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REVUE CELTIQUE

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FONDÉE

PAR

H. GAIDOZ

1 870- 1885

CONTINUÉn PAR

H. D'ARBOIS DE JUBAIXVILLE 1886-1910

DIKIGÙE PAR

J. LOTH

Professeur au Collège de France

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AVEC LE CONCOURS DE

G. DOTTIN E. ERNAULT

Doyen de la Faculté des Professeur à l'Université Lettres de Rennes de Poitiers

J. VENDRYES

Chargé de cours à l'Université de Paris

ET DE PLUSIEURS SAVANTS DES ILES BRITANNIQ.UES ET DU CONTINENT

Année i 9 i 3 . Vol. X X X I \'

Or. Th. 8AA0ÊR

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PARIS LIBRAIRIE Honoré CHAMPION, ÉDITEUR

5, au AI M A LAQUAIS (6^)

191 3

Téléphone . 828-20

581488

NOTES

D'ARCHÉOLOGIE ET DE PHILOLOGIE CELTIQUES

GWEIL-GI, l'océan, ET LE CARNASSIER AXDROPHAGE '

L'une des plaques extérieures du vase de Gundestrup ^ repré- sente un personnage à h barbe bouclée, qui tient, de ses deux bras levés, le cou de deux chevaux marins (fig. pi. I). Au-des- sous, un carnassier fantastique, à deux tètes, tient un homme à la ceinture dans chacune de ses gueules symétriques. M. S. Reinach l'a joint aux carnassiers androphages, qu'il a baptisés et dénombrés, il y a quelques années, dans cette Revue'.

Assis ou passant, tenant dans leurs mâchoires un corps ou des membres humains, on les rencontre sur les situles de la Haute-Italie ; ils figurent, chez les Etrusques, dans le décor habituel de la céramique et du mobilier. A défaut de monu- ments, l'Asie Mineure fournit à leur liste le mvthe lydien du roi

1. Ce travail a été présenté, sous une forme abrégée, au Congrès d'ivi- tbropoloo-ie et d'archéologie préhistoriques, qui s'est tenu à Genève, du 9 au 12 septembre 191 2.

2. Sophus MuUer, Det store selvkarjra Gundestrup i Jylhnul, in Nordiske Fortidsiuiiider, I, 2, pi. XII, 2.

3. S. Reinach, Les carnassiers androphages dans l'art galîo-ronniin, in Revue Celtique, 1904, p. 208-224 ; i^-' dûtes. Mythes et Religions, t. I, p. 279- 298. Je citerai ce travail d'après l'édition de Cultes et Mythes. Sur le vase de Gundestrup, voir Sophus Mùller, 0. l. ; A. Bertrand, La Religion des Gau- lois, p. 376 sqq ; S. Reinach, 0. /., p. 280 sqq ; C. Jullian, Le vase de Gun- destrup (S'otes Gallo-romaines), in Revue des Études anciennes, 1908, p. 73 sqq ; G. Kossinna, Zur IVochengottervase von Fliegenherg hei Troisdorf (Sieg. kreis), in Mannus, 1910, II, p. 201 sqq.

Revue Celtique, XXXIF. i

2 //. Hiibal.

loup-garoii, Camblcs. Deux statuettes de bronze ', une poignée de clef % l'étrange statue du « lion de \oves ' », repré- sentent dans le catalogue de M. Reinach les pays celtiques. Le vase de Gundestrup est en territoire contesté.

Les exemplaires occidentaux ou septentrionaux du carnassier andropliage diffèrent entre eux par la taille, l'état et la position de la victime. Considérons-les avec M. Reinach comme les variantes d'un même thème librement traité; la légitimité de leur appa- rentement apparaîtra plus clairement tout à l'heure. La série s'est d'ailleurs allongée de nouveaux monuments gallo-romains ^. Par s'est corroborée l'hvpothèse de M. Reinach qu'ils expriment une notion mythologique propre aux Celtes. D'autre part, l'un de ces monuments, fragment d'un tombeau, la rigure du carnassier, dévorant un enfant, sencadre dans un fronton, en confirme le caractère funéraire» . Si le dieu au mail- let est bien un Dispater ^, le chien ou le loup qui s'accroupit respectueusement à ses pieds est un congénère du carnassier androphage, si toutefois en Gaule celui-ci est celtique.

Etant à l'affût des dieux de Gundestrup et de leur faune sacrée, j'ai vu, je crois, passer un autre congénère de leur car- nassier infernal ou marin.

I

Lion en Italie, luon.stre indéfinissable en Provence, les petits bronzes de Fouqueure et d'Oxford, le tombeau d'Arlon donnent au carnassier les traits d'un loup et c'est encore un loup, si ce

î. Oxford. Britisli .Muscum, S. Rcin.ich, c'. /., fig. i : Fouqueure (Cha- rcfte). Muscc d'.VngouIcnie, Ibid., fig. 5.

2. Sidcrs (Suisse), IndicaU'ui d'antiquités misses, 1874, pi. III. i.

5. S. Reinach, 0. /., tig 12 : Espcrandieu. Recueil des bas-reliefs de la Goule loiiiaiiit, t. I, 121 .

4. Espérandieu, Recueil des Bas-Reliefs, I. 262, Mornas (Vauclusc) : loup riairant une tète coupée: Id., i7'/</., 411, Panossas (Isère), Mas du Loup : stèle grossière représentant un loup et une tête coupée.

5. G. 'Wtihcr, Xot es de luytlk^lo^ie oallo-ioiuaine, I : Le carnassier audro- phage sur un bas-relief funéraire à Jrlon, m Rez-ue arclxologique, iqii,i, p. 55 sqq.

6. S. Reinach, Sucellus et Xantosnelta, in Cultes., t. I, p. 225 soq (Revue Celtiiju,\ 1.S95. p. 4) sqq).

Notrs d\n\l.>colo^ic cl de philologie ccltiquci. 3

n'est un chien, que représente le vase de Gundestrup. Loup de Silvain, chien du dieu au maillet, Cerbère du Pluton dont le dieu gaulois épouse les fonctions et adopte les attributs, la nature de l'animal en pays celtique, est indécise entre chien et loup. C'est un chien-loup, dirons-nous volontiers et c'est ainsi que t'ont conçu et, je crois, dénommé les Celtes.

L'irlandais possède un mot facl-chi'i (en gaélique faol-clnî), mot composé qui signitîe exactement loup-chien et veut dire loup. Aussi bien, le nom propre du loup, fâel {fàol), ancien thème en-//- ', est-il sorti d'usage-. Il semble que les Irlandais aient évité d'appeler le loup tout droit par son nom. Les Gal- lois en ont fait autant \ En tout cas, au fael-chû goidélique correspond, terme pour terme, en britonnique, le mot gweil- if/ +. Giveil-gi est féminin. Mà\s giccil-j^i, la louve-chienne, n'est pas un animal ordinaire; c'est un animal mythique apparem- ment. Son nom est l'un de ceux que l'on donne à l'Océan >.

C'est un mot qui s'est maintenu dans la langue poétique. Est-ce un mot de poète, trouvaille individuelle d'un chercheur d'expressions? Je crois plutôt que c'est une relique, mot témoin d'un vocabulaire ancien. Mais encore, s'agit-il d'une image descriptive de la mer, analogue à celle de la Cavale bleue, ar ga^ek glas ^\ ou des moutons qui broutent les vagues ? J'en doute. Je ne crois pas, en tout cas, que la nature seule ait fourni les éléments de la comparaison qui a produit Timage expres- sive. Le mot est, à mon sens, une sorte de nom propre ou d'ap-

1. Kuuo Meyer, Sitihcr. cl. preuss. Akcul. d. IVisseiiscb., 191 2, p. 798.

2. Cf. Macbain, lîtyiitolo^ical Gaelic Dictioiiary, 2^ édition, p. 164. Le nom ordinaire du loup en irlandais, comme en gaélique d'Ecosse est aujour- d'hui « chien sauvage »{cii-allaidh, madàdh-allaidii) ou bien « fils de la terre » {)uac tire). On rencontre dans la littérature d'autres noms variés : bréch, criuH ou criait, fiamloin, cUabhach, etc. ; mais l'ancien nom indo-européen du loup n'a pas subsisté en celtique.

5. Epithétes et mots composés : Blaidd {Mai, ravager); bêla {bêla, lutter, ravager); bleiddgi, fém. bleiddast (=. bleidd-gast) ; cidtuin (vorace).

4. Stokes, Urkeltischer Sprachschat:^, 260.

5. Gweil-i^i est employé dans ce sens par les Mabiiioî^ioii : Red Book, I, 26, 5; 69, 29; 72, 17 = IVhile Book, 38, 18 ; 95, 33 ; 99, 13 ; Blad- Blook of Cannarthen, p. 76, 13 Evans : giceil^i dowyn :=^ gii'eilgi ddofn (gall. mod.) « Tocéan profond ».

6. Sébillot, Légendes de la mer, t. I, p. 27-28.

4 //. Hiibiil.

pclhitit' invtliolo^ic]ue, le nom d'une personne divine pris pour la chose qui est son domaine. L'autre nom de l'Océan, 1er, en irlandais, //yr en gallois, est précisément encore le nom du dieu qui le régit ; il nous ortVe, dans la même tranche du vocabulaire, l'exemple topique d'un même mot désignant à la fois la chose et sa personne. Elles étaient sans doute peii dis- tinctes; la chose était personnelle. Je suppose, par analogie, que s^weil-i^i désigne la mer en évoquant l'un des animau.K sacrés, prédécesseurs, substituts ou associés de son dieu.

Or, de l'association d'un chien -loup et d'un être marin le vase de Gundestrup nous a déjà donné l'exemple. Il n'est pas à démontrer que ses plaques extérieures représentent des dieux'. C'est donc un dieu marin que le carnassier andro- phage y accompagne. Pour peu que la juxtaposition des figures sur le vase de Gundestrup soit dans quelques cas signifiante et nécessaire, ayant rapproché ce nom, ^ivcil-gi, de cette image, je conclus que la chienne-louve de l'Océan gallois est sœur du carnassier androphage de l'iconographie mythologique des Celtes, d'où il suivra que celui-ci, par contre, se place naturelle- ment dans la suite des dieux marins. Encore faut-il, pour que le rapprochement soit légitime et concluant, que le vase de Gundestrup soit celtique, ou tout au moins ce qu'il représente. Mais j'ajouterai, par contre-choc, aux raisons de croire qu'il l'est.

II

On déciderait aisément que le vase de Gundestrup est cel- tique, s'il n'avait été trouvé en Danemark et si l'on ne pensait communément qu'il est du pays même on l'a trouvé ^. Quelle que soit la date qu'on lui suppose entre le ir siècle avant notre ère etle viir siècle après, il est téméraire d'assigner

1. Sopluis Muller, o. /., p. 51. La démoiiMration, qui n"t.st qu'indiquée par .M. Sophus Mùllcr, rcsiiltcrait de la comparaison des li<j;ures extérieures avec celles des figures imérieures qui sont nianiiestement divines. Le caractère divin des tij^ures est admis Je pin no par MM. Jullian et Kossinna qui les considèrent comme des représentation-s des dieux du jour ; voir plus haut, p. 5, n. I.

2. Scinlms Millier, i». /.. p. 60 et 67.

Noies trairbroloiiii- cl ih- pJjilologie cclliqucs. 5

aux Celtes à pareille époque des frontières qui se soient étendues jusque là. On Ta fait' ; mais, pour peu qu'on soit archéologue ou ethnographe, on ne le fera plus sans hésitation -. Or, depuis M. Sophiis Muller, qui le premier a publié le monument en question, chacun y a signalé des ccltismes et M. Jullian même n'a pas manqué d'en ajouter, bien qu'il y proclame des dieux germaniques, qu'il n'identifie pas, et l'attribue aux Cimbres. Mais les Cimbres étaient-ils de purs Germains '> ? Miroir de civilisation celtique en pays germanique, trésor d'une colonie celtique ou d'une arrière-garde isolée, pour concilier les don- nées contradictoires du problème, plus d'un système se pré- sente. Les Scandinaves, au temps des \'ikings, visiteurs armés de l'Irlande, en sont revenus la tête et les mains pleines-*. Les conquêtes de Sigovèse en Germanie ne sont peut-être pas légen- daires '. Le cas des Cotini, groupe de Celtes, perdus à côté des Sarmates n'est sans doute pas unique *'. Bref, les frontières du celtisme et du germanisme ont été certainemement très enche- vêtrées. Historien, linguiste ou archéologue, qui pourrait se flatter d'en dessiner exactement le tracé ?

A mon avis un tait domine le problème. C'est la représen- tation, en très bonne place, d'un dieu gaulois, au caractère duquel il n'v a pas à se méprendre, le dieu aux cornes de cerf" ; il tient dans sa main le serpenta tète de bélier, qui est également propre a l'iconographie religieuse des Gaulois, et celui-ci se répète sur une autre face du vase. On démontrera

1. Cf. L. Pineau, Les vieux chants popuhiircs sciunUihives, I, p. 524 sqq. et spécialement n. 5.

2. Cf. G. Kossinna, Die Herknnfl der Geniiaiieii, 191 1 . La carte montre, entre autres, quelle position on peut à peu près assigner à la limite orientale des Celtes vers 1000 av. J.-C.

3. A. Bertrand, 0. /., p. 275. Mûllenhotï, Deutsche Allei tuuislniihh\ t. II, p. 112 sqq.

4. S. Reinach, 0. /., p. 282.

5. Tite Live, V, 34.

6. Tacite, Germanie, XLIII ; Ihid., XLV : les Mstii, qnihus ritus

hahittisqiie Suevorum, liiigna Britanniae propior Insigne, supcrslilionis

formas aprorum gestanl... Cf. A. Schakhmatof, in Arclnv fïir Shivische Philo- logie, XXXIII, 1-2, p. 51.

7. A. Bertrand, 0. /., p. 373.

6 //. Hiiherl.

peut-être que les représentations qu'il porte sont mixtes. En attendant, l'importance de celles-ci, dont l'identité est si claire, est telle, qu'elle doit faire préjuger de l'orii^Miie du reste. Mais ce n'est pas pour nous dispenser d'un essai de démons- tration.

III

La mythologie germanique connaît un loup androphage, Fenrir, qui coupe d'un coup de dent la main droite du dieu Tyr '. Fenrir a quelques rapports avec la mer; à l'approche de la catastrophe finale, il doit venir de l'Ouest sur les eaux \ Mais il n'est pas à la suite d'un dieu marin. On ne rencontre donc pas dans ce que nous connaissons de la mythologie ger- manique la même association d'êtres divins que sur le vase de Gundestrup.

Il s'agit de la rechercher dans la mvthologie celtique. Celle-ci est assez riche en dieux marins pour nous assurer au besoin que le dieu aux chevaux marins est bien un dieu de la mer, ce qui a priori n'est pas certain \

D'un dieu de la mer chez les Gaulois continentaux nous pouvons tout au plus admettre l'existence. Les figures de Nep- tune sont infiniment rares dans la plastique gallo-romaine ; encore quelques-unes sont-elles décoratives et presque toutes purement romaines. Ses inscriptions sont un peu plus significa- tives. Mais sur son nom, ses mythes, les particularités de son culte, le silence est complet.

Les Goidels et les Bretons des îles ont en commun trois dieux, dont l'un est peut-être, les deux autres sont certaine- ment des dieux de la mer. C'est Nuadu-Nodens-Lludd, d'une part, Ler-Llyr et Manannan-Manawyddan, d'autre part.

La faune marine d'une mosaïque, les Tritons, qui escortent, sur un bas-relief, un dieu traîné par quatre chevaux, donnent à

1. Cf. Clianicpic do la Saussaie. 7"/v Relii^'uvi of the Teutons, p. 261- 264.

2. //'/</., p. 550; Powell-Vigusson, Corpus Poeticuni Boréale. I, p. 298, 1^0 ; Rhvs, Cellic HenlIjeiiJotu, p. 615.

5. V. plus loin, p. I 1 .

Noies (Vairlh'olooic cl dr philolo^ir ccllitjiws. 7

penser que le dieu du temple de Lydney Park, No(lo)is ou Niiiicns, était un Neptune '. Sir John Rhys a cru trouver le nom de Neptune associé à celui de Niiadii dans le nom d'un poète héroïque irlandais Nmidii Nccht, qui peut-être est iden- tique à Nt'fhlan, le possesseur mythique de la fontaine dont la Boyne est sortie -. Or, une tablette de bronze, trouvée à Lydnev Park, et portant une dédicace au dieu Nttdeiis, montre un chien ou un loup encadré dans un fronton \ Mais, somme toute, c'est encore trop peu pour assimiler Nuadu-Nodcus-Lludd au dieu de Gundestrup ; il reste même incertain que ce soit une divinité marine. La meilleure raison qu'on en puisse donner est que le Lliidd gallois se confond assez régulièrement avec Llyr 4.

De celui-ci, Lcr ou Llyr, nous savons si peu qu'il vaut mieux le passer sous silence. Il est aur-si vague qu'important.

Son fils, Manannan-Manawyddan, est une figure vraiment précise. Sa qualité est bien attestée. Ses gestes sont ceux de sa qualité >. Son culte, fortement établi, est un de ceux qui ont le mieux résisté au temps et au christianisme ^\ Son aspect et son nom se sont imposés aux formes locales des dieux marins. C'est un grand dieu, des plus grands ; ce fut, en Irlande, un roi des dieux, successeur de Nuadu, battant son père, Ler, dans la compétition pour le trône. Dieu de premier plan, ancien, commun, peut-être panceltique, c'est lui que je voudrais reconnaître sur le vase de Gundestrup, si je me hasardais à en nommer les dieux.

Manannan mac Lir est bien pourvu d'attributs magiques, outils de sa puissance '. Une formule en donne la liste. Il a deux javelots, une épée, un bateau, un cheval qu'il prête

1. Bathurst, Roman Antiquities al Lydticy Park, 1879. Sur le bas-relief, cf. Hùbner, in Bonner Jahrhûcher, 67, p. 45.

2. Rhys, Cellk Heathemlom, p. 123. Sir John Rhys compare Nuadu à Tvr, Nuadu ayant perdu sa droite en combattant les Fomore, monstres sous-marins : Nuadu Argat-Idni, Lludd-Lhnvereinl, à la main d'argent.

3. C. /. L. VII, 139; Hùbner, Exempla,x\° 944.

4. Mac Culloch, Celts, in Hastings, Encyclopaedia, III, p. 287.

5. Mac Culloch, Tbe Religion of the Ancieni Cells, p. 86.

6. Ph. Squire, The Mythology of the British Irlaiids, p. 240 sqq.

7. Mac Culloch, Celts, 0. /., p. 284 ; Squire, 0. /., p. 60.

8 H. Huberi.

volontiers. Le chien ne figure pas dans leur compte. Mais le dieu nous apparaît, au moins une fois dans un cas d'importance, escorté et servi par un chien.

C'est dans l'une des versions de l'histoire de Mongan '. Mon^an, fils putatif de Fiachna, roi d'Ulster, est le fils naturel de Manannan. Les circonstances de sa naissance sont un thème à récit légendaire, qui évidemment a plu aux Irlandais. La ver- sion qui m'intéresse raconte que, Fiachna étant en expédition contre le roi de Lochiann, Manannan fit marché avec lui de s'introduire chez sa femme en récompense de son aide divine. Pour venir à bout d'un troupeau magique lancé contre les guerriers d'Ulster, Manannan lâcha sur lui une chienne furieuse (hrot-cbi't), une chienne-louve, qu'il cachait sous son manteau.

A. Nutt, qui a commenté ce récit avec M . Kuno Meyer, y voit une version d'un mythe panceltique dont les histoires galloises de Pwyll et de son fils Pryderi dériveraient égale- ment ^. J'attache donc quelque importance à ce récit et je suis disposé à croire que le dieu y parait sous des traits anciens et essentiels.

Mais peut-être le dieu de la mer se trouve-t-il ailleurs en condition d'être escorté par le chien-loup.

Mongan est l'un des héros qui ont vécu au pays des morts. Leurs légendes ont des traits communs et forment une famille '.Or, le dieu que rencontrent, soit en chemin, chevau- chant sur les vagues, soit au bout du voyage les aventureux qui, comme Bran et Cormac, se sont laissés tenter par les pro- messes de l'Elysée celtique, c'est Manannan, qui règne sur l'autre monde ou l'une de ses provinces. Dans cette famille d'écrits, Manannan est un dieu des morts en même temps qu'un dieu de la mer ^.

1. Tht' loiiceplioit o/Mongdii aiul Duh Lâcha s lùvefor Mongân, in A. Nutt et K. Meyer, The voyage of Ihiut, I, p. 70 sqq.

2. A. Nutt et K. Meyer, 0. /., t. II, p. 15 sqq.

5. Mac CuUoch, Religion, p. 962 sqq. Cf. A. Nutt et K. Meyer, TVie Voyage 0/ Bran , t. I et II, passim.

4. Manannan est donné dans la Tâin ho Ciialnge, I. 2587, comme le roi de la Terre de Lumière (Tir na Sorcha), qui est la même que la Terre de promesse (Tir tairngire), Manannan aurait sa ville, suivant VAcalîamh an Senôrach, 1. 5786 et suiv.

Noli'n (rairhéoIoi:[it' cl de philologit' celtiques. 9

Son répondant britonnique, Manawyddan, est un dieu des morts et fréquente les dieux des morts '. [.e Mabinogi, dont il est le héros ' et qui fait pendant dans la tradition galloise à la légendedeMongan, racontecomment, avec Rhiannon et Pryderi, la femme et le hls de Pwyll, qui fut roi temporaire de TAnnwfn, pavs des morts, il vécut de sa miraculeuse adresse dans un exil magique, qui vengeait Tissue d'un de ces combats, l'on se plait à reconnaître les luttes mythiques des dieux de l'enfer et de la lumière. Quand Manawyddan ne brode pas des chaussures ou des selles, il chasse et sa meute, qui est celle de Pwyll, est la meute de l'Hades.

Les grands meneurs de chiens, dans la mythologie galloise, Arawn, roi d'Annwfn, Pwyll, Gwyn ap Nudd, vivent et régnent dans l'autre monde '. Ce sont les chiens de l'autre monde qui se distinguent entre tous les chiens épiques par des particularités notables et merveilleuses •♦. En Irlande la chienne que Manannan met au service de Fiachna est sans doute aussi infernale que le troupeau qu'elle combat. Au surplus, il a aussi sa meute {conart Mananna'ui), dont il est question dans les Dindshenchas >. Enfin je ne puis m'empêcher de me rappeler encore que Mongan, fils de Manannan, réincarne Fionn Mac Cunihail '', descendant de Nuadu Necht ; que Fionn a pour auxiliaire indéfectible sa chienne Bran, de naissance merveilleuse et qui a des homonymes dans la famille et le cycle de Manannan-Manawyddan; que Oisiu, fils de Fionn, est le demi-frère de Bran, et de supposer derrière le voile con- fus de ces parentés, réincarnations, hononymies, dont la tra- dition celtique surabonde, réglant la retombée de ces images associées de flots, de loups, de chiens, de dieux et de héros,

1. L'un des hauts faits qu'on lui prête est la construction de la forteresse d'Oeth et d'Anoeth, labyrinthe et prison, maçonnée avec des os, il enferme ceux qui transgressent ses limites : Squire, 0. l. p. 270.

2. Loth, Les Mcibiiio^ion, t. 1 (D'Arbois de Jubainville, Cours de Ullciatiire celtique, t. III), p. 97 sqq.

3. Mac Culloch, 0. /., p. 1 10, 115.

4. Les oreilles rouges : Loth, 0. /., p. 30.

5. Rev. Celtique, t. XV, p. 475. Cf. Silva Gadelica, t. II, p. 467-468.

6. Mac Culloch, 0. /., p. 350; A. Nutt, K. Meyer, 0. /., I, p. i) sq.

lo //. Uiihfil.

un jeu «Je logique mythique, combinant les concepts de mer, d'autre monde et de mort. Les mêmes allia^^es de symbolisme se sont d'ailleurs produits pour les chevaux marins '.

Bref, Manannan-Manawyddan ades chiens. Ce sontleschiens du dieu des morts sans doute. Mais n'importe; car la repré- sentation, familière aux Celtes, d'un autre monde situé sous la mer ou au delà des mers a transformé nécessairement les dieux marins en dieux des morts et assimilé les images funé- raires aux images marines.

C'en est assez, en tout cas, pour signitier que le rapproche- ment d'images présenté par le vase de Gundestrup n'est pas étranger aux Celtes, incompatible avec la mythologie celtique, mais encore qu'il est conforme à ce que nous savons de celle-ci. S'il s'ensuit que l'Océan Gweil-gi doit son nom gallois au chien d'un dieu des mers, un nouveau parallèle s'ajoute au petit faisceau de faits qui m'encouragent à croire au caractère celtique de cette représentation. Mais il est à peu près éta- bli, d'autre part, que les monuments gaulois et bretons du carnassier androphage représentent l'un de ces chiens et de ces loups de l'autre monde que nous venons de voir dans la suite du dieu des mers ; comme il y a lieu de croire que Giccil-oi leur ressemble, il faut croire également que le car- nassier de Gundestrup n'est pas d'une autre espèce que ses confrères occidentaux.

Quant à l'image du carnassier androphage, je déduis de ces diverses considérations quelle n'a pas été, chez les Celtes, spécialisée dans la plastique et cantonnée dans l'imagerie reli- gieuse ; le mot témoin, qui en porte le reflet, prouve qu'elle n'a pas été seulement expressive, mais encore usuelle, en tout cas assez pour s'oblitérer. Si les Celtes l'ont empruntée, ils l'ont assez bien adoptée et fait vivre pour la faire leur.

IV

M. S. Reinach a fait remarquer, dans l'article que nous avons signalé plus haut, qu'un trop long intervalle séparakles

I. Rhys, Cfllii FolkLorf, 1, ch. vu, Triumphs of tlic Watcr-World ; Hcnderson, Survivais in heJief amoiii; Ihe Cclts, p. i6i.

S'oli's d\irchcologif cl de phiîoloi^ic ccUiquci. 1 1

figures celtiques de carnassiers androphages des figures ita- liennes pour qu'on puisse croire sans hésitation que celles-ci ont servi de modèles à celles-là. Mais la plaque du vase de Gundes- trup que nous avons étudiée répond à son scrupule. S'il est incertain que la figure du carnassier soit empruntée, celle des chevaux marins l'est certainement. Or, elle dérive de modèles qui datent au moins du V siècle av. J.-C, car ils sont ailés. Fami- liers à l'art archaïque des Grecs, les chevaux marins ailés ont fiiit place à un type sans ailes ' . Les peuples du Nord ont gardé long- temps les modèles empruntés aux civilisations du Midi et il est constant que le type italien de la situleàzones d'animaux a subsisté chez les Bretons jusqu'à une date qui n'est pas de beau- coup antérieure à celles des loups androphages gallo- et britanno- romains, témoin le seau de Marlborough (Wilts.), sur lequel sont figurés des chevaux à la bouche desquels est attachée une volute -. Ils sont imités de figures qui alternent dans l'art italien du vr siècle avec le carnassier androphage.

J'admets donc comme probable que l'image celtique du car- nassier androphage est une image d'emprunt, comme celle du cheval marin et probablement de la même source.

Même, le rapprochement iconographique du cheval marin et du carnassier androphage a pu être également fourni aux Celtes par la symbolique funéraire des Etrusques, dont le cheval marin est un élément \

De ce fait je ne conclus pas que le dieu aux chevaux marins n'estpas un dieu marin. Trouvant sur un monument qui présente quelques traits celtiques un nombre limité de figures divinesdont l'une a des attributs marins, je me crois obligé d'y voir non pas une sorte de Saturne, mais un dieu marin cousin de Manannan.

Pour le carnassier androphage, si l'image en est empruntée je ne vais pas jusqu'à en induire que les Celtes n'eussent pas

1. Saglio, HippoCiimpe, in Dictiomiaire des Antiquités <;rccqiies cl roviitiiies. Dùmmler, in Alhenische MiltheiliDi^yen, 1886, p, 176. On trouve des hippo- campes ailés sur des monuments récents, comme le tombeau des Jules à Saint-Rémi ; mais ce ne sont pas à proprement parler des clievaux marins.

2. British Muséum, Guide to eaily lion iioe, p. 28.

3. Montelius, La civilisation primitive eu Italie, t. I, pi. loi, 8 c; Ducati, Le piètre fuucra rie fehinee, m \foinnueuli iiiiliclii, XX, 191 1, p. 557 sqq.

12 77. Hiibeii.

rêvé, avant de connaître les siiules italiennes, d'un chien-loup funéraire et marin; mais je m'explique plus facilement que je n'aie pas trouve d épisode dans la légende celtique qui donne aux chiens de la chasse infernale, que le dieu marin mène quelquefois, son attitude iconographique. Dans ce cas, comme dans tant d'autres, les Celtes ont emprunté les contours précis des arts méditerranéens pour emprisonner leurs images flot- tantes.

Ils n'en ont pas d'ailleurs usé sans fantaisie.

V

Tandis que la mythologie germanique gardait fidèlement, en bonne place, l'image du carnassier puissance infernale, cette image s'atténuait dans la mythologie des Celtes, parce qu'elle y perdait ses raisons de vivre. Des terreurs et des espoirs qu'inspire l'idée d'une autre vie, la pensée celtique, dans ses plus hautes régions, n'a gardé que les espoirs; de l'autre monde, elle a oublié le Tartare et n'a rêvé que l'Elysée, réservoir de vie, terre de promesse et d'élection. De la mer ravageuse qui l'en- toure ou le cache, elle a fait une plaine fleurie jouent les âmes invisibles '. Elle acivilisé Manannan, apprivoisé sa louve, rélégué dans les contes, plus exactement dans certaines familles de contes, l'image du méchant chien-loup.

Il en est une je suis tenté de le reconnaître. Des géants et des monstres hideux y tiennent enfermées dans des châteaux magiques des princesses plus belles que le jour, qui sont leurs filles ou leurs victimes. La porte du château est gardée par des carnassiers, qui sont des loups ou qui sont des lions. Ils font boucherie des prétendants qui s'empressent à forcer la garde. Quand le. conteur s'inquiète de situer le château quelque part, il le place à l'ouest, en Espagne, en Grèce, c'est-à-dire au pays magique et au pays des morts. Pour s'y rendre, souvent il f^iut passer la mer. Le maître du château est une sorte de roi des morts; il ressemble au Manannan mac Lir qui règne sur l'Ile des Bienheureux. Tel est Yspadadden Penkawr, dans le

I. A. N'utt et K. Mcvcr, l'oyihji- o/ Bran, t. I, p. .; sqq.

Xolcs tPnrcbcologic cl de philologie celtiques. 13

plus vieux des romans arthuriens, le Mabinogi de Kulhwch et Olwen. Ces personnages sont peut-être les équivalents gro- tesques et fantastiques des dieux nobles, aux belles formes, au maintien majestueux qui peuplent les étages supérieurs de l'épopée et du roman. Dirlerence detiage littéraire! Différence peut-être aussi d'origine, car la nationalité des contes et de pareils contes en particulier est incertaine.

Au surplus, je ne suis pas sûr que la tîgure du chien ou du loup mangeurs de cadavres, thème de la symbolique infernale des Grecs et des Latins, qu'ils ont laissé en héritage à l'image- rie chrétienne, soit exactement celle que nous avons rencontrée chez les Celtes et je me propose de chercher une autre fois ce que tient dans sa gueule le carnassier androphage et comment il sert le dieu de l'Elysée ultramarin.

H. Hubert. {A suivre.)

RlîPF.RTOIRH

DKS

FAC-SIMILHS Di:S MANUSCRITS IRLANDAIS

J'indique, dans ce répertoire, tous les fac-similés que j'ai pu découvrir de l'écriture, des lettres ornées et des minia- tures des manuscrits irlandais, j'entends des manuscrits exé- cutés par des Irlandais, écrits soit en latin, soit en irlandais.

Je m'occupe, pour commencer, des fac-similés des manu- scrits conservés en Irlande, autant dire des manuscrits con- servés dans les bibliothèques de Dublin, puisque je n'ai à mentionner qu'un seul manuscrit ayant été l'objet de quelques reproductions en fac-similé qui soit localisé ailleurs dans l'île, savoir le Livre de Lisinore, lequel appartient à la biblio- thèque du château de Lismore (comté de Waterford).

Les manuscrits irlandais de Dublin sont remarquables entre tous par leur nombre, comme aussi par leur ancienneté et par leur valeur littéraire ou artistique.

Non content de dresser des listes de fac-similés, j'ai examiner, un à un, les manuscrits eux-mêmes, afin de pou- voir, à propos de chaque flic-similé, indiquer le numéro du feuillet (ou de la page) ainsi que la nature du texte ou le caractère de l'ornementation qu"il présente, indications que bien peu d'éditeurs de fac-similés ont pris la peine de donner avec toute la précision désirable.

C'est grâce à la libéralité d'un noble personnage toujours prêt à encourager les recherches ayant pour objet l'ancienne littérature celtique que j'ai pu me livrer tout à loisir à ce travail didentificationet de vérification dans les bibliothèques de Dublin. Je prie M. le marquis de Bute, qui a ainsi singu-

Ript'rloirc des fac-siinilcs des niainiscrils Irhnidiiis. i >

lièrcmcnt facilité rexécution de cette portion de mon travail, d'agréer l'expression de ma très vive reconnaissance.

je dois aussi des remerciements à M, Alfred C. de Burgh et au R.P.T. A.O'Reilly, O.F.M., dont l'empressement a rendu très aisées les recherches que j'avais à taire dans les collections confiées à leur garde éclairée et vigilante. M. j. }. O'Neill s'est montré également fort obligeant à la Bibliothèque de l'Académie royale.

je dois beaucoup, d'autre part, au savoir et au dévouement de mes amis, MM. R. I. Best et Mario Esposito, qui ont fait pour moi plusieurs vérifications et m'ont, en outre, signalé plusieurs fac-similés qui m'eussent échappé.

Enfin j'ai contracté, durant mon séjour en Irlande, envers le très hospitalier chanoine Dunne, président de Holy Cross Collège (Clonliffe), une dette de gratitude que je me plais à reconnaître ici.

Je livre présentement au public le tiers environ du travail que je me suis assigné.

Pour compléter ce répertoire, il me restera à indiquer les fiic-similés des manuscrits irlandais conservés dans les biblio- thèques de l'Angleterre et de l'Ecosse, puis, dans une troi- sième série, les fac-similés des manuscrits irlandais conservés dans les bibliothèques du continent. Mes dépouillements en vue de ces deux séries complémentaires sont déjà fort avancés; mais il me reste à accomplir cet ultime et indispensable travail de vérification sur les manuscrits dont j'ai parlé plus haut.

Anciennement certains manuscrits irlandais étaient tenus enfermés dans des coffrets plus ou moins richement décorés appelés « cumdach )). j'ai indiqué les « cumdach » qui sont actuellement encore existants en Irlande, ainsi que les figures qui en ont été données.

.ABRÉVIATIONS

Betham -- Sir William Betham, Irish Aniiijiuiriciii Rcsear- chcs, 2 vol. 8°, Dublin, 1827.

Bruun ■=: j. A. Bruun, An luqiiiry in ihe Art of ihc illiinii- nated Maniiscripts of ihc Midcile A^cs; Part. I, CcUic iUiiniiiin- îcd Mannscripls, Stockholm, 1897, 4".

i6 /.. lioii^atuî.

E.Miniplci - H.xampU'S of Ccllic Ornniiuiil (^rcduced) jroin ihc BmIcs of Kt'lls ami Diirnrw, Dublin, 1892, 8".

Gilbert ^^ J. T. Gilbert, Facsimiles of Nalional Mauiiscripts of Irclaud, 5 vol. f'\ London, 1874- 1884.

Kelh --^ Ccllic Oiiianiciils froiii thc Book oj Kclls, Dublin et London, 1892-1895, 8", avec une préface de T. K. Abbott.

Lindsay --^ W . M. Lindsay, Early Iris!) Minuscule Script (5' Amlrcius University Pitl'licatioiis, VI), Oxford, 19 10, 8°.

O'Curry - Hugene OCurry, Lectures on the Manuscript Materials of aucient Irish Historx, Dublin, 1861, 8"; 2" éd., 1878.

Pal. S. ^= Palaci^raphical Socielv. Facsimiles oj Manuscript s and Inscriptions, London, 1873, etc., f".

Pétrie, Christ. Ins. = George Pétrie, Christian Inscriptions in ihe Irish Lani;;iiai^'e from the earliest knoioi to the end of ihe twelfth ccnlnrx. Edited ivith inliod. b\ Margarel Stokes, 2 vol. 4*^', Dublin, 1870-78.

Robinson = Stanford ¥. N. Robinson, Celtic Illuniinative Art in thc Gospel Books of Dnrroïc, Lindisfarne and Kells, Dublin, 1908, f".

Westwood, P. S. P., -^^ J. O. Westwood, Palaeographia sacra pictoria..., London, 188). 4".

Westwood, A/. O., =■- Le même, Facsimiles of Miniatures and Ornamenis in Anglo-Saxon and Irish Manuscripts, London, 1868, f".

MANUSCRITS CO\'SLR\'HS EX IRLANDE DUBLIN'

I

BIBLIOTHHaUH 01- iHiNnv (:()lli:ge

I. A. I. 6. Livre de Kells (vn^/viir siècles). Evanuéliaire latin.

Rcpi'iloiir iiis J'<ic-sliiiilcs des Duuiiiscrils Irlandais. 17

Fac-similés de l'écriture :

Fol. 6' (Chartes en irlandais : éd. et trad. J. O'Donovan, The MisceUauy of the Irish ArchacoJogical Socidy, Dublin, 1846, p. 127-158), Gilbert, II, pi. lix. Fol. 7'' (idem) Gilbert, II, pi. LX. Fol. 11^ (Capitula in evangelium secundum Mattheum) P<//. 5., I, pi. 56. Fol. 19^- (Capit. in ev. s. Johan. ; avec lettres ornées) Gilbert, 1, pi. viii. Fol. 24'' (Capit. in ev. s. Johannem ; avec initiales ornées) Pal. S., I, pi. Lxxxviii. Fol. 27'' (Chartes en irlandais) Gilbert, II, pi. LXi. Fol. 46' (Mat. vi, 19-20; avec initiales ornées) O'Curry, pi. 2, c. Fol. 89' (Mat., xx, 18-22 ; av. une init. ornée et un cavalier) Robinson, pi. xx. Fol. 112' (Mat. XXVI, ro-15 ; av. init. ornées) Robinson, pi. xvii ; Kelh, pi. XXIV ; Franz Steffens, Laleitiiscin' Pnlâographic, Trier, s. d., pi. 30 a. Fol. 112^ (Mat. xxvi, 13-21; av. init. ornées) Robinson, pi. xviii ; Kdh, pi. xxv. Fol. llS' (Mat. xxvi, 21-25 ; av. init. ornées) Robinson, pi. xix. Fol. 124' (Mat. xxvii, 38-43; av. init. ornées) Gilbert, I, pi. xii. Fol. 146'' (Marc, vi, 10-14; av. i'i'^- ornées) /^c/Z.f pi. xlvii; Edward Johnston, IFriliiig aini illiiiiiinaliiig and lellcrhig, 2" éd., London, 1908, pi. y\.

Fac-similés de lettres orxèes :

Alphabet de petites initiales : Cabrol et Leclercq, Diclion- naire d' Archéologie chrétienne et de Liturgie, Paris, 19 10, t. II, fig. 2335. Choix d'initiales : Kelh, pi. xxvi, xxxi, xxxii, XXXV, xxxviii; Marg. Stokes, Early Christian Art in Ireland, London, 1875, fig. 6 (p. 15) et 8 (p. 17); Richard Lowett, Irish Pictures drawn luith peu and pencil, London, 1888, p. 24. Choix de petites initiales en couleur : Westwood, P. S. P., Book oj Kelh, pi. 11; Robinson.pl. xlvi-li; Gilbert, I, pi. xiii- XVII. Initiales et ornements : E. A. D'Alton, History of Ireland, London, 1910, t. l, i"^ partie, frontispice.

Fol. S" (Xativitas Christi in Bethléem Indae, avec un person- nage assis) /^t'//.v, pi. \; Examples, pi. 15; Robinson, pi. xxix; The Book of Trinity Collège (1591-1891), Belfost, 1892,

Revue Celtique, XXXII'. z

iS /.. Gimi^aml.

p. i6i. l'ol. 13' (/:'/ ciat lohannes htipli::;^(Vis) Kells, pi. ix ; Robinson, pi. wvii; P,il. S., I, pi. 55; Henry O'Kcill, The ino<l ititcreslinc; of the ancieul Crosses of ancien t Irelami, London, 'S) ^"57' P- ^4- ^<^'- ^^' {Lucas s\nis nationc) Kells, pi. XLiv. Fol. 29' (Mat. 1, i, avec deux personnages) Kells, pi. xxxiii; Robinson, pi. xxx-xxxi ; Exiiniplcs, pi. 29. Fol. 34' (Mat. i, iS) Kells, pi. xxi-xxiii; Robinson, pi. \L-\Ly ; Hxiiniples, pi. 30; Gilbert, I, pi. vu; Pal. S., I, pi. )S ; j. H. Todd, Reniarks on Illnniiiiations in sonie Irish Bihlical Mss. ÇSocietx of Antiqnarics of London : Velusla Monn- mcnta, etc.), t. VI [1869], pi. XLiii; Marg. Stokes, Early Christian Art in Ireland, London, 1875, fig. 5 (p. 13); la même, Six Months in the Apennines in scarch of the Irish Saints in Ilaly, London, 1892 (frontispice) ; Richard Lowett, Irish Pictiires ilrawn ivith pen and pencil, London, [888, p. 25 ; Cabrol et Leclercq, Dictionnaire d'archéoloi^ie chrétienne et de liturgie, Paris, 1910, t. II, fig. 253^ ; L. Gougaud, Vart cel- tique chrétien {Revue de l'art chrétien, 191 1, p. 107); Walter Crâne, On the décorative illustration of Books old and netv, Lon- don, 1901, r' pi. de l'appendice. Fol. 114' (Mat., xxvi, 31) Westwood, P. S. P., Bookof Kells, pi. i, 4; Kells, pi. XIII ; Robinson, pi. xxxvin. Fol. 123' (Mat., xxvn, 33- 37) Gilbert, I, pi. x. Fol. 124'' (Mat., xxvii, t,^; avec personnages) Gilbert, I, pi. xi ; Westwood, P. S. P., B. of K., pi. I, 2 ; Kells, pi. XXXVI. Fol. 130' (Marc i, i ; avec un personnage assis) Kells, pi. i, 11, xlv ; Robinson, pL xxxii et XXXIII ; Exaniples, pi. 18; The Harniszrorth Eticyclo- paedia, London [1906]. t. VI, p. 353. Fol. 148' (Marc vi, 44-47) L. Gougaud, Lart celtique chrétien (Revue de Fart chré- tien, 191 1, p. 106). Fol. 183^ (Marc, xv. 25-28) Kells, pi. XX ; Exaniples, pi. 17 et 22. Fol. 188' (Luc, 1, i, av. plus, personnages) Kells. pi. vi et vu ; Pal. S., I, pi. 89 ; Robinson, pi. xxxiv et xxxv; Exaniples, pi. 19. Fol. 200^ (Luc, m, 22 sq.) Gilbert, I, pi. ix; Westwood, M. O., pi. 8; Kells, pi. m, IV, xi.vi ; Robinson, pi. xxi et xxii ; Exaniples, pi. 20; Catholic Encwlopacdia, Xew-York [[910], t. VIII, en f. de p. 614. Fol'. 250 (Luc, xv, 9-12) Kells, pi. xv ; Robinson, pi. xxiii; Examplo, pi. 12; IVanz Steflens, Latei-

Répertoire des fac-siiiiilès îles iiiiiiiiiscrils Irlandais. ly

nischc Palàographie, Trier, s. d., pi. ^o b. Fol. 255^' (Luc, \\\\. 2-7 ; av. un cavalier), Kclh, pi. viii, xliii ; Kobinson, pi. xwi. Fol. 262' (Luc, xix, 12-13), Robinson, pi. xxv. Fol. 273' (Luc, XXII, 3). Robinson, pi. xxiv et xxv. Fol. 285'' (Luc, wiv, i ; avec quatre anges) KcUs, pi. xui, Exaniplcs, pi. 16. Fol. 292'' (Jean, i, i; avec un person- nage) Kclls, pi. XI et xii; Robinson, pi. xxxvi et xxxvii ; Exainples, pi. 21.

Fac-similés des autres peintures î

Fol. 2' (Canons d'Eusèbe) Kelh, pi. xxxvii. Fol. 2" (Canons d'Eusèbe et emblèmes de trois évangélistes) Kells pi. XXXI. Fol. 4'' (Canons d'Eusèbe) Kells, pi. xlviii. Foi. 4' (idem) Kells, pi. xlix. Fol. 5'" (idem) Kells, pi. XXX. Fol 1'' (La Vierge Marie et l'Enfant Jésus) West- wood, P. S. P., pi. I, I ; Kells, pi. xxvii ; Pal. S., I, pi. 57 ; Examples, pi. 24 ; Bruun, pi. ix (p. 64); L. Gougaud, Varl celtique chrétien (Revue de Fart chrétien, I9ii,p. loi). Fol. 27' (Emblèmes des quatre évangélistes dans des compar- timents carrés) Kells, pi. xiv ; Robinson, pi. xii. Fol. 28'' (Portrait de S. Matthieu) Westwood, M. O., pi. 10; Kells, pi. xviii ; Robinson, pi. xiu ; Stephan Beissel, Geschichte der Evaugelieubiicher in der ersten Hàlfte des Mittelalters, Freiburg- im-Brisgau, 1906, pi. 28. Fol. 32^ (Portrait douteux : S. Marc ou S. Luc) Kells, pi. xxviii et xxix; Robinson, pi. XV. Fol. 33'' (Croix à double croisillon avec huit cercles) Kells, pi. xvi et xvii ; Exaniples, pi. 26. Fol. 89 (Cheval caparaçonné et cavalier) W. R. Wilde, A descriptive Catalogue of the Antiquities in the Royal Irish Acadeniy Muséum, Dublin, 1863, t. I, fig. 192 (p. 300). Fol. 114"^ (Arresta- tion de Jésus) Westwood, M. O., pi. 51; Kells, pi. xli ; Robinson, pi. x\"i ; Beissel, Geschichte der Evaugelienbûcher, pi. 29. Fol. 129' (iîmblèmes des quatre évangélistes dans des compartiments carrés) Westwood, P. S. P., pi. 11; Kells, pi. XIX ; Examples, pi. 25 ; Bruun, pi. vu (p. 56); J. A. Her- bert, Illumina ted Manuscripts (The Connoisseur s Lihrary), Lon- don [1911], pi. VII. Fol. 183'' (Ange tenant un livre;

20 /,. GoilOiitid.

M;irc, XV, 25) AW/.s pi. v; Robinson, pl.wviii. Fol. 187'' (Dernière page de S. Marc : Ange tenant un livre et lion) Kclh, pi. 1.. Fol. 200' (Figure de soldat armé d'une lance) \V. R. Wilde, A descriptive Catalogue, t. I, fig. 190 (p. 299). Fol. 201' (Figure d'homme assis), Wilde, op. cit, fig. 191 (p. 299). Fol, 202' (Tentation de Jésus sur le pinacle du Temple) Westwood. M. O., pi. 11 ; Kelh, pi. xl; Examples, pi. 23 ; L. Gougaud, Uart celtique chrétien {Ra'ue de l'art chré- tien,i. i.xii, 191 I, p. Î03). Le temple seul, dtuns Archeologia, t. XLiii, p. 139 et chez Westlake, Mural Paiiiliug, t. il, p. ccxx. - Fol. 255 (Cheval caparaçonné et cavalier) Wilde, op. cit., fig. 193 (p. 300). Fol. 290' (Emblèmes des quatre évangélistes dans des compartiments triangu- laires avec, au centre, un losange) Westwood, M. 0., pi. 9; Kells, pi. xxxix ; Bruun, pi. viii. Fol. 291' (Portrait de S. Jean) Westwood, P. S. P., Book of Kells, p. 5 ; Kells, pi. xxxiv ; Robinson, pi. xiv.

2. A. 4. 5. - Livre de Durrow (vr/vii' siècles). Evangéliaire latin.

Ecriture :

Fol. 12' (Capitula in evangel. sec. lohannem) Gilbert, I, pi. VI, 2. Fol. 107', (Marc, xiii, 32-33) O'Curry, pi. d, Fol. 173' (Luc, XXIV, 49-53, et note en irlandais) Gilbert, I, pi. M, I ; O'Curry, pi. e. Fol. 2^^'- (Prcbatio peuuae en latin) O'Curry, pi. F.

Lettres ornées :

Fol. 14' (Mat., 1, 1) Gilbert, 1. pi. v, i ; Westwood, P. S. P. (Ir. Bil'l. Mss.) pi. Il, i; Beissel, Geschichte der Evan- gel ienbiïcber in der ersten Hiilfte des Mittelaltvrs, pi. 27. Fol. 78' (Marc, i, i) Westwood, M. ().. pi. 6; Robinson, pi. 1; E.xaniples, pi. 10; Sterling de Courcv Williams, The Ter mon of Durrow (Journ. of the Ro\. Soc. of Antiquaries of Ireland, 5* série, t. L\, 1899, planche en tace de p. 46). -- Fol. 118' (Luc, I, i) Westwood, M. O.. pi. 6; Gilbert. 1,

RcpiTloiir ih's foi-siinili's ilrs iiKuiitscrlls Irlmidais. 21

pi. \, 2; Robinson, pi. 11. b. Fol. 118^ (Lettres F et 0, Robinson, (frontispice). Fol. n5'(jean i, i) Robinson, pi. III, b; Exaniplcs, pi. 11.

Autres peintures :

Fol. 2" (Emblèmes des quatre évangélistes) Westwood, P. S. P. (Ir. Bihl. Mss.), p. 6; Smith, Did. Chr. Aut., p. 1189. Fol. 2' (Croix à double croisillon entourée d'en- trelacs) Westwood, M. 0.. pi. 7 ; John Stuart, Sculptured Stones of Scotland {Spaldiug Club), London, 1836-67, t. Il, pi, I. Fol. S"" (Spirales et truinpet pattenis) Westwood, M. O., pi. 7; Stuart, op. cit., t. II, pi. m; Exaniplcs, pi. 9; Marg. Stokes, Early Christian Art in IrcJand, fig. 9 (p. 19) ; Richard Lovett, Irish Pictiires, p. 28. Fol. IS"" (Dessins géométriques ; vingt-huit croix de saint André) Westwood, M. O., pi. 6. —Fol. 76^ (Aigle), Westwood, M. O., pi. 5; Robinson, pi. iv. Fol. 77' (Quinze cercles avec entrelacs) Westwood, M. O., pi. 4; Robinson, pi. i; Bruun, pi. i (p. 8); Exaniplcs, pi- 8; Sterling de Courcy Williams, The Tcrmon of Diirroîu (recueil cité, planche en face de p. ^4). Fol. 116' (Bœuf) Westwood, M. 0., pi. 5. Fol. 117' (Huit rectangles et entrelacs) Westwood, M. O., pi. 5 ; Robinson, pi. II a. Fol. 173' (Lion) Westwood, M. O., pi. 4. Fol. 174' (Cercle au centre et ornements zoomorphiques) Westwood, M. 0., pi. 7; Stuart, Sculptured Stones of Scotland, t. II, pi. Il ; Robinson, pi. m; Examples,\A. 7; Bruun, pi. 11 (p. lé). Fol. 245' (Figure de personnage incertain aux vêtements ornés de damiers), Westwood, M. 0., pi. 4.

3. A. 4. 6. Guirlande de Howth (ix^x"^ siècles). - Évangéliaire latin.

Écriture :

Fol. 19'' (Mat. xxvii, 4-9) T. K. Abbott, Evangelioriim versio anlehieronyniiana ex codice iisseriano, Dublini, 1884, planche en tête du t. IL Fol. SS"" (Luc, vi, 23-24) West- wood, P. S. P. (Ir. bihl. Mss.), pi. H, 3.

22 /.. (tOUiJillld.

Lettres orkéf.s

l-ol.l' (Mat. I, i.S : Chiisti aiilein i^i'm'r(ilio)Todd, Reniât ks on Illiiiniiuitioiis hi some Irish Biblical Mss . {Society of Antiqita- ries ol Loiiiion : Velusla Monutneuta, etc.), t. VI [1869J, pi. XLv); Robert Cochraiic, The EccleuasticaJ Antiqiiities in the Parish of H&ivlh (Jonrn. of ihc Roy. Soc. of Anliijnaries of Ire- lanci, ^^ série, t. III, 1893, p. 406, fig. 22). Fol. 22' (Marc, 1, i) Todd, op.cil., pi. XLiv ; Cochrane, op. cit., p. 404, fig. 21.

4. A. 4. 15. Codex Usserianus (vi^vir siècles?).

Kvangéliaire latin.

HCRITURK :

Fol. 26' (Mat. xxvi, 33-41) T. K. Abbott, Evanc^eîionini versio anlehieron\miana ex codice usseriano, Dublini, 1884, pi. en tête du t. I". Fol. 64^' (Jean, xiii, 31-xiv. 2) Pal. S., II, pi. 33; H. Smitb Williams, Maniiscripts, Inscriptions and Mnninients : the hisloryoflhe Art of writing ; III, Médiéval Séries, London, s. d., pi. 102; Fol. 110^ (Luc, x, 38-42) Gilbert, I, pi. II, I. Fol. lll' (Luc, XI, i-S) Gilbert. I, pi. 11, 2.

Fol. 111^ (Luc, XI, 10-15) P^l- ^^-^ II, pl- 33 ; H. Smith W^illiams, op. cit., pl. 102. Fol. 113' (Luc, xi, 39-40) Westwood, P. S. P. (h. hihl. Mss.), pl. II, 4.

5. - A. 4. 20. Psautier de Ricemarch (xr/xir siècles). Psautier et diverses pièces en latin.

Hc RI TU RE :

Fol. 5' (Calendrier, avec une initiale ornée) Gilbert, II, Append.. pl. I, I. Fol. 133' (Ps. 115, 116, 117, avec initiales ornées) Gilbert, II. Append. i. 3).

Lettres ornées :

Choix de lettres ornées : -Owen Jones, The Grammar oj Ornanient, Loudon ' 1865], pl- <'^)' 'i" i^; Westwood, P. S. P.

R('f)crloiir Ji-s fiu-siiiiilcs dis iiiiiiiiiscrils Irliiiulnis. 25

{Psallers of S. Oncii and Ricciiinrcb), n. 4; le même, Nolicc on a Ms. of thc Lalin P.uiltcr icrillen hy John hroll)er of Rhydd- nuich, etc. {Jii'havlo^in ciDnhrcnsis, T"^ série, t. I, 1846, p. 116).

Fol. 35' (Début du Ps. i) Todd, J\'tusia Moinimcnlti, pi. xLVi, lîg. i; Bruun, pi. x (p. 72). Fol. 73' (Ps. 48, 19 à 49, 8) Lindsay, Earlx irelsb Script, Oxford, 191 2, pi. xvii.

Fol. 76^ (Ps." 31, 3-4) Westwood, P. S. P. {Ps. of S'Onen and Rie), fig. 2. Fol. 112' (Début du Ps. 92) Westwood, P. S. P. (Ps. ofS. Oucn and Rie), fig. 3. -Fol. US-" (Début du Ps. ici) Gilbert. II, App. 1, 2.' Fol. 135'- (Début du Ps. 119) Todd, Vctiista Monuiitcnla. pi. xlvi, fig. 2.

6. A. _|. 23. - Livre de Dimma (viir/ix^ siècles). Evangéliaire latin : pièces latines liturgiques avec quelques mots irlandais.

Ecriture :

Fol. 2' (Mat., II, 8-9) O'Curry, pi. g. Fol. 4-^ (Mat. vi, 9 et Pater Nostcr) O'Curry, pi. 11. Fol. IS' (Mat. xxvii,

48-6é-xxviii, 1-20) Gilbert, I, pi. xix, 2; O'Curry, pi. j.

Fol. lô"" (Marc, i, 4 ; avec une initiale ornée) Westwood, P. S. P. (Ir. bihi. Mss.), pi. II, 7. Fol. 18-^ (Marc, iv, 16- 3))Lindsay pi-, v. Fol. 50'' (De visitalione infirniornjn. Éd. F. E. Warren, T/.v Litnrgy and Ritual of the Celtic Church, Oxford, 1881, p. 167-171), O'Curry, PI. i. Fol. 53' (Jean, 1,18-38) Gilbert, I, pi. xviii, 22. Fol. 64"^ (Jean, viii, 14-33) Lindsay, pi. vi. Foi. 74' (Jean, XXI, 2)) O'Curry, pi. k.

Lettres ornées :

Fol. 3' (Mat. I, i) Westwood, P. S. P. (Ir. Bibl. Mss, 11, 7). Fol. 16^ (Marc, i, 1-3) O'Curry, pi. l. - Fol. 53-^ (Jean, i, 1-17) Gilbert, i, pi. xviii, i ; Betham, pi. v.

Autres peintures : Fol. 1' (Portrait de S. Matthieu) Betliam, pi. i. ^ Fol.

2.} /'• Goii^aini.

15^ (Portrait de S. Marc) Bcthani, pi. ii. - Fol. 28^ (Por- trait lie S. Luc) Bctham, pi. m. Fol. 52^ (Aii^le) Gilbert, I, pi. \i\, I ; Bctham, pi. i\ .

Le « Cumdach » du livre de Dimma est conservé à la biblio- thèque de Trinity Collège, de Dublin. On le trouve représenté dans les ouvrages suivants : AL L Monck Mason, Description of a rich amiancient Box contaiuiii^ a Lititi Cop\ of ihe Gospels, etc. {Transact. of the Roy. Ir. Acad., t. XIII, pi. en facedep. 175) Betham, pi. vi; Pétrie, Christ, bis., t. II, p. lor et pi. xlv Marg. Stokes, Early Christian Art in Ircland, fig. 38 (p. 97) The Book of Trinity Collège, Dublin (i j^ji-iS<^i), p. 165.

7. E. 3. ) (xv^ siècle). Mélanges irlandais.

Écriture :

Fol. 11' (Texte juridique irlandais du livre d'Aicill : éd. et trad. Ancient Laivs of Ireland, t. III, p. 82-84) O'Curry, pi. I), MM. Fol. 19' (Idem : éd. et trad., Ancient Lau'S, t. III, p. 278 sq.) Ancien! Linus of Ireland, Dublin, 1873, ^" tête du t. III.

8. E. 4. 2. (xir siècle). Hymnaire comprenant des pièces latines et irlandaises.

Écriture :

Fol. 6' (Texte latin : Hymne de Cuchuimne; préface en irlandais et commencement de VYnmnni dicat ; avec une ini- tiale ornée) J. Bernard et R. Atkinson, The Irish Liber H\in- nonnn, London, 1898, t. I, pi. i : éd. et trad., t. I, p. 18, t. II, p. 33 sq. Fol. d"-' {Magnificat) Westwood, P. S. P. {Ir. Bibl. Mss., pi. 11, 2). Fol. IS"" (Prière : Domine, domine, défende nos a nmlis; préface de l'hymne de Fiacc ; ini- tiale ornée : éd. et trad., Bernard et Atkinson, op. cit., t. II, p. 9-I-96, t. I, p. 31) Gilbert, I, pi. xxxii. Fol. IS'-lô'

(Hymne de Fiacc, en irlandais : éd. et trad., Bernard et Atkin- son, t. II, p. 97 sq., t. I, p. 32 sq.) Gilbert, I, pi. xxxiii et xxxiv; O'Currv, pi. q.. Fol. 19' (Hymne de Patrice, en irlandais;

Répertoire des fiic-siiniJcs ih's manuscrits Irlandais. 25

initiale ornée : éd. et trad., Bernard et Akinson, 1. 1, p. 133 sq., t. II, p. 49 sq.), Westwood, P. S. P. (Ir. Bibl. Mss., pi. 11, 2).

Lettres orxkes :

Gilbert I, pi. .kxxv et xxxvi ; j. H. Todd, The Book oj Hyiuns of the anc. Chiirch of Ircland (Irisb Archxiogical and Celtic Society), Dublin, 1855 et 1869, p. 11, 57, 73, 95, 123, 139, 151, 167, 172, 179, 191, 205, 256, 262, 268, 284.

9. H. I. 8 (xv^-xvr siècle) Annales d'Ulster et fragment des Annales de Tigernach en irlandais.

Écriture :

Foi. 12% col. I et 4 (Annales de Tigernach : éd. et trad. Whitley Stokes, The Annals of Tigernach, dans Rev. Celt., t. XVIII, 1897, p. 374-376) O'Curry, pi. 16, fig. aoet rr. Fol. 139" (Annales d'Ulster, de 1497 et 1498 : éd. et trad., Annals of Ulster, éd. B. Mac Carthy, Dublin, 1895, t. III, p. 412 sq) Gilbert, III, pi. lxxvii ; O'Curry, pi. 17, fig. vv.

10. H. I. 18 (xvii'^ siècle). Annales en irlan- dais.

Écriture :

Page 234 (Écriture de Duald Mac Firbis), O'Curry, pi. 22, ccc. p. 282 (Texte du Chronicum Scotoriini : éd. et trad., W. M. Hennessy, Chronicum Scotoruni, London, i8é6,p. 152- 157) W. M. Hennessy, (^/). cil. (frontispice).

11. H. I. 19 (xvr siècle). Annales de Kilronan, ou de Loch Ce, en irlandais.

Écriture :

Fol. 46' (Texte des Annales de Loch Ce : éd. et trad.,

W. H. Hennessy, The Annales of Loch Ce, London, 1870,

t. I, p. 408-409) O'Curry, pi. 18, xx. Fol. 47' (Idem :

éd. et trad., W. H. Henessy, 0/). cit., p. _|i4-4i9) W. H.

Hennessy, (1/). n7. (frontispice du t. F').

26 /.. Gougauiî.

12. \\. 2. 7 (xV siècle). Mélanges irlandais.

HCRITURH :

Fol. 196' ( Poème irlandais: éd. et trad. O'Currv, p. 658) O'Currv, pi. i ^, 1111.

i^. H. 2. n (xV'/.wr siècles). Mélanges irlan- dais.

Écriture :

Page 75 (Fragments grammaticaux; mots latins avec mots irlandais correspondants : éd. Whitley Stokes, Irish Glosses, a mediacval Tract ou Latin Declension, Dublin, 1860, p. 28- 33). Gilbert, III, pi. Lix.

14. H. 2. I) (xiv"-' siècle). Mélanges irlandais.

Écriture :

Fol. 1' (Texte juridique en irlandais, avec une initiale ornée) O'Curry, pi. 8, v : Éd. et trad., p. 655 Fol. 24' (Texte juridique en irlandais, Scuchns Môr : vassalité servile) Gilbert, III, pi. viii. Fol. 27' {Scnrhits Môr ; relations sociales) Ancient Laïus of Ircland. Dublin, t. II, pi. 2. Fol. 58-59' (Texte d'une langue artificielle basée sur l'irlan- dais) Kuno Meyer, The Secret Lan^nages of Ireland (^Journal of ihe Gypsx Lore Society, nouv. .série, t. II, 1909, fac-similé placé entre les pages 244 et 245). Texte édité par Whitlev Stokes, GoiiieJicn, London, 1872, p. 73.

15. H. 2. 16. Livre jaune de Lecan, écrit vers 1390. Mélanges irlandais.

Ce manuscrit a été intégralement reproduit en fac-similé par R. Atkinson: The Yelloiu Book ofLecnu, etc. Dublin, 1896.

Autres fac-si.milhs :

Col. 338|p. 3 27 du fac-similé d'Atkinson] (Prière deColga, en irlandais: éd. et trad.. Scitap chràhaid, dans Otia Met sciana\

Répiiloiiy lies fac- si miles des ituunisciils Irlandais. 2~

thc Publications of thc Arts Facnlty of University Collège Liver- pool, t. II, 1900-1901, p. 92-105) O'Curry, pi. aa. Col. 896 [p. 185 du fac-similé] (Aventures du roi Cormac, en irl.) O'Curry, pi. bb : éd. et trad. Wh. Stokcs, Irische Texte, Uh sér. I, Leipzig, 1891, p. 199 et 217. Col. 2 '1 3 et 244 [p. 418 du fac-similé] (Plan de la salle des banquets à Tara) Gilbert, III, XXIV ; G. Pétrie, On tbe history and antiqnities of Tara Hill, Dublin, 1839, pi. IX, en face de p. 207.

16. H. 2. 17 (xiv^' siècle). Mélanges irlandais.

Écriture :

P. 365 (Texte du Cogadh Gaedhel re Gallaibh : éd. et trad. J. H. Todd, Cogadh Gaedhel, etc. The War of thc Gaedhil luith the Gaill, London, 1867 p. 62-67) D. H. Todd, op. cit., pi. 2.

Je dois faire observer que certains exemplaires de l'édition de cet ouvrage donnée en 1867 ne contiennent point de fac- similé.

17. H. 2. 18. Livre de Leinster (Milieu du xir siècle). Mélanges irlandais.

Ce manuscrit a été intégralement publié en fac-similé par Robert Atkinson (Dublin, 1880).

Autres fac-similés :

Fol. 10'' |p. 20] (Récit de la fondation du palais d'Emain Mâcha ; avec une initiale ornée : éd. et trad. O'Curry, p. 526- 528) O'Curry, pi. 8, T. Fol. IS"" [p. 29] (Description de la salle des banquets à Tara ; avec une figure) Gilbert, II, pi. lui, avec traduction. Fol. 23' [p. 45] (Poème de Dubtach Ua Lugair; initiale ornée) O'Currv, pi. 8, u. Fol. 148' [p. 295] (Le Boroma de Leinster: éd. et trad. Wh. Stokes, The Boroma, dans Rev. Celt., t. XIII, 1892, p. 38-43) Gilbert, II, pi. Liv. - P. 309 col. I (Texte irl. du Cogadh Gaedhel re Gal- laibh ; avec une initiale ornée) J. H. Todd, Cogadh Gae- dhel, etc. The ITars of the Gaedhel ivith ihe G^////, London, 1867,

28 /.. ( ion i^ii 11(1.

pi. I'. - Fol. 173' 1^47] (Généalogies de saints irlandais) Gilbert, II, pi. LV, avec une traduction anglaise partielle.

18. H. 3. 17 (xvi/xvi'' siècle). Mélanges irlandais :

KCRITURE :

Col. 198-199 (Texte juridique) Gilbert, III, pi. lviii, avec éd. et trad. Col. 218-219 (Texte juridique glosé) Ancieut Lau's, t. II, pi. 3. Col. 765 (Passage du Tâiii Cualgne) O'Curry, pi. S, \v\v : éd. et trad. p. 508.

19. H. 3. 18 (xvi<^ siècle). Mélanges irlandais.

Écriture :

Page 47 (Histoire de Bailé Mac Buain. Éd. et tr. O'Curry p. _| 72-47 )) O'Currv, pi. 16, uu.

20. Livre de Mulling (viir' siècle ?) -. Évangéliaire et prières en latin.

Écriture :

Fol. 4' (Argument de l'évangile de S. Jean; av. une ini- tiale ornée) O'Currv, pi. 5, .m. Fol. 18^ (Mat. vi, 9 sq. : Pater uostcr) O'Currv, Pi. \ ; Westxvood, P. S. P. (Ir. Bibl. Mss. pi. II, é). Fol. 28' (Mat. xviii, 8-27) Gilbert, I, pi. XX, 2. Fol. 28' (Mat. xvm, 27-35 et xix, i-r6), Gil- bert I, pi.- XXI, I. Fol. 38" (Mat. xiii, 16-33) Lindsay, pi. VII. Fol. 48' (.Mat. xxvi, 58-xxn, 10) H. J. Lawlor, Chaplers on the Book of MiiJliiig, Edinburgh, 1897 (frontispice). Fol. 88' (Jean, ix, 8-x. 12) Lindsay^ pi. vm. Fol. 94' (Jean, xxi, 13-25) Gilbert, I, pi. xxi, 2.

Lettres ornées :

Fol. 101' (Début des fragments trouvés avec le Livre de Mulling et reliés à sa suite) Westwood P. S. P. {Irish Bibl. Mss : pi. II, 5).

1 . Tous les exemplaires de cet ouvrage ne contiennent pas ce fac-similé.

2. Les deux manuscrits suivants ne portent pas de cote.

Réf)crloiic dis fdc-si III lies ih's iiiiuiiiscrils h landais. 29

Autres peintures : Fol. 51 ■" (Portrait d'un cvangélistc) Gilbert, I,pl. xx, i.

21. Livre d'Armagh, écrit vers 807, Mélanges en latin et en irlandais.

Écriture :

Spécimens de l'écriture : Betham, pi. xii.

Fol. 16' (Texte latin : Additions à Tirechan : éd. Wh. Stokes. The Tripartile Life of St Patrick luitb olber Docu- ments, London, 1887, p. 335-336) O'Curry, pi. R ; Gilbert, I, pi. XXV. Fol. 18 (Textes latins et irlandais : Additions à Tirechan : éd. et trad. Wh. Stokes, op. cit., p. 342-349) O'Curry, pi. o; Gilbert, i, pi. xxvi et xxvii ; Betliam, pi. xii, n'' 2. Fol. 21' (Texte latin du Liber Angueli : éd. Wh. Stokes, 0/). cit., p. 35-I-356) O'Curry, pi. p. Fol. 36"' (Mat. VI, 7-32 : Pater en latin, mais écrit en lettres grecques) Gilbert, I, pi. xxviii, 2 ; Betham, pi. xi, 3 ; Westwood, P. S. P. (Jr. Bil'I. aMss., II, 10); Catholic Eucyclopaedia, t. I [1907], pi. en face de p. 734. Fol 102' (Jean, xviii, 20- XIX, 6) Lindsay, pi. ix. Fol. 104' (Jean, xxi, 20-25, avec un extrait de Moralia de S. Grégoire) Gilbert, I, pi. .xxix.

Lettres ornées :

On trouvera des fac-similés d'un grand nombre d'initiales ornées dans l'édition diplomatique, non encore publiée, du Livre d'Armagh, préparée par le D' Gwynn, aux fol. 20', 25', 70', 91', 106', 109', 116', 123 , 128', 130', 133', 135', 136 , 137 , 139', 139 , 141', 142% 143, 144, 151', 153', 155', 156 , 158 , 158 , 159', 172', 192', 192', 201', 215', 220'.

Fol. 33' (Mat. 1, i : Liher i^eiieralioiiis) Gwynn, Book of Armagh, fol. 33'; Betham, pi. xi, n" 2. - Fol. 33'' (Mat. I, 18 : Chrisli aiitein geiieralio^ Betham, pi. xii, ^ ; Gwynn, 33\ Fol. 55' (Marc, i, i) Betham, pi. xii, i ; Gwynn, 55'. l'ol. 161' (Début de l'Apocalypse) Betham, pi. xi,

50 /,. (iow^dild.

Il" i; \Vc•^,t\vood, P. S. P., (II. Bibl. Mis.; pi. ii, 9); G\\ ynn, 161'.

Al'TRHS PKINTURES :

Fol. 32' (Hmblcmes des quatre évangélistes) Betham pi. x; Gilbert, 1, pi, xxviii, i; CalhoUc Eiicychpacdia, t. I [1907] pi. en face de p. 734, Gwynn; 32\ Fol. 54' (Lion ailé) Gwynn, 54'. Fol. 69' (\'eau ailé) Gwynn, 69'. - Fol. 91' (Aigle) Westwood, M. 0., pi. 53, fig. 10; Gwynn 9^.

Le « cumdach » du Livre d'Armagh est perdu, mais on conserve, à Trinitv Collège, un sac de cuir très travaillé, le manuscrit était autrefois renfermé. Ce sac est figuré dans les ouvrages suivants : G. Pétrie, The Ecclcsiastical Architecture of Ireland... coinprisiiig an Essny on... the Round Tcncers of Ire- land. Dublin, 1845, p. 329 et 330; Richard Loweît, Irish Pictures drawn luilh peu and peiicil, London, 1888, p. 29 ; The Bock of Trinity Collège, Belfast, 1892, p. 164; P. W. Joyce, A Social History of aiicienl IrelanJ, London, 1903, t. I, p. 488.

II

BIBLIOTHKaCK DH UACVOrlMIE ROYALl- D'IRLANDE

I. 23. F. 25. Leabhar na h-Uidre. ou Livre de la vache brune (xi*-' xii"^^ siècle). Mélanges irlandais.

Ce manuscrit a été reproduit tout entier en fac-similé : Leabhar na h-Uidri, etc., Dublin, 1870.

Autres fac-similés :

Fol. 19' [p. 37 1 (Fiistoire de la résurrection du genre humain et prière pour Moelmuire, en irlandais : éd. et trad., Wh. Stokes, Tidings of the Résurrection, dans Rev. Gel t., t. XXV, Ï90.J, p. 250-255) Gilbert, I, pi. xxxix ; O'Curry, pi. 9, fig. w (Prière seulement chez O'C). Fol. 22"^ et 22' [p. 4^ et 44J (La maladie de Cuchulain, en irl.) Gilbert, I, pi. xxxvii et xxxviii : y..O' Currv, The Sick-hed of Ciichnlainn

/?<•/>«'/■/( >/;r lies fiic-siniilcs tits iiiaiiiiscrih Irlitiidais. 51

{Atliiiilis I et II, 18)8-1839) : trad. G. Dottin, Ciichulaiini malade et alité chez d'Arbois de Jubainville, L Epopée celtique en hlamie, Paris, 1892. Fol. 27'" [p. 55] {Tâin Cnalgne, avec une initiale ornée), O'Curry, pi. 7, s : éd. et trad. p. 654-6')5.

2. 2^ F. 13 {\\\-~' siècle). Fragment d'un traité d'as- tronomie en irlandais ; titres des chapitres en latin.

Écriture avec un diagramme :

Fol. ô"" du fragment [p. 312J (Traité d'astronomie) O'Cur- ry, pi. 13, gg; Gilbert^ III, pi. xxiii.

3. 23. P. 2. Livre deLecan (xv^ siècle) Mélanges irlandais.

Écriture :

Fol. lO"" [p. 19] (Synchronisme des diverses colonisations irlandaises avec les rois des autres nations, en irl.) O'Curry, pi. 14, fig. II. Fol. 77^ [p. 144] (Généalogies en irl.) O'Curry, 14, jj. Fol. ISS"" [p. 309] (Traité de grammaire en irl.) O'Curry, 14, kk. - Fol. ISG'- [p. 378] (Traité sur les privilèges des rois d'Ulster et de Tara, en irl.) Gilbert,

III, pi. XLV.

Lettres ornées :

Alphabet constitué au moyen des initiales peintes du Livre de Lecan chez Gilbert III, pi. xlvi.

4- 23. P. 3 (1467). - Mélanges irlandais.

Écriture :

Fol. H- (Colopht)n du ms. Ct". Wii. Stokes, The Marlyro- logy of Oengiis, London, 1905, p. xx) O'Curry, pi. 15, 00.

)• 23. P. 12. Livre de Ballymote -- Ecrit en 1390. Mélanges irlandais.

Ce manuscrit a été intégralement publié en fac-similé litho-

52 L. Gotigniitl.

graphique par Robert Atkinsoii, Th^ Bwkof Ballyinolc, a Col- lection oj pièces in tbc Iris h Liinguage, etc. Dublin, 1881.

ÉcRiTURi-: :

Fol. 11' |p. 21] (La première femme qui trouva Erin, texte irl.) O'Curry, pi. 9. x : éd. et trad., p. 65e. Fol. 34'' [P- 67] (Généalogie, des O'Xeill, texte latin et irl. ; avec deux initales ornées, Gilbert, III, pi. xxv. Fol. 132' [p. 263] (Description du roi Cormac mac Airt, en irl. ; av. une initiale ornée) O'Curry, pi. 10, y : éd. et trad. Wh. Stokes, Irische Texte, y sér., I, Leipzig, 1891, p. 185 et 203. Fol. 176' [p. 352] (Prière irl. de Cinded lia hArtagàin) O'Curry, pi. 10, z : : éd. et trad. E. Gwynn, The Metrical Dindsenchas, Dublin, 1906, V part., p. .|6 sq.

Lettres ornées : Choix de lettres ornées chez Gilbert, III. pi. xxvi et

XXVII.

Fac-similés des oghams contenus dans ce manuscrit chez Atkinson, Sonie Account of Ancient Trea lises of Ogbani zi'riti)ig iUustrated hy tracings froni Ihe Original Mss. {Joiirn. of the Roy. histor. and arcbaeol. Association of Ireland, 4"^ série, t. III, 1876, p. 202-236, pi. 1, II, III et iv).

6. 23. P. 16. Leabhar Breac, ou Livre tacheté, (xiv siècle). Mélanges en latin et en irlandais.

Ce manuscrit a été reproduit intégralement en tac-similé : The Leabhar Breac the Speckled Book, etc., 1 parties, Dublin, 1872-1876.

HCRITL'RK :

Fol. 38'' |p. 7)1 (Prologue et préface du Félire d'Oengus. en irlandais, avec trois initiales ornées : éd. et trad. Wh. Stokes, The Marlyrology of Oengns the Cnldee, London, 1905, p. I sq et 17) Gilbert, III, pi. xxviii ; O'Curry, pi. 12, ce, DD. Fol. A2' |p. 84] (Félire d'Oengus : 17 mars : éd. et trad. Wh. Stokes, ('/>. cit., p. 82) O'Curry. pi. 12, ee.

Réperloirc des fiic-siniilés des manuscrits Irlandais. 33

Lettres ornées : Choix de lettres ornées chez Gilbert, III, pi. xxix.

7. Leabhar Breac II, fragment du Leabhar Breac (cf. H. d'Arbois de Jubainville, Essai d'un catalogue de la littérature épique de r Irlande, Paris, 1883, p. xlvii). (xiV siècle). Mélanges irlandais.

Ce fragment a été reproduit en tac-similé à la suite de la publication en fac-similé du Leabhar Breac donnée en 1876, 2"" partie, p. 263-280.

P. 3 du fragment =^ p. 265 du tac-similé (Glossaire de Cormac) Gilbert, III, pi. xxx : éd. Wh. Stokes, ïhreelrisb Gloss- aries, London, 1862, p. 10-14; trad. O'Donovan, Coniiacs Glossary, Calcutta, 1868, p. 33-42.

8. 24. Q. 23 Domnach Airgid (viii'^ siècle ?). Évangéliaire latin :

Ecriture :

Fol. 1^ (Mat. I, 1-3) Gilbert, I, pi. 1. Fol. 2' (Mat. I, 15-17) O'Curry, pi. i, a. Fol. 14 (Marc, 11, 2-6) Ber- nard, On the Domnach Airgid Mannscript (Trans. oj the Royal Irisb Acad,, t. XXX, 1893, pi. xx). Fol. 14^ (Marc, in, 21-25) Bernard, op. cit., pi. xx.

Le « cumdach » de ce manuscrit est conservé au National Muséum de Dublin. On le trouvera reproduit dans les ouvrages suivants : G. Pétrie, An account oj an ancienl Irish Relicjuary called the Domnach Airgid {Transact. of the Roy. Irish Acad., t. XVIII; Antiquities, 1839, pi. i, 2, 3 et 4) ; Le même, Christian inscript., t. II, pi. xlv, fig. 93; J. E. Mac Kenna, The Clogher Relies ÇUlster Journal of Archœology, nouv. série, t. VII, 1901, p. 120-123); George Coffey, Guide to the Celtic Antiquities of the Christian Period preserved in the National Muséum, Dublin, Dublin, 1910, pi. xvii.

9. D. II. 3. Missel de Stowe (ix^xi" siècle). Mis- sel, rituel et évangéliaire; textes latins et irlandais.

Revue Celtique, XXX/F, }

54 1-- Gouginid.

Le missel qui forme la partie principale Je ce manuscrit a

été publié intégralement en fac-similé par M. G. H. Warner :

The StoiL'c Missal {licnry Bradsbaiu Sockly) t. I, Facsitnilc, London, 1906.

HCRITURR :

Spécimens des diverses mains : B. Mac Carthy, On tbe Stowe Missal {Tram, of tbe Roy. Irisb Acad., t. xxvn, Literature and Antiquities, t. VII, 1877-1886, pi. vi. Fol. 20 (Texte du missel) F. E. Warren, The Litiirg\ and Riliial of tbe Ccl- tic Church, Oxford, 1881 (frontispice).

Le « cumdach » du Slowc Missal appartient à l'Académie royale d'Irlande. Il est représenté dans les ouvrages suivants : Ch. O'Connor, Rcniin bibernicarnm scriptores veteres, Buckin- ghamiae, 1814-26, t. II, à la fin du volume; Catalogue of tbe important Collection of Manuscripls froni Stoiuc..., London, 1849, en frontispice et à la fin du volume; Westwood, M. O., pi. 51 n" 9 (détail); Pétrie, Christ. Ins., t. II, pi. xliii et XLiv et fig. 91 a (p. 95) ; Margaret Stokes, Early Christian Art in Ircland, fig. 37 (p. 95).

10. Liber flavus Fergusiorum ' (xv^ siècle). Mélanges irlandais.

FCRITURK :

Vol. I, fol. 11 [64} (Histoire de Maelsuthain ; texte irlan- dais), O'Curry, pi. 14, fig. ll.

11. -- Livre de Fermoy (xv^ siècle). Mélanges irlan- dais.

Écriture :

Fol. 109' [nouvelle pagination, p. 178] (Première strophe d'un poème irlandais attribué à Mo-Cholmoc : éd. et trad., Wh. Stokes, The Voyage 0*' ihe Hiii Corra, dans Rev. Celt., t. XIV, 1893, p. 62-6 ^

I . Ce manuscrit et les Jeux suivants sont dépourvus de cote.

Rcpciiolir des fac-similés des maïuiscrils hhiidais. 55

12. Cathach, ou Psautier de Saint Columba, (vir* siècle (?). PsiUiticr latin.

Écriture et initiales ornées :

Fol. IQ' (Ps. 53, 3-5) O'Currv, pi. i, fig. b. Fol. 41'" (Ps. 80, 2-12) Gilbert, I, pi. m," i. Fol.^48'- (Ps. 89, 15- 17 et Ps. 90, 1-7) Gilbert, I, pi. m, 2. - Fol. 48'^ (Ps. 90, i) Westwood, P. S. P : Ir. Bibl. Mss., 11, 8. Fol. 50^ (Ps. 94, i-ii) Gilbert I, pi. iv, i. Fol. 51' (Ps. 95, i-ii) Gilbert, I, pi. iv, 2. Fol 54'' (Ps. 103, 1-2), Betham,

pi. VIII.

Le « Cumdach » du Psautier de Saint Coluviba appartient à la Royal Irish Academy. On le trouvera représenté dans les ouvrages suivants : Betham, pi. vu ; G. Pétrie, Christ. Ins., t. II, pi. XLii, fig. 90.

III

BIBLIOTHÈQUE DU COUVENT DES FRANCISCAINS (MERCHANTS' QUAY)

1. Liber hymnorum (xr/xii'^ siècle). Hymnes en latin et en irlandais.

Écriture :

Fol. 14' (Hymne latine à la louange des saints Pierre et Paul ; préface en irlandais et commencement de l'hymne de Colman : Sén Dé; avec nne initiale ornée) Bernard et Atkin- son, The Irish Liber Hyiiuioriiin {Henry Bradshaiu Society), Lon don, 1898, t. I, pi. II : éd. et trad., t. I, p. 198-199, 25 sq. t. II, p. 12 sq.

2. Fragment du Livre de Leinster (xii'^ siècle). Martyrologe de Tallaght, en irlandais.

Tout ce manuscrit a été publié en fac-similé par R. Atkin- son dans The Book of Leinster, Dublin, 1880, p. 355-376.

56 L. Goiigtiiid.

CHATEAU Di: LISMORE '

Livre de Lismore (seconde moitié du xv<^ siècle). Mélanines irlandais.

Écriture :

R)l. 30' (Passage de la vie de S. Findchua de Bri-Gobann) Wh. Stokes, Lives of Saints fivni the Book of Lismore {Anec- dola Oxonimisia). Oxford, 1890 (frontispice) : éd., p. 96-98; trad., p. 244 246. Fol. 106' (Histoire de la guerre de Cel- lachân contre les Danois ; avec une initiale ornée) Gilbert, III, pi. LVii ; O'Curry, pi. 16, ss. Cf. E. O'Curry, On the Mnnncrs and Cnslonis oj the nncienr Irish, London, 1873, t. II, p. 276 et W'h. Stokes, op. cit., p. xxxii.

APPENDICES I

Il existe deux « cumdach » de manuscrits irlandais actuel- lement perdus : Le cnnidach du Calendrier de Cairnech, appelé Mecshac ou Miosnch, qui est maintenant la propriété du collège de Saint-Columba, à Rathfarnham, près Dublin. Il est représenté chez Betham, pi. ix. 2" celui de l'évangéliaire de Saint Molaise {Soiscel Molnise), qui se voit au Nalional Muséum de Dublin. Il est figuré dans les ouvrages suivants : Pétrie, Christ. Ins., t. II, pi. xlii, fig. 89; Richard Lowett, Irish Pic! lires druwn n-ith pen and penciJ , London, 1888, p. 39; Westwood, M. 0., pi. 53, n'' 6; Marg. Stokes, EarJx Chris- tian Art in Ireland, fig. 36 (p. 93) ; La même, Ohscivations on tivo ancient Irish uvrks of art, àzns Archaeoh-)gia, t. XLIII, 1871, pi. xix, XX, XXI et fig. de la p. 150; George Cofiey, Guide to the Celtie Antiquities of the Christian Period preservcd in the natio- nal Muséum, Dublin, Dublin, 19 10, pi. mu; J. R. Green, 5"/a);7 Hist. of the Engl. people, London, 1892. t. I, p. 120.

I. Propriété du duc de Dcvoushire, dans le comte de W.uerford.

Rt'prrloiir lirs fnc-siiiillcs dt's iiininiscrils irlaiulaii. ^7

II

On trouvera dans les deux ouvrages suivants de Henry O'Xeill des planches de lettres ornées tirées de divers manu- scrits irlandais de Dublin : The Fine Ails and Civiliiation of ancienî Ireland, London et Dublin, 1863, p. 64 Ql Gy, A Des- criptive Cataloîiue of lUiistrations of ihe Fine Arts of Ancient Ireland, Dublin, 1855 (frontispice).

m

Addenda. Fac-similés du Livre de Kells : Maunde Thompson, Handhook of Greek and Latin Palacography (Lon- don, 1893); le même An Introd. to Greek and Lat. Pal., Oxford, 191 2, p. 375 ; Reusens, Eléments de paléographie, Louvain, 1899, p. 48 ; J. R. Green, Shorl History, p. 44. Codex Usserianus : M. Thompson, Handhook, p. 373. Livre d'Armagh : M. Thompson, Handhook, p. 378. Lea- bhar na h-Uidre : R. I. Best, Notes on the Script of Lehor na h-Uidre, dans Érin, t. VI, 191 3 (7 planches). Liber Hym- norum (bibl. des Franciscains) : Gilbert, IV, 2, Append., pi. XXI. Psautier de S. Caimin : xr s. ? (Franciscains) : Gilbert, ihid.. pi. xxii.

L. GOUGAUD.

LES THTHS COUPHES LES TROPHÉES EN GAULE

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Depuis qu'à la lumière de l'ethnographie comparée on com- mence à mieux comprendre les coutumes des populations celtiques, trop souvent faussées par les explications qui les comparaient aux usages de la civilisation classique au lieu de les rapprocher de ceux des populations sauvages ou à demi-civili- sées, l'interprétation de certaines sculptures et de certaines monnaies a fait parler du rite celtique des têtes coupées. Mais on n'a pas encore assemblé, dans une étude systématique, l'en- semble des textes et des monuments qui peuvent nous éclairer sur cette coutume. Au cours de recherches sur le caractère reli- gieux dont les guerres, avec les armes qu'on y emploie et les conventions qui les règlent, étaient revêtues à l'origine, il m'a semblé que la meilleure fiiçon de retrouver la valeur originelle de ce rite des tètes coupées serait de grouper tous les documents qui le concernent autour des quelques textes précis et des monu- ments bien connus qui en montrent la persistance en Gaule à la veille de la conquête romaine. On espère qu'ainsi comprise cette étude ne se bornera pasà fournir une interprétation exactede ces textes et de ces monuments plus souvent allégués que bien expli- qués; quelque lumière en pourra rejaillir sur l'ensemble des rites et coutumes concernant les trophées de guerre dont l'importance pour l'histoire de nos origines n'a pas besoin d'être signalée.

1. Le troplicc au scalp du sarcophage Amnicndola.

Pl. il

2. Une des têtes coupées de TArc d'Orange.

Les ti'h'i coupées. Î9

Commençons par traduire et par commenter les deux textes capitaux de Diodore et de Strabon. On sait qu'ils résument celui de Posidonios d'Apamée qui voyagea en Gaule une dizaine d'années avant la conquête romaine (v. 80-70). Mais on ne se dit peut-être pas assez que les observations de ce philosophe stoïcien doivent être traitées avec le même respect que celles d'un Mac Lennan, d'un Skeat ou d'un Taylor.

Voici donc ce que Posidonios nous dit d'après Diodore, tra- duit aussi exactement que possible ' : « Aux ennemis tombés ils coupent la tête et l'attachent au cou de leurs chevaux. Quant aux dépouilles maculées de sang, ils les remettent à leurs écuyers et les emportent en butin - en exécutant une marche triomphale et chantant un hymne de victoire ^ ; pour

1 . Diodore, V 29, 5 : Twv nsjovTojv -oÀ^ja-wv -t.; xsiaÀà; a^a'.poOvrs: -ï^'.ârtojT; Toï: àu/ia'. iwv ï~-Mr -k o\ axuXa toï; 6îpâ~oua[ -aoaoo'v-s; fi'xaytxÉva, Àaç-jpaYWYOÎjcitv, £n;-3t'.av;rovteç xa'. àoovTs; "uavov i-Kivv/.iov, y.7.1 à/.poOîv.a TaijTa Ta?; oî/.iai; -poariÀoy-jiv w^-sp o'. iv zuvriyîai; xtijl •/.£■/ £'.&w|X£vo'. -ri Or,p;a. TwvôH-içavcaTaTwv ::oÀcaûijv y.£op(ôaavi£; (ici le Fiiido- bouetisis II ajoute zal z£op'vo) (ir[y.ri '£v€aXÀdvT£:, glose née d'une interpréta- tion erronée de /.îopwaavTîç) xà;-/.£çaXà; '£-ia£Ào); TTipojT'.v £v Àâova/.i, xal to-.; Ç£vo;; £-;Ô£'.-/.vjO'J3l, a£u.v'jvfJa£vo'. ô-.OTt -^JOi tt^; ■/.£oaÀTJ; xiov rooYoVov xi; rj zzxf,p xal ajxôç -oX?.à /pTjaaxa oiodasva ôux ïXaSe. <i>aal 8= xtvo; aùxwv za-j/à^Oat ô'.dxi /pjaôv àvxtaxa9;j.ov x^; zs^aÂrj; oùx âSéfavTO, ÇapÊapdv xiva |j.£YaÀo'i-j-/tav '£n'.0£'.xvja£vor y^p "^^ '('■^i "''^Xîïv a'jjirju.a x/^ç ap£x% £jy£V£;, iX\i -oX£a£Ïv xo ôadouXov x£X£À£'jxy|XÔ; GrjptwSs;.

2. On ne considère donc proprement comme butin, Ààçupov, que les vêtements. On distingue la tête et les armes pour leur faire un sort particulier. Les têtes sont tenues pour des prémices, àxpoOtvia. Diodore n'a pas employé ce mot sans raison : pour des Grecs de son temps le Àâs'jpov c'est le butin que les soldats se partagent, les àxpoOîv.a les pré- mices réservés aux dieux, exactement le haut du ou des tas formés avec les dépouilles. On verra que les Gaulois avaient précisément l'habi- tude de former un monceau de toutes les dépouilles.

5. Ici aussi, il ne faut pas confondre les deux termes employés. Chacun doit avoir sa valeur propre : puisque à'oovxj; ù'avov iTZ'.vLX'.ovne peut désigner que le chant de victoire c'est Vovaiiles nioris siii carminé et Vovantes tout court des textes de Tite Live cités plus bas (peut-être le rappel des victoires des ancêtres comme le font les Coralles de Val. Flaccus, X, 90), "EJitTzaiavtTovxe; doit désigner la danse guerrière qui l'accompagnait. Notre terme de marche triomphale a précisément le même double sens : à la fois un pas particu- lier et l'air qui le cadence. Ces danses guerrières comprenaient des hurle- ments et des bondissements cadencés, des entrechoquements de glaives et boucliers comme il résulte de Liv. V, 38 ; VII, 23 ; XXI, 28 et .\2

.jo Adolphe Rciiinch.

les trophées ils les clouent à leurs maisons comme on le tait à l'égard de certains animaux tués à la chasse '. Pour les têtes des ennemis les plus illustres, ils les embaument soigneuse- ment avec de l'huile de cèdre et les conservent dans une caisse. Ils les montrent aux étrangers en se glorifiant de ce que telle tète, l'un de leurs ancêtres, ou leur père ou quelque autre, n'a pas voulu la vendre, quelque argent qu'on lui en offrît. Il en est même qui se vantent de ne pas avoir voulu céder une tête pour son pesant d'or, montrant en cela un orgueil de sauvages ^ Car, s'il est noble de ne pas mettre à prix les insignes de la bravoure, faire la guerre aux gens de sa race même morts, c'est un acte de bête féroce \ »

Cette réflexion dénote bien le philosophe stoïcien et la façon dont est rappelée la jactance des Gaulois a toute l'allure de souvenirs personnels. Cette impression est confirmée par le texte de Strabon : « A cette absence de réflexion Stra-

XXIII, 56; XXV, 17; XXXVllI, 17; Polyb. II. 29 et 50 (il emploie aj;xna'.av{^ovTo;) : III, 45 ; VI, 24; Sil. Ital. VII, 346; IV, 215 ; X, 250; App. CeU. 8 ; Tac. Hisl. IV, 18 (peut-être aussi le choc de talons de lances en forme de sphères creuses, cf. Rcv. Et. Ane, 1912, 282).

:. Littéralement, il faudrait traduire comme ceux qui coupent pour eux les animaux titins certaines chasses. Dans l'antiquité, comme aujourd'hui, tous les animaux n'étaient pas admis dans les trophées de chasse : les monu- ments ne montrent guère fixés aux arbres de Diane chasseresse que des têtes d'animaux à bois ou ramure ou des têtes de bêtes féroces, ours, loups ou sangliers (cf. Roscher, Lexikon, I, 311 ; Boetticher, Baumkultus). Les textes apprennent qu'on y clouait la peau, la tète et les pieds (Diodore, IV, 22 ; Schol. Aristoph., Plutus. 943 : Philostrate, Iniai;. I, 28 ; Anth. lat. VI, 96, m, 112, 255).

2. On pourrait aussi comprendre « une sorte de grandeur d'àme bar- bare »; mais le sens péjoratif ne semble plus indiqué par le contexte.

3. Ce qui, dans l'esprit de l'auteur grec, est digne d'une bête féroce, c'est non pas de tuer un concitoyen, mais de le poursuivre même après sa mort. On sait quelle horreur avait causé, chez les Grecs habitués aux trêves permettant d'ensevelir religieusement ceux qui étaient tombés dans le combat, l'indifférence des Gaulois comme des Romains en ces matières. Les Grecs adressaient aux Romains les mêmes reproches après la défaite de Philippe V à Kvnoscéphales (Liv. XXXVI, 8) et celle d'.\ntiochos III aux Thermopvles (d'où la légende de Scipion, le vainqueur, dévoré en punition par un loup, comme je l'ai montré Bull. Corr. Hell., 1910, p. 277). Pausanias, X, 21, s'étonne de même que les Gaulois aient « tenu pour indifférent d'être ensevelis à terre ou d'être la proie des bêtes fauves et des oiseaux de proie ».

Les It'ti's coupées. 41

bon vient de rappeler que les Gaulois sont aussi insuppor- tables d'orgueil dans leurs victoires que vite accablés par la détaite s'ajoute une coutume barbare et inhumaine, qui se retrouve chez la plupart des nations du Nord : au sortir du combat ils suspendent au cou de leurs chevaux les tètes des ennemis qu'ils ont tués et les rapportent avec eux pour les fixer en spectacle au grand portail de leurs maisons '. Posi- donios dit en avoir été souvent témoin et avoir été long se faire à cette vue ; toutefois, l'habitude avait fini par l'v rendre insensible. Quant aux têtes des grands person- nages, ils les montraient aux étrangers conservées dans de l'huile de cèdre - et se refusaient à les vendre, fût-ce au poids de l'or. Les Romains ont mit un terme à ces pratiques ' »

1. IIpor:jÀa;a ne doit pas ùtrc rendu par porte comme le fait Tardieii dans sa traduction française ou par vestibidis aedium selon la trad. latine du Didot. Il s'agit d'une porte qui est au devant de celle de la maison ; je penserais à celle de la cour qui s'étendait au devant des bâtiments plutôt qu'à des auvents en bois ombrageant et précédant la grande porte comme le fait Jullian, Hist. de la Gaule, II, p. 322, 5. Nous verrons que la signification religieuse de ces trophées implique qu'ils soient placés sur le seuil même, du moins sur ce pourtour de la propriété qui en formait la limite sacrée.

2. On aurait mettre ce fait davantage en lumière : l'huile de cèdre est celle dont les Égyptiens se servent pour embaumer (Hérod. II, 81 ; Diod. I, 91, 6; Plin. XXIV, 17; Dioscor. I, 105) sans doute parce que Osiris pas- sait pour avoir été enseveli dans un cèdre (cf. K. Sethe, Ae^ypt. Zeitschrift, 1908, p. 13). Les anciens celtomanes y voyaient une preuve de plus des connexions lointaines entre Gaulois et Egyptiens ajoutera celles que j'ai rappelées, Rev. d. Et. aiic., 191 1). Ce qui est certain, c'est que le cèdre ne poussait qu'en Syrie et en Cilicie, en Chypre et en Crète, en Afrique, peut-être aussi en Phrygie et en Thrace. Si ce n'est pas un autre arbre résineux que Posidonios désignait sous le nom de y.sôpo; (il est confondu notamment parfois avec le genévrier), le fait rapporté est a ajouter à tous ceux qui montrent l'étendue des relations commerciales des Gaulois : leurs frères de Thrace, de Phrygie ou d'Egypte n'avaient-ils pu leur faire con- naître la recette ? Les Perses savaient aussi embaumer la tète de leurs enne- mis, comme il résulte de ce qu'Hérodote écrit de la tète d'Histiée, II, 30.

5. Strabon, IV, 4, 5 : OoriacaT'. 03 -f, àvo(a zal pâp6a_ociv /.al 'cV.S'jÀ'jv, 0 Toï; 7:poaooppo'.; "sOveî; ::apa/.oÀO'jO:ï -/.£r3iov, à-ô xf,; [^^yjli olt.wzol; xiç /.sçaÀà; xwv noÀcaîojv IÇa;:xc'.v i/. X'ov aûyÉvojv xôiv "ir.Tzoiv, y.oaîaavxa; -poa-axxaÀEJî-.v xo?; Tîpo-uÀxio!;. «tri^l youv rioistBfôvto; ajxo; îoéïv xa'jxr,v xt,v Oiav -oÀÀayou, zal ukv îipâSxo'- àrfi'Xs'^^ix:, •xc-'x xauxa î>£p£'.v "piw; otà xf,"/ auv/jOitav. Ta; xwv îvooç'dv -/.îyaÀxç y.cOoo'jvxs; c-soîiV.vjov xoï; çevoï;, zal oyo'c ~oôz '.•joxxa'.ov yp'jaov ar:oÀ'jxpoijv r.z'ji'j'i . Kaî xoJX'Dv o'ïrajiav aOxo'j: T*'o'j.aïo'..

42 .hlnlphe Rt-iiituh.

On ;i montré ailleurs ' que cette dernière remarque a être ajoutée par Strabon, quand, vers l'an 21, il mit la dernière main à son œuvre. Hlle nous fournit la limite extrême pour l'usage de la décollation de l'ennemi tué.

L'usage, ainsi constaté pour les Gaulois du temps de César, remontait au moins à ceux du iV^ siècle. En 295, avant cette bataille deSentinumoù Décius n'allait pouvoir arracher l'armée romaine à la fureur gauloise qu'en se dévouant aux dieux infer- naux, une légion entière fut surprise par les Gaulois et anéantie jusqu'au dernier homme. Lesconsulsn'en furent avertis que lors- qu'ils furent en vue des Gaulois, fiim in conspcctufuere Gallorum équités, pectoribiis eqHontm siispensa gestantes capilael lanceis in fixa, ùvantesques nioris sui carminé -. Si les cavaliers portaient les têtes coupées au poitrail de leurs montures, c'étaient sans doute des fantassins qui les fichaient à la pointe de leurs lances. Quelques annéesplus tard^ même coutume chez les Gaulois qui envahissent non plus l'Italie, mais la Grèce : la tête du roi macédonien vaincu, Ptolémée Kéraunos, est promenée par les vainqueurs au bout d'une pique, îancea fixiini lola acie, ad terrorcm hostiuni cir- cumferlur >. Avant Télamon, on voit les Gaesates rapporter à leurs rois la tête du consul Atilius tué dans un engagement '.

Une troisième variété du rite qui nous occupe est signalée par Tite Live à propos de la surprise où, en 216, le consul L. Pos- tumius périt avec deux légions sous les coups des Boïens: spolia corpoiis caputqne ducis praecisiini Boii avanies leniplo, qnod sanctis- sininin est apiid eos, intukre : purgato inde capite ut nuu iis est, calvani aura caelavere. Idquc sacrum vas iis erat, quo soïemnihus îiharcnt ; pocui unique idem sacerdoti esse ac templi anlislibus \

1. Cf. A. Reinach, Kn'iie arcJk'olop'qiie, 191 2, II, p. 230.

2. Tite Livc, X, 26, 1 1. 5. Justin, XXIV, 5.

4. Polybc, II, 28(156), Cf. III, 67 (les Gaulois agissent de nicme après la bataille du Tésiii).

5. Liv. XXIII, 24. C'est d'après lui que Silius Italicus écrit, Pnii., XIII, 481-2.

.-il CdtiW vacui capilis circumdare gatideiil Ossa (iiefas) aino, ac vieiisis ea pociila serra ni. Kroum le Bulgare buvait de même dans le crâne de Nicèphorel enchâssé

d'un cercle d"or. Cf. p. 47. Pour la discussion de ces testes, voir la

seconde partie de ce travail.

Les Ich's l'oiipccs. 45

C'était donc une habitude des Gaulois que de consacrer dans leurs temples la tète coupée du chef ennemi : on garnissait d'or le crâne et il servait ainsi aux prêtres et à ses acolytes pour les libations solennelles. C'est évidemment à cet usage que fiiit allusion Florus, quand, parmi les traits de férocité dès Gaulois Scordisques, il rapporte qu'ils propitiaient les dieux par du sang humain et buvaient dans des crânes, Jitarc lUis sanguine hnniano, bibere in ossibus capitiun '.

Avec les Scordisques nous sommes sortis des Gaules.

Nous avons vu, d'ailleurs, que, selon Posidonios, cette cou- tume aurait été répandue chez la plupart des peuples du Nord. Un ùisceau de textes vient corroborer son affirmation.

Chez les Germains, dans la plus fameuse de leurs victoires, celle de la forêt de Teutobourg, le rite a être appliqué. Ger- manicus, en l'an 21, retrouve, au milieu des ruines du camp de Varus, les ossements blanchis des morts, à l'endroit même ils avaient succombé, les fragments d'armes, les membres des chevaux, « des têtes fixées aux troncs des arbres et, dans les bois voisins, les autels sur lesquels les Germains avaient immolé les tribuns et les premiers centurions - ». Il est manifeste que les Germains ont jeté sur le champ de bataille un de ces interdits religieux qui empêchent d'y rien toucher ' : tout, consacré aux dieux, était resté en place.

1. Florus, III, 4, 2. Ammicn emploie presque les mêmes termes, XXVII, 4, 4 : hostiis captivoriim Belloiiae litanies el Marti, humanunqite, saiiguineiii in ossibus capitum cavis bibeiites avidius, cl Orose, ^^8 : raptis, cum poculo opiis esset, Immanorum capitum ossibus cruentis capillatisque aclhuc ac per inlcriores cavernas iiiale effuso ccrcbro oblilis ulebanliir (cf. Landulfus dans les Auclores antiquissimi, II, p. 275 des Monumenta Germaniae). L'usage de boire dans un crâne était pratiqué en Gaule dès l'époque paléolithique (Breuil et Obermaier, UAiilhropologie, 1909, 210-525); on le retrouve dans des tombes de l'époque du bronze {Bonner Jahrb., IX, p. 151, XXX, p. 214, LVII, p. 185) ; il est attesté en Syrie vers 570 (l'évêque de Jéru- salem Jacob buvant dans le crâne de la martyre Théodota) et vers 1108 pour Tugtakin de Damas, (cf. Kremer, Miltelsyiieu, p. 58) ; on l'a signalé chez les Fidjiens, Andamans, Fuégiens, chez les Konds de l'Inde, au Nou- veau-Mecklembourg, en Guinée ; on trouve aussi chez les sauvages beau- coup d'amulettes faites avec des crânes, cf. L'Anthiopoloi^ie, 1898, p. 592; Z.f.Ethnol, XLII, p. 638.

2. Tacite, Ann. I, 61 : Truncis arhoruui antefixa ora.

3. Peut-être était-ce le résultat d'un vœu antérieur. Ainsi, au dire de

44 Adolphe Rciiiacb.

Comme l'armée maudite, toute entière, surtout ses chefs, devait leur appartenir, on avait immolé sur des autels les offi- ciers prisonniers : que ce soient leurs têtesqu'il faille reconnaître dans celles qui étaient clouées aux arbres, j'en verrais un indice dans le soin que les Germains prirent de couper celle de Varus : ils allèrent jusqu'à l'exhumer pour qu'elle ne manquât pas à leur triomphe '.

Cette coutume persista dans les régions rhénanes chez les Alamans : on voit Grégoire le Grand écrire à Brunehaut d'empêcher « les holocaustes sacrilèges de tètes coupées ^. » Le scalp, ce que l'on appelait la decalvatio, paraît aussi pra- tiqué cliez les envahisseurs d'Outre-Rhin ' : capillos et cutem

Florus, IV, 12, avant de partir en guerre contre Drusus, les Chérusques, les Suèves et les Sicambres s'étaient, en brûlant vifs vingt centurions, partagés d'avance le butin : les Chérusques avaient choisi les chevaux, les Suèves l'or et l'argent, les Sicambres les prisonniers. Chaque peuple devait sans doute consacrer, et non garder, sa part. Un indice qu'Arminius avait voué aux dieux infernaux toute l'armée romaine c'est qu'il ne semble pas qu'il eut gardé des prisonniers : tous paraissent avoir été ou pendus ou enterrés vivants (cf. le quot patibula caplivis, qiiae scrohes de Tacite. Les prisonniers dont Velleius parle, II, 120, sont ceux faits à Aliso).

1. C'est ce qui résulte des récits de Florus, IV, 12 et de Velleius, II, 119. D'après ce dernier, la tète de Varus" fut envoyée par Arniinius à Marbod. D'après la scholie bien connue de Lucain, la pendaison à un arbre serait précisément le supplice préféré par le Mars gaulois : Hesus Mars sic phicatiir : hoino in arbore supeuditur. Les Thuringiens qui dévastent la Lorraine sous Thierrv I pendent encore les enfants aux arbres.

2. Grégoire, /:/'. IX, 11. On peut conclure qu'il doit s'agir surtout des Alamans d'un passage d'Agathias il leur attribue le sacrifice des têtes coupées {ap. Muratori, I, p. 385).

3. Pour la decalvatio ;omme peine chez les Alamans, Burgondeset Visi- goths, voir les Leges Visigothoruni, Bitrgiindioruw, Alamauttiii dans la sec- tion V;(Lf>,^t'5) dus MonuDienta Gerinaiiiae au\ indices sous ce mot; encore en 890 on voit un évèque de Constance fmir sa lettre à un intendant par ces mots : « que tout soit prêt, si cutem et capillos Jiabere volueris » (section V, Forniulae p. 419). On sait que le roi des Lombards Alboin fit une coupe avec le crâne du roi des Gépides qu'il avait tué et qu'il obligea sa fille Rosemonde à y boire (cf. Paul Diacre, I, 27; II, 28): dans le poème des Xiebelungen, la Burgonde Goudroun transforme en coupes les crânes des enfants d'Atli (Etzel ou Attila, voir p. 47 n. 3) et les donne à leur père (X. Marmicr, CImnts populaires du Nord, p. 280). Pour les Vandales, en dehors du texte de Fulgence cité p. 58 n. i, on peut trouver deux allusions dans deux vers de Corippus, VU, 404 et VIII, 569.

La te les coupées. 45

dctraherc est prévu comme peine dans le code des Visigoths. Si la tonsure ecclésiastique a paru aux Francs chevelus, nou- veaux maîtres de la GaUia coniata, une si profonde déchéance pour leurs princes, n'est-ce point par quelque souvenir de la valeur particulière attachée à la chevelure ?

A l'autre extrémité du monde germanique cette coutume est attestée pour les Daces par la Colonne Trajane l'on voit des têtes fichées sur les pieux de leurs remparts ' et par un des vases du trésor de Nagy Szent Miklos un cavalier tient dans la même main un captif par les cheveux, et une tète cou- pée -. On sait que les Daces étaient mélangés de Moesiens et de Thraces : pour les premiers on les voit, avant la bataille, vouer à leurs divinités les entrailles des généraux tués ^ ; pour les seconds, on nous les montre, après un combat de cavalerie contre les Romains, en 171 av. J.-C, ramener en chantant comme les Gaulois la tète d'un général tué, à la pointe d'une piquet On se rappelle que c'est du culte thrace de Dionysos que dérive la coutume de porter aux processions bacchiques des têtes coupées : après avoir été les têtes grimaçantes des vic- times déchirées et mangées rituellement, elles devinrent des têtes grotesques de Satyres ou de Silènes, soit fiiçonnées en

1. S. Reinach, Rcp. des Keliefs, I, p. 351, 21 ; 558, 23 ; 548, 55. Il faut peut-ctre voir un rite préparatoire dans 342, 37 les femmes Daces brûlent les cheveux des prisonniers Romains; d'après 315, 35 on présente à Marc Aurèle une tète de Sarniate, les Ronisins se seraient appropriés l'usage, ce qui résulte aussi d'une des métopes du Teropacuni Trajani, ihid. 430, 7.

2. S. Reinach, Rép. des Reliefs, I, p. 189, 3.

3. Velleius, IV, 12. Voir aussi ce que Diodore rapporte des cruautés du roi thrace Diégylis, XXXIII, 14.

4. Tite Live, XLII, 60. Doit-on rappeler ici que Dioméde, héros thrace, décapite Dolon ? Je reviendrai plus loin sur Persée, dieu de la guerre d'une peuplade thrace, coupant la tête de Méduse, et sur les Ménades thraces cou- pant celle d'Orphée.

On peut relever, d'ailleurs, dans la Rome primitive et chez ses voisins, quelques traces du même usage : ainsi le consul Cossus, après avoir tué et dépouillé Tolumnius, roi des Véiens, porte sa tête au bout de sa lance (Liv. IV, 19); à la même époque on voit les Èques promener triompha- lement la tète coupée du légat Furius (III, 5) ; encore en 214 Tib. Grac- chus promet la liberté à ceux des esclaves formés en deux légions qui rap- porteront une tète d'ennemi (XXIV, 14-15) (t. IV, p. 603, 18 Didot). En 207, la tète d'Asdrubal est jetée dans le camp d'Aunibal (XXVII, 52).

46 Adolphe Kciiiiicb.

masques Je comédie, soit sculptées sur ces disques Je marbre qui conservèrent le nom d'oscilla « tètes mouvantes ».

Aux confins opposés du monde celtique, Ibérie et Scythie, la tète coupée se retrouve. Il faut donner ici le passage d'Héro- dote ' relatif aux Scythes, qui, voisins, sinon parents desThraces et des Celtes, ont eu tant d'usages analogues. « Le guerrier Scythe boit le sang du premier ennemi qu'il jette à terre au combat. Quel que soit le nombre Je ceux qu'il tue, il leur coupe à tous la tête et la porte au roi : c'est par qu'il a Jroit à une part Ju butin, part à laquelle il perJ tout titre s'il ne peut exhi- ber Je tète coupée. Pour Jépouiller le crâne Ju cuir chevelu, il fait une entaille tout autour au Jessus des oreilles et, le saisissant (par les cheveux), il en tire le crâne ; alors, avec une côte de bœuf, il nettoie le scalp de toute chair et, l'amollissant en le trot- tant entre ses mains, il l'emploie désormais comme serviette ^ Le Scythe s'enorgueillit de ces scalps et les suspend à sa bride ; plus un homme peut montrer de pareils essuie-mains, plus il est estimé. Beaucoup s'en font des manteaux en en cousant une

quantité ensemble Quant aux crânes de leurs ennemis, non

de tous, mais des plus redoutés, ils leur font subir le traitement suivant : après avoir enlevé la portion comprise sous les orbites et nettoyé l'intérieur, quand le guerrier est pauvre il recouvre l'intérieur de cuir ; quand il est riche, il revêt aussi l'intérieur d'or; dans les deux cas, le crâne sert comme coupe. Ils agissent de même avec les crânes de leurs parents et alliés, s'ils les ont tués dans un duel par devant le roi. Quand des étrangers qu'ils veulent honorer les viennent visiter, ils leur font passer ces crânes et l'hôte leur raconte comment il les a conquis sur des parents en guerre avec lui : tout cela est considéré comme preuve de valeur. Une fois l'an, le gouverneur de chaque province, en un lieu déterminé, vient remplir une coupe de vin ne peuvent boire que les Scythes qui ont tué des ennemis. Ceux qui en ont tué beaucoup ont droit à boire deux coupes. »

1 . Hérodote, IV, 64-6. Sur la coupeque les Scythes n'ont le droit de boire qu'après avoir coupé une tête, cf. Artstote, VII, 2, 6. Les Massagètes, qui passaient pour avoir coupé la tète deCyrus, apportent à .\Iexandre celle de Spitaménés (Arrien, IV, 18).

2. De l'expression t/jÔ;??; /ctsou.a/'.Tpov (Hesvcli. s. v. : Sophocle,

Les liHi'S coiil^ces. 47

Autour de ce texte si complet, il suffit de grouper ce que disent, et Pline des anthropophages vivant à dix journées au nord du Borvsthène qui boivent dans des crânes humains dont la chevelure leur sert de serviette ', et Hérodote lui- même des Issédones, voisins des Arimaspes, chez qui les parents du mort, après avoir découpé son cadavre et l'avoir mangé avec du mouton, conservent précieusement son crâne enchcâssé d'or pour s'en servir au banquet annuel donné en mémoire du mort -; Strabon affirme aussi pour les Scythes l'usage de se nourrir de la chair des étrangers et de boire dans leurs crânes ' . Divers sarcophages, représentant les aventures d'Iphigénie et d'Oreste en Tauride, montrent les tètes des étrangers immolés, suspendues à l'arbre d'Artémis tauropole +.

C'est sans doute encore à une pénétration thrace dans le monde classique qu'on doit les têtes coupées dressées sur les murs du palais d'Oenomaos > il s'agit de celles des pré-

ap. Athen. IX, icS, p. 410) et le verbe k-o'j/.-JH'Çv.v dans le sens de « scal- per » (Ath. XII, 27, p. 524, d'où Suidas et Etienne de Byzance : to ir.izi^î'.v 70 iî:'.z;sxXx'.ov oipjjia aùv Opîç'.v).

1. Pline, VII, 2, 4 (d'après Isigonos de Nicée).

2. Hérodote, IV, 26. Cf. Mêla, II, i, 9 et Solin, 15, 15 (ùipiliiiii ossa aura cincla in pocuhntiii ministcrium ; les Issédones avec les crânes de leurs parents, les Scvthes avec ceux des ennemis).

Les soldats lUvrieus de Septime Sévère coupent la tête d'Albinus, que l'em- pereur fait exposer au forum au bout d'un poteau, Herodicn, III, 23. Avan Arbèles, le chef des Péoniens rapporte à Alexandre la tête de Satropatès, le chef de la cavalerie perse (Quinte Curce, IV, 10; cf. Plutarque, Alex. 39).

5. Strabon, VII, 2, 7. On sait que des éléments Mongols se sont mêlés de bonne heure aux populations scythiques ; on peut donc rappeler ici qu'un roi des Huns, ayant tué dans un combat celui des Yue-chi, fit du crâne de ce prince une coupe dont il se servait aux grandes cérémonies (Soc. de Géographie, 1847, p. 15 13). Les Turcomans pendent les scalps à leur selle. Le roi des Petchenégues qui tua Sviatoslav, le premier grand prince des Slaves, se servit de son crâne enchâssé d'or comme d'une coupe.

4. Overbeck, Aiit. Bildiv., A XXX, 1-2 ; Furtwaengler, Beschr. d. Glyplotbek, p. 341.

). A la tradition littéraire (Apollodore, Hpil. 11,4 ; Schol.Pind. Islh. III, 92, IV, 92 et 01. I, 114; Philostr. /;;/. I, 17 et 30) selon laquelle les têtes auraient été suspendues soi tau palais d'Oenomaos, soitau temple de Poséidon, soit àcelui d'.A.rès, se conforment les monuments. Voir leur bibliographie à propos d'un sarcophage de T'ipasa, Met. de TEc. de Rome, 1894, p. 438. L'antre deCacus est également décoré de tètes coupées, Virg., Aeii., VIII, 196.

4«S Adolphe Kfiinich.

tendants vaincus à la course par ce fils d'Ares ou suspen- dues au chènc sous lequel le Phlcgven Phorbas accomplit ses sinistres exploits '. Enfin, il faut rappeler ici le rôle attribué à la tête de la Gorgone : sans doute, le pouvoir de foudroyer sur place quiconque l'a entrevue vient de ce que, avec les serpents qui dardent tout autour d'elle, elle est une personnification de l'orage grondant au milieu des éclairs qui zèbrent le ciel et sifflent comme des serpent de feu. Mais la coutume de pla- cer un gorginieioH au milieu du bouclier ne remonte-t-elle pas aussi à une croyance des ancêtres des Grecs à la valeur apotro- païque de la tête coupée - ?

Passons du sud-est au sud-ouest du monde celtique. En Ibérie, nous ignorons si les Celtibères coupaient, ainsi que leurs frères de Gaule, les têtes des ennemis tués ; mais, dans la population non celtique, la coutume parait avoir existé. Par Strabon on sait seulement que les Lusitaniens coupaient, pour la consacrer au dieu, la main droite des prisonniers qu'ils n'immolaient pas à leur Mars "^ ; Diodore nous montre, à la prise de Sélinonte en 409, les mercenaires Ibères de Carthage mutilant les cadavres pour planter les têtes sur leurs javelines et attacher les mains en paquets à leurs cein- tures. ComniL Diodore associe dans cet épisode les Libyens aux Ibères ■» et qu'on sait toutes les affinités africaines des

:. Philostratc, lin. II, 19. Même légende pour Kyknos, autre fils d'Ares.

2. Quelques faits à l'appui de cette hvpothèse peuvent se trouver dans tous ceux que Sidney Hariland a groupés dans les chap. xix et xx de sa Leot'ihl of Pi'isi'iis, t. III. Pour \c i^^or^^oiieion comme apoîropaion voir ce que j'ai dit dans mon mémoire Itaiwi et V luveiitio Senti {Rcv. Je FHist. des Reli- gions, 1910 : p. 70 du t. à p. ).

3. Strabon, III, 5, 6-7. Les Romains coupaient les deux mains à leur prisonniers, Gaulois ou Ibères, .\p.)ien, Hisp.,40; Caesar. Bell. ^nill. VIII 44, peut-être par représailles. On a pu se demander s'il ne fallait pas cher- cher dans cet usige l'origine des mains peintes sur des grottes préhisto- riques d'Ksp.igne co.nme celle d'Altaniira, L'Jntbropcloi^ie, 1904, 645.

4. Diodore, XIII, 57, ci'. XIX, 105. Silius Italicus, II, 205, montre un Sagontin plantant une tête cehii haslii. Pour les Lib\ens Panébiens, quand un de leurs rois mourait, avant de l'enterrer ou coupait sa tête qu'on con- sacrait, couverte d'or, dans un sanctuaire, Nicolas de Damas, dans FUG, III, 463. On trouvera des faits semblables empruntés aux Soudanais actuels dans Frazer, The Evohition of Kingship, p. 362 et The Dviug God, p. 202.

LiS Ictcs coupées. 49

Ibères, on doit peut-être rapprocher cette coutume ibcro- libvenne de ces piles de mains droites et de phallus qu'on voit dresser à la tîn des scènes de batailles sur les bas- reliefs égyptiens '. Il s'y agit sans doute seulement pour le soldat du Pharaon de fliire savoir combien il a tué d'ennemis ou même fait de prisonniers, puisque ce sont des mutila- tions qui réduisent à l'impuissance sans atteindre nécessaire- ment la vie. La tête a eu en Egypte une bien autre impor- tance religieuse - : il suffit de rappeler le rite préd3n"iastique de la décapitation du mort; les têtes en pierre, indestructibles, déposées dans le tombeau ; le « porteur du chef royal » qui, dans le cortège des premiers Pharaons, paraît avoir porté une image de la tète du roi vivant; l'interdiction démanger la tête des animaux sacrifiés; le reliquaire, enfin, dressé dans toutes les villes régnait Osiris, ce fameux dadou, énorme fétiche en bois taillé de façon à représenter la colonne vertébrale du dieu supportant une tête monstrueuse la sienne passait pour enfermée. On verra plus loin l'action lointaine qu'à eue en Gaule ce pilier réduit souvent à la tète osirienne autour duquel on égorgeait les « rouges », les étrangers que leurs cheveux blond-roux désignaient comme les fauteurs de Seth . Typhon, le frère ennemi d'Osiris.

Xous avons passé en revue tous les textes classiques qui peuvent renseigner sur la coutume de couper la tête des ennemis morts chez les Celtes et les peuples voisins ou appa- rentés. Il nous reste à examiner les documents émanant des Gaulois eux-mêmes : d'une part, la littérature celtique du

1. Pour la phallotomic dans l'Egypte antique et l'Abj'ssinie moderne, voir Letourneau, La Guerre dans les diverses races (1895), p. 286-298.

2. Voir en dernier lieu, Amélineau, Prolégomènes à Vétude de la religion égyptienne, 1908, p. 396: E. Naville, Les têtes de pierre des tomheaiix égyp- tiens, Genc've, 19 10; Wiedemann, Orient. Lit~eit., XI, p. 112. L'usage de couper les tètes des ennemis et de les apporter en masse au roi se retrouve aussi en Ass\Tie (cf. Layard, Ninevehand Bahylon, p. 547, 456) et un des reliefs du palais assyro-hétéen de Sindjerli. Pour les Juifs, il suffit de rappeler Judith coupant la tète d'Holoferne et David celle de Goliath.

Revue Celtique. XXXIl'. 4

)i) .{ilolphr Rchiach.

moyen âge, qui a pu conserver des rraditions relatives à la tète coupée; d'autre part, les monuments élevés par les Gaulois ou les Gallo-Romains qui se rapportent à ce rite guerrier.

Dans le peu que j'ai parcouru de l'épopée des Celtes de Galles et d'Irlande, j'ai trouvé sans peine des légendes qui signalent l'importance symbolique de la tête : elles sont rela- tives aux deux héros nationaux, le Gallois Bran et l'Irlandais Cuchulaînn.

Bran le Bran de la Geste du Grmil était assis sur la roche de Harlech en Merioneth quand parut une flotte qui escortait Matholwch, roi d'Irlande. Le roi venait demander la main de Branwen, la Brangaine du Tristan, la sœur de Bran ; le géant la lui accorda sans quiîter son rocher. Au bout de quelques années, Branwen fut disgraciée par Matholwch, et reléguée parmi les filles de cuisine. Quant Bran Tapprit, il résolut de venger sa sœur. Ses hommes prirent la mer; mais, comme aucun navire n'était de taille à le recevoir, il se mit à traverser la mer à pied. Bientôt les porchers d'Erinn allèrent annoncer à leur roi qu'ils avaient vu une forêt s'avancer sur la mer; à côté d'elle, une grande montagne flanquée de deux lacs, de part et d'autre d'un éperon. Seule Branwen put expliquer le prodige : la torèt était formée des mâts des navires de ses compatriotes ; la montagne était la tête de son frère, l'éperon son nez, les lacs ses yeux. Après de nombreuses aventures, Bran réus- sit à sauver sa sœur ; mais il reçut dans le pied une flèche empoisonnée. Alors il ordonna aux survivants de son armée de lui couper la tète et de la remporter au pays. Ils n'auraient qu'à l'installer à Harlech « et sa compagnie leur serait aussi agréable qu'elle l'avait jamais été avant qu'elle fût séparée de son corps » '. De Harlech, ils devaient l'emporter à Gwales, File actuelle de Gresholm au large de la côte de Pembro- keshire ; là, ils resteraient à festover en compagnie de sa tète tant

I. Joseph Lotli, Les Mabiiiogioii, I, 65-96. Cf. VUthr Peint « La tète miraculeuse » du ms. du xive siècle dit Lii'ir de Taliessiii, Skene, Four ainient books oJlValcs, II, 203-4. Voir aussi Ûrc Tiéilh, Cormac's Glossary, p. 129-30 de la trad. O'Donov.ui (éd. Stokes), et compare/, le père du roi .\rtliur L'ihr-peini-ihiigoii.

Les Ictes coupées. 51

qu'ils n'ouvriraient pas certaine porte regardant vers la Cor- nouailles. Une fois cette porte ouverte, il leur fliudrait se mettre en route vers Londres et là, dans la WhitcHill, enter- rer sa tête les yeux tournés vers la France. Tant que la tête resterait en cette position, la Grande Bretagne n'aurait rien à redouter dune invasion d'Outre Mer.

C'est alors que commence, dans le Mabinogi, l'histoire dite de VUrdaïul Penn, la « Tête Vénérable », l'on voit ses compagnons festoyer autour delà tête qui les préside comme si elle était vivante .

La grande épopée de Cuchulainn montre, en plusieurs pas- sages, que la tête coupée n'était pas réputée moins puissante chez les Irlandais que chez les Gallois. Ainsi, quand Cuchu- lainn a abattu, d'un seul revers de son épée, la tète des fils de Néra, éclaireurs de l'armée ennemie, laissant leur cadavre et leurs dépouilles sur leur char, il n'emporte que les têtes san- glantes. — Quand, malgré l'interdiction religieuse, le roi ennemi prend la parole avant son druide, son bouclier, de lui-même, lui tranche la tête '.

Il f;iut rapprocher de ces légendes le souvenir de la grande idole irlandaise que saint Patrick aurait frappée - : déjà son nom de Pcun crtlach, « la tète sanglante », est significatif; elle est sanglante parce qu'on devait lui sacrifier des victimes humaines comme aux Fotnôré ou Goborchind, démons à tète de chèvre ; et, si l'idole était appelée « la tête » ', c'est sans doute qu'elle

1. Juin l'o Cwi/Z/zi,-^»' (rEulèvemcnt des vaches de Cooley), éd. Win- disch, p. 83. Dans sa traduction (Revue celtique, 1907, p. 170) d'Arbois de Juhainville comprend les quatre têtes comme celles des deux jeunes gens et de leurs deux cochers ; plus loin, dans l'épisode des fils de Gara (ibid.^ 1908, 156), c'est sa tête que le héros tranche d'un seul coup. Dans les deux épisodes il enfonce les têtes sur les pointes d'une fourche pour les ramener en triomphe (Tain, éd. Windisch, p. 177). Sur les boucliers animés, cf. J. Loth, Revue celtique, 191 1, p. 297. Sur l'épisode Findabair doit couper la tête de Cuchulainn, cf. Zimmer, Sit:^. ber. â. Berl. Akad., 191 1, p. 190.

2. \\. d'Arbois de Jubainvillc, Le cycle niytholoi!^ique irlandais, p. 106.

5. L'analogie entre Bran et Kernunnos a déjà été indiquée par John Rhys, Celtic Folklore, p. 552 ; il rappelle, p. 83, que Heimdal, le dieu cerf que les Scandinaves considéraient comme le père de leur race, était repré- senté combattant avec sa t«te cornue ; mais, dans cet ouvrage, aucune sec- tion n'est consacrée à la tête coupée. Pour la tête divine entre deux oiseaux.

52 Adolphe Rchiach.

ne consistait qu'en une tète colossale : puisqu'on nous dit qu'au moment Patrick la frappa, les autres idoles qui l'en- touraient plongèrent en terre jusqu'au cou et, ajoute l'hagio- graphe, c'est encore dans cet état qu'on les voit aujourd'hui.

N'y a-t-il pas un souvenir évident du dieu accroupi et cornu des Gaulois, Kernunnos ? On sait que sa tête est toujours énorme, démesurée pour le corps, qu'elle soit triple ou seulement à trois visages; parfois la tète seule est figurée ; parfois elle est encadrée entre deux oiseaux, conseillers ou messagers du dieu '.

Quand on se rappelle que la tète de Bran ensevelie sous une porte de Londres v passait au Moyen âge pour un talisman contre tout ennemi d'Outre Mer, on peut se deman- der si « le chef de Monsieur Saint Denys » conservé aux portes de Paris ne devait pas en partie sa réputation à une survivance de la vénération par les Gaulois d'un dieu réduit à la tète, vénération que les Parisii ont pu partager, à en croire un des autels de Notre-Dame figurent des têtes coupées -.

voir Espérandieu, Kctiifil, III, n. 2208, 2554, 2355, 2577; pour les divi- nités triccphales et triprosôpes ses indices.

1. Je ne sais s'il faut rattacher aux envahisseurs germaniques ou aux Celtes conquis les superstitions dont on trouve l'écho dans le poème de Beoivulf. On sait que le principal épisode est le combat que Beowulf livre d'abord au monstre Grendel, monstre invulnérable qui engloutit à la fois jusqu'à trente guerriers, puis à sa mère, monstre des marais et sorcière comme lui. Tandis qu'il combat Grendel corps à corps, son écuyer tranclie la tête au monstre. Quant à sa mère, c'est en vain qu'il la poursuit dans sa grotte sous-marine, son glaive empoisonné à la main ; il ne peut lui couper la tête qu'avec un glaive qu'elle-même a fabriqué et qui est sans doute en pierre : « quatre de ses compagnons soutenaient avec peine la tète monstrueuse au bout du pieu fiital » (H. Pierquin, Le pocnie de Beoivulf, 1912, II, p. 492).

2. Cet autel est reproduit dans Espérandieu, Recueil, III, n. 51 58. Quant à la tète de S' Denys, je ne puis entrer ici dans des développements à ce sujet. 11 suflit de remarquer : i" combien la popularité de ce saint grec est étrange si elle n'a pas pu se superposer à quelque culte indigène ; 2" qu'en fait saint Denys n'a atteint sa réputation que grâce aux ambassades du pape Paul à Pépin le Bref (758) et de l'empereur Michel le Bègue à Louis le Débon- naire (827); 50 que FEglisc, pour autoriser le cuite des saints céphalophores n'a trouvé qu'une phrase de saint Jean Chrvsostome il est dit que les martyrs peuvent se présenter avec confiance au tribunal de Dieu portant entre les mains leur tète coupée, témoin de leur supplice pour \a foi. C'est

Les Ich's coupées. 53

* * *

En passant aux monuments, commençons par les plus anciens : ces monnaies de la Gaule indépendante qui peuvent remonter au iv siècle. Dans le Traité de Blanchet, on ne ren- contre qu'une fois une tète coupée certaine isolée : c'est une tête placée de face au-dessus d\in cheval courant sur un bronze des Véliocasses; du bas de la tête descend une sorte de fuseau qui représente sans doute le sang qui s'en échappe '. Chez les Lémoviques on trouve la tête au-dessus ou au- dessous du cheval ^ ; mais, comme elle est de profil et porte la trace d'un torques, comme sur d'autres pièces du même peuple on voit parfois partir de dessous la tête un bras qui élève un énorme camyx, il est possible que nous avions plutôt à faire à quelque génie de la guerre '. C'est le dieu de la guerre entourée de têtes coupées combinaison bien natu- relle des deux symboles que je verrais dans les pièces une grande tête échevelée, qui rappelle celle du Pallor ou Pavor ■♦ romain, se trouve encadrée par une chaîne aux nom- breux replis à laquelle des têtes on en compte jusqu'à quatre paraissent attachés >. On sait qu'on a proposé de reconnaître sur ces monnaies le fameux Ogmios '' que Lucien décrit traînant par des chaînes, qui partent de sa bouche pour passer dans leurs oreilles, ceux qu'il a captivés par son éloquence. Il y a

bien peu pour expliquer l'extension du culte de saint Denys et des autres saints céphalophores (le P. Cahier n'en compte pas moins de quatre-vingts. Cf. A. Maury, Croyances et léi^eiides du Moyen Age, p. 216-40).

1. A. Blanchet, Traité des Monnaies gauloises, "p . 341.

2. Ibid., p. 290; H. de la Tour, Catalogue Bibl. nat., nos 45 8 1-8 5. Notre no 6 est le 004.5 5 5 pi. XIII (Lcwoi'/c/), notre n" 7 le 8. 40 5 pi. XXXIII (^w/'/rtn/).

3. Ibid., p. 301 (Namnetes) 308, 312, 314, 316, 317 (peuples armori- cains) et Calai. Bibl. Nat. (6504-76); Catal. Bibl. Nat. 4416-71 (Pictones)

4. Cf. Babelon, art. Pallor-Pavor du Dict. des Antiquités, puis Revue num., 1902, p. 31 et Mélanges Nuinisnialiques, IV(i9i2).

5. Leno2--6.5) >p]. XXII('0.w\jw/;/),leno i —6.-j28p\.XXl(Andecavi),\(i no4:=6.54ipl.XXII(Oj>/i;»/z7j,leno3 =6.879 pi. XXIIl(.^/;//6'n/G';/c)W(/«;/z).

6. Notamment Longpérier, R. arch., 1849, 5^7' E- Hucher, Rev. Nuvi. 1850, p. 102 et Art Gaulois, I, p. 20. En s'inscrivant en faux contre cette interprétation, P.-Ch. Robert a pressenti ce que j'essaye de préciser ici (Rev. ar.-h. iSS;. II. 2|o: Rrv. celtique, VU, 388 : C. R. Acad. Inscr. 1886,

54 Ailiflpbi- Rt'iiKiib.

longtemps qu'on a senti Tinx raiscmblancc de cette représen- tation et il est inutile de dire que rien, sauf les monnaies dont on vient de faire mention, n'est jamais venu lui appor- ter l'ombre d'une confirmation documentaire. Ces monnaies n'indiquent-elles pas précisément comment Lucien ou sa source ont été induits en erreur ? On aura préservé, dans la Gaule romaine, quelques rares monuments religieux, repré- sentant une tête géante, à bouche énorme, d'où partaient en tous sens des chaînes tenant des tètes. Oublieux du véritable sens de cette figuration, ou désireux d'approprier l'antique fétiche guerrier aux conceptions gréco-romaines, les éxégètes gaulois auront donné de ces idoles l'explication dont le texte de Lucien est un écho, peut-être embelli encore par l'imagina- tion du rhéteur. Quant à la signification véritable de nos monnaies, M. Jullian paraît l'avoir serrée d'aussi près que possible : « La victoire apparaît sous la forme de ce qui en était le butin et le symbole, la tète coupée de l'ennemi. Le type le plus fréquent sur les monnaies de l'Ouest, et peut-être le plus original de l'art monétaire gaulois, représente une tête énorme d'aspect farouche, aux orbites démesurées encadrant des yeux grands ouverts ; elle paraît ne plus appartenir à un corps humain, mais reposer sur un socle ou un support ; à côté voltigent souvent, attachées à des chaînes, des têtes sem- blables, beaucoup plus petites. Je vois là, non pas la face d'un dieu, mais une tête monstrueuse servant d'enseigne de guerre, et flanquée des têtes des vaincus coupées en son hon-

Biill. Soc. ivch. Fiiiislhc, 1884, p. 81). La peinture décrite par Lucien n'était, d'ailleurs, pas très loin de nos monnaies : sur elles aussi on peut avoir l'impression que les cliaines partent de la bouche du dieu et tiennent par l'oreille les têtes qui l'environnent.

Comme l'a bien vu Odobesco (Le trésor de Pétrossa, I, p. 295) ces mon- naies doivent être rapprochés de l'cnigmatique plaque en or, provenant sans doute d'un harnachement de cheval, qui fait partie d'un trésor scythe contemporain de Mithridate Eupator (cf. G. Bapst, Guy^. archcol., 1887) : devant une femme nue (Vénus) et une femme armée de pied en cap (Minerve) un Bicchus galope sur un carnassier (panthère?) à tête humaine : sous cette monture est ciselée de face un masque affreux tout pareil aux têtes coupées gauloises. Il semble y avoir eu une sorte de confusion entre le motif représenté sur les monnaies gauloises et la légende de la tête d'Orphée déchiré par les Bacchantes.

Les lèlcs coiif^ccs. 5 5

neiir et suspendues autour d'elle '. « Parfois la tète est tenue par un personnage qui agite de l'autre main la trompette ou l'enseigne : M. JuUian voudrait y reconnaître alors le chei même qui a fait frapper la monnaie il commémore son plus éclatant exploit -.

Les monuments de la sculpture nous auraient entraînés sur le domaine propre de l'archéologie. Leur ayant consacré deux études spéciales ', je puis me borner à en indiquer ici les résultats.

En Gaule, les monuments qui présentent des têtes coupées paraissent groupés au Sud. Ce sont d'abord deux pierres gros- sières qui peuvent remonter jusqu'au iV siècle, à Nantes, un fragment de table de dolmen, à Hyères, une espèce de menhir. On y voit maladroitement incisés, sur le premier un personnage qui paraît tenir trois tètes, sur le second un cava- lier dont la main en laisse prendre cinq attachées à des cordes. Le pilier d'Antremont (Musée d'Aix), qui marque sur ces sculptures barbares un progrès considérable, est sans doute le trophée élevé par un chef de ces Salyens qui avaient leur capi- tale dans cette ville peu avant sa destruction par les Romains fondateurs d'Aix (123). Sur la face principale, le chef est représenté lui-même, une tête coupée attachée au poitrail de son cheval selon l'usage que décrit Posidonios; sur les faces latérales, des têtes coupées ^ s'égrènent comme un chapelet le long d'une draperie tordue qui représente peut- être le vêtement enlevé à l'ennemi décapité dont Posidonios

1. C. JuUian, Hisloire Je la Gaule, II, p. 35 1.

2. //)/(/., II, p. 201. Notre 5 = de la Tour, pi. XV, 5.044 (Aethiî). On doit sans doute placer, vers la fin du UK siècle, un curieux fragment qu'il convient de rapprocher de nos monnaies. C'est une pièce de bronze travaillée au repoussé qui a appartenu à un couvercle de situle : on y voit au- dessus d'un cheval bondissant, une tête ciselée parallèlement à son dos et derrière lui, une autre tète verticale (A. Blanchet, Bull, tic la Soc. des .4nlii]., 1901, p. 264 et abbé H. Breuil, Rev. arch., 1901, I, p. 328).

3. Le Pilier iP Aiilyenionl dans Reloue archéologique, 1912, II, p. 216-35 ; les têtes négroïdes et Hercule à Alesia dans Pro Alesia, 191 3.

4. Les deux plus caractéristiques sont reproduites pi. I, 1.

)6 Jiiolpht- Rciuiich.

nous dit qu'il était confié par le cavalier vainqueur à son écuyer. A Aix encore, un bloc avec deux paires de tètes de f\ice aux yeux clos, identiques à une des paires qu'on voit sur le pilier, doit provenir d'un monument analogue, peut- être aussi un bloc avec une seule paire de têtes signalé à Evcnos (Var). On arrive à l'époque romaine avec la frise de Nages (Gard) le motif du cavalier à la tète coupée est comme décomposé deux têtes alternent avec deux chevaux courant ' et surtout avec l'Arc d'Orange : avec les six tètes fraîchement coupées - que ses trophées présentent et les deux déjà décharnées ainsi que ses neuf scalps, l'Arc atteste que César n'avait point interdit la décollation ni la décalvation aux auxiliaires Gaulois lors du siège de Marseille que cet arc commémorer \oMé par César, il paraît n'avoir été consacré que par Tibère au lendemain de la révolte de Sacrovir (21) : c'est alors qu'entre autres mesures prises contre les druides et leurs rites sanglants doit se placer l'abolition de ces pratiques que l'on a vue mentionnée par Strabon.

Il n'est pas certain, cependant, qu'il faille placer avant cette date les cinq pièces qui semblent attester que les tètes cou- pées pouvaient être consacrées à certains dieux. Les pierres de Bagnères, Orléans et Châtillon •♦ plus ou moins mutilées et ne présentant qu'une seule tète, n'obligent guère à cette conclu- sion ; il en est autrement de l'autel de Limoges ' dont trois faces portent une tète coupée au centre et de celui de Paris ^ les têtes paraissent suspendues aux branches d'un arbre. Dans ce dernier monument les tètes ressemblent plutôt à ces

1. Recueil, I, n. 515 et Reinach, n/'. (77.,fig. i.

2. La pi. II, 2 reproduit, d'après Espérandieu (/?t'f !/<>//, I, p. 201), une des tètes coupées d'Orange les plus caractéristiques : la tète paraît surmonter les armes et le manteau du mort.

5. On s'ètonuera moins de ce que César ait permis à ses Gaulois de pra- tiquer les rites qui semblaient déjà barbares à Posidonios, si l'on se rappelle les faits signalés (p. 45, n. i, la tête du chef Sarmate présentée à Marc Auréle sur sa Colonne) et le fait que César avait lui-même fait couper les mains aux défenseurs d'UxelIodunum, César, VIII, 44.

4. Pour les reliefs d'Orléans et de Châtillon, cf. RecueiL IV, n. 2971 et 5586 ; pour celui de Bagnères, Reinach, op. cit., (ig. 3.

5. Recueil, II, n. 1591.

6. Recueil. IV. n. 3158, cf. celui do Bordeaux, II, n. 1208.

Lc.< liics roiipéi's. 57

iiiasques satyriques que les Grecs et les Latins attachaient à des arbres, soit directement, soit sculptés sur des oscilla. La contusion semble avoir été faite volontairement par les Gaulois. De même, c'est sans doute dans un semblable dessein qu'ils donnaient un aspect négroïde aux tètes coupées, comme on le voit à Alesia', aspect qui leur permettait d'identifier leur dieu guerrier qui aimait à s'entourer de ces trophées à Hercule coupant les tètes des sujets de Busiris. A l'abri de ces confu- sions, les Gallo-Romains pouvaient continuer à entourer leur dieu des têtes que lui vouait une coutume séculaire : à défaut de tètes fraîches ou de têtes décharnées, de crânes ou de scalps, ils les lui consacraient éternisées par la pierre.

Malgré l'absence des textes attestant la pratique du scalp chez les Gaulois, on peut considérer comme établi par les monuments que les Gaulois la connaissaient. L'Arc d'Orange n'est pas le seul qu'on puisse alléguer. Des têtes qu'il pré- sente la calvitie est trop complète, surtout en regard de l'or- dinaire abondance de la chevelure gauloise, pour pourvoir s'expliquer autrement que par l'enlèvement du cuir chevelu ; on peut en rapprocher la paire supérieure des têtes du bloc aux quatre tètes d'Aix - et les deux têtes que tient dans ses griffes le monstre de Xoves \ L'enlèvement de la chevelure parait s'être fait de deux façons à en juger parles deux types de scalp que présente l'Arc d'Orange : d'une part, dans les tympans, tout le cuir chevelu du front à la nuque semble avoir été enlevé (pi. I, 2)+, de façon que, avec les cheveux bouclés qui le recouvrent, il offre l'aspect de ces perruques montées que l'on voit aux vitrines des coiffeurs; d'autre part, aux trois trophées anthropomorphes qui ornent les faces laté- rales, de lonîîues mèches ondulées retombent tout autour du sommet de la poutre qui sert d'armature au trophée ;

1. Recueil, III, 2367.

2. Espérandicu, Recueil, I, n. 108 ; Clerc, Aqiiac Sexliae, pi. VI. 5. Espérandieu, Recueil, 1, n. 121.

4. Cette figure est reproduite d'après un moulage spécial conservé au Musée de Saint-Germain. Le scalp se trouve en haut à droite des trophées de gauche de la face Nord (la lîg. 2, pi. II appartient aux mêmes trophées en bas à gauche).

58 Adolphe RiiiKtch.

on dirait qu'on n'a C(.)upc que la partie médiane du cuir chevelu ', celle qui correspond à la tonsure ecclésiastique, et que l'on a disposé les cheveux qui en partent en un cercle de mèches. C'est cette disposition qu'on retrouve dans tous les autres monuments qu'on peut alléguer pour établir l'usage du scalp chez les Gaulois. Ce sont tous, à deux exceptions près^ des trophées anthropomorphes. On peut croire que leur prototype remonte au fameux ex-voto d'AttalosI. On sait que le roi de Pergame avait consacré à Athènes, vers 225 ', pour commémorer sa victoire sur les Calâtes, un monument, les groupes, sans doute de grandeur mi-naturelle, qui la rappelaient étaient encadrés entre trois autres ensembles des- tinés à en montrer comme le prototvpe dans le mythe, la légende et l'histoire : la victoire des Dieux sur les Géants, celle des Héros sur les Amazones, celle des Athéniens sur les Perses. Or, dans les deux sarcophages qui peuvent le mieux nous don- ner une idée de la Galatomachie et de l'Amazonomachie, le premier montre à l'angle gauche (pi. II, i)^, le second à l'angle droit, un trophée anthropomorphe surmonté d'un scalp'> . Il n'est pas surprenant qu'on ait prêté aux Amazones la coutume du scalp que nous avons vu décrite par Hérodote pour les Scythes; les deux trophées aux scalps ont pu se répondre aux deux extrémités, si ces groupes, relatifs aux deux victoires remportées par les Grecs en Asie, oc:upaient un même côté del'ex-voto. Si l'on admet que le trophée au scalp a figuré ainsi dans l'ex voto d'Attalos I, ce ne serait pas seulement un

1. C'est à ce système de scal^i que parait taire allusion l'évèque Fulgence de Ruspe parlant de la persécution vandale, Seim. 6, 9 : detrahekHur cuUs a Citpile,coioiiaepiii\ilhiiitiir ad capui : hcali pcircxenint decah\Ui, redeitut coroiiati.

2. La tète de Naples décrite p. 59, n. 2 et les deux piliers aux trophées des Uffîzi de Florence décrits Reu. uirb., 1912, II. p. 226, n. 5.

5. Cf. A. Reinach, Revue celtique, 1908, p. 16.

4. C'est le célèbre sarcophage .-^mmendola au .Musée du Capitole, S. Rei- nach, Rn-. arcb., 1888, pi. XXII ; Bienkowski, Die Dimlelluiii^eii der Gallier, pi. IV, p. 42 ; Helbig-.\melung, Fïihrtr{i()i2), n. 772. La fîg. est empruntée à une photographie faite d'après le moulage du Musée de Saint-Germain.

5. C'est un autre sarcophage du Musée du Capitole. C. Robert, Die ovli- keii Sarkophogemeliefs, II, pi. 52 ; Helbig-.\meluiig, F/z/j/rr (1912), n" 865. Rapprochez de ces sarcophages, pour le type, celui de la Gigantomachie, Helbig-.\melung, 209 et ceux des Niobides, /7';(/.. 382 et 1209.

Les li'lc's cotipci's. 39

nouvel indice que l'usage du scalp s'est étendu aux Gaulois d'Asie et que c'est à l'ex-voto pergaménien que remonte la figuration du trophée au scalp ', ce serait aussi un argument à ajouter à ceux qui incitent à voir dans cette coiffure les cheveux coupés et non un bonnet en fourrure II serait singulier que les Scythes eussent exactement le même bonnet que les Gau- lois ; d'ailleurs, les touffes de poil ne sont jamais traitées ainsi dans les représentations de fourrure. Si l'on objecte que la poutre des trophées anthropomorphes est toujours surmontée d'une coiffure de guerre, on possède une tête de Gaulois qui permet de croire que les Gaulois se coiffaient parfois du scalp enlevé à l'ennemi. Sur cette tête qui dérive peut-être des groupes de Pergame, on voit descendre sur le front et entourer les tempes une coiffe en cuir qu'une sorte de bride fixe sous le menton; sur cette coiffe, qui enveloppe la tête du front à la nuque, des mèches souples s'allongent, pareilles à celle qu'on voit sur nos trophées au scalp-. Ainsi, le scalp aurait été une coiffure de guerre gauloise.

1. On le retrouve sur trois sarcophages publiés par Bienkowski, op. cit., pi. VII a (Blundell Hall), h (Pise), IX a (Villa Panfili), De ces Galatomachies, le trophée à scalp a passé à des batailles impériales contre barbares. Ainsi, on le trouve à l'angle gauche (l'angle droit est orné d'un casque à cornes comme sur les sarcophages inspirés par les ex-voto pergaméniens) d'un sarcophage qui semble représenter Trajan recevant la soumission des chefs Daces et Marcomans (les Daces seraient les seuls à porter le bonnet phrvgien ; sur le petit côté droit des jeunes gens imberbes semblent s'enfuir portant sur leurs épaules le même rouleau de bagages que j'ai signalé sur la Colonne trajane et les trophées gaulois des Étoliens à Delphes). Cf. Ame- lung, Katalog der aiitiken Skulptur iiii Vatikau {Cortilc du Belvédère n" 39). Au Vatican, on retrouve le scalp sur l'un des deux trophées gaulois sculptés sur la cuirasse du I^"" s. qu'on a surmontée d'une tête de Lucius Verus de la Gall. délie Statue, n" 420 (Helbig-Amelung, n. 212) et sur la base aux trophées gaulois de la 5rt/A/ délia Croce greca. On y voit un scalp avec un casque à cornes, des boucliers hexagonaux et peltiformes, une corne à boire, un vexillnm, un camyx, une tuba. J'ai encore relevé deux trophées à scalp parmi les débris de sculpture conservés au Palatin, l'un dans un angle de sarcophage encastré dans un pilier ornemental sous le Casino Farnese, un autre dans l'un des quatre piliers l'on a réunis, au milieu d'une salle de la Dotnus Aiigustaiia, les fr. de reliefs trouvés dans les fouilles de la Villa Mills.

2. C'est la tête provenant d'un relief trouvé àNaples décrite par Matz- Duhn, n. 4023. Bienkowski, 0/'. cit., p. 148, voit une coifi'ure en crins de

6o .-Idolphc Rcliuich.

De l'examen des textes et des monuments, on peut donc conclure :

1°) que les Gaulois coupaient la tète de leurs ennemis tués pour la conserver ou bien clouée à l'extérieur de leur demeure, ou bien enfermée dans un coffre ;

2") qu'ils se bornaient souvent à enlever le scalp dont il leur arrivait de se servir comme de coiffure ;

3°) qu'ils consacraient parfois la tête, ou seulement le crâne, dans le sanctuaire de leur dieu de la guerre qu'ils figuraient avec une tète colossale entourée de ces dépouilles humaines.

{A suivre.)

Adolphe Reinach.

cheval dans la coiffe je reconnais un trophée de guerre (avec S. Reinach, Les Gaulois dans Fart antique, p. 155, n. 4). C'est une coiffure de ce genre que Bienkowski veut voir partout se trouve ce que je considère comme un scalp. est le texte qui en fasse mention ? On se réfère généralement à l'opinion de F. de Saulcy. Mais voici ce qu'il écrit dans le Jourmil des Sai'ants, 1880, p. 79. « L'existence d'une autre coiffure militaire dont Dio- dore ne parle pas nous est révélée par les trophées de l'Arc d'Orange. C'est une sorte de capuchon en peau de béte recouverte de touffes de poil et que Juvénal nous apprend avoir été en usage chez les Santons Tevipora sdiilotiico vehis adoperta cucidlo » et p. 77 « Il se pourrait que ce fussent des tètes de Romains reprises au cou des chevaux montés par des Gaulois vaincus », et il cite comme pièces de comparaison les deniers d'argent de l'Eduen Dumnorix (notre no 5) et les statères d'or des .\ulerkes Cénomans se voit un personnage portant des deux mains des tètes coupées qu'il tient par leur longue chevelure.

A CASE OF \'OWEL-BREAKING IN IRISH

The literary language of médiéval Ireland difters from the early stages of English, French and German in being remark- ably uniform and free from local pecularities. Hitherto no certain traces ot dialect phenomena bave been discovered in Old or carly Middle Irish documents, a fact wbich renders the unravelling of the history of Irish pronunciaiion a matter of considérable difficuliy. A certain amount of light may be expected from a comparison of the living Gaelic dialects, many ot which unfortunately still require to be carefully investigatcd. In illustration of this I propose hère briefly to examine the development of O. Ir. c preceding a non-palatal consonant.

In Ireland at the présent day O. Ir. accented c preceding a non-palatal consonant bas almost every where become à. The précise sound varies trom district to district and may be con- fused with the modem représentative ofO. Ir. ^, cfr. Mars- trander ZCP. vu 371 n., A Dialect of Donegal, p. 5. To mv knowledge the onl}" district in Ireland where an t'-sound is regular is the dialect of S. Ulster described by Lloyd in the Gaelic Journal for 1896, p. i^6, col. 2. See also O'Donovan's Graiimiar p. 18. Hère e is pronounced before ci, _<,'-, s, dh, and _<^/j'. Thesubject mnv possiblv hâve received attention before, but as Pedersen, Veri^l. Graiiiiii . I, p. 40, is not explicit on

I. c is cxceptionally rctained in a vcry few cases in Aran and Donegal, sec Finck, Die Aratier Miindurl i p. 17, A Dialect of Douerai, p. 34.

62 }■:.-(:. Qniogiii.

tlie course of tlie change it appears désirable to point out what inay be leariit from the Gaelic dialects outside Ire- land.

In the Isle of Man and Scothmd the c sound is more regu- hirly retained. For iManx I hâve unfortunately no collection ofmaterial.but «' is the rule in many of the commonest words, such as fer, hcn.

In accordance with the niarked conservatism ot Scottish Gaelic as regards the vowels of stressed syllables which are much less subject to mutation than is the case in Ireland, the Highland dialects normally préserve the t'-sound, e. g. in bcmi, jcar, eus, eagal, eaglais. Sarauw gives a longer list ot words with (■ in the Isle of Skye, Mise. près, to K. Meyer, p. 46. It will, however, be convenient to take our instances from the more southerly dialects, as they are unaffected by the northern fondness for diphthongisation. Before //, mi, rr in Scotland the ê is broken loeei, which frequently becomes jii. See M*" Alpine's Diclionary s. eallach, earr, earrach. According to M" Alpine the brealàng also occurs in Islay before ///, nnt, It, lit, ri, ru, rd and /'/', but not before rg and rc. I am inclined to think that the breaking of (' to ea, ja was occasioned by the peculiar articulation of //, lui, rr which has been so often des- cribed. The phenomenon is also commonly found in Scotland before a single /, v. M' Alpine s. eaJn, enhiiii etc. This may conceivablv be more récent than the breaking before the gemi- nated sound^ but it would doubtless be helped on by the peculiar characterof /, for which see Henderson ZCP. V, p. 92. To judge from M' Alpine thèse are the only cases where brea- king occurs in the dialect ot Islay which is remarkable in others respects for its conservatism.

Most of the Highland dialects hâve greatly extended the sphère of opération of this phenomenon. Cp. the examples given bv Henderson under the heading Palatalisation, ZCP.

I. Mv iViend, Prot. Chadwick, holdb, conlrarv to the gênerai vicw, that in O. Norse the breaking ot c to ja is dépendent on the nature of the fol- iowing consonant. onlv being found before//, rr and conibinations of /or r -\- consonant.

I\', pp. 251-3. MacKiin gives d\nrg, Jytirg, kiirk, sciiro as the pronunciation of Badenoch {Gncl. Soc. Inv., X\'I1I, p. 84). AccorJing to C. M. Robertson the change is rcguhir in thc Isle of Arran before ch in hcachd, rleachd, dcachaidh, and is also found in leaiiga, drcaiii, feciinrach, Jcnmh (Jh. XXI, p. 23^). For Pcrthshire the sanie writer notes the change in ceangail, enrar, ceaihrar, scachd. At Bhiir the breaking is found before rb, rbb, rc and rg (jh. XXII, p. ri). But there is considérable hésitation within the Hmits of the county.

It would thus appear that the Highland dialects are in the process of making a change which niust hâve taken place in Ireland many centuries ago. In Irish ail consonants preceding the broken vowel which were capable of assuming palatal articulation hâve done so ', and the / of the/a bas coalesced with the palatal consonant, whencesuch forms as k'art, 'ceart', d'aliiiv, 'dealbh', etc. It would be interesting to learn if this change has taken place in Islay. M-" Alpine's représentation ot the pronunciation of such words as ccalg, ccarr, deani rather suggest this development. From my own observations in the Outer Hébrides which are confirmed by Henderson's phonetic notation in his articles in ZCP. I should say that the first élément of the broken vowel is often retained, though the di;i- lects vary considerably. According to the texts from Skye printed by Sarauw in the Meyer Miscellaiiy the / is merged in the preceding consonant in such forms as ceanii (p. 41), ccaii- jiaich {p. i^^, scaUlniuu (p. 37).

Analogy has naturallv played a considérable part in oblitera- ting ail traces ot the process in Irish. This is particularly évident in the case of words beginning with (' preceding a non-palatal consonant. When the article was pretixed to a substantive of thisform, the final consonant of the article became palatal and swallowed up the /, leaving à as the initial. For other Irish parallels to this, see A Dialecl of Donegal, p. 16 and 73 f.

From thèse cases the a came to be regarded as the initial, so that in certain districts, at any rate, before a substantive

I. Does this render it necessary to assume that palatal articulation was largely substituted for palatalised, as I suggestcd in A Dinlirt of Donet^al, p. 74. For thc distinction, see Jespersen, Lchibinh der Phonclik, p. 122.

6.} i:.-C. Qiii^oii,

bci^iiming with a, whetlier froiii O. Ir. <■ or d, thcrc is hcsita- tion as to whetlier the final consonaiit of the article should be palatal or not, cp. J Dialccl of Douerai, pp. 5 h, 145 f.

The chief difhculty arises in the case of Ir. p, b, and m preceding the broken vowel. In the Highland dialects there is no irregularity, as Scottish Gaelic does not distinguish broad and slender consonants in thèse three labial sounds. Hence M'^ Alpine gives byanii, h\annach^, niyall, niyal , niyanii and pyann as the pronunciation of heann, hcaunachà, ineall, iiieal, meanu and pcann. As p, b and m are incapable of assuming palatal articulation, the first élément of the broken vowel could not coalesce in this case with the preceding consonant. In some dialects of Connaught a vestige of the / can still be heard, as I hâve convinccd myself by listening to niy friend Prof. O'Maille. See also Finck, Die Araner Miindari \ p. 43. In Waterford and Donegal, on the other hand, there is no trace of the /. For the seemingly palatalised p, b and m of the West very tense labial sounds with the lips drawn back tightly on to the teeth hâve been substituted. See Henebry, Phonology of Desi-Irish p. 49, and A Dialccl of Donc^al pp. 73 f., 105.

As to the date of the breaking in Irish I can offerno sugges- tion. The digraph ea is fréquent in parts of the fourteenth cen- tury BookofHy Mane which was writter. before i^ji^Arcbiv, ii, p. 138 ff., iii, 234 ff.) and in the Poem-Bookof the Magau- rans, belonging to the O'Conor Don, which was transcribed by Adam O'Cianan for Thomas Magauran who was slain in 1343. The orthography would naturally be slow to follow the pro- nunciation, more especially as the breaking doubtless started in one or two areas and onlv spread slowlv to other districts. The Morse spellings of siich names as Cellach and Cerbhall with ja are not conclu sive, as was pointed out by Craigie, ZCP. I, p. 453 f. The ïovms coin IIS leufljtn Ml. 53 d ri and coiiieas Ml. 102 a 23, are doubtless to bc regarded as scribal errors, and the instances quoted bv OMaille for the ninth centurv in his Lni- gnagc of the Ainials of Ulsler (Ccallach. Caircall, ccalirac, iiuii- nisdrcach 1. c. p. 27) are anything but convincing.

E.-C. QUIGGIX.

SUR UNE GLOSE DE SAINT-GALL

Dans le manuscrit de Saint-Gall, 63 a 13, les mots latins oppiiiiini Sitîhiil sont glosés par aùdiini snthul à noiiicn ; ce que les auteurs du Thésaurus, t. II, p. lié, traduisent par « the town; its name (is) Suthul ». Cette traduction est inexacte. Il faut certainement traduire : « la villedont le nom est Suthul ». La phrase irlandaise contient l'idiotisme dont il a été question Rev. Celt., XXXII, 449, et qui consiste en cas de relation génitive à verbe copule, à remplacer le relatif par un adjectif possessif et à ne pas exprimer la copule. Ce tour est fréquent en brittonique (v. Pedersen, Fgl. Gr., II, 231 et J. Loth, R. Celt., XXXI, 173) : gall. dynciiryned \ ansawd « un homme dont l'aspect est étrange » (m. a m. « étrange son aspect »), R. B. I, 196, 22; cf. Strachan, Inlr., p. 28. En vieil-irlan- dais, il y en a un exemple dans le Félire d'Oengus(6 févr.) : aiidrcas ard a ordati « André dont le rang est élevé » ; mais, en général, on construit la phrase autrement(v. Pedersen, op. cil., II, 225-226).

J. Vendryes.

Rfiin C,///,/»,, AXA'//'.

LE MIROUER DE LA MORT

{Suite)

Au Diiioul c"n dragon, glouton, fcllon, confus, Han scrpant milliguct, daffnet peur morchedus : 222) Leuzret gani roc'n bcdou, dan lochvou cafaouus ', Dan cistcrnH vnfernal, so geai - scandalus.

Heman so nos ha dez, bet finuez é dczrou 5, Eut breff ouz deçeu den, en é hoU termeniou : Da impeciiaff â cref, nac ahe dan cftaou. 2250 Dan lech pcban coezas, pan péchas peur hasaou.

Art'uv ha drouguiez, goudeuez so en quez » vil, Ouz bout ùuct da poan cre'", ha lef licp nep reuil :

1. Freniicr exemple de cette forme, cf. v. 1964 ; Gloss. 91. Voir v. 1845.

2. Voir la note au V. 44; du v. fr. ;'('.;///<'; cl. mod. ti\tul, teol et leal parelle; Icaïul, van. /(■'■(// langue, Gloss. 685, 684 ? h'a, d'ailleurs, peut n'être pas bas-breton d'origine : le nis. de Jacoh (en tréc, de 1852, cf. Gloss. 17) a en franc. « le séallier » pour le geôlier, p. 41, et en bret. sèallier (3 syl.), seaiUer 41, ^eaillier 42 ; le Diction, anglais de Murray donne un exemple àc f;i\ilc gèole et du dérivé geaJership, en prose de 1688. On a en niov. br. i^eaulxer geôlier; mod. soher, areolycr p. yen, van. yoii, yan, i. i^eolxercs id.; sol. gfol, jol p. vt>?/, van. yen geôle, prison, ^^cohiich geôlage, droit du geôlier pour l'entrée, le gite et la sortie des prisonniers Gr., joUer Gon., J. Moal. du R.. ^^coJu'rr p. -rcii geôlier, f^tv/i' m. geôle \\\.. jol f. p. ioii H. de la Vill.

5 . Litt. « au commencement »

4. Premier exemple de cette forme, ailleurs i///(ri;. cac^ : le plur. qiu'ix se trouve pour la première fois, v. 224^, 2419. et. Gloss. 520. Maun. a « misé- rable... qiiivs » ; qiia\ misérable, qux:{)ic:i misère; Grég. qf^i^, qA\. pi. qei:;^, van. qeiii). q:rh p. qrih chétif, pauvre et misérable : (/c.;-, i/.r-, van. qciih cher, aimé tendrement ; qa\iii'-, q:v-iieil cliétiveté, misère qui fait compassion ; Troude kiM-- Doue pauvre malheureux : il donne à tort comme van. ke^tie- f. indigence, misère. Mil. ms. ajoute : « lci'in\i ètr^ réduit à la misère (q/u'iiea n. pr. de famille », qu'il suppose, en conséquence, être pour *ke:(- //(î^fl. Troude dit que le fém. ki\i-e:( (de forme léonaise) est « assez peu usité »; il donne pour les autres dialectes h\e{. ce qui est encore faux pour le van. Kr^e^ se dit .1 l'île de Batz (.Milin); tir i,v-r- ko- la pauvre vieille.

Le MiroiiiT tic la Moii. 67

Le Diable est le dragon avide, félon, honni, Et le serpent maudit, damné avec beaucoup de souci, 2225 Envoyé par le roi des mondes aux régions douloureuses, A la citerne infernale, qui est une geôle infamante.

Celui-ci est nuit et jour, jusqu'à la fin depuis le commencement, Bref à tromper l'homme, dans tous ses actes, Pour empêcher fortement qu'il n'aille aux cieux, 2230 Au lieu d'où il tomba, quand il pécha, très glorieux.

Envie et malice, depuis, sont dans le misérable odieux,

Ht Léon Xa ru ket da ge-e:( ne fais pas l'innocente (n'aie pas l'air de ne pas comprendre), Le Lay. Trég. Ar^t;:^ pi. ed pauvresse; ki^ufi caresser, dorlo- ter un entant; bas Trég. kea-i v. a. dire à qqn keii~, ou va c'hi'a:^, comme une mère à son enfant. C. Rannou (Eiin iieubeiU gii'ei-:{ioii..., Lannion) cite une variante du diminutif, Z^;^//.' par laquelle il veut expliquer la finale de Teittiites : ann Teu, ann Tad, Hag an Tes « (emblème) de l'Esprit, du Père, et du Fils » (p. 52, 53) ! et qui est due sans doute à l'imitation maternelle d'un langage enfantin encore dépourvu de gutturales. Pel. donne kai'i (i svl.) misérable, malheureux, gueux, vagabond, f. kiivzés ; kaëiiie:^ misère. Au lieu du pi. kei:( (cf. Furiie- ar gei:^ eu- a Fn'i\ livre de Milin dont le titre est expliqué p. vi fiinii':^ ar re haonr, ar re :iister la sagesse des pauvres gens, des humble.s), il a kei\oii, kei:;;_iou; ce pourrait bien être une suggestion du gall. ceitbiw captif, cité immédiatement après. Il ajoute : « M. Roussel écrit. . . AVicj, sirivant la prononciation de Léon ». R<-l ms. porte : « keas. misérable, malheureux, gueux qui fait pitié /'ifo/zr keas pauvre misérable, à plaindre, qui na rien. {<^ ke:^es ar keas, Le pauvre homme ». Le moy. br. quaei^iiet misère, mod. qx^tied, parait répondre au gall. caclhuaivd captivité, esclavage: cf. v. irl. oniiiiigihith f état de crainte ». hctgnad « état de folie », composés de *-gUi'ito>i « chose habituelle », Kuno Meyer, Ziir krit. Worlkiiitde, I, 7. L'auteur assimile à ces mots irl. le gall. beitihiod pestilence, qui d'autre part fait penser à iiod marque, la peste s'appelant haiiil v iiodaii, pla v iiodaii, ou simplement v iiodaii, et même (selon Lhuyd) v iiod. Cf. Gloss. 448 ; Xvtes J'étyiri. 11° 28. Nychnod c pining sickness », dans le dict. angl.-gall. de D. S. Evans (1858), doit être une faute pour uxchdod.

OiS /;'. lînitlllll.

Hac cnia en acquêt, c caoudcl â liot stil ', Don dcccu nicrch ha map, Roe ha Pap peur abil. 22)5 ^'-'ul n^-'s - niaz dencssa, dimp yoa u;oudc laur. Ha de/, an Barn» starnct, ou/ donct d het stur : Seul muy poan damany, don dcccu ny sigur, A lacqua dez ha nos, don ren de fos obscur.

Rac oun ua vcmp loget, dirac roe'n btt scder, 22.|0 I{n Iccli peban coc/.as, pan péchas a tra scier : Maz eu é holl acquêt, lia pepret en preder, Ez venip participant ;, en é tourmant antier.

Hac ez eux niuer bras, an queiz azgas caset, So leun plen â venim, na guell bout estiniet : 2245 En pcp plaç ho laçou, ha ho roedou gnouet, So creff da decef den, ha de ren da penet.

Bczcoaz ne voe guelet, na catiet en bet man, lui nep bro oar tro den, het quelyen na guenan i : Quen paut > hau drouc .Hlez, nos dez en buliez nia// (f. 44 v) 2250 Oar tro den pep henv, delïry bras ha bihan. Haceuv't puuissaff, nep so claf gant caffaou, En ères hac espern« '•, gante en IflFernou : Ez ynt creff en effet, goa eff quet do metou, Aya da douen laur, ordur hac ynjurou. 2255 An nep so en ho craou, en poaniou dilaouen, Subiect dre pechedou, dan tan glaou peur couen : Yffam ha diamour, loudour y o sourpren, Xodeues muy dianc, ret eu stanc doen ancquen. En arrach ontrachv :, affuy ha drougijez ^, 2260 Hep respit tristidic, hac en quisidiguivz ' :

1 . Expression nouvelle, cf. ci het slur v. 1925. 2256, 2504, li bel spaç 2267, à het stal 2455.

2. Nouvel exemple de ce mot comme comparatif (cf. seul iiiiiy, v. 2257), sens ordinaire en mov. br., cf. Rev. Celt. XXII, 375, 576, 378 ; Gloss. 444.

5. Premier exemple de cette expression, ci'. Gloss. 463.

4. Premier exemple de ce plur. ; ^uenaiieii pi. giietiuii, van. giiiiuiieeii p. i^iiiiieiii, i^fiereiieii p. giwreiii Gr., etc.

5. On n'avait pour cette époque que la citation de Pel. : << dans la Vie de S. Gwenolé Queii piioùt, si nombreux », le tréma a été probablement ajouté. Cf. Gloss. 466, 205, 156; Dict. htel.... Je Viiuues 177. Maun. a « beaucoup... pnitt » ; « rare, dibaot » ; Pel. paot monosvU. '/ qui se pro- nonce Pc//// » beaucoup, abondant ; abondamment; ililhiot rare, peu, non fréquent ni abondant : Grég. dibaut rare, van. id. : Jikiut ar veach, Jilhiul a vech rarement; Mil. ms., dilhiot e leufe, pii ii'eo lUiiel, sans explication (^=^ c'est peu probable qu'il vienne, puisqu'il n'est pas venu déjà ; le fr. « c'est bien rare » a, familièrement, une acception semblable;. Dim. dihaodik, dihodik assez rare, assez rarement. Pjiil se trouve aussi, v. 2475.

6. Espent signifie ordinairement action d'épargner, pitié; lire /.'c/' pour hac ?

Le Miiviicr ilr la Mort. 69

D'être venu à une forte peine et gémissement, sans aucun ménage-

[ment ; Et son esprit est occupé continuellement A nous tromper, fille et fils, roi et pape, très diligemment. 2255 Plus approche de près pour nous la joie après le labeur Et le jour du Jugement préparé, venant continuellement, Plus de peine énorme pour nous tromper, assurément, Il met jour et nuit, pour nous mener à sa fosse obscure.

De peur que nous ne sovons logés devant le roi du monde, bien

|sùr, 2240 Au lieu d"où il tomba quand il pécha, c'est clair ;

Si bien que c'est toute son étude, et il y réfléchit sans cesse, Que nous sovons participants à son tourment complet.

Et il V a un grand nombre, des misérables odieux, haïs. Qui sont tout pleins de venin qui ne peut être compris : 2245 En chaque place leurs lacs et leurs filets, évidemment.

Sont pour tromper fortement l'homme et le mener au châtiment.

Jamais ne fut vu ni trouvé en ce monde En aucun pavs, autour de l'homme, essaim de mouches ni d'abeilles Si abondant que les mauvais anges, nuit et jour en cette vie 2250 Autour de toute espèce d'homme, sérieusement, grand et petit. Et pour punir celui qui est souffrant de douleurs Dans l'envie et la misère avec eux dans les enfers, Ils sont forts en eftet ; malheur à celui qui parmi eux Va supporter peine, infamie et injures! 2255 Ceux qui sont dans leur étable, en des peines affreuses, Sujets, à cause des péchés, au feu ardent très horrible. Infâmes et cruels, vilainement ils les saisissent.

Ils n'ont plus moven d'échapper, il faut abondamment souffrir la dou-

[leur. Dans la rage outrageante, envie et malice, 2260 Sans répit, tristes, et dans la peine cuisante

7. Lis. outrachy.

8. Lis. droiiguiœ:;,c{. v. 2251.

. 9. Premier exemple de ce mot, cf. Gloss. 557, 541, 342. Maun. n'a que V. quisidic (\\i\ se plaint », Pel. kisidic «selon M. Roussel, ... RctiJ, qui recule au lieu d'avancer; et vient, dit-il, de Kis, Kisa. Le P. Grégoire m'assure qu'il est notre adjectif Sensible. En Basse-Cornwaille on appelle Kisidic un homme, ou plutôt une femme, qui se plaint souvent pour peu de mal ». Grég. donne qisidicq sensible à la douleur; sensible à la moindre parole, point souffrant (c.-à-d. endurant), délicat, douillet ; douloureux, qui sent de la douleur; qisidigiie; sensibilité, délicatesse ; Gon. ki-idik sen- sible, susceptible, délicat ; ki:;idigc~, f. sensibilité, susceptibilité, trop grande facilité à s'offenser, délicatesse; Troudc ajoute /.'/^à/ZA' m. le faible, corde sensible, passion dominante d'une personne; ci'. Ami. de Bret. XVII, 149; XXV, 214. Priwinik pointilleux, cité Gloss. 341 parmi les formations voi- sines, est aujourd'hui en Léon briiiiiiiik sensible fab. Perrot).

70 /".. lîniiiiill.

Ez vczont bizhuicqucn, hep qucii a leuciKVz ', (»oa cerien an honv, avel dy en diuxz.

Adarre ez leaH', hac ez compsatTaffet, Da pep à enep bleau -, ho bezari' bourreua;t •> : 226) Père piz ne scuizont, na ne paouesont quet, Defirv ouz castiaff : puuissaff pobl daffnet.

Na gallent bout goalchet, contante: â het spaç, Ne guellont v dyen, na quemeret en graç : An poan creff han deffoul, hac an boul disoulaç ■♦, 2270 Areont dan le foll, so ouz coll ; en ho lac

A pep sort paurcntez. pemdez ho deuez y, Naoun dix-s mil esgoar '\ an trugar 7 bet narv : En pep lech ha sechet, diremet na gruet sy, Sigoaz '^ hoaz ha noazder, goude cher ga^ery ■> 2275 Padel an drouc .l:lez, hep iinuez da bezaff,

Nos dez dr'o deuez hoant, ardant do tourmantaff : En fier perseuerant "■, tan gourmani do plantaff, (f. 45) Hep douigaffnep henv, hac ouz ho gouliaff.

Pez poan dicontananç ", goude bombanç chançus '• 2280 An bet he garrcdon, so diraesou confus :

Ha bout hep peuch na span, en poan peur goeluan«.< Hep caffbut lem remet, an fet so morchedus. Neuse ez gouzuezo pep tro, nep so ho hoant,

1. Ici X est une fausse notation de e, comme dans iliu^i v. 2262, hourre- tntt 2264, ha\ho 861, iia'f 1762 ('« aeffi^ii), xil 919 (aeil 1965, 2575) ; cf. mon zn\c\i: Les vonveaux signts orthographiques liaiis le breton du Mirouer, ^ 9 {MisceUaiiy présentée to Kuno Me\er). Le même fait se trouve plus ancien- nement dans un document du v. bret. cité Gloss. 546: Rev.Cell. XVIII, -,13 : XXV, 56; XXVIII, 48; XXXII, 128.

2. Je ne vois pas d'autre exemple de cette locution. Elle rappelle celle, du Goëlo, dont tvar an douar enep d'c l'-ili venir au monde les pieds en avant, litt. « contre ses membres »: un enfant qui naît ainsi a le privilège de gué- rir le mal de rein. o;an an dreu'ell.

5. Premier e.\emple de ce mot, cf. Ghss. 77; hourrcvya, van. bourréùein bourreler tourmtnter, boui riixaiih, bcumiye- « bourrelerie, tourmentt qu'on sourt're, ou que l'on fait souffrir » ; bourrevis, van. bourreûes bour- relle, femme du bourreau; bourrévès pi. -évesed bourrelle, femme cruelle e't inhumaine Gr. Nous verrons, v. 2297, bourreuet bourreaux, pluriel unique (ailleurs bourreuxen, bourreyen, mod. boureuien Maun., bourrèvyeu, van. -ihyon, -h'\an Gr. ,-euioii l'A., -ei'ieti Gon.).

4. Mot nouveau, composé de soulaç soûlas, consolation v. 470, 2918.

5. Coll étant actif, on attendrait ou- em coll (ce que la mesure permet- trait).

6. Le mot se retrouve v. 2381, 2980. Pel. cite de la Vie de S. Gwenolé Glac'har hac esgôar ani' eus nie o:{ nionet qu'il traduit « Pour moi, j'ai regret et douleur, en allant ». Il dit que Esgoar a dans l'usage de Léon les deux sens << douleur causée par le froid, et la faiblesse que cause la faim »; il ajoute: « On prononce plus doux Hshoar ». Le Gon. ne connaît ce mot que par Pel. : Troude le tient pour sui.uiné.

/.(• \[lroiitT il(- la \îort.

Ils seront à jamais, sans plus de joie ; Malheur, certes, à celui qui ira à la (in.

Je jure encore et je déclare A chacun que par les cheveux ils sont torturés 2265 (Par les diables) qui ne se lassent point et ne cessent pas De châtier sérieusement et punir le peuple damné.

Ils ne pourraient être rassasiés, satisfiiits à la longue. Ils ne le peuvent, certainement, ni reçus en grâce : La forte peine et la violence, et le jeu impitoyable, 2270 (Voilà ce qu")ils font aux fous qui se perdent dans leur filet. Chaque jour ils ont toute sorte de misère, Faim incommode, mille cruautés impitoyables, à jamais. En tout lieu, et soif sans remède, n'en doutez pas. Hélas! encore et nudité, après bonne chère et gaîté; 2275 Constamment les mauvais anges, sans fin étant

Nuit et jour, comme ils veulent, ardents à les tourmenter, A les planter dans la puanteur continuelle, le feu avide, Sans craindre personne, et à les blesser.

Quelle peine sans répit, après l'abondance fortunée! 2280 Le monde et sa récompense sont insensés, déconcertants; Et être sans paix ni relâche en peine très douloureuse. Sans avoir aucune rémission, la chose est accablante. Alors ils sauront de toute façon, ceux dont le désir est

7. Antnigar impitoyable, v. 2310, est presque toujours écrit ainsi en deux mots, voir v. 509, cf. NI 553. C'est sans doute que cet archaïsme isolé (le préfixe négatif a)i- ne se trouvant jamais par ailleurs devant -/) était décomposé instinctivement en a)i trttgar la pitié. Pel. dit que Inigiir est peu en usage, qu'il l'a entendu seulement dans la phrase « trugar etv 0:^ clevet, c'est pitié d'entendre », et qu'il le voit « adjectif en cet endroit de la Vie de S. Gwenolé : Au Trugar Jésus, le miséricordieux Jésus ; ce qui peut pourtant signifier la miséricorde de Jésus ». Il est probable qu'il n'avait pris qu'une note hâtive sur ce passage, que le contexte seul permettrait d'interpréter. C'est de Pel. que doit venir l'art, que H. de la Villemarqué a ajouté à Le Gon. : trugar adj. miséricordieux. Troude donne tnigar f. plaisir, satisfaction prononcée. Il ajoute : n Je l'ai vu employé au sens de dudi ». Milin a écrit ensuite : « Syn. » (synonyme); il a employé le mot dans des vers cités par Troude, p. 672 : Euii eur gana gaut hc ilrugar, = (le roitelet...) en chantant dans sa joie. Dans tout le bas Léon, Inigar est connu au .sens de plaisir, ravissement : al lahouseà a gauc, eau drugar 0 c'hlevet les oiseaux chantaient, que c'était un plaisir de les entendre.

8. Exemple unique de cette graphie (ailleurs sygoa^, dans les Noiiehiu svoua^, etc., cf. Gloss. 628, 629).

9. Mot nouv., du v. fr. gaverie plaisir, volupté. Cf. v. 1172.

10. Ce mot ne s'était trouvé que comme adverbe, N 200.

11. Mot nouveau, d. hep coulauancc incontinent, sans délai NI 523.

12. Ce mot ne s'était trouvé que NI 45 3, mal écrit chausus (contrairement à la rime). Grég. donne chauçius chanceux, l'A. chauchuss (voir mon Dict. van.).

-2 F.. Ertuiiill.

Da scruichaff dan bet, lia pcchet compctam :

228) Ha derclicl grat Sathan, ha heul é conianant, Plv. ve/.o ho profit, na'n gounit cuidant.

Rac bi/.uicqucu mcmbry '. ne guclout y dieu, An guir Doc, Roc, Croccr, autrou qiier souuercn : Na den â ncp hcny, en c ty ancien. 2290 Ncmet DiaoLilou, en tourmantou coucn.

Neusc bcch ho pechct, conuertisset crct lien»/, Peur ditrue/ vezo, eno oar ho clopen» : Xa bizhuicquen nie'n cret, remet dre nep pedcn», Xc guellont da catibut, he gouzuout ho brout ^ ten»;.

229) R^c se ma em sentech, ez renonçcch pcchet, Hac adheraf >, ouz Doe, pegant ez ouch croec * : Rac oun â huy na cleu ? na ve an bourreuet,

En N-ffernH eternal, hoz groahe scandalet. Breman ez fell guclet, heruez maz procedaff. 2300 Pénaux an tourmantou, han poanyou esouhafF > : Ez vndi varius '% changus " outracheussaff *, Da vn stat ne padont, quent ez changont prontaf.

Dren pez da pep heny, maz int y varius, Ha nepret en vn stat, hazuat nac ynt padus : (f. 45 v) 2305 An poan creri" â grefont, â grueont quen spontus, Goa ert' aiclo dv, dan ty malicius.

Qucntaff condition : dirxson disonest, A greff an poanvou mau, huan heruez an test : Eu an acerbite ' : aneze nede fest '", 2510 Maz ynt a;gr " dihegar '- : antrugar da arhuest.

Ho bout leun i hueruder ■> : itgrder dimoderhaff '■•,

1. La première syll. rime en cw, cf. les variantes tiienbry, nien bry ; de mêmev. 2385.

2. De l'inf. ^roj/Jujf aiguillonner.

3. Mot nouveau, du fr. (ufht'rer.

4. Lis. croeét ; le / est remplacé par un point.

5. Écrit esiiouhaff, \'. 2386; superl. de «oh (fille) effrontée, révoltée, ou odieuse B 357, cf Gloss. 222 ; Xoles d'-ètyiii. hiet., no 71, ^ 7.

6. Mot nouveau, cf. v. 2503; du v. fr. varieiix qui varie sans cesse, inconstant. On ne connaissait que variLibl ciitiiiant.

7. Dérivé nouveau, écrit chiiingus, v. 2690; mod. ceûchus,ceit'ichus, van. chaihhus, ckiujus changeant ; ceiùch, ceùch, cheiich, cheihch changer, chefich- dicheùch K changeotter, changer à tous niomens •».cench,ec}}etuh, ecefich chan- ger de la monnaie, cy;«c7;, (Vf»c7.'change, menue monnaie, ceiùch, chench change, commerce d'argent, li:^cr-ceiihh lettre de change, ly-ceitlch place du change, la Bourse, cencher, pi. -èiyeii, cbcùcher pi. yeu changeur, ceitlchidii^ue^, cen- chamatii changement, eceiûcb échanger; pi. ou échange Gr., c<'Hf/j change, changer, échange, échanger, (VHf/;c;Y;^, ecench banque Maun., cf. Gloss. 103; Dicl. van., v. cliaiij.

8. Voir v. 1673. LV ne se joignait pas à Vu suivant pour faire la voyelle eu : il est ajouté pour noter que ch a le son doux (français, et non celui du

Li- Miroiter de la Mort. 73

De servir le monde et le péché exactement, 2285 Et garder l'amitié de Satan et suivre sa règle. Quel sera leur profit et le gain évident .

Car jamais, je l'atteste, ils ne verront, certes. Le vrai Dieu, roi, créateur, seigneur aimé, souverain, Ni homme d'aucune sorte, dans sa demeure antique. 2290 Mais des démons, en des tourments affreux.

Alors le poids de leur péché sera changé, crois-le, Très impitovablement, sur leur crâne ; Et jamais, je le crois, par nulle prière, rémission Ils ne pourront trouver; savoir cela les pique vivement. 229) Aussi si vous m'obéissiez, vous renonceriez au péché Et vous attacheriez à Dieu par qui vous êtes créés; De peur, n'entendez-vous pas ? que les bourreaux Dans l'enfer éternel ne vous fassent châtiés.

Maintenant il faut voir, d'après l'ordre que je suis, 2300 Que les tourments et les peines très horribles,

Ils sont variables, changeants de la façon la plus douloureuse : Ils ne restent pas au même état, mais changent très promptement.

Parce que pour chacun ils sont variables. Et jamais au même état, évidemment ne sont durables, 2505 Ils aggravent fort la peine, qu'ils rendent si épouvantable. Malheur à celui qui ira là, dans la maison méchante.

La première condition, extrêmement affreuse Qui aggrave ces peines, vite, selon le texte, C'est leur rigueur : ce n'est pas une fête, 2310 Si bien qu'elles sont aigrement cruelles, d'aspect impitoyable. Qu'elles sont pleines d'amertume, d'aigreur très excessive,

r'/; moderne). Il en est de même dans conipai^neinioii compagnons v. 326 {gn doux et non g -\- n), etc.

9. Mot nouv., du fr. acerbile; cf. v. 1996.

10. Litt. « d'elles ce n'est pas régal. »

1 1 . La rime ferait attendre plutôt bec.

12. Ecrit de même v. 308 (et non diegar, Dict. étyni.); dihégar cruel. dur, sévère Gon., dihegur, dishegar inhumain, cruel Trd.

13. On a vu, v. 1395, ce mot, qui reparaît v. 2331,2335, 2359,2341, 2343, 2587, 2629, 2633, et a une variante hiierfder v. 2327; cf. Gloss.1,2'] ; chuervder Maun., c'hiiervder p. -eryou Gr., c'houervder m. Gon. Grég. donne aussi cliiiérvente:; p. \oit, van. hi'ierbiionv ; Le Gon. c'bouen'efUei, •vdfii; l'A. buénioniii, biuhuiiioii m. amertume, biierboiini acrimonie; Châl. et Châl. ms. bucriloiii acidité, etc. Grég. a clniervison pissenlit ou dent de lion, plante purgative, Pel. c'burru'issoi!, Gon. cliouerviion m., Troude c'honerveion, -vi^on, Mil. ms. « c'bouervison (5 dur) »; cf. Gloss. 685, 633, 634» 73) ; g^ll . cbivendys, cbivenuxn llwyd absinthe, etc. Mil. ms. porte, entre les un. cliouero tx c'boiien- : « c'hoiwnijits adj. aigre, aigu, rauque rude. On dit aussi c'bouerjiis ». Serait-ce un mélange de cliouerv et de l'crjns verjus? Voir V. 2456.

14. Superl. de dinioder, mod. divnder immodéré; immodération Gr.

74 /:. l'niiiiill.

A gucll bczaff proufct : cr pcprct dihxtatr :

N\' cessont ncp quentcll, pciir cruel ouz goclatV.

Ha grif^onçat ' ho dent : disqiiient da quentaff. 2515 Yucz ijant ho martir : diguir cz desiront.

Cortï hac enctdre bell-, mcrucll lia nt- guellont :

Byzhiiicquen y en goar : drc glachar ne maruont,

Ha se d greflio poan, goeluan eu d canont.

Oar an bet pan edoant ; : ez quemerent * spont bras, 2^20 Ha tar > rac na marusent. pep lient en casent las :

Fep carniouich '• é douigaff : d grue»/t scaffquentaf pas

Lies esfreiz dreizart : scaft \- d gouzafas. Hac eno ho désir, ha ho holl pridir\-,

Na ne hoanteont queu, ternien d nep henv : 2 52) Nemet an maru garuhart : da gouzaff neraff sy,

Ha meruell ne guello/n : dre nep spo;/t na gront muy. Eno gant an ;vgrder : huerfder diseniperet,

Ancquen en ho guenou, bet gruizvoa 7 ho coudet :

Ez dantont ho teaudou •'* : ho membrou darnaouet, 2530 Hac ez blasphemont Doe, pcgant ez ynt croeét.

Bezcoaz ne voe hueruder : na fier quen souueren,

Euyt vestle 9 na huzel, cruel na hufFclen"',

1. Ce mot est employé comme subst., « grincement », v. 2409. Cf. Gloss. 293, 294. Maun. a « grincer des dents, ^riugnoça an dent » (et grin- iiil): a gringonçal grincer »; Pel. grigonai, -ail grincer des dents, et com- pare le fr. gn'ngoter ; R^-' nis. grigoiinsat, grigonsa; Chdl. nis. (screignal en tient), giignocheiu ,(charroncbiil) ; Grég. (gii)iç~al an dént),grigoiii:^iit an dent, giigtioç:{a an dent id.; grigonç:^ m. pi. ou cartilage, -us cartilagineux, coriace ; Gon. grigonsen 1. pomme saunage, pomme aigre ou avortée pi. grigonsetniou, gilgoils ; grigonsek qui produit de ces pommes, abondant en pommes sauvages, etc. ; giigoiha. « par abus » -sal « grincer les dents », grigoùsere^ m. grincement de dents; il dit ne conniikm g n gon s m. cartilage que par Grég., ce qui ne l'empêche pas de donner les mA]. grigonsuy, -sek cartilagineux. Troude donne grigonsal, -sat v. a. grincer; grigons pi. pommes sauvages, pommes acres; m. cartilage: grincement de dents: grigonsek {. lieu planté de pommiers sauvages, etc.; Mil. ms. a « gragons, gregons, pomme avortée » ; « gragons pomme avortée, petite pomme qui mûrit avant les autres ». On dit gi igonstii petit morceau : enr grigoilseu vara un petit morceau de pain (.M. Lec'hvien).

2. Prononcé die vell, dont la ne s\ll. rime à enef.

3. Lire edoni; cf. v. 2520.

4. La rime ferait attendre queineisoni ils prirent.

5. Lire teai , variante de laer'r Ou garu ?

6. Mot nouveau, du fr. escarmouche.

7. Ailleurs gri~\ou, -yiou ; moà. gri~you. hors de Léon grvou, gruyou Gr., tréc. grouio.

8. Premier exemple de ce plur.: teaudou, \:\n. tecdèu Ç>\\, iriic. t iaoïio ; d. Gloss. 684.

9. Mieux écrit vestl, v. 2558, 2440. Le Miroiwr na, par ailleurs, IV muet français que dans la .\« partie, et toujours après ' précédé de con-

Le Miroiter de la Morl. 75

On peut le prouver : car toujours très ilcsagrcablcnicm

Ils ne cessent à aucun moment de pleurer bien cruellement

Kt de grincer des dents, atlolés, d'abord. :;^ 1 5 Dans leur niart3re atroce aussi ils désirent

Corps et âme, avec violence mourir, et ne peuvent :

Jamais, ils le savent, de douleur ils ne mourront.

Et cela aggrave leur peine, c'est un gémissement qu'ils chantent. Q.uand ils étaient sur la terre, ils avaient une grande peur 2520 Et rude(?) de mourir; partout ils haïssaient beaucoup cela.

Eu toute attaque ils le craignaient vite tout d'abord :

Ils souffrirent, certes, par beaucoup d'effroi. Et (est) leur désir et toute leur pensée,

Et ils ne souhaitent nulle autre chose d'aucune sorte, 2^2) Que de souffrir la mort la plus dure, je n'en doute pas;

Et ils ne peuvent plus mourir par aucune épouvante ni menace. Alors par l'aigreur, l'amertume désespérés.

L'angoisse en leur bouche jusqu'aux racines de leur cœur.

Ils mordent leurs langues, leurs membres déchirés, 2530 Et blasphèment Dieu par qui ils sont créés.

Jamais il n'v eut amertume ni puanteur si extrême.

Pour tiel, ni suie odieuse, ni absinthe

sonne : Mœstre 5060; f. 71 v (nurslre 3465, Mesir 132); gohre 3558. Cf. Les tionv. sisriies orthogr. \o. La variante hestl, qui doit être plus ancienne, n'est attestée pour le mov. br. que par Pel., citant d'après « la Passion de N. S. » Givin -aigr ha hestl, vinaigre et fiel ; mais il avait en vue le pas- sage Gtiin aegr, vi\r, vesti, J 143. Il donne aussi Besllecs (lis. hesllec) « qui a du tiel, ou qui est de fiel » (gall. hiistlog). Rei ms. a vesil et hestl, Maun. vestl, Gon. hestl f., « quelques-uns écrivent et prononcent givestl », puis hestl, gicéstl; Trd hestl f., puis hestl; Mil. ms. k vestl. . . mettre à Bestl)»\ du Rusq. hestl f. pi. 011. C^ornique histel, heslel, hestl, hystel, hystyl, hestyl, hesl, be^l (Jago). Cf. Gloss. "j^-j ; W'aldc -, v. /'7//.s- ; Pedersen, Ven^^l. Graïu. I, 116.

10. Ces noms ne s'étaient trouvés que dans le Cath. : Inidel, uidein hu:^el ; hu:^d suie, hu:{^elyaff no\rc\r de suie, part. hu:^elyet. « Aulcuns dient en breton udelct mettent d au lieu de i, tant uault » C a ; /;»:^<'v/et part, hiiieylet C h ; hu~el pe hii^il; hudel ; huu'lva([ C ms. Maun. a : « suie ■z':^('/, /;q/7 » ; « bii:{el pe hu:^^il suie »; v^ell pe z':^/// suie » ; Gr. /;»;y/ (et î/;y/ dans un exemple), hu:^el, hiiel, van. huylèr,huUr, huhel, verbe lm:(ylhci, lni~ely a ; Pcl. Inidel , hic^il . hi~il, van. huler, huiler; Re' ms. hu:^ul, lni:(el, hu:^il ; Le Gon. hu\el, hugil, huel, (., van. huler, huiler ;■ huiéliu, huiilia, van. hulénin, huilcreiii noircir avec de la suie ; se former en suie (lm':[éliu-{, hitiilu:^^, hors de L. huilti- fuligineux, ressemblant à de la suie, couleur de suie H. V.); Trd hu~il, hu^el, ;/:^//, n^el, huel m., huel-iiioged m. (— - suie de fumée), hu:;[uilh m, à l'Ile de Batz; //;j;^/, lni:^el, hu:^il{., n^il; u:^tiil f. « au H. Léon on dit z/:^»/ (/ mouillé). . . u^ul pron. ui^uill n'a été [cité) dans cette forme par aucun lexicographe breton ; elle. . . est en usage depuis Saint-Pol jusqu'à Lesne- ven, c.-a-d. à peu près dans tout le H. Léon » Mil. ms., à Ouessant u^uilh, D. Malgorn, à Beuzec Cap-Sizun u~il, J. Francès) ; humilia, hu:;eUa, u:;ilhi, v.in. huler,'iii noircir de suie, se former en suie au H. L.

76 /:. Eniatill.

((. 46) Euel plen ail henv, so dan rcuscuJien :

F.n cernw an viTcmou : en poaniou diloucn. 2^^) Hucruder quet en bct man : nan reman so hanuet Ou/ hcny an yffcrn», niazedi'n bernw cornet : Nendeu sacun vn çaig ', da bout comparaichct : Mu\'guct an vcstl ouz mcl : cruel eu é guelet.

h:^h/(7, pron. ii'iiilhi » Mil. ms.) ; du Rusquec /;»-«/ f., /.'»^c/ m., hii:{iiill m. pi. on, ii'i'l f. : u~il ; uitiil m. ; hu-eJia, bii~iilia v. a. et n. ; /)//^h//»- fuligineux, de couleur noirâtre, hu^iiillii^ qui se forme en suie ; Châl. /.'///(•>, /.'»//(■> (bas-van. /;//c/, Loth) ; Ch. ms. hiih'I, huler, huiler, a Sarzeau //«<"/ ; l'A. Imlére m. pi. -rien. On dit en Trég. et Goelo httel (2 svl.), en Corn, hueil. C'est un de ces mots dont il est difficile de déter- miner le genre, parce qu'on ne les emploie guère qu'au sens général ; le seul témoignage positif, hucJ-uiogcd, indique le masc, comme en gall. hiuhhgl. Aux deux explications proposées pour huiler, huler, Gloss. 458, on peut ajouter *hu~il-er, cf. aiiiieier, ouniie\er m, la crasse qui vient sur la peau, etc. de * il ii-he--oer, Gloss. 30 (allem. Ausat^ dépôt, lat. sedimeu, gr. jçi^ria-ç). y o'ir Kn'. Celt.y, 126, 127; VI, 396: Henry, Lex. 167, 214, 215; Stokes, Urk. Spr. 298; Macbain, Etyni. dict. % 552; Walde,^^'»/. ITa-rt.-, 695 ; Kœning, Lai. -roui. JV. >, 9221, 9230 a ; A. Torp, JVortschil'{ der i^erni. Spr . 428; Pedersen, Vergl. Gram. I, 71, 72 (où le moy. irl. suithe est regardé comme un emprunt brittonique), etc. UArchavlogia Brilannica de Lhuvd écrit inexactement (M';^/7 (avec un v pointé qui vaut c du fr. le), au mot/»//V(>; et dans la traduction anglaise du P. Maunoir, Williams a ajouté hydlk'yl avec l'indication « Q.uill. » ; c'est le bu-eyl du Cath. (édition de Q.uillévéré), qui a subi d'abord une transcription galloise: voir Le mot « Dieu n eu breton, ^ 7.

Le Cath. a hufjelen « aluine ». V. Henry attribue au moy. br. une autre forme hii:^eleu, sans doute d'après Pel. : « Hu:^eleu, U:{eleu et Uhcleu... Le P. Maunoir ajoute par deux fois C'hiverw, amer : et pareillement M. Roussel, qui veut que ce nom double signifie robe-de-dessus-amere, prétendant que la seule superficie de cette plante soit amere. Tous les plus vieux livres que j'ai pu lire, portent tous Uselen et Uieleu, sans v ajouter Olm-erii'. . . Nous verrons en son rang Uc'heleu. » A l'art, précédent (/;;/^f/), il avait dit : « Hu:^el semble n'être que le primitif de Huieleu, . . . qui est le nom. . . de l'absvuthe... ». Il a aussi : « Uc'heleu. Robe de dessus... hauteur ou tcrrein élevé»: « Ui'heleii-c'hwero, Absyiuh^. . . parce que, disoit M. Roussel, qui l'écrivoit ainsi, la seule peau de cette plante est amere, et en est comme la robe de dessus »: « i\'heleu-g;u'eu. Armoise... mot à mot, Robe de dessus blanche, ou Haut-blanc ». Les deux passages de Mauu. portent : vheleu e'huero. La préoccupation de cette épithète a empêché D. Pel. de constater que quelques-uns, au moins, de ses vieux livres avaient huffeleu. Uselen pourrait être, de sa part, une erreur de lecture pour ufeleii, et u\eleu, hti^^ehu. des formes amenées par l'association d'idées qui est dans notre texte : « /;i/^c/... ua huffeleu ». R^' ms. a (après /jH^///) : <' hiicleu absinthe, uheleu, u^eleu », sans c'huero. Il est probable que l'addition de cette épithète a eu pour objet de distinguer labsinthe de l'ar- moise ; cf. anuoise aui'ere id., Maine-et-Loire (Rolland, Fauue pop. VII, 68). Gr. art// huelen, c'hnero, au huffeleu, ar vuèlen absinthe ; .;;////; ar xniélcu du vin d'absinthe ; au uhêleu-vèuu armoise. Ar vueleu peut être une moderni-

Lf Miiviin lie la Moii.

Comme celle qui est, certes, aux misérables Dans l'enceinte des enfers, dans les peines cruelles. 2535 Aucune amertume en ce monde, ni celles qui sont ici nommées A celle de l'enfer, le tas est encerclé. N'est a comparer, certes, aucune mixture, Plus que le tiel au miel : c'est cruel de le voir.

sation inexacte d'un ancien *a;/ tiucloi, prononcé ttveku, ci. vucl humble Gr., niov. br. viiel (prononcé trccl), Gloss. XIX. Le Gon. dit qu'on prononce biit''h'ti-choiicro f., (( mais, dans les anciens livres ou manuscrits, on le trouve toujours écrit ii'éleii ou hu'éleii » ; ceci est évidemment pris à Pel. ; il ajoute : « quelques-uns prononcent vuélen », ce qui peut venir de Grég., comme vucl humble. Il a aussi uc'hélen id., et hm'len-ivenn f. armoise. Trd a, entre autres, hui'leii-c'hoiieio, sur quoi Mil. ms. remarque : « on prononce encore à l'île de Batz huffelen chouero ». Du R. donne d'abord pour «armoise » hueleii c'hoinTo et buelen given ; son Dict. brel.-Jr. traduit le premier « absinthe », et écrit mieux l'autre Imeleii-wen. Rolland, Fa une pop. VII, 63, 69, donne hiicleii c'hoèvr armoise, Lannion, iivcleii id. Pleubihan (Y. Kerleau); ii'alen l'eu, absinthe, Cléden Cap Sizun (H Le Carguet). On dit en haut Trég. hiieleii clmterv absinthe. Cf. hnvi'}e~ espèce de tanai- sie frisée, Pleubian (Y. Berthou). Le corniq. avait fiiehin absinthe {fiteliii, Jago;/t'/t'« (Lhuyd). Henrv compare huai entrave, corniq. /«i;/, A/^?/ qui viendrait du 1. fihuJa agrafe, « à cause de la forme des corymbes -> ; il y aurait eu contamination de hii:^el suie, et hud haut. Lhuvd transcrit iueJcii (son u est un ou français), ce qui pourrait faire supposer une forme vanne- taise * ibiu'leii, mais Ch. ms. porte ithcleii bi/eni. On sait, d'ailleurs, combien Lhuvd est sujet à caution, en fait d'armoricain. Il donne, par exemple, à « pestis », hokeit avant pris le <" breton (doux ici) pour un c gallois (tou- jours dur). Cela ne l'empêche pas d'avoir eu et tenté de réaliser, au com- mencement du xviiic siècle, l'idée excellente d'un dictionnaire polyglotte des langues néo-celtiques, qui n'a malheureusement pas été reprise depuis. Cf. Le Journal des Savants, août 1897, p. 488-492.

I. Lis. saçun un caig ; premier exemple du mot resté en van. dans bciiip ceinge sans mélange, purement, gùiii queige ripopée (vin de mélange, ou mélangé), queinge-iiieinge pêle-mêle, geige-vieigc confusément l'A., caige- niaige Ch., ijeicb-nieicb Gr., queig' er meig' Ch. ms. ; ci. caigein mc\cv, brouiller, tripoter, sophistiquer, frelater, queigein Ch., caigein Ch. ms., bas- van, keïjein Loth ; queigein l'A.; caigeaJur, caigereb mélange, queigeieab pi- eu id. Ch., m. l'A., queingeadur m. pi. eu alliage, ceigeadur confusion l'A., keijaj m. chose mêlée à une autre, matière étrangère, etc., voir Gloss. 168. Le moy. bret. quisout cité à cet endroit, est réellement quesout, voir v. 87 ; faute probable pour quejoiit. Pel. a « Keigea, et Keigcout ou:^ un den heimac. Aller à la rencontre de quelqu'un. Je l'ai trouvé écrit de ces deux manières » ; ce qu'il ne faut pas prendre trop à la lettre, la source étant très probablement Maunoir : « rencontrer,... quigeoul ou^ » ; « queigea ren- contrer ». Grég. a qigeoul ouc'b rencontrer, avec un exemple; Le Gon., kijoul V. n. rencontrer; aller à la rencontre de, avec l'exemple de Grég., qui n'atteste que le premier sens, l'roude donne kejout comme variante du van. kejein mêler, et kijout oc'b en Cornou. rencontrer. En Cornouaille, on dit keja mêler, et keja gant eun- hennag se rencontrer avec quelqu'un ''M. Le Floc'h. de Douarnenez).

7<S I:. liiiitiiilt.

N'cp À coiibidcrhc .111 iuicruJcr se Ical, 2 MO l:n bcthcp contrcdy, quent nioiict dy rial : A soutcnhc peprct, huerudcr an bct detaU Ha neubet cz caflfe : ve dezaff se roal.

Considcraf noman : an hucruder man lianuet. Ara dcn mcur A lech, da lamct i pechet : 2 54) Hac obcr pinigcn;; : en glcn qiicnt gouricn» bct, Er na vc an tiihont : ez ve pront confondet.

Hac se cz diclic dcn : en pcp tcrmen en bct, Pridiri peur ticr, maz loclier an spcret : Hr nac alic dan tnou : dan yffernou plouct, 2550 Da bout en poan lia nech : lia rcch drc é pechet. An cil condition : à ton/; don mclcony, Ha poan ncp so manct, en pcnct licp quct sy : Eu bout nyucr nieurbct : carguet â contredy, An poaniou infernal : scandai ha contraly. 2533 Poaniou innumerabl : dihabi â drouc aplic, Ha crizder dinierit, hep respit tristidic : Stancq gant ancquen eno : dan re so en ho quic, Han cncf so grefuct : nedeu quet neubeudic '. Bczaff en dcues > Doe : nep so roe dan ploeou, (f. 46 v) 2560 Da pcp heny digraç : alies cargazou + : Carguet à sezyou ; leni : hac à lies flcniou '', An resc lem ha nioan : lio goan euel tan glaou :

Drc'n fajçon man lianuet : ententet ezedy, An niucr dinierit, infinit hep deduy : 2563 Au poaniou bras ha stlcni : : du quement so enliy, Ho bout prim cstimet : ne galhct â detry.

An corff â diaucs»' : gant angocs han ' esgoar, A vczo cog '•' brochet ", a se quct na gr et ■= niar : Gant seziou dagou ■> lem : hep esquem dimcmoar '4, 2370 Naoun pcp lech : ha sechet en bct ne ciffet par.

1 . Ce mot, écrit lyiil dans les l'ocina Bi\l ., ne se lit par ailleurs que dans le Miroiwr (v. 51, 2615, 2727), et dans les Biir-ouitei^wii {lavarel rial pro- noncé nettement, Glois. 565): notre texte a une variante riel, v. 85, 2434 2437, 2627, 2730. Les deux formes existent encore en Léon : Rial adj. ou adv. Li'un a ra liai û lit couramment, facilement, sans hésiter; rial e:^ a gaiitai'i il récite sans hésitation : e oentcl a car riel il sait très bien sa leçon (ab. Caer). J"ai assimilé ces mots à real réel, réellement ; ne serait-ce pas une aphérèse de impérial'; Sur ce phénomène, ci. Gloss. 324-527. L'expression kaer ivifwrial très beau, existe. Le moy. bret. avait impérial impérial, Gloss. 353 : van. impériale l'A. : ce mot s'est mêlé au fr. cmpyrée dans an Emper\aK an Intperval « empirée, le ciel empirée », au imperval « le Ciel empiré », Gr. Ou =: royal(eiiieiit) ?

2. Ecrit fieheiulic C /': Gloss. 439.

3. Premier exemple de cette conjugaison, cf. Gloss. 66, 67.

4. Mot nouveau, à lirei:ii/";'(/ii)H : du fr.

Le Mirotur de /</ Moii. 79

C'cliii qui considcrerait cette amertume, loyalement, 2540 En ce monde, sans contredit, avant d'aller h\, certes,

Supporterait toujours l'amertume du monde, sûrement, Ht trouverait que ce serait réellement peu pour lui. Considérer ici cette amertume (que j'ai) nommée. Fait l'homme en plusieurs cas sortir du péché 2545 Et faire pénitence sur terre avant la lin du monde,

De peur d'être dans l'au-delà en un instant confondu. Aussi Ihomme devrait, de toute façon en ce monde Réfléchir très sérieusement sera logée l'àme De peur qu'elle n'aille en bas aux enfers, ravie 2550 Pour être en peine et ennui et douleur à cause de son péché. 1^ seconde condition qui augmente la profonde mélancolie Et la peine de celui qui est resté en châtiment, sans aucun doute. C'est qu'il est grand, le nombre plein d'horreur Des peines infernales, douleur et anxiété. 2355 Peines innombrables, terribles, de mauvaise nature Et cruauté extrême, tristes sans répit.

Accablantes d'angoisse, là, pour ceux qui sont dans leur chair Et l'àme qui est punie : ce n'est pas peu de chose. Dieu qui est le roi des peuples, possède 2360 Pour chacun, terribles, beaucoup de carquois

Remplis de flèches aiguës et de beaucoup de traits;

Ceux-là, aigus et minces, les piquent comme des cliarbons ardents.

Par cette façon (que j'ai) nommée, on entend Le nombre extrême, infini, déplorable 2565 Des peines graves et horribles pour tous ceux qut y sont : On ne pourrait les évaluer rapidement, certes. Le corps, au dehors, avec angoisse et gêne Sera (comme un) cran frappé, n'en faites pas de doute. Par des flèches, des dagues aiguës sans relâche, à tout moment ; 2570 Faim partout et soif, comme au monde on n'en trouverait pas.

5. On n'avait que des variantes dont la plus rapprochée est ir~/o//, cf. 2369; scr:^ pi. \oii Gr. Cf. G loi s. 393.

6. Premier exemple de ce plur. ;y/i'/;/;// pi. o», van. //('/// pi. ('ii aiguillon d'abeille, etc., feiuiii pi. on aiguillon de couleuvre Gr.

7. Unique exemple de ce mot, qu'il faut lire sllcii : variante de cslreii étrange, odieux ?

8. Premier exemple de ce mot, cf. (jIoss. 162 ; ailidiic- extérieur, exté- rieurement, adiiive:; au dehors .\Iaun. Voir v. 3240.

9. Lire prob. bac.

10. Ce mot n'est connu (avec ^' doux) que par le v. 4j2, il signifie coche, cran (où frappe l'horloge).

11. Participe du verbe /'/o^mI frappe, v. 453; hrocba percer Maun.

1 2 . Lis. !^^>el, gioet ou i^niet.

15. Premier exemple de ce plur. ; dui^oii Gr.

14. Mot nouveau, formé comme le fr. iiiiiiiciiiorial. Grég. a (Uvenior, ilieùvor qui n'a point de mémoire.

8o /:. Eiiuiult.

Viioz cznet à prci/ : ha locziiet esfreizus ', l'rcluct disiieuz cuzic, louidic lia tii;us : Eno ho debro sur : gant l.iur ditTiirniu^ -, Gant furor > disordren, pcp termen ancquenus. 2375 Han Enef diabarz : d vczo csquarzet 5, Cant prcf an Conscianç, diauanç ortanczct : Rciff dczy da goiizuout : ha hc groay hiruoudet, Maz carsc da Icch saki : cz galle bout galuct. Ha pénaux drc pechct : hep remet ez edy, 2580 Coudaninet da mil reux, hep quen meux "^ nedeuxsi Da bout ach en glachar : hac esgoar bet nari, A pep tu ha ruyn : hep sin ' da pep hcni **. Ha bizhuicquen niembrv : adeffri difiaf 9, Nerav cortf nac enef, euvt crei ho grefaff : 2585 Na m eruell ■>' ne guellont : pez spont da confoniaft? Quent se pemdez dezrou, en poaniou esaouhaft". Eno riu hep diuez : ditruez à vezo, (t. 47) Ha tan inextinguibl ", quen terribl ho fiplo : Preluet ort ha mortel : da quement ho guelo, 2590 Ha fler intollerabl. dyliabl ho renablo '^ Tetîalien eno : pep tro â vezo sur, Flageliationou ■>, ha poaniou dvnatur '^ : Ha vision euzic : tristidic difigur, Cruel an drouc .Elez : pez lastez do mezur? 2595 Ha hoaz confusion : hep ton d consonanç 'i, Pepret an pechedou, drouc fietou dezrou chanç : Hac iffam pep amser : seder disesperanç, A pep mat en stat nian, pez poan dicontananç ? An poanyou man hanuet : ha prezeguet seder, 2400 Xendint netra achifF, en respet dan nvuer : An re so plen eno : goa efi' so en ho serr '6,

1. Dérivé nouveau : <'///i'v-«> ef}ra\ant, ertVoyablc Gr. voir v. 90.

2. Mot nouveau, dérivé de tlifjiinii. difitrtn ditîbrme. Grég. a liijiinni « difformer, ôter la forme ».

3. Premier exemple de ce mot, pris au franc. : cL Gloss. 22.

4. Premier exemple de ce mot, voir Gloss. v. abar-. Maun. donne Jtiia- /'i!/':^ au dedans : intérieur.

). Seul exemple de ce mot : c(. scar-a « vuider, nettoyer » .Maun. : Glos. 603.

6. Cf. Hii iiii'ii.x lia iiiaiiu (il n\ a en enfer) ni mets ni rien, rien de bon J 14; meus hoet « mets de viande » Maun.

7. Lire fin.

8. Lire /;////.

9. Premier exemple de cet inf. . ci. GUk<s. 166.

10. Lire iiieniell.

11. Mot nouveau, du fr.

12. On n'avait de ce verbe que le participe, dans (fro(/r ti-iuiblet qui

/.(• Miroiter de Ja Morl. 8i

Des oiseaux de proie aussi et des bètes effroyables, Des vers hideux, affreux, sales et gourmands. les mangeront sûrement, avec douleur qui enlaidit, Avec fureur désordonnée, de toute façon pénible. 2375 Et l'àme, au dedans sera rongée

Par le ver de la conscience, à tort offensée. Lui donnant à savoir, ce qui la fera gémir.

Que si elle avait voulu, au lieu de salut elle pouvait être appelée, Et que par le péché sans rémission elle est 2580 Condamnée à mille maux sans autre nourriture, il n'y a pas de

[doute, Pour être, hélas! dans la douleur et la peine, à jamais De tout côté et la ruine, sans tin pour chacun. Et jamais, je l'atteste sérieusement, ne périront Corps ni âme, pour fortement qu'ils soient punis, 2585 Et ils ne peuvent mourir ; quelle épouvante, à rendre confus!

Mais chaque jour commencement, dans les peines les plus horribles.

il y aura sans lin un froid impitoyable Et un feu inextinguible qui les châtiera bien terriblement ; Des vers sales et mortels pour quiconque les verra 2590 Et une puanteur intolérable qui les punira atrocement. Il y aura ténèbres de tout coté, sûrement, Flagellations, et peines extraordinaires. Et la vision affreuse, triste, difforme

Cruelle, des mauvais anges ; quelle horreur pour les nourrir ! 2395 Et encore la confusion, sans aucune consolation.

Des péchés, toujours, des mauvaises actions, cause de leur sort, Et accablant en tout temps, assurément, le désespoir De tout bien en cet état ; quelle peine continuelle ! Les peines ainsi nommées, et décrites sûrement 2400 Xe sont rien de complet, à l'égard du nombre

De celles qui sont là, certes ; malheur à qui est sous leur coupe !

indique une mauvaise qualité difficile à déterminer; en Trég. et Goëlo reniibi, reualhi^'ii au treo faire l'inventaire des objets, GJoss. 569.

13. Mot nouv., du fr. ; VA., dionnc flagellation f. flagellation ; //i(<,u'//t'/// flageller.

14. Malgré la seconde rime intérieure \\a poi/-, la place de la principale, en ou, est si insolite (3*; syll. au lieu de 5^^ qu'on peut se demander si l'au- teur ou l'imprimeur n'a pas eu une distraction : on attendrait quelque chose comme esoit pur, cf. v. 2386.

^5. Nous avons vu ce mot au v. 2178; cf. son compoiic il icoii ta iianç, V. 2043, 2398. 2459.

16. Premier exemple de ce mot, cf. Gloss. 599. Mil. ms. donne « e-ser prépos. en compagnie, tout en, pendant, parmi, avec, au milieu », avec cet exemple non traduit : enii he ;^('>- e vevinip (nous vivrons avec lui); D. Malgorn é sèrr ar rèll (je pourrai aller), sous le couvert des autres. On lit an eil e ser eguile (l'un imitant l'autre;, Coufcraiiçon 30, 2^ éd. 47.

Revue Celliijiw, XXXW. 6

Na /:. t.niaull.

Alianc lie achap : Roc na l'ap hyr na bcrr.

A pcp rcuscudig.vz, ha mez ^oall euczhat, Diamour ha gourmant, pen« ha dent bcde'n ' tioat : 2405 lùio nep so loger : so carguet hep cretat,

Andynt v goa y doe : goa y doe pan ciocat ?

Rac en ho daou lagat : goueluan plat dinatur, Nos dez ho deuezo. an re so eno sur : Hac en dent grigonçat, aenep stat natur, 2410 Hac en diu froan lier bras : peur azgas do pastur. Qiieinuoan- en organou, an guenou dilaouen, En diu scoarn;/ error, hac horror disordren : Hac en treit ereou, dadoucn ' poanyou couen : ]\,\c en daou dorn» fournis : pez languis da cristeu + ? 2415 Ha tan grizias > hastiff ouz ho lesquiff dimat '•, {{'. 47 V.) Auyl dre'n 7 ysily, goa y ouz ho gruiat :

Peur scuemp dre« holl mew/brou : bet pla?itou an dou troat lîezcoaz é sort glachar, en nouar ne parât.

Chede oar se pénaux : an queiz faulx ** ez auser, 2420 Ha dre ho hoU membrou, poaniou â enouer'^ : Goude bech â pechet : ha fa:t an bet seder, Ahane hep ehan, goeluan eu â caner.

Ahane pep vnan : en poan d guell canaff, Ancquenou poaniou'n maru, père a so garuhaff : 2425 En tefoliou profond : so ouz ma circondaff,

Hastiff poaniou'n yfferu//, ne men« ma espernaff. Hep achap en abym : gant ma crim venimus, Digraç ez ouffcascet, hep remet morcliedus : Ha malédiction, disencion 'o confus : 24,0 So diffstram guisquamant : gourmant ha tourmantHi" O pebez guisquamant : dihoant diauantaig, Ureist guir d pep hiruout, gruet tretout '- da outraig : Perpétuai â chom : chetu tom drouc homaig'',

1. Lire sans doute danl bet an, car il n'y a pas lieu de supposer une variante *gour nient.

2. Cette variante de qiteiiiuait ne s'était trouvée que dans les Notwloti. Maun a (jucinvan plainte, qucini se plaindre, qucinal a ra an hini cliiu le malade se plaint.

5. Lis. (la cloiieii.

4. Cristeu doit signifier ici homme, personne en général, et. en breton du Croisic ur cbent, uihiin, chaù quelqu'un, on, de nr Ijiicheiit un chrétien.

5. Premier exemple de ce mot, cf. Rev. Celt. XXVIH, 195, 194. Maun. eniploiey7(i;/////£i« ^^>;V:^, r. janies, l'cnipl consacret 156.

6. Prononcé divat, cf. diiuU B 515, etc. ; diitiiit âpre xMaun.

7. Imprimé dre,n.

8. Premier exemple de ce mot, du fr. /.;h.v ; on voit que 1'/ ne se pro- nonçait pas. Maun. a faux faux, efaux, faussaniant faussement; Grég./i/;« " on prononce, fnos, légèrement » faux (signature, acte) faux; e fans, van. id., faussement, à faux ; ci. Closi. 252 et mon Dict. van., v. faus.

/.<• Mlrotii'iilr la Morl. S^

De n'écliappe roi ni pape, long ni court.

De toute misère et honte, faute de s'(ètre) garé. De ces choses odieuses, dévorantes, tète et dent jusqu'au pied 2405 Celui qui est logé est rempli, sans faute ;

Ne sont-ils pas malheureux, Dieu ! malheureux, Dieu ! quand ils

[furent créés ? Car dans leurs \eux des pleurs atl'reux, horribles, Nuit et jour ils en auront, ceux qui sont là, sûrement, Et dans les dents des grincements contraires à l'état naturel 2410 Et dans les narines une grande puanteur, très odieuse pour les nour- Gémissement dans les organes, la bouche désolée, [rir.

Dans les oreilles folie et horreur désordonnée, Et aux pieds des liens, pour supporter des peines affreuses. Et aux mains aussi ; quel tourment pour un chrétien ! 2415 Et le feu ardent, en hâte les brûlant cruellement.

Terrible par les membres, malheur à eux ! les piquant, Très subtil par toutes les articulations, jusqu'aux plantes des pieds ! Jamais une pareille torture sur la terre ne fut préparée. Voilà donc comment les malheureux coupables sont traités 2420 Et par tous leurs membres des peines sont allumées.

Après le fardeau du péché et la vie du monde, sûrement ; De là, sans repos, c'est le gémissement qu'on chante.

De chacun en peine peut chanter Les douleurs, les peines de la mort, qui sont très dures : 2425 Dans les ténèbres profondes qui m'environnent,

En hâte les peines de l'enfer ne veulent pas m'épargner. Sans recours, dans l'abîme, par mon crime venimeux Impitoyablement j'ai été envoyé sans rémission, tourmenté, Et la malédiction, la contradiction infamante 2430 Est pour moi un odieux vêtement, qui dévore et torture. Oh ! quel vêtement affreux, incommode, Indigne, fait de tout soupir, entièrement outrageux. Qui reste perpétuellement ; voilà un ardent et fatal hommage ;

9. C'est le verbe dont le part, est enaouct dans les Nouckm (Dicl. etyiii., V. eiiej)')\ Maun. donne eiiaoui vr goulaoueii allumer une chandelle; Grég. enaoùi tir gantoull id., cnaoili ar goiilou allumer la chandelle, eiiaoïii iir c'hoij peur-furmed «animer, infuser l'âme dans un corps organisé », enaoiïi- dige:;;^ « animation, infusion de l'âme », e«rtOiu' vivifier; H. de la Vill. éuaoïiiden f. pi. -nnoii « allumette, brin de bois ou de chanvre souffre par les bouts », en ajoutant : « ce mot, je crois, n'est plus en usage que dans les montagnes d'Arrèz ».

10. Ecrit de même v. 1842; dissenscion Ca,disientio)i C h \ dissent ion m. l'A.

11. Dérivé nouveau; /o/</;;/(»///« tourmentant, (homme) inifommode. Gr.

12. Mot nouveau, du v. fr. treloul, tout, resté dans la langue populaire. 15. Mot nouveau, du fr. « En Léon, ils francisent sans cesse, ils

disent : honiiuaich » (au lieu de goa^oiùiyei, -nyaich), Gr. Le Dict. de l'A., s'emparant de cet aveu, ajoute : « Voilà donc le meilleur Breton, soi-disant, à-veau-l'eau i<.

S-l y-.', liiiiunli.

De Icscll liy ricl, ucJcux liel ncp rclaig 2435 Homan ■• en giiisquamant, so mescliant disantel. Hep remet meurbet gnru, goude peclict niaruel s, Bizuicqnen ^ iiep lieny : ne guell deffry riel, Xepguis lie diuisquaff : ent scaff na bezaff ha;l. C'onsideraff lioman, lie poan dicontananç, 24.10 A lacquas scaff Dauid ; da lamet é fiziai'ç :

Pep lecli dii^aiit pechet : ha comprct penetanç '-, Vaux é dilaçafï, pan eu clartdiauanç.

De Veteniilc des peines Infernales.

(f. 48) CafTout arat" arrc : eiielse â ieatl",

Vn condition bras, so azgas diblassaff : 2445 Hac â gref enef den, certen souuerenliaff t,

Muyguet poan" nep henv, heruez maz studialT :

Homan '' pe'ban ez '" canaff, lieruez ma leaff me, Eu seder dimerit. yscuit .Eternité : Goa so œt dre detyn : hep fin dan train "se : 2450 Ha da bout lem en " poan, hep donet ahane.

Mar doue den nep heny : deffri bras na bihan, Bech vn gruech â pechet, da monet an bet man : Dreizaff da bizuicquen, bout en ancquen quenan ■', Arencq en yffernou : en cafFou ha saouzan. 2455 An poanyou ordrenet : da pechet â het stal,

A hyr striffen yfiern//,maz eux liuern« '^ seternal :

1. Mot nouv., du fr.

2. Nouvelle preuve du genre fém. de ce mot, ci. v. 702, 705. 5. Composé nouveau.

4. Lire -queii.

5. La rime exige qu'on prononce Davi ou D(n'i\. Grég. traduit « David » : David, Devi, Deoiiw

6. Cette variante de penitancc NI 137, vue déjà v. 1985, est peut-être suggérée par peiiet châtiment, douleur.

7. Seul exemple de ce superlatif.

8. A lire ici poen, cf. v. 5210.

9. Ceci montre que ce nom était fém., cf. conJilion f. pi. -iieii 1"A.

10. Mot à supprimer ici, cf v. 1991.

11. Premier exemple de ce mot, en tréc. tniin train: ci. GIoss. 710.

12. Prononcé ici ent ; voir v. 534, 982.

15. Ce mot. adjectif ici et v. 2577, est adv. dans y>cy> Jen quemin absolu- ment tout homme 1868, d. v. 2554 et dans v<7; quenan 2485, qu'on lit aussi P 244 (var. giienani), il faut corriger de même P 270 au lieu de i^'ue- neonip, cf. Rev. Celt. XIU, 232 : Meuse a pep lu quen huhau CaJarnn an bar- ner souueran A duy yen quenan oui "" l'iou, —- Alors de tout côté aussitôt (on verra), majestueux, le juge souverain qui viendra, extrêmement froid, ici-bas. H. de la Villemarqué a comparé le mod. I:e>ni, qu'il cite d'après

Le Miroiicr iJc la Mort. tS)

Pour le quitter, certes, il n'v a assurément aucune relâche. 45) C'est le vête ment qui est malheureux, profane.

Sans rémission, très dur, après le péché mortel ;

Jamais nul ne peut, bien certainement.

D'aucune façon le dépouiller rapidement ni s'en débairasser. La pensée de celui-ci et de -sa peine continuelUe 2440 Fit promptement David ôter sa confiance

Partout au péché et faire pénitence

Pour l'effacer, quand il est malheureusement souillé.

De Vcternitc des peines infernales.

Je trouve encore, je le jure ainsi, Une grande condition qui est odieuse, très désagréable

244) Et qui accable l'àme humaine, certes, très souverainement, Plus que peine d'aucune sorte, d'après ce que je pense.

Celte chose dont je parle en vers, comme je le jure. C'est, bien sûr, certainement, l'Eternité : Malheur à qui est allé pour son sort, sans fin, à cet état, 2450 Et à être douloureusement en peine, sans en sortir.

Si un homme quelconque, cènes, grand ou petit, porte Le poids d'un ciron, de péché, pour s'en aller de ce monde, Pour cela à jamais il lui faut être en angoisse extrême, Dans l'enfer, en deuil et épouvante.

245) Les peines ordonnées pour le péché, à jamais. Par long effort, en enfer, il y a un cri éternel,

Troude. Celui-ci avait donné : « Ken a. . . Locution elliptique. Autant que possible, tant et plus, si bien que », et expliqué, par exemple, k fiislet eo het ken . . . il a été battu d'importance » comme une phrase « évidem- ment incomplète », pour ken 0 strakie he eskern « si bien que ses os cra- quaient », etc. (cf. Rcv. Celt. IV, 158). J. Moal dit aussi, p. 72 (je cite intégralement) : « On peut mettre aussi les mots ken a. . ., ken a, ken. . . (avec des points suspensifs,) à la suite de l'adjectif; Ex. : skui:^^ ken a. . . très fatigué, fatigué au possible », et voit une locution elliptique, « le verbe sous-entendu est facile à suppléer ». Ici « ken a, ken. . . » aurait eu besoin d'être éclairci par un exemple ; il est douteux que cela se rap- porte à une ou plusieurs variantes réelles de kena. La seule attestée est kenan, et comme adj. en van. quenane, (une) vraie (mort), Gloss. 546, 547. Cf. du R. : « Kenan conj. Autant que possible pourfowrt ». M. Loth {Rev. Celt. XXIX, 24; XXX, 260, 261) identifie ^^«■î7/, ^£';w, au gall. /n';/«(/ aussi bon, = *con-<lag- ; . . . vud gynnan p dda « un gain aussi abondant de bien », en rappelant les doubles formes gall. \nia, \inan ici (moy. bret. ama, aman, voir v. 132); corniq. o//a, hxQi.gouelvan pleurs, voir G/055. 529. 14. Voir V. 2015 ; Loth, Rev. Celt. XXIII, 117. Ce radical parait avoir donné son n à chmernjiis côté de c'hoiieijus) aigre, aigu, rauque, rude Mil. ms., voir v. 2531. Il peut être pour quelque chose aussi dans l'alter- nance de r et m des mots c'houermn- d'humeur acerbe (h. C, M. Jaffren-

S6 F. lùuaiilt.

So certen continu : chetu perpétuai, Goa den a nep lien)', ayel Jy da criai.

lùicl niaz eu bezet, ditaulct ' hep quet fyn, 2460 Dan yffern/; Lucifer, en Ber eff he quelyn 5 :

Kn lastez da bezout : pep rout ha drouc boutin •», Dre na enoras scier, é croéer.anterin.

Digraç ha disaçun, gant fortun en vn stanc ;, Lecquet hep quen on couffr '•, à tan souffr diconfranc? 2465 Eu hezr an pechezrien, en ancquen hac en fane, Hep den â nep heny : anezy da dianc

Eno poan bras ha spont, diuergont pep contre, Tan crcH" hac eff teffal, ne sclerhay da baie : Maru hep maru diaruez •"* : d vezo entreze, 2470 A pep tu ha ruvn, ha tin sine fine'^

nou), i'hoiwrvous (M. Mazevct;, c'houetnioii:^ (Coadout, M. Le Moal), cf. pourtant GIo^s. ^66. Le tréc. c hotierniagn id. (M. Even) rappelle le léon. inagn très simple, presque idiot, sol-inagn très bête {Etudes d\'l\tii. hr. XLIV, = Mi'm. Soc . Une;. XII, 452, 453) ; mais peut-être la finale a-t-elle été accommodée au syn. /i/s,';/ (cf. lagnoiis). On dit en h. T. c'houcroii:^al grogner, être de mauvaise humeur ; cf. e wele, e u'eroiii^e hag e chourdrou:^e, Hisloarioii. . . an T. Bouavcntnr, 1857, P- 3' V^'^ traduit « il pleuroit, il se dèpitoit, il menaçoit ».

1. Prononcé ici contenu.

2. Voir Dict. étym., v. dideurell. Gr. a diiteurl, van. distaulein rejeter, part, distaulet.

5. Cela voudrait dire proprement « ses petits » ; mais la rime fait penser que l'auteur avait mis he gueryn et ses gens. Ce mot rare a été lu queryn et pris pour queient parents, par Pc!., dans un te.\te aujourd'hui perdu (Gloss. 301). 11 se trouve au v. 1427 de Sainte Nonne (Rc^i'. Celt. VIII, 448) : A btiualier etren guervn <. (aune èpée. . . un bon juge, sans nul doute) est comparé, parmi le peuple a ; passage qui avait été ainsi rendu, Buhe:^^ sante:^ Xonn, 1837, p. 1)3 : « (Un bon juge est sans aucun doute) un cavalier entre des guérites ». Ce non-sens manque à la série des « Perles armori- caines ». recueillies par An Aotrou Judoc dans le Fureteur Breton. Il me rappelle cette traduction de die iichte Perle deines IVerthes (GuHl. Tell de Schiller, II, i), dans la « collection de la Bibliothèque nationale » : « les huit perles de ta valeur » ! Renvoyons cette « vraie perle » à M. A. Cim, s'il ajoute dans la Rei'ue, à sa collection de Bèvue.<:, Iapsu.<; et singuhuite's lit- téraires, un chapitre consacré aux traducteurs.

4. Litt. « mauvais gain (commun) ». cf. da- butin Trime ont-) pour ton profit J 15 b; Gloss. 77. .Nlaun. donne « commun, houtin » ; « four com- mun,/ôr;/ /'ci///;« »: Mil. ms. pa l'e- boutin an traou... (quand les choses sont en commun) ; boutin int uvr genieni a choune:^ont evel laeron ar choajou bra- li'ar gemeni tra a laeront (ils mettent en commun tout ce qu'ils gagnent, comme les voleurs des grands bois tout ce qu'ils volent) : Pel. : « Boutin, Butin, prove, picorée. Le nouveau Dictionnaire manusc. porte Boutin, four

L' Mi rouer de hi Morl. 87

Sont certainement continuelles, voilà, peipétuelles ; Malheur à Flionime quel qu'il soit, qui ira crier. Comme a été rejeté sans tin 2460 lin enfer Lucifer, dans la puanteur, lui et sa bande.

Pour être dans la misère de toute façon et le mauvais partage, Parce qu'il n'honora pas, c'est clair, son créateur souverain,

Sans grâce ni pitié, avec infortune dans un étang Sont mis seulement dans un coffre de feu et de soufre, sans répit, 246) Violemment les pécheurs, dans l'angoisse et dans la fange, Sans que nul, quel qu'il soit, en échappe.

grande peine et épouvante extrême en tout lieu. Feu fort, quoique obscur, n'éclairera pas pour marcher; Mort sans mort, difforme, seront entre eux 2470 De tout coté et ruine, et fin sine fine.

E. Ernault. {A suivre.)

commun, comme Test le butin « (ceci parait peu exact, le bret. mod. ne montre que le sens adjectif). Cf. v. franc. « qu'eux deux, à butin, entre- prissent toute la conqueste d'Italie et à communs despens » : « nous serons tous à butin jusques au poix d'une aguillette « (Littré); « jouer à Butin, Lucrum ex ludo cum alio participare » Du Cange, v. botinnin (angl. « they will play booty against him » 1561, Murrav) ; « abutine mo\' a ces .V. solz qu'on te doibt » God. ; prov. butin, boulin butin Mistr.

5. Fém., comme l'indique ane:{y v. 2466; cf. stancq-vor étang de mer Gr., stiiùl^ f. pi. on étang, slankad f. pi. ou la contenance d'un étang Gon.; genre de stank en tréc. (pi. 0) et en van. (pi. eu, egi). Est-ce par l'influence du V. fr. eslancl.'e f. vivier, étang, prov. esUuico, eslancho f. arrêt, barrage, mare, vivier, réservoir Mistr. ?

6. Premier exemple de ce mot ; coufir pi. ou, van. couffr, coffr pi. eu m. coffre, couffricq pi. cou^rouigou, van. coufirigueù coffret, cassette Gr., ur c'houfik-biihut « un petit coffre-bahut » Gu'er:^. Br.-I\. I, 32, 54; couffrtr pi. -cryen coffretier, qui fait ou vend des coffres Gr., vân. coufraonrr pL -arion l'A. Sup. ; couffra coffrer, mettre en prison Gr.

7. Lis. dicoufrcinc ; cf. v. 1177.

8. Mot nouveau, composé de arue:;;^ aspect (cf. disneui, difxçon, etc.).

9. Nous avons ici la preuve que le poète breton travaillait d'après le texte latin. Celui-ci porte (éd. de Cologne, 1483) : « Un(de) greg(orius) in moralibus sic dicit Horrendo modo tune erit miseris dolor cum fortitu- dine. flamma cum obscuritate. et mors sine morte. /h/5 sine fine, defectus sine defectu. » Le Breton n'a pu résister ici à l'attrait de cette rime inté- rieure toute faite : finis sine fine. Cf. N 661, 1925; ; Rev. Cell., XIII, 244. L'auteur du Grand Mystère de Jésus se contente presque toujours, dans ses citations latines, de la rime finale, voir J 8 b, 23 b, 33 b, 44, iii, 205, 207 (les finales -us riment en -«5 ; -tini en ont).

BIBLIOGRAPHIE

Sommaire. I. R. Thurneysen', Zii irischen Hnndschrijteii iiiiJ Lilleratiir- deiikmâleni. II. Sir Edward Anwyl, TIjc Book of Aiieiriii. III, F. N. RoBiNsox, Siitiriils ainl Eiichunti'is in carly Irish Uterature. IV. Kuno Meyer, SiUias Cormaic. V. J. Glyk Davies, Wehh Metrics, t. I.

I

R. Thl'rnevsfa', Zk irischen Haiidscbriftcn iiud Litteraiurdenkmâkru. Berlin, Weidmann, 191 2, 99 p. 4^" (extrait des Ahhaudlungcu der kon. Gesclhchafl der IFiswiiscbaflen ^u Gôttiiigcn, Philol.-Hist. Klasse, Neue Folge, Bd XIY, 2).

Nous avons déjà eu l'occasion d'entretenir nos lecteurs du voyage d'études que M. Thurneysen a effectué en Grande-Bretagne et en Irlande dans l'été de 191 1 (v. t. XXXII, p. 224 et 365). De ce voyage, le savant professeur a rapporté notamment d'intéressants documents sur la littérature irlandaise du moyen-âge ; il en a fait connaître le détail à la Société des sciences de Gôttingen, dans la séance du 16 mars 19 12. Ces documents se rapportent à la tradi- tion manuscrite d'un certain nombre de textes, publiés ou inédits, et permettent, en fixant l'histoire des manuscrits et le rapport des versions, d'éclaircir l'histoire des textes eux-mêmes. Nous indi- querons ici les résultats principaux de l'enquête de M. Thurneysen.

Voici d'abord, sous le numéro I\', une étude relative à la litté- rature des sentences, et particulièrement aux ouvrages intitulés Tecoscti Cormaic « Instructions de Cormac » et Briathra Flainii Filin « Paroles de Mann 1-ina ». Les Tecosca Cornmic ont été publiés par M. Kuno Mever dans les Todd Lecture Séries, vol. X\' (voir Rev. Celt., XXX, 325), et les Brialhra Flaiiiu Fiiia par le même dans les Aiiecdota frotn Irish Maiiiiscripts, vol. III, p. 10 et suiv. (v. Rev. Celt., XXXI, 258). En examinant minutieusement les manuscrits qui contiennent ces deux textes, M. Thurneysen est arrivé d'abord

Bibliographie. 89

à les repartir en deux classes, ensuite à v distinq^uer plusieurs morceauK différents, dont quelques-uns appartiennent à un troi- sième auteur de sentences, contemporain de Corniac, nommé Fithal (cf. Hihcrn. Minora, p. 82). Déjà M. Kuno Meyer avait publié dans la Zeitscbrift fi'ir CeUischc Philologie, t. \'in, p. 112, une courte série de sentences attribuées à Fithal. M. Thurnevsen établit que parmi les Tcxoscti Coniiaic aussi bien que parmi les Briathra Flaiiin Fina figurent plusieurs séries qui complètent la part de Fithal; et dans le chapitre V de son travail, il reconstitue l'ensemble des Briathra. Fithail, en utilisant le témoignage des divers manuscrits. Certains d'ailleurs confondent, dans l'attribution de plusieurs séries de sentences, Fithal et Flann Fina.

Le chapitre \'I est consacré au Cin Dromrna Sncchia, le manu- scrit de Druim Snechta (Co. Monaghan), un manuscrit aujourd'hui perdu, sur lequel O'Curry (Lectures on Manuscripts Materials, p. 15 et suiv.) et surtout Zimmer (Kuhn's Zeitschrift, XXVIII, 425, 382, 586, 683) ont déjà disserté. La perte de ce manuscrit est des plus regrettables, car il était plus ancien que le Lebor na h-Uidre, on le trouve cité à trois reprises (99 a 10, 128 a 2, 132 a 6). Dans la masse des manuscrits irlandais contenant des récits épiques, on rencontre bien des morceaux qui en sont tirés, au témoignage même des copistes. M. Thurneysen réunit tous ces témoignages et essaie par de reconstituer le contenu du manu- scrit. Sa conclusion est que le Cin Dromma Siiccbta peut remon- ter au \uV' siècle, mais qu'il resta négligé pendant longtemps, puisque plusieurs textes, qui datent du ix^ et du x"^ siècle, ne paraissent pas le connaître ; à partir du xi<= siècle, il fut utilisé, dépouillé, recopié. Deux manuscrits aujourd'hui conservés, le 25 N. 10 de la Royal Irish Academy et l'Egerton 88 paraissent dériver d'une copie du Cin Dromma Snechta.

L'enquête qu'il a faite sur ce vieux manuscrit perdu a conduit M. Thurneysen à étudier de plus près un des textes épiques qui y figuraient certainement, la Compert Coiiciilaind « Conception de Cuchulainn ». M. Windisch a édité ce curieux morceau dans ses Iriscbe Texte, t. I, p. 13e, mais en utilisant deux manuscrits il se trouve assez maltraité, le Lebor na h-Uidreet l'Egerton 1782. Le premier a fondu la Compert Conculaind avec un autre récit, la Feis tige Becjoltaig; l'Egerton 1782 distingue bien les deux récits, mais en prenant des libertés avec le texte et en les arrangeant à sa façon. En coUationnant trois autres manuscrits, plus fidèles, et notamment les manuscrits 23 N. 10 et Egerton 88, M. Thurney- sen réussit à restituer le texte de la Compert Conculaind , tel que le

9(> liihlhwruphic .

Civn Droiniiiii Suechla devait le présenter ; il joint à sa restitution une traduction allemande, il rend tort bien le style menu, coupé, haché de l'original irlandais. C'est la matière de son cha- pitre \'1I. Dans son chapitre \'lll, il publie pour la première fois, également avec traduction allemande, une autre version de la Coniperl Cinicuhtiud, conser\ée dans le manuscrit Stowe D. 4.2 de la Royal Irish Acadenu'.

Deux autres textes qui avaient place dans le Cin Diommit Siitxbla sont la Biiilc Cbuiiuî Chcichalbaig « \'ision de Conn aux Cent-Batailles » et la Forfess Fer Falgae ; le premier en vers, con- servé dans deux manuscrits et dont le texte est rempli d'obscurités ; le second, en prose, plus obscur encore, et conservé dans six manuscrits. Le titre même en est obscur, puisqu'on ignore qui sont les Fir Falgae; quant au mot forfess, M. Thurneysen en éta- blit le sens (p. 54) en le rattachant au verbe foid « il passe la nuit » et en comparant la phrase de la Tâiii (éd. Strachan-O'Keeffe, 1. 1809; éd. Windisch, 1. 2467) : 7 ftfat sa forsmi slôgaib iu-airet sin « et pendant ce temps-là je passerai les nuits, je veillerai contre les troupes » : Forfess Fer Falgae, c'est la Veillée contre les Fir Falgae. M. Thurneysen publie ces deux textes dans les cha- pitres IX et X.

Le chapitre XI est le plus long de l'ensemble; il est consacré à un sujet sur lequel M. Thurneysen s'est exercé jadis pour le plus grand profit de la science, la versification moyen-irlandaise. Il revient ici sur la publication qu'il a faite dans les Irisehe Texte (t. III, i*^"" cahier) de traités de métrique indigènes, pour la recti- fier et sur plusieurs points la compléter, grâce à l'examen de nou- veaux manuscrits.

Enfin, dans les trois courts chapitres (Xll, XIII et Xl\') par lesquels se termine l'ouvrage, M. Thurnevsen publie trois textes inédits ; ce sont les versions nouvelles de trois Tàua, la Tâiii ho Diirla, la Tàiii Regaiiml)! et la Tâiii ho Flidais, dont M. Win- disch a publié déjà une version dans ses Irisehe Texte, t. II, 2" cahier.

I. ^'l•NDRVh:S.

II

Edward Anwvl, Tbe Bock of Aneir'ni, 42 p., 8" (fiom the « Tran- sactions » of the Honourable Societv of Cvnimrodorion, Session 1909- 19 10).

Bibliographie. 91

Il y a longtemps déjà que notre savant collaborateur et ami, sir Kdward Anwvl, s'occupe des vieux poèmes gallois. Dans ses Pro- It'gonu'iia to the stiidy of Old JVclsh Poehy, lus devant la Société des Cymmrodorion le 23 mars 1904 (Travsact. of ihc Hon. Soc. of Cxnitnr., 1905-1904, p. 59-83), il indiquait quelle méthode on devait emplover pour l'étude de ces vieux textes si obscurs, et notamment pour l'interprétation des allusions historiques qu'ils renferment. Déjà, il y établissait clairement le rapport du Book of Aneirin et des légendes relatives aux luttes des Bretons du Nord contre les Angles des royaumes de Deira et de Bernicia. Il est revenu sur la question dans un article, JVales and ihc Brilous oj thc North, publié dans The Ccltic Rcvinu (t. IV [1907-1908], p. 125- 152 et 249-273) ; il a réuni tous les textes Annales, vies de saints, généalogies, histoire de Nennius, Mabinogion, Triades, poèmes des Four ancient Books contenant des allusions à l'éta- blissement des Bretons dans la région septentrionale de l'Angle- terre et méridionale de l'Hcosse, ainsi qu'aux luttes qu'ils eurent à V soutenir.

Cette fois, c'est au Book of Aneirin qu'il consacre une étude spéciale, lue le 30 mars 19 10 devant la Société des Cymmrodo- rion. Le Book of Aneirin est en eifet un des témoignages les plus importants de l'influence des Bretons du Nord sur la littérature gal- loise. Il comprend principalement, comme on le sait, un poème de 937 vers, le Gododiii, qui a pour objet un sanglant combat, les Bretons se mesurèrent avec les Northumbriens, le combat de Catraeth. Les Bretons ne s'y montrèrent pas à leur avantage : ils avaient, avant l'action, trop sacrifié à l'ivresse, et quelle que fût leur vaillance, ils furent tués presque jusqu'au dernier. Suivant une tradition, qui est celle de la Gorcbaii Maelderiv, il n'y aurait eu qu'un seul survivant, Cynon ab Clydno Eiddin ; suivant une autre, qui se mêle à la précédente dans le Gododin, il y en aurait eu quatre, Cynon et ses deux frères et Aneirin lui-même, le poète qui devait célébrer cette journée fatale :

or sawl \l gryssxassaul uch gorinanl wiraïut n\ diengis namyn tri 0 icrhydri fossaivl dcu gatki aeron a chenon dayrawi a ininheu om givaetfrcu gwerth vy givenmvaiui . (éd. Evans, p. 6, 1. 19).

De tous ceux qui s'élancèrent, surmontant l'excès de la liqueur, trois seulement s'échappèrent, par la bravoure de l'épée, les deux chiens de combat d' Aeron, et (]ynon, encore sur terre, et moi-même, sauvé du fleuve de sang grâce à ma belle poésie » .

92 Bibliographie.

Enferme d'abord dans une prison une maison de terre », en t\ dcyeryii, p. 12, 10), les ij^enoux enchaînés (auiwyii heyernin am bon v\n deiilin, p. 12, 11), il n'aurait son salut qu'à Kencu, fils de son confrère en poésie, Llvwarch Hen (p. 12, 17).

Le poème soulève naturellement quantité de questions géogra- phiques et historiques, dont beaucoup attendent encore une solu- tion. La principale est relative à l'emplacement de la bataille. M. Nicholson a proposé jadis (The Ccllic Review, V'I, 214) d'inter- préter Ciitnicth par Cal Ra;lh « la bataille de Raeth » ; on aurait fondu le mot cat « bataille » avec le nom du lieu elle se livra. Il y a un Raith en Ecosse, près Kirkcaldy, comté de Fife ; et il est justement parlé dans les Annales de Tigernach, à l'année 596, d'une bataille, G///; Ratha in âriiadh, druadh a bien l'air du géni- tif de t///// « druide »; le druide ici, ce serait Aneirin. Sans se prononcer sur cette ingénieuse hypothèse, sir Edward Anwyl rap- pelle le KaToupaxTov.ov de Ptolémée, aujourd'hui Catterick, près Richmond, dans le Yorkshire ; mais de *Caluracl on attendrait *Cadraclh, comme l'a fait remarquer sir John Rhys ; et M. Loth, qui fait sienne la critique de ce dernier, a proposé un primitif *Catu-tract- « combat du rivage » {Rev. Celt., XXI, 328). L'identifi- cation des noms de lieu du Gododin est souvent problématique. M. Loth, dans l'article précité, a montré qu'un grand nombre se localisent en Galles. Mais il n'est pas douteux que le poème con- tient de nombreuses allusions à la région septentrionale. Le diffi- cile est de