^vVrî^
: m o
SUR LES PARTIES
STfl
DU CORPS ANIMAL ;
WO ME
Contenant les Expériences DR plusieurs Anatomis'tes
D'A LLEMAGNE, DE FRANCE, D'A NGLETBRRE.ET D'ITALIE,
UTXAfiî Q.UI SE*T Dl HM AUX MEMOIRES
A L AU S A
Chez S i g i s m o n d D'A rkat
Jtt D
PREFACE.
Abandonne à la preffe un recueil d'expériences auquel fui peu de part , & quelques feuilles de ma main t qui nen offrent pref- que point au lecieur. Des devoirs plus ejfentiels m'ont arraché le je al~ peldes mains , & ne me permettent plus , que rarement , de cenfuker la nature dans l'animal vivant. Pré- pofé à dtimportans établifemens , je leur dois mes foins & mon loi- fir ; ce qui peut m'en refier , efl re- fervé pour ma phyjiologie. Une branche de ïhifloire naturelle , bien intérejfante pour ma patrie, exige Tom. II- * z toute
PREFACE
toute mon attention; & le public fera injlruit de mes travaux , quand ils fer oit ajfez murs3 pour ne pas ûre infruciueux pour lui
Jai dirigé ce recueil à des heu* res , que fat pu me referver. J*ai ti+ ré-, des thefes de M M. Zinn, Zim-
JVl E R M A N , G "E D E R & C A S T E L L5
ce qui efl d'expérience , & je ri ai pas crû devoir grojjîr ces volumes de leurs raifonnemens. fai donné en entier les quatre Lettres du P. T os s et t i , celles de M. Hous- set , quelques autres pièces plus^ courtes, & In première h pitre de M. Caldanî. Je ne donne quy un précis de la féconde -, & de celle de M. F o n t a n a : fat cru que ces eftimables amis de ma cauje entre- r oient dans mes raifons , & riin- fifteroient pas fur le détail des re» futatiom , qu'ils ont faites de leurs adverfaires & des miens. Jai en*
tierement
PREFAC E
fièrement omis une repo Je , que* favois faite à Ri. Bianlhi de 'Turin : je n'ai que trop donné d'é- crits polémiques dans ce ri cueil mCme ; & je fais , d'après mespro* près Cent mens , que les vmtju es , que foujjre un auteur , ne trouvent guère dans les lecteurs cet intér et , qui les a fait écrire. J'afprens dam le moment , que M t a b b r i a a- jouté un troijieme volume à fon re- cueil. Il efl trop tard d'en tirer , ce qui peut faire pour moi : trop tard encore de lire , de pefer , & de combattre ce qu'on pe\ t m'a* voir oppnfé. 'Tranquille aufurplus & fur les motif ) , qui ont conduit ma plume , & fur ï accueil , qu'une vérité oppofée au préjugé peut trou- Ver chez le public , j'attent des cbfervations réitérées r & fur tout de l'ufage , qu'on fera des maladies chirurgiques , l'entière découverte
du
PREFACE.
du vrai. Il efl peu néceffaire , pour le bien général , que faye la finis. faction , de voir le préjugé céder pendant ma vie , (£) ce fera apez à teins pour la vérité , jï elle ren- tre dans tous fes droits , après que je ne ferai plus.
Roche le 13 de Juillet 1779,.
I. EXPERIENCES
DE Mr. Z I N N,
Pr$fejfeur ordinaire en Médecine de M-
cad. de Gûttingue, Membre
de la Société Royale des Sciences & de
ÏAcad. de Hnfiitut de BOULOGNE
ǧ de celle de B E r l i îf .
(3)
EXPERIENCES De Mr. Zin n (a).
W^^ E S Expériences font tirées de
^ C * 'a t^le^e ^nau§uraie c^e cet ex-
^^ ^ cellent Anatomifte, & des Me- fâAMM moires de l'Académie de B e r- LIN. H y en a quelques unes , dont la date eft plus nouvelle , & qui paroif- fent ici pour la première fois. Elles re- gardent uniquement le cerveau , le cer- velet , la moelle de l'épine > &furtoutla dure mère , dont l'infenfibilité a été aper- çue de très bonne heure par M, Zin tf . A 2 Ex p.
C a ) J. Godofredi Z i h n Expérimenta quaicm circa corpus cailofztm , cerebellum , duram me- nitgem in vïvis aximaiibus injYituta. Gotting. 1749. réimprimée dans le T. VIL de mon recueil de theies anatomique, Gotting. 175 1. p. 421, & fuit.
Tom. II.
4 Expp, DE M. Zinn,
E X P. I. fur un chien de moyenne grm* deur (*).
Je plaçai un troisquart fur la partie antérieure de la tète de cet animal , & fur le finus longitudinal > & je perçai le crâ- ne & le cerveau , ayant fait entrer Pinf- trument dans la baie du crâne. L'ani- mal ne fut pas malade immédiatement après le coup. Il paroiffoit alerte , il fentoit le mal , qu'on lui faifoit , & il regardoit de coté & d'autre > il ne laiiTa pas que de baver. Mais bientôt après il tomba dans un aflbupiflement : je le reveillois avec un bruit ou une irrita- tion médiocre 5 mais il retomboit bien- tôt dans le fommeil , & les mufcles du coté droit étoient paralytiques. Quatre heures après * fon état étoit le même : j'arachai alors le troisquart , que j'avois
biffé
(£) Ces expériences font citées, & en par- tie rapoite'es dans mon fécond Mémoire 1 Sedlion VL Mais j'ai cru devoir laiiTei parler Mr. Z 1 m n lui même ; il a d'ailleurs des expériences 3 auxquelles je n'ai pas af- fiftcS& dont je n'ai pas fait menti ou dan* mon mémoire.
Ex pp. I. &? IL |
laifle dans le crâne. L'animal cria , fe plaignit, & vomit. Il n'y avoit ni mou* vernent , ni fentiment dans les mufclcs du coté droit. Son fommeil devint plus profond : je l'éveillois avec peine avec quelque force irritation , & Paflbupilfe- ment revenoit fur le champ. Le pouls ctoit fiévreux. Il relia dans cet état trois autres heures. Le lendemain je le trou- vai fans vie. Le finus étoit percé , la partie intérieure du corps calleux bleifée, & la playe paflbit par le ventricule gau- che , & par le corps cannelé gauche , jus- qu'à la bafe du crâne : la direction étoit en arrière & un peu à gauche (c).
E x P. IL Sur un gros chien.
Je perçai le crâne un peu au deflus du finus longitudinal i & je laiflai l'inf- trument dans la bleifure. Le chien pa~ rut alerte 5 il fit attention à la voix d'un autre chien , dont on entendoit l'aboie- ment. Je revins près de 24 heures apr^s : l'animal fe portoit bien encore ; il faiioic A 3 de
(c) Ceft l'exp. i)4- de mon fécond Mé- moire", mais elle y eft abrégée.
6 Ex PP. DE M. ZlHW.
de grands efforts pour fe fauver , & n'avoit aucun veftige d'apoplexie. Je le tuai , de peur qu'il n'alarmât le voifi- Jiage par fcs cris. Le troisquart avoit per- cé le corps calleux , & les couches des nerfs optiques > dans Pendroit où ils fe touchent ( à ).
E x P. III. Sur un chien.
Je crus 5 qu'il convenoit d'éviter le finus longitudinal, & de ne pas s'expo- ser à une apoplexie, que l'affufion du feng pouvoir caufer. Je perçai le crâne riu coté droit , en dirigeant l'inftrument contre la gauche. L'animal vécut 2Z heures entières fans fymptome , & fans paralyiie. 11 paroiifoit devoir vivre plu- sieurs jours encore , quand je le fis étran- gler. Le corps calleux fe trouva coupé par le milieu , & le troisquart avoit pé- nétré dans la bafe du crâne , à gauche de la réunion des nerfs optiques ( e )*
Exp»
(d) Exp. ijç. du fécond Mémoire. ie) Je n'ai pas rapporté cette expérience,
Ex pp. m. iv. g v. 7
E x p. IV. fur un jeune chien.
Je perçai le crâne du coté droit, en faifant aller Pinftrument à gauche : Pa- nimal parut un peu étonné ; mais il re- vint bientôt à lui même , & troubla le voifinage par fes cris pendant la nuit. Je le retrouvai le lendemain , mieux en- core 5 que je ne Pavois laifle 5 mais pa- ralytique d'un coté. Ne pouvant pas donner plus de tems à 'cette expérien- ce , je tuai le chien 17 heures après la bleflure. Le corps calleux fe trouva percé du coté droit , avec la couche du nerf optique droit (/).
E X P. V. fur un chien.
Je tâchai de blelTer le corps calleux de deux coups. Je perçai le crâne & à droite & à gauche 5 je fis pafler le trois- quart de la gauche à la droite , & de la droite à la gauche. Après ces deux bleflures , le chi^i ne parut pas avoir fouffert. Le lendemain , il parut un peu afFoibli ; mais il avoit confervé le in- timent & le mouvement. Je perqai alors la moelle de l'épine ^ entre 1a première A 4 ver-
(/) Ni celle- cL
$ E x * p. d t M. Z i n k;
vertèbre & l'occiput : il fortit beaucoup de fang de cette bleiîure. L'animal vé- cut encore une demi heure * dans une grande foibîeife 3 fans avoir pourtant en- tièrement perdu le mouvement & le fen- timent. Je trouvai le corps calleux blefie effedivement de deux playes , & la par- tie antérieure prefque entièrement cou- pée. La playe du coté gauche, ayant porté en arrière & à gauche , avoit per- cé le pié d'hyppocampe droit : & la playe du coté Hroit la couche du nerf optique gauche. Il y avoit beaucoup de fang dans les trois ventricules du cer- veau. Pour la moelle de l'épine , elle étoit percée par le milieu ( g )•
Ex p. VI. fur un chien.
J'avois un chien déjà apople&ique , à caufe d'une effufîon de fang dans ls cerveau. Je lui ouvris le crâne , & je coupai le cerveau par petites tranches > je vins jufqu'au corps calleux , & j'ou- vris les ventricules, ^'animal crioit ; quand j'irritois Li moelle , il foifoit dif- férais mouvemens , au lieu qu'il avoit été tranquille pendant que h dure mère
étoit (g) Ni celle- ci.
E x p p. VI. & VIL . *
étojt déchirée par les dents du trépan; 3e coupai la moelle allongée > j'enleva1 le cerveau tout entier : les extrémités entrèrent en convulfion, mais le mou- vement du cœur & de la refpiration con- tinua. J'enlevai le cervelet tout entier , le mouvement du cœur dura encore quelques minutes , avec une profonde refpiration. Je fis defcendre alors une fonde dans le canal de l'épine du dos ; je l'irritai, il vint des coruvulfions, & les extrémités poftérieures de l'animal me parurent foufFrir d'avantage * à me- fure que je plongeois la fonde pl&s bas ( h ).
E x P. VIL fur un pigeon.
Un pigeon dont j'avois enlevé le cer- veau , fans intéreiïèr le cervelet , marcha encore & avala la nourriture * qu'on lui préfentoit.
Dans toutes ces expériences ces ani- maux marquèrent leur fouifrance par des cris & des hurlemens , dans le tems, qu'on perçoit h moelle du cerveau.
A5 E x p.
Ct) Rapoité^ en abrégé Exp. 13;. j$6.
io Expp, de M. Zikk:
Ex P. VIII. fur un chien de moyenne grandeur (î).
Je fis pafler un troisquart à travers la partie inférieure , latérale , & droite de l'occiput de cet animal : je dirigeai cet inftrument horizontalement , & le fis entrer dans la partie opofée de l'os. Le chien parut étourdi de l'opération , mais il revint bientôt à lui même , & jetta de grands cris. Le lendemain , après j 9 heures , je le retrouvai bien portant : il avoit incommodé le voifinage de fes cris. J'arachai le troisquart de la playe, j'en perçai l'occiput au deflus du milieu 5 l'a- poplexie fuivit cette nouvelle blelïure. Le fur- lendemain de l'expérience je le trouvai mort. La féconde pb.ye avoit pénétré dans la bafe du crâne ? entre la tente & le cervelet , tout étoit plein de fang caillé , & le ventricule quatrième en étoit rempli. La première bleflure avoit traverfé le milieu du cerveau.
E X P. IX. ( { ) fur un chien.
Je plongeai le troisquart dans la partie
moven- (i ) Exp. I. p. 18 de la thefe de M. Z in m ,
Exp. ifo démon Mémoire. (*) Exp. IL p. 89. de I\l. Z 1 k w;& exp. 14*
de mou Mcm.
Expp. VIII. IX. iï
moyenne & pofterieure de l'occiput, & je dirigeai la playe contre la partie an- térieure , & un peu inférieure. Le chien fe trouva un peu étourdi ; il ne perdit pourtant ni le fentiment , ni le mouve- ment; il crioit, quand on Pirritoit. 11 fe trouva tout auffi bien le lendemain. Je perçai alors le cervelet d'une nou- velle blefïure , en faifant pafler le tr ois- quart par la partie inférieure & latérale de l'occiput , & en le dirigeant contre la droite & en bas. Huit heures après l'a- nimal vivoit encore , mais uniquement par le cœur & par la refpiration; il a- voit perdu le fentiment & le mouve- ment , & le trouva tout froid , quand j'eus ouvert la poitrine. Cependant le diaphragme ne laifla pas de fe con- trarier j quand j'irritai le nerf phrenique, au - deflbus de l'endroit, auquel je le te- nois preffe ; car rien ne remuoit , quand j'irritois !e nerf au - deffus de l'endroit de la divifion. Le diaphragme fe contrac- toit également , foit qu'on fit monter le doigt 9 qui prefïbit le nerf , foit qu'on le fit defeendre.
J'ouvris alors le cranc. La première
blefliire avoit traverfé le cervelet , &
pénétré jufques dans le cerveau. La fe-
A 6 conde
JZ EX PP. DE M- ZlNN.
conde païïbit un peu inférieurement par le cervelet , le quatrième ventricule , & la partie opefee de la tête. Il y avoit un caillot dans ce ventricule , & la moelle épiniere étoit environnée de fang.
Ex p. X. fur un chien (/).
Je fis la même expérience, avec le même fuccès. L'apoplexie étoit déclarée, quand j'enlevai le cœur d'un feul coup de cifeaux. Il palpita pendant quatre minutes dans ma main , & même dans de l'eau froide , où je le jettai : il ne cefla de fe mouvoir, que lorsqu'il fut. entièrement refroidi.
E X P. XL fur un chien ( m ).
Je trépanai cet animal , & je décou- vris la dure mère , * je la piquai , je« „ l'irritai de la pointe du fcalpel 9 j'y ^ verfai de la foiution de fublimé : l'a- 3, nimal ne donna aucune marque de ,. douleur , ni de convulfion ; mais il , fentit fort bien l'irritation de la peau > 5> & il prouva fa douleur par fes cris ".
J* ( O Exp. ?. p. 3*>. de M. Zink. ( m ) Exp« 4. p go ii de M, Zihk,& Exp, fS de mon. Mémoire.
Expp. X. XL 13
je vîs le mouvement de la dure mère 5 ynchronîque à celui des artères ; il s'é- levoit dans leur diaftole , & s'afaiffoit dans leur iïftole ( n ).
Je coupai la dure mcre : j'irritai , en différentes manières, la paitie corticale du cerveau : l'animal ne témoigna au- cune douceur. Je Espalier une fonde dans la partie médullaire; l'animal cria, mais fes convuHions ne furent pas violentes* Je détachai le chien 3 il marcha comme étonné & abazourdi. Je plongeai encore une lois la fonde dans la moelle 5 le chien jetta un cri : il ne prit pas de convulGcns pourtant , & continua de marcher. Bientôt après il marcha en rond 5 comme un cheval , qui fait agir un moulin ; il tomboit de tems en tems à terre , & fe rclevoit pour marcher en rond. Il retomba une féconde fois , & tout fon corps fut agité par des cenvulfions. Je le relevai 1 mais il ne put fe foute, nir fur fes jambes. Je le mis fur une
table
( n) Comme le mouvement de la dure ir.ere ne faifoit pas le fijjet de l'expérience,
s ?]ors 1 vérité 1 6c
nous ta découvrîmes pas le f'yiy hioniime dure mcre avec U ■non.
14 Ex PP. DE M. ZlNN.
table : fon corps fit un arc 7 une para- lyfie univerfelle tenant le coté gauche : il crioit pourtant , quand je l'irritois.
Je fis paifer alors la fonde dans le cervelet \ les convulfions devinrent uni- verfelles , & le corps du chien fut reti- ré comme dans l'opiftotonos. 11 fe fe- couoit de tems en tems , comme un chien, qui s'eft mouillé. Peu à peu il s'aifoi- blit : rien ne put le foire revenir à lui- même y Se il périt après un petit nom- bre de refpirations , les convulfions ayant cefle un peu avant la mort.
E x P. XII. fur un jeune chien ( o ).
J'enlevai une portion du crâne avec le trépan •> '* j'irritai encore une fois la 3, dure mère avec le fcalpel & l'huile de ,5 vitriol, fans que l'animal parut fouf- 9, frir , quoique cette huile dévore tout „ ce qu'elle touche. Il en nageoit fur „ la dure mère , & le chien ne laiiîa pas „ de regarder de coté & d'autre * fans „ paroitie fentir de douleur.
Je perçai alors un hémifphere du cer- veau avec le fcalpel; le chien fentoit la douleur , & fouffroit des convulfions.
Le
(0) ZuK>p. ji, Exp. s.
expp. xn. & xiil iv
Le fcalpel ayant percé jufques dans le cervelet , les convulfions devinrent uni- verfellcsj il n'y eut aucune partie du corps > qui n'en fut agité. Je coupai le cerveau par l'une & l'autre hc-mifphere jufqu'à !a bufe , & je reduifis le cerve- let prefque en bouillie ; le cœur ne laifla pas de battre avec force. Le cerveau fortoit avec force par le trou du trépan,
Exp. XIII (f )• Sur une femme malade.
Elle étoit à l'hôpital de la charité. Une carie vénérienne lui avoit entièrement confumé une portion de l'os du front , large de deux travers de doigt , enforte que la dure mère fe montroit nue à l'œil , & qu'on pouvoit la toucher fans peine avec un inftrument. <c Or de quel- „ que manière que je l'aye touchée , & „ même preiTée & irritée , cette femme „ m'a conftamment affuré , qu'elle ne 3, fentoit rien 5 quoiqu'elle fe plaignit des 33 douleurs les plus violentes > dès qu'on ?5 lui touchoit très légèrement la chair „ vive ( q ). #
Ex p.
(t> ) Mémoire de l'Acai. des Sciences de Berlin *7«- P« M*. *43-
(*) Ceft dans te même Memgire , que
M.
is Ex PP. DE M. ZlîfN.
Ex p. XIV. fur un chien (r) 2 Janvier 1756.
Pendant que je faifois l'incificn né- ceflaire dans la peau , l'animal pouflbi* les cris les plus violens. J'enlevai en- fuite une portion du mufete temporal, & ranimai donna des marques fuffifan- tes de fou martire , par Tes cris , & par les agitations de tout fon corps. 11 ne paroiiîbit pas fenfible au dechauflement du péricrane 5 nécefîàire pour Implication du tiepan. Je m'en fei vis peur enle- ver une portion orbiculaire du crâne > & peur découvrir la dure mère. w J'ir- „ ritai cette membrane du fcalpel , & ,, de PéguiHe ^ je la déchiquetai ; ce- ,, pendant fuiis preffer le moins du mon- „ de le cerveau. Je fcifis enfuite cette 55 méninge avec la pincette ; je l'éten- „ dis jufqu à ce qu'elle fut prête à
„ fo
M. Z 1 1 e 3 avec moi , dans une plus
grau tt " reur de Popiniou^ qui
f;St de la dure iin-l une envelope générale des nerfs. ' 1 x •> qu'oîi
a vvh pour îa n &c.
( r N) lûivantes r
4té communiquées ta M, S. par :
Expp. XIV. & XV. 17
}, ft déchirer , & j'en écartai aveG „ violence les lambeaux ". Ces déchi- remens font d'une nature , que le fen- timent le plus obtus & le plus foible, n'auroit fù fe cacher. " Et cependant ,* ce chien ne cria point , ne s'agita point, 5, & regarda librement autour de lui , „ fans paroitre prendre le moindre inté- 3, rêt , à ce qui fe paffoit dans fa dure ,j mère. Il fentoit pourtant bien vive- 5, ment les bleifures du mufcle tempo- 5, rai , que je perçois de tems en tems 5'. Je réitérai pîuiieurs fois cette expérien- ce avec le même fuccès , & je finis par ouvrir la carotide du fiijefc
Ex P. XV. fur un chien.
Je revis les mêmes évcnemens fur ce chien * &je les vis même mieux. L'ani- mai avoit vivement fenti les bleifures du crotaphite. Je découvris la dure mè- re à l'aide du trépan , & d'un cifeau : le chien fouifrit très impatiemment la commotion , il jetta même les hauts cris ; mais il ne fit aucune attention au déchauffement du péricrane. J'attendis la fin de Phémorrhagie, & la tranquil- Je l'animal "& je faifis alors la dure
„ mère
î8 Expp. DE M. ZlNtf.
*, mère avec une pincette : je lui fis fouflïîr „ l'extenfion la plus violente * & dans ?, cet état je la piquai, je la déchiquetai , j# 5, tiraillai de coté & d'autre fes fibres , „ & jamais le chien ne cria, ne s'agita , ni „ ne donna la moindre marque de dou- „ leur ". Pour éviter l'objection, qu'on auroit pu fonder fur la terreur de l'a- . nimal , je laiflai aller fa tête , que j'a- xois fixée avec mes mains : le chien l'éleva , regarda de coté & d'autre avec vivacité , fixa fes yeux fur les aflîftans, & les flatta de la voix. <c Pendant que y% cet animal promenoit fes yeux , je re- „ commençai à piquer , à déchirer , à „ tirailler en toutes manières 1? dure ,,mere, en prenant toujours bien garde „ de ne pas prefler la partie corticale „ du cerveau. Le chien ne fe plaignit „ point , ne jetta aucun cri , ne détourna „ pas la tête , ne tâcha pas de fe fouf- ,, traire à l'inftrument 5 qui déchiroit la „ méninge ; en un mot , il ne donna ,3 aucune marque de fouiFrance 3 au lieu „ qu'il rctiroit bien vivement un pié , ,5 qu'on pin coi t : expérience qu'on réï- , i tcra 3 toujours avec h même fuccès.
E x p*
Esrp. XVI. XVIL ï* ÉXP. XVI. XVIL fur deux chiens.
„ Je vérifiai la même expérience fur ^ ces deux animaux , qui ne donnèrent 95 aucune marque de douleur , quelque 5, violence que je fifle à la dure mère s 55 dans le tems même , qu'ils fentcient „ vivement les bleflures de la peau.
Dans toutes ces expériences je m'ab- ftins de l'ufage des poifons chymiques* qui auroient pu donner lieu à quelque foupçon.
Le mouvement périftaltique des in- teftins duroit encore , dans le tems , que le cœur ne pouvoit plus être rapelîé au mouvement par aucune irritation mé- canique.
J'ai laifle parler M. ZlNNi je vais déduire quelques corollaires de fes ex- périences , qui ne feront que les Tom- mes des événemens femblables.
i. La dure mère cft infenfibîe dans toutes les expériences (/)•
2. La moelle du cerveau bleflce cau- fe des douleurs , fans caufer de convul- fions (0 s mais il en eft furvenu (ti) apa- « remment»
(O Exp. 6. ii. 12. ij. 14. 15. x*. 17. O) Exp. 6. 7. 8. 11. («) Exp. 11, xi.
20 Ex pp. de M. Zikn.
remment , quand rinftrument eft de* jcendu plus avant dans lafubftance de ce vifeere.
3. Les b! effares du corps calleux (a) n'ont rien de plus funefte , que celles, de quelqu'autre partie du cerveau.
4. Celles du cervelet (y j caufent des convulfîons univerfelles s mais elles ne tuent pas fur le champ.
f. Ni celles de la moelle de F épi- ne (*)•
6. L'apoplexie ne paroit être furve- nue ( a ) , que dans les animaux , qui fbuffroient une extravafation de fang dans le cerveau.
7. Le péricrane n'a pas paru fenfi- We (*).
(# ) Exp. 1. z. 1. 4. ç. (;y) Exp. 6. *. jo. 11. it* (2) Exp. *
(a) Exii. 1. 6. S. ?. 1©. (*) Ejy. 14* i$.
1 1.
EXPERIENCES
D E M. ZIMMERMANN (*).
(c) Tirées de la thefe de cet auteur , qui ■tu fous ce titre J. Gcorgii Zimmermas*» diif. de irritabil.tatt die 14. Aug. 17s1* Gotting. 4.
( 23 )
I. Expériences fur la dure mère.
Expérience I. Sur un chien.
J'enlevai une bonne partie du crâne * & j'irritai la dure mère avec le fcalpel. L'animal ne donna aucun indice de dou- leur , il n'en refulta aucune contra&ion dans la membrane même , & aucune ap- parence de convulfion. Il n'en parut pas d'avantage , quand je mouillai la dure mère avec une plume trempée dans l'huile de vitriol , & quand j'y fis une in- cifîon. L'animal fentoit fort bien le mal qiron faifoit à d'autres parties de fon corps 3 & les convulfions furvinrent bien- tôt, quand je perçai le cerveau du fcalpel.
Je réitérai cette expérience fi fouvent fur des chiens , que je me fais une vé- ritable peine d'en repeter le détail : & l'événement en a toujours été le même,
fcxr,
34 EXPF. DE M. ZlMMERMANtfi
Exp. IL Sur une fouris.
M. Loeber découvrit dans ce pe- tit animal la dure mère ; elle y eft fore mince : il l'irrita fans qu'il parut de mar- que de douleur ou de convulfion : il en- leva même une grande partie du crâne , & vérifia la même expérience à plufieurs fois, & fur plufieurs places différentes > l'é- vénement revint toujours le même , & ne laiifa aucun doute raifonnable. Il plon- gea le fcalpei dans le cerveau , & des convulfions furvinrent bientôt. - M. Loeber répéta cette expérience plufieurs fois , & toujours avec le mê- me fuccès.
IL Expériences fur les tendoqj."
Exp. III. fur un chien.
Je découvris le tendon d'achille à ce* animal , & je l'irritai du fcalpei ; je 1« piquai , je le brûlai avec du beurre d'an- timoine & de l'huile de vitriol : jamais il ne furvint de convulfion 9 ni même de marque de douleur de la part de ranimai. J'irritai alors des nerfs , & les
çonvul-
Expp. II -r v- **
convulfions ne tardèrent pas à furvenir , preuve évidente de la nature toute dif- férente des nerfs & des tendons.
J'ai vérifié plufieurs fois cette expé- rience fur des chiens & des chats ; l'é- vénement en fut toujours le même : il n'y eut qu'une conftriciion dans le ten- don , qu'effectua l'huile de vitriol , & dont je parierai dans fon tems.
E x P. IV. fur un chi~n.
Je touchai laponeurofe des rnufcles du bas ventre avec de l'huile de vitriol r il n'en furvint aucune marque de dou- leur.
Ex P. V. fur un cb':en.
il m'arriva de verfer de l'huile de vi- triol fur l'aponeurofe du Pfoas : il en refulta une contraction. Je vis bientôt la raifon de ce phénomène : certe apo- neurofe étoit fort mince 5 l'huile de vi- triol a voit pénétré jufqu'au mufcle , & avoit caufé la contraction ordinaire.
Tom. IL B KL Expe.
2,6 EXPP. DE M. ZlMMEKMANN
(
IILExpériences fur les membranes-
Sur la pkure. Exp. VI. fur un chien. Je l'irritai du fcalpel * 'fy verfai de l'hui- le de vitriol s il n'en refulta aucune con- traction , & aucune marque de douleur.
Sur le péricarde Exp. VIL
La même chofe arriva au péricarde , foit que je l'irritaffe avec le fcalpel , ou que je le touchafle avec de l'huile de vitriol.
Sur le péritohte> Exp. VIII.
L'événement en fut le même, foit que je Tirritafle avec le fer* ou que je me ferviffe du poifon chymique.
Sur le péricrane , Exp. IX.
Je verfai de l'huile de vitriol fur le péricrane > l'animal donna toutes les marques d'une violente douleur.
IV. Expériences fur le cerveau.
Exp. X.
- J'irritai en différentes manières la par- tie corticale du cerveau de plusieurs a-
ni-
Expp. VI. — XII. 27
nimaux ; il n'en fuivit ni douleur , ni convulfion.
Ex p. XI.
Je plongeai le fcalpel jufqu'à !a bâfe du crâne dans un chien 5 il furvinc des convulfions univerfelles , &.le corps fe courba tantôt en arrière , & tantôt en avant. La même chofe arriva dans ua chat.
Ex p. XIL
Je perçai à onze heures la tète d'une grenouille , en faifant paflcr iine épin- gle par le cerveau , il furvint des con- vulfions ? qui ne furent pas bien vio- lentes. J'enlevai le cerveau tout entier , & les convulfions devinrent univerfel- les. Après quinze minutes ranimai ne jaifla pas de crier , & de faire trois grands fauts à onze heures 2f minutes. A 40 minutes après midi je renverfai cet ani- mal fur le dos, il fe rétablit bientôt* & iit deux fauts. A 46 minutes après une heure, je piquai la grenouille du doigt, elle tâcha de s'échaper par un faut. A 4J minutes après deux , elle fe reveilla t>ar une irritation faite aux pies. A h 2 trois
EXPP. DE M. ZlMMERMANN. trois heures & 13 minutes je l'arrofai d'eau froide , elle fit encore plulîeurs fauts des plus violens.
Exp. XIII.
J'enlevai à deux heures tout le cer- veau de cette grenouille h elle marcha , comme fi rien ne lui étoit arrivé. Une heure & demie après elle fit affez de chemin encore. Elle marcha à différen- tes reprifes , jufqu'à huit heures & 40 minutes.
Exp. XIV.
Je coupai la tête à cette grenouille à deux heures & 20 minutes après midi , elle fit trois ou quatre grands fauts dans cet état: & un troifieme 10 minutes après fur une irritation de la cuiffe. Elle fit plufieurs autres fauts à neuf heure & demi , fept heures f minutes , après que je Peus décollée. Elle fe remua encore huit heures après cette opération.
Exp. XV.
J'enlevai le cœur à un poifTon , & je plongeai un fcalpel dans le cerveau > il furvint de violentes convulfions, qui durèrent plufieurs minutes.
Exp.
Expp. XIIL :~ XIX. 2$
Exp. XVI.
J'enlevai le cerveau & le cervelet à un pigeon, mais il périt tout de fuite, & fans refte de vie.
Exp. XVII.
J'enlevai le cerveau à un autre pigeon* il ne laifla pas (Je fe tenir fur pie pendant quelques minutes, & de vio- lentes convulfions le tinrent pendant un quart d'heure. Les yeux refterent fort vifs, mais l'animal périt dans le moment, quand je lui otai le cervelet,
Exp. XVIIL
J'irritai la moelle de l'épine d'une grenouille, entre la première, & la fé- conde vertèbre du cou ; il lui furvint des convulfions univerfelles.
Ex\ XIX.
La même chofe arriva une féconde fois , après que j'eus enlevé le cerveau. Les convuliîons finirent par les pies de derrière.
B 3 Ex
30 Ex?f. ©I M. ZlMMERMAHH.
Exp. XX.
Je perçai d'une fonde la moelle de l'épine d'une fouris , entre la première & la féconde vertèbre du cou : la mort fuivit presque dans l'inftant , & fans veftige de tremblement.
Exp. XXI.
j'avois percé en plusieurs manières le cerveau d'un chien , je lui coppai la moelle de Fépine entre h . féconde & la troi (terne vertèbre du cou. Il furvintdes convuiflons peu décidées * & la refpira- don ne laiifa pas de fe faire*
Exp. XXIL
Je perçai la moelle 4e Pépine d'un autre chien , entre la féconde & la troi- sième vertèbre du cous il firvim des con- vulfîons univerfeiles : mais elles ceffe- rent, & le chien ne laifla pas que d'ou- vrir & de fermer la bouche , & la refpU ration, ajfFoiblie à la vérité, continua.
Exp. XXIII.
J'avois enlevé le cœur & le cerveau à
un
Expp. XX. .-* XXVI. 3ï
un poiflon , je laiflal pafler les convul- fions, qui furviennent à des eau Tes fi vio- lentes ; je coupai alors la moelle de l'épine entravers, il en fui vit une convulfion aflez forte.
ExP. XXIV.
J'irritai plufieurs fois le nerf d'un mulcle dans des grenouilles , & quelques fois feize heures entières après avoir en- levé tous les vifeeres , & le mufcle , ou la jambe toute entière , ne laiiTa pas que d'entrer en convulfion.
Exp. XXV.
La même chofe arriva dans le pie d'un chien déjà mort * dont j'irritai le nerf; la convulfion fe repandit fur toute l'extré- mité. Mais il ne faut pas laiifer paffer beaucoup de tems après la mort de . l'animal , car après une heure écoulée il neparoit plus de mouvement.
Exp. XXVL
J'ouvri9 un chien , pour faire des ex- périences fur le nerf diaphragmatique ; le mufcle fe mit en contraction : je preffai B 4 le
32 EXPP. DE M. ZlMMERMANN.
le nerf, & la, respiration ne laiffa pais de fe faire.
Exp. XXVII.
J'avois détruit le cerveau & la moelle de l'épine d'un ehien , & le diaphragme n'agiflbit plus. J'irritai le nerf phrenique, & le diaphragme fbuffrit une violente convuliion. Je fe parai ce nerf de la veine cave, & du péricarde; je le coupai en travers ; je l'irritai fous cette amputa- tion y & le diaphragme fe contra&a. Je rejetai la même expérience de Tautre cocé de la poitrine ; l'effet fut le même, & les vifeeres du bas ventre furent pouC fés en bas par la contraction du dia- phragme.
Exp. XXVIII.
Je fis la même expérience fur un chiens qui paroiifoit mort; je failïs avec une pincette le nerf phrenique , je l'irritai fous l'endroit comprimé, & le diaphragme fe contrada. Je coupai ce nerf * je le faifis des doigts , je l'irritai , & le dia- phragme fe contracta encore.
Ex-
Expp. XXVII. - XXXI. 3;
Expériences fur l'irritabilité
Exp. XXIX.
J'enlevai le cœur d'un poiflbn, que pavois gardé exprès, il ne battit point, pas même quand je l'irritois. Je l'expofai au foleil pendant dix minutes , il recom- mença à battre, & continua pendant un quart d'heure.
Exp. XXX,
J'arrachai le cœur d'une carpe ; il battit affez fortement, mais fon mouvement ctiminua bientôt, & cefla après quelques minutes.
Exp. XXXI,
Je coupai !a tête à une grenouille, & j'en ouvris la poitrine 61 minutes après 1 le cœur ne battoit pas alors s mais il bat- tit avec force après neuf autres minu- tes : il continua pendant une heure & demies il s'atfoiblit alors , & ne fut près- que plus fenfible, même après les irri- tations convenables , deux heures Se demie , après avoir recommencé.
B 5 Ex.
34- EXPP. DE M. ZlMMERfltANN.
Exp. XXXII.
J'enlevai le cerveau à une grenouille: quatre heures & quarante minutes après fon cœur étoit fans mouvement ; je l'ir- ritai , & fon pou's dura peu. Après 26 minutes je rapellai le mouvement par de l'eau chaude, le pouls revint, mais il ne dura guère. Après 9 minutes une contra&ien revint d'elle même 5 mais après onze autres minutes le cœur fut immobile î & aucune irritation ne put le rapeller.
Exp. XXXIII.
J'enlevai à une grenouille le cerveau \ je lui coupai la moelle de l'épine, & je lui arachai le cœur : il battit avec force fuc la table fur laquelle je le plaçai.
Exp. XXXIV.
J'enlevai le cœur à une grenouille. 11 battit aflçz languiiTamment une heure & 14 minutes après. Après 7 minutes }e hâtai le pouls de cet organe en l'irritant avec un fcdpel. Quarante cinq minutes après l'oreillette battit euççie, & même
après
expp. xxxn. • xxxvn. 3?
après 2f minutes de plus. Le cœur ne put plus être rapellé au mouvement dans ce rems là. Après dix autres minutes tout fut en repos, & ne revint plus au mouvement.
Exp. XXXV.
J'enlevai le cœur & tous les vifceres à cette grenouille ; elle fauta , comme fi elle n'a voit rien fouffert, elle tenta de fauter 54 minutes après, mais elle étoit trop afoiblie : elle rampa encore pendant deux ou trois minute*.
Exp XXXVI.
Je coupai le cœur à une fouris, je le mis dans une taffe, il battoit violemment. J,e veriài deflus du laudanum liq. de Sydenham 9 & bientôt le mouvement eefTa entièrement.
Exp. XXXVH.
J'arrachai le cœur à une autre fouris 5 il battit fur la table pendant 1 5 minutes: il perdit le mouvement, que je rapellai* au cœur & à l'oreillette, en les tou- chant avec de l'huile de vitriol.
B 6 fe*.
3<5 ExPp. DE M. ZlMMERMANN.
Exp. XXXVIII.
Jotai le cœur à un chat , après pi ti- reurs expériences fur le cerveau > il battit long tems fur la table.
Exp. XXXIX.
s
J'avois ouvert un chien, je lui touchai h pointe du cœur avec de l'huile de vitriol y il n'en refulta pas de mouve- ment, mais le ventricule fe contralto. Quinze minutes après ni la bafe , ni la pointe du cœur ne fe mit en mouve- ment après f irritation y mais les oreil- lettes battirent avec force , après avoir été touchées avec de l'huile de vitrioL
Exp. XL.
Le mouvement du cœur ayant ceiîe tout à fait dans un autre chien , je touchai la pointe du cœur avec de l'huile de vitriol , elle ne parut pas avoir fenti ce poifon. Je touchai l'intérieur du ventricule, il parut beaucoup plus feu- fible. J'ai vérifié cette expérience.
Ex-
Expp. XXXVIII. - XLIII. 37 Exp. XLL
Ayant détruit le cerveau & la moelle de l'épine d'un chien , j'ouvris fa poi- trine. Le mouvement du cœur fe fou* tenoit : le fang fortoit à chaque con- traction de cet organe par l'artère manv maire, que "favois coupée; il fefoit un grand arc, qui diminua peu à peu, & qui fit place à une ina&ion parfaite au bout d'une heure,
Exp. XLIL
Le cœur ayant perdu fon mouvement dans un autre chien , je mis un tuyau dans la veine cave , & je la fouflai. La veine recommença fcs mouvemens : ils pafferent dans l'oreillette droite, & de là dans le ventricule, après que j'eus ceffé de foufler. J'ai fouvent vérifé la même expérience.
Exp. XLIII,
J'ai fait beaucoup d'expériences fur la durée du mouvement du cœur , & de celui des inteftins. Toutes les fois -que j'euvreis la poitrine la première „
le
§8 EXPP. DE M. ZlMMERMÀNN.
le cœur fe refroidiflbit avant les inteftins*, & il perdoit le premier le mouvement. Mais quand j'ouvrois en même tems lu poitrine & le bas ventre, le mouvement du cœur étoit le plus durable : j'ai vu cet événement avec M. Albrecht dans un chien , & avec M. Loeber dans une fouris. Je me fuis convaincu, que le froid étoit Tunique caufe , qui pouvoit ôter au cœur le privilège, d'être le plus confiant dans fcn mouvement.
Exp. XL1V.
Le mouvement du cœur ayant cefïe presque le moment même dans le cœur iPun chien, j'ouvris le bas ventre -y je trouvai dans les inteftins un petit mou- vement de conftri&ion , qui ne les fe- foit pas changer de place. Je fouflai la veine cave9 & je réveil Jai le mouvement du cœur, dans le tems , que les inteftins étoient non feulement fans mouvement, mais fans irritabilité. Quand ce mou- vement eut cefle, j'irritai le cœur avec le fcalpel, il recommença à battre 5 je tentai de faire revenir le mouvement périftaltique des inteftins ; mais il n'y eut pas moyen , au lieu que le cœur
continua
Expp. XLIV. - XLVL 39
continua de battre conftamment pendant une heures quoiqu'avec peu de véhé- mence.
Expériences faites avec le poifon chymi^ue.
Sur les mufcles. Exp. XLV.
Les mufcles du bas ventre & le pfoas d'un chien, ayant été touchés avec de l'huile de vitriol 5 fe mirent en contra- ction. Le fcalpel fufïifoit pour le même effet dans un chien mourant: il fefoit contrarier le diaphragme après la mort même,
Exp. XLVI.
Je touchai tous ks mufcles d'un tehien avec de l'huile de vitriol 1 ils fe contrarièrent violemment. Je doupai un des mufcles du bas ventre, je le tins fufpendu avec une pincette , je le tou- chai plus bas avec l'huile de vitriol 3 & je vis l'extrémité inférieure fe con- tourner & s'aprocher de la fupérieure,
Ex-
40 ExPf. DE M. ZlMMERMANN.
Exp. XLVIL
Je touchai les mufcles du thorax d'une fouris avec l'huile de vitriol j il fe fit une forte contradion , & les cotes fe rapro- cherent les unes des autres.
Sur les intejlins Exp. XLVIIL
Je touchai un inteftin d'un chien une heure <*près fa mort avec de l'huile de vitriol , il fe contrada violemment. Un gros inteftin ne fe contrada pas avec te même vivacité.
Exp. XLIX.
Je touchai V inteftin d'un autre chien avec l'huile de vitriol , il fe contrada & fon diamètre diminua de deux tiers. Les gros inteftins me parurent moins irritables , à l'exception du redum, qui fait remonter & defeendre , ce quM contient y avec beaucoup de force.
Exp. L.
J'ouvris les inteftins grêles d'un autre chien en ditferens endroits, & je les
touchai
Exp*. XLV1I. — LL 41
touchai transverfalement avec de l'huile de vitriol : je vis leurs parties latéra- les fe rouler autour de l'endroit irrité, comme autour d'un point fixe : &, du bord fupérieur & inférieur, fe formoit une efpece de rouleau cylindrique. La partie fupérieure de l'inteftin fe renverfa autour de l'endroit irrité , & la partie intérieure fe tourna en dehors > elle fc fit fuivre peu à peu par la partie la plus voifine de l'inteftin, & lui fit décrire une fpirale. Pendant que ce mouvement s'eifedtuoit , la liqueur inteftinale for- toit en écume: & la matière contenue dans la cavité des inteftins, en venoit, & de la partie fupérieure & de l'infé- rieure. J'ai vérifié trois ou quatre fois cette expérience, avec le même fuccès*
Exp. LL
Je touchai les inteftins d'une fouris. comme j'avois fait ceux d'un chien , avec de l'huile de vitriol, ils fe con- tractèrent : les gros inteftins ont moins de vivacité , que les grêles.
Ex.
4* EXPP. DE M. ZlMMERMÀtfR,
Exp. LIT.
La même irritabilité parut dans les gros inteftins , & dans les grêles d'un chat; mais la conftri&ion fut moins forte , que dans le chien.
Sur Piflomac Exp. LUI.
J'ai fou vent irrité l'eftomac dans les chiens , en le touchant avec i'huile de vitriol* il fe contra&oit & avec plus de force , à proportion du moins de tems , depuis lequel l'animai venoit de perdre la vie.
Dans les chats ces contractions font moins fortes. Dans une fouris encore vivante , cette contraction fut des plus vives.
J'ai vu dans un chevreau ce mou- vement affez vif, pour communiquer fes ofcillations au diaphragme , & pour les rendre fenfîbles dans la poitrine.
Surin veffîe urinaire Exp. LIV.
Je l'ai fouvent irritée avec de l'huile de vitriol dans un chien. Elle fe con- tracta
Expp. LU. ~ LVL 43
tracfta chaque Fois, moins pourtant qu'un inteftin grêle * plus fortement , q^and l'animal ne venoit que de mourir , & plus foiblement, quand il étoit mort depuis quelque tems. J'ai vu la veflîe infenfible même pour l'huile de vitriol, & immobile , dans le tems 5 que les inteftins fe contradoient fort vivement,
Exp. LV.
Dans un autre chien, & dans un chat, la veflîe fe contra&a peu, quand je l'eus touchée extérieurement avec de l'huile de vitriol. Mais elle fe re- duifit à un très petit diamètre , pas plus grand qu'une noix , quand je l'eus percée 1 5c que j'eus fait fortir l'urine.
Sur Puretere Exp. LVL
L'huile de vitriol le force à fe con- trarier, & même à faire une fpirale, quand l'animal eft mort depuis peu. Cela 'eft arrivé dans un chat. Il s'eft fortement contracté dans une fouris , quand je l'ai touché avec de l'huile de vitriol.
Sur
44 EXPP. DE M. ZlMMEKMANN.
Sur Purethre Exp. LVII.
J'ai ouvert Purethr.e dans un chien , après fa mort , j'en ai touché la furface interne dans différentes places, elle s'eft vivement contradée.
Sur îavéfuuk dufel Exp. LVIIL
Je l'ai touchée avec de l'huile de vi. tribl , & avec le beurre d'antimoine > elle s'eft vivement contradée , mais plus lentement, quand l'expérience fe fefoit plus long tems après la mort J'ouvris le canal cholédoque, & !a bile en fortoit, qaand j'initois la véficule. Je l'ouvris * & la touchai , elle fe contrada de même.
J'ai vu les mêmes phénomènes dans un chat 5 & dans une fouris.
Sur les conduits biliaires Exp. LIX.
J'ai touché le conduit cholédoque d'un chien avec de Fhuile de vitriol; il s'eft évidemment contradé.
Je touchai )e canal cyftique à fou entrée dans la véficule ; il y furvint m\ étranglement.
Sur
Expp. LVÏÏ. ». LXIL 4V
• Sur quelques vifceres Exp. LX.
J'irritai le poumon avec le fcalpelj ii ne fe contracta pas. Je le touchai avec de l'huile de vitriol , & il fe con- tracta , même quand l'irritabilité des inteftins eut cette.
Exp. LXI.
Le foie & la ratte ne fe contractè- rent pas , quoique touchés avec l'huile de vitriol dans un chien, & dans une fouris. Les reins furent indociles au fcalpeh mais l'huile de vitriol verfée fur leur furLce , y caufa une contraction.
Sur les toiles cellulaires & les wethbyaues Exp. LXIL
L'huile de vitriol verfée fur la graifTc du mélentere, ou du cœur, caufa une violente convulfion dans un chien. Le même effet fe frit apercevoir en quelque endroit, qu'on touche la cellulofité.
Sur
I
4$ EXPF^ DE M. ZlMMERMANW.
Sur la peau Exp. LXIIL
Une fouris étant morte depuis deux heures, & les mufcles, le cœur & les înteftins ayant perdu leur irritabilité , je coupai des portions de la peau de ce petit animal J j'y verfai de l'huile de vitriol , elles fe contractèrent tout de fuite , & fe roulèrent fur elles mêmes. Cet effet a toujours lieu une ou deux heures après la mort, mais plus tard il ne fe fait aucun mouvement.
Exp. LXIV.
Je coupai la queue à une fouris : une heure après la mort j'en découvris les ligamens , qui font ronds & fort blancs, je les touchai avec de l'huile de vitriol , ils demeurèrent immobiles ; mais la peau fe contrada avec violence , & toute la queue prit un mouvement vermicu- laire, comme un ferpent; ce mouve- ment à la vérité * ne dura guère.
Sur les tendons Exp. LXV.
Qu'on coupe un tendon , & qu'on ail touche l'extrémité avec de l'huile de
vitriol ,
Expp. LXIÏL ... LXIX. 47
vitriol, il fe contractera violemment, même au bouc de 24 heures api es la mort , comme je l'ai vu dans le tendon ûu mufcle plantaire d'un chevreau.
Exp. LXVL
La même chofe m'eft arrivée avec Paponeurofe du pfoas dans un chien.
Sur les artères Exp. LXVIL
J'enlevai l'aorte d'un chien avec le cœur , j'irritai fa furface intérieure dans le voifinage du cœur avec de l'huile de vitriol. Sa lumière diminua confidera- blement > & fe reduilît au tiers. L'irri- tabilité parut moins forte dans l'artère iliaque au deffus de fa divifion.
Exp. LXVIII.
J'enlevai l'aorte avec le cœur dans une fouris ; elle fe rciTena évidemment» quand je l'eus touchée avec de l'huila de vitriol.
Exp. LXIX.
■
Ayant fait, trop long tems après la mort , la même expérience fur l'aorte
d'un
48 EXPP. DE M. ZlMMERMANN. cPun autre chien , cette artère ne fe. reflerra plus.
Sur les veines Exp. LXX.
Je touchai légèrement la veine cave d'un chien une heure après fa mort , elle fe reflerra allez confiderablement. L'huile de vitriol, dont je m'étois fervi, fit le même effet fur les veines ilia- ques.
Exp. LXXI.
Je fis la même expérience fur la veine cave d'un chien , mais plus long tems après la mort : rien ne bougea. J'ouvris la veine , je touchai fa furface intérieu- re, & elle fe contrada.
Exp. LXXII. î
La veine cave, touchée dans fa furface intérieure avec de l'huile de vitriol , fe reflerra fortement. La même chofe arri- va ? quand je touchai la veine cave , & les iliaques d'une fouris avec de l'huile de vitriol.
Je vérifiai la même expérience fur la veine cave, & les veines rénales &
iliaques
Expp. LXX. — LXXIV. 4?
iiaques d'une fouris. J'enlevai la veine ave avec les iliaques de ce petit animai : ; les mis fur la table ; je les arrofai d'huile le vitriol, & il fe fit une forte con- raction.
Ex p. LXXIIL
Le mouvement du cœur ayant été fort lifoibli dans un chien, & les inteltin* tyant perdu jusqu'à leur irritabilité, la feine cave conferva fa contraction > ac- compagnée d'un relâchement alternatif iepuis l'oreillette jusqu'à fa divifion.
J'avois vu une autrefois la veine cave jattre avec plus de vitefle, à mefure }ue le cœur eut perdu de fa force: elle fe foutint pendant une demie heure , après ce terme ce mouvement diminua, 6c fe termina bientôt dans un parfait repos.
Sur les nerfs y Ex F. LXXIV.
Je coupai le nerf phrenique d'un chien , après la mort , je l'arrofai avec de l'huile c!e vitriol , il fe contracta , & les extrémités fe raprocheren: de Pen- jdroit; que i'irritois : ce mouvement fut Tum. IL C
ÇO ÈXtff. DE M. ZlMMERMANN:
plus fort dans la portion la plus courte du nerf , & plus foible dans la plus longue.
Ex p. LXXV.
Je coupai h nerf crural d'une fouris , je le plaçai fur une table , il étoit droit : je le touchai avec de l'huile de vitriol, il fit des fpirales , & tin mouvement vermiculaire confîderable y dura quel-4 ques fécondes.
Ëxp. LXXVL
Je touchai le nerf optique d'une carpe, que j'avois enlevé , avec de l'huile de vitriol y il fe refferra , & les extrémités fe raprocherent du milieu : il rampa même avec un mouvement périftaltique fur la table.
Je n'ai pas beaucoup de confiance aux trois expériences, que je viens de raporter, ayant vu les mêmes mouvemens dans les tendons de quelques animaux aflez jeunes.
J'ai raporté les expériences de mon élevé, à la referve d'une feule, qu'il a faite fur une chenille. Je ne puis qa'ob- ferrer fur toutes les expériences de la
dernière
Expp. LXXV. LXXVI. fi
dernière clarté , faites avec Pmiile de vitriol , qu'elles ne prouvent pas un* véritable irritabilité. Cette huile agk violemment fur la graifle, & fortement fur toutes les parties membraneufe* humides du corps animal. Elle celTc d'opérer, quand ces parties font feches ; mais elle contracte fans diftînétion les parties, qu'aucune autre expérience ne trouve irritables , comme la toile cel- lulaire ^ le poumon , furethre. Je dois rapeller ici les avertiffemens , que j'ai placés dans mon ouvrage fur les parties irritables ( a ).
Je vais tirer au refte, des expériences de M. ZiMmermann, les principaux co* rollaires , qu'elles peuvent fournir.
1 La dure mère eft infenfîble Q?\
2 Les tendons le font de même (c),
3 AufTî bien que la pleure (d) y
4 Le péricarde Çe)> & f Le péritoine C/).
C 2 6 Les
U) Mem. IL Secftion XIX. Exp. i. &2, fouvent vérifiées. Exp. *. 4, Exp. c.
(e) Exp. T- ?
(/) Exp, 8.
5 % EXPP. DE M. ZlMMERMÀNN.
6 Les animaux à fang froid vivent ,
6 marchent fans le fecours du cer- veau (£).
7 Les bleflures de la moelle de l'épine ne font pas funeftes furie champ (è ).
8 Les irritations des nerfs produifent des convuifions même après la mort de ranimai, ou dans un mufcle feparé du tout ( 0-
9 Le cœur d'un animal arraché du corps, continue débattre (^).
10 II en arrive de même dans un animal, auquel on a coupé la tète, ou enlevé le cerveau , ou détruit la -moelle de l'épine (/).
il Les animaux à fang froid vivent quelque tems fans cœur (#0-
12 L'oreillette du cœur bat plus long tems , que le ventricule ( n ).
13 Le mouvement du cœur dure plus long tems que celui des inteftins, à moins que le froid ne le fuprime ( 0 ).
Je ne (g) Exp. 12. ig. 14. (£) Exp, 21. 22. ( i ) Exp. 24. 2$. 27. 28. (*) Exp. 2?. go. 34. 3*. 37. 3$# (/) Exp. 31. 52. 37. 4». (m) Exp. 5ç. (») Exp. 1%
EXPP. DE M. ZlMMERMÀNN. fg
•
Je ne rapreche pas les autres expérien- ces , qui n'apartieiinent à aucun des phénomènes révoqués en doute. M. Zimmermann a trouvé le péricrane fenfible (p), & je n'ai rien décidé là- deflus ( q ). Il a vu encore quelques autres événemens, un peu différemment, de ce que j'ai vu , mais fans intéref- fer en aucune manière les points en difpute.
(p ) Exp. %
(q) Se *ai Mémoire p. 14*. Il eft trop dif- ficile d'en feparer les nerfs, qui rangeât feus la peau.
C 3 HL
III EXPERIENCES
D E
M. GEORGE CHRISTIAN 0 E D E R.
frofejfeur Royal en Botanique en Dankemarc,
(r)Ces Expériences font tirées de la thefe de M. 0. de irritabilitate défendue à Coppenhague le 9 de Février 1751. Ce favant a été employé enfuite par S1. M. Danoife pour recueillir les différentes raretés 5 que fes royaumes fourniffent à f hiftoirc naturelle ? il a fait deux voyages en Norvège > & fe prépare à donner un ouvrage très confiderable » dans lequel douze cent plantes feront deffinées & gra- vées d'après nature.
( Ï7 )
I. Expériences fur l'irritabilité & l'ir- ritation du cœur. 6-)
Expérience I. Sur un chien.
J'ai étranglé Ranimai, & j'ai ouvert la poitrine, j'ai vu le mouvement du cœur .... Son corps perdit fon mouve- ment le premier , enfuite l'oreillette gauche , puis , après une demie heure , l'oreillette droite, & le lînus , extrê- mement rempli, des veines caves. Le fentiment & le mouvement avoient abandonné le fujet -, il reftoit pourtant quelques mouvemens convulfifs au dia- phragme , & quelque conftri&ion à l'eftomac & aux inteftins. La veine cave avoit eu une forte contradion alterna- tive , dans l'efpace d'un pouce ; ce mouvement reflembloit à celui des fibres longitudinales de Pmteftin. J'ai vu cette veine battre, dans le même tems , que le cœur . & les palpitations des ven- tricules, des oreillettes, & des veines C ç caves
Î8 Ex pp. di M. Oeder.
caves ne fe repondoient pas exa&e- ment (0«
Ex p. IL
J'ai fouvent arraché le cœur à des lapins , des chiens & des chats : j'en ai exprimé le fang, je l'ai rechauffé de mes mains , il a battu pendant plu- fieurs minutes. Dans un chat, ce mou- vement a duré huit minutes entières; les ventricules ont cette alors de battre, mais les oreillettes ont continué. J5ai piqué le cœur , il a recommencé de battre avec beaucoup de force , & pen- dant vingt minutes entières : il étoit renfermé dans le péricarde: dans cet état il conferve plus long tems fon mouvement, que lorsqu'il eft à nu.
Ex P. III. fur une grenouille.
J'ai arraché le cœur9 il a battu cm bout de deux heures entières. Ayant été ranimé (par la chaleur) le ventri- cule a perdu le premier îe mouvement ;
&
E O F*i rangé les obfervations de M. Oider dans TordiC, qui repoiid aux chef» de la diïpute : je u'y ai liai clwn^e de jplus*
Ex pp. t IL & VI. ?9
8c Poreillette avec la veine cave Pa coiv fervé avec beaucoup de force.
Ex p. IV.
J'ai toujours remarqué, que le cœur d'un animal fouvent irrité, ou animé par du fel répandu fur fes chairs* ou expofé au fbleil (ce qui le fait redou- bler fes battemens ) ccffè plutôt de battre.
Ex p. V.
J5ai remarqué dans les animaux, dont pavois ouvert la poitrine , fans rien changer au bas ventre , que les inteftins confervoient leur irritabilité bien plus long tems que le cœur, lorsque j'ou- vrois l'abdomen plus tard que le thorax. Quand je Pouvrois de meilleure heure 9 le même événement n'avoit pas lieu.
Ex p. VI.
Ayant arraché le cœur , & coupé une partie du fternum à des chats , j'ai vu la poitrine entière faire un grand mou- vement.
C 6 E x p.
€0 Expp. DE M. Oeber.
Ex p. VII.
Une grenouille vécut une heure & demie, après que je lui eus arraché le cœur.
Ex p. VIII.
Les mufcles des grenouilles, qui pa- roiflbient être fans vie , & les mufcles de leurs jambes feparées du corps , tremblent & palpitent encore après deux heures & demie , quand on y répand du fel mouillé.
Ex p. IX.
Généralement parlant , les chairs des animaux dont le fang eft froid, con- fervent plus long tems leur irritabilité, que les chairs des animaux à fang chaud. Les infectes confervent encore plus long tems l'irritabilité de leurs parties.
Ex P. X.
J'ai eflayé le degré de puiffànce des differens irritans, fur la chair des gre- nouilles. Le fei commua & le fel am- moniac ont beaucoup de pouvoir. Les poifons chymiques font trop forts , ils
rendent
Expp. VIL Li XII. 6i
rendent les fibres callcufes, comme û elles étoient de bois ; c'éft l'effet du fublimé & deThuile de vitriol. Ils ne produifent qu'une forte contraction fur la place même, qu'ils touchent, fans caufer de convuifîon durable.
Exp. XL
Dans les lapins, le fel, l'huile de vi- triol * & le fublimé répandus fur les chairs produifent les mêmes effets, que dans les grenouilles , mais moins du- rables.
Exp. XII.
J'ai enlevé le fémur d'une grenouille avec fon neif : j'ai irrité ce nerf, & le fémur eft entré en convuifîon. Quand je faififlbis une féconde , & une troisi- ème fois, le même nerf5 l'irritation ne produifoit plus rien, mais elle fefoit fon effet, dès que j'irritois la partie du nerf, qui étoit immédiatement au def- fous de la partie irritée. J'ai conti cette expérience en defccndanc par toute la cuiife jusqu'à la divifion du nerf, & le fpcclade a duré un quart d'heure.
Exp.
62 Exrr. de M. Oed*iu
Exp. XIII.
Un nerf trop étendu 9 ou touché avec de l'huile de vitriol, caufe une convul- fion univerfelle dans la jambe. Je n'ai jamais pu faire en forte, que la con- vulfion parut , dans un autre mufcle , que dans celui , où le nerf irrité s'alloit terminer , la convulfion n'alloit pas plus loin , foit que je liafle le tronc du nerfc ou que je ne le liafle pas.
Exp. XIV.
Jai coupé ou lié le nerf phrenique : j'ai piqué la partie du nerf, qui étoit inférieure à la ligature 5 ou à la divifion du nerf: le diaphragme s'eft eontra&é.
Exp. XV.
Je n'ai pas réufïi à faire Pexpérien- ee, que je trouve raportée, & que je vais expofer. Il faut lier le nerf phreni- que, & en irriter la partie inférieure: bientôt cette irritation ne produit plus de mouvement. On détache alors le nerf, & l'irritabilité revient à la partie , qui Favok perdue, Cette expérience n'ayant
pas
E x P P. Xm. ~ XVII. 61
pas réufli , j'en ai fait une autre , aflez femblable. J'ai comprimé, fans trop de force, le nerf phrenique : je l'ai irrité au defTus de la comprefîion , le diaphragme ne s'eft pas ébranlé. J'ai ôté les doigts; j'ai irrité la même partie du nerf qu'au- paravant, & le mouvement eft revenu. J'ai trouvé * qu'une forte ligature dé- truit la moelle du nerf.
Exp. XVI.
J'ai vérifié les expériences de M. Zinn fur Pinfenfibilité de la dure mère, dont j'avois été le témoin.
ExP. XVII.
J'ai fouvent obfervé la refpiration. Quand j'avois percé une cavité de la poitrine, la refpiration & la voix fub- ïiftent : le poumon fort par la playe , mais toujours dans l'exfpiration. Les intervalles des cotes fe rciîerrent dans Pinfpiration ; car j'ai vu 'e poumon , qui étoit forti par une petite playe de la poitrine, étranglé par les cotes , qui fe raprochoiert dans Pinfpiration. Quand j'ouvris l'autre coté de la poitrine* la refpiration fe fefoit avec un effort pro- digieux , & ki poitrine montoit & defeen-
doit
6\ Ex PP. DE M. Oeder.
doit comme par des convulfions. Jraï vu, dans cet état ^ la voix fe conferver fix minutes entières dans un chat , mais un lobe du poumon étoit engagé dans la bleiïuré. Quand on perce le mé- diaftin , ou qu'on enlevé le diaphragme, ou bien les mufcles du bas ventre , la refpiration devient aufïï laborieufe * qu'elle Peft dans un animal, dont les deux cotés de la poitrine font ouverts. J'ai» enlevé le fternum •> & les mouve- mens les plus violens de la poitrine n'ont pas difcontinués.
Corollaires de ces expériences.
I. Il paroit , que la chaleur conferve le mouvement du cœur ou des inteftins, & qu'une partie de l'avantage , que les derniers ont quelquefois fur le cœur , vient du refroidiflement de cet organe (f).
Les autres expériences confirment ^es vérités connues 1 ou ne fe ramènent pas à des points de phyfiologie, qui fo communs à plufïeurs de ces phénomènes.
(O Exp. 2. 4*
IV.
EXPERIENCES
D E Mr. CASTELL Tirécf de fa thefe inaugurale ( u ).
( «) Pétri CuTUt txptrimtnti , quittas nxt corporis bumani partes fintiendi far
mitait :*rers confiât Gotting. 1753. xo. Janv.
(«7)
J'ai été long tems en doute, fur ce qu'il me convenoit de choifir d'entre les expériences de mon élevé. D'un coté je craignois la répétition , la plus grande partie de ces expériences ayant été faite fous mes yeux , & le plus fouvent de ma main : & de l'autre je confiderois , que M. Càstell a fait des expériences utiles , dont mes cayers , & mon met moire ne parlent pas , & qu'il a remar- qué bien des circonftances fur fes cayers^ que j'avois omifes. Tout bien confîderé j'ai cru , qu'il valoît mieux: s'eYpofer à la répétition de cinq ou fix pages, que de laifler tomber dans l'oubli des dé- tails , qui m'ont paru confirmer le vrai. J'ai choifi donc des expériences de M. Castell celles, que je n'ai pas rapor- tées, & quelques unes de celles , dont je n'ai donné que des extraits. Je les ai comparées avec les miennes, & averti toutes les fois, qu'elles peuvent avoir été les mêmes.
I. Sut
68 Expp. de M. Castell:
I. Sur les tendons & leur infenfibilitê. Ex P. I. fur un chien (*)•
Il étoît debout fur Tes pies , un de mes amis le renoic par la tète , & le fiatoit, dans letems, que ^ loi perçai, par le coté extérieur du pie droit la peau, & le tendon d'Achille. A peine Panimal parut - il s'apercevoir, d°c^ qtte j'avoij lait (c'eft toujours M. sîKLt qui parle); il alla trouve* autre le mes amis, qui l'appelleit, & I flata d'un air gai. Sa démarch: étoit auflî libre , qu'auparavant s il rrc Icehtt même fa playe , qu'après que je /eus arrofée d'efprit de vin, pour étaucher le fang, qv.e repandoit une branche de la petite faphene. Il continua de marcher d'un air délibéré, de courir, & d'aller cher- cher le pain , qu'on lui préfentoit.
Au bout d'une heure je perçai de la même manière , & de la même lancette, la peau & le tendon d'Achille du pie gauche , du même animal. Il ne parut pas y faire attention, il fe drefla même
fur
(jO Cette expérience paroit être la iç de mon mcmoiiç.
Expp. I. & IL 69
fur fes jambes de derrière pour atraper du pain, qu'on tenoic un peu haut, & il fe tint droit fur ces jambes. Je con- tinuai d'obferver trois heures entières , s'il paroitroit quelque marque de douleur dans fes adtions > mais il n'en parut point: il fe fervit des jambes bleffées pour fe grater les oreilles , il ne daigna pas même les lécher. Je le gardai pen- dant plusieurs jours dans une chambre , mais il n'y parut jamais de convulfion ni de fymptome.
E x p. II. Sur un autre chien , un peu plus petit.
Je le plaçai fur une table , & le fis tenir , fans lui faire du mal , & je perçai d'un fcalpel , par le coté interne ^ la peau, & la grande corde du pie droit. Le chien étant libre , regarda la bleffu- re 5 comme s'il fe fentoit piquer par ime mouche ; je le fis mettre en liberté, il courut vers ceux qui l'apellerent 9 & ne fit aucune attention à fa playe.
Je le fis coucher fur le ventre * & un ami le retint dans cette Situation , en lui fefant étendre le pic gauche : 'fapel-
lc
ço Expp. DE M. Castéll."^
le toujours pie , ce qu'on pouroit apeU 1er pié de derrière. Je lui fis alors une petite incifion à la peau de la partie in- térieure de ce pié : je découvris le grand tendon. L'animal fe plaignit un peu , & tâcha de s'échaper. Je le laiflai s'apaifer , & quand il fut tout à fait tranquille , ja fis entrer le fcalpel jufqu'à la moitié de Pépaifleur du tendon d'Achille. L'animal ne s'en aperçût point , il ne bougea pas* il ne retira pas même le pié, ce qu'il avoit fait <> quand je lui fis l'incifioa de la peau. Je le laiflai en liberté , il courut de tous cotés , & ne s'embarafla pas de fes deux blefliires. Il fe dreflbit pour atraper le pain , qu'on tenoit élevé; il marchoit fur les pies de derrière , pour fuivre ce pain-, que l'on retirent. Je n'ai jamais revu cet animal , que gai & bien fur pié 5 il couroit avec facilité, & ne paroiiïbit pas avoir fouffert le moins du monde (j^).
Ex p.
(jy y Cette expérience re fe trouve pas fur mon mémoire ? à moins qu'elle n'apar- tienne à la 16. & 17. qui font Ijpaucoujp moins détaillées.
Expp. ni. &? IV. 7t
Ex p. III. fur un chevreau.
Je pris un chevreau , je le fis coucher fur une table, j'ouvris la peau à la par- tie intérieure du pie> & je découvris une petite portion du grand tendon ( d'Achille ). L'animal bêla & parut fe plaindre. Je perçai alors le tendon, & pendant que je le perçois, l'animal ne donna aucun fon , ni aucune marque de douleur. Je le remis fur la table, il marcha avec la même facilité & fauta comme auparavant. Il n'y parut jamais démarque de convulfion (3).
Ex P. IV. fur le même chien de ïexp. 1. (a).
Ce chien paroifTant fe bien porter , je le repris au bout de deux jours 9 & je le mis fur une table en lui fefant étendre un de fes pies. Je fis une incifion à la peau pouK découvrir l'extenfeur du
tibia ,
(2) Ce chevreau n'eft pas fur mes mémoi- res & le n. 1. cite p. izz. eft une faute d'impreffion.
(a) Cette expérience eft le n. 19. de mou mem. Ce fut moi qui fis les incifians, & qui piquai le teudoii*
72 Expp. DE M. Castell.
tibia : ranimai fut fenfible à la dou- leur & pouffa des gemiffemens. Je le flatai , & le tranquillifai : je portai alors le fcalpel dans l'incifion , & je piquai le tendons l'animal ne s'en aperçût pas. Je faifis la peau avec la pincette, & l'ani- mal fe plaignit , & fe démena pour fe fouftraire à la douleur.
Je refis la même expérience fur l'autre jambe & fur fon extenfeur , l'événement en fut le même.
Je remis ce chien en liberté , il parut gai^ il courut de coté & d'autre > & ne lécha pas mè;ne le pié , il s'en fer vit pour fe grater. La bleffure n'ètoit pourtant pas infenfible , & l'animal crioit quand j'y portois le doigt.
Exp. V. fur le chien de texp. IL ( lf )
L'animal fe portant bien, & ne mon- trant aucune douleur , je le liai. Nous lui finies alors une incifion à la peau, & nous découvrîmes un peu Textenfeur du tibia. 11, fentit cette incifion, il hurla, & s'agita pour fe fouftraire à la bleffure. Je donnai au chien le tem> de fe tranquillifer , &
nous
lb ) C'eft mon exp. 20, M. Cistbil Ta mieux détaillée.
Ex pp. V. ~ VI. 73
nous plongeâmes alors le fcalpel profon- dement dans le tendon des extenfeurs du tibia : l'animal ne parut pas fentir de dou- leurs mais il hurla bientôt, quand je lui fis une incifîon a Fautre pié. Je lui laiifai encore le tems de fe tranquillifer , & j'irritai alors le même tendon des exten- feurs : je le piquai ; mais l'animal ne bougea pas , & ne s'aperçut pas de cette bleffure. Je lui pinçai la peau, & il com- mença h crier & à fe démener.
Je remis l'animal en liberté; il courut, comme pouf chercher à manger : on l'a- pelîa 3 il accourut , & marcha fur les deux pies de derrière*
E X p. VI. fur un chevreau. ( c ).
Je liai ce petit animal en Jui laiflint le mufeau libre , pour ne pas gêner fes cris. Je fis une incifîon à la peau 3 & je décou- vris le tendon des extenfeurs du tibia j il bêla , & fentit la douleur. Je plongeai alors le fcalpel dans le tendon, il ne parue pas s'en appercevoir , & ne donna aucun Ton*. IL D f0Il ,
(c) Ceft la tç de mou mémoire» toujours mieux détaillée. Je laiffe fubfifter la pre- mière perfonne., quoique jaye fait les ïn cii:owi» moi meme.
74 Expp. de M. Castell^ fon, qui put marquer de la douleur. Il n'étoit pas infenfible, & cria bien vite quand je lui pinçai & tiraillai la peau.
Les mêmes phénomènes revinrent , quand je refis les mêmes expériences fur l'autre pie.
Je remis cet animal en liberté: il courut & fauta à l'ordinaire , but du lait , & donna toutes les marques imaginables de gayeté & de fanté.
Ex P. {VII. fur un petit chien (d).
Je ne le fis tenir qu'avec les mains , & lui laifTai la tète & le mufeau libre. Je fis une inciiîon à la peau , & je découvris le tendon des extenfeurs avec le ligament ; l'animal fentit la douleur , cria & fut fort inquiet. Je le flatai pour lui rendre la tranquillité , & j'irritai alors le tendon avec le fcalpel. L'animal ne donna aucun figne de vie. Je tiraillai alors la peau , & le chien pouffa d'abord des cris plaintifs.
E x P. VIII. fur un chien ( <? )*
Je découvris le tendon des extenfeurs du tibia : l'animal fe démena & s'agita *
gémit, Hd) Ceft n. 21. de mon mémoire. 0) Exp. 16. de uioii mémoire.
Expp. Vïï.^- IX. 7T
gémit, & chercha à s'échaper , pendant que je fefois Pineifîon de la peau. Je lui laiiîai le tems de fe tranquillifer ; «S: je lui plongeai dans le tendon une aiguille à embaîer , en la fefant entrer par la pzc~ tie inférieure du tendon , & la pouffant en haut , plus d'un pouce. Je biffai réguille dans la blelîure pendant quelque tems; je la retirai alors, & la replongeai plufiems fois dans le tendon : je finis par la retirer tout à fait. Toutes ces blefi: n'altérèrent pas b moins du monde la tranquillité de l'animal. Je revins à lui couper la peau , & il fit bientôt aperce- voir fa fenfibilité , par fon agitation , & par Tes gemiffemens.
Ex p. IX. Sur un chien (
Ce chien avoit fervî aux expériences L & IV : je lui donnai deux jours pour fe rétablir. Je le fis coucher alors fur le ventre ; je lui fermai la gueule , lui écar- tai les quatre jambes , & V attachai. Dans état , je fis une incifîon à la peau du pie droit; je découvris le tendon d'Achiî- ie : l'animal fentit cette incîiion. je le D 2 laiiîai
(/) Exp. 3$, de mon
76 Expp. de M. Castell^
laiflai revenir & fe tranquillifer , & je coupai alors , jusqu'à la moitié de fa pro- fondeur , ce tendon : l'animal ne branla pas , & ne donna point de figne de dou- leur. Je lui rendis la liberté : il marcha avec gayeté & avec facilité ; accourut au pain qu'on lui préfentoit , fe foutint fur les quatre jambes, & fur le pié blefle s monta & defeendit des degrés , & fe grata les oreilles du pié même, dont le tendon étoit à demi coupé. Quand on l'apelloit 9 il fe levoit * & venoit à la voix : il ne parut jamais de convulfion; il ne lécha même fes playes qu'après qu'on les eut maniées.
M'étant aperçu, pendant que je divi- fois le tendon , qu'une partie de fes fibres fe retiroit , & que le refte reftoit en pla- ce, je (^) cherchai la raifon de ce phé- nomène dans le fu jet même , que je tuai après trois jours 5 qu'il palfa fans la moin- dre marque de fouffrance.
Je trouvai , que les gémeaux ne for- maient pas uni tendon unique , comme ils en forment dans l'homme. Le tendon du gémeau dçfcend tout droit , & s'attache au talon. lie tendon du foléaire fe con- tourne
(g) Cette ipartie de Texp. Te trouve aprèî Texp, z6 de nioa mem.
Ex?. I X, 77
tourne dès fou origine contre la partie in- terne du pie: il y déborde le gémeau, raccompagne en ligne droite, & remontes pafle par deflus le tendon du gémeau , s'épanouit , embrafle le tendon , que je viens de nommer , & s'attache , par fon extrémité élargie 5 à la partie extérieure du talon. Deux autres tendons vont join- dre ceux, dont je viens de parler ; l'un vient de la partie extérieure , & l'autre de l'intérieure. Quand ils font arrivés aux tendons du gémeau & du foléaire, ils fe réunifient , s'attachent fortement l'un à l'autre > & ne font presque qu'un tendon unique, qui defeend un peu plus en dedans fous le tendon du foléaire , fe laiiTe embraifer un peu plus bas , & s'at- tache à la partie intérieure du talon. Un étui , formé d'une membrane fimple & mince , mais forte , enferme tous ces ten- dons, qu'un tiifu cellulaire robufte atta- che les uns aux autres , en leur donnant l'air d'un tendon unique. C'étoit le tendon du foléaire , que j'avois coupé , & qui s'ecoit retiré, & j'avois légèrement bleifé les deux tendons , que j'ai nommés en dernier lieu , & celui du gémeau. La par- tie fupérieure du tendon du foléaire s'étoit écartée de l'inférieure d'un travers de D 3 doigt)
#
7g Exvv. de M. Castell.
doigt , & s'étoit cachée fous l'envfclope commune de ces tendons. La partie infé- rieure du même tendon s'étoit beaucoup moins retirée ; elle étoit peu couverte de la peau , & de Penvelope , que j'ai nom- mée. Ces deux extrémités du tendon étoient un peu plus épaiiTes, & avançoient d'avantage, que le refte du tendon -, mais la grofleur de la partie inférieure du ten- don étoit moins confiderable , que la groffeur de la partie fupérieure.
Exp. X. fur le chien qui avoit ftrvi aux expp. 2. & f. ( h ).
Cet animal avoit pafle un tems confi- derable en parfaite fanté , après ce que je lui avois fait fouffrir. Je le repris , & Taffujettis? comme le chien de l'expérien- ce précédente. Je lui fis une incifion à la partie poftérieure interne de la jambe , & je découvris le tendon du foléaire. Pendant cette opération l'animal fe dé- mena y & fit voir 3 qu'il fouffroit. J'at- tendis , qu'il fut tranquille 5 & je coupai
en
(b) J'ai cru dans mon mémoire, que c'étoit Texp iç, mais je la trouve à cette heure effentieÛement différente.
Expp. X. ~ XL 79
en travers le tendon du foléaire : le chien ne fit pas le moindre mouvement > & la partie fupérieure du tendon fe retira. Je le mis en liberté : il parut gai , accou- rut où on Papelloit, & marcha fur les pies de derrière.
Exp. XI. fut un autre chien ( i ).
Je fis la même préparation , que fur ^animal de Pexp. 10. & je lui coupai le tendon du gcmeauiéusqu'au delà de la moitié de fon épauieur. Le chien ne fentit rien, & n'eut aucune convulfion:' rendu à la liberté , il s'apuya auiïi bien fur ce pie, qu'auparavant. Je lui préfen- tai un morceau de viande ; il fe dreflà fur les pies de derrière , & fuivit celui de mes amis , qui fefoit reculer la viande. Il monta & defeendit les de; auta
de haut en bas , & fut alerte au poiiible.
Le lendemain je lui coupai encore le tendon du foléaire, par une incificm^qui paifa la moitié de i'épaiffeur. Il n'en fut pas plus malade ; il courut de coté & d'autre , monta les degrés avec facilité : attiré par un morceau de viande , il fe D 4 dreilà
<0 CeftTexp, ii.
go Expp. DE M. Castell.^
drelfa fur fes pies de derrière , & n'eut aucune aparence de convulfion.
Exp. XI. * (XII).
Je refervai ces deux chiens n. 10 & II pour aprendre la manière, donc fe re- prennent les tendons , qu'on a coupés. La peau étoit entièrement fermée à la fin d'un mois. J'immolai le premier de ces chiens au bout de 42. jours , & l'autre après 35 , à compter depuis les expérien- ces, w
Il ne pouflbit point de poils encore de l'endroit de lableffure; mais je touchois deux petites éminences dans le tendon : elles, étoient à un travers de doigt l'une de l'autre. L'éminence fupérieure étoit la plus grande. Je découvris alors le ten- don. L'étui membraneux des quatre ten- dons étoit parfaitement réuni: il étoit fort adhérent aux bourlets (ou éminen- ces ). L'un des deux étoit à l'extrémité de la partie fupérieure du tendon du fo- léaire } les fibres étoient éloignées les unes des autres, & moins voiiînes, que dans un tendon bien conditionné; l'extré- mité étoit gonflée. Je la preffai, elle four- nit un peu d'humidité , & devint plus
unie.
Expp. XI. * (XÏI) - XI. ** (XIII). 8ï
unie. Le plus petit des bourlets étoit à l'extrémité de la partie inférieure du ten- don : les fibres étoient un peu , mais d'une petite différence , moins preflees que fur les autres tendons : le bout du tendon ne s'aplaniifoit guère , & ne four- niffoit que peu d'humidité. Pour les pi- quures des Exp. II. & V. il n'y en avoit plus de trace aux tendons d'Achille & à celui des extenfeurs du tibia: il n'y en avoit pas d'avantage da^3 le chien de Pexp. I & IX y mais il y avoit 9 dans ce- chien , du fang extravafé par la bleflure faite à une veine;
Exp. XL ** (XIII),
Je découvris les deux tendons d'Achille de l'autre chien , & je trouvai un fort petit bourlet à l'un & à l'autre de ces tendons. Ce bourlet ètoit revêtu d'une membrane fort mince , & fort adhérente au tendon. En fefanc de légères incitions, en fuivant la longueur du tendon , je vis comme de véritables £bres, qui venoient de fe former: elles étoient jaunâtres, & un peu transparentes Le tendon du fo- léaire avoit été e oupé : il n'y
avoit ,# à la partie inférieure, qu'un pe- L> fi tit
%% Expp. DE M. Castell." tit nombre de fibres blanches ; d'autres £ jaunâtres * les fuivoient : elles devenoient plus longues à mefure , qu'on aprochoit de la partie la plus haute de l'incifion ; car les fibres les plus fupérieures s'étoient retirées le plus , & les inférieures s'étoient moins retirées à proportion , qu'elles étoient inférieures. Les plus écartées ne Pétoient, que de l'épaifTeur d'une plume de corbeau. Le tendon du gémeau avoit moins foufFert de l'incifion , que le fo- léaire : le refte étoit de même. Le bour- let , qui réùniflbit les deux bouts du ten- don, étoit comme de la colle, ou plutôt comme le cal 5 qui réunit les parties frafturées des os. Il étoit plus mou que ce cal. %
Exp. XIL (XIV). fur un chevreau ((>
Je le liai , & lui laiiTai le mufeau libre. Je lui coupai le tendon du foléaire à l'une des jambes , & celui du gémeau à l'autre : jedivifai l'un & l'autre jusqu'à la moitié de fon épaifleur. Je laiflai aller l'animal: il étoit fort vifs il s'apuyoit fur fes pies de der- rière ,
(*) Cette exp. n'eft que nommée dans moo- meiiL p. i*8*
Expp. XII. (XIV). -XIII. (XV). 83 riere , & fauta comme le font les animaux de fon efpece.
Exp. XIII. (XV). fur un chien (0.
Je faifis le tendon d'Achille , & je le coupai entièrement en paflant le fcalpel fous mes doigts. Je biffai aller l'animal: il voulut s'apuyer furie piébleflej mais il ne put y réuffir * ce tendon étant defti- né 5 dans les bètes 5 à étendre leur talon , pendant qu'ils marchent. Quand il étoit couché , & qu'on l'apelloit , il fe hâtoit de venir 5 & tâchoit de s'apuyer fur ce pie , dont il ne fentoit 6pas le mauvais état ; car les chiens , qui ont quelque mal au pié , marchent fur les trois autres pies. Tout le tems que je gardai ce chien , il fut gai * mangea avec appétit* & n'eut aucun reflentiment de convulfion. J'obferve , que ^ivois coupé ce tendon * en préfen- tant le d^ du fcalpel au tibia , de peur de blefferTe gros nerf , qui marche de- vant le tendon,
D 6 Ex F,
(!) Cette çxp. ne fe trouve pas fui mes re* gitres.
8+ Expp. de M. Càstjell.
Exp. XIV. (XVI). fur le même chien (m).
Le trouvant gai &bien portant, je le liai ? & je découvris le tendon d'Achille de Fautre pie > ce qu'il parut fuporter fort impatiemment. Quand il fe fut tran- quillifé , je coupai le tendon en travers, ayant tourné le tranchant contre le tibia. La partie fupérieure du tendon fe retira lentement , & s'écarta d'un travers de doigt: je ne pus pas m'apercevoir, que Pinférieure fe fut retirée. Je fis alors de petites incitions , & à la partie fupérieure du tendon , & à l'inférieure; j'en empor- tai même des portions: l'animal ne parut poinpfentir la moindre chofe. Mais ayant fait pafler le fcalpel par la peau 1 & par les chairs mufeuleufes , l'animal fe mit iu hurler, ,
Exp. XV. * (XVII).. •
Ayant à faire des expériences fur les lîgamens, j'ai plufîeurs fois touché, coupé, divifé jusqu'à la moitié le tendon des ex- teafeùrs du tibia. J'ai fait cette expérience
fur
(mVNe paroi* pas être dans mon mémoire. Le n.iV en eft différât.
Expp. XIV. (XVI) - XVII. (XVIItV s î
fur des chiens de tout âge 5 & fur des chevreaux : aucun de ces animaux' n'a paru fentir de ma!. Tvlais des que je bief- fois ieur peau , ou la chair mufculeufe, ou que je touchois la partie intérieure de la peau avec Thuile de vitriol, l'animal ne manquoit jamais de donner des mar- ques de fa douleur.
Exp. XVL & XVIL
Etant raportées exactement dans mon mémoire ( n ) , je n'ai pas cru devoir les repeter ici.
Exp. XVL (o) (XVIII).
Une fervante eut le pouce écrafé par la chute d'un corps pefant. M. Bornes Mann, chirurgien induftrieux, & mon éleveten anatomie , ( c'eft M. H. qui par- le ) faifit avidement cette occafion , de faire fur Tefpece humaine l'expérience des tendons infenfibles. Il commença par irriter le tendon du long fléchifleur avec un inftrument aigu: il fixa la malade?
peudant
O) Exp. jo & \u
(o) Ceft-mon Exp, 31. MaîsM. Cas^ïil en douneime relation mieux circoulbr
gg EXPP. DE M. Càstell.
pendant qu'il blefïbit Ton tendon : elle ne s'aperçût de rien , & ne branla pas. Il l'avertit enfuite ; qu'il alloit faire une petite opération , qui caufoit quelquefois de la douleur. Il irrita alors la gaine du fléchiffeur , & demanda à la malade , fi elle foufïroit : el!e repondit , qu'elle ne fentoit rien. Sur cette reponfe il ouvrit cette gaine 9 ce qui étoit devenu nécetfài- re , à caufe de la fuppuration. Le tendon étoit découvert : il l'irrita avec fon efpa- tule : il le piqua enfuite , & caufa quel- ques fentes entre fes fibres , en deman- dant à la malade, fi elle ne fentoit rien? Elle repondit que non. Il faifit alors le tendon avec la pincette i & tonjours fan* que la malade s'en aperçut.
Exp. XVII. * (XIX).
J'ai plufieurs fois irrité l'aponeurofe des mufcles du bas ventre, avec le fcalpel & le beurre d'antimoine > & je i'ai tou- jours trouvée infenUble.
IL Expp*
Expp. XVI. * (XIX). - I. (XX). 87
II. Expp. fur les ligamens & les capfules des articulations*
Ex P. I. (XX). fur un chim [/>].
Je lui fermai la gueule, avec un linge & une corde 5 ( c'eft M. H. qui parle) je le fis tenir par mes élevés, & j'ouvris la peau en dedans du genou. Je découvris la capfule de l'articulation. Le chien s'a- gita beaucoup, & Ce plaignit vivement: il retiroit le pie , & cherchoit à fe fauver* en y mettant toutes fes forces ; il ne fe tranquillîfa pas bien , même dans la fuite. Je lui ouvris alors la capfule de l'articula- tion : il ne fe plaignit pas plus , qu'il n'avoit fait, & \\\\\ devint pas plus in- quiet. Je pris alors une buchille de bois , & la trempai dans l'huile de vitriol : je la portai dans la cavité de l'articulation ; mais elle fe trouva trop grofle : il en tom- ba une goûte d'huile de vitriol,qui toucha la peau. L'animal s'agita avec une violence extrême , & fecoua la jambe avec beau- coup de vivacité. Cette expérience ne m'aprit rien de folide fur le fentiment des capfules des articulations.
J'c
(?) Pour oit être ltap, 47.
8S Expp. de M; Castell.
J'enfermai le fujet de cotte expérience ; & je fus furpris , au bout de fîx jours , de voir , que la bkilure de l'articulation gueriffoit. FiTedivement l'animal confer- va eu pei:fe&ion le mouvement de fes jambes , & fut guéri fans difficulté. Plu- sieurs autres chiens , dont j'avois ouvert l'articulation, fe rétablirent avec la même facilité.
Exp. IL (XXI). fur un petit chien (jf).
Je ne lui fermai pas la gueule , voyant , qu'il ne pouvoit pas mordre encore. Je fis une incifion à la peau , je découvris le ligament de l'articulation, & je fis une incifion un peu plus large, que la précé- dente, à la capfule.
Le petit animal cria & s'agita avec violence , quand je fis l'incifion de la peau, mais il ne fit aucun mouvement, quand je fis l'incifion de la capfule. Je pris un petit bâton fort aigu, je le trempai dans l'huile de vitriol, & je brûlai la face- interne de la capfule. Le chien demeura tranquille, & ne parut rien fentir. Mais il fe lamenta, & s'agita, dès que je touchai là peau , à l'endroit de la bleiîure.
EXP;\
(0) .Ceft peut être Jtap, «$♦
Expp. IL (XXI). = IV. (XXIII). 89
Exp. III. (XXII). fur un autre petit chien*
J'irritai à ce chien les ligamens, comme au chien, dont je viens de parler, & ii fiit tout auflî tranquille. Je coupai le ten- don des extenfeurs du tibia: il ne fut pas plus fenfible à cette playe , dans le tems , qu'il fentoit vivement les lcfîons de la peau,
Exp. IV. (XXIII). fur un chevreau (r).
J'attachai cet animal après l'avoir cou- ché fur le dos. Je lui fis une incifîon à la peau, je découvris la capfule de l'ar- ticulation du genou à fa partie intérieure. Il cria , & tâcha de fe fouftraire à l'expé- rience- Je brûlai alors la capfule (s) avcG de la pierre infernale ; je coupai le tendon de Pextenfeur du tibia , & j'ouvris la capfule : je l'irritai intérieurement avec le même cautère. Le chevreau ne bêla point, il demeura parfaitement tranquil- le : il recommença bientôt fes cris, quand la pierre infernale vint à toucher la peau.
Exp.
(0 Exp. <o.
(x) M. Castell fe fert du terme de ligament mais il parle rie la capfule.
$0 Expp. de M. Castell: Exp. V. (XXIV). fur un petit chien (*).
Je vérifiai la même expérience (IV) fur cet animal , je touchai de la pierre infer- nale la face intérieure & extérieure de la capfule , fans qu'il donnât la moindre marque de douleur. Il fentit au contraire, & pius vivement que le chevreau > l'inci- fion de la peau , & la corrofion qu'y fe- foit la pierre infernale.
Exp. VI. (XXV). fur un chien (h).
Il étoit attaché comme le chevreau de l'exp. IV. mais avec le irufeau fermé. Je Es une incifion à îa face intérieure de la jambe > & je découvris la canule de l'ar- ticulation. LJaiijmal cria [ita pour s'arracher aux lourmens. J'attendis, qu'il fe tranquilHfar , & je perçai alors la capfu- le - après avoir coupé le tendon des ex- tenfeurs , pour que l'ouverture put être plus ample. Je piquai la capfule avec une aiguille à emballer. Le chien fe tint tranquille , & ne parut pas fouffrir la moindre chofe. Je piquai le ligament la- téral
(i) Exp. 48. de mon mem, («) Exp. 54. ou $*.
Expp. V. [XXIV]. .- VIII. &c: 9î teral externe 5 & le chien ne bougea pas. Je fis paifer l'aiguille par ce ligament, & je piquai la peau : il fentit bientôt la dou- leur 3 retira le pie & devint inquiet.
Exp. VII. (XXVI). fur un chevreau (x\
Je piquai encore une fois les ligamens de la capfule avec une aiguille à emballer: l'animal ne fentit rien * & cria fur le champ 3 quand l'aiguille eut percé la capfule 5 & qu'elle entra dans la peau.
Exp. VIII. (XXVII. XXVIII. XXIX).
vérifiés trois fris fur un jeune chien 9 fur
un autre déjà vieux , £5? fur un
chevreau (>')•
Je me fervis de l'aiguille à emballer pour la même expérience VII. aucun de ces animaux ne donna de marque de dou- leur * quand je piquois la capfule. Dés que l'aiguille avoit traverfé la capfule 9 & qu'elle entroit dans la peau , l'animal donuoit des marques évidentes de fouf- france,
III. Expp,
(*) Paroit plutôt Texp. ^?. de mon, mem, OO Peut être TExp. 54, & $5,
9? Expp: de M. Castelê:
III- Expp. fur le péricrane , & fur le période.
Exp. I. (XXX). fur un chevreau [z}.
Je le fis tenir avec les mains , & je découvre une bonne partie du péricrane. Il cria beaucoup pendant , que je fefois l'iricifioiï de la peau 5 ou que j'effuyois le fang avec une éponge. Le péricrane étant à découvert , je l'irritai avec le fcalpel » & j'y fis des incifions en longueur & en. travers. L'animal refta tranquille , & 11e donna aucune marque de douleur: il cria d'abord, dès que je revenois à efïuyer le fang avec l'éponge, qui ne manquoit pas d'irriter la peau. Il cria encore , quand je faifis la peau avec la pincette , & que je la pinqois le moins du monde.
Exp. II. (XXXI). fur un $etit chien.
Je refis la même expérience fur cet ani* mai , &• le fuccès en fuc le même.
Exp.
(2) Ces expériences «ne fe trouvent pas dans mon mémoire.
Expp. I. (XXX). « VI. (XXXVII). 9Î
Exp. III, (XXXII. XXXIII. XXXIV).
fur un autre fetit chien & deux che- vreaux.
La même expérience réuiïît encore de la même manière fur ces trois animaux, lis ne donnèrent aucune marque de dou- leur , pendant que je leur piquois , cou- pois , ou déchauïTois le péricrane.
Exp. IV. (XXXV). fur un chevreau [a].
Je découvris une portion du péricrane, & je la touchai avec l'huile de vitriol. L'animal ne parut pas s'en apercevoir: il avoit crié pourtant , pendant que je découvrons le péricrane , & il continua de bcler toutes les fois que je touchois la peau du même cauftique, ou que je la pincois.
Exp. VI. (XXXVII). [b] fur un chien.
Je découvris une bonne portion du pé- riode de la partie intérieure du tibia, je
le
(a) Paroit être PExp. 49. ou f i.
[£] I/cxp. 5. ou 16. eft la même que l'exp. $6. de mon mémoire, & comme M. Castelê n'a parlé que d'après moi , je n'ai pas cru la devoir repeter ici
94 Expp. i>e M. Castell;
le piquai avec le fcalpel, Se le découpai, en long & en travers, je fis porter L'inftru- ment fur l'os même. Le chien ne donna pas le moindre fon. Il avoit crié, quand je lui avois coupé la peau pour découvrir le périofte , & quand j'avois dilaté l'in'ei- fion déjà faite de la peau (c).
Exp. VIL (XXXVIII. XLÏL.) fur un
grand chien , deux chevreaux , & deux petits chiens.
Aucun de ces animaux ne donna la moindre marque de douleur , quand je piquois ou je coupois le période^ Ils crioient* chacun à fa manière > toutes les fois , que je bleffois le moins du monde la peau.
Exp. VIII. (XXXXIII. XXXXIV).
fur un chien & fur un chevreau.
Je brûlai le périofte du tibia ave: de Fefprit de nitre fumant : cesjuiimaux ne
parurent
(O Ces dix expériences de M. Castell con- tiennent mesexpp, 45. 44.4ï«4£*47. 49. fans qu'il me foit poliible iTalfigner à chacune de mes expp. celle de M. Castell, qnijlnî repond. D'ailleurs M. Castell en a - mi plus grand nombre que moi.
Expp.Vtt(XXXVII.XLVIIy\ -I. &c. 9t :rent pas s'en refleurir. Dès que je touchois la furface intérieure de la peau , ils donnoient toutes les marques de fouf- france, qu'ils pouvoient donner.
Exp. IX. (XLV. XLVI). fur un chien & fur un chevreau.
La même chofe arriva , quand j'irritois le période du tibia de ces animaux avec la pierre infernale. Ils ne parurent pas s'en apercevoir [^].
IV. Expériences fur la pleure. Exp. I. (XL VII). fur un petit chien [>].
Je le fis tenir bien ferme , & je décou- vris la partie la moins charnue de la p tie latérale droite de la poitrine: j'enlevai [ceft toujours M. H. qui parle ] les mufeies intercoftaux avec précaution : l'animal s'agita avec violence , & tâcha
de
(iQL'exp. io. repond entièrement au n. 57.
1 m. (O Quoique j'aye fait moi même toutes les expériences que M. Casteix va raporter, il y a ajouté des circonûances , qua j'ai et » & uuc expérience de plus.
9^ Expp. DE M. Castell.
de fe fauver en hurlant. L'intervalle des deux cotes étant fort étroit, & la refpi- ration de l'animal fort vive , parce qu'el- le devoit fournir à fes cris , j'eus de la peine à découvrir une petite portion de la pleure s & je la touchai avec un petit bâton , trempé dans l'efprit de nitre fumant. Le chien fut tranquille précifé- ment , pendant que je touchois la pleure, . mais il cria d'abord, quand l'intervalle des cotes fe retrecifiant, le petit bâton armé du cauftique , toucHoit la chair des mufcles intercoftaux : il fentit cette irritation , & jetta les hauts cris. Mais bientôt, comme je tachois de découvrir une portion un peu plus grande de la pleure > l'animal s'agitant avec fureur 9 & n'étant pas rete- nu aflez fortement , j'eus le malheur de percer la pleure [/],
Exp. II. III. (XLVIIÏ. XLIX),
fur deux chiens [^].
Je fis attacher bien ferme un chien , dont la gueule étoit fermée avec des cor- des
(/) Cette expérience manque à mon mémoire, (g) L'exp. ioj. du même , repond à Tune de
celles de M. Càst*w,. L'autre manque à ce
mémoire.
Expp. IL III. (XLV1ILXLIX). &c. 9T
les : je fis apuyer un de mes élèves fur le centre , & je fis tous mes efforts , pour rendre la poitrine moins mobile. Je dé- couvris, avec bien de la peine, un pec/t efpace de la pleure , du coté droit de la poitrine : l'animal s'agita violemment & chercha à s'échaper , pendant que je la découvrois. Un peu de relâche & de tems ayant tranquillifé ce chien , j'irritai la pleure avec le fcalpelj il fut plus tran- quille qu'auparavant, & ne jetta aucun cri. Je tâchai de dilater l'intervalle des cotes , & de découvrir une plus grande portion de la pleure ; mais les agitations $e Tanimal firent, que je la perçai. J'ir- ritai alors la face interne de la pleure, & le médiaftin avec un bâton armé d'efprit de nitre ; Tanimal ne parut pas s'en aper* cevoir , mais il cria vivement quand je iaiiis un nerf avec la pincette.
L'expérience du fécond chien réuflit exa&ement de même.
Exp. IV. V. (L. LL LIL)
fur trois chevreaux (/;).
Je fis bien affermir unchevreau,auquel j'avois lié les quatre pics î & je fis retenir Tom. IL E le
(A) Ccft mon exp. 1 6$. plus détaillée, avec
les WX^. 1*4. 166* ,,
89 Expp. de M. Castell^ le bas ventre pour gêner le jeu des cotes.' Je fis une incifion à la peau du coté droit de la poitrine ; je feparai avec précaution les chairs , & j'eflfuyai bien le fang. L'ani- mal crioit beaucoup , pendant que je fe- fois ces préparatifs : mais Tes efforts pour fe débarafler & fa refpiration furent moins violens , que dans les chiens. J'avois découvert une aflez bonne portion de la pleure, & j'attendis que l'animal ne cria plus: j'irritai alors la portion découverte de la pleure avec le fcalpel, lebeure d'antil moine &lapierre infernale, en irritant tan- tôt une place , & tantôt l'autre. L'animal ne cria point) pendant toutes ces manœu- vres. Mais il bêla incontinent, quand je lui découpai la peau, déjà ouverte, Dès que je cefTai de la découper * il redevint tran- quille. Je touchai alors la chair mufculeiu feavec du beure d'antimoine: l'animal cria de nouveau. Je lui perçai la pleure , & de violentes agitations furvinrent à l'empêchement , que cette ouverture mit à la dilatation du poumon.
y. Expé-,
Ex*. L (LUI.) 99
V. Expériences fur le péritoine. Exp. I. (LUI), fur un chien (i).
Je fis une incifîon à la peau du bas ventre : je feparai ce qu'il y avoit de mufculeux, & je découvris entièrement une bonne portion du péritoine ? fans le blefler. L'animal fe plaignit , & fe déme- na, pendant que je faifois ces préparatifs. L'action de l'éponge 5 dont on étanche le fang , eft des plus douleureufes à tous les animaux , foit qu'on efluye la peau , ou qu'on l'aplique aux mufcles.
Quand le chien fe fut apaifé, j'irritai la partie découverte du péritoine avec le fcalpel , & le beure d'antimoine : il ne parut pas fouffrir , & demeura fort tran- quille. Je touchai a*lors la furface inté- rieure de la peau , avec du beure d'anti- moine y l'animal recommença fes hurle- mens & fes agitations. Il ne parut pas fentir l'irritation de la furface intérieure du bas ventre. Mais alors même , l'adlion de la pincette , dont je faifis la peau & les _ mufcles, lui fut douloureufe.
E 2 Exp.
|( i ) Ceft aparemmenf l'exp. Uf. fort abrégée I dans mon mémoire.
rco Expp. de M. Castell^
Exp. II. III. (LIV. LV. )
fur deux chevreaux (JQ.
Je découvris le péritoine malgré iel belemens & les plaintes de ces animaux. Je le touchai avec la pierre infernale, & avee Pefpritdenitre fumant. Ils ne parurent pas fentir ces manœuvres: ils ne bêlèrent pas, & ne fe plaignirent pas d'avantage, quand j'irritai la furface intérieure du péritoine. Mais ils fentirent fort bien l'a&ion du cauftique fur la chair mufculeufe, (& la compreflîon des narines).
Exp. IV. (LVI.) fur un chien [/].
Il ne fentit pas Pacftion du beure d'anti- moine fur le péritoine,
VI. Expériences fur la pie mère.
Exp. I. (LVII.) fur un chevreau (m\
Je le trépanai 9 (c'eft toujours au nom! de M. de H. que parle M. Castell ) J'enlevai la dure mcre : je découvris celle*
qu'oitt
(£) Je n'ai parlé que d'un chevreau, obf. itf
(OC'eit le chien 168.
(m) C'eft peut être fsxp. ijî, fort abrégée.
fcx». IL ni. (LIV.) - (LX). &c ioi
|U?on appelle pie: je la touchai d'un bâton, rempé dans du beure d'antimoine. La >lace de la méninge, que j'avois touchée, e rida & blanchit ; mais ranimai n'en Sentit aucune douleur. Un de mes élevés ui comprima les narines : il cria d'abord, & fit la même chofe , quand je lui dilatai 'incifion de la peau de la tète. Il crioit •ncore , quand on étanchoit le fang avec jne éponge , & qu'on touchoit la peau. Je perçai alors la partie médullaire du :erveau , avec un brin de bois , & l'a- limai tomba dans de violentes convul- ions.
Exp. II. ( LVIII. LIX. LX. ) fur un chevreau & deux petits chiens (V).
L'expérience fut la même: ces animaux îe fc plaignirent pas , quand je touchois
pie mère avec du beure d'antimoine, es que je pinçois la peau , ou que je la ai chois avec le cauftique? ils exprimoîent ur douleur par leurs eus.
E 3 Corol-
1
' 1) C'eft Tcxp. i î o. 1 1 1 . & peut être i j i .
ioa Ext?, de M. Castell.
Corollaires
de ces expériences.
ï. Les tendons font infenfibles [<?]> fans qu'il y ait d'expérience, qui rende cette conclufion douteufe. Leur gaine eit également infenfible [/>]. . .
a. Leurs bleflures ne caufent jamais
de convutfion [?] , ** de fymPt0"
r i 11 a Elles n'empêchent pas Mon des mufcles , & la marche 1$ ] des animaux dont on bleffe les tendons des pies.
A. Elles gueriflent fans le moindre foin Ltl & fans même que l'animal lèche
lableffure. . _ - -
ç. Les capfules articulaires L«J.. « les ligamens ne patentent pas avoir di fentiment.
6. Leur
16. 17. 18. *9- *2-
rpi Exp. 18. „ .*
|>] Exp. i.z. 4- 6. ».«.*«• ,
r n T> * * 6 Q. 10» XI. 14* M*
Kl EXI), I. 4. 9- 10* ,>. ^ 2.84 2
Corollaires. 103
6. Leurs bleffures gueriffent avec une facilité parfaite [*}.
7. Le périofte eft infenfible [jp].
8- Et le péricrane paroit l'être [*].
9. Les expériences n'établiffent aucun fentiment dans la pleure [a] , ni dans le péritoine [£] , ni dans la pie mère [c].
10. Dans prefque toutes ces expérien- ces5on a eu foin de comparer la fenfîbilite de la peau, à celle des tendons, & des membranes. Il s'eft constamment trouve» que les irritations de la peau ont été fenfî- b!es, & très fenfibles, à l'animal j dans le tems même, qu'il ne fentoit pas les blet fures des tendons & des membranes.
E 4 J'omets
M Exp. 20.
[jj Exp. 57. ?8 59.40.41. 4*-4î- *445- 4*-
UjExp. go. 51. ja-îl- ?4- 5 S- S'il y a des expériences contraires? il ifeft pas fort dif- ficile de concilier les unes & les autres. Il paffe fur le pé ; crâne deux rangs de nerfs fuperfiriels :s » & d'autres plus pe-
tits & plus piofo.ïds Comme on peut blef- fei le^ nus ou les autres , & iurtout les der- niers, il il eft pas douteux? qu il lïen refaite de .a douleur.
DO E*p. 47 4-3. 49. <ïo ft. ffc
M Exp. 57. 58. 5*«*o.
104 Expp. de M. Castell.
J'omets entièrement les expériences de M. Sproegel [d] fur rinfeniibilité de la dure mère [Y] , des capfules [/] d'ar- ticulations , des tendons [g] , du péritoi- ne [fe], & de la pleure [/]. Elles fe trouvent dans mon fécond mémoire.
V. £XP£-
[ d ] Expérimenta circa tariavenena in vivis Mti*
mahbus injiituta Gotting. 1753* le'} Exp, 2i. 28. f/]ExP. 55.57. [g] Exp. $5. 57- [6] Exp. 57. Ci] Exp. 57.
V.
EXPERIENCES
D E
Mr. VALSTORF
SUR LA DURE MERE<
( k) J, TMeterici WaisTorp Expérimenta circa nvotum cerebri , cercbe/ii , dm* matris ^f venarum in vivis animalibus ùffituta Got- ting 17 S h J'avois aiiiité au plus grand nom- bre de ces expériences , mais leur auteur en a fait d'autres encore 3 que je raporte d'après lui. Il en a neuf, dont je n'ai re- cueilli que deux dans mon mémoire*
[ 107 1
Expérience I. fur un chien.
Quoique je doive avoir été préfent, par les parois mêmes de l'Auteur, à cette ex- périence, je ne la trouve pas fur mon mémoire. Nous découvrîmes, dit M W. la dure mère , après avoir fait l'opération du trépan. Pendant que nous fêlions une incilîon à la peau, l'animal fe plaignoit vivement ; & nous attendîmes, qu'il fe tranquillisât. Quand il ne fe plaignit plus, nous [c'eftM. de H.] piquâmes la dure mère avec la pointe d'un fcalpel : il ne fit ni contraction, ni mouvement dans la dure mère : l'animal ne fe plaignit point, & ne donna aucune marque de douleur, Nous irritâmes la peau , & le fujet mon- tra bientôt (a fenlibilitépar fes cris. Nous le mimes alors en liberté : il parut alerte S' regarda de tous cotés. Nous refîmes fur lui la même expérience, & il ne don- na aucune démonftration de fouffrance, Nous plongeâmes alors le fcalpel dans tk profondeur de la f ibftunce médullaire t 6 au-
io8 Expp. de M. Walstorp.
du cerveau , & le chien expira dan* dt
fortes convulfions.
Exp. IL fur un chat [ / ].
Je découvris la dure mère d'un chat 7 je la preflai fortement avec la pincette , je la tiraillai & déchirai > & jamais ranimai ne voulut donner de marque de douleur*
Exp. III. fur un chien [m].
Je découvris une benne portion de la dure mère : j'attendis quelque tems , que l'animal fe tranquillisât, &je touchai la membrane d'un petit bâton trempé dans du beure d'antimoine. Elle le rida , & Wanchit 5 mais elle ne fe contracta ? ni ne fe relâcha jamais > & l'animal ne don- na aucune marque de douleur. Pour pré* venir les obje&ions , qu'on auroit pu faire , je piquai alors la peau , & j'irri- tai le nerf d'une jambe : l'animal fe tour, rrenta violemment, & prouva allez par fes cris , combien la fenîibilité des nerfs eft fupérieure à celle de la méninge.
Ex*
(/) Ne fe trouve pas fur mon mémoire. (m) Peut être fexp. 6ï>, ou 6>.
Expp. I. IL — IX. &c. 109
Exp. IV. [w] fur un petit chien.
Je verfai de Phuile de vitriol fur la dure mère de cet animal , qui n'en relTentit aucune douleur, & qui cria bientôt, quand je lui touchai la peau. La dure mère ne fc contra&a point : il n'y a ni tremblement ni palpitation , quand on la touche avec le beure d'antimoine.
Exp. V. fur un chien.
Il repandit beaucoup de fang , quand je lui ouvris le crâne, je Tefluyai avec taie éponge & de l'efprit de vin: la dure mère ne fe contracta point , & l'animal ne don- na aucune marque de douleur; au lieu qu'il cria violemment, quand j'irritai la peau la plus voifine.
Exp. VI. VIL VIII. IX. &c.
Je refis les mêmes expériences fur un chat , fur une fouris, fur une taope, fur un rat , fur pluiieurs autres chiens , l'é- vénement en fut toujours le même. La dure mère, irritée avec le cauftique, fe ri- doit,
(n) J'omets TExp. 4. qui eft la G7. de mou mémoire.
jio Expp. de M. "Walstorf.
doit , comme fi le feu l'avoit touchée. Quand je l'irritois du fcalpel , ou que je la déchirois 3 elle ne donnoit aucun verti- ge de mouvement } & l'animal ne té- snoignoit, ni par Tes plaintes, ni par fes agitations , aucun veitige dérouleur.
Sur 1? pie mère. Exp. X. XI. [o].
J'ai vérifié c:tt< expérience fur plu» fleurs animaux. J'ai enlevé avec précau- tion la dure me.e , fans b!eiTer la méninge intérieure: je l'ai touchée avec le beure d'antimoine \ elle fe couvrit d'une croûte de mercure | mais l'animal ne remua point , ne cria point, & ne fouffrit aucu- ne convulfion. Je piquai un brin de bois dans le cerveau : l'animal périt dans les convulfion:^ les plus violences ; & tout le corps fe courba comme un arc, & fe tour- na d'un coté»
VI. EX»
(#) Peut être une des expp. 125. à 132,
VI
EXPERIENCES
D E
Mr. HEUERMANN
jD. en Med. Frofecieur de l'Académie Royale de Cofpenhague.
i T-IREES DE SES OUVRAGES
[H3 ]
es expériences , que je vais raporter -*— ' dans la fuite 9 ne font plus de l'Aca- démie de Gottingue 5 ni de fcs élevés. Elles ont été faites par differens favans , avec lesquels je n'ai jamais eu de liaifon ou que je n'ai apris à connoitre, que par ces expériences mêmes. Elles ont par confequent l'avantage , de ne pas être fujettes au plus léger foupqon de par- tialité.
Celles de M. Heuermann font répan- dues dans differens ouvrages de ce favant. Elles ne font pas exactement fufceptibles de numéros , M. H. ayant donné le plus fouvent dans une ligne le refultat de pluiieurs obfcrvations.
I. Sur la dure mère. Expérience L
pai [/>] plufieurs fois obfervé dans des chacs & dans des chiens , que ces
animaux
(p) fhJtologU T. II. ch. 19. n. 41?. p. itf. 214. edit.de Coppenhague 1752»
s 14 Expp. de M. Heuermank. animaux n'ont pas changé de fituation ni de contenance, quand je leur ai coupé ^ piqué , ou brûlé la dure mère avec de l'eau forte.
Ex P. IL [ql
On avoit caffé l'os frontal à un homme, d'un coup de boule : la dure mère & la fubftance corticale étoient découvertes. Je me fuis fervi de cette occafion pour irriter la dure mère avec un inftrument aflez aigu , que je fefois promener fur la furface de cette méninge: il ne s'en eft point plaint , & n'a pas paru fentir de douleur.
Exp. III. tri.
Des expériences exa&es ? que j'ai fei* tes plufieurs fois fur les animaux 5 rivent apris , que les membranes du cerveau , de la moelle de l'épine , & des nerfs font infenlibles} & que la fenfîbilité refidedans la fubftance médullaire , dont la léfîon occafîonne fur le champ des convulfions 3
fou-
(?) Ibid.
( y ) AbhancViing von dm vontdbmften chlmrgU fchen OperatiovenT* L Coppenh. î7$4* C. %% 12. 24. p. 41. ieqq.
Expp. I. II. ... V. h?
fouvent fuivics prefqu'aufïitôt de la mort. Quand on blefle , ou qu'on irrite avec des cauftiques les membranes de ces parties , les animaux ne donnent aucun mouvement , & ne paroiflent pas fentir le moindre mal.
Exp. IV. 01
J'ai irrité la dure mère (le péricrane £ la pleure , le péricarde , le péritoine & le périofte ) j'ai piqué ces membranes 5 je les ai brûlées & arofees avec des caultiques, fans que jamais les animaux ayent donné des marques de douleur.
Exp. V. 03-
On a fort fouvent ouvert la dure merc après l'opération du trépan 1 fans qu'il foit furvenu d'accident. J'ai piqué & percé cette méninge dans les animaux? fans qu'il y ait eu de iimptome : mais les convi ons ne tardent pas à furveiiir, quand on irrite le cerveau &c,
Ex?.
(O T, III. p. 13©. a 78»c.47*
ii6 Expp. de M. Heu£rmank. Exp. VI. [«].
Il y a pourtant eu quelques chiens, qui *nt crié , quand j'ai détaché la dure mère du crâne.
Exp. VIL [*].
Quand on pique Pextrèmitc fupérieure d'un nerf 9 la douleur eft plus forte, par-. cequ'on blefle fa partie médullaire : elle l'eft moins lorsqu'on en touche la fur- face extérieure , ou les membranes.
IL Sur les tendon?.
Exp. VIII. fyl
J'ai fait voir phifieurs fois, que les ten- dons font prefque infenfibles , qu'ils ne caufent aucun mouvement, quand on les blefle dans des animaux vivans 5 & que tout ce que MM. Boerhaavè, van Swieten & d'autres auteurs
ont
(fi) Tbid. 00 T, I. p. 4*.
(y) VbyfiologÙ T. III. c. 28 n. 877. p. 7*. à Coppenhague 1795.
Expp. VI. — - DC. 117
ont dit fur leur fenfibilité , efl; entkre- ment erroné.
Exp. IX. [*].
Prefque tous les auteurs ont compté tes tendons entre les parties les plus fenfibles du corps humain ; mais l'expérience dé- montre le contraire. Je viens d'en faire une fur une femme âgée. Elle fouffroic beaucoup d'une tumeur douloureufe du genou droit, qui lui ôtoit le fommeil, & qui la minoit peu à peu , malgré tous les remèdes qu'on put lui faire. Elle Gonfentk il fe lailfer faire une ouverture à coté de la rotule. Je fis mon incifion par la peau, & par la membrane adipeufe : parvenu à la capfule je l'ouvris avec précaution de haut en bas, & un peu de devant en arrière. Elle aiîura , qu'elle ne fentoit aucune dou- leur. Encouragé par cet aveu , je portai la pointe du bifiouri contre le tendon des extenfeurs , & j'y fis plufieurs petites in- cifions, dont elle ne s'aperçut pas. Une
iflè gelée fortit de la bleflure, fournie , à ce qu'il paroit , par la (înovie. Cette pîayc guérit fans douleur, & fans fympto-
me
Ci) Qprr. T. Lp. 44. 45-^
ri8 Exrp. de M. Heuerman»;
me au bout de trois Termines. Je n'avoîs pas évité les fibres des deux Vaftes qui fe répandent fur la capfule , & mon expéri- ence démontre , que la capfule & les ten- dons fout également infenfibles.
EXF. X. [71 ].
J'ai fait la même expérience fur le ten- don d'Achille dans des chiens & des co- chons. Je l'ai découvert, & l'ai fendu en long & en travers. J'ai fait la même chofe à l'aponeurofe des mufcles du bas ventre, & je lie me fuis jamais aperçu , que ces animaux fouffriflenc quelque douleur» pourvu que je ménagealfe les parties ner- veufeSî qui font voilines des tendons [&]. Les blelfures du tendon d'Achille guerif- fent fans difficulté, & Panimal marche fans être gêné , quand ce tendon eft cou- pé par la moitié.
Exp. XL Ici
Les aponeurofes des mufcles du bas ventre ne caufent aucune douleur, quand
on
(a ) p 46.47- ( h ) p. 48. U ) p. s*j?.
Exîp. X. ~ XIV. lî» l brûle ou qu'on les coupe dans des animaux vivans : la douleur qu'on leur attribue peut venir de la léfion des nerfs , qui rampent fur les mufcles du bas ventre, & qui font aifez confiderables.
Exp. XII. [dl
Mes expériences faites fur les animaux vivans, <k quelquefois fur les hommes mè- mes5m'ont convaincu, que les tendons font abloiument infenfibles , & qu'on peut y fane la future fans crainte.
Exp. XIII. [<?].
Les bleiTl res du tendon du biceps ne font point ia caufe véritable des fympto- mes , qui furviennent des faignées mal- heureufes. Ce font les blefTures des nerfs, q,if il faut en aceufer.
Exp. XIV. [/].
Les fymptomes du panaris ne viennent pas de la léfion des tendons , que j'ai
toujours
W. T III. p. 20S.
I . III. p. 202.
14%
Ï20 EXFP. DE M. HeUERMANN.'
toujours trouvés infenfibles. Ils viennent des gros nerfs qui fe diftribuent dans les Uoigtt.
III. Sur les membranes.
Exr. XV. [gl
Les blelTures du péritoine ne font pas fenlibles : on en fait la ligature dans les hernies , fans qu'il en refulte de douleur. Ces playes des parties aponeurotiqueâ gueriiîent fans fymptomes : tout ce qu'el- les ont de defavantageux, c'eft qu'elles ne fourniffent pas des chairs , avec la même abondance.
Exp. XVI. ["fcj,
Les fymptomes qu'on attribue à la lé* fion du péricrane , viennent de celles des nerfs.
Exp. XVII. qui eft la même que n. iy.
Le péritoine^ & les autres parties mem- braneufe$fontinfenfibles.M.HfcUERMANN
reporte (g ) O^r.Lp. i%9. (*) T. III. p. $4-
Expp. XV. - XVII. iai
raportc ici plufieurs expériences (/ ) aflèz remarquables, furies bleffures des diife- rentes parties du cerveau , & fur leurs fui- tes , mais je m'en remets à l'original.
Résultats.
i. La dure mère elt infenfîble dans fa fituation naturelle (£); & la membr;- ne, qui couvre les nerfs , l'eft auiH bien qu'elle (/).
2. Les tendons font infenfîbles (>/;).
3 . Et les membranes le font aufîi bien qu'eux (w).
Au refte les plaintes , que M. HcUER- mann , dans fa dernière expérience ( o), a vu pouifer aux animaux > auxquels on
détache
(i) T. I.p. i5i. feqq. (* ) Exp. I. 6. (/) Exp. 7. (m) Exp. 814. C«) Exp. i?. 16. 17. Qo)t Exp. 6.
122 Expp. DE M. Heuermann.
détache la dure mère avec les doigts, font aiîez confiantes * mais elles peuvent être attribuées à la compreffîon brufque du cerveau , & à l'ébranlement du crâne , qui paroit faire de la peine à tous les animaux -> en imprimant peut être des irnpreffions defagréables aux nerfs, qui paflent par les differens trous olfeux du ci une.
«t
St&'<\*
VII. ME-
VIL
MEMOIRE
Concernant les fuites des blefTures des tendons , & du périofte ,
PAR
M.FERDINAND GUILLAUME M U H L M A N N.
D. M. traduit de l AUemxn.i par M. Z.
Cette pièce à été imprimée k Koenigsberg 1754.4. Je l'admets fans l'abréger > parce- qu'elle eft courte , & que les expériences n'y font pas détaillées d'une manière à être données feparement.
c m )
$. i.
La nature d'une machine vivante etl capable d'embrouiller le plus grand génie.
Si la force des parties du corps humain dépendoit d'une ame raifonnable , le plus fage feroit toujours le plus fort ; mais l'ame ne fauroit changer ni améliorer , ce qui eft l'ouvrage de la nature même.
Elle a fixé la grandeur immuable des os, qui font le foutien du corps ; elle a déterminé les parties, qui y font attachées ou continues. Les os font véritablement le fondement de notre corps s & les par- ties charnues mettent en mouvement les articulations avec leurs tendons.
La chair de nos membres n'eft pas con- tinue : elfe eft diyifee en parties feparées > & c'eft ce qu'on apelle les mufcles.
Ces mulcles ont plufieurs parties. I. La partie fixe & tendineufe, qui eft attachée à l'os : 2. la partie charnue, qui eft apellée le ventre ; 3. la partie mobile & allonger, qu'on nomme tendon.
Le corps du mufcle eft compoféde fibres
charnues , ou de filamens rouges ramafles
en fuifceaux. Ces filamens charnus fe
F 3 Joignent
126 EXPPV pE M. MUHLMANN.
joignent étroitement dans les deux extré- mités , & compofent tant la partie fixe tcndinei^fe, que la partie mobile , longue & blanche , qui eft le tendon.
Outre cela on trouve , dans tous les mufcles, des veines^ des artères, des nerfs, divifés par leurs ramifications jusqu'à l'in- finiment petit. Tous ces vaifleaux, toutes ces fibres, tous ces filamens fontaccem- pagnés d'une fubftance très fine , qui les unit , & qui îeur donne la confiftance > c'eft la toile celluleufe.
Les os, durs & immuables par eux mê- mes, font envelopés , & armés pour ainfî dire, de tout coté par les mufcles, qui, par les loix de la nature, {ont les inftru- mens de leur mouvement s & cette nature^ toujours prête à nous fervir dans nos befoinsr, éiend & fléchit ces membres,felon h volonté de notre ame. »
Tous ces mouvemens fe font par la contraction de ces fibres charnues rouges, dont le mufcle eft compofé, & qui attirent le tendon , qui leur eft continu.
Les fibres miifcutaires font toutes mo- biles , irritables , élaftiques , c'eft à dire , jîles ont ie pouvoir d'entrer alternati- vement en contradion & en dilatation.
$. IL
A
Sur les tendons et le périoste. 127 J. IL
La pofition , très avantageufe , des mufcles & de leurs tendons, m'engage à m'étendre d'avantage fur leur ftru&ure. La fageife du Créateur , qui fe manifefte dans cette partie de l'homme , eft admi- rable : nous y trouvons le principe de la vie & de la mort , de la force & de la foibleffe de notre corps. Un feul mufcle 3 qui eft le cœur , eft la fource des fluides vitaux & de leur mouvement.
La prévoyance de l'Architecte fuprème fe montre encore dans la partie offeufe de notre machine : les mufcles y ont leurs infertions dans les endroits les plus con- venables 3 pour en exécuter tous les mou- vemens; ils font deftmés ou à ctc:;dre les membres, ou à les fléchir, à les élever ou à les abaiifer , aies fléchir au dehors & en dedans. Quand tous les mufcles du corps opèrent enfemble, alors fès forces fe trouvent réunies à la fois.
Chaque mufcle a une envelope très de-
, qui lui eft propre , les interllices de
fibres font remplis de toute part de la
toile celluleufe, qui renferme dans fon
tiflu la srai/Te.
D*
F 4 Les
1^8 EXPP. DE M. MUHLMANN.
Les tendons , qui partent des mufcles , font renfermés dans des gaines très fortes, compofées d'une fubftance cellulaire , & remplies d'une matière huileufe , qui les accompagne jufqu'à l'endroit où ils font inférés à l'os. Cette matière conferve , avec la graifîe, la mobilité & la moleffe des mufcles , dont le mouvement eft iî rapide , & de leurs fibres.
Les caufes intérieures de cette élafticité vivante & mouvante des fibres mufculai- res , ont été inconnues jufqu'ici aux Phy- ficiens.
Quoiqu'on en ignore la nature, il fuffit d'en connoitre les phénomènes par l'ex- périence.
C'eft elle, qui nous aprend , que le mouvement des mufcles fe fait par les nerfs , & par le fluide qu'ils contiennent : effectivement le nerf d'un mufcle étant lié ou coupé , on voit fon mouvement & fa fenfibilité fe perdre Subitement.
$. III.
On a regardé jufqu'ici, prefque généra- lement, les blelfures des tendons , comme très dangereufes, & comme accompagnées eflentieilement de fortes douleurs: il ne
fera
Sur les tend, et le pePvIOste. 129
fera donc pas inutile de faire, de ces bief- fures^un examen fondé fur l'expérience.
Les tendons peuvent être b]effés, avec des inftrumens aigus & tranchans , par des piqueures , par des coupures 3 avec des inftrumens obtus , par contufion, par des armes à feu & en d^autres maniè- res. Nous avons dit ($. 1. 2.) que le ten- don fe forme de fibres mufculaires, qui, dans leur contraction, l'attirent vers le centre de leur mouvement: il faudroi: donc , à ce qui paroit , qu'un tendon étant piqué ou coupé à moitié 3 on reffen- tit une tenfion plus forte, & plus doulou- reufe dans la partie , qui feroit reftée en arrière > d'autant plus que les fibres ten* dineufes découpées fe retirent vers le mufclc , & que celui-ci paroit attirer fpasmodiquement , & avec force, le ten- don bîeffé y ce qui femble devoir exciter des douleurs très aiguës.
On veut avoir obfervé, & même très fouvent , à la fuite de pareilles blelTures des douleurs très aiguës , une inflamma- tion, des convulfions} & la gangrené.
Dans ces cas là , pour ôter en partie les douleurs infuportables & dangereufes, & pour refoudre d'autant mieux l'inflamma- tion > pluiîeurs Chirurgiens fe font trou- F Ç vh
130 EXPP. DE M. MUHLMANN.
vés obligés de couper transverfalement le tendon blefle \ après quoi les douleurs exceffives ont paffé dans Pinftant , & l'in- flammation a été enlevée par le moyen des fomentations.
On fait , combien les teadons font né- çeflàires au mouvement : imais peu de perfonnes font en état de juger , s'il eft abfolument nécefFaire , que de pareils fymptomes fuivent la blefliire d'un ten- don , & fi la fenfibilité en eft aufïi grande* que les auteurs l'ont faite.
Il faut donc confulter là deffus la natu- re même ; & elle ne fe confulte ici , que par des expériences , faites fur le vivant.
§. IV.
Si les obfervations fur les perfonnes en vie font capables de nous raprocher de la vérité , les expériences d'un Phyficien fur les animaux, qui ont befoin de mufcles* de tendons 5 de nerfs , & de vaiifeaux comme nous, ne feront pas moins utiles^ quand elles font faites.
L'iUuftre & infatigable M. de Haller, qui, par fes expériences anatomiqucs , & les ouvrages de Médecine, a su mériter l'immortalité , fe fonde toujours , en vé- ritable
Sur les tend, et le périoste. 131 ritable Fhyficren, fur cette ftruchire ar- tificieufe, & ne manque jamais d'y apel- 1er.
Il a fournis à ces eflais fur la nature de la fenfibiiité 190 animaux en vie, u &les ,, parties fuivantes s'en font trouvées de- » ftituées ; le périofte, le péritoine „ pleure, les ligamens , les capfules „ articulations , la cornée , les vifce:es ,, proprement dits, la dure mère, la fie 3, mère , les tendons : n la dernière de ces obfervations rend les blelîures du tendon moins dangereufes & moins à craindre. „ M. Haller a vu fauter & badiner un 5? chien, dont le tendon d'Achille avoit ,, été percé de part en part dans le même ,, moment , ou coupé tranfverfalement , ,, jufqu'à la moitié de ù largeur. Les ani- „ maux n'ont donné ar.cune marque de ,, fenfibilité} quand on leur a irrité, brûlé, ,, ou piqué les tendons : un jeune homme., „ dont M. Haller examinoit la bleiTure^ „ ne fentit pas même qu'on le touchât , „ lorfque M. Haller y faifit un tendon :c une pincette. Si la blelfure d'un „ tendon eft accompagnée de douleur 5 „ cela vient, félon M. HALLER5de quelque F 6 „ nerf
132 EXPP. DE M. MUHLMANK*
„ nerf voifin du tendon , qu'on a blefle en ,, même tems (*). »
$. V.
Cependant les obfervations chirurgica- les de plufieurs habiles gens, & de prefque tous les Chirurgiens nous aprennent , que les bleflures des tendons font fouvent fuivies de fortes douleurs , d'inflamma- tion j & de gangrené.
Mais comme dans toutes les bleflures il faut faire attention aux parties les plus nobles , qui apartiennent principalement aux fenfations, & aux mouvemens,'& à la confervation de la vie ; & que, félon les différentes efpeces de bleflures & de léfîons de ces parues , il faut porter un jugement fondé tant fur la ftru&ure du corps en particulier 5 que fur des expé- riences & des obfervations ; on en a fait de même à l'égard des bleflures des ten- dons, abfolu lient néceflaires au mouve- ment , qu'on a cru d'autant plus dange- reufes , & accompagnées d'une douleur d'autant plus vive 9 que leurs fibres inci- fées fe retirent avec force vers le mufcîe,
& que
(*) Voy. les gazettes littéraires de Gottinguc 175*.
Sur les. tbnd. et le périoste, i 3 3 & que celles qui font divifées en entier fouifrent une tendon, aufîi violente que douloureufe, dans le tems, que le mufcle eft dans une contra&ion perpétuelle : après cette caufe il faut néceifairement s que P'afiuence du fang foit plus grande vers les parties bleflees ; de là les obftru- étions dans les vaiifeaux les plus délicats, le fpafme des fibres , une inflammation auffi pleine de danger que douloureufe, & même (§. 3.) la gangrené.
On a attribue les fortes douleurs > l'in- flammation , & les tumeurs confiderables, qui fuivent quelquefois une faignée , à la bleifure d'un tendon, ou d'une aponeu- rofe , fur tout , quand la veine ctoit pro- fonde 5 ou qu'elle avoit été percée d'outre en outre . & le tendon touché en effet ; & c'eft de la même façon , qu'on a expliqué la foiblefle extrême ? ou la paralyfie du membre, qu'on a obfervé quelquefois à la fuite d'un pareil accident. Je pafle fous fiîence les redoutables opinions des an- ciens fur la lcthalite des blelfures d'un ten- don du premier ordre. Cependant comme les mufcles & les tendons font les organes de tous les mouvemens vifibîes de notre corps , il eft nécr^aire d'examiner , fi, après leurs blelfures, il faut d'ab >;d les
conlide.
134 EXPP. DE M. MUHLMANN'-
coniiderer , comme morts & totalement infenlîbles.
La caufs du mouvement & de la fenfi- bilité n'eft jamais fondée dans une partie feule y il y a toujours plufieurs parties , qui y donnent occaiion: une caufe dérive d'une autre , & fuuvent on reconnoit ta eaufe par les effets.
5. vi.
Le grand nombre d'expériences & d'ob- fervations, dont j'ai parlé (§.4.) con- firment abfolument l'Infenfibilité des ten- dons : Psnàtômie même n'y démontre point de nerf , quoiqu'on ne puiffe nier, que les fibres nerveufes doivent s'entre- lacer avec les fibres tendineufes : malgré cela je fii, par pluiieurs obfervations de toute forte , qu'une tenfîon violente des tendons a été accompagnée des douleurs les plus infuportables : mais le nerf qui va au mufcle , & qui eft la caufe de fon mou- vement 9 fans lequel il n'y auroit dans le mufcle, nifenfationni mouvement (§. 2.) prouve allez , que ces douleurs ne déri* voient, que d'une irritation violente de fes fil^mens.
Il ne conviendrait peut être pas , que j'alleguaife dans cette occaiion une mala- die
Sur les tend, et le périoste. 13?
die fpafmodique,tres douloureufe & infu- portable 9 conliftant dans une crampe de tous les membres , que j'ai vu régner prefque épidémiquement , dans le IVejhr- watd dans le cours des années 1735. 1736. Les malades fe trouvoient aflez gais & bien portans après leurs accès (il y eut cependant des exceptions). Mais, dans l'accès même, ils tomboient fubite- ment.par terre, leurs pieds devenoient tendus & roides d'une façon 5 qui feroit difficile à être imitée par un homme en faute : d'autres fujets avoient les mem- bres fléchis d'une manière abfolument contre nature , les mains avec les doigts reftant toujours roides , mais entortillés, & inégalement tendus d'une façon très bizarre 5 à d'autres malades encore la bouche , le col , l'épine du dos étoient tendus & roidis en ditferens feus &c. Ceu te crampe duroit, pour la plupart , quoi- qu'avec quelque différence 1 un quart d'heure -> une demi heure , une heure & même plufieurs heures ; & on reniarq que la maladie avoit fon type , qu'elle re- venoit comme les fièvres intermittentes quotidiennes & tierces à un tems rc
l des jours, & des heures marquées. Chez quelques malades Pintermiifion étoit
de
136 EXPP. DE M. MUHLMANN. de quelques jours , & même d'une femai- jae | elle étoit plus courte chez d'autres.
Dans ces redoublement les malades foiiffroient les d. uleurs les plus cruelles, & des tourmens infuportables , qui feter- minoient par un véritable délire 9 que les cris & les lamentations des malades ren- doient plus terrible encore. Si après l'ac- cès on leur demandoit , ce qui leur avoit fait tant de mal, ils foutenoient, félon leur opinion , que ce n'avoit été autre chofe ,• qu'une crampe dans les tendons de leurs membres.
Si je pénétrais plus avant dans Fhiftoi- re , & dans les circonftances de cette ma« ladie y fi j'examinois bien le fpafme uni- verfel décrit depuis long tems par d'habi- les médecins, je ferois un hors d'oeuvre, qui ne feroit pas à Ta place.
§. VIL
Ces fenfatlons & ces douleurs dépen- dent donc de nos nerfs, qui font ou b!ef- fés ou coupés dans ces bleffures , ou trop irrités, lacérés & tiraillés par des corps étrangers , ou par des humeurs & des ma- tières croupiilkntes & acres ; d'où il arri- ve , que le mufcle voilîn fe contracte
fpafmodi-
Sur les tend, et le périoste^ 137
fpafmodiquement , qu'il attire par là le fang , & qu'il caufe des obftrudions, des inflammations , des douleurs. J'ai guéri une quantité de perfonnes , dont la gaine pareillement tendineufe des tendons n'a- voit fouifert qu'une légère incifîon , & dont le mal devenoit très dangereux par les miferables fecrets , & les remèdes aftringens , qu'y apliquoient de vieilles femmes.
Je citerai un feul exemple. Un homme bien portant , & d'un très bon tempéra- ment, fe coupa un doigt du milieu s une vieille femme lui referma fa blelfure fur le champ 9 par des aftringens ; iix jours après il eut de fortes douleurs , avec tu- meur, & inflammation; la même femme y apliqua du blanc d'Efpagne , la lithar- ge, & de iliuile j les douleurs augmen- tèrent bientôt avec l'inflammation * & devinrent tellement infuportables, que le malade tomba dans un délire furieux.
On me fit venir voir le malade , & je le trouvai dans le miferable état que je viens de décrire. Je pris tout de fuite les précautions néceflaires : j'ouvris la bief. fure,déja refermée,avec un biftouri : il en fortit un peu de pus 5 mais l'inflammation avoit fait de fi grands progrès , que toi t
ëtoiç
1 38 EXPP. DE H. MUHLMANtf.
■ctoit en fupuration le long des tendons flèchifTeurs > je fis là deflus des incifions & fur la racine de la main, & dans la main même , par tout où je fentois la fluctuation du pus, pour en procurer la fortie. Enfin , après des fomentations réitérées , & d'autres remèdes convena- bles ? les douleurs & la tumeur inflamma- toire paflerent, & il fe trouva que les deux tendons flèchifTeurs étoient entrés totalement en putrefadlion : j'en fis for- -tir l'un par la main, & l'autre par deflus la racine de la main à l'avant bras , fans en blefler le ligament infenfible: ce qui, par le moyen de la bonne nipuration, me fut très aifé.
J'ai guéri un grand nombre de malades de cette efpece> chez lefquels une blet fure de la gaine des tendons? faite par un infiniment pointu , une épine ou quelque éclat de bo:s,a toujours caufé les douleurs & l'inflammation les plus fortes, toutes les fois qu'on l'a traitée mal au commence- ment : je me fuis fervi de la manière que je viens d'expofer , & j'en fuis toujours venu à bout , en tirant les tendons entres en putrefadlion. J'ometrai d'autres exem- ples, où, par de mauvaifes méthodes &
par
Sur les tend, et le périoste. 13^
par la gangrené furvenue, les malades ont perdu abfolument leurs membres.
Puisqu'on reffcnt * au commencement de ces bleflures, des douleurs violentes , il faut abfolument , qu'un nerf ait été frappé 5 mais fi les douleurs ne furvien- nent que dans la fuite , ce font alors les humeurs , ou le fang arrêté dans la toile cellulaire , qui, en devenant acre & corro- fif , irrite les nerfs voifins 9 & caufe les iimptomes, dont nous avons parlé.
Je pourois citer plusieurs de mes pro- pres obfervations fur des gros tendons tranchés , piqués , & coupés , fans qu'il y foitfurvenu des douleurs considérables dans les tendons mêmes , longue j?^per- cevbis par la playe les tendons coupés au delà de leur moitié. J'ai faifi quelquefois des cendons^tant aux mains qu'aux pi avec ma pincette , fans avoir oblervé , qu'il en foit arrivé quelque mal ; Se je m'étonne a jufte titre, en comparant ces faits avec la théorie , qu'elle ait • pandre auili généralement.
§. VIII.
Si après tout cela on confiiez tes-, actions naturelles & contre nature mufcles , qui naiifent à prp]
140 EXPP. DE M. MUHLMANN. degré différent d'irritation ; fi on lait at-^ tention , comment le tiraillement des nerfs fait entrer les mufcles dans un fpaf- me douloureux ^ & dans une tenfion con- tre nature, & fi l'on fe fouvient, que les tendons s'enraprochent alors avec violen- ce , on trouvera cet enchaînement de caufes dans la ftrudure artificieufe de ces parties , qui font attachées les unes aux autres ( §. 1.2.) par la nature. Car per- fonne n'entreprendra de prouver, que les tendons font par eux mêmes aufli fenfibles que les nerfs : ainfi il faut que le mufcle , auflî bien que fon tendon , foit confideré comme paffif & agiflant par confentiment, dans ce cas là , & non a&if ; quoique les fibres mufculaires & tendineufes foient douées d'une élafticité innée, ou d'une force contraétive.
$. IX.
J'ai dit (§. 1.2.) que les mufcles font compofés de tout ce que nous apellons la chair 5 & qu'ils font envelopés & attachés de tout coté par un tiffu cellulaire , qui contient dans fes interfaces la graille , dont ils font remplis ( §. 2.).
Cette toile eft aufîi , ce qui fait la cou-, timuté de toutes les parties du corps: elle
les
Sur les tend, et le périoste. i$i
les rafermit , les garantit * & en réunit les fibres les plus délicates ; de forte qu'il n'y a pas de coin* dans le corps animal^ où elle ne fe trouve pas.
C'eft cette même toile, dont eft com~ pofé le pannicule adipeux * qui fuit immé- diatement la peau y c'eft elle qui donne fe paflage à l'air, quand on foufle un cadavre par une petite ouverture de la peau , & qu'on enfle le corps à un^ dimenfion con- fîderable. Tous les vaiffeaux font revêtus pareillement & entortillés dans cette fub- fiance , qui les garantit doucement de la preffion des parties voifînes , & qui en facilite le jeu.
Les tendons les plus confiderables , & le plus grand nombre même eft attaché à quelque os : on ne trouve* au lieu de fi- bres mufculaires , que ce tilîli répandu par tous les intervalles, qui accompagnent tous les vuiiTeaux , & tous les nerfs & leurs nombreufes ramifications s qui fou- tient les tendons dans leurs mouvemens fubits, & qui conferve l'empire , que les mufjles ont fur eux. L'inflammation, les douleurs , les tumeurs , toutes fortes de dépôts & de fupurations , les abfcés , les fiftules ont leur fiege dans cette toile cellulaire s d'autant plus, qu'elle contient
une
142 EXPP. DE M- MUHLMANK. infinité de vaifleaux & de nerfs , où le fang extravafé dans les cellules adipeufes s'arrête , & où le mouvement & la chaleur intérieure les refout avec la graiffe , & le' rend acre & putride. Les parties folides en font attaquées , & fouffrent de plus en plus , & paffent à la fin, par l'augmenta- tion de la chaleur & du mouvement , dans une véritable fupuration: elles deviennent même quelquefois gangreneufes & fphace- leufes.
§. X.
La prévoyance du Créateur eft admi- rable 9 jufques dans les tendons. Si cette partie étoit aufli fenfible que les nerfs , nous ne nous aquiterions des mouvemens néceflaires qu'avec les plus fortes dou- leurs, & il n'y auroit aucun moment dans la vie , fans tourment : car il eft impoffi- ble d'ignorer, à combien de preflions*& d'autres incommodités les tendons font fujets dans leurs adlions.
S'il étoit ici queftion de toutes fortes d'expériences 5 dans lefquelles un chirur- gien peut fe tromper aiféiuent , je pourois citer une quantité de cas , obfervés depuis les 19 ans , que j'ai pratiqué la Chirur- gie , tant dans., ma patrie que chez
l'étranger.
Sur les tend, et le ferioste. 143 l'étranger. J'ai vu les contufions les plus fortes des os & des tendons , Pécorche- ment le plus cruel de la peau & des m&fcles , les tendons mis à découvert , des fracaflemens des os avec les tendons déchirés & pendaus hors de la playe , des playes d'armes à feu crevées , où les os de la main & des doigts avoient été em- portés, & les tendons déchirés ou mis à découvert : j'ai vu tous ces accidens fans avoir remarqué une forte fenfîbilité , ou une tenfion douloureufe dans les tendons. Il eft vrai , qu'il faut excepter les accidens arrivés aux parties voifines, comme l'in- flammation , le fpafme , & les douleurs de la playe même , furtout quand quelque nerf en avoit fouffert.
J'ai remarqué les plus fortes & les plus infuportables douleurs dans des tendons entrés en putréfaction ou fupurés. J'ai Igueri, fans aucun danger,dcs tendons con- jtus ou légèrement blc
Ni les Anglois , ni les François n'ofe- •oient , à ce qu'il meparoit, tenter la bture des tendons les plus considérables, oupés tranfverfalement , fi leur fenfibi- ité extrême étoit conftatée.
Un prétendu tendon peut devenir fen- jblej s'il y a dans les playes des corps
étrangers ,
144 EXPP. DE M. MlJHLMANN.
étrangers, comme des efquilles dans les fra&ures , & dans les playes compliquées, des humeurs croupiflantes acres , & d'au- tres matières irritantes, qui mettent eu mouvement les nerfs voifins , dont les convullîons excitent un fpafme doulou- reux dans les mufcles , & une inflamma- tion dangereufe dans le tifïu cellulaire.
La difpofition du corps , un mauvais fang, le fcorbut, & d'autres maladies in- ternes peuvent rendre les bleiTures encore plus dangereufes.
§. XL
Les tendons font les cordes des articu- lations; c'eft par eux qu'elles font miles en mouvement : les tendons étant coupés en differens fens, il eft inévitable , que le membre ne perde les mouvemens, qui s'exécutoient par les tendons , qu'on a rendus inutiles.
C'eft cette fuite de leurs blefTures, que les plus habiles chirurgiens ont tâché de prévenir par des futures,qui pufTent réunir les extrémités feparées des tendons.
Les articulations même deviennent; quelquefois roides & inflexibles, fans que les tendons foyent blefTés. Les os fonc
attachés
Sur les tend, et le périoste i ;ï attaches les uns aux us leurs
trèmités cai .Tes , tant convexes
que concaves? par des ligamens tendineux, qui aiFermifTent les articulations 5 & qui les envelopent, la toile cellulaire efl: d'un grand ufage ici,par la mobilité qu'elle prête aux parties 5 & par la protection qu'elle donne aux vaifleaux 3 aux nerfs & aux tendons qui y paflent.
S'ilarrive,dans des cas extraordinaires?
qu'une liqueur vifqueufe s'extravafe &
croupit dans il en refaite aifément
uhfongus cfe l'articulation 9 qui rend le
membre immobile dans la fuite, & qui le
fait tomber dans une atrophie parfaite ,
:s les fois que les celhiles de ce tiflu
fondées par cette vifeo:
mtre raifon.
Il cft vrai qu'il 1, que des
nu- fer, ( îarque de pareilles roideurç fouvent aprè es, qui fe font proche des i ions, leurs ligamens ayan des contufions vi &c.
J'ai remarqué dans une jamb , anehylofe par :c atrôph
au
i. IL
14-6 EXPP. DE M. MUHLMANN.
tat > dont je viens de parler ; j'ai remar- qué dans cette jambe , après la mort de la perfonne , une membrane contre nature , dure , & forte , qui Te continuent depuis le gras de la jambe jufques au deflbus du genou. M. de Haller a montré de mê- me,dans un programme imprimé en I7Î3* que dans une jambe,qui avoit relié immo- bile dans une flexion continuelle , il n'y a eu pour |caufe , qu'un tiflu cellulaire fort dur & prefque tendineux.
§. XII.
Il me refte une autre maladie à décrire, tant dans fon origine que dans les progrés: elle fe manifefte dans les doigts ; c'eft le panaris , abfcès qui fe trouve communé- ment au bout du doigta derrière, autour, ou fous les ongles > & quelquefois dans la troilleme phalange des doigts. Cet acci- dent eft , félon le liège & le degré du mal, un des plus douloureux , dont. le corps puiffe être afligê , & il met fort fouvent le malade dans le plus grand danger par Y'm- flaramation , qui fe répand par tout le bras , & qui caufe des fièvres & des déli- res violens , par les douleurs , dont il eft accompagné.
La
Sur les tend, et le périoste. T47 La fituation la plus dangereufe, fe1 l'opinion de tous les chirurgiens , que puiffe avoir le panaris, c'eft dans l'os & le périofte , & même aflez fouvent dans la gaine des tendons fléchiffeurs des doigts ; de forte que, par la négligence, le3- os du doigt & les tendons,& quelquefois le mem- bre tout entier a été emporté par l'acreté & la putréfaction de la matière.
Il s'agit de trouver , fi une ou deux goûtes de fang, devenu acre, peuvent ren- dre le périofte & les tendons auili fenfî- bles,qu'on les fait.
Les obftructions naiffent dans les plus petites extrémités des veines ou des artè- res : ce fang s'échauffe par une impulfion continuelle ; il s'extravafe quelquefois dans une cellue adipeufe , il y croupit & devient acre , parle mélange de la graiife, par la chaleur & par le mouvement.
Une cellule en eft attaquée après l'autre, fous les douleurs les plus cruelles 5 & l'inflammation fe répand par la toile cel- lulaire, & lepanniculc adipeux.
Les filets nerveux fe trouvant dans toutes les parties du corps animal, il :ïfaire que , par ces humeurs upifTaiites, ils en foyent ;> qui,
:nte de plus en pi G 2
148 EXPP. DE M. MUHLMANN. jeu des nerfs fui\ cette matière; d'où il arrive, que les humeurs, qui croupiiTcnt autour de la partie irritée, tombent en gangrené, ou en putréfadtion.
Les incitions faites à tems nous apren- nent 9 que ces obftruclions ont de très petits commencemens , & que fouvent il n'en fort que quelques goûtes de fang ou de lymphe devenue acre.
La corruption de cette matière^ jointe à la fiibftance huileufe, qui entretient la mobilité des tendons 5 mais qui, dans le cas prefent, ne fait qu'augmenter la cor- ruption , eft auiïï la caufe , que les ten- dons fe putréfient le long de leurs gaines. M. Boerhaave a prouvé^dans fes écrits , que le fang pafie fouvent dans les vaifleaux lymphatiques 5 qu'il y caufe des obftrudions , & qu'il liait des inflamma- tions de ces obftru&ions mêmes.
§. XIII
Comme nous avons, dans tous les en- droits de notre corps, des artères , des nerfs , des vaifleaux lymphatiques , il faut que, de tous cotés, des inflammations & des douleurs puiflent fe former ; après cela le corps étant totalement vafculeux,
U
Sur les tlnd. et le périoste. 149 il eft très facile * qu'il y naiiîe des ob- ftru&ions, d'autant plus que nos humeurs ont des difpoiitions particulières à cette efpece de dégéneration.
Les os, comme la partie de notre corps la plus dure , tombent en corruption , -quand les humeurs , qui y circulent, s'épaiflîflent : nt acres. 11 va
des artères & des nerfs , qiripaflent par les os jufqu'à la moelle , & qui en traver- fent les finuofités.
Les os ont des nbres creufes, fans quoi ils ne pourroient pas être nouris ; &?pref- que généralement, leur ftructure eft fpon- gieufe , & divifee en cellules 5 qui con- tiennent la moelle, dont la fubftance hui- leufe eft ttès néceflàire : extérieurement ils ont une croûte unie & plus polie. Le brafle partout les os ; & les lités & rainures des os fer\ ent es fibres teadineufes » qui s'y attachent.
J'ai apris, par un grand nombre de playes , & par d'autres maladies des es , que le périofte eft infenlible , quoiqu'on ne puilfe nier, que 5 dans les endroits où il patte des nerfs , qui y donnent des ra- mifications , il n'y ait de la fenfibilité.
G 3 Ceft
IÇO EXPP. DE M. MUHLMANN.
C'eftpour cette raifon,que le Créateur, infiniment fage, a voulu , que les parties les plus eifentielles de notre corps , que tout ce qui en fait la bafe , ce qui fait une envelope , ce qui couvre , ou garan- tit 5 ce qui réunit, & les parties deftinées immédiatement au mouvement , fuflent infenfîbles -, fans cette précaution, nous ferions les créatures les plus miferables , continuellement fujettes aux douleurs. Mais, afin que nous puiffions fentir le mal qui nous arrive, Dieu nous à donné des nerfs, préfens par tout, & qui* repandans la vie dans toutes les parties de notre corps , font placés par tout, pour annon- cer le danger dont font menacées ces parties.
§. XIV.
Toutes nos humeurs font d'une natu- re , qui les rend fujettes à la putréfa&ion, aufîitôt qu'elles croupiffent j & cela d'au- tant plus 3 que leurs plus petites parties contractent une efpece de fermentation dans cet état , lorfque la chaleur , & le mouvement intérieur les environne & les prefle de tout coté.
On ne fauroit douter , que la putré- fadion de nos humeurs ne puiffe naître
par
SUR LES TEND. ET LE PERIOSTE. 151 Par différentes efpeces de mixtion, auffi bien que par la diverfîté des mouvemens, & même fou vent par des eau Tes contrai- res les unes aux autres : mais le but de mon travail m'empêche d'entrer dans ce détail.
Il eft hors de conteftation 5 que la plu- part des hommes meurent dans la cor- ruption y & l'expérience nous aprend , auffi bien dans la médecine , que dans la chirurgie 5 que le commencement d'une putréfaction eft,pour nos nerfs,le venin le plus dangereux , pareeque les progrès font lents & fe font en fecret. Je confî- dere trois points dans l'homme en géné- ral : Pâme raifonnable ? le corps avec tous les relforts qui le mettent en mouve- ment, & les accidens qui lui arrivent. Je pofe deux points en fait 1 ° . Une con- noiflànce exacte des feiences neceifaires. 2°. Uil examen mûr de tout ce qui s'offre à notre entendement. L'un & l'au- tre nous eft néceifaire ; mais il n'eit pas moins vrai , qu'on eft également élo de la perfection , & que les fautes font in- feparables de f homme.
G 4 VIII.
VIII.
1. LETTRE
du Révérend Père
URBAIN TOSETTI
Des Ecoles Pies, Leïïeur en Philofiphie & en Mathématique , du Collège de Nazareth > à M. Joseph Valdambkini premier Médecin de Cortone , fur Pinfenfi- bilitè de quelques parties des animaux, traduite de l'Italien par M . T i s s o T D.ÀL
( MS )
Je me rappelle , quand je vous parlai en converfation de la nouvelle décou- verte fur l'infenfibilité de quelques parties des animaux , que vous me témoignâtes votre furprife , & vous me demandâtes quelques notions plus précifes fur cette matière. Une diflertation imprimée de- puis peu dans les pays étrangers , & que je ne connoiirois point alors, me meta même de fatisfaire votre curiofité littérai- re. Le célèbre M. Halllr, Prefident de l'Académie de Gdettingue^hit dans une de fes affemblées le 22. Avril 17^2 une dit fertation latine, fur les parties irritables &-fenfibles des animaux , qui fut impri- mée en 1753. dans le fécond volume des Mémoires de cette même Académie, dont les auteurs des Commentarit de nbus in /:/- jforia naturali $§ medichta gefiis , ont don- né un extrait dans la quatrième partie du fécond volume de cet ouvrage, & qui it d'être ti en francois , & réim-
priri tée à Laufanne: C'eft cet-
te édition, qu'un ami, qui la poflede feul à Pvome5 m'a procuré. Elle a deux parties* dans la première l'on 1 'ne Içs par-
G 6 ties
156 ï. Lettre du R. P.
ties de l'animal , qui* font fenfibles , & celles qui ne le foi^t pas. Dans la féconde, après avoir défini l'irritabilité 7 l'onafligne les parties qui poffedeiit cette propriété, & celles qui en font privées. Selon M. Kaller, les tendons, les ligamens, les rapfules 9. le péricrane , le période , la dure & la pie mère 5 les artères, les vei- nes , le péritoine ^ la pleure font abfolu- nient fans fenfibilité. L'on démontre en- fuite , que les parties les plus irritables jh font point fenfibles , & que les plus fenfibles ne font point irritables : d'où Ton conclut , que l'irritabilité 11e dépend point des nerfs , mais de la fabrique pri- mordiale des parties. Le tout eft appuyé d'expériences auxquelles M. Halllr dit s'être occupé pendant fix ans, & furtout la dernière année.
c* Depuis le commencement de l'an „ 17^ T. j'ai fournis àplufieurs elfais 190. ,, animaux : efpece de cruauté pour la- ,, quelle je me fentois une répugnance , .,, qui n'a pu être vaincue, que par l'envie „ de contribuer à l'utilité du genre hu- „ main , & que je me fuis permife par le ., même motif, qui engage l'Jiorame le 59 plus doux, à manger tous les jours fans ,, fcrupule la chair des animaux les plus
„ innocens. "
Urbain Tosettl
^ innocens. " J'omets pluiîeurs particu- larités intérefiantcs, répandues dans toute cette diifertation. qui mérice d'être regardée comme un chef d'oeuvre.
Par rapport à la féconde partie, qui traite de l'irritabilité, M, ZlMMERMANN, élevé de M. H aller, avoit auiïi fait plu- sieurs expériences fur cette matière , qu'il publia dans une diifertation imprimée en juillet 175 1 . fous ce titre : Dijjertatio lJhi- kfophka de irritabilitate , Authore J. G. ZlMMERMANN Helveto-Brugeufi. Je n'ai point vu cet ouvrage.
En Janvier 1753. parut une autre dif- fertation de M. Castell , autre élevé de M. Haller ? qui traite des parties in- fenfibles,& dont le titre eft ; Expérimenta quibus varias corporis humant partes [en* tïenài faadtats carere conjlitit : elle eft di- vifée en fix parties , dont chacune renfer- me les preuves d'une proposition , qui fe trouve à la tètes en voici le plan.
Sedion 1.- Des tendons. Proposition. Les tendons n'ont aucune fenfibilité , & leurs playes ne font ni dangereufes , ni mortelles. On le prouve par 17. expé- riences.
Sect. 2. Des lîgamens, Propofit. Les mens font infenfibles 3 & leur léfion
n'a
if'8 I. Lettre du R. P. n'a d'autre inconvénient que ceux qui font topiques , ou qui dépendent de la celfation de leurs fondions. Cela eft prouvé par &• expériences.
Secl. 3. Du péricrane & du période. Propofit. Le péricrane & le périofte n'ont aucune fatuité de fentir. Cela eft prouvé par to. expériences.
SeA. 4. De la pie mère Propofit. La pie mère n'a aucun fentiment & eft inca- pable de douleur. On le prouve par 2. expériences.
Sed. 5. De la pleure. Propofit. La pleure n'a pas de fentiment, ou* pour par- ier plus jufte, elle en a moins que les mufcles ou que la peau. Cette proposition eft fondée fur f. expériences.
Secl. 6. Du péritoine. Propofit. Le péritoine eft infenfible, auffi bien que les membranes, qui en tirent leur origine. On conclut cette propcfition.de 4. expé- riences.
Cette diflertation, qui eft enrichie de très belles obfèrvations5eft la première que j'aye lu , m'ayant été communiquée par le Dodleur Bassani * peu d qu'il l'eut reçue de fou libraire. Je ne fâche pas qu'il en foit venu plus de 1 exemplaires à Rome j dont Vmx9 comme
Urbain Tosetti. 1^5
je l'aï dir, appartient au Docteur Bassani5 & l'autre au Docteur Salicetti, deux des Médecins de Rome les plus en reputa- tif n, 6 qui, Pun & l'autre? ont un goût très épuré en matière de Phyiîque : il m'eftimp.iFible de vous l'env. yer comme vou^ k louhaitez 3 puifque je ne l'ai pas moi même. Mais revenons à notre fujet. Je ne faurois vous dire , combien m'a furpris une découverte li neuve , fi belle, & Ci avuntageufe pour» la phy (iologie , la pathologie & la chirurgie, comme le fait fentir l'auteur de la diilertation , que je viens de citer. Dès que j'ai connu les ex- périences de MM. Haller & Castell^ 3'ai eu envie d'en répéter quelques unes s & quoique je fiïflTe très peifuadé , qu'un homme, qui, comme M. Haller, jouît de la plus haute réputation dans toute la Republique des Lettres , eft incapable d'en impofer * je n'en fentis pas moins une vive curiofité de me convaincre, par mes propres yeux. C'eft à vous , Mon- (leur , à qui je dois ce goût pour l'anato- mie & la médecine , que j'ai contracté à Cortone, dans les converfations particu- lières que j'y ai eu idant plus d'un an, & qui m'ont yantage de profiter de vos lumières. J'ai
bien
i5o I. Lettre du R. P.
bien fenti , que cette étude feroit d'un grand recours dans la phîlofophie , que je fuis chargé d'enfeigner dans notre Collège de Nazareth ; & furtout dans lapficolo- gie : & je dois déjà à l'anatomie & à la médecine la découverte de pluiieurs er- reurs , dan. lefquelles j'étois fur cette dernière fcience. Ne croyez cependant point 5 Monfieur , que je prétende être devenu médecin anatomifte 5 ni même profedeur. Je îi'aitii le génie, ni l'adreffe niceffaire,pour aquerir ces qualités. Il faut me comparer à un amateur de la mufique* qui trouve du plaiïir dans un concert, fans connoitre les notes, les tons & les clefs, & fans favoir toucher d'inftrument. Quand je dis , que j'ai voulu repeter les expériences de M. Haller fur les ani- maux, celafignifîe, que je me fuis fervi, pour les faire, de la main & de l'adreffe d'autrui. Quand je vous eus quitté pour revenir à Rome 5 je cherchai à me lier avec quelque médecin de talent & de ré- putation , & avec quelque chirurgien expert , qui puffent m'aider à continuer, ce que j'avois commencé avec vous : le hazard me favorifa en me fourniffant une occafion favorable de me lier d'une étroite .amitié avec M. le Docteur Bassani, dont
)9
Urbain Tosetti. 161
je vous ai parlé plus haut, & avec M. Nicclas Giraldi habile chirurgien , que vous avez connu l'un & l'autre dans le petit fejour , que vous fites ici Tannée fainte 1750. J'ai tiré grand parti de leur amitié : le premier m'a conftamment diri- gé dans mes recherches , éclairé mes dou- tes, & fatisfait ma curiofité dans les ma- tières de médecine; & le fécond fe faifoit un plaifir de faire pour moi des diifections, & des démonftrations anatomiques des différentes parties du corps humain. Ce dernier (M. Giraldi) étant parti de Rome , j'eus l'avantage de pouvoir le remplacer par Al G. Baptifte Balduini chirurgien revenu depuis peu de PUniver- fîté de Montpelier, qui déplus voulut bien venir dans mon Collège avec M. Bassani y faire des démonftrations anatomiques , tant en ma faveur, qu'en faveur de mes écoliers , qu'il a mis a même de voir de leurs yeux les objets, qu'on ne leur montre qu'en figure dans les Collèges , quand on y traite quelque partie de la phyfique, qui regarde la ftructure du corps humain. C'cft donc eux qui furent mes mai: & ceux de mon Collègue le R Père Vincent Petrini, Le n phi o-
fophie & en mathématique 5
i6Z I. Lettre du R. P«
coup de goût pour les connoiflances ana- tomiques & médicinales 3 & qui eft très capable d'en profiter.
Ce fut eux encore qui m'animèrent à répéter les expériences dont je vous ai parlé. Pour être plus fars de la réuffite , nous commençâmes par celles 9 qui nous parurent les moins difficiles , les moins embaraifantas , & qui demandoient le moins de préparation. Voici une expoiî- tion vraye & ilmple des faits que nous avons vu.
Expérience I. Du mecredi 16. Avril.
Nous mimes à nu le tendon d'Achille d'un chien. La playe fut faite afTez gran- de , & cet animal fut pendant quelque tems dans une médiocre convulfion, qui paroiflbit affez régulière & ifocrone ; pen* dant qu'elle durcit encore , nous piquâ- mes le tendon, & il ne parut pas que cela occaflounat aucune nouvelle fenfation au chien. On attendit, qu'il fe fut entière- ment tranquilifé, & l'on piqua le tendon de l'autre coté , enfuite on en coupa' légè- rement & tranfverlaiement quelques fibres
avec
Urbain Tosetti. 163
avec un rafoir. On mit enfin du beure d'antimoine fur cette incifion ; il nous pa- rut, que le chien ne fentoit ni la piquure, ni l'incifion , ni l'effet du cauftique. Mais il fe fecouoit vigoureufement, quand on piquoit la peau , ou qu'on la touchoit avec du beure d'antimoine.
Après avoir donné le tems à l'animal de fe tranquilifer de nouveau, nous dé- couvrimes le péricrane5 & nous fîmes les mêmes expériences , que fur le tendon * à ïa referve de l'incifion avec le rafoir : les effets en furent les mêmes.
Ex p. IL
Du lundi 28. Avril.
Ayant découvert le tendon d'Achille du pied droit d'un agneau de bonne taille , qui fe cranquilifa affez promtement, on le piqua avec une lancette, & avec une aiguille, fans qu'il donnât aucune marque de fentiment. Quand on piqua enfuite de là même façon la peau voifine, il s'agita d'abord avec véhémence. On toucha Je tendon avec du beure d'antimoine t récemment préparé ; ce cauftique fit d'a- bord cfcarre , mais fans occafionner aucun
mouvement
i64 I- Lettre du R. P. mouvement chez l'agneau, qui refta par- ïaitement tranquille , mais qui s'agita bien violemment ? quand on appliqua ce même beure fur la peau. On fit enfuite une incifïon longitudinale, le long du ten- don ; on la coupa par une tranfverfale , & on couvrit les deux avec du beure d'an- timoine, fans que tous ces eflais fîffent faire aucun mouvement à l'animal. L'on coupa une parrie de l'épaiffeur du tendon transverfalement , avant que de détacher l'agneau , & de le mettre à terre : cela ne l'empêcha pas de marcher avec une entière aîfance ; & quand on voulut lui faire prendre la fuite en battant des mains, il courut en haut & en bas , fans paroitre gêné dans fes mouvemens. M. Castell a.voit obfervé la même chofe , & avoit trouvé, par plufïeurs expériences, que le mouvement n'étoit point empêché, fi Ton ne côupoit pas tout à fait le tendon.
Exp. IIL
Nous laiflames en paix cetagnean, & nous fîmes les mêmes elfais fur un che- vreau , fans qu'il y eut aucune différence dans le refultat. On lui découvrit de plus lepéricrane qu'on piqua, & qu'on toucha
avec
Urbain Tosetti. rjjf
avec le beurë d'antimoine, fans que animal donnât marque de inti-
ment ; mais il en donna, quand on fit ks mêmes elfais fur fa peau.
Ex p. IV.
Du 3. MaL
Nous i . s:flir un agneau des plus
avancés, les expériences précédentes fur les tendons: il ne témoigna aucun fenti* i il n'en lut pas de même , quand nous voulûmes faire nos efiàis fur la peiner avec une lancette près de l'inçiGon. Comme nous n'avions pUis rien à apprendre fur cet animal 3 1 l'abandonna
E x p. V. Du dimanche 4. Mai.
L'on mit à nu les deux tendons du biceps d'un chien de médiocre -ur:
on fit toutes les expériences faites furie tendon d'Achille du chien du 16. Avril : les eflets fiirei t les memes.De plusse plant -
s le corps d'un de ces t. une
i66 I. Lettre du R. P.
éguille très pointue , & je la dirigeai du coté de la queue du même tendon , pour amener la pointe dans un endroit , qui ne fut pas dépouillé de ligamens. Le chien refta immobile fans aucune agitation.
Ex p. VI.
Du jeudi 8. Mai.
Nous fourni mes un gros chien aux ex- périences ordinaires^fur les deux tendons du biceps, à cela près qu'au lieu de beure d'antimoine on employa l'efprit de vitriol: les eifets furent entièrement femblables aux premiers , quoique l'incifîon tranf- verfale du tendon eut pénétré au delà de la moitié de fon épaiifeur. Nous finies en- core un autre eflaî : nous dépouillâmes le mufcle , & nous Pifolames de facoir, qu'il n'avoit plus aucune adhérence ni avec les tégumens , ni avec les autres parties voifi- nes y & après avoir ainfî détruit toute communication , on le piqua avec la lan- cette , avec l'aiguilles on l'incifa légère* ment en long & en travers? & on le toucha avec l'efprit de vitriol , fins que l'animal s'agita ni même fe remua.
Ex-
Urbain Tosetti. 167
Ex p. vn.
Du vendredi 9. Mai.
On réitéra l'expérience du jour précè- dent fur le tendon du biceps d un autre chien très gros. On le piqua , on le cou- pa , on le brûla avec fefprit de vitriol , le chien refta immobile pendant tout ce tems là , mais il fut très fcnfîble aux mêmes ef- fais faits fur la peau. 11 nous reftoit à couper le tendon en entier, & a introduire au milieu de fa fubftance une aiguille chi- rurgicale , dont la pointe fut dirigée du coté du mufcle 5 à l'enfoncer profondé- ment , & à l'y laiffer pendant quelque tems. Nous finies toute cette opération , fans que le chien donnât aucune marque de fentiment. Enfin nous dépouillâmes , & nous ifolames le mufcle , comme dans l'expérience du jour précèdent : nous le piquâmes, enfuite nous l'incifimes légè- rement en long & en travers, & nous, touchâmes les incitions avec un pinc trempé dans l'efprit de vitriol. Le chien reda tranquille pendant tout ce tems là, quoiqu'il fe fut_ fortement agité , quand
on
i6§ L Lettre du R. P.
on avoit dépouillé les mufcles ou piqué les tégumens.
Ex p. VIII.
Du mecredi 14. Mai.
Nous mimes à nu , comme à l'or Jinaire, le tendon d'Achille d'un chien ; on le piqua avec la lancette auffi bien que la peau : la piquure de la peau le fit fe tremoufler fcnfiblement , ce qui n'arriva pas quand on piqua le tendon. Comme on crut pourtant s'appercevoir, qu'il avcit fenti cette dernière piquure, cela fit qu'on examina plus attentivement le tendon : on trouva qu'il étoit abbreuvé de fang , & qu'il n'étoit-pas parfaitement dépouille.! On le dépouilla plus exactement. On at- tendit que le chien fe fut tranquilifé , & on le piqua de nouveau , fans que cet animal fentit cette manœuvre. L'on y ap- pliqua à ditFerens tems le beure d'antimoi- ne & l'efprit de vitriol , qui firent fur le champ efearre, fans produire aucun mou- vement de l'animal , qui s'agita bien vi- vement , quand on appliqua ces mêmes cauftiques à la peau.
Nous
Urbain Tossetti. JC9
Nous finies les m flais fur un
chevreau : on piqua le tendon , fans qu'il donnât aucune marque de fentiment. On coupa transversalement, avec un rafoir, la plus grande partie de l'épaiffeur du ten- don , & ce petit animal fut immobile pendant cette opération. On le mit à ter- re en liberté, & on l'effraya en battant des mains > il fe mit à courir avec beau- coup d'aifance, & fauta Ieftement fur une efcabellc. On le reprit , & Ton appliqua les caultiques précedens fur les playes du tendon : on enfonqa une éguille dans le corps de ce même tendon 5 il ne parut rien fentir de tout cela, mais il fe plaignit^ quand on appliqua les cauftiques à la peau voifine.
Voila, Monfieur , les expériences, que nous avons eilàyées jufqu'à prefent. Je vous rendrai compte de celles ? nue nous pourrons faire dans la fuite. Je fe point qu'on les regarde comme décisi- ves : j'attelte feulement la vérité des faits , qui tous ont eu pour témoins ocu- laires , outre plusieurs philofophes di- ftîngucs ^ que nous avions invité , nom- bre d'autres perfonnes , qui ont profité de l'accès libre que nous avons laide t tout le monde, & parmi lefquelles il s'eft Tom. II. H tou-
170 I. Lettre du R. P.
toujours trouvé quelques médecins & quelques chirurgiens. Outre le dépouil- lement le plus exad du tendon , les pré- cautions que nous avons prifes font 1 ° de ne pas couper ou piquer le tendon avec trop d'impétuoilté , de crainte que cela n'occafionnât un ébranlement , qui pourroit fe communiquer aux mufcles ou aux autres parties voifines fenfibles. 2°. de donner le tems à l'animal de le tranquilifer tout à fait , après l'inciflon des tégumens , & de lui tenir les yeux couverts. 3 ° d'avoir bien attention > quand on touche le tendon avec le heu- re d'antimoine ou l'efprit de vitriol , qu'il n'en coule point de deffus le tendon , & qu'il ne s'en répande pas fur les partie» voilînes.
Après toutes ces précautions , nous en feroit-il echapé quelque autre , dont la négligence eut pu déguifer l'effet des ex- périences 5 & nous donner un refultat erroné 'i Je ne le crois pas 5 mais je n'en ai point de certitude 3 auiîx je ne puis atte- fter que la vérité des faits que j'ai vu , & 3e ne veux en tirer aucune confequence. Vous favez bien , Monfieur 3 qu'en matiè- re d'expériences , il faut aller à pas de plomb 3 & fufpendre toujours fon juge- ment ;
Urbain Tositti. 171
ment : les plus grands hommes nous eu ont donné l'exemple.
Je fuis d'autant plus circonfpecl & re- tenu dans ce cas 5 que je fais que les mê- mes expériences ont eu ici à Rome uft fuccès tout différent entre les mains de gens très entendus , & qui poifedent le favoir, l'habileté, l'exactitude & toutes ies autres qualités, qui peuvent rendre re- commandâmes un Médecin & un Ana- tomifte y & leur autorité , fondée fur leur mérite & fur leur feience , fufpendra ma décifion, jufqu'à ce qu'une longue fui- te d'expériences confiantes ayent établi & affermi la vérité de l'une ou de l'au- tre de ces deux opinions contraires. Je ne doute pas que les Médecins & lesPhy- ficiens , qui paroiifent s'être un peu repo- fés des expériences électriques , ne s'ap- p'.iquent avec le mène empreflement à ce nouveau genre d'elfais , fur les parties fenfibles & infcnfibles des animaux , & que,familiarifés a&uellement,avec les dou- leurs de la chaine électrique , ils paiferont aux expériences douloureufes du fcalpel unatomique.
Vous voudrez bien faire quelque atten- tion aux deux expériences faites le 8- Se h 9. Mai fur les tendons du biceps , fi «1- H 2 les
iyz I. Lettre du R. P. &c.
les font exadtes , & qu'on les confirme par une fuite d'autres , Ton pourra juger avec plus de certitude , quelle eft la route que le nerf fuit en fe répandant dans le mufcle. Le tems ne me permet pas de vous en dire davantage , & mon papier eft fi rempli , que j'ai à peine de la place pour vous rappeller que je fuis vôtre fer- viteur & votre ami. Urbain Tofetti. A Rome le 17. Mai 175 c.
Rbsvltat Je ces Expériences!
1. Les tendons font infenfibles. (1)
2. Il ne refulte ni mouvement m convulfion le leur léfion. (2)
(1) Exp. 1 - $.
ix.;
IX.
II. LETTRE
du Révérend Père URBAIN TOSETTI
A Mr. Joseph Valdambrini fur finfinfibilité , & fur Phrrt
( m )
Voila plus de deux mois écoulés p mon cher Moniîeur , fans que j'aye penfc à dégager la parole 9 que je vous avois donnée , de vous communiquer ta fuite de nos expériences fur les nouvelles découvertes du célèbre Monfieur de Haller. Je vais enfin vous commu» niquer une copie fidèle de Texpofé, que le P. J. V. Petrini en faifoit à mefure , que nous opérions \ afin de ne pas or tre la plus pente drconftai
Expérience I.
19. Mai 17 ÇJ.
On découvrit le tendon d'Achille d'un chien de médiocre grandeur , & on le fa repofer quelque tems. On piqua en- fuite cette partie avec une lancette , & on la toucha avec uu£ plume trempée dans du beure d'antimoine , fans que l'ani- mal manifeîtât aucun fentiment. il fit beaucoup de mouvemens , lorfque Ton appliqua le cauftique plus prLjs du muscle. Il ne parut pas qu'il éprou
une douleur , lorfque l'on déchira les H 4 fibres
17-6 IL Lettre du R. P.
fibres tendineufes avec la pointe de la lan- cette 3 ou quand on les coupa en travers, & que l'on frotta l'incifion avec le beure d'antimoine , ni même , lorfque nous les brûlâmes avec un fer chaud , & que nous perçâmes le tendon de part en part. Comme le chien paroiflbit afTez doux , nous lavâmes la playe avec du vin , & nous le lailfames aller. L'on remarqua qu'il marchoit fort bien , & qu'il fe re- pofoit fur la jambe bleflee.
Ex p. IL
29. Mai.
Nous laîflàmes repofer comme à l'or- dinaire un chien , auquel nous avions découvert la grande corde. L'animal fen- tit toutes les fois que nous le touchâmes. Cela nous fit appercevoir 5 que le tendon n'étoit pas exadement dépouillé de fes tégumens. Lorfque^. Bàlhuini eut enlevé tout ce qui en reitoit , avec l'exa- ditude qui lui eft propre , l'animal ne donna plus aucune marque de fentiment, quoique l'on appliquât Pefprit de nitre , & un fer chaud. Il demeura de même e , lorfque nous coupâmes le ten- don
Urbain Tosetti.1 177
don dans toute fa largeur , & lorfque nous feparames entièrement les deux portions 3 en introduifant une aiguille dans L'une , des deux. Il en fut de même , loi: nous brûlâmes cette partie , en enduifanr la playe d'efprit de nitre. Mais il éprou- va la plus vive douleur , lorfque l'on ap- pliqua le cauftique & le fer chaud fur la peau. Nous voulûmes conferver cet animal , pour voir , Ci le tendon fe rejoin- droit de lui même & fans future , comme M. Castell l'avoit déjà obfervé fur les chiens , & M. Molinllli fur les hom- mes. On lava la plaie 5 & on la panfa a- vec foin 5 mais au bout de deux jours on ne prit plus cette peine , parceque le chien enlevoit tout , pour pouvoir lécher fon mal. Je rapporterai en fon lieu le fuccès de cette expérience.
Ex p. III. 1. Juin.
On découvrit le péricrane à un chien? qui paroiflbit extrêmement robufte : on le piqua dans diiferens endroits , on le brûla avec de l'efprit de nitre fumant, fans que l'animal fe remuât. Cependant il H ï fouflrit
178 II. Lettre du R. P.
fouffrit beaucoup , lorfque Ton fit une incîïîon à la partie extérieure des narines, & lorfque l'on y appliqua le cauftique.
Ex p. IV.
Nous raflâmes enfuite à repeter, pour la première fois , les expériences de M. Haller ^ fur l'irritabilité. L'on ouvrit la poitrine du même chien ^ & l'on enle- va le péricarde s enfuite on attendit , que le mouvement du cœur eut entièrement ceffé ; il dura quelques minutes après la mort de l'animal. Lorfqu'il n'y eut plus aucun mouvement , nous touchâmes plu- sieurs fois l'un ou l'autre ventricule aves de l'efprit de nitre , & nous vimes con- "ftamment recommencer la fîftole & la dia- ftole , qui i'r.rêtoient après deux ou trois alternatives. L'on détacha enfuite le eœur , & l'on ouvrit le ventricule droit; lorfqu'on le toucha intérieurement avec le cauftique 3 on le vit fe refferrer & fe dilater. Enfin , on le coupa en divers pe- tits morceaux , qui parurent tous irrita- Wes , toutes les fois qu'on y appliquoit le Gorroht. 11 y avoit déjà une demi r e , que l'animal étc it notis
laii&mes le^œur , qu: . . s ijT
Urbain Tosetti, 179
ritabîe , & nous ouvrîmes l'abdomen , pour faire les mêmes obfervatioiis fur les inteftins. Des qu'on les touchoi' térieurement ou extérieurement avec ie cauftique , le mouvement vermicuïaire recommencent. Nous remarquâmes alors, que les mufcles de l'abdomen, coupés fui- vaut la direction de la ligne blanche , fa retiroient & fe relâchoient d'eux mêmes. Ces mouvemens ne ceflerent que trois quarts d'heure après la mort du chien.
Exp, V. §. Juin.
je défirois depuis long tems de fa îles expériences fur la dure mère ; ainfî nous trépanâmes un chien d'une gran- deur médiocre , & nous le lailfames tran- quille fort long tems après l'opération. Enfin , lorfqu'il fut prefque entièrement calmé 9 nous piquâmes la dure mère , & nous la perçâmes en trois endroits , fans qu'il fe remuât. Mais il s'agita 0 lorfque nous touchâmes cette membrane avec de i:re. Ceîa nous £t compren- dre , qu'il faillit prendre garde dans la ne pas employer les cauftiques , H 6 après
180 IL Lettre du R. P.
après que l'on a percé la membrane , & que furtout il ne faut pas fe fervir de l'efprit de nitre. L'on comprend faci- lement 3 qu'un efprit auffi a&if , peut s'in- troduire à travers des ouvertures , que l'on vient de faire , & même à travers la fubftance de la membrane.
Ex p. VI.
13. Juin.
Nous répétâmes l'expérience de la du- re mère fur un gros chien 5 qui étoit fort robufte , & nous employâmes la plus grande exadlitude. On toucha cette par- tie avec de l'efprit de vin re&ifié 3 enfuite avec la pierre infernale 9 & enfin avec du beure d'antimoine. On vit les marques de la brûlure ; mais l'animal ne s'agita point , comme il le fit , lorfque l'on em- ploya les cauftiques fur la peau.
Ex p. VIL
Nous découvrîmes "enfuite le péricra- ne d'un petit chien. On le piqua avec la pointe d'un canif 3 & enfin on le bru- la
Urbain Tosetti. ig.r
la dans plufieurs endroits avec de Pet prit de nitre 9 fans que Panimal fe plai- gnit. Dèsque le çorrofif fut appliqué fur Pincifion faite à la pe:u , il y fut ex- trêmement fenlible. Nous avons toujours fait cette féconde épreuve , afin que l'on ne put pas dire , que Panimal étoit aba- zourdi, ou que la douleur, qu'il a voit fouiferte dans Pope ration précédente ; étoufïbitle fentiment dans ceîle-.ci. C'au- roit été attribuer les fuites de Pinfenfibili- té à une caufe idéale. Il fuffira d'avoir re- marqué cela une fois pour toutes,
Ext. VIII.
22. Juin.
Nouvelle expérience fur la dure mè- re. Après qu'on l'eut brûlée avec le cauftique > on y fit une incifion en croix avec une lancette , fans que l'animal fen- tit aucune de ces opérations ; bien qu'il fut extrêmement fenfible , lorfque Pou toucha légèrement la fubftance du cer- veau.
tf 7 Exp.
rga IL Lettre du R, P,
Ex p. IX;
26. Juin.
On répéta encore fur un chien l'ex- périence de la dure mère. Elle eut le même fuccès , que les autres. Ainfî nous paflames à faire quelques obferva- tions fur le tendon d'Achille du même chien.
Exp. X.
Pour prouver d'autant mieux , que le fentiment , que l'on obfei ve dans les a- nhnaux 9 vient des tégumens , nous penfames à découvrir la partie fupérieure du tendon , tandis que l'inférieure 5 qui regarde l'os , refteroit couverte. On piqua enfuite , & l'on brûla la partie dé- couverte , fans que l'animal fit aucun mouvement > quoiqu'il en fit , lorfqu'on faifoit la même chofe fur la partie 5 qui étoit encore couverte. On commença à couper le tendon avec un rafoir , & l'a- nimai ne fut point fcnuble , tant que Ton n'arriva pas à la partie inférieure ; s à peine l'ei?t-ou touchée , qu'il s'a- gir
Urbain Tosettt. i£g
gîta beaucoup , de façon à prouver, qu'il éprouvoit la plus vive douleur.
Ex p. XL &XII.
29. Juin.
Nous reprimes encore nos obferva- tiens fur un chien. D'abord la dure meie , & uifuite le tendon d'Achille noi.s parurent aufli infeniibles 5 que les autres foib. Mais lorfque l'on appiqua le torrofif fur Pincifîon faite à la peau * nous ne punies pas douter, que l'anima! n'eut beaucoup de fentiment.
Exp. XIII.
3. Juillet.
Nous avions trépané un vieux chien , qui étoit fort gros & fort vigoureux, ainli nous voulûmes auiïï obferver l'irri- tation des mufcles du cœur , qui fut ou- vert après fa mort. Cet organe u'avott plus Ion mouvement ordinaire -y mais nous le times recommencer de nou i par le moyen de deux fangfues , que n<
ichames à ces mêmes mufcles, L'ii
tati
184 II. Lettre du R. P.
tation n'étoit pas aufli confiderable , que celle , que nous avions obier vée dans d'autres animaux. Les piquures & les cauftiques ne purent pas même en exci- ter aucune dans le cœur & dans les in- teftins.
Exp. XIV.
Nous laïflames là cet animal & nous primes un jeune chien fort vif & de mé- diocre grandeur. Après qu'on Peut tré- pané on brûla la dure mère avec la pier- re infernale & le beure d'antimoine , fans qu'il fit aucun mouvement , qui marqua qu'il fentoit.
Exp. XV.
Nous finies encore fur ce même ani- mal l'expérience du tendon d'Achille, & pour ne pas faire d'inutiles répétitions , je me contenterai d'aflurer , quoiqu'il fen- tit fort bien , lorfque l'on attaquoit la peau , qu'il fut conftamment infenfible à toutes les tentatives , -que l'on fit fur le tendon.
Exp;
Urbain Tosetti. i8ï
Exp. XVI.
Nous ouvrîmes enfin la poitrine de ôet animal , qui vivoit encore ; nous fe- parames le cœur des grands vaiiTeaux & du péricarde , & nous le mimes fur une planche. Nous mefurames, par le moyen de notre pendule qui marque les fécon- des , & qui a été très bien travaillée fur le modèle de celles de M. Graham : nous obfervames , dis-je , avec exacti- tude la durée des phénomènes , que je vais rapporter. En comptant depuis le moment , où nous enlevâmes le cœur , la diaftole & la fîftole fut fort vive pen- dant 4 36 . Le mouvement commen- ça alors à être moins fréquent , quoi- qu'il fut encore aflèz fenfible , mais il diminua peu à peu , jufques à ce qu'il ceffa tout à fait au bout de 6 & 17 • Nous changeâmes alors la fituation du cœur , & les ritmes des mouvemens re- commencèrent. Cela arriva toujours toutes les fois , que Ton le remuoit 3 ou qu'on letouchoit avec un tube de ver- re. Il fembloit que le mouvement du ventricule droit ctoic plus rapide 1 que celui du gauche. On fit fouvent recom- mencer
.i$6 IL Lettre du H. P.
mencer les contractions & les dilatations, en introduifant Pair dans l'oreillette droite , ou dans la gauche avec un tube de verre , ou avec un petit foufflet. Cé- toit la même chofe , quand on y faifoit entrer de Peau froide , après en avoir fait fortir tout le fang. Au bout de 26' & 40 ' il n'y eut plus de mouvement, & il ne fut plus polïible de L'irriter,
Ex*. XVII.
10. Juillet.
On répéta les expériences fur l'irrita- bilité du cœur 3 du ventricule , des in- teftins , de la veffie & des mufcles de la pagine. Nous feparames le cœur des vaifleaux , & nous le pofames fur une table. Il continua fes mouvemens , qui allèrent toujours en diminuant pendant 7' & 32", après quoi ils ceflerent tout à fait. On l'irrita de nouveau , en piquant la partie extérieure avec une lancette,* ou en preflant l'une ou l'autre des oreil- lettes. Après avoir employé 12. minu- tes à ces obfervations , nous laiflames le cœur , pour pafler à l'abdomen. Nous remarquâmes alors l'irritation du ventri- cule
Urbain Tosetti. 187
«ule , en le touchant avec refprît de ni- tre* & nous diftinguames les petites tra- ces , que laifle ce eorroiif Mais le mou- vement périftaltique attira furtout Pat- tention de tous les alTiftans. Il fe main- tenoit encore fenfibîcment dans tous les inteftins , mais en particulier dans l'iléon & dans le colon. Celui , qu'on excitoit par le moyen de la piquure , & des cau- ftiques , étoit affez fort pour faire fortir les excremens. Il duroit encore une heure après la mort de l'animal , & nous au- rions pu le voir plus long tems , fi nous n'avions pas quitté Pobfervatoire après a- \*oir fait des expériences fur la veflie , & furies mufcles de la poitrine.
Ex p. XVIII.
17. Juillet.
s- s Irritâmes encore ?xcz un cou- i , & zwee des corrofifs , Uflé gr paitie des inteftins d un jeune chien. Jç* me contenterai d'en rapporter l'ilTue. Le cœur , le ventricule * les inteftins > & en paiticulier le redum , la veine , les mut eles de l'abdomen , & de la poitrine nous parurent très irritables, .comme le îo.
juillet.
183 IL Lettre du R. P.
Juillet. Les artères , l'aorte > les veines ," les poumons , le foie , la ratte , & l'epi- ploon ne donnèrent aucune marque d'ir- ritabilité, bien que nous les touchaflîons en plufîeurs endroits avec des cauftiques & avec un couteau.
E x p. XIX.
I. Août.
: A io heures & fo minutes du matin y nous enlevâmes la cervelle d'une gre- nouille. A peine avions nous touché le refte de la moelle du cerveau , qu'elle eut des convulfîons , qui continuèrent jus- qu'à la mort de l'animal. Nous examinâ- mes alors , avec beaucoup de foin , le mouvement du cœur , que nous fepara- mes d'avec les autres vifceres. D'abord il s'écouloit une féconde d'un pouls à l'au- tre. A i x heures & ç' il s'en écouloit 2. Le mouvement fe maintint pendant quel- que tems fur ce pied là , mais il alla peu à peu en diminuant 5 de façon qu'à 1 1 heures 30' il y avoit 4 fécondes d'une fi- ftole à l'aucre. Ccïa dura jufqu'à 1 1 heu- res 50' 5 auquel tems on commença à compter f. fécondes entre deux pouls.
A
Urbain Tosett:. i89
A midi le cœur étoit immobile , mais nous le remimes fouvent en mouvement en foufflant deffus , ou en l'irritant avec une lancette , ou avec des corrofifs. L'o- reillette droite fe contra doit avec une vi- vacité particulière. A midi 5' & 267 il ne fut plus poffible de lui rendre du mou- vement. Nous remarquâmes en même tems l'irritabilité des inteftins , & des mu- scles du ventre , qui étoit très fenfible , en particulier quand elle étoit produite par un corrofif.
Ex p. XX,
Le même jour 5 nous fîmes diverfes obfervations fur quatre grenouilles. On ouvrit la première peur voir le mouve- ment du cœur. Il dura une heure & un quart fans être irrité. On coupa la tète de la féconde. Le mouvement des inte- ftins dura beaucoup moins. Les cauftî- ques les irritoient cependant aflez. Après que la troifîeme eut perdu la tête , elle fit deux ou trois fauts , & elle s'efforça ds marcher. Peu après on l'irrita à la cuif- fe , & elle fit encore un faut. Nous lui plantâmes une aiguille dans la moelle de l'épine > elle fe remua , & elle fauta de
nouveau.
i^c II. Lettre du R. P.
nouveau. Elle eut enfin des convulfions & elle refta roide. Mous enfonçâmes alors une épingle dans la tète , que nous ve- nions de couper ; & voici ce que nous vîmes. La tète s'agitoit & Je mettoit en convulfion. La bouche s'ouvroit , & les yeux fe fernioient alternativement. Nous coupâmes, à la quatrième grenouille , une portion de la tète , avec une partie du cerveau > mais ranimai continua à fau* ter , & à faire des mouvemens. Les fauts furent plus grands , lorfque l'on piqua légèrement la fubftance du cerveau. Nous y fichâmes de nouveau l'aiguille , & nous la laiflames dans la playe -, mais la gre- nouille l'ota avec fa jambe droite. Piquée de nouveau elle fit deux fauts , enfin elle eut de violentes convulfions , & elle ne bougea plus. Nous partageâmes alors le cœur en long. En irritant légèrement ces parties avec la pointe d'un couteau , elles fe mirent de nouveau en mouvement. L'une cefla bientôt 9 mais l'autre fe retira d'elle même , pendant plus d'un quart d'heure. Nous voulûmes encore la parte* ger i mais elle fut immobile.
Exr.
Urbain Tosetti. ipi
Ex P. XXL
3- Août.
Nous Bmes nos expériences fur un petit chat. A 5 heures & 34' nous lui ouvrîmes la poitrine , pour obferver avec attention le mouvement du cœur. Dé- pouillé du péricarde il continua à battre jufqu'a 6 heures & 3'. Le mouvement commença alors à devenir plus lent. A 6 heures & 14/, il recommença de lui mê- me avec une force , qui ne cedoit rien à celle , qu'on avoit obfervée au moment, qu'on avoit ouvert la poitrine. Il dimi- nua de nouveau à 6 heures 27'. Quoique les entrailles fuflent très froides , cepen- dant il continua fes mouvemens jufqu'à 7 heures & 29'. Pendant tout ce tems là # nous ne l'irritâmes en aucune façon , feu^ lement nous le foulevames trois fois a- Ic manche d'un couteau , afin de dé- couvrir l'oreillette gauche 9 que nous ne pouvions pas voir 5 pareeque le cœurétoit pofé de coté. Nous n'employâmes les corrofifs & la piquure , que deux heures après la mort de l'animal 5 & le coeur fe re- mit en mouvement. A 7 heures 41' il re- fis immobile. Exf.
xg2 IL Lettre du R. V.
Ex p. XXIL
Le même jour on ouvrit la poitrine à un autre chat , pour obferver l'irrita- bilité des autres vifeeres , & en particulier des intertins , après en avoir détaché le cœur. Jamais nous n'avions vu fi fenfi- blement le mouvement vermiculaire. Un inteftin fe gtiffoit fur l'autre ', tout d'un coup il fe retiroit , il fe remettait dans fa première fîtuation , & il fe mouvoit de nouveau en faifant mille tours. Ce fpe&a- cle dura près d'un quart d'heure, & nous le finies recommencer par le moyen des cauftiques. Nous obfervames aufîî fur le même animal l'irritabilité du ventricule , de la veilie 9 & du cœur feparé, Quoi- que ce dernier fut coupé en plufieurs pie- ces , il continua de faire fes mouvemens. Divifé en p'us petites parties encore , ces petites parties s'irritoient , lorfqu'on les piquoit avec une lancette , ou qu'on les mouilloit avec quelque cauftique. Le foie & les poumons ne furent pas irri- tables.
Effid
Urbain Tosetti. 193
Ex p. XXIII.
Nous enlevâmes le même jour tout le cerveau d'une grenouille , qui fouf- frit de grandes convulfîons. On la jetta à terre , & elle reprit peu à peu fes for- ces, de façon , qu'elle fit plufieurs efforts pour marcher. Une heure & demie après elle donnoit encore des fignes de vie , en levant la tête , & en ouvrant & fermant la bouche.
Ex p. XXIV.
Voici les phénomènes merveilleux, que nous vimes un autre jour dans une gre- nouille. Nous lui coupâmes la tète à 2 heures & 15' > & elle refta d'abord fans mouvement ; mais elle reprit peu à peu fes forces. A 3 heures 16' on l'irrita légèrement, & elle fit un faut. A 4 heu- res 12' on la toucha encore , & elle fau- ta plus fort. A 5 heures & 20' on la pi- qua , & elle fauta deux fois , enfuite elle fit quatre fauts d'elle même , en re- venant à l'endroit , d'où elle étoit partie. A 5 heures 45 ' on l'irrita, & elle fauta encore. A 7 heures 34/ elle fit de même. Tom. II. I A 8
194 n. Lettre bu R. P. A 8 heures 16' de même- A 9 heures de même. A 13 heures 30' de même, lrii- tee à 11 heures 35' elle fit deux fauts. A 5 heures on la trouva dans un endroit différent de celui , où on Pavoit laiflee. L'on piqua la jambe , & elle fe retira un peu , ce qui marquoit , qu'il n'y avoit que peu de tems , qu'elle avoit perdu fes forces. Depuis 3 heures jufqu'à 11. 35' elle fe tint conftamment fur fes jam- bes , le corps éloigné de terre , comme font ces animaux , quand ils fe portent bien. La poitrine & l'abdomen hauflbient & baiffoient avec la même force & la mê- me régularité , que quand ils font en fan- té. Toutes les 8 ou 10 minutes elle fe foutenoit fur les jambes de derrière , & elle faifoit tourner en rond le refte du corps.
Ex p. XXV.
f Août.
ftous coupâmes la tête à un petit coq ,' & nous le mimes à terre. L'animai fe porta enfuite contre le mur avec fes ailes déployées , contre lequel il alla fe heur- ter , & fe tournant tout d'un coup il fit
7 ou
Urbain Tosetti.^ r${
7 ou 8 pas en arrière. Alors il s'élança encore plufîeurs fois en l'air 5 puis il fe heurta de nouveau contre la muraille, dans un endroit aflez éloigné du pre- mier. Il fe retourna de la même maniè- re , & voulut marcher ; mais il eut à pei- ne fait deux ou trois pas , qu'il tomba fans faire d'autre mouvement , fi ce n'eft quelques palpitations. Nous Pouvrimes , & nous obfervames encore le mouvement du cœur , qui dura pendant quelques mi- nutes, & qui recommença, lorfquenous l'irritâmes avec un couteau. Nous vîmes de même le mouvement periftaltique , qui continua fort long tems de lui même , & que nous fîmes recommencer en l'irritant. Le ventricule inférieur avoit une irri- tabilité particulière , il fe retiroit avec u- ne force extraordinaire , toutes les fois qu'on le piquoit. Nous y fimes des inci- fions en plufîeurs endroits , qui s'ou- vrirent confiderablement * & qui fe refer- mèrent d'elles mêmes avec beaucoup de fqïce.
Voilà la fuite des expériences que
nous avons faites > je viens maintenant
nux obfervations , auxquelles elles ont
donne lieu. Je commencerai par celle ,
I 2 que
19^ IL Lettre du R. P.
que nous finies fur le chien , auquel nous coupâmes transverfalement tout le tendon d'Achille le 29 Mai. Je me re- fervai alors de vous en parler ici.
Observation I.
( Exp. IL )
Pendant l'efpace de 3© jours cet ani- mal tint la jambe bleffée fufpendue , & il ne marcha , que fur trois jambes* Au 30me. jour, il commença à s'appuyer lé- gèrement fur la quatrième , & au 34 ou 3f il marchoit librement. Dans la fuite cette jambe fe fortifia au point 5 qu'il pou- voit courir & fauter fur les chaifes , fans en être incommodé. Il faifoit même des fauts fort hardis , pour attraper , ce qu'on lui tendoit d'un peu haut. Le voyant fi parfaitement rétabli , nous pri- mes enfin la refolution de voir , comment le tendon s'étoit rejoint. Le défir de nous inftruire prévalut fur la répugnance , que nous avions de tourmenter de nouveau un animal, qui étoit de la maifon. Le 50 jour après Pincifion du tendon , nous levâmes les tégumens , en préfen- ce de plufieurs Médecins & Chirurgiens
&
Urbain Tosettî. 197
& d'autres perfonnes entendues , & nous vimes le tendon parfaitement rejoint dans les endroits , où Ton avoic fait des inci- fions , & où on avoit appliqué des caufti- ques. Le tendon confervoit la même grofleur dans l'endroit où il va aboutir à l'os , il avoit la couleur & la dureté ordi- naire. Tout ceîa étoit changé dans l'en- droit , ou il s'étoit réuni. Là il étoit le triple plus gros , & il s'y étoit forme une dureté. Le tendon étoit auffi beau- coup moins blanc , & l'ayant ouvert en longueur , nous vimes , que les tendons, qui forment la grande corde , n'étoient pas immédiatement unis entr'eux ; niais qu'ils étoientliés par le moyen d'une fub- ftance moins blanche , que je nommerai gommeufe. Non feulement elle fervoit de lien commun à tous les petits tendons ; mais elle s'étendoit à l'entour de chacun d'eux, & elle lesenv'ronnoit touscnfem- ble en dehors. Cette fubftance étoit plus dure & plus tenace, que le tendon. Le tout étoit couvert d'un tégument com- mun , qui étoit plus gros dans l'endroit, ou la réunion avoit eu lieu. La diitan- ce , qu'il y avoit entre les tendons , étoit d'environ trois lignes de Paris , quoi- qu'après la coupure elles fe fuflent écar- I 3 tccs
198 IL Lettre du R. f.
tées d'environ fîx lignes. Ainfi pour fe réunir il avoit fallu , qu'elles fe ralon- geaflent. La différence qu'il y a entre la fubftance du tendon , & cette fubft an- ce gommeufe , fe voit bien manifeftement par la différente couleur * que Tune & l'autre a prife dans l'efprit de vin , où nous confervons encore ce tendon. La matière gommeufe devient plus blanche , & le tendon eft plus obfcur. L'on peut conclure de là , que les tendons fe réunit fent d'eux mêmes , fans qu'il foit befoin de les coudre , & que cette union fe fait par le moyen d'une fubftance particulier re , qui fe place entr'eux.
E x p. XXVII.
Obf. IL
Dans les cinq chiens ; que nous fîmes trépaner 5 nous remarquâmes conftam- ment , que le mouvement de la dure mère & du cerveau étoit analogue avec celui de la relpiration. L'un & l'autre s'élevoient lors de l'exfpiration 9 & ils s'abaiffôient lors de l'infpiration. Cette obfervation confirme celle* que M. Hal- le r fait dans fa fa vante difleitation fur
les
Urbain Tosetti. 199
lis parties irritables & fenfibles des ani- maux. Elle a été vérifiée par M. Lamure , à qui l'auteur Favoit communiquée , par le canal de M. de Sauvages , comme on le peut voir dans le fupplement de M. de Haller à cette diflertation. (a)
Ex?. XXVIII.
Obf III.
En examinant avec attention la dure mère , des qu'on a enlevé la partie du crâne 9 que Ton a feparée avec le tré- pan , on apperçoit à peine un petit mou- vement. Il augmente fenfiblement , jufqu'à ce qu'au bout d'un certain tems , il devient uniforme , & il fuit exactement celui de la refpiration.
E x p. XXK.
Obf. IV.
Je ne dois pas omettre un phénome**
ne iingulier , que nous vimes dans le
chien , dont j'ai parlé dans la fixiemc
I 4 expéri-
(a) Voyés là deffus la réponie à M. La- ifcv*s 3 qui fe trouve à la fia de ce recueil.
200 IL Lettre du R. P.
expérience. Pendant une heure au moins, que la dure mère fut découverte 3 nous ne pûmes pas appercevoir le moindre mouvement ni dans cette partie , ni dans le cerveau. D'ailleurs nous remar- quâmes , que l'animal refpiroit avec beau- coup de difficulté. Cette obfervation & celle que j'ai rapporté plus haut , font entièrement oppofées au fentiment de M. M. Baglivi & Pacchioni , qui ont attribué à la dure mère un mouve- ment propre ; de même qu'à celui de M. Schlichting qui l'a accordé au cerveau. Au contraire elle confirme celui de M. Haller , qui nie que le cerveau ou la dure mère aient un moavement fem- blable , lorfqae ces parties font dans Pétat naturel. La difficulté & la viteffe extraordinaire de la refpiration , peuvent fervir d'explication au phénomène, que nous venons de rapporter , pourvu qu'on raifonne fuivant le fentiment de M» Haller.
Exp.
Urbain Tosetti. 201
E x t. XXX,
Obf. V.
Dans la 8me- expérience , que nous fimes le 22 Juin, lorfque nous enlevâ- mes la dure mère 5 nous remarquâmes * que le beure d'antimoine avoit pénétré jufques à la pie mère , & qu'elle Pavoit brûlée. Comme l'animal ne s'agita point pendant l'opération , chacun voit que la pie mère eft auflî infenfible , quoique nous n'aions fait aucune expérience là- deiîus. On comprend d'ailleurs 5 que les cauftiques peuvent quelquefois percer les membranes , & pénétrer jufques dans le cerveau. Le fentiment , que l'animal fe- roit paroitre alors , pourroit tromper url obfervateur peu exad. Ce cas , que M. Halleh regarde comme impoffible dans les reponfes aux objedions de M. ]e Cat, fe trouve cependant poflîble , & les rai- fons j que cet auteur célèbre avance , en prennent une nouvelle force.
I f Ex F.
2iz IL Lettre du R. P.
Ex p. XXXI.
Obf. VL
Nous avons remarqué dans la 8 ex- périence , que l'animal fouffroit beau- coup , lorfqu'on piquoit le cerveau avec une lancette. Il arrivoit la même cho- fe 3 lorfque Ton preflbit un peu fort la du- re mère. M. Haller a obfervé la mê- me chofe.
Ex p. XXXII.
Obf VIL
Dans la difle&ion , que nous avons laite plufieurs fois , du tendon d'Achille d'un chien , nous avons fait quelques ©bfervations , que je ne dois pas omet- tre 5 parcequ'elles peuvent répandre beau- coup de jour fur la matière , dont il s'a- git. Ce tendon n'eft pas