.m .co co "co "m "to M*^T> *** ^ ■ ' Il *J i 51"* w*5? (# ^^kf ^^^ ^-.*Jk ■ w # Nr ■ ■>■ ,V|<^»' .si > *l«r% * -*V> y£\' fr%* ■k . V. m >*** y j T^*' MIMES FRANÇAIS DU XIIIe SIÈCLE DONATION ALPHONSE PEYRAT Ce volume a été publié avec l'aide du Jonds spécial mis à la dispo- sition du Collège de France par Madame la Marquise Arconati Visconti en mémoire de son père Alphonse Peyrat. ABBEVILLE. — IMPRIMERIE F. PA.ILLARI y W*]/ N (textes, notices et glossaire) THÈSE COMPLÉMENTAIRE Pour le Doctorat es lettres Présentée à la Faculté des Lettres de l'Université de Paris Edmond FARAL Ancien élève de l'École Normale et de l'École des Hautes Études Professeur agrégé de l'Université I SMS VS PARIS (VIe) LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR 5, Quai Malacruais 1910 ^3 / A M. Mario ROQUES, DIRECTEUR-ADJOINT A L'ÉCOLE DES HAUTES-ÉTDDES, Hommage affectueux et reconnaissant. AVANT-PROPOS Les pièces que nous avons réunies ici ne sont pas inédites : presque toutes même ont été publiées plusieurs fois. Pourtant, nous n'en avons pas de texte irréprochable. Celui que Jubinal a donné du Privilège aux Bretons et de la Paix aux Anglais est fort sujet à la critique du double point de vue de l'exactitude et de la clarté * ; celui que Bartsch a donné des Deux bourde urs ribauds a le tort de ne pas être établi sur tous les manuscrits connus et de ne pas offrir toutes les versions du poème2; celui que Kressner a donné de YHerberie de Rutebeuf, à peu près satisfaisant, a le défaut d'être imprimé isolément 3 : Jubi- nal ajustement rapproché de cette Herberie un boniment en prose et un boniment en vers, qui se rapportent au même sujet : mais son édition de ces deux derniers mor- ceaux est établie d'une façon très défectueuse4. — Indé- pendamment des questions relatives au texte, les pièces que nous venons de mentionner en soulèvent un certain i. \. Jubinal, Jongleurs et trouvères, p. 52 ss., p. 170 ss. 2. Bartsch, Langue et Littérature, col. 609 (pièces I cl II). 3 Œuvres de Rutebeuf, cd. Kressner, p. n.">. 4. Œuvres de liutebruf. éd. Jubinal, in-ia, t. III, p. 183. VIII AVANT-PROPOS nombre d'autres qui n'ont pas été examinées avec toute la précision désirable. Elles concernent autant les sujets eux-mêmes pris dans leur ensemble que l'interprétation de détail, la langue et le vocabulaire. Pour ces différentes raisons, on peut penser qu'une édition isolée ou du Privilège aux Bretons, ou de la Paix aux Anglais, ou de YHerberie, ou des Deux bourdeurs ribauds, ne serait pas tout à fait inutile, si elle comportait un texte sévèrement établi, un groupement complet des œuvres se rattachant à un même sujet, la mention des faits histo- riques ou autres capables d'en éclairer la lecture, et un glossaire suffisamment explicatif. Nous entreprenons cette édition. Mais, n'osant pro- mettre satisfaction sur tous les points que nous avons énumérés, nous voudrions surtout poser un problème d'interprétation littéraire et tâcher de déterminer la signi- fication de pièces, qui ont été groupées ici autrement que par un simple caprice. * * # Un érudit français, M. Emile Picot, a signalé depuis longtemps déjà la vogue qu'eut au xve siècle une forme d'art curieuse, qu'il a appelée le monologue dramatique. Un monologue dramatique est une sorte de pièce de théâtre, pourvue d'une action, mais conçue sur un plan restreint, et ne comprenant qu'une scène à un seul per- sonnage. Toutefois, il arriva que « pour introduire quelque variété dans les monologues, les joueurs de farces imagi- nèrent des monologues à deux personnages, dans lesquels les interruptions d'un second acteur formaient les élé- AVANT-PROPOS IX ments du comique, ou des dialogues à un seul person- nage dans lesquels le même acteur se répondait à lui-même en changeant sa voix et son visage ». Si bien qu'il existe des monologues simples, et, si on peut dire, des monologues dialogues, dont M. Picot a dressé un savant catalogue '. Un farceur du xve siècle, qui s'y est exercé et qui a jugé à propos d'en entretenir le public, nous a laissé sur ce genre quelques renseignements précieux. C'est un certain Verconus, à la fois auteur et acteur, qui avait écrit et qui jouait une pièce singulière, sorte de débat, où deux avo- cats plaidaient devant un juge pour et contre les femmes. Ce Verconus, ayant muni son œuvre d'un prologue, fait l'éloge de son talent mimique. Il explique comment il excelle à contrefaire toutes sortes de types, et, à l'occasion, plusieurs simultanément, inscrivant à son répertoire aussi bien le monologue dialogué que le monologue simple. Il énumère d'abord quelques-uns des rôles qu'il a appris à tenir : Se j'ay de fleurs un boucquelet, Frisquandinement sur ma teste, Je contrefais le nouvellet, Aussi gay que ung homme de feste. Se j'ay, en bragardant tout beau, Dessus le poing aucun oyseau, Soit ung terselet ou lasnier, Je suis gentilhomme nouveau : Onque on ne veit tel faulconnier. i. Voy. E. Picot, Le monologue dramatique (Romama, t. \Y, p. 358 ss. ; t. XVI, p. 438 ss. ; t. XVII, p. 207 ss.). X AVANT-PROPOS Se je trouve une mignonne A deviser, je m'abandonne Luy monstrer une gorge ou deux, Puis, s'elle en veult, je luy en donne : Je contrefais de l'amoureux. Se j'ay ung chaperon a fol Passé au travers de mon col. Je contrefais le bien disant, Abondant a menuz flajolz : One on n'en veit de si plaisant. Se j'ay un chaperon de dueil, Je me tourmente a moy tout seul, Je pleure et me tourmente assez, En souspirant la lerme a l'œil, Ainsi que amys des trespassez. Se j'ay une chappe a docteur, Je contrefays de l'orateur, Et semble a veoir a ma faconde Ung très noble prédicateur, Estre le plus grant clerc du monde. Somme, c'est une mer parfonde : De mon cas je sçay faire tout... Puis, s'élevant à des exercices plus difficiles, il promet de représenter à lui seul une pièce entière, qui est préci- ment Le bien et le mal dit des dames, et où il tiendra à la fois les trois rôles des deux avocats et du juge : Nous faindrons cy deux Advocatz Et un Juge premièrement Par fourme de procédement, AVANT-PROPOS XI Dont l'ung des Advocatz sera Mal-Embouché qui playdera Le mal qu'i scet aux dames estre, Et l'autre de la partie dextre Sera nommé Gentil-Couraige, Deffendeur a leur advantaige, Qui soustiendra de grantz biens d'elles. Mais il y a bien des nouvelles, Car vécy la chaire et refuge Ou se soirra Monsieur le Juge, Lequel premièrement joueray ; Et puis après je parferay Par ordre chascun personnaige, Mal-Embouché, Gentil-Courage, Comme vous verres aux pourchatz1. La lecture des pièces rassemblées par M. Picot et celle du prologue de Yerconus donnent l'idée d'un genre litté- raire très particulier, qui prend place entre le genre nar- ratif et le genre proprement dramatique, participant à la fois de l'un et de l'autre, mais, au total, vraiment indé- pendant, vraiment original. Le monologue dramatique, qui fleurit en pièces abon- dantes pendant le xve siècle, était-il déjà ancien à cette époque? Il semble qu'on puisse l'affirmer, puisque M. Picot mentionne dans son catalogue des poèmes datés i. ^ oy. cette pièce dans Montaiglon et Rotschild, Anciennes poésies françaises, t. XI, p. 176. XII AVANT-PROPOS du xiiic siècle4. Mais il n'en cite qu'un nombre infime, et on est en droit d'en conclure ou que le genre n'avait été jusque-là que froidement accueilli, ou que, d'oeuvres nombreuses, quelques-unes seulement seraient parvenues jusqu'à nous. C'est cette dernière hypothèse qui est la plus autorisée. Plusieurs textes du xin° siècle, en effet, et même de plus anciens, semblent bien attester déjà alors l'existence d'une habileté dramatique très semblable à celle de Verconus. Une épitapbe latine, écrite par le mime Vitalis à sa propre mémoire, nous apprend que Verconus n'était pas sans ancêtres. Il n'est pas possible de dire exactement à quelle date vivait Vitalis : les critiques le situent entre le ixe et le xmc siècle, variant beaucoup dans leurs approxi- mations. Mais, à quelque époque qu'il faille le placer, dans les limites indiquées, son exemple n'en est pas moins intéressant pour l'histoire de l'art qui nous occupe. Vita- lis amusait ses contemporains par ses « transformations », et c'est pourquoi il se vante, dans sa confession funèbre, que sa mort a été celle d'innombrables individus, c'est-à- dire de tous ceux qu'il avait animés : 21 Ergo quot in nostro videbantur corpore forma?. Tôt mecum raptos abstulit atra dies. Il représentait des personnages de toute espèce, hommes et femmes, comme il prend soin de le rappeler : 19 0 quoties imita ta meo se femina gestu Vidit et erubuit totaque mota fuit! 1. Voy. Romania, t. XVI, p. £92 ss. AVANT-PROPOS XIII Et il y avait dans son geste une telle variété, dans sa voix une telle souplesse, qu'il pouvait remplir à lui seul plusieurs rôles simultanément, sans qu'on soupçonnât l'artifice : i5 Fingebam vultus, habitus ac verba loquentum, Ut plures uno crederes ore loqui *. Le costume, le geste, la voix, tel a toujours été le triple objet et le triple moyen de l'imitation dramatique. Il serait oiseux de s'attarder à montrer qu'au xme siècle comme à toutes les époques on savait user du déguisement et que tout bon acteur soignait ses attitudes. Mais on considérera avec intérêt l'importance qu'on attachait alors à l'art de la voix, et les textes qui y sont relatifs, prouvent que le mime à plusieurs personnages joué par un acteur unique était un genre classé. Geoffroy de Vinsauf explique avec détail dans sa Poetria Nova de quelle façon il convient de gouverner sa voix lorsqu'on lit une pièce 2 ; Jean Balbi de Gênes considère comme le devoir essentiel d'un acteur de savoir changer sa voix selon les personnages qu'il repré- sente 3 ; et voici un passage bien curieux de 1' « argu- gument » du Babio : « Introducit auclor quinque princi- pales personas, quaeque loquens ad se invicem, ut coram videretur sermo haberi tanquam a praesentibus, et ne ambiguitas haberetur, quae persona cui loquitur4. » Grâce i. Ce texte a été publié par Riese, Anthologia Latina, t. II. p. i^3. Voy., parmi d'autres, le commentaire de W. Cloetta, Beitrâge zur I AU eraturyeschichte des Miitclalters und Renaissance, I, p. 72 ss. 2. Vers 2024 ss. (Leyser, Historia poetarum medii œvi). 3. Catholicon, au mot persona. 4. Voy. Chassang, Des essais dramatiques imités de l'antiquité, p. i23. Le passage cité du Babio n'est pas une preuve directe de ce XIV AVANT-PROPOS à d'habiles inflexions de voix, un même acteur pouvait donc, nous apprennent les contemporains, jouer à lui seul des pièces compliquées et où se mouvaient des per- sonnages nombreux. Ainsi, à en juger par ces quelques témoignages, le monologue dramatique, dont M. Picot a pu réunir de très nombreux exemples pour le xve siècle, était déjà ancien à cette époque. Il reste à savoir si nous n'avons pas conservé, pour le même temps, des pièces qui appar- tiennent à ce genre. Nous le croyons. Nous croyons qu'il faut considérer comme telles la Passion d'Autun, V Enfant et l'Aveugle, et Courtois d'Arras ; et nous faisons aussi entrer dans la même catégorie les quatre poèmes qui font l'objet de la présente édition1. Nous ne donnons le texte ni de la Passion -, que M. Roy a étudiée avec une grande sagacité ; ni celui de Y Aveugle et l'Enfant2, dont personne n'a jamais méconnu le carac- tère dramatique; ni celui de Courtois d'Arras *, que j'ai que nous avançons ; mais il atteste, en recommandant d'employer plusieurs personnes, que l'usage était conti-aire, et que 1' « auctor » pouvait se passer du concours de n'importe qui. i. M. Picot a signalé, sous le titre de l'Homme qui sait tout faire, un poème provençal du xin' siècle, de Raimond d'Avignon, qui présente les caractères du monologue dramatique (voy. Romania, t. XVI, p. 496). Nous ne tenons compte ici que des œuvres en langue d'oïl. 2. Voy. É. Roy, Le Mystère de la Passion en France du xive au xvr' siècle, p. 4o* (Revue bourguignonne de l'Enseignement, igo3). 3. Publié par P. Meyer (Jahrbùcher fur rom. und engl. Literalur, t. VI, p. i63). 4. Voy. Bibliothèque de la Faculté des lettres de Paris, igo5, n° 20, p. i63 ss. AVANT-PROPOS XV déjà essayé de situer littérairement. Nous remarquerons toutefois que, si YHerberie et les Deux bourdeurs ribaads appartiennent au genre du monologue simple, il est bien difficile de distinguer de Courtois, par exemple, des poèmes dialogues à la façon de la Paix aux Anglais ou de la première partie du Privilège aux Bretons. Nous appelons cet ensemble de pièces des mimes, d'un nom qu'il est difficile de définir dans sa généralité en raison des objets divers qu'il sert à désigner. On l'a appli- qué à des danses, où, au moyen de gestes rythmés, on exprime des sentiments et on explique le développement d'une action. On l'a appliqué à des scènes du même genre, mais où le geste était affranchi de la cadence. Il s'agit ici du mime littéraire. Le mime littéraire appartient au théâtre. Il se distingue du drame proprement dit moins par la nature des sujets que par la façon de les traiter et de les représenter. Son objet est l'imitation de la réalité parle geste et par la voix, sans recours aux procédés d'une mise en scène complète et régulière. On verra comment chacun de nos poèmes répond à cette définition. LE PRIVILÈGE AUX BRETONS INTRODUCTION Nous imprimons, sous ce titre unique, deux pièces ' , que nous avons distinguées en les numérotant I et II. — A la vérité, le manuscrit qui les a conservées (Bibl. Nat., fr. 837, f6 190), ne fait pas cette distinction : il les donne à la suite l'une de l'autre, immédiatement, sans insérer pour la seconde de rubrique spéciale. C'est qu'en effet, comme on le verra plus loin, elles traitent, selon les mêmes procédés mimiques et en présentant les mêmes personnages, deux sujets tout à fait voisins et qui se font logiquement suite. En outre, elles se ressemblent singu- lièrement par l'esprit et le style, au point qu'il faut sans doute les attribuer à un même auteur. — Mais, ces obser- vations faites, il faut remarquer aussi que les deux poèmes sont de structure métrique tout à fait différente2, et que 1. Éditées déjà par Jubinal, Jongleurs et trouvères, p. 02 ss. 2. La pièce I est écrite en strophes monorimes de quatre vers dodé- casyllabiques. Deux de ces strophes (v. 37 ss. et v. 65 ss.) ont cinq vers. Je ne pense pas qu'il faille y voir la preuve que le poème est altéré, mais simplement le signe que l'auteur n'attachait pas une extrême importance au détail de la versification. — La pièce II est d'une structure métrique compliquée. Elle est écrite en vers de huit et de quatre syllabes (ces derniers beaucoup moins nombreux) qui se mêlent d'une façon tout à fait irrégulière. Toutefois, les vers de quatre syllabes sont toujours isolés (une exception au vers 20). La [\ LE PRIVILÈGE AUX BRETONS l'action, engagée dans le premier et poursuivie dans le second, subit, précisément au point où la versification change, un arrêt, une interruption, dont il est impossible de ne pas tenir compte. Aussi considérons-nous que nous avons affaire à deux scènes, qui se rapportent à une même donnée, mais qu'il faut néanmoins distinguer entre elles. I La première est vraisemblablement une œuvre pari- sienne1. La date s'en laisse assez facilement déterminer, au moins d'une façon approximative. Déjà l'âge du manus- crit ne permet pas qu'elle soit postérieure au xme siècle, et l'état de la langue prouve qu'elle n'est pas antérieure à ce même siècle. Mais nous pouvons préciser. L'action se passe, en effet, devant le tribunal d'un roi de France, qui n'est pas nommé, mais dont l'aïeul (v. 76) s'appelle Philippe (v. 69). Ce Philippe ne saurait être que Philippe Auguste, et son petit-fils est Louis IX, sous le règne duquel il faut placer la composition du poème. Sous ce règne, et, plus précisément encore, au commencement de ce règne, au moment où le roi, devenu majeur, gouverne cepen- dant avec le conseil de sa mère. Ainsi s'explique que, au début de son rôle, le Breton Yvon appelle la bénédiction de Dieu à la fois sur le roi et sur la « roïn greignor » (v. 2). La reine est représentée comme prenant à l'admi- riine, plate, groupe les vers par deux, par trois, par quatre, par cinq, par six. 11 est remarquable que les vers de quatre syllabes introduisent toujours une rime nouvelle. 1. Elle ne pouvait guère intéresser que des Parisiens, et l'allusion du vers 68 à Saint-Germain-des-Prés est peut-être un indice. LE PRIVILEGE AUX BRETONS t> nistration de son fils une part importante, et c'est sur son intervention que les Bretons sont censés voir confir- mer leur privilège. Il résulte de là que la pièce a dû être écrite entre les années 1286 et 1262, qui sont, l'une, celle où Louis IX est proclamé majeur, l'autre, celle où meurt Blanche de Castille, mère de ce prince. Il est naturel, d'ailleurs, qu'on songe à un moment plus voisin de 1236 que de 1202 ; car c'est surtout au début du règne de son fils que la reine mère exerça son influence1. La donnée mise ici en œuvre est, par elle-même, assez bouffonne. Un Breton, nommé Yvon, qui coupait du genêt dans la forêt pour en faire des balais, a été malmené, ainsi qu'un de ses cousins, par un sergent forestier. Il va se plaindre au roi de France et proteste que son droit a été violé : car les Bretons ont obtenu anciennement du roi Philippe le privilège de couper les genêts. Et le roi actuel, devant qui il porte ses doléances, confirme, sur les instances de sa mère, le décret de son grand-père Philippe-. Nous concevons qu'un tel sujet, encore amusant à notre goût, ait pu égayer les contemporains. Mais il nous est difficile d'estimer le rapport qu'il y avait de cette satire bretonne à la réalité. Si les Bretons étaient surtout, à Paris. 1. Selon l'Histoire littéraire de la France (t. XXIII, p. 423 ss.), le Privilège aurait été composé vers 1204. Il se rapporterait aux traités conclus par les rois de France, surtout Philippe-Auguste et Louis IX, avec les comtes de Bretagne, plus précisément à celui que Louis IX passa dès ia34 avec Pierre Mauclerc, vassal redoutable; et il serait une moquerie à l'égard des Bretons, parce qu'ils n'auraient obtenu alors que des avantages dérisoires. 2. Le morceau est presque entièrement dialogué et a un air de drame. Mais quelques formules narratives, telles que Breloni loqui- tur (v. 35), Dist li rois (v. 66), etc., prouvent, comme il était d'ail- leurs facile de le prévoir, qu'il n'était pas joué par plusieurs acteurs, mais par un seul. 2 6 LE PRIVILÈGE AUX BRETONS des fabricants de balais, — s'ils étaient réputés pour leur âpreté à défendre leurs intérêts, même les moindres, — s'ils étaient d'une ignorance orgueilleuse (v. 67 ss.), — s'ils avaient déjà un sens très développé de la généalogie et s'ils se trouvaient tous cousins entre eux, — je n'en ai pas trouvé de mention ailleurs1. Pour ce qui concerne la forme proprement dite du poème, nous savons un peu mieux comment les vrais Bretons avaient accoutumé de parler le français. A nous i. Il semble toutefois qu'ils n'aient pas été très sympathiques. On en peut juger par les propos d'un jongleur, qui, louant la généro- sité des boulangers, admire qu'elle aille jusqu'aux Anglais et aux Bretons (voy. Jubinal, Jongleurs et trouvères, p. 1A1): Et li Englès et li Breton N'i a celui n'en ait son don. Il devait y avoir à Paris, à la date où fut composé notre poème, une colonie de Bretons ; mais on ne peut pas tirer du texte d'indica- tion certaine sur le quartier qu'elle occupait. Il existait sur la rive droite de la Seine, au xmc siècle, un emplacement nommé le Champ- aux-Bretons (voy. Legrand, Paris en 1380, p. 56, n. 1), où passait la rue de Lagny ou de la Grande-Bretonnerie (voy. F. et L. Lazare, Dic- tionnaire des rues de Paris, p. 168). Je note en outre qu'il existait là une rue des Balays, mentionnée en i4o,5, et qui allait de la rue du Roi-de-Sicile à la rue Saint- Antoine. — Sur la rive gauche, se trouvait une rue de la Grande-Bretonnerie, appelée aussi Ancienne- Br étonner ie, rue aux Bretons et rue du Puits (Topographie historique du vieux Paris, Région centrale de l'Université, p. 31, dans l'Histoire générale de Paris). Elle tirait son nom du fief de la Brelonnerie, ainsi que la rue de la Petite-Bretonnerie, qui en était toute voisine. Elle était proche de la porte Saint-Jacques. Si c'est dans ce quartier que l'auteur de notre poème cantonnait les Bretons, la « maison bastilliée » dont il parle (II, i3) pourrait être une maison fortifiée située près de la porte Saint-Jacques. On s'expliquerait aussi (II, 53) la mention d'un puits situé devant la maison de Dam Maurice. La rue Saint-Hilaire (H, 12 Saint-Tillié ?) qui coupait la rue des Carmes, se trouvait dans le même quartier (voy. ouvrage cité, p. 335); mais je n'y trouve pas de rue Saint-Pierre (II, 12 Sainl-Pié?). La rue de Glatignies (II, 5i) était dans l'île de la Cité ; et en parlant des « voisins de la rue de Glati- gnies » l'auteur a négligé d'être exact, pour faire une plaisanterie. LE PRIVILEGE AUX BRETONS 7 en tenir à celles de notre pièce, nous notons que les incorrections de leur langage tiennent à des particula- rités à peu près constantes : confusion de Ye et de l'i* ; des toniques -ié et -é, -ier et -er2; apocope de Ye3 ; confu- sion, à l'initiale, entre a et e devant s -t-co/zs.4 ; passage, à la finale, de g à eh5 ; point de déclinaison ; fautes de genre6; fautes d'accord7; fautes de conjugaison8; confusion de personnes 9, de temps10, de modes11: abus de Yi pléonastique12. 1. J'ai cru devoir relever ici non seulement les particularités de langue que la rime et le mètre permettaient d'imputer certainement à l'auteur, mais aussi celles qui, indiquées par la seule graphie, sont néanmoins trop singulières pour être attribuées à la pure fantaisie du scribe. Il est évident que celui-ci s'est attaché à noter les fautes de prononciation qu'il convenait de faire en lisant la pièce, si on dési- rait lui conserver son caractère : i pour e : 25 Dinis ; 26 dirais ; 27 divis ; 28, 75 chimis ; 42 chivaler. — e pour i : 72 conferm ; 67, 69 Phelip. 2. -ié pour -é : 68 Prie:. er pour -ier : 42 chivaler ; 44 soler ; — -ier pour -er : 67 parlier ; etc. 3. 1 Frans, compaingni, tout; 2 roïn, beneï ; 3 chevaleri ; 4 mena, mi; 5 frer ; 7 Bretaing ; 8, 17 semaïns; 10 chos, fer, gest; 11 charest, best ; 12 test ; etc. On peut dire que l'apocope de Ye est la règle. 4. 22 asper ; 23 apaule. 5. Rimes des vers 12-16. 6. 1 la roi ; 5 ma frer ; 6 ma pain ; 9, 17, 21 la bois ; 9, i5 la genest ; i3 son best ; 18 la fis ; 19 mon çainlur ; 22 la forestier ; 23 mon test ; 20 mon sarp ; etc. Les exemples se trouvent à chaque vers. 7. 19 ma mains; 68 Vefbeneoit; etc. 8. C'est-à-dire confusion entre deux conjugaisons voisines : 12 louez (lier) ; 27 bâtez (battre) ; 28 tola (tolutj ; 29 render (rendre) ; 68 bis loliez (loin) ; etc. 9. 9, i-G'i alez ; 11 fa ; 12 G'i louez; 16 sont (est) ; 29 fet (fez) ; 43 vont (va) ; 76 tu l'entendez ; etc. 10. 12 porte (portais) ; 25 toloit (tolut); 5g fier (ferit) ; etc. 1 1. i3 prenez (prendre) ; 22 truej (trouvé); 29 mant (mande) ; 2$ fet (fasse) ; 47 aler (allait) ; 52 porter (portait) ; etc. 12. 9, 17 G'i alez; 10 Autre chos n'isaifer; 12 G'i louez; 3i Genlis hom ni doit mi. 8 LE PRIVILEGE AUX BRETONS Il apparaît, à ces quelques observations, que le langage prêté aux Bretons est déformé non pas au hasard, mais selon des procédés assez bien déterminés, et qui répon- dent, en gros, aux renseignements qu'on a sur la façon dont les Bretons parlaient le français4. Nous devons, en terminant, signaler le grand nombre des noms propres dont la pièce est semée et qui lui donnent, ou contribuent à lui donner, sa couleur bretonne. Au reste, tous ne produisent pas cet effet de la même manière. Pour ce qui est des noms de personnes, il y en a qui, d'usage courant parmi les Français, deviennent comiques par la déformation qu'ils subissent : ainsi 25 Diras, 67, 69 Phelip, altérés par confusion entre e et i à l'initiale (voy. p. 7 n. 1). Il y en a d'autres, qui, bien que portés aussi par des Français, étaient particulièrement répandus en Bretagne: ainsi 8 Johan ; ^9 Hariot (remar- quable parce que le radical Har- y remplace le radical français Henr-, comme sur tout le domaine anglo-nor- mand). Enfin, les plus nombreux sont proprement bre- tons : ainsi 3 Yvon ; 18, 27 Guingan ; 3o Baduot, Madugant; 1. M. Richard Reis a consacra à la langue du Livre du bon Jean de Guillaume de Saint-André (xiV sièclej une étude, où il mentionne, à l'occasion de son texte, les traits qui lui paraissent (comme, en partie, aux critiques qui ont examiné des textes de môme prove- nance) caractériser le parler breton (Romanlsche Forschungen, 1905, t. XIX, p. 76 ss.). Il relève, dans le livre de Guillaume, « l'élision de Ye final, même devant les consonnes » (p. 84 ss.), la confusion de Ye et l'i protoniques (p. 90), les fautes de déclinaison (p. 128) et de conjugaison (p. ia5). Ces particularités ne sont pas propres au breton (voy. plus loin, la Paix aux Anglais, p. 35 ss.). Mais c'est déjà quelque chose de pouvoir dire qu'elles se rencontraient dans ce dialecte. Dans le texte du Privilège, seule la substitution delà finale -ach à la finale -âge (v. i3-i5) parait exclusivement bretonne. Au fond, on voit que l'analyse des procédés linguistiques employés par l'au- teur de ce poème pour « faire du breton » tient en peu de lignes. LE PRIVILEGE AUX BRETONS 9 4o Guillo; /ji Tronio ; 45 Loquiaus; 65 Riolen; 66 Mornesi. Pour ce qui est des noms de lieu, on peut remarquer l'apocope de Ye dans Bretaing (v. 7), et le calembour de Saint-Germain-des-Priez (v. 67). J'avoue n'avoir pu iden- tifier ceux de : 42 Plegalo (Pleucadeuc ?) ; 47 Chariaus ; 49 Marier; 5o Margier ; 53 San-Giron (SaiiU-Chéron?). II La seconde scène du Privilège aux Bretons a sans doute la même origine que la première, c'est-à-dire qu'elle a dû être composée par le même auteur et vers la même date. Du moins peut-on remarquer qu'elle a été destinée, elle aussi, au public parisien j ; qu'il y figure plusieurs des personnages nommés dans l'épisode précédent 2 ; qu'il y réapparaît, enfin, les mêmes traits de satire et les mêmes procédés de déformation linguistique que nous avons indiqués plus haut : tous arguments qui ne sont pas péremptoires, mais qui, étant donné le voisinage des deux scènes dans le manuscrit, acquièrent une certaine force. Nous devons signaler, toutefois, que, outre la différence métrique, les deux scènes en présentent une autre : c'est que la seconde est coupée par des parties narratives beaucoup plus nombreuses et plus longues que la pre- mière ; et de plus, on y remarque, au point de vue de la conduite de l'action, des obscurités, des incohérences, 1. Voy., au vers 36, la mention de l'église Saint-Sulpice, et, au vers 5i, celle de la rue de Glatignies. 2. Yuon I, 5 ; II, 83 ; Johan I, 8 ; II, 72 ; Tronio I, 4i ; II, i38 ; Hariot I, 49 ; II, 4g ; Riolen I, 65 ; II, 90. IO LE PRIVILEGE AUX BRETONS qu'il est difficile de résoudre. Celui qui parle est un Breton et voici ce qu'il raconte : Une « Madam de Sens d'Argen » a adressé à tout son « baronail » un message où elle convoque ses gens pour le lendemain, leur annonçant qu'elle apporte du roi de France le privilège pour les Bretons de faire les balais et de curer les fosses (v. 1-28). Les Bretons jurent que nul ne leur enlèvera le parchemin royal (v. 29-40). Mais à qui en confier la garde ? Dam Maurice convoque ceux de sa famille et ses amis (v. 4i-53), qui décident de remettre le privilège entre ses mains (v. 54-59). Mais Messire Guillaume veut que chacun le détienne à son tour (v. 6o-65). Une altercation s'en suit entre Jacques de Saint Calons, maître Jean, dam Jacques Baduccoem (v. 66-80). La querelle tourne mal, et on se bat, sans qu'il soit possible de distinguer (peut-être est-ce un dessein comique de l'auteur) le parti des combattants (v. 81-96). Maître Maurice intervient et les apaise (v. 97- tii). Il affirme sa résolution de ne pas laisser enlever aux Bretons leur privilège (v. 1 12-120). Maurice, d'ailleurs, est de bonne foi, comme le prouve sa conduite ; car il est allé à Rome obtenir confirmation du privilège (v. 121- 127) ; mais ici la suite des événements devient incohé- rente ; et en effet, dans le récit de la démarche faite auprès du pape, Maurice disparaît et c'est un certain Hardouin qui porte la requête des Bretons (v. 128 ss.). On le voit, il y a dans cette pièce plusieurs obscurités. Mais peut-être apparaissaient-elles moins au spectateur, quand la scène était jouée devant lui par un acteur. Alors, il ne songeait pas à se montrer trop difficile sur la con- duite et le plan de l'œuvre. Il ne cherchait pas trop à com- prendre. Il se contentait du gros rire qui le prenait à voir le mime gesticuler, crier, représenter à lui seul la querelle de dix hommes, éclabousser son public de plaisanteries, LE PRIVILEGE AUX BRETONS I I de calembours, de barbarismes comiques et de noms gro- tesques i. i. Plus encore ici que dans la première scène les noms propres abondent. Ils donnent lieu aux mêmes observations que plus haut (voy. p. 8 s.). Parmi les noms de personnes, les uns se portaient dans l'Ile-de-France, mais étaient très répandus en Bretagne : 35, 4i, etc. Moris ; 47, 82, 89, 107, Daniel; 49 Hario (Henri) ; 60 Gaillaum ; 66, 73, 81, i34 Jctc ; 72 Jehan. Les autres sont spécialement bretons : 3, i34 Bruan, Brian; 29 Trugalet ; 35, 48 Guiomar ; 47 Morveni, 91 Morvenic; 48 Guilgemi; 49 Juquiau ; 73 (?), 137 Bodigant ; 88 Tragel ; 90 Riolan, Hernisiau ; 102 Lagado; i35 Morgain ; i38 Tronio, Morven ; iSq Guigenninc, Contraguel ; i4o Boniquel. — Quant aux noms de lieux, il y en a plusieurs qui ne fournissent pas matière à observa- tions bien importantes : ainsi 17 Frans, 123 Rom, 5i Glatingnis, noms français, où il n'y a guère à relever que l'apocope de l'e. D'autres sont des déformations plaisantes de noms français : ainsi 36 Saint-Souplis, et, probablement tels, 12 Saint-Pié, Saint-Tillié. Les autres sont des noms bretons : 4 Cornuail ; 20 Gaillec ; 20 Champer (Qnimper ?) ; i34 Compalê (Quimperlè ?) ; dont plusieurs sont difficiles à identifier: ainsi 2 Saint Bragen; 46 Galo, Tragel; 66 Saint-Calons. — Il est clair que l'auteur s'est amusé et qu'il a voulu amuser son public en faisant sonner à son oreille une profusion de noms étrangers. LE PRIVILÈGE AUX BRETONS B. N., fr. 837, f° igo'-igi*. [Yvon] Diex gart la roi de Frans et tout sa compaingni, Et la roïn greignor, que Diex la beneï, Et trestout son barnail et sa chevaleri, [\ Et tout sa menu gent, que je ne connois mi. Sir, jou ai non Yvon, et ma frer Rumalan ; Yostre hom sui, et gaaing ma pain a grant ahan. Je me ving de Bretaing bien a passé oit an. 8 N'i a que .III. semains, dénier la saint- Johan, G'i alez a la bois coper de la genest : Autre chos n'i sai fer, ne nus hom de ma gest. N'i a point de charest, ni chevaul, n'autre best : 12 G'i louez ma fessiaus, si porte seur ma test. Traduction. — Il est bien entendu que je donne ici un simple guide et que cette traduction ne prétend pas rendre le texte avec tout son sens . Yvon: Dieu garde le roi de France et toute sa compagnie, — et la reine mère que Dieu la bénisse, — et tous ses barons et cheva- liers, — et toute sa menue gent, que je ne connais pas. Sire, j'ai nom Yvon, et mon frère Rumalan ; — je suis votre homme et je gagne mon pain à grand effort. — Je suis venu de Bretagne il y a bien huit ans. — Il n'y a que trois semaines, avant la Saint-Jean, j'allais au bois couper du genêt : — je ne sais faire autre chose, ni personne de ma famille. — Je n'ai point de charrette, ni de cheval, ni d'autre bête : — je lie mon fagot et le porte sur ma tête. Pour les déformations de mots et autres particularités qui ne seront pas signalées ici, voy. l'Introduction. 14 LE PRIVILEGE AUX BRETONS Je n'alez mi au bois prenez son best sauvach, Ni coper sa gros chens, ni fer autrui domach, Mes coper la gênés : ce est tout mon usach, 16 Et si sont la droitur a trestout mon lingnach. G'i alez a la bois n'i a que .II. semains, Entre moi et Guinguan la fis dame Glegens, La sarp a mon çaintur et mon mouffle en ma mains, 20 Et en ma chaperons .1. maailli de pains. Quant je fu a la bois, et mon buis fu copez, La forestier m'a truef ; si a tret son asper, Et a batu mon test, l'apaule et le coster, 2/4 Si que mes deus semains n'i a jor de santer. Encor me toloit il mon sarp, por saint Dinis, Qui m'i cota enten .1111. sot et dimis ; Et Guigan ma cousin fu bâtez a divis, 28 Et se li tola on sa cot et son chimis. i3. Le ms. donne : Le nalez. Je n'allais pas au bois y prendre les bêtes sauvages, — ni cou- per les gros chênes, ni faire tort à autrui, — mais couper le genêt : c'est ma seule habitude — et c'est le droit de tout mon lignage. J'allais au bois il n'y a que deux semaines, — moi et Guingan le fils de dame Glegens, — la serpe à la ceinture et mes moufles à la main, — et, dans mon chaperon, pour une maille de pain. Une fois au bois, quand mon buis a été coupé, — le forestier m'a trouvé ; il a tiré son épée, — et m'a frappé la tête, l'épaule et le côté, — de telle manière que, plus de deux semaines, je n'ai eu un jour de bonne santé. En outre il m'a enlevé ma serpe, par saint Denis, — qui m'a coûté l'an dernier quatre sous et demi : — et Guingan mon cousin fut battu à souhait, — et on lui enleva sa cotte et sa chemise. 17. Il faut remarquer qu'il a dit plus haut « trois semaines » (v. 8). LE PRIVILEGE AUX BRETONS 10 Biaus sir, porDieu merci, fet nous render nos gach, Ou mant que ta serjant ne nous fet plus outrag. Gentis hom n'i doit mi avoir mauves cora°- 32 Qui tolast aus Bretons ne droitur n'eritag. [Le Roi] Se c'est vostre eritage, je vous plevis et jur Quejane le perdrois, soiez en asseùr ; Et se droit n'i avez, il me seroit trop dur 36 Que je le vous lessaisse. (Bretoni loquitur). [ Yvon] 36a Biaus sir, je vous afi que c'est notre eritag. [Le Roi] Qui set ce ? fet li rois. Avez vos nul garant Par quoi vos le provez ? \Yvon] Oïl, plus de quarant. [Le Roi] Nommez les ! Beau sire, pour la grâce de Dieu, fais-nous rendre nos gages, — ou ordonne que tes sergents ne nous fassent plus d'outrages. — Un gentilhomme ne doit pas avoir assez mauvais cœur — pour enlever aux Bretons leur droit et leur héritage. Le roi: Si c'est votre héritage, je vous promets et jure — que vous ne le perdrez jamais, soyez-en assuré : — et si vous n'y avez droit, il me serait trop dur — de vous le laisser (Il parle au Breton). Yvon: Beau sire, je vous affirme que c'est notre héritage. — Le roi : Qui le sait ? fait le roi. Avez-vous un garant — pour le prouver? Yvon : Oui, plus de quarante. - Le roi : >îommez-les. 33. Le roi et ceux de sa cour parlent, naturellement, un français correct. — 36. Bretoni loquitur, formule narrative qui se rapporterait à ce qui précède, si on considère Bretoni comme un datif. Peut-être faut-il entendre Bretone « il parle en breton », et c'est alors la réponse du Breton qui est annoncée. l6 LE PRIVILÈGE AUX BRETONS [ Yvon] Volontier : Baduot, Madugant, ko Et sa filz dan Guillo. et sa per dan Morant. Connoissc tu bien, sir ? et sa fier Tronic- ? Sa per fu chivaler et sir de Plegalo. Quant il vont a la bois, s'il pluet ou il fet bo, [\k Si portoit il tozjors sa soler a son col. Connoisse tu .1. autre, qui a non dan Loquiaus ? Enten au cuer d'aost, quant il venoit de biaus, Il aler chascun jor en forest de Chariaus, 48 Et porter a son col et genest et fessiaus. Et ma sir Hariot, le provost de Marier ? Il fu cousin germain l'evesque de Margier. Il aloit a la bois, il n'ot c'un avantier, 52 Et porter a son col et genest et feuchier. Yvon: Volontiers : Baduot, Madugant, — et son fils dan Guillot, et son père Morant. Les connais-tu bien, sire ? et sa fille Tronio ? — Son père était chevalier et sire de Plegalo. — Quand il allait au bois, s'il pleuvait ou s'il faisait beau, — il portait toujours ses souliers à son cou. En connais-tu un autre qui a nom dan Loquiaus ? — L'an passé, au cœur d'août, quand il faisait beau, — il allait chaque jour dans la forêt de Chariaus (?), — et portait sur son cou du genêt et des fagots. Et messire Henriot, le prévôt de Marier ? — Il était cousin ger- main de l'évêque de Margier — Il allait au bois ; il n'avait qu'un sabot, — et il portait sur son cou du genêt et de la fougère. LE PRIVILEGE AUX BRETONS 17 La prooir San-Giron disoit qu'en son parrois Il i a bien sinquant qui fesoit les balois, Et portoit chascun jor la gênés de la bois ; 56 Ne nui hom il n'i a qui en fesoit la vois. Mes la bon roi Phelip, cui Diex bon merci faz, N'avoit mi cur que nous de la bois nous en chas Por cueillir la gênés, ne ne fier, ne manas. 60 Diex qui est rois de gluir li en rende la gras ! Encor nous dona il previleg, le bon sir, Que nus hom n'a pooir nostre usag contredir. Vez ci le previleg : se tu veus, fai le lir. 64 Li bibl sont d'un frommag qui est plus jan que cir. [Le Roi, à Riolen] Dist li rois : Riolen, vous meïsmes lisiez, 53. Le ras. porte proir. Le prêtre de Saint-Giron disait que, dans sa paroisse, — il y avait bien cinquante [Bretons] qui faisaient des balais, — et qui portaient chaque jour du genêt des bois ; — et il n'y avait nul homme qui en élevât la voix (s'en plaignit). Mais le bon roi Philippe, à qui Dieu donne sa merci ! — n'avait souci de nous chasser du bois — à cause du genêt que nous cueillions, et il ne nous frappa, ni menaça. — Dieu qui est roi de gloire lui en rende la grâce ! 11 nous donna encore ce privilège, le bon sire, — que nul homme ne pourrait s'opposer à nos habitudes. — Voici le pri- vilège : si tu veux, fais-le lire. — Le livre est d'un (un mot inin- telligible) qui est plus jaune que cire. Le roi dit : Riolen, lisez vous-même, — car vous semblez être 57. Il s'agit de Philippe-Auguste. — 64. Li bibl, c'est-à-dire le par- chemin, frommag me paraît inexplicable. — 65. Le roi s'adresse à Riolen comme si c'était lui qui venait de parler : « vous meismes lisiez ». Pourtant le précédent interlocuteur se nommait Y von (v. 5). 10 LE PRIVILEGE AUX BRETONS Quar bien resamblez cstre bons clers et bien proisiez. [Un Breton] Voire, dist Mornesi, il saura bien parlier ; 68 L'ef beneoit aura de Saint Germain des Priez, Si que mes de cest siècle ne li sera toliez. [Riolen, lisant] « Li rois Phelip de Fran niant a toz sa droitur « Que il dont aus Bretons, ce dist cest escriptur. « La gênés de la bois, l'usach et le droitur, 72 c Et a toz jors conférai, et voit et asegur. « Se nus hom veut aler contre ceslui franchis, « 11 commant que de lui sera fet tel juys, « Que il perdra la cot, la brai et la chimis. » 76 Sir, tu rentende7 bien, que ça lettre devis. bon clerc et fort estimable. — Un Breton : Certes, dit Mornesi, il saura bien parler; — il aura l'eau bénite de Saint-Germain- des-Prés, — sans que jamais, de tout ce siècle, elle ne lui soit enlevée. Riolen : « Le roi Philippe de France fait savoir à tous, — qu'il donne aux Bretons le droit, dit cet écrit, — de se servir du genêt des bois, — et il le confirme et assure à jamais. Si quelqu'un veut aller contre cette franchise, — il commande qu'il soit fait de lui telle justice, — qu'il perde sa cotte, ses braies et sa chemise. » — Sire, vous entendez bien ce que sa lettre prescrit. 68. « Il aura l'eau bénite de Saint-Germain-des-Prés... » C'était aux clercs pauvres qu'on accordait le « bénéfice de l'eau bénite ». c'est-à-dire le privilège rémunérateur d'asperger d'eau bénite les fidèles et leurs maisons. Riolen est si bon clerc, au dire de son ami. qu'il obtiendra le bénéfice en question pour lui seul et pour la vie dans toute la paroisse de Saint-Germain. LE PRIVILÈGE AUX BRETONS 19 [La Reine, au Roi] Biaus filz, se vostre ael, dont dame Diex ait l'ame, Lor dona ceste chose, n'en accueilliez ja blasme. Poi vaut : quitez la leur, getez vos de l'ifame. [Le Roi, à la Reine] 80 Et dont a dit li rois : Je m'i acortbien, dame. C'est voirs que ceste chose ne vaut mie granment : Je leur abandoing bien, et cuit outreement. [Y von, au Roi] Diex, qui fist tout le mont, le gueredon t'en rent, 84 Et t'en croisse ton ter, et t'onor, et ton rent ! 77. Le ms. donne aer, qui serait une forme étrange si elle était employée par la reine. La correction ael, paléographiquement jus- tifiée, me paraît satisfaisante. — 78. Le ms. donne Vos au lieu de Lor. Je ne vois pas qu'il y ait un sens à tirer de ce vers, si on ne se résout pas à le corriger. La reine au roi : Beau fils, si votre aïeul, dont Dieu ait l'àme ! — leur donna ce droit, ne vous faites pas blâmer pour cela. — C'est peu de chose : abandonnez le leur, et ne faites pas mal parler de vous. — Et le roi dit : J'y consens, madame. Il est vrai que cela ne vaut pas grand'chose : — Je le leur aban- donne bien, et le leur laisse sans réserves. — Yvon : Dieu, qui a fait tout le monde, t'en donne récompense, — et accroisse ta terre, ta gloire et tes revenus ! II B. N., fr. 837, f° igi'-f* 191 v° Li madam de Sens d'Àrgen, De la contré de Saint Bragen, Qui fu cousin la cont Bruan De Cornuail, 5 Si salu tout son baronail, Et mandez qu'il venez sanz fail, Demain matin a l'ajornail : « Seignor baron, que Diex vous voi ! Fêtes grande fest et grant joi. 10 Et venez tost a la monjoi, Encontre gié, Par la ru Saint-Pié, Saint-Tillié, Jusque la mcson batillié, Grant joi fesant. i5 J'aport du roi .1. indulgent Madame de Sens d'Àrgen - de la contrée de Saint- Bragen, — qui est cousine du comte Bruan — de Gor- nouailles, — salue tous ses barons, — et leur mande de venir sans faute — le lendemain matin au point du jour : « Seigneurs barons, que Dieu vous conduise ! — faites grande fête et grande joie, — et venez vite en foule — devant moi, — par la rue Saint-Pierre (?) et Saint- Hilaire (?), — jusqu'à la maison fortifiée, — en faisant grande joie. — J'apporte une indulgence du roi — 1. Le vers est faux. Il n'est guère possible de le rétablir sûrement. LE PRIVILEGE AUX BRETONS 21 Qui fus lis ier en audient, Que nus ne puet par toute Frans Le balai fer, Se il ne sont de nostre afer, 20 Ou de Gaillé ou de Champer. Que bien dire os, Encor i a .1. autre chos Dedenz le parchemin enclos : Que nus ne doit ovrerla fos, 25 S'il n'est Bretons. Ce est la som, De par l'apostoire de Rom, Qui grant part de previleg don. » Dans ïrugalet le provoir jur 3o Et la boiel et la froissur, Que ja ne perdront ce droitur Ne ce franchis : Ainçois perdroit brai et chimis, qui fut lue hier eu audience, — [et qui dit] qu'en toute la France nul ne peut — faire de balais, — s'il n'est de notre condition, — ou de Gaillec ou de Quimper. — Et j'ose bien le dire, — il y a encore une autre chose — contenue dans le parchemin : — nul ne doit vider les fosses — s'il n'est Breton. — Voilà le résumé de l'écrit. — au nom du pape de Rome, — qui nous donne un grand privilège. » Dan Trugalet le prêtre jure — par le boyau et la fres- sure — qu'ils ne perdront jamais ce droit — ni cette franchise : — il perdrait plutôt braie et chemise — 27. La lettre est confuse: elle parle d'une « indulgence » du roi (v. i5), et maintenant d'un « privilège » accordé par le pape. L'effet a sans doute été voulu par le poète. 3 2 2 LE PRIVILEGE AUX BRETONS Por la criptur qui la divis. 35 Et Guiomar, la fîlz Moris, De la parrois de Saint-Souplis, Si aficha et si a dis Par son outrag, Que ja nus hom de son linag ko Ne faussera itel usag. Dans Moris, qui resamble mir, Qui a le chicf plus jan que cir, Quant il oï la lettre dir Et la novel, 45 Son cousin déniant et apel Devers Galo, devers Trugel. Et Daniau, et Morveni, Et Guiomar, et Guilgemi. Juquiau et Hario i fu ; 00 Et tuit li voisin de la ru De Glalingnis pour le parchemin qui les fixe. — Et Guiomar, le fils de Maurice, — de la paroisse de Saint-Sulpice, — affirme et dit — avec violence — que jamais personne de son lignage — ne manquera à cet usage. Dam Maurice, qui ressemble à un médecin, — qui a la tête plus jaune que cire, — quand il entendit lire la lettre — et [apprit] la nouvelle, — avertit et appela ses cousins, — depuis Galo, depuis Trugel. — Et Daniel, et Morveni, — et Guiomar, et Guilgemi, — Juquel et Henriot y furent ; — et tous les voisins de la rue — de Glatignies — 5i. La rue de Glatignies était habitée par des femmes de mauvaise vie. Guillot la nomme dans son poème des Rues de Paris, disant quelà ... bonne genl Maignent et dames a cors gent Qui aus hommes, si comme moi semblent, Volontiers charnelment assamblent. On l'appelait le Val d'Amour (voy. Legrand, Paris en 1380, p. 35, n. 7). LE PRIVILÈGE AUX BRETONS 23 Acorent tuit a la justis Chies dant Moris devant le puis. Et quant cis escris fu lisez, 55 Chascuns en a de joi plorez. Le previleg ont commandez A dant Moris, Par tel manière et en tel guis Qu'il ot .1. balais desservis. 6o Messir Guillaum demi la cos Jura son chap quant il fu nos Que valesscnt le toi d'un os De seignori N'aura dam Moris en son vi : 65 Chascuns l'aura a sa parti. Et ma sir Jac de Saint-Calons Il a osté sa chaperons, Et jur sa test et son corons Que ne pot estre 70 Que dam Moris en sera mestre : Il l'a juré de sa main destre. accourent tous à la cour de justice, — chez Dam Mau- rice, devant le puits. El quand cet écrit eut été lu, — chacun en pleura de joie. — Ils confièrent le privilège — à dam Maurice, — en stipulant — qu'on lui décernerait un balai. — Messire Guillaume, au milieu de l'affaire, — jura par son vêtement quand il était neuf, — que dam Maurice n'aurait pas, de sa vie, — vaillant la boue d'une botte — de cette seigneurie : — chacun l'obtiendrait à son tour. — Et messire Jacques de Saint-Calons — ôta son chaperon — et jura par sa tête et sa couronne, — qu'il ne se pouvait pas — que dam Maurice en fut maître : - il le jura de sa main droite. — 24 LE PRIVILÈGE AUX BRETONS Mestre Jehan Dist a dant Jac Baduccoem : « Biaus sir, es tu hors de ton sen ? 75 Que veus tu fer ? Veus tu torner tout notre afer A deabli et a contrer Par vostre outrag ? Tu na sez plus c'un best sauvag, 80 L'en te doit loier a l'estach. » Dan Jac si saut a .1. faucil, Et Daniel prist .1. greïl, Si fiert Y von d'un viez estril Par mi la jo, 85 Si qu'il l'abati en l'ailo ; Et cil s'escri : « Haio 1 haio ! En itrou, Maria ! en trou ! » A l'aïst i vint dant Tragel, 73. Le ms. donne Baduc coem, qu'il faut lire sans doute en un seul mot, comme une autre forme du nom Bodigant (voy. v. 137). Maître Jean — dit à Jacques Baduccoem : — « Beau sire, es-tu hors de ton sens ? — que veux-tu faire ? — veux-tu gâter notre bonne fortune — et en faire un malheur — par ta violence ? — Tu n'en sais pas plus qu'une bête sauvage ; — on devrait te lier avec une corde. » — Dam Jacques bondit avec une faucille, — et Daniel prit un gril, — et il frappe Yvon d'une vieille étrille — au milieu de la joue, — si bien qu'il l'abat- tit... (?) — Et celui-ci s'écrie : « Haio ! haio ! — Notre- Dame Marie ! Notre-Dame ! » — Dam Tragel lui vint à l'aide, — 85. en l'ailo (?) me paraît inexplicable. Hon itrou Maria est une for- mule d'invocation bretonne, et signifie : « Notre-Dame Marie ». en trou fait calembour. — 88 « A l'aide vinrent... ». Il ne faut pas chercher à se reconnaître parmi ces personnages, énumérés confusément, et entre lesquels l'auteur lui même n'a pas distingué : il se plaît sim- plement à un dénombrement bouffon. LE PRIVILEGE AUX BHETONS 1Ù Moris et sir, et Daniel, 90 Et Riolan, et Hernisiau ; Et Morvenic le fil Juquiau Tint .1. aper que il paumoie ; Si est saillis en mi la voie Toz plains de rag. 95 Quant fu assamblé le linag Ja n'i fust parti sanz domag, Quant mestre Moris il la jur Et la boiel et la froissur : « Soiez en pais au mal eiir, 100 Que vous aurez mal aventur Comment qu'il praing ! Par saint Lagado de Bretaing, Vous serez mis en .1. longaing, Se plus fet meslé la compaing. io5 A bon eùr, Hou non Dieu, de bon aventur Fust il porté cest escritur; Et Diex ma gart ma porteur, Et ma doinst joi, ainsi que Maurice, Daniel, — Riolan, Hernisel ; — et Morvenic le fils de Juquel — tenait une épée qu'il bran- dissait : — il bondit au milieu de la route, — tout plein de rage. — Quand le lignage fut assemblé, — ils ne se seraient pas séparés sans dommage, — quand maître Maurice jura — par le boyau et la fressure : — « Soyez en paix, malédiction ! — car il vous arrivera malheur, — quoi qu'il advienne. — Par saint Lagado de Bre- tagne, — vous serez mis dans une fosse — si l'assem- blée fait encore du tumulte. — C'est par bonheur, au nom de Dieu, comme une bonne fortune, — que nous fut porté cet écrit ; — et Dieu garde mes enfants — et me donne la joie, — 26 LE PRIVILÈGE AUX BRETONS no Et li doinst fer ausi bon voi A chascun comme je voudroi ! Dame Diex et sainte Mari. Nous n'avons cur de tricheri. Diex envoit grant honte et anui n5 A ses gloutons Qui veulent tolir aux Bretons Leur droitur et leur garison De balais fer en la seson, Et de fos curer granz et Ions, 120 Plaines d'ordur ! » Mesir Moris si n'avoit cur Que nous perdissons no droitur: Il ala a Rom par mesur Por aporter nostre escriptur. 125 Et tout en gros Dist à l'apostoir son paros, Si qu'il amender bien la chos. Harduins dist a l'apostoir : « Ne sui pas hors de mon memor. i3o « Je vous dirai toute l'estoir et permette à chacun de réussir — comme je le sou- haite 1 — Seigneur Dieu, et sainte Marie, — nous ne voulons pas tromper. — Que Dieu envoie honte et malheur — à ces vauriens — qui veulent enlever aux Bretons — leur droit et leur ressource — de faire les balais en la saison, •— et de curer les fosses grandes et longues, — pleines d'ordure ! » Maître Maurice ne voulait pas — que nous perdions notre droit : — il alla à Rome prudemment — pour apporter notre privilège, — et avec fougue — il s'expliqua devant le pape, — faisant valoir nos droits. — Hardouin dit au pape : — « Je ne suis pas hors de mon bon sens. — Je vous dirai toute l'histoire — LE PRIVILEGE AUX BRETONS a De ta linag. « Ta mère fu de grant barnag « De Bretaing, sa terre sauvag. « Jaque Brian de Compalé. i35 « Qui fu cousin Morgain la fé, « Fu ta parent ; « Et Taniel. et Bodigant, « Et Tronio, lafilMorven, « Et Guigenninc, et ContragueF i^o « Moris, sir lf et Boniquel, u II sont tuit ti cousin gervés. ») L'aposloires en rist adés, Et li dist : < S'il sont mi parent, a Bel m'est : Breton sont bone gent. i45 « Fai ta besogne et ton afere ; « 11 ne te covient plus retrere. a Fai le escriver : « Je la te feré con fermer « A la porcession Saint Per. » i5o Et Harduin ne fu pas nis, Qui n'a cur de simple justis. de Ion lignage. — Ta mère fut de grande famille, — de Bretagne, sa terre sauvage (?). — Jacques Brian de Quimperlé (?) — qui est cousin de la fée Morgan — est ton parent ; — et aussi Daniel, et Bodigant, — et Tronio, la fille de Morven, — et Guigenninc, et Gontra- guel, — Maurice, sire If et Boniquel. — Ils sont tous tes cousins germains (?). » — Le pape en rit aussitôt, — et lui dit: « S'ils sont mes parents, —j'en suis content : les Bretons sont de braves gens. — Fais ta besogne et Ion métier, — il ne faut plus t'en priver. — Fais le écrire : — je te ferai confirmer ton droit — à la proces- sion de Saint-Pierre. » — Et Hardouin ne fut pas sot, — et il ne se contenta pas de simple justice. — 28 LE PRIVILÈGE AUX BRETONS Il s'en corut a mestre Olis ; Se li devis En quel manier et en quel guis i55 Sera confermé sa franchis De balais fer, de curer fos. Bien fu en parchemin enclos : Et coper au bois la gênés, Et porter a la vil grant fés, 160 Et fiens porter en la chiviere, Breton devant, Breton derrière ; Et eus et toute la compaingne Doivent reperier en longaingne : Tout ice fist il confermer. i65 Et si fist encore escriver .1. avantag Qu'il auront a tout leur aag : Qu'il mangeront lait et frommag Et en quaresme et en carnag. » Expiicit le privileg cuis Bretons. Il courut à maître Olis : — il lui expliqua — de quelle façon et à quelles conditions — serait confirmée sa franchise — de faire des balais et de curer des fosses. — Il fut bien noté sur parchemin : — et de couper le genêt au bois. — et de porter de grands fardeaux à la ville, — et de porter des ordures sur la civière, — Bre- ton devant, Breton derrière ; — et eux et tous les leurs — doivent demeurer dans une latrine. — Il fit confirmer tout cela. — Et il fit encore écrire — un avantage — qu'ils auront toute leur vie : — ils mangeront lait et fromage — en carême et en autre temps. LA PAIX AUX ANGLAIS LA CHARTE DE LA PAIX AUX ANGLAIS LA NOUVELLE CHARTE DE LA PAIX AUX ANGLAIS INTRODUCTION La Paix aux Anglais 1 est un poème de 88 vers, en strophes monorimes de quatre vers alexandrins, qui se trouve conservé dans le manuscrit de la Bibliothèque Na- tionale fr. 837 (f° 220). — Le même manuscrit donne à la suite (f° 221) une pièce en prose intitulée la Charte de la paix aux Anglais. — Une réplique, ou plutôt un fragment d'une réplique de cette dernière pièce, un peu plus récente que l'autre, est contenu dans le manuscrit fr. 1933 (page de garde). La Paix aux Anglais met en scène un Anglais, qui, après avoir mentionné la rivalité du roi de France et du roi d'Angleterre, décrit, moitié racontant, moitié mimant2, 1. La Paix a été publiée par Jubinal, Jongleurs et trouvères, p. 170 ss. Elle a été réimprimée par Th. Wright, Political songs of England, p. 63 ss. Voy. aussi V. Le Clerc (Histoire littéraire de la France, t. XXIII, p. 4^9 ss.;. — La première Charte a été publiée par Jubinal, liée, cité, p. 175 s. ; par Th. Wright, Rec. cité, p. 36o ; et par V. Le Clerc (Histoire littéraire de la France, t. XXIII, p. 452). — La Nouvelle Charte a été publiée par G. Raynaud (Romania, i885, t. XIV, p. 279 s.). — Une traduction anglaise de la Paix accompagne l'édition de Th. Wright. Une traduction française en a été donnée par Jubinal (Journal de l'Institut historique, t. 1, p. 357 ss.). 2. On remarquera que ce poème est, si l'on peut dire, dramatique au deuxième degré : il met en scène un Anglais (ce qui est déjà un procédé dramatique), et, par surcroît, cet Anglais rapporte sous forme dialoguée le conseil tenu par son roi. 32 LA PAIX AUX ANGLAIS un grand conseil tenu par ce dernier. Le roi désire recon- quérir la Normandie, enlevée naguère aux Anglais par les Français. Malgré les conseils de prudence de Simon de Montfort, ses barons, le comte de Glocester, le comte de Winchester, Roger Bigot, se livrent à de folles fanfaron- nades et font de la conquête de la France entière un plan audacieux et ridicule. Lui-même, gagné par la confiance insensée des siens, s'abandonne, comme Picrochole, à toutes les témérités du rêve, étalant des prétentions étranges et bouffonnes. — La première Charte, qui paro- die la forme des traités, est, en style de chancellerie dérisoire, le texte d'un accord grotesque passé entre les rois de France et d'Angleterre *. — La deuxième Charte a le même caractère, le même sujet que la première, dont elle reprend les termes et les plaisanteries. Les deux Chartes se datent l'une du 17 avril 1264 2, l'autre de 1299. La première se rapporte à l'accord passé au début de 1264 entre le roi de France Louis IX et le roi d'Angleterre Henri III, menacé dans son propre pays par ses propres barons. La seconde est une parodie et une satire du traité de Montreuil, par lequel Philippe le Bel rendait la Guyenne à Edouard II. Mais il n'est pas facile de dire exactement en quelle année la Paix a été com- posée. Il y a plusieurs moments dans l'histoire du règne de Henri III où le poème aurait eu une saveur satirique particulière, si, à l'instant où il prête à ce prince des 1 . Les traités de paix étaient publiés dans les rues par des hérauts. P. Paris (cité par Jubinal, ouvr. cité, p. 176) a conjecturé que des jongleurs venaient derrière ces hérauts, et, les parodiant, don- naient lecture d'un texte qu'ils avaient rendu bouffon. 2. Le texte porte : « l'an... m.cc.lx.i. 11. et .111., a ce jodi assolier... » c'est-à-dire : « le jeudi saint de 1263 », ou, en style moderne, « le 17 avril (Pâques tombait cette année le 20 avril) 1264 »• Il faut remar- quer la notation : 1. 11. et m. LA PAIX AUX ANGLAIS 33 ambitions immenses, celui-ci s'était trouvé précisément dans la déconfiture. Dès i23o, Henri avait préparé une grande expédition en Normandie : elle échoua. Mais le pamphlet ne saurait remonter à celte date ancienne. puisqu'il nomme Edouard, fils d'Henri, qui naquit seule- ment en 12^0. En ia43. le roi d'Angleterre fit une nouvelle tentative pour récupérer ses domaines de France : ce fut une nouvelle défaite. Il n'est pas invraisemblable que, dès cette époque, on ait tourné en ridicule ses desseins tenaces et constamment malheureux. Toutefois, des cri- tiques ont vu, à placer alors la composition de la Paix, cet inconvénient qu'Edouard, dont la vaillance est louée au vers 84, était en 12^3 un tout jeune enfant et non pas un chevalier1. C'est pourquoi ils pensent que le poème se rapporte aux mêmes événements que la Charte, ceux des années i263-ia64, au moment où Henri III, menacé par ses sujets, eut recours à Louis IX de France pour conso- lider sur ses terres son autorité à demi ruinée"2. Peut- être en est il ainsi ; mais je croirais qu'il faut plutôt penser au fameux traité de iaôo,. qui marque la fin de ce qu'on pourrait appeler l'affaire de Normandie : la satire aurait alors plus d'à propos3. Nous ne savons pas qui a composé la Paie et les Chartes. La seconde Charte n'est pas du même auteur que la première : cela est évident. Quant à la Paix età la première i. Voy. Jubinal, rec. cité, p. 170, n. 1. 2. C'est l'opinion de Jubinal, de Wright et de V. Le Clerc. — Remarquons toutefois que si, dans le texte de la Charte, nous lisions xl au lieu de lx. nous serions reportés précisément en 1243. Mais nous n'avons pas de raison solide pour croire à une faute de copie ou d'écriture. 3. Sur ce traité, voy. Bémont, Simon de Montfort (Thèse de doc- torat de Paris , p. i5a-i85. 3A LA PAIX AUX ANGLAIS Charte, il faut noter qu'elles ne représentent pas un même état de l'opinion. La Paix raille les Anglais, sans plus. La Charte, qui s'en prend aux mêmes, atteint en outre le roi de France, et semble critiquer sa politique, qui, en raison de sa douceur à l'égard de Henri III, fut très impopulaire à Paris *. Nos trois pièces entrent dans la série extrêmement abondante des compositions satiriques dirigées par les gens de France contre ceux d'Angleterre. L'orgueil de ces derniers était proverbial, et on se plaisait à le morti- fier. On disait qu'ils étaient ivrognes et menteurs; on les plaisantait sur l'origine de leur nom 2 ; on prétendait (moquerie qui les exaspérait) qu'ils étaient coués, c'est-à- dire munis d'une queue ; enfin, on s'amusait volontiers à tourner en ridicule leur façon vicieuse de parler le fran- çais 3. Le français d'Angleterre était fort impur, au point que parler charabia se disait « parler le français de Marlborough » i ; et les Anglais eux-mêmes s'en rendaient si bien compte que, pour leur faire apprendre une langue saine, ils envoyaient leurs enfants en France3, et que i. Voy. Bémont, ouvr. cité, p. 181 ss. 2. « Anglia, inde Anglicus, ab anda, quod est stercus... » (Voy. Hauréau, Notices et extraits de quelques mss. latins de la Bibl. I\at., t. III, p. ao3). 3. Sur l'attitude de l'opinion à l'égard des Anglais, voy. un article de M. Ch.-V. Langlois, Les Anglais au moyen âge (Revue historique, i8q3, t. LU, p. 298 ss.). 4- Gautier .Map, De nugis curialium, V, 6 : « ... Merleburgam, ubi fons est quem si quis, ut aiunt, gustaverit, Gallice barbarizat, unde cura vitiose quis illa lingua loquitur, dicimus eum loqui gallicurn Merleburgae... » 5. D'après Gervais de Tilbury, cité par Brunot, Histoire de la langue française, t. I, p. 36g. LA PAIX ALX ANGLAIS 35 leurs écrivains s'excusent sur leurs maladresses1. Ce fut pour les Français une belle occasion de rire. Ils firent intervenir leurs voisins dans leurs contes et sur leur théâtre pour se donner le plaisir de les entendre jargon- ncr. Dans une note de son édition du Mystère de saint Louis, Fr. Michel cite, du xme au xvi6 siècle, nombre d'œuvres littéraires où des Anglais viennent apporter le divertissement d'un langage grotesque2. Pour nous en tenir au xme siècle, nous ne mentionnerons ici que le fabliau des Deux Anglais et de Vanel-, des passages du roman de Renart1, et de Jehan et Blonde*. Si nous examinons le langage attribué aux Anglais dans la Paix, nous y relevons un certain nombre de caractères, que nous avons classés dans le tableau sui- vant 6: Phonétique. Voyelles. — l.Le suffixe -ier (lat. "e te pot besoner por vostre mileur cot. « Par les cinq plaies de Dieu, les Français sont mal en point ! — Si je les puis attraper, certes ils me la paieront. — Quant les Anglais iront là, il y aura beaucoup de sentinelles : — par la mort de Dieu, je crois que toutes s'enfuiront ! a Sire Simon de Montfort entendit cette nouvelle; — alors il sauta sur ses pieds : il n'était pas doux. — Il dit au roi d'Angle- terre : « Par le corps de saint Anel, — laissez donc ces projets : Français n'est pas agneau. « Si vous marchez sur le loup, il se défendra: — le Français] mettra vos tentes à feu et à cendre. — Il n'y a si vaillant homme qui l'ose attendre : — malheur à celui que le Français prendra ! » — « Que dites-vous, Simon ? répondit Roger Bigot. — Vous tenez le roi pour bien imbécile et sot ! — Si vous étiez si hardi que vous prononciez encore un mot, — vous ne vous tireriez pas d'affaire avec votre meilleure cotte. » 5o. grapier est pour agraper, « attrapper n ; choieront est pour achateront, « ils paieront, ils seront punis ». — 53. Simon, comte de Leicester, meurt en 1265. — 58. metra feu a la cendre, bourde volontaire pour mettra a feu et a cendre. — 61. Roger Bigot, comte de Norfolk, meurt en 1270. 46 LA PAIX AUX ANGLAIS (( — Sir Rogier, dit la Rai, por Dieu ne vos chaële ! « ?se sai mi si irions contre ce merdaële. (( Je ne dout mi François tout qui sont une mêle ; 68 « Je farra ma talent comment la chos aële. « Je pandra bien Parris, je suis toute certaine ; « Je boulerra le fu en celé eve qui saine ; ( La moulins arderra : ce fi chos mult gravaine 72 « Se n'i menja de pain de troule la semaine. - « Par la .V. plais a Diex, Parris fout vil mult grant. « Il i a .1. chapel dont je fi codant: ( Je le ferra portier, a .1. charrier rollant, 76 < A saint Amont a Londres toute droit en estant. 70. On corrige généralement ev qui fu Saine. Je conserve le texte du ms., qui fait un calembour, peu naturel, il est vrai, mais qui est dans le ton de la pièce. — « Sire Roger, dit le roi, pour Dieu ne vous en souciez pas ! — Ne soyez point irrité contre cette ordure. — Je ne crains point les Français, tant qu'ils sont, pour la valeur d'une nèfle : — je ferai mon plaisir, de quelque façon que la chose aille. Je prendrai bien Paris, j'en suis tout certain ; — je mettrai le feu à l'eau de la Seine ; — les moulins brûleront : c'est une chose très grave — si on ne mange du pain de toute la semaine. « Par les cinq plaies de Dieu, Paris est une ville très grande. — Il y a une chapelle que je désire ; — je la ferai porter sur un cha- riot roulant — à Saint-Edmond à Londres, toute droite, debout. 67. mêle peut s'interpréter comme « nèfle ». Peut-être aussi est-ce « maille ». En ce dernier cas, on attendrait maële, et il faudrait lire un maële ; toutefois, il y a des exemples de a -+- l mouillée donnant el (voy. Bchrens, p. i36), et on peut, même avec ce sens, conserver le texte sans correction. — 71. Les moulins dont il s'agit sont ceux qui étaient bâtis sur la Seine et en utilisaient le courant. Voy. H.Legrand, Paris en 1380, p. 34, n. 2 (Histoire générale de Paris). — L'emploi du présent et du passé, fréquent dans ce discours, peut non seulement tenir à la maladresse de celui qui parle, mais exprimer aussi sa con- fiance extrême, qui lui fait considérer ses projets comme déjà réalisés. — 74. « une chapelle, dont je fus remuant la queue de plaisir », c'est- LA PAIX AUX ANGLAIS f\ ~ (( Quant j'arra soz Parris mené tout mé naviaus. « Je ferra le moustier saint Dinis la chanciaus « Corronier d'Adouart soz sa blonde chaviaus. 80 « La voudra vous toer de vaches a porciaus. « Je crai que vous verra la endret grosse fest, « Quant d'Adouart arra corrone France test. a II l'a bien asservi, ma fil ; il n'est pas best : 8/1 ti II fout buen chivaler, hardouin et honest. « — Sir rai, » ce dit Rogier, « por Dieu a mai entent ! « Tu m'as percé la cul, tel la pitié m'aprent. « Or doint Godelamit par son culmandement, 88 « Que tu fais cestui chos bien gloriousement ! » Explicit la pais ans Englois. « Quand j'aurai mené tous mes navires sous Paris, — je ferai, dans le chœur de l'église de Saint-Denis, — couronner Edouard sur ses blonds cheveux. — Là vous tuerez vaches et pourceaux. « Je crois que vous verrez en cet endroit une grande fête, — quand Edouard aura la couronne de France en tête. — Il l'a bien mérité, mon fils ; il n'est pas bête ; — c'est un bon cheva- lier, hardi et honnête. » — « Sire roi, dit Roger, pour Dieu écoutez-moi ! — Vous m'avez percé le cœur tant la pitié me prend. — Que Dieu le Tout-Puissant, par son commandement, te donne — de faire cette chose bien glorieusement I » à-dire <> qui m'a plu ». Allusion à la plaisanterie traditionnelle des Anglais « coués », en même temps qu'aux sentiments religieux d'Henri II. Il s'agit ici de la Sainte-Chapelle. 87. Godelamit pour God Almighty « Dieu Tout-puissanl ». LA CHARTE DE LA PAIX AUX ANGLAIS B. N., fr. 837, fr 22iu-22i vra. Ce sache cil qui sont et qui ne sont mi, et qui ne doivent mi estre, qu'il fu fet .1. gros pes entre ce rai Hari d'Ingle- tcr, et ce riche homme Loys a Parris, sarra forretier de 5 ce granl forrest a Normandi. Et quant ce rai Hari d'In- gleter voudra vauchier par son terre, ce riche homme Loys a Parris voudra donier a ce rai Hari meismes .11. porons sorés a mester soz son houses, por ester plus mi- net ; et quant ce rai Hari voudra aler de mort a vie, cestui riche homme Loys a Parris devra donier a d'Adouart sa 10 fis cesti chos meism sous vise, quitement, francement, Que ceux qui sont et ceux qui ne sont pas et ceux qui ne doivent jamais être, sachent qu'il a été fait une grande paix entre le roi Henri d'Angleterre et le riche bourgeois Louis de Paris : Louis sera forestier de la grande foret de Normandie, (ligne à) Et quand le roi d'Angleterre chevauchera sur sa terre, le riche bourgeois Louis de Paris donnera à ce même Henri deux éperons dorés pour mettre sur ses bottes, afin qu'il soit plus élégant ; (8) et quand le roi Henri passera de mort à vie, le riche bourgeois Louis de Paris devra don- ner à Edouard son fils cette même chose vue ci-dessus, sans charge 3. riche homme, ici, terme de dédain appliqué au roi de France. — 7. porons pour espérons, fait calembour avec porion, porgon, « poi- reau » ; sorés, pour dorés, fait calembour avec soré, « séché ». L'An- glais, au lieu de « éperons dorés », dit donc « poireaux secs ». Jubinal a imprimé poronssores, que Godefroy a fait figurer dans son diction- naire en proposant l'explication « couverture, manteau ». Le mot a également embarrassé V. Le Clerc (voy. Histoire littéraire de la France, t. XXIII, p. 453). M. G. Raynaud le premier, ayant découvert le ms. de la Nouvelle Charte, vit qu'il s'agissait non d'un seul mot, mais de deux, et a proposé l'explication véritable. — 10. quittement, francement, termes de chancellerie : « sans charge, ni redevance ». LA PAIX AUX ANGLAIS ^9 dije, c'avant, c'arier : c'est donques a saver .II. porons sorés quant il voudra vauchier par son terre a meter soz son houses, por ester plus minet aussinc comme a sa piere. Et por ce que je veele que ce chos fout fiens en 15 estable, je veele pendez ma saiele a ce cul par derrier, avoecques la saiele a mi barons d'Ingleter. L'an de l'In- carnacion nôtres Sinors Jesoucriet mimes qui souffri mort a la crucefimie por nous, M. CG. LX. I. IL et IIL, a ce jodi assolier, derrière ce vendredi, a orre que Marri 20 Masalaine chata cehonissement a honissier les .V. plaies Jesoucriet nostre Sinors mimes, qui souffra mort a la croucefin por nous ; et Marri Mauvaise-Alaine portez ce honnissement a la Saint Supoucre ; et Marri Mauvaise- Alaine veez l'angiel ; et l'angiel pona Marri : « Marri, ni redevance, aussi bien après qu'avant : (11) c'est donc à savoir deux éperons dorés, quand il chevauchera sur sa terre, pour mettre sur ses bottes, afin qu'il soit plus élégant, comme son père. {1U) Et parce que je veux que cela soit un serment stable, je veux pendre mon sceau à ce derrière avec le sceau de mes barons d'Angleterre. (16) L'an de l'incarnation de Noire Seigneur Jésus Christ qui souf- frit pour nous la mort au crucifiment, 1263, ce jeudi Saint, qui précède le vendredi, moment où Marie Madeleine acheta l'oint pour oindre les cinq plaies de Jésus Christ Notre Seigneur, qui souffrit pour nous la mort au crucifix ; (22) et Marie Madeleine porta cet oint au Saint-Sépulcre ; et Marie Madeleine vit l'ange ; et l'ange — i4. fiens, pour fiance, fait calembour avec fiens, « fumier ». — i5. estable, qui est pris comme adjectif au sens de « ferme », a aussi, comme substantif, le sens d' «étable», et ainsi la plaisanterie conti- nue. — cul est peut-être pour baie (?), ou peut-être aussi queue (c'est- à-dire le ruban du parchemin). — 20. Iionissement, honissier, pour oignement et oindre, font équivoque avec honissement et honir. Le sens est : « à l'heure où Marie-Madeleine acheta les parfums pour oindre les plaies... » Il est trop évident qu'il ne faut pas entendre, comme V. Le Clerc, « chanta hosanna. » — 22. Le jongleur parodie, à partir d'ici, la scène qui était représentée dans les églises à l'office matinal du vendredi saint (voy. Edélestand du Méril, Origines latines du théâtre moderne, p. 43 et 89 ss.). 5o LA PAIX AUX ANGLAIS 25 quoi quieré vous quei ? » ; et Marri pona : « Je quere Jhesum qui fout a la crucefimie » : et l'angel pona a Marri : o Marri ! Marri ! aleici ! aleici ! il ne fout pas ci ; il fout aie cestui matin a Galerrie ! » ExplicU la char Ire de la pais aus Englois. demanda à Marie : « Marie, que cherchez vous ici P » ; et Marie répon- dit : « Je cherche Jésus qui a été au crucifiaient » ; et l'ange répon. dit à Marie : « Marie, Marie ! Aleici ! aleici ! il n'est pas ici ; il est allé ce matin en Galilée ! » 26. Remarquer l'équivoque prolongée sur le mot fout. — 27. Aleici, déformation de alléluia, fait calembour avec alez ici. — 28. Galerie (« réjouissance »), pour Galilée, fait un nouveau jeu de mots. NOUVELLE CHARTE DE LA PAIX AUX ANGLAIS1 {Le début manque) chavaugier par son ter roi Phelippotc donerer Dadoarz un porrons sorcrs par mes[ter] sur son osel, par estre plus migncl ; et quant rey Dadoarz volerer descender de son grant chavel, roy Phelippote deschau- 5 cer le porron sorer en son main, et dirré : « Offu, oscu furrez devant roy Dadoart ! », et quant il voleré man- gier, roi Phelippote devestirer soi toz nuz, et trancherer devant Dadoarz, et direrz : o Boi, menger, bon roi Da- doarz ! » et roi Dadoarz dirré : « Chetis rois Phelippote, je îo serré sire, et tu serré mon garçon », et Phelippote dirré : a Foire, foure, vos dirré voir. » Et en tel maner fot faite pès ; et par ço que ço soit femier en estauble, je penderer le seal Phelippote a cest cul par derer, en l'an que Marrie Malvaise-Aloine veneral sainte Sepocre aporter les onisse- 15 ments [a] onir Jase Crist mil. CC. IIII". et XIX. i. Les éclaircissements que nous avons donnés pour la première Charte serviront pour la seconde, où il n'y a guère de plaisanteries nouvelles à relever. — Je ne saurais dire en quoi consiste au juste le comique des réponses du roi de France : « Offu, oscu, furrez... » et : « Foire, foure,... », sinon qu'il doit y avoir ici des jeux de mots bouf- fons (ainsi foire pour voire). LES DITS DE L'HERBERIE LA GOUTE EN L'AINE INTRODUCTION Des trois pièces qui vont suivre, nous savons que l'une est de Rulebeuf ; mais les deux autres sont anonymes. La première, celle de Rutebeuf, se compose de deux parties, l'une en vers, l'autre en prose. La seconde est tout entière en prose, et n'est qu'une amplification de l'œuvre de Rute- beuf. La troisième pièce, enfin, toute en vers, et intitulée la Conte en l'aine, est la moins remarquable et la plus récente. VHerberie de Rutebeuf se trouve dans deux manuscrits de la Bibliothèque Nationale : le ms. fr. i635, f° 80 (.4), et le ms. fr. 24432, f' 34 (B). Le ms. i365 donne la pièce sans nom d'auteur : le nom de Rulebeuf est fourni par le ms. 24432 dans VFncipitet YExplicit. Nous avons adopté, dans notre texte, les leçons du ms. i635, qui est le plus ancien et le moins fautif des deux. Aussi bien la lecture des variantes est elle ici peu instructive et ne donne pas matière à d'importantes observations. VHerberie en prose ne se trouve que dans le manuscrit de la Bibliothèque Nationale fr. 19162, f° 8g. Bien que le ms. soit unique, le texte ne présente pas de grave diffi- culté. La Goûte en l'aine, enfin, se trouve aussi dans un manus- crit unique de la même bibliothèque, fr. 837, f° 243. Il n'est pas possible de dire très précisément à quelle date se place la composition de ces pièces: l'étude de la 56 LES DITS DE l'hERBERIE langue ne donne pas ici de résultat. Pour la première, dont une moitié est en prose, et pour la seconde, qui est toute en prose, nous manquons des deux plus sûrs ins- truments qui permettent de reconstituer la langue origi- nale d'une œuvre : la rime et le mètre d. Pour la troi- sième, elle est si courte, qu'il faut renoncer à y trouver les indices d'un âge exact. L'Herberie de Rutebeuf appartient, à en juger par ce qu'on sait d'ailleurs de cet auteur, au troisième quart du xme siècle, ou au com- mencement du quatrième. L'Herberie en prose et le dit de la Goule en raine, postérieurs à l'œuvre deRutebeui, appar- tiennent encore au xiir" siècle, puisque les manuscrits sont de cette époque. La Goûte en l'aine diffère un peu des deux autres pièces par le sujet, en ce sens qu'il ne s'y agit pas précisément d'un « herbier», mais d'un o mire », sans plus de précision. Toutefois, elle leur ressemble trop, dans ses grandes lignes, pour en être séparée. Toutes trois sont des boniments de charlatans. Non point qu'elles aient été composées et dé- bitées par de vrais charlatans : elles ne sont que des paro- dies. Elles imitent, en les rendant bouffonnes, les ha- rangues à la faveur desquelles les thériacleurs essayaient de vendre au peuple quelque merveilleuse panacée. Plu- i. L'Herberie de Rutebeuf affecte une forme métrique assez sin- gulière. Elle est composée de groupes de trois vers monorimes, dont le premier a quatre syllabes, et les deux autres huit. C'est donc le petit vers qui amorce les rimes nouvelles, bien que, par le sens, il se rattache souvent, non pas au groupe suivant, mais au groupe pré- cédent. Nous avons déjà vu, dans le Privilège aux Bretons, un usage assez semblable du vers de quatre syllabes, qui, là aussi, introduit toujours une rime nouvelle. Ce qu'il y a de particulier dans cette dernière pièce, c'est que le petit vers y est employé d'une façon beau- coup moins régulière que dans Yllerberie : il y est suivi d'un nombre variable de vers de la même rime ; et il n'annonce pas tous les chan- gements de rime. LES DITS DE l'hERBERIE 5"J sieurs critiques se sont mépris en prenant de telles charges au sérieux. Petit de Julleville. par exemple, a écrit, à propos de la première Herberie* : « Rutebeuf l'a-t-il com- posée pour son propre usage, et fit-il, dans ses jours de misère, quand les dés l'avaient maltraité, le métier d'opé- rateur sur la place publique ? Ou bien a-t-il composé le dit de YHerberie pour le vendre à quelque charlatan qui en régalait les badauds? Ou enfin, le dit n'est-il qu'une imitation artistique des < boniments » réels que débitaient les marchands de drogues, et servait-il à des jongleurs qui parodiaient les opérateurs sans faire eux-mêmes mé- tier d'opérateurs ? Cette hypothèse est admissible ; mais on ne saurait prouver qu'elle est vraie ; car pour que l'imitation fût bien faite, il fallait, dans ce dernier cas, qu'elle ressemblât parfaitement à la réalité : rien ne peut donc permettre aujourd'hui de distinguer l'une de l'autre.» L'argument est sophistique, et nous avons vraiment la preuve que nos pièces étaient des « imitations ». Cette preuve, c'est l'accumulation voulue de bourdes et de « rêve- ries» , dont ils sont tout enflés2. Il faut nécessairement se re- i. Les Comédiens de l'ancienne France, p. 25. Voy. l'opinion voisine de A.. Jubinal (Œuvres de Rutebeuf, in-120, t. II, p. 5i, n. 1) : « C'est tout simplement une parade, un boniment, dans le genre de ceux que les charlatans d'aujourd'hui débitent sur les places publiques. Seu- lement Rutebeuf l'y récitait-il lui-même, ou l'avait-il composé comme un modèle à l'usage des jongleurs et des trouvères de bas étage ? Je l'ignore... » Voy. encore Lintilhac, Histoire du théâtre en France, t. II, p. 160. 2. Il faut considérer comme un jeu les énumérations de diffé- rentes sortes qu'on rencontre dans la pièce de Rutebeuf : ce sont des listes de choses rares, telles que les pierres précieuses (35-38), ou bien encore d'ingrédients étranges (80-89), ou bien encore de noms de pays (125-129) et de noms de monnaies (167-169), dont la seule accumulation, comme toute redondance affectée du style, est comique. Et à côté de ce procédé qui apparaît à plusieurs reprises, ce sont d'autres bouffon- neries, aussi manifestes : récits merveilleux jusqu'à l'absurde (5o-53, 58 LES DITS DE l'ïIERBEKIE présenter cette pièce, ou plutôt ces pièces, celle de Rutebeuf et les autres, comme un mime, que les jongleurs inscrivaient à leur répertoire. Nous en avons des preuves internes, avons-nous dit ; mais nous en avons aussi des preuves externes. Un fabliau raconte, en effet, comment, une fois, des ménestrels de toute espèce se rassemblèrent à la cour 120-122), révélations mirifiques (i8o-i83), truismes burlesques (4o-46)» expressions et détails grossiers (62-63, 71, 96), détours imprévus de la pensée (91-96, 107-112), recettes étranges (i55-i58, 185-187), maximes ambitieuses et dérisoires (i63-i64, 187-188), etc. La seconde Herberie emprunte à celle de Rutebeuf un bon nombre de traits. On y retrouve les mêmes énumérations de pays (I, 25, II, /i5), d'ingrédients baroques (I, 80, II, 71), de pièces de monnaie (I, 167, II, 110), les mômes tours (I, n5, II, 35), les mêmes truismes (I, 4a, II, 66), les mêmes bouffonneries (I, 172, II, 118 ; I, 191, II, i35). Mais on est ici en présence d'une imitation moins sobre que ne l'est la première Herberie ; la parodie est poussée à la charge, et, aussi bien dans les parties où l'auteur a suivi Rutebeuf que dans celles où il se montre original, la note a été forcée. Les énumérations sont plus longues et trainent un peu (voy. surtout 71, 110); mais surtout les bourdes sont plus grosses, plus invraisemblables, et l'herbier débite de délirantes balivernes. La matière, ici, a été enrichie d'éléments comiques étrangers au sujet. Passons sur les formules d'incantation (i-4, 171-174) qui sont de circonstance; passons sur quelques redon- dances inutiles (i3i-i33) et sur quelques plaisanteries trop peu dis- crètes (48, 5g). Il reste encore, entr'autres exagérations notables, tout un développement burlesque sur la véracité des femmes (5-33) et une série de fagots et calembredaines (174-207), qui se raccordent fort mal avec le reste de la pièce. Je le répète, on ne peut nier que la charge, amusante d'ailleurs dans son énormité, soit outrée. Aussi bien est-il à propos de remarquer que les deux fragments dont nous venons de parler, et qui ont été insérés d'une façon inattendue dans l' Herberie en prose, sont des postiches empruntés à la littérature populaire du moyen-âge, où fleurit la satire des femmes, et à laquelle le type du sot est familier. Il est même singulier que la série des calembours qu'on lit depuis la ligne 198 jusqu'à la ligne 207 viennent directement de la Riote du monde où ils se succèdent, exactement les mêmes, dans le même ordre (voy. Zeitschrift fur rom. Philologie, i884, t. VIII, p. 280). LES DITS DE l'hERBERIE 5g d'un seigneur qui les avait convoqués ; et là, chacun se mit à « faire son métier » : L'uns fait l'ivre, l'autre le sot, Lis uns chante, li autres note, Et li autres dit la Riole, Et li autres la Jonglerie... Aucuns i a qui fabliaus conte, Ou il ot mainte gaberie, Et li autre dit YErberie La ou il ot mainte risée *. Ainsi nous est fournie l'indication précise de l'usage auquel était destinée Vllerberie, et nous savons avec cer- titude qu'elle figurait au répertoire des jongleurs, qui la débitaient comme une charge, comme une parodie des boniments de charlatans. i. Du vilain au buffet, v. 1/42 ss. (Montaiglon, Recueil général des fabliaux, t. ITI, lxxy, p. ao4). On remarquera que Vllerberie, est men- tionnée ici à côté du jeu du Sot (voy. Les jongleurs en France au moyen-âge, p. a3G, n. 5), de la Riote (avec laquelle nous avons, dans la note précédente, signalé son rapport), et de la Genglerie (voy. plus loin, p. 88, n. 1). LE DIT DE L'HERBERIE DE RUTEBEUF B. N., fr. iG35 (A) et aâ&3a (B). Seigneur qui ci este venu, Petit et grant, jone et chenu, Il vos est trop bien avenu ! Sachiez de voir, 5 Je ne vos vuel pas desovoir : Bien le porrez aparsouvoir Ainz que m'en voize. Aseeiz vos ! Ne faites noise, Si escouteiz, c'il ne vos poize. 10 Je sui uns mires, Si ai estei en mainz empires. Dou Caire m'a tenu li sires Plus d'un estei : Lonc tanz ai avec li estei, i5 Grant avoir i ai conquestei. Meir ai passée, Si m'en reving par la Moree Où j'ai fait moût grant demoree, Et par Salerne, B. 2. jones et — 5. vueil pas décevoir — 9. escoutez sil — 11. sai estre par divers On trouvera au glossaire, pour les pièces qui suivent, les explica- tions qu'il m'a paru utile de donner sur les difficultés de sens. 62 LES DITS DE l'hERBERIE 20 Par Burienne et par By terne. En Puillc, en Calabre, [en] Paterne, Ai herbes prises Qui de granz vertuz sunt emprises : Sus quelque mal qu'el soient mises, 25 Li maux c'en fuit. Jusqu'à la rivière qui bruit Dou flun des pierres jor et nuit Fui pierres querre. Prestres Jehans i a fait guerre. 3o Je n'ozai entreir en la terre : Je fui au port. Moût riches pierres en aport, Qui font resusciteir le mort : Ce sunt ferrites, 35 Eldyamans, et cresperites, Rubiz, jagonces, marguariles, Grenaz, stopaces, Et lellagons, et galofaces. De mort ne doutera menaces 4o Cil qui les porte. Foux est ce il ce desconforte : N'a garde que lièvres l'en porte Cil se tient bien ; Si n'a garde d'aba de chien, /|5 Ne de reching d'azne anciien, Cil n'est coars : 11 n'a garde de toutes pars. Carbonculus et garcelars Qui sunt tuit ynde, 21. en luserne — 3o. nose — 35 manque — 38. tellacons et gala- fates — 4i. Fox est qui se — 48. Charbon nelos et garolas LES DITS DE L HERBERIE 63 5o Herbes aport des dezers d'Ynde Et de la terre Lincorinde Qui siet seur l'onde, Elz quatre parties dou monde. Si com il vient, a la raonde. 55 Or m'en creeiz : Vos ne saveiz cui vos veeiz ; — Taiziez vos, et si vos seeiz — Veiz m'erberie : Je vos di, par sainte Marie, 60 Que ce n'est mie freperie, Mais granz noblesce. J'ai l'herbe qui les veiz redresce Et celé qui les cons estresce. A pou de painne 65 De toute fièvre sanz quartainne Gariz en mainz d'une semainne, Ce n'est pas faute ; Et si gariz de goûte flautre : Ja tant n'en iert basse ne haute, 70 Toute l'abat. Ce la vainne dou cul vos bat, le vos en garrai sanz débat, Et de la dent Gariz je trop apertement 75 Par .1. petitet d'oignement. Que vos dirai ? Oeiz coument jou confirai ; Dou confire ne mentirai : C'est cens riote. 60. nest une sorperie — 61 et 62 effacés — 65. toutes fièvres fors q. — 68 fautre — 72. garirai — 78. Ja au c. 64 LES DITS DE l'hERBERIE 80 Preneiz dou sayn de [la] marmote, De la merde de la linote, Au mardi main, Et de la fuelle dou plantain, Et de l'estront delà putain 85 Qui soit bien ville, Et de la pourre de l'estrille, Et dou ruyl de la faucille, Et de la lainne, Et de l'escorce de l'avainne 90 Pilei premier jor de semainne : Si en fereiz Un amplastre : dou jus laveiz La dent, l'amplastre metereiz Desus la joe. 95 Dormeiz .1. pou, je le vos loe. S'au leveir ni a merde ou boe. Diex vos destruie ! Escouteiz, c'il ne vos anuife] : Ce n'est pas j ornée de truie 100 Gui poeiz faire ; Et vos cui la pierre fait braire, Je vos en garrai sanz contraire Ce g'i met cure. De foie eschauffei, de routure, io5 Gariz je tout a desmesure, A quel que tort. Et ce voz saveiz home sort, Faites le venir a ma cort : Ja iert touz sainz. 80. Prenez sain de la m. — 92. .1. piastre et du jus laverez 96. ni boe — Plusieurs vers presque illisibles — io5. Garis je tost 106. Quel quil tourt — 107. home sourt (A : xort) LES DITS DE l'hERBERIE 65 no Onques mais nul jor n'oy mains, Ce Diex me gari ces .II. mains, Qu'il orra ja. Or oeiz ce que m'en charja Ma dame, qui m'en voia sa. 115 Bêle gent, je ne suis pas de ces povres prescheurs, ne de ces povres herbiers qui vont par devant ces mostiers, a ces povres chapes maucozues, qui portent boites et sachez, et si estendent .1. tapiz : car teiz vent poivre et coumin, qui n'a pas autant de sachez com il ont. Sachiez que de 120 ceulz ne sui je pas ; ainz suis a une dame qui a non Madame Trote de Salerne, qui fait cuevre-chiés de ces oreilles, et li sorciz li pendent a chaainnes d'argent par desus les espaules. Et sachiez que c'est la plus sage dame qui soit enz quatre parties dou monde. Ma dame si nos 125 envoie en diverses terres et en divers pais, en Puille, en Calabre, en Tosquanne, en Terre de Labour, en Alle- maingne, en Soissoinnie, en Gascoingne, en Espaigne, en Brie, en Champaingne, en Borgoigne, en la forest d'Ardanne, por ocirre les bestes sauvages et por traire 130 les oignemenz, por doneir médecines a ceux qui ont les maladies es cors. Ma dame si me dist et me commanda que, en queil que leu que je venisse, que je deïsse aucune choze si que cil qui fussent entour moi i prissent boen essample, et por ce qu'ele me fist jurer seur sainz quant no. Onques a nul jor — n3. Oez ce que len m. — 119. commin et autres espces qui nont — 122. pandent a .II. chaannes — ia3. Et manque — 126. Tosquane en Alemaingne en Sessoigne en Gascoingne en terre de Labour por occirre — i3i. comanda — i32. quel lieu 66 LES DITS DE l'hERBERIE 135 je me départi de li, je vos apanrai a garir dou mal des vers se vos le voleiz oïr. Voleiz oïr ? Aucune genz i a qui me demandent dont les vers vien- nent. Je vos fais asavoir qu'ils viennent de diverses no viandes reschauffees, et de ces vins enfuteiz et boteiz. Si se congrient es cors par chaleur et par humeur ; car, si cou dient li philosophe, toutes chozes en sont criées, et por ce, si viennent li ver es cors, qui montent jusqu'au cuer, et font morir d'une maladie c'on apelc mort sobi- 145 tainne. Seigniez vous ! Diex vos en gart, touz et toutes ! Por la maladie des vers garir (a vos iex. la veeiz, a vos piez la marchiez), la meilleur herbe qui soit elz quatre parties dou monde, ce est l'ermoize. Ces famés c'en cei- gnent le soir de la Saint Jehan, et en font chapiaux seur 150 lor chiez, et dient que goûte ne avertinz ne les puet panre n'en chief, n'en braz, n'en pie, n'en main : mais je me merveil quant les testes ne lor brisent et que li cors ne rompent par mi, tant a l'erbe de vertu en soi. En celé Champeigne ou je fui neiz l'appelé hon marreborc, qui 155 vaut autant corn « la meire des herbes ». De celé herbe panrroiz troiz racines, .Y. fuelles de sauge, .IX. fuelles de plantaing : bateiz ces chozes en .1. mortier de cuyvrc, a un peteil de fer, desgeuneiz vos dou jus par .III. matins : gariz sereiz de la maladie des vers. 160 Ostciz voz chaperons, tendeiz les oreilles, regardeiz mes herbes, que ma dame envoie en cest pais et en cest terre ; et por ce qu'cl vuet que li povres i puist aussi bien avenir coume li riches, ele me dist que j'en feï'sse danrree (car teiz a .1. denier en sa boree. qui ni a pas .V. livres); et i33. me parti — 187. oir de par Dieu aucuns me dem. — i^o. en- fustez et les autres si se contiennent — i43. sen sainent — 157. batez en .1. — 160. Or ostez LES DITS DE L'HERBEBIE 67 165 me dist et me commanda que je prisse .1. denier de la monoie qui corroit el païs et en la contrée ou je vanroie, a Paris .1. parisi, a Orliens .1. orlenois, au Mans .1. man- sois, a Chartres .1. chartain, a Londres en Aingleterre .1. esterlin, por dou pain, por dou vin a moi, por dou fain, "0 por de l'avainne a mon roncin : car teil qui auteil sert, d'auteil doit vivre. Et je di que c'il estoit si povres, ou honz ou famé, qu'il n'eùst que doner, venist avant : je li presteroie l'une de mes mains por Dieu et l'autre por sa meire, ne mais que 175 d'ui en .1. an feïst chanteir une messe de Saint Esperit, je di noumeement por l'arme de ma dame, qui cest mes- tier m'aprist je ne fasse ja trois pez que li quars ne soit por l'arme de son père et de sa mère en remission de leur péchiez. 180 Ces herbes, vos ne les mangereiz pas ; car il n'a si fort buef en cest païs, ne si fort destrier que, cil en avoit ausi groz com .1. pois soi* la langue, qu'il ne morust de maie mort, tant sont fors et ameires ; et ce qui est ameir a la bouche, si estboen au cuer. Vos les me metreiz .111. jors i8o dormir en boen vin blanc ; se vos n'aveiz blanc, si preneiz vermeil ; se vos n'aveiz vermeil, preneiz de la bêle yaue clere : car teiz a un puis devant son huix, qui n'a pas .1. tonel de vin en son celier. Si vos en desgeunereiz par .XIII. matins. Ce vos failleiz a un, preneiz autre, car i65. dist que — 166. pais et en la terre ou — 167. mans a estampes .1. estampois a bar .1. barrois a viane .I.vianois a clermont .1. cler- mondois a dijon .1. dijonnois a mascon .1. masconois a tor .i. tor- nois a troies .1. treessien a rains .1. reneien a prouvins .1. prove- noisien amiens .1. moncien a arras .1. artisien por du pain — 173. neust point dargent — Mis. depuis presteroie jusqu'à li quars — 178. por que l'arme — i85. en vin... blanc prenez — 186. ver- meil prenez chastain se vous navez chastain prenez de la belle — 188. en son hostel 68 LES DITS DE l'hEUBERIE 190 ce ne sont pas charaies; et je vos di par la paission dont Diex maudist Corbitaz le juif, qui forja les .XXX. pièces d'argent en la tour d'Abilent, a .III. liues de Jherusa- lem, dont Diex fu venduz, que vos sereiz gariz de diverses maladies et de divers mahainz, de toutes fièvres sanz quar- 193 tainne, de toutes goûtes sanz palazine. de l'enfleure dou cors, de la vainne dou cul c'ele vos débat : car, ce mes pères et ma mère estoient ou péril de la mort, et il me demandoient la meilleur herbe que je lor peiïsse doneir, je lor donroie cest. 200 En teil meniere venz je mes herbes et mes oignemens : qui vodra, si en preingne ; qui ne vodra, si les laist ! 200-201 manquent. II LHERBERIE EN PROSE B. N.j fr. 19102, f* 8g"-f° 90 v° Audaf rida fabuli fabula ! quant il \dLbaculasuasor le fossé entre .11. vers ! La tierce meure ! Dist li vilains qui ne savoit deviner : « .XIII. et .XIII. ce sont .XVII. et puis .III.. .XXV., .1. ». Qui ne set conter, si perde! 5 Ge vos di. beau scignor, qu'il sont en cest siècle ter- rien .V. mannieres de choses, dont li preudom doit bien croire sa preude feme, s'ele li dit. La première chose si est tele que, si la met en .1. for tôt chaut comme por pain cuire, et il li viegne au devant et li demant :« Bêle suer, 10 cornent vos est il ? », s'ele li dit : « Sire, ge n'ai pas froit », certes, il l'en doit bien croire. — L'autre enprès si est tele que, s'il la met en .1. sac, et il loie bien la bouche, et il la gite desor le pont en l'aive, et il li viegne au devant et il li demande : « Bêle suer, cornent vos est il ? », s'ele 13 li dit : c Certes, sire, ge n'ai pas soif », il l'en doit bien croire. — La tierce après si est tele que. si ele travaille d'enfant, et il li viegne au devant et li demant : « Bêle suer, cornent vos est-il ? », si ele li dit : « Certes, sire, je sui malades », il l'en doit bien croire, que si est elle. — 20 La quarte après si est tele que, se li preudons vient de- vant sa preude feme et il li demande : « Dame, que feroiz i. Ms. : Ci commence l'erberie. 70 LES DITS DE L HERBEIUE vos ? », et se ele li respont : « Sire, je vos corrocerai », il l'en doit bien croire, qui si fera ele, se ele puet. — La quinte après si est tele que, se la preudc feme se gist delez 25 son seignor, et ele s'est endormie, et ele lait aler ou pet ou vesse, et li preudons la sente et il li dit : « Bêle suer, vos vos conciliez toute », « Par mon chief, sire, fait ele. mais vos », il l'en doit bien croire, quar si fait ele : el ne se concilie pas, ainz conchie son vilain ; si se nesloie, 30 quar ele le délivre de la merde, si l'en aboivre. Ce sont les .V. manières de choses en cest siècle ter- rien dont li preudom doit bien croire sa preude feme, se ele li dit. Ge vos dirai, beau seignor, entre vos qui ci estes assan- 35 blé, — ne le tenez pas a borde ne a moqueries, — nos ne somes pas de ces boleors, qui vont par cest pais ven- dant sif de mouton por sain de marmote ; ainçois somes maistremire fuisicien, qui avons esté parestranges terres, par estranges contrées, por querre les herbes, et les ra- 40 cines, et les bestes sauvaiges, dont nos faison les oigne- menz de quoi nos garisson les malades, et les bleciez, et les navrez, qui sont en cest pais et en ceste contrée. Si vos di que, por les malades saner etgarirel respasser qui sont en cest pais ne en ceste contrée, avons nos esté en 45 Poitou, en Anjou, ou Maine, en Toraine, en Berri. en Seelloigne, en Puille, en Sezile, en Calabre, en terre de bestes. en terre de Labor, et en la terre mon seignor Seint Gobain, qui les plommez chie la ou les grues ponent les faucilles, .II. liues delà le bien. Si vos di, — par sor toz 50 les maistres fusiciens qui soient de ci jusques a Monpel- lier bien le vos puis afilchier et dire, — que. se vos savez home ne feme qui ait si grant mal es denz qu'il ne puisse mengier costes dures de char de buef mal cuites, ge li ferai ausi vistement mengier com un home qui auroit LES DITS DE L HEHBEIUE r [ 55 geùné .III. jors a jornce ; et, s'il avoit la mauvaise dm I mellee auvec les bonnes, si li ferai ge mengier ausi com un home qui auroit erré .1111. jors sanz mendier. Si vos di que veez ci la boite de Jouvent qui l'ait rajo- venir la gent. Ge di qu'il n'a si vielle feme en ccsl païs ne 60 en ceste contrée que, se ele avoit pissié dedenz sanz es- pandre, que ele ne venist en l'aage de .XX. anz, et si seroit ausi pucele comme le jor qu'ele fut née. Encor vos di gc bien que mes herbes ont autre vertu que ge ne vos di. Ge di que n'a home ne feme en cest païs ne en ceste contrée 65 que, s'il en menjoit .III. jors a geùn de bon cuer et de bone volenté, et bonne créance i eùst, qui ja pooist estre yvres le jor, s'il ne boit trop. Volez vos donc que ge vos apreigne, de par Dieu, a gairir dou mal des denz ? Dites vos oïl ou nenil ? Se vos 70 le volez, de par Dieu, et ge le vos aprendrai liement : Ge vos di, beax amis, prenez moi un estront de vieille anesse, et un estront de chat, et une crote de rat, et une fuelle de plantcin. et un estront de putain ; si les pestelez tout nestement en un mortier de coivre a unpestau de fer. 75 par force d'orne. Si me prenez un poi de cellande, du diaton, et panele, et manviele, et cornai, et tormal, et de Verbe Robert, et si metiez un pie de reine de l'onbre du fossé de Brine. Ce sont ore les bonnes herbes que ge vos di. Si metez un poi de sain de marmote et de l'cstront de 80 la linote, et si metez de l'estront a la charree de Troies cl de l'estront a la croteuse de Ligni : nel metez en oubli. Prenez toutes ces boues espices, si m'en faites .1. gentil! pastel tout net, si le me couchiez sor vostre joue. H du jus lavez bien voz denz, et puis vos dormez un poi. Gc di 85 que vos en seroiz gariz, se Diex velt. Ce n'esl pas engien que ge vos di, et si ne vos coustc goule d'argent. Ge vos di que ge ne sui ne mires ne herbiers ; ainçois vos di que -J2 LES DITS DE L HEHBEIUE ge sui un venerres, uns chacierres de bois ; si vos di que nos soracs encor .1111. frère : ge di que li .1111. frère ont 90 encor .XV. chiens ; ge di que li .XV. chien sont bien armez de bon colier de fer a broches d'acier ; ge di qu'il chacent as bestes sauvaiges et prannent en la forest d'Ardenne : ge vos di que mes oignemenz est conliz, et profiz, et parez, et fonduz des bestes dont ge vos ai dit. 95 Vos ne savez por quoi mes oignemenz est bons, ce ge nel vos di ; mais ge le vos dirai. Ge vos di que mes oigne- menz est bons por routure, por arsure, por anglure, por fièvre, por friçon, por raim de passion (seigniez vos ! que Diex vous en gart ! ) ; si est bons por li, por clapoire. por îoo ru d'oreille, por encombrement de piz, por avertin de chief, por doleur de braz, que Dame JHcz cnvoit au pre- mier qui passera la voie par delà ! (je vos di que se ge avoie bouche de fer, langue d'acier, teste de marbre, et g'estoie ausi saiges comme fu Ypocrus li gius, ou com fu los Galiens, ou com fu li saiges Salemons, ne porroie ge pas dire ne conter la bonté ne la valor de mes oignemenz. Si vos di que mes maistres qui cest mestier m'aprist, m'en charja et dist, et pria por Dieu, et le me fist jurer sor sainz, que, en quelque terre ou ge venroie, que ge ne no preïsse c'un denier de lamonoiede la terre : a Londres en Angleterre, un esterlin ; a Paris, un parisi : au Mans, un mansois ; a Roan en iSormendie, un tornois : a Bordeax. un bordelais ; a Laon, un leonois : a iSivele, un nivelois ; a Colloigne, un collongnois ; a Dijon, un dijonnois ; a H5 Soissons, un soissonnois ; a Crespi, un Crespinois ; en Flandres, un artisien ; a Cambrai, un Cambrisien ; a Douai, un doisien : a Provins, un provenisien : en Venice. un venicien ; et ge vo di que se li homs estoit si povres ou la feme si povre qu'il n'eussent que doner, venist 120 avant: ge li presterai une de mes mains por Dieu, et LES DITS DE l'hERBERIE ~3 l'autre por sa mère. Dont n'est ce bon que je vos di ? Ge di ne mais que d'ui en .1. an feïssiez chanter une messe, ge di nomeement por l'ame de mon seignor mon maistre, qui cest mestier m'aprist que ja ne face ge .III. pez, que 125 li quarz ne soit por l'ame de son père et de sa mère, en remission de lor péchiez. Ge di quant Diex ala par terre, si fu il mescreùz. et si ot de tex qui le crurent et de tex qui ne le crurent mie. Ge croi bien qu'ausi est il de moi. Par aventure il i a ci de 130 tex qui me croient et de tex qui ne me croient mie, mais ne por quant, tel s'en porroit chifler et gaber, et rire et joer. et rechignier desdenz, et bouter del coûte, etmarchier du pie, et clignier des elz, qui mult grant mestier auroit de m'aide, s'il se voloit bien conseillier. Ge dis se vos ne 135 me créez, que vos soiez ci venuz por moi chifler, ge pri a la vraie piteuse, ge di a celi nomeement qui pita as piez de Pitoribus quant il nasqui de la vraie piteuse, que de celui maleïçon don Corbidas le juje fu maudiz (ge di celui nomeement qui forja les .xxxv. pièces d'argent en la 140 tor de Cayfas a .ni. liues petites d'Acre, dont li cor Diex fu venduz et travailliez), soit li cors maudiz et confonduz de la grieve du chief de ci qu'a l'ongle du pié, de si que a l'eure et el termine que il seront venuz a moi, et ge les assoudrai décelé absolucion dont Diex assoit ses apostres, us et que ge lor monsterrai la dame des herbes. Vos ne le savez pas, mais ge le vo dirai : ge di c'est celé nomeement qui brait et crie .m. foiz en l'eure, et el termine que Diex fut mis en croiz. Vez la ci dedenz se vos ne m'en créez. Ge di s'il i a ci nul de vos ne nule qui ne 150 soit vrais confés et bien repentanz de ses péchiez, je li en donrai un beau don, le plus bel qui onques fust donez par bouche d'erbier ; quar ge li donrai si beau don pi il porra dormir en prez, en rivières, en forez, en larriz. et -y/j LES DITS DE l'iïERBERIE en montaigne, en valees, en boschaiges. d'une part et 155 d'autre. Ge di premièrement que boz ne le mordra, coluevre ne le poindra, serpent ne l'adesera, tarente ne l'aprochera, escorpion mal ne li fera. Ge di que por pechié qu'il face ne morra desconfés, por mengier envenimé que mal ne li 160 fera, puis qu'il aura la dame des herbes. Venez donc avant, et priez a Dieu, tuit et toutes, qu'il la vos doint veoir et esgarder., que ce soit au preu de voz âmes et au profit de voz cors, — qu'il les vos puist ronpre ! Ge di de cex delà la voie. Volez la donques veoir, de par Dieu P 165 Dites oïl ou nenil, et nos la vos mosterrons de par sa mère ; mais ge vo dirai une chose qu'il est : quant ge parti de mon seignor mon maistre qui cest mestier m'aprist, si me fist jurer sor sainz que ge ne la mosterroie devant ce que ge l'auroie conjurée, et ge la conjurerai. Si 170 escoutez le conjurement: Cocula en aussia que tabencia que natalicia volus polus laudate ! Prime meure ! N'i a tel com le pain ! .ni. solz. .m. pez ! l'abaie est riche, et plentissînius haranc ! Au col des le tens Herbelin de Saint Pol qui fu moitié 175 home et moitié feme, et la tierce part chevax. et il me vint et ge li .xxx., et il me faut et ge li lance. Il me prist par les rains, et ge lui par les chaelons ; il me pri par les temples, etge lui par les hospitax ; il me fist .ni. tors, et ge lui trois chasteax ; il me fîert el nés, et ge lui es 180 bateax ; il me fîert en grieve, et ge lui en chanpeax ; il me fîert de ses coûtes, et ge lui de mes coissins. — Tu es fox. — Et tu souflez. — Que me vels-tu ? 185 — Que te vueil ge donques ? — Ne vi vilain si aese. LES DITS HE L HERBERIE — A mors ai a ma volenté qui me grieve trop. — Diex vos saut, amis ! — Diex beneie, bluteax ! i9o — Dom estes vos ? — D'ome sui ge. — De quel home ? — De char et d'os. — De quel terre ? 195 — En volez vos faire poz ? — Ou fustes vos nez ? — Je ne sui onques ne nef ne bateax. — De quel vile estes vos ? — De la vile en près l'aitre. 200 — Ou siet li aitres ? — Entor le mostier. — Ou siet li mostier ? — Sor terre. — Et ou est la terre ? 205 _ Sor l'aive. — Comment apele l'en l'aive? — L'en ne l'apele pas, qu'ele vien bien sanz apeler. Ge vos di. beau seignor, que s'il n'avoit plus dedenz ceste boiste que les bones paroles et l'erbe qui i est, si 210 devriez vos avoir ferme créance qu'il vos devroit bien faire, et ge la vos monsterrai, de par Dieu ! Or dites après moi : « Benoite soit l'eure que Diex fu nez ! et ceste ci soit! » et ge vos monsterrai la dame des herbes. /// nomine patris etjilii et spiritus sanctil Amen ! Ceste dame herbe, 2io il ne la trestnegicx, ne païens, ne sarrazins. aecrestiens : ainz la traist une beste mue, et tantost corne ele est traite, si covient morir celé beste. Cuidiez vos que ge vos giffle ? Ele muert par angoisse de mort. Vos ne savez pas por quoi la dame des herbes esl bone, se ge ne le vo di : 76 LES DITS DE l'hERBERIE 220 mais ge le vos dirai. Prenez moi sempres de ceste dame d'erbe. Si vos en desgiunez par .vu. jors et par. vu. nuiz : .111. fois le jor a geûn, et au soir quant vos irez couchier. Ge di que por tertre avaler, ne por tetre mon- ter, ne por sooir, ne por troter, piez ne braz ne vos 225 dieudront, œil ne vos ploreront. chief ne vos dieura por parler aj ornée ausinc com ge faz ; goûte feste ne vos prenra, goûte migraigne ne vos tenra, ne fis, ne clox, ne clopaire, ne ru d'oreille, ne enconbrement de piz, ne avertin de chief, ne dolour de braz, que Diex vos en voit ; 230 ainsinc ven ge mes herbes et mes oignemenz. Ge ne sui pas de çax qui se maudient por lor denrées vendre. Qui voira, si en praigne ; qui vorra, si le lait ; ne autre foi, ne autre sairement que nos vos en avon fait, ne vos en ferons nos. III DE LA GOUTE EN L'AINE B. N., fr. 837. Escoutez fruit et entendez, Qui assez sovent despendez En chose qui ne vous vaut riens : Hui vous est avenu granz biens : 5 De mire, se m'en volez croire. Qu'en dites vos ? respondez voire. Je suis bons mires de Salerne. Fols est qui blasme ne qui ferne Le grant sens que Diex m'a doné 10 Et que j'ai pieça conquesté A Paris et a Montpellier, Dont je ving d'escole l'autrier. Vous qui de mire avez mestier, N"a si bon jusqu'à Montpellier i5 Com je sui ; si nel savez mie, Droiz est donques que je vous die Qui je sui et que je sai fere. Ja l'orrez se vous volez tere : Je sui bons mires et bien sages. 20 Je sai garir de toz malages : Je garis de la goûte en l'aine Qui met les genz en malt- paine, Une goûte plaine de rage. Li .1. l'apelent mal volage LES DITS DE L HERBE7UE 25 Por ce que sovenl va et vient ; Mes por ce qu'entre le cul tient, L'apelez vous la goule en l'aine. C'est une goûte trop vilaine : Nous l'apelons goûte de rains, 3o Plus bêlement a tout le mains Et plus cortoisement que vous. Auroit il ci nul entre vous Qui fust si pris de telc goûte ? Je l'en gariroie sanz doute 35 Si netement. bien le puis dire, Queja mes n'en iroit a mire. Sachiez de voir, bons mires sui, Par saint Connebert, ou je fui L'autre nuit et nus et dechaus. 4o Je sui bons mires et loiaus ; Je sui trop bons mires a droit Si corn vous orrez orendroit ; Ne ruis queborse le compère ; Mes por Dieu et l'ame mon père 45 A cui Diex vrai pardon li face, A vous trestoz de ceste place Aprendrai, se volez aprendre Et se vos me volez entendre, Comment et par quele mecine 5o Vos erracherez la racine Du mal qui sovent vous sousprent, Qui les rains et le cul porprent. Escoutez ça, entendez moi : Je le vous aprendrai en foi, 55 Se je sui très bien entenduz. Prendez la hart de .II. pendus, Si prendez la queue d'un lièvre LES DITS DE L HERBERIE Et de la laine d'une chievre, Amer de miel, douceur de suie, 60 De la vesniere d'une truie. Del blanc du cul d'un noir chaudron, Le cinquisme pié d'un mouton. Qui toutes ces choses prendroit. Et en .1. mortier les melroit. 65 Et si les triblast tout en .1., Et puis les beùstajeiin, Garis seroit, sachiez sanz doute, De la très angoisseuse goûte Qui n'espargne nule ne nul, 70 C'on apelie goûte de cul. LES DEUX BOURDEURS RIBAUDS INTRODUCTION Voici, réunis, trois poèmes, qui, au point de vue du sujet, ont entre eux une étroite parenté1. Le premier, intitulé la Gengle dans un manuscrit el Y Ebaubissement au lecheor dans un autre, est une invec- tive adressée par un jongleur à un autre jongleur, dont il dénigre l'ignorance en la comparant à son propre savoir. Le second, intitulé la Réponse de l'un des deux ri bauds, est suffisamment défini par ce titre même. Le troi- sième, intitulé la Contregengle. est une autre réponse. Une question se pose : quel rapport y a-t-il entre ces trois pièces, indépendamment de celui des sujets P La première comportait-elle, dès l'origine, une suite? Avons-nous affaire à un débat, ou bien, tout d'abord, la première invective formait-elle un monologue indépen- dant, auquel, après coup, se seraient ajoutées des ré- pliques ? Examinons les manuscrits. Le ms. 354 de la Bibliothè- que de Berne (C) donne seulement la pièce I. Le ms. fr. 19102 de la Bibliothèque Nationale (A) donne à la suite la pièce I et la pièce IL Le ms. fr. 837 de la même biblio thèque (B) donne à la suite la pièce 1 et la pièce III. \insi. trois manuscrits fournissent trois indications différentes : 1. Les Deux bourdenrs ribauds ont été publiés par Jubinal, dans son édition des Œuvres deRutebenf. in-ia0, t. III, p. 3 (pièce I),p.8 (pièce II); — par Montaiglon, Recueil général des fabliaux, t. I. p. 1 (pièce I) ; t. I, p. 7 (pièce II); t. II, p- a57 (pièce III : — H par Bartsch, Langue et Littérature, col. O09 (pièce J), col. "; | pièce II 84 LES DEUX BOURDEUKS RIBAUDS à lire l'un, il semble que la première invective se suffise à elle-même ; à lire les deux autres, on constate qu'il y avait une réponse, mais cette réponse n'est pas la même dans chacun des deux manuscrits. Or, tout considéré, les arguments, dans la question que nous nous sommes posée, se balancent de la façon suivante. Pour croire que l'invective a été primitivement isolée, nous avons comme première raison le fait qu'elle l'est dans le ms. de Berne. En outre, que les mss. 837 et igi52 donnent chacun une réponse différente, on se l'explique facilement si, la tra- dition originale ne comportant que le premier poème, l'idée, naturelle, de lui donner un pendant, une suite, est venue après coup à deux trouveurs simultanément. Mais, d'autre part, le manuscrit de Berne, qui donne de la première pièce un texte très fautif et très incomplet, ne mérite pas d'être tenu en très grand compte. Et quant à la différence des réponses, il est bien admissible que, l'auteur de l'invective en ayant composé une, un autre poète, pour des raisons qu'on peut imaginer, en ait composé une seconde mieux à son goût l. Les indices extérieurs faisant défaut, interrogeons cha- cune des pièces séparément, et voyons d'abord si la langue, dans laquelle elles sont écrites, permet de leur attribuer une origine commune. Voici les observations principales que nous ferons : Pièce I. Phonétique. — Voyelles. — 1. La diphtongue m(< a -t-j) ne rime jamais qu'avec une diphtongue de même origine : 5 taise : plaise ; [\§jaire : taire ; 89 laisses : laisses. 2. Les voyelles nasales an et en sont toujours distinguées ; 1. Voy. plus loin, p. 89. LES DEUX BOURDEURS RIBAUD8 85 9 oan : cordoan ; 73 romans : Alescans; — [5 forment povrement ; 11 gent : argent; i45 Guinement : gent. 3. Les e sont soigneusement distingués selon leur ori- gine : 91 paresce : proesce « ë) ; — 167 geste : J'este : — 65 tel : tinel ; 67 nés ; nés (< a) ; etc. 5. 0 long étymologique est distingué de o : 27 fce/wor : seig/ior (< ô). — 29 praeue : rcueue ; n3 œuure : cuevre Ko). 6. La diphtongue oi « ë) est distinguée de la diph tongue oi (< o 4- y) : 35 avo/r : votr ; 79 Ardennois : Danois; 87 B/0/5 : Galois; iS-j pois : borgois (< ë). — 95 Floire : estoire « o-hj). 7. £en hiatus dans le corps d'un mot, est maintenu : 2 sëoiV; 20 dëusses; 20 pëusses; 83 rëonde ; etc. Il en est de même pour a : 9 gaaignage; 17 gaaignes. Consonnes. — 8. A la finale des mots, set 1 sont à peu près régulièrement distingués: 21 endossez : fosse:: 33 entorteilliez : apareilliez; w] faz : chaz : 129 />/>: : //v- pier; i35 granz : noienz. — Une seule exception : 7 festus (écrit f est az) : vestuz. 9. A la finale des mots, les consonnes c, f, p. disparais sent devant s, ce qui est ordinaire, mais une rime curieuse montre une chute semblable de l devant s : i53 gros : mofljs. Morphologie. — 10. La déclinaison est parfaitement cor recte (voy. les vers 7 ; 17 ; 19 ; 33 : 39 ; \ \ : 55 ; 61 ; s ; 89 ; 117 ; 125; etc.). — Les formes Iioms et home servent, l'une pour le cas sujet du singulier, l'autre pour le ca gime : 29, 37, 129 homs ; 43, à~, 1 44, 16.") home. 11. Les adjectifs féminins quel (32. i5o), et granz 1 1 n'ont pas d'e final. 86 LES DEUX BOLRDEURS RIBAUDS 12. La irn personne de l'indicatif pris (44), du verbe prisier, n'a pas d'e final. Pièce II. Phonétique. — Voyelles. — 1. Même observation que pour la pièce I : 27 retraire : faire ; 3g arlumaire : faire; 55 haie : paie; 61 Maine : diemaine; io4 essai : sai. 2. Même observation que pour la pièce I : 5 merveillant : conseillant: 102 Embatant : itant ; — 11 menuement : ment; 162 ceenz : noienz. Exception : 71 tanz : serjanz. 3. Même observation que pour la pièce I : 25 con- querre : terre; 57 feste : teste ; 'g fer: enfer; 142 teste : geste « ë -4- entrave) ; — 45 raviser : deviser ; 69 raconter . mer: 89 mer : aconter «a): ^oreille : merveille (<ë). 5. Même observation que pour la pièce I : 70 buef : nef (< o) ; — 120 meures : heures (< ô). — Alais ô et ô étymologiques sont confondus lorsqu'ils sont entravés : 106 prudome (< ô) : some (< Ô). 6. Même observation que pour la pièce I : 83 paroi : Godefroi ; i55 soie : voie « ë) ; — 7 oie : joie ; 1 16 noire : estoire: i3o estoire : mémoire (< o -+- j) . A noter, toutefois, ici, que au vers 46, cuide (' Uen - 7a. />' Garnier — 75-76 manquent dans B — 7"'. C De V. 77. B Gui dequin 96 LES DEUX BOURDEURS RIBAUDS Si sai d'Ogier de Montaubant, Si com il conquist Ardennois ; 80 Si sai de Renaut le Danois ; Mais de chanter n'ai ge or cure. Ge sai des romanz d'aventure, De cels de la Reonde Table, Qui sont a oïr delitable. 85 De Gauvain sai le malparlier, Et de Quex le bon chevalier ; Si sai de Perceval de Blois : De Pertenoble le Galois Sai ge plus de .LX. laisses. 90 Et tu, chaitis. morir te laisses De mauvaitie et de paresce : En tôt le monde n'a proesce De quoi tu te puisses vanter ; Mais ge sai aussi bien chanter 95 De Blanchcflor comme de Floire ; Si sai encor moult bone estoire, Chançon moult bone etanciene : Ge sai de Tibaut de Viane, Si sai de Girart d'Aspremont. 100 II n'a chançon en tôt le mont Que ge ne saiche par nature ; Grant despit ai quant tel ordure 79-80 manquent dans B — 8i-g4 placés par B après 112 — 81-88 manquent dans C (bourdon) ; 81. B nai ore c. — 82. B Si sai de r. — 83-84. intervertis dans B — 83. B Je sai de — 86. B Keu 87. B delbois — 88. B Et de sireYvain le — 89. C Entre se cuit xxv. — 90. A Mais tu — 91. B mauvestie — g4- A conter ; C Mais sai aussi — 95-98 remplacés dans B par 5g-6o qui se trouvent donc répétés — 96. C encor de b. — 97. C Chançon meillor et a. — 100. A II nest — 102. A ai com t. ; B Si ai desdaing q. ; C Por ce mest vil q. LES DEUX BOURDEURS RIBAUDS 97 Gom tu es, contre moi parole : Sez tu nule riens de citole, io5 Ne de viële, ne de gigue? Tu ne sez vaillant une figue. De toi n'est il nus recouvriers ; Mais je sui moult très bons ovriers, Dont ge me puis bien recouvrer : 110 Se je m'en voloie aovrer, Aussi com ge voi mainte gent, Ge conquerroie assez argent ; Mais a nul tens ge ne fas oeuvre. Ge sui cil qui les maisons cueuvre 1 15 Desus de torteax en paële ; Il n'a home jusqu'à Neële Qui mielz les cuevre que ge faz. Ge sui bons seignerres de chaz, Et bons ventousierres de bues ; 120 Si sui bons relierres d'ués, Li mieldres qu'en el monde saiches ; Si sai bien faire frains a vaches, Et ganz a chiens, coifes a chievres ; Si sai faire haubers a lièvres, 125 Si forz qu'il n'ont garde de chiens. Il n'a el monde, el siècle, riens Que ge ne saiche faire a point ; Ge sai faire broches a oint Mielz que nus hom qui soit sor piez ; i3o Si faz bien forreax atrepiez 104. C de viole — io5. CNe de citole ne — no. A Se de ma main .voloie ovrer — n3. B voy. note 81 ; C conquerroie molt a. — m S. i: en nul ; C tans ne voil faire o. — n5. A Dues friz de t. — 1 sache— 126. B En ceste inonde na nule riens ; G Certes il na cl m. 1. — 129-155 manquent dans C 98 LES DEUX BOLRDELRS RIBAL'DS Et bones gaines a sarpes ; Et se ge a voie .IL harpes, Ge nel lairai que ne vos die, Ge feroie une meloudie, i35 Ainz ne fu oie si granz. Et tu, diva, di, fox noienz, Tu ne sez pas vaillant un pois. Ge connois toz les bons borgois Et toz les bons sirjanz du monde ; i^o Ge connois Gautier Tranchefonde, Si connois Guillaume Grosgroing, Qui assomma le buef au poing. Et Trcnchefer, et Rungefoie, Qui ne doute home que il voie, i^5 Machebuignet et Guinement. Et tu, connois tu nule gent Qui onques te faissent du bien? Nenil voir, tu ne connois rien Qui riens vaille en nulle saison. i5o Or me di donc par quel raison Tu te venis ici enbalrc? Près va que ne te faz tant batre D'un tinei ou d'un baston gros, Tant que tu fusses aussi mox 1 55 Com une coille de mouton. Vinz mais, par la croiz d'un bouton. i33. B Ge ne 1. q. ne te d. - i34. B une tel — i36. B tu que fez di f. ; après i3G B ajoute : Bien pert que tu es loi nais : Que quiers tu donc en cest pais ? 137. B Quant tu ne s. v. — iii-i^a intervertis dans B. — i'ji. A groig. — i4a. A poig ; B assomme... del p. — iA3-i4't intervertis dans B — i43. fîrungeferet tranchefoie — ibo. B Et M. et Guinant — i5i. B venis ceens e. — 106. A vouton ; B voton LES DEUX BOLRDEURS HJBAUDS QQ N'oï parler de tel fouet. Vez quel humeor de brouet, Et quel vuideor de henas ! 160 A bien poi se tient que tu n'as Du mien, se ne fust por pechié : Mais il ne m'ert ja reprouchié Que tel chetif fiere ne bâte, Quar trop petit d'onnor achate i65 Qui sor chetif homme met main ; Mais se tu venoies demain Entre nos qui somes de geste, Tu te plaindroies de la feste. Or t'en va, beax amis, va t'en : 170 Esté avons en autre anten. Fui de ci, si feras que saiges, Ou tu auras par mi les naiges D'une grant aguille d'acier ; Nos ne t'en volons pas chacier 175 Vilenement por nostre honte : Nos savons bien que honor monte. i58. A q. vuideor de — i5g. A q. humeor de — 160. B A b. pe- titet que ; C A petit se tient que — i65. A Qui sos tel c. met sa m. — 167. B qui savons de — 171. B Or ten va si — 173. A grosse ag. — 176. B Quar s. ; B Explicit la jengle au ribaut. II LA RÉPONSE DE LUX DES DEUX RIBAUDS Ms. igi52, f° 70 \ Tu m'as bien dit tôt ton voloir : Or te ferai apercevoir Que ge sai plus de toi assez, Et si fu mieldres menestrez 5 De toi ; moult me vois merveillant (Nel dirai pas en conseillant, Ainz vueil moult bien que chacun l'oie, Se Diex me doint henor et joie) De tex menés terex bordons 10 A qui en done moult beaux dons A haute cort menuement : Qui bien sordit et qui bien ment, Cil est sires des chevaliers ; Plus donnent il as malparliers, i5 As cointereax, as menteors, Qu'il ne font as bons troveors Qui contruevent ce que il dient Et qui de nului ne mesdient. Assez voi souvent maint ribaut, 20 Qui de parler se font si baut Que ge en ai au cuer grant ire. Et tu, bordons, que sez tu dire, Qui por menesterel te contes? i4- ms. menteors — iô. ms. malparliers LES DEUX BOLRDEURS RIBAUDS IOT Sez tu ne beax diz ne beax contes 25 Pour quoi tu doies riens conquerre ? De quoi sers tu aval la terre ? Ce me devroies tu retraire. Ge te dirai que ge sai faire. Ge sui jugleres de viele ; 3o Si sai de muse, et de fretele, Et de harpe, et de chifonie, De la gigue, de l'armonie ; Et el salteire et en la rote Sai je bien chanter une note. 35 Bien sai joer de l'escanbot Et faire venir l'cscharbot Vif et saillant dessus la table ; Et si sai maint beau geu de table, Et d'entregiet, et d'artumaire ; !\o Bien sai un enchantement faire. Ge sai moult plus que l'en ne cuide, Quant g'i vueill mestre mon cstuide : Et lire, et chanter de clergie, Et parler de chevalerie, 45 Et les preudhomes raviser, Et lor armes bien deviser. Ge connois monseignor Hunauf Et monseignor Rogier Ertaut, Qui porte un escu a quartiers ; 5o Toz jors est il sains et entiers, Quar onques n'i ot cop féru. Ge connois monseignor Begu, Qui porte un escu a breteles Et sa lance de .II. ateles 55 Au tournoiement, a la haie : C'est li hons du mont qui mielz paie 102 LES DELX BOURDEURS R1BAUDS Menesterex a haute feste. Si connois Renaut Briseteste, Qui porte un chat en son escu : 60 Cil a a maint tornoi veincu ; Et monseignor Giefroi du Maine, Qui toz jors pleure au diemaine ; Et monseignor Gibout Cabot, Et monseignor Augis Rabot, 65 Et monseignor Augier Poupée, Qui a un seul coup de s'espee Coupe bien a un chat l'oreille. A toz vos sembleroit merveille Se ceus voloie raconter 70 Que ge conois dusqu'a la mer. Ge sai plus de toi quatre tanz : Ge connoi toz les bons serjanz, Les bons chanpions affailiez ; Si en doi estre plus proisiez. 76 Ge connois Hébert Tuebuef, Qui a un seul coup brise un huef, Errachecuer, et Rungefoie, Qui ne doute home que il voie, Et Heroart, et Dent de Fer, 80 Et Hurtaut, et Tierry d'Enfer, Abalparoi, fort pautonicr. Et Jocelin, Tornemortier, Et Ysenbart le Maureglé, Et Espaulart, le fils Raiché, 85 Et Brisebarre. et Godefroi, Et Guauquelin Abatparoi, Et Osoart, et Tranchefonde ; Et toz les bons serjans du monde Et deçà et delà la mer LES DEUX BOURDEURS R1BALDS io3 90 Vous sauroie bien aconter. Ge sai tant et si sui itex. Ge connois toz les menestrex, Cil qui plus sont amé a cort, Dont li granz renons partot cort. q5 Ge connois Hunbaut Tranchecosle, Et Tiecelin, et Portehote, Et Tornenfuie, et Brisevoire, Et Bornicaut, ce est la voire, Et Fierabras, et Tuterel, 100 Et Malebranche et Malquarrel, Songefeste a la grant viële, Et Grimoart qui chalemele, Tirant, Traiant et Embatant : Des menestrex connois itant, io5 Qui me vorroit mestre a essai, Que plus de mil nommer en sai. Ge sai bien servir un prudome, Et de beax diz toute la some ; Ge sai contes, ge sai flabeax ; 110 Ge sai conter beax diz noveax, Botruenges viez et no vêles, Et sirvenlois et pastoreles. Ge sai le flabel du Denier, Et du Fouteor a loier, n5 Et de Gobert et de dame Erme, Qui ainz des els ne plora lcrmc, Et si sai de la Coille noire ; Si sai de Parceval l'estoire, Et si sai du Provoire taint, 120 Qui o les crucefix fu painz ; Du Prestre qui menja les meures Quant il dcvoit dire ses heures : 104 LES DEUX BOURDEURS RIBAUDS Si sai Richalt, si sai Renart, Et si sai tant d'enging et d'art. 125 Ge sai joer des baasteax, Et si sai joer des costeax, Et de la corde, et de la fonde, Et de toz les beax giex du monde. Ge sai bien chanter a devise i3o Du roi Pépin de s. Denise ; Des Loherans tote l'estoire Sai ge par sens et par mémoire ; De Charlemaine, et de Roulant, Et d'Olivier le conbatant. i35 Ge sai d'Ogier, ge sai d'Aimmoin, Et de Girart de Roxillon ; Et si sai du roi Loëis, Et de Buevon de Conmarcliis, De Foucon, et de Renoart. i^o De Guielin et de Girart, Et d'Orson de Beauvez la some ; Si sai de Florence de Rome,- De Ferragu a la grant teste. De totes les chançons de geste i45 Que tu sauroies aconter, Sai ge par cuer dire et conter. Ge sai bien la trompe bailler, Si sai la chape au cul tailler, Si sai porter consels d'amors, i5o Et faire chapelez de flors, Et cainture de drueric. Et beau parler de cortoisie A ceus qui d'amors sont espris : Et tu donc cuides avoir pris? i55 Ne parler mais la ou ge soie, LES DEUX BOLRDELRS RIBAUDS IO.J Mais fui de ci et va ta voie. Va aprendre, si feras bien. Que contre moi ne sez lu rien. Beax seignor, vos qui estes ci. 160 Qui noz parole avez oï, Se j'ai auques mielz dit de li, A toz je vos requier et pri Que le metez fors de ceanz, Que bien pert que c'est .1. noienz. Explicit des Jj. troveors. III AUTRE RÉPONSE ou LA CONTREGENGLE Ms. 837, f° 216 '■-{' 2i5h. Fabloié as or longuement Et moi ledengié durement : Si te vient de grant ribaudie. Mes qui biau veut oïr, biau die ! 5 Ceste resons bien i afiert, L'une bontez l'autre requiert. Tu es fols de contraliier, Quar l'uevre loe bien l'ouvrier. Molt me torne ore a grant anui, 10 Quant tu demandes qui je sui. Tu me demandes que je sai ; Mes je voudroie qu'a l'essai Fussons ore, entre moi et toi, Li quels set plus. Foi que doi toi, i5 Tu paroles molt folement ; Si me fez ci .1. argument Et .1. sofisme tout boçu. Mes chetis houliers, qui es tu ? Nul bien el siècle tu n'entens ; 20 Or, di quels est tes argumens ? Va aprendre : bien t'est mestiers. Tu es et molt baus et molt fiers : LES DEUX BOURDEURS IUBA1 DS lu; As tu ci nul de tes pareil/. ? Tu te fez prone entre les genz, 25 Et si nous veus ci fcre entendre Que nus ne te porroit a prendre, Por ce qu'il te facentaïue. Tu n'as pas ta borde vendue. Qui ainsi bcslornes les nons. 3o Tu es li sages Salemons, Qui tant aprist, que en folie Torna le sens de sa clergic. Tant as vescu que tu radotes : Or t'est avis que, por .II. cotes 35 Que tu as environ tes os, Que nus ne soit jamès si os Que il devant toi parler ost Ne plus que devant .1. provost. Ce est coustume de chetif 4o Et de truant ribaut faintif Que, quant il vient a .1. poi d'aise, Dont ne voit rien ne li desplaise. De maigre poille par nature Plus maie d'autre est la morsure. 45 Ne deûsses pas avoir cote Qui fust entire, mes la hôte Ce deiist estre tes mestiers, Etfiens porter en .II. paniers. Mestier n'as entre nule gcnt 5o Qui en els aient escient. Va seoir o les vielles sordes : Celés dois tu pestre de bordes. Tu ne dois pas porter viële, Ne mengier en nete escuële, 55 Mes en une auge avocc porciaus. IOS LES DEUX BOURDEURS RIBA.UDS Forche, pelé, besche, flaiaus Dois porter et itel merrien. Diex te desfende de tout bien Et il te gart de son salu. 60 Poi m'as grevé et poi valu : N'i bee ja que mes mestiers Puist empirier de tels bordiers. Quar pleiist or Dieu et saint Leu Que semblaisses aussi bien leu 65 Com tu resambles .1. asnicr ! Or esgardez quel charruier, Comme est bien tailliez a vilain ! Seignor, or soiez tuit certain Qu'il est du plus mauves lingnage 70 Qu'aine vcïssiez en votre eàge : Por ce di que tels pautoniers Ne me puet grever .11. deniers. Fui de ci, quar tu es ribaus : Ne vaus pas certes .II. chiez d'aus. 75 Non pas ribaus, mais ridolenz. Maie goûte aies tu es denz ! Tu es uns ribaus pailletous. Je t'ai veû par maintes cors, Que tu n'avoies pas vestu 80 Vaillant .III. solz. Mes qui es tu ? Qui fu ton père et qui ta mère ? Je les connui bien, par saint Père ! Tes pères embla .1. tabar Par quoi il fu penduz a Bar. 85 Et en meïsme celé anee Fu ta mère a Provins plantée. Je vi une teue seror Qui espousa .1. lecheor ; LES DEUX BOURDELRS RIBAUDS IO9 Andui furent planté ensamble 90 A Miaus le Chastal, ce me samble : Por .1. sorcot qu'ele ot emblé, Furent ensamble andui planté. Encor n'a gueres que je vi A Sens, .1. jor de samedi. 95 En l'eschiele .II. granz meschines, Qui près estoient tes cousines, Qui en faus plet furent trovees : En Yone furent getees. Estrais es de pute lingnie. 100 Je revi ja de ta mesnie Lez moi que j'avoie a voisins .II. maus larrons de tes cousins : Andui furent par bougresie Ars en mileu de Normendie. io5 Por ce me torne a grant despit Que .1. tel ribaut me mesdit. Ja bons ne seras, par saint Père : Li filz doit resambler le père. Chetiz es et chetiz seras, 110 iSeja nul jor n'amenderas. Par tant n'avras de quoi tu vives. Por ce me poise quant t'estrives A moi et que tu me dis honte. Dont te vient il ? A toi que monte ? n5 Chascons ribaus si devient prone Quant il fet tant que il larrone .1111. deniers, ou .V., ou sis, Si veut estre ou haut dois assis : Mes tu avras le pelori ; 120 Ja mes ne t'en verra guéri. Si t'ait Diex, ou emblas tu I 10 LES DEUX BOURDEURS RIBAUDS Cel sorcot que tu as vestu ? Or emble tant com tu porras : Por .1. pendre qui tes seras. 125 Trop par es preus a .1. besoing : Tu n'as de i'autrui chose soing, Se nel pues tolir ou embler. Hé ! Diex, com vaillant bacheler ! Gomme est servanz et de grant pais ! i3o Diva, fol ribaus, quar te tais ; Si te va pendre a .1. gibet. Tu ne sez rien fors que d'abct. De mespoins et de fortreture ; Mes de ce n'ont preudomme cure. i35 Ja n'est il nus hom qui Dieu croie Qui en moustier entrer le voie : Tu as toute usée ta pel En la taverne et au bordel. Tu trueves ainz c'on ait perdu. i4o Or le voi je tout esperdu ; Or soit ore tout en respit, Si recorde ce que j'ai dit. Mes tu ne sez nule rien dire ; Tu ne sez rien fors d'autrui lire, î \~-> Tu vas autrui mort conquérant, Dont tu aquiers maint mal voillant. Quanques tu asicijenglé As tu d'autre leu descenglé. Je sui près de ce aprover i5o Que tu m'as ci oï conter. Je n'i vueil mètre plus d'alonge. Aconsivre vueil ta mençonge, Mes les oevres dont tu te prises N'as tu pas encor bien aprises. LES DEUX BOURDEURS RIBAUDS I | i i55 En toi n'a se les bordes non, Ne tu n'es pas de grant renon Si com autre ménestrel sont Qui aus granz cors les robes ont. Mes toi, por quoi les donroit L'en ? 160 En toi n'a proece ne sen, Dont l'en te doinst .1. oef pelé. Musart or t'ai bien apelé. Tu ne sez ne bien ne honor. Onques mes, par le Sauveor, t65 Ne vi si fol ne si musart ! Va, si te peut a une hart. Feu t'aide l'eschine et les flanz ! Va toi repondre souz ces banz Con povre chose et nice et foie. 170 Et fols est qui a toi parole. Mes Fortune t'a or bien fet Qui t'a encressié et refet. N'ai cure d'à toi estriver, Quar bien tost me porroie irer 176 De corouz et de mautalent. Mes se ce n'estoit por la gent Et por mes amis ahonter, Je te feroie mesconter De ces degrez une partie. 180 Or t'en va, si ne revien mie En leu ou me saches ne voies, Que tu tendroies maies voies. Explicit la contre/ eng le. TABLE DES NOMS PROPRES CONTENUS DANS LES Deux bourdeurs ribauds1. Aïe de Nanteuil I 70 au lieu de Aïe d'Avignon, héroïne de chanson de geste. Voy. Garin. Ammoîn II i35, Aymon, héros de geste (Les quatre fils Aimori). Augier Poupée II, 05 « pru- dhomme ». Augis Rabot II 64, «prudhomme». Abatparoi II, 81 « champion ». Voy. aussi Guauquelin. BegU II, 52, « prudhomme ». Bernart de Saisogne I 76 au lieu de Bernard de Brabant, héros de geste. Voy. Guiteclin. Blancheflor I g5, héroïne de roman. Bornicaut II 98, ménestrel. Brisebarre II, 85, « champion ». Brisevoire II 97, ménestrel, Bruges I n, nom de ville. Buevon de Conmarchis, héros de chanson de geste. Charlemagne II i33, héros de chanson de geste. Coille noire II 117, titre de fabliau. Denier II n3, titre de fabliau. Dent de Fer II 79, a champion ». Ern bâtant II io3, ménestrel. Erme II n5, nom de femme, per- sonnage d'un fabliau. Errachecuer II 77, « champion ». Espaulart II S'i, « champion ». FerragU II ii3, Fergus, héros de roman. Fierabras II 99, ménestrel. Floire I 95, héros de roman. Florence de Rome il i/ia, hé- roïne de chanson de geste. Foucon II 139, Foucon de Candie, héros de chanson de geste. Fouteor II ni, titre de fabliau. Frison l 19, habitant de la Frise. Garin d'Avignon 1 73 au lieu de Garin de Nanteuil, père de Gui de Nanteuil, héros de gesl Aïe. Gautier Tranchefonde I i4o, <( sergent ». Gauvain le malparlier 1 85, héros de roman, chevalier de grand mérite. Glbout Cabot il 60, 01 pru- dhomme ». 1. Pour ce qui est des noms de jongleurs, voy. Les jongleurs en Frot moyen âge, p. 280, n° 44, et les renvois. n4 TABLE DES NOMS PROPRES Qiefroi du Maine I 61, « pru- dliomme ». Qirart II i'4o, liéros de chanson de geste (Girard de Vienne?). Qirart d'Aspremont J 99, pour Girard de Vienne, héros de chan- son de geste. Voy. Tibaut. Qirart de Roxillon II i3C, héros de chanson de geste. Gobert II u5, héros d'un fa- bliau. Godefroi II 85, « champion ». Grimoart II, 102, ménestrel. Guielin II, i'io. héros de chanson de geste. Guillaume au Tinel I or, au lieu de Guillaume au Court nés. liéros de chanson de geste. Voy. Re- noart. Guillaume Grosgoing I in, « sergent ». Guinement I i/i5, « sergent ». Guion d'Aleschans I 74 au lieu de Guion de Bourgogne, héros de chanson de geste. Voy. Vivien. Guiteclin de Brebant I 77 au lieu de Guiteclin de Sassoigne, héros de chanson de geste. Voy. • Bernart. Hébert Tuebuef H 70, « cham pion ». Heroart 11 79, « champion ». Hunaut II .'47, « prudhomme ». Hunbaut Tranchecoste II 95, ménestrel. Hurtaut II 80, « champion ». Jocelin Tornemortier il 82, (( champion ». Loeïs II 137, héros de chanson de geste. Loherans II i3i, personnages de chansons de geste. Machebuignet I i46, « sergent ». Malebranche II 100, ménestrel. Malquarrel II 100, ménestrel. Nicolas l i'i. Neele I nG, nom de village. Ogier II i35, héros de chanson de geste. Ogier de Montaubant I 78 au lieu de Ogier le Danois, héros de chanson de geste. Voy. Renaut. Olivier 11 j3',, héros de chanson de geste. Orson de Beauvez II i'h, héros de chanson de geste. Osoart II 87, ((champion ». Parce val H ri8, héros de roman. Pépin de S. Denise I i3o, héros de chanson de geste (Berte au grand pied). Perceval de Blois 1 87 au lieu de Perceval le Gallois, héros de roman. Pertenoble le Galois I 88 au lieu de Partenopeu de Blois, héros de roman. (Remarquer que le roman n'est pas composé en laisses, et le jongleur fait une bourde en le disant). Portehote II 9O, ménestrel. Prestre qui menja les meures (du) Il 121, litre de fabliau. Provoîre taint (du) II 119, titre de fabliau. Quex le bon chevalier I 80, héros de roman, sénéchal félon. Raiché I 8/J. Renart II ia3, héros de roman. Renaut le Danois I 80 au lieu de Renaut de Montauban, héros de geste. Voy. Ogier. Renaut Briseteste II, 58, mé- nestrel. Renoart II 139, héros de chanson de geste. Renoart au cort nés 1 08 pour Renouart au Tinel, le même que le précédent. Voy. Guillaume. Reonde Table I 83, titre d'un groupe de romans. Richalt II ia3, héros d'un fabliau. Rogier Ertaut II $8 « pru dhomme ». TABLE DES NOMS PROPRES n5 Roulant I 1 33, héros de chanson de geste. Rungefoie I i.'i3, II 77. « sergent» et « champion ». Songefeste II 101. ménestrel. Tibaut de Viane I 98 au lieu de Thibaut d'Aspremont, héros de geste (Gaydon). Voy. Girart. Tiecelin II 96, ménestrel. Tierry d'Enfer II 80, « cham- pion ». Tirant 11 io3, ménestrel. Tornenfuie II 97, ménestrel. Traiant II io3, ménestrel. Tranchefer I 1 . rgent ». Tranchefonde II 87. « champion ». Tunterel II 99, ménestrel. Vivien de Bourgogne I -'■> au lieu de Vivien d'Aliscans, héros de chanson de geste. Voy. Guion. Ysembart le Mauréglé II 83, « champion ». GLOSSAIRE Ce glossaire est destiné à éclairer la lecture des Dits de l'Herberie et des Deux bourdeurs ribauds. — On y trouvera : i° les mots aujourd'hui perdus; 2° les mots dont le sens avarié; 3° les mots dont la forme s'est notablement modifiée. — Les lettres H et B désignent l'une l'Herberie, l'autre les Deux bourdeurs ribauds. Les chiffres romains indiquent le numéro des pièces qui figurent sous chacun de ces titres. a exprime : le moyen H I i46; B I 1/12 ; etc. ; l'objet B III i 13 ; la con- formité B III 67 ; l'accompagnement H I 122 ; etc. aba H I, hU, aboiement. abet B III i32, ruse. abevrer prés, aboivre II II 3o, abreuver. achater prés, achate B I i64, ache- ter. aconsivre B III i5a, atteindre. aconter B II 90, e'numérer. adeser H II 1 57, toucher. aese H II 186, à aise, content. aferir prés, afiert B III 5, convenir. afaitier part, passé affaitiez B II 73 sage. af fichier H II 5i assurer. aguille B I 173 aiguillon. ahonter B III 177 rendre honteux. aidier subj. aist B I 36, aider. ail rg. pi. aus B III 74 ail. aine B III 70, etc. jamais. ainçois H II 37, 87, mais. ainsinc H II a3o ainsi. ainz H I 120, II 21G, B II 7, etc. mais ; — que H I 7, B III i3y, etc. avant que. ainz B I i35, II 116; — mais B I i56 jamais. aitre H II 199, 200 cimetière. aiue B III 27 aide. aive II II i3, 2o5 ; yaue H I 186: eau. ajornee H II 55 le temps d'une journée entière. aler H II 25; prés, vois B II 5 ; subj. voize H I 7 : aller ; près va que B I io2 il s'en faut de peu que. alonge B III i5i retard, longueur. amender B III no s'amender. andous suj. andui B III 89, io3, tous deux. anglure H II 97 angelure. angoisseus H IH 68 qui fait souf- jrir. anui B III 9 chagrin, colère. anuier H I 98, être importun. aparsouvolr H I 6 apercevoir. apertement H I 74 manifestement. aprendre, fut. apanrai H I i35; aprendrai H II 70 ; subj. apreigne H II 68. ardre B III 167 ; part. pas. ars B III io'i : brûler. arme H I 176, 178 âme. armonie B II 32 instrument de mu- sique. arsure H II 97 brûlure. artisien H II 116 monnaie d'Artois. 9 n8 GLOSSAIRE artumaire B II 3g magie. asavoir faire — HI 1 3$ faire con- naître. asseoir voy. seoir. assez 13 I 112, Il 3, ig, beaucoup, très. assoldre prés, assoit, fut. assoudrai H II \f.\l\, absoudre. atele B II 54 morceau de bois. audafrida II II iet tous les mois des lignes l-fi ne forment, à dessein. aucun sens. auques BU 161 à quelque degré. ausi H II 129; aussi B 1 6o, 1 1 1 : ausinc II II 22G : de même, aussi. auteil H l 170, 171, tel. autresi B I 55 de la même façon. autrier H III 12 l'autre jour. avainne H I 89, 170, avoine. aval — la terre B II 2IJ ici-bas. avaler II II 22,3 descendre. avant II I 173, II 161, en avant. avenir II I 3, 1G2, III h, arriver. averti n II I i5o, il 100, 229, accès de folie. avoir imparf. avoie H II io3 etc.; parf. ot II II 128 etc. ; cond. avroie H II 1G9 etc. ; subj. eût H II GG etc. avoir II I i5 subst. : richesses. avoec B 111 55 avec. baastel pi. baasteax B II 125 ins- truments qui servaient mur magiciens et aux jongleurs pour faire des tours d'escamotage et d'adresse. bacheler B III 128 jeune homme. baer impér. bee B III Gi, aspirer àf espérer. bailler B II 1A7 donner de. batel bateax II II 180 (rég. pi.), 197 (suj. sg.), bateau, fait calembour avec nés, qui précède. baut B II 20, 111 22, hardi. beau adv. B II i5a joliment. bêlement II HI 3o joliment. beneistre subj. beneie H II 189, bénir. bestorner B 111 29, déformer. blutel suj. sg. bluteax H II 189, tamis, fait calembour avec saut amis (saut tamis) de la ligne 188. boen II I i33, i85, bon. boire subj. imp. beùst H III GG. boleor II II 36 trompeur. borde H II 35, B III 28, etc. bourde. bordelois H II 1 1 3 monnaie de Bor- deaux. bordier B III G2 celui qui dit des bourdes. bordon B II 9. 22, bourdeur. boschaige H II i54 bocage. boter II II i3a pousser; part. pas. boteiz II 1 1/10 gui pousse au gras, eu parlant du vin. bougresie B III io3 sodomie. bretele B II 53 courroie pour soute- nir reçu. broche II II 91, etc. brorhe. buef rég. pi. bues B I 119; suj. sg. boz H II 1 3(3 : bœuf. bugle B 1 l\i jeune bœuf. cambrisien II II 116 monnaie du Cambrésis. carbonculus II I '18 cscarboucle. ce i>our se (conj.) II 1 9, etc. ; pour se (pron.) H 1 25, etc. cel suj. sg. cil B I 5, ii'i. etc. ; cils B I 29. B II 93 ; suf. pi. cil H I 1 33 ; rég. pi. ceulx HI 120; cex II II 164 ; <;ax H II 23i ; cels B I 83 ; ceus B II 69, etc. Fém. sg. ecle II I G3, II i!\!\, etc., fém. pi. celés B III 5a, etc. : adj. et pron. démonstratif. Celui H II 1 38, i3$. cellande H II 75 sorte d'herbe (Icujuelle ?). cens H l 79 sans. ces pour ses II 1 121. cest II I 1G1, etc. adj. et pron. dé- monstratif. chaalnne H I 122 chaîne. chaceor suj. chacierres H 11 88 chasseur. Chaelon H il 177 Châlons (voy. rai 11s). GLOSSAIRE 102, jouer du "9 chalemeler B II chalumeau. chatnpel rég. pi. chanpeax II 11 180, champ (voy. grieve). champion B II 78 champion, homme d'armes. Chatlteor suj. chanterres B I 65 chanteur. Chape H 1 117. B II i48, manteau. chapel rég. pi. chapiaux H I i4g chapeau. chapelet B II i5o couronne. char H II 53, Kj3, etc. chair. charaie II I 190 sortilège. charree II II 80 cendre de lessive (?). charruier B III 60 valet de charrue. chartain HI 168 monnaie de Chartres. chascon B III n5 chacun. chastel rég. pi. chasteax II II 179, château (voy. tour/ chief II I i5i, etc. ; rég. pi. chiez i5o, B III 7'i : tète. Chifler H II i3i, i35 ; prés, gifflc 218 : railler, moquer. chifonie B II i3i cifoine, instrument de musique, du genre vielle à roue. ci HI 1, etc. ici. De — qu'a H II 1/12 jusqu'à. citole B I io4 instrument de musique, du genre cistre et mandore. clapoire H II 99 voy. clopaire. clergie B II 43, III 32, savoir de clerc, science. clopaire H II 228 bubon. clou clox H II 227 clou, furoncle. COCUla H II 171 et les mots des lignes 171-173 ne forment, à dessein, aucun sens. COÎnterel cointemx B II iô rusé, malin. coissin II II 181, coussin (voy. coûte). coivre H II 74 cuivre. collongnois H II u4 monnaie de Cologne. coin B 1 69, etc. comme; ii, 29, etc. exclamatif; après autant 11 I 119, etc., aussi B I 60, etc., autresi 55, tant III 12.3, tel 1 io3, etc. : que. comal H 11 76 sorte d'herbe (la- quelle?). comperer II III 43 payer. COnfés H II iâo qui a fait sa con- fession. confire H I 77, 78, etc. préparer (un baume). congrier (réfl.) II I i4i se former. con jurement H II 170 action de conjurer. conquerre B II 25, etc. conquérir. conquester II 1 15, III 10, acquérir. COnseillier (réfl.) II II i34 prendre conseil; en conseillant B II 6 en secret. contraire sans — H I 102 sans difficulté. COntralier B III 7 contrarier, con- tredire. controver prés, contruevent B II 17 inventer. cordoan B I 10 cordouan. corir fut. pas. corroit H I 166, courir. cors II 1 1 3 1 , etc.; cor II i4o : corps. cort B 1 63, etc. cour. COstel rég. pi. costeax B II 126 couteau. cote B I si, etc. manteau. COUmin II l n8 cumin. COUte H II 181, a deux sens : « coude » (qui est celui du passage) et « couete » (qui prépare le calem- bour coissinj. covenir II II 217 convenir, falloir. cowir prés, cueuvre 15 I n4 ; cuevre 1 1 7 : couvrir. créance II II 66, 210, croyance. cresperite II I 35 pierre précieuse. Crespinois II II hj monnaie. crier II I i4a créer. croire II 111 5 : prés, crée/ Il i35 ; etc. croire. croteuse il il 8. (?). 120 GLOSSAIRE CUer H I ikk, etc. cœur. cuevre chief II I 121 couvre-chef. cuidier II il 217; B II 4i, i54 : croire. cure II I io3 etc. souci. de après un comparatif B II 3, 5, etc. que. débat, sanz — II II 72 sans difficulté. debatre H I 196 battre. dechaus H III 3f) sans chaussures. delà prép. II II 4g, etc. delez II II 2/1 à côté de. delitable B I 84 agréable. demander prés, demant H II 9, demander. demoree H 1 18 séjour. départir II I 1 35 séparer. descengler B 111 148 dessangler, d'où : piller. desconfés II II i5tj qui ne s'est pas confessé. desgeuner (réfl.) H I 188, etc. déjeuner. desmesure, a — 11 1 io5 sans ad- mettre de limites. desovoîr II l 5 tromper. despendre II III 2 dépenser. despit B I 102, etc. mépris, colère. dessus prép. II I 94, etc. destruire subj. destruie II I 97. détruire. devant ce que II II 1G9 avant que. devise, a — B II 129 à souhait . deviser B II 40 décrire. devoir subj. prés, doies B II 20 ; imp. deûsses B I 20, etc. ; (îeiist B III 47 ; cond. devroies BI 5o, etc. diaton II II 76 sorte d'herbe (la- quelle '.'). diemaine B II 6a dimanche. dijonnois II H 114 monnaie de Dijon. dire subj. die II III 16, etc. ; imp. deisse H I i3a, etc. diva Bl 1, III i3o, allons.' doisien II II 117 monnaie de Douai. dois B III 118 table. doloir fut. dieura, dieudront II II 225, faire mal. dolour H II 229 douleur. doner fut. donrai II II i5i, 102 ; subj. doint B II 8, etc., doinst B III 1G1 ; cond. donroie II I 199. donques H III 16 donc. dont B III 4a alors. dont H 1 i38; B III n4 : d'où ; B 111 i4'J, 161, ù cause de quoi. Dom H II 190 a deux sens : (( d'où » (qui est celui du passage) et (( d'homme » (qui prépare le calem- bour d'orne de la ligne suivante). dormir (réfl.) II 1184 dormir. doute, sanz — H III 34 sûrement. douter II I 39, etc. craindre. droiture B I 4 droit, justice. droit, a — H III 4 > justement. druerie B II i5i amour. druge B I 12 plaisanterie. embler B III 83, gi, etc. voler. emprendre, part. pas. eînpris II I 2 3 saisi, pénétré. en H II 122 an. en B II 10, 4'» etc. on. enbatre (réfl.) B I i3i accourir, venir. encharger II II 108, etc. conjier. recommander. encressier B 111 172 engraisser. engien II II 83 ; enging B II ia4 : ruse, liabileté. enpres II II n après. entendre I! III 1 faire attention; B III 20 comprendre, croire; B III 19 se proposer; part. pas. entenduz H III 55 habile. entier fém. cntire B III 40, entier. entre B I 1G7 parmi. entregiet B II 3g prestidigitation. environ B 111 35 autour de. ermoize II I tUS armoise. erracher II III 5o arracher. escanbot B II 35 instrument de musique. escharbot B II 36 scarabée. OLOSSVTRE 151 eschlele B III g5 pilori. escient B III 5o science, savoir. escorpion H II i58 scorpion. esgarder H II 162, etc. regarder. espandre H II Go répandre. essample II 1 1 3 A exemple. ester B I 1 être en repos. esterlin H I 1G9, Il m, monnaie anglaise. estorer B I 7.3 fournir, provoquer. est range H II 38, 3g, étranger. estre parf. fui H I 28 ; fut. iert I 6g. ert B I 162 ; subj. imp. fussons 13 III 1 3 ; cond. estoie H II io/J. estrescer II I 63 rendre étroit. estriver Bill 112, 173, lutter. fabloier B III 1 raconter. fain H 1 169 foin. faintif B III 60 dissimulé, menteur. faire fere H III 17; prés, faz H II 22G, etc. ; fut. l'eroiz II II 21 ; subj. prés, face II II 12/1; imp. feisse H I i63, etc. ; cond. feroie B I i34, <'lc : faire. faut II 11 17G a deux sens : a faut » (de « faillir », manquer) qui est celui du passage, et « faux », instru- ment à faucher, qui prépare le ca- lembour lance. faute, ce n'est pas — H I 67 infail- liblement. ferir ind. fiert H II 17g ss. ; subj. fi ère B 1 iG3 : frapper. ferner H 1118 dénigrer. ferrite II I 34 pierre précieuse. teste voy. goûte. fi H II gg, 227, ladrerie. fiens B III /|8 ordures. flabel B II n3; flabeav (rég. pi.) B II 10g : fableau. flaiel flaiaus (rég. pi.) B III 56, fléau. fl autre voy. goûte. flun H I 27 Jlux. courant. foi H II 232 promesse; B III it\ par la foi; en foi H III 5'i en tenant parole. fonde B II 127 fronde for II II 8 four. forment, de — B l i5 grandement. forrel forreax (rég. pi.) B 1 i3o fourreau. fors Bill ikh\ — que i32 : excepté. fortreture Bill i33 action de séduire. fox H II 182 a deux sens : «fol, fou » (qui est celui du passage) et « soufflet » (gui prépare le calembour souflez). freperie H I Go friperie. frestele B II 3o chalumeau. fuel le H I i56, etc. feuille. fuisicien H II 38 ; fusicien 5o : physicien. gaaignage B I g gain. gaber II II i3i se moquer. galoface H I 38 pierre précieuse. garcelar H I '18 ? garde, avoir — B I 125 craindre. garder subj. gart H I 1 /( 7 , etc. préserver. garir H I i35 etc. ; gairir H II 6g ; fut. garrai H I 72, etc. ; cond. ga- riroie H III 3/j ; part. pas. gariz H I ig3 : guérir; guéri B III 120 préserver. garnison B I 20 équipement, vête- ment ge H II 5, etc. je. gésir H H a4 être couché. geste B I 1G7 race, famille. getin H II G5, etc. jeun. geiiner II II 55 jeûner. geter H 11 i3 jeter. gieu H II 2i5 : gins io'i ; juif I uji : Pif- gigue B I io5, II 3a instrument de musique, du genre viole. gOUte H II 86 goutte. gOUte H I i5o, ig5 ; B III 76; etc. nom de diverses maladies : goule flautre H I G8 ulcère; goûte feste II 22G jistule ; goûte migraigne 227 migraine. grant, fém. grant B II 21, III 101, etc. grand. 122 GLOSSAIRE grever H II 187; B m 60.72 : peser, être désagréable. grieve U 11 1 4a, etc. haut du front, dessus de la tête. H II 180 a deux sens : a tête » (qui est celui du pas- sage) et « endroit oh il y a du gra- vier » (qui prépare le calembour chanpeax). haie B II 55 clôture, enceinte. hart li III 166 corde. henap, rég. pi. henas B I 159 coupe. hiraudie B l 02 loque, souquenille. hom suj. B III i35, etc. ; lions II 50 ; rég. home H II 191 (voy. dont), 192, etc.; ome 70: homme; hon H I i54 on. honte B [Il ni propos injurieux. hospital, plur. hospitax H II 178 l'ordre des Hospitaliers. Voy. tem- ples. hote B III 46 hotte. houlier B III 18 vaurien. huef B II 76. \'oy. uef. huix II I 187 porte. humeor B I i58 celui qui hume. humeur II I i4i humidité. i B III 5, Gi, etc. explétif. il, plur. il II I [97, etc. ; fém. ele II I 19G, etc. ; el II 28 ; fém. plur. el I 12/4 ; rég. plur. els B III 5o, etc. iluec B 1 33 [à. inde II I '19 violet. irer (réf.) B III 174 se mettre en colère. itant B II io4 tellement. itel B III 57 etc. tel. ja II I 112 alors; B III 100 encore; III 69, 177, etc. jamais: ja mes II III 3G. jagonce II I 36 hyacinthe. jangle B I r, 3, bavardage bouffon. jengler B III 147 bavarder. jone II I 2 jeune. jou II I 77, etc. je. jugleor suj. jugleres B II 29 jon- gleur. laier, impér. lai B I 1 ; subj. laist H I 201 ; lait II 232 : laisser. lance H II 176 voy. faut. larriz II II io3 terre non cultivée. larroner B III nG voler. lecheor B III 88 vaurien. lechier B I 27 faire le vaurien. ledengier B III 2 offenser. leonois II H n3 monnaie de Laon. lerme B II 116 larme. letue B II 48 laitue. leu B III 04 loup. leu H I i32, etc. lieu. lez B III 101 près de. li art. suj. H I 1G2 etc. ; plur. 123 etc. ; combiné avec a, sg. au B II i'i2, etc.; plur. as H II 92, etc.; avec de, sg. dou H I 37, etc. ; avec en, sg. el H I 166 etc. ; ou 197, etc.; plur. es H I i3i ; elz 53, 147 ; enz 124. li pron. H 1 i4, etc. ; fém. li 122, i35, etc. liement H II 70 joyeusement, volon- tiers. lier prés, loie H II 12 lier. lingnie B III 99 lignage. liue H 11 49 ; lieues H I 192 : lieue. loial suj. loiaus H III 4o loyal. loer B III 8 faire l'éloge de; H I 90 recommander. lor adj. B II 46, et pron. H I i52, leur. mahains H I 194 maladie. main H I 82 matin. mains H I no, etc. moins. mais, onques — H I no jamais; ne — que H I 174 etc. à la condi- tion que. mal, suj. maus II 1 20 mal (subst.); III 22, etc. mauvais. malage H 111 20 maladie. maleïçon H II i38, etc. malédiction. malparlier B I 85, II 14 médisant. manniere H II 6, 3i, sorte. mansois H I 167, II 112 monnaie du Mans. GLOSSAIRE 123 manviele H II 76 sorte d'herbe {laquelle ?). marchier H I 147 fouler. marguarite H 1 30 perle. marreborc H I i54 sorte d'herbe. maucozu II 1 117 mal cousu. maudire (réfl.) prés, maudient H II 23 1 se damner. mautalent B III 175 mauvaise hu- meur. mauvaitie B I 91 inertie. mecine II III 49 médecine. meillor suj. mieldres B I 121 meil- leur. meïsme B III 85 même. mendre B I 19 plus petit. meneor, suj. meneres B I 4a meneur. ménestrel B III 137; menestrez B II 4 etc. ; menesterel 23, — ex 9 etc. : ménestrel. mengier H II 5(3, etc. manger. menuement B II n souvent. merrien B III 67 morceaux de bois. merveillier (réfl.) II I iâa etc. s'étonner. mesconter B III 178 oublier de compter. mescroire H II 127 ne pas croire. mesdire prés, mesdient B II 18 etc. médire. mesnie B III 100 famille. mespoint B I II i33 dé pipé. mestier H II 1O7 etc. métier; I 176 habitude; B III 21 etc. besoin. mètre fui. metereiz H I 93 mettre. meure B II 121. mî H I 1 53 milieu. mielz B I 117 etc. mieux. migraigne voy. goûte. mire H 1 10 etc. médecin. mol suj. inox B I iâ.'i mou. mon suj. sg. mes H I 196 etc. monstrer fut. monsterrai II II i45 etc. ; mosterrons H II i65 etc. : montrer. mont B I 5 etc. ; monde 121 etc. : monde. monter B I 175, III n/j importer. morir prés, muert II II 218. mostier H I 116 église. moût H I 02 etc. beaucoup, très. mu H II 21G muet. musart B III 162, i05 sot. muse B II 3o musette. naige B I 172 fesse. navrer H II 4a blesser. ne B I 4g etc. ni. ne B III 38 etc. négation. nef B I G7 navire. Voy. nés. nel H II 81 ne le. nenil H II i65 non. nés H II 179 a deux sens : « ne: » (qui est celui du passage) et « vais- seau » (qui prépare le calembour bateax). De même 19G « né » et « vaisseau ». net H 11 83 etc. net, pur. nice B III 169 niais. noblesce H I Gi chose tout-à-fait éminente. nîvelois II II n3 monnaie de Nivelle. noient B I i3G, II 1G4 un rien du tout. noise H I 8 tumulte. note B II 34 air de musique. noumeement H I 175 etc. spécia- lement. nul suj. nus B III 26 etc. ; nului B II 18 : nul. personne. oan B I 9 cette année. ocirre H I 129 tuer. oignement H I i3o etc. onguent. oil, suj. pi. œil H II 225; rég. elz B II 11G; iex H I i46 : œil. OÏl H II i65 ou/. oïr B I 84 etc.; parf. déf. oy H I 110 ; fut. orra II I 112 etc. ; impér. oeiz H I n 3 : entendu. onbre H II 77 (?). onques H II ; — mes B III iG4 : jamais. or, ore B I 8, 34 etc. maintenant ; B I 28, 36, 37 etc. renforce l'exhor- tation. I2i4 GLOSSAIRE orendrolt II NI '12 maintenant. Orlenols H I 1G7 monnaie d'Orléans. os B III 30 hardi. oser subj. ost B III 37 oser. paele B 1 n5 poêle. pailletous B III 77 paillard. paindre part. pas. painz B II 120, peindre. pais B III 129 silence. palazine H I ig5 paralysie. panele H 11 7G sorte d'herbe (?). par B III 8/1, io3 etc. indique la cause; — tant ni c'est pourquoi; 120 renforce l'adj. parer H II 93 préparer. paris! H I 167, Il m monnaie de Paris. parler prés, paroles B III i5 etc. parler. parolr priés, pert B II 164 paraître. passion II II 98 souffrance, mal. pastel II H 83 emplâtre. pautonier B I 18 etc. queux, truand. pel B III 137 peau. pelori 15 III 119 pilori. peser prés, poize H I 9 etc. peser. pestel, pestau II II 7'i ; jieteil I 1 58 : pilon. pesteler H II 73 piler. petit B I iG'i peu. petitet II 1 175 peu. pié H III 62 etc. pied. pieça H III 10 il y a longtemps. pierre H I 101 maladie de la pierre. piter H II i3G être pitoyable {?). piteus H II i36, 137 pitoyable. piz II 11 100, 228 poitrine. plaire subj. pleùst B III 03. planter B III 86, 89 mettre au pi- lori (?). plet, i'aux — B III 97 faux témoi- gnage (?). plommet H II 48 balle de plomb. plorer fut. plouront II II 225 pleu- rer. poi H II 73 etc. ; pou I G4 etc. : peu. poille B III 43 pou. poindre II 11 107 piquer. pondre prés, ponent H I 48 pondre. POOÏT prés, puet H I i5o etc. ; subj. puist 162 etc. ; imp. peusse ig8 etc.; pooist II GG ; rond, porroie io5 etc. : pouvoir. por B III 17G, 177 exprime la cause; B I 161, 176 au prix de; H II i58, i5g en dépit de. porcel rég. pi. porciaus B 111 55 porc. porprendre H 1 1 1 5a saisir. pot II II ig5 pot. pourre H I 86 poussière. prendre, panre H I 100 etc. ; fut. prenra II 327: impér. prendez III 56, 07 ; subj. preigne I 201 etc. ; imp. preïsse II no. preu B III Isa hardi ; fém. preude II II 7, 21 sage; au — de 1G3 au bénéfice de. preudom H II 6; preudons 20; prudome B II 107; preudhomme 'i'i ; etc. homme de bien. prisier B I 44; proisier II 74 : estimer. profire H II g3 préparer. prone B II 24, n5 beau parleur. provenisien II II 117 monnaie de Provins. prover (réjl.) prés, prueve B I 29 se montrer. puis II I 187 puits. put B III 99 vil. quanques B I 35 etc. tout ce que. quant ne por — H II i3r néan- moins. quar B I 164 etc. car 1,; 4, etc. renforce l'exhortation. quartainne II I G5 fièvre qui re- vient tous les quatre jours. quart H I 177 etc. quatrième. quartier écu a — s B II 49 écu divisé en quatre parties. que H II 19. B II i58 car; III 79 alors que. GLOSSAIRE [20 quel, SU/, quiex B 1 07 etc. ; ré et . s'asseoir. serjant B II 72, 88 homme de guerre. seror B III 87 sœur. seur II I i34 sur. si H 1 9, 11, 44 etc. conj. de coordi- nation; et si 68, irS etc. même sens; bit, 12I1 ainsi; il III i/j aussi; si corn B I G7, 71, 79 de quelle façon ; annonce le 2* membre d'une phrase ; H I i85, B III 118, etc. siècle B I 12G etc. monde, vie. sif 11 H 37 suif. sirjant B l 139 etc. serviteur. sirventois B 11 m serventois, sorte de chanson. sobitain, mort — ne II I i4'i mort subite. soissonnois II il iiâ monnaie Soissons. sorcot B III 91, 122 surcot, vête- ment. sord B III 5i sourd. SOrdire B II u médire. souflet H II i83 "<• fox. sousprendre 11 m 5i surprendre. I2Ô GLOSSAIRE stopace H I 37 topaze. SUS H I 3/1 etc. sur. tabar B III 83 manteau. tant par — voy. par ; subst. B II 71 /°'s- tantôt B I 55 etc. aussitôt. tel stn*. teiz H I 118, i64; teil 170; tel II i3i ; rég. pi. tex B II 9 etc. : tel. tellagon II I 38 pierre précieuse. temples II II 178 a deux sens : « tempes » (qui esl celui du passage) et « Templiers » (qui prépare le calembour liospitax). tenir fut. tenra II II 227; a poi se tient B I 160 il s'en faut de peu. tere II III t8 taire. termine II II i43 etc. moment. terre H II 194 a deux sens: « terri- toire » (qui est celui du passage) et « matière terreuse » (qui prépare le calembour poz). terrien H 115, 3i terrestre, tiers fém. tierce 11 II 16, 175 troi- sième. tinel B I [53 barre de bois. tolir H III 127 enlever. ton suj. tes B III 20 etc. ; fém. tcuc 87. tonel H I 188 tonneau. tor II II i.'io tour; Il 11 178 a deux sens : « tour, détour » (qui est celui du passage) et « tour, édifice » (qui prépare le calembour chasteax). tordre 111 106 faire souffrir. tormal H H 7O sorte d'herbe (la- quelle ?). torner — en B III 32 se transfor- mer en; — a B III 9, io5 être une cause de. tornois II 11 112 monnaie de Tours. tortel rég. torteax B I n5 tourte, gâteau. tournoiement B II 55 tournoi. tout plur. tuit H II 161 etc. ; rég. toz III 20. traire H I 129; II 2i5 etc. extraire. travaillier II II i$i torturer. trestoz H III 46 tout. tribler II 111 05 broyer. trop II I 3, 7'i etc. tout à fait. truander B I 2G vivre en truand. truant B III 4o vagabond. truie jornee de — H I $$ journée perdue (?). uef rég. ués B 1 120 œuf. ui II I 17"); liui III \ aujourd'hui. vain ne II I 190 etc. veine. valoir part. prés, vaillant B I 7 etc. veneor suj. venerres H II 88 veneur. venicien H II 118 monnaie de \e nise. venir parf. déf. ving II j II u- venis B 1 i5i ; subj. viegne H 11 9 etc.; imp. venisse II I i32 etc.; fui. i>as. venroie 166 etc. ventoseor ventousierres B 1 rig poseur de eentouses. veoir veeiz H I 56 : veiz 58 etc. voir vesniere II III Go anus. vez II II i48 etc. voilà. vieil fém. \ille H 1 85; plur. \icz I! Il m ; subst. fém. B III 5i. vilain B UI G7 rustre; I '40 grossier; II III 28 mauvais. vile II II 198 ville. vint II 111 17G ]>as. déf. de venir (qui est le sens du passage), signifie aussi « vingt » (gui prépare le calem- bour xxx). vistement II II m vite. voie tenir — 1! III 18.1 faire route. voir B 1 i'i8; de — H I 4 vrai- ment; voire B II 98 etc. vérité. VOlage II 111 :i'i mobile. voloir prés, vueil B I G9 etc. ; vnel Il 15; velt 11 85; fut. vorra II II 232 ; fut. pas. vorroit B II io5 ; part, voillant B III i46 : vouloir. vuideor H 1 i5g celui qui vide. yaue voy. aive. TABLE DES MATIÈRES Avant-propos VII Le Privilège aux Bretons , La Paix aux Anglais, la Charte de la Paix aux Anglais, et la Nouvelle Charte de la Paix aux Anglais 20 Les Dits de VHerberie 53 Les Deux bourdeurs ribauds 81 Table des noms propres contenus dans les Deux bourdeurs ribauds n3 Glossaire 117 Vu, Le i5 Octobre 1909. Le Doyen de la Faculté des Lettres de l'Université de Paris, A. CROISET. Vu ET PERMIS DIMPRIMER, Le Vice-Recteur de l'Académie de Para, L. LIARD. ABBEVILLE IMPRIMERIE F. PAILLART Wà /^JK PQ Faral, Edmond 1385 Mimes français du F3 XIIIe siècle I * *■■ y PLEASE DO NOT REMOVE CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY \ ê* ^*^/ «F*, afc. '., ,-•*•« , •■- SfctJc JPC-* ià* #-w «§ *r :