êt'e envoyé sui les lo-us pour procéder 6 une eu piiile et l'air.' ariête'' les coupa des lin même tenps, le iniii-lre des alTair-s énaiigéres a écrit à M. Sabitier nue letirc propre à ellacer le miuvais ellet causé par cet inci' de t.
Une grave comp ioalion est survenue dans les re'alions de la Porl-i 0 lomane et de la Grèce :
M. Miissnms, ministre du snltin è Atli'nes, avait refusé de délivrer un passe-,iiirt()Our Cou-lantino .le au colonel T/a- ni! Kiraïass .s, aide dec.inipdn r.i Oili n, sonsprélexteqne ses instrn.;lioiis lui .léfeudaient lorinelleineiit d'à corder des pa-^e-ports pour 1 1 Turquie h tous ceux qui avaient pris une pulaci'ea l'expédition de I8il L.i leiui^niiiii île cet inci- d 'Ut, suivant la version de .\1 Missurus il ass.slaii au liai d-j U c.iur; Id roi saisit c-'lte oici^i m omr s'appoeher de lui cl lui lire ; « .l'espérais que le roi de la G.èoe ni ritiit plus le re-p."ct que vois n'en av.'zm lutr.!, muisieur.» p'iis aussilot le prince s'élrgia. Ainsi ioterp'ili puliliipn lueiil, et avec uiiu certaine vivacité, devant tous les meuibres du
corps diplomatique, M. MiLssurus ne répondit pas; mais, sans attendre que le roi eût quitté le bal. il se relira brusquement avant minuit, api es avoir échangé quelques motsavecM. Co- letli, sir Kd. Lyons et M. Maurocordalo.
La Porte, ajant complètement approuvé la conduite de son ininislre, avait demandé au gouvernement grrcuneiépa- ralion; elle exineait de M. Colelti une lettre dans laquelle, un nom du roiOllion, il exprimerait ses regrets au sultan de l'interpellation adressée publiquement ù M. Mussiirus dans une forme inusitée. A la suite d'un conseil de cabinet, M. Colelti a refusé la saiisfaclion demanJée, et le ministre turc, suivant les insTuclions de son gouvernement, s'est em- barqué le ii février an Pirée avec toute sa légation, et est arrivé à Constanlinople le 17.
On atsare , dit à celle occasion le Journal de Comlan- tinoplc, que Sjn Excellence Ali-efTendi, minisTe des af- aires étrangères, a écrit une lettre particulière à M. Colet- ti, dans laquelle il serait dit que, M. Cole'li ayant déclaré, par une note à M. Argiropoulo, clir.rgé d'affaires de Grèce à Conslaiiliiiople, qu'il acciplait enlièrement !a respontabilité des paroles royales, la Porte s'adressail à lui pour lui annon- cer qu'elle ivait été blessée profondément de lin-ulle faite à son représentant à Athènes. — Dans cette circonMaiice, comme toujours, la Pnrle a reçu du corps diplomatique un concours a-suré : plusieurs communications ontsu lit U entre elle et MM. les ambassadeurs. Vendredi soir, les représen- linti des cinq grandes puissances se siuit réunis chez Son Excellence M. l'ambassadenr de France. Le lendemain, une seconle conférence a eu lieu ch^z Son Excellence M. Truter- nonce, on supposé, sur le nême sujet. Enfin, on dit que M. le baron de Bourqneney a retardé de vingt-quatre heures le dép.irl du biieaii Irauçais, pour faiie connaître au repré- sentant de la France à Athènes les résolutions de la Porte. Dans une'dé|ièi;lie que M. Colelti a écrite à U. .4rgyro- poiilo, l'envoyé grec à Constanlinople, il s'exprime ainsi : « J'ai siuvent regr.-llé le peu de concours que je croyais rencontrer ch-z le ministre ottoman à la cour li>liéiique pour l'achèvement d'une iruvresincèiement entreprise à Aliènes, siiicèreni'-nl souhaitée à Constantin .pie, mais quelquefois délicate des deux cotés. Je vous ai souvent dit que, dans les incidents journaliers que le voisinage des deux Etats et leur passé l'ont naître, je déplorais que M. Wussurus n'apporlât poin'. à ces queslions de d.^lail i'esp. itde conci ialioii et de bienveillance qui, cependant f.rmail la base des rapports généraux des deux gouvernements. Ma'gré cela, le gouver- nement du roi s'el toujours scrupuleusement attaché à ne pas uii^connaître dans sa per-onne le caractère d'un accrédité en Grèce par une puissance amie. C'est M. Mussurus lui- même qui, dans la circonslance piésente, a porté att-inte à ce caractère, en oubliant les oblitiatioDS de haute convenance qu'il lui i nposait, et que Sa Majesté. d'a'Cord avec son gou- vernement, s'est vue dans la pénible nécessité de lui rap- peler. »
La dépêche est suivie d'un .posl-scriplam dans lequel M. Colelti donne un démenti lormel aux détails donnés par M. Mussurus dans la Icllre qu'il lui a écrite, et qii il aflirme n'être point esaiMs.
Espagne. — Guizona en Catalogne a subi le sort de Cer- vera ; celle ville a été surprise le 10 au soir par les carlis- tes. Le petit détachement qui y était en garnison, forcé de se replier devant l'ennemi, a dû rendre les armes. La bande a quille à quaire heures Guizona, où elle était enliée il une heure, se dirigeant vers la montagne, après avoir fait prison- niers onze soldats et un Ciiporal. Un croit que les forces carlistes se composent maintenant de cinq peiites divisions, et l'on s'attendait à de nouvelles attaques sur divers points. Portugal. — Un journal anglais, VExpress, annonce, d'a- près une correspondance de Vii<o, en date du 19 lévrier, que l'altaqued Opoilo aurait eu lieu le 1"' mars. A celle date, on avait entendu dans la direction d'Oporto le Iruit d'une forte canonnade.
Lncesdies de s.alles de spectacle. — On écrit de Stult- garjt (Wurlemberf.), le 20 févrur :
« Le nouveau et magnilique t'éàlre de la cour, de Stutt- gardt. vient d'être consiiéiablement eudommagé par un in- cendi'\ A la représenliliun d'avant-hier, dans le quatrième acte de l'opéra de Licchleiislein,à''}i. Lachner, fendar.tque la scène représei.tait une forêt avec une grotte remplie de nuages, des flammes sortirent du plancher du théâtre et se communiquèrent aux arbres, aux coulisses et à la toile du lond, qui, au bout de quelques moments, présentaient un vaste embrasement.
« La plupart des spectateurs se précipitèrent vers les por- tes, où il y eut une presse leriible, qui serait devenue encore beaucoup plus forte, si le prince royal, qui avec sa femme honorait de sa présence la représentation, n'avait pas exhorté I le reste du public à attendre tranquillement, comme il le lai- j sait lui-même, son lourde sorlie; conseil qui a été suivi, el | grâce auquel personne n'a clé blessé. .
0 II parai' certain que l'incendie a élé causé par la déf'C- ' tueuse coiislructiun des ajipareils servant à chaufler la salle par l'air diaud. n
— A Carlsruhe, le 28 février, une draperie de la loge du grand duc de Bule avant élé agitée par le vent, el poussée i sur un bec de gaz suivant une version, i.n bec de gaz ayant ' Cl evé suivant une autr-, le feu se cuinii uniqua rapidement aux boi-eriesdes ilevanlures des log.s, el lit en un clin d'œil le tour lie a sa le. Elle 'tait cuiib'e; c'était un dimanche, et des r.i'iiiles entières y élaient réunies. Le iiomiire des vie- j tiin->s a été co isidérable, et aujourcriiui encre on ne sau- > r.iii le déle miner. Voi'i l'exirail d une curieuse lettre que ! \' Impartial du Ithin publie, en date de Carlsmlie, 2 mars : \
Il Ou coiniieice ^ voir dans toul.ison étendue le mailieiir qui a l'r.i lié noire ville lo s de l'inceii lie <lu th'àlre grand - du al. Depuis trois jo'irs. on est occupé sans r Iklie à leli- rer Ps cid i-res de dessous les dé-o iilues et i les tran'^tior- lerau ciin -liera, où le,s recevra nue touille co nuiuiie. Pres- que tous ces cd Javres sont mutilés et tout à fait méconnais- {
sables. C'est un spectacle navrant de voir ainsi confondus les corps inanimés, biûl^s, d'enfants et d'autres personnes de tout âge. Tous les renBeienernentsceppndants'accordenlàdireque ces infortunés, la plupart du miiiis, sont ieoiIs asibyxiés, et qu'ils n'ont pas enduré la mort lente et douloureuse qu'oc- casionne le feu.
« Voici ce qu'on mande à la Gazette de Carlsruhe par rap- port à cette dernière assertion :
o D'après de nombreuses informalions , qui toutes sont d'accord sur ce sujet, on peut croire avec certitude que les infortunés morts dans l'incendie du Ih'àtie n'ont pas péri par les nammi's; as.-oupis par le gaz, ils ont perdu connais- sance et ont été asphyxiés avant que le feu ait pu les at- teindre.
La Gazette de Carlsruhe contient aussi les noms des personnes qui se sont particulièrement distinguées par leur intrépidité en portant des secours aux malheureuv menacés de moi t. Parmi ces noms, nous lisons ceux de plusieurs pères defaniille qui, oubliant les dangeisauxquels ils s'exposaient, ont été assez heureux pour sauver la vie à plusieurs de leurs compatriotes ; un chanteur, le sieur Hieger. a sauvé six jeu- nes tilles qui sans lui périssaient immanquablenieut.
Nécrologie — Ménéno-t Keschid-pacha, qui conmandait les troupes turques à la bataille de Nézib, vient de mourir à râi!e de quarante-cinq ans. Il était séraskier de l'aricée de Rou- mélie. — M. Ducis, peintre distingué, dont la galerie du Luxembourg posiède p usieurs ouvrages, et neveu du p^ute tragique, est mort daus uu ùge plus avancé.
CItrunIque masieale.
Christophe Colomb. — Ode-symphonie.
y. Félicien David vient d'obtenir un nouveau succès, aussi grand, aussi plein que celui qui, dès le début de cet émineut artiste, donna tout à coup à son nom une siéclalanle célébrité. L'oile-s>inplionie le Désert a maintenant son digne pendant; peut êlre même, au iindns dans plusieurs pallies, la nou- velle ode-symphonie, t liristrplie Ci loinb oula découverte du Aouveau Mohde, esl-ellesupérieuieà son hinée. C'est ce dont les exécutions suivantes niet'ront le public à mèiiie de ju- ger. En altendant, autant qu'on peut le faire après une seule audition d'ui e œuvre de longue haleine et de cette portée, nous al ons essayer d'en donner uue iaée à nos leeteuis.
Le sUiCt est des plus btaux qui se puissent trouver; el il est disposé, mu-icalement, d'une niamèie parfaite. La divi- sion en quaire parties, en fournissant des moments de repos nécissaires à l'attention de l'anoitenr, permet à celui-ci de suivre sans fatigue, et avec un intérêt toujours croissant, le développement de l'action poétique qui se déroule à son es- prit el à ses oreilles plus encore qu'à ses yeux.
L'orchestre, dans une introduction d'un mouvement lent, d'un sentiment un peu in |Uiet et vague, où l'on sent comme une sorte de doul.iureuse oppression , exprime d'abord les appièts de ce départ qui dut faire battre les cœurs si violemment, alors que le hardi navigaiew et ses com- pagnons al'aient s'aventurer sur les mers inconnues. Du- rant celte symphonie, des strophes déclamées par un per- sonnage non chantant, que nous noiniueions, si Ion veut, le narrateur, exposent au public la situation des autres acteurs du drame. A ces sirophes, succède un monologue de Colomb, récitatif et air. Le chant de ce dernier manque peut-être uu peu de noblesse et de fermeté ; il se distingue plutôt par une douce confiance, une insouciance gracieuse, qui n'est pas tout à fait en rapport avec la noble bgure de Colomb; toute- fois, l'expression s'élève davantage sur ces vers :
Parlons! le ciel l'ordonne; Surl'abime dompte. Méritons la couronne De rininiortalile I
Le morceau suivant, où les voix du chœur se mèleut à la voix du chef pour lui jurer Ddélilé et s'exalter au récit de ses promesses, est plus énergique, parlant plus vrai, plus remarquable. Il a été très-applaudi, comme il méritait de l'être. Le narrateur reprend la parole pour nous apprendre que les mères et les fiancées xienutuldireun dernieraJieu à leurs fils, à leurs amants; tandis que la symphonie fait entendre des sons plus doux, des harmonies mélancoliques. Fernand et Elvii e chantent un duo d'amour, avec force serments d'é- ternelle conslance. La mélodie de ce duo est d'une distinc- tion charmante et simple; le mélange heureux des deux mo- des majeur el mineur, lui donne un caractère de naïve'é par- ticulière; le dessein mélodique des instruments à vent, qui ramène le thème à deux voix, est oiigiual sans alTtCtalion; enfin, l'eflet sourd du canon et les accords lugubres qui vien- nent s'entremêler aux derniers accents des deux amants ont fait beaucoup applaudir ce morceau. Le narrut-ur nous inoo- Ire ensuite le nivire s'éloigiiant du ri-agn, p. iidaiit que des accords niajeslccux sclevai.t graduellement de l'oriheslre transportent d'admiration l'esprit de laudileur. à la pen.sée du premier pas de ce sublime voyage. Cille situation a été merveilleusement sentie par le musicien- poète. Le public y a répondu par des salves d'applau lissenienls bruyantes el prolongées. La prière du peuple, sur la rive, dont léchant est dit par les voix des fi mines, mor.eau délicieux; la repi ise Uu chœur des navi;;at>'Uis. ijui se fail entendre dans le lointain; un adieu plainlil el tendre que les femines leur ud.essent en- coie, dont le ihjlhme et l'inlensiiè sonore vont toujours dé- croissant, comme s'il él iten real té enipoilé par le vent; lils sont les elériienls dont se com|io>e 'a fin d- la première par- tie de cellf œuvre, el qui en fuit une page musicale « xlrèmc- menl poétique, renJue d'ai leurs avec le plus souhaitable talent.
La deuxième |>arlie offre le tableau musical d une nuit des tropiques. Elle commence par un auJante syinphoniqiie dont
L'ILLUSTRATION, JOUHNAL UNIVERSEL.
49
le chant, exécuté parle cor et la clarinette, est calme et pai- sible, comme un de ces magiques instants où, ainsi que le dit le narraleur, durant celle symphonie :
Le ciel, 'ur le sommeil de la terre el des eaux, Arrondit sa tente éloilee.
Un pelil mousse chanle ensuite de sa voix enfantine une douce et jolie chanson. Puis, lorsque tout se lait dans un prorond silence, les génies de rO''éan entonnent un chœur mystérieux. Bientôt le chœur de l'équipage y répond en ex- priinant l'extase où le jettent ces liariiinnies inconnues et su- blimes. Peu à peu. les deux chœurs s'unissent , et le chant argentin des génies accompagné par les voix mâles, mais contenues des navigateurs, produit un effet des plus ravis- sants. La scène suivante , intitulée le Quart, qui renferme une rêverie de Fernand, une chanson espagnole de marinier, avec cliœur, ne nous a pas semblé à la hauteur de ce qui précèrle; la chanson surtout n'a pas un coloris local assez prononcé. Nous préférons le chœur de matelots qui succède, chœur bachique, pendant lequel les violons exécutent un des- sin rbyllimique qui ade l'enlrainelde IVriginalilé. Après ce morceau, le narrateur reprena la parole; il annonce l'appro- che de la tenopête, pendant que les sourds mugissements de l'orchestre l'annoncent de leur côté. La tempête éclate. Nous avouons avoir besoin d'entendre encore une fois cet effet d'orchestre pour en apprécier exactement le mérite. A la tempête se joignent les plainies des matelots; lecalmesnrvient bienlôl; et la reprise du chœur bachique termine le second épisole de ce p. ome.
La révolte de l'équipage contre Colomb, fait le sujet de la troi-ième partie. L'orchestre exprime par des harmonies lourdes et trainant''sle calme plat de la mer. En même temps, le narrateur déclame celle strophe que nous ne pouvons résister au plaisir de citer :
Un calme désolant, un silence de tombe, Entourent le vaisseau; la mer dort, le vent tombe;
Bientôt se déroule à leurs yeux Le tranquille horizon de la zone lorriile. Grand ilé-ert de '3|ihir, i|(r;iiicun souille ne ride ;
El ki pilote soiuii'uv. Qu'un .Tîur inliui ci>inre ilf >.oii mystère, >e voit que [f soleil, ^^ultlnne solitaire,
Entre l'Océan el lescieux.
Il était diflicile de décrire la situation d'une manière plus belle et plus poétique. Aussi, cesbeaux vers n'ont pas manqué de soulever des applaudissements unanimes. La scène de la révolte, qui contient un chœur, un récitatif et un air de Co- lomb, et puis encore uu chœur, est de celles que nous re- mettons à juger plus tard. Eu général, M. Félicien David ne nous semble jias apte à peindre tout ce qui exige de la vé- hémence dans le coloris. On dirait que sou cœur ne com- prend pas la colère, que toutes les passions humaines s'ef- laceiil pour lui et se concentrent dans le seul sentiment ex- tatique el contemplatif qui ravit son Ame, naturellement bonne, devant l'imoosanl spectacle des grandes el silencieli- se.s beautés de la divine création. Ces heureuses qualités re- paraissent lorsque Colomb, apaisant ses compagnons, qui chantent à peu près comme des gens qui ne demander.l pas mieux que d'être apaisés, leur montre le ciel souriant an cri de leurs douleurs, et la brise qui u apporte au navire un parfum d'arbres tt de fl»urs. » A ces mots succède uh chœur de reconnaissance ; Gt<iirpà Columb! Dieu l'émutel etc., beau morceau qui doit beaucoup gagner à être entendu plusieurs fois.
La quatrième partie, incomparablement la plus belle de toutes, exigerait une analyse détaillée que l'espai'e ne nous permet pas de faire aujourd'hui , mais sur laquelle nous au- rons, sans aucun doute, plus d'une occasion de revenir, tant le succès a été grand, mérité, et nous semble destiné à un retentissement plus grand encore que celui du premier succès de .M. Félicien David : l'un est, pour ainsi dire, le corollaire, la consécration de l'autre; et désormais la répu- tation de l'auteur du /)Mer(etde Christophe Cnhtmb fs\. établie sur les bases les plUsSolides et les plus incontestables. Pour jus- tifier cette opinion, qu'on pourrait croire exagérée, il suIDra dédire que dans celle quatrième partie, intitulée /cVoiiteau Monde, quatre morceaux consécutifs ont successivement iTlérité les honneurs du bis, unanimement réclamés avec des battements de mains d'un entbou^iasme indicible. Ces mor- ceaux S(mt un andaulino symphoni(|UC , entremêlé d'une strophe déclamée, qui aboutit à un chœur éclatant et gran- diose: Terre! terre! 0 (ra».v/mr/ .' — Voilà le Suucrau Monile! Un air de danse de sauvages de la plus remarquable oriiiinalité; Un chœur de sauvages, qui ne tardera pas à être populaire; enhn une élégie chantée par une mère indienne, caiitilène d'une suave simplicité , dont chaque couplet est accompagné d'une manière pii|uante et variée par les violons, le cor anglais et les violoncelles. .\)i>ulons ipie madame Sa- '■ ili'>r l'a délicieusement interprétée. Celte quatrième partie
if'-rme encore un brillant effet d'orchestre, (jui suit lélé- de la mère indienne, et précède un beau ré' italif de Co- l.iinb. Le chœur linal, par malheur, n'est pas an.ssi saillant. M Félicien David y devr.iil, croyons-nous, substituer un autre miir.;'>au pour faire de celt^ partie de son œuvre un tout parfai'euient beau et admirablement tromogéne.
En r sumé, la journée du 7 mars est une belle victoire pour M. Félicien DaviL Tout le mmide a entendu son ode- symphonie le Désert ; tout le monde voudra de même, nous n'en doutons pas, entendre son ode-symplionie Christophe Cdamh.
Ml lame Sibatier, MM. Wartcl.Barbot, Grignon elle jeune Manson se sont bien acquittés de leurs pariies solos. L'or- che^l^e cnnlnit par M. Tilmanl el les chœurs dirigés par M. Biche Lalniir, inéi iieiit aussi besucoup d'élog' s. — Nous allions oublier de dire que le.s ailleurs des paroles sonl M VI Mérv, Cil Cliiiiliet el ."ylvair 8aint-Èlienne. Aux quel- nu s Veis que nous avmis cité», i.n a cerUinement reconnu le premier de CcS trois puëies. Mais se mettre à trois pour
écrire les paroles d'une ode- symphonie, on nous permettra de trouver que c'est beaucoup; comme on nous permettra aussi de conseiller il M. Félicien David de chercher pour une autre fuis un narrateur moins emphalii|Ue dans sa déclama- tion et moins affecté du désagréable délaul de grasseyer.
— Les personnes, en grand nombre, qui ne peuvent, faute de place, assister aux l'eprésentalions du Tliéi^lre-ltalien, apprendront avec plaisir que M. Galli, le doyen des bassi cantanti, doimt-ra le mercredi 17 mars, à deux heures pré- cises, dans la salle Herz, une solennité musicale, pour la- quelle tous les chanteurs italiens lui pi èteront leur concours. C'est la seule occasion de l'hiver où l'on pculjouir, hors du thérure où ils sont attachés, de ces beaux Islenla qui dans peu de jours vont nous quitler. Aucun ny manquera.
— Vendredi de la semaine dernière, les quatre chanteurs instrumenli.vtes hongrois, MM. Zorer, Wiiss, Sihwariz et Gruuiwag, que Its abonnés de l'Illustration connaissent déjù par le dessin el la notice qui leur ont été offerts (Voir p. ôl8, l. VIII), ont paru sur le lliéfttre royal de l'Opéra Co- mique. C'est une clio-e vraiment curieuse que ht manière dont ces chan'eurs imitent avec leur voix le cor, le haut- bois, le coriut à pistons elle violoncelle. Mais Ce qu'on ne saurait sut tout trop admirer en eux, c'est la justesse d'in- tonation, la sùi'Pté el la précision de la mesure, la légèreté de certains traits, la linesse de nuances, qui font qu'on ne se lasserait pas de les écouler, plus encore dans un salon que sur un théâtre. Aussi, partout où ces singuliers chanteurs instrumentisiPs se sont montrés cet hiver, ont-ils élé reçus, après le premier moment d'élonnement, par des applaudis- sements sincères. Le public de l'Opéra-Comique, ce soir-là très-nombreux, leur a fait le même accueil ffalleur. El si l'on considère la disproportion de rapports enirc la capacité de la salle de la rue Favarl et les moyens d'effet de ces ex- centriques musiciens, on jugera que, pour être aussi cha- leureusement applaudis, il faut qu'il y ait réellement dans ces chanteurs quelque chose de plus qu'un fait de simple curiosité. Ce quelque chose, c'est l'art, 1 art toujours admira- ble, sous quelque lorme qu'il se présente.
— L'Orphéon a donné, dimanche passé, au Cirque des Champs-Elysées, la première des trois séances chorales que l'autorité municipale de la ville de Paris aulori>e annuelle- ment, témoignant ainsi de sa sollicitude pour l'enseignement du chant dans les classes populaires. Nous rendrons inces- samment compte de ces intéressantes solennités.
Georges BOUSQUET.
Courrier de Parla.
Aurions-nous exagéré en disant, saine 11 dernier, que le carême avait une face de carnaval, el qu'il prolongeait indé- hiiilnent la joyeuse saison? On nous assure, au conliaire, qu'il est plus que jamais celte année un temps de pénitence, de inortilicatiou el de jeûne. De jeûne forcé, oui sans doute, el pour un l "op yrand nombre de malheureux ; mais pour les puissants cl les riches de ce monde, tous n'avons pas lieu de nous dédire, et voici une éclatante confirmation de nos pa- roles, c'est la présente semaine. Où n'a-t on pas dansé, polké, chatilé, iihlrumenléelsoupé? Depuis le salon jusqu'à la man- sarde, le plaisir s'est montré !i tous les étages, el a fait irruption dans tous les domiciles : la diplorrialie a eu ses illuers de la Mi- Carême et ses rouis, la ban jtle .ses fêles dorées, le beau monde aristocratique ses concerts, et il n'est pas jusqu'à la pelite bourgcdisie qui n'ait tiré son petit fui d'artifice du jeudi. Paris peut donc passer, en ce moment, pour le séjour le plus animé cl le plus réjouissant du monde ; mais les difliciles el les liumoristes, qui ne sont jamais à court d'ohjcctiiins, ne manqueront pas de dire que ce sourire général li'est qu'une grimace, que toute cette gaieté n'est que le masque île l'en- nui, et qu'après tout il n'y a rien de plus triste qu'une ville de plaisir.
Si les maisons .s'illuminent, si les spectacles regorgent, les temples et les lieux saints et sacrés ne sont point déserts. Le carême fail de la piété une vertu de circonstance; il y a par conséquent confusion manifeste du ciel et de la terre, el un mélange fort bruyant du temporel et du spirituel. Ce n'est pas pour rien que la Cbarleaulorise la liberté des cultes : on réunit donc dans le même programme l'Eglise et l'Opéra, on marie la chaire et le lliéfilre, le sacré s'allie au piofane, on danse avec des sentiments contrits. La dévotion se mimtre on manches courtes, et la pénitence a desîallures l'orl décolletées.
Citons la soirée de M. l'ambassadeur d'Autriche, comme étant celle qui a fait le plus de bruit, bien qu'elle se soit passée en petit comité. Le salon de M. l'ambassaileur a élé le lei rain neutre où la France el l'Angleterre ^e sont donné la main dans la personne de M. Giiizoï el de lord Normanby. Depuis cette entrevue, on s'est réconcilié à la foiirchelte, et la querelle suscitée à propos d'un bal s'est déliiiitivement étrinlc dans les fumées d'un gala. En plus haut lieu, on pré- pare des lè'es en l'honneur de la reine rnèie d'Espagne et du roi des Be'ges. Pour célébrer cel'e bienvenue, il est question d'une nouvelle représentation (rj4//»;(/c sur le IbéStre (le 1 1 cour el d'un bal andaloii dans les appart^ menis de M. le duc de Nemours. Des ruUinés politiques veulent absolu- ment recinnaiire dans cette réunion ilc trois tètes coiiron- né(s les é'énunls d'un cnngrès. hn celte grave matière, el de ces grands projets tout ce que nous pouvons dire, c'est que le (éirhte Borrajo a élé maodé !i Paris pour tout le leilips que Sa Majisié la reine Christine y séjournera t,)u'RSl-ce que le senor Borrajo? ilemandez-vous, un diplnmale? Non. — Un dans, ur?— Pas davantage. — Un toréador? — Vmisn'jêlespas. Bcirraj.i est le lalMeiir le plus rennnmié de Sé«lre pour la confection des co'Iumes nalionaux Qu ml M. le duc de N'-- mours visitait rpsuagne en conipatinie de ton fière M. le duc d'Aumale, Il (il présent à la primera efpiida, ou pre- mière épi'e de la tauromachie espagnole, an fameux Monli's , eu un mol, d'un po gnard indien, orne de ruliis d'une grtmde valeur, el le toreail r, reconnaissant du cadeau \emauda au 1
prince la permission de lui offrir un costume complet de majo andalou. C'est ainsi que Borrajo, qui habille Moulés, travailla pour le duc de Nemours, el l'habil ollerl au prince lut trouvé d'un si bon goût et d'un si grand style, qu'on se promit bien d'avoir recours au talenl de l'habile artiste à la première oc- casion.
Les princes el la cour, puisque nous y sommes encore, ont pris sous leur patronage le bal de bienfaisance au prohl de la colonie de Petit Bourg. Au moment où nous écrivons, tout Paris, c'est-à-dire le Paris élégant et charitable, se dirige vti-s l'Opéra-Comique, où la fêle doit avoir lieu. Les jeunes prince.-sc's de la famille royale ont promis d'y assister; bien- heureuse présence, qui est tout à la fois un ornement, un charme et un bienfait.
Après les princesses royales, les princesses de théâtre. Chaque année, à la même époque, ces dame» bonirent de leur >ouscriptiou la fêle destinée au soulagiment dis artistes dramatiques frappés par l'âge ou la maladie. Y a-t-il une misère plus digue de leurs sympathies que celle des Agnès sexagénaires et des Célimènesen ruine? Néanmoins, ce n'est pas sans quelque peine, dit-on, que l'on est parvenu à s'assu- rer leur concours entier pour celte bonne œuvre. Aucune d'elles ne refuse son obole an malheur, mais on obtient difh- cileinenl leur pré.'Cnce ; tant d'hommages qui les attendent u'exercenlsurleiircœur aucune séduction,el un très- petit nom- bre d'entre elles consenteiil ordinairement à venir recueillir le bénéfice de leur bonne action. Il est vrai que, et lie année en- core, toutes sortes de soins réclamaient ailleurs la présence de la phipait de ces dames, et motivaient un refus qu'on ne sau- rait imputer à leur manque d'humanité et encore moins d'esprit de corps. Qm ne sait qu'Hermione et Clarisse vont se marier, qu'ElianteelDorine font leurs malles pour Albion, ensuite, Gi.-elle ne danse qu'à l'Opéra, etia masse dis Agnès el des Frélillon ne danse pas du tout... par ordre. Heureuse- ment la diplomatie de M. le baron Taylor s'est mise à temps en campagne, et nous nous sommes convaincu l'autre soir que l'éloquence de ce saint Vincent de Paul des comédiens avait vaincu les scrupules des plus récalcitrantes. La réunion, a élé charmante, grâce à leur concours actif, et tout le inonde y a gagné.
Les comédiens et les comédiennes, c'est une transition toute trouvée pour vous parler de ce qui s'est passé au théâ- tre. Le Vaudeville nous a offert une assez grande nouveauté,, la comédie envers, et une intention de satire contre la col- laboration et les collaborateurs. L'exploitation du talent par le savoir-faire ; la verve, l'esprit, le style, l'art enlin, mis en coupe réglée par l'industrialisme liiléraire, tel est l'abus au- quel s'en prend un jeune auteur, et le faulônie qu'il pour- chasse et qu'il pourfend de son mieux. A vrai dire, la colla- boration, ainsi qui^ rcnlend M. Jousserandot, el .sou- les traits qu'il lui prêle, n'existe pas. Tonte œuvre collective qui n'est pas anonyme, porte toujours en réalité le nom de son véri- table auteur. Tel écrivain peut, comme Briarée, s'aider de cent bras pour recueillir les matériaux de son œuvre el en établir les assises, mais il n'y a qu'une exécution comme il n'y a qu'une pensée. Des exemples contraires, si toutefois il en est qu'on puisse citer, seraient très-rares, et l'exception ne compte jamais comme Irait de mœurs. Ce n'est pas que la collaboration ne puisse offrir son côté coii/ique; il ne s'agi- rait pour cela que de changer les termes de la question et de déolater les r'ôles : a'ors le personnage ridicule noiissein- blerailêlre celui des collaborateurs en sousordrequi s'attri- buerait exclusivement l'honneur de l'ouvrage, el s'en donne- rait les gants ; y'mUe histoire d'ailleurs et vieux sujet de comédie donl La Fontaine a tiré parti : le Geai paré des plu- mes du Paon. Du moment que l'auteur des CoUabm-aleurs tournait ainsi le dos à la vérité d'observation el de mœurs, il était e\piisi', pour être piquant el gai, à tomber dans la sa- tire directe c-l ralliisinii, mais c'est un reproche que la cri- tique ne saurait lui faire: son Florensac , le manufacluiier universel, qui entreprend toute espèce de fourniture, roman, drame, vaudeville, histoire, au plus juste prix, est le signa- lement non plus que la caricature de personne : c'est un bon enfaiil, ni trop .aniteux, ni trop avide, que ses collaborateurs jou»nt par dessous jambe el à qui ils escamotent, sans qu'il s'en fâche le moins du monde, une femme, une dot, et les trois quarts de sa gloire. Assurément, comme peinture con- temiioraine, voilà de l'imprévu. Du reste, celle jaserie, Irès- agréablement rimée, a été fort bien accueillie par le public; on ne saurait mieux prendre son plaisir en patience.
La Fièvre brûlante, du Palais-Royal, c'est Ravel, et peut- être, n'en devrions- nous pas dire davantage : comment ana- lyser une folie, cl disséquer une charge? Ravel vous repré- sente l'ammireux des onze mille vierges, aussi timi-fe qu'il est amoureux. Au frôlement d'une rolie, le sang lui monte au vi-age; à l'aspect d'une femme, il entre en faiblesse, il a chaud, il a froid, il a la lièvre, une lièvre brûlante! Dans cet él.it peu normal, Ravel poursuit de ses déclaïalions entor- tillées une dame de charité qui lui répond : « Passez votre fhemin, jeune bon me, j'fi mes pauvres. » Pendant la c n- versation, il a cassé un carreau et une chcise, simple pr< bnle aux tentatives les p'iis criminelles Dans son délite, il se tire nu coup de pistolet et hii-e une glace; après cette belle équipée, il court >e réfuj-ier dans un bal où il retrouve la dame de ses pensées en compagnie d'un coufile affn ux , sexatiénaire el Irinseovile. Notre fou, prenant ce M. Rinar- didl p'iur le mari île si belle, ,'e livre derechef aux exirava» g-inies les plus déplorahbs ; il fail sauter tous les boiicli' ns, il boit dans (ous les v. rres, il eml ras>e toutes les lèmines ; pui*, ciinfusde tjnt d'excès, il se préiipi'e têt', baissée par la fenêtre, (t s'en va tomber dans un tombereau de fumier. Au Iroi iènie acte enlin, car celle Fièvre brûlante se divise en Iroi- accès, le m ridiimal se jette dans de louvelles aven- tures; travesti en gari on de café, il levoil >a belle à l'Opéia- Comique, el, dans le biitdéloii.'ner le Benardi ff. il simule un affiuix gro:;nrnienl qui soulève le parterre el lui [nocure un speack éboiirillant de Grasset Tout cela n'a pas le sens commun ; mais ce dialogue miaulé, toussé, rugi, grogné, n'en
•:o
L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.
produit que plus d'eiïet; c'est un de ces rires diaboliques dont on a honte, dont on pleu- re, et qui ne laisse pas le temps de se reconnaître.
Après celte folie, aurons- nous le courage devons entre- tenir d'un mélodrame bien long, bien noir, très-compli- qué, très-peuplé et Irès-bavard de M. Boucbardy? Après Gas- jmnlo le Pi<cheur et Lazare le Pâtre, voici donc venir Ber(ram le Matelot. M. Boucbardy s'en- tend à la conleclion de son ti- tre, il rédige parfaitement son enseigne ; c'est un grand pein- tre... d'enseignes. Maiss'il varie les professions de ses héros, les actions qu'il leur attribue sont toujours les mêmes. Sonneur, pâtre, pêcheur ou matelot, il leur taille à tous le même ha- bit, il les affuble des mêmes sentiments , il leur prêle le même langage, il les précipite dans le même et inextricable enchaînement de crimes, d'hor- reurs, de tumulte, de mystères épouvantables et d'explications verbeuses ; ce sont encore et toujours les mêmes monstres bavards que nous connaissons de longue date. Un certain lord Amorny, insigne vaurien, s'est substitué au bourreau de la ville d'Edimbourg afin de se donner l'alîreux plaisir, — com- me le Mordaunt des Mousque- taires, — de faire tomber une tête royale sous le couteau, celle de Marie Stuart. Depuis celte sanglante tragédie, le fils du bourreau a changé son nom de Maxwell contre celui de Waiion. Il s'est marié de la ■mavKjnuchr avec une jeune rdletrès-désireuse de l'autre union, et à laquelle il cache le vrai motif de son refus obstiné : et non-seulement ce digne VVarton ou Beriram dissimule son origine et sa position à tout le monde, mais à plus forte raison au petit Georges, son en- fant et l'enfant de Marianne, jusqu'au mo- ment où le marmot, devenu un très-beau et très-brave capitaine de la marine royale, dé- couvre tout le mystère de cette généalogie. Georges Warton n'est pas le fils de Maxwell, il n'y a rien de commun entre 4a liiçnée du bourreau'et la sienne, car il est le dernier représentant et héritier de la grande famille des Hamilton. C'est ce qui résulte de la décla-