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University of Ottawa

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REVUE CELTIQUE

TOME XI

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AV^ FONDÉE -r .^^

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'^y/ 1870-1885 ^^

X^^^ PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE .^^\

LLE ^

PUBLIEE SOUS LA DIRECTION DE

^'h. d'arbois de jubainvi

Membre de l'Institut, Professeur au Collège de France

AVEC LE CONCOURS DE

J. LOTH E. ERNAULT

Professeur à la Faculté Professeur à la Faculté des

des lettres de Rennes lettres de Poitiers

ET DE PLUSIEURS SAVANTS DES ILES BRITANNIQUES ET DU CONTINENT

G. DOTTIN Agrégé de l'Université, Secrétaire de la rédaction

Tome XI

Prof. Or. Th.SAAOER NIJM£G£N

a.' /f/f

PARIS

EMILE BOUILLON, LIBRAIRE-ÉDITEUR

67, RUE RICHELIEU, 6j

1890

581467

TABLE DES MATIÈRES

CONTENUES

DAMS LE TOME XI

ARTICLES DE FOND.

Pages.

La vie de saint Malo, étude critique, par L. Duchesne i

The Fer Diad épisode of the Tain Cuailnge (suite), by Dr. M.

Nettlau 23, 518

Les bracae et les hosae, par E. Sagiio 35

A note about Fiacha Muillethan, by Whitley Stokes 41

Anciens noëls bretons (suite), par H. de La Villemarqué .... 46

Notes on Welsh Consonants (suite), by Dr. M. Nettlau .... 68 Inscription attique relative à l'invasion des Calâtes en Grèce (2 79-278),

par S. Reinach 80

Closes bretonnes, par R. Thurneysen 86

Etudes bretonnes, VIL Sur l'analogie dans la conjugaison, par E. Er-

nault 94, 458

Uath Beinne Etair, edited by Kuno Meyer . . . . . . . 125

Les anciennes litanies des saints de Bretagne, par J. Loth. . . 155 Les Caulois et les populations qui les ont précédés dans l'Italie du

nord, étude géographique, par H. D'Arbois de Jubainville. . . 1^2 Essai de classification chronologique de différents groupes de monnaies

gauloises, par A. de Barthélémy . . lyj

Versions bretonnes de la parabole de l'Enfant prodigue, par E. Er-

nault 180

L'inscription prétendue gauloise de Nîmes Camaracus Tridcntum

Callcmarcius Nancy, par H. d'Arbois de Jubainville . . . 249

La Création du monde, mystère breton (suite), par l'abbé Eug. Bernard . 2 54 Catalogue des mss. celtiques et basques de la bibliothèque nationale,

par H. Omont 389

The oldest version ofTochmarc Emire, by Kuno Meyer .... 424

MÉLANGES.

Notes sur quelques gloses galloises, par R. Thurneysen .... 205

Le suffixe d'égalité gallois en d, par J. Loth 206

De l'adjectif subissant la mutation initiale après un substantif masculin,

par J. Loth 207

VI Table des Matières.

L'initiale du complément du verbe fléchi subissant l'infectio destituens. 208

Tene cen coicicd Ni bh-fuil, by Kuno Meyer 209

Addenda to the Echtra Ntrai, by Kuno Meyer 210

Morgabloit, par J. Loth 210

Note sur un texte de l'historien grec Eusebios relatif au siège d'une

ville des Gaules par les Francs, par Th. Reinach 211

Trublobion, par J. Loth 214

Hercynia, par H. D'Arbois de Jubainville 216

Le manuscrit luxembourgeois des Hisperiai famina, par H. Gaidoz et

Bradshaw 219

Epitaphe britannique chrétienne, par R. Mowat 344

Rapprochement entre l'épopée irlandaise et les traditions galloises, par

J. Loth 345

Saint Amphibalus, par J. Loth 348

Aguclou, cynneu, par J. Loth 349

Les noms gaulois en France dans le Roussillon, par H. d'Arbois de

Jubainville 488

Saint Branwalatr, par J. Loth 490

La conversion de Maelsuthain, par H. D'Arbois de Jubainville . , 492

Loanwords in early Irish, by Kuno Meyer 493

Sur un passage du Mabinogi de Kulhwch et Olwen, par J. Loth. . 495

Vicus Artiacus près de Vérone, par H. D'A. de J 496

CORRESPONDANCE.

Ch. de Kay, Centiiry Magazine, p. 221 ; M. Prou, Andebrinnaco, 222 ; S. Reinach, Les Simulacra chez César, 224, 497 ; S. Rei- nach, Brogitaros 497

BIBLIOGRAPHIE.

Allmer (A.) et P. Dissard, Trion. Antiquités découvertes en 188^,

1886 et antérieurement, au quartier de Lyon dit de Trion. . . 235

Arbois de Jubainville (H. d'), Les premiers habitants de l'Europe,

tome premier, deuxième édition 228

Loth iJ.), Chrestomathie bretonne, première partie, breton armori- cain 351

CHRONIQUE.

Agde (Inscription grecque d') 386

Aided Echach mie Maireda 246

Antuberix et les Antobroges S°S

Arbois de Jubainville (H. d'), Recherches sur l'origine de la propriété

foncière, 581 : le duel conventionnel 388

Archacological Rcvicw cesse de paraître 245

Armagh (travaux du P. Hogan sur le livre d'I 239, 384

Art (!') irlandais en Grande-Bretagne 379

Table des Matières. vu

Atkiiison, Tri bior-ghaoiîhe an bhâis, ^76; critique par Wh. Stokes,

387 ; notes de grammaire irlandaise. 506

Barthélémy (A. de), Manuel de numismatique ancienne 37$

Basse-Bretagne (Les lutins en), 247; (excursion de Gallois en). . 379

Bellesheim, Geschichte der katholischen Kirche in Ireland . . . . 511

Bladud (le roi) 378

Bonnet, Le latin de Grégoire de Tours 378

Brendan (S.) et Sindbad 505

Bricomaglos 504

Brugmann, Morphologische Untersuchungen 384

Celtique (le), sujet d'examen à l'Université de Londres 245

Coelho, Etudes celtiques 509

Cucuimne et Cummian 245

didii (la particule) 374

Droit irlandais (Résumé d'un cours de) 381

Duchesne (l'abbé), Les anciens catalogues ép'scopaux de la province

de Tours 388

Espérandieu, Epigraphie romaine du Poitou et de la Saintonge. . . 241

Evans (Gwenogfryn), Livre rouge de Hcrgest, t. Il 504

Flavius Josèphe et Muirchu 370

Gaidoz, La rançon au poids 377

Gallois (excursion de, en Bretagne 379

Glas (dérivés de) en roman 506

Grammaire irlandaise du moyen âge 372

Grégoire de Tours (Le latin de) 378

Gwenolé (Mystère de S.) 247

Habert, Marques de potiers gallo romains 246

Hennessy (la bibliothèque de) 388,498

Hergest (Livre rouge de) ^04

Hogan (P.), Documents sur saint Patrice 239,384

Holder, Altceltischer Sprachschatz 386

Jacu (Vie de S.) 243

Janssen, Gesammt-lndex zu Kluge's etymologischen Wôrterbuch . . 505

Jullian, Inscriptions romaines de Bordeaux 380

Kay (de), Irish Kings and brehons 507

Keating, Tri bior-ghaoithe an bhâis 376

Kerviler, Bibliographie bretonne 246

Kluge, Le celtique dans Içs langues germaniques, 382; index. . . 505

Latisum to8

Leamy, Irish fairy taies 385

Lecoat, La Bible traduite en breton 368

Liban, nymphe de la mer 246

Lièvre, Inscription gauloise du Vieux Poitiers 386

Lismore (Lives of saints from the book of) 241

Loth, Chrestomathie bretonne, 247 ; prix Langlois 248

Lutins (les) en Basse-Bretagne 247

VIII Table des Matières.

Luzel, Mystère de S. Gwenolé 247

Mac Carthy, Critique de Bellesheim ^11

Mac Innés, Waifs and Strays of Celtic tradition 242

Meyer (Kuno), Etude sur les mss. Phillips, 372, 57} : Jidu . 574

Meyer-Lùbke, Grammaire des langues rumanes ^00

Monnaies gauloises de la Bibliothèque nationale 383

Ms irlandais ds Rennes et Celt. i, de Paris J07, ^08

Muirchu et Flavius Josèphe 370

Mureaux allée couverte des) ^06

Newgrange (monument de) 248

Nutt (A.), Remarques sur des contes écossais, 242 ; Celtic Myth and

Saga, 383 ; critique par Zimmer 507

O'Clery (Lughaidh), Vie de O'Donnell 23S

Ogamique (inscription) de l'île de Man 511

Ogmios 244

O'Grady, Critique de Whitley Stokes. Lives of saints .... 370

O'Meagher, L'église S. Patrice de Rouen 50C

Osthoff, Morphologische Untersuchungen 584

Patrice (documents sur S.l, 239, 584; église rouennaise de S.). . p6

Phillips (mss. de Thomas) 372,373

Pilot (the) de Boston 509

Reinach (S.), Les Gaulois dans l'art antique 244

Rennes (le ms. irlandais de) 507

Revue des Deux-Mondes (Le celtique dans la) 508

Rhys (J.), Leçons d'archéologie de la fondation Rhind, 239, 577,

^01 ; Livre rouge de Hergest 504

Renan iVie de S.) 242

Roscher, Lexicon der griechischen und rômischen Mythologie. . . 244

Salamanque iVies de Saints du ms. de) 374

Sarmento (travaux de Martins) 510

Serrure, Essai de grammaire gauloise 240

Smedt (dei 242,374

Société pour la conservation de la langue irlandaise 239

.Stokes (Wliilley), Lives of saints from the BoDkof Lismore, 241, 370; Gloses irlandaises et bretonnes, 246; critique d'Atkinson, The Pas- sions, 387; Hibcrnica 511

Sullivan (Mort de William Kirby) 367

Thuriieysen, formes verbales sigmatiques 380

Uraicept na n-eigeas 372

Vetta f. Victi 504

Vieux Poitiers (menhir du) 386

Windisch, le codex Boernerianus, les formules magiques en vieil irlan- dais pi

Zimmer, formes verbales sigmatiques, 580; critique de Nutt, Studics

on the Ugtnd of the Holy Grail ^07

LA VIE DE SAINT MALO

ÉTUDE CRITIQUE

La vie de saint Malo, écrite au ix'^ siècle, a un grand intérêt pour l'histoire locale de la Bretagne armoricaine. C'est la plus ancienne de toutes les vies de saints bretons, si l'on excepte celle de saint Samson. Encore celle-ci, malgré son étendue, n'offre-t-elle que peu de pages, on pourrait même dire de lignes, qui aient rapport au séjour du saint dans le pays il termina sa carrière. Quoi qu'il en soit, les personnes qui étu- dient la formation et le développement des vieilles légendes celtiques trouveront dans la vie de saint Malo le premier do- cument bien daté ^ d'un cycle épique fort célèbre, celui de saint Brandan et de ses longs voyages à la recherche de l'île Fortunée. C'est assez dire pour attirer leur attention sur les rédactions diverses de la légende malouine.

Deux de ces rédactions nous ont été conservées, l'une signée de Bili, diacre d'Alet, l'autre anonyme 2. Dans la première, qui est distribuée en deux livres, est compris un récit de la trans-

1. La vie latine de saint Brandan a été publiée par M. Cari Schrôder (Sanct Brandan, Erlangen, 1871) d'après un manuscrit du xii'= siècle, quine doit pas être de beaucoup .postérieur à la rédaction du texte qu'il contient. Il est à croire que cette rédaction tardive n'est pas le plus ancien document de la célèbre légende. Je ne suis pas assez versé dans l'histoire de la litté- rature celtique pour dire si des textes irlandais antérieurs au xii" siècle ont été publiés ou signalés. Mais je doute fort que l'on puisse jamais en pro- duire qui remontent au delà de l'année 840, c'est-à-dire jusqu'au temps la légende de saint Malo permet d'atteindre.

2. Publiées ensemble à Rennes (Plihon, 1884), la première par dom Plaine, la seconde par M. A. de la Borderie.

Revue Celtique, XI. I

2 L. Duchesne.

lation des reliques du saint, suivi de quelques miracles que le narrateur dit avoir eu lieu de son temps, La seconde s'arrête à la mort de saint Malo en Saintonge; mais une troisième pièce, contenant le récit de la translation, s'y réfère et en forme comme le complément. Cette dernière est postérieure au règne d'Alain le Grand (-|- 907) et antérieure au transfert des reli- ques à Paris ; elle doit ainsi avoir été écrite dans la première moitié du x*-' siècle. La rédaction de Bili est dédiée à un évêque, Ratwili, que l'on sait, par les chartes de Redon, avoir siégé de 866 à 872 environ. Quant à la vie anonyme, sa date n'est pas connue directement ; elle peut donner lieu à diverses conjectures. Entre elle et la composition de Bili il y a de graves différences ; il y a même, sur un point important, une contra- diction très nette. Suivant elle, saint Malo aurait été ordonné évêque dans le pays de Galles, avant son arrivée dans celui d'Alet ; Bili, au contraire, suppose que le saint n'avait reçu outre-mer que la prêtrise; il raconte avec de grands détails son ordination célébrée à Tours, par l'évêque de ce siège mé- tropolitain.

M. de La Borderie a rattaché ces deux rédactions l'une à Alet, l'autre à Saintes ; il explique ainsi leur diversité. D'un texte primitif seraient dérivées deux légendes, l'une aléthienne, l'autre saintongeaise. Celle-ci serait représentée par la vie anonyme.

Bili n'est pas le premier qui ait écrit la vie de saint Malo. Il dit lui-même, à la tin de son prologue, qu'un autre sage, alius sapiens, avait, longtemps avant sa naissance, consigné dans un livre « la vie, l'origine, la pérégrination et le séjour en divers lieux du saint évêque Malo » ; mais que, plus tard, beaucoup s'essayant à l'écrire, elle avait fini par être corrompue. C'est à cause de cela qu'il entreprend de la reconstituer.

A quelle date remontait le travail de ce premier sage ? Sui- vant Bili, ce serait longtemps avant sa naissance : longo tem- pore anleqiiam nos orti fuissemus. Or Bili était diacre vers l'an- née 870; il occupa le siège d'Alet^ dans les dernières années

I . Dom Plaine l'identifie avec le Bili qui figure dans la liste épiscopale de Vannes ; mais cette liste est dépourvue de valeur pour le temps le

1

La Vie de saint Malo. )

du ix'' siècle; cela suppose qu'il naquit aux environs de l'an- née 840. Le biographe doit donc avoir vécu au plus tard sous Louis le Débonnaire.

Je ne crois pas, d'autre part, qu'il soit permis de remonter beaucoup plus haut que ce règne. Voici pourquoi. Les détails liturgiques, dans la description de la messe célébrée par le saint sur le dos d'un monstre marin, se rapportent, non à la liturgie gallicane qui était celle des Bretons des deux côtés de la mer et des églises tranques aux temps mérovingiens, mais à la liturgie romaine. UAi^niis Dei, venant après le Pater, est un trait caractéristique. Nous savons même quand il fut introduit dans la messe romaine ; c'est sous le pape Ser- gius (687-701), tout à la fin du vii*^ siècle. Or il est impos- sible d'admettre que la liturgie romaine ait été importée à Alet avant les derniers temps de Charlemagne. C'est seulement vers le viii'^ siècle qu'elle pénétra dans les églises de France. Les Bretons, encore séparés politiquement du grand corps de l'em- pire trank, obstinés de longue date dans une hostilité spéciale contre les usages romains, ne durent point l'adopter sponta- nément. Son introduction chez eux doit avoir été un des ré- sultats de la conquête franque. J'ai même peine à croire qu'elle ait été un des résultats les plus rapidement obtenus, et je serais disposé à penser qu'il a fallu l'insistance de Louis le Débonnaire et le zèle ^ qu'il portait aux choses de cet ordre pour que l'on consentît à sacrifier sur ce point les vieux usages nationaux. En tout cas, au temps la vie de saint Malo fut écrite, il y avait longtemps qu'on s'était résigné à la confor- mité ; les habitudes étaient même si bien prises que l'on ne concevait plus une autre façon de célébrer la messe et que l'on trouvait tout naturel que saint Malo l'eût célébrée ainsi. Et il n'y a pas à dire que ce détail a pu être ajouté par Bili ; il se trouve dans les deux rédactions et doit ainsi être considéré

nom de Bili s'y trouve marqué. L'intérêt que ce personnage porta au re- couvrement des reliques de saint Malo et le fait qu'il commença par être diacre d'Alet donnent plutôt lieu de croire qu'il devint évêque de ce siège. Ceci, du reste, n'empêche nullement de croire qu'un autre Bili ait été évêque de Vannes.

I. Gaîlia Christ., t. XIV, p. 1S9 (Imtr.).

^ L. Duc lies ne.

comme remontant à la source commune, la rédaction du pre- mier « sage ».

Celui-ci écrivait donc sous l'empereur Louis et même à une date assez avancée de son règne, plutôt aux approches de l'année 840 qu'aux environs de l'année 814.

Cette manière de voir est confirmée, dans une certaine me- sure, par le fait que lors de la révolte de 811, les papiers de l'église d'Alct avaient péri par le feu ^

Aussi ne doit-on pas s'étonner que le premier « sage » ait tirer de la tradition orale ce qu'il consignait dans son livre, sicut ah aJiis sapientibus audivit ac didicit scribere curavit.

La tradition orale, il faut le reconnaître, était une source d'information assez trouble, car il y avait environ deux siècles que saint Malo était mort. Cependant certains traits caracté- ristiques, certains noms d'hommes ou de pays avaient pu se conserver. Il est même possible que, bien que nous n'ayions là-dessus aucun témoignage, la légende du saint ait été mise par écrit avant la conquête franque et que le plus ancien bio- graphe connu, Valius sapiens de Bili, ait pu se servir d'une ré- daction antérieure à la sienne. Mais ceci n'est qu'une simple possibilité, sur laquelle il n'y a rien à fonder. Avec les textes dont nous disposons, il n'est pas possible d'atteindre autre chose que le témoignage de l'écrivain contemporain de Louis le Débonnaire. Encore ne peut-on l'atteindre qu'en dis- tinguant, dans la rédaction de Bili, ce qui lui appartient en propre de ce que lui fournit son prédécesseur.

Avant tout, il importe d'être fixé sur la date relative des deux rédactions qui sont venues jusqu'à nous. L'origine sain- tongeaise de la vie anonyme ne me paraît pas bien démontrée. Quand même elle le serait, il n'y aurait rien d'impossible à ce que le texte saintongcais fût plus ancien que celui de Bili. La question doit donc être examinée, quelle que soit la solu- tion que l'on adopte sur la provenance des textes.

J'ai déjà dit qu'il y a entre les deux rédactions une diffé- rence très grave, l'une-supposant que saint Malo n'était encore

>1 I . GalL chr., 1. c, p. 253. ,'!

La Vie de saint Malo. 5

que prêtre quand il débarqua en Armorique, l'autre le pré- sentant comme déjà ordonné évêque. Quelle est celle que nous pouvons considérer comme dérivant, sur ce point, de la tradition exprimée dans la biographie du premier « sage » ? Examinons d'abord l'hypothèse ce serait la vie anonyme.

Dans ce cas, il faudrait admettre que Bili a rompu avec la tradition existante et introduit de son chef l'ordination de saint Malo par l'archevêque de Tours. Ceci ne se conçoit guère. Bili a dédié son livre à un évêque d'Alet qui n'avait pas reçu à Tours la consécration épiscopale et qui ne reconnaissait pas l'archevêque de Tours pour son métropolitain. Quel in- térêt aurait-il eu à mettre son attitude en contradiction avec celle du saint fondateur ? C'est déjà beaucoup qu'il ait laissé subsister dans son livre, il s'est permis tant de changements, un épisode aussi peu d'accord avec le droit canonique in- troduit par Nominoé.

Supposons au contraire qu'il ait trouvé cet épisode dans la rédaction du vieux « sage ». Ici sa 'présence s'explique très bien. Au temps de Louis le Débonnaire il n'y avait aucun doute. Le métropolitain de Tours était le supérieur hiérar- chique de tous les évêques de Bretagne. A lui revenait sans conteste le droit de les consacrer. Quelle qu'ait été la réahté historique, de quelque façon que les choses se soient passées au temps de saint Malo, on comprend très bien qu'un ha- giographe écrivant sous le régime frank ait représenté un évêque d'Alet comme soumis à la métropole de Tours.

C'est donc l'anonyme qui aura rompu avec l'usage, soit qu'il ait fait revivre une tradition plus ancienne, soit qu'il se soit inspiré des relations hiérarchiques de son temps pour parler, ou pour se taire, de celles du temps de saint Malo.

Il y a donc, de ce foit, une prévention en faveur de Bili. On est du reste frappé, en le lisant, du soin qu'il a d'indiquer l'endroit précis se sont passés les faits qu'il raconte. C'est ainsi que le triple miracle du mort ressuscité, de la pierre changée en coupe de verre et de l'eau changée en vin, est placé par lui à Corseul, tandis que, dans la vie anonyme, le heu de la scène n'est point indiqué. Il en est de même de la

6 L. Duchesnc.

résurrection de la truie, localisée par lui à Lan-Domnech (Saint-Domineuc). Il distingue, ce que ne fait pas l'anonyme, entre l'île de Césambre (Seplcwhr), il f:iit aborder le saint, et l'île d'Aaron, il le représente menant la vie de solitaire. Il parle aussi des deux fermes appelées Laioc et Guoroc, l'âne de saint Malo allait tout seul faire les commissions de son maître.

De plus, les récits de miracles recueillis par lui sont en bien plus grand nombre que ceux qui figurent dans la vie anonyme. Il semble donc avoir puisé plus largement dans la tradition, soit écrite, soit orale. La première impression lui est plus fa- vorable qu'à son collègue.

Cependant il faut y regarder de plus près et s'assurer que l'avantage constaté sur certains détails se vérifie également pour l'ensemble de la composition. C'est seulement après cet examen que nous pourrons accorder la préférence à Bili chaque fois que nous le trouverons en contradiction ou en divergence avec l'auteur anonyme.

A la fin de son prologue il indique les sources d'où il tire ses narrations ; c'est d'abord la tradition orale (j-elatione et nar- ratione fidelium virormii), puis le livre du premier « sage ». On serait porté d'après cela à croire que tout ce qui, dans sa ré- daction, ne vient pas de ce premier sage, a été emprunté à la tradition orale. Or il n'en est point ainsi. Bili s'est servi de documents écrits autres que la vie du premier « sage », et cela sans en prévenir le lecteur. Son prologue est, pour une très grande partie, copié du prologue de la vie de saint Pair d'Avranches, par Fortunat. C'est encore à cette vie qu'il a em- prunté, sans autre changement que celui des noms propres, ses chapitres 42, 43 et 46, sur les austérités du saint, sur le pain donné au pauvre, sur l'enfant muet guéri aux environs d'Alet. Tous ces passages manquent dans la vie anonyme, ce qui porte à croire qu'ils ne se trouvaient pas dans le texte du premier « sage ». En effet, s'ils s'y étaient trouvés, il serait bien étrange que l'anonyme eût eu assez de perspicacité ou de chance pour n'y faire absolument aucun emprunt.

Pour qu'on ne m'accuse pas de calomnier Bili, je vais don- ner un spécimen de ses procédés d'assimilation littéraire, en

La Vie de saint Malo. 7

reproduisant le début de son prologue et celui du prologue de la vie de saint Pair par Fortunat^

BILI.

Domino sancto etvenerabili toto- que pectoris sinu amplectendo ac meo magistro gregorio 2 in sancta Trinitate Ratuilio episcopo mihi amantissimo, Bili, levita humilis, perpetuam salutem.

Magnitude caritatis protert tes- timonium cuius curam in amico nec mors subtrahit post sepultum. Q.ui famam amatoris multis ostendere studet post obitum, iam ipsam me- moriam fortner diligit in defuncto qui afîectum in Deo viventis toto bibit in pectore propter quod nec sepultum abstuiit obli vio de sermone. Quo voto sollicitante, pater vene- randissime, de beati Machuti vita opinioneque confingere aliqua se- cundum nostram impossibilitatem, paucis paginis indicantibus, pigri- tatem eicientes studuimus. Qui certe vit apostolicus nec apud vos oblivione nec apud nos absens est in virtute, etc.

FORTUNAT.

Domino sancto et venerabili me- ntis totoque sinu pectoris amplec- tendo in Christo patri Martiano ab- bati Fortunatus humilis.

Magnae karitatis profert testimo- nium cuius curam in amico nec mors subtrahit post sepulchrum; nam qui famam amatoris studet post obi- tum, ipsam memoriam fortiter dili- git in defuncto ; denique affectum viventis toto bibit in pectore, quem nec sepultum abstuiit oblivio de ser- mone. Q.UO voto sollicitante, pater venerandissime, de beati Paterni opinione tam celebri iniungere non distulisti a nobis aliqua loquente pa- gina promulgari. Qiù certe vir apos- tolicus nec apud vos oblivione nec apud nos absens est in virtute, etc.

Ainsi la fraude, car c'en est une, est à mettre au compte de Bili. Non seulement il a puisé dans Tœuvre d'autrui les phrases étudiées dont il orne son prologue, mais il n'a fait au- cune difficulté de transporter à saint Malo les détails que For-

I . Edition Krusch, dans les Monummta Gerni., Auct. .\ntiquissiuH, t. IV, part. 2, p. 5 3._ .

1. Dom Plaine a pris, erreur excusable, ce mot pour un nom propre. Il y a vu un Grégoire « maître es lettres et es arts », distinct de l'évèque Ra- tuili. En fait, il n'est question ici que de ce dernier. Un texte contemporain de Bili, la vie de Léon IV dans le Liber pontificalis (t. II, p. 109 de mon édition) fournit un exemple de gre<^orius devenu épithète, dans le sens éty- mologique, celui de vigilant. Je cite, pour ce prologue, celui des deux manuscrits de dom Plaine dont il a rejeté la leçon en note. Ces manuscrits n'ont été connus de lui que par une collation de dom Chamard. Pcut-ctre ne serait-il pas inutile qu'ils fussent revus.

8 L. Duclusne.

tunat donnait sur les austérités de saint Pair et les miracles que la tradition d'Avranches lui attribuait.

Voilà un fait peu propre à encourager la confiance qu'ins- pire, au premier abord, l'œuvre de cet hagiographe. Mais étu- dions de plus près le rapport de sa rédaction avec la rédaction anonyme.

Au début, elles différent très peu. La naissance de saint Malo, son éducation dans le monastère de Lancarvan sous la disci- pline de l'abbé saint Brandan, le miracle du jeune saint en- touré par la mer et sauvé miraculeusement, l'histoire du psau- tier qui va le rejoindre sur son île, toute cette première partie se retrouve dans les deux rédactions à peu près dans les mêmes termes. Çà et un synonyme, un tour de phrase plus ou moins heureux, c'est tout ce qu'on trouve le plus souvent, en fait de différences. Cependant il fout noter que le parentage du saint est plus complet dans la vie anonyme : nous y voyons, ce que Bili ne nous dit pas, que saint Magloire était, comme saint Samson, cousin de saint Malo, la mère de celui-ci étant la sœur <XUmhrafel, père de saint Magloire. Quant saint Malo vient au monde, sa mère a soixante-cinq ans dans la vie anonyme, quarante seulement dans le texte de Bili. La vraisemblance est ici du côté de Bili ; est-ce une preuve qu'il soit plus primitif? J'en doute fort. Plus loin, pour peindre l'ardeur intérieure qui consumait le jeune saint, Bili nous le montre suant à grosses gouttes, en plein hiver, et cherchant à se débarrasser de son manteau ; l'anonyme dit qu'il nen portait jamais, et qu'il se contentait d'une simple tunique, ce qui ne l'empêchait pas d'avoir toujours le front couvert de sueur. Ici encore son récit a quelque chose de plus satisfaisant, qui porte à croire qu'il se rapproche plus complètement de l'original. Vers la fin de l'histoire du psautier miraculeusement transporté, Bili dit que le tas d'algues sur lequel le livre sacré avait navigué tut changé en une petite île; ce détail est omis dans la vie anonyme.

En somme, dans cette première partie, tous deux copient le même texte, mais avec plus ou moins d'exactitude et de liberté; quelques menus détails, propres à chacun d'eux, s'expliquent, ou par une fidélité plus bu moins grande dans la transcription, ou par des retouches.

La Vie de saint Malo. 9

Entre l'histoire de saint Malo sauvé miraculeusement de la marée et celle de son voyage à la recherche de l'île merveil- leuse, Bili intercale le récit de son ordination presbytérale, tandis que l'anonyme raconte encore un autre miracle de saint Malo enfant, le miracle des charbons ardents jetés sur son vê- tement sans le brûlera

Les deux rédactions se rapprochent ensuite pour décrire la science, la sainteté et l'enseignement du saint, auquel l'auteur anonyme fait confier par saint Brandan, son maître, les fonc- tions de prédicateur. Ce dernier détail ne figure pas chez Bili, à qui l'ordination presbytérale du saint suffit pour introduire ses prédications. Tous les deux entrent ensuite dans le récit des pérégrinations à la recherche de la fameuse île d'Yma.

Ici la rédaction anonyme présente une particularité remar- quable. Après avoir décrit le départ du saint et de ses compa- gnons, embarqués au nombre de quatre-vingt-quinze sur le même navire, elle se borne à dire qu'ils voguèrent très long- temps sur la mer, visitèrent les Orcades et autres îles du nord, et que, n'ayant pas trouvé ce qu'ils cherchaient, ils revinrent dans leur patrie. Puis, saint Malo continuant à se distinguer par ses mérites et ses miracles, sa réputation devint si grande que les rois et les nobles de la province {j'cges et nobiles illius pro- vinciac) l'élurent évêque d'une seule voix.

Suit un second récit de la pérégrination à la recherche de l'île merveilleuse. Eociem vero ordinato navaJibusque instrumentis paratis, ad prcdictam insulam, etc. A partir d'ici la coïncidence avec Bili redevient sensible. Il est clair que tous les deux dé- rivent, non pas seulement d'une même tradition orale, mais d'un texte identique, dont les expressionsseretrouvent çà et là. Le rédacteur anonyme est, en général, plus proHxe que Bili ; cette relation se maintient jusqu'à la fin de l'histoire du géant Mildu et à sa réintégration dans son tombeau.

Mais revenons sur l'étrange fliçon dont l'ordination épisco- pale de Malo se trouve intercalée, dans la vie anonvme, entre

I . Ce miracle est attribué à saint Tudual dans la vie de saint Guénolé (de la Borderie, Les trois vies de s. Tudual, p. 113) et à saint Mandé ou Mandez dans sa propre iégcndC; récemment publiée par xM. U. Robert, l'ie de saint Mandé, p. 3).

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deux récits du fameux voyage. Le premier de ces deux récits ne supposait pas encore que Malo eût été élevé au sacerdoce, le second place le voyage après son ordination à Tépiscopat, Chez Bili, les choses se passent d'une façon plus naturelle : Malo est déjà ordonné prêtre au moment il est question du vovagc, et ce voyage n'est raconté qu'une fois.

Il me semble que l'irrégularité du récit anonyme se rat- tache à la retouche, signalée plus haut, de la tradition sur l'élé- vation du saint à l'épiscopat. L'anonyme, selon qui saint Malo avait été ordonné évèque dans le pays de Galles, a cru devoir supprimer, dans le texte du premier « sage », le passage il était question de son ordination presbytérale, jugeant appa- remment qu'un seul récit d'ordination suffisait. Puis, au mo- ment d'entrer dans les aventures de saint Malo au cours du voyage merveilleux, il se sera rappelé qu'il devait le montrer célébrant la messe. Alors il lui a bien fallu s'interrompre pour raconter l'ordination, qui était, dans son système, une ordi- nation épiscopale.

Entre la résurrection du géant et la messe célébrée sur le monstre, Bili intercale l'histoire de la fontaine enchantée qui donne des perles et non de l'eau, et l'épisode de la ronce re- cueillie par saint Malo. Il est de nouveau question de cette ronce après le retour des voyageurs à Lancarvan. Tout cela manque dans la vie anonyme, et, je crois, devait manquer aussi dans la rédaction du premier « sage ». En effet, le récit de la fontaine enchantée est introduit par une phrase on dit que, la nuit de la septième pâque, les navigateurs, privés d'eau depuis longtemps et mourant de soif, abordent sans s'en douter sur une côte inconnue. On pourrait croire qu'ils vont y rester pour célébrer la fête de Pâques. Du tout : l'épisode suivant nous les montre au lever du soleil, le matin du jour de Pâques, désolés de se trouver en pleine mer et de ne point apercevoir le moindre îlot pour y débarquer et y chanter la messe.

Il V a ici une incohérence évidente. Je l'expliquerais volon- tiers par une interpolation. Bili, on l'a vu, se réclame de la tradition orale dans son prologue. Ici, à propos de la ronce cueillie par saint Malo près de la fontaine aux perles, il dit

La Vie de Stiint Malo. 1 1

qu'elle fut plantée à Lancarvan et que beaucoup d'Aléthiens Tv ont vue : viulti ex nostris regionibus ad illam pairiani eunfes vidcrunt. C'est peut-être un de. ces pieux voyageurs qui lui aura rapporté l'histoire de cette plante merveilleuse, histoire qui est étroitement liée à celle de la fontaine aux perles. Il l'aura cousue lui-même, mais mal cousue, au récit du fameux vovage. Dans celui-ci, je crois, le texte qui forme le chapitre 26 de Bili devait suivre immédiatement celui du chapitre 21.

Le voyage terminé, saint Malo se décide à repartir, mais cette fois pour venir en Armorique. Les circonstances de son départ sont racontées à peu près de la même façon dans les deux vies. Mais pour l'arrivée à la côte d'Alet, il y a des différences très grandes. Bili fait débarquer le saint à l'île de Césambre, il extermine un dragon et séjourne trois mois parmi les moines de l'abbé Festivus. Puis il vient à Alet, abandonné depuis longtemps par ses habitants ; il y fonde, tant dant la ville elle-même qu'aux environs, beaucoup de mo- nastères et de cellules ; quant à lui, il se retire avec son fami- lier Riwan dans les cavernes du voisinage et y mène la vie érémitique, tout en gardant une sorte de supériorité sur toutes les fondations monastiques de la région. Au cours des visites qu'il leur fait se produit l'histoire de la truie. Dans le récit de Bili, elle est séparée de ce qui précède par deux chapitres (42 et 43) copiés dans la vie de saint Pair; un autre chapitre (46), emprunté au même document, vient aussitôt après. Ces trois chapitres écartés, le récit se développe régulièrement. Malo, d'abord directeur des monastères éparpillés dans la région d'Alet, les visite de temps en temps ; on raconte un épisode de ses tournées, puis vient le récit de son élévation à l'épiscopat.

L'épisode de la truie est, comme je lai déjà dit, raconté avec plus de détails et de précision dans la vie de Bili que dans l'autre. Bili connaît le nom du maître de la truie : c'est le solitaire Domnech; il sait aussi que Domnech était proprié- taire d'un vaste terrain, cadeau de Meliau, prince du pays d'Alet. Ceci permet de localiser l'histoire à Saint-Domineuc.

Après cette histoire, Bili raconte comment le saint fut désigné pour l'épiscopat par le roi Judicael, ekctione popidi aiguë sacer-

12 L. Ducliesne.

dolum consensu, et envoyé par lui à Tours il fut ordonné par les évoques de ce ressort métropolitain; des guérisons si- gnalent son séjour à Tours et auprès du roi Judicael : une co- lombe, prodige classique, apparaît au-dessus de sa tète au moment les évéques lui imposent les mains. Il revient alors à Alet et s'établit dans l'ile d'Aaron, avec son disciple Riwan, et un âne qui va tout seul aux provisions.

L'anonyme fait aborder le saint, non pas à Césambre, mais dans l'île d'Aaron, il reste, en compagnie de ce solitaire, jusqu'à ce que l'évêché d'Alet lui soit confié. Ceci est raconté très brièvement, puis vient le triple miracle et enfin la résur- rection de la truie, sans aucune indication topographique. A partir d'ici la comparaison cesse d'être possible, l'anonyme ne nous offrant qu'un très petit nombre de récits analogues à ceux de Bili. Celui-ci parle d'abord du mauvais traitement que les ennemis du saint font subir à son discT^le Riwan. Il en est question plus loin dans la vie anonyme, et à une place plus naturelle. Puis viennent, dans Bili, les chapitres sur le voyage de saint Malo à Luxeuil, sur la fondation du monastère de Roz (Raus), sur les entreprises du duc de Bretagne contre le monastère d'Alet; ce prince est frappé de cécité, puis guéri miraculeusement par le saint.

Dans la vie anonyme, ce dernier épisode se rencontre aussi; le duc porte le nom de Hailoc ; Bili l'appelle d'abord Retbwcild, le dit fils de ///J//f/ et le qualifie de roi. Aussitôt après il raconte qu'après la mort de Judcl, parut un impie appelé Rethiual, qui voulait tuer tous les fils de Judel, sauf Hailoc, destiné par lui à revêtir la dignité royale. Malo parvient à sauver un des enfants lorsque déjà six de ses frères ont été égorgés ; mais Rethwal le poursuit jusque dans le monastère d'Alet, se saisit de l'enfant et le tue ; il meurt lui-même trois jours après.

Il me semble que Bili nous donne ici deux versions du même fait; le second récit accentue les raisons politiques de la haine vouée au monastère d'Alet par le nouveau prince, successeur de Juduel ou'Judel, c'est-à-dire de Judicael. Le pre- mier, commun aux deux rédactions, est inconciliable avec l'autre, sur un point important. Le prince qui, dans ce récit,

La Vie de saint Malo. 1 5

attaque le monastère d'Alet, est frappé de cécité, puis guéri, ne peut être le même que celui qui- meurt trois jours après la violation de l'asile sacré. Comme il n'est pas douteux que Rethwald et Rethwal ne soient que deux formes d'un même nom, il faut ou que la tradition ait raconté le même fait de façons très différentes, ou bien que Bili ait mis Rethwald pour Hailoc. En ce cas, l'anonyme serait ici plus correct que lui.

Suit, dans Bili, une longue série de chapitres (61-91) sur la sainteté de Malo, sa prédication, ses miracles; tous ces dé- tails, sauf une exception, rentrent dans la catégorie des heux communs de l'hagiographie; ils manquent dans l'anonyme, et peut-être qu'en cherchant bien dans les vies des saints anté- rieurement composées, on trouverait que Bili les a pillées, pour cette partie de son œuvre, comme nous avons vu qu'il a pillé la vie de saint Pair.

L'exception que j'ai mentionnée est celle du triple miracle, qui figure aussi dans la vie anonyme et qui est un trait carac- téristique de la légende de saint Malo. Bih seul en indique le théâtre. C'est à Corseul que ces prodiges ont éclaté. Il indique même, comme l'un des témoins, un comte Cunmor, dux Domnonicae regionis. Si ce personnage est, comme il semble, le même que celui dont parle Grégoire de Tours à propos de Chramme et de sa révolte contre Clotaire, il faut croire que la tradition qui l'a fourni au biographe était bien altérée, car il est impossible que Conmor ait vécu après Judicael.

On pourrait aussi comparer le chapitre 68 de Bili avec le chapitre 18 de l'anonyme: tous deux décrivent une guérison de possédé; dans l'un c'est un garçon, dans l'autre une fille : la tradition orale a de ces variantes.

Au chapitre 92 dans Bili, 21 dans la vie anonyme, com- mence le récit de l'exil volontaire du saint, de son retour pas- sager et de sa mort. Bili, sans recourir aux procédés de rem- plissage que nous avons signalés (c. 61-91), est plus long et plus détaillé que son collègue, et surtout plus précis dans les indications topographiques. L'avantage qu'il avait déjà sur ce point pour la partie armoricaine de sa composition, il le con- serve pour la partie saintongeaise. Cela n'empêche pas que l'anonyme ait çà et quelques petits détails qui manquent à

14 L. Duchcsne.

Bili, et mùmc un épisode tout entier, celui du loup qui croqua l'âne de saint Malo et fut,- en punition, obligé de se charger de son service. Au moment d'entrer dans le récit du départ, l'anonyme raconte le mauvais tour joué à Riwan par les en- nemis du saint et la malédiction que celui-ci prononça sur les gens d'Alet. Puis il s'interrompt pour intercaler tout un nou- veau prologue. Peut-être cette vie était-elle, comme celle de Bili, divisée en deux livres, pourvus chacun d'un prologue ; le second commencerait ici.

Pourquoi les Aléthiens en voulaient-ils à saint Malo ? L'ano- nvmc nous dit qu'ils lui reprochaient d'avoir accaparé trop de biens-fonds. Bili ne donne aucune explication en termes précis. Cependant, après avoir raconté la mort du saint, il parle du châtiment surnaturel dont fut victime un de ses ennemis. Les détails qu'il donne à cet endroit, rapprochés de certains traits de l'histoire de Riwan, portent à croire que Malo avait été l'objet de calomnies intâmes et insupportables. C'est sans doute pour cela que l'anonyme a mis son départ en rapport immédiat avec l'histoire de Riwan.

Le second livre de Bili commence par le récit des premiers miracles opérés au tombeau de saint Malo; ils sont indiqués en termes généraux à la fin de la vie anonyme. La partie ex- clusivement propre à Bili ne commence donc qu'au chapitre 5 de son deuxième livre. Ici apparaît le roi frank Philibert et le récit de la translation commence. Viennent ensuite, depuis le chapitre 13 jusqu'à la fin, les miracles posthumes dont Bili lui-même a été témoin.

L'impression qui se dégage de la comparaison des deux rédactions est, je crois, qu'elles sont indépendantes l'une de l'autre et qu'elles relèvent toutes les deux d'un même texte pour le commencement, d'un même texte ou d'une même tra- dition pour la fin. Pour le commencement, les mots, les phrases sont le plus souvent identiques. A partir de la grande pérégrination à la recherche de l'île d'Yma, certaines expres- sions caractéristiques se rencontrent çà et dans les deux vies et prouvent qu'elles dérivent encore d'une même rédac- tion, quoique l'une d'entre elles au moins s'en écarte gran-

La Vie de saint Malo. \ 5

dément. Depuis que le saint a quitté la Cambrie pour venir en Armorique, ces traces fugitives disparaissent elles-mêmes et il ne reste plus de commun que les traits généraux du récit. Bien que Bili soit plus développé en général et plus précis dans ses indications de lieux et de personnes, je ne voudrais pas affirmer qu'il reproduise avec plus de fidélité la rédaction du premier « sage ». Les faits qu'il est seul à relater ont pu être tirés d'autres vies de saints, comme nous pouvons le constater pour les passages empruntés à celle de saint Pair ; ils ont pu aussi lui être fournis par la tradition orale ; et celle-ci a pu conserver ou déterminer des localisations que le premier « sage » n'avait point enregistrées.

Cette dernière observation n'atteint pas les localisations de la période saintongeaise. Celles-ci supposent une connaissance exacte du pays. Si Bili avait voyagé en Saintonge, il est diffi- cile qu'il n'en eût rien dit dans son prologue. Il est plus na- turel de croire que c'est le premier « sage » qui aura recueilli " ces traditions si bien classées au point de vue topographique.

Jusqu'ici je ne me suis occupé que des rapports entre les ré- dactions diverses de la vie de saint Malo, celle de l'anonyme, celle de Bili et celle du premier « sage », perdue apparemment, mais dont l'existence est attestée par le prologue de Bili. Nous pouvons ressaisir ainsi soit directement, soit indirectement, trois formes de la vie de saint Malo, telle qu'on la racontait au monastère d'Alet, dans le courant du ix*" siècle.

Maintenant, quel est le rapport entre ces narrations et la réalité historique? Cette question est bien difficile à résoudre; elle n'est même pas susceptible d'une solution absolument sûre et précise. Au moins peut-on indiquer un minimum de données certaines, au delà desquelles les traditions, si elles contiennent encore des éléments de vérité, les enveloppent de tels nuages que les yeux de la science, moins perçants que ceux de la foi, ne parviennent pas à les isoler.

Deux choses d'abord sont certaines: saint Malo a fondé le monastère breton d'Alet et exercé l'épiscopat dans la région voisine; 2" saint Malo est mort à Saintes. C'en est assez pour justifier le culte dont il a été l'objet en ces deux localités; de

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ce chef nous sommes en règle avec la tradition liturgique dans ce qu'elle a d'essentiel.

Quant à ses documents écrits, c'est-à-dire à nos légendes, il faut avant tout en considérer la finale. Nous y voyons que saint Malo fut accueilli à Saintes par un évoque appelé Leontius. Cet évêque n'a rien de légendaire, et son relief, même dans son propre pays, n'est pas tel que sa mémoire ait pu exercer une sorte d'attraction, comme celle de saint Martin, par exemple, avec qui on a tenu à mettre en rapport des saints très éloignés de son temps. La légende est donc sur ce point parf:iitement admissible. Ceci est important, car elle nous fournit une date approchée pour la mort de saint xMalo. En 614, au concile de Paris, siégeait un évêque de Saintes nommé Audoberthus. Au concile de Chalon, sous Clovis II, c'est-à- dire vers le milieu du vu'' siècle, l'évêque de Saintes s'appelait Bertarius. Entre les deux, au concile de Clichy, en 627, nous trouvons un évêque de ce même siège, nommé Leontius. C'est évidemment le nôtre. Quand a-t-il commencé à siéger? Quand est-il mort ? On l'ignore. Ce qui est sûr, c'est que son avè- nement doit se placer après 614, sa mort avant le milieu du vii'^ siècle.

Avec cette donnée concorde une autre indication chronolo- gique propre à Bili, mais qui, comme on l'a vu plus haut, se rencontre dans un récit qui figurait aussi dans la vie du pre- mier « sage ». Saint Malo fut appelé à l'épiscopat par le roi breton Judicael. Or Judicael est connu ^ pour avoir fait, en 637, un voyage à la cour du roi Dagobert. C'est donc en somme un contemporain de Leontius, et l'on s'explique très bien qu'il ait été en rapport avec saint Malo. Même en dehors du témoignage du biographe, la coïncidence des dates et les rap- ports nécessaires entre les évèques et les chets temporels du pays breton autoriseraient à l'admettre.

Si l'on en croit Bili, Judicael serait mort avant saint xMalo. En tout cas, les traditions s'accordent à désigner par un autre nom que celui de Judicael le prince qui persécuta le saint et dirigea contre son monastère des entreprises sacrilèges. Qu'il

I . Frédégaire, IV, 78.

La Vie de saint Malo. 17

faille l'appeler Rethwal ou Hailoc, ceci est secondaire; c'est en tout cas un prince persécuteur, qui succéda au prince bien- faiteur, Judicael. Il résulte de que saint Malo ne partit d'Alet qu'après la mort de Judicael, laquelle est postérieure à l'an- née 637. C'est donc vers l'année 640 qu'il faut chercher la date de sa mort.

La tradition rapportait qu'il mourut à l'âge de 133 ans. C'est un chiffre mystique, comme ceux de sept ans, de quarante ans, de 33 compagnons, que l'on rencontre à divers endroits de sa vie. Un phénomène de longévité aussi extraor- dinaire ne saurait être admis sur une tradition orale de deux siècles de durée et consignée dans un écrit les fables abon- dent. Il est d'ailleurs contredit par les longs voyages que l'on fait faire au saint dans les dernières années de sa vie. Je crois donc que ce chiffre doit être écarté, et que, par suite, nous n'avons de ce chef aucun moyen de dater la naissance de saint Malo. Mort vers le milieu du vii^ siècle, il a naître au déclin du siècle précédent. C'est un contemporain du roi Dagobert et du pape Honorius.

Il n'y a rien, du reste, dans la première partie de la légende qui puisse suppléer au défliut de cette indication. Tout ce début, tout ce qui regarde la période insulaire de la vie du saint, est plein de fables merveilleuses, qui ont leur intérêt littéraire et même historique, mais qui ne peuvent servir à reconstituer une biographie réelle. La généalogie elle-même m'inspire des doutes, car il est difficile, vu la différence d'âge, qu'il ait été cousin germain de saint Samson. Cette parenté me paraît avoir été imaginée après coup, ou plutôt suggérée par le voisinage des deux monastères de Dol et d'Alet.

Malo naît dans la nuit de Pâques, au moutier de Lancarvan % sa mère était venue assister à la veille sainte. La noble dame galloise était alors âgée de 65 ans; trente-trois jeunes femmes lui avaient fait cortège ; elles étaient toutes enceintes ; la même nuit elles accouchèrent avec ensemble d'enfants mâles,

1 . Ce monastère se trouvait aux environs de Cardifî, dans la manche de Bristol.

Revue Celtique, XL 2

i8 L. Duchesne.

qui furent élevés avec saint Malo, devinrent ses disciples et demeurèrent ses compagnons tout le temps de sa carrière.

Ici apparaît le nom de saint Brandan, un des plus grands noms du monachisme celtique. A un tel disciple il fallait un maître de premier ordre. Mais saint Brandan n'a point été abbé de Lancarvan dans le pays de Galles. C'est un saint d'Irlande. Il a, je crois, été introduit ici avec sa légende pour servir de décor à la première partie de la vie du saint d'Alet, dont les débuts n'étaient connus par aucune tradition spéciale. Un point seulement est à retenir de tous ces récits, c'est que saint Malo était venu du monastère de Lancarvan. Tout le reste, ou à peu près, n'est qu'une adaptation de la légende de saint Brandan. Si saint Malo avait été de bonne heure le héros, je ne dis pas de si merveilleuses aventures, mais de si merveilleuses légendes, sa renommée eût été un peu plus célèbre qu'elle ne l'était encore au milieu du ix" siècle. Bili rapporte que l'évéque Dotwoïon, de Saint-Pol de Léon, un prélat qu'il avait vu et connu, non seulement ne célébrait pas la fête de saint Malo, mais ignorait même le jour on la célébrait à Alet. C'est Bili qui le décida à l'introduire dans son église. Saint Malo doit beaucoup à 5es biographes du IX' siècle.

Même dans la période aléthienne de sa légende et dans les parties qui, communes aux deux rédactions conservées, pa- raissent avoir appartenu à celle du premier « sage » ou tout au moins dériver de traditions moins incertaines, il se trouve bien des choses qui inspirent de légitimes soupçons. La belle histoire du petit oiseau qui vient pondre son œuf sur le man- teau du saint et que celui-ci laisse couver tout à son aise se retrouve, sous une forme plus merveilleuse et plus primitive, dans la légende de saint Kado. Cet épisode est commun aux deux rédactions. Celle de BiU est la seule qui parle du dragon exterminé par le saint et de l'enfant royal que celui-ci couvre de sa protection. On trouve des choses semblables dans les lé- gendes de saint Efflam et de saint Méloir. J'ai bien peur qu'une étude attentive ne permette de retrouver une à une toutes les histoires nos légendaires ont donné un rcMe à saint Malo. Mais il est impossible de porter ici un jugement définitif tant

La Vie de saint Malo. 19

qu'on n'aura pas une édition quelque peu critique des vies des saints bretons.

Les épisodes saintongeais, de même qu'une bonne partie des miracles propres à Bili, sont d'une touche moins merveil- leuse, moins poétique. Le saint celte est dépaysé. Sur la terre prosaïque d'Aquitaine, il ne fait plus que des miracles ordi- naires, des guérisons de muets, d'aveugles, de lépreux. Que cette partie du récit relève de traditions locales, je suis tout disposé à l'admettre, quoique cependant il y ait encore quel- ques traces d'emprunts faits aux légendes voisines. Dans le loup qui croque l'âne de saint Malo, et, pour punition, est obligé de le remplacer, qui ne reconnaîtra un congénère de l'ours de saint Martin ?

Avouons-le : sur la vie réelle de saint Malo, nous n'avons que très peu de détails particuliers. Venu du pays de Galles et du monastère de Lancarvan, il fut à Alet un maître de la vie monastique, et remplit les fonctions d'évèque au milieu des populations bretonnes. Comme tous les saints de son temps et de son pays, ce fut un homme d'une foi, d'une piété et d'une austérité extraordinaires, un prédicateur énergique, un grand protecteur des faibles, une âme fière, capable de parler ferme aux représentants de la force brutale et de lutter contre eux avec l'ascendant de la vertu. Sa vie se passa dans l'exer- cice des oeuvres de religion et de charité. Vers la fin, se sen- tant impuissant à dominer des oppositions injustes, il se retira en pays frank et y mourut, peu après, d'une mort paisible. Avant et après sa mort il fut en grand renom de mi- racles.

Ce qui le caractérise, ce n'est ni sa provenance ni son rôle ; tous nos vieux saints bretons viennent d'outre-mer, tous ont eu, comme chefs religieux, la même attitude en face des mêmes besoins. Malo n'a qu'un trait particulier, c'est son exil volon- taire. En général, les saints bretons meurent chez eux; celui-ci est allé mourir à l'étranger, après avoir, dit-on, maudit ses ouailles ingrates. On ajoute, il est vrai, qu'il leur pardonna avant de mourir et même qu'il vint leur apporter ses dernières bénédictions. J"ai bien peur que ce dernier trait ne soit une atténuation de la tradition primitive et authentique. Les saints

20 l. Duchesne.

bretons n'étaient pas tendres ; c'est beaucoup qu'ils pardonnent au lit de mort.

Quoi qu'il en soit, les Aléthiens ne gardèrent pas rancune à leur pasteur; quand ils apprirent que son tombeau était de- venu miraculeux, ils se mirent en devoir de faire valoir les droits qu'ils avaient sur ses reliques.

Le roi Philibert dans les légendes bretonnes, le roi frank s'appelle toujours Childebert ou Philibert, et c'est bien perdre son temps que de chercher de quel règne il s'agit le roi Phi- libert ayant dans son pays un saint aussi considérable, a soin de veiller à ce que son sanctuaire soit bien desservi. Il envoie même des évêques inspecteurs pour s'assurer que les offices sont célébrés suivant toutes les règles ^ Or il arrive que, pen- dant une de ces tournées d'inspection, le moine chargé de sonner matines au premier chant du coq s'abstient de réveiller ses confrères, pour la bonne raison que le coq, croqué par maître renard, n'a pu le réveiller lui-même. Le monastère ne s'éveille qu'au jour et l'office commence en retard. Voilà l'cvêque de Saintes et son clergé dans le plus grand embarras: les envoyés du roi ne vont pas manquer de les accuser de né- gligence. Heureusement saint Malo les tire de peine; le renard arrive au chapitre tenant entre ses dents le corps du délit, c'est-à-dire celui du coq. Dès lors la responsabilité des moines se trouve dégagée.

Cependant les gens du pays d'Alet se mettent en campagne pour récupérer les reliques de leur patron. Ils arrivent à Saintes au nombre de vingt-quatre, douze du pays d'Alet pro- prement dit, douze du pays d'Outre-forêt (Poutrocoet) ; sept prêtres sont du nombre. L'ambassade est conduite par deux Aléthiens, Rociantworet et Riwoed. Ce sont tous de bons chrétiens, capables de réciter sans broncher leur Credo et leur Pater. Les Saintongeais, néanmoins, leur trouvent quelque chose d'étrange et les prennent pour des fous. Très interloqués, nos Bretons se décident à s'adresser au roi; douze d'entre eux

I . Ces inspections ressemblent beaucoup à celles que nous voyons fonc- tionner sous le rcçrne de Louis le Pieux,

La Vie de saint Maîo. 21

restent à Saintes, les douze autres vont trouver Philibert. Ils le rencontrent à la porte de son palais, partant justement en pèlerinage pour le tombeau du saint. Ils y reviennent à sa suite. Après un jeûne sévère, les ossements de saint Malo sont tirés de sa tombe et placés sur l'autel. Quatre clercs bretons s'en approchent et essaient de les soulever ; la tète seule et la main droite leur restent entre les mains; les autres os ne peuvent être remués. Ils disparaissent même de dessus l'autel et réintègrent d'eux-mêmes leur tombeau. Les Bretons, satis- faits de leur part, s'en retournent dans leur pays; sur le pas- sage des saintes reliques, des prodiges éclatent en diverses localités. Une fois installées dans l'île d'Aaron, elles ne tardent pas à y manifester leur vertu surnaturelle; cependant les reli- ques restées à Saintes ne perdent pas la leur et les miracles se partagent entre les deux tombeaux.

Telle était, au temps de l'évèque Ratwili, la façon dont on racontait la translation des reliques de saint Malo. On se con- tentait alors d'avoir sa tête et sa main droite. Sous l'évèque Rethwalart, prédécesseur de Ratwili, en un temps de grande sécheresse, on avait porté ces reliques en procession dans les campagnes aléthiennes ^ et obtenu ainsi une pluie abondante, sans parler des guérisons miraculeuses. Bili, qui vivait en ce temps-là et qui raconte ces faits, ne marque nulle part que l'on enviât à l'église de Saintes les autres parties du corps saint.

Cependant, au x^ siècle, une tradition différente avait pré- valu. On disait alors qu'au temps du roi Alain (888-907) et de l'évèque Bili, un jeune Aléthien, Ménobred, forcé par des revers de fortune de quitter son pays, alla s'établir dans le pays de Saintes, il se mit au service du prêtre qui desservait le sanctuaire de saint Malo. A l'instigation de Bili, il profita d'une occasion favorable, se saisit du corps saint et s'enfuit à Alet, où, comme on le pense bien, il lui fut fait grand accueil.

Au premier abord, il semble que les deux narrations soient conciliables et que la translation opérée par Ménobred n'ait

I . Bili donne ici le texte de l'antienne que Ton avait chantée pendant la procession. Cette antienne se retrouve dans certains manuscrits de Tantipho- naire qui porte le nom de saint Grégoire, au jour de la litanie majeure (2) avril); v. Migne, Patrol. ht., t. LXXVIII, p. 685.

2 2 L. Ducbesne.

été que le complément de la précédente. Cependant on doit remarquer que le récit de la translation par Ménobred ne fait pas la moindre allusion à celle de Rociantworet. Au contraire, il suppose que les Aléthiens étaient consternés de n'avoir pas le corps de leur évéque : aniiiioconsternatieo quod erant destituti ex prcscntia sacri corporis beali Machutis. A diverses reprises, l'auteur parle soit du corps de saint Malo reposant à Saintes, soit du désir que les Aléthiens ont de le posséder, sans jamais donner à entendre qu'il ait le moindre vent d'un partage antérieur entre les deux églises.

Il faut donc sacrifier l'un des deux récits. Le premier a un aspect légendaire qui ne dispose pas en sa faveur; mais on ne saurait contester un fait, dont Bili témoigne abondamment, c'est qu'à Alet, vers le milieu du ix*" siècle, tout le monde croyait avoir d'importantes reliques de saint Malo.

En ce temps-là, on admettait le partage avec Saintes. A la longue, on voulut avoir le saint tout entier. De l'histoire de Ménobred. Vraie ou fausse, elle met dans un très mauvais cas mes compatriotes du x" siècle. Ou bien ils ont perpétré un vol de reliques, avec la circonstance aggravante d'un odieux abus de confiance; ou bien ils s'en sont vantés sans l'avoir commis. Cette dernière hypothèse me semble plus vraisem- blable que l'autre. Quel que soit d'ailleurs le péché pour le- quel on se décide, les délinquants auront été absous, sans la moindre difficulté, par l'opinion de leur temps, fort large, on le sait assez, en matière de h'audes pieuses.

L. DUCHESNE,

ckricHS Alclcnsis.

p. -S. Cet article était imprimé quand j'ai eu connaissance du mé- moire intitulé Zitr Brendanus-Legcnde, tlièse présentée à l'Université de Leipzig par M. Gustav Schirmer,' Leipzig, 1888. Les références de la légende brendanicnnc s'y trouvent discuté-es; quelques-unes sont, comme je l'avais prévu (p. i, n. 1), antérieures au xiF siècle, mais aucune n'atteint l'âge delà légende malouine. Le ms. Palalimis 217, indiqué par M. Duffus Hardy {Descr. Catal., t. I, n" 458) comme du ix« siècle, est en réalité du XII'; c'est la date marquée dans le catalogue récemment publié par M. H. Stevenson iunior {Codiccs PuhUitii lat. Bil'l. Vatic.A. I, 1S86, p. 45).

L. D.

THE FER DIAD EPISODE

OF THE TAIN BO CUAILNGE. (II. 82a2i— 88 b 52.)

(suite)

[32]. LL. 82 b 28-34. Lee. =--- Cid nach srengai feirtsi incharp(ait) fo/;;thaib 7 mofhogaimen fomchi?îd corocodlaiwd colleic. monuar foriz/gilla is cotlad troch si;; arci/zdaigi 7 cua- nart sund. Ced on agilla nach tualaing tusu for[f]ain 7 for- co/;iet da?;/. isam tualai;/s; or in cilla acht mi;zathistar anellaib no anasr dotindsaigid naticfa id^r anair no aniar doti;zdsaigid cenrabad cenrathug(u)d. Rosrengtha fertsi acharp(ait) fothoeb 7 a fhogaimen fochen;z. 7 cided nirochotail abecc.

Eg. 106 and Eg. 209 = LL. (29 sguir na heich. 7 cuir feirsde an charbuid fûm go ccodhluinn fair. uair (32) ),

[33]. Eg. 106 ro bhi an giolla ag f(or)aire. Et ag fôrchoimh- ét dô; ef. Lee. 32.

[j4]. Lee. Dala Cou. c. dob(er)ar ar aird.

Eg. 106 : Cuehulinn went tbis night to Enier, ete. : see 21.

Eg. 209 =LL. 82 b 35-58.

[35]. LL. 82 b 38-40. Eg. 106 and 209 =. (Eg. 106... thug C. c. lamh tar afhormna. 7 taragheal agh(aidh)... ; Eg. 209 ... tug lamh tair aghaidh,..).

[36]. LL. 82 b 40-44. Lee. =--=. maith amopopa a Laig geib na heocho 7 i;/dill incarb(at) mata Fer Diad ac arnirr- naidi is fada lais, atmcht ingilla 7 rogab na hecho 7 roizzdill incarp(at).

24 Nettlau.

£^. 209 = LL. (40 Maith 41 car(pat). V).

[37]. LL. 82 b 44-50. Lee. Ci^dis C. c. inacharp(at) 7 tangadar rcmpo doindsaighidh anatha.

irV. 106 aud 209 =: LL. (E^([. loé, 47 mar domhothui- gcdar fiabhol( ) na fola ar an ccraois(igh) ; ... Eg. 106 geilte glin«e; 209 geinte glinne ; Eg. 209 Tuatha deadain).

[38]. LL. 82 b 51-83 a 7. Lcc. L\Ith//.fa gilla Fhir Diad nirbo chia» do oc f(or)airi cocuala chucu culgairi incharp(ait).

Eg. 106 Q.nd 209 = LL (Eg. 106, 51 an tan do chuala an Ihuaim. 7 an fothra?;//;. 7 an tairm et an torain«. Et an truim- sheasddn .i. sgeallghoire nasgiath. et siansan na sléagh...; 6dluthchomhradh; Eg. 209, 51 goccualaidh anfuaim et an fo- thramha agus an fidhrean. iomthora;» an torainn et an tor- main .i. sgealgaire na sgiath et sligreach nasleagh (2) ...; 3 et ciorgail na ccraoiseach et tromghair na luireach. (3). Et fuasgar na bhfoghaaibh et oll ghrioth na nomhnach et iom- chumailt(4) ...; 6 dluth chamhradh).

[39]. LL. 83 a, 8-10. Lee. robai ic diuscud athigerna.

Eg. 10 and 209 = LL.

[40]. LL. 83 a 11-21. Lee. 7 dorigni in laid; = LL. (11 Rocluiniur dardruiiig 12 uas dreich 13 dar hro'vi feir[s]tib broine do chengait int[s]ligi retasb baili 16 soi- ghes bodeas. demin lim darna eich charp(at) incua dobera dund très. Dorairngert onuraid maire. (18) cubaid. ticfli cebed dmin eu na HEmna (20) 21 adcluinim rocluin.

Rocl-).

[41]. Eg. 106 eirghéas F(er) D. iar sin. 7 ro chenguil achorp ina chaitheid(edh) cdtha.

Eg. 209 = Eg. 106 (deirghe...).

[42]. LL. 83 a '40-83 b 3. Lee. ^. Tuarascbail char- p(ait) Con. c. an«so hnres pr/mcharp(at) na scelaigeachta for tanaich bo Cu[a]l(nge).

Ci?zdu.s adchi C. c. arse ar Fer Diad tWa araid. Atchiu arse i«carp(at) (eol. 616) forfliairsiiig fêta ti;/dglai;/e cocui//g ndor ordaib cotarbclaraib umaidib cofcrsib crcdumaib colungetaib findrui/ze eonà creit croes ta«a croes tiriw cleasaird clocatchai» cuirita aratail[l]fitis .\m. nairm inlatha no inilflatha. Cai» so- sad afiilatha. Contacmai»g incarp(at) si» carp(at) Conçu-

The Fer Diad Episode. 25

l(ainn)/coluas faindle (Jjere begins thc fragment in Ms. H. 2. 12) no cliabaigi allaid tarcend machairi maigshlebe ise tn'cius 7 atcius imoroget daig is chucai;zd imthigit. Dofil di incarp(at) sin f(or) dib echaib cendbeca crui;/dbeca coirrbega birig bas- cind brui7zdi d(er)g sesta suaithinte sogabalta sodai?? fogrindib aillib aen. Andara hech dibsidi ocus se lugaid luathleimnech tresmar traigmar fotmar focharrsaid. INtech aile 7 se casmoiig- ach caschoel coiseiig seiredach coelcairgdech. Dadreich duba dorchaidi sithbe creda cruanatai dathalai^zd. Da[na]ill norda ni;ztlaisi.

H 2. 12,/. la. of the fragment of the T. B. C. (2 fol.) be- gins : goliias faindli no eirbi no iaran?^ 710 cliabhaig{i) alIÇaidlj) tair [ ] sleibe no martsighi gaithi g^re gailbidhi adhuaire

imluime earraithe tarcenn machaire maigh sleibe. IS e sut tmss 7 vit 7 tairptighi Et tmbarluas foth(iag)aid naheich s'in \sin madhrod g(o)[ ]tsed i;ztalm(ain) tromfodh focraitib letroisi ancei/;/nighthi b(er)id Et srianta cxma. cruanatha liralui/ze cor- orda friu Et basamalta lem resnear/;/a sithoilti igshnaighi uan- fadhach naheach... : Et ba samalta lem rehealtada dodub cnaib nafodmaigi dandeis ata fon carb(at) s'in cach ceindfi;zd crofind c^lcosach seng sircsel cas;;zongach C3el àrond ndub dual(a)c/; falforubh nard mmamnus sig[ ] cruanatha baiH[ ] ucht- gli;zde foth(iag)aid naheich sin is\n inadh rod. Et ata inccroile foncarb(at) iar(um) each luath luthmar laig(ir) lenm(e)ch maign(e)c/; tairrng(e)c/; tresmar sduagmar/cî^war t[ ] fo-

luath cef/;/air cruaigh .i. ûiucht buadha forith gansgarand aid- bli tened [AU this and the next 21 Unes are hardly legible and I hâve not copied them]. [21 li)ies].

Eg. 106 and 209 = LL. {Eg. 106 and 209, 40 doibh

go bihacada;- chuca ; 43 gristhirim (106); 44 dhâ edch lûatha leimennacha arda uicht leathna bhechroidhecha (209 bheo croidheachair) bhennarda (209 bhlein arda) bhaisleathna choschaola chrudidh ingnacha (209 bhas leathna for threana forran;/acha). Et iad faorgach faobhr(a)ch forrân;mch foirniata rémbûain dfiairshlioc/;/ gâcha hiomuire aramhoille Icô go lei- ghthi dion;/suighé aigh no iomghonaiad; 48 (209) darbhainm an Liath Mâcha; 49 (209) dar bhainm an Dubh Sithleann; 51 tar maoilin;? machaire; (209) tair mhuing machaire no

26 Nettlau.

moigh skibhe {so in Lcc, H. 2. 12 ; not in LL., £^,^ 209); 52 hoîgh naluinn nall(aidh)); 81 b i mar 3 dirma : not in Eg. loé and 209.

[43], Lee. Fil ter findchas folt lebar inairi»cch incharp(ait) si». Fil di imbisidi brat gorw cruanchorcra. Laigen .i. goi coneitib 7 se d(er)g doigerdai inadurn» arderglasad, Faircsi tn'tblt fair .i. folt dond friatoi»d achi/zd. folt c;vd(cr)g iarnair- medo;/ mi«d noir dotuigetrt;- intres folt.

Cai» coconus innuilt sin cocuirend tcora imsrotha mathor- mna fiar sellsechtair samalta leam fri horsnath iarndena;;i ada- tha dar ornindeona no re buidi mbec cechoen fhiwda frisatait- nend gr/an illaithi samrata taitnem ,cach oen fhinda donult sin. un. meoir for cach cois do 7 .uii.meir arcach laim 7 ruith- nigid tened romoiri imarusc cein cofosaib icruithib aech croib glec laich inalamaib.

Ara carp(ait) adiïigbala inaiiadnaisi. folt cass cirdub fair. berrad lethan arfud achi/zd. cochall eitech iwbe cofuaslucud daduilend. echlasc urchaiu orda in[a]laim 7 brat fi;zdglas imbi 7 brot find aircit inalaim ici;zdsaidi brot f(or)si;z nechraid cech fonair imateit in milig morglon;zach dafil isin[carp(at).].

[44]. H 2, 12 ... is mithid dul azzdail cowraig an f/V si». IS trz/agh angni/» arachinde a F(ir) D. .i. dul do co»zland anai- gi(dh) do comalta cartanaid. is frrg(a)c/; 7 is feochair is an is[aur]lamh istr^'n is très aga/' isleoghman ar ùrg istarb artreisi is natbair arneimnigi is mathamaiw arglond Et is carrag fria fosug. is doig fr/atesarga[in i]s teine arloisgadh is brisid cna»/a is doga is losgad is bred is agh is acais fu[ ]g firgi anf/r ud ar i»gilla 7 an eachaigh dferaib Er(enn) i»adail ni therna^ ùr comna[ ] na indisi sgel dib arculuadha'.

[45]. Lee. Arsada chaicle atacownaic is bec leis i»nEiriu 7 fria gilla. Eirig agilla arse f(or) Fer Diad (44) 7 romor mo- laisiu si» it(er) 7 i»dill naharmu isi»nath arachi»d. Daniw-

I. Cf. LU 98 a, 39,40: 7 ni mùr madocrnasccola iz/disc» sccl donafia»- naib roli.itar ar tig doib zz 7 nimor madroirnc sceola indiscn scel dona di- bcrf^chaib robat(ar) artig doib (YcUovj B. ofLraii) zz: 7 nimor ra/;ic dolu(7;/ i//disi); sccl do;/afianHaib rob.it(ar) acathugud friu (Stawc Ms. D 4, 2) z^ "j nimor maroéla fer in«isti sccl donafhiannaib robâtar icdul f(or) bruidhin (Ms. /:>., 1782), Druiilbcn Dii Dcrga. *

The Fer Diad Episode. 27

poi«d maigid illeth ata mochul darlim noragdais fersde inchar- p(ait) tmmchul muinel.

H. 2. 12 leig as agilla air Yer D(iad) is mor anmola[d] do- b(eir) armohidb(adh) afiana[i]si Et is br/atar dawsa dam(a)d bes da/» gilla no arad no eachlach do;»arb(adh) iscian odo- gebtasa bas lem.

[46]. LL. 83 a, 22-39. ^''^- Agilla f(or)se ro mor mo- laid siu C. c. uair niluag molta darad duit 7 is a?«laid robai ic- tobairt atuariscbala 7 atb(er)t (col. 617) IS miûngetc. (28 in- cobair daig in gniw ar codail. bi tast is na blodaich daig (29); 31 uailli frithailfither uai»di daig; 32 leiterthar; 33 ni ar; 34 tic. Gid rogœth inrogand is armaith romolum reithid is ni romall imarthorand tricc. Bec nar chonair chonais ara met romolais cia fath arathogais othaig isaurissi fuacrait isatait ga- fobairt nachtanic dia[f]uapairt acht mad aigith meith).

[47]. LL. 83 b, 3-4. Lee. Ni cian iartain coro comrai- cedar ar lar annatha.

H. 2, 12. ISan» tai//ig C. c. gohoiriar anatha.

Eg. 106 and 209 = LL.

[48]. LL. 83 b, 4-23. Eg. 106 and 209 = LL.

[49]. Lee. 7 adubairt F. D. ri Coin cul(ainn) cantici achu arse daig cua ainm na clai/ze \s\n tsenguidilc 7 .un. mcic im- leasan batar \s\n rig rose C. c. Dam(a)c imleasan dibsidi 7 siat clasna 7 nochomo adomaisi do inamaisi doso;;/ 7 dambeith ai- nib bad mo for Choi;/. c. is(edh) rothuibebad fris 7 robai ca- thabairt uasaird.

H. 2. 12. 7 do etvmc F(er D(iad) ei adubairt ris carabais a cua oir cua -imm naclaine asi» tsen gasilig. .i. sQcht m(ei)c im- risin doba i;?g(a)c/; suil do 7 da m(a)c i;//risi/z dib oir ckuna 7 nibamo ado/;/aisi dosin nasomaisi 7 àzYnheth ni bud modoai- »em air dot;'/ub[ ] fr/s reheadh nahuaire sin.

[50]. LL. 83 b 23-84 a 4. Lee. =. 7 doroi;/di laid 7 iwre- cair C. c. cotarrnaic. Cantici seo achua ^/^. (27 ren(er)t nua

dochua uasanalaib tech. bid atod fri haires. marg tanic do thurus 30 imtorc toraig tretaig 31 mon li?zd Eirc rit

32 icomruc 34-36 V 37 infor cnetfem. daig do- chomruc torath. i;/forrendaib ruada no f(or) claidmib cruada dathslaidi ret t[s]luaga mathanic dothrath 42 rotgabsad ar

28 NeitLni.

[tf]aillseo 44 bxgail imberthar fort 45 bias ni ba toiscch tr/air oniii coti in brath 47-49 (str. 7) after 50-52 (str. 8) 51 mochoicli 52 mac[a]in[c]c tu f(or)me [cailli tu mair- sid u'fitteii ahovc the last ivords] ni fuair riawi 47 Bi tast dim dorobud 48 daig indos uas dus[a]. As misi rofitir. it gilla congicil ac/'/di inneoi/i eitig cengaisced 84 a i faid[i] gaireas ).

[51]. H 2, 12. Canas tic?W/;si atsirridi tsiabarta ar C. c. doig iscora ius:\ dlîarf(a)dh aun so uair as tu n(e)c/; bid ix\n 2,{yi)ch lae 7 ni dcnt[a] i;/gnad do;;/aisginsi an;zso ar Ver D. uair ata- maidne agtog(ail) Et ag losg(adh) 7 agu[r]gain Uladh 7 Cuail- gnî 7 O'witnec cearm(a)d on\\i^.n REsamai;z gobais nahuaireseo. Et t(u)csama;' linn armbmit, /. ib, 7 armbuar et armbotainti airseoit Et air s/rmaine Et arsean indmM^a 7 dolegsuw atulcha ararneis isnafantaib gorabad^r coi»/sill risna faithib. ast/^a iwcr^ach deisi Et misi intoir 7 nidenta i;2gn(a)d domaisginsi ann so àirwheth don(er)t no doniagh ba du duit hadh andt'- J/7aigh doc/'wibh 7 docmthi 2icht ata ni cena nir dei«ta duit co?r.rug do;z indsaigisi Et .x. holl coiààh. Er(enn) amaighsi amaenur Et gi?7gogabtha lium is gabtha duit oxum ^ï:\hadh ad- chara 7 adcoigli 7 adcowalta caratn(a)c/; dawsa, Cidh sin ar Yer D. is ecm domsa comlann 7 co^nrug riutsa noreseis/r lasch is ft'/T dft'raib Er(cnn) armarach leo 7 tuitfirliu/;/sa daco?;;rigum Et dob(er)aiHdsi cowairli maith duit si arfostogh ar cadaigh 7 arcaradraig tabfl/V ier g(a)c/; ku damsa dibh oir is «j'a leamsa sin nacomrag riutsa ativnar. Mised i;;codaigh 7 i;zLarad;ï7igh ro- baill nocha ne id/r air Ver D. acht ismn damsa co/;/rag riutsu. IS trwag i«gni;»si» araci//de a Vir D. doigbud tesargain darach dodornaib duitsiu s\n 7 budh gad um gaineamh 7 bud teine saighnei» 7 bu bcimh cind foraill 7 bud buarach bais duit- siu incomairlesin. ACugugai;j air Ver D. atacualamarne nar- comcaima CMraid na cath milidh riutsa ota;/gais arsluaighÉr^/; tana bo Cuailgni gobais nahuaire seo. luigi»/si fonadeibh da- nadhraim ar C. c. n(a)c/; docm liawsa doco/;/rugsu do di«ga- b(ail) nasg(a)(-/; a^n dotorcfl/> amaig(idh) gwsdrasta. tî;;damaid sin aniosa ar Ver D.

[52]. LL. 84 a 5-6 (— 7 Me(dba)) anA 6-8 =: Eg. loé, Eg. 209.

The Fer Diad Episode. 29

Eg. loé and 209 {aftei' l. 6) dochionn na ngeallt(adh) (209 a ngealtaighe). mbregach do nid dhuit ar chomhadhuibh fallsa Et ar an i(nge)n farmelladh moràn do dheghdhaoinibh (romhatt, 209);

Eg. 106 and 209 (after l. 8) amh(ail) chdch. Et a Fhir Dla arse Mairg dhuitsi do treig mo chairdios. Et mo charadr(adh) armhnaoi do racad (209 do reicedh) re. 1. laoch (209 leis na ceadaibh laoch; LL. 84 a 22 raddled do choicait laéch) rom- had. Et as fhada go ttreigfin/ï si ûxusd. ar an mhnaoi si;z.

[53]. LL. 84 a, 31 (daig) 34 (diamair) = Eg. 106, 209.

[54]. LL. 84 a 34 (Et is) 42. Eg. 106 7 adub(air)t so- sios : Robdar coigle croidhe : robd/^r cuart( ) i coille

robd«r ionns( ) aireach : os lerg(aibh) gâcha hnne.

Eg. 209 r= LL. (35 go ndubhairt an rosg 36 robadar coimhdheargadh 371 ttroimnitir 39 la Sgathaidhe ro chinsiomh cearda comhdhana. ro chloiseat cruadh chaithr(e)ch doceadghonaibh madh cuimhneach cumhaltas comhradhach).

[55]. LL. 84 a 43-84 b 60. H. 2. 12 Cagaisgi arar(i)- cum aniugh a F/r D. ar C. c. ancuwai?/ letsa na cleasa gaile Et gaisgid noch doniamais agUathaigh 7 ag Sgath(aigh) 7 og Mflr. g.^ Manan;/ 7 ag Ablaig( )aran;z 7 ag Abradr^^g 7 agrigh tiri intsneac/?/aigh 7 ag Eisi a;nci;zd 7 ag Crochthan î Monaigh 7 ag Sen(a)c/; tiubra 7 ag Cab Geide 7 ag Cuara Aidh 7 ag Aifhi i;/gen Ardgen[ ] do Grfgaibh. Ascu;;/ai»

ar FtT D. Tiagam orta si;z ar C. c. 7 do cuadar s\in araclesaibh gaile 7 gaisg/W[/;] .i. sec/;/ nocar cleasa 7 .7. biencleasa 7 .7. corp clesa 7.7. f.ebair clesa agter/;/ uatha 7 cucu vaar fogmar gan gaith 7 niteilgidis n(a)c/; aimsidis 7 n[ ]idis n(a)c/;

1 . Is this Get occuring In Forbais Fer Falga ? I shall later on dwell further on the names mentioned hère. By the way, the old nom. * Mattit for Manann (see Rhys, Hibhert lectures, 1888, p. 663, n. 2) occurs evi- dently in the Book ofLecan (R. I. Ac), f. 139 a: Ba ri Er(enn) 7 Alban B:cdan m(a)c Cairill. Giallais do m(a)c Gabrai/i .i. Aedan aRosnarig. Glanta Maim indala bl(iadain) iarnaecaib doleicsead Gœdil Manai//d, etc., cf. LL., 330 b, c. This form caii be considered as an error as ind follows upon Manu as a part of the next word, and a *Mana in this place of the Ms. would undoubtedly hâve to be looked upon as an error, but Manu (with u, not a) deservessome crédit (or is it _z: Mainiu, Maine ?_)

jo Nettlau.

athai/;;sidis dorisi gcrbathlom ani///goi» dobi deab^?^ nahinga- bla narf[ ]ar dib Et dohadar marshi araclesaib gaile 7 gais- gidh oborbsoillsi na maidni ÇMs. maïdni as several tintes he- law) go[ J lo 7 dolansoillsi. asmitid sgur donaclesaib so

nr C. c. antmth b^jail Icth sa on [ar] F(er) [D]. IS ann sin do- cuireddar aclesa gaile 7 gaisg/J/; alamhaibh angilla 7 rogab- [a]tar dasgiath aille iarnaidhi urda-ga 7 rogabadar aslega aible arda agglasa snaithslemai?/ caidhe go[ Jnaighnedaibh la;/

cadaith alamhaib leo. Et rogabadar ada cloitine dirga doilgi crMaidh[i] beimnecha .i. fiid bas [ ] bas Et gonas g(a)c/;

ier dib aceile. Et gerbathlamh [ ] nahi;»go«a goran-

gixdar .X. prim gona [cach] iictn dib gotainig i/zbuidi dar in- gran. anail leib osad dogab(ail) a Cugugaiw air F(er) D, Asail on [ar] C. c. oir anti g^has lamh aragaisg/J/; ase dl(igh)^j- sgur. IS an« si» do cuircadar anairm uatha alamaibh angilla 7 iwdsaighf^ g(a)^/7 ïer dib aceile arlarm(e)doin anatha 7 toir- hcras g(a)c/; f(er) d(ib) teora pog daceilc acu;;/nuig(udh) aco- ///ai;zd 7 acaradr^ig. Etdocuadar naharaid cohajni/zadh 7 aneich ana^nsgur 7 iadfein gohîe» pubaill gofailid fr/chu/;/nech. ISan» s'in docoirigheJ/; afoithraicaf/; cr/adh donacwradhaibh 7 alep- (a)c/ja urluach doib gofrithadartaib f/>gona. Na biadha 7 na deocha soblasta dob(er)idis ïir Eir(enn) d¥ir D. dob(er)edh su/2 acoibeis reisfei// do C. c. dib. Et nalosa 7 naluibhe ici 7 le(gis) dob(er)tai asigb/'wgaibh Er(enn) do C. c. dobf/-t'^/; oired risfei// d¥er D. dib si// dac«//' ancncdaibh 7 i;/acrolin//tib Et dob( )tis i//c(et) tr/an do/midhchi rethuchb(adh) 7 re<'o'ai//e 7 i/ît/'/'an tan(aisi) reco//zr(a)d 7 reco///airli aco/wraig 7 i//t/'/an deigi//ach di resua/î 7 resarcoll(adh).

Eg. 106 and 209 = LL. (51 anorht ngoithnidhc, Eg. 209 a nocht ngasthe nfada neid; 52 amhuil bccha alo ain//le; 209 mar bheocha ille ainlc; 84 b 5 nasgiadh slirghcr ; 209 a sgiath dis gheura ; 9 daig de. V ; 20 go i;/di V ; 47 Raptar 49 aidchc V; 49 bhadar ma/'si// anagh(aigh) si//.

[56]. H 2, 12. IS an// si// c////'is ¥cr D. fesa 7 ter/;/a go- hOill(ill) 7 go M. dar(a)dadh si;/ i//gni;// dogcall//^ doib aneg- mais mucui//d 7 moceille 7 moco///airle dogeall/i^a he oir ni fuil arhcth uile X'// Lx'çh dam(a)d/7 indraithi cotoitfrJ/;C. c.leis achl ata ni cena iioco. ria ag na eisl(inn)ig o C. c. dab(ar) in«-

The Fer Diad Episode. 31

dsaighi in iadh bes F(er) D. aganco/;/rug 7 gluaisid fir Er(inn) datighibh 7 b(er)id atairb 7 atai;/ leo 7 teid gilla F/r D. lei- si//techtairarZ;f s'in g(o)hairm araibe Oill(ill) 7 M. 7 Ftrghwi 7 maithi f(er) nEr(enn) 7 ro'mnàis angilla audub(air)t F(er) D, ris. is xwnsm [cuiris] [a dcl.'\ Oill(ill) arighi 7 arotaisigh 7 alatha f(er)ai/zd cuigi 7 doindis s\n doib Et is(e)d/; adubradar uili datuiti cach re fer ixcu nifuicfimaid cowr(a)g nadeisi de- glœch ut ga;/ heth agafechaiu 7 docoy/zairlidhar angillada àocuir le tairb 7 le tain rompo go Crwachain 7 iad feiw doa/;mai/i refechai/z ancomraig 7 retorcoimed fos (/. 2 a) adub(air)t Fi^r- gus m(a)c R(oich) n(a)c/; r((2)cadis le dui/ze airbe^/; an« ar/;/ monadechadais. 4. holl co/Vidh Er(enn) uile ànn uair is dei- min leam n(a)c/; bia do nert nadoniachw^ anaen duine ardo;«an fostog(udh) C. c. ac/;/ gocluine atairbh 7 atain dobrath uada.

[57]. H. 2. 12. IMt«j-a C. c. doeirigh gomoch inlasin uair ba[leis] eirgi ard/« dindsaigi i;ico///raig i//lasin. Et ni reirigh F(er) D. gowoch iiilasin 7 dobid C. c. agar(a)d/; reLc-egh. is fodaata F(er) D. an^^^mais incomlaind 7 incowraig. Narab foda k'//;sa e air La;g oirnifada bias ategma/V Et ata se cugad F(er) D. 7 tabair Ict duind atoitiw 7 atuarusgb(ail) 7 t(u)c atua- Tush^aiï). dob(er)imsi ahaithne ann. iir s\n ar C. c. .i. is lond leogmuin le hag urlamh dind Domnann daigh fer falc £tla F(er) D. dithmil/V//; m(a)c 'Dimim drt'ach dcrg dogawianraigh IrrMi' Downaill. Et is mairg teid andail m ktich si// 7 met amen- wan 7 luas alam crwas acmidi bailci abuille.

[58]. H. 2. 12. IS an/isi/z adub(air)tC. c. reF(er) D. nircoir duitsi tQ2icht isi;z co/;dand so airdob( ) adcara 7 adcoigli 7 adco- malta bag(a)c/; cartan(a)c/; daceile 7 isanœnleb(aidh) donimais suan 7 coll(adh) 7 fo/-c(e)dul ag Sgath(aigh) 7 ag Uath(aigh). leig as aie a Cugugain air Ver D. nihur«5a damsa ga;z cosnam lem cairdib 7 nacui;;migh coman/z nacaradr^gh na co;ntanwi-dam festa oir ce cui/;/nighi ni coiberatu, doedarmarne am. d6b( ) ortsa sut ar C. c. gmd Fiwdabhr(a)c/; 7 b/Tga M(edba) 7 bud n(em)tsomai/zeach duitsi s\n 7 nicoir duit it2.cht isincom- rug so. is firsin air Yer D. nara coir damsa comlan?/ na com- lag rem gilla fein na remarraidh. oir i«tan dobamairne agasn foghlaim gaisg/c//; istwj-a faharad carb(^aid) damsa and. IS cora damsa ar Cu. c, uair isromatsa ataitar[ ] 7 ^î'[ ] ar-

J2 - Nettlau.

ncich 7 arn(e)c/;ra(ih arseoid 7 arsarmai»e 7 arseni//dm».fa 7 ist«ja tai«ig acr/ch coranwcair acein darnindsaighi 7 nabid do- gra nadomenwa agutsa rium a F/r D. ar C. c. oir ni ci«d- t(c)c/; me riut.

[59]. LL. 84 b 51-85 a 3. // 2, 12. Et caisgid arar(i)cam aniugh a F/r D. ar C. c. letsa dorogha gaisg/J[h] ar F^t D. oir is/;/isi dorug roga anc.

Eg. 106 and 209 = LL. (84 b 50-85 b 40 and 47).

[60]. H. 2, 12. Cid tracht tiagaid araclcsaibh g. 7 g. 7 dohadar orosiw oborb tsoillsi namaidne {Ms. maidne) muichi gotai«ig medon ht 7 lan soillsi f(?;/arba leir dftraib Er(enn) fos gnuis eich na gilla na cura na catbm'ûidh d[ib] reisi// resi» Ic- hiumad na clés uathu Et cuca 7 acu. Ni fuilech angaisgi so a F//' D. air C. c. 7 anail let sgur de so. asail antmtli hus ail letsâ ar F. D. ISandsin doch«/;'eadar acleasa g. 7 g. uata alamhaib angilla.

[61]. LL. 85 a 3-47. H 2, 12 : 7 dogabad^^r dasgiath aille xn geala 7 da cloigeim orduirn indtlais 7 amai«isi mora muirn(e)c/;a If^/^an glasa analamaibh leo 7 d[ Jensad :vn(a)c/; cind righed dibh gotangadar nahaibne fola f[ir] dergi ahi/za- dhaibh naslcg tada flL-bw/'glas goràh urdrrg i?ztath si» taraueis Et doc«/;'eadar alama gasda gelmeracha da cloigimib coïn- deallt(a)c/7a crwaidgera Et robean g(a)c/; ïer dib uru«da fcdma fir do Ciubaibh fola 7 feola dib Et dobadur marsin rehead i«- Ci\.'m Le gotainig deredh mlai danindsaighi. IS andsin doc////'ea- dar nagilla gohasni/zad 7 nahcich goh.cn sgur 7 iadfein gohitn pubul cofliilid fr/chnu/;/ach go foithraicib cria 7 golebaid ur- luacm 7 golosaib ici 7 lc(gis) og(a)c/; tir dib daccilc.

Eg. 106 aiui 209 = LL. (237 adbeart an laoi an», leigcm (25); Eg. 209 et adubhairt an rann comhchluidhthe. fria formnadh fcaidhm 25 o ros cathar ndcilm ; 36 ioptha et orrthanna; 209 ioptha et arran^a); /. 40 Cach 47 aidche: V in Eg. 106 and 209.

Max Nettlau. (A suivre).

LES BRACAE ET LES HOSAE

COMMUNICATION FAITE A l'académie DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES

Dans sa séance du 2 mars 18S8.

M. d'Arbois de Jubainville a fait dans une précédente séance un appel aux archéologues': il a demandé si l'examen des monuments confirme la distinction qu'il a faite, d'après les noms qui les désignent dans les langues celtiques et germa- niques, entre les bracae et les hosae, les deux termes s'appli- quant également à un vêtement qui couvre les jambes. Les bracae seraient des pantalons longs ou courts, flottant sur la jambe, les hosae des pantalons qui la couvrent toute entière, liés à la cheville ou même se projongeant sur le pied ^

Notre confrère a cité pour exemple les Barbares figurés sur la colonne Antonine. Ces bas-reliefs de la colonne Antonine ne nous sont connus que par des gravures de la- fin du xvii^ siècle (l'ouvrage qiii les contient a été publié en 1704 2) et elles n'ont pas malheureusement dans les détails la précision nécessaire pour résoudre des problèmes tels que celui qui est en ce mo- ment posé. Mais la colonne Trajane est véritablement à notre disposition. Nous avons, des sculptures qui la couvrent, des

1 . Voir les Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, année 1888, séance du 6 janvier, p. lo-ii.

2. Columna cochli s M. Aureh'o Autonino Au^^usto dicala... Xotis J.-P. Del- loiii illiislraUi et a P. Saticto Bartolo. . . aère incisa. Rome, 170.4.

Revue Celtique, XI. 3

54 /^- Saglio.

moulages et des photographies^ se voient figurés, avec toute la netteté possible, les pantalons portés par les Barbares que les armées de Trajan rencontrèrent au delà du Danube.

Ces pantalons descendent de la ceinture au pied, le plus ordinairement serrés à la cheville, autour de laquelle ils for- ment quelquefois un bourrelet; mais souvent aussi ils sem- blent flotter sur la jambe sans être assujettis en bas par aucun lien ; d'autres fois encore, le pantalon entre dans la chaussure, qui en cache l'extrémité. C'est le cas le plus rare : on ne l'ob- serve que dans un petit nombre de figures différant dans leur ensemble du costume des populations représentées dans la plupart des bas-reliefs. Mais je n'ai pas l'intention, à propos de la question soulevée en ce moment, de faire des distinctions précises entre les peuples divers, Daces ou Sarmates, Quades ou Marcomans, qui ont été figurés sur la colonne de Trajan ou sur d'autres monuments. C'est un problème des plus déli- cats, pour la solution duquel je crains que l'on n'ait pas en- core réuni des documents sj-iffisants.

Au nu'me temps environ, c'est-à-dire aux règnes de Trajan, d'Adrien et de Marc-Aurèle, appartiennent ces statues de pri- sonniers barbares, faites de marbres de couleurs variées, de porphyre et d'autres matières précieuses, qui décoraient à Rome et dans les grandes villes de l'empire des arcs de triomphe, des portiques et d'autres somptueux édifices-. Ces captifs sont vêtus de pantalons amples, noués à la cheville comme ceux des Barbares de la colonne Trajane.

Nous possédons des monuments romains plus anciens sur lesquels on voit des Barbares et notamment des Gaulois. Les braies de ceux-ci ne diffèrent pas des pantalons des Daces et des autres peuples représentés dans les sculptures des colonnes de Trajan et de Marc-Aurèle. Dans celles de l'arc de triomphe d'Orange, par exemple, on peut remarquer parmi les amas de dépouilles des vaincus des braies suspendues toutes droites, faisant face au spectateur 5 ; on y voit très bien que ce vêtement,

1 . W. Frochncr, La Colonne Trajane d'après le suvmoiûage exécuté à Rome en iS6i-ii!>62, reprocliiile en photo-lypographie par G. .-Irosa. Pans, 1872.

2. De Clarac, Musée 'de sculpture, pi. 852-854 c.

^. Cinhùc, MoHuincnIs antiques j'Orarj^e.V.ms, 1S56, pi. xvi.

Les Bracae ei les Hosae. 55

large à la taille et maintenu par une ceinture garnie d'un an- neau ou percée d'un œillet, allait se rétrécissant vers le bas, il n'a que l'ouverture nécessaire pour passer le pied. Sur un autre monument un peu moins ancien, le sarcophage du musée du Capitole, connu sous le nom de sarcophage de la Vigna Amendola^ des Gaulois, bien caractérisés par toutes les pièces de leur costume national, portent des braies resserrées au-dessus du pied, mais sans attache visible.

Le sculpteur de ce monument et ceux qui ont travaillé aux colonnes commémoratives des victoires de Trajan et de Marc- Aurèle paraissent s'être efforcés de faire reconnaître les peuples vaincus par leurs traits vraiment caractéristiques. Ailleurs ces traits sont plus effacés, et les artistes qui ont travaillé pour les Romains, comme leurs devanciers en Grèce, se sont souvent contentés de reproduire un type général du Barbare fixé par une constante tradition. Or, pour les Grecs et pour les Ro- mains, il n'y avait pas de signe qui fit plus expressément re- connaître un Barbare que le pantalon. Ils avaient été frappés de l'habitude qu'avaient les peuples de l'Asie et du nord de l'Europe de couvrir toutes les parties du corps et particuliè- rement les jambes, qu'eux-mêmes ils gardèrent nues jusqu'au temps où, amenés par la guerre et par la conquête dans les pays des Barbares et y demeurant avec eux, ils durent se plier comme eux aux nécessités du climat. Dès lors, les soldats romains portèrent une culotte serrée autour de la taille, pro- bablement par une ceinture semblable à celle des braies gau- loises et descendant un peu au-dessous du genou. Ce vêtement est fréquemment représenté sur les monuments de l'Empire. C'est celui qu'on voit constamment représenté dans les bas- reliefs de la colonne Trajane.

Je citerai encore les sculptures qui décorent la colonne de Théodose. La meilleure reproduction que nous en possédions est une suite de dessins appartenant au Musée du Louvre de la main d'un artiste habile du xvi^ siècle (peut-être Battista Franco), qui lui-même les aurait copiés sur ceux qu'avait exé- cutés Gentile Bellini pendant le séjour qu'il fit, on le sait, à

I Monuments de l'Institut de correspùnd.:>ice archéologique, I. pi. xxx.

-,6 E. Sagïio.

Constantinople. Ces dessins ne manquent pas de précision dans les détails ; on peut y avoir confiance au moins pour la manière dont y sont représentés, dans de nombreux exemples, qui se contrôlent en quelque sorte, les pantalons des Barbares, Goths ou Sarmates, conduits captifs dans le cortège triomphal. Ces pantalons sont extrêmement amples. On se rappelle en les voyant ce que dit Lucain de ceux des Sarmates et des Van- gions ^ : « Et qui te Iaxis imitantur Sarmata braccis, Van- giones ». Ils rappelleront aussi, à ceux qui ont visité les pavs voisins du Danube, les larges braies dont les hommes y sont encore aujourd'hui vêtus, si larges et si flottantes qu'on les prendrait, quand les jambes sont réunies, pour un jupon. Pour faciliter leur marche, les prisonniers les ont relevées au moyen d'une et quelques-uns de deux jarretières.

Bien avant le règne de Trajan des Romains avaient adopté les braies, mais seulement dans les provinces elles étaient d'un usage général; aussitôt qu'ils quittaient ces provinces, ils abandonnaient le costume étranger. Cxcina, au milieu du I" siècle, se plaisait à porter les braies et la saie gauloise, mais il excita les murmures quand il osa, en Italie, s'adresser, vêtu comme un Barbare, à ceux qui portaient la toge: «... in superbiam trahebant quod versicolore sagulo, braccas, indu- mentum barbarum, indutus, togatos adloqueretur- ». Cepen- dant, sous des princes d'origine barbare, la mode des hracae s'implanta à Rome et l'on y vit de nombreux tailleurs appelés hracarii ; mais l'opinion semble avoir toujours résisté à cette altération de l'ancien costume romain. Une loi d'Honorius, de l'an 397, interdit le port des hracae à l'intérieur de la ville (intra urbem venerabilem). Peut-être faut-il voir dans cette loi moins une protestation contre une mode à laquelle les yeux étaient trop bien accoutumés, qu'une défense contre l'envahis- sement de Rome par les Barbares.

Dans aucun des monuments que j'ai cités je n'ai rencontré ce qui peut motiver la distinction proposée entre les hracae et les bosae; car on ne peut faire de ditî"erence entre des pantalons

1 . Phars., I, 450.

2. Tac, Hisl., II. 20.

Les Bracae et les Hosae. 37

serrés à la cheville, quoique sans lien apparent, et d'autres visiblement noués et formant un bourrelet au-dessous du cordon qui les assujettit ; c'est le même vêtement, auquel on n'a pas sans doute donné deux noms.

M. d'Arbois de Jubainville a bien voulu me dire que l'idée de la distinction qu'il a faite lui est venue en voyant, dans VHistoire du Costume en France de Jules Qiiicherat (p. 11), la représentation de braies assez bien conservées découvertes dans les tourbières de Thorsbjerg en Jutland. Quicherat y reconnaissait une pièce du costume celtique, auquel, dit-il, les Cimbres de la péninsule danoise restèrent fidèles jusqu'à leur extinction. M. Lindenschmit^ le savant conservateur du Musée de Mavence, est disposé à considérer ces braies et d'autres parties de vêtement trouvées dans le même endroit comme le produit de fabriques romaines provinciales tra- vaillant pour les habitants (romains ou non) des pays du nord. Il n'importe, nous avons sous les yeux un exemple de braies descendant jusqu'au pied, avec un appendice cousu qui s'avance comme une espèce de guêtre sur le haut du pied. Mais il faut remarquer que l'étoffe dont est fait cet appendice n'est pas semblable à celle du pantalon. Le tissu en est plus fin, et l'on admettra difficilement qu'il fût destiné à protéger le pied à la façon d'une guêtre contre le froid, l'humidité et les accidents du chemin. Je crois plutôt que ce prolongement devait être introduit dans la chaussure, comme on en voit des exemples sur la colonne Trajane, et l'on jugera sans doute que cela n'était pas inutile avec le soulier des peuples germaniques et celtiques, lacé sur le haut du pied et qui le laissait souvent en partie découvert.

C'est d'une matière plus résistante, de cuir, de feutre ou même de peau crue, que l'on devait faire des chaussures vrai- ment propres à garantir les jambes contre les heurts et contre les intempéries : tels furent les ciiibades et les cndroinides des Grecs, les cothurnes de chasse, les udones, les inipilia, les ti- bialia, les ocreac des Romains, telles les hcuses du moyen âge, qui étaient de hautes guêtres ou des bottes portées par-dessus

T. Handluch der deulschen Allcrthtivishtnde, \, p. 338.

58 E. SjgUo.

les chautses. Les distinctions qu'on peut faire entre tous ces noms mériteraient d'être le sujet d'une étude spéciale. Je ne veux en ce moment que me rendre compte du rapport qui peut exister entre les hcuscs dont le nom vient se placer natu- rellement ici, et les hosae, dont il s'agit de déterminer la diffé- rence avec les hracae.

J'aurais souhaité que M. d'Arbois de Jubainville eût bien voulu indiquer les textes les plus anciens il a rencontré le mot hùsa ou osa. Pour moi je n'en connais pas il se trouve avant la fin du vi'^ ou le commencement du vu" siècle, c'est- à-dire après les grandes invasions et l'établissement définitit des Barbares dans les anciennes provinces de l'empire romain. Isidore de Séville^ nomme, sans les décrire, dans le chapitre des calcianieiita, les ossae, nom dans lequel on peut reconnaître, et l'on a reconnu en effet une orthographe défectueuse de osae^. L'empereur Maurice, vers la même époque (viM'ii^ s.) appelle les hosae un vêtement gothique (ïojsTâj-.a -'OTÔaâ 5). Warnefried, Paul Diacre4, un siècle plus tard, mentionne à son tour les hosae dans une phrase qu'il convient de citer toute entière. Il parle des Lombards, ses compatriotes, dont il compare le cos- tume au vêtement ample des Anglo-Saxons. Leur chaussure, dit-il ensuite, était ouverte presque jusqu'au bout de l'orteil (c'est le soulier découvert des peuples du Nord, très différent de celui des Romains), et il ajoute : « Postea cœperunt hosis uti, super quos equitantes tubrugos birreos mittebant; sed hoc de Romanorum consuetudine traxerunt. » (Après cela v:s commencèrent à se servir de hoses, par-dessus lesquelles, p .i.r monter à cheval, ils mettaient des tubruques de bure; mais c'est un emprunt qu'ils firent aux usages romains).

Qu'est-ce au juste que les Lombards empruntèrent aux Ro- mains ? Il est clair que ce sont les hosae, ce ne sont pas les trabuques ou tubruques (tubrus^i). Pour ce dernier mot il n'y a aucun doute; l'explication qu'en donne un contemporain,

1. On'g., XIX, 34, de Calciamentis.

2. Du Gange, Chss. iuf. lat. s. v. osa; Q.uichcrat, .-iddcnda kx. lat, p. 198.

5 . Strat., p. 302.

4. P. Diac, IV, 28. '

Les Bracae et les Hosae. 39

Isidore ^ la signification qu'il a gardée aux siècles suivants, mais surtout l'emploi ici indiqué par Paul Diacre fait bien comprendre qu'il s'agit de bas ou de bottes de laine épaisse, tirés par-dessus les hoses, de véritables houseaux ; on les met- tait pour monter à cheval.

Mais alors que sont les hosae, dont le nom paraît indiquer plus précisément encore la botte ou la grande guêtre qui s'est toujours appelé heuze et houzeau ? Il y a parenté manifeste entre les termes ou, pour mieux dire, c'est le même mot qui s'est perpétué depuis l'antiquité avec la même signification. Chez les peuples germaniques et Scandinaves, hose, a toujours désigné un long bas montant jusqu'au genou, broche bruch, brœker, un caleçon ou un haut-de-chausse descendant quel- quefois plus bas, ce sont les bracae. Il est vrai que le mot ho- sen a pris en allemand le sens général de pantalon ; mais il ne l'avait pas encore au moyen cage. Le sens du mot a pu varier de même avant de se fixer une première fois. Isidore, on l'a vu, place les osae parmi les cakiamenta. L'empereur Maurice en parle comme d'un vêtement de corps, un cinctus,

Il fout se rappeler ce que Ton sait de précis au sujet du cos- tume des Lombards. Le même Warnefried- nous apprend que dès avant leur arrivée en Italie au vi^ siècle, ils enveloppaient leurs jambes jusqu'à la hauteur du genou de chausses ou de bas de couleur blanche ou laissaient le genou nu comme les Anglo-Saxons, les Burgondes et quelques tribus franques. Dès lors aussi, sans doute, ils portaient comme ces peuples des ca- leçons ou des braies ; ils en avaient au moins dès le vii^ siècle ; Paul Diacre 5 les appelle fcnioralia; mais ces braies étaient courtes, puisqu'elles laissaient les genoux découverts; peut-être comme ces braies que l'on voit encore figurées dans le cos- tume des Normands sur la tapisserie de Bayeux, qui sont fort amples, mais ne tombent pas plus bas que le genou. Ce sont donc, je le pense, les longs pantalons,, alors d'un usage général

1 . Ori<^., XIX, 22, 30.

2. P. Diac, I. 24. 3.V, 38.

40 £• Saglio.

en Italie, que les Lombards se sont appropriés pour compléter leur ajustement et que leur historien désigne par le nom de hosae.

Il ne faut pas trop demander au latin des écrivains des pre- miers siècles du moyen âge. Ils ont mêlé et confondu plus d'une fois les termes qu'ils employaient ou n'ont pas su trouver pour les mots de leur propre langue qu'ils avaient à traduire des équivalents suffisants. Mais la persistances travers les siècles de dénominations qui signifient les mêmes choses est une indication- plus sûre. On vient de voir que le mot bracûc a toujours été le nom d'un pantalon, long ou court, tantôt s'arrétant au genou, tantôt descendant jusqu'au pied ; hose a pu avoir anciennement, comme il a encore dans les lan- gues germaniques, la même signification; mais il a dès les pre- miers temps on le rencontre et il a toujours gardé une autre acception : c'est une chausse étroite haute ou basse, puis la botte ou la guêtre qu'on a nommé beusa ou houscau, recouvrant le bas de chausse.

E. Saglio.

A NOTE ABOUT FIACHA MUILLETHAN

From Prof. D'Arbois de Jubainville's Essai d'un catalogue de la littérature épique de l'Irlande, p. 141, I learned the exist- ence of the foUowing note, which is hère transcribed from a photograph of p. 337 of the Book of Lecan, a ms. in the library of the Royal Irish Academy. The note illustrâtes the belief in lucky days. It also gives an instance of the power which in the times of paganism Irish fathers appear to hâve exer- cised over their daughters. A parallel may be found in the Book of Ser Marco Polo, Book II, c. 47, where he says of the people of the province of Caindu : « No man considers him- self wronged if a foreigner, or any other man, dishonour his wife, or daughtcr, a sister or any woman of his family; but on the contrary he deems such intercourse apieceof good fortune. And they say that it brings the favour of their gods and idols, and great increase of temporal prosperity. » And see Colonel Yule's note 3, vol. II, p. 48, ofthe second édition.

The epithet muilkthan, rectius muill-lethan « broad-crown- ed » is interesting as preserving the Irish reflex of the A, S. molda or molde « the top of the head » and the Skr. mûrdhan « the head ». From mull are derived mullach « hill-top » and mullôc « the cover of a paten ».

BOOK OF LECAN, P. J37, COL. 2.

Doluid Eogan Mor mac Aililla Vluimni do chath Muigi Mu-

^2 Whitley Stokes.

craimc. FcraiJ aigidecht ^ i tig Thrcith mcic Da Chrcga in druad. I Carn Fhearadaich bai teach Treith^, 7 bai ingen illdeal- baclî aici .i. Moncha a iiainm. Rocluiindich Eogan a ingen for Treith in aidchi sin, 7 adbeart in Trcith fria ingin techt il- lebaid 3 Eogain, 7 adb^rt fria co mbcrad mac d'Eogan 7 com- [b]ad ri M//man in mac sin 7 com[b]ad rigda a cland dia cis, 7 nod-mw/rhdea he fen i cath Muigi Mucrama.

Faidid-i Moncha la h-Eogan iarsin, 7berid mac hi cind .ix. mis .i. Fiacha Muilleathan a ainm, ar intan tanic goa lamnad adbeart in drai fria : « Mad iniu > hera do m^cbid cland druad, mad imarach b^ra, bid rig in mac 7 bid rigda a cland. »

« Mina thi », ar si, « trem thx-b-sa, ni tharga in chonair choir co amairech » .

Beirid Moncha a mac iarnamaireach la t/^rcbail ngreini, uair^ is airi fa « Muillethan » [fair] uair roleth a cheand for- sin cloich, 7 maraid lathrach a chind forsin cloich beos.

Gabais Fiacha Muillethan flaithi7^5 Muman iar Cornwc Cas mac Aililla Uhiimm, 7 is 'na re tanic Corm^îc hua Cuind for sluaiged a Mwmain co Druim n[D]amgairi .i. Long Cliach in- dala hainm, cor'gob forbaisi and sin fer M/minechaib, co ndea- chas o Fhiachaig7 Muilleathan co MogRuith. Is and bai side in[D]airpri, 7 tucad do a roga do thirib M//man ar thoideacht donchatlî. Co tanic Mog Ruith iarsin don chath, 7 romemaid7 for Cormac 7 for Leath Cuind trc thegasc Moga Ruith, 7 tue Cormflc geill do Fhiachaig^ Muillethan. Conad and adb^rt Feidlimid mac Crimthain :

Fiacha9 Muilleathan maith-rig a hiathaib Lai il-leitrib Crai, tucad çreill do a Temraiiz "^ thren

I . iMs. aiiiigccht

2 Ms. treich

5 . Ms. illcbaig.

4 ior Jiiiiil, root svap.

5 . Ms. iniug

6. Icg. ocus.

7 . Ms. romcbaid

8. Ms. fiacliaid, with dotted f.

9. Ms. Jiacliaid 10. Ms. icmraid

A Note abouî Fiacha Muillethan. 43

co Fafaind reill. co Rath nai. roslecht do ri[g] Thigi Duind, Corm(7c hua Cuind cid rom lai.

Fiacha Fear da liach ainm aile do .i. liach do cach Qcbl do- rala do .i. mor in t-echt dosom .i. marbad a athar i cath la M(Tc con 7 marb[ad] a mâthar dia breith. Finit.

Translation.

Eogan the Great son of Ailill Bare-ear went to the battle of Magh Mucrame ^ He getteth guesting in the house of the wizard Treith son of Dd Crega. On Carn Feradaich- was Treith's house, and he had a very comely daughter, named Moncha. Eogan asked Treith for his daughter for that night, and Treith told his daughter to go into Eogan's bed. And he said to her that she would bear a son to Eogan, and that that son would be king of Munster, and that his children after him would be royal, and that Eogan himself would be slain in the battle of Magh Mucrame.

Thereafter Moncha sleeps with Eogan, and at the end ot nine months she bears a son whose name was Fiacha Broad- crown. For when she went to bring him forth the wizard said to her : « If thou bear thy son today he will be (only) a wiz- ard's child; but if thou bear him tomorrow, the boy will be a king and his children will be royal. »

« Unless », she saith, « he shall come through my side, he shall not go the proper way till the morrow » 3.

On the morrow, at sunrise, Moncha bears her son, and he was called « Broadcrown », because his head flattened on the stone [on which his mother sat in order to delay his birth,] and the site of his head still remains on the stone.

1 , Said to hâve been fought A. D, 195.

2. In Munster, see O'Donovan note 9, Four Masters, A. M. 5656.

5 . Hère there is a gap in the taie. According to Keating (0"Maliony*s translation, p. 3 16). Moncha then « \vent into a ford upon the river Siuir, which flowcd by her father's dwelling, and there sheremained stationary, seated upon a stone. And when the auspicious hour had arrivcd, she came forth out of the river, gave birth to her son^ and thcn died immediaiely on the spot. «

44 Whitley Stokes.

Fiacha Broadcrown assumed the lordship of Munster after Cormac Cas son of Ailill Bare-ear; and in his time it was that Cormac, grandson of Conn [of the Hundred Battles] came on a hosting into Munster as tar as Druim Damgaire, the other name whereof was Long Chach. And thcrc he began invading the Munstermen, so that Fiacha Broadcrown sent [for aid] to Mogh Ruith [the wizard,] who then dwelt in Dairbre ^ And for coming to the battle there was given him his choice of the lands of Munster. So after that Mogh Ruith came to the battle, and Cormac and Conn's Half- were routed through Mogh Ruith's teaching, and Cormac gave hostages to Fiacha Broadcrown. Wherefore Feidhmid son of Cremthann said :

Fiacha Broad-crown, excellent king,

From the lands of Lee3, on the slopes of Crai,

Hostages were brought to him from strong Tara

To famous Fafann, to Rath Nai.

To the king of Donn's House^ knelt

Cormac, Conn's grandson, though...

Fiacha Fer liach, « Man of two sorrows », was another name of his, to wit, a grief from cach misfortunc that hap- pened to him (grcat the misfortune to him), namely, the kil- ling of his father in battle by Mac Con, and the killing of his mother by bringing him forth. Finit.

So in a poem preserved, in the Book of Leinster, p. 147"', Ailill Olomm says to his grandson Fiacha :

Da liach deit a n-cc... t'athair is do màthair... gaet in fer i car h, marb in ben dot brcith.

1 . Now the Island of Valencia, co. Kcrry.

2. i. e. the northern half of Ircland.

■; . Lai, now writen Laoi, a river in Munster.

4 . Tecl) Duinn now called the Bull Island, otl Bantrv B.iy. Sec Chrcnicon tScotoruni, éd. Mennessy, p. 12.

A Note ahoiiî Fiacha Muillethan. 45

that is :

Two sorrows to thee their death :

Th}- father and thy mother.

The man was slain in battlc.

The woman died of bringing thee forth^.

Whitley Stokes.

London, 19 sept. 1889.

I . Compare O'Clery's Glossary, s. v. Liacli, Revue Celtique, t. V,p. 15.

ANCIENS NOELS BRETONS

Traduction '.

XVII ^

2 2 2 Chantons Noël au Roi des Anges avec foi et parfait amour ! Un enfant aimable a été mis au monde heureusement Par une Fille pure qui a été préservée de tout péché,

[soyez-en certains.

223 En fâcheux état, par suite du péché d'Adam, nous étions

[destinés à cause d'un morceau coupable A être sans soutien dans la douleur, dans l'enfer glacé,

[dans la peine, En attendant que dans la fidèle Marie vint la seconde

[Personne [de la Trinité].

224 II V eut cinq mille ans d'angoisse et d'ennuis à attendre

[Dieu ;

A mesure que [les hommes] mouraient, ils allaient au feu,

[tourmentés tout de suite par Satan ;

Jésus est venu, notre crime est effacé, et nous sommes

[rachetés de l'enfer.

225 Une Vierge sans feinte comprenez, croyez cela par

[humilité

1. Voir le commencement de cet article aux pages 1-91 et 288-519 du précédent volume.

2. Sur l'air Urhs heala Hienisahni.

ANCIENS NOELS BRETONS

Texte.

XVIP

222 Qiienomp Nouel da Roue'n Aelez gant feiz ha carantez Ganet eo sur gant eûr mat hegarad un crouadur [pur ! Gant un Merch scier so preservet apep pechct, bezct sur.

223 En drouc stat dre pechct Adam cz oamp dre un tam bhun-

[met Da bout en hyruout hep souten, en Ifern ien, en penef,

En désir en Marv o-uirion han eil Person da donet.

224 Pemp mil blizien ancquen a voe oz gortoz Doue enouet;

Beb maz maruent ez eant dan tan buhan gant Sathan poa-

[niet; lesu so deuet, lamet hon crim, maz omp an lim rcdimet.

225 Vn Gucrches hep fent, entcntit, crédit, dre humilité

I . NoLicl voar ton Urhs beala Ilierusakiii.

^8 H. de La Villemanjué .

Conçut Jésus [venu] du ciel qui pava notre dette sur la

[croix ; Un Ange, avec une grande joie, lui avait révélé cette chose.

226 La naissance de Jésus est m:'rveilleuse outre mesure : Par la volonté de Dieu le Père, il fut conçu, enfant,

[d'une jeune et bonne Vierge Qui conserva sa virginité sainte quand elle l'enfanta, je

[vous assure.

227 Le premier lit que Dieu eut fut une étable, pas autre chose ; Il naquit de Marie en terre dans une masure, une écurie

[froide,

Et ce fut entre des animaux, comprenez-le bien

[lui notre Roi, Dieu et homme.

228 Mais en même temps les Saints Anges, comme il convenait,

[vinrent du Paradis Vers le Dieu-homme qui devant eux reposait dans une

[étable.

Pour célébrer le doux Roi du Ciel du haut des airs, à

' [minuit.

229 Aussitôt du Ciel près de lui se leva une brillante étoile Pour rendre un témoignage certain à notre Dieu et à la

[bienheureuse Marie, Et vers elle vinrent les Trois Rois avec des offrandes pour

[Dieu le Roi du monde.

230 Par les Saints Anges fut chanté aux Bergers le beau

[chant! « Honneur et gloire à Dieu ! et à Marie : Gloria ! » Ils chantaient le petit EnLmt, et faisaient fête au Roi des

[Saints.

23 I Jésus est venu se faire homme et nous racheter de la

[souffrance ;

Anciens Noëls bretons. 49

Jésus an eff a conceufFas a paeas en croas hon die ;

Dezy an Eal a reuelas gant un joa bras an dra se.

226 An nativité a Jésus so maruaillus dreyst musur : Conceuet Guerch gant un mcrch mat a perz Doue'n Tat,

[crouadur, En he guerchdet glan ez manas pan ezganas, me hoz assur.

227 Quentaff guele en defFoue Doue un presep voue, ne voue Ganet en douar gant Mary en coz ty, merchaucy ien [quen;

Entr'en mylet, ententet, voue, hac enff lion Roue, Doue

[ha den.

228 Maz deuez yuez an Aelez mat dereat an Barados

Bete Doue ha den rac enep en un presep oz repos,

[nos Da meuIiff'Roue'n Tron deboner, dyouz an aer, da hanter

229 Quen buhan en enff e queffuer ez scauas scier un steren Euyt rciff certes ^ testeny hon Doue ny gant Mary guen,

Maz deuez bet enn y an Try Roue da proff da Doue Roue

[an glen.

230 Dr'en Aelez glan ez voe canet dan Pastoret caezret

[tra ! Da Doue enor ha jolory ha da Mary Gloria; Dan Mabic bihan ez canent hac ouz Roue'n sent ez grent

[joa.

23 I Deuet eo Jesu da bout humen hac[a] ancquen don prenaff;

I . Liseï certen.

Revue Celtique, XL

50 H. de La Villemarqué.

Parmi les Juifs, par leur fait, il a été étendu sur une croix

[de bois, Et il est mort durement pour nous, en souffrant la peine

[la plus grande.

232 Rendons honneur et gloire avec mille louanges à Marie; Adressons-lui nos requêtes, prions-la qu'il lui plaise de

[supplier

Jésus, le fils de Dieu, le vrai roi du Ciel, de nous pardonner

Amen ! [en Léon.

XVIIP

233 Chantons Noël ! Noël saintement, en toute humilité, A la Vierge excellente qui nous a présenté

Un petit Enfant qui va sauver le monde : [Rendons] grâce à la Dame qui a été l'instrument de son

[avènement.

234 A cause de notre père Adam nous étions condamnés Aux peines de l'enfer, noires, sombres et dures ;

De nous, ô roi des Anges, vous avez eu pitié : Rendons grâce à la Dame...

235 II y avait cinq mille ans entièrement passés Que chacun restait au milieu du feu ; Alors le doux Jésus est venu de Nazareth : Rendons grâce à la Dame...

236 Sans lumière ni feu cet Enfant-ci est Dans une écurie froide n'habitait personne.

D'une douce Vierge incomparable, par amour pour nous : Rendons grâce à la Dame...

I . Sur l'air Sacris Soknnis (sic).

Anciens No'éls bretons. s '

Entr'en Juzeuyen dre ho penn en croas pren e astennaff,

Hac euid omp garo ez maruas, poan a souffras an brasasff.

232 Greomp enor ha gloar da Man- ha meuleudy an muyhaff ; Entromp requctomp, pedomp hy mar plig gaty suppHaft

Jesu Map Doue, guir Roue an Tron, e Léon don pardo- Amen ! [naff.

XYllV

233 Quenomp Nouel ! Nouel santel dre vuheltet Dan Guerches excellant he deues presantet Deomp ny un Map byhan a saluo breman an bet: Trugarez an Ytron so movon de donet.

234 Dre pen hon tat Adam ez viomp condamnet Dan poaniaou infernal, du, tenffal ha calet; Ouz omp, Roue an Aelez, truez oz eux bezet : Trugarez an Ytron...

235 Coude pemp mil blizien a yoa plen tremenet A pan oa pep unan en creis an tan manet ; Jesu so deuet hep mar clouar a Nazaret : Trugarez an Ytron...

236 Hep na goulaou na tan an Map man so ganet En un merchaucy ien na chomme den an^ bet Gant un Guerches clouar dispar dre hon caret Trugarez an Ytron...

1 . Nouel voar ton Sacris solennis.

2. Liseï en.

j2 H. de La Villemdnjué .

237 Vierge charmante et sainte, qu'il est étrange de voir Hélas! ce petit Enfant venfiau monde ici

Dans une vile écurie il 3' a des bêtes ! Rendons grâce à la Dame...

238 Dans le Temple, par Syméon, à la sage Dame, Lorsqu'il y fut porté, certes il fut dit

Que son cœur serait percé d'un glaive de douleur: Rendons grâce à la Dame...

239 Ensuite la prophétie s'accomplit.

Sur le mont du Calvaire, lorsqu'il fut crucifié, Il racheta tous ceux qui étaient perdus: Rendons grâce à la Dame...

240 Là, le vrai Roi de la terre, notre ami de Nazareth, Souffrit la douleur pour racheter le monde;

Et il nous délivra de peines infinies : Rendons grâce à la Dame...

241 O Dame, ô Reine bénie, la demande que vous ferez A votre Fils Jésus, ne sera pas repoussée ! Heureux notre sort en ce monde depuis qu'il est ! Rendons grâce à la Dame...

242 O vous l'Impératrice, la Maîtresse des Vierges, Dans les cieux vous êtes placée près de la Trinité ;

En votre corps sans aucun doute II est venu par amour Rendons grâce à la Dame... [pour nous

243 Donc, 6 douce Marie, priez avec ardeur

Pour les pécheurs ; ne laissez personne dans l'affliction. Quand le Dieu-Homme est venu nous racheter de peine Rendons grâce à la Dame...

Anciens No'cls bretons. 53

237 Guerches plesant santel, dyheuel eo guelet Allas ! an Map bihan e bout aman ganet Ez ^ un merchaucy vil maz aedy an mylet ! Trugarez an Ytron...

238 En Templ gant Symeon dan Ytron raesonnet, Pan voe douguet, hep mar, enffa voe lauaret Gant an clezeuff a ceuz he calon esteuzet : Trugarez an Ytron...

239 Goude an profecy a voe peur achyuet, E menez Calvary pan voe crucifiet Eno cz prenas oll quement a yoa collet : Trugarez an Ytron...

240 Eno guir Roue'n nouar, bon car a Nazaret, A gouzavas anquen euy t dazpren an bet ; A poanyou infinit bon geure acuytet : Trugarez an Ytron...

241 Ytron, Rouanez guen, an goulen a menbet Digant boz Map Jésus, ne vybet refuset!

Guen bon bet en bet man pan voe heman ganet ! Trugarez an Ytron...

242 Cbuy en Impalaezres, Maestres an guercbeset, En effaou ez oucb din e quiffin an Drindet;

En hoz corff hep nep mar ez deuez dre bon caret : Trugarez an Ytron... /

243 Rac se, clouar Mary, a devrv supliet Euit an pecherien ; na list den sourprenet,

Pan eo deuet Doue ha den don dazpren a penet : Trugarez an Ytron...

1 . Lw- en.

54 H. de La Villemar^ué.

244 O Marie, quand viendra le jour de notre mort dans ce

[monde, O Vierge, ô Reine bénie, par la prière que vous ferez : A votre Fils Jésus, excusez-nous, s'il vous plaît Rendons grâce à la Dame...

245 Priez surtout, Madame, pour les Bretons,

Afin qu'en Bretagne ils tiennent bon à leur Foi, à leur

[Loi toujours; Oui, priez Dieu, le Roi du monde, de nous garder de péril! Rendons grâce à la Dame qui a été l'instrument de son

[avènement.

XIX^

246 Chantons Noël ! Noël ! Noël !

A cause de Gabriel, quand il révéla

Que le Dieu du Ciel était conçu, [remède.

Dans le sein de la Vierge pure qui nous porta

247 Sans nulle douleur elle enfiinta Dans la vile demeure d'un âne

Notre vrai Roi charmant, sans eau ni feu, Jésus lui-même sur du foin.

248 Hélas ! de la fin au commencement Le Seigneur soufirit de grands maux ; Depuis sa naissance, soyez-en sûrs.

Il ne fit qu'endurer la peine.

249 Le ciel et la terre brillèrent Quand vint le Messie, c'est certain; Et dans un beau nuage se leva

Une grande étoile, je vous l'alfirme.

1 . Sur l'air Ave. fuit prima suliis.

Anciens No'els bretons. J5

244 Mary, pan duy an deiz hon fînuez voar an bet,

Guerches, Rouanes guen, dren peden ha mennet Hac ouz ho Map Jésus, haetus hon excuser : Trugarez an Ytron...

245 Ha! supplier, Yrron, euir an Breronner,

Maz dalchinr ferm en Breiz ho Feiz, ho Reiz beprer ;

Peder Doue, Roue an tyr, ouz piril don myrer ! Trugarez an Yrron so moyon de doner.

XIX ^

246 Quenomp Nouel ! Nouel ! Nouel ! Da Gabriel pan reuelas

Bezaff Doue an enff conceuer. En Guerches ner hon remedis.

247 Hep nep poan houman a ganas En abry dyfflas un asen

Hon guir Roue flour, hep dour na ran, lesu e hunan voar an fouen.

248 Allas ! a dyuez da dezraou

En deffou'en Aurraou poanyau bras ; A pan voe ganer, bezer sur, Nemer laûr ne enduras.

249 An cnff an douar a paras, Pan deuez Messias, a rra sur; Hac en coabren brauff ez sauas Vn sreren bras, nie hoz assur.

I . Voar ton Ave, fuit prima sains.

5 6 H. de La Vlllemarqué.

250 Pendant treize jours de grands Rois,

[\'enant] de très loin, s'avancèrent religieusement;

D'Orient ils venaient joyeux,

Sans mentir, pour voir Notre Seigneur.

25 I Pour offrir de riches présents

A leur vrai Roi, comme bienvenue Vinrent ensemble, n'en doutez pas, Ces trois Rois, trois amis aimables.

232

-i)j

Jésus, sur la croix nous racheta tous Et sages et fous, de peur que nous ne fussions Afin de nous tirer de peine. [perdus.

Il était temps que l'homme fût racheté.

Au nom de Jésus, [faites] l'aumône ! Donnez aux pauvres affligés ; Pendant sa vie, voyez-vous. Dieu était Dans la pauvreté, selon le monde.

254 Jésus, un jour, rendra promptemcnt

A chacun plus que ce qu'il aura donné. Prions tous Dieu, le vrai Roi de la terre. De nous faire grâce débonnairement,

25$ Les gens du Léon, Bretons,

Vrais catholiques, au premier [chef],

Quand ils trépasseront,

Je vous prie, Roi du Ciel, de leur ' pardonner.

XX 2

256 Noël! chantons saintement, maintenant, peuples de la Par dévotion et d'un cœur pur, [terre,

I . LitltTaleinent de nous.

2 . Noël dont l'air est populaire.

Anciens No'éls bretons . 57

250 Tryzec deiz an Rouanez bras A marchas a pell bras ha saou ; Dyouz Orient ez deuent haut

Da guelet, hep faut, hon Autraou.

251 Da proft offrancc ha chevancçaou Do giiir Autraou, de dezraou mat, E deuez parfet, na lequet mar. An Try Roue, try car hegarat.

252 Jésus en croas hont ^ prenas oU, Ha fur ha foll, na vemp collet, Euit hon dianc a anquen. Mail voa da den bezaffprenet.

2)3 En hano Jésus, an alusen !

Reyt dan peuryen so anquenet; Doue a voe, chetu, e buhez En paurentez heruez an bet.

254 Jésus un dro a rento pront Da pep an tu hont e bontez. Pedomp oll Doue, guir Roue'n nouar, Da reift deomp clouar trugarez :

255 An pobl a Léon, Bretonet, Guyr catholiquet, da quentaff. Pan a hint scatï da anaffon,

Moz pet, Roue'n Tron, don pardonaff.

XX ^

256 Nouel ! quenom glan, breman, pobl an bet, Dre deuotion hac a calon net,

I . Liseï lion.

2. Nouel pe ahynnyan to so commun.

j8 H. de La Villemarcjué .

Puisqu'il vient de naître le Roi du inonde la belle

[condition ! O Marie, ilvous appartient de donner les bonnes nouvelles!^

257 La glorieuse Marie, par l'effet de la grâce. Fut conçue corps et âme

Sans aucun péché ; il n'y a pas besoin de garant :

O Marie, ilvous appartient de donner les bonnes nouvelles.

258 Adam par sa grande faute mérita un châtiment,

A cause de la pomme flitale, au peuple de ce monde

nous étions unis par beaucoup de soupirs :

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

259 Certes, par Marie nous sommes heureux; Elle a enfanté le beau Roi du monde ; Nous avons donc lieu de nous réjouir :

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

260 Joachim, l'homme excellent, fut son père selon la nature; Anne avec beaucoup de joie l'enfanta assurément : Nulle personne aussi pure qu'elle ne fut créée jamais ;

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

261 Quel ardent amour a ressenti

Pour nous Dieu, le Roi de la terre, pour être descendu Dans une fille d'une virginité parfaite sans nul doute; O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

262 A des gens d'honneur, à une flmiille de bergers, A ceux-là il fut annoncé par l'Ange

Que le Roi du monde était grâce en soit rendue ! O Marie, il vous appartient de donner de bonnes nouvelles.

263 Et sans faute dans l'étable certes avec Marie

Ils trouvèrent le Roi du monde, qui, soyez-en sûrs,

I. Allusion au vœu du duc de Brelagne, Jean de Montfort, à Notre Dame de Bonnes nouvelles (1364).

Anciens Noëls bretons. j9

Pan eo s;lan ^anet Roe'n bet caezret stat !

o

Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat.

2)7 Mary glorius, dre gratiustet,

Ha cortf hac eneff a voe conceuet Hep bech a pechet; ne fel quet cretat : Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat.

258 Adam gant blam bras a deloezas poan, Dr'en aual calet, da pobl an bet man Maz edoamp un moan en cals huanat : Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat.

2)9 Gant Mary, sigur, ny so eurus;

He deues ganet Roue'n bet quenedus, Maz dleomp hetus en em joayushat : Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat.

260 Joachim, den prim mat, voe he tat natur; Anna gant joa bras he ganas assur;

Nep den he quent pur sigur ne furmat ; Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat.

261 Strivant carantez en deues bezet

Ouz omp Doue, Roue'n glen, e bout disquennet Gant merch dre guerchdet parfet hep cretat : Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat.

262 Tut plen a enor, cosquor pastoret Deze gant [an] Eal ez voe reuelet Bezaff glan ganet Roe'n bet, bezet sur^ : Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat.

263 En presep hep sy gant Mary sigur

Ez quefsont ganet Roue'n bet, bezet sur,

I . Pcul-Hre faut-il lire grat à cause de la rime.

6o H. de La Villemarqiié.

Était plein de misères pour nous guérir :

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

264 Trois rois d'Orient sans défaut

Se rencontrèrent au milieu d'un carrefour

Cherchant en toute hâte Dieu le Roi des saints:

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

265 Joseph qui, de fait, était son vrai mari Etait sûrement empressé près d'elle, Ayant foi en elle et la respectant :

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

26e Poursuivant leur route avec ardeur et amour.

Au bout de treize jours, selon leur désir les trouvèrent

Les Saints Rois, sans être en retard :

O Marie, il vousappartient de donner les bonnes nouvelles.

267 Hérode, aussitôt qu'il sut [la nouvelle] (?) Invita les trois [rois] à venir le voir chez lui, Après les avoir renvoyés libres, étonné du cas:

O Marie, il vousappartient de donner les bonnes nouvelles.

268 Les Trois Rois aidèrent puissamment le Dieu-Homme Avec de l'or, de la myrrhe et de l'encens, apporté géné-

[reusement, Dont ils venaient pieusemjnt lui faire hommage: O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

269 Ils n'avaient tous trois d'autre guide Qu'une étoile qui se montra en plein Ciel ;

Elle leur permit de venir trouver le Fils de Dieu le Père; O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

270 II n'en faut pas douter, il était malade d'envie Le roi Hérode, il était plein de dépit

De ce qu'ils étaient venus tous trois chercher leur Sauveur. O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

Anciens Noëls bretons. 6 1

Leun voa a laiir euyt hon curât : Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat.

264 Rouanez hep sy try dioux Orient Voe en em caffas en creis un croassent

Oz clasq Doue Roue'n sent hep nep fent quentrat : Mary, chuy byaou reiff" quehezlaou mat.

265 Joseph gant effet he priet detry A veze strivant suramant ganty

Oz douen feiz dezy hy ha he bryhat : Mary, chuy byaou reiff" quehezlaou mat.

266 Ouz poursiff" stryvant gant choant carantez, Ez queff"sont choantec, da pen trizec dez, Glan an Rouanez, hep bout dyuezat : Mary, chuy byaou reiff' quehezlaou mat.

267 Herodes, presant euel maz santas, De guelet de ty try a covyas; Dilacc ez caccas, dan cas abassat : Mary, chuy byaou reiff" quehezlaou mat.

268 An Try Roue Doue [den] plen a soutenas Gant aour, myr, esancc, gant un avance bras, .

Maz deuzont dinoas dezaff" da goassat : Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat.

269 No deff"oue ho try quen occasion Nemet un steren a deuez cren en Tron ; Honnez vou'en moyen da clasq Map Doue'n Tat: Mary, chuy byaou reiff" quehezlaou mat.

270 Ne fell quet douetaff", claff" voe gant auy An Roue Herodes, dre fin frenezy

Ho bout deuet ho try da clasq ho Siluat : Mary, chuy byaou reiff" quehezlaou mat.

02 H. de La Villemarcjiié.

271 A Bethléem donc avec la douce Marie

Ils trouvèrent le Roi du monde, n'en doutez pas,

Dans retable vers laquelle ils avaient été guidés :

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

272 Ils étaient épuisés par l'angoisse et la peine, en chemin. Cherchant le Roi des astres, comme ses amis ;

Or, par leur savoir, ils arrivèrent bien :

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

273 Au sommeil, pendant le chemin, oui, sachez-le, Tous trois se livrèrent fatigués.

Ayant été décidé d'abord qu'ils perdraient leur sang : O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

274 « O Rois, soyez prompts, changez de chemin », Leur fut-il dit doucement par l'Ange,

« Devant vous qui êtes les premiers amis du Roi des

[Saints : » O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

275 « Dans la maison d'Hérode on est en fureur. Et si vous y allez, hélas ! vous serez tués. » Et alors tous les trois s'éloignèrent :

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

276 Ainsi fut-il fliit : il fut ordonné tout de suite Qu'on recherchât, qu'on tuât, qu'on massacrât tous Les petits enfants pour trouver notre père chéri ;

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

277 Peuples, écoutez bien les paroles : Marie, sans obstacle, alla en Egypte, Et son fils, n'en doutez pas, fut sauvé :

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

Anciens No'éls bretons. 65

271 En Bezleem hep mar gant an goar Mary Ez quefsont ganet Roue'n bet, na gret sy, En presep en ty dy ho covyat ;

Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat.

272 Scuiz voant gant ancquen ha sourpren, en hent, Oz clasq Doue Roue'n ster, evel e querent,

Ha, dre ho squient, ez deuent en[t]mat: Mary, chouy byaou reilï quehezlaou mat.

273 Cousquet, a het hent, hep fent, ententet, A gresont ho try hac y castyset,

Rac dehberet voa ez coUsent goat : Mary, chouy byaou reiff quehezlaou mat.

274 « Rouanez, hezit ^ escuit, chenchit hent ! » Emez voe an Eal vuhel euel quent :

« Rac chuy so querent da Roue'n Sent quentrat : »

Mary, chuy byaou reiff quehezhiou mat,

275 « En ty Herodes ez eux frenesy.

Ha, syouas! lazet vyhet mar det dy. »

Ha neuse ho try ez dispartiat :

Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat.

276 Neuse ez voe gret : ordrenet seder Ez vyze lazet, clasquet, muntret scier

An mybyen tener da clasq hon quer Tat : Mary, chouy byaou reiff quehezlaou mat.

277 Fier an gueryaou, tudaou, sezlaouit : Mary dyampeig a iez en Egypt ;

He map, na goapeyt, voe a acuytat. Mary, chouy byaou reiff quehezlaou mat.

I . Lisez berit.

64 H. de La Villemanjué .

278 demeura sept années entières assurément Jésus, le tïls de Dieu le Père, comme il convenait, Sans aucune faute, on le conçoit, honorablement, avec

[gloire : O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

279 Beaucoup de peines et de profondes afflictions, à cause de

[notre méchanceté, Souffrit le Roi du monde; croyez-le, sans nul doute. C'est à cause de nous qu'il fut déchiré, O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

280 Jésus par pitié [pour nous] et par grand amour S'étendit affreux sur la croix de bois;

Joyeux de nous racheter au prix de tout son sang :

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

281 Gens religieux, chantez ; alerte ! et livrez-vous à la joie. Car il est le saint Roi du monde, oh ! la belle raison de Pour notre salut il s'est livré à Forage : [se réjouir! O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles.

XXV-

282 Noël ! Avec une foi droite, en cette occasion Chantons tous ensemble

[Un cantique] au petit Enfant nouveau : Noël vient nous rendre visite.

283 Le petit Entant glorieux

Est à Bethléem, n'en faites doute, Comme cela avait été prédit : Noël vient nous rendre visite.

I . Noël sur l'air ChrisleRedemplor.

Anciens No'els bretons.

278 Eno ez chômas seys bloaz bras assant Jesu, Map Doue'n Tat, dereat vatant, Hep blam suramant, révérant, gant stat :

Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat.

279 Cals doan ha poan don dre hon fellony

En deffoue Roue'n bet; credet, hep quet sy, Palamour deomp ny voe en goulyat : Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat.

280 Jesu dre truez ha quarantez bras Dyfflas en croas pren en em astennas; Lauen hon prenas her dre padas goat : Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat.

281 Tut deuot, notyt; escuit! ha gryt fest. Pan eo glan ganet Roue'n bet, caezret test ! Palamour don test en em tempestat : Mar}', chuy byaou reiff quehezlaou mat.

XXP

282 Nouel ! Dre feiz reiz, an guez man Quenomp, commun, guytibunan. Dan Map byhan neuez ganet : Nouel e quentel don guelet.

283 An Mabyc byhan damany

En Bezleem ganet, na gret sy, Drez voa devry proficiet : Nouel e quentel don guelet.

I . Nouel voar ton Christe Redemptor. Rei'ue Celtique, XI.

66 W. de La Villemarqué.

284 D'une douce fille nommée Marie Il naquit pur, assurément, Pour être cruellement crucifié : Noël vient nous rendre visite.

285 Et sa virginité elle l'a gardée sainte. Aussi pure que la neige, cette fille; Quoiqu'elle ait enfanté Celui-ci : Noël vient nous rendre visite.

286 Dans une écurie, dans la froidure, Est notre Roi Dieu et homme, Sans qu'elle soufi^rît aucune douleur: Noël vient nous rendre visite.

287 C'est pour nous racheter promptement, Pour acquitter notre dette et la payer, Pour nous racheter dès la première heure : Noël vient nous rendre visite.

288 II est de Marie, notre ami; Parlons de sa bonté, à elle.

Que le Roi du Ciel soit remercié! Noël vient nous rendre visite.

289 Prions Celui-ci, le saint divin,

Et sa bonne mère, la douce Marie, De nous rendre' tous glorieux. Noël vient nous rendre visite.

290 Ayez, Marie, la charité

De prier Dieu, le vrai roi du Ciel, Pour la Dame des Bretons! ^ Noël vient nous rendre visite.

(A suivre.)

I. Anne de Bretagne (1488-1 514).

Anciens No'els bretons. 67

284 A un merch goar hanuet Mary Ez voe ganet net, a detr}%

Da bout devry crucifiet : Nouel e quentel don guelet.

285 Ha de ^ guerchdet so chomet glan Quen pur han erch gant an merch man, Euyt Heman da bout ganet :

Nouel e quentel don guelet.

286 En marchauzy, en iennien,

E ganat hon Roue Doue ha den, Ne deffoue plen anquen en bct : Nouel e quentel don guelet.

287 Euyt escuyt hon acuitaff, Lamet hon die hac e paeaff, Don acuytaff an quentaff" prêt : Nouel c quentel don guelet.

288 Ganet eo hon car gant Mary ; Conmsomp madelez a nezy. Roue'n velly ra ve gratiet ! Nouel e quentel don guelet.

289 Pedomp Heman glan damany, E mam hegar, clouar Mary, Don ober ny glorifiet: Nouel e quentel don guelet.

290 Hoz bet, Mary, deuotion

Da pidiffDoue, guir Roue an Tron, Euyt Ytron an Bretonnet ! Nouel e quentel don guelet.

I . Liseï hc

NOTES

ON

WELSH CONSONANTS

BY DR. M. \ETTLAU (Suite I)

//.

75. On the proniinciation of the unilatéral Wclsh 11 see Salcsbury, 1547 and Ellis notes to his description; J. D. Rhy,s, Gramm. 1592, p. 24: linguae maiore cuspidis parte in eam palati regionem, quae primoribus dentibus iisque supcrnis vi- cina est, valido nisu impulsa, ita intérim parce diducto rictu, ut obscuram quandam rotunditatem prae se ferat, ac quodam deinceps veluti ex anserum serpentumque quasi sibili commix- tione veluti per crasin constituto halituose densissimo bruti- noque sono et per maxillares dentés utriusque, verum magis Jf.v/;'o;.f«»;, operosoconatu, emisso; L. Morris, CcJtic Rcinains, p. Ixxv; Rhys, YC. II, p. 34; Sweet, p. 48. On the différent signs used in the B. of Hcrg. and in other Mss. to dénote 11 and 1 -|- 1 see Evans, intr. to the Oxford Mab., p. xv.

76. thl is often used by médiéval English scribes to dénote the Sound of 11 and it is still said, that Englishmen are under the impression to hear thl for 11. Cf. the index to the Record of Carnarvon (sec Zeuss- p. 1063); Arch. Cambr. I, i, p. 105 Penthlinii, Thlintegid (H 2); I, 2, p. 244 Thloyt, Thlewelyn

I. Voir t. IX, p. 164; t, X, p. 10).

Notes on Welsh Consonanh. 69

(1343); I, 4, p. 134 cantredus de Thleen (9E2 = Lleyn) ; insula Enthli, Gir. Cambr. VI, p. 124; Cadewalthan see§ GG ; Maghentleyt (Machynlleth) etc.

77. th is said to be a dialectal (Gwentian) pronunciation of 11; in the examples which I am going to quote, r, 1 or

II occur in the neighbouring syllables ; hence I am unable to say whether dissimilation took place or whether a real change of sounds must be stated. Cf. Schuchardt in Keltische Bricfc, Allg. Zcitung, 1876, p. 2323 b : 11 becomes th in Monmouth- shire from Penmarc and Llandunod until Gwentlwg (thèse boundaries are given in the Cambr. Journ. IV, p. 207); he quotes arath ; cf. in a text from Ebbw Vale, Monmouthsh., pi. erish and erith = erill, sing. arall, Punch Cymraeg Nr. 28, 29 ; cylleth for cyllell is more generally spread, cf. Y Beirniad

III (1862) p. 344 pi. cyllith; S. C. III p. 603 cyUith; arath Yr Am'. 30. 10. 1859.

c, CH, G T, TH, D, DD, S, H P, PH, B, F, FF.

78. Before discussing some facts relating to the sundrv guttural, dental and labial consonants I will give examples of the apparent « provectio » of g, d, b in a part of the Gwentian dialect, vie. inthe easternpart ofGlamorganshire and in Monmouthshire. Some intelligence of the phonetic side of this fact may be gathered from Rhys, lectures^ p. 45, who quotes oti (ydyw), ffetog (arphedog), gatel (gadael), retws (rhedodd) and who describes the t as a « t somewhat softened towards d ».

79. In modem "exts from Monmouthshire and such parts of Glamorganshire in which c in final syllables becomes a (see Beitr. § 51, 5) I hâve found : rvtag (rhedeg), Y Geninen III, p. 19; from Pyle, Glamorgansh. : wettaf, a wetsoch chi, gwettwch (dywedaf etc. ; gwedaf is SouthW.), crettu, cy- ffretin, mi wettav rhaccor (rhagor, more; in NorthW. rhagor means : différence, cf. LJ. y Rcsol. NorthW. rhagor = gwaha- niaeth; in SouthW. it means: more, cf. rhagor = ychwa-

yo Nettlau.

neg, more, in some parts ot SouthW., Richards dict.; Hu- ghes 1822 : SouthW. rhagor NorthW. chwaneg), accor (agor), Y Gii'ladgarwr 15,9, 1860. gwetwch, fi weta chi, wetas I, otuch I (= ydych chwi), otus (ydys), wetyn (wedy hyn), prccath (pregeth) Y Tyw. a'r G. I, p. 93, 118). From Mynnyddyshvyn, Monmouthsh. : y wetsochchi, pleto (to plaid), afnatyw (ofnadwy), otw; dyscedicion VIII, p. 106, yn acos nac vm mhcll Y Bed., X, p. 9 (185 1); weti, gwctws, \ve- todd, otw, otich chi, os to fe (oes do fc), Ptaicb Cyniracg Nr. 28, 29. In Neath : gwascarog, hircîl, catw, ipt. acor : agôrwch, fe agorws, llwtwn (:dwr: dyfwn), satwn (sadwrn), plur. ailota, sylwata, cymeriata, blota, brotyr ; dyletus; dcra gyta fi (Aberdare: dera geno i) ; trucan (60), jocal (diogel, Hke joflidd = dioddef), etc.

80. It is not easy to trace this prononciation in Mss., since I know none, which may be attributed with certainity to this section of the Gwentian dialect; thc many orthographs of sufîixes with tenues (-oc -ic etc.), which occur in later Mss. may follow the middlcWclsh orthography (-awc, -ic, etc.). So I can only give with some hésitation the following forms from a Gwentian text, written Late in the i6thcent. and in an often almost phonetic orthography of which I hâve ah'eady given many examples, namcly Addit. Ms. 24921 : redec, rydec, hydec, drwc, rywoc, bwoc (bywiog), heboc, kafoythoc, cyiToythoc, grafayloc, mârchoc, mwnwc, chydic, arferredic, o bledic (= o blegid), yn amlwc, golwc, diskwyl, diskwl, yskawn (ysgafn), yskwydd, yskwydde (ph), katw f. 55 b (yn kad f. 43 b). This Ms. shows othcrwise no prédilection for historié orthography and so thèse forms may really tend to express a local différence from ordinary Welsh in the pronon- ciation of thèse sounds.

81 . I will also mention hère thèse cases of « provectio» occu- ring in the oldest middlewelsh Mss., to which Evander Evans, studies in cymric philolof^y § 11 first drew attention. « Provec- tio » of the mediae after final voiceless consonants in the prc- cymric period is a phcnomenon fully developed in Cornish and in lîreton ; therefore a nearer discussion of the Welsh e.xamples can bc dispensed with hère. In the Ms. A of the

Notes on Wels'i Consoriants. 71

Venedotian Code occur : 3'n keuuc ac ekaller p. 6, hyd ekallo, eckeyll p. 48, e keill p. 79, e kyrryr p. 125 (yd occurs in the old pocts also before consonants, « infecting » however, where it has been later superseded by y not altering the following consonant); o keyll e dyn hunnu prouy p. 13 (oc?, see Bcitr. § 56; o aspirâtes the tenues); vrht kerru p. 79, cf. corn. o\v tvbbry, in edendo, Zeuss. Gr. Celt. - p. 146; peht peccan p. 58, peth peccan ib,; ac naskouenhop. 394, oskouyn p. 397 (inserted pronoun). cf. bei 5'scu)'pun arvn, B. of Carm. Nr. 26; the following cases are not so clear : en e kocled p. 50, gur or kocled p. 50, kan bu quell kanthau ef p. 60 (cf. ko- quinyat = cychwyniad p. 61), en kerru p. 65. B. of Herg. col. 1163 y du6 y tiolchaf (=: y(d) diolchaf) dewin plant adaf oe donyeu cuplaf euraf eryr, in a poem said to be bylustusllwyt. Ms.5.- ac nystyly y vab f. 82a, kytt asscofynho g6edy hynny. ny 6rennde6ir, f. 19 a; Ms. Cleop. B. J : Ar dynh\-at v gledyf y p}-gythia }' dwirein, f. 67 a.

82. The only later example of a provective influence of a final consonant upon a following initial one, ofwhichi am aware, is yll /au for yll dau (hoth), cf. Ms. O yllteu (Owen, Laws p. 299), Ms. les Coll. 141 illtav f. 27 b, 34 a, illdav, illtau f. 61 a; a hwy vyont yll tai etc., Ll. Achau, 1604 p. 16 (yll dau p. 17).

c, ch, g.

83. c, g, ch are in some parts of Wales, especially in the Powysian dialects palatalised before slender vowels ; thus e. g. cienedl (cjenedl), is given as the pronunciation of cenedletc. As to a palatal pronunciation of other consonants I hâve nowhere found it mentioncd, which I do not wonder at, since even the palatalisation of gutturals is not expressed in Mss. Exception must be taken of two instances obscure to me : miawn and biachu (since the I7th cent.), bachgianand ugian are somèwhat wider spread, occuring also in venedotian dia- lects (bachgcn and ugain). They help perhaps to fix the time of the palatalisation, for this altération probably took place, when e (bachgen and ai, pronounccd, e, in ugain) had not yet be-

72 Nettlau.

corne a in final syllables, as they did in the modem Venedotian dialects.

84. In Y Traelh. III p. 8 examples of ci, gi (cj, gj) before a, c, i, u are given : cianys, ciaws, cienedl, giair, giem (engl. gem) ; ceircli is pronounced cieirch, cierch etc. ; in Dosparth ifjfjrn Williams notes ciar(car), iech, ieach (iach) fromPowys, ciear, iech, ieach from the dimetian dialect (?) perhaps a mis- take for the Gwenti.m dialect, since I never found a similar statement, but noted from Y Gcninen III p. 19 the Glamor- ganshire verse : mae 'mrawd yn byw ar fara chiaws a mi- nau ar giaws a bara. Sweet p. 420 says the palatal affection of g in basgjad (basket) and bachgjan in Carnarvonshire is fullv carried out in Merionethshire before stresscd a, which is however pronounced a in Powys, see Bcitr. §31. But he gives also for Carnarvonshire kjastin, kjaff, gjard, gjât as the dialectal pronunciation of the respective English words (casting, gaff, guard, gâte). In an account on the English spokcn at Llanidloes in the Transactions of the Poiuysland club X, p. 278 cyart (cart), cyap (cap), gyarden, gyarter, tshyarge are given ; c, g, to a less extent Engl. ch. before a hâve « a peculiar pronunciation by the introduction of an intermcdiate Sound équivalent to i ory ».

85. From Carnarvonshire texts cf. Yr Arw. : miciyith, hi giyiff, miciyiff, mi giyffo 13, ir, 1856; cieiniog 11, 12, 56, yn giysio etc.; pump ar Igian, dyigian 17, 7, 56; machgiani ; trhigjan (60), Sweet p. 415 etc., trigiarog Punch Cymr. Nr 3, 3 (ib. also lleidar, gwyhanu, pyrgethu etc.).

In older prints I only found several times ugien, e. g. Cy- faill i'r Cyniro (^Poiuys, 1765) am ddeg ar hugien p. 22, deu- gian p. 41; arhugiain, in the title of an almanack printed at Shrcwsbury as given bv D. S. Evans, Rcv. Cclt. II, additions to llyfr. s. a. 1760, Nr. 71.

86. Davies ci ici. has bachu latcrc, latitare, in sinuosas late- bras se conferre, incurvare se; biachu pro bachu corrupte; cf. ir. bacc. He gives also iâch, vulgo pro ach, to which Lewis Morris (Add. Ms. 14944, f. 109 b) adds : a Iach wen- wys i'ch wvneb, from Sion Ceri (1520) ; cf. Add. Ms. 1488 1, t. 29 b o lyfr iachjyu Nhegainhl ; Stowe Ms. 785 r Jachan

Notes on Welsh Consonants. 7j

sydd yny Ilyfr hwn, yn iach gogerddan, yn iach maes my- nan etc. miawn for mewn, mywn is quoted from the Car- narvon and Merionethsh. dialects by Williams, Dosp. Ed. ;it occurs regularly in the dialectal texts (miawn, miewn, Yr Anu. and in prose and poetical Mss. down from the lyth century, written as is shown also by other signs in Po- \yysian dialects. Cf. e. g. Add. Ms. 31056 miewn (in Hanes y Tnustaii), Add. Ms. 14890 meawn f. 100 a, Add. Ms. 31060 meawn f. 67 a, miawn f. 4 a, 3 b, 9 a; Add. Ms. 15059 o fcawn f. 175 a, miawn f. 173 a, 176 a; Add. Ms. 31058 miawn f. 1 18 a etc. From Southern dialects cf. mwn doi ne dri mish, Y Givlaâganur , 27, 7, 1861 (ib. 3T oen ni, osgetyn, gweid, wedi neithir, en dysgu, fe wedis i, y lliad, yr oil (heul), oboitLi, daw (mae)etc., probably Eastern Carmarthen- shire dialect) ; mwn at Neath etc. This isolated word offers other difficulties which I am unable to explain; mewn and mywn are both fréquent in médiéval Mss. and the loss of d (dd), cf. ir. medhôn, can not he accounted for. The only phonetic explanation of which I am aware would be, to as- sume a change of dd to f, which occurs elsewhere; *medd-n-, *mef-n-; then the vowel after f was dropped by the shifting of the accent in declension and * fn became *wn, like eofn : ewn; so *mef-n-, * mefn-, mewn. But I know at the same time the improbability of such an explanation and its chronological difficulties.

87. In some words initial tenues and mediae change; this may partly hâve been brought about by the influence of follo- wing consonants an argument which must be always reserved until the contrary can be proved from the phonetics oftheliving language and partly, perhaps in most of the cases, by the wrong analogy of the « infected » forms ; if thèse are from some reason or the other prevailing in usage over the unin- fected ones, they are likely to be held for the original forms and areliable to further « destitution ». Or in the contrary an original form is thought to be a « destitute » one and accor-

74 Nettlau.

dingly an apparent « provection », but in fact only a wrong reconstruction took place.

88. Cf. cosgordd, gosgordd retinue Sp. ; et. bret. coscor Cath., goskôr Sarzcau, R. C. III, p. 59. crabinio, grabinio to grapple, scramble, scrape Sp. craf, graf garlic Sp. cnawd vulgo perperam pro gnawd, consuetum Davies, dict. ; y Groesffordd (croes-ffordd), n. 1., hence Gresford, Rhys Pcnnants Tour l^, p. 387 n. The Welsh pronunciation of English mediae as tenues is wellknown ; cf. koblyn a goblyn, Sal. dict. 1547, etc.

89. trach, the oldcr form of tra like chwech of chwe is kept in thc expression dramkevyn, drach dy gevyn etc.; cf. YS. Gr. drach dy geuyn p. 275. drach eu keuyn p. 283, 301; B. of Herg. drachechcuyn col. 866; Add. Ms. 19709 dra- cheukefyn f. 30 a; Sal. N. T. yno ydd ymchoelodd ef trach igefyn f. 26 b; etc. ; bcsides thisi only know trach y lavnawr, behind his blade (a plural in-a\vr), B. of An., Godvdin 77 and ces tragoes B. of Herg., Skenc p. 230, which I saw mysclf written thus in the Ms.

90. chwech and chwe occur both sincc the earliest middle- Welsh Mss. In modem Welsh some dialectal difierence in their use appears to exist, cf. }' Tradh. III, p. 8 NorthW. chwech; chwe llath SouthW. hwech, hwech llath ; ib. VII, p. 421 NorthW. chwe throcd SouthW. (c)hwech co- syn; D. S. Evans, Jlythr. NorthW. chwe dyn, chwe phunt, chwephunt, chwe chefïyl SouthW. chwech d., chwech p., chwechpunt, chwech c. I hâve not collected examples to ascertain in what degree thèse différences can be traced perhaps in thc MiddleWelsh Mss. ; as flir as I can see, exam- ples conrrary to thèse rules can easely be brought forward. ci". B. of Herg. chwech wraged col. 722 (ni an whech 723) chwech marchaôc 690.- ch6e meib 655, a chôethorth o vara 667; Ms. A chue byu p. 12, 13, 16, 19; whe bu JJ^ (Gwentian Code) p. 309; Ll. Giv. Rh. hwech cufyd p. 235, yn chwech nyhcu p. 290, etc. -Thc loss ofchis to becom- pared wirh thc loss of ch in trach, of c in a (ac), o (oc), etc. by the généralisation ofonc torm ofsvntactic doublets etc.

91. W. Williams, called Caledfryn says in his grammar

Notes on Welsh Consonants. 75

(2 p. 59), that certain people use to add ch to even' word ending in a vowel. He exemplifies this statement by the sen- tence : os ei di i'r bedd yn farwch, fe ddeui i fyny 3-n fywch. To the same kind of « altérations » duwch in the exclamation duwch anwyl, quoted by Rhys, lectures ^p, 100 seems to belong. I known norhing further on thèse apparently addit- ional consonants; Welshmen told me they \vish to avoid from religions superstition to pronounce words like duw in thèse ex- clamations in their proper way, but this is of course a post festum explanation like the manv others every Welshman is ready to give ot every tact occuring in his language.

92. g : On g lost in the interior of words between vowels see Zeuss, Gr. Ccli.- p. 85, 86, 140, 141 ; on ou, eu from c^-^ ug, âg see Rhys, Rcv. Celî. VI (boreu, teulu, meudwy, breuant, OldW. poulloraur -ir. pôlire, lectures- p. 67). Gis certainly lost in teyrnas, brenhin. Teuyrnas, breyenhin and breenhin occur in a few old Mss., but g is evidently treated otherwise in thèse words îhan in breuant where eu is constant ; for this the différence of the accentuation may account. I do not think that u in teu^-rnas is secondarv, expressing a sound similar to j, developed between the two vowels on account of the hiatus. On gwaeanwyn, haearn and g^van^vyn, harn where e is probably j and takes the place of an old s see below. Gaeaf, winter, pronounced geuaf could stand for *gem-af, *giem-af, *<-/;/ between vowels becoming eu and *ef; thus *gjem would be the old stem, and the ending -af can hâve been taken from haf, summer, cf. also the name of the autumn. So also daear may contain the root *dem.

93. B. of Carm. teyrn p. 10, teern p. 41, teeirn p. 41, teernet p. 10, 17, 19, 22, 27, 41, tyirnet, p. 7, tyernet p. 39, teernas p. 9(2), tiyrnas p. 46, teernon p. 40. B. of Tal. tegyrned truan p. 173 (?) ; Eutegirn gr. Celt.- p. 85. S =^ Add. Ms. 22356 ù deùyrnas f. 61 b, 0 deuyrnas f. 71 a, h 3 a; yn deueyrnas(?), f. 87 a, teyarnas f. i b, 13 b. It is true, eu, ci were pronounced e in the dialect of S, see Beilr. § 84, accordingly teuyrnas can be simply teyrnas in this Ms. Forms of teyrn- inlater texts are e. g. tcyrnwialcn, tyr- nas, ef y dyrnyssa f. 385 b (Huer), teirnas f. 392 b, teirnasu

Nettlau.

f. 392 b, a thyrnaswn (deyrnaswn) f. 378 b, Sal. N. T.; ternes, tyrnas, teyrnas, Gr. Roberts ; ternes Add. Ms. 14973, f. 77 b; tyrnas Add. Ms. 15038, f. 49 b, tcrnas f. 54 b, 75 b, tarnas f. 50 a, 76 b; see Beitr. § 49. tarnas in Add. Ms. 14921, see 1. c. p. 39. Edyrn (Eutegirn) is still stressed on the second syllable, since the first svllable of -dëvrn was originally stressed.

94. breenhin (like teernas) occurs in tlie B. of Cann., p. 28 (2), 39, 40, brcinhin(?) p. 30. In Add. Ms. 14945 Lewis Morris transcribes a few lines from an old Chronicl Cymreig ; f. 273 b: s. a. 1247 Edward urevnvn Lloegyr; in the same excerpt occar y uloydin honno, v vrovdir, castell Maishyueid, y distrywt, blwydyn, tyurnas, so that the lan- guage of this SouthWelsh text ma}- be said to be of some intcrest also in other directions.

95. deuall instead of deall, dyall occurs often in books ot the i6th cent., cf. mi a ddeuhelldais, Gr. Roberts gramm. p. 81, ni ddeahelHr p. (207) etc., onis dehelHr y geiriau yn dda p. (207), ni ddeheUir ib., mi addehellais p. (212) etc.; Athr. Grist. y deuelltir p. 8, a ddeuhcllir^ a ddcuhailer p. 14 etc. ; dvalh, dealht, Y Drvch Christ. 1585. In modem dialects : S. C. dyall I p. 212, diall II p. 242, 503; YT. a'r G. waeth, dw I ddim vn duall y peth dybygwn I; in North- wales dallt is commonly used, sec Sp., Yr Arw. etc. Is this Word acompound containing gallu, to be able ?

96. Besides megys occurs meis, said in the préface to Llyfr Giueddi Gyjfredin, 1586 to be SouthW. Also o blegid and o bleid occur often; is o blcdic in Addit. Ms. 14921, f. 25 a a clérical blunder or a really existing form ?

97. An unexplained phenomenon (provided two words with différent endings hâve not been mixed up) is the apparent loss offinal g (oldw. c) in gwddwg, gwddw, gwddf, neck, throat. Cf. léon. gouzoucq, couzoucq (Rostrenen), gouzouk (Troude), vann. goucq, coucq (R.), gouk (Tr.). gwddf, gwddyf occur in the oldest middleWelsh Mss. and seem to havc takcn their origin in the plural : gwddw, gyddf-cu, hence gwddf; at anv rate gwKv : gwlf, marw : marwol, marlol etc. can be comparcd. Cf Ms. A : gedueu p. 43, B (Ms. Tit. D 2) gudyf

Noies on U'etsh Consonants. 77

f. 46 b, 5 g6dyf p. 285, Ll. Gic. Rh. y wdyf p. ^^c) ; B of Herg. G6ineu géd6c hir, col. 597, LL Giu. Rh. y guduc p. 274. In later texts : Sal. N. T. gwddwc, gwddwg, gwddwf f. 114 b. Y drych christ, ei wdhwg neu ei fynwgl f. 19 b; Add. Ms. 14986 gwddw f. 35 h; Ll. Achau gwddwg p. 19; Ho7n. 1606 ar ein gyddygau (marg. gyddfau) I p. 125, gyd- dfau (marg. gyddygau) II p. 130, 147. Davies, dict. : gwddf, passim gwddwg, vulgo gwddw; C. y C. 1672 d'wddwg and cynddrwg rhyme, p. 427. In modem dialects : S. C. am'u gwddge II, p. 262; gwddw (with vowel w), Sweet p. 429.

98. The dropping of initial ^-in the case of « destitution » is the cause of the socalled prothetic g, since every word com- mencing with a vowel can in certain positions be believed to hâve lost a primitive initial g. By the same reason initial b and m change, f being the status infectus common to both. A few dialectal instances are : NorthW. gaddo, Rhys, Anh. Cambr. loanzvords s. v. altus ; enaid, Silurian genaid, Barddas I, p. 196 note; oer, dimet. goer Davies, dict. ;giàr in Cardi- gansh., iàr Northw., L. Morris, Add. Ms. 14944, f. 93 b (SouthW. giar, gieir Sp., dict., Y Traeth. III, p. 8 etc.) ; geist- eddfod is said by Jolo Morgan wg in Add. Ms. 15003 (also printed in Y Gréa 1) to be a Monmouthshireword; gwr gon- est Add. Ms. 15059, f. 210 a etc., ar fy ngonestrwydd, upon my honour, in Anglesey, L. Morris, Add. Ms. 14944, f. 94 b; garddwn =^ arddwrn Sweet p. 429.

99 . Cf. further : allt and gallt, see Rhj-s, loaivwords s. v. altus ; L. Morris Add. Ms. 14944, f. 20 a : allt, gallt, the side of a hill or mountain; also any highlands; but in Cardigansh. the hill of wood or coppice; Richards, dict. : the side of a hill, in some parts woods; Hughes 1822: SouthW. gallt a cliff, XorthW. any steep. genwair an angling rod, E. Lhuyd; in the legendof Llyn yr Afangc, printed from Lhuyd's auto- graph in the Cambr. Journal, vol. II : genwairiwr, yn gen- wairio ; L. Morris, Add. Ms. 14944, f. 91 a (1737) : XorthW. enwair, gwialen enwair ; and to angle enweirio. gordd, mallet see Rhys Celtic Britain, ^ p. 310 and Pcnnants Tour I p. 4. clach E. Lhuyd, homuncio; L. Morris Add. Ms. 14944, f. 98 b gellach (11 on account of an etymology which he ima-

78 Nelibu.

gines), a littlesorry fellow, a scrub; gelach Sp. oddigeithr, Add. xMs. 15058, f. 59 a (ijth cent., prose); Rowlands grannn. 4 116 oddieithr, oddigerth except. clor, gclor Da- vies, dict., (g)wr gieuanc, Evans, llyfr. s. a. 1764, 5. ga- gen, genaid, gaddewid, see Skene, Four ancicnt Boohs II p. 325 (notes).

100. The manner in which the primitive groups r-g and 1-g are treated in Welsh is a problem common to ail bry- thonic languages on which see Zeuss -p. 140 and Ernault in Revue Celt. VII p. 155-157. The reasons, why serch and merch in Welsh are différent from eiry, boly and eira, bola, whilst in Breton erc'li and serc'h exist, hâve not yet been found. I will only put forward hère the Welsh materials as fully as possible (eira, hela, du la occuring besides eiry, bely, daly are said to be SouthWelsh forms).

ICI. Cf. boly, bol; E. Lhuyd, Arch. Brii. s. v, venter: SouthW. bola; bret. see R. C. 7, 155 and 199 : Er hirran a gornow/diwenét hi volow Que le plus long des cornes/Dé- fende son ventre, Bas-Vannet.

caly, cala, vulgo cal L. Morris, Add. Ms. 14944, f. 54 b; bol, cal, eir, hel in verses, ]. Y). K\\ys gramm. p. 130, Davies graiiun. p. 43 like marv(\v), car(\v), ber(\v), llan(w), cad(w). daly, dal ; E. Lhuyd s. v. teneo : dimet. dalla, dale, hele in Ms. A; dala and daly are fréquent in middleWelsh Mss. ; in the B. of Herg. dala and especially hela largely prevail; cf. also delleis col. 747, dellis 3. sing. col. 679, 788, 810; ettel- lis col. 803. Ms. Clcop. B 5, laws : os deily y distein wrth gyf6reithf. 172 a, o deily dyn f. 196 a; deily f. 196 a, 196 b; dalyo f. 196 a etc.

y dera L p. 278 thestaggcrs ; so /p. 278, IF (Gwcni. Code) =: Cleop. A 14, f. 69 b etc. : dery O, p. 278. Sp. has dera, on, fury, fiend, dcvil ; the staggers; der, stubborn, froward, suUen; inf. derio, deru. dera=diafol W. Lleyn's vocahiilary ; ir. derg ?

€\nB. ofCarm. poem 18; B. ofHcrg. eiry col. 672(2), eira col. 674(2); eiry, SouthW. eira, Richards, dict.; a'ira Slozuc Ms. 672; irch. Corn. voc. ; iinn iarh, Sarzeau, R. C. III, p. 566.

Notes on Welsli Consonants. 79

hely and hela in middleWelsh Mss. ; o helg6n B. of Herg. col. 710. hella S, f. 4 a. OldWelsh helcha, helghati. L. Morris Add. Ms. 14944 : hele to hunt, Flintshire dialcct, f. 104 b.

llary placid, gentle, meek Sp. ; Uara B. of Canii. p. 5 ; superl. llariaf p. 40.

Ihvrw, bret. lerc'h ; oldbret. ollored ; corn, hellyrchys, Rev. G'//. VIII, p. I.

ÇA suivre.) Nettlau.

INSCRIPTION ATTIQUE

RELATIVE A

L'INVASION DES CALATES en GRÈCE

(279-278)

Dans le récit détaillé que Pausanias nous a laissé de l'in- vasion des bandes galatiques en Grèce, il est question de la part glorieuse que prirent les troupes athéniennes à la défense du passage des Thermophyles ^ Mais, lorsque le défilé eut été forcé, les Athéniens se rembarquèrent et Pausanias ne fait plus mention d'eux en racontant la défense de Delphes, figu- rèrent seuls les Phocidiens, quatre cents Locridiens d'Amphissa et douze cents Étoliens-. Ce n'est qu'après la détaite des Gau- lois que les Athéniens, au dire de Pausanias, revinrent, de concert avec les Béotiens, pour harceler les Barbares dans leur retraite.

Nous savions cependant, par une inscription découverte à Athènes en 1860'^, que les Athéniens avaient contribué, avec les Étoliens, à la défense du sanctuaire commun de l'Hellade.

1 . Paus., X, 22.

2. Paus.,X, 25; Droysen, Histoire de l' Hellénisme, trad. franc., t. II, p. 653 (où on a ccrit par erreur 200 Étoliens). Nous n'entrons pas ici dans l'étude des témoignages contradictoires relatifs à la campagne des Gaulois contre Delphes; on les trouvera admirablement exposés et discutés dans le mémoire de M. Foucart, Archives des Missions, 1865, p. 20$ et suiv.

3. Corpus itiscr. attic, t. II, n" 325.

Invasion des Calâtes en Grue. 8i

Ce texte contient une proposition de Kybernis K..'.cj du dème d'Halimuse; M. Koumanoudis ^ a proposé de restituer K[jc]i:u et de reconnaître dans l'auteur de la proposition un fils de ce Kydias qui tomba vaillamment aux Thermophyles en com- battant les Gaulois-. «Attendu, dit le texte, que le Koinon des Étoliens, montrant sa piété envers les dieux, a résolu par décret de consacrer la fête des Sotéries à Zeus Sôter et à Apollon Pythien', comme souvenir du combat livré aux barbares qui avaient fait une expédition contre les Hellènes et le temple d'Apollon commun aux Hellènes, et contre lequel le peuple [athénien] a envoyé les soldats d'élite et les chevaliers pour prendre part à la lutte qui a eu pour objet le salut commun; attendu que le Koinon des Etoliens et le stratège Charixénos ont envoyé à ce sujet une ambassade au peuple [athénien].... » Le reste de l'inscription est mutilé 4, mais M. HaussouUier a pu le restituer d'une manière certaine à l'aide des formules d'un décret analogue de Chios). Nous traduisons: « ont en- voyé à ce sujet une ambassade au peuple [athénien] pour prier le peuple [athénien] de prendre part aux concours; le concours musical est égal aux jeux pythiques pour les âges et pour les honneurs '5, le concours gymnique et hippique est de même assimilé aux jeux néméens. »

Le décret de Chios, qui a été découvert à Delphes en 1880 par M. HaussouUier, est une réponse à l'ambassade étolienne qui avait prié les Chiotes, comme les Athéniens, de recon- naître les Sotéries et d'y prendre part. Voté la même année que le décret d'Athènes traduit plus haut, il présente avec lui des analogies frappantes ; seulement, comme l'a finement remarqué

1. Koumanoudis, 'Fjr,'.-(}. iXXr,v. àvîxo., 1860, n" 75; Foucart, Mém. sur les ruines et l'histoire de Delphes, p. 207.

2. Paus., X, 21.

3 . L'institution des Sotéries est postérieure de deux ans à la retraite des Gaulois ; cf. HaussouUier, Bull, de Corresp. Hellên., 1881, p. 302.

4. M. Drovsen avait renoncé à en rien tirer, op. laud., trad. franc., p. 638.

5. HaussouUier, Bull, de Corresp. Hellên., 1881, p. 307: Dubois, Lef ligues étolienne et achèenne, Paris, 1885, p. 217.

6. Il s'agit de l'âge exigé de ceux qui concouraient dans les jeux pythi- ques et des honneurs décernés par les villes à leurs concitoyens vainqueurs (HaussouUier, loc. laud., p. 311).

Revue Celtique, XI. 6

82 Salomon Reinach.

le premier éditeur, tandis que le décret de Chios parle d'une victoire (ty;; -liy.r,^, 1. 6), les Athéniens emploient l'expression xyJç [J.â-/r,; et rappellent qu'eux aussi ont combattu pour le salut commun. « Il est probable que les députés étoliens, dans le discours qu'ils tinrent à l'assemblée, après avoir remis le décret de leurs concitoyens, insistèrent sur la part que les Athéniens avaient prise à la défense commune, et que l'éloge des deux peuples avait tenu la plus grande place dans leurs développements oratoires. A Chios, les Etoliens, plus libres dans leur langage, avaient seulement parlé des exploits de leur nation et présenté leur résistance comme une victoire décidée. Ainsi commençait à se former la légende sur le désastre de l'expédition gauloise. « ^

Nous possédons maintenant un second texte qui atteste l'intervention des Athéniens à côté des Étoliens dans la série des engagements qui eurent lieu en 278 près de Delphes. C'est une inscription gravée ■:-y:/rtZz-i siir deux morceaux de marbre pentélique; ils ont été découverts en 1889 près de l'entrée de l'Acropole d'Athènes et publiés par M. Lollingdans r ' Xc'/3.<Sko';'.y.z) zùrJ.y) (bulletin archéologique), la Direction des Antiquités grecques fait connaître au fur et à mesure les principales trouvailles archéologiques-. li s'agit d'un décret du peuple athénien en l'honneur d'Hérakleitos fils d'Asclé- piade du dème d'Athmonée3, qui s'était acquitté avez zèle de ses fonctions d'aejonothète dans la célébration des Panathénées. Mais il avait fait plus encore, et c'est ici que le texte est assez intéressant pour qu'on le transcrive dans la langue originale ; nous adoptons les restitutions excellentes de M. LoUing :

1.3: y.'A xrx-'S)T^z'M r^'. 'A0r,v5'. r/j'. [X'y.r/. vpsji; ïyzj'sx: J7::[jlvy^- y.2T7. (5) ~îi)> [([■'•î"' A'.T(o).d)v 7:)]£T:paY;j.£7(i)v "pèç 'z'J:; ,jXf6âp;uc •jr.ïz -f^:; '(1)7 EA/,r,v(i)v ■:il)~r^■^'.xz.

1. HaussouUicr, loc. taud., p. 308. M. Foucart avait déjà insisté sur ce mot ;j='/7i, Mi'»'- cilê, p 210.

2. 'Ay/a'.oAov'.z6v o^ÀTiOv. Athènes, i88q, p. $8.

3. Cet Iléracleitos est probablement identique à un archonte athénien de la seconde moitié du m' siècle avant J.-C. (Corp. iiiscr. altic, II, n<'8$9.) Ce rapprochement est" à M. Lolling (AeXt;ov. 1889, p. 61.)

Invasion des Calâtes en Grèce. 83

« [Attendu qu'Hérakleitos] dédie dans le temple d'Athéna (Niké ? des peint ?)ures rappelant le souvenir des actions [d'éclat] accomplies (de concert avec les Etoliens) contre les barbares pour le salut des Hellènes... »

Les barbares sont incontestablement les Galates; l'expression r.^hq -o'jq ^■jy.poipz'j;... ii-ïp -qç... yM-r^pix: se rencontre dans le nouveau texte comme dans l'inscription attique que nous avons traduite en commençant. Les ex-voto qu'Hérakleitos consacrait à Athéna peuvent avoir été des stèles, c'est-à-dire des bas- reliefs (sTY^Xaç) ou des peintures (ypasâç); M. Lolling s'est dé- cidé pour la seconde restitution, qui est de beaucoup la plus vraisemblable. L'inscription étant gravée ^Totyr^oiv, nous con- naissons exactement l'étendue de la lacune, qui est parfai- tement remplie par les mots. [Nâr/. ypx'^]x:; c'est donc dans le petit temple d'Athéna Niké sur l'Acropole que ces peintures auront été déposées. On peut rappeler que la frise de ce temple était précisément décorée de bas-reliefs représentant, au nord et au sud, les combats des Athéniens contre les Perses pour le salut de l'indépendance hellénique ^ L'inscription a d'ailleurs été découverte dans le voisinage immédiat du temple d'Athéna Niké (celui qu'on appelle vulgairement « de la Vic- toire Aptère »).

En dehors des lacunes que présente ce texte par suite de la brisure du marbre, il y en a plusieurs qui ont été produites par un martelage intentionnel. Ainsi, à la ligne 5, les lettres ('j.st' Xl-.oÙM) 7:) ont été effacées; il en est de même à la ligne 13, revient la mention du peuple étolien. M. Lolling a supposé que ces martelages remontent à une époque Athènes eut à se plaindre des Etoliens, mais on ne saurait rien affirmer à ce sujet. Il présente d'ailleurs trop peu d'intérêt pour que nous y insistions ici.

En résumé, la nouvelle inscription de l'Acropole confirme ce que nous savions sur la coopération des Athéniens avec les Etoliens et rend d'autant plus singulier, au premier abord, le silence de Pausanias. Mais Pausanias a-t-il altéré la vérité ?

I. Le Bas-Reinach, Architeclure, Athènes, i'''-' série, pi. 9-10, p. 127.

84 Salomon Reinach.

Nous ne le croyons pas et nous pensons plutôt que la vanité des Athéniens est ici en cause. Pausanias, après avoir raconté la terreur panique dont les Gaulois furent victimes", les montre en butte aux attaques des Phocidiens et souffrant d'une grande disette, qui les faisait périr par milliers. Il ajoute que des Athéniens, venus à Delphes pour voir ce qui se passait, étaient retournés chez eux et avaient annoncé les désastres in- fligés aux barbares par les dieux. Alors, dit Pausanias, les Athéniens se mirent aussitôt en campagne; en traversant la Béotie, ils prirent avec eux les Béotiens; ils commencèrent alors tous ensemble à poursuivre les Barbares et, s'embusquant sur leur passage, ils tuèrent les retardataires. Brennus s'étant donné la mort, les Galates regagnèrent avec peine le Sperchius ; ils furent attaqués vigoureusement par les Étoliens et anéantis.

Ainsi, d'après le récit de Pausanias, les Athéniens ont bien participé à ce qu'on pouvait appeler la campagne de Delphes, et ils sont entrés en ligne au moment les Gaulois n'avaient pas encore quitté la Phocide. De à dire qu'ils avaient lutté avec les Étoliens pour la défense du sanctuaire commun de la Grèce, il n'y avait assurément pas loin, et les Athéniens ne se sont fliit aucun scrupule de faire valoir après coup une coo- pération qui, pour être tardive, n'en a pas moins été, semble- t-il, assez efficace. Il n'y a donc pas contradiction entre le té- moignage des inscriptions et celui de Pausanias. Droysen 2, croyant que l'envoi de soldats d'élite et de chevaliers athéniens, dont il est question dans l'inscription citée au début de cet article, se rapportait à la défense des Thermophyles, s'est étonné que ce texte passât sous silence l'envoi des trirèmes athéniennes qui est attesté par Pausanias 5 ; mais c'est une erreur de l'illustre historien, car l'inscription en question, comme celle que l'on vient de découvrir, concerne seulement, à notre avis, l'envoi de troupes athéniennes en Phocide à la suite du premier échec des Gaulois devant Delphes, postérieu- rement à l'épisode des Thermopyles.

1 . Paus., X, 23.

2. Droysen, Hist. de l'hellénisme, trad. franc., t. II, p 630, note 3.

3. Paus , X, 20, 3.'

Invasion des Galates en Grèce. 85

Dans un travail récent sur les Gaulois dans l'art antique ^, nous avons énuméré les œuvres d'art connues jusqu'à présent les Grecs ont représenté la défaite des Gaulois devant Del- phes (p. 41 du tirage à part). Il faut maintenant y ajouter les peintures du temple d'Athéna Niké dédiées vers 250 par Héra- kleitos d'Athmonée; elles rappelaient sans doute une des escar- mouches heureuses une fraction de l'armée gauloise en retraite avait été battue par les Etoliens et les Athéniens.

Salomon Reinach.

I. Revue archéologique, 1888-1889, et à part (Leroux, éditeur, 1889.)

GLOSES BRETONNES

I.

Quelques gloses bretonnes, depuis longtemps publiées, pa- raissent avoir échappé jusqu'ici aux celtologues. Ni la Gram- matica Celtica ni M. Loth dans son Vocabulaire vieux-breton n'en font mention. Elles se trouvent dans un mscr. de Saint- Omer (n° 666), écrit au x'' siècle à Saint-Bertin. Elles sont écrites sur un poème alphabétique qui a été publié par Beth- mann dans la Zeitschrift fur deutsches Alterthum, V (1845), p. 206 ss. M. Stowasser, qui vient de donner une nouvelle édition du poème dans ses « Stolones latini » (Vindobonae, 1889^), a eu la complaisance de me les signaler. Je donne le poème en entier avec les gloses latines et bretonnes, et à droite le texte émendé par M. Stowasser. C'est un nouveau spécimen de cette latinité artificielle, mêlée avec du grec et de l'hébreu, qui paraît avoir fait les délices des latinistes celtiques du vm" siècle environ; il rappelle de près les Hisperica fomina, le fragment de Luxembourg- et la Lorica, dite de Gildas. J'espère que d'autres réussissent mieux que moi dans l'expli- cation des gloses bretonnes.

Adelphus^ adelpha- moter3 Adelphus, adelpha, meter,

1. Cp. Arcliiv fur latcin. Lcxicogr.iphic, VI, 593 s.

2. M. Stowasser a aussi réédité ces deux textes, le premier sous le titre « Incerti auctoris Hisperica Faniina » (Vindobonae, 1887), le second dans les Wiener Studien IX (1887), p. 309-322.

I frater 2 soror 3 mater

Gloses bretonnes.

87

pilus4 hius^ tegater^' dronte" tanaliter^.

Blebomom9 agialos'" ni- cate" dodrantibus^^. sic mun- di et uita huius.

CaleuxoiTi ^> dûm ut det bo- len^4 suum nobis auxilium.

Didaxon^5 sapisure^^ toto biblion^/ acute non debes re- ticere.

Equo nomicum^^epensum^9 habemus apud deum si autu- iTietimus2° audum-^

Fallax est uita mundi. de- cipit ut flos feni. permanet regnum dei.

Gibron-- prason-3 agaton-^ de uita atheniaton-î ut sis fretus in Sion.

Hipagie-*'' de audo-7 habita in cirimonio -^ ut sis hères in bapho-9.

Indiximus est dei qui semper seruiens ei et erit in sceptro>^ poli.

Kalextratus52 mansie55 in marttino 3^ tempore déficit ut uiuolae^i.

Lamach'^ .ë. Iemna37 aduubi amartus^^ amtv/tu 59 dusmi ictatur in kictu.

pikis, hius, tegater dronte tanatalitcr.

Blepomen agialus nicate dodrantibus: sic mundi et uita huius.

Cateuchomen dominum,

uti det bulen suum no- bis ... auxihum.

Didaxon, sapiture, toto bibHon acute; non debes reticere.

Equo nomicum pensum habemus apud deum, si autu metimus audum.

Fallax est uita mundi, decipit ut flos feni : per- manet regnum dei.

Gibron praxon agaton, deuita athemiton, ut sis fi'etus in Sion.

Hipage, i de audo, ha- bita in cirii nomo, ut sis hères in bamo.

Inde dimus est dei, qui semper seruiens ei et erit in sceptro poli.

Kai extratus mansiae in mattino tcmporc déficit ut uiolae.

Lamach est lemna adu, ubi amartus amentu dusmi ictatur in luctu.

4 amlcus 5 filius ôfilia 7 décadent 8 mortaliter 9 u idem us lolitus 11 iiin- citur 12 adsissis .i. adlauou 13 uocanius 14 consiluim 13 disce 16 magister 17 canone 18 coronam 19 nianitestum 20 rciiuquamus 21 malum 22 homo 23 fac 24 bonum 25 uir .i. sanguinum 26 dianguet de (dianguctde Ikthm.) 27 de malo 28 ia lege dei 29 in celo 30 populus 5 1 regno 3 2 qualitas 3 5 uitc 54 nouissimo 55 foeou 36 isel 37 leh 58 peccator 59 a inues (ainues Bethm.)

88 l< Tliurneyseti.

Metes4o hoc tetrex4i ^^ b^. Metes hoc tetrex, ad bethen

miasu^° apollit tu ^5 sison me^4

then42 postquam transit mte- gen45 suma+» aporipsumen-ts.

Notalgicus-^^ est gibra47 et obtalmicus-i^ ut talpha49 non agens dei mandata.

011a>°toma abia^i glableus'>2

in anchreta55 bellantes défen- dit pelta54.

Pile>> pesons^ opéra quac deofuerintplacita ut sis lesie>7 incola.

Q_uirius5S apemon59 ana- ^^ agion^'- au- o teos mu ^5.

Raxas ^^ est ciromerus ^7 agonitcta^^ frenumus^9 qui sine labe fit iustus.

Sarax70nostracales7ï agitur postea agitatur luibus/^ malis moritur.

Tamaxo75 in mente mea minus idon74 in terra antro- phum sine macula.

Uonitue7> protcnamonum76 asarum77 nitententem ad ba- mum78 agtibaxetam79. secum agentem.

Xenodicium presulcs breue integen habentes achatarbam agiam.

postquam transit, m ten gen soma aporipsumen.

Notalgicus est gibra et ohtalmicus ut talpa non agens dci mandata.

OUa, toma, abia galileus in anctera bellantes défen- dit pelta.

Pile poeson opéra, quae deo fuerint placita, ut sis elesii incola.

Quirius anomias u apol- lit agion autu : soson me o teos mu.

Raxas est gibro merus, agoniteta frunemus, qui sine labe fit iustus.

Sarcx nostra cales agitur postea ... agitatur, luibus malis moritur.

Tamazo in mente mea : minus idon in terra antro- pum sine macula.

Uonite proten amnonum asarum nitentem ad bamum - agit pax etamensecum(?).

Xenodocium presules breue in te ge habentes ...

40 medot 41 osatcod 42 animam 45 in terra 44 corpus 45 prospicinius (/. proiciemus Stow.) 46 surdus 47 homo 48cecus 49guod 50 dcus 51 deus pater 52 christiaiios )3 catina $4 choer uel sciitum 53 amice 56 âge 57 pa- radis! 58 deus 59 a nobis 60 iniquitateni 61 dediledet 62 sanctorum 63 eius 64 saluum me fac 6$ deus meus 66 peritus 67 homo bS campgur 69 pru- dens 70 caro 71 boi,iis 72 doloribus 75 mirer 74 uidi 75 intellegite 76 pri- mum fidelis 77 bcatum 78 ad altum 79 pa.\ amicitia

Gloses bretonnes. 89

Z ....—

■f achatarbam agiam^4. Et abi aproterion ^^ sus- Et abia poterion suscepit cepit periranton^- pro re- periranton pro redemptione demptione anti'ophon^3. antropon.

12. dodrantibus gl. adsissis A. adJauou. Assisaesî « la marée montante » selon Isidore, de Ord, Créât. 9, 7. Le mot do- drans se trouve avec un sens analogue dans les Hisperica Fa- mina, p. 12: vastaque tunicnte dodrante inundat frcfa. On atten- drait donc *Jannou ou a laniiou, cf. gall. IJanw, arm. lano Janv « marée montante » . Le scribe a pu changer a en ad, comme il a écrit idsissis. Il faudrait admettre plus de fiutes, si on voulait rapprocher le gall. adlif (.^ marée basse ». M. Stowasser pense à une erreur pour adluvio.

25. atheniaton gl. uir ./. sanguinum. D'après M. Stowasser, qui veut lire athemiton, le glossateur se serait trompé en pre- nant/;c/;w/o/7 pour aî;;.xT(ov. Il suppose que uir cache un mot celtique, ce qui me paraît douteux.

26. Hipagie (J-aYe) gl. dianguet de. M. Stowasser propose de Yirt dilinqiic, ide(m). J'incHne plutôt à y voir un mot breton, mais je ne sais trop lequel. On ne peut guère penser à l'im- pératif dianc « échappe » qui demanderait un c au lieu de g et qui n'expHquerait pas les lettres suivantes.

35. uiuolae (yiolae. Stow.) gl. foeoii. Il faut peut-être lire focon, cp. arm. moy. foeonnenn « c'est une fleur blanche qui chiet tantost, It. ligustrum », arm. moà.. feon « renoncule », V. gall. fionou « rosarum », irl. sion « digitale », etc. (Ernault, Dict. étym. du bret. moy., s. v. foeoniicnii).

36. Laïuach gl. iscl. Les gloses bibliques expliquent le mot hébreu par « pauper, humiliatus » (Stowasser, p. xiii), ce qui est ici rendu par isel « bas ».

37. Icmna adii Çr.\j:/r^ "A'.s:j) gl. (sur Icnind) Ich. Si le glos- sateur a bien compris, on ne peut e.xpliquer Ich ni par le mot

80 deus patcr 81 passio 82 uas 85 hominum 84 M. Stowasser prend à tort celte ligne pour le reste d'une strophe perdue. Il faut lire « cateruam agiam agentes ».

90 R. Thiirneysen.

breton hrh « pierre plate » ni par gall. le, arm. lec'h « lieu ». Doit-on lire lob= v. gall. luch (Stokes, Beitr., VII, 415) pi. iichou « marais », arm. loc'h loiic'b « mare d'eau »? Ou bien peut-on comparer arm. kc'bid, gall. liai « limon, sédiment »?

39. amcntii gl. a inues. A moi tu dusmi est égal à amento dia- boii. A inucs pourrait être l'arm. mod. rf?w-, pi. envesioii « vi- role d'outil » avec la préposition a. [Cp. les gloses iiiiibisiou (gl. ammenta, ammentis), publiées par Stokes, Academy, 18 janv. 1890, p. 46].

40-42. nietes (gl. medot) hoc tetrex (gl. esatcod) ad bethen (gl. aiiiinaiii). Ce vers n'est pas clair. M. Stowasser voit dans inetes l'impératif [j.iOt: et dans bethen le mot hébreu beth « maison ». Je ne sais que faire de esatcod et je n'ai pas d'explication satis- faisante pour medot « metes ». Serait-ce une forme du verbe gall. et arm. medi « moissonner » ? Mais à cette époque on attendrait / et non d au milieu du mot. Cp. aussi gall. moy. mcthawd « il périra » Mab., 2, 202.

49. talpha gl. guod ; cp. arm.^^o^, gall. i^icadd « taupe ».

54. pelta gl. choer vel sculuin. Doit-on lire scoel pour choer?

61. apolllt gl. dedikdet. M. Stowasser corrige la glose en delet. Il se peut que deux gloses s'y soient mêlées, l'une latine « delet », l'autre bretonne contenant une forme du verbe gallois dilëu « abolir, perdre ».

68. agoniteta g\. campgur « homme de combat».

II.

Profitant de l'occasion, j'ajoute l'explication de quelques gloses publiées par moi dans les Comptes rendus de l'Acad. de Munich, 1885, p. 90 ss. Je dois ces corrections à M. JohnRhys.

P. 96. hiligor parocleo. J'avais déjà séparé hi-tig, sans savoir expliquer le reste. Il faut lire or pwd cled qui serait en gallois moderne o'r parth cledd « du côté gauche » ; cp. /// sinistra parte un peu plus haut dans le texte. La même fiiute, 0 pour d, se trouve dans Jiiiobuide pour Jindbiiide, p. 103. Or prouve que ces gloses ne sont pas armoricaines, comme j'avais supposé, mais galloises.

Gloses bretonnes. 91

Ih. ani cir hiniws, 1. am-cirhi)i[n] nos « vers la nuit « ; cp. bet circhinn ir guolleuni « usque sub occiduum coeli » Juv.

D'autres explications que m'a fournies M. Rhys me semblent douteuses. Prenant rïjin, p. 96, pour le mot gallois rhy}i dans penryn « promontoire » ou pour un adjectif rhyn « stiff or rigid », il voit dans gelmcn, qui le précède, une mauvaise écri- ture du mot gallois gylfin « bec, pointe », écrit correctement gilbin dans les gloses sur Juvencus.

P. 99. tuhenithel serait le gall. mod. tiuyn uchel « a high clump or high hillock ».

D'après le même savant glanasoc (vir sanguinosus) n'est pas nécessairement une faute pour galanasoc, puisqu'on dit en « colloquial welsh » glanasdra pour galanasdra. Il voit l'ar- ticle et non, comme moi, la préposition /[n] dans higiwlt uchcl, hi tig, hi dchint (p. 96) et traduit ce dernier mot, que j'ai identifié au gall. mod. dybxiit « voyage », par « les dents » ou « la dent ».

P. 103. lûdii. lîos. laicos. M. Gûterbock a vu que le premier mot est irlandais et doit être corrigé en laicl) A. « laïque ».

P. 96. virum luscum vel coUocuIo dcxtera. Je pense qu'il faille lire goll oculo dexiero ; c'est l'irl. goll « borgne ».

III.

Après avoir ajouté quelques mots au vocabulaire des anciens dialectes bretons, je me vois obligé d'en retrancher plusieurs autres. On prend généralement pour du pur gallois les gloses sur Juvencus que M. Stokes a publiées dans les Beitrage de Kuhn et Schleicher, IV, 385 ss. ; VII, 410 ss. Mais le scribe était irlandais; il conclut en priant les lecteurs : araiitdi Nuadu « priez pour Nuadu » (IV, 389). En gallois il s'appellerait Niidd. Le caractère gallois de la glose lar ur {ignis focos) a déjà été suspect à M. Stokes, qui ajoute à son explication : « it tlîis is not Irish » (VII, 414). Le premier mot serait laur (ou loi-) en gallois, et le mot ur « feu » n'est comiu qu'en irlandais. En effet, il y a d'autres gloses qui me paraissent indubitable- ment irlandaises; ce sont les suivantes :

92 R. Tlmrneysen.

IV, 390. rcsiat A. arta. La forme galloise du verbe se montre dans itau, p. 39e.

IV, 394. astrorum obitûs A. occasus ^. funid. Cp. irl.fuined.

IV, 398. anhela socrus gl. lobur. En v.-gall. on attendrait plutôt lober ou lohii- ou /o/^r (Juh-).

IV, 406. /a/» /?Y,r advcniel propriis (1. properis) mihi cursilis instans gl. archinn dics. Cp. irl. ar-chiiinn (gall. erbyii) ar- chcnn « vis-à-vis, à la rencontre », ail. « entgegen ».

IV, 410. On trouve trois ïoh la glose fodcud fodeut fodiud, qui n'a pas été expliquée. C'est une note du scribe sans rap- port avec le texte; cp. irl. fo-deud fo-diud « à la fin ». Elle est opposée à la remarque galloise qui se trouve deux fois (ib.) : init oid « c'était le commencement ».

IV, 415. ira ab ûr nonien accepit hoc est ab igné, ûr enim flatïima dicitur, etc. V. plus haut.

IV, 390 ; VII, 41 1 . moenia gl. aul A. mur bethlem. M. Stokes a trouvé 0 aul dans un glossaire irlandais; mais il est vrai que cet exemple n'est point sûr.

IV, 390; VII, 412. La glose da{m)fraud atius se trouve deux fois, la première fois sur subtrahet igni dans le passage : Hoc opus, hoc et enim for san me subtrahet igni Tune, cuni .. des- cendet .. Judex .. Chrislus. Sans pouvoir expliquer le premier mot^, il me semble que atius pourrait bien être irlandais: a tins « de la chaleur », prép. a et datif de tess. Mais je ne sais pas si le second passage (VII, 412) se prête à cette interpré- tation; M. Stokes ne cite qu'un seul vers.

Outre ces mots purement irlandais il s'en trouve d'autres qui ont bien l'aspect gallois, mais qu'on n'a jamais rencontrés dans d'autres monuments des dialectes bretons ; on ne les connaît que sous une forme irlandaise. Ne serait-ce pas que le glossateur irlandais ait parlé un gallois « hibernisant », c'est-à- dire qu'il ait çà et « britannisé » des mots irlandais, tout comme un Français qui, parlant italien, se servirait de mots français italianisés. Je sais bien que cette hypothèse est peu sûre, puisque beaucoup de mots de l'ancienne langue bretonne se seront perdus plus tard. Mais cp. les gloses suivantes :

1 . Doit-on comparer gall. ffiaivdd, arm. ficu^ v tumulte, desordre m?

Gloses bretonnes. 93

IV, 392. antiquam gcntun gl. strutiu. C'est l'irlandais sntith inconnu en breton.

IV, 402, vetcris scripîi nwnimenta ./, bencassou; cf. irl. senchas. Même remarque pour le breton.

IV, 406. fréta fcrvida gl. anhithaid. Cet adjectif paraît être formé de l'irl. anfud aiifutb « tempête ».

IV, 413. num vescitur gl. anit arhcr bit; cp. irl. ar-hiur biuth « je me sers de ». Le gallois moderne emploie dans le même sens arfcr sans hyd (ou bzuyd).

Pour frequens populis À. litimaur (IV, 395) je lirais lin- niaur = irl. Jinmar « nombreux », Le mot //;/ « nombre » manque aux dialectes bretons.

IV, 350. obsistit A. gurthdo resisiit. Serait-ce une traduction de V\û. fris-tà « il résiste? »

I^^ 393- ti'ibus À. bcnihcd. Bcnihed ^our pemhed {pemped) pourrait traduire l'irl. coiced « province ».

Je ne donne ces conjectures que pour ce qu'elles sont.

R. Thurneysen.

Juillet 18S9.

I

ETUDES BRETONNES

VIL

SUR L analogie: dans la conjugaison.

7. La troisième personne du singulier du futur.

1. Il y a en moyen breton trois façons Je former la troi- sième personne singulière de l'indicatit futur, qui est en même temps un subjonctif:

en ajoutant o au radical du verbe : car, il aime, caro, il aimera, qu'il aime ;

en ajoutant v ou / au radical, ce qui a lieu : quand il finit en a, comme dans a, il va, ay, il ira, qu'il aille; ou en eu, dans le seul verbe deu, il vient, fut. deux ; ou en o, comme dans ro, il donne, fut. roy ;

sans voyelle finale : yel, iel, yaJ, il ira.

Ces trois formes du futur ont des emplois bien délimités, sauf que la troisième peut être remplacée par la première.

2. Au lieu de yeJ, iel, \al, on trouve àoncyclo, ielo, yâlo. Toutes ces formes du verbe aller appartiennent plutôt à la conjugaison impersonnelle et au futur (cf. Rev. Celt., IX, 248, 251), tandis que les autres en 0 et en y sont à la lois personnelles et impersonnelles, futures et subjonctives.

Voici, d'ailleurs, des exemples contraires à cette exception, en breton moderne : na yèlo qet, il n'ira pas, Trajedi Jacoh, 1850, chez Lédan, p. 75 ; n'ielo kct, Gi.ver~iou Brei--I:^el, I, 196; ra yel, qu'il aille, Preparationou d'ar maro, ... troet... gant Dom Charles ar Bris, Beleca Leon,Qu\mTpQr, 1784, p. ici.

Etudes bretonnes.

95

Yel et yelo sont proprement deux temps différents : (vjcl =z gall. el, il va, il ira (présent-futur); (y)clo = gall. elo (jus- qu'à ce) qu'il aille, il sera allé (subjonctif-futur antérieur). Yel est la seule forme appartenant au premier de ces temps qui ait toujours le sens du futur-subjonctif, en breton. Dans les autres verbes la forme correspondante est un indicatif présent, sauf certaines locutions l'idée de futur n'est pas exprimée dans le verbe, mais résulte nécessairement du contexte: tréc. bi- kenn n'bo huchna daoulagad, jamais mes yeux ne vous verront, G. B. L, I, 3)0, cf. 3 40 (et collection Penguern, I, 28), etc. ; hikcnn veut dire « jamais, dans l'avenir » ; bikenn n'hen gan (j'ai peur que) jamais elle ne le mette au monde, 388; dans cette expression le breton n'exige pas, comme le français, un subjonctif. Cf. Rev. Celt., IX, 380, 381 ^

De même dans les phrases comme pc me cm t't7<-, pe me na rinn (dites-moi) : me noierai-je, ou ne le ferai-je pas ? G. B. L, I, 362, pc me cm Ia~, pc na rinn ket, me tuerai-je, etc., 3 10, le second verbe seul est au futur; il peut d'ailleurs se trouver lui aussi au présent : pc me cm la~, pc me na ra, 346.

Ce dernier mot rime en a ; le second verbe est à l'imper- sonnel, quoique négatif et après son sujet, cf. Rcv. Celt., IX, 251, et B, 804, 467, 641 ; a chuy na goii^ye quel, ne saviez- vous pas, Konclou, 76 ; biken me nem golo, jamais je ne me perdrai, Bar:^a:i Brei~, 515; te pini... na droa~, toi qui ne tournas pas, 379; an Egyptianet pcre nhor sell, les Egyptiens qui ne nous regardent (qu'avec horreur), Jacob, 129; ar re n'observo qct, Traj . Moyses la suite de Jacob), ceux qui n'ob- serveront pas, 160, maleiir cvit an nep pcre no observa, malheur

1. .autres exemples en moyen breton avec la i^e pers. : Insbuyqiicn ... ne pourcha':^af, jamais je n'obtiendrai, Grand Mystère de Jésus, 100; bi:{lmy(juen ne loitenaj, je ne me réjouirai, 187, col. b; ^ hi^uiquen louenhat ncraf, Sainte-Barbe, 292. Bikenn et birwikeun en bret. moderne avec des présents, irt pers. sing. en an, ann: G. B. L, I, 18, 20, 130, 180, 182, 254, 314, 3)0, 410, 492 (et coll. Peng., I, 59); avec des futurs, i"""-" pers. en inn : 6, 130, 518, 526; 3c pers., en 0: 454, 464; avec as po, tu auras, 456, ho po, vous aurez. 338. Croiiguet ont abars bloas aman (jamais tu ne verras cet âge:) tu seras pendu avant un an d ici, Sarmoun great var ar maro a l'ikeal Morïn, chez Guilmer, p. 41, est devenu croiiguet vi dans des éditions plus récentes (Sermon Michel Morin, chez Ledan, id. chez Lanoé, p. 40).

Ç)6 E. Ernault.

à ceux qui, etc., 256; vannetais fromesseu ne virai quel, ses promesses n'empêchaient pas. Voyage misterius, 85 ; rr na -isfhiir, ceux qui ne déclarent pas, en 1693, Annales de Bre- tagne, III, 412, etc. ^

3. On peut ajouter à yel le bret. moy. et mod. ve::^, sub- jonctif « qu'il soit », dans na ve:^ muy, qu'il n'y ait pas autre chose, J 76 b, ve^ rime en e:^, = navc^et quen, B 396 (ve:^et est un impératif); max^ve::^, pour qu'il soit, Sainte-Nonne, 601, = nia:( ve~o, 919, 1275 ; jne a ^'g'~, je serais, îue a vé:^ bel, j'aie été, pegueiiient hennac é vé:^-en bet, quoiqu'il ait été, etc., Grammaire du P. Grégoire, Rennes, 1738, p. 85, 86, 129, neb a vé:{, quiconque serait, 26, cité à propos de la pronon- ciation du ;^; r'ain bê:;^, j'aie, plût à Dieu que j'eusse, p. b. ma am /'i';^ /;('/, quoique j'aie eu, 2^ pers. a-^ pé:{, 3= en devé^, fcm. he devé:;^, pi. bon bé:;^, bon devé::^, 2" p. bo pé:^, y bo devé^, etc., 94, 95, 120, 121, et Dictionnaire du même auteur, s. v. avoir; mar c'boantail e ve:;^ util ... bo sqiant, si vous voulez que votre science soit utile, Imitation ...J.-C, 1836, chez Lédan, p. 5, etc.

Ce mot /'é'~, i'é'~ = le présent-futur gall. b\dd, a un emploi régulier, par exemple dans hi:{ln(yquen ... nein be:{, jamais je n'aurai, J 226 b, cf. qiien na iie~ajf, jusqu'à ce que je sois, B 45, birviqiien ... nen deve, jamais il n'aura, Tragédien sant Giiil- larm, Morlaix, 1815, p. 76 (= birjiquen ... nen deveus, ms. de la même pièce, à M. Bureau, daté de 181 1, 61 v°), etc., § 2; mais les cas signalés plus haut sont très différents. Na ve::^ muy est une 3"-" pers. ; na car muy, n'aime plus, une 2*^. A r'am ^^~ (cf. ra yel^ devrait répondre *ra car, qui n'existe

I . Au lieu de pe me em veif:^, etc., on \\\. pc nu ii'em vciiiii, pe na rin ht, E. Rolland, Recueil de chansons populaires, III, 64, et pe nie n'ein vcuin, pe me na rin, Ouellien, CJiausons et Danses, loi. Il y a ici, au contraire, un emploi abusif du personnel, cf. Rev. Celt., IX, 2)0,tl roîumc\, pan deuiont, a mensont, les rois, quand ils arrivèrent, demandèrent, NI 12; hele'icnn V Vunuenn, vel ma Ideivjont, ur prosession a :^avjont, les prêtres du Bourblanc entendant cela, fnent une procession, G. B. I., I, 226; he :^isquihicn 0 clé- ved ar c'homjo-se, e coue\chont, ses disciples, entendant ces mots, tombèrent, Teslamant neve, Guingamp, 1853, p. 40; ha ncu~e mc'r la:^in, et alors je le tuerai, Guill., 1815, p. 74 = a neuse mer la^in. ms. 1811, fo 60; et me Jjoc'b etablissa, je vous établis, Jac. 40, rime à qenta ?

Etudes bretonnes. 97

pas. Mfl~ car, analogue à ma::^ ve~, est toujours un indicatif présent: « si bien qu'il aime ».

4. Le :;; de be:^, ve~, ne permet pas d'y voir un conditionnel. Ce temps peut remplacer dans certains cas le futur-subjonctif; c'est pourquoi le P. Grégoire donne aussi, par exemple, r'en deffé, plût à Dieu qu'il eût, ma en deffé, ma he deffé (encore) qu'il, quelle ait (eu), etc., formes de conditionnel.

En vannetais et en trécorois le :^ doux se supprime ; on ne peut donc savoir si dans le van. buiquen betvieb ne uc coh deen, il ne vivra pas âge d'homme, Chai, ms, et dans le tréc. bihenn na vc paour et bikenn paour na vc, jamais il ne sera pauvre, G. B. L, I, 470, ve est un présent-futur = léon. vc~, cf. mar beau, si je suis, 420, ou un conditionnel = léon. ve, cf. mar ben, si je suis, 412 (futur bikenn ... na vo paour, 464). Le conditionnel breton peut s'employer parfois le français mettrait le futur: m'arruann ... birwiken u7\ou 'n defe-han, si j'arrive (avant lui), jamais il ne recevra (littéralement « il n'aurait ») les ordres, 442. Il partage aussi avec le futur la fliculté d'exprimer le subjonctif.

5 . On aurait tort de joindre à tel et à /7^~ certaines expres- sions comme c'hom (lisez cIkvîi) er guélénep à garo, demeure au lit qui voudra, Quiquer, 1690, p. 113. Le verbe peut être ici à l'infinitif, c'est ce que prouvent entre autres les phrases evelse be:^a grêi, ainsi soit-il, Conferançou cnrius, chez Lédan (édition publiée sous Louis-Philippe, comme on le voit à la p. 26), p. 47; fe:^rt et bea droug gant an eb a garo, que cela dé- plaise à qui voudra, collection Penguern, I, 206 ; III, 3 i ; Nini a neus c'hoant da vellet true- Mond di::jou d'ar c'hastel neves, celui qui veut voir grand pitié, qu'il aille jeudi au château neuf, I, 33; trei an acl, que le vent tourne, Y, 161, cf. 212, îreï dan avel, 174. Cet emploi de l'infinitif pour l'impératif n'est pas borné à la 3^ pers. du sing. ; cf. Rev. Celt., IV, 299 ; e astenn, qu'on l'étende, J 135; e aeren, lions-le, 73 b. On dit très souvent en petit Tréguier : dond aman, venez ici ; c'haslah, ha choniah kc da dortah, hâtez-vous, ne vous arrêtez pas (cf. « il n'y a pas à tortiller » ?), etc.

Après un verbe au futur ou à l'impératif, un second verbe à l'infinitif peut exprimer l'idée de ces temps : me ...a gray ... Revue Cdliquc, XI. 7

98 E. Ernaiilt.

ah seilou, je ferai et j'entendrai^ X 499-500, pour se:^louo ; deovip ... hac ...c lesel, allons et laissons-le, 519-521; na hcntct na darempret, ne hantez et ne fréquentez, J 21 b.

Il en est de même, du reste, pour les autres temps ; exemples : Moy. br. ho:;^ bcnnigaf ... ha ho:^ ober, je vous bénis et je vous fais (archevêque), N 1770, 1771 ; ne. espernaff ... delcher, je n'épargne (lièvre ni renard) ; je prends (les lapereaux), 285, 286 ; ne credaff ... na doen, je ne crois pas et n'ai (souci de), B 105; pan sell ... ha guelet, quand il regarde et voit, 283- 284; viar da ... hacajjout, si elle va et trouve, 79; na diguer ha rannaff (qui empêche) qu'il ne s'ouvre et ne se brise, J 34; ma:;^ huesenn ... ha crenaf, tant que je suais et tremblais, 231; en dougenn net hac e caret, je le respectais et l'aimais, N 1145 ; 110 dakhcch huy, ha ho diquacc (pourquoi) ne les arrêtiez-vous pas et ne les ameniez-vous pas, J 219; t';^ aparissas ... hac he admonetas ... yuf::^ he assury, il apparut et l'avertit; de plus il l'assura, Cathell 13 ; ^^ deu^ de nem colery ha da enrage ha gour- hemen, il se mit en colère et ordonna, 17; en querhomp ... e ado- rifu, nous l'aimerons et l'adorerons, H 9; na macses ... hac ho emplig, n'aurais-tu pas nourri (des animaux) et ne les aurais- tu pas employés, B str. 700, vers i et vers 5 ; dans l'inter- valle se trouvent d'autres verbes à des temps différents; ne lamset ... nac he rauissaff (de peur) qu'on ne la prît et ne l'enlevât, 8.

Bret. mod. : ma crevas ha mervel marv-miq (si bien) qu'elle creva et mourut, de Goësbriand, Fables, 1836, p. i ; me 0 lacfe a blat, hac ober anaout, je les abattrais, et leur ferais reconnaître, Moy s. 176; bisJwa~ ... n\'u:^hi anduret ... met hi chaseal, jamais il ne Ta supportée ... mais il l'a chassée, G. B. I., I, 160, cf. 162 ; me gouitafe ...; koiiitad ..., mont, je quit- terais (mon pays), je le quitterais, j'irais, 138; ma kouskfomp ... kouskct ..., dcbri (la grâce) que nous couchions ... ; que nous couchions ..., que nous mangions, 254; a vreofe ..., lakad, il briserait ... et mettrait, 520; hreman pa hon di::purci, ha caoïit eun tam am:icr, maintenant que je suis tranquille et que j'ai un peu de temps, Chanson ... var ... ann evere:^et, i ; squiant en déoaha gou~out peur e impUgea, il avait de l'esprit et savait quand l'employer, Sarmoun, 35, cf. p. 21, etc. On

Etudes bretonnes. 99

dit en petit Trég., par exemple, an diid avor achik, pe vutunat, les marins chiquent ou fument, etc.

Cette construction existe également en comique et en gal- lois; cf. Stokes, Pascon agan Arlutb, p. 95 (note à str. 175, 1. 2); Beiinans Meriasek, Further corrigcnda and adde^ida, note au vers 906.

On la trouve aussi en français : « Item que si l'on vend et allienne du dommayne de l'Eglise et en ce appauvrir les dits Ecclésiastiques, ... » (pièce datée d'avril 1573, signée de l'évêque de Luçon ; dans les Papiers d'Aquitaine, Recueil ma- nuscrit de Dom Fonteneau, t. XIV, p. 714, bibliothèque de Poitiers).

6. Il y a un troisième cas l'infinitif peut alterner avec le futur-subjonctif; c'est après le mot da.

Doué do conduo, que Dieu vous conduise, Quiquer, 1690, p. 77, cf. 14, a pour synonyme Doué do condiiy, 73, le verbe est à l'infinitif, de même que dans Doué da rci, que Dieu donne, m (= Doué da roi, 11, 14, 42, da roy Doué, 12, futur). Doue da rci, Moys. 270^ (= Doue da royo, 309), Doue da reï, G. B. I., I, 254, 260, vann. Doue de rein, Voy. uiisî., II, Doiie de rein, Chalonsms., s. v. allonger, Doiïé d'hou sicourein (= Doiié hou sicouret) et Doiié de uout guencch. Dieu vous assiste, Chai, ms, litt. Dieu soit avec vous. Doue da ■ve:^an, Quellien, 235, Doue da vca, Guill. 181 1, f' 77 v°, Doue da vean, Explication an doctrin chrisicn, III (1849), p. 288, etc. (=Doué da ve:{0, Quiq., 37, Doiié da véo, 103, cf. Doué ra ve:^o, 40) ; Doue da renta déc'h, que Dieu vous rende, Moys., 270; Doue da -istrein, que Dieu détourne, Expl. II (1838), p. 176; Doue da xpnt do pea « que Dieu vienne à vous récompenser », Guill. 1811, 79 v°, etc.

Cet emploi de l'infinitif avec da pour rendre l'idée de l'op- tatif existait dès le breton moyen : peuch ... da regnaf, que la paix règne, J 8. Il provient d'une confusion entre da, parti- cule verbale = irl. do, Rev. Celt., IX, 250, et da, préposition signifiant à. La construction plus ancienne, avec le futur, se trouve aussi à cette époque : do~ greay, qu'il vous fasse, J 9 ; da ue~o gract, qu'il soit fait, Middlc-Breton Hours, 65 ; Doe da:;^ saluo. Dieu te salue (i. e. sauve), Catholicon. Autres

lOo E. Erruult.

exemples de Quiquer, 1690: Donc Jo iiiiro, Dieu vous garde, 89, d'à niiro, 97 ; Doué do hinnigo, Dieu vous bénisse, 27 ; da hinigou, qu'il bénisse, 55 (cf. seruigoii, il servira, 53); dent mal da vici, soyez le bienvenu, 20, 22, 33 (m viel, 97).

Il n'est pas exact de dire que da « est toujours précédé du sujet », Rcv. Celt., IX, 538, ligne 14; on en a la preuve, ibid., 1. 3 ^ Cf. da, particule optative, en slave.

Il n'est pas impossible, d'un autre côté, que dans chom er guele nep a gara, reste au lit qui voudra, chom soit à la seconde personne du singulier. Cette explication paraît la plus naturelle dans n'em gonvertis nep a garo, se convertisse qui voudra, Dis- put ... Molarge (après Chanson go::^\ chez Lédan, p. 6. On trouve des constructions semblables avec la 2^ pers. du pluriel: ')in hini 'n eu~ c'hoant kavel true:^ It dilun d'ar C'hasteJ-neve:^, G. B. I., I, 242, litt. « celui qui veut ..., allez ... », cf. la variante de la coll. Peng., citée § 5 ; gourdroii:^ii an eh a garo, murmure qui voudra, coll. Peng., II, GG, gonrdrou:^id an eh a garo, 69 ; grognit nep a garo, en grogne qui voudra, Jac. 96, clévit nep a g. (entende), Moys. 239; va ~iid, n'em rcnjii pc- pini, (... na holtronel ini), mes gens, que chacun se range, (que personne ne soit lâche), Pcvar niap Em., anc. éd., 271 ; heuillil ac'hanon nep a garo, me suive qui voudra, 397; rccourit ho pue, niignonet, nep a ell, sauve qui peut, amis, 347 ; va :;ud, mar deus ini amc'har, Laqit e adversour pepini d'an douar, mes gens, s'il v en a quelqu'un qui m'aime, que chacun terrasse son adversaire, 57, cf. 146; choinil, conipagiiune:^, pepini en e hlaç, Riinou ha goulennou chez Lédan (anc. édit.), p. 53, litt. « restez, la compagnie, chacun à sa place » ; chomit la pepini qeit m'o e voJonle « restez donc chacun tant que ce sera sa vo- lonté », ihid., etc. -. On dit en petit Tréguier /;// ';; e

I . On lit dra veiin, que je sois, dans l'ancienne édition de Bue:^ ar pcvar map Eiiion, p. 179; dra est un compromis entre da et ra. Une autre com- binaison curieuse se montre dans ar blei oiis da tago, que le loup t'étrangle, ibid. 275, pour ar bki da (m da^O tago ou ar blet ou:^ da daga, littéralement « le loup a t'étrangler ».

2 . Dans be':^it grct, qu'il soit fait, ih. 20, il y a, je pense, une simple con- fusion graphique, pour iV:(('/ ; cf. «wrz/, on honorait, Pev. m. E., anc. éd. 7, et peut-être assuril, -assurément (pour assuret, assuré), 29, 167, 182, 212, 225, 243, 263, 284, 322, 326, 381 (voir S 41).

Etudes bretonnes. 10 1

c'hoaùd de gâd prend Ijagë pou, litt. « celui qui veut en avoir, achetez et vous aurez » .

Une tournure analogue existe en français : « Gardez vos gants ceux qui en ont », Labiche, Un chapeau de paille d'Italie, acte II, se- 3.

7. La seconde classe (verbes à futur en y) se divise en trois groupes : radicaux en a, en eu et en 0.

Exemples: groay, gray, grai, greay, ray, il fera, qu'il fasse; disgray, il défera, essay, il essaiera, hoantax, il désirera, lacay, il mettra, pellay, il s'éloignera; couffbay, il songera, B 657, 659; dans ce mot seulement a\ compte pour deux syllabes (rimes a, /), mais cela n'empêche pas les autres d'avoir / voyelle, et de rimer en / ; « Hac a grai nia deuotion, N 500; En ty nia::^ ay, hep fa:(iajf », J 47. La rime intérieure de ty avec fa::iajf ne suffirait pas, parce qu'elle n'est qu'à la 2'' syl- labe du vers ; cf. mon Glossaire nioxen breton, Préf.ice.

Gruy, il fera, J 78, col. b, i syll., rime en /;, est proba- blement à une confusion graphique avecgruy, tu feras, Sainte- Nonne, 1149, ry, B 614 (nm gry, J 52, pour na ry, rimes ^r^ i);gry, Cathell, 23 {Rev. Celt., VIII, 88). Va du radical dis- paraît à cette seconde personne, mais non à la troisième : y, tu iras.

Le verbe du deuxième groupe, deuy, duey, duy, dui, il vien- dra, n'a qu'une syll., qui rime en i, J 49, N 522, etc.; duy, tu viendras, en a deux.

Exemples du troisième groupe : roy, il donnera, scoy, il frappera, une syll. ; ro\, deux syll., B 292; gouloy, il couvrira, trois syll., B 630 (rimes 0, î); trov, il tournera, Poèmes bre- tons, 227, peut être compté pour une ou deux syll., parce qu'il tst suivi d'une voyelle, et qu'en pareil cas la synérèse est fréquente. La rime de roy (une syll.) à baeleguie::^, N 1688, est analogue à celles que nous avons étudiées plus haut.

Roxf, il donnera, une syl., N 708, est une variante pure- ment graphique de ro\ ; cf. canef, il chantait, Cathell 3, pour caiu' ; a graff, il fait, 8, = ara 35, auj. a ra. On lit de même da roiff, qu'il donne, don preseruojf, qu'il nous préserve, graiff, il fera, Quiquer, 1626 (Loth, Annales de Bretagne, III, 249, 247, 243).

102 E. Ernault.

8. Le comique nous offre dans roy, qu'il donne, en regard de nuiy haJlo, pour qu'il puisse, etc., un exemple de la répar- tition des suffixes o et y en moyen breton.

En gallois -o appartient au subjonctif-optatif, que la gram- maire de Rowland appelle future perfect et qui s'emploie dans les propositions dépendantes, cf. Loth, Rev. Cclt., VII, 236, 237: moy. gall. akafo, qu'il aura reçu, duw arodo, que Dieu donne ! mais aussi yny wyttao, jusqu'à ce qu'il ait mangé, Grammatica celtica, 2^ éd., 513, aho, il sera allé, 583.

La terminaison / appartient, au contraire, au présent-futur, que Rowland appelle juture : biuytài ef, il mangera, Diction- naire de Spurrell. Je suppose qu'on peut joindre à bwytài aiff ou eijf, il ira, giunaîjf, il fera, formes admises par la grammaire de Rowland, 3" éd., Bala, 1865, tandis que les correspondantes dans les thèmes consonantiques, comme dysgiff, il apprendra, sont regardées comme vulgaires, p. 72. Aiff qi gwnaiff énni synonymes de a et gwna (= les présents bretons a, groa), pourraient provenir d'une imitation analogique du rapport ré- gulier de ca, il aura (infinitif fflc/), avec caiff, cciff, il aura (inf. caffacl) = bret. moy. queff, il trouve ^ Un passage de la gram- maire de Griffith Roberts, Milan, 1567, montre combien cette analogie devait sembler naturelle : « Quelques-uns, dit l'au- teur gallois, forment la 3*^ pers. sing. en ajoutant ph à la se- conde : ceri [tu aimeras], ceriph [il aimera] ; cai [tu trouveras], caiph [il trouvera] » (p. 64 de l'édition originale, 154 de la réimpression de la Rev. Celt.).

Mais cette influence a pu s'exercer à l'origine sur des for- mes de futur, existantes, en -f^j/, et n'avoir pour eftet que de les augmenter du son /, ce qui les distingua d'ailleurs heu- reusement des imparfaits : ai, il allait, givnai, il faisait (bret. mod. é,gré), et de la 2" pers. du futur: ai, ei, tu iras, givnai,

I . Davies avait à peu près la même idée : « Quod factum existimo ex... prava imitationc anomali caiff, a caffael » {Antiqua lingUtC britannica ... ru- dimenla, 2" éd., Oxford, 1809, p. 99). Il esta remarquer que, tout en reje- tant en bloc les terminaisons -;//', il semble regarder aiff. dont il donne un exemple, comme plus excusable que cerijf; et qu'il mentionne, à ce propos, les autres thèmes en a : « Ht in futuris verborum in au, rectius duxerunt veteres duplicare aa |vel ipsum duplex aa in simplex contrahere (dit-il plus loin)], quam dicere z/; ut trisLia, lawenhàa..., gwarlm » (p. 100).

Etudes bretonnes. 103

tu feras (bret. moy. j, gruy). L'indignation des grammairiens devant des futurs comme dysgiff, car if, ceriff (cf. Z- 510) nous est un garant de leur nouveauté relative. Sur l'emploi de cette terminaison -ijf, voir Loth, Rcv. Cclt., VII, 190.

Le breton moyen, le comique et le gallois paraissent donc d'accord pour indiquer la terminaison i du futur comme propre aux verbes dont le radical est en a, (eu), 0.

9. En breton moderne, la distinction des futurs en 0 et en / n'est pas aussi tranchée qu'en bret. moy. ; il se fait entre les deux classes des échanges et des compromis.

Le trécorois ajoute la terminaison 0, on, à des thèmes en a et en 0 : lakao, il mettra, G. B. L, II, 8; kuitao, il quittera, Histoariou, 225, frugarekao, il remerciera, <);distroo, il retour- nera, 223, G. B. L, I, 68; 'tiverrao, il raccourcira, Revue de Bretagne et de Vendée, lvii, 214, etc. ; petit Trég. kouitâou, etc., rôou, il donnera, skôou, il frappera, golôou, il couvrira, etc. Ces formes sont analogues à celles du gall. moyen comme hiuyttao, il aura mangé 8) = pet. tréc. boetâou, il nourrira. Il y a aussi une variante eo pour ao : ni a verreo, nous raccourcirons, Bue:(^ ar pévar mah Einon, ancienne édition, p. iï6; peJleo, qu'il éloigne. Revue /historique de l'Ouest, V, 210, etc. ; v. § 16.

On trouve de même en cornouaillais deuo, il viendra, em- ployé dans VAlmanach de 1877, concurremment avec deui ; a :^euo, saint Jean, IV, 14, trad. Lecoat, etc. Le léonais (comme quelquefois le trécorois) ajoute la première désinence 0 à la deuxième, /.• rai, il fera, Quiquer, Morlaix, 1690, p. 79, ray, 67, etraio, 17, rayo, 69; roi, roy, il donnera, 122, royo, 72 ; ay et a\o, il ira, ray et rayo, il fera, lacqay et lacqayo, il met- tra, caç~ay et caç:^ayo, il haïra, deuy et deuyo, il viendra, roy et royo, il donnera, sqox et sqoyo, il frappera, etc., P. Grégoire, Grammaire, 134, 102, iio, 140; cet auteur regarde les formes sans 0 comme dérivées des autres par abréviation. Le Gonidec écrit de même Iakaiô ou Jakai, etc. Cf. lakaï. G, B. L, I, 248; laka'io, 196; qilittayo, il quittera, tostayo, il approchera, chanson du Juif-Errant, 3, etc.

Le point de départ de ce cumul d'indices peut avoir été la synonymie ancienne de tel et ielo, il ira; d'après le rapport de ces deux formes, on aura donné à leur équivalent ay, il ira, une

104 E. Ernault.

variante ayo ; de même à dcuy, il viendra, une variante deuyo, etc.

10. La correspondance de can-o, il chantera, à can-ol, vous chanterez, a été imitée dans deu-yo, il viendra, d'où matcu^ot, que vous veniez, Moys., 173; dislro-yo, il retournera, ma tis- troyot, que vous retourniez, Jac, 86.

De même pour les deux autres personnes plurielles du futur, qui ont parfois des terminaisons o?np, ont, cf. Rev. Cclt., IX, 262, 264 {i't\oiiip, nous serons, GuilL, 181 1, f" 71 v°, = GuilL, 181 5, p. 88; sonjoiit, ils penseront, GuilL, 1811, f" 71, = sonchont, Giiill., 181 5, p. 88) : le }' de ra-yo, il fera, a-yo, il ira, a pénétré ces personnes dans rayomp, nous ferons, GuilL, 1815, p. 62; Pèv. m. E., anc. éd., 325, Moys., 235, ma rcïomp, que nous fassions, Meulidigue:^ qeguin ... gant ...El Liab ..., 7081 (i. e. Le Bail, 1807) p. 14 (une édition plus récente, chez Lédan, a raimp) ; raiuip avec un 0 au-dessus de 1';;/, GuilL r8ii, f. 53 v; réyoïiip, nous ferons, que nous fuis- sions. Peu. m. Em., anc. 39, 119, 336, 341; ayomp, nous irons, que nous allions, 28, 132, 149, 383, 386, etc., etc., ma chcyomp, 109, ma haïomp, GuilL, 181 5, p. 102 {=^ ma chcomp, GuilL, 181 1, f. 82 v.), aiomp, GuilL, 181 1, f. 67 v, G<);aïomp, GuilL, 1815, p. 59, 83, 85, 102; deuyomp, nous viendrons, Pcv. m. Em. anc. 87, 125; rayoni, ils feront, Jac. loi, râlant, GuilL, 1815, p. 45, graïont, 75; rcyont, Pcv. m. E. anc, 374; « on dit souvent ^o-raw»/ (qu'ils dissent), surtout en Trég. », selon M. l'abbé Hingant, Grammaire, 68, aiont, qu'ils aillent, 93 ; deuyonl, ils viendront, Grég., Gram., 140, daiont, id., Quellien, 135, et même deuchont, id,, Peng., II, 268; laqayont, ils mettront, Pêv. m. E., anc. 166; roïont, qu'ils donnent, GuilL, 1815, 56'. M. Hingant fait de p-raw?îf et aiont des impératifs ; nous avons vu que l'emploi de ce

I . Il V a une autre terminaison vulgaire -ioiit pour ont. à l'indicatif pré- sent : pa \ciiieiont, quand ils se marient, i//?/o;//, ils doivent, Siippl. aux dict. hrel., Landerncau, 1872, p. 92; cf. ctisqueiet, montrez! GuilL, 1811, 63 v. Cette addition de -v s'observe encore en dehors du verbe : Dcmeyo, dieux, Giitll. 1813, 29, illcyo, dettes, Expl. I (1853), '^8; ak'hueyo, clefs, 273 ; ruïoc'h, plus rouge, ij^; glepioc'h, plus humide, Suppl. 109. Elle parait due, en partie du moins, à diverses analogies (cf. diiiieio, des mariages; dlcien, je devais, ruian, rougir, 'etc.).

Etudes bretonnes. 105

temps peut parfois alterner avec celui du futur. Cf. consultont, qu'ils consultent, Avanturiou un âen yaouanq, chez Lédan, anc. éd., p. 33 ; sonjont, qu'ils pensent! Cantic ... var ar burete, chez Lédan, p. 4. Il faut ajouter à ces formes ma tenyor, pour qu'on vienne, Pèv. m. E., anc, 265.

11. On peut comparer la transformation de presque tout le futur du verbe être, à l'image de la 2*^ pers. plurielle, vihot, Gramm. de Grég., 82, 87, 127, 153 :

be^a ê viiin het ou a vihon bet co\, j'aurai été vieux. Plur. ire p. eivi:iimp ou ê vihomp 3e p. e\ vi-{int ou ê vihont

Sens indéfini : er^ vc^or ou è vihor on sera.

La i'^ pers. plur. analogique vihomp, nous serons, que nous sovons, existait déjà en moy. br., J 220 b, Nofiehu, 448; j'ai eu tort d'y voir un conditionnel. Au lieu de vihoî, on a sou- vent viot, Pcv. m. E. anc. 72, 144, etc. ; de hviomp, nous se- rons, que nous soyons (2 syl.), ibid., 142, 178, 257, 275, etc., ma viont, pour qu'ils soient, 341, Destruction de Jérusalem (Bibl. nat., ms. cclt., n'' 61) 4, etc.; vior, on sera. Le Go- nidec, Grflwm., 1807, p. 167; Hingant, Gramm., 180, etc. La première pers. du sing. viJjon, unique en son genre, s'appuie sans doute sur V (( aoriste » ancien vioân, vioiin, je fus, encore donné par le P. Maunoir, Grammaire armorique, p. 20 (2'' pers. viout ; pi. viomp, vioch, viont, ibid.)

12. Il est possible que elot signifie vous irez, J 201 b, en ce cas c'est un produit de l'analogie, comparable à deuyot ; le