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MONOGRAPHIE
DE
L'ILE D'ANTICOSTI
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MONOGRAPHIE
I DE
L'ILE D'ANTICOSTI
(GOLFE SAINT-LAURENT)
PAR
JOSEPH SCHMITT
DOCTEUR ES SCIENCES ET EN MÉDECINE
PARIS
LIBRAIRIE SCIENTIFIQUE A. HERMANN
Libraire de S. M. le roi de Suède et de Norwège
SCIENCES EXACTES ET NATURELLES
6 ET 12, RUE DE LA SOHBONNE, 6 ET 12
190^
4 ••'' 'l ^ tl
MONSIEUR HENRI MENIER
COMMANDEUR DE l'oRDRE DE LA LÉGION d'hONNEUR PROPRIÉTAIRE DE l'iLE d'aNTICOSTI
Je dédie respectueusement cet ouvrage.
I
ERRATA
Page 3, note 2, ligne 2, au lieu de Fricacex, lire Ericacex.
Page 9, ligne 31, au lieu de figure 2, lire figure 3.
Page 10, ligne 15, au lieu de figure 2, lire figure 3.
Page 32, figure 10, au lieu de défrichement du lac, lire défrichement
AU L.\G.
Page 39, ligne 17, au lieu de Ces isothermes, lire Les isothermes. Page 64, ligne 13, au lieu de figure 21, lire figure 22. Page 64, gravure, au lieu de Fig. 12, lire Fig. 22; Page 72, 2^ gravure, supprimer falaise haute. Page 74, gravure, au lieu de Fig. 17, lire Fig. 27. Page 79, ligne b, au lieu de figure 29, lire figure 30. Page 81, ligne 29, au lieu de figure 29, lire figure 30. Page 82, gravure, au lieu de Fig. 18, lire Fig. 28. Page 82, ligne 29, au lieu de figure 29, lire figure 30. Page 98, ligne 16, au lieu de fig. 36, lire fig. 37. Page 245, ligne 3, supprimer le (?). Page 291, ligne 30, au lieu de Good, lire Godd. Page 293, ligne 6, au lieu de Malbac, lire Malbaie. Page 315, 2« colonne, dernière ligne, au lieu de Loup-cerisier, lire Loup-cervier.
Page 317, ligne 34, au lieu de vent au large, lire vent du large.
ABRÉVIATIONS ET SIGNES
EMPLOYES DANS CET OUVRAGE
can. fr. P. G.
+
A. C.
C. T. C, A. R.
R. T. R. n. sp.
nom donné par les Canadiens français.
— — pêcheurs du Golfe St. Laurent,
se trouve dans toute l'île ou sur toute la côte,
suivant ce dont il s'agit, signe de doute qui a trait le plus souvent à une
détermination insuffisante, assez commun, commun, très commun, assez rare, rare.
très rare. nova species.
INTRODUCTION
Le 9 avril 1896, au retour d'un voyage au Brésil et à la République Argentine, je trouvai, en arrivant en rade à Dunkerque, un télégramme de M. Daniel Robinot de la Pichar- dais, qui veut bien m'honorer de son amitié, et dans lequel il m'annonçait Tachât de l'île d'Anticosti par M. Henri Menier, le grand industriel. Il m'informait, en outre, que son frère aîné, M. Ernest Robinot de la Pichardais, ami personnel de M. Henri Menier, sachant que le nouveau propriétaire d'Anti- costi désirait installer dans son île un médecin qui fût un peu naturaliste, lui avait demandé de me confier ce poste si inté- ressant. Quelques jours après, M. Henri Menier voulait bien me nommer médecin de son immense territoire oii je viens d'entrer dans ma neuvième année de fonctions.
Vers le milieu du mois suivant, en compagnie de M. Georges Martin-Zédé et de M. Robert Eustache, le secrétaire général d'Anticosti, tous les deux amis de M. Menier, je partais du Havre avec le nouveau propriétaire de l'île, à bord de son yacht Velleda\ en route pour Anticosti, où il allait prendre possession de son incomparable domaine.
En arrivant sur les côtes de Terre-Neuve, nous avons ren-
1. Ce yacht à vapeur que, M. Henri Menier a remplacé depuis par un autre plus grand encore, la Bacchante, se trouve figuré comme modèle du genre dans l'Almanach Hachette de 1901, p&ge 401.
Il INTRODUCTION.
contré le courant froid venu du pôle et charriant d'énormes icebergs, dont j'aurai à parler dans le chapitre de la Météoro- logie. Après avoir doublé le cap Race, nous avons dû mouiller pendant vingt-quatre heures, par une brume intense, sur le banc de Saint-Pierre', pour de là gagner les îles françaises de Saint-Pierre et Miquelon, afin de prendre le syndic des pilotes du Saint-Laurent venu nous y attendre. Au départ de ces îles, la brume était toujours aussi forte et ne nous a laissés qu'à notre arrivée à l'île d'Anticosti qui, heureux présage, nous apparut à l'horizon dans un rayon de soleil.
Le 2 juin, la Yelleda jetait l'ancre à la baie Ellis, baie pro- fonde donnée en toute propriété à M. Henri Menier par le Gouvernement anglais. Alors, pendant près de trois mois, nous avons excursionné, un peu de tous côtés, en faisant une inspection minutieuse de la côte et en remontant dans le lit de plusieurs rivières, seul moyen qui nous permît, à cette époque, d'explorer quelques endroits de l'intérieur de l'île, défendue par une forêt vierge très difficilement pénétrable.
Depuis, c'est en profitant des voyages des bateaux qui font le service de l'île, des explorations^ faites avec M. Henri Menier et de nombreuses excursions sur la côte et dans l'inté- rieur, que j'ai pu rassembler les documents qui font l'objet de ce travail. Mais j'avais déjà profité de cette première vue d'en- semble pour me faire une idée générale du pays au point de vue de l'histoire naturelle et recueillir de nombreux échantil- lons que j'ai remis au Muséum à mon retour en France, en septembre de la même année. Malheureusement pour moi, je me trouvais dans la période des vacances de l'Université, et quelque temps après, je partais pour prendre définitivement mon poste à Anticosti, sans avoir pu rencontrer aucun des
1. Pour occuper nos loisirs sur le Banc, nous nous sommes livrés, par 58 mètres de profondeur, à la pêche de la morue. Outre ce poisson, nos lignes ont ramené des échantillons du fond. C'est ainsi qu'un de nx^s hameçons a accroché une ané- mone [Urticina crassicornis) qui était attachée à une ascidie {Boltenia bolteni), fixée elle-même à une pierre calcaire recouverte d'une algue (Litholliamnium glaciale). Nous retrouverons ces mêmes espèces le long des côtes d'Anticosti.
2. Je mentionnerai particulièrement le voyage de la Bacchante en 1903 et notre exploration aux sources de la rivière Jupiter.
INTRODUCTION. m
professeurs, et obtenir sur ma collection des renseignements qui m'eussent été si précieux.
Le 26 avril suivant, à la réouverture de la navigation, je reçus une lettre du Directeur du Muséum, mon illustre et vénéré maître Alphonse Milne-Edvvards, lettre datée du 6 novembre 1896, dans laquelle il voulait bien me remercier des échantillons collectionnés à l'intention de cet établisse- ment scientifique où j'ai passé de si bonnes années.
Je ma trouvais donc, à mon retour en Canada, résider dans une île, non seulement très mal connue, mais sur laquelle, à part la géologie et quelques notes de botanique, d'histoire et de géographie disséminées çà et là, on avait écrit plusieurs brochures remplies d'inexactitudes. Quelques-uns de ces écrits, auxquels je ne m'attarderai pas et qui sont cités à la fin de cet ouvrage dans la Bibliographie, étaient destinés à faire valoir l'île dans un but spéculatif et rien alors n'était trop beau. Sur la couverture de l'un d'eux*, on peut voir un homme à che- val poursuivant un élan {Alces americaiius, Jar.), l'orignal des Canadiens-Français; et comme produits de la flore cultivée, des pommes, des poires, des raisins, etc. ; or, V Alces america- nus n'existait pas sur l'île à notre arrivée, pas plus, du reste, que les arbres fruitiers.
Dans une autre brochure, il est dit : « J'ai observé les oi- seaux suivants... Un grand nombre de canards (lac Gamache, baie de la rivière à la Loutre, rivière aux Becscies), parmi les- quels le canard du Labrador [Cmnpetolœmeus Labrador lus), espèce très rare et que les naturalistes croyaient même éteinte., parce que, depuis 1878, on n'en avait plus pris, sur le conti- nent américain, un seul individu. » Or, bien que j'aie vu des milliers de canards, et qu'il m'en soit passé des centaines dans les mains, je n'ai jamais rien observé, de près ou de loin, qui ressemblât à un canard du Labrador^.
Sans insister davantage sur les autres brochures, on com- prendra mon désir de connaître mieux ce pays qui, étant don-
1. The Settler and Sportsman in Anlicosti,
2. Voir, au chapitre des Oiseauic, ce qui concerne ce palmipède.
IV INTRODUCTION.
nés sa position géographique et le passage, pendant l'été, de nombreux navires en vue de ses phares, aurait semblé, de prime abord, devoir être connu d'une façon moins imparfaite. Mais il est bon dédire que cette île n'avait pas été jusqu'alors exploitée, car elle appartenait indivise à un groupe d'héritiers sans relations entre eux et dont chacun n'avait aucun intérêt à la mettre en valeur pour le bien commun. D'autre part, les bancs de roche qui l'entourent étaient un danger pour la na- vigation et tous les navires remontant ou descendant le Saint- Laurent s'en écartaient, puisque jusqu'à ce jour elle ne donnait lieu à aucun trafic et à aucun commerce. En outre, Anticosti se trouve faire partie de cet immense Canada qui s'étend du iS*' parallèle jusqu'à l'Océan Glacial et qui, lui- même, à cause précisément de son étendue considérable, n'a pu être encore complètement exploré et étudié par la pléiade de savants canadiens et étrangers qui y ont consacré leurs efforts.
A part, en effet, les régions comprises entre le 45« et le S0« degré de longitude, où des villes importantes se trouvent échelonnées près des grands cours d'eau, et oii la culture possible a permis à la population de se fixer, tout le Nord, dans lequel se dessinent quelques traces de hardis explora- teurs, n'est qu'une forêt parsemée de lacs, de cours d'eau, de savanes, et dont les essences vont toujours en décroissant pour atteindre une limite septentrionale * oii elles n'existent plus et sont remplacées par une maigre végétation inférieure qui s'étend jusqu'aux confins de la zone polaire. C'est ainsi que cette gigantesque Péninsule du Labrador, qui se trouve au Nord d'Anticosti et n'en est séparée que par un bras de mer de 33 kilomètres, est encore pleine de secrets.
Dans le compte rendu de l'exploration de M. Low, publié dans le Rapport de la Commission géologique du Canada, on peut voir à quoi se bornent les données que l'on a de l'inté- rieur de cette péninsule, à propos d'une partie de laquelle l'auteur a bien soin d'ajouter Unexplored, région inexplorée.
1 V. fig. 45. .-
INTRODUCTION. v
Gomme j'essayerai de montrer plus loin qu'Anticosti est une île continentale, lambeau détaché de cette péninsule dont elle a fait partie à une époque géologique de son histoire, il en résulte que, d'un côté, l'étude de l'île pourra fournir des données utiles pour la connaissance de ce Labrador si ignoré ; et que, de l'autre, il sera intéressant de voir quelles modifi- cations l'état insulaire a pu apporter à la faune et à la flore du sud de la péninsule labradorienne.
Me sera-t-il permis d'ajouter que ce travail a été fait dans des conditions particulières, qui en expliqueront en partie les nombreuses imperfections. Il a été entrepris, en effet, dans une solitude intellectuelle trop rarement rompue* et dans l'éloignement d'un grand centre^ de ses musées, de ses bibliothèques, de ses laboratoires; car, bien que je doive rendre hommage à la libéralité éclairée de M. Henri Menier, qui m'a accordé sans compter les livres, les instruments, les produits et les autres moyens d'étude dont j'avais besoin, il n'en est pas moins vrai que tous ceux qui ont travaillé dans une grande ville universitaire, à Paris surtout, se rendront compte facilement de tout ce qui peut manquer pour mener à bien, dans de telles conditions, une monographie de ce genre.
Je dirai aussi que le conseil verbal, l'aide bienveillante du Maître m'a bien fait défaut, et qu'à part un rapide passage à Paris et quelques courts séjours à Québec, à Montréal, à Ottawa, mon contact scientifique s'est borné dans l'échange, à longs intervalles, de lointaines correspondances.
On verra dans le cours de cette étude que nos communi-
1. De loin en loin, trop peu souvent, tous les deux ans en moyenne, profitant de rares loisirs, M. Henri Menier est venu avec ses amis passer quelques mois de l'été sur son île. M. Georges Martin-Zédé y vient en outre, régulièrement, chaque année. Parmi les autres personnes que j'ai eu le plaisir de voir à Anti- costi, je citerai le professeur de géologie de l'Université Laval, M.«' Laflamme qui, il y a trois ans, a fait une étude géologique d'une partie de la côte; puis, M. Joseph Obalski, ingénieur de l'École des Mines de Paris, et inspecteur des mines de la province de Québec, et enfin son frère, Th. Obalski, l'écrivain distin- gué de la Nature et de la Science française, un de mes anciens camarades du Muséum.
VI INTRODUCTION.
cations, qui sont interrompues en hiver avec le Continent, sauf par voie télégraphique, ne sont pas toutefois très fré- quentes en été, et dans ces conditions, les rapports postaux avec les vieux pays, comme on dit au Canada en parlant de l'Europe, sont lents quand on habite Anticosti; aussi, pour ce motif, ai -je dû renoncer à mettre à contribution la science de mes Maîtres français pour les éclaircissements scientifiques dont j'avais tant besoin dans mon étude de l'île, et me suis-je tourné du côté de la jeune Amérique où, sur la présentation du savant professeur de géologie de l'Université Laval, M«'" J.-C.-K. Lailamme, j'ai rencontré l'aide la plus efficace et la plus désintéressée, tant au Canada qu'aux Etats-Unis. Cela ne saurait, cependant, me faire oublier qu'au Mu- séum et à la Sorbonne, j'ai reçu autrefois pendant quatre années le précieux enseignement de Maîtres éminents et dévoués, sans lequel je n'aurais pu songer à entreprendre ce travail. Pour cette raison, la plus grande et la meilleure partie Leur en revient.
MONOGRAPHIE
DE
L'ILE D'ANTICOSTI
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE PREMIER
GÉOGRAPHIE
L'île d'Anticosti, située dans la partie Nord du Nouveau- Monde, est une grande terre allongée dans le sens du flux et du reflux, en plein golfe Saint-Laurent, qu'elle sépare à sa partie occidentale en deux larges bras de mer inégaux. Celui du Nord, dans son endroit le plus étroit, entre la Pointe Nord de File et la Longue Pointe (sur la côte Nord du golfe), me- sure 33 kilomètres de largeur, et seulement 26 kilomètres entre cette même Pointe Nord et l'extrémité Sud de l'île Mingan.
L'archipel des Mingan et l'île d'Anticosti sont des terrains siluriens formés d'assises régulières dont la plus ancienne repose directement sur le substratum archéen, de la côte Nord du golfe, substratum plissé et arasé avant le dépôt de ces terrains. Pendant la période diluvienne ou mieux plu-
1
2 MONOGRAPHIE DE l/ILE D'ANÏICOSTI.
viaire* du professeur Velain, la puissante masse des eaux de cette époque s'est écoulée sur tout le « bouclier canadien » ' dont la partie orientale se trouve dans la péninsule du Labra- dor. Cette action jointe à celle du grand glacier continental a formé en bordure de ce bouclier, à la réunion des roches calcaires et dos roches primitives, endroit de moindre résis- tance, une série de lacs qui existent encore tout le long de son bord méridional et occidental. Il est donc vraisemblable qu'à cette époque un grand lac d'eau douce a existé entre le terrain qui a formé Anticosti et le bouclier canadien.
Ce lac, par la suite, sous l'influence de puissantes érosions marines, est devenu un bras de mer qui a toujours eu ten- dance à s'accroître et a constitué le Chenal du Nord, que le courant du détroit de Belle-lsle a agrandi du côté de l'Est. En même temps, ce courant creusait la côte Nord-Est de l'île et lui imprimait une courbure rentrante entre la Pointe Char- leton et le Cap Est.
Le bras de mer du Sud, au contraire, n'est que la conti- nuation régulière de la courbure du fleuve Saint-Laurent dont le lit s'est installé dans l'immense faille Ghamplain- Appalachienne.
Le courant qui suit cette courbure existe encore actuelle- ment. C'est lui qui a creusé dans la côte, entre la Point Ouest et la Pointe Sud-Ouest, une courbure concave. La largeur de ce Chenal du Sud, entre la Pointe du Sud-Ouest de l'île et la partie de la côte de la Gaspésie la plus rapprochée (English Point), la Pointe anglaise, est de 70 kilomètres.
A part la Péninsule du Labrador et la Gaspésie, les autres terres les plus voisines de l'île sont les îles de la Ma- deleine et l'île de Terre-Neuve dont le French Shore est tourné du côté d'Anticosti et n'en est distant que de 194 kilomètres.
Anticosti occupe sur la sphère terrestre l'espace compris entre le 64°02' et le 66°S2' de longitude Ouest de Paris, et le 49^04 et le 49**S3 de latitude Nord. Il en résulte que si sa lon-
1. Ch. Velain. Géologie stratigraphique ,^' éd., p. 540.
2. E. D. SuEss. La Face de la Terre, t. II, p. U.
PLATE-FORME LITTORALE DE LA BAIE S A I N TE - C L AIRE A MER BASSE (Fig. 1)
GEOGRAPHIE. 3
gitude occupe un espace d'un peu plus de près de trois degrés, sa latitude, en bordure du 50" parallèle, est entièrement com- prise dans un seul degré et se trouve précisément la même que celle du Nord de la France. Il pourra donc être intéres- sant de comparer les productions naturelles des deux pays et d'étudier la cause de leurs ressemblances communes comme de leurs dissemblances profondes sous une même latitude.
L'île d'Anticosti est remarquable par la régularité de sa forme qui affecte l'allure générale du poisson dans son aspect fusiforme le plus habituel. Elle ressemble au profil d'un de ces animaux qui, couché sur le côté gauche, aurait la tête à la Pointe de l'Est et la région caudale à la Pointe Ouest. Le dos représenterait alors la côte Nord-Est de l'île, habituelle- ment appelé Côté Nord', et la région ventrale, la côte Sud- Ouest, habituellement nommée Côté Sud.
Orientation. — L'orientation d'Anticosti suivant son grand axe longitudinal, allant de la Pointe Ouest à la Pointe aux Bruyères^, est Nord 64" 0. à Sud 64" Est, méridien de Paris. Suivant son grand axe transversal, allant de la Pointe Char- leton à la Pointe du Petit Lac Salé, elle est Nord 22° E. à Sud 22" 0. Le premier de ces axes a 226 kilomètres de longueur, le second 56 kilomètres.
L'uniformité de sa composition géologique et la faible inclinaison des lits au Sud plus ou moins Ouest font que, malgré l'action de l'Océan sur son contour, l'île n'en a pas moins été très peu découpée sur ses bords. L'allure générale du rivage est, du côté Nord, une série de falaises^ souvent taillées à pic, et dont quelques-unes vont jusqu'à 100 mètres
!. Pour les insulaires, la côte Nord est la côte méridionale de la Péninsule du Labrador entre les Sept-lles et Blanc-Sablon, qui, par le fait, se trouve être la côte Nord du golfe Saint-Laurent. Quant à la Péninsule de la Gaspésie, ils la dé- signent par le terme général du « Sud ». C'est ainsi qu'ils diront qu'avant de venir à Andicosti, ils habitaient soit à la « côte Nord », soit au « Sud ».
2. Il n'y a pas une seule bruyère à cette pointe, mais seulement des plantes de la même famille, les Ericaceae.
3. Les pécheurs de l'île ne se servent pas du mot falaise, et pour eux, toute falaise est un cap, ce dont il faut tenir compte dans la nomenclature des noms géographiques.
4 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTI.
de hauteur. Plusieurs d'entre elles forment des caps qui limi- tent des anses très ouvertes et toutefois suffisamment pro- fondes pour permettre le mouillage d'un navire. Le côté Sud, au contraire, ne nous présente le plus souvent qu'un rivage bas, dont les couches peu inclinées se prolongent sous les eaux du golfe. Il résulte de cette disposition que, malgré la faiblesse des marées*, l'espace découvert entre les deux laisses de mer est parfois considérable et que la plate-forme littorale, constituée par l'action des flots et des glaces, s'étend parfois jusqu'à un ou deux kilomètres. Dans le langage des provinces maritimes, on nomme reef^ cetespace qui découvre à mer basse et battures en d'autres parties du Canada. Cette plate-forme littorale, qui se montre en quelques points du côté Nord, s'étend à presque tout l'ensemble du côté Sud et lui imprime un cachet spécial.
Cette plate-forme épouse naturellement les contours de la eôte et s'interrompt partout où le rivage présente une baie. A une distance du fond de chaque baie, suivant une ligne qui passerait par son centre et le plus souvent perpendiculaire à la côte, distance variable de quelques centaines de mètres à un kilomètre, on trouve alors une eau suffisamment profonde pour que, non seulement les embarcations de pêche, mais même les bâtiments d'un assez fort tonnage, comme le Savoy '^,\dL Canadienne'*, lo, Lord Aberdeen^ , puissent y mouiller, comme cela leur est arrivé si souvent.
Ce ne sont, il est vrai, que des rades foraines, ouvertes à certains vents, mais qui rendent néanmoins les plus grands services au navigateur qui possède bien sa côte anticostiennne ; et comme ces refuges sont nombreux, un bâtiment peut tou-
1. 1 m. 80 à 2 mètres en moyenne.
2. Beef, mot anglais signifiant récif.
3. Savoy, vapeur de 400 tonneaux, appartenant à M. Henri Menier et faisant le service do l'île.
i. La Canadienne, vapeur du Gouvernement canadien, chargé du service des pêcheries et de la surveillance, dans le golfe Saint-Laurent, de la contrebande des alcools.
5. Lord Aberdeen, vapeur du Gouvernement canadien, chargé d'assurer le service des phares.
GÉOGRAPHIE. 5
jours en trouver un dont l'orientation soit telle qu'elle lui donne un bon abri momentané. Il en est de même des baies et anses du côté Nord au point de vue d'un refuge.
Ports. — En dehors de ces havres temporaires, il y a deux véritables ports, la baie EUis et la baie du Renard, dans lesquels un navire est à l'abri par tous les vents. C'est pour cette raison que la baie EUis, qui est la plus rapprochée de Québec et de Gaspé, a été aménagée par M. Henri Menier/ de façon que les bâtiments y trouvent un refuge pourvu de tout le nécessaire, et qu'il y a fait installer une jetée de plus d'un kilomètre de longueur. C'est le futur cœur de l'Ile.
Étendue. — L'ensemble des côtes offre un développement de 320 kilomètres environ et la superficie approximative du territoire est de 10 000 kilomètres carrés ou 1 000000 d'hec- tares; Anticosti est par conséquent plus étendue que l'île de Corse et qu'aucun département français. Il résulte de son étendue et de son état d'île qu'elle est figurée sur les plus petites mappemondes et sur les cartes de dimensions les plus réduites \
Quand on vient de Québec en faisant route sur l'île, il semble, en arrivant en vue de la Pointe Ouest, qu'on la voit, pour ainsi dire, par sa tranche et l'on en a à peu près l'im- pression que je reproduis dans le croquis ci-joint que j'ai esquissé d'après nature, à bord du Savoy, à 10 milles au large. Avec cet aspect, étant donné que le géologue trouve le long de la côte les couches de l'île sensiblement parallèles, on est tout disposé à en conclure que cette apparence de la côte se répète dans l'intérieur; que les plus hautes élévations sont du côté Nord; que la ligne de faîte est au plus à 12 kilo^ mètres de ce rivage, et que, de là, le versant Sud s'abaisse en pente douce jusqu'au littoral oii, avant de s'enfoncer sous l'eau, il présente quelques collines et une succession de pla- teaux peu élevés. C'était, du moins, ce qu'avaient écrit les
... 5 1. Éléments de Gèoijraphie de Lemonnier, Schrader et Dubois, page |8, Iç Globe terrestre . (Pôle, Nord), globe de 39 millimètres de diamètre. Hachette, Paris, 1891. '
6 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTI.
différents auteurs. Mais, déjà, les excursions que j'avais faites dès 1896, à plusieurs lieues dans l'intérieur en remontant le lit des rivières, ne m'avaient pas du tout laissé cette impres- sion, pas plus, d'ailleurs, que les traversées de l'île du Nord au Sud que j'ai mainte fois réalisées dans la région occi- dentale.
D'un autre côté, mais malheureusement en plein hiver, de sorte qu'il n'a pu fournir presque aucun renseignement sur l'histoire naturelle, un Canadien-Français, M. Saint-Gyr, arpenteur du gouvernement, a, en février 1888, traversé l'ile dans sa plus grande largeur, entre la Pointe du Sud-Ouest et la rivière à la Patate. M. Saint-Cyr est le premier explorateur qui ait fait la traversée de l'île en nous laissant un document écrit. Je lis dans le cours de son rapport : « On croyait jusqu'à présent que la partie intérieure de l'île d'Anticosti était cou- verte de marais et de lacs, ou plus basse que la plus haute colline sur le bord de la mer, mais mon expérience me fait croire le contraire. La partie centrale de l'île où nous avons traversé est très montagneuse et certainement plus au-dessus du niveau de la mer que l'est le cap Observation et plusieurs caps remarquables de la côte. »
Depuis, une mission envoyée par M. Henri Menier a fait la traversée de l'île, en mars 1901, entre la rivière Vauréal et la rivière Chicotte, et les résultats de cette mission confir- ment ce que M. Saint-Cyr avait dit. Pendant cette dernière traversée, les altitudes ont été relevées au moyen d'un baro- mètre réglé au départ sur le baromètre enregistreur de la baie Sainte-Glaire, et vérifié de nouveau à l'arrivée. Les documents recueillis en cours de route m'ont permis de tracer cette coupe, d'après laquelle on peut voir que, dans cette partie de l'île, au moins, la ligne de partage des eaux n'est pas tout près du côté Nord, comme l'ont indiqué tous ceux qui ont traité de la géographie d'Anticosti, en ayant le plus souvent examiné l'île seulement de loin avec les jumelles de l'officier de quart.
Ces observations et celles que j'ai pu faire, d'autre part,
GEOGRAPHIE. 7
me confirment dans l'opinion que la ligne de partage des eaux court parallèlement à ce côté dans le premier tiers Ouest du territoire seulement, ce qui concorde avec le débit plus impor- tant des rivières du côté Sud dans cette étendue. A la haii- tovr des falaises Ouest, le second tiers de cette ligne s'incline vers le Sud-Est, traversant l'île en diagonale pour arriver aux sources de la rivière Ghicotte. Aussitôt nous voyons alors apparaître sur le côté Nord la première rivière un peu impor- tante, la rivière Macdonald. Sur ce même côté, et en gagnant la Pointe Est, nous trouverons trois autres rivières d'un aussi fort débit : la rivière Vauréal qui présente une chute remar- quable, la rivière aux Saumons et la rivière de la Baie du Renard. Sur le côté Sud, au contraire, nous n'avons plus à la hauteur du second tiers de la ligne de faite qu'une rivière importante, la plus considérable de l'île, il est vrai, la rivière Jupiter. On voit dans son parcours, qu'après avoir pris nais- sance en arrière du Lac Salé et après avoir coulé au Nord- Ouest, elle s'infléchit à l'Ouest et fait un retour vers le côté Sud où elle débouche dans un large estuaire encombré de cailloux roulés et bordé de chaque côté de deux majestueuses falaises taillées verticalement sur la mer, le cap Ottawa qui se termine sur la rive gauche et le cap Jupiter sur la rive droite.
Cette rivière, pas plus que les autres, du reste, n'est navi- gable; car, bien que la profondeur de l'eau y soit suffisante en maints endroits, il s'y trouve de place en place de nom- breux gués formés par les apports du printemps et oii seules peuvent passer en été de petites embarcations à fond plat.
De la rivière Ghicotte, la ligne de partage des eaux par- court son dernier tiers en se rapprochant du côté Sud, qu'elle suit d'une façon sensiblement parallèle, pour se terminer à la Pointe aux Bruyères, en laissant au Nord les larges bassins des rivières Vauréal, aux Saumons et de la baie du Renard.
Cours d'eau. — Le nombre des cours d'eau est considé- rable sur l'île. On compte une cinquantaine de rivières et une
'8 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTL
grande quantité de ruisseaux et de sources, sans parler de^ suintements en nappe qui se produisent en maints endroits de la côle. Celle dernière façon d'égouttement arrive au jour, tantôt sur les rives basses en bordure de la mer et y entretient l'humidité excessive de terrains remplis de plantes de marécages; tantôt, au contraire, se produisant dans le haut d'un falaise, tombe, en été, sous forme de pluie abon- dante sur le rivage et se congèle en hiver en stalactites et stalagmites qui finissent par se fusionner pour constituer d'immenses colonnes de glace d'un effet saisissant.
Ces colonnes laissent entre elles et la falaise un espace libre qui ressemble à l'intérieur d'un temple gothique, La musique des vents du large y résonne, et, même en plein jour, il n'y pénètre seulement qu'une lumière tendre, qui s'est tamisée dans ces énormes piliers transparents oii se jouent les rayons obliques du pâle soleil d'hiver.
Les rivières ont deux allures bien différentes, suivant le volume d'eau qu'elles charrient à la fonte des neiges. Nous pouvons prendre pour exemple de la première allure la rivière Macdonald dont le volume d'eau est suffisant au prin- temps pour renverser les obstacles. Nous voyons alors que cette rivière suit les assises parallèles des couches siluriennes qu'elle a corrodées de place en place pour gagner la mer. Ses rives nous présentent souvent des escarpements plus ou moins taillés à pic*.
Les petites rivières, au contraire, dont le volume d'eau est trop faible pour traverser les obstacles et se creuser un chenal dans les bancs de gravier quaternaire ou dans le rocher, serpentent beaucoup plus, comme la rivière du lac à la Marne ou celle de la Pointe à la Batterie.
A la fonte des neiges, les premières sont très facilement
1. Beaucoup de rivières importantes se comportent de la même façon. Leurs eaux, chargées de l'acide carbonique des racines et dont le volume est considé- rablement augmenté à la fonte des neiges, attaquent les lits de pierre qu'elles _ creusent de plus en plus et contre les angles desquels viennent buter les blocs de glace à la débâcle du printemps, blocs dont on trouve les marques sur les arbres des rives, à 4 et 5 mètres au-dessus du niveau des eaux pendant l'été.
ESTUAIRE DE LA RIVIÈRE A LA LOUTRE (Fig. 9)
GÉOGRAPHIE. 9
flottables, et les secondes beaucoup moins, à cause de leurs nombreux méandres. Plusieurs d'entre elles présentent des chutes dont la plus belle est celle de Vauréal, d'une hauteur de 70 mètres d'un seul jet.
Bon nombre de cours d'eau d'Anlicosti ont des estuaires dus à la formation de cordons littoraux composés en grande partie de cailloux roulés. Ils débouchent alors à la mer en bec de sifflet, comme la rivière Jupiter, la rivière de la Loutre, la rivière aux Saumons, en présentant souvent à leur embou- chure des barres produites par le mauvais temps. Quand il s'agit d'un simple ruisseau dont la masse d'eau n'est pas suffi- sante pour rompre le cordon littoral (ruisseau Malouin, ruis- seau de l'Anse aux Fraises), l'eau filtre au travers, en formant toutefois un petit lac en arrière de cette barrière, qui n'est souvent rompue qu'une fois par an, à la fonte des neiges, pour être bien vite rebouchée à la première tempête. Ce lac (on pourrait dire cet étang ' et mieux cette lagune), dans lequel sont rejetés, de l'eau salée, des algues et des animaux marins dans les hautes marées accompagnées d'un coup de vent du large, se trouve provisoirement salé; mais sa salure diminue bien vite pour disparaître complètement au bout d'un certain temps. Aussi, bien que l'on donne le nom de lacs salés à diff'é- rents lacs en bordure de l'île, aucun d'eux n'est constamment salé. Dans certains même, qui communiquent librement avec le Golfe, l'eau est salée à mer haute et redevient douce à mer basse.
Collines. — Malgré le parallélisme remarquable des couches siluriennes d'Anticosti, l'île ne présente pas à l'inté- rieur des saillies en concordance avec la courbure des côtes, comme cela a été écrit et comme semblerait le faire croire l'as- pect représenté par la figure 3, dont on poursuivait, par la pen- sée, les reliefs dans l'île. 11 ne faut pas perdre de vue, en effet, qu'Anticosti a été longtemps submergé et que sa surface a, été modifiée par les courants. Ne semble-t-il pas que la ligne
I. Le mot étang comme le mot mare sont inconnus dans la région du golte Saint-Laurent, où le plus petit amas d'eau enclavé dans les terres est appelé lac.
10 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTI.
de faîte, dans son second tiers, entre les bassins de la rivière Jupiter et de la rivière Vauréal, soit due à la rencontre du courant du fleuve et du courant du détroit de Belle-Isle, à cette époque de submersion marine? M. Saint-Gyr nous dit dans son rapport qu'il a trouvé sur les hauteurs, précisément à l'endroit oii je fais passer cette ligne, un sol pauvre et en partie com- posé de gravier. En remontant aux sources de la rivière Jupiter, j'ai également retrouvé ce sol caillouteux* avec peu ou pas de terre et par conséquent une maigre végétation.
Outre l'action des courants marins, est survenue plus tard celle du grand glacier continental dont il sera parlé plus loin. Celui-ci a pu raboter bien des saillies, combler bien des iné- galités ou en développer d'autres, si bien que l'intérieur de l'île peut se trouver fort différent de l'aspect présenté par la côte dans la figure 3, attendu que cette côte est d'émersion beaucoup plus récente et qu'à l'époque des phénomènes men- tionnés plus haut, elle était encore un peu protégée sous les eaux du golfe, malgré leur peu de profondeur. Ces considéra- tions pourront ^expliquer l'aspect si différent des figures 3 et 4.
Il me semble difficile de parler, comme certains auteurs, de la chaîne de montagnes d'Anticosti, alors que les plus hauts plateaux cités par eux ne dépassent pas 150^ et 175 mètres \
Pourtant à cette époque, M. Saint-Gyr avait déjà fait la traversée de l'île de la pointe du Sud-Ouest à la rivière à la Patate et en avait publié les résultats dans un rapport adressé au Gouvernement canadien.
Depuis, l'ile a été mieux explorée, les rivières ont été remontées jusqu'à leur source, une reconnaissance du milieu de l'île (ligne de partage du centre) a été entreprise de la
1. Il est juste d'ajouter qu'au somoiet des collines qui bordent la rivière, et dont plusieurs s'élèvent de 40 à 60 mètres au-dessus de son lit, les cailloux sont anguleux et que l'effet de la gelée suffit à expliquer leur production. Les cailloux arrondis ne se trouvent guère qu'en certains endroits des rives, où ils ne se montrent pas habituellement à plus d'une dizaine de mètres de hauteur.
2. Despêcher, Notice sur l'ile d'Anticosti.
3. Combes, Exploration de l'île d'Anticosti.
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GEOGRAPHIE. H
baie de Sainte-Glaire jusque dans le voisinage de la rivière au Fusil; et des traversées de l'île dans le sens de sa largeur ont été faites du côté Nord au côté Sud; du Grand-Mac-Car- thy à la baie Ellis; de l'embouchure de la rivière Vauréal à l'estuaire de la rivière Chicotte ; de la baie du Renard à la pointe du Sud; et, bien qu'il reste encore beaucoup à voir, on peut avancer comme très probable qu'il n'y a pas de sommets dépassant sensiblement celui de 3o0 mètres (fig. 4) dont la pente du côté Sud est extrêmement rapide.
L'île d'Anticosti est presque complètement couverte d'une forêt très dense, de sous-bois excessivement vigoureux et de très belle venue.
Autour de l'île, cependant, on trouve des parties exposées aux vents qui, soufflant avec une grande violence, ont tour- menté cette végétation sur une largeur plus ou moins grande, mais qui n'excède pas quelques centaines de mètres. Les per- sonnes qui n'ont jamais dépassé cette zone, le plus souvent des navigateurs, en parlant de cet aspect côtier de la forêt, ont fait naître une légende ridicule qui a circulé à l'envi et d'après laquelle les arbres sont tellement bas et serrés qu'on chemine, non pas à travers, mais sur la forêt. Cette soi-disant forêt sur laquelle on marche — c'est plutôt elle qui a marché puisque cette histoire a fait le tour du monde dans les livres de géographique — se trouve en quelques endroits de la côte, comme à la Pointe-Ouest', par exemple. Là, la végétation se présente, en eff'et, sous l'aspect d'un tapis serré de plantes basses [Arctostaphylos Uva Ursi, Yaccinium Vitis-Idœa, Yac- ciniiun pennsylvanicum, Ribes oxyacanthoïdes , Empetrum nigriim, etc.), formé en outre de tous petits sapins et d'épicéas tourmentés, entremêlés d'ifs rampants {Taxus bacchatà) et de nombreux genévriers nains (Juniperiis nana) qui étendent toujours, là comme ailleurs, leurs rameaux allongés sur le sol.
Mais avançons de quelques pas dans l'intérieur. Nous
\. Mgr Laflamme, dans la Vérité de Québec du 12 octobre 1901, a très bien montré l'absurdité de cette légende.
ii MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTI.
trouvons des sapins, des épicéas et des bouleaux tordus par les vents d'automne et écrasés pendant l'hiver par des bancs de neige de plusieurs mètres de hauteur, bancs formés par le poudrin qui arrive du large. Ce poids énorme imprime aux arbres, à la fonte des neiges surtout, d'étranges déformations, qu'ils conservent. Les bouleaux à l'écorce lisse prennent alors l'aspect du serpent de Laocoon, et les conifères pré- sentent des allures trapues et massives. Dans ce mélange d'arbres déformés, les branches mortes sont nombreuses; et dans ces conditions, je ne vois pas la possibilité, même pour un acrobate de profession, de tenter la plus petite excursion sur les arbres.
Poursuivons notre marche en nous éloignant de la côte d'une vingtaine de mètres seulement, et nous voyons aussitôt les arbres se redresser. Leur tête, il est vrai, semble encore fuir vers l'intérieur, mais le même phénomène a lieu dans tous les pays du monde oii les arbres sont exposés aux vents du large.
Avançons toujours. La vraie forêt nous apparaît alors, et dans les endroits où la terre ainsi que l'égouttement du sol sont suffisants, les arbres se trouvent être d'une grosseur et d'une qualité qui a permis d'exploiter de beaux bois pour les scieries.
Lacs et Savanes. — La forêt couvre environ les trois quarts de l'île. L'autre quart est occupé par les savanes et les lacs. Quelques-uns de ces derniers, comme le lac Plantain, ont une superficie assez étendue'. On verra, du reste, dans la région de la Pointe Ouest, qui est la mieux connue, tous ceux dont le relevé exact a été fait. J'ajouterai que dans la même région il y en a beaucoup d'autres de plus petites dimensions qui n'ont pas été relevés. On pourra également constater que la ligne de partage du centre, qui avait été entreprise en hiver dans un but d'exploration, a rencontré plusieurs lacs, et qu'on en a relevé quelques-uns dans le tracé des traversées - de
1. Superficie du lac Plantain, 223 hectares; longueur, 3 klm. 140; largeur, i kilomètre. ...
GÉOGRAPHIE. 13
l'île, tracé qui en eût rencontré bien davantage si, pour la commodité de la marche, on n'avait suivi de préférence le lit des rivières.
Quant aux savanes, elles semblent aussi nombreuses que les lacs, et l'étendue de certaines d'entre elles égale et même dépasse celle des plus grands de ces derniers. Sur une petite colline à l'Est de la baie Sainte-Glaire *, on avait élevé une iour de bois de 20 mètres de haut dans un but d'observation, d'oii le nom d'Observatoire donné par confusion à cette tour; d'où montagne de l'Observatoire, chemin de l'Observatoire. Cette tour, dans la charpente de laquelle apparaissait à l'hori- zon le soleil levant, a été, vers la fin de l'hiver 1900, renver- sée pendant la nuit par une tempête du Nord-Ouest. Le len- demain matin, dès que nous nous en sommes aperçus, nous nous y sommes rendus plusieurs en raquettes, et nous avons pu constater qu'elle était tombée du côté de l'Est, cou- pée au ras de la tête des arbres, dès que la forêt ne l'avait plus protégée.
Du haut de cette tour^, la vue s'étendait sur une longueur de terre d'une vingtaine de kilomètres environ. Les lacs et les savanes accessibles à l'œil nous ont semblé alors être bien dans la proportion indiquée plus haut.
En regardant dans la direction de la côte Nord du golfe, nous pouvions distinguer très bien avec une jumelle le phare des Perroquets et les maisons de Mingan. Rien n'eût été plus facile que de correspondre avec leurs habitants au moyen d'un télégraphe à signaux.
Mais, sans nous élever aussi haut, même du bord de la mer, nous voyons très souvent de la baie Sainte-Glaire une grande étendue de cette côte Nord, qui ferme notre horizon de ce côté, et où les seules saillies importantes pour le regard sont les montagnes de la rivière Saint-Jean. Par des temps clairs, nous voyons également du côté du Sud-Ouest, mais
1. A 2 klm. 700 delà baie Sainte-Claire.
2. 90 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer. La colline a 70 mètres de haut.
14 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'AXTICOSTI.
bien moins distinctement à cause de la distance, la côte de la Gaspésie. Cette vue du continent diminue la sensation de l'isolement insulaire.
Pour les habitants de cette région du Saint-Laurent, toute plaine dépourvue d'arbres est une savane. Peut-être y aurait-il lieu de distinguer la savane proprement dite, dont la forma- tion est due à une trop grande humidité du sous-sol et dans laquelle néanmoins poussent des graminées de bonne qualité dont se nourrissent et s'engraissent très bien les bestiaux, et la tourbière qui est composée en majeure partie de mousses sur une épaisseur de 0'",50 à 2 mètres.
Les savanes canadiennes et les tourbières sont trop con- nues pour que je m'y étende longuement. Qu'il me suffise de dire que les tourbières d'Anfcicosti sont très importantes, principalement sur le côté Sud, où le peu d'inclinaison du terrain ainsi que les cordons littoraux en ont facilité le développement.
RIVIÈRE MACDONALD (Fig. 7) (On voit quelques pins sur les rives)
CAP A l'oUUS en hiver (Fig. 6)
NOMS GÉOGRAPHIQUES ET LEURS SYNONYMES
RELEVÉS DEPUIS LA POINTE OUEST d'aNTICOSTI JUSQU'AU MÊME POINT EN l'ASSANT PAR LE NORD*
NOMS
LES PLUS COMMUNÉMENT ADOPTÉS.
Langue franr-aise.
Pointe Ouest. Pointe à la Goélette. Ruisseau Malouin.
Baie Sainte-Claire.
Lac Isaïe.
Lac à la Marne.
Cap Sainte-Claire.
Sanatorium.
Pointe aux Groseilles.
Pointe Sèche.
Grand Ruisseau.
Petit Mac Carthy.
Grand Mac Carthy.
Baie du Mac Carthy.
Pointe Nord.
Les trois Ruisseaux.
Camp Caron.
Cap Blanc.
Baie Martin.
Cap Nord.
Anse Gagnon.
Pointe aux Kakawis.
Langue anglaise.
West Point. Wreck Point.
St-Claiie's Bay.
Mari Lake. St-Claire's Cap.
Large Brook.
Marc Carthy bay. North Point.
White Cliff. Norlh Cape,
SYNONYMES
DONT PLUSIEURS SONT TO.MBKS
en désuétude.
West End.
Ruisseau du Bonhomme Gervais.
Baie des Anglais (English Bay . Anse à la Loutre ^Otter Cove). Anse In- dienne (Indian Cove).
Lac aux Cochons.
Tète Anglaise (English Head).
Macastey Bay.
1. Etant donnée la difficulté de la lecture des cartes et des écrits publiés sur Anticosti, à cause de la différence des désignations appliquées souvent à un même endroit, j'ai cru bon de donner une liste des noms géograpliiques du tour de l'Ile et de leurs synonymes.
MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTI.
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LANGUE FRANÇAISE. |
LANGUE ANGLAISE. |
SYNONYMES. |
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Havre Sauvage. |
|||
|
Hav^re du Brick. |
|||
|
Falaise Haute. |
High Clin-. |
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|
Rivière à J'Huile. |
Oil River. |
||
|
Havre Girard. |
|||
|
Rivière Nugg. |
|||
|
Pointe du Naufrage. |
Wreck Point. Racket Cove'. |
||
|
Balise de la Dame. |
Lady Beacon. |
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|
|
Falaise Ouest. |
West Cliff. |
Cap de l'Ouest. |
|
|
Havre de l'Indien. |
Indian Cove. |
Indian Harbour Sauvage). |
(Havre |
|
Baie de l'Indienne. |
Squaw Cove, |
Squaw Harbour la Sauvagesse). |
Baie de |
|
Nid de Corbeau. |
|||
|
Rivière Mac Donald. |
Mac Donald River. |
||
|
B9,ie Mac Donald. |
Mac Donald Bay. |
^ |
|
|
Pointe Charleton. |
Charleton Point. |
||
|
Ruisseau au Capelan^. |
|||
|
Baie au Capelan. |
|||
|
Pointe à l'Épinette. |
Spruce Point. |
||
|
Rivière à la Patate. |
Potato River. |
||
|
Pointe à la Vache. |
|||
|
Rivière Observation. |
Observation River 3. |
||
|
Baie Observation. |
Observation Bay. |
Baie Cloutier. |
|
|
Cap Observation. |
Observation Clifî. |
||
|
Anse des Acadiens. |
Tap Cove. |
||
|
Rivière Vaureal*. |
• |
Rivière Mauzerol, |
Magde- |
|
roi, Mozerold, |
Morsal. |
||
|
Pointe Guy. |
Guy Point. |
||
|
Baie de l'Ours. |
Bear bay. |
1. Un nommé Hachet, de DouglastoAvn, et son fils ont fait la pêche dans cette petite baie.
2. Les barques de pêche peuvent entrer dans son estuaire à mer haute.
3. Ce nom a été aussi donné à la Rivière Jupiter.
4. Le nom primitif serait, parait-il, Morsal, nom d'un descendant de hugue- nots français d'Avignon. Arrivé à l'île à l'âge de 30 ans en 1847, Luc Morsa aurait passé 45 ans près de cette rivière. En présence de la confusion des noms, M. Henri Menier a .appelé cette rivière Vaureal, en souvenir d'une de ses pro- priétés des bords de l'Oise,
GÉOGRAPHIE.
17
|
LANGUE FRANÇAISE. |
LANGUE ANGLAISE. |
SYNONYMES. |
|
Tête de l'Ours. |
Bear Head. |
Cap à rOurs. |
|
Rivière à l'Ours. |
Bear River. |
|
|
Baie de la Tour. |
Easton Bay*. Tower Bay. |
|
|
Pointe de la Tour. |
Tower Point. |
|
|
Baie Métallique. |
Metallic Bay |
White Bay. |
|
Gap Robert. |
Cape Robert. |
|
|
Cap Henri. |
Cape Henry. |
|
|
Rivière aux Saumons. |
Salmon River. |
|
|
Baie de la Rivière aux |
Salmon River Bay. |
|
|
Saumons. |
||
|
Pointe à la Batterie. |
Battery Point. |
Tto.t:!» r>:..:An/N ni-.-..- Cmi |
Rivière de la Pointe à
la Batterie. Pointe Joseph. Cap Jacques. Baie Prinsta. Cap de la Table. Pointe du Renard. Baie du Renard.
Baie à Crête de Sable. Cap à Crête de Sable.
Baie des Oiseaux. Cap des Oiseaux. Ruisseau de la Chute. Pointe Est. Baie du Naufrage. Pointe aux Bruyères^. Baie de l'Ouest.
Cape Joseph. Cape James. Prinsta Bay. Table Head. Fox Point. Fox Bay. Reef Point. Sand-Top Bay. Sand-Top Cape. Gull Cove2. Wrech Bay. Gull Cape.
East Cape. Wreck Bay. Heath Point. West Bay*.
Pointe du Reef.
Baie à Sommet de Sable.
Anse aux Goélands (Goé- land Cove). Cap aux Goélands. Rivière de la Chute». Cap de l'Est. East Point.
Pointe de la Lande.
1. M. Richardon mentionne le nom d'un de ses aides qui s'appelle Easton [Geological Survey. Report for the year 1856, p. 193).
2. Sur la carte de Richardson, Gull Cove et Gull Cape sont mis par erreur à la place de Sand-Top Cove et Sand-Top Cape, et réciproquement.
3. Cette soi-disant rivière n'est qu'un petit ruisseau qui tombe à pic du haut de la falaise, à l'extrémité Est de la baie des Oiseaux.
4. II n'y a pas une seule bruyère à cette pointe, mais seulement des plantes de la même famille, les « Ericacse ».
5 Cette baie est nommée Baie de l'Ouest, tout en étant dans la partie Est de i'ile, parce qu'elle est placée à l'Ouest de la Pointe aux Bruyères.
18
MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTI.
|
LANGUE FRANÇAISE. |
LANGUE ANGLAISE. |
SYNONYMES. |
|
Pointe des Cormorans. |
Cormorant Point. |
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|
Goose Point. |
Pointe de l'Oie. |
|
|
Lac de la Loutre. |
Otter Lake. |
|
|
Rivière de la Loutre. |
Otter River. |
|
|
Pointe Lacroix. |
Lacroix Point. |
|
|
Lac Lacroix. |
Lake Lacroix. |
|
|
Belle Rivière. |
Bell River. |
Bell Rivière, Bell River. |
|
Pointe Sud. |
South Point. |
|
|
Pointe Bagot. |
Bagot Point. |
|
|
Rivière au Canot. |
||
|
Pointe Shandon. |
Shandon Point. |
|
|
Box River. |
Rivière à la Boîte. |
|
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Rivière Daupliiné. |
||
|
Crique de la Chaloupe. |
Chaloupe Creek. |
Chaloupe Lake (Shallop creek*). |
|
Rivière de la Chaloupe. |
Chaloupe River. |
|
|
Petite Rivière. |
Little River. |
|
|
Pointe Bilodeau. |
||
|
Rivière Mac-Kaue. |
Mac Kane River. |
Maccann River. Rivière Etienne). |
|
Rivière Ferrée. |
Iron River. |
|
|
Ruisseau Martin. |
Martin Brook. |
|
|
Rivière du Pavillon. |
Pavillon River, |
|
|
Rivière aux Plats. |
||
|
Rivière Chicoie. |
Chicote River. |
Plate River. |
|
Pointe des Morts. |
||
|
Rivière Galiote. |
||
|
Petit Lac Salé. |
Little Sait Lake. |
|
|
Grand Lac Salé. |
Great Sait Lake. |
|
|
Baie du Lac Salé. |
Sandy Cove. |
|
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Peat Point. |
Pointe Peat (Pointe de la Tourbe). |
|
|
Rivière du Brick. |
||
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Jumpers. |
Les Sauteurs. |
|
|
Rivière à la Chute. |
||
|
Pointe du Sud-Ouest. |
South- West Point. |
|
|
Cap Ottawa. |
Cape Ottawa. |
|
|
Rivière Jupiter. |
Jupiter River. |
Seal River 2. |
1. Jos. BoucHETTE, A topograplttcal Dictionary, 1832.
2. 1d., ihid.
GEOGRAPHIE.
J9
|
LANGUE FRANÇAISE. |
LANGUE ANGLAISE. |
SYNONYMES. |
|
Cap Jupiter. |
Cape Jupiter. |
|
|
Cap Mac Gilvery. |
Cape Mac Gilvery. Big Brook. |
|
|
Rivière au Fusil. |
Gun River. |
|
|
Rivière à la Loutre. |
Otter River. St-Anne*s Cove. |
|
|
Rivière Saiote-Anne. |
||
|
Petite RivièreSte-Anne. |
||
|
Rivière aux Cailloux. |
||
|
Cap Sainte-Marie. |
St-Mary's Gliff. |
Falaises Sainte-Marie. |
|
Rivière Sainte-Marie. |
||
|
Ruisseau à la Baleine. |
||
|
Rivière aux Becscies. |
Becscie River. |
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|
Petite Rivière. |
Little River. |
|
|
Rivière aux Canards. |
Duck River. |
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|
Pointe aux Graines. |
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|
Cap à l'Ours. |
Bear Point. |
Pointe à l'Ours. |
|
Cap à l'Aigle. |
Cape Eagle. |
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Les Rosselets. |
Baie aux Navots. |
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Cap Blanc. |
White Cliff. |
Falaise Blanche. |
|
Port Jolliet. |
||
|
Rivière Gamache. |
||
|
Lac Saint-Georges.' |
Lac André Gagnon. Baie Gamache. Gamache |
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|
Baie Ellis. |
EUis Bay. |
Bay. Grande Baie. Grand Bay.* |
|
Rivière Diane. |
Rivière à Fane, |
|
|
Pont Bineau. |
||
|
Rivière Plantain. |
||
|
Rivière Barbainn. |
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Cap Henri. |
Cape Henri. |
Pointe aux Ivrognes. |
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Cap à l'Hirondelle. |
Junction ClifF. |
Cap à la Vache. |
|
Anse aux Fraises. |
Strawbery-Cove. |
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|
Pointe aux Foins. |
||
|
Pointe Ouest. |
West Point. |
West End. |
1. JOS. BOUCHETTE.
CHAPITRE II
HISTOIRE
Sans remonter jusqu'à Platon (430 à 437 avant J.-C), qui mentionne des îles au delà de son Atlantide submergée, nous trouvons le premier document authentique, mais un peu vague, concernant les régions de l'Amérique du Nord qui nous occupent, dans la bulle du pape Grégoire IV, intitulée Omnium fideliwn dbioscentiœ, publiée en 824 et conservée aux Archives de Rome. Cette bulle, qui confère de nouveaux pouvoirs à l'archevêque de Hambourg, nommé Auxaire, étend sa juridiction sur les peuples du Nord et de l'Est, dans les- quels sont compris les habitants du Groenland.
Dès avant l'an 1000, les anciens Normands semblent être venus sur les côtes du Labrador», de Terre-Neuve, et jusqu'en Acadie; mais nous ignorons s'ils ont pénétré, ce qui est pos- sible dans le golfe Saint-Laurent, où l'île Anticosti occupe une place tellement considérable qu'on ne peut y naviguer quelque temps sans la voir. Plus tard, un évêque du Groen- land, Éric Upsi, tenta l'établissement du christiamsme dans le Vinland (État du Massachusetts), mais l'hostilité des Indiens le fit échouer dans son entreprise. En 1347, un vais- seau islandais serait allé, paraît-il, faire un chargement de bois dans le Markland (Nouvelle-Ecosse) .
Ge^^i'est qu'en 1496 que nous commençons à posséder des
1. Rafn, Anliquitales Americanie.
HISTOIRE. 2i
renseignements un peu plus précis et nous voyons qu'alors le pilote génois Jean Cabot a atteint l'île de Terre-Neuve qui ferme à l'Est le golfe Saint-Laurent, sans toutefois savoir s'il est entré dans ce golfe. En 1300, d'après Malte-Brun*, en 1501, d'après Reclus -, le Portugais Gaspard Gortereal, fils du gou- verneur de Tesceira, aborde à Terre-Neuve, et en visite la côte ainsi qu'une partie de celle du Labrador. Le premier de ces géographes nous dit bien que Gortereal atteint le golfe Saint- Laurent, mais sans nous renseigner davantage.
A partir de 4504, d'après Lescarbot ', les Basques, les Normands et les Bretons péchaient la morue à Terre-Neuve.
Quelques années plus tard, en 1534, Jacques Gartier fait son premier voyage en Canada et visite le golfe Saint-Laurent. Le 15 août de cette même année* il découvre l'île d'Anti- costi, qu'en raison de cette date il nomme hle de l'Assomption, Peu d'années après, en 1542, un autre Français, M. de Roberval, accompagné de son pilote Jean-Alphonse (de Saintonge), donne à cette île le nom d'/s/e de l'Ascension. Ce dernier nous fournit même sur cette contrée les rensei- gnements suivants empreints d'une certaine fantaisie : « L'isle de l'Ascension est une bonne isle et une terre plaine, sans aucunes montagnes, assise sur des rochers blancs et d'albâtre, toute couverte d'arbres jusqu'au bord de la mer; et il s'y trouve de toutes les espèces d'arbres que l'on trouve en France; on y voit des bestes sauvages, comme ours, loups-cerviers el porcs- e/)ic5^ Et depuis la pointe du Sud-Est de l'isle de l'Ascension, jusqu'à l'entrée du cap Breton, il n'y a que cinquante lieues. »
En 1562, un pilote de Dieppe, nommé Thomas Aubert, entra dans le golfe Saint-Laurent et remonta le fleuve à 80 lieues de son embouchure.
1. Malte-Brun, Les trois projets d'exploration au pôle Nord.
2. E, Reclus, Amérique boréale.
3. Lescarbot.
4. E. Gaonon, Louis Jolliel, p. 153. Certains auteurs admettent que ce nom a été donné au second voyage de Cartier en 1535.
5. En admettant que cette observation soit exacte, il ne reste plus actuellement trace de ces animaux.
22 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTI.
Pendant le siècle qui suit la découverte d'Anticosti par Jacques Cartier, les renseignements concernant l'île font à peu près totalement défaut, et il est probable qu'il ne s'y est passé aucun fait digne d'être noté par les historiens ou les narrateurs de l'époque. Il faut arriver à 1680 pour trouver un événement, de la plus haute importance, il est vrai. C'est la concession de cette terre à Louis Jolliet*, le découvreur du Mississipi. Cette île « valait alors beaucoup par sa position au milieu des riches pêcheries du Saint-Laurent et par ses avan- tages pour la traite des pelleteries^ ».
La forme du préambule de l'acte de concession laisse sup- poser une demande faite au préalable par le concessionnaire qui reçoit cet immense domaine « en titre de fief et de sei- gneurie... en considération de sa découverte du pays des Illinois et de son voyage dans la baied'Hudson, pour l'intérêt et l'avantage de la ferme du Roy », et pour des fins parfaite- ment déterminées qui sont de « faire des establissements de pesche de molue verte et sèche, huiles de loups-marins et de ballaines et, par ce moyen, commercer en ce pays et dans les Isles de l'Amérique » .
Le 29 mai 1680, l'acte de concession^ fut ratifié par Louis XIV, qui donna en même temps le titre d'hydrographe du Roy* au premier seigneur de l'île d'Anticosti.
1. Louis JoUiet naquit à Québec le 21 septembre 1645. Son père Jean Jolliet était originaire de La Rochelle; il occupait en Canada Temploi de charron de la Compagnie des Cent-Associés et avait épousé Marie d'Abancourt à Québec, le 9 octobre 1639.
2. Feuland, Histoire du Canada.
3. Cet acte a été fait en mars 1680, par Jacques Duchesnau, intendant, et adressé au sieur Jolliet. Registre d'Intendance, n" 10 à 17, folio 619.
4. M. Ernest Gagnon, le consciencieux historiographe de Louis Jolliet, nous met en garde contre la confusion qui pourrait se produire entre le « titre d'hydro- graphe du roy, conféré à Jolliet en 1680, et le titre et les attributions de pro- fesseur d'hydrographie à Québec, qui ne lui furent donnés que dix-sept ans plus tard, par commission portant la date du 30 avril 1697. Jolliet reçut le titre d'hy- drographe du roy en même temps que la concession de l'île d'Anticosti; il reçut le titre de professeur d'hydrographie en même temps que la concession d'une autre seigneurie, beaucoup moins importante, celle de la rivière Etchemin, voi- sine delà seigneurie de Lauzon ».
HISTOIRE. 2i
ACTE DE CONCESSION DE l'iSLE d'aNTICOSTY
« Jacques Duchesnau, chevalier, conseiller du roy en ses con- seils, intendant de la justice, police et finances en Canada, Acadie, Terre-Neuve et autres pays de la France septentrionale.
« A tous ceux qui ces présentes verront, salut : Sçavoir faisons, que sur la requête à nous présentée par le sieur Louis JoUiet, de- meurant à Québec, à ce qu'il nous plust luy vouloir accorder en titre de fief et de seigneurie, haute, moyenne et basse justice, risle d'Anticosly, située à l'embouchure du fieuve Saint-Laurent, dans laquelle il désirerait faire des establissements de pesche de molue verte et sèche, huiles de loups-marins et de ballaines et par ce moyen commercer en ce pays et dans les Isles de l'Amérique ; Nous, conjointement avec Monsieur le comte de Frontenac, con- seiller du roy en ses conseils, gouverneur et lieutenant-général pour Sa Majesté en Canada, Acadie, Isle de Terre-Neuve et autres pays de la France septentrionale, et en considération de la décou- verte que le dit sieur JoUiet a faite du pays des Illinois, dont il nous a donné le plan, sur lequel la carte que nous avons envoyée depuis deux ans à Monseigneur Colbert, ministre et secrétaire d'État, a esté tirée, et du voyage qu'il vient de faire à la Baye d'Hudson pour l'interrest et l'avantage de la ferme du roy en ce pays, avons au dit sieur Jolliet donné, accordé et concédé, donnons, accordons et concédons par ces présentes la dite Isle d'Anticosty, estant à l'em- bouchure du fleuve Saint-Laurent, pour en jouir, par luy, ses hoirs et ayans cause à l'avenir en titre de fief, seigneurie, haute, moyenne et basse justice, à la charge de la foy et homage que le dit sieur Jolliet, ses dits hoirs et ayans cause seront tenus de porter au châ- teau Saint-Louis de Québec, duquel ils relèverout, aux droits et redevances accoutumés et aux désirs de la coutume de la prévosté et vicomte de Paris qui sera suivie pour cet égard par prévision en attendant qu'il en soit autrement ordonné par Sa Majesté, et que les appelalions du juge qui pourra être estably au dit lieu ressor- tiront pardevant le lieutenant-général de Québec, en attendant qu'il en soit estably un plus proche de la dite Isle d'Anticosty; comme aussi qu'il tiendra et fera tenir feu et lieu par ses tenanciers sur les concessions qu'il leur accordera, et faute de ce faire qu'il rentrera de plein droit en possession d'icelles, et conservera, le dit Jolliet, et fera conserver par ses tenanciers les bois de chesne ' qui se trou-
1. Le chêne n'existe pas sur l'ile. D'après le Seventh Report of the Montréal Horticultural and Fruit Growers Association of the Province of Québec, l'extrême limite Nord du chêne blanc {Quercus alba) serait Québec.
24 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTI.
veront propres pour la construction des vaisseaux dans l'étendue de la dite isle, et qu'il donnera incessamment avis au roy ou à nous, des mines, minières, ou minéraux si aucuns s'y trouvent, et laissera et fera laisser tous chemins et passages nécessaires, le tout sous le bon plaisir de Sa Majesté de laquelle il sera tenu de prendre la confirmation des présentes dans un an.
« En témoin de quoy nous avons signé ces présentes, à icelles fait opposer le sceau de nos armes et contresigner par notre secrétaire.
« Donné à Québec en mars mil six cent quatre-vingt.
Signé : Duchesnau.
« Registre au greffe du Conseil souverain à Québec par moy greffier en chef eniceluy soussigné.
Signé : Peuvret. »
Voilà donc Jolliet en possession d'Anticosti, au printemps de 1680, alors que la navigation est redevenue possible. Aussi ne tarde-t-il pas à y aller et à défricher un petit coin. L'année suivante, il s'y installe avec sa famille, composée de sa femme* et de quatre enfants, et avec son personnel qui com- prend cinq hommes el une servante. Il a en outre apporté avec lui six fusils et deux bêtes à cornes qui pourront pâ- turer dans les quelques arpents défrichés. Peu à peu son in- stallation première s'améliore. Pendant ce temps, de concert avec son frère Zaccharie et des parents de sa femme, il con- tinue l'exploitation des îles de Mingan.
« En 168S, nous dit M. Margery, il avait déjà hiverné deux fois à Anticosti, dans la maison qu'il avait fait faire et r hiver lui avait paru beaucoup moins rude qu'à Québec. Il avait fait élever aussi aux îles Mingan une autre maison et un magasin pour fournir aux sauvages leurs petites com- modités.
« Tout l'avantage de ces dernières îles était, comme pour
1. Claire-Françoise Bissot, que Jolliet épousa en octobre 1673, in J. Edmond Roy, Seigneurie de Lauzon.
HISTOIRE. 25
Anticosti, dans les bons mouillages, dans l'abondance de la morue et du loup-marîn, dont l'huile et les peaux se vendaient un bon prix. L'été, JoUiet péchait au Nord de ces îles, dans plusieurs rivières, cinq à six milliers de saumons. Jolliet, au moyen de ces deux établissements, songe dès lors à appro- visionner la colonie. Il fournissait du poisson à tout Québec et à la plupart des soldats; mais cet approvisionnement demandait autre chose que la petite barque dont il pouvait disposer, et en I680, il demandait au roi de lui prêter un navire pour quatre ans, afin d'agrandir cette entreprise et d'employer à la navigation les jeunes Canadiens (ses com- patriotes) qui seraient ainsi détournés de la vie libertine qu'ils menaient dans le bois. »
Le baron de Lahontan' nous renseigne de la façon sui- vant sur l'entreprise du premier seigneur d'Anticosti : « Le fleuve Saint-Laurent a 20 ou 22 lieues de largeur à son embou- chure, au milieu de laquelle on voit l'île d'Anticosti qui en a 20 de longueur. Elle appartient au sieur Jolliet, Canadien, qui y a fait faire un petit magasin fortifié, afin que les marchan- dises et sa famille soient à l'abri des surprises des Esqui- maux. Ces Esquimaux sont des peuples féroces qu'on n'a jamais pu humaniser. Ce n'est pas avec eux, mais avec d'autres nations sauvages, savoir les Montagnais et les Papinachois, qu'il trafique d'armes et de munitions pour des peaux de loups-marins et quelques autres pelleteries. »
Dans son histoire si documentée de la Seigneurie de Lauzon, M. J.-E. Roy, maire de Lévis, nous apprend quels sont les articles dont s'était muni Jolliet pour ses exploita- tions d'Anticosti et de Mingan et autres postes.
Son beau-père, « François Bissot (originaire de Pont- Audemer), avait d'abord commencé son premier établisse- ment de pêcheur à l'île aux CEufs, puis il avait installé sur la terre ferme différents postes échelonnés de distance en distance faisant du havre de Mingan son chef-lieu. Après sa
1. Baron de Lahontax. Mémoires de l'Amérique septentrionale. Vol. II, p. 8 et 9.
26 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTI.
mort, en 1679. Louis Jolliet et Jaques de la Lande se firent concéder les îlets de Mingan échelonnés en face de la côte. Jolliet possédait déjà Anticosti. Ils fixèrent des postes un peu partout, au Mécatina, à l'île Sainte-Marie, dans la baie Saint- Augustin. Jolliet et de la Lande s'associèrent d'abord Denis Guyon, bourgeois de Québec, et Marie Laurence, veuve d'Eustache Lambert, pour exploiter ces postes. On frétait les bâtiments à Québec.
(( Un bâtiment avait d'ordinaire six hommes d'équipage auxquels on donnait de vingt-cinq à trente livres par mois. Le chargement se composait de fusils, de fer à flèche, batte- feux, haches, capots, couvertes, rasades, étoffes bien voyantes, chaudières, bains de morue, pour faire la traite, des planches, du clou, des balles, de la poudre, du pain, des pois, du sel, dn lard. » On y trouvait également : «• grandes manches avec galons, grands et moyens capots, grands bonnets doubles avec galon, justaucorps, fil, iroquoises, blé d'Inde, justau- corps galonnés de faux argent, iroquoises bleues, vinaigre, chandelles, beurre de France, eau-de-vie, chemises de traite, chapeaux, couvertes de Rouen, vin, tabac, draps de Limbourg, arcanson, prunes, hains, couteaux à trancher la morue, lignes, rets à hareng ».
Tout semblait aller pour le mieux dans les différentes installations de Jolliet quand, dans l'automne de 1690, William Phips, en allant assiéger Québec avec une flotte de trente-cinq vaisseaux montés par plus de 2000 hommes, s'ar- rêta à l'île d'Anticosti et à Mingan, détruisit les établissements de pêche et fit prisonniers Jolliet et sa femme ainsi que plu- sieurs pêcheurs, et les emmena devant Québec où il mit le siège dans le mois d'octobre.
Après de vaines tentatives, la flotte assiégeante, avant de reprendre la route de Boston, échangea ses prisonniers contre des prisonniers anglais détenus à Québec.
Ces déboires ne découragèrent pas le hardi explorateur, et en 1697, il loua pour cinq années, des héritiers Bissot, « les parts qu'ils possédaient dans la seigneurie de Mingan,
X
HISTOIRE. 27
sur la terre ferme depuis l'île aux Œufs jusqu'à la baie des Espagnols... pour y faire du négoce ' ».
Entre temps, il n'oubliait pas qu'il était hydrographe et publiait en 1698 la carte d'Anticosti, que je reproduis ici et dont je dois la communication à M. Ernest Gagnon.
La date exacte et le lieu de la sépulture de Louis Jolliet sont inconnus. Cette date est placée par les historiens entre 1699 et 1701; quant à la sépulture, voilà ce qu'en dit l'abbé Ferland : « Nos registres ne présentent aucun acte qui puisse faire connaître le lieu de la sépulture de Louis Jolliet... 11 est probable qu'il sera décédé dans son île d'Anticosty, où il se rendait chaque année pour la traite et la pêche du loup- marin. »
En 1725, par un acte daté du 12 avril de la môme année, les trois enfants de Louis Jolliet, savoir, Charles Jolliet, sieur d'Anticosti, Jean Jolliet, sieur de Mingan, et Claire Jolliet, épouse de Joseph Fleury de la Gorgendière, héritèrent de l'île d'Anticosti par parties égales et indivises.
Le 18 du mois d'avril 1725, le sieur Joseph Fleury de la Gorgendière, négociant en la ville de Québec, déclare ^ « que sur le fief d'Anticosti, il y a dans la partie de l'île qui donne partie dans le fleuve Saint-Laurent et partie dans la Baie ^ et du côté Nord, deux établissements à la distance de 25 lieues, ou environ, l'un de l'autre, occupés par le dit sieur Charles Jolliet d'Anticosti et ses engagés, sur lesquels établissements, il y a, sur chacun, une maison de bois de 20 pieds en quarré et 8 à 10 arpents de désert*.
« Qu'au bas de la dite île, il y a un établissement de pêche sédentaire pour la morue, tenu par les dits sieurs Jolliet.
« Que sur le dit fief des isles Mingan, il y a, sur une des isles du dit fief, du côté du dit fleuve, une maison de bois de
1. J. -Edmond Roy, loc. cii.
2. Aveux et dénombrements relatifs aux liefs de la rivière des Etchemins, de nie d'Anticosti, et des îles et îlets de Mingan. Domination française, Michel Bégon, intendant.
3. Le golfe Saint-Laurent.
4. De désert, c'est-à-dire qui sont défrichés.
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20 pieds en quarré et environ 10 à 12 arpents de désert, et sur une autre isle du dit fief, dans la Baie, vis-à-vis le lieu appelé Mécatina, une autre maison aussi de 20 pieds en quarré et S ou 6 arpents de désert, lesquels lieux sont ordinairement occupés par le sieur Jean Jolliet de Mingan et ses engagés pour la chasse et la poche au loup-marin * et au moyac ^. »
A partir de 1725, la question de l'identité des propriétaires de l'île devient singulièrement compliquée. Aussi, pour évi- ter un trop long exposé, je renverrai pour tous les détails con- tenus dans les actes de foi et hommage à ce sujet, au livre de M. E. Gagnon^, où se trouvent les mutations essentielles qui établissent la filiation, pour arriver jusqu'à nos jours.
Voilà donc une propriété qui, après des débuts intéres- sants, est restée pendant deux siècles sans être mise en valeur. Le fief d'Anticosti se perpétue bien en la possession indivise d'héritiers ou ayants droit, mais la plupart de ceux-ci habitent l'Europe et ne semblent pas avoir d'autre souci que de proté- ger les richesses de leur domaine en en interdisant l'entrée.
Entre temps, le Gouvernement canadien faisait installer des phares sur l'île pour faciliter la navigation dans ces parages. Le premier en date est le phare de la pointe Sud-Ouest con- struit en 1831, le second est celui de la pointe aux Bruyères (Heath Point), près delà pointe de l'Est, érigé en 183S. Le troi- sième a été construit à la pointe Ouest en 1858. Enfin le qua- trième est le phare de la pointe Sud élevé en 1871.
Tous ces phares* sont reliés par une ligne télégraphique qui va de la baie du Renard au Grand Mac Garthy et qui com- munique avec le Continent par deux câbles sous-marins, l'un qui traverse à Mingan et l'autre à l'anse aux Fougères .surlacôte de la Gaspésie.
Il nous faut arriver à l'année 1874 pour voir une société, la Compagnie Forsyth, essayer, sans succès d'ailleurs, de
1. V, Phoca, chap. Mammifères.
2. V. SoMATERiA, chap. Oiseaux.
3. E. Gagnon, loc. cil
4. V. pour plus amples détails : Mgr Ch. Guay, loc. cit.
HISTOIRbl. 29
commencer la colonisation d'Anticosti, au moyen de familles de pêcheurs venues de Terre-Neuve.
Cependant, dès 1870, quelques colons étaient déjà venus s'établir sur l'île. Deux familles, Belliveau et Wright, s'étaient installées à la baie des Anglais, où vinrent également les Terre-Neu viens, à la demande de VAnticosti Island Company, autrement dite Compagnie Forsyth en 1874. Parmi ces der- niers, quelques-uns campèrent à la baie Ellis où ils ne demeu- rèrent que quelque temps. Dans la suite, tous les pêcheurs de Terre-Neuve qui restèrent à Anticosti — la plupart d'entre eux furent rapatriés — se fixèrent à la baie du Renard.
A la même époque, se trouvaient à la baie Ellis un nommé Goudreau et le « capitaine » Setters. Celui-ci avait reçu la baie Ellis de son oncle M. Mac Gilveiy, qui la tenait lui-même des enfants de Gamache.
Le légendaire Louis-Olivier Gamache * naquit àl'Islet vers 1784, d'une famille originaire de Saint-IUier-la-Ville, près de Chartres, en France, et mourut à la baie Ellis en septembre 1834. Il vint se fixer à l'île d'Anticosti vers 1810, dans cette baie Ellis qu'on a souvent appelée depuis baie Gamache, et qui était fréquentée pendant l'été par des Indiens, des marins et des pêcheurs qu'un homme vivant dans l'isolement pouvait avoir à craindre. Aussi, pour sa propre sécurité, Gamache employa-t-il divers moyens propres à lui faire acquérir la re- nommée d'un sorcier redoutable. Aussi quelles étranges his- toire n'a-t-on pas racontées de lui ? On l'a vu debout sur un banc de sa chaloupe, commander au diable d'apporter un plein bonnet de bon vent; un instant après, la chaloupe de Gamache faisait vent arrière, les voiles pleines, sur une mer unie comme une glace, tandis que, tout autour, les autres embar- cations dormaient sur l'eau, par un calme plat.
« Pendant un grand voyage qu'il fit à Rimouski, il donna un grand souper au démon.
(( Seul avec ses compagnons invisibles, il a massacré des
1. Abbé Ferland, Opuscules. Québec, 1877.
30 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTI.
équipages entiers et s'est ainsi emparé de riches cargaisons.
« Vivement poursuivi par un bâtiment de la Compagnie des Postes du Roi, il a disparu avec sa goélette au moment oii il allait être saisi et l'on n'a plus aperçu qu'une flamme bleuâtre dansant sur les eaux, etc. »
Voilà le thème de bien des histoires racontées à la vjeillée ou sur le pont d'un bâtiment, et bien faites pour entourer leur héros d'un pouvoir mystérieux qui le mettait à l'abri de toute attaque.
En 1871, les familles Doucet et Frank Bezeau, de la baie des Chaleurs, arrivèrent à Anticosti et s'installèrent dans Tendroit qui est devenu depuis le village de l'Anse-aux- Fraises.
Dans les années qui suivirent, la population ne tarda pas à s'augmenter, tant à la baie des Anglais qu'à l'anse aux Fraises par l'arrivée de nouvelles familles de Gaspé, de la baie des Chaleurs, etc. ; mais l'accroissement ne fut pas régulier et subit des fluctuations, en raison, principalement, du plus ou moins de facilités que donnèrent les compagnies successives aux nouveaux colons.
En 1881, eut lieu un recensement de la population géné- rale de l'île, comprenant les phares, les villages de la baie du Renard, de l'anse aux Fraises, de la baie des Anglais, et quelques postes isolés. Le total des habitants s'éleva à 676 dont 359 hommes et 317 femmes; et le partage par nationa- lité donna : 394 individus de race française, la majorité Aca- diens; 264 de race anglaise, 69 Irlandais et 31 Ecossais.
Dix ans plus tard(1891),il n'y avait plus que 253 habitants.
Enfin, le recensement de 1903 nous donne 50.0 habitants, malgré le départ de toute la population de la Baie-du-Renard' en 1900, comprenant une dizaine de familles. S'il n'y en a pas davantage, c'est que M. Menier n'a encore voulu y faire venir personne, avant d'être bien certain que tous les nouveaux arrivants pourraient largement y vivre.
1. Mgr Cil. GuAY, loc. cit.
HISTOIRE. 31
Depuis la mort de Louis Jolliet, l'île est restée indivise pendant deux cents ans. Dans les cinquante dernières années, les différents héritiers ou possesseurs, ainsi que le Gouverne- ment canadien, ont fait procéder à des examens ' de l'île qui se sont, en général, bornés au littoral et étaient tous très enthousiastes.
L'un d'eux est celui de MM. Alex. Luders Light, ingénieur en chef des chemins de fer du gouvernement de la Province de Québec, et J. Timbers, agronome connu de Norfolk.
Un autre a été fait par M. Saint-Gyr, mais son rapport déposé aux Archives du Gouvernement, où j'en ai pris connais- sance, n'a pas été publié. Cet arpenteur de la Province de Québec vint à Anticosti en 1888 et dressa à la Baie-des- An- glais, acluelleraent Baie-Sainte-Claire, le plan d'une ville dont on trouve encore le tracé jalonné dans la forêt. En février de la même année, il traversa l'île dans sa plus grande lar- geur. Jusque-là, à part les Indiens montagnais, qui, au prin- temps, traversaient Anticosti en différents endroits, du havre Sauvage à la rivière aux Becscies, par exemple, pour chasser l'ours et la loutre, tous les habitants, qui étaient surtout des pêcheurs, n'avaient jamais pénétré dans l'intérieur au delà de quelques kilomètres.
Enfin, en 1895, plusieurs héritiers demandèrent la licita- tion de l'île et, le 16 novembre de la même année, l'île d' Anti- costi fut vendue devant le notaire William Noble Campbell, de Québec, à M. Henri Menier qui, à partir de ce jour, en devint le seul, légitime et indiscutable propriétaire, et se trouva être, par ce fait, un des plus grands propriétaires terriens du monde.
A partir de ce moment, l'île reçut une impulsion nouvelle. Les constructions s'élevèrent comme par enchantement (mai- sons d'habitation, église, école, magasins, hôpital, boulange-
1. Luders Light and J. Timbers, Anticosti, its climate and resources. Bro- chure de 38 pages, publiée à Londres. « In september 1886, an examination of the Island Anticosti for the purpose of testing its agricultural capabilities, its climate, soil, timbcr, fisheries, etc. »
32 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTI.
rie, entrepôts, scieries*, abattoir, etc.) à la Baie-Sainte-Glaire d'abord, puis à la Baie-Ellis.
Bientôt, les défrichements s'agrandirent, les fermes se fondèrent, deux homarderies furent construites et l'exploita- tion forestière, agricole et des pêcheries commença. Il fut encore installé deux parcs à renards pour l'élevage des renards argentés qui sont nombreux sur l'île et dont la four- rure est si précieuse. Pour que toutes ces richesses puissent avoir un débouché facile, il était nécessaire d'aménager la Baie-Ellis qui est un havre excellent, mais qui ne présentait aucune facilité d'embarquement ni de débarquement. C'est pour remédier à ce grave inconvénient que M. Henri Menier fit construire un appontement de 1100 mètres de longueur, — plus d'un kilomètre !
Le 29 juillet 1902, à 9 h. 30 du matin, en revenant d'un voyage fait autour de l'île, à bord du Savoy, avec M. Georges Martin-Zédé^ et mon ami T. Obalski, nous accostions à quai, à la Baie-Ellis. C'était la première fois que pareille chose arrivait à un steamer à Anticosti, et cette définitive et efficace prise de possession d'un aussi immense territoire était bien faite pour nous réjouir.
Pour la mise en valeur de cette île sur laquelle jusqu'alors il n'y avait presque rien de fait, M. Henri Menier installa à la Baie-Sainte-Claire, dès le mois de mai 1896, un assez nom- breux personnel, ainsi qu'un agent à Québec.
Presque toute la population étant catholique, c'est un ministre de ce culte, à titre de chapelain, qui réside parmi nous, à la Baie-Sainte-Glaire. Depuis l'an passé, ce poste est occupé par un aimable prélat, M^"" Charles Guay, protonotaire apostolique, auteur des intéressantes Lettres su?' l'île d'Anti-
1. Une scierie fut également installée au Grand Mac Carthy, puis transportée au Camp-Caron.
2. M. Georges Martia-Zédé, dont les bureaux sont à Paris, 103, rue Miromes- nil, est le neveu du général Zédé, l'ancien gouverneur militaire de Lyou. Depuis i896, il est venu régulièrement passer chaque été à Anticosti, muni des pleins pouvoirs de M. Henri Menier, imprimer aux différentes entreprises une direction conforme aux vues du propriétaire.
HISTOIRE. 33
co^/f, auxquelles je renverrai pour les détails complémentaires d'histoire' sur lesquels je ne puis m'étendre.
La Baie-Saintê-Claire est pour le moment l'endroit habité le plus important de l'île et le siège de l'administration. Il y a, en outre, comme centre habité, le village de l'Anse-aux- Fraises où se trouvent vingt et une familles, puis différents points du littoral du côté Sud, en allant jusqu'à la Baie-du- Renard, où se rencontrent çà et là une famille ou deux.
Gomme il a été dit plus haut, le recensement général de la population a donné oOO habitants au l^"" janvier 1903. Il faut y ajouter, mais en été seulement, une importante population flottante de deux à trois cents pêcheurs et ouvriers de différentes sortes, terrassiers, menuisiers, défricheurs, ouvriers agricoles, etc. Les ateliers de menuiserie, la forge, la plomberie, etc., ont des ouvriers sédentaires, venant la plupart de Québec. Quant aux hommes valides du pays, ils sont occupés toute l'année, en dehors de la saison de pêche, pour le compte du propriétaire.
Dans ces conditions, le bien-être et la situation morale et matérielle des employés et ouvriers sédentaires a toujours été en s'améliorant ; aussi, nombreuses sont les demandes de ceux qui désirent venir habiter notre point géographique.
Par ce qui précède, on a vu que la fortune de l'île a été très changeante; il en a été de même de ses noms, comme nous le verrons plus loin. Ses liens gouvernementaux ont également varié plusieurs fois et Anticosti a été rattaché, tantôt au Canada, tantôt au gouvernement de Terre-Neuve.
1. On pourrait également consulter à ce sujet et pour divers renseignements la collection des principaux journaux de la Province de Québec depuis 1896. Je citerai en particulier : La Semaine commerciale, Québec. Article de M. Charles de Guise, avocat, 21 juillet 1899; La Presse, Montréal. La grande Colonie fran- çaise de M. Henri Menier, 15 juillet 1899; Le Courrier du Canada; La Patrie, Montréal, 15 juillet 1899 * ; Le Soleil, Québec, 29 août 1898, juillet 1899, 2 mars 1901, ete. ; L' Événement, Québec, 12 juillet 1899; The Québec Daily Telegrapk, july 19 et july 26-1899.
Puis en d'autres pays : New-York Herald, july 6-1896; Le Journal, Paris, 19 août 1896; Ainslee's Magazine, New-York, february 1901.
1. La plupart des dates des articles de l'année 1899 correspondent à une excursion des journalistes de la Province de Québec à l'île d'Anticosti.
3
34 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANÏICOSTL
Avant d'examiner cette question et pour sa compréhension plus complète, il est bon de rappeler que sous le régime fran- çais, ce qu'on appelait le Labrador était beaucoup plus étendu que maintenant. Le contour de ses côtes partait des îles de Mingan pour finir à la baie d'Ungava. A cette époque, la partie de la côte du Labrador qui bordait au Nord le golfe Saint-Laurent et que depuis on a appelé le Labrador lauren- tien, ou canadien, ou encore Côte Nord, « était censée ren- fermée dans la Province de Québec ^ Antérieurement à l'année 1791, tout le pays qui porte aujourd'huiMe nom de Haut et de Bas Canada s'appelait la Province de Québec; mais comme la direction des affaires d'un pays aussi étendu présentait des difficultés, on jugea à propos de la diviser en deux provinces, afin d'en faciliter le gouvernement, et d'en rendre la marche plus efficace; ce plan fut sanctionné par acte du Parlement d'Angleterre.
« La province du Bas-Canada est bornée au Nord par le territoire de la Compagnie de la baie d'Hudson; à l'Est, par le golfe Saint-Laurent, la rivière Saint-Jean et la côte du Labrador^ qui, conjointement avec l'île d'Anticosti, fut fina- lement annexée au gouvernement de Terre-Neuve, par un acte du Parlement d'Angleterre, en 1809... »
Ce Labrador laurentien, occidental ou canadien, ne figure pas sous ce titre dans les cartes actuelles. On n'y trouve plus qu'un Labrador océanique, oriental, dépendant de Terre- Neuve. Enfin, certains géographes et géologues appliquent le nom de Labrador ou mieux de péninsule du Labrador à la
1. BoucHETTE, Description topographique.
2. L'ouvrage de Bouchotte, ci-dessus mentionné, fut imprimé en 1815.
3. a) » Sous le Gouvernement français, cette portion de la côte du Labrador était censée renfermée dans la province de Québec; en 1764, elle eu fut séparée par acte du Parlement et annexée au Gouvernement de Terre-Neuve; elle fut ensuite réincorporée à la province de Québec, et en 1809, elle fut finalement sou- mise au Gouvernement de Terre-Neuve. » Bouchette, 1815, loc. cit.
b) Par acte du Parlement impérial, en 1825, les bornes du Canada furent reculées à l'Est jusqu'à une ligne qui partait de Blanc-Sablon pour remonter au Nord. Anticosti et le Labrador laurentien furent alors annexés au Bas-Canada et ils font maintenant partie du Comté du Saguenay, dans la province de Qué- bec, telle que reconstituée aujourd'hui.
HISTOIRE. 35
péninsule comprise entre la baie et le détroit d'Hudson, l'Océan Atlantique, le golfe et estuaire du Saint-Laurent, et une ligne qui, partant de l'embouchure de la rivière Rupert, dans la baie d'Hudson, arriverait à l'embouchure du Sague- nay, dans le fleuve Saint-Laurent.
Quoi qu'il en soit, Anticosti fait maintenant partie de la province de Québec, comté du Saguenay, et dans ces condi- tions, il est Lout naturel que cette île intéresse les Canadiens et leur gouvernement. Aussi, dès 1896, la première année de son arrivée en Canada, M. Henri Menier et sa suite, dont j'avais l'honneur de faire partie, furent-ils accueilUis [de la façon la plus sympathique tant par les autorités que par les citoyens de Québec. Je laisse la parole à notre ami Jje Vas- seur * :
« Le 17 juillet 1896, il y eut à Québec un grand banquet en l'honneur de M. Henri Menier, au Cercle militaire. La magistrature, les gouvernements, la finance, le commerce et l'industrie y avaient des représentants aussi distingués que nombreux.
« A la citadelle, chez Lord Aberdeen, gouverneur général du Canada, il y eut réception en l'honneur du nouveau pro- priétaire et des personnes de sa suite.
« M. Henri Menier repartait, lundi 27 juillet, à bord de la Velleda, pour retourner en France, en laissant, ainsi que M. Robert Eustache, M. Georges Martin-Zédé et le docteur Joseph Schmitt, autant de bons amis, au Canada, qu'ils avaient fait de connaissances. »
Depuis, lord Minto, le gouverneur actuel du Canada, est venu à Anticosti le 14 juillet 1901 et a été l'hôte de M. Henri Menier à bord de la Bacchante^.
A différentes reprises, des membres du Gouvernement de la province de Québec sont venus visiter l'île, et les journaux^
1. N. Le Vasseur, Bulletin de la Société de Géographie. Québec, 1897,
2. Nouveau yacht de M. Henri Menier, en remplacement de la Velleda.
3. Soleil du 29 août 1898 : Tournée des honorables MM. Marchand et Parent. La Patrie, août 1902 : Voyage du député Ch. Marcil à Anticosti. Divers jour- naux, août 1902 : Voyage des députés Bourassa et Rodolphe Lemieux à Anticosti.
3iS MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTL
nous ont fait part du plaisir et de la satisfaction que leur a donnés une excursion h File d'Anticosti appelée maintenant La Reine du golfe * .
Des navires de guerre anglais sont également venus visi- ter le nouveau territoire ouvert à la civilisation et les offi- ciers nous ont assuré qu'ils en remportaient le meilleur souvenir.
Il est probable que peu d'îles ont reçu une quantité de noms aussi grande que le territoire qui nous occupe. Sans parler de ses premiers hôtes passagers, les Esquimaux % qui l'ont désigné d'une appellation qui ne nous est pas parvenue,, on lui trouve, en remontant à prés de quatre siècles en arrière, les noms suivants :
Natiscouti% Natiscotec '*, Natashkouch ^ Natiscotek% Natascouch ', Notiskuan*, Isle de l'Assomption', Isle de l'As- cension '**, Antiscoty ", Enticosty '■, Anticosta '% Anticosti '^, et enfin l'Anticostc'^ et l'Anticosse "*, les deux plus récentes appellations sous lesquelles elle est le plus souvent nommée dans le langage populaire du Canada.
De tous ces noms, il n'y en a que deux*^ à retenir; l'un, Notiskuan, est encore employé par les Indiens Montagnais
1. Soleil du 2 mars 1901.
2. Voir au chap. de V Ethnographie.
3. Thevet, in Grand Insulaire, 1586.
4. Hakluyt, vers l'an 1600, puis Jean de Laet. . .
5. Charlevoix, Histoire de la Nouvelle -France.
6. Abbé Ferland, Cours d'histoire du Canada.
I. E. Gagnon, Louis Jolliet.
,8. Mgr Ch. GuAY, Lettres sur Vile d'Anticosti.
9. Jacques Cartier, 1533.
10. M. de Roberval et son pilote Jean Alphonse (de Saintonge), 1542.
II. Jacques Duchesnau, conseiller du Roy en Canada, 1680.
12. Champlain, 1626. Le même, en 1603, écrivait Anticosty.
13. Cotton Matter (du Massachusetts), à propos de la dt'^route de William Phips. Citation d'Ernest Myrand.
14. C'est le nom géographique actuel.
Marc Lescarbot (16) dit d'une façon erronée, ce nom étantignoré des Indiens; « Cette isle est appelée, par les sauvages du pais, Anticosti. »
15. Langage populaire.
16. Id. N. Le Vasseur, Société de Géographie, Québec, 1897.
17. Mgr Ch. GuAY, loc. cit.
HISTOIRE. 37
pour désigner Tîle, et signifie, dans leur langage, où Pon chasse Course l'autre, Anticosti, qui a été donné autrefois par des marins espagnols ^ et, du reste, sent bien son étymo- logie de race latine.
Ces deux questions de noms ont été parfaitement tran- chées, la première par le Père Arnaud, un vieux mission- naire français, né dans les environs d'Avignon, et qui depuis près de cinquante ans a passé sa vie parmi les Montagnais ; et la seconde par la R. M. Provinciale du couvent de Sillery (près Québec) qui est née en Espagne et s'exprime ainsi : « Anticosti est un mot composé espagnol, avec une petite altération à la finale, au lieu de Costi, ce serait Costa, côte, et Anli^ avant : Anticosti serait donc Avant la côte^.
« Le mot Labrador est espagnol et signifie cultivateur ou riche laboureur, lors même que ce laboureur ne laboure pas lui-même ses terres ; il suffit que ses richesses consistent dans le produit de ses terres pour qu'il soit un labrador, cul- tivateur. »
Gomme on a pu le voir au chapitre précédent, l'île d'An- ticosti est entourée de bancs de rochers et les navigateurs qui n'ont ni à y prendre ni à y déposer des marchandises, ont intérêt â s'en éloigner et à se tenir au large. On cite plusieurs naufrages * survenus sur ses côtes et causés, soit par la brume, soit par l'ivresse, soit enfin par le désir de certains capitaines de réaliser leurs assurances.
Protection des animaux sauvages. — Je dirai en terminant que la protection dont jouissent les animaux sauvages fait qu'ils animent les eaux et les bois oii ils ont accoutumé depuis neuf ans de se trouver en sécurité. C'est ainsi que la baie EUis donne asile, dans sa verte forêt qui borde la mer jusqu'au
1. L'ile est, ea effet, un endroit très propice pour la chasse à l'ours.
2. « Bissot, se voyant le royaume du Saguenay fermé, dirige alors ses vues vers les régions désertes du Labrador où les Espagnols jusqu'alors, de compagnie avec les Basques audacieux, avaient fait la pèche. » J. Edm. Roy, La seigneurie de Lauzon .
3. Mgr Ch. GuAY, loc. cit.
4. RossA, La construction des navires à Québec.
98 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTL
rivage, à de nombreux chevreuils issus d'une cinquantaine do couples introduits il y a quelques années par M. Henri Menier. Ils y voisinent avec les ours qui chaque nuit viennent manger les déchets de la cuisine des camps et laissent la large trace de leurs pas dans le tapis de mousse où se voient, çà et là, les ravissantes orchidées^ des régions froides.
Sur l'eau tranquille de cette baie, des légions d'oies sau- vages, de canards et d'autres oiseaux d'eau d'espèces variées^ prennent leurs ébats, tandis qu'au milieu d'eux se montre le visage du phoque qui vient en curieux observer ce qui se passe, de son gros œil rond, et ne tarde pas, à mer basse, à se hisser sur un rocher découvert, où il fait la sieste au soleil.
Cette tranquillité des animaux sauvages qui se montrent à nous, en pleine liberté, sans contrainte dans leurs allures naturelles, ce calme du pays sans grand relief, le lointain horizon de la mer, cette odeur vivifiante du large, mélangée à celle des essences de la forêt, la pureté du ciel, le pitto- resque des sites, l'éloignement de l'agitation des grands centres, la vie familiale qu'on y mène, le bien-être de tous par la puissance d'un seul, l'intérêt que l'on prend au déve- loppement d'une entreprise que l'on a vue naître et dont on se sent solidaire, tout cela fait que le devoir y semble doux à accomplir. Il en résulte une harmonie qui contribue à donner à l'île un charme tout particulier; aussi, tous ceux qui y viennent ou y sont venus, même en promenade, n'ont qu'un désir, y rester ou y revenir.
1. V. chap. Phanérogames.
2. V. chap. Oiseaux.
CHAPITRE TU
MÉTÉOROLOGIE
Le service météorologique du Canada publie mensuelle- ment un intéressant Bulletin Météorologique^ accompagné d'une carte, dont il me fait l'envoi. Nous y trouvons, plus particulièrement encore, à propos du temps, ce qui était signalé déjà dans l'Introduction de cette étude, à savoir que la partie étudiée régulièrement dans l'immense territoire du Canada ne représente qu'une bande transversale comprise entre cinq degrés de latitude, à part la pointe de l'Ontario, et que ces degrés s'étendent, à l'Est, du 4o^ au 50" degré; et à l'Ouest, du 48® au S3" degré environ.
Pour tout le reste du territoire, nous n'avons guère, au point de vue de la température, que des renseignements d'été qui sont, du reste, très intéressants, puisqu'ils comprennent les trois mois de juin, juillet et août qui sont les mois de la vé- gétation pour Anticosti, comme on le verra au chapitre de la Botanique.
Isothermes. — Les isothermes d'été qui traversent tout le Canada nous montrent que celui qui passe à Anticosti, pour se diriger sur la côte du Pacifique, remonte avant d'y arriver très haut dans le Nord. Quant à la répartition de la faune et de la flore, on voit, par les quelques exemples de la figure 16, qu'elle suit d'une façon frappante l'isotherme de juillet.
1. Meteorological Service, Dominion of Canada. Report. Weather Map. — Toronto.
40 MONOGRAPIIII-: D K l/iI,E D' A NTICOSTf.
A propos de la lempératiire do l'été, je me permetlrai de rappeler ce que j'en disais au Congrès des Médecins de Langue française de l'Amérique du Nord'.
D'après les observations publiées par le service météorolo- gique du Canada, et d'après celles que j'ai pu prendre tous les jours depuis 1896 au moyen d'appareils enregistreurs^, il est parfaitement évident que l'île d'Anticosti jouit d'un climat beaucoup plus régulier que bien des points situés dans l'in- térieur du Continent américain, et que si, par exemple, nous -iivons moins chaud en été qu'à Québec, nous avons, en revanche, quoique plus au Nord, moins froid en hiver.
Points géographiques de la même latitude. — Si nous comparons quelques points continentaux situés sous la même latitude dans l'hémisphère Nord, nous voyons qu'en Canada, à Winnipeg, les hivers sont incomparablement plus froids que sur l'île et les étés un peu plus chauds.
En continuant notre revue rapide des climats de même latitude en allant à l'Ouest, nous constatons qu'à mesure que nous approchons de la côte de l'Océan Pacifique, la courbe thermique est plus relevée en toutes saisons, et qu'à Van- couver, sous même latitude, hivers et été sont beaucoup plus chauds qu'à Anticosti.
Cela n'a rien, d'ailleurs, qui doive nous surprendre, étant donné que dans l'hémisphère Nord, les côtes occidentales des continents sont visitées par les courants marins chauds, alors que les côtes orientales sont baignées par les courants froids'* venus de l'Océan Glacial. Bien que les documents manquent en partie, à cet égard, il est permis de croire que, sous la même latitude, nous retrouverions notre température d'Anticosti dans certaines îles de la mer d'Okhotsk, dans la
1. Joseph ScHMiTT, Géographie médicale d'Anticosti, in Bull. Méd. Québec, sept. 1902.
2. Appareils de la maison Richard frères, Paris.
3. A ce propos, il n'est pas sans intérêt de parler d'un gigantesque projet qui est exposé pour la première fois dans le New-York Journal par M. F. S. Ham-
-inond, de Boston. .Ce projet, qui a rencontré des partisans enthousiastes, se trouve mentionné également dans le Bulletin de la [Société de géographie de
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bordure oricnlale de l'iiurasie et qu'on pénélraut dans ce continent nous rencontierions au contraire à Mergen, Kir- ghiz-Nor, Tourgaï, les écarts de température plus considé- rables des climats purement continentaux. Il en serait de même pour ces écarts en poursuivant notre course vers l'Ouest et en passant par Poltava, Lemberg en Russie, Pilsen, Baireulh, Wurzbourg, Darmstadt, Luxembourg en Allemagne, et enfin Rocroi, Reims, Saint- Quentin, Amiens, Dieppe, Cherbourg, etc., en France, où la température s'égalise d'au-
Québec, de 1897, p. 261 et suivantes. 11 consisterait tout simplement à barrer le détroit de Belle- Isle.
La réalisation de cette entreprise aurait, d'après l'auteur de cette conception extraordinaire, les avantages :
1° De supprimer les redoutables vents de l'Est, à Boston;
2° De changer le climat des États de la Nouvelle-Angleterre, de New-Jersey et de New- York;
3° De donner aux provinces maritimes du Canada un climat doux et réjouis- sant;
4° De rendre le Labrador habitable ;
5° Do réduire la traversée de l'Atlantique de trois jours et demi;
&' De permettre aux ports du Canada de rester toute l'année ouverts à la navigation.
Un admirateur de ce projet me disait même, en renchérissant encore sur les idées de M. Hammond, que ce barrage du détroit de Belle-lslc faciliterait l'en- trée du golfe Saint-Laurent au Gulf Stream et que, par conséquent, le courant du golfe du Mexique viendrait réchauffer le Nord de l'Amérique, Terre-Neuve, le Labrador, etc., qui, par suite, se trouveraient avoir le climat de l'Europe occi- dentale sous les mêmes latitudes, et que, par contre, les vieux pays * auraient le climat du Nord canadien, ce qui serait leur ruine aux dépens de la prospérité du continent américain. M. Hammond estime que le prix de ce travail n'excéderait pas 43 000 000 de francs, et il s'est même trouvé quelqu'un pour proposer à M. Henri Menier de faire cette dépense dans l'intérêt (?) de son île d'Anticosti.
Je suis persuadé que les partisans de ce projet s'illusionnent complètement sur les résultats que donnerait sa mise à exécution. Quand bien même le détroit de Belle-Isle, par lequel nous arrive un courant froid charriant des icebergs qui entrent difficilement dans le golfe et s'échouent le plus souvent dans les baies et anses de ce détroit, à cause de son peu de largeur; quand bien même, dis-je, ce détroit serait fermé, il n'en resterait pas moins l'énorme courant du Groen- land qui, joint à celui du détroit d'Hudson et de Davis, forme le courant du Labrador; et le golfe Saint-Laurent se trouverait alors dans les conditions de la mer d'Okhotsk dont les eaux sont glacées et qui, pourtant, est isolée par la pres- •qu'île du Kamtchaska du courant qui lui arrive du détroit de Behring.
Dans ces conditions, l'Europe peut être parfaitement tranquille au point de vue du barrage du détroit de Belle-Isie qui ne se fera probablement jamais, et dont le seul résultat serait d'enlever à la navigation les avantages que lui donne •ce passage.
1. L'Europe occidentale.
42 MONOGRAPHIE DK L'ILE D'ANTICOSTL
tant plus que nous nous rapprochons davantage de l'Océan Atlantique.
Avajilages du voisinage du Labrador. — Anticosti, tout en bénéficiant de la régularité de la température du climatmarin, n'est pas toutefois une île océanique, mais une île conti- nentale. A ce point de vue, l'un des avantages que l'île retire de la proximité de son immense voisine, la péninsule du Labrador, est la rareté de la brume et la luminosité * qui la rendent de ce côté très difîé rente de Saint-Pierre et Miquelon. Toutefois, en suivant la classification de Rochard% les iso- thermes, qui nous font placer la province d'Ontario dans le climat tempéré, nous obligent à placer Anticosti dans le climat froid, dernière zone avant le climat polaire. ■ Le climat de l'île ne nous présente en somme que deux saisons, un long hiver et un été fort court pendant lequel la végétation parcourt son cycle avec une étonnante rapidité.
Cette végétation commence d'ordinaire à la fin de mai^ ou dans les premiers jours de juin. La neige alors n'est sou- vent pas encore fondue partout, et déjà se montrent les premières fleurs de VEpigea repens, dont le bourgeon floral était, il est vrai, tout préparé à l'automne.
A partir du 10 septembre, le 15 au plus tard, la végétation est terminée et, dans les belles journées qui suivent, éclosent
1. Expression de Fonssagrives désignant la sérénité de l'atmosphère et l'cn- soleillement.
2. Boucher (H.), Hygiène des animaux domestiques, p. 143.
3. Je relève dans le courrier que j'adressais à M. Henri Menier le21 avril 1897, au retour de la navigation, courrier concernant le côté scientifique, médical et vétérinaire, le passage suivant : ;< Aujourd'hui la neige est fondue dans quelques endroits découverts, sur les buttes oii les vents ne lui avaient pas permis de s'amasser. On aperçoit enfin la terre pour la première fois depuis le 1 2 novembre dernier. Le lendemain, la terre découvre un peu plus. Le 23 avril, la pluie tombe toute la journée et hâte la fonte des neiges. Les espaces découverts les jours précédents s'agrandissent et le 26, par un beau soleil, le Savoy nous arrive enfin de Québec où il vient de terminer son hivernage.
« Au commencement de mai, on voient les premières pousses vertes des gra- minées et d'autres petites plantes hâtives dont les bourgeons commencent à s'ouvrir sur un sol gelé que ne peut encore entamer le fer de la bêche. Ici, les premières feuilles de la violette commencent à s'étaler; là, les rameaux délicats de la fougère se déroulent à l'abri des souches ; plus loin, les mousses rever- dissent pendant qu'au milieu d'elles, la cladonie écarlate, qui n'est qu'un lichen
TEMPERATURE MAXIMA ET MINIMA .1897 Janvier Février Mars AvtH Mai Juin Juillet Aoiit Sept Oct Nov
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MAXIM.V ET MIMMA DK L\ TEMPERATURE PAR QUINZAINES (Fig. 19) Années 1901 et 1902 (thermomètre centigrade)
METEOROLOGIE. 43
encore de temps en temps quelques fleurs tardives et frileuses qui réjouissent toutefois le botaniste, malgré leur épanouis- sement imparfait: mais au point de vue agricole, la plante, suivant l'expression du chef de culture, « ne fait plus rien » à partir de ce moment, qui est l'époque où la première gelée du matin apparaît.
Dans le courant d'octobre, les gelées augmentent de nombre et d'intensité et souvent les lacs sont couverts le matin d'une couche de glace qui fond dans l'après-midi. Il n'y a pas encore de neige tenace. C'est le mois où la majorité des oiseaux mi- grateurs nous quitte. Au commencement du mois suivant, en général avant le lo novembre, les lacs gèlent, pour ne plus dégeler de tout l'hiver, et la neige tombe pour ne plus fondre avant le mois d'avril suivant. La yie semble suspendue. C'est le sommeil de la nature !
Le maximum de température que j'ai observée dans l'espace de six années est de + 26" centigrades et ne s'est présenté qu'une fois. Le minimum a élé de — 39*' centigrades et n'a été observé que deux fois ', comme on peut s'en rendre compte sur les courbes de la fig. 16 où les maxima et les minima ont été relevés par quinzaine dans chaque mois.
Les glaces du golfe. — On peut dire d'une façon générale^
il est vrai, dresse déjà sa belle fructification rouge sur des tiges d'un jaune pâle, et que les lycopodes étendent sur le sol leurs longs rameaux grêles. Dans la forêt, bien que la terre soit encore couverte de neige, les bourgeons des sapins et des épicéas éclatent pour laisser voir les premières aiguilles vertes, qui sont les feuilles, pendant que s'allongent les chatons du peuplier baumier. Dès lors, le parfum de l'air change et la forte odeur balsamique des essences résineuses, dégagée sous Tinfluence des rayons actiniques de l'astre du jour, se mélange à l'haleine salée du golfe, dont nous avaient privés pendant plusieurs mois les banquises compactes. C'est le réveil de la nature !
« Les oiseaux migrateurs, les merles et les petits passereaux de toutes sortes commencent à arriver; le roitelet, dont le corps est gros comme une noisette, fait déjà sa pâture des premières mouches bleues, aux reflets métalliques et j'en capture un, pour le voir de plus près, je relâche aussitôt ce précieux destructeur d'insectes.
« Sur les mares d'eau douce, formées d'hier, s'abattent quelques canards, arrivés de la veille et qui seront légion plus tard; de tous côtés, la vie reprend avec intensité »...
1. Les courbes figurées ne présentent qu'un des deux minima, le second ayant été observé cet hiver, le 6 février 1904.
44 MONOGRAPHIE DE L'II.E D' A.NTICOSTI.
que la température est assez régulière et les écarts brusques et considérables assez rares, ce qui tient évidemment à notre ceinture d'eau salée. Pendant l'hiver, quand nous avons les glaces à perte de vue sans le moindre trou d'eau entre Anti- costi et la côte du Labrador, nous perdons momentanément ce bénéfice d'île, par les vents du Nord et du Nord-Ouest, mais en général pour peu de temps. Les courants, en effet, du bras de mer situé entre le côté Nord de l'île et la côte Nord du golfe, sont assez forts pour ne pas permettre aux banquises de se souder complètement, et les marées et les vents disjoignent constamment ces glaces pour laisser entre elles des espaces d'eau salée, souvent considérables, dans lesquels viennent s'abattre les myriades de palmipèdes qui hivernent dans le golfe. Ces oiseaux trouvent toujours, suivant les vents, d'un côté ou de l'autre de l'île, entre les banquises disjointes, des nappes d'eau libre de quelques hectares à plusieurs lieues de superficie où ils peuvent prendre leurs ébats et, en plongeant, trouver leur nourriture sur le fond.
En moyenne, les glaces font leur apparition dans le golfe vers la première quinzaine de janvier pour disparaître dans la première quinzaine d'avril ; mais il y a des écarts importants dans ces dates, suivant les années. En février et mars, à leur maximum d'épaisseur, elles peuvent supporter des charges considérables et non seulement permettent les voyages en traîneau le long de la côte, mais même, comme cet hiver, le transport d'une machine à vapeur de huit mille livres, du Camp Caron à la baie Ellis. Les rapports des différents gardiens de phares nous indiquent que les glaces ont toujours tendance, dans le golfe, à se diriger vers le Sud, où elles se massent entre la Gaspésie, la Nouvelle-Ecosse et l'île du Cap- Breton. Elles entourent alors l'île du Prince-Edouard et les îles de la Madeleine. Mais entre la pointe Est d'Anticosti et l'Océan Atlantique, elles se trouvent, pour employer une ex- pression du pays, constamment dégolfées par les courants*,
1. Cinq heures de flot et sept heures de jusant.
MÉTÉOROLOGIE. 45
de sorte que du côté Sud d'Anticosti, et surtout de la pointe du Sud-Ouest à la pointe Est, l'eau se trouve fréquemment libre % ainsi que dans le détroit de Cabot, qui fait largement commu- niquer le golfe Saint-Laurent avec l'Océan Atlantique.
Plusieurs auteurs ont dit que les animaux à fourrures qui se trouvent sur l'île d'Anticosti y sont venus sur le porit de glace qui relierait File à la côte Nord, C'est ainsi qu'Elisée Reclus- écrit : « Anticosti semble n'avoir jamais fait partie du continent, car on n'y voit ni les serpents, ni les batraciens des côtes de la terre ferme opposée ; des familles entières d'insectes^ très richement représentées sur les terres voisines, y manquent aussi complètement. Quant à l'ours noir, il est sans doute venu sur le pont de glace qui recouvre en hiver la surface du golfe; cet animal a les pattes et le museau teints en rouge par l'eau de mer dans laquelle il cherche sa nourriture. » Nul plus que moi n'est admirateur de notre grand géographe, au- quel j'ai eu l'honneur d'être présenté, et je n'hésiterai pas à dire que ses descriptions géographiques de toute la vallée du Saint-Laurent sont saisissantes de vérité et d'exactitude.
Raison de plus pour que je me permette une petite obser- vation à propos d'Anticosti. D'abord, les glaces ne forment jamais un pont continu pouvant permettre le passage d'un animal qui craint autant l'eau de mer, que l'ours, le renard ou la martre.
Difficulté du passage sur la glace de la côte ferme à Anti- costi. — Le passage sur la glace, de la côte ferme à Anticosti, à l'endroit du bras de mer le plus étroit, a été tenté par des pêcheurs et des Indiens de la côte Nord. Les voyageurs s'étaient munis d'uu bon canot qu'ils traînèrent avec eux sur la glace, comme cela est la coutume quand on va chasser dans les nappes d'eau libre. A quelques milles de leur point de départ de la côte Nord, ils ont rencontré un assez fort courant qui
1. 16 février 1903. Un garde particulier arrivant de sa tournée m'annonçait qu'à partir de la Pointe du Sud-Ouest jusqu'à la crique de la Chaloupe, la mer était parfaitement libre de glaces, il y a une quinzaine de jours, alors qu'ici, à la baie Sainte-Claire nous en avions à perte de vue.
2. Elisée Reclus, Amérique boréale. . .
46 MONOGRAPHIE UE I/IF.E DANTICOSTI.
charriait des débris de glaçons et une bouillie de glace*. Dé l'autre côté de ce courant leur apparut une banquise qui leur avait l'air d'être solide jusqu'à Anticosti, mais il leur fut impossible de traverser ce passage de glace en bouillie épaisse d'un mètre, trop molle pour porter un homme à pied et trop consistante pour permettre la manœuvre d'un canot. Force donc leur fut de rebrousser chemin. Des animaux à fourrure, qui ne se mouillent jamais dans l'eau de mer, ne sauraient davantage s'engager dans cette bouillie glaciaire, et pour ce qui est de l'ours, il me semble que la question sera tranchée quand on se sera rappelé que ce plantigrade est un animal hibernant et que l'on saura que celui d'Anticosti commence son sommeil hivernal dans les premiers jours de novembre, alors qu'il n'y a pas encore un atome de glace sur les eaux du golfe. Pour ce qui est des serpents, des batraciens, et des insectes, il en sera parlé au chapitre qui les concerne.
Après avoir dit qu'Anticosti semble n'avoir jamais fait partie du Continent, alors que tout indique, au contraire, que cette île n'est qu'une île continentale, Elisée Reclus^ ajoute, d'ailleurs très justement : « Des deux côtés d'Anticosti, les bouches de l'estuaire s'ouvrent dans la mer à demi close qu'on appelle le a Golfe » du Saint-Laurent, et que l'on doit considérer, en effet, comme en dehors de l'Atlantique, à cause de ses faibles profondeurs. Ce n'est qu'un bassin d'érosion creusé par les eaux de la partie superficielle de l'écorce ter- restre : sur tout le pourtour du golfe, des amorces d'assises géologiques témoignent de l'ancienne continuité du sol émergé. »
Température de Veau. — Pendant l'année 1899, j'ai pris régulièrement, à la Baie Sainte-Claire, la température de l'eau de mer, à la surface, soit en canot en été, soit dans un trou pratiqué dans la glace en hiver. J'ai pris aussi celle de notre
1. Cette bouillie de glace est appelée mangane par les pécheurs. Elle est for- mée par la chute de la neige et par le broiement des glaçons et de la glace fine par les courants.
2. Elisée Reclus, loc. cit.
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48 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTI.
petite rivière de la Baie Sainte-Claire, près de notre maison, et celle de la nappe souterraine, dans notre puits. Le thermo- mètre, rigoureusement exact, m'a fourni les chiffres suivants pour chaque quinzaine (voir page ci-contre).
On voit que pour l'eau de mer, les couches les plus super- ficielles peuvent atteindre près de 18" à la surface, mais c'est seulement les jours de soleil et au voisinage immédiat de la côte oi^i l'eau, à mer haute, s'est échaufï'ée sur la plate- forme littorale. Quant à l'eau du fond, elle reste toujours froide à partir de quelques brasses et dans la baie EUis, au mouillage de la Bacchante, par deux brasses et demie, elle n'a jamais dépassé + 15° pendant l'été, qu'elle n'a atteint, du reste, que pour bien peu de temps. Je dois le relevé de la température de l'eau de mer de la baie Ellis à l'obligeance de M. Lesieutre, mécanicien en chef de la Bacchante, qui a pris régulièrement, matin et soir, la température de la surface et du fond, pendant tout le séjour de M. Henri Menier à son île, durant l'été 1901.
On remarquera dans ce relevé le peu de différence entre la température de la surface et celle du fond, ce qui tient à ce que cette température a été prise à une certaine distance de la côte, et en outre, au peu de profondeur de l'eau et à l'action des courants qui ont mêlé les différentes couches liquides. On verra aussi que les écarts sont souvent considérables dans l'espace de quelques jours, par exemple, du 3 au 6 juillet. A ce propos, l'excellent capitaine Viau, de la Bacchante, a remarqué que les températures basses de l'eau, à la baie Ellis, succédaient à certains vents qui amenaient les eaux du détroit de Belle-Isle dans la région Ouest d'Anticosti. J'ai cru devoir donner, à titre de comparaison, les températures de l'eau pen- dant le voyage de la Bacchante, non seulement sur les côtes d'Anticosti, mais même dans le fleuve Saint-Laurent et jusqu'à Québec.
METEOHOLOGrE. 49
Température de l'eau de mer. — Voyage de « Bacchante » 1901.
ANTICOSTI Baie EUis.
25 juin. . .
26 — . . .
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29 — . . .
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14 juillet . . . Baie EUis.
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Baie EUis.
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14 août. . . . FI. St-Laurent.
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ANTICOSTI Baie EUis.
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14
bO MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTL
Humidité. — L'humidité n'a rien d'excessif malgré la situation d'île de la région qui nous occupe. Cela tient au peu d'abondance et au peu de fréquence des pluies ainsi qu'à la proximité du Continent d'oii nous viennent les vents régnants, Aussi permet-elle le séchage parfait de la morue pendant la saison de pêche. Elle est toutefois encore suflisamment abon- dante pour dispenser de l'arrosage de nos jardins, ce qui est un grand avantage pour la culture maraîchère et favorise remarquablement la croissance des plantes fourragères.
L'hygromètre enregistreur^ oscille le plus souvent entre 40 et 80. Les deux extrêmes constatés sont 17 et 93, et n'ont duré que quelques instants. Trois ou quatre fois par an, il descend au voisinage de 20 (ce qui est l'indice d'une grande précipitation atmosphérique prochaine), mais pour remonter aussitôt. Il arrive assez fréquemment au voisinage de 90, mais s'y maintient rarement plus d'une journée, quelquefois deux.
En hiver, quand se' montre, par une claire matinée, lé givre, auquel les Canadiens ont conservé le charmant mot de frimas, « c'est le frimas qui tombe », cela nous indique, pour le soir même ou pour le lendemain, des vents de la partie Sud avec chute de neige. Pour la même raison, en été, quand la rosée est abondante, nous pouvons nous attendre à des vents de cette même partie et à de la pluie.
A partir du mois de septembre, la chaleur du soleil n'est plus suffisante pour sécher la terre, et la route de la Baie EUis, par exemple, qui est restée sèche tout l'été, se main- tient humide et boueuse, même en l'absence de pluie.
Précipitation atmosphérique. — Les cartes météorolo- giques du Canada publiées par le Bureau central de Toronto nous montrent, par une teinte bleue assez foncée, que les précipitations atmosphériques les plus fréquentes ont lieu sur les côtes de la Nouvelle-Ecosse, sur Saint-Pierre et Miquelon, l'île de Terre-Neuve tout entière et la pointe du Labrador qui
1. Hygromètre de la maison Richard frères de Paris.
METEOROLOGIE. 51
est du côté de Belle-Isle, pour le côté atlantique du Canada. De là, la bande bleu foncé gagne Québec et Montréal, passe entièrement sur la Baie James de la Baie d'Hudson et finit dans le Keewatin sur le rivage Ouest de cette baie. Le même bleu réapparaît sur les côtes du Pacifique dans la Colombie anglaise.
Une teinte d'un bleu plus tendre part de la côte du La- brador près du oo^ degré de latitude, englobe Anticosti, la Gaspésie, pour remonter dans la Péninsule du Labrador, tra- verser le Nord de la Baie d'Hudson, redescendre la partie Ouest du Keewatin, franchir le Nord de la Province d'Ontario, passer par Ottawa, pour se terminer un peu au Sud du Saint- Laurent, si l'on ne sort pas du Canada.
La première teinte comprend les pays où il tombe plus de 28 centimètres d'eau pendant les trois mois de végétation; et la seconde teinte, ceux oii il en tombe de 23 à 28 centimètres. Il pleut donc moins à Anticosti que dans beaucoup d'autres régions du Canada. Chaque fois, du reste, que quelques-uns d'entre nous ont à aller à Québec, ils constatent qu'il y pleut beaucoup plus qu'à l'île et autrement fort.
Neige. — Les insulaires vous diront qu'il tombe en moyenne dans la partie Ouest de l'île trois pieds* de neige et à peine deux dans la partie Est sur le côté Sud. C'est qu'en effet, par un phénomène digne de remarque, sur cette immense propriété où le soleil se couche à plus de dix minutes d'inter- valle entre les deux extrémités, souvent il tombe de la neige dans la partie occidentale, alors qu'il pleut dans la partie orientale. Cette dernière particularité s'explique facilement quand on songe que, souvent également, les banquises cou- vrent l'eau du golfe dans la première de ces régions, alors que l'eau se trouve libre dans la seconde qui a pour elle, de plus, d'être située un peu plus au Sud. En outre, il n'est pas rare d'observer des précipitations atmosphériques, différentes, non seulement de forme, mais d'intensité, dans ces deux régionS;
1. Le pied égale 33 centimètres environ.
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52 MOXOr.nAPHIE DE f/ILE D'ANT ICOSÏI.
ainsi qu'on peut le constater sur les cartes mensuelles du Bureau météorologique de Toronto, où l'île présente parfois deux teintes différentes, ce qui indique une quantité diffé- rente de pluie ou de neige tombée à la pointe Est et à la pointe Ouest.
A propos de la neige, un Indien Montagnais de la côte Nord me disait que dans la Péninsule du Labrador où il allait en hiver avec sa famille faire la chasse au caribou', il n'y avait jamais plus de deux pieds de neige. Cela concorde tout à fait avec la carte du Service météorologique concernant tout le Canada, et dans laquelle nous voyons la teinte bleue, qui, à son maximum de ton, indique un maximum de précipitations atmosphériques, aller par une gradation décroissante des Pro- vinces Maritimes et de Terre-Neuve, en passant par Anti- costi jusqu'au Nord de la Péninsule labradoriennc.
Il est juste d'ajouter qu'il y a, à l'île d'Anticosti, des dif- férences souvent importantes dans la chute de la neige entre un hiver et le suivant. C'est ainsi que, depuis sept années, j'ai observé un hiver où nous n'avons eu que 70 centimètres de neige^ et un autre, celui de 1899-1900, en particulier, où la hauteur de la neige, dans la forêt, à l'abri du vent, a atteint deux mètres et dix centimètres.
Poiidrin. — A la pointe Ouest comme à la Baie Sainte- Glaire, en particulier, il est rare que cette neige, tombée par des vents plus ou moins forls du Sud ou de l'Est, sur la ban- quise qui s'étend à perte de vue, reste longtemps au repos. Le plus souvent, la chute terminée et après une période de calme qui peut n'être que de quelques minutes, le vent du Nord-Ouest prend brusquement et violemment. Toute cette neige qui vient de très loin sur le golfe se trouve alors chassée sur la côte dont elle monte la pente à la charge en bataillons serrés. En plein jour les maisons voisines deviennent invisi- bles dans ces tourbillons de poussière blanche; les travaux au
1. Ranf]ifer caribou (Gmel).
2. On estime en météorologie que dix parties de neige donnent une partie d'eau. LooMis, Treatise of meteorology.
METEOROLOGIE. 53
dehors des gens et des bêtes (le charroyage) sont suspendus, les écoliers sont en vacances, et les employés et ouvriers ont à faire appel à tout leur amour-propre pour se rendre à leur bureau ou à leurs ateliers distants d'une centaine de mètres de leurs habitations respectives. C'est qu'en effet, le vent souffle en tempête, le thermomètre marque de 18 à 25 degrés au-dessous de zéro, et sous l'influence de la force du vent et de cette projection continue de cristaux de neige, la plus petite partie du visage qui y est exposée est gelée en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire. Joignez à cela l'aveuglement pro- duit par cette poussière, la difficulté de la marche dans ces bancs de neige' en formation et non encore durcis, et dans lesquels on eofonce même avec des raquettes, et vous vous rendrez compte de l'effort à faire pour braver l'intempérie. Heureusement, ce mauvais temps ne dure pas, en général, plus d'un jour, deux, trois au plus, souvent moins, et se pré- sente d'habitude à d'assez longs intervalles. On peut, d'ail- leurs, ajouter que cette gêne du poudrin^ n'est que locale, et qu'il suffirait de s'établir dans l'intérieur, au milieu de la forêt ou même près de la côte à l'abri de quelque rideau d'arbres ou de quelque accident de terrain, pour s'en pré- server en grande partie. Enfin, comme le poudrin se produit le plus souvent ici par le vent du Nord-Ouest, qui est le vent du beau temps, le soleil est de la partie, et je dirai volontiers avec Elisée Reclus^ : « Nul spectacle n'est plus beau, par les claires matinées d'hiver, que le poudrin ou la « poudrerie » s'élevant en fusées vaporeuses comme des danses d'esprits, sur le champ de neige tout pailleté de cristaux étincelants. » Brume. — Quelques auteurs se sont plu à décrire Anti- costi comme un île de pluie et de brume. On vient de voir
1. Ces bancs de neige se forment dans des remous ou à l'abri du vent. Dans une seule poudrerie, ils ont parfois enseveli des cabanes de pêcheurs qu'on a dû, la tourmente passée, désenneiger , la pelle à la main, pour leur permettre de sortir. A la Baie Sainte-Claire, un banc de neige s'est élevé à la hauteur du toit de la vacherie qui est à 3 mètres au-dessus du sol.
2 Le Journal officiel de Saint-Pierre et Miqucloa dit poudrin et les Cana- diens, poudrerie.
3. Elisée Reclus, loc. cil.
U MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTL
qae, pour la pluie, il en tombe moins qu'à Québec et à Mont- réal qui n'ont jamais passé pour des villes pluvieuses. Quant à la brume, effroi du navigateur, celui-ci en trouve toujours trop, môme si elle ne dure que quelques heures, surtout dans un golfe et à proximité des côtes; mais, alors que la côte Sud de Terre-Neuve ainsi que les îles de Saint-Pierre et Miquelon restent souvent des semaines entières dans la brume, il est rare que l'île d'Anticosti y reste une journée.
L'aimable gardien du phare de la pointe Ouest, M. Malouin, a un détonateur qui tire, toutes les vingt minutes, en temps de brume, une cartouche au fulminate, faisant le bruit d'un canon. Par conséquent, l'observation de la brume est faite d'une façon rigoureuse nuit et jour, et dès qu'elle apparaît, le détonateur fonctionne et nous l'entendons très bien de la Baie Sainte-Claire distante de 4 kilomètres et demi par la route et de 3 kilomètres environ en ligne droite. M. Malouin m'a fourni, pour l'année 1901, le nombre des heures de brume, qui s'élève à 364, ce qui nous fait un peu plus de 15 jours pour toute une année. Dans cette période, je relève seulement quatre fois 24 heures consécutives de brume, le 30 mai) le 3 juin, le 9 juin et le 31 juillet, et une seule fois 26 heures de suite, le 28 août. Le reste du temps, la brume dure 1, 2,, 3, etc., jusqu'à un maximum de 14 heures qui s'est produit trois fois, le 13 mai, le 17 juillet et enfin le 24 décembre, alors que la navigation est fermée (depuis le 20 novembre) et les lumières des phares éteintes depuis le 1"' décembre).
La brume, du reste, ne fait le plus souvent qu'entourer l'île sans la pénétrer. Aussi nous est-il arrivé plus d'une fois de voir les deux bras de mer de l'estuaire du Saint-Laurent, ou seulement l'un ou l'autre, suivant la direction des vents, couverts d'une brume opaque, d'entendre tonner le détona- teur de la Pointe Ouest, alors que le soleil brillait à la Baie Sainte-Claire. Nous nous trouvions dans une île de soleil qui, comme un coin, avait fendu le brouillard.
La brume semble ici avoir deux origines, l'une locale, l'autre océanique. La première se produit sur place, par une
MÉTÉOROLOGIE. 55
atmosphère calme, et est toujours l'annonce d'un change- ment de temps accompagné de vent. L'autre semble nous arriver des bancs de Terre-Neuve ' par le détroit de Cabot, ou tout au moins de la partie du Golfe située entre l'île et ce détroit.
Vents. — On a pu être étonné de voir que j'indiquais plus haut le Nord-Ouest comme le vent du beau temps. C'est, en effet, ce qui a lieu pour toute cette région de l'Amérique où les vents de la partie Ouest, qui se sont, pour ainsi dire, essuyés sur le Continent américain, sont des vents secs. Les vents de la partie Est, au contraire, qui se sont saturés d'humidité sur l'Atlantique, sont les vents qui nous donnent la pluie et la neige. C'est exactement l'inverse de ce qui se passe en France.
Ces mouvements de l'atmosphère sont violents et fré-
1. En faisant route pour Anticosti, avec M. Henri Manier, à bord de soa yacht, nous avons vu, au voisinage des bancs de Terre-Neuve, à la fin de mai 1896, plusieurs icebergs, dont deux énormes, entraînés vers ces bancs par le courant polaire qui rencontre alors le Gulf Stream dans les eaux duquel se fondent ces glaces flottantes.
« La rencontre des deux^ courants est la principale cause de ces brouillards qui caractérisent les parages orientaux de Terre-Neuve. Au printemps, en été, en automne, quand le courant du Golfe a la prépondérance dans ces mers, les va- peurs s'élèvent en abondance des eaux soudain refroidies et souvent la mer se recouvre de brouillards sur des espaces grands comme la France ou même comme une moitié de l'Europe. Les récits des marins qui, pour la plupart, ne connais- sent de Terre-Neuve que ses approches et ses ports de la côte sud-orientale, ten- dent à faire confondre l'île elle-même avec les Bancs, et d'ordinaire on parle du climat terre-neuvicn comme si une brume intense en était le phénomène perma- nent. Lors des vents du Sud et du Sud-Ouest, il est vrai, les brouillards des Bancs sont roulés par un tapis formé par le courant aérien et viennent s'entasser en couches épaisses dans les criques et les baies du littoral, mais ces vapeurs ne pénètrent ordinairement pas à une grande distance dans l'intérieur : la terre mange le brouillard, disent les indigènes. Les côtes de Terre-Neuve le plus fré- quemment enveloppées de vapeurs sont précisément les plus peuplées, celles qui regardent dans la direction du Banc et de ses pêcheries. Sur le littoral de l'Ouest, tourne vers le golfe du Saint-Laurent et vers Anlicosli, les brouillards se moptrent assez rarement.
« Pendant la plus grande partie de l'année, les vents qui dominent dans le» mers de Terre-Neuve sont les vents de l'Ouest et du Sud-Ouest, parallèles à la marche des courants océaniques et ces vents, au lieu de pousser les buées sur l'île voisine et sur Anticosti, les entraînent au travers de l'Atlantique dans la direction de l'Europe occidentale : les îles Britanniques surtout absorbent les vapeurs ap- portées des mors américaines. » (Elisée Reclus, loc. cit.)
50 MONOGRAPHIE DE L'ILE U'ANTICOSTI.
quents sur l'île, aussi y a-t-il lieu d'en tenir compte en bien des cas (construction d'habitations, emplacement d'exploita- tions agricoles ', port de vêtements de laine même en été, etc.). Ils ne vont, toutefois, jamais jusqu'au cyclone, et les trajectoires de la zone dangereuse de ces tourbillons se trouvent beaucoup plus au Sud.
Mirage. — Les phénomènes de mirage sont fréquents en été sur l'eau du golfe.
Eclairs et Tonnerre. — Les éclairs et le tonnerre sont rares, de faible intensité, de courte durée et ne se produisent pas tous les étés.
Grêle. — Je n'ai jamais observé de grêle sur l'île et les plus vieux insulaires assurent également qu'ils n'en ont vu à aucune époque.
Aurores boréales. — Les aurores boréales, dont le nombre varie d'environ quarante à quatre-vingts par année, sont par- fois remarquables d'intensité. Nous les voyons le plus souvent au-dessus de la côte labradorienne où leurs effluves dérou- lent leurs franges lumineuses qui éclairent toute cette partie du Golfe de tons étranges et changeants. C'est un spectacle de toute beauté par une nuit calme, claire et sans lune !
L'électricité se manifeste encore ici par maints autres phénomènes. Je noterai en passant l'énorme déviation de Taiguille aimantée dans le golfe Saint-Laurent et sa variation en des points difi"érents du Golfe, d'où une réelle difficulté pour le navigateur. Enfln, en hiver, dans nos maisons ^, les phénomènes électriques nous apparaissent à chaque instant.
1. Une magnifique plantation de tahac aété ravagée àla baie Sainte-Claire, au commencement de septembre 1900, par une tempête du Nord-Ouest, Des plants analogues se sont, au contraire, parfaitement bien comportés dans le potager de la baie Ellis qui est protégé du Nord-Ouest par un rideau d'arbres.
2. Il suffit, par exemple, de frotter les pieds sur le tapis delà chambre, pendant quelques instants, pour pouvoir produire une étincelle électrique, en approchant son index du visage de quelqu'un. De même, à l'obscurité, le passage du peigne dans les cheveux ou dans la barbe produit un dégagement de petites étincelles. Le même phénomène a lieu si l'on vient à passer la main sur le dos du chat fami- lier. A l'hôpital, les sacs en papier, dont je me sers pour délivrer certains médi- caments, adhèrent à mes mains dès que j'essaye de les ouvrir et leurs parois se collent aussitôt l'une à l'autre, etc.
METEOROLOGIE. 57
Feu Saint-Elme. — Le 17 décembre 1902, à six heures du soir, par une nuit sombre, j'ai eu l'occasion d'observer à la baie de Sainte-Glaire, en présence de plusieurs personnes, le curieux phénomène du feu Saint-Elme. Ce phénomène était bien manifeste au bout de la jetée qui avance d'un€ centaine de mètres dans la mer, mais il diminuait du côté de la terre ferme pour disparaître complètement à quelques mètres du rivage. 11 nous suffisait alors, pour l'observer à loisir, de nous promener sur cette jetée, et aussitôt chaque poil de nos casquettes d'hiver, en grosse laine, était sur- monté d'une petite boule électrique violacée de la grosseur d'un grain de chènevis, en même temps que nos cheveux électrisés nous donnaient une étrange sensation de fourmille- ment. Élevait-on alors le bras en écartant les doigts? une petite aigrette lumineuse apparaissait au bout de chaque doigt. Enfin, les poteaux qui servent à installer les feux de naviga- tion étaient également surmontés d'une aigrette électrique, mais beaucoup plus grande (un décimètre de hauteur en- viron), et qui faisait entendre d'une façon très distincte le crépitement spécial des décharges électriques.
Au moment du phénomène, après une journée brumeuse avec du calme, le vent venait de passer brusquement au Nord- Ouest et la neige ' s'était mise à tomber depuis une demi- heure. Or, on a constaté mainte fois que dans une chute de neige, accompagnée de ventyJes couches inférieures de l'air produisaient de l'électricité d'une grande intensité. C'est pré- cisément cette existence de tension électrique dans l'air qui nous environnait qui s'est manifestée dans notre cas par la production du feu Saint-Elme.
Pour en terminer avec l'électricité et comme dernière ma- nifestation, je citerai l'odeur d'ozone que j'ai souvent perçue sur ou près du rivage de l'île.
1. Nous avons vu plus haut que le Nord-Ouest s'accompagnait habituellement d'une atmosphère pure. C'est, en effet, ce qui a lieu, et ce n'est qu'au moment de la saute de vent qu'il tombe, pendant peu de temps, un peu de pluie ou de neige, suivant la saison.
b8 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOST[.
Parasélènes et Parhélies. — Les halos s'observent assez souvent autour de la lune et plus rarement autour du soleil. Dans ce dernier cas, leur manifestation se borne à deux ovales lumineux sensiblement perpendiculaires à l'horizon et situés à une certaines distance du soleil. Quelquefois il n'en existe qu'un seul. Le langage du pays appelle ce vestige de parhélie œil de bouc, ce serait, bien plutôt, un œilde chat. En tout cas, c'est l'annonce à bref délai d'une chute de neige ou de pluie.
Il m'a été donné, toutefois, d'observer le 11 mars 1899, un de ces parhélies qui me semble digne d'être noté. Ce matin-là, à sept heures, le thermomètre marquait — 10°. Le temps était calme et couvert. La brise très faible hésitait entre le Nord-Ouest et le Nord-Est. A 9 heures, le thermomètre marquait — 3". Même apparence du temps à 10 heures, — 2", S. La brise vient du Nord-Est. Le temps est toujours couvert.
A 11 h. 30, le thermomètre est à — 1°. Une éclaircie se fait dans le ciel et le soleil apparaît un peu voilé. Il est entouré d'un halo complet que j'appellerai cercle central, que coupe du côté du Nord un second halo beaucoup plus grand. L'intersection des deux cercles donne le fameux œil de houe. Au Sud du cercle central et langeant à lui se trouve un autre cercle, au point de tangence duquel est un ovale lumineux. Enfin, à l'Est du cercle central est un arc de cercle qui lui est parallèle, et à l'Ouest, un autre également. Il se trouve en outre, plus à l'Ouest, un autre demi-cercle dont la convexité regarde le cercle central. La fig. 20 est la reproduction d'un schéma aussi fidèle que possible d'après un croquis relevé au moment même de ce phénomène, qui a duré avec des diflFé- rences d'intensité et de netteté pendant près d'une heure. A 3 heures, la température s'est abaissée à — 3°, en même temps que la brise a tourné au Sud.
Le temps est devenu sombre et menaçant. A S heures, le thermomètre marque — kP La brise qui est toujours du Sud augmente de force.
Enfin, à 6 heures du soir, la neige commence à tomber, fine et serrée.
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MÉTÉOROLOGIE. 59
La veille avait été assez calme et la nuit assez claire. Les étoiles toutefois paraissaient un peu embrumées, ce quiannon- çait de la neige pour le lendemain.
Éclipse de soleil. — A propos du soleil, j'ai eu l'occasion d'observer un autre phénomène également intéressant, la fa- meuse éclipse du 28 mai 1900. Au moment de son maximum, les objets terrestres donnaient la sensation d'être vus à. tra- vers un verre légèrement fumé, et en même temps que l'on percevait nettement un refroidissement de l'air ambiant.
Lumière zodiacale. — Cette lumière s'observe souvent après le coucher du soleil par beau temps calme.
Crevasses produites par la gelée. — En terminant ce qui a trait à la météorologie, je noterai le bruit de dénotations sourdes que l'on entend parfois la nuit, à la Baie Sainte-Glaire et probablement ailleurs, mais non simultanément, au com- mencement de l'hiver. En même temps, les maisons se trouvent légèrement ébranlées. Ce bruit est dû à l'éclatement, sous l'influence de fortes gelées, alors que le vent a balayé la neige, de la terre noire qui recouvre le sous-sol. Le lende- main matin, en effet, on trouve des crevasses profondes d'un mètre, longues de plusieurs dizaines de mètres et que la fonte des neiges rebouchera presque complètement au printemps.
Tremblement de terre. — Un autre ébranlement de la terre, mais plus profond, s'est fait sentir à l'île d' Anticosti le 25 mars 1900 à dix heures dix minutes du soir. Cette fois-ci, il s'agis- sait d'un vrai tremblement de terre, qui a été ressenti à la même heure, à la Baie Sainte-Claire, à la Pointe Ouest, à l'Anse aux Fraises et à la Baie EUis. Il paraissait se diriger de l'Ouest à l'Est.
Quoique de faible intensité et de courte durée, cette vi- bration séismique n'en a pas moins déplacé diff'érents objets et en particulier un poêle de fonte placé dans la solide maison de pierre et de briques du phare de la Pointe Ouest. C'est la seule maison de pierre de toute l'Ile. Toutes les autres sont en bois, suivant la méthode canadienne, et comme le bois est mauvais conducteur, je dois dire qu'elles sont tout à faitcon-
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64 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTL
fortables, été comme hiver. Elles ont, de plus, l'avantage de pouvoir être déplacées quand il y a lieu, pour des aligne- ments, par exemple, et c'est ainsi que des maisons de la Baie Sainte-Glaire ont fait, sur des rouleaux et tirées par des chevaux, des voyages de quelques mètres à un demi-kilo- mètre.
HISTOIRE NATURELLE
L'histoire naturelle, qui comprend la deuxième, la troi- sième et la quatrièrne partie de ce travail, est l'objet principal de cette monographie. C'est autour de lui que sont venus se grouper les autres chapitres, afin de donner une meilleure vue de l'ensemble.
La figure 22 représente les choses les plus usuelles de l'équipement de l'auteur pour les recherches dont l'exposé va suivre. Elle est donnée en raison de ce qui est plus particu- lièrement spécial au pays, les souliers à neige, les raquettes et la toboggane.
ÉQUIPEMENT POUR LES RECHERCHES d'hISTOIRE NATURELLE (Fig. 22)
A. Souliers à neige.
B. Raquettes.
C. Toboggam.
D. Piège à ours.
E. Piège à renard.
F. Pièges à martes.
G. Filet de soie. H. Kodac. I. Ligne & morue. J. Ligne à saumon. K. Bêche à sondages
DEUXIÈME PARTIE
CHAPITRE IV
GEOLOGIE
I. SILURIEN d'aNTICOSTI
La géologie et la paléontologie de l'Ile sont les deux seules parties de l'histoire naturelle sur lesquelles nous ayons des travaux importants. Le premier est du à M. James Ri- chardson qui, du 6 juillet 1836 au 30 septembre de la même année, a exploré consciencieusement toute la côte d'Anticosti, en faisant quelques incursions à l'intérieur dans le lit de cer- taines rivières. Le second est de M. Billings, le paléontologiste bien connu, qui a examiné avec le professeur Hall, l'éminent paléontologiste de l'Etat de New-York, les nombreux fossiles rapportés par M. Richardson, les a dénommés et en a décrit un assez grand nombre de nouveaux.
Ces travaux ' très intéressants ont été publiés par la Com- mission géologique du Canada, sous la direction de sir Wil- liam E. Logan. C'est en grande partie leur résumé que je donnerai pour tout ce qui a trait au terrain le plus ancien d'Anticosti % le silurien. Quant au plus récent, le quater- naire, M. Richardson n'en fait aucune mention et il est si-
1. a) Exploration géolof/ique du Canada. Rapport au Congrès. Toronto, 1857. b) Géologie du Canada, avec Atlas, Montréal, 1864.
2. Geological Survey Department, Ottawa, 1902.
66 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTL
gnalé pour la première fois par M^"" J.-C.-K. Lallamme * que, pour mon plus grand profit, j'ai eu l'honneur d'accompagner dans plusieurs de ses excursions géologiques à l'île d'Anti- costi, en août 1901. Quelques pages publiées par le savant professeur de l'Université Laval dans le Summary Report of the Geological Survey Department pour l'année 1901 nous donnent le résumé du résultat de ses opérations. On en trouvera quelques extraits plus loin, à propos du quaternaire.
Position géologique d'Anticosti. — Anticosti se trouve situé dans les Basses Terres Laurentiennes des géologues, au Nord- Est de la grande faille Champlain-Appalachienne qui sépare le Canada en deux parties, un bassin oriental et un bassin occidental.
Cette grande ligne de rupture part de l'Alabama aux Etats- Unis, passe à Québec, suit le chenal du fleuve Saint-Laurent pour arriver dans le golfe, en laissant sur la terre ferme de la côte de Gaspé vme étroite bande de silurien de même nature que celle que l'on retrouve sur le côté Nord d'Anticosti. Le reste de l'île présente un caractère qui semble lui être spécial et qui a frappé tous les géologues. Richardson nous dit qu'il a trouvé que les roches de l'Ile étaient, tant par leurs carac- tères lithologiques que par les fossiles qu'elles contiennent, un peu différentes de celles dont il avait eu connaissance auparavant.
D'un autre côté, j'ai entretenu une longue correspon- dance avec M. Charles Schuchert, géologue de la Smithsonian Institution, auquel j'avais envoyé des fossiles d'Anticosti, dont il a bien voulu faire la détermination. Les spécimens et les renseignements que je lui avais adressés lui avaient donné le désir de se rendre sur les lieux, et j'aurais eu l'agrément de sa visite, l'an passé, s'il n'avait été obligé de se rendre
1. M»"" J.-C.-K. Laflammc, professeur de géolojjie à TUniversité Laval, che- valier delà Légion d'iionneur, membre de la Société Géologique de France, vice- président du Congres géologique international de Washington, 1891, vice-prési- dent du Congrès géologique international de Saint-Pétersbourg, 1897, etc.
GÉOLOGIE. 67
au Congrès de Vienne. Je trouve dans une de ses lettres' : « A un certain point de vue, Anticosti est géologique- nient la plus intéressnte région de l'Amérique. Billings a établi que nous avions là une transition complète du silurien intérieur au silurien supérieur. Si cela est vrai, et apparem- ment il en est ainsi, Anticosti est le seul endroit de FAmé-. rique du Nord qui présente cette particularité. »
Enfin, M. H. M. Ami, membre de la Commission géologique du Canada, que je n'ai eu l'honneur de voir qu'un instant trop court, m'a remis lui-même un de ses ouvrages ^ dans lequel je lis ce qui suit, à la page 28, à propos du silurien :
« Les Basses Terres Laurentiennes. — Sur l'ile d'Anticosti, des calcaires et des schistes en couches peu épaisses forment une étendue importante de roches siluriennes. M. Billings a donné à ce développement singulier le nom de Silurien Moyen ; on remarque que les calcaires- de Lorraine' de l'Ordovicien Supérieur oflrcnt ici un passage ascendant, sans aucune brèche de continuité dans le caractère lithologique ou l'origine de sédimentation des couches, aux diverses divisions correspon- dant aux formations Médina, Clinton et Niagara. — On a as- signé aux diverses strates siluriennes d'Anticosti, certaines désignations locales basées sur la faune telle qu'elle est clas- sitiée par Billings.
« L'auteur de cette Esquissera l'intention d'entreprendre sous peu la discussion et la revision de ces divisions. »
En attendant la réalisation de cette intention qui pourra éclairer d'un jour nouveau le développement singulier du si- lurien d'Anticosti et faire peut-être adopter d'autres divisions, je me contenterai pour le moment de suivre celles qui ont été proposées par Richardson et adoptées jusqu'à présent par la majorité des géologues. Je joindrai à ce tableau, comme
1. Ch. ScHucnERT, Lettre particulière, 1 o:t. lOOl.Ti-ad.
2. Ami, ë'*^. qéol. du Canada.
3. Appelés aussi Hudson River par quelques géologues.
■4. H.-M. Ami, Esquisse géologique du Canada. Québec, 1902.
68 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTI.
point de repère, la concordance de ces divisions avec les for- mations analogues décrites par les géologues américains.
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Dans te silurien d'Anticosti, les divisions A et B ont pu être assimilées à la formation de la rivihe Hudson, bien étu- diée par les géologues de New-York. Les divisions G, D, E, F, ont été supposées correspondre au conglomérat d'Oneida, au grès de Médina et au groupe de Clinton de l'Amérique du Nord.
Avant de commencer l'élude détaillée de ces divisions, je dirai d'une façon générale que l'ile d'Anticosti est tout entière formée de silurien recouvert par places de quaternaire sans la moindre trace de terrains intermédiaires. Ce territoire semble être un lambeau de la paroi d'un bassin peu profond dont certaines parties sont cachées et dont les autres ont été éro- dées et plus ou moins détruites par les eaux des périodes géologiques subséquentes. Lors de sa formation, ce bassin reposait au Nord sur les terrains laurentiens de la péninsule du Labrador et s'étendait dans une grande partie du golfe Saint-Laurent actuel. Dans l'Atlas de la géologie du Canada ', nous trouvons une coupe de ce bassin silurien qui nous montre son peu de profondeur. La section- part du terrain archéen de la côte Nord du golfe Saint-Laurent, à la hauteur de la grande île de Mingan qu'elle traverse. De là, elle se dirige au Sud-Est à travers le bras du Nord jusqu'à Anticosti qu'elle coupe suivant le Sud-Ouest, par le travers, à quelques milles à l'Occident de Hache Cove, pour sortir à la pointe du
\. Atlas de cartes et de coupes. Dawson, frères, éditeurs. Montréal, 186o. 2. V. dans la carte de la fin du volume la ligne de section.
GEOLOGIE. 69
Sud-Ouest . Ensuite, elle passe par le bras Sud du golfe et continue sa route jusqu'à la baie de Gaspé, que j'ai eu l'occa- sion d'explorer, et d'oiî finalement elle se dirige vers le Sud au cap d'Espoir, dans la baie des Chaleurs.
Dans cette coupe, nous voyons les couches siluriennes les plus anciennes, venir en contact avec le terrain laurentien à Mingan, plonger ensuite faiblement sous le golfe et se relever doucement un peu avant leur terminaison à la Gaspésie.
Les îles Mingan, que j'ai visitées à différentes reprises, sont formées de silurien inférieur qui, d'après Richardson, appartient en partie à la formation de Birdsei/e et de Black River des géologues américains. Leurs couches plongent au Sud vers l'île d'Anticosti avec une inclinaison moyenne de 47 mètres par kilomètre. Gomme il y a dans Anticosti des terrains appartenant à des étages supérieurs qui ont sensible- ment la même inclinaison, on est en droit d'en conclure que cette pente des couches de Mingan se continue dans les mêmes conditions au fond du bras Nord du golfe entre la côte du Labrador et Anticosti . Sur cette largeur d'environ 30 kilomètres leur épaisseur a été évaluée à peu près à oOO mètres. On y rencontrerait la partie supérieure de la formation de Birdseye et de Black River, la formation de Trenton et d'Uiica et enfin la partie inférieure de la formation de Hudson River des géo- logues du Nouveau Monde. Gette dernière formation nous intéresse particulièrement, puisque sa partie supérieure cons- tituerait la plus grande portion du côté Nord de l'île d'An- ticosti.
Pour avoir une idée satisfaisante de la formation géolo- gique d'Anticosti, je pense que le meilleur moyen est de par- tir d'un point donné, la baie Sainte-Claire \ par exemple, et de faire, en passant par le côté Nord, le tour complet de l'île que j'ai fait si souvent pour mon service ou pour mes études. Nous nous arrêterons, chemin faisant, aux points les plus remarquables.
1. Autrefois, Anse à la Loutre, Anse Indienne, Englisli Bay, Baie des An- glais, etc. V. Nomenclature géographique, chapitre 1 .
70 MONOGRAPHIE DE L'ILE DANTICOSTI.
Divisions A et B. — A la baie Sainte-Claire même, la roche n'est pas visible à marée haute. Elle ne se montre qu'à marée basse sous l'aspect d'une immense plate-forme littorale formant récif et ourlant' la côte sur une grande étendue. Cette plate- forme nous montre ici une succession de lits minces de cal- caires argileux le plus souvent peu fossilifères. Notre prome- nade ayant lieu pendant la basse mer, nous rencontrons des blocs erratiques, parfois nombreux et groupés dans de petites anses, parfois isolés çà et là, et sur lesquels nous reviendrons à propos de la période quaternaire. Presque tous ces blocs sont formés de roches cristallines ^ Au milieu d'eux se rencontre de temps à autre un petit fragment de schiste noir bitumineux dont la cassure fraîche a une odeur de pétrole et dans laquelle il n'est pas rare de trouver des grapholithes. Ces schistes noirs rappellent ceux de la formation û'Utica et de Hiidson River. D'après ce que nous avons vu plus haut, il est pré- sumable qu'ils proviennent du bras Nord de l'estuaire du Saint-Laurent sur un des rivages duquel nous sommes.
En continuant notre marche, nous arrivons bientôt au cap Sainte-Claire ' fortement miné par les tempêtes du Nord-Ouest et dont je reproduis une vue d'été et une vue d'hiver. Sur la photographie prise en été, nous voyons les différentes couches dont il se compose. Ce sont des lits de calcaire gris, de 2 ou 3, jusqu'à 20 et 30 centimètres d'épaisseur, interstratifiés de lits de schiste verdàtre. Leur plongement est Sud. Les uns sont peu fossilifères, les autres beaucoup. Parmi les fossiles, je citerai notamment, Favosites prolificus, Stenopora fibrosa, Halysites catenulatus, Asaphus obtusls, Asaphus platycepha- Lus, Illœnus grandis, Illœnus orbicandatus, etc.
Nous voyons souvent apparaître dans ces régions des po- lypiers cloisonnés*, dont le diamètre varie de quelques centi- mètres à plusieurs décimètres. Leur cassure donne une forte
1. Cette bordure côtière de rJcifs qui entoure la plus grande partie de l'ileest figurée sur la carte publiée à la fin de ce volume.
2. Granit, gneiss, anorthosite, etc.
3. Syn. English Head.
i. Favosites prolificcs, déterminé par Schubert.
GEOLOGIE. 71
odeur de pétrole ' et tache une feuille de papier. Ce pétrole est bien limité à ces polypiers qui en contiennent presque tous ; la roche avoisinante n'en présente pas de traces.
11 est possible que cette huile provienne de la matière orga- nique des polypiers qui s'est transformée à l'abri de l'air dans les cellules calcaires de l'animal, qui ont en moyenne un mil- limètre de hauteur pour deux de largeur.
Au pied du cap Sainte-Claire et en allant jusqu'à la limite de la basse mer, la plate-forme nous laisse voir également des lits de schiste argileux et de calcaire dont certains présentent souvent une multiplicité de petits creux en forme de coupe d'un décimètre de diamètre environ, séparés les uns des autres par de petites crêtes et qui semblent dus au clapote- ment des vagues.
Dans la série des divisions A et B, la coloration des lits calcaires va du gris ardoise au gris rougeàtre. Leur richesse en fossiles est très variable, ainsi que leur consistance. Tan- tôt ils sont tendres et friables, tantôt ils sont durs et compacts. Ces derniers ont pu fournir à la baie Sainte-Claire d'excellentes pierres pour le soubassement de certaines maisons. Ces pierres, qui sont soumises depuis sept années aux intempéries, ne présentent aucune altération.
La liste des fossiles que ces différents lits contiennent sera donnée aussi complète que possible dans le chapitre de Pa- léontologie, en un tableau qui permettra de voir quels fossiles sont spéciaux à telle ou telle division et quels sont communs à deux ou à plusieurs.
Comme particularité de certains lits, je signalerai spécia- lement à la Baie Sainte-Claire celui sur lequel Richardson appelle l'attention des géologues. Il est important, puisqu'il sert à séparer la division A de la division B. C'est un « lit calcaire, dur, cassant, d'un gris bleuâtre, uni à la surface,
1. Je tenais à signaler la pi-éseuca de ces fossiles pétrolifères qui se ren- contreùt en grand nombre dans divers points de l'île, laissant à d'autres plus compétents le soin de mener à bien la question de la possibilité de pétrole ex- ploitable dans les terrains siluriens d'Auticosti, question qui a été souvent mise en avant et dont le point de départ était justement ces polypiers.
72 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTL
avec des impressions remarquables comme les traces d'un animal, consistant en deux rangées parallèles de trous semi- circulaires, chacun ayant environ un demi-pouce (0'",15) et arrangé de manière que les lignes courbes des trous sont en dehors, pendant que le centre de chaque trou se trouve vis- à-vis du lieu où les circonférences des deux trous de l'autre côté sont interrompues. Les trous sur les côtés opposés diver- gent et laissent une espèce de crête entre eux. Ces deux ran- gées de trous alternatifs ont ordinairement une longueur de 15 à 35 centimètres et sont plus profondément imprimées à une extrémité qu'à l'autre ; les impressions sont si nombreuses dans quelques parties de la surface qu'il y a à peine un mètre carré où l'on n'en trouve point.
« Ce lit (appelé aussi lit à empreintes) à traces particu- lières s'avance dans l'intérieur, près de l'extrémité septen- trionale de VA?ise à la Loutre ou Indienne^, à 69 mètres depuis la base de la section, et en ressort finalement sur la côte, à la Falaise Observation, à une distance de 82 milles, ayant une direction générale de S. 81° E. »
Avant de quitter la Baie Sainte-Claire, je mentionnerai la présence sur la plate-forme littorale, à l'embouchure de la rivière du Lac à la Marne, sur sa rive gauche, d'assez nom- breuses tiges d'encrines, dont on retrouvera de semblables sur la rive droite du Grand Ruisseau, à son embouchure. Il y a lieu également de noter sur toute la plate-forme la présence en quantité parfois considérable de sortes de tiges cylin- driques fossiles entremêlées en tous sens et rappelant tout à fait nos tiges actuelles des grosses laminaires dont elles ont les allures et les dimensions.
En continuant notre route vers l'Est, sur le côté Nord, nous rencontrons le Grand Bm'sseau où l'eau descend en cascade sur des lits de roches que son peu d'épaisseur nous permet d'examiner et où l'on retrouve le même aspect que précédemment. Plus loin, en suivant toujours la côte, nous
1. Actuellement Baie Sainte-Claire.
CASCADE DU GUAND RUISSEAU (Hig. -'ô)
LE CAP OUEST (wBST CLIFF) (Vu à un demi-mille au large) (Fig- 26)
GÉOLOGIE. 73
arrivons à la colline du Grand Mac Carthj, parfois pompeu- sement qualifiée de montagne, et qui a un peu plus de 130 mètres d'élévation, à un kilomètre de la côte. J'en ai fait l'ascension en hiver et ai rencontré avant d'arriver à son sommet une ancienne falaise taillée à pic. Le lit à traces par^ ticulières se retrouve à sa base siir Te rivage, à l'Est.
A partir du Grand Mac Carthy, pour aller jusqu'à la Baie du Renard, nous voyons une succession de collines séparées les unes des autres par des vallées de 6 à 10 kilomètres, et la plupart en bordure de la mer où elles se terminent par un cap taillé à pic.
Après le Grana Mac Carthy, la plus grande élévation visible de la mer est le Grand Cap (la Falaise haute) d'envi- ron 150 mètres de hauteur. Avant d'y arriver, nous avons rencontré la Pointe Nord qui est un rivage bas où se montrent de nombreux blocs erratiques, puis le Cap Blanc. Ce dernier, comme aspect de la roche et comme fossiles, rappelle le Cap Sainte-Claire et le plongement des couches y est S. lOoQ.
Le Grand Cap [Falaise haute) que nous trouvons plus loin ne nous apporte pas grand changement, sauf son incli- naison qui est beaucoup plus accentuée, mais qui reprend bientôt sa pente habituelle. Le reste de la côte jusqu'au Cap Ouest offre une grande régularité et présente toujours des lits calcaires et des fossiles analogues à ceux du Cap Sainte- Claire. Mais en approchant le Cap Ouest, à moins d'un kilo- mètre de son bord occidental, se trouve un filon de diorite d'une largeur d'une cinquantaine de mètres environ et dont une portion s'est abattue dans la mer, à l'Est. A un demi-kilo- mètre de là, s'en trouve un second d'à peu près 20 mètres de largeur. Le premier court dans la direction N. 47" 0. et le second fait le N. 62" 0. Ni l'un ni l'autre ne semblent avoir apporté de modifications dans la stratification des couches calcaires au milieu desquelles ils s'élèvent comme deux mu- railles, pour disparaître bientôt aux regards sous l'épaisseur des arbres de la forêt. Ces filons sont composés d'une diorite
74 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTI.
très dure à grains fins avec du feldspath blanc et de la horn- blende noire.
Le Cap Ouest ^ haut d'environ 100 mètres, taillé à pic, présente dans plus de sa moitié inférieure un éboulis renfer- mant des fossiles semblables à ceux du Cap Sainte-Claire. Il montre également des couches d'une quarantaine de mètres d'épaisseur, supposées appartenir à la division A. Le prolon- gement est S. 17" 0,
Aune centaine de mètres sur le côté oriental du Cap Ouest, se trouve une petite chute d'une trentaine de mètres de hauteur et au pied de laquelle se voit un lit de calcaire dur et compact qui ferait de l'excellente pierre à bâtir. Les fos- siles, — des mollusques pour la plupart, — y sont assez nombreux et bien conservés.
En continuant notre route à l'Est, nous trouvons des lits présentant toujours à peu près les mêmes caractères et sans grandes déviations, puis nous arrivons à la Pointe Charleton qui est sensiblement à égale distance de la Pointe Ouest et de la Pointe Est. Cette Pointe Charleton, haute d'une dizaine de mètres au bord de la mer, s'élève à un demi-kilomètre du rivage à une hauteur de près de 120 mètres. Certains lits, très fossilifères, y présentent des surfaces à découvert oii les fossiles sont en relief. Plusieurs de ces fossiles sont des mêmes espèces que ceux du Cap Sainte-Claire : Favosites pROLiFicus, Stenopora fibrosa, Illœnus grandis; mais beaucoup d'autres sont différents : Dendocrinus latibrachiatus, Pales-
TR1NA RUGOSA, StROPHOMENA GeRES, MuRCHISONIA ïERETIFORMIS,
Orthockras magm-sulcatum, Orthoceras anticostense*. Ces mêmes lits se continuent à la Pointe à l'Epinelte et nous arrivons enfin au Cap Observation, dont il a déjà été parlé à propos du lit à traces particulières qui se trouve être la con- tinuation de celui de la Baie Sainte-Claire. Richardson fait de ce lit à empreintes « une station stratigraphique dans la superposition des couches, et entre ses deux points extrêmes
\. Bii.LiNGS, Explorai, f/éol. du Canada, p. 331.
GORGES DE LA RIVIÈRE VAURÉAL (Fig. 27) (Les parois ont quatre-vingts mètres de hauteiir)
GÉOLOGIE. 75
d'apparition, la Baie Sainte-Claire et le Cap Observation, se trouve contenue toute sa division A, la plus basse de l'île. »
Ici, nous allons nous reporter un peu en arrière et reve- nir à la Baie Sainte-Claire pour de là gagner la Pointe Ouest et V Anse aux Fraises. Comme l'histoire nous l'apprend*, à l'époque de l'exploration de Richardson, il n'y avait pas encore à' Anse aux Fraises et le Cap de la Jonction dont il parle a été depuis appelé Cap de r Hirondelle. Entre la Baie Sainte-Claire et VAme aux Fraises, se trouve un ensemble de lits de calcaire, tantôt gris de fer, tantôt gris rougeàtre, entre- mêlés de lits de schiste verdâtre. C'est à cet ensemble que le géologue canadien a donné le nom de Division B, dont la moyenne de plongement est sensiblement S. 11" 0 dans cette région.
Cette Division B qui, à la partie occidentale de l'île, commence et finit par une anse ou une baie (Anse aux Fraises, Baie Sainte-Claire) qui en précisent bien sa ligne côtière, court ensuite parallèlement au côté Nord de l'île, au-dessus de ,1a Division A de laquelle il est parfois difficile de la dis- tinguer, et réapparaît seule à partir du Cap Observation. Dans l'intervalle, elle se laisse voir en arrière de la côte et par exemple au Grand Mac Carthy où le rivage est de la Divi- sion A et la colline qui est en arrière se trouve appartenir à la Division B.
Après le Cap Observation, en continuant notre route à l'Est, nous arrivons à la Rivière Vauréal. Avec M. Henri Menier et M. Georges Martin-Zédé, nous avons pu, au mois de juillet 1896, remonter à cheval dans le lit remarquable de cette rivière jusqu'à la ravissante chute- de 70 mètres qui est à 11 kilomètres dans l'intérieur. Toutes proportions gardées, ce lit encaissé me rappelle les gorges du Niagara que je devais voir quelques années plus tard, et la chute elle-même se présente dans des conditions analogues à ces fameuses chutes . Celan'arien, d'ailleurs, qui doive nous surprendre, puisque nous
1, Voir Histoire. Chapitre II.
2. Voir lis. Q° 8.
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nous trouvons, ici comme là, dans des terrains de forma- tion assez semblable. Ces gorges de la Rivière Vauréal nous montrent une magnifique coupe de la division B. Les circons- tances ne m'ont pas permis d'y retourner depuis 1896, et mai- gré l'examen trop rapide que j'en ai pu faire alors, dans cette île d'Anticosti que je voyais pour la première fois, et avec une géologie comme toute celle de l'Amérique très différente d'allure de celle de l'Europe, j'en ai gardé des échantillons, des notes et un souvenir, qui se sont trouvés concorder avec ce que j'ai lu, plus tard, de cette division B, dans la Géologie du Canada de la Commission géologique.
A partir de la Rivière F«z«'e«/ jusqu'à la Pointeau Renard, la côte présente une succession de falaises taillées à pic d'une hauteur de trente à cent mètres et laissant entre elles des baies où l'eau est assez profonde pour que les bâtiments puissent y trouver un refuge contre tous les vents qui ne sont pas de la partie Est. La dépression qui constitue la baie se poursuit à l'intérieur des terres en des vallées bien dessinéesdont les flancs s'égoutteraient facilement par la cul- ture et dans le fond desquelles se trouve un ruisseau.
Ces falaises qui se succèdent présentent toujours les mêmes lits calcaires, le même aspect lithologique et paléon- tologique. A partir du Cap Observation, en allant à la Rivière aux Saumons,, elles ont reçu les désignations suivantes : La Pointe Guy qui a une hauteur de 70 mètres ; la Tête de rOurs où le plongement des strates est S. \1°0', la Pointe de la Tour; le Cap Robert où le plongement est S. 23''0, et enfin le Cap Henri \
Ce dernier cap, taillé à pic sur la mer, a une hauteur d'une centaine de mètres. A sa base se trouvent les premiers fossiles en forme d'arbres % que l'on trouvera plus loin en abondance.
1. Il y a un autre Cap Henri, à l'entrée Ouest de la Baie Ellis.
2: J'ai également trouvé de ces fossiles en arrière du village de VAnse aux Fraises, sur la petite crétc qui le domine, dans le creusement des trous qui ont servi à la pose des poteaux téléphoniques.
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Mais poursuivons notre route. Nous arrivons bientôt dans une anse où se jette la Rivière aux Saumons. Cette anse est limitée à l'Ouest par une falaise verticale au pied de laquelle, regardant l'Est, se trouvent, au niveau de l'eau, deux petites excavations de quelques mètres de profondeur, creusées par les vagues, et qui, à quelques centaines de mètres de distance, ressemblent à des entrées de grottes.
La Rivière aux Saumons, que j'ai remontée à plusieurs lieues dans l'intérieur, présente une série de chutes intéres- santes dont la plus élevée a 18 mètres de hauteur. L'embou- chure de cette rivière dessine un assez large estuaire qui a été comblé par des caillloux roulés formant un banc considérable dans lequel la rivière sort au Levant, en biseau. On y peut entrer en baleinière, mais il y a à franchir une barre qui peut être dangereuse par certains vents.
L'anse de cette rivière est limitée à l'Est par une petite falaise des plus intéressantes. C'est ce qu'on appelle la Pointe à la Ratterie. Elle doit son nom à ce qu'il s'y trouve un grand nombre de fossiles ressemblant a des troncs d'arbres * et pré- sentant souvent, dans la paroi de la falaise, une extrémité libre, circulaire et percée d'un orifice central qui leur donne des allures de bouches à feu. Le diamètre de ces fossiles varie de 3 ou 4 centimètres à 25 ou 30. Les lits qui les contiennent se poursuivent dans l'intérieur, et à deux kilomètres dans la Petite Rivière aux Saumons qui se trouve un peu plus loin, j'ai rencontré plusieurs de ces fossiles, dont un, dégagé par l'action des eaux du calcaire environnant, présentait une par- tie libre de 1™,50 de longueur et d'un diamètre de 0™,15.
Passé cette Petite Rivière aux Saumons, nous rencontrons dans une anse des schistes arénacés qui probablement cou- ronnent la Pointe Joseph dont la hauteur est d'une soixan- taine de mètres. Le fond de cette anse présente des lits de grès qui forment une large bande de plusieurs mètres d'épais- seur dans la partie supérieure du Cap Jacques et vont de là
1. Billings les a décrits sous le nom de Bealricœ. Explorât, géol. du Canada.
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en s'abaissant vers la Baie Prinsta où ils se trouvent au voi- sinage de l'eau. Ils se montrent encore à la partie inférieure du Cap de la Table et plongent ensuite sous l'eau avec une inclinaison S. 19°0.
Ces grès d'un gris verdàtre sont très calcaires. Ils se pré- sentent en lits de quelques centimètres à plusieurs mètres d'épaisseur, dont quelques-uns sont espacés par de fines couches de mica brunâtre. Peu riches en fossiles, ils con- tiennent quelques petits cailloux de quartz, ainsi que de petits fragments de jaspe d'un beau rouge sang. Leur hauteur totale est de 18 mètres.
A ces grès, succèdent des lits calcaires de la division B, qui se termine à la Pointe du Renard près de la baie du même nom.
Division G. — Les divisions A et B sont étendues sur le côté Nord de File, de la Pointe Ouest à la Baie du Renai^d; elles ont comme homologue la formation de Hudson River.
Avec la division G commence ce qu'on a appelé le GROUPE D'ANTICOSTI, parce qu'il présente un caractère qui lui semble spécial. Les divisions de ce groupe, sauf la division F qui est tout entière du côté Sud, apparaissent sur une certaine étendue de la côte Orientale de l'île, disparaissent bientôt pour s'étendre comme de larges bandes à l'intérieur, courant plus ou moins parallèlement aux divisions A et B et réappa- raissent à la côte dans la région Occidentale.
Dans la région de l'Est où nous sommes actuellement sur le côté Septentrional, la division G commence déjà dans la portion Orientale du Cap Jacques, se continue dans le fond de la Baie Prinsta sur près de trois kilomètres et plus loin, à l'Est, couronne la tête du Cap dé la Table. Elle arrive ensuite à la Baie du Renard qui est entièrement creusée dans ceflte division et où le plongement des roches est S. 18°0 avec une pente de 18 mètres par kilomètre, pour se terminer à une baie Innomée, baie située de l'autre côté de la Pointe du Reef (Pointe du Récif qui ferme à l'Est là baie du Renard). Les
FALAISE DE LA BAIE DES OISEAUX (Fig. 29)
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roches de cette division sont généralement plus tendres que celles vues précédemment. Elles présentent toutefois des lits minces très fossilifères, beaucoup plus durs que les autres et qui résistent mieux aux intempéries, comme on peut le voir dans la partie gauche de la figure 30.
Les lits, en général réguliers, sont composés de calcaire gris, parfois compact et argileux, parfois plus pur et plus clair, d'autres fois légèrement arénacé; ils nous montrent aussi des schistes argileux et des schistes verdâtres renfer- mant des coraux et des Beatbicea.
Nous allons maintenant nous transporter près de l'extré- mité occidentale de l'Ile pour retrouver cette division C. Là, nous la voyons commencer au Cap à t Hirondelle pour se terminer à la Pointe aux Graines (autrefois Longue Pointe) avec une moyenne S 13" 0. pour le plongement de ses lits.
Les roches qui la composent sont dans cette partie des calcaires gris jaunâtre, gris cendre, gris bleuâtre, entremêlés de schistes argilo-arénacés.
Les fossiles Jsont assez nombreux au Cap à V Hirondelle et parmi eux se trouvent un assez grand nombre de Petraia GRACïLis que les gens du pays appellent des cornes.
On rencontre, en outre, Favosites prolificus, Stenopora FiBROSA, Halisytes catenulatus, Leptœna cericea, Strophomena PECïEN, Orthis laurentina, ctc. A la baie Ellis, dans une car- rière qu'on a ouverte près de la Falaise Blanche [Cap Blanc), les brachiopodes sont nombreux et bien conservés; je signa- lerai particulièrement : Lepto^na sericea, Strophomena rhom- BomALis, Orthis lynx, Orthis porcata, Pentamerus reversus, Atrypa marginalis.
11 est digne de remarque que la Baie Ellis comme la Baie du Renard — les deux seules baies de l'île qui puissent actuellement servir et qui servent, en effet, de ports, — sont toutes les deux creusées dans la division G. Il en résulte que l'extrémité Occidentale et l'extrémité Orientale de cette divi- sion sont les deux principaux points d'amorce de la colonisa-
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tion de l'île, où la première de ces baies joue, pour le moment, le rôle principal.
Division D. — Dans la partie Septentrionale de l'île, cette division s'étend de la Pointe du Reef à la partie Orientale de la Baie aux Oiseaux (fig. 28), près du Ruisseau de la Chute, tout à côté de la Pointe Est.
Avant d'aller plus loin, il est nécessaire de faire observer que les noms géographiques donnés par Richardson à cette partie de la côte ne sont pas exacts en ce qui concerne la Baie et le Cap aux Oiseaux [Gull Cove et Guil Cape).
La carte de Bayfield, ainsi que tous les marins que j'ai consultés nomment Baie aux Oiseaux, la première baie au Nord-Ouest de la Pointe Est. Je la connais particulièrement pour m'y être réfugié mainte fois à bord du Savoy alors que la tempête sur le côté Sud de l'île nous obligeait à y chercher un abri momentané. De plus, c'est dans cette baie qu'a eu lieu le naufrage du Merrimac\ et comme le Savoy a porté secours à ce bâtiment malheureux, j'ai eu l'occasion de l'ac- compagner et de rester plusieurs jours au mouillage dans cette baie, à quelques brasses de la falaise. C'est même plus parti- culièrement en cette circonstance qu'il m'a été loisible de faire provision d'échantillons géologiques et d'observer en même temps les nombreux oiseaux de mer ^ qui y établissent leurs nids.
La baie appelée Gull Cove par Richardson n'ayant pas de nom, je le désignerai par le vocable de Baie Jnnomée. Gela étant établi, nous voyons qu'à la Baie Innomée, les lits sont composés de calcaire gris plomb surmonté de schiste verdàtre arénacé, qui est recouvert lui-même de calcaire gris jau- nâtre, puis gris foncé, tant soit peu bitumineux. Le tout a une épaisseur d'une quarantaine de mètres et un plongement S. 28« 0.
Dans la concavité de côte qui lui fait suite, la Baie à Crête
1. Vapeur anglais échoué par la bnime, le 14 juillet 1899.
2. Voir chapitre des Oiseaux : Rissa tridactyla, Uria troile, etc.
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POINTE DE l'est (Fig. 30)
RIVIÈRE CHICOTTB COULANT EN PLEIN MAHBRE (1 ig. 31>
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de Sable, nous constatons que les couches qui la composent sont formées principalement de calcaire gris jaunâtre, qu'elles ont une épaisseur totale d'une vingtaine de mètres et un plon- gement S. 38» 0.
En poursuivant notre route à l'Est, nous arrivons à la Baie aux Oiseaux, dont les lits de couleur gris de fer plus ou moins clair, fournissent de nombreuses saillies peu pronon- cées et sur lesquelles, toutefois, des milliers d'oiseaux trou- vent le moyen de pondre et d'élever des petits dont beaucoup, en grandissant, tombent, faute de place, à la mer qui vient battre la falaise à marée haute.
L'un de ces lits contient de nombreux trilboites, Galymene Blumenbachi, parfaitement bien conservés et qui se détachent en relief dans la roche. Un autre présente une surface recou- verte de petites pyrites de fer.
L'exploration de cette côte le plus souvent taillée à pic est relativement difficile et ne peut se faire qu'en canot quand le temps le permet.
Lors du naufrage du MeiTimac, je l'ai examinée à loisir en compagnie de M. Joseph Obalski, ingénieur des mines, dont j'ai pris la photographie au tournant de la Pointe Est, près d'une roche curieuse, isolée de la côte. Des lits durs, minces et très fossilifères ont protégé la roche sous-jacente de l'action des embruns et des précipitations atmosphériques et à la façon de pierres qui, placées sur la glace, protègent, lors de sa fusion, une colonne plus ou moins intacte pendant quelque temps; ces lits durs ont, par places, protégé les roches d'en dessous, d'où la formation de colonnes comme celles de la figure 30. Les fossiles consistent surtout en cœlentérés et bryozoaires, parmi lesquelsje citerai : Favosites Gothlandica et Stenopora fibrosa.
Dans la région Occidentale de l'île, nous retrouvons une portion de cette division D assez grande, puisqu'elle s'étend de la Pointe aux Graines au Cap Jupiter.
Chaque hiver, j'ai eu l'occasion de faire en raquettes le
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premier tiers * de ce trajet pour aller pêcher la truite au Lac Becscies, qui est à 8 kilomètres dans l'intérieur; aussi cette portion m'est-clle bien connue. Les deux autres tiers, je les ai parcourus en été, à bord du Savoy, dont un des canots me déposait de place en place.
Cette division comprend des lits de calcaire gris rougeâtre et gris cendre tant soit peu bitumineux, parfois espacés par des couches argilo-calcaires qui tournent au brun rougeâtre au contact de l'air.
Les fossiles ne sont pas, en général, très nombreux. On remarque toutefois : Pentamerus Barrandi,Favosites prolificus, Stenopora fujrosa, Orthis salteri, Strophomena Leda, Atrypa reticularis.
A la Rivière aux Canards, se trouvent de beaux et nom- breux échantillons de Stromaïopora concemrica. La côte est souvent basse et par suite l'examen des roches est moins facile, dans le premier tiers particulièrement où elle présente en bordure une série de petits lacs, remplis de canards l'été.
A la Pointe aux Graines, le plongement des strates est S. 21^ 0., à la Rivière à la Loutre, S. 40" 0.
Division E. — Revenant à la région Orientale de l'île, nous voyons la division E commencer près de la