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33. -7^. /3
1
ROMAN
DE
Xjx\_
PAR PHILIPPE DE REIMËS
thouvère dc treizième siècle
PUBLIÉ
PAR FRANCISQUE MICHEL
CHETALIBB DES ORDRES ROYAUX DE LA LBGION-D HONNEUR ET D'ISABBLLE- LA •CATHOLIQUE,
MBMRRB DES SOaÉTÉS DBS ANnQUAIRBS DB LONDRES BT D'ÈCOSSB, BT DU COMITÉ
DBS CHARTES, CHRONIQUES BT INSCRiraONS INSHTUÉ PRES LE MINISTÈRE
DE l'instruction PURUQUE, PROFESSEUR DE UTTBRATUBB ÉTRANGÈRE
A LA PACULTB DBS LETTRES DB BORDEAUX» ETC.
IMPRIMÉ A PARIS
V(){ \{ ï\: BAWATYNr: niw
PAR MAULDE ET RENDU
M DCCC XL
At a Meeting of the Gomnniuee of Management of the BANNATYNE CLUB, held at Edinburgh, in the Hall of the Antiquarian Society, on Nonday the 22d day orApril, 1839:
Rbsoltbd,
That the French Metrical Romance of LA HANEiUDNE, written by Philip of Rbimes, an Anglo-Norman Poet of the xnith century, be printed from an inediled mannscript in the Bibliothèque du Roi, under the superintendence of M. FRAN- CISQUE MICHEL, at Pari», for the Members of the Bannatyne Club.
DAVID LAING,
SECRBTART.
THE BANNAI VNE CLUB.
FEBRUARY, M.DGGG.XL.
THOMAS THOMSON, ESQ.. Président.
THE EARL OF ABERDEEN.
THE EARL OF ASHBURNHAM.
LORD BELHAVEN AND HAMILTON.
ROBERT BELL , ESQ.
^n.LIAM BELL , ESQ.
WILLUMBLAIR.ESQ.
THE REV. PHILn> BLISS, D.G.L.
JOHN BORTHWIGK, ESQ. 10 BERIAH fiOTFIELD, ESQ.
THE MARQUIS OF BREADALBANE.
UEUT.-GENERAL Sm THOMAS H. BRISBANE, BART.
GEORGE BRODIE, ESQ.
CHARLES DASHWOOD BRUGE , ESQ.
0. TYNDALL BRUGE , ESQ.
THE DUKE OF BUGGLEUGH AND QUEENSBERRY.
JAMES GAMPBELL , ESQ.
Wn^LIAM GLERK, ESQ.
HON. HENRY COGKBURN , LORD GOGKBURN , Vicb-Presidekt. 20 DAVID CONSTABLE , ESQ.
ANDREW COVENTRY, ESQ.
JAMES T. GIBSON-GRAIG, ESQ., Treasdrer.
WILLIAM GIBSON-GRAIG , ESQ.
GEORGE CRANSTOUN, ESQ.
JAMES DENNISTOUN , ESQ.
GEORGE DUNDAS , ESQ.
RIGHT HON. W. DUNDAS, LORD CLERK REGISTER.
LORD DUNFERMLINE.
LORD FRANCIS EGERTON. .30 SIR CHARLES DALRYMPLE FERGUSON , BART.
I THE BiJfNATYNE CLCB.
ROBERT FERGUSON, ESQ. GEIŒRAL Sm RONALD C. FERGUSON. GOUNT lŒRGER DE FLAHAULT. HON. JOHN FULLERTON, LORD FULLERTON. WILLIAM GOTT , ESQ. ROBERT GRAHAM , ESQ. LORD GRAY.
RIGHT HON. THOMAS GRENVILLE. THE EARL OF HADDINGTON. 40 THE DUKE OF HAMILTON AND BRANDON. ED. W. A. DRUMHOND HA Y. ESQ. sm THOMAS BUGHAN HEPBURN, BART. JAMES MAITLAND HOG . ESQ. LORD HOLLAND.
JOHN HOPE, ESQ., DEAN OF FACULTY. GOSMO INNES, ESQ. DAVID IRVING, LL.D.
JAMES IVORY, ESQ.. SOLICITOR-GENERAL. sm HENRY JARDINE. 50 HON. FRANCIS JEFFREY, LORD JEFFREY. JOHN GARDINER KINNEAR. ESQ. THE EARL OF KINNOULL. DAVID LAING, ESQ., Secbetart. REV. JOHN LEE, D.D.
ALEXANDER WELLESLEY LEITH, ESQ.
LORD UNDSAY.
JAMES LOCH , ESQ.
LORD LOVAT.
THE MARQUIS OF LOTHUN. 60 ALEXANDER MACDONALD, ESQ.
WILLIAM MACDOWALL, ESQ.
HON. J. H. MAGRENZIE, LORD MAGKENZIE.
JAMES MAGKENZIE, ESQ.
JOHN WHITEFOORD MAGKENZIE, ESQ.
WILLIAM FORBES MAGKENZIE , ESQ.
JAMES MAIDMENT, ESQ.
THE BARNATYNE CLUB.
THOMAS MAITLAND, ESQ.
VISCOUNT HEL VILLE.
THE HON. Wn^UAH LESUE MELVHXE. 70 Wn^LIAM HENRY MILLER , ESQ.
THE EARL OF MINTO.
HON. Sm J. W. MONCREIFF, BART., LORD MONCREIFF,
BON. SIR JOHN A. MURRAY, LORD MURRAY.
WHJJAM MURRAY, ESQ.
MAGVEY NAPIER. ESQ.
Sm FRANCIS PALGRAYE.
IX)RD PANMURE.
HENRY PETRIE, ESQ.
SIR THOMAS PHILLIPPS . BART. 80 EDWARD PIPER , ESQ.
ROBERT PITGAIRN, ESQ.
ALEXANDER PRINGLE , ESQ.
JOHN RIGHARDSON , ESQ.
THE EARL OF ROSEBERY.
RIGHT HON. A. RUTHERFURD, LORD ADYOGATE.
THE EARL OF SELKIRK.
JAMES SKENE, ESQ.
WILLIAM SMYTHE , ESQ.
THE EARL SPENCER. 90 JOHN SPOTTISWOODE, ESQ.
EDWARD STANLEY. ESQ.
MAJOR-GENERAL SIR JOSEPH STRATON.
THE HON. CHARLES FRANCIS STUART.
THE DUKE OF SUTHERLAND.
ALEXANDER THOMSON , ESQ.
WALTER C. TREVELYAN , ESQ.
DAWSON TURNER , ESQ.
ADAM URQUHART , ESQ.
RIGHT HON. sm GEORGE WARRENDER , BART. 100 THE YEN. ABCHDEACON WRANGHAM.
PRÉFACE.
M. Tabbé de la Rue, qui le premier a parlé de Philippe de Reimes et de ses ouvrages S s*est assez bien acquitté de sa tâche pour m*ôter Tenvie de chercher à mieux faire en recommençant son travail sur de nouveaux frais. A part quelques réflexions inutiles, de fausses appréciations et des fautes de lecture dans les citations, comme on en trouve malheureusement trop dans son livre, Tarticle qu'il a consacré à notre trouvère laisse peu à désirer, et mérite d*étre reproduit:
« Le premier de ses Romans est intitulé la Manekine. Dans le début de cet ouvrage, il demande pardon à ses lecteurs si ses rimes ne sont pas Umimes; il avoue qu*il avait peu d'instruction, et par la que son Roman était le fruit de son imagination. Cependant, comme les poètes de cet âge, il compte sur la crédulité de ses lecteurs, en les assurant que les faits qu'il va raconter sont vrais :
Pour çoa leur requier-Joa qa'tt oent Ce oonte que je met en rime. Et se je ne soi leonime,
^ EuaU Historiques sur les Bardes, les Jongleurs et les Trùut>tres Ncrmands et ÀnglO' Normands... Caen, chez Mancel, 1834, in>8», yol. II, p. 366-374.
a
Il PUÉFACE.
Merveillier ne s'eo doit mie; Car molt petit sai de dergie, Ne ooques mais rime ne fis; Mais orefn'en soi entremis Pour çoa que vraie est la matere Dont je voel ceste rime fere, etc.
€ Le poète donne à son Roman le titre de la Manekine, parce que son héroïne manqua deux fois d'être brûlée vive, et qu'elle ii*échappa aux flammes que par la substitution d^un mannequin à sa place. Son nom était Joie, et elle était fille du roi de Hongrie. Les états de ce royaume ayant voulu forcer ce dernier d'épouser sa fille, celle-ci, pour éviter Thorreur d'un pareil inceste, se coupe le poing. Le père, irrité, ordonne de la brûler vive; mais son sénéchal, plus humain, lui substitue un mannequin , et la plaçant la nuit dans une barque avec des vivres, il Tabandonne au gré des vents et des flots. Elle erre long-temps au milieu des dangers, et enfin elle est jetée sur les côtes de l'Ecosse. On la conduit au roi à Dundee ; tuais elle reCuse de dire son nom et sou histoire. Le prince la reti^it à sa cour ; bientôt il en devient amoureux et veut Tépouser. En vain la mère de ce prince s oppose à cette union ; il la j^lègue à Berwick, où le mariiige a lieu. Pendant la grossesse de sa femme» le roi va $ur le continent signaler sa valeur dans un tournoi convoqué à Ressons. On lui mande Taccou- cbement de la reine ; mais la mère intercepte les lettres et en substitue d'autres dans lesquelles la conduite de sa belle-fille est calomniée d'une manière si infamante, que le roi ordonne de la brûler vive. Mais son sénéchal, comme celui du roi de Hongrie, a recours à un mannequin. Joie est encore une fois sauvée et embarquée de la même
PRÉFACE m
*
manière. Le roi» à son retour, reconnaît son innocence et son injus- tice envers elle. Il s*embarque pour la chercher; et ce n'est qu'après avoir erre sept ans sur les mers qu'il la retrouve à Rome, où les vents Tavaient conduite. Un anneau qu'il lui avait donné la fait re^ connaître, fls vont le jeudi-^saînt à la cérémonie de Tabsoute ; par une rencontre heureuse, le roi de Hongrie s'y trouve également, et fiait publiquement an pape la confession de son crime envers sa fille. Joie reconnaît son père : transports, réunion, réconciliation. Le pape absout les coupables ; un esturgeon rapporte la main de Joie dans une fontaine où Ton allait puiser l'eau des miracles (?)• Joie retrouve sa main, son père, son mari; fêtes brillantes, après lesquelles les uns retournent en Hongrie et les autres en Ecosse.
< Tel est Taperçu que nous pouvons donner de ce Roman, qui est de plus de 6000 vers ^
< Le second Roman de Philippe de Reimes est celui de Rlonde, fille du comte d'Oxford. Un gentilhomme français, nommé Jean, va cher- cher fortune en Angleterre. Il est introduit auprès du comte, qui étudie son caractère, apprécie son mérite, et finit par le nommer écuyer de sa fille.
c Les amours de Rlonde et de Jean forment la première partie de ce Roman. Comme Tun et Tautre eurent long-temps à cacher leur amour réciproque, ils sont souvent embarrassés sous le toit paternel : de là beaucoup de circonstances et d'événemens qui sont très instruc- tifs sur la vie domestique qu*on menait dans les anciens châteaux de TAngleterre. Mais tandis que Rlonde et Jean vivent au milieu des
* Comme on le voit plus loio , il en contient 8590. F. M.
IV PRÉFACE.
embarras et des obstacles» il en survient un qui forme la principale partie du Roman. Le comte de Glocester demande Blonde en mariage, son père l'accorde ; mais pour échapper à une alliance que son cœur repousse, elle se réfugie en France avec Jean ; ils veulent se rendre à Dammartin» patrie de ce dernier» et c'est ici que commencent les ex- ploits du comte de Glocester» qui les poursuit à main armée. Quelques domestiques fidèles» qui ont accompagné les deux amans» combattent avec eux. Mille traverses» des embarras de tout genre, des combats presque continuels» et toujours des succès; enfin» au milieu des périls de toute espèce» Blonde et Jean arrivent à Dammartin. Le roi de France fait Jean comte de cette ville ; il réconcilie Blonde avec son père» qui consent à son mariage avec Jean; alors fêtes» tour- nois» etc.
< Ce Roman» qui renferme 6320 vers, est encore très-important pour connaître les mœurs et les usages du moyen âge. L'auteur inté- resse ses lecteurs par le fond de son ouvrage; son style est correct pour le siècle où il écrivait ; il est souvent sentencieux. A la fin de chacun de ses Romans , le poète explique le but moral qu'il a eu en les composant» et les conséquences qu'on en doit tirer.
« On ne trouve point les deux Romans de Philippe de Rcimes mentionnés dans la Bibliothèque des Romans de Lenglet du Fresnov '; ils sont à la Bibliothèque du Roi» n<» 7609^. »
Voici la description de ce manuscrit» le seul connu qui renferme
' Celle observalion esl loul au moios ioulile, allcndu que les Irois quarts des anciens romans frauçois sont dans le même cas. F. M.
PRÉFACE. V
les oeuvres de Philippe de Reimes, et qui, à ce tilre, nous a paru mériter une notice détaillée :
La première page de texte porte deux notes qui nous appren- nent que ce volume a d'abord été la propriété de Charles de Groy, prince de Chimay, et que plus tard il a été donné à la Bibliothè- que du Roi par M. Watcans, chanoine de Tournay ^ Cest un petit in-folio, sur vélin» écrit en lettres rondes du quatorzième siècle, sur deux colonnes de quarante lignes chacune, à l'exception d'un feuillet qui contient une pièce intitulée la Riote du Monde^, sur trois colonnes, d'une écriture plus ancienne que celle du manuscrit, et qui autre- fois a servi de feuillet de garde. Ce volume est orné, au recto du premier feuillet, d'une grande miniature à deux compartimens rouge et bleu, à moitié effacée, représentant deux épisodes du Roman de la Manekine, par lequel s^ouvre le manuscriL Au-dessus de celte mi- niature, on lit ces mots, d'une écriture du temps, qui a presque dis- paru : De le Manecine, uns des biaus c'on sache. En tête de chacun des ouvrages qui composent le volume, on voit une petite miniature qui, de même que la plupart de celles disséminées dans le texte, est en
' Voici ces deax notes. La première, d'uoe écriture du seizième siècle, est ainsi conçue : « C'est le Komant du Hen. ApiMtrUent à monseigneur de Croy, prince deChimay, seigneur d'Avesnes •
La seconde contient ces mots: « Donné â la Bibliothèque du Roi par M. Watcans, chanoine de Toumay, ce 26 janvier 1715. •
* Un petit poème satirique, qui n*a de rapport que le nom avec ce morceau, a été publié par nous, avec une pièce en prose et en vers, sous ce titre : La Riote du Mande, — Le Roi et Angleterre et le Jongleur et Éiy (xiii* siècle), gr. in-8». Paris, chez Silvestre, libraire, me des Bons-Enfans, n« 30. M DCCC XXXIV.
VI PRÉFACE.
assez mauvais état. Le fond de toutes ces miniatures est en or, et leur sujet est pris des divers ouvrages en tête on dans le corps desquels elles sont placées.
Ce manuscrit, dont environ la moitié du dernier feuillet a été déchirée du haut en bas» contient cent quarante4rois feuillets paginés au crayon ; il est relié en veau fauve, à dos de maroquin, aux N cou- ronnés ; on y lit : Les Romans de la Manekine, de Jehan et de Blonde^ Salut d'Amùur, de Folle Larguece, Chansons et le Roman de Hen [sic, Ham], titre qui est d'une exactitude assez satisfaisante. Au reste, voici la liste des pièces qu'il renferme :
La Riote du Monde , folio 1 recto, col. 1 .
Nous allons donner tout ce que le mauvais état du feuillet nous a permis de lire de ce curieux morceau :
Od m'a maintes fois demaodé Qae J'ai et qoi m'a destiné A maintenir si oom Je seol; Mais ne sevent de quoi me deul; Car je sai bien, s'il le savoient, Que pour escosé me terroient. Pour chou TOUS veos dire briement. Si ke cascuns parfaitement Sace et voie qu'il me desplaist : Se l'orra cascuns, s'il se tabt. Quant Jou ai moût partout aie Et çou que Je veul devisé. Gens et paTs, sens et usages, Je di que nus bons, tant soit sages, Puist jâ savoir ne retenir Comment il se puist maintenir
PRÉFACE. VU
En ces! ùocle fMir nul aaens. Et bieB i messist tout son sens, C'on sar loi é dire ne sace, Commeiit que très lûen die ou face. Tant soit boîiis, ne biaus ne parlais, C'on ne sace à dire en ses fais ; Ou soit à tort, eu soit à <koil, Adès en dist-on, quoi que soit. Ou en devant, on en derrière Treuv'on tost langue malparlîere. Et ce vient de grant mesproisaon Et par très maiae entension; Pour çou ne set nus mais que Caire, Rire, plourer, pader au taire, Ou sir, on nier en venir. Ou vivre, -mi langiair^^u morir. Ou eotre pwre ou estre rioe. Ou estue sage an eatre nioe; Ainsi, qaai^'illàae'OU die, Tantost vient à le anakerie. Et li distnan on nvelol Ou un anire deagiaénMH : G'hest çou qui jne tadae le teste. Pour çou ne fias maa leie Cesie Que solaîe« ne a«i ai Hés, Si quoinies, ne uttavukièB R'estoie qnml l«i jonveawiawn ; Kar li jna des nhalaîalrians Me souffisoit bien i col tana. Or sui on pen Bis enlandaaa. Si m'annie çan qne je vei. Car au siècle s'a Ions annî; Cou que j'ai dit en fanerai Vous dirai en
VIII PRÉFACE.
Je regart s*uns bons est preudoDs, On dist que c'hest on drois moutons; Et s'il est boins sempres tenus» On dist que c'best un drois Jeshus; Et s'il est preudons et visseus, On dist qu'il est malisieus; Et s'il est sages et soutais, Il fu où tous li maus fu fais. S'il a grant toup, il est hurés; S'il est cauves, fl est pelés; S'il a court nés» il est camus. Et s'U l'a lonc, il est becus; S'il est espès» uns canpions; S'il est cours» c'est uns vesions; S'il est pançus» c'est uns tripiers. Et s'fl est cras» c'est uns bonciers; C'est uns piés-en-cnl s'il n'est grans» Et s'U est grans, c'est uns gaians; S'il est baingués, uns eskoliers; S'il est magres» c'est uns leyriers ; S'il est rikes» c'est uns manans; S'il est poures» c'est uns truans ; S'il est rés à rés cascun an» Nient plus n'a-fl awan k'antan; S'il est largues» c'est bien waflle ; S'il est escars» c'est bien merde ; S'il boit Yolentiers» on le semé» Cbest uns beyeres en tayeme -» Et s'il est courtois yiyentiers» C'best ses dex boires et mengiers; Et s'fl yeut yiyre par raison» On muert de faîn ens se maison. S'uns bons ya souyent olr messe. On dist par bipocrisie esse»
PRÉFACE. IX
Il fait le begin papelari;
Et s'il n'i va tempre ne tari,
On dist qa'U vient de malnan,
C'hest uns biveres, ne croit en Dieu ;
Et s'il a chier les ccMnpdgnpn,
Et va souvent ens leur maiaon.
Et du sien paie et riens du leur,
• C'hest li vie du menestreur
Que cis maioe, font les commères ;
Je croi bien ce soit uns jongteres,
Onkes n'a pis k'à son ostel; •
Et s'il n'i va, on redist et;
Car on dist que c'hest uns courtiaus
Ki crout pour ses oés tenir caus;
S'il va drois, vés con il s'estent;
S'il va crombes, vés con il se peut ;
S'fl pafe fort, vés qu'O s'estriiLe,
Il fait moult le {;ro6 et le rike;
S'il' entre quoiement en l'uis,
Che sansle qu'il ait les pies quis;
S'fl est drois, c'est uns estalons;
S'il se siet, c'est uns sos garçons,
Il ne se fait waires tirer;
S'il se taist, il ne set parler;
S'fl parole, vés quel anpallier,
Il ne cese onques de plaidier;
C'hest uns nigaus, s'fl est atrait;
S'U dist tos, on le contrefait;
S'fl cante bien, c'est uns Jougleres;
S'il dist biaus dis, c'hest un trouvères;
S'il ne cante ne esbanie,
Il ne vaut riens en compaignie;
S'il se vest bien et noblement,
Il se maintient trop cointemenl;
X PRÉFACE.
Et s'il ne se revesl souvent. II se partient trop roalemcnl; S'il se caace estroit par raison, Chias-là met ses pîés en prison ; S'il a granfrcaaciers ou longz,
G'hest uns droit abussé
S'uns bons mengoë bien et boit,
G'hest tout waflé
S'au boire et au mengier n'est preux. On dist qu'il est trop dangereux ; S'il est souvent tempre coucieres. On dist ke c'hest uns donnieres;
On dist c'hest «
Et s'il gist Ions etestendus.
On dist che sanle uns drois pendus;
Et s'il gist cronbes et crampis.
On dist que che sanle uns boulis;
S'il s'estout biep, c'hest nos noiseus;
Et s'il ne puet, c'hest uns vix leus;
S'il rist yolentiers, c'est uns sos ;
C'est Merlins, s'il pe rist tantos ;
S'il ainme, il esrage tous vis ;
Et s'il n'ainme, c'est uns cailis.
S'uns bons se met en mariage.
On dist qu'il a u cors le rage ;
S'il prent boinne» c'est par meseance ;
S'il prent bêle, il est en doutante ;
S'il a Âmauvaise asenée.
Il a bien le diable espousée ;
S'il ne se veut marier point.
Il ne puct trouver femme â point.
* Deux vers illisibles.
PRÉFACE. XI
Ainsi ne puel li bons savoir Qael contenance il polst avoir ; Et encore me fait trop pis G'on parole sur les paîis : S'il est François, il est escars; Envieos est, s'il est Picars ; S'il est ors, c'est uns Alemans; Grans boverès, s'il est Normans; Tnâtres est, s'il est Englès ; S'il est Escos, trop felenès ; S'il est Prouvenciaus, uns coursiers; S'fl est Lonbars, uns oseriers; S'il est Kommains, trop convoitens; Espaignot, s'uns laxariens. Pour çou par moi Jâ ne sarés De quel pals mes cors fu nés ; Car csrant i sariés à dire,
tenir de rire;
Mais Je vous veul bien faire sage Que j'ai pasé par maint pasage»
en mainte compaignie,
mainte dame acointie.
Et esprouvé biens et mesaise. N'est-il vie fors que d'estre aise; Bontés n'edè A riens tant k'A i'ame ; N'est biautés fors de bêle dame, N'est sens qui vaille cdui d'onme, N'est dormirs fors quant on a somme, N'est maladie fors de cors. N'est si grant destrece que mors,
* Seize vers illisibles, en partie effacés, en partie déchirés, et d'autant plus regreltables qu'ils traitent de la biographie de l'auteur.
^ I
XII PRÉFACE.
N'est mengiers fors quant on a fain, N'est dangîers fors ke de vilain, N'est boires fors ke de boin vin, N'est cemise fors de boin Un, N'est si biaus déduis que d'amit, N'est gesirs fors en un mol lit, N*est caufers fors quant on a froit. N'est repos fors que d'estre quoit. N'est si biaus dedds que d'amans. N'est alers fors ke par bel tans. N'est éurs fors que d'estre bon, N'est parlers fors que par raison. N'est taires fors que par mesure, N'est pires markans que d'usure. N'est si fors castiaus qne de pais, N'est perius fors d'anter mauvais. N'est déduis fors que d'estre liet. N'est painne fors d'aler à pîet, N'est riens qui vaille boinne fin Et Diu amer, qui est sans fin. Et ses proismes en vérité Autant oon lui en carité. Qui die feroit parfaitement. Se l'Escriture ne nous ment. En la fin aroit paradis : Lé nous amaint DIus Jesbu-Gris ! Amen, amen; fiât, fiât! Jà anemis n'ait en moi part :
EocpHcU le Ruihote du Mande.
A la suite de celte pièce on en trouve une autre, de la même main.
PRÉFACE. XI II
qui D*G$t qu'un long et fastidieux jeu de mots sur char (chair). En voici les quatre premiers vers :
Chias qai le mieus se char eocfaaroe, Mire soi oon mors char desdiarne, Si con darriens sont desdiarné Toat cbil qui forent de char né
L'auteur, Guillaume Ridel, prend le soin de se nommer à la fin :
A WitLAUMB qoi escrissi
Les vers devant qoi sont nonmé,
Dix doint Ridbl bdnne santé.
folio coloone.
Le Roman de la Manekine 2 r^* 1
Le Roman de Jehan et de Blonde 57 r® 1
C*est à Philippe de Rim ou Reim» auteur de la Manekine, que nous devons cet ouvrage, dont nous croyons utile de donner ici le commen- cernent et la fin. L'auteur expose, dans ces vers, les motifs qui l'ont porté a écrire :
Je retral qo'il avient à maint, Qoi honeor cace, honeor ataint, Et Id â peo bée, à peo vient ; De ce retraire me soovient Poor aocone gens si pereceose Qo'ao mont ne sevent fors d'oiseose. Ne ne béent A monter point N'aos à lever de poore point. Tex liom demeore A son hostel Qoi à grant paines a do sel,
XiV PRÉFACE.
Qui, s'il aloit en autre Icre, Il saurait assés pour aquerre Honneur et amis et richece; Et ki ce pcrt par sa perece, 11 en doit estre mains prisiés Et des preudommes desprisiés. Vous avés maint homme véu. S'il ne se fuissent esméu Hors de leur lieu, que jà ne fuissent Si honeré, ne tant n'eussent De sens, de richesse, d'avoir; Car cascuns monstre son savoir Miex en autre paSs qu'el sien, Et plus tost en vient à grant hien. Quant poures jentiex hom demeure En son pals une seule heure. On li devroit les iex crever; Car il ne sait fors que grever Lof et tous ses parens qui l'aiment-. Et 11 autre caitif le claiment Et eskievent sa compaignie. Li hom qui demeure en tel vie Est d'oneur aquerre perecheus, Et chaitis et maléurcus : Ou pour s'ame sauver se rende. Ou à honeur conqaerre entende. S'il dist : < Je ne sai ù aler, • De çou le doit-on mont Uasmer ; Car cascan Jor ot-on retraire C'on a de bone geat afaire Outre-mer on en le Monrée, Ou en mainte estrange contrée. Icist dont je ce conte fas Si preceus estre ne vost pas,
PUÉFAGE.
XV
Ains ala en estrange lerré
Pour preu et pour honnour conquerre :
Honeur cadia, à honeur vint;
Or vous dirai cumment ç'avinl.
L'ouvrage se termine par œtte espèce d épilogue :
Par ce Romans poront entendre
Tait cil qai lor cuer vaarront tendre
A honeur et honte laissier,
Que cascuns se devroit plaissier
Et travillîer et cors et cuer
A çou que il vigne en haut fuer.
Entendes bien en quel manière
J'entens que cascuns honeur quierc :
Je n'entens pas par nsurer.
Mais par son sens amesurer
Et servir deboinairement
Et â soi tenir loialment
Et é estre courtois et dons.
Et é savoir estrë avoec tous,
Et à porter bone parole;
Car cil à escient s'afole
Où 1i mauvais oorages tire
Tant qu'il s'entremet de médire ;
Tant a mauvaise compaignic
En homme qui est de tel vie.
Qui tel langue a, li maus feus Tarde !
Que plus est poignans que laisarde.
Après, qui veut en haut monter.
Son cors et son cuer doit douter
A estre atemprés de soi taire
puskcs à tant qu'il doie plaire,
^Yi PRÉFACE.
Et si doit deboinaires estre ;
Et se il avient qa'U ait mestre.
Il doit aprendre son oorage,
Car ensi le font tnit li sage.
S'il voit son maistre bon et fin.
Bien le suie dnsk'en la fin;
Et s'il le voit trop mescreant,
Sadés, ponr voir le vons créant,
Ke sagement sTen doit retraire
Et soi garder de son afisire.
Ne ponr service ne laist nus
Ice dont il est plus tenus,
C'est & IMeu cremir et amer
Et à haïr le mal amer.
Qui laisseroit Din pour nnlni.
Trop fol serjant aroit en lui;
Car nus ne poet venir pour rien,
Se Dix ne 11 consent, à bien.
Toutes amours fidt bon teiUr
Dont on puet à bon def venir ;
Et s'on aquiert aucune cose,
On doit avoir en son cuer close
La volonté de bien despendre;
Car cascuns, pour voir, doit entendre
Que riens del mont n'est hiretages.
Bien le puet aquerre li sages,
Et après bien mètre le doit;
Autrement ne mece le doit
A eose ki soit à che monde,
Car U encarroit en tel monde
Qu'en infer en seroit Jetés,
Où il aurdt sans fin durtés.
Jehans oonquist par son savoir
S'amie et grant plenté d'avoir;
PRÉFACE. XVII
m
Mais en tere riens n'emportèrent Fore çou que poar Dieu en donnèrent; n oayrerent si comme il dorent. Qu'aine de bien faire ne reerorent. Or s'i pregnent garde li sage; Car à bon port vient qui bien nage. C'est pechiés d'estre trop oisseos : Or soit donqnes cascnns viseos De bien despendre et bien aqnerre, Qa'anemis ne noos mece en serre. Mal prie cil qni lai oublie : Poar çoa n'oblierai-ge mie Que je ne voas pri et reqaier Que vous yoelliés à Diea priier Que Pheuppb db Rbim gart Et de paradis li doinst part; Car ce fu cil qui s'en lima Tant que il ce conte trouva. Ci faut de Jehan et de Blonde; Ains n'eut plus vrais amans el monde, Ne j n'aura, si com J'espoir. Je n'en sai plus, au dire voir.
ExpHcit de Jehan et de Blonde,
folio ooloDoe.
Premiers vers d'une des branches du Roman du
Renart* 96 vo 1
Li Salus d'Amours Vt r^ i
Autre Salut • 103 y^ 2
^ Si coume Renan e<n»pa à Tybert la qtêe^e. Voir Roman du Renart, Méon, 1. 1, p. 101- 113. et CbiJMille, p. 80-84.
XVIII PRÉFACE.
folio colonne.
De Foie Larguece 107 r^ 1
Fatrasies (espèce de coq-à-râne du genre de ceux que
nous a laissés Jehan Bodel , trouvère artésien) 1 09 v® 2
Chanson d'amour ^ 110 v^ 2
Ave Maria glosé 112 v« 2
Autres fatrasies 113 v^ 1
Salus d'Amours 114 v® 1
Lacune probablement peu considérable entre le feuillet 114 et le
suivant. Cette lacune nous a privés du commencement du Roman de
Ham, que nous avons imprimé, et que nous allons publier pour la
Société de l'Histoire de France.
Le Roman de la Manekine fut mis en drame au quatorzième siècle, et probablement représenté dans le parvis des églises les jours de grandes fêtes. Cette pièce se conserve dans le manuscrit de la Biblio- thèque du Roi , 7208. 4. B, où elle commence au folio 84 recto, par cette rubrique : Cy commence un Miracle de Nostre-Dame, comment lu fille du roy de Hongrie se copa la main pour ce que son père la vûuloit espouser, et un esturgon la garda vij. ans en sa mulete. Nous l'avons publiée dans notre Théâtre Français au moyen-âge \ en la faisant suivre de deux extraits du Roman de la Manekine.
Il ne me reste plus maintenant qu'a remercier MM. les Pressent, Secrétaire et Membres du Bannatyne Club, dont le zèle aussi éclairé qu'infatigable pour tout ce qui intéresse les antiquités historiques et littéraires de l'Ecosse est trop connu pour avoir besoin d'éloges,
' Page 481-542.
PRÉFACE. XIX
d*avoir bien voulu me charger du soin de publier Fouvrage de Phi- lippe de Reimes; je dois aussi des remercimens , et je les adresse d'un cœur profondément pénétré, à mon ami M. Chabaille, qui m'a assisté dans le travail de cette édition , et qui , par son exactitude à me seconder dans des études , que mon absence de Paris auroit pu ralentir, sinon arrêter, semble avoir pris à tâche de faire mentir un vieux proverbe.
Bordeaux, 20 avril 1840.
ROMAN
DE
LA MANEKINE
FoUo 2 ro, ooi. I. Phelippes DE RiM ditier
Veut un roumans, ù delitier
Se porront tuit cil qui Forront ;
Et bien sacent qu'il i porront
Asses de bien oîr et prendre.
Se il à chou yoelent entendre ;
Mais s*aucuns est ci qui se dudlle
De bien oir, pour Dieu ! ne voelle
Ci demorer, anchois voist s'en.
Ce n'est courtoizie ne sen 10
De nul conteur destourber.
Autant ameroie tourber
En .i. mares, comme riens dire
Devant aucune gent qui d'ire,
D'envie, d'orgueil sont si plain
Que tenu en sont pour vilain.
Par tel gent sont tuit révélé
Li mal qui amont sont levé.
Car du bien qu'il sevent se taisent. Folio 3 f, ooi. 2. Et pour çou que il poi me plaisent, 20
2 ROMAN
Leur voel, ançois que je commans La matere de mon roumans, Priier de ci que il s'en voisent Ou qu'il ne tencent ne ne noisent ; Car biaus contes si est perdus» Quant il n'est de cuer entendus, Méismement à chiaus qui Toent : Pour çou leur requier-jou qu'il oent Ce conte que je met en rime.
Et se je ne sui leonime, 30
Merveillier ne s'en doit mie; Car molt petit sai de clergie, Ne onques mais rime ne fis ; Mais ore m'en soi entremis Pour çou que vraie est la matere Dont je voel ceste rime fere, N'il n'est mie drois c'on se taise De ramembrer cose qui plaise. Dès or voel-jou à Dieu priier
Que il me doinst bi^i definer 40
Ce conte que j'ai ci empris Folio 2 y, col. i. Et par moi est en rime mis,
Et à trestous chiaus grans biens doigne Qui loeront ceste besoigne. Dès or mais tous commencerai, Que jà de mot n'en mentirai, Se n'est pur ma rime alongier Si droit com je porrai lignier. Jadis avint qu'il ert .j. rois Qui molt fu sages et courtois; SO
DE LA MANEKINE. 3
Toute Hongrie ot en demaine,
Feme avoit qui n'ert pas vilaine :
Fille estoit au roi d'Ermenie ;
De grant biaute iert si garnie
Et de bonté, si com ]*entens,
Que on errast avant lonc tans
Que sa parelle fîist trouvée.
A li deviser demourée
Ne voel foire : trop demourroie.
Aler m'en voeil la droite voie 60
Ainsi comme je truis ou conte,
Qui ainsi me retrait et conte
Qu'il furent ensanle .x. ans,
Qu'avoir ne porent nus enfans
Fors une fille seulement ;
Mais celé, au mien enscient,
Fu la plus bêle qui ains Aist
Qui d'omme concéue lîist.
La damoisiele ot non Joie,
Por mainte gent qui esjoie 70
Fu ou pais pour sa naissance ;
Et Diex, qui tous les biens avance,
Mist en li quanque mettre i dut
Nature, qui pas ne recrut,
Ançois i mist tout à devise :
Biauté, bonté, sens et francise.
Onques feme de son eage
Ne fu tenue pour si sage.
Dont vint la mort, qui jà n'ert lasse De muer haute cose en basse, 80
i ROMAN
Ne n'espargne roi ne roïne. Folio 2 Ts ooL 2. Adçoîs fait de biau tans bruine :
Bruine fait bien de biau tans Quant elle fait de liés dolans ; Ne jà ne prendra raenchon De nului qu'ele ait en prison, Fors que le cors nu, pale et taint, Joiel dont cascuns se plaint. N'a mie atendu la viellece
De la roïne, ançois s'adrece 90
Vers )i, et si Ta empainte Qu'ele la fait et pale et tainte La coulour, qui estoit si bêle Rien n'i vausist rose nouvele. Au lit est du tout acoucie ; Or ne quidiés mie qu'il siée A chiaus du pais ne au roy, Qui pour li demainent desroi : Devant li est, partir n'en puet ;
De plourer tenir ne se puet loo
Quant ne troeve fusiciien Qui sace du garir rien. .1. jour li dist : c Ma dame ciere, Molt me fait mal icele ciere Que je Yoi en vous si pâlie. Par eage ne deuisciés mie Issi tost départir de moi. » Ele li a dit : € Sire, avoi ! Ne viellece ne joneté Ne tolent la Dieu volenté; 110
DE LA MANEKINE. 5
Souvent fait la bière première Que les gens cuident darreniere. Quant Diex le veut, et jou le voeil ; De sa volenté ne me doeil. Je sai molt bien morir m'estuet, Ne autrement estre ne puet; Mais par celé très grant amour Que m'avés monstrée maint jor, Vous pri que me donés .i. don
De tous mes biens en gherredon. » 120
— « Certes» dame, li rois respont, Folio 3 f, col. i. Il n'est nule riens en cest mont
Que nus hom puist faire pour femme
Que je ne face pour tous, dame ;
Mais dites yostre volenté :
Du faire sui en volenté,
Sur ma loialté le vous jur. »
— c Or en sui- je bien asséur.
Sire : si vous requier et proi
Que vous jamais femme après moi 1 30
Ne voelliés prendre à nesun jor;
Et se li prince et li contour
De ce pais ne voelent mie
Que li roiatmes de Hongrie
Demeurt à ma fille après vous,
Ançois vous requièrent que vous
Vous mariés pour fil avoir.
Bien vous otroi, se vous avoir
Poés femme de mon sanlant.
Qu'à li vous aies assanlant; 140
6 ROMAN
Et des autres bien vous gardés,
Se TOUS mon convenant gardés. »
— « Certes, dame, jou Totroî bien ;
Jà ne [i] méfierai de rien. »
Quant la roine ot çou pourquis,
Son pensé et son cuer a mis
A s'ame, si se confessa;
Bien sent la mort qui Tapressa :
Se[s] droitures a demandées,
Et on li a toutes d(Hmées; 150
Puis est du siècle trespassée.
Pour li s'est mainte gens lassée
De plourer; meismement li rois
Se pasma sur li mainte fois, Ne nus ne le puet conforter. Quant devant li en voit porter La roine en bière morte, Molt se plaint, molt se desconforte ; Ains plus grans deuls ne fîi véus Que cil qui pour li fu meus. 160
Enfoîe fil noblement. FoUo 3 ro, col. 3. Sa tombe fii faite d'argent.
D'or et de pieres précieuses, Boines, cieres et précieuses. Li duc, li prélat, sans mentir. Qui fiirent à li enfoir I fiirent d'yvoire entailliet Merveilleusement soutilliet ; Deus et .ij. ensanle parolent. Et sanle que de doel s'aflblent. 170
DE LA MANERINE. 7
Quant on ot canté le service, Retorné s'en sont del eglizé. De teus i ot qui s'en alerent ; Mais li grant signeur demourerent Por réconforter lor signour, Qui le cuer a plain de dolour.
Toutes mors oublier convient. Li rois le convenent bien tient Que il avoit à la roïne.
Après sa mort fu lonc termine 1 80
Avoeques sa fille Joie, Qu'il a moût amée et cierie ; Pour l'amour qu'il ot à sa mère Ne li monstra pas vie amere, Et molt l'ama de grant amour. La damoisiele cascun jour Crut en sens et en grant biauté, En valour et en loialté : .xvi. ans ot, molt fu bêle et gente ; En la virge Marie entente 190
Mist de servir et d'onnourer ; Tous les jours l'aloit aourer D'orisons que ele savoit, A une ymage qu'ele avoit» Qui en sa sanlance ert pourtraite. Ensi se deduist et affaite.
Le conte de li vous lairai ; Des barons du pais dirai, Qui ensanle ont pris pallement ; Molt i assanla de grant gent. ;^00
8 ROMAN
Quant il furent assanlé tout» Folio 3 Ts col. I. Si ont ellit le mains estout
Et le plus sage pour moustrer
Ce qui les a fait assanler :
c Seigneur, fait-il, escoutés-moi.
En cest pais avons .i. roy
Qui ot feme molt boine et sage ;
En se mort avons grant damage.
De celé femme n'a nul hoir
Fors une fille, au dire voir, 210
Qui est molt bone et molt courtoise;
Et nonpourquant en briquetoize
Ert li roialmes de Hongrie,
Se feme Tavoit en baillie :
Pour c'est-il bon que nous alons
Au roi et de cuer li prions
Qu'il pregne feme à nostre los. »
Il respondent tout : c C'est bon los. »
A ce conseil trestout s'acordent,
N'en i a nul qui s'en descordent ; 220
Au roi sont venu au tierc jor
La où il tenoit son sejor.
Si li requièrent que il famme
Pregne pour l'ounour du roialme.
Il lor dist : < Signor, non ferai,
Jamais fenmie ne prenderai ;
Car à ma femme eue en convant
Que jamais jor de mon vivant
Feme espousée n'iert de moi.
Se ensi n'est, mentir n'en doi, 230
DE LA MANEKINE. 9
Que je trouvaisce son pareil De biauté, de fait, d'apareil; Et je ne quic mie que une En tFouTast-on desous la lune ; Mais s*ele puet estre trouvée r Pour le pourfit de la contrée Vés-moi prest et entalenté De faire Tostre volenté. »
Quant li baron ont entendu Ce que li rois a respondu, 240
S'ont .xij. messages ellis, FoUo 3 y, eoi. 3. Courtois et sages et ellis,
Qui pluseurs langage savoient.
La roïne véu avoient,
Norris les ot et alevés ;
Si se tinrent mains agrevés
Des grans paines qu'il endurèrent,
Por çou que son per quere alerent.
Et cil .xij., tuit doi et doi,
Par le commandement le roi 250
Et par les barons de la terre
Vont en maint lieu la muse querre.
Quant il orent or et argent
Et garnisons à lor talent.
S'ont devisé qu'il le querront
J. an et puis si revenront.
Vers Orient en vont li .vi.,
En trois parties se sont mis ;
Et li autre vers Occident
S'en vont maint pais reverchant. 260
B
10 ROMAN
Fille à roy et à maint conte Virent, dont il ne tinrent conte. Maint duel, maint anui et maint grief Orent ; mais ne vinrent à chief De la queste qu enpris avoient, Estoit çou dont grant doel avoient : Se je contoie leur anuis» Del escouter seroit anuis. Quant il ont en maint lieu cerkié. Maint pais quis et reverchié, 270
Ne ne poent oïr nouveles Qui leur soient bones ne bêles. Au chief del an sont revenu, Non ensi com erent méu : Riche s'esmurent et joiant, Povre revienent et dolant ; En .ij. nés en erent tourné. Mais en .vi. en sont retourné. A .i. Noël troevent le roy Et tous ses barons avoec soi, 280
Où il tenoit grtnt court pleniere. Folio 4 t; col. 1. Gcut i ot de mainte manière.
Dames et mainte damoisiele Qui cuidoit estre ta plus bêle. Au disner vinrent li message. S'ont au roy conté leur masage. Et li baron, quant il Toirent, De çou mie ne s'esjoirent; Mais li message n'i r'ont coupes. Ne furent pas paie d'estoupes ; 290
DE LA MANEKINE. 11
Blanc argent orent et rouge or»
Dont cascuns puet faire trésor.
D'aus vous lairai ; dirai du roy
Et des barons qui sont od soi :
Od li furent maint archevesque
Et maint abbé et maint evesque.
Laiens estoit bêle Joie,
Mainte dame ot en sa compaignie ;
Al mangier seoit la dansele.
Uns des barons del escuele 300
Le servi, oui Dieus destourbier
Doinst ! qu'il avint grant encombrier
A la damoisele par lui.
Ainsi com vous orrés ancui.
A oe baron forment pesoit
De çou que li rois fil n'avoit;
Les messages avoit ois,
Dont il n'estoit mie esjoïs ;
La damoisele a regardée,
Qui er t blance et encoulourée : 310
Avis li est ce soit sa mare.
Fors que de tant que plus jone ère.
Quant par laiens ont tuit mengié, A conseil se sont tuit rengié Tout li baron de la contrée ; Et li quens qui avoit portée L'escuele bêle Joie Lor dist : c Se Dix me benéie, Signeur, li rois jamais n'aura Femme, n'on ne le trouvera, 320
12 ROMAN
Tele comme il le veut avoir, Folio 4 To, col. 3. S'on ne fait tant, au dire voir,
Que il puist sa fille espouser : Ou monde n'a fors li son per; Mais se li prélat qui ci sont. Qui en grant orfenté seront Se malvais sires vient sor aus, Voloient faire que loiaus, Fust li mariages d'auls deus :
Je croi que ce seroit li preus 330
A tous chiaus de ceste contrée. » A tant a sa raison finée. De tex i a qui s'i acordent Et de tex qui molt s'en descordent. Longuement entr'eus desputerent, En la fin li clerc s'acorderent Que il le roy en prieroient Et sur aus le pecié penroient ; A Tapostole monterront Le grant pourfit pour quoi fait l'ont. 340
A tant en sont au roi venu. Se l'ont à â. consel tenu, Et li dient: c Biaus sire ciers, Pour çou que vous nous tenés ciers, Vaudriiens-nous de vous avoir Hoir qui ce règne doie avoir; Mais vous avés fait serement Feme n'aurés, fors d'un sanlant A celé qu'éustes première. Bien veés qu'en nule manière 350
DE LA MANEKINE. 13
N'en poet-on nis une trouver, Fors une que devés amer: Çou est Yostre fille la sage. Si vous prions qu'en mariage Le prendés» nous le vous loons Et sur nous TafTaire prendons; Prions vous ne vous en soit grief. Car on doit bien Êiire un meschief Petit pour plus grant remanoir. »
— € Signor, ce dist li rois, pour voir, 350 Saciés pour riens ne le feroie ;
Folio 4 vo, cd. 1. Trop durement me mefferoie. »
— « Si ferésy sire : vos clergiés Velt que ensi vous le faciès ; Et se vous ne le volés faire,
Vo honune vous seront contraire. >
Quant li rois voit que si baron
Voelent qu'il face dusqu'en son
Tout lor bon et lor volenté,
Si leur a respit demandé, 37O
Sans plus, dusc'à la Candelier ;
Adonc si reviegnent arrier,
Si lor dira qu'il voira faire
U del escondire ou du faire.
Il li otroient tout ensi ;
Du consel se sont départi,
A lendemain se départirent.
Vont s'ent et au roy congié prisent.
Li rois od sa fille demeure, Molt le cierist et molt l'ouneure. 380
U ROMAN
.1. jor vint li rois en sa cambre. Qui estoit pavée de l'ambre ; La damoisiele se pinoit : Ele se regarde, si voit Son père qui est dalés li ; De la honte que ele a rougi : € Sire, dist-ele, bien yigniés. » — € Fille, fait-il, boin jour aiiés. » Li pères a sa fille prise
Par le main, et lés lui assisse ; 390
Molt le regarde ententieuement. Et Yoit c'onques plus soutilment Nature feme ne fourma. Fors Joie, qu ele aourna De plus grant biauté que Elayne, Dont as Troiiens crut tel paine Qu'il en furent tout perillié. Mort et vaincu et escillié : Dont ce fu tristeurs et dolors ;
Mais avenu est as pluisours 400
Que par feme ont esté destruit Folio 4 v, col. 2. Li plus sage et li miex estruit,
Et tel qui coupes n'i avoient. Les femmes pour qu'il emprenoient Les folies et les outrages. S'en toumoit sur euls li damages Et sur eles tout ensement ; Car on retrait et dist souvent : € Souvent compère autrui pecié Teuls qui n'i a de riens pecié. » 410
DE LA MANEKINE. 18
Ausî fist Joie la bêle ;
Car ses pères del estincele
Dont Amors seit si les siens batre
Les fait en son cemin embatre
Si soutihnent qu'il ne s'en garde,
Fors que de tant que il Tesgarde
Plus volentiers c'ainc mais ne fist
Raisons, qui d'autre part se mist,
Li dist que il d'iloec s'en Toise,
Qu'il ne chiée en briquetoise. 420
Issi a &it, congié demande ;
Et ele à Jhesu le commande.
A tant de sa fille se part;
Mais od lui emporte le dart
D* Amours, qui grant anui 11 fait ;
Car si soutilment li a trait
Par mi les iex que dusc'al cuer
Le feri ; mais ains puis à nul ftier
N'en pot trouver la garison,
S'en eut mainte grant marison. 430
Un jour à dementer se pris! Por Raison qui en li se mîst, Et dist: € Pour fol me puis tenir, Quant à çou ne doi avenir Que mes fols cuers aime et coToite. Par outrequiderie esploite Amors, qui ensi me demaine ; Car d'une amor qui est vilaine Et encontre toute raison Me fait amer, ou voeille ou non. 440
16 ROMAN
Je sai bien que celé est ma fille,
Dont H pensers si fort m'escille*
En cel pensé, qui n'est pas gens,
M'ont mis mi baron et mes gens;
Si m'ont en tel folie empaint
Dont li miens cuers souspire et plaint.
Et pour quoi ne souspiré-gié ?
En ai-ge des prelas congié
Et proiere que je la pregne?
Mais que il en moi ne remaigne, 460
Bien puis alegier ma dolour
Ai gré des plus grans de m'ounour.
L'autr'îer otroier ne lor vaus.
Je fis que nices et que faus.
Que faus ? Non fis, ains fis que sages ;
Car ce n'est mie li usages
Que nus doie sa fille prendre.
A folie me font entendre.
A folie, yoir, ce font mon ;
Car je n'i voi nule raison. 460
Donques ne la prendrai-je mie :
Ce seroit outrequiderie,
Por que raison ne droit n'i voi.
Legierement oster m'en doi
Mon cuer, qui tous jors à li pense;
Mais dès or li mech en deflense. »
Ainsi li rois par lui devise ; Mais Amours, qui en li s'est mise, Li raporte une autre novele; Car la grant biauté de la bêle 470
DE LA MANEKINE. 17
Li dist et son contenement. Si que tout li met à noient Le pensé qu'il avoit orains : Ne Fen souvient, que c'est du mains; Si est espris ne puet estaindre, El fol yoloir le convient maindre : Ensi a contraire voloir. Sens et Amours le font doloir, Qui dedens sen cuer se combatent Si que le roi souvent embatent 480
Une eure en sens, l'autre en folie. Folio 5 v, col. 2. C'Amours de fol voloir le lie,
Et Sens le rassaut d'autre part Et li monstre que il se gart De chou qu'Amors li loe à faire, Car tost en avoit grant contraire; Mais c'est pour noient, ne li vaut, Qu'Amors si asprement l'assaut Que çou que Sens li monstre et dist Li met du tout en contredit. 490
Et quant voit que li rois plaise Vers Amours et lui entre-laisse, Dolans du roi se départi; Mais Amours pas ne s'en parti, Ains est lié quant Sens s'enfuit, C'ore est li roLs en son estruit; Si le demaine à son voloir, Sovent li fait le cuer doloir. Tant l'a destraint et démené Que le roy a à chou mené 500
18 ROMAN
Que il en pallera à sa fille, Pour qui Amour son cuer essille. En sa cambre ès-le vous venu. Com son père Ta rechéa La damoisele boisement ; Et li rois par le main le prent, Sour une keute-pointe bêle S'assiet, et lès lui la pucele; Avoec aus n*a qui noise feice.
€ Bêle fille, or ne vous desfdace, 519
Fait li rois, çou que vous Yoeil dire. Ne jà n'en aies au cuer ire. »
— € Certes, sire, de vo voloir • Oîr ne me doi pas doloir; Dites-moi ce que bien tous ert. Car ma volentés me requiert
De tout quanque fille doit faire Pour père ne soie contraire. >
— c Ma fille, vous respondés bien,
Et je ne tous dirai jà rien 5 20
Que ne doiés bire pour moi ; Folio 5 T«, ooi. i. Car par le gré et par l'otroi
De mes barons baron tous doing,
Qui n'est mie de vous trop loing.
J'euch à Yostre mère en convant
Que jamais jour de mon vivant
Femme après li n'espouseroie.
Se jou son parel ne trouvoie ;
Mais el ne puet estre trovée.
Fors vous, n'i a mestier celée; S30
DE LA MÂNEKINE. 19
Et mi baron ne voelent mie
Que H roialmes de Hongrie
Demeurt sans hoir malle après moi :
Por ce ai du clergié Totroi
Que de moi soies espousée.
Roîne serés courounée ;
Au Noël ne Y yauch otroier,
Ains lor dis que à la Gandelier
Qui vient lor en responderoie
Selonc ce que consel aroie; 540
Et j*ai or bien consel du faire,
Mais que il à vous voeille plaire. »
Li damoiziele ot et entant Çou que ses pères ya contant; Mais en Dieu a mise s'entente : Se ne li plaist ne atalente Çou dont ses père li parole, Ains li dist : c Pères, tel parole, S'il TOUS plaist, poés bien laissier ; Car ce ne me porroit plaisier 550
Nus que ce me sanlast droiture Que nus hom péust s'engereure Espouser selonc nostre loy ; Et tout cil sont plain de derroy Qui contre Dieu consel vous donnent Et de tel cose yous-semounent. Pour riens ne m'i acorderoie, La mort ayant en soufferroie : Ne sui mie tenue à faire Ce qu'à m'ame seroit contraire. 560
20 ROMAN
Miex vous vient prendre ponitance Folio 5 yo, col. 2. Du covent et de la fiance
Que vous à ma dame féistes»
Car fol convent li praméistes.
Se prenés feme à vostre los,
U monde n a home si os,
Se vous volés sa fille avoir.
Qui n'en soit liés, au dire voir :
Si vous pri qu* en pais me laissiés.
Mes cuers n'ert jà à çou laissiés 570
Pour nului que prenge mon père ;
Car qui s'ame pert, trop compère. »
Quant li rois ot que riens n'esploite De la riens que il plus convoite, Plus engrans en est que devant; Se li respont iréement : € Certes, fille, je le ferai. Puisque je le congié en ai. Folement respondu m'avés;
Mais bien sai que miex ne savés. S80
Se mon voloir ne volés faire, Tost vous tournera a contraire ; Ne vous em prierai jamais. La Candelier est assés près, Que tuit mi baron revenront, Et bien sai qu'il me prieront : Âdonques vous espouserai. Devant là plus ne vous dirai. » Ains qu'ele plus li respondist, Li rois hors de la cambre en ist ; 890
DE LA MÂNEKINE. 21
Onques congié n'i demanda. La damoisiele demoura En sa cambre, plaine de duel ; Morte Yoldroit estre son voel : c Lasse ! dist-ele, mar fîii née, Quant je sui ore à ce menée Que mes pères m'espousera. Jà pour raison ne le laira. Puisque il Ta si en gros pris
Et que si honune l'ont empris; 600
Mais miex ameroie morte estre, FoKo 6 ro, col. i. Car c'ost contre le Roy celestre,
Ne par raison nus ne puet faire Ce qu'il me voldront faire faire. Bien pens Êiire le me feront, Jà pour mon dit ne le lairont, S aucune chose en moi ne voient Par quoi de ce voloir rçcroient. » En tels Toloirs, en tex pensers. Est li tans si avant passés 610
Que venue est la Candelier. Si baron et si chevalier Et li prélat de la contrée, Sans plus faire de demourée, Sont trestout à court revenu ; Â joie furent retenu Du roi, qui grant gent assambla. Et tant que il à tous sambla Qu'ainques mais ne tint si grant court. Tous biens, toute riquece i sourt; 620
22 ROMAN
Cascuns tant comme il veut en a. Li rois ainsi le commanda. Que bien cuide lues acomplir Le Yolenté de son desir. Del escondit ne li caloit Que sa fille fait li avoit^ Car il metoit en son pourpens Que pensés de feme c'est yens. Bien li cuide oster son corage
 la requeste du barnage 630
Et des prelas qu'ilueqnes sont. Qui au roi sont venu; si Tonl Requis que il Joie pregne Et que leur consel ne desdaigne. Li rois leur respont volentiers Le fera, puisqu'il est mestiers Et que conununalment li loent Molt en sont lie tout cil qui Toent Que li rois est entalentés
De faire les lor volentés, 640
Si li dient qu'il iront querre PoUo 6 ro, col. a. Joïe ; « Ne nul respit querre
Ne volons de ces espousaiUes, Que eles ne tournent à failles. »
Or quident bien tenir ou poing Tel cose dont il sont molt loing. Joïe ot illoeques tramis Une espie, qui embramis Fu de tout lor conseil aprendre; Et si tost corn il pot entendre 6S0
DE LA MANEKINE. 23
Le conseil qu'il oreni eu, Ès-le vous ariere venu A Joîe ; si li reconte Ainsi com li rois et li ccMite Le vienent querre pour le roy. Quant ele Tôt, en tel effiroi Est qu'ele ne scet qu'ele face; En petit d'eure fn sa faiœ Des larmes de ses iex couverte. Or est-ele séure et certe, 660
Se ele ne troeve occois<». Petit li vaurra sa raison; Mais ele ne's atendra mie : El n'a soig de leur compaignie. De ses puceles se départ, Nule d*eles n'en prist regart, Et ele s'est d'eles emblée. De cambre en cambre en est alée ; Ains ne fina dus[qu'ele] vint F«iio 6 Y», col. i . En une quisine qui tint 670
D'une part au mur de la sale. Et del autre partie avale Li seaus en une rivière Qui ert rade de grant manière; De la mer estoit assés près. Tuit li quisinier ou paies Estoient aie pour véir Leur signeur sa fille plevir^ Si que toute seule estoit Joie, Deseur tous triste et esbahie. 680
24 ROMAN
Un grant coutel à quisinier, Qui sert de la car despicier, A sour le dreceoir trouvé ; Par maintes fois Font esprouvé Ses maistres pour bon et taillant : D'un cisne merveillous et grant En colpast à .i. colp l'esquine. En sa main le prent la meschine, Et pense que elle colpera
Son puing, et caoir le laira 690
Et l'iawe qui est apelée Yse la parfonde et la lée. Dont se commence à dementer : c Lasse ! or me puis-je bien vanter C'a malvais port sui arrivée; Car se jou ai ma main colpée^ De moi nule pitié n'aura Li rois^ car vraiement saura Que colpée Tarai pour lui
Escondire. Lasse ! mar fui ! 700
Bien sai qu'il me fera ardoir; Autre trezor n'en aurai, voir. Bien sui foie, qui moi ocirre Voel à dolor et à martire; Et se me puis bien respiter De ceste dolour eschiever. Comment? par espouser mon père. Mon père ! lasse ! vie amere Avoir, pour peur de m'ame ! FoUo 6 r>, col. %. Yirge Marie, douce dame, 710
DE LÀ MÂNEKINE. 25
Conseu tous demanc et requier;
Voelliés-ent vostre fil proier.
Puisque de cuer requier aïe.
Bien sai que je n'i Ëiurrai mie. »
Ensi se demaine et tourmente
Joie la bêle jouvente ;
En cel pense a atendu
Tant qu'ele a oï le hu
De chiaus qui en sa cambre estoient,
Qui au roy mener le voloient : 720
Or voit bien n'i a plus çaloigne ;
Son puing destre tant alonge
Qu'ele le met seur la fenestre,
Le coutel tint en sa main destre :
Onques mais feme ce ne fist;
Car le coutel bien amont mist,
S'en fiert si son senestre puing
Qu'ele Ta &it voler bien loing
En la rivière là aval.
De la grant dolor et du mal 730
Que ele senti s*est pasmée.
Ains que ele se fîist relevée,
Englouti sa main .j. poissons
Qui est apelés esturjons;
Molt en estoit liés par sanlant.
Aval l'ewe s'en va jouant.
Del esturjon ci vous lairai,
Et à Joîe revenrai.
Oui de pasmisons releva.
Son moignon, qui molt li greva, 740
ae ROMAN
Entortillie d'im coevre^ohîef À l'autre main à grant mescfaief. Sa coulor, qui estoit vermeille, Pali : ce ne fil pas merveille. De la quisine en est issue, En sa cambre en est rev^uie, Où .iiij. conte Tatendoiant; Molt en sont lié quant il le voient. Si li dîe&t: c Ma damoisele, FoKo 7 ro, ooi. i. Une nouvele boine et bêle 750
Vous aportons; mais soies lie : Roine serés de Bongrîe. Li rois ou palais vousatent; Par nous vous mande (pi'erramment Venés à lui, n'i demorés. Bien doi de vous estre hoonourés Li rois et tout cil du pais. Que tant ont pourcaeîé et quis Que d'or aurés u cief oouronne : Qui ce vous ùdU biau don vous éoBue. 76O
Or en venés, car tiiît vous mandent Li prélat qui là ¥0tts ateodent; Ce lignage départiront. Vous et le roy mar îeranL :> La pucele respoot briânent Qu'ele ira oîr le Cakot Du roy^ puis que il l'a mandée. Pale, tainte, descoulounée, Od les .iiij, contes «'en va Dusques là ou le roy trouva; 770
DE LA MANEKINE. 27
Avoeques li ala poceles Et assés de grans damoisieles. Li conte Joie adestrerent» Ens u grant palais le menèrent U estoient tuit U baron Et maint chevalier environ. Qui la pucele molt amoient Por le grant bien qu'il i sayoient Tout furent lié de sa Tenue;
Li rois boinement le salue. 780
La pucele respont à point Que dame-Diex boin jor lor doinst. Li rois Joie par la main prent. Puis si racole boinement Et garde, si coisi son moignon ; Puis nomma Joie par non : c Fille, fait-il, que n'avés traût Gel mal qui si grief vous iâit? » Ce c'on li a dit et conte PoUo 7 ro, eoi. S. Li a trestout dist et monstre ; 790
Mais petit li plaist li parole. Et de quanques il Taparole Li a à briés mos respondu : c Sire, bien vous ai entendu ; Mais roine ne doi pas estre» Car je b'ai point de main senestre. Et rois ne doit pas penre &nie Qui n*ait tous ses membres, par m'ame ! > Donques a trait hors son moignon Loié d'un coevrechief en son. 800
28 ROMAN
Quant li rois et cil qui là forent Vinrent le bras et aperchurent Que la mains en estoit ostée. En petit d'eure (ii troublée La joie en ire et en tristour ; Onques mais en si peu de jour Joie en tel dolour ne tourna, Car en ce point les atouma Pitiés qu'il leur caoit de lermes
Tant qu'il n^en ert ne fins ne termes. 81 0
Li rois« qui molt bien set et Yoit Qu'ele tout de gré fet l'avoit Pour eschiever sa Yolenté, N'esgardot pas sa loialté Pour qui ele s'ert mehaignie,
Ains est en si grant felonnie.
Pour çou qu'il perdoit son désir.
Qu'à les bediaus l'a fait saisir
Et mettre en une cartre dure
( En maint liu estoit obscure), 820
Et jure Dieu c'arse sera
Demain ; mais mie n'i sera.
Qu'il ne veut mie que pitiés
Li prenge, dont soit respitiés
Li juises à la puoele.
Son senescal à lui apele,
Se li a commandé et dit
Qu'au tierc jour sans nul contredit
Arde sa fille ens en .i. ré : Folio 7 r>, éd. 1. c Se de riens reus faire mon gré ; 830
DE LA MANEKINE. 29
Et se ne Y faites à estrous»
Saciés je le ferai de vous.
Ne mar m'i atendrés jamais
N*omme de vo lignage après. »
Li baron en furent dolant;
Mais n'en osent faire sanlant.
c Sire, dist-il, je le ferai.
Puisque commandement en ai;
Je ne l'oseroie laiscier,
Combien qu*il me doie annuiier. » 840
Ensi se départi la cours, Qu'il n*i eut fors doleur et plors. Li rois méismes s'en ala . A .i. sien castel que il a : Iloeques demourer ne volt Ses senescals et si prevost Demorerent par son commant Por Joie mettre à tourment, Qui aval est en la prison.
Du courtois cartrier tous diron : 850
Une soie fille arala. Qui compaignie li porta ; Et si orent tortius ardans. Si qu'eles virent bien laians. Et s*eles vausissent mengier, Eles euiscent sans dangier; Mais eles n*en ont talent, Car lor cuer ne sont pas joiant. Nouvele, qui en petit d*eure Va par le pais sans demeure, 860
SO ROMAN
Est tant et çà et là alée Que jà savent par la contrée Que on Yoloit ardoir Joie» S'en fîi la gens toute esbahie ; Méismement les poTres gens Cui elle donnoit vestimens Furent plain de doleor et d'ire. Par le pais oïsciës dire» Se TOUS à ce jor i fiiîscîéd : PoHo 7 y, od. 3. c Diex ! quel dolor et quels peciés §70
Avient chiaus de ceste contrée. De la millour qui aine fost née. Qui sera arse sans m^ci Pour la bonté qui est en li ! 1» Ensi par le païs disoient. Et de duel tout se debrisoient. Et si maudisoient celui Par qui elle avoit cest anui.
Dou commun vous Toldrai laissiert Au senescal Toel repairier ggo
Qui ert sages et plains de foy ; Molt ot le cuer en grant eflroy Toute nuit dou commandement Que fais li fo si cruelment; Onques ne dormi en .ij. nuis, Car en son cuer a grans annts : < Las ! fait-il, se je arch n» dame, Je sai bien que je perdrai m'ame, Me jamais jor ne m'ameront Tout cil qui retraire Torront ; 890
DE LA MANEKINE. 3i
Et d'autre part scMaTent aYÎent Que tant qu'ons son courous tient, Que il fait tel cose u fait£ûre Qui bien li puet après desplaire. Espoir enquore cai^[era Li rois le Yoloir que il a; Et s*il le cange et je Tai arse. Il me venroit miex estre en Tarse U en la grant Inde majoTt
Qu'encor en aroie mal jour. 900
Ne Fardrai pas, ne saî que fiice. Que ferai donc ? Se fou Tenoace» Enquor m'en porra maus "weok. Mon signeur dont au revenir. Bien sai que ardoir me raurni Et puis vivre ne me kuira. Que ferai dont? Je ne aai qmÂ^ Or ne sai-jou coosel de mei: Le mains malvaîs je ne sai faire; Fdio 8 v, od. 1. Mais puisque voi <fÊt oontraîre 910
Me puet avenir 4e «y* voiesi» Ne le lairai plus toutes voies Morir par si cruel toHrmeiat N'a pas dusqu'à la mer gramment: Là le menrai à mie-nuil;. Que qu'il sok bel ne Kp'il amiit-; En .L batel le mêlerai, Et à .viij. jors li li verrai Vin et viandes àfiiison; Mais od li n'aura compaigMm, 920
32 ROMAN
Aviron, mast ne gouvernai. S'il plaist à Dieu l'esperital Que ele voist à sauvement. Ce sera bien à mon talent ; Et s'ele moert, n'en verrai mie : Si en soit en la Dieu baillie ! Quant jou aurai iait cest afaire, Por çou c'on ne puisce retraire Que je Taie de mort salvée,
Ferai faire une grant année 930
D*espines ; et al adjoumer, Quant ele sera en la mer, Ferai les espines bruir. Avant que nus i puist venir ; Puis si lor ferai entendant Que ele est arse : por la gent Qui demenaiscent grant dolour Le fis ardoir devant le jour. » Ensi com il pense l'a fait, Et del esploitier s^entremet : 940
Le cartrier mande maintenant. Il vint à lui sans contremant ; Com cil qui Tamoit et doutoit, Demande li qu'il li voloit. Li senescals dist que sa foy Veut avoir que jà nus par soi Ne saura çou que il dira, Et que au faire li aidra. Li cartriers errant li fiance : PoUo 6 fo, eoi. 3. Or en est-il bien à fiance, 950
DE LA MANËKINE. 33
Si li a reconte l'affaire Ensi comme il le bée à Êdre Et comme il l'a voit devisé ; Et li cartriers dist que visé Avoit moût bien ceste besoigne. Et que maintenant sans aloigne Loe la besoigne à haster :
< Se vous volés, vés m'i aler. » Li senescauls dist bien le veut,
Et li cartriers sa voie akeut, 960
A la mer vient, s'a tant cacié
Qu'il a tout quis et pourcacié
Un batel et viande et vin ;
Puis se r'est mis au cemin.
Au senescal dist qu'il a fait
Ce qu'il li ot dit et retrait.
< C'est bien fait, » dist li senescals. Aparelliet ont âij. cevaus :
Sour l'un en font monter Joie,
Qui n'estoit gaires esjoïe ; 970
Li dui sur les autres montèrent :
Ensi hors de la vile alerent.
Qu'il ne furent apercéu
Pour la nuit qui oscure fii.
Onques ne volrent arrester
Devant qu'il vinrent à la mer>
Droit à la nef que's atendoit
Joie demande : c Que doit,
Signeur, et par quel destinée
M'avés-vous ici amenée ? 980
U ROMAN
Voir, onques mais fillede roy Ne fil menée à tel derroL » — c Dame» li senescals a dit, Commandé me fu sans Tespit Du roy qu*en.i. four vousarsisse, Saciés, ou ma vie* perdisse; Mais la pitiés que j^ai au cuer Ne me laist souffrir à nul ftier Que de tel tourment- vous ocie : Folio 8 Ts ooi. 1. Si vous met en la Dieu baillie, 990
Qui vous gart et cfui vous conduie ; Car saciés durement m'anuie Quant si le fas ; maisin'en puis mes. Car li rois est fel et engrès : Je dont molt son courons et s'ire. Enquore vous puis-je bien dire. S'il savoit c'arse ne fiiissiés. Sur moi en revenroit li mesciés. »
La damoisiele li respont : < Certes, biaus sire» pecié font 1000
Tuit cil qui àfce;m- ont menée Que seule irai par mer salée; Je ne Tai mie desservi ; Mais puis que il est cnrensi. Je voel miex noier que arse estre, S'il plaist au Dieu le roy eelestre. Quant commandement en avés, Bon gré vous sai quant vous m^avés Le mien cors mpitié d'ardoir ; Et si pri de cuer Dieu le voir 1010
DE LA MANEKINE. 35
Que il à mon père pardoinst Le pecié de mi, el li doinsA* r Joie plus qu'il ne m'en demeure. » Li senescaus durement '^ure Et li car tr iers tout enseme&t ; . - Ou batel l'ont mis en plorant. Puis si Tout à Dieu commandée, Devens la mer l'ont esàipée : Or Yoist là où Diex la conduie !
Car li departirs leur anuie. 1020
Arrière retourné s'en sont, Et au cief de la vile vont. Ains que li jors péust venir» Quatre quaretces emidir Font de bos et mener as cans. Si tost com li jors iu parans, Es espines le fîi bouta, Dedens la vile s'en ala Li cartriers pour lever le hu^ FoUo s V, col. 2. Et disoit : « Las ! tant m«r i fu, 1030
Joie, vostre grant bonté ! > Quant cil Toent de la cité ^ Qu'il plaint ensi lor damoiôele. Si li demandent : c Qa'a*ele ? » Il leur respont qu'ele est bruie. i En peu d'eure fu estounme La idie après ceste parolei Pour peu que cascuns ne «'afele De duel, tant par sont tuîtidolent ! Vers le feu en vont tout. couraal) '^ 1040
36 ROMAN
Là ù li senescals estoit. Qui à entendre leur iaisoit Que ele estoit u fa dedens, Dont il se faisoit molt dolens. Ensi et par tel majestire Fist entendant cels del empire Que Joie ot mort rechéue : Si s*en tint molt à decéue La menue gent du pais,
Et molt en fii li rois hais. 1050
Li senescals au roi tout droit S*en yint^ et li dist qu'il avoit Fait ce que commandé li ot; Et li rois molt bon gré Ten sot. Qui encor ert en sa grant ire; Mais il fu puis tels jors que ire Ot-il au cuer et grant pesance De çou qu*il ot tel mesestance Faite faire sa fille à tort;
S'en ot puis penitance fort, 1060
Ensi comme oïr le porra Qui tout le conte oir voira. Du roi et de sa barounie Et des gens qui sont de Hongrie Vous Yoel ci le conte laissier ; A celi m'en voel repairier Qui est seule dedens la nef, Où il n'avoit voile ne tref. Fotio 9 r*, col. 1. Or dist li contes que la bêle
Est toute seule en la nacele, 1070
DE LA MANEKINE. 37
Où elle maine vie amere.
SouTent requiert Dieu et sa mère
Que de cel péril le gietast
Et à bon port l'arriyast.
D'une rien molt bien li ayint
Qu*en son moignon li cuirs revint
Et molt bêlement en gari ;
Mais ele a molt le cuer mari ;
Certes, je ne m*en esmervel mie :
Puoele en mer sans compaignie, 108O
Sans ayiron, sans gouvernai,
Assés dut avoir au cuer mal ;
Si eut-ele^ et en regretant
Dist : < Fortune, molt malëment
M'as tost ta roée bestoumée :
Desseure m*avoies montée,
Où j'avoie joie et soûlas;
Or m'est vis, de si haut si bas
Gietée m'as desous tes pies,
Ne de moi ne te prent pitiés. 1090
Onques mais nul jor, por bien faire,
Ne souffri femme tel contraire.
Que seule vois et esgarée
Et nuit et jour par mer salée.
— < Biaus sire Diex, par cui bonté
Sont tout bien guerredouné.
Qui, pour nos gieter de tristour,
Yausistes morir à dolor
>
En crois, par le pecié d'Adan
Et par Eve, dont maint ahan 1 100
38 ROMAN
Folio 9 r«, ooi. S. Aviiit à ctûaus qui lurent né
Avant que la virginité De la Yirge fust connéue Ne vostre sainte cars venue; * > Car en ynfer vous atendoient < Maint preudome <iui mort estoient^ Adans, Eve et sains AbrehaAft Et Davis qui fu gehiasans De vos saintes paroles dire,
Dont il fist le sautier esorire ; 1 1 1 o
Ce Al cil qui prophétisa» Qui dedens son cuer avisa Que vaudriés de feme nestre. Ne c autrement ae porroit eatre Pardonnes li premiers peciés C'Adans, comme outrequidié»> Vrais dons Diex, ains que çà venisi^ Convieunt que du i^ecle partist ; Et la coustume tele estoit :
Quiconques du siècle partoît, 1 120
Que il li Qonvenoit aler En ynfer maint mal endurer. Maint an dura ceste coustume » Qui molt estoit as boins enfruMe ; ' Plus ne le volststes fitOuflFrîr, > Ançois venistes aoomplir Ce que devisé ot David, .xxxij. ans tous acomplis Souffiristes poverté en tere ; Sour vous empréîstesU guère ^ . 1130
DE LA MANEKINE. 30
Que li dyables ot à homme Seulement par A. mors de pomme, Et tant de celé guerre éustes Que .Y. plaies en receustes En la crois ù filâtes ficiés Et d'un glave ou costë perciés. Loeques vausist^ Famé rendre. Et en ynfer sans* plus atendre Alastes querre tos amis
Que li dyaule aroient pris ; 1 1 40
Folio 9 Ts oDi. I. Les fors portes d'ynfer brisastes,
Et tous vos amis en gietastes : Dont dyable fiirent dolant, N'ert mais jor n'en soieirt plaignant. Puis vausistes resusciter Et vos apostles visiter Droit le jor del Assention. Maint miracle, biende«et*on, Féistes avant et après
Qui par moi ne sont pas retrès, 1 1 50
Gomme cil qui bit son plaisir Ainsi comme il wat avenir. Biaus sire Diex, -si voirement Comme je croi certainement Que voirs est çoii que j*«i conté. Si voelliés-vous par yo bonté Que conduite soie à tel port U on ne me fiu» nul tort. Et de ceste mer me dlievre, S'il vous plaist que plus doie vivre. > 11 60
40 ROMAN
Diex, qui sa proiere entendi, Ne la vaut pas mettre en obli, Ains a sa nef si avoïe C'une sajete descocie Qui fîist traite d'un arc d'aubour N*alast mie de tel yigour Comme sa nef fist jour et nuit. Dedens la mer iu de jors .yiij. Au noevime coisist une tere
Qui est par devers Engletere ; 1 170
Escoce ce est li siens nous. Trestout droit le jour des Brandons Les gens de Bervich estoient Sur la mer, où il se jouoient Li un trepent, li autre salent, Trestout de jouer se travaillent. Ainsi Tavoient maintenu, Maint an i estoient venu. Avoec aus estoit li prevos,
Por çou que il ne fuissent tant os 1180
FoUo 9 y, ooi. 3. Que il entr'aus éust mellée.
Devers la mer a retournée Sa chiere, et voit la nef venir : D'esgarder ne se puet tenir, Por çou que si tost vient vers lui, Et si ne voit dedens nului Qui la conduie ne ne maine; Les gens qui iloec sont açaine. Si lor a le batel monstre Qui si vient sans voile et sans tré : 1190
DE LA MANEKINE. 41
Il resgardent tuit volentiers. Li badaus yient en dementiers, Dusc'al rivage n'arresta. Li prevos et cil qui sont là S'en sont dusc'al batel venu, A la tere sont retenu ; En la nef ont celi coisie Qui venue ert sans compaignie.
Li prevos molt bel le salue. Qui moût avoit lange esmolue 1200
A palier bel et sagement : c Pucele, cil Diex qui ne ment Vous doinst boin aventure et joie ! »
— € Sire, fait-ele, cil vous oie Que vous en avés apelé ! >
— € Pucele, or ne nous soit celé; Dont vous estes et vostre non. Se il vous plaist, savoir volon. »
— € Sire, je suî une caitive
Ici endroit venue à rive ; 1210
S'il vous plaist^ si me sauverés. Saciés par moi plus n'en sarés. >
— € Certes, bêle, bien m'i acort. Je croi c'aucuns vous a fait tort. C'a boin port estes arrivée ;
C'a mon signor serés menée,
Qui rois est de tout cest pais,
Bacelers jounes et jolis.
Avoec sa mère serés bien.
Là ne vous &urra*il jà riens. » 1220
F
42 ROMAN
Folio 10 r«, col. i. — c Graos mercis, sire, » ele respont.
A joie retenue Font Et dedens la cité menée. Assés fu le jour esgardée La bêle faiture de li, S'aYoit-ele le vis pâli Du grant duel qu'ele avoit eu. Es-vous à son hostel venu Le prevost et avoec lui celé.
Et du tout son couvine celé : 1230
Assés tout le jour l'en enquist; Mais ele onques riens ne Ten dist. Se le laisse ester par anui ; Assés de bien pensa en lui. Celé nuit moût bien Taiesa Avoec deus filles que il a. Lendemain, quant il vit le jour, N'i vaut faire plus lonc séjour ; Deseure un palefroi ambiant
Fist monter Joie erramment ; 1 240
Droit à Dondieu au roi Fenmaine, Où il tient son hostel demaine, Et sa mère o ses danioiseles. Dont il i a assés de bêles. Es-les-vous à la court venus, Droit au perron sont descendus.
Au disner se seoit li rois, 0 lui grans signeurs .xxiij. Li prevos devant lui s'en vient. Qui la bêle par le main tient. 12S0
DE LA MANEKINE. 43
Premiers a salué le roy. Puis les barons qui sont o spy : Folio 10 ro, col. 3. < Sire, dist-il, un biau gaaig
A vostre court hui vous amaing. Je et Tos gens estiiens hier Sour la mer pour esbanoiier ; Lues arrivoit une nacele^ U n'avoit fors ceste pucele. Je croi k'ele est de hau[t] parage, Car ele est moût courtoise et sage; 1260
Mais ele a une main colpée, Dont ele est bêlement fanée. De son couvine plus ne sai; iNepourquant demandé l'en ai : Nule riens dire ne m'en veut; Mais je sai bien qu'ele se deut De s^aventure et de son grief. S*ele n'éust eu nleschieft Je cuic que si bêle ne fiist
Faite de piere ne de fïist. 1270
Or est vostre, s'en poés Êdre Du tout Yostre bon sans contraire, Qu'ele est d'Espaigne chi venue. Se vous plaist, si soit recrue ; • Av[o]ec ma dame bien sera, Et, se Dieu plaist, ele fera Tant c'amée sera de li. » Au roi durement embeli Çou que ses prevos a conté, Car moût est plains de grant bonté. 1280
U ROMAN
Joie a lés li aparlée Et courtoisement apelée.
< Bêle, iait-iU de vostre terre Vous yaudroie-ge moût enquerre, Se il TOUS venoit à talent. Dont TOUS estes et de quel gent ; Dites-le-moi, et saciés bien Ce ne vous grèvera jà rien. Car vous aurés à vo talent
Quanques vous verra à talent. » 1290
La damoisele li respont :
< Sire, tout cil qui bien me font Folio 10 Yo.ooi.i. I pueent grant aumosne avoir;
Car povre sui, sans nul avoir,
Venue d'estrange contrée
Toute seule par mer salée.
Comme une dolente caitive
Et la plus lasse riens qui vive,
Com celé qui ne voldroit estre,
Se il plaisoit au Roy celestre; 1300
Ne jà plus nus hom ne m'enquire :
J'ameroie mix estre en bière
Que je mon anui racontasse,
Je morroie ains que le contaisse. »
En çou que ele ensi parloit,
Li rois le regarde, si voit
Les larmes des ix qui li cieent:
Por çou que eles li dessieent.
L'a à la roîne envoiie ;
Si li mande qu'el ne laist mie 1310
DE LA MANEKINE. 46
Qu'il ne li face son voloir. Ne son cuer ne &ce doloir D'enquerre cose qui li nuise» Duskes à tant que ele truise Plus lie qu'el n'est maintenant. La roîne le mandement Son fil fist, mie ne l' laissa. Et ses damoiseles plaissa A çou que eles l'onourerent
Et conjoirent et amerent 1320
Li proYos trestout celi jor Avoec son signour assejor Fu, et al demain s'en parti Et revint là dont il parti. Joie est à court demourée
Moût joie et moût amée ;
Mais il ne la sevent nommer
N'a ce ne la pueent douter
Qu'ele voelle dire son non,
Son pais et sa région. 1330
Un jour l'estoit aies veoir
Li rois pour oir et savoir Folio 10 T», 001.2. Son couvine, se il péust:
Molt volentiers apris Féust;
Mes à çou mètre ne la puet.
Dont dist li rois : c D nous estuet.
Puis que vostre non ne savons.
Que nous aucun non vous metons.
Or soit ensi, je vous destine
Que vous aiiés non Menekine. » 1340
46 ROMAN
Ce non ot puis assés Ion tans,
Si com vous orrés ou rommans.
Ele nommer ne se voloit
Pour çou que li cuers li doloit - <
De la vilenie son pere^
Qu'ele en mainte guise compère.
Or est la Manequine à aise, Selonc Tanui et le mesaise Que ele avoit devant eue ;
En peu de tans s'est maintenue 1360
Si courtoisement et si bel Que il estoit à cascun bel De li veoir et esgarder; Et ele se seut bien garder De ciaus qui servent de mesdire ; Car de li ne péust riens dire, Fors bien, s'il ne volsist mentir. L'aisse que on li Ëiit sentir Li fist revenir sa biauté.
Car li rois à sa volenté 1360
Li fist avoir à son plaisir Puceles pour son cors servir Et quanques il li fii mestier Et sans dangier et volentiers. Ele se fait à tous amer^ Car en son cuer n'a point d'amer ; *
Tout cil qui de li parler oent Moût le prisent et moût le loent, • < / Dient que de bon cuer li vient Que si sagement se maintient < - < 1370
DE LA MANEKINE. 47
En autre païs que ou sien : Tuit li atournent à grant bien. FoUo 11 ro, eoi. 1. Tant en est la parole alée
Que néis cil de la contrée, Qui aine véue ne Tavoient, L'ainunent et bon gré li savoient Des biens que disoient de li Cil et celés qui sont o li. Nis li rois durement l'amoit;
Toutes les fois qu'il sejornoit 13gO
A Dondeu, ù il ert manans. Vers la Manequine ert tomans ; A li jouoit courtoisement : Des eskès savoit-ele tant Que nus mater ne l'en péust, Jà tant de ce jeu ne séust Des eskès savoit et des tables, D'assés d'autres jeus delitables. Dont ele se jouoit au roy Sans felonnie et sans desroi. 1390
Tant i ala li rois et vint Que maint jour puis por fol se tint; Car quant sajete est descochie, Ne puet estre arrière sachie Devant qu'ele a fait sa volée. Ainsint quant Amours est volée Par mi les ex duskes au cuer, N'en puet issir à nesun fiier Devant que ele a fait s'empainte ; S'en a souvent et maint et mainte 1400
48 ROMAN
Dolouser, plaindre et amatir Et en maint grant penser flatir. Moût est celé amours périlleuse; Se ele ne fîist deliteuse, Cuers endurer ne le péust, Se la dolours ne li pléust ; Et comment puet la dolour plaire ? C'est une cose bien contraire. Comment puet plaire la dolour
Que on sent au cuer nuit et jour? 1410
Ne comment puet^il enamer A voir riens c'on doie clamer Folio 11 ro, col. 2. Dolcur UB gricté ne torment ?
Ce vous dirai-ge maintenant. Si que vous dires que di voir. Se vous vous savés percevoir. Amours, c^est une volentés Dont mains cuers a esté tentés ; Si vous dirai par quel usage :
Amours a au mont maint message : 1420
Ce sont li oel dont cascuns voit ; Et cascuns cuers en ses ex croit, Et là où il veut les envoie, Et convient que du tout les croie. Et tuit oel se sont par nature Plus fol que bestes en pasture ; Car çou que mix lor plaist esgardent. Ne nule raison n'i regardent Fors que du cuer la volenté, Car si soutilment sont enté 1430
DE LA MâNEKINE. 49
Que il sont à leur cuer lumière, Ne ne puet en nule manière Li cuers veoir fors par mi eus ; Et li oel sont moût convoiteus Par Fennortement de nature De regarder bêle estature : Dont vient nature et volentés Qui des ex font leur Tolentés, Si regardent par mi les ex
Çou qui leur délite et plaist mix; 1440
Et quant il voient leur plaisir, Erramment vont le cuer saisir, Se li requièrent qu'il esgart Çou qu'il verra en son esgart. Li cuers maintenant i esgarde Tant que il ne s*en donne garde Devant que derrière Tassant, Et par les iex au cuer li saut; Puis si le sermonne et atise
Tant qu'il le met en convoitise : 1450
Dont est li cuers forment plaiiés. Qui de tant d'anuis est loiiés ; FoiioiiTseoi.1. S'en est en penser plus dyvers
Que n'est à esté li yvers.
Or vous ai dite la dolour Que on puet avoir pour amour. Or dirai pour quoi on le claime Amour : ce est pour çou c'on aimme Ce dont puet venir le contraire Que vous avés oïr retraire, 1460
50 ROMAN
Pour espérance d'acomplir
Le grant volenté du désir.
Molt fait grant bien celé espérance
A ciaus qui ot tel desirance ;
Car mix en endurent les max.
Les grans paines et les travax
Que on puet avoir pour amer.
Or avés-vous oï Tamer
Et Tesperance que cil ont
Qui en amour mainent et sont; (470
Tele eure est que celé espérance
De leur desirier les avance.
Et tele eure est que il i aillent
Et en vain lonc tans se travaillent.
A ce poés-voufl bien entendre
C'Amors est à l'un douce et tendre.
Et à l'autre amere et sure :
Faus est qui plus s'i asséure.
L'une est marastre, l'autre mère,
A l'un est larghe, à l'autre avère; 1480
Et bonne et maie est Amoorst
Mors et vie, joie et douçoors ;
Uns i pert, autres i gaaîgne :
Pour c'est drois c'on s'en lot et plaingne.
Li max d'Amours est frois et cax,
Or est glace, or est solaus;
Et qui en çou s'est embatus.
N'est merveille s'il est batus.
Bien s'i sont cil dui embatu»
Si en furent moût bien batu. 1490
DE LA MANEKINE. 51
Revenir m'en voel à mon conte. Qui ensi me trait et reconte Folio II yo, col. 2. Que tant pleut au roi la meskine
C'on apeloit la Manekine, Sa biauté et sa contenance Et li grans desiriers li lance U cuers dont Amours bat les siens; Liiet Ta de si fors liiens Qu'il ne s'en pot plus desliier,
Fors par celé pour cui liier 1 soo
L'ala uns très grans desiriers. Dont il ot puis grans destourbiers; Mais là se prova bien Amours Plus qu'ele ne fait en pluisours. Que, se li rois eut pour li paine, Ele n'en refu mie saine, Ains le r'a Amours assalie Et de ses fors liiens liie; S'aime le roy , et li rois li :
Ensi ont ensamble un anui. 1510
D'un désir, d'une Yolei^ Sont ambedoi entalenté ; Mais il ne seut, au dire voir, Mie de celé le voloir, N'ele ne set mie le sien. Ensamble s'acordaisseat bien. Se li uns de l'autre séust Que tex desiriers li pleust ; Mais cascuns d'eus ne set mie Qu'il soit amis ne ele sunie. 1620
52 ROMAN
Premièrement du roy voel dire Le grant tourment et le martyre Que par la pucele sentoit. Un jour de li partis s'estoit ; Nuis ert, si est coucier aies ; Mais ses dormis est tresalés : Tout nuit se tourne et retourne, Son pensé à folie tourne. Si dist : < Pour fol tenir me puis Quant je tant pens et si ne puis 1530
Nule raison en mon penser. Et si n'en puis mon cuer tenser Folio 12 ro, col. 1. Que tous jours ne pense à celi
Qui tant me pleut et abeli Orains et ier et cascun jour, Quant avoec lui sui assejour. Est-çou Amours? Gû, je cuit; Car je pens à lui jour et nuit. Ne cuidoie pas k'il éust
En Amours cose qui néust. 1540
Si à li pensers m'est si griés Que je i regart .ij. meschiés, Se je la tieng en soignentage, L'Amours sera fausse et Yolage; Durement blasmés en seroie, Pour riens ne m'i acorderoie. Que ferai dont? je la penrai. Penrai ! que di-ge? non ferai : Je ne sai où ele fu née. Espoir qu'ele a la main colpée, ISSO
DE LA MANEKINE. 53
Par son mesfait est envoie âeule par mer sans compaignie. Par son mesfet ! ce ne puet estre ; Jà le fist Dix de sa main destre : Voir> à çou que je voi en li, Çou c'on li fist ne desservi ; Mais il avient en mainte comt Que tex ne pèche, qui encourt. Or soit ensi» riens n'ait mesfet,
Si ne sa-ge pas qui ele est. 1560
Ele est née, espoir, de vilains. De vilains! voir, ce ne fii ains; A tort li met sus vilonnie. Si Ëich orguel et félonie Nis seulement quant je çou pense : Souffrir en doi grant penitance. Bien pert à son contenement Et à son cors, qu'ele a tant gent, Qu'ele soit de grant gent estraite ; Car onques mais si bien portraite 1 670
Nature u mont ne fourma. De si grant biauté le fourme a Folio 13 f, ooi. 2. Qu'il m'est avis, quant je Fesgart,
Que si vair oel, si doue regart Me voelent dire : « Je vous voel. » Non font : c'est çou dont plus me duel. Blondetes paupières, biaus nés (Dieus! comme il Ai à point plantés! n n'est ne trop cours ne trop Ions), Les cavex a crespés et Ions 1580
54 ROMAN
Et les oreilles ayenans,
Qui dou trésor sont soustenans
Que Dix li a mis sur le cief :
Ce ne leur doit mie estre grief.
Non est-il, car biau le soustîenent.
Si sorcil brunet li avienent
Si bien que ne Y saiiroie dire;
Et quant je son cler front remire
Par raison grant, blanc et onni.
Aine mais si bien taillié ne yi. 1S90
Dix ! quel boucete a et quels dans,
Grant plenté et serrés et blans !
Il samble qu'il soient d'jrvuire.
Biau se poroit ichil déduire.
Qui sans mal et sans vilonnie
La baiseroit comme s'amie.
Or sui esbahis de conter
Son doue visage, que douter
Fait mon cuer et pour sien tenir ;
Car sur la blaoceur voi séir 1600
Une couleur qui est yermelle.
Moût i siet bien à grant mervelle.
Pour son menton et pour sa gorge
N'est pas raison que on se torge
De li amer, c'ainc mais si bêle
Ne pcMta dame ne puoele;
Os ne vaines n'i sont parans,
Ains sont comme cristal luisans.
De son gent cors, de s*estature
Ne fil ainques mais créature. 1610
DE LA MANEKINE. »S
S'estoie acolés de ses hns. Tous jors mais auroie souskn ; Folio 13 Ts eoi.i. Mais je paroil encore en yain.
Qui regarde sa biele main Délie, blance; si dmt Sont blanc et délié et droit ; Car en éust-ele à un vol Fait un dous las entw mon col, Par si que l'autre main ëust
Et .c. mil mars coustë m'éost! 1620
Riens puis ne me tormenteroit Qu*ele ele acolé m'en auroit. Et quant je voi ses mameletes. Qui si sont poignans et duretés, Qui sa yestéure souslievent, N'est mervelte s'eles me grievent Ne se eles me font doloir. Quanques g'i yoi me £dt Toloir S'amour; si en seroi blasmés
Et maintes fois fols rois clamés. 1630
Se je la preng» je n'en puis mes, Qu'Amours me tient por li si près Que mix me samble-ele valmr Que quanques je poroie avoir. Sans li, sans li, voir, je morroie. Que ja garison n'en auroie : Donques le me vient-il voûol prendre Que tous jours à tel désir tendre; Si ferai-ge : je la prendrai. Se je de li le gré en aL 1640
56 ROMAN
Le gré ! dont n'ai-ge pas ce cois. Se ele ne le veut anchois. Veut ! Dix ! que vaudroit-ele dont ? Jà n'a-il femme en tout le mont Qui ne soit assés honnourée S'ele est roîne couronnée : Comment reftiseroit couronne "^ovre femme, se on li donne. Comment qu'ele n'oseroit tendre Et si grant honeur entreprendre? 1650
Entreprendre ! voir, si fera. Ne jà si sote ne sera, FoUoi2Yo,eoi.3. Se ele fait ma Yolenté,
Que le cuer n*ait entalenté
De moi honnerer et servir
Pour la moie amour desservir.
Or n'i a plus, comment qu'il pregne,
Mais que il en li ne remaingne,
Bonnement de cuer li otroi,
Roine ert et dame de moi. 1660
Tels m'em blasmera maintenant.
Se il set son contenement.
Dont tost sera li cuers cangiés,
Et dira que ert aengiés
Li pais de bonne roîne. >
Ainsi devise et adevine
Toutes les nuis devens son lit;
Si pensé erent si délit.
Ne mais ne cuic qu'il avenist
Qu'Amours en tel prison tenist 1670
DE LA MANEKINE. 87
Nul roi comme ele cestui tient. Qui de son desirier se crient. En .ij. manières si la prent : Doute quil ne plaise à sa gent ; Et se il ne la prent, la mort En quide avoir sans nul confort.
En tel anui, en tel balance» Jour et nuit à s'amie panse; Mais ne r'a pas meneur anui
Celé qui tous jours pense à lui^ 1680
Ançois se gamaite et complaint. Par nuit, quant nus ne Tôt, se plaint Et dist: c Lasse! tant mar fui née ! Qui me r'a ore à çou menée ? Ne dont me vient tel derverie. Tés penserSy tels foursenerie, Tel hardement ne tel outrage Ck)n je voi en mon cner volage. Qui me monstre que j'aim le roi? Nule ne le pensast fors moi ; 1690
Molt a esté à nice escole, Car je sui du mont la plus foie. Mes cuers qui ainsi m'amonneste. Folio 18 r>, col. 1. S'au roi plaist qu'il me lace feste
Et k'il se jut à moi as tables Et as autres jeus delitables Et que il me tient compaignie, Quidé-je pour ce estre s'amie ? Quidé-je, pour ce, qu'il i pense A moi ? ce est foie espérance : 1700
H
58 ROMAN
Ce faitril par sa courtoisie.
En ne mVil de raort garie
Et eskievée de grant honte ?
Quidé-je pour çou qu'il se don te
A çou que aint une esgarée
Et qui a une main colpée ?
En ne me souyie[n]t*iI et membre
Que je colpai pour çou mon menbre
Que roïne ne déusse estre ?
Dont pens-je ce qui ne poet estre, 1710
Que je ne serai jà sa femme,
Que j'ameroie miex en flame
Ardoir que fuisse sa soignant.
Se il a le cors bel et gent.
Ce puet-il mix que nus valoir.
Doi-je me dont por lui doloir ?
Nenil, se g'i esgart raison ;
Mais ele n'est mie en saison
En moi, quant ne puis destorner
Mon cuer n'aillors faire torner. 1720
Que ferai dont, s'il i demeure ?
Puis bien dire que il labeure
L'ouvrage» dont jà n'ert levé
Ce que il i aura pené.
Dont valt-il mix qu'en pais me tiengne,
Que grigneur mal ne m'en aviegne.
Se ma dame s'apercevoit
Et le pensé que j'ai savoit,
Venue seroie à mal port ;
Bien sai qu'en auroie la mort : 1730
DE LA MANEKINE. B9
Se m'en vient mix assés tenir Que falir et à mort venir. Folio 13 ro, col. 2. Venir ne m'en puet nus gaains,
Fors anuis, grietés et mehains. Tout maintenant dormir me voel, Ne n'i penserai plus mon voel. > Adonques se cuide endormir ; Mais Amors le vient estormir. Qui de nule raison n'a cure
Ne de riens ne va par droiture. 1740
Si Tapoint et si l'aguillonne. Tant l'esmuet et tant Fatisonne Qu'en la folie est renkéue. Plus que devant est decéue ; Or le refuse, or le reveut. Or en souspire, ore s'en deut. Or li anoie, or li replaist» Or li est bel, or li desplaist. Or dist qu'ele Tamera,
Or dist après que non fera. 1760
En tel penser dedens son lit Tourne et retorne sans délit ; Moût li samblent longes les nuis : c Or par est çou trop grans anuis, Jours, Êiit-ele, quant tu ne viens. Hay, Amours ! com tu me tiens ! Je voi bien, comment que il pregne. Comment que je à vous remaingne. Ou me soit bel ou me desplace, Covient que vostre plaisir Êice ; 1760
60 ROMAN
Quelqae péril que jou i voie. Il couTient que je vostre soie. Ne sai se je porrai durer; Or n'i a el que d'endurer Et de bien celer mon couvine. Que ne le sace la roîne Ne qu^autres ne s*en aperçoive. Or couvient-il que je déçoive, Par sens, de mon cuer le voloir : S'ert ce qui me fera doloir. 1770
Âinc mais ne seuc que fti amour. Ne meller ne m'en voel nul jour. FoUoi3¥o, coi.i. En peu de tans en sui aprise;
Mais puis c'asservir l'ai emprise,
Je ferai son bon dusk'en son.
Bien doi amer, car en mon non
Yoi-ge raison que doi amer :
En ne me doit-on apeler
En non de baptesme Joie?
Joïe autrestant senefie 1780
Conune avoir d^Âmours la joie.
Amours à tort mais blasmeroie.
Car de son non m'a honerée
Et en si haute amour menée
Que ele me fait roi amer :
Dès or ne me doi-ge clamer
De nule grieté que j'en aie,
Du tout me met en sa manaie.
Si ne sai se jà en gorrai;
En espérance soufTerrai. » 1790
DE LA MANEKINE. 61
Ensi se tourmente et demainne, Ensi trueve trayail et paine; N'est nuis que ne fisice cent tours, Avant que soit venus li jours. Ensi s*entr'amerent un an. S'en orent andui grant ahanan ; Si souvent jouèrent ensamble Qu'ele s'aperçoit et li samble Que li rois bon cuer li porta :
Pour çou plus bel s'en déporta ; i goo
Mais la roîne s'en perçut, La mère au roi leur cuer connut : Dix maldie son cors et s'ame ! U monde n'ot si maie dame Ne de mal si escienteuse ; Moût fil en son cuer engigneuse De çou que mie ne la het Ses fix, et certainement set Qu'il s'entr'aiment plus que riens née ; Mais par lui sera destornée 1 g 1 0
Geste amour, se ele puet onques. La Manekine mande donques : Folio 13 ro, ooi. 3. Ele vieut à li sans demeure.
Car ele le crient et honneure. La roine errament li dist : « Manekine, se Dix m'ait. Il me samble que volentiers Se met mes fix en vos sentiers Et que il vous aime de cuer : Si vous desfenc que à nul fiier 1820
62 ROMAN
Ne tenés plus sa compaignie.
Se plus amés le vostre yie.
MauTaise garce, à tous que monte,
Ne quels Yoloirs à ce tous donte.
Que volés compaignier mon fil ?
Vous en serés mise en escil.
S*il vous avient mais à nul jour,
Vous en serés arse en un four.
Or gardés plus ne vous aviegne,
Se ne volés que mais vous viengne. » 1339
La damoisiele li respont : < Dame, par le Signeur du mont, Onques me sires ne me quist Dont vilenie me venist. Pechié faites, qui me blasmés Et ki malvaise me clamés ; Car, voir, desservi ne Tai mie. Se me sires, par courtoisie. Que quanques mestiers m*est me donne, De jouer à lui m'arraisonne, 1 840
Ne li ai pas bel escondire. » Âdont fu la roïne en ire. Si li dist : c Vous vous en tenrés, U à mort prochaine venrés. » — € Dame, ce seroît cruex mes. Je m'en tenrai donc dès or mes. » Âdont s'en part tout en plourant, Car moût par a le cuer dolant ; Âssés a raison de coi plaindre : c Lasse ! or ne se doivent faindre 1 8S0
DE LA MANERINE. 63
Tristors» anuis, souspirs, tourmens, Qu'avoec ne soient tous tens. Folio 14 r», eoi. i. Coment porai jour de ma vie
Escondire ma compaignie A mon ami, à mon signeur» Qui iaite m'a si grant honeur Que par sa debonaireté M'a jetée de povreté Très dont k'escapai de la mer ?
Encor le doi-ge mix amer 1860
Mil tans que je ne fac sa mère, Qui m'a faite desfense amere ; Mais or sai bien que je ferai : Geste desfense li diray Et com je sui pour lui haïe ; S'il veut, sur ce, ma compaignie, Bien croi de mort me sauvera ; Jà pour sa mère ne Y laira. »
En tel penser, en tel errour, Atendi duskes au tierc jour, 1870
Que li rois revint en sa cambre. Qui estoit pavée de Fambre. Les autres dames li fon[t] voie ; Et la Manekine hontoie Plus que ne sont pour la deffense, Dont ele a au cuer grant pesance ; De la paour qu'ele ot trambla. Li rois la voit, si li sambla Qu'ele n'a voit pas le cuer aaisse. Or ne cuidiés pas qu'il li plaise. 1880
64 ROMAN
Il li a dit : c Ma douce amie, Pour quoy estes-vous si rougie ? Folio 14 ro, col. 2. Par cele foi que me devés.
Vous pri que ne le me celés. »
— € Sire, vous m'avés conjurée : Se ne tous sera plus celée
La raisons pour quoi j'ai paour.
Ma dame me dist qu'en un four
Fera mon cors ardoir en cendre.
Se ele puet jamais entendre fggo
Que vous me tenés compaignie :
C'est çou dont sui espeuerie. »
— « Voire, amie, a-ele ce dit? »
— € Oïl, sire, se Dix m'ait. »
— € Amie, or ne vous esmaiiés, Et le vostre cuer apaiiés ;
Car bien de li vous garderai.
Ne dès or ne vous cèlerai
Ce que vous ai lonc tans celé.
Bien voi mi samblent révélé 1900
Sont à ma dame et à autrui,
N'ainc mais ne le vous dis fors hui ;
Bien voi tant atendre poroie
Que le désir que j'ai perdroie:
Si vous pri que vous m'escoutés,
Et en mon dit vo cuer boutés.
c Saciés de voir, ma douce amie, Que vous estes mes cuers, ma vie, Mes biens, ma santés et ma joie, Cele à qui mes cuers s'otroie 1910
DE LA MANEKINE. 6S
Tous les jours mais que je vivrai, Celé à qui je sui et serai; Celé, s'il li plaist à délivre. Pour qui je voel morir et vivre ; Celé estes pour qui je voel faire Quanques li plaira, sans contraire ; Celé qui j'ainc an bonne foy. Autant u plus que je fisich moi ; Celé à qui je pense tons jours.
Dont j'ai eu maintes dolours, 1920
Celé dont je pleur et souspir ; Celé don[t] ne me laist dormir Folio 14 T«, eoi.i. Li desiers ne li pensers
Dont mes cuers n'ert jà jor tensés,
Se par vous n'est; vous estes celé
Dont m'est venue Testiiioele «
Qui me fait penser et frémir.
Bien espérer et puis cremir.
En tel voloir m'a mis Amors
Que dedens mon cuer foit son cors ; 1930
Dous desiriers pour vous me point:
Lonc tans ai esté en tel point.
Pour désirer vo compaignie,
Demaine mes cuers aspre vie ;
Riens ne convoite fors que vous ;
Et saciés bien tout à estrous,
Ce que je vous requier et {Mrie
Çou est sans pepser vilonnie :
Je vous aim de bonne amour vraie.
Se il vous plaist que je vous aie, 1940
66 ROMAN
De cuer bonement tous otroi Que TOUS serés dame de moi; S'aurés en vostre cief couromie ; Tous li pais qui enyironne, Escoce, Yrlande, Cornouaille, Sera vostre sans nule faille ; Sires en serai, et vous dame ; Si n'aurés garde de ma dame Ne de nului qui mal vous face :
Ainsi vous donne Amours ma grâce; 1950
Mais or ne le refusés mie. Car vous fériés grant folie. » La damoisele entent et ot Ce dont forment ses cuers s*esgot ; Ne moustra pas apertement La grant joia que ses cuers sent, Ains li respont tout maintenant : < Sire, ce n'est mie avenant Que vous si vostre cuer plaisiés Que dusk'à moi vous abaissiés, i960
Car je n'afier à vous de riens : Pour çou si est raisons et biens Folio 14 ?•, ooi. 3. Que vous de çou vous déportés ;
Ne tel volenté ne portés Que jà plevie m'aviiés: Tant de paroles orriiés Et de ma dame et d'autre gent Qu'il vous toldroient le talent Dont vous me dites vo voloir; C'iert qui me feroit doloir. 1 970
DE LA MÂNEKINE.
67
S'en tele honneur estoie entrée, Griés me serroit la consiurrée : Pour çou me Tant mix à bas tendre Que haut baer pour bas descendre ; Nepourquant pas n&yous refus. De grant orguex seroit tenus Mes cuers, se de vous s'escusoit Et si grant honeur refiisoit; Mais, s'il vous plaist que me prenés, En loialtë me maintenës. > — € En non Diu, bêle, ensi ert-il, Si gart Dix men cors de péril; Trestous les jours que je vivrai De loial cuer vous amerai. >
Âdont l'a par le menton prise, Comme cil qui moût l'aime et prise ; Si Ta plus de .xx. fois baisie. Et dist : c Ne vous esmaiiës mie. Douce amie, de nule riens: Desor vous vient honeurs et biens. A baisier n'estes pas vilaine. Car mont avés souef alaine. Or serai-ge liés soir et main ; Or en venés : je vous enmain Ou palais là ù mes gens sont. Qui par maintes fois requis m'ont Que j*envoiaisse en Engleterre Une des filles le roi querre; Mais sadés bien tout à estrous Que mes cuers se tient si à vous
1980
1990
2000
68 ROMAN
Que je ne vols puis autre avoir Que j'aperçui vostre savoir. Folio 15 ro, col. i. Yous estes celé ù je m*atens
De joie avoir k tout mon tens. »
Âdont l'a prise par le main,
Si l'enmaine o lui main à main,
Et avoec lui apele celés
Qui moût murmuroient entr'eles
De çou que consillié avoient ;
Si em parloient et disoient: 2010
c Se ma dame set ce conseil,
Ele seroit en grant esvell
De honnir ceste damoisele. >
Ensi l'une à l'autre conseille ;
Mais à brief tans tel cose orront
Dont moût plus se me[r]villeront ;
Car li rois les a apelées.
Se sunt après lui arroutées.
La roine si se dormoit.
Ne de tout çou riens [ne] savoit ; 2020
Li rois à envis le mandast
Pour çou qu'el[e] ne destournast
Son desirier et son afidre.
Car au cuer en auroit contraire ;
Mais jà par son gré ne 1' saura
Duskes à tant que il aura
Sa volentë aconséue :
Donques soit la cose séue.
Li rois dedens le palais vient^ La Manequine lès lui tient; 2080
DE LÀ MANEKINE. 69
Tost a son capelain mandé :
Cil vint, quant il Tôt commandé.
Li rois li a dit et retrait
Çou que il li plaist qui soit Êiit.
Li prestres refuser n'osa
Sa volenté ; ainçois posa
Maintenant leur .ij. mains ensamble,
Et par parole les assamble :
Plevie Ta et espousée ;
Tantost fii la messe cantée. 2040
Ce fîi fait si priréement,
Fors sa maisnie seulement Folio 15 r«, eoi. 2. N'avoit; mais si menant i erent,
Qui durement se mervillierent
De ce que li rois avoit tait.
Tost fti a sa mère retrait,
Se Ten prist une tele envie
Que ainques puis jor de sa vie
Ne fist fors que s'entente mètre
A la Manequine demetre 2060
De toute honeur, s*ele sénst
Et qu'ele faire le péust
Li rois le manda au disner;
Mais seur son lit s'ala cliner,
Et dist qu'ele n'ira jà :
c Honis soit-il quant prise l'a,
Ne qui le tenra mais pour roi !
Or a-il iait trop grant desroy.
Qui a ci prise une esgarée,
Une chaitive, une avolée, 2060
70 ROMAN
Une femme o tout mie main;
Car fîist-il ore u flun Jordain ! »
Li chevalier qui c'entendirent,
Errant de li se départirent ;
Si reyindrent au roi arrière»
Et redirent en tel manière
Qu*ele leur respondi briément ;
Mais li rois n'en fist nul samblant :
c S'ele veut» Ëdt-il, si i viegne ;
Et s'ele ne veut, si remaingne. » 207O
 tant con li rois ot de gent Se contint le jour bel et gent» Ce poise li quant plus n'en a ; Mais une tel cose pensa Dont il fil amés et prisiés Et de ce fait mains desprisiés. Du jour qu'il prist la Maneqnine N'aToit, ensi con je destine, Que .XV. jours à Pentecouste :
Se li prent talens qu'il ajouste 2080
Quanques pora de gent atraire ; Ce jour voira ses noeces faire ; Folio 15 To, col. i. S'amie, pour li honnerer,
Yaurra en cel jour couronner.
Ainsi comme il pensa le fist :
Par mi toute Escoce tramist»
En Comouaille et en Irlande,
Dames et chevaliers i mande.
Par mi la contrée s'espant
La nouvele, et si ala tant 2090
DE LA MÂNEKINE. 71
Que cascuns set et adevine
Que li rois a la Manekine;
S'en sont lié cil qui la connoissent,
Et li autre trestout s'angoissent
Et demandoient qui el ere>
De quel sens et de quel manière :
€ Qui ele est, font-il, ne savon ;
Mais de sa manière aprenon
Que ele est moût courtoise et sage
Et de bien faire a bon corage. » 2IOO
Ensi par le pais devisent Et li un les autres atisent, Si dient que il iront tuit Veoir la feste et le déduit Ki ert à Pentecouste à court; Peu en i a qui ne s'atourt; Et li rois ert avoec s'amie. Où U menoient bonne vie. Ensemble gisoient les nuis»
Assës avoient de déduis 2110
Plus que conter ne vous saroie, Quant lonc tans pensé i aroie ; Mais selonc çou qu'estoient grant Li desirier et li tonnent Que il en avoient souffert, Selonc çou Amours les resert De si très grant joliveté Comme amant ont en priveté, Quant il maintienent bonne amor. Moût lour avoit bonne savour 2120
72 ROMAN
Li acolers et li sentirs» Li baisiers, li biaus maintenirs, Folio 15 Y», col. 2. Li biaus déduis» li biaus souslas
Que il ayoient bras à bras. Tous les jours de celé qui[n]saine Se mist li rois en molt grant paine, Par la priiere de sa femme» K'ayoir péust Tamour sa dame ; Mais pour noient tel paine i met, Car la vielle dame remet 2130
De la grant envie qu'ele a De chou que roïne sera» Non pas por mesfait qu'ele i voie» Fors pour envie qui la proie. Li rois voit bien que plus li prie Que plus est en grant felonnie» Si le laisse en pais par anui. Quant il ne puet trover en li Debonaireté ne franchise»
En pais le laisse : si a mise 2140
Sa pensée à sa feste faire; Le plus bel apparoil Êdt faire Qui onques mais fost iais à feste : A ses pourvéurs manifeste Que il facent pavillons tendre Et sur la rivière pourtendre. Fait est çou qu'il a devisé Tout ainsi comme il a visé : Sur riauwe en la grant praerie Sera celé feste furnie. 21 50
DE LA MANEKINE. 73
Là fest[e] yint, la gent assamble ; Onques mais tant n'en vint ensamble.
Ce fil en la douce saison Que li roussignol ont raison Folio 16 ro, col. 1. De chanter pour le tans joli,
Que li prë sont vert et flouri. Et li vergié cargié de firuit; Que la bêle rose est en bruit, Dont les dames font les capiaus. Dont li amant font leur aviaus; 2160
Que Terbe vert est revenue. Qui par la froidure ert perdue : Gascuns oisiaus en son latin Gante doucement au matin Pour la saison qui est novele. Toute riens adont se révèle. Que la joie maintenir doivent. Li canel les iauwes reçoivent. Qui en y ver erent esparses.
Où keurent karoler ces garces, 2170
Beatris, Marot, Margueçon? Avoec eles ont Robeçon Et Golinet et Jehanet ; Puis s'en vont au bos au muget, Gapiaus font de mainte manière, Ançois que reviegnent arrière ; Bêles sont les nuis et li jour A ciaus qui maintienent amor. En itel tans com je devise Est celé Pentecouste assise 2180
K
74 ROMAN
Dont toutes gens demaÎDent feste.
Droit kl Teille de celé feste
Assambla à Dondea la cours.
Maint buef, maint pourcel et maint ours
I eut tuë pour car avoir.
Tant que n'en puis nombre savoir.
Qui dont véist dames vmir, Chevaliers par les mains tenir ; De dus, de contes, de barons
Emplirent tons les pavilkms. 2190
Le soir, quant il eurent soupe, Trestuit s'aunerent u pré Gomme s'il fust en plain midi ; Car tout certainement vous di FoUoiero, col. 3. Qu'il i avoit taertins ardans,
Onques nus hom ne vit plus grans.
Ne idn, ne viande, ne cire
Ne vaurrent nului esoondîre ;
Tant en ot cascuns comme il veut :
Ainsi bel cascnns les akeut. 2200
Quant il orent tome b nuit Demenë karoles et bruit. Et li jours devoit ajourner, Un petit se vont reposer Pour estre (dus firoit Indettain. La roïne se leva main Bien acesmée et bien parée; D'un gros fil d'or ert galonée, A cascun plain doit .ij. rubis. Jà n'iert li tans si amdidis 2210
DE LA MANEKINE. 75
Que on assés cler n'i tëist De la grant clarté qui en ist. D*une cotele d'w tissoe. Toute par mi pelés cousue, ÀYoit le sien biau cors Testu. A paines porai le tissu Deviser dont ele estoit çainte :
«
D*or i avoit platine mainte Qui s'entre-tienent à camieres
D'esmeraudes bonnes et cieres ; 2220
Un safir avoit u morgant» Qui valoit bi^i .c mars d'argant. En son pis avoit une afiqne D'or et de mainte piere riche ; De drap d'or ot à col manteU Ainques nus hom ne vit si bd ; Entour son col l'eut acolé. Ne fil mie de vair pelé La fouréure, ains fii de sable.
Qui moût £sdt la gent delitable. 2230
A son çaint a une omosniere. Ou monde n*a nule plus ciere ; Sour son cief ot une couronne. Tant com li siècles avironne Folio i6T0, ooi. t. Ne fiist trouvée sa pareille:
De l'esgarder ert grant merveille.
Des bonnes pieres ki i sont
Et des vertus que eles ont
Esmeraudes, safirs luisans.
Rubis, jagouces, dyamans, 2240
76 ROMAN
De çou erent li carnel fait ; Aine plus bel ne fiu'ent pourtret. La couronne desous ert d*or ; Mais si kayel erent encor Plus cler, plus bel et plus luisant Que li ors n'ert, mien essiant. Bêle ert, et s'eut si bel atour. Aine femme n'eut plus bel nul jor.
En tel atour, en tel eonroy Fu eelui jour li femme al roy. 2250
Li parement le roy refurent Si bel, si gent eomme estre durent ; Des siens ne voel iaire devise. Quant eurent oi le seryise. Es pavillons sont retornés Où li disners ert aprestés. Biaus fîi li apparillemens ; Tables i eut plus de .v«. Pour grans signeurs et pour barons Dont je ne^sai mie les nous, 2260
Ne du savoir n'est nus mestiers. Qui dont véist ees escuiers Pour biau servir apparillier : Li uns leur eoutiaus aguisier Pour taiUier devant leur signeurs, Et li autre à mestier pluiseurs, Ainsi eom devisé estoit A quel rené eascuns serviroit ; Portent pain et vin à plenté, Cascuns en eut sa volenté : 2270
DE LA MANEKINE. 77
Cel jour ne fii riens espargnié. Li pavillon erent jonchié De muget et de yioletes Et de maintes autres flouretes. Folio 16 yo, col. 2. Quant li serjant le commandèrent,
Li trompeur Tiawe cornèrent. Li rois est assis premerains, Et puis li autre qui ains ains ; De table en table à leur talent
S*assisent tuit communalment 2280
Dames et cheyaliers ensamble, Si qu'ayoec aus vilains n'assamble. Se je devisoie leur mes, Ici n'arresteroie huimès. Tant ne si bons ne autres tex Ne donna mais nus bom mortex ; Cascuns en eut à son voloir Et de tex comme il volt avoir : Cars et volilles, venisons, Ou en maintes guises poisons* 2290
Quant mengië eurent, si lavèrent. Li ménestrel dont en alerent Cascuns à son mestier servir Pour leur soudées desservir. Nus ne querroit la mélodie Qui fil loeques endroit oïe : Vieles, estives, fretiaus. Muses, barpes et moyniaus, Cytoles et psalterions, Trompes, buisines environ. 2300
78 ROMAN
Tuit cil i font tant de m^rvelles Que ne furent mais leur pareilles. Quant un poi escoulé les eurent, Esroment au caroler keurent : Tel carole ne fii vëoe, Près du quart dure d'une lieue. Par les caroles s'en aloient Chevaliers, dames qui cantoient. Parés de dras d'or et de soie.
Cascuns et cascane Êdt joie, 2310
Fors que sans (dus la maie dame (Dix maudie son c(»« et s'Mne! ); Car ele n'i volt onques esCre. Si dolante est, plus ne puet esire. FoUo 17 ro, cd. f. A .vij. lieues d'iUuec estoit,
A une cité c'on damoit Pert, ensi com j'oî retraire ; Mais de lui me Yoel ore taire Et à la feste revenir.
Où tuit se sevent biau tenir. 2320
Les dames et li chevalier Alerent maintes fois changier Ce jour leur apparillement; Puis s'en revenoient cantant, Et prenoient à k carde : Casc[u]ns samble que ses cuers vde. Se ne fust, sans plus, le mehain Que la roîne a de sa main. Autre cose en li ne set dire Nus hom qui sa biautë remire ; 2330
DE LA MANEKINE. 79
Mais de ce durement ûnme Tous ciaus qui de s'oneur ont joie. Moût fil celui jour esgardée La bêle, la bien acesmée: Quant plus Tesgardent, plus leur plest; Del esgarder cascmis se paist. Sa biautë et sa cbntenance Les a tous mis est tel balance K'entr'aus dient: c Li rois filit bien, Plus ne l'en demanderons riens. » 2340
Ensi dient et cil et celés. Chevalier, darnes^ damoiseles; Mais quant il mix eommtehml Sa manière, mu FameronL La feste, amsi eon je devis. Dura trois jours tous aeomplis. Aussi grant et aussi pleniere Con je vous ai retrait arriei^ ; Et quant il s'en vaur^rt partir,
Li rois fist cascun depiartûr 2350
Hanas d'or, de Bs^dre u d'argent, Selonc çou qu'estoient la genL Tout ensement la Manecpiine, En qui toute bontés affine. Folk) 17 r>, col. 3. Par le commandement le roy
Donne as dames moût biau coi^di,
Mainte çainture et maint smel
Et maint firemal d'or bon et bel.
Dont tous jour fii puis molt amëe.
A tant est la cours definé[e] : 2360
80 ROMAN
Reyont s'ent tout en lor pais ;
Du roi ne sont plus esbali
S'il eut prise la Manekine,
Pour çou qu'ele leur samble fine.
Li rois est demourés arrier.
Et avoeques li sa moillier.
Tant s'entr'aiment andui de cuer
Conques puis jour à nesun fiier
N'en yaurrent lour cuer départir,
Se leur en convint puis partir 2370
Et maint anui par traison,
Ainsi comme nous vous diron.
Dix Yoelle honnir traîtours !
Au siècle ont fait mainte tristors.
Or est li rois avoec s'amie, Où il a moût joieuse vie ; Et ele est ayoec son ami, Dont n'a mie le cuer mari. Se la pais de sa dame éust.
Il ne fust riens qui li néust ; 2380
Son signeur prie qu'il Tem prit : n mie ne l'en escondist, Ançois en grant paine s'en mist ; Mais pour noient s'en entremist. Et nepourquant moût l'en pria ; Mais ele briëment dit li a Qu'ele ainçois se lairoit detraire Qu'ele pust jà jour son cuer plaire. Respont li rois : c Ce poise moi ; Mais puis qu'en tel voloir vous voi, 2390
DE LA MANEKINE. 81
Ne voel que plus soiiés o li : To6t li poriiës faire anui ; Se vous nul mal li faisiiés, A tous jours m'amor perderiés. Folio 17 yo, eoi. 1. âj. jus VOUS part, un en prenës :
U Yostre ire li pardonnes. Ou recevés vostre douaire ; L'un de ces âj. vous convient faire. Se ne li volés pardonner,
Evolint vous vaurrai donner 2400
Et les castiaus ki sont entour : niuec poés estre assejour. n vous en convient l'un laissier; Respondës-m'ent vostre plaisir. > Ele dist : c Puis k'il est ensi Que vous m'avés ce ju parti. Je voel bonement mon douaire ; Jà n'en quier autre cose faire. »
— c Dame, dist li rois, il m'en poise;
Car ele est moût bone et courtoise. 2410
A sa requeste, à sa proiiere. Vous en proie, ma dame chiere; Mais je voi bien que c'est en vain : Evolinc vous met en le main. »
— € Et je le preng. > Ensi départ Sa mère et lendemain s'en part; A Evolinc en est alëe.
Moût dolente et moût abosmée Quant la Manequine est roine; Par henvie a à li haine. 2420
82 * ROMAN
Ensi s'est partie de court La maie dame ù biens ne sourt; La Manekine est demourée. Gom sa femme fa honnerée Li rois et hooeur li porta ; Et ele si bien se porta Qu'ele se fist à tous amer , Car en son cner n'ot point 4'amer. En orguel mie ne kai
Pour çou s'ayoirs li< eskaï, 2430
Ançois en donoib larghement Méîs[me]ment la povre gent; Povres gentils fi^mmes marie. Moût par demoûnei sainte vie : Folio 17 T°, col. 2. Ele honeroit Dieu et sa mère.
Moût Yolentiers au moustier ère ;
Ses heures, son sautier lisoit :
En tex ouevres se deduisoit.
La grant renommée de li
La gent du pais ;d)eli ; 2440
Quant plus la conaoîssent, plus Fainient
Et bone roîne le «laiment.
Tant a fait qu'ele a gré de tous.
De deboinaires et d'estous,
Fors, sans plusi de la mère an roy.
Qui envie traioit à soi;
Nés cil du pais Fen haïrent
Pour celi que il milleurivirent.
Qui ne pooit son cuep«ivoir
Ne pour bonté ne pour savoir. 2450
DE LA MÂNEKINE. 83
Mais de ciaus du pais lairai. De la mère au roi me tairai : Une autre fois en parlerons De la Manekine diron Et du roi qui est ayœcli. Qui moût s'entr*amerent anduî^
Or dist li contes que U furent i Duskes à Pasques, si com durent. En sousias» en joie, en déduit,
Ançois qu'ele eneargast fruits 2460
Mais entour la Paske ençainta Gelé qui corage saint a. Avant que venissent »y. mois. S'en aperçut moût bien li rois : II en fu mie coureciës, . Ançois en fu durement liés. Pour la joie, pour la leeche. Pense que jà plus pour pecece ' Ne laira k'il ne Yoist en France ^ Pour faire de li repallanœ. 2470
Aler yeut as toumoiemens. Las ! dont il ot pour tant tormens » Qu'il n'est nus qui le péust dire, Ne clers qui le séust escrire. . Folio 18 ro, eoi. i . Tant gratc chievre que mal gist :
A s'amie yient, si li dist : € Je yous yieng prier^ douce^amie, • Vous ki estes mes cuers, ma yîe, Mes biens, ma santésret maj'oie>i , Que yous m'otroiiës une yoie I * 2480
84 ROMAN
Dont je vous pri, pour m'onnour faire : Ce ne tous doit estre contraire. »
— € Sire, dist-ele, à mon voloir, Gomment que m^en doie doloir, Voel estre ; mes cuers me requiert : Se poés ce ke bon tous ert
• A Yostre plaisir commander ; Mais or vous yoel-jou demander Que çou est que vous volés faire.
— c Ma douce amie deboinaire, 2490 En France doit-on conunander;
Ce ne tous doit mie anoiier. »
— € Anoiier ! Sauve vostre grasse. N'est mie raisons qui me plaice. De ceste voie m'esbahis.
Car seule sui en cest pais
Et de vostre mère haie,
Et se sui de vous encargie ;
Si dont, se vous estes en France,
Que je n'aie du cors grevance : 2500
Chi n'en a nul qui m'apartiegne,
Ne nul bien qui de vous ne viegne.
Je vous ai dit comment il est :
Respondés-m'ent çou k'il vous plest. »
— c En non Dieu, bêle, de tel doute. Fait li rois, vous estera toute.
Je vous lairai en tele garde
Que de ma mère n'arés garde
Ne de nullui qui mal vous voelle.
Il est bien raisons que je vielle, 2510
DE LA MANEKINE. 85
Tant com je sui joaenes, m'onnour : Se m'en terra-on à millour. Seulement duskes au quaresme, Je ne vous requier plus lonc terme. » Folio 18 r«, ooi. 2. — < Sire» ce me sanle trop lonc ;
Et nepourquant je le vous dont. Quant çou est Yostre volente. Or vous doinst Dix joie et santé, Assés plus qu'il ne m'en demeure ! » Li rois regarde qu'ele pleure, 2520
Se pleure aussi par compaignie. Et tout en plourant le mercie Du congië que il de li a. Après çou plus ne detria, Ains a mandé x. chevaliers Preus et biaus et fors et legiers, Se les a retenus o soi Pour aler o lui au toumoy; Sa nef a foite apparillier.
De vin, de viandes cargier ; 2530
A Beruic tout droit au port Fu bien garnie à bon esfort. Quant eut apparillié sa voie, Dealer à Beruic s'avoie ; Duskes là fii-il convoiiés. A Beruic fu li congiés De li et de la Manekine, Qui tant pleure qu'ele ne fine ; A peu que li cuers ne li part Quant ses sires de li départ. 2540
86 ROMAN
Li rois un seneskal avoit^ . > Chevalier en qui il savoit Tant de bien que en li. se fie Plus qu'en homme qui soit en vie. Lui et jj. autres chevaliers Si estoient ses consillieiis, Et si manant orrent esté Tant comme il avoit rois esté. . A li a apelé œs trois.
Si leur dist : c Signeur, je m'en vois 2550
Un peu de tans en autre tere^ Pour mon pris et mon los conquerre. . Vous demourrés o la roïne, Que j'aim d*amours bien entérine : Folio 18 yo, col. 1. Deseur vos ides le gardés.
Et de ma mère le gardés, Qu'ele ne li puisse mal Êdre ; Car vous en ariiés contraire ; Et s'ele acouche ains que reviegne, Nule perece ne vous tiegne 2660
Que vous ne me mandés errant De son cors et de son en&nt La vraie nouvele et Testât, En unes lettres sans barat, En France où je serai tournés^ Gardés que si bien vous provés Vers li qu'ele s'en lot à moi. Se vous amés la pai3 de moi. > — € Sire, font-il, de vo voloir / Faire ne nous devons doloîr ; 2570
DE LA MÂNEKINE. 87
Et Dix nous en laist Haiit faire Qu'à lui et à vous vtellé plaire ! De cuer en convent vous avons Que loialment le servirons. »
— c Dame, dhst li rois' à s'amie, Yeés-en chi .iij. où je me fie Plus qu'en tous les hommes du mont, Que sour leur vie couvteùt m^ont Que il vous garderont si bien
Que il ne vous faurra jà rien 2580
Qui à nule roîne afiere : Si vous requier, amie dhiiere, Que vous bonement les créés Ne lor conseil ne mescreés. >
— c Sire, dist-elè, bbunement Ferai vostre conimatfdement.
Folio 18 rs col. 9. Bien croi loialment le' feront,
Car loial et preudommé *àont ; Mais saciés bien qu^k neâun fiier Je ne puis troveif ' en mon cuer 2590
Que il ne me monstre et atoie Que nous comperrons ceste voie. Dix vous gart de 'torment et d'ire, Ensi comme il est roiâ et sire ! »
— c Dame, dist-il, ainsi li plaise ! » Âdont plus de .xk/fc^ tebailse; Mais pour çou qu'il voit qu'ele pleure. Au mains qu'il okiques puet demeure ; Congié prent, s'est entrés en mer.
Adonques le convint* pasmer : 2600
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Duskes à tere fiist kéue ; Mais de cheyaliers fu tenue. Dedens la vile Tont menée. Et de parole confortée. Quant li rois eut apparillié Son oirre et il eut pris congié> En mer entre ; et li cheyalier Âvoec ans mainent maint destrier. Maint sommier et maint palefroy. Mainte arméure et maint conroy, 2610
Maint drap d*or et maint de cendé , Et maint esterlin monneé Dont on paiera sa despense, Qu'à mener bêle vie pense. En la mer ne fii c'une nuit; Lendemain matin à déduit. Sans avoir tormente n'ahan, Est tout drois arrivés au Dam. Ses cevax des nés ou rivage
Fist mettre, qu'il n'i eut damage ; 2620
Puis est en la vile venus. Où ses hostex fu retenus. Du conte de Flandres enquiert Où sera trovés, s'on le quiert. On li a dit qu'il est à Gant> Où fait son apparillement FoUoi9 ro, eoi.i. D'aler au tornoi à Ressons;
Moût plaist au roi ceste ressons ;
Lendemain, quant il vit le jour,
N'i vaut faire plus lonc sejor ; 2630
DE LA MANEKINE. 89
Vers Gant a sa voie acuellie.
Li quens de Flandres ot oie
La noTele du roi d'Escoche :
Dealer encontre lui s'esforce.
Se le salue et le conjoie,
Et li dist : c Sire, j'ai grant joie
Quant il vos pleut ci à venir;
Bien poés à vostre plaisir
Faire de moi et de ma gent
Quanques vous venra à talent. > 2640
Li rob grans mercis li respont.
Ensi tout pariant venu sont
A Gant, et lurent celé nuit
A voeques le conte à déduit ;
Et li rois si li a enquis
Du tournoi, ù il est empris :
Li quens li a dit à Ressons.
Dont dist li rois: c Nous i irons;
Et d'une cose vous requier :
Que vous me voelliés otroiier 26S0
Que vous soiiés de ma menie. »
Li quens bonnement li otrie.
Gelé nuit furent molt à aise, Cose ne leur faut qui leur plaise ; A lendemain bien très matin Se sont trestout mis au cemin. Gelé nuit vinrent dusk^à Lille ; A ai[s]e i furent, car la vile liert au conte; mais lendemain Se metent au cemin bien main. 2600
M
90 ROMAN
A destre laissierent Artois, Puis sont entré en Yermendois, Par Roie ont leur cemin tenu Tant qu il son[t] à Ressons veou. Ou castel descendi li roys» 0 lui Flamens et Escotois. . Folio 19 r«, col. 2. Dont Commencent gens à venir,
Et les hostex penre et saisir Boulenisien et Artisien,
Brebençon et Yermendisien, . 2670
Flamenc et Normant et Pouhier, Alemant, Thiois et Baivier. Tout cil à Ressons descendirent, Et par les fenestres hors mirent Maint escu et mainte baniere De mainte diverse manière. De l'autre part devers Gk)may Vinrent Biauvoisin, bien le say, Berruier^ Breton et François
Et Poitevin et Hurepois 2680
Et Champenois tout ensement ; Cist vinrent au tournoiement A Gornay sont cist descendu. Ainsi ont le jour atendu Que devoit estre li tournois ; . Et quant il vindrent, demancÂs La messe oïrent, si s'armereot • Et dessus leur destriers montèrent ; As cans vinrent pour tounmiier : Ce puet as couars anoiier. ,. .. ,.. 2690
DE LA MÂNEKINE. 91
Li rois d'Esooche issi premiers, En sa route mil chevaliers. Qu'il a tous retenus o li; Avoir paravoit si joli. Ne fo mais véus ses paraus. Ses chevaus, qui est grans et haus, Ert couYers d'un drap d*or batu; Onques mais si rioes ne fîi; Et il, qui iert et biaus et grans,
Ert deseure moût bien parans, ^700
Si bien armés comme à devise. En ce jour n'ot autre devise En ses armes, fors que d'or furent Si bien foites comme estre durent : Ce fist-il en senefianoe Qu'acomplie ert sa desirance. Folio 19 Ts ooi. I. Car ses droite armes si erent
A trois lyonciaus d'or qui erent Rampans et coulourés de noir :
Teles armes déust avoir ; 27 1 0
Mais les lyonciaus en osta, Toutes pures d'or les porta. Li quens de Flandres ert lès lui. Qui cel jour molt bien le servi.
Quant d'andeus pars ftirent issu, Et il furent as cans venu. Se à celui jour i fuisiûës, Maint biau ceval i véissiés. Maint escu et mainte baniere Qui ne sont pasd'uie manière : 2720
92 ROMAN
Li un sont noir, li autre blanc.
Et li autre d'or u d'ai^ent;
Li autre sont de vermeil taint.
De mainte couleur furent taint ;
Et li solax, qui ert luisans,
Fist les couleurs resplendissans.
En maint lieu firent son pluisor
Mainte buisine et maint tabor.
Et itant de trompes i sonent
Que trestout li camp en ressonent. ^30
Quant issu furent de deus pars,
Âssés tost fil fais li regars
A qui chascuns assamUeroit
Et de quele jent il tendroit.
Adont prist cascuns son conroy,
Son escu prist cascuns lès soy
Et si mist son hiaume en sa teste.
Li rois à sa gent manifeste
Que il li baillent son escu :
Uns chevaliers li a tendu ; 3740
Puis li fil li hiaumes lachiés,
Qui n'estoit mie enruilliés,
Ains estoit d'or clers et luisans
Et à regarder deduisans.
Quant il li fu laciés u chief, De tout se met el premier cief ; Folio 19 Ts 06I. s. D'amours et d'armes bien apris,
A près de lui son escu mis. En son puing une grosse lance ; Son cheval point et il li lance, 2760
DE LA MANEKINE. 93
Ains ne fina d'esperoner
Dessi k'il yint as cols donner.
Un chevalier de France ataint,
Qui au partir de lui se plaint;
Car si radement l'a féru
Que duske à tere a abatu
Le chevalier et le cheval ;
Mais n'en puet mais, se chiet aval ;
Car andui si arçon rompirent.
Et lès lui à tere kaîrent. 2760
Li rois eut brisie sa lance ;
A s'espée maintenant lance,
Dont il donna maint cop le jour ;
Car li contens, sans lonc séjour,
Se mellent à lui maintenant
Plus de .XX. le vont ataignant,
Li un es bras, li autre el cors;
Mais il fil si fiers et si fors
Et si bien au ceval se tint
Que à la tere point ne vint, 2770
Ains se desfent tant que sa gant
Vinrent à lui tout acourant.
A Tassambler tencent et noisent
Les lances, qui d'andeus pars froissent ;
Tex cors se sont entre-donnë
Que il samble qu'il ait tonné.
Plus de .xv«. lances bêles
Volent à un cop en asteles;
Si en i eut maint abatu.
Maint cheval pris et retenu, 2780
94 ROMAN
Et maint qui fuient par les cans. Leur resgnes es pies trainans. Escuier queurcint peur au[s] prendre. Et li autre pour le desfendre.
Or est assamblés li tournois» Où il eut tant de biaus conrois FoKoaoro, eoi. I. Et tant chevalier bien monté
Et tant autre à tere adente : L'uns gaaigne, li autres pert ;
Car li jus de tel mestier sert. 2790
En plus de .xx. lieus se combatent, A tere souvent s'entr'abatent. Souvent s'entre^nent colées Deseur les testes des espées ; Et tele eure est sour les escus. Si que il les ont tous fendus. Cascuns assaie son contant, Ne leur cox ne vcmt pas contant ; Car s'un en donne, il en a trois. Sour tous s*espru&ve bien li rois, 2800
Qui par le tournoy esperone ; Maint cop reçoit et maint en donne, Destre et sene^tre les abat; Qui il aSaînt» bien trestout plat L*estuet venir dusk'à la tere. Ne leur chevax ne va pas querre : A lui n'afiert, n'il n'en a cure ; Mais en biau ferir.met sa cure, En bel assalir^ en desfendre : A çou veut-il du ^t entendre. 2810
N
DE LA MANERINE. 9K
I • t
Tant i entent que toat i met Le cuer, et tant s'en entremet Qae moût fii le jour esgardéâ ; Dist li uns à l'autre : € Esgardés Les merveilles que fait cis hom. A paines Toit-on se lui noîi ; Il samble que tout partout soit Veës-vous comment il reçoit >
Les cox, et comment il les neût? N'i met mie trop longuement • 2820
A rendre les cox c'on li donne, La bonté tost en guerredonne. ' A tel homme fait bon presfèr, Cbt bien tost set guerredotmer. Yeés Tescu qu'il a an col : Jà i poroit penre son toI > v Folio 20 to, col. % Uns coulons sans toûchier as ais.'
Ainques si bond rois âe fu mais, ' Qui en estrange pais vient
Los conquerre et ainsi se tient ; 2830
Moût l'en doivent tuit chevafier » ' ^ ' Amer et loer et prisier. » ' - Ainsi devisent par les rens Tout chil qui en ont Heu et tens ; - Et li autre sacent et tirent» Maint bon hauberc s'entre-descirent. '' • • Mains chevaliers desous sa sele Fist ce jour la toume-^boiele» Mains cerkle[s] i eut descercM Et maint visage ensanglentë. ^» ^ 2840
I \ I
I • 4 a . < I '•
96 ROMAN
A Fun va bien, à Tautre mal,
L'uns est à pié, Tautre à ceyal,
Li uns pert» li autres gaaigne.
Maint en i a en la campaigne
Qui leur cevax eurent perdus,
Qu*ainc puis ne leur lurent rendus.
Fors à ciaus qui erent à mestre ;
Mais ichil r'eurent bien leur perte.
En maint liens i eut grans fumées
Pour les alaines escausfées. 2850
D'espées i a tant de cox
Que, se il ëust en un bos
Deus .M. carpentiers carpentans,
Ne fiist pas la noise si grans.
Ensi cel jour se démenèrent, Duskes à la nuit ne finerent; Mais la nuis vient, ki les départ : Vont s'eut, si font autre regart. Non ainsi comme erent venu :
N*i eut tel noise ne tel hu. 2860
Li pluisour eurent les cors pers Des grans cox qu'il orent sousfers. Tant vont à ceval et à pié C'a lour ostex sont repairié. Li rois est venus à Ressons, Et avoec lui ses compaignons; Folio 90 n eoi. I. Tout droit est venus au castel.
Quant il li fil, ce li fil bel; Car moût durement fii lassés Des cox don[t] ot eu assés. 2870
DE LA MANEKINE. 97
Désarmés est isnelement;
Li quens de Flandres ensement»
Qui ce jour Favoit molt [bien] fait.
Encor ne Taie-jou retrait;
Se jou de cascun devisoie
Çou que il fist, trop demourroie
A revenir à ma matere.
Autre mention oonyient querre,
Fors que de tant que bien le iBst;
Et li rois commandement fist 2880
Que tuit soupaissent avoec lui;
Si firent-il : il n'eut nului
De chevaliers part a Ressons
Qui o lui ne fuissent semons.
Assés orent viandes, vins ;
Quant soupe orent, li matins
Parut : adont se vont couchier.
Qu'il en avoient bien mestier.
Dnskes à tierce se dormirent,
Puis se levèrent et vestirent, 2890
Se râlèrent trestout à court.
Li rois ne leur fist pas le sourt;
Moût les honeure, molt les aimme,
Amis et compaignons les daime;
Lour pertes rendi à pluiseurs
Et o lui retint les milleurs,
Assés leur donna de biaus dons ;
Tant fist (et ce fîi bien raisons)
Qu'il eut le pris de ce toumoy :
Gascuns li otrie endroit soy. 2900
98 ROMAN
Asses i eut de bien Ssdsans D'une part et d'autre perdans ; A paine puet-on assener Quel païs s'en doit miei loer. Li rois, ains que d*illuec partist, Un autre tournoiement prist, FoUo^yo^ooi.a. Par Tassens de ciaus de Gournay,
A .XY. jours à Esparnay. Savoir l'ont iait communalment. De par le roi le vont criant 2910
Li hiraut contreval la vile. Or ne le tienent mie à gille, Cascuns dist qu'il i veut aler ; Jà commencent à enmaler Leur dras, et dedens buies metent Leur haubers : ainsi s'entremetent Dealer trestuit à cel tournoy Qui est criés de par le roy. Li rois i ala o sa gent.
Qui moût se contint bel et gent; 2920
Les vaiUans chevaliers amoit, Larguement du sien leur donnoit A Espemay, où il alerent, A la qui[n]saine tomoiierent; Et si en eut li rois le pris : Ensi va pourcaçant son pris Par mi France li rois d'Escoche» Et de bien iaire mont s'esforce. Tant fait qu'il a de tous le gré, Quanques il fait est à leur gré, 2930
DE LA MÂNEKINE. 99
Moût est à tous de bel acueL Mais ci endroit de lui me Toel Taire, si dirai de celi Que il laissa plaine d*anui.
Quant li rois entra en la mer, Dont ele eut le cuer si amer, A Beruic s'en retourna. Que .iij. jours luec ne séjourna; Au quart s'en revint à Dondeu, Car c'estoit d'Escoce le lieu 2940
Où ele plus volontiers maint ; Là fil convoïe de maint : Li bons prevos la conyoia. Qui premièrement Tavoia Quant de la mer fii escapée; Par lui-méisme fii menée Folio 21 ro, ooi. 1. A Doudou devant son signeur.
Dont venue li est honeur : Pour ce Fama moût durement
La roîne tout son vivant 2980
Et moût li donna de biaus dons. Que tous jors puis fii rices bons. Avoec lui fil li senescax. Qui molt ert sages et loiax; Ensement li dui cbevalier A qui li rois vaut tant priier Qu'o son senescal le gardaissent: Cil troi molt envis le laissaissent ; De son ostel, de sa maisnie Furent, et moût bien Tout servie. 2960
100 ROMAN
N'atendent mie son commant.
Puis que il sacent son talent;
Âins li font avoir Tolentiers
Tout ce que il li fii mestiers.
Ainsi séjourne à moût grant aise;
Mais ne voit cose ki li plaise
Quant son signour veoir ne puet :
C^est rire qui son cuer esmoet;
Mais au miex qu'il puet se conforte
Pour le fruit que dedens li porte. 2970
Tant le porta qu ele enfanta. Et le plus très bel enfon a, Fil, que onques féist nature; D'enfant plus bêle créature Ne fu née après ne devant. La novele partout s'espant Assés tost par mi la contrée Que li roine est délivrée: FoUo 21 fo, ooi. 2. Par le pais grant joie en ont.
Et li troi chevalier que font, 2980
Que tost seurent celé novele ?
Li senescax les .ij. apele
Qui estoient si compaignon:
« Signeur, dist-il, plus ne tarjon ;
Il nous convient .j. messagier
Qui nous ira le roi nongier
En France, où il est, la novele,
Ki mont li sera bone et bêle. »
Il respondent : c Vous dites voir.
Faites-nous*ent tost .j. avoir; 2990
DE LA MANEKINE. 101
Yous-meesines faites la lettre. Et nous i serons as mos mètre. » Li senescax prist parcemin» Qui saYoit romans et latin. Tant que il seut moût bien escrire; S'escrit et commença à dire: c Au roi d'Escoche, son signour, A cui Diex doinst joie et honnour ! Mande salus et amistiés
Li senescax qu*il a laissiés 3000
Por garder sa tere et sa famé. Je vous fach savoir que ma dame S'est délivrée d'un enfant; Onques nus hom ne vit plus gant; Et si est saine demourée Celé que avés tant amée. Li enfès Jehans a à non. Itant à savoir vous faison ; Mais pour Dé, revenés-vous-ent, Se il vous plaist, hastivement; 3010
Car ma dame mont vous désire, A envis de vous se consire. » Quant il a tout ainsi escrit. Devant ses compaignons les lit: n n*i voient que amender; Leur messagier ont iait mander. Quant il les eurent seelées. Au messagier les ont livrées, FoUo2iTo,coi.i. Se li dient que pour grevance
Ne laist que U ne voist en France 3020
102 ROMAN
Et quHl haut au roy celé lettre;
Dedens la boiste li font mètre.
Puis li ont baîUié des deniers
Plus qu'il ne li estoit mestiers.
A aus prent oongié, si s'en terne,
Au matin muet quant il ajome.
Vers la mer tout droit s'aoemine ;
En .ij. jours va tant qu'il ne fine
Devant qu'à Eluic en vint,
«
Où la maie dame se tint. 3030
A son ostel vint li messages :
De çou ne fist mie que sages ;
Mais il ne savoit le haine
Qu'ele a à la jone roîne.
A li vient et si la salue ;
Et celé, qui ert esmolue
D'envie envers Tautre roïne,
Li demanda où il cemine.
n dist: c En France à vostre fil,
Cui Dix gart le cors de péril ! 3040
Et se li porc là une lettre.
Ne sai quels mos i firent mètre ;
Je croi que ce sont les noveles
Qui molt li devront estre bêles.
Car ma dame s'est acouchie. »
— « Quel enfant a? » — « Je ne V sai mie^
Dame, li messages respont.
Fors tant c'aucune gent dist m'ont
Que c'est uns fix qui ert moût biaus.
S'il vit tant qu'il soit damoisiaus. > 3050
DE LA MANEKINE. 103
La maie dame ot et entent Ce dont ses cuers a mal talent; Au message ne monstre mie Le grant traison ne Tenirie Que ele avoit dedens le cuer, rf onques n'en issi k nul fuer Devant qu'ele le compara Ainsi comme ele bien saura. Folio 31 y, ooi. 3. Pour le message embriconer,
Li fist .xl. sols donner; 3060
Por lui engignier et deçoivre,
Li fist donner bon vin à boivre.
Ne s'en perçut li pautoniers.
S'en but tant et si volentiers
Que de son sens se délivra
Par le fort vin qui l'enyvra.
Quant la maie dame le vit^
Du mal qu'ele pense s'en rit;
Tant Taparole et tant le lobe
Que très dedens sa garde-robe 3070
Le fist icele nuit gésir.
Il fu desirans de dormir,
Pour le vin qui l'ot entestë
Ot tout le cervel tempesté.
Se s'en dormi; mais celé veille»
Qui de mal faire s'appareille.
Tant yit c^à son lit est venue»
Et ses gamimens tant remue
Qu^ele a la boiste trouvée
En qui la lettre estoit posée. 3080
104 ROMAN
Moût est lie, quant ele Ta;
Isnelement à tout s'en ya.
Et a .j. sien clerc apelé
Cui ele n'a mie celé
Le malisse qu'ele veut faire :
c Vien avant. Il te convient faire»
Fait-ele, çou que te dirai. »
— c Dame, dites, et je ferai. »
— C Or me fent doncques ce seel
Si soutilment et si très bel 3090
Que jou en aie hors la lettre
Et que g'i puisse une autre mettre. »
— «En non Dieu, dame, volentiers. » Dont quist çou ki li fu mestiers ;
A un bien tenue canivet Le fent, et les lettres en tret. Devant sa dame Ta léue, Dist que li seneskax salue Folio 33 r, col. 1. Son signeur et savoir li fet
De sa dame comment li est; 3100
Savoir li fait k'ele a enÊint Fil malle, nus ne vit si gant.
Quant la dame a la lettre oïe, Iteles ne li plaisent mie; Unes autres en a lait iaire Qui à celés furent contraire. Tele comme ele volt, Tescrit Li clers, et tels mos il i mist Que li senescaus i^us mande A son signeur et si li mande, 3110
DE LA MÂNEKINE. 106
Moût dolans et moût ooreciés,
Tels noveles dont n'est pas liés :
€ Sire, ma dame est acouchie;
Mais onques mais en ceste vie
Tel créature ne fii née
Comme ele a en ses flans portée,
Ne si laide cose véue :
.iiij. pies a et s*est yelue.
Ex enfossés et grosse teste ;
Nus hom ne vit si laide beste 3120
Ne si hideuse créature,
Deable samble à s'entraiture.
Si tost comme ele en fu délivre,
Il s*en fui comme une guivre
Des mains celés qui le tenoient ;
A paine reprendre Tosoient.
Durement en sont ou paîs.
Cil qui le sevent, esbahis.
Or nous mandés vostre yoloir
Que Yolés faire de tel hoir. » 3130
Quant ot fait faire celé lettre, Ou saiel Ta faite si mettre Qu'il samblast c'on n'i touçast onques ; En la boiste la remet donques, Et en icel lieu reportée L*a où ele Tavoit trovée; Puis laist dormir le messagier. En sa chambre se va couchier. Folio» ro, e<a.3. Dusqucs au main qu'il ajourna,
Que li mes plus ne séjourna, 3140
106 o ROMAN
Quant la lueur du jour l'esTelle.
Quant luec se voit, moût s'esmervelle;
Doute c'on ne li ait emblée
Sa lettre, si a regardée
Dedens sa boiste le seel :
Quant la voit, si li fu moût bel. . .
Bien s*est aperçus qu'il lu yvres ;
Mais maintenant en est délivres :
Pense c'on le fist là jesir
Pour reposer à son plaisir, 3150
Pour amour ciaus à qui il ère
Quide c*on li ait fait tel chiere ;
Mais autrement va k*il ne panse.
Atourne soi sans demorance.
Levée ert ja la maie dame
( Dix maldie son cors et s'ame ! ) ,
Si a mandé le messagier ;
A lui est venus sans targier :
Ele li prie qu'il reviegne , . .
Par li, que riens ne le retiegne. . ., 3160
Il li dist, quant ele le veut.
De sa volenté ne se deut;
Yolentiers par luec revenra, • .
Jà essoines ne le tenra. . .
Quant çou li a convenancié,
Isnelement a pris congié ;
Ele li donne, et il s'en va.
Duskes à la mer ne fina.
En une nef à marceans
Qui doit aler vers les Flamans 3170
DE LA MANEKINE. 107
Entra, et il eurent bon vant. Par mi la mer vont tant siglant Qu'à Gravelighes sont venu. Le messagier n'ont retenu ; D'aus a pris congié, si s'en torne, Dusk'à Saint-Omer ne sejorne ; Demande où li tournois est pris : Droit entre Greel et Saint-Lis Folio 33 r>, col. f. Doit estre à joedi ki vient.
Quant il l'entent» plus ne se tient ; 31 80
Ains oirre tant par mi Artois,
Et après par mi Yermendois,
Qu'il est en Biauvisis venus.
Dusk'à Glermont ne s'est tenus :
Lueques demanda et enquist
Où li rois est; et on li dist
Que il séjourne à Greel,
Où fiiit faire bel appareil
Pour tournoiier. Quant ce entent^
Lueques ne se va alentant ; 31 90
Tout droit au cemin se ravoie.
N'i a que trois lieues de voie :
Tost les ala, à Greeil vint;
Dusk'al castel ne se retint
Où à hostel estoit li rois,
0 lui Flamens et chiaus d'Artois ;
Asses ot o lui de barons.
Qui il ot donné de biaus dons.
A tant estes-vous le message ; Le roi salue en son langage : 3200
108 ROMAN
c Sire, dist-il, li senescax.
Qui moût est preudons et loîaus.
Vous tramet par moi œste lettre ;
Faites garder qu'il i fist mètre. »
Puis si li tent; li rois les prent,
La cire brise, et puis estent
Le parkemin qui ert dedens. I II sayoit bien lire rommans,
En sa jouenece Teut apris ; I Car son maistre ot o lui tous dis, 3210
I Qui tant Taprist qu'il seut escrire
î Et le romans et latin lire.
' S'a celé lettre regardée
I Qui par traison fu letrëe ;
\ Et quant il Ta tele véue,
Tous li sans de lui li remue.
De toute lire n'ot pooir;
Et pour çou que apercevoir Folio 2:2 v, col. 9. Ne s'eu puisseut la gent estrange,
De là ù il ert son lien cange : 3220
Lui tierc en sa cambre est yenus.
Adonques ne s'est plus tenus
Qu'il ne lise de chief en chief
Les lettres, voit le meschief
Qui escrit i ert par mençoingne ;
Mais il ne le tint mie à songe. Pour le seel que il connut,
Legierement la letre crut.
Qui li ert à son cuer contraire :
Dont commence grant duel à faire, 3230
DE LA MANEKINE. 109
Ses chevex commence à tirer Et à sa robe descirer. Et moût durement li dessieent Les larmes qui des iex li cieent. Li chevalier qui sont o lui Sont moût dolant de son anui ; Si li ont priiet» s'il li plaist. Que ce duel et le plourer laist, Car il n'afiert à nesun roy
Que il pleure pour nul desroy : 3240
c Se Yostre baron le sayoient. Durement vous en blasmeroient. » — c Signeur» dist^il, je n'en puis mais; Car teus noveles n'oî mais Nus om comme j*ai chi léues En ces lettres que j'ai yéues; Car celé que je tant amoie, Celé dont me venoit ma joie, Celé dont me vient tous mes biens, Celé que j'aime plus que riens, 326O
FoUo25 t; ooi. 1. Est acouchie de tel chose
Que ha[r]dis sui quant veoir ose
La lettre qui çou m'amoneste,
Que acouchie est d^une beste
La Manequine la roîne :
Moût a chi felenesse estrine.
Se me mandent mi consillier
Que avoec li laissai Tautr'ier,
Que leur reface isnelement
Savoir mon bon et mon talent. 3260
110 ROMAN
Je ne leur sai que remander ; Conseil tous en voel demander. Pour riens je ne m'aoorderoie Ne nul mal foire ne feroie A celé que j'ai tant amée : Or me dites vostre pensée. »
— c Sire, respont li uns des .ij., Dirai vous quex est mes consex : Se Dix a fait sa volenté
Du fruit qu^ele a en soi porté, 3270
Ele n'i a mort desservie. Mandés qu'ele soit bien servie Et gardée honerablement. Et si soit gardée ensement La créature que ele a, Dusqu'à tant que vous venrés là. N'a que .xv. jours au quaresme : Dont en irés sans plus lonc terme. Durement blasmés en seriiés
Se maintenant en aliiés 3280
Por les tournois qu'avés empris ; S'en seroit abaissiés vos pris. Ne jà ne voelliés révéler Geste novele, mais celer; Car il hît mauvais tenir conte De ce dont on puet avoir honte. » Respont li rois : c Vous dites voir ; Milleur conseil ne puis avoir : Saciés» tout ainsi le ferai, Jous méismes les escrirai 3290
DE LA MANEKINE. lU
Pour estre des inos plus certains. » Fdiio 35 fo, col. 3. Parcemin prent entre ses mains
Et encre, puis a dit s'escrit, Et itex paroles i mist:
c Li rois d'Escoce mande et prie As trois qui il laissa s'amie. Qu'en sa gesine soit gardée Celé qui il a tant amée. Et la créature de lui
Gardent sans mal et sans anui, 3300
Ainsi cier comme il ont leur cors, S'aprocier ne voelent leur mors ; Et bien sacent qu'il revenra Quant li quaresmes enterra : Adont fera sa volente De çou que il li ont mandé. » Quant il a escris itex mox, Dedens cire les a enclox Et de son seel les seele.
Après le messagier apele 3310
Qui les lettres eut aportées. Si li a iceles livrées; Puis si li a dit que il die Son seneskal qu'il ne laist mie Qu'il ne hce çou qu'il verra, Ou autrement mal en gorra. Li rois à lui mie n'enquist Des noveles, n'il ne l'en dist Nule, pour çou que il pensoit Que li senescax li avoit 3320
112 ROMAN
Mandé par Tescrit c'apo[r]ta : Pour ce li mes se déporta De dire au roi tele noyele Qui moût li éust esté bêle; Mais Fortune ne le vaut mie. Qui maint preudomme est anémie. Les lettres li rois li tendi. Et li messages les saisi; Si les a mises en sa boiste.
Qu'il ne les brise ne ne froisse. 3330
Li rois li dist plus le deloist. Folio »vo, ooi.i. Mais demain au matin s'en voist;
Et il si fait sans nul séjour. Si tost comme il perçut le jour. Et li rois à Creeil demeure ; Ciaus ki sont avoec lui honeure, N'il ne leur montre pas samblant Que il ait au cuer maltalent; Car ses sens se l'en £sdt tenir
Et foire encontre son plaisir 3340
Lié samblant, ne talent n*en a : Ensi son afaire cela^ Que nus ne le sot fors li dui, Cui il pesoit de son anui.
Du roi ci endroit tous lairons, Et du messagier vous dirons Qui d'aler durement s'esforce ; Or reyaurroit estre en Escoche. Ne TOUS Yoel conter ses journées : Tant a aie mons et valées 3350
DE LA MANEKINE. 113
Que par Arras vint dusqu'à Lens» D'outre passer ne fu pas lens : A Bruges vint sans grant ahan; Dedens la mer entra au Dan En une nef où gent passoient Qui en Escoce aler dévoient La mer est illueques estroite : •L jour et une nuit esploite La nef, et puis est arrivée.
Li messages, sans demourée, 3360
Ensi comme il eut en couvent» A Enluic vint maintenant; Ne se gardoit de traison, Venus est dusqu'à la maison Où la maie dame manoit. Lie fu moût quant ele voit Le messagier ki vient de France ; Et li messages tant s'avance Qu'il le salue, et ele lui ;
Puis li dist : c Or n'i ait menti, 3370
Fu^tu en France? > — c Dame, oïl. > Folio 2s T», ooi. 2. — c Yéis mon fil? Quel le fait-il? >
— c Dame, moût bien, et s'est si prous Que il vaint les tournois trestous. »
— c Et des noveles k'il oi^ Di-moi se il s'en esjoi. »
— c Certes, dame, bien me remembre Qu'il les ala lire en sa chambre,
Lui et âj. autres seulement;
Assës i furent longuement 3380
114 ROMAN
Ne sai qu'il i vit et qa'il fist. Fors tans c'anes lettres refist. Que je report au senescal ; Et se li porte que grant mal Li avenra se œ ne fet Que es lettres verra pourtret. »
Quant la dame entent ceste cose, Plus avant enquerre ne Tose Por çou que il ne s^aperçoive ;
Car talent a que le déçoive : 3390
S'ele vaut à itant laissier» Et pense de li à abier: Fors vins ne li furent veés. Et il s^en est tex conreés QuHl est en yvrece chéus. Ainsi fu .ij. fois dechéus. Qu'il onques garder ne s'i sot. Se s'en tint puis maint jour à sot. Par yvrece sont maint mal fait ;
Pour c'est cil moût fol qui s'I met* 3400
Maint homme en ont esté tué. Et maint grant bien fait delué ; Ensement fu^il de celui Qui folement s'i embati. Tant but li glous qu'il s'enyvra, Dusk'al demain ne délivra De rivrece; de ce fu lie La maie dame outrequidie. Ainsi conune ele fist l'autr'ier, En sa chambre par dederrier 3410
DE LA MANEKINE. IIK
Le fist icele nuit gésir : Folio 34 r», ooi. 1. lUuec acompU le désir
Qa'avoit de dormir li messages, Qu'iluec endroit ne fu pas sages. Quant la nuit noire fu venue, La jnere au roi ne s'eM tenue; Ains li a ses lettres emblées Et dedens sa cambre portées, Conques ne le seut^ fors li clers Par oui li seaus fii ourers 3420
D[e] celés que li mes porta. La maie dame l'enorta Et li dist qu'il ne se desfimde De son voloîr, mais bien tost fende Le seel que ses fix envoie* Li mauvais clers, qui ert en voie De mal aussi comme sa dame ère, Li dist : c Volentiers, » sans prière ; L[e] seel fent au canivet.
Les lettres qui sont eus en tret; 3430
Puis après les a esfendues Et devant sa dame lëues. Quant ele ot que li rois mandoit Que au quaresme revenroit. Et que duskes là fust gardée Et bien servie et honerée. Et la créature de lui Péissent garder sans amn» Ne li pleut pas tel mandement; Ains les descire isnelement, 3440
116 ROMAN
Et a £ut unes autre faire Qui furent à celui contraire. Si grant traïson i fist mettrci N'il plus grans ne fîi en lettres ; Et les paroles li escrit Li mauvais clers, qui les escrit. Que li rois au senescal mande Que il jamais jour ne Tatende, Se ardoir ne fait s'espousée
Si tost comme ele ert relevée, 34SO
Et avoec lui sa portéure Folio u r, col. 2. Face ardoir sans arrestéure ;
Car il a oïes noveles De la Manequine peu bêles, Bien set pour coi n'a c'une main : Pour noient n'eut pas ce mehain. c Ârdés-la, ne m'atendés mie. Se vous tant amés vostre vie. »
Quant ele eut fait tex mox escrire, Arrière la met en la cire 3160
Li clers, sans le seel brisier ; Et puis les portèrent arrier Là où li messages se dort, Cui li vins demenoit moût fort. A son caves les ont tost mises Et dedens se boiste rassises ; D'iUuec se partent, si s'en vont^ Comme y vre dormant laissië Tout. La maie dame va gésir Et reposer tout à loisir, 3470
DE LA MÂNERINE. 1 17
Dusqu'à tant que Taube creva : Li messages dont se leva. Qui se loe de son hostel : En la voie n'ot nul autel. Quant il se fu tous atoumés, Li jours ert pieça ajournés ; Se s'est la mère au roi levée. Li messages Ta saluée^ Congié demande, puis s'en tourne ; Duskes à Dondieu ne séjourne, 3480
Où on desiroit qu'il desist Du roi noveles et venist Trois semaines eut demouré, Es-Ie-Yous trop tost retourné : Il yenist miex k'il iust noiiés, Qu*il fiist illueques ravoiiés. Au senescal la lettre baille. Puis li a dit : c Li rois sans faille Vous mande, si cier comme avés Vo cors, que quanques tous yeés 3490
Faites et quanques vous trovés Folio 24 Ts ooi. 1. Es lettres, u mal en gorrés. »
Adonques les lettres li tent. Et li senescax si les prent 0 lui sont li dui chevalier Qui estoient si consillier ; Tuit troi ont le seel véu, Assés tost orent connéu Du seel le roi ert empainte La cire ; puis après Ta frainte 3600
118 ROMAN
Li senescax, et voit la lettre
Que la maie dame i fist mètre.
Li senescax lem* a léoe;
Mais quant il Tont tele véoe.
Si forment s*en sont menrillië
Qu'il en sont tout desoonsillié.
Ne ne sevent qa'il puissent dire ;
Cascuns d'aux trop pleure et sospire,
Et furent molt grant pièce coi»
Qu'il ne disent ne çoa ne qooy; 3510
Si sont auques plain de contraire
Qu'il ne sevent qu'il doivent Êiire.
En la parfin ont demandé
Au messagier et commandé
Qu'il leur die quel chiure fist
Li rois quant il les lettres vit;
Et il leur dist : c Certes, maltaise;
Par samblant n'estoit mie à ese.
Je n'en sai plus, fors qu'il commande
Que TOUS Eûtes ce qu'il commande 3520
Par les lettres que vous apwt»
Ou TOUS en verres à mal port
Vous yeés bien en celé l^tre
Le commant qu'il vous bit trameire :
S'en Sûtes tant que il li plaise,
Se avoir n'en volés mesaise. >
Or cuident bien que vraie soit
Celé lettre, qui les déçoit;
Si sont à .L conseil aie.
De la vérité trésalé : 3630
DE LA MANERINE. tl9
FoUo i4 f, col. 2. f Signeur, ce dÎBt li senescax,
Ques pora estre ds consans Du mandement que nous avons? La raison mie ne savons Pour coi tel mandement nous fait; Espoir que on li a retrait Là où il est, dont ele est née Et pour coi eut la main colpée. Je ne sai s'il i a raison;
Mais moût à envis, desraison 354O
Li fesist n'a mie lonc tans : Je ne sai dont vient cis pourpens. Voir se dist cil qui adevine ; c En grant amour gist grant haine. » Que ferons-nous de cest a&ire ? De li ardoir ai cuer contraire ; Et se nous le laissomes vivre, Nous ne sommes mie délivre; Car li rois ardoir nous fera
Ou morir, si com lui plaira. 3660
Dites à coi vous acordés : Je sui trestous dès ui cordes.- » A ce mot li autre respondent Et assés briément li respondent : c Le plaisir son signeur convient Faire^ qui tant le prise et crient. Comment que aiommes grevance Ne pitié au cuer ne pesance^ Faire nous convient son plaisir. Que grans max nous poroit venir. > 3660
120 ROMAN
Ainsi tuit troi acordé sont Que la Manequine arderont Lendemain qu*ele ert relevée. Tost fil par le pa!s alée La nouvele du mandement Que li rois [a] fait à sa gent D^ardoir sa femme et son enÊmt. Durement s'en yont mervillant Et s'en furent tout esbahis
La commune gent du pais ; 3570
Folio 25 ro, ooi. f. Grant doleur au cuer en avoient,
Et tuit communalment disoient : € Que puet estre^ biaus sire Deus ? Dont vient tel dolour et tel deus, Que la mieudre dame du mont De toutes celés qui i sont Sera arse avoec son enfant? Gomment puet avoir tel talant Li rois, qui si Tamoit de cuer ? Ne déust cuidier à nul fixer 3580
Nus hom qui de tant le haist. Que dusqu'à tel mort le méist. Gomment puet-il de li savoir Raison par qu*ele doie avoir Itel doleur ne tel tourment ? Jà sambloit-il qu'il l'amast tant. Sambloit ! si Ëûsoit-il sans Êdlle, Nus hom n'en doit doter la (aille : Se de cuer ne Téust amëe» A envis l'éust espousée 3690
DE LA MâNEKINE. 121
 çou qu'ele estoit mehaignie ; Mais il la vit si ensignie» De tel samblant et [de] tel estre. Comme bonne dame doit estre. Si la prist, qu'ele estoit bien digne Par son samblant d'estre roine. Quant il Teut prise et espousée. Si fo-ele moût honnourëe Du roy tant comme il fii o li;
Et quant il se parti de li, 3600
Si estoit encore Tamour : Bien le peut-on savoir al plor Qu'il firent à la départie. Or Ta si cruelment servie Qu'en fil la commande à ardoir. Et avoeques li son bel hoir. Par foy ! çou est trop grans pitiés. Honis soit qui en amistiés Se fiera jamais nul jour,
Se ele muert à tel dolour !» 36 1 0
FoUo 26to, ooi. 2. Ensi par le pais disoient.
Et tuit de duel se debrisoient Encor ne set pas la novele La roïne, car on li celé ; Dedens sa chambre se gisoit, Ne de tout çou mot ne savoit, Se n'estoit pas ses cuers à ese : Bien pense qu'ele aura mesese. Ne set où, ne quant, ne comment;
Mais ele le saura briément. 3680
Q
122 ROMAN
Quant ele ot jeu tout son mois, On li fist Êdre tous ses drois; Honorablement se leva. Et à son droit se releva. Moût eurent grant pité de li Cil qui bien savoient Tanui Que prochainement doit avoir. Li jours passa duskes al soir, Que ele ne s'en donnoit garde ;
Lès li le senescal regarde, 3630
Se l'apele, et il vient à lui : < Senescal, fait-el, en anui Est mes cuers de la demourée Monsigneur, qui m'a tant amée. Vos messages qu'est devenus ? Bien déust estre revenus ; Je m'esmervel que il ne vient. De maie nouvele se crient Mes cuersy tout de voir le saciés ; Jamais nul jour ne sera liés 3640
Devant que verrai mon signeur. Qui m'a faite si grant honneur C'ostée m'a de mon servage Et espousée en mariage. Bien pens qu'il atent le quaresme ; Je n'i atenc plus proçain terme. Pour Dieu ! se de li savés rien, Dites-le-moi : si ferés bien. » FoKo 25 y, eoi. 1. Quant li senescax l'entendi,
Par .i. peu de duel ne fendi ; 3650
DE LÀ MANEKINE. 123
Tant li fait pitiés le coer fondre
Qu'en grant pièce ne pot respondre.
Par les ex li issent les lennes.
Tant qu'il n'en est ne fins ne termes ;
Tout le visage en a couyert.
.1. petit a son cuer ouvert
Por parler, puis si li a dit :
c Douce dame» se Dix m'ait,
I n'i a plus mestier celée;
Tant est de vous la cose alée 3660
Que li rois mesires vous het.
Ne sai quel raison il i set
Bien a .yiij. jours qu'en eue noveles;
Mais, pour çou que ne sont pas bêles,
Le vous avons-nous tant celé ;
Mais or vous sera révélé.
Mesires nous a fait savoir,
Si chier que nous volons avoir
Nos vies sans recevoir mort^
Que nous, ou a droit ou à tort, 3670
Vous metons ardoir en un fii
Et çou que de vous est issu;
Et plus, que, se vive vous trueve ,
De mort nous metra à Tesprueve.
Yés chi quaresme qui verra.
Que tournois plus ne le tenra :
Se convient que isnelement
Faisons le sien commandement,
Que trois jours n'avés mais respit.
Mais or ne metés en respit 3680
124 ROMAN
Folio 25 ▼», col. 2. Que de Yostre ame ne pensés,
Car li cors est à ce tensés Qae il convient que il soit ars : Je ne r volsisse pour mil mars ; Mais bien sai^ se ne le Êiisoie, Que prochainement en morroie. »
Quant la Manekine a oïe Tel nouvele, si esbahie Estt que trestous li cuers li sere ; Pasmée est kéue à la tere, 3590
Et sent le cuer en si grant paine Que grant pièce perdi s'alaine* Li senescax Ta relevée, A qui sa dolour desagrée ; .1
Et quant ele iu revenue. Si cria .ij. mos : c Dix aiuwe ! Dont vient çou que cis hom me conte ? Morrai-ge dont à si grant honte ? Qu'ai-je mesfait, biaus sire Dix ?
3700
Dont me revient ceste durtés
Où mesires s'est aburtés.
Qui m'avoit faite tele honneur ?
Or me re&it mètre à doleur.
Qui m'avoit si de cuer amée;
Or m'est si s*amour bestournée
Qu'il me het plus que riens qui vive.
Que ferai-ge, lasse, caitive?
Mais puisque de moi est ensi,
Mes dous fix c'a-il desservi ? 37 10
DE LA MANEKINE. 125
Qu*a-il mesfait, ne pour quel tort > Devera-il rechevoîp mort ? Par foi ! je ne sai que je die, Fors c'a tort perderons la vie. » Quant une pièce s'est menée Ensit dusk'à tere est alée. Li senescax nc^se perçoit, Duskes à tant que il le voit, Qu'ele li vaut le pié baisier :
Isnelement s'est mis arrier^ 3720
Se li a dit : c Jà puis honour, FoUo ae ro, ooi. 1. Dame^ ne me doinst Dix nul jour
Que TOUS m'atoucerés le pié ! Voir, trop m'averiés avillié. » — € Si ferai, sire, par couvent Que laissiés vivre mon enfant, Et de moi faites vostre gré : Ainsi acomplissiés mon gré. >
Li senescax pleure et souspire, Ne set que il li doie dire; 3730
Moût li desplaist ce qu'ele pleure, Molt grant pitiés li courut seure; Se li dist que il parlera As .ij. chevaliers, et fera^ S'il puet, tant qu'ele ert respitée ; La Manekine l'en mercie. v >
A tant s'est départis de celé • /» • « Qui son courons mie ne celé. Si s'en vient à ses compaignons : € Signeur, dist^il, quel le ferons? 3740
126 ROMAN
Autre conseil nous covient prendre. Trop seroient peu no cuer tendre Se nous faisiens celi ardoir Qui donné nous a son avoir; Bon feroit tel voie trover Que la péussiens délivrer. Si ke li rois ne le sëust Et que de riens ne nous nëust. Je vous dirai que j'ai pensé,
Se vous en estes apensé : 37S0
Orains de ce me ressovient. Que quant ele en cest pais vint, Que par mer vint en une nef Où n*avoit ne voile ne tref ; Se vous volés, nous Ti métrons : Ensi de mort le demetrons. Se Dix veut, bien le garira ; Et s*il veut, ele i périra. Et pour eskiever le desroy
Que porions avoir du roy, 37^0
S'il vous plaist çou que je devise, Fotto 36 p, col. 3. Ferai &ire tout à sa guise
Une ymage à .i. ymagier Si bien conune il pora taillier, Et un[e] autre qui ert samblant Nostre damoisel son enfant. Quant nous les aurons mis en mer, .1. grant feu ferons alumer; Les ymages ens geterons Si soutilment que nous ferons 3770
DE LA MANEKINE. 127
Tous ciaus du pais entendant
Que c'est ma dame et son enËmt :
Ainsi faindre le nous covient ;
Car tex pitiés au cuer m'en vient
Que je pour riens ne Tarderoie,
Je cuic que mort ains soufFerroie.
Or me dîtes vo volentë.
Se vous estes entalenté. »
Il respondent : c Bien le volons ;
De ce faire ne nous dolons, ^pj^q
Mais que nous le puissons si faire
Que de lui n'en aions contraire ;
Car moût redoutons son courons :
0 nous fera morir trestous,
Se il se puet apercevoir
Que nous n'aions fait son voloir;
Mais miex est que en aventure
Nous metons, que tel créature
Et qui tant nous a fait de biens
Mesissons en si fors liiens. 3790
Nous nous acordons à vo dit;
Mais or soit hastë sans respit,
Car mesires venra par tans»
Si est du haster lieus et tans. »
Ainsi devisent la besoigne. Tout erramment, sans plus d'aloigne, Ont Eut à un bon ymagier Deus bones ymages taillier : Une petite pour Tenfant, Et pour sa mère une plus grant; 3800
128 ROMAN
Mais avant leur ot fiancié FoUo36Tsooi.fl. Jà par lui ne seroit nonchié.
Legierement le fiança Pour la dame» que fiance a Que sa dame sera sauvée : Por çou li Êiires li agrée; Se les eut en peu d*eure faites, Et en leur samblance pourtraites ; Et li senescax ne délaie,
Qui de pitié eut au cuer plaie: 3g lo
Entre lui et ses compaignons. Si tost com li jours fu escons, Deseure un palefroi ambiant Ot faite monter maintenant La roïne qui tient son fil : Ainsi la mainent en escil. .ij. jours et .ij. nuis chevauchèrent, Entre voies peu arresterent;
A Beruic vinrent par nuit,
Car ne voloient pas que tuit 3320
Cil de la vile les véissent^
Que il au roi ne le déissent
A Tostel au provost descendent,
Car il sevent bien et entendent
Que ele amoit molt le provost :
Por çou li senescax tantost
Li a reconté leur afaire.
Ainsi comme il le voelent Êiire ;
S'en eut li prevos tel anui
Que ne vous auroie dit hui 3830
DE LA MANEKINE. 129
Sa grant ire ne sa dolour, Car il Tamoit de grant amour ; Et il bien amer la devoit, Qa'assés de biens Êiit li avoit. Quant ele li cria merci. De pitié a le cuer noirci ; Mais autrement estre ne puet : La paour du roi les esmuet Tant qu'au rivage Font menée.
Où la nef estoit aprestée, 3840
Celé propre où ele ert venue Fol» 96 f, ooi. 3. Quant à joie fit retenue.
En celi propre le r'ont mise :
Dont grant pitiés lor cuer atise.
Moût fil loeques li congiés griés :
Des biaus ex pleurent de leur ciés ;
N'i eut entr'aus ne ris ne jeu
Quant ele leur a dit : c Adieu,
Biau signeur, je vous renc mercis
Quant par feu n'est mes cors péris. 3850
Je vous requier que de par moi
Salués mon signeur le roi.
Et se li dites sans desserte
Fait de moi et de son fil perte.
Certes, je Taim plus que riens née ;
Et puis que ma mors li agrée,
J'aim miex morir qu'il me mostrast
Samblant dont il me coureçast ;
Car je fiiisse en trop grant doleur.
Se je fiiisse avoec mon signeur 3800
130 ROMAN
Et il me moustrast laide chiere.
Taim miex morir en tel manière :
Qae Dix le pechié l'en pardoinst,
Et honneur et santé li doinst !
Quant il de moi se départi»
Envis quidaisse que parti
M'éust tel jeu à si brief tens :
Bien voi l'amour d'omme c'est yens.
Or me doinst Dix la soie amour !
Car en celé n'a point durour. > 3970
Ensi prent congié la roine A ciax qui, sans nule haine. Le metent en péril de mort; Par tel traison, par tel tort Cuidoit que li rois sa mort voelle. Et il n'ert riens dont tant se duelle. Si tost comme orra la nouvele, Mal ert tournée sa rouele ; Durement s'en devra doloir.
Quant ele eut dit tout son voloir, 3880
A la Vierge ron[t] commandée ; Folio 27 f, ooi. 1. Puis l'ont en la mer esquipée,
0 lui son enfant que ele aime. Mainte fois caitive se claime, Et il se sont de li parti ; A peu li cuers ne leur parti De la pité que de li ont. A Beruic revenu sunt; Mais lueques petit sejornerent, Ançois qu'il fîist jours s'en tornerent; 3890
DE LA MANEKINE. 131
De .ij. journées firent une. Par nuit chevaucent à la lune, A Dondeu revinrent par nuit. Sans grant noise Êiire et grant bruit, Ont tant lait qu'il ont les ymages Que cil ot Eût, qui en ert sages ; Car si bien leur erent samblans Que, s'il orent vies dedens, Nus ne cuidast que ne iiist celé
Qui est en mer en la nacele. 3900
Il samble que Tymage pleure Et prît Dieu que il la sekeure. Quant il les orent devers aus, Moût en est liés li senescax ; Si tost comme li jours esclere. Un grant mont d'espines à terre Fist en un lieu lès le castel, Se ne fil mie à chascun bel. La novele ert jà tant alée
Que li communs de la contrée 3910
Estoient venu à Dondieu FoUosrr fo, eoi. 2. Por esgarder le mal vais jeu
Que la rome avoir devoit, Ensi que cascuns le cuidoit; Quant virent les espines trair[e], De toutes pars oissiés braire Et crier à moût haute vois : € A, rois d'Escoche ! mal vais rois, Que vous a ma dame mesfait Qui tant de bien vous avoit lait ! 3920
132 ROMAN
Certes, nous ne cuidommes mie
Qu'ele ait ceste mort desservie. »
Ainsi dient ; mais plus assés
Seront par tans de duel lassés
Quant les espines alumer
Voient et par trestout fumer,
Et il voient le senescal
Descendre du castel aval.
Qui faisoit porter par samblant
A ses compaignons le samblant 3930
De la roine et de son fil
Pour mettre les à tel escil.
Et il voient que li serjant
Sont par derrière et par devant,
Qui ne voelent que si engrès
Soient, qu'il le voient de près,
Pour çou qu*il ne s'apercéussent
Ne la guile n'apercéussent,
Et voient ces .ij. chevaliers.
Qui par devant et par derriers, 3940
Les ymages prendre et saisir
Et par dedens le feu flatir,
Et il quident tout vraiement
Ce soit leur dame et son enfant.
Adonques, sans plus detriier,
Commencierent tout à crier.
Et disoit cascuns : c Las, caitis !
Pour coi sui-ge à ce jour vis
Que nous perdons le milleur dame
Qui onques maintenist roiame, 3950
DE LA MANEKINE. 133
Ne ne savons par quel raison FoUo27 Ys col. I. [Ele] est morte à tel desraison?
[Nei]s que par le voloir le roy, [Cu]i Diex doinst si grant desroy [Qu'enjcore à un jour se repente [De] la dolour, de la tormente [Qu'ijl a fait à souffi'ir celi [Qui] assés Famoit plus que li, [Et] ayoeques li son enfant.
Qui n'a c'un mois tant seulement ; 3960
La plus très grant descouyenue A faite ki aine fust yéue, Ne ja Dix joîr ne l'en doinst ! » Maint en i a qui doleurs point Si grant que souyent se pasmoient. Ainsi de duel se debrisoient. Et sur le roy metent le fait Où il n'ayoit de riens mesËiit. Bien i parut, quant il le sot;
A sa mère mal gré en sot, 3970
Car en la fin point ne se cele Teus traîsons, ains se reyele Pour chiaus honnir qui faite Tout. De chiaus qui en Escoche sont N'en i eut nul joiant ne liet, Fors que cele qui ot cachiet Le murdre et la grant traison Dont ele eut si grant marison ; Mais quant cele oî la noyele, Moût li pleut et moût li Ai bêle. 3980
1
134 ROMAN
Vraiement cuide c'arse soit. De çou forment s'esjoissoit ; Mais de li et du senescal. Qui n'erent mie paringal De volenté ne de corage. Ne du commun ne du barnage Qui en Escoce sont dolant. Et de celé qui va nagant ÀYoec son fil dedens la nef
Où il n'a ne voile ne tref, 3990
Vous voel ici laissier le conte : Folio 97 r», col. s. Du roi m'estuet que je reconte
Et que retraie ma matere De là où le laissai arrière » A Greel où ot les noveles Qui ne li furent mie bêles.
Or dist li contes et retrait Que, puis k'il fîi au roy retrait Que celé où il avoit sa cure
Gisoit d'une tel créature 4000
Gom vous avés devant oî, Ains puis ses cuers ne s'esjoî ; Moût desiroit, se il péust Par si que honte n'en éust. Qu'il péust des tournois partir Et vers Escoce revertir ; Moût li demouroit li quaresmes Por çou que çou estoit li termes G'on ne devoit plus tournoiier, Ains en aloient tuit arrier 4010
DE LA MANEKINE. 135
Li chevalier à leur osteus : Encor est la coustume tex; Toutes voies» au plus qu'il puet Par son sens couvrir li estuet L'ire k'il a au cuer dedens. Que ne s'en perçoivent les gens. Dusk'au quaresme le couvri, Que à nului ne descouvri Son corage ne son samblant,
Fors ke as deus tant seulement 4020
Qui furent as lettres escrire Et ki les misent en la cire ; Mais icil dui le confortoient. Qui son corage bien savoient. Ainsi le quaresme atendi; Quant fîi venus, plus n'atendi, Ains a pris congié as barons. Assés leur donna de biaus dons ; Maint palefroi et maint destrier, Maint gainiment bel et entier 4030
Donna, dont il li seurent gré : Folio 38 ro, col. 1. Aiusi fist à cascuu son grë;
Puis prent congié, à tant s'entorne.
Or n'a talent que plus sejome.
Li quens de Flandres le convoie,
Car aussi estoit çou sa voie ;
Par mi Yermendois s'aceminent.
Et par leur jornées cheminent
Tant que il ont Artois passé ;
Ne se tinrent à si lassé, 4040
136 ROMAN
G'outre ne voisent sans demour.
En Flandres Tinrent au tierc jor
De Creel, dont erent méu.
Au roi a durement pléu
Li samblans que li quens li fist;
Moût Yolentiers le retenist
En Flandres ,xy. jours u .yiij.
Pour estre en joie et en déduit;
Mais il n*en puet venir à cief.
Car encore estoit-il moût grief 4050
Au roi de çou que tant demeure.
U ne quide jà yéir Teure
Que il la Manekine voie;
Et se s'est voirs dont il s'esfroie,
Las ! n^est pas ainsi comme il cuide !
Fait li a sa mère une wide
Dont il garde ne se donnoit
Quant li quens de Flandres perçoit
Que riens ne li vaut sa proiiere,
Trois jours li fist moût bêle ciere 4060
Tant que sa nës fii aprestëe :
A Dan, lueques ert aancrée.
Duskes là fîi-il convoiiés
Du conte, qui n'ert mie liés
De ce ke si tost se départ;
Offert li a et tost et tart
Son pooir et sa signerie.
Li rois boinement Ten mercie.
Quatre destriers donner li fist ;
N'en ni eut nul qui ne vauâst 4070
DE LA MANEKINE. 137
•C. livres d'estrelins u phis : Fofio38r«,coi.3. Li quens n'en fist'Biie refys;
Ains li redona des oisiâus. Faucons et ostoirs et gir&us Bien aMtiés, ou .yij. ou .viij. ; Mais il en eut pan de déduit: Autre besoigne à Tuel li pent, Dont encor garde nejse: prent.
Quant sa nef fii apparillie Et de vitaille bien cargie, 4080
Errant a pris congié au conte ; Et puis après en sa nef monte, Et ayoec lui si dievalier Qui vinrent o lui tournoiier. Li maronier qui i estoient. Qui outre mener les dévoient. Tendent les voiles haus et grsois; Et li vens si se fiert dedens» Qui estoit grans,..fors. et isniaus; Se va durement li vàissiaus. * 4090
Li senescaus d'Esooce estoit Au port, ou il se sejoumoit. Quant il vit entrer le quaresme, Il set bien que sans plus lonc terme Se sires arrière venra. Plus en France ne se tenra; Si dist au plus de ses barons : c Boin est, foit-il, que nous alons A Beruic contre le roy : Par lueques venra-il, je croy; 4100
iSS ROMAN
Se li demanderonâ comment, '
Pour quoy ne pair qaél maltalent Nous a Ëdt nostre bbne dame Et son biau fil gëtér en flame. M'ire n'en ert jà apaisie. Si m'aura la raisbn nôncie: Moût nous en doit à toiis peser; Car tel roïne recouvrer Ne poriens en tout le moiit
De toutes celés qui i sont » 4110
— € Certes, font-îl-, vous dites voir. Folio 38 fo, ooi.i. Si boine ne poons ravoir.
Nous desirons mont à oîr Pour coi il l'a £àite morir; Mais alons et si nous liastons, Et à Beruic l'atendons; Tant com plus près du port serons; Plus tost ces noveles saurons. )»
Ainsi s'aprestent 11 pluisour D'aler encontre lor singÀor; 4120
A Beruic en sont venu. Et par la vile retenu Les ostex où il descendirent. Leur signeur .iij. jors atendirent ; Au quart est venus au rivage Li rois, avoec lui son barnage. Moût tost le sent li senescax. Et li baron qui leur cheval Firent enseler; si montèrent. Encontre leur signeur alerent 4130
DE LA MANEKINE. 139
Dusk*al rivage où il estoit Lies fo li rois quant il les yoit, Assés fil lœques salués; Et il ne s'est plus deluës, Ains apde son senescal Et les .ij. autres parigal ; De çou dont li cuers pins li serre Leur Teut demander et enquerre : € Or me dites, iait-il, signor,
Que fait celé en qui j'ai m'amour 4140
Mises sans jamais départir? FoUo38¥o, col. 3. A maint mal m'avés fait partir
Par les lettres que tous féistes. Contre la mer me traméistes; Mais quant Dix le Teut» je le yoel (Nepourquant durement m'en duel). Car il couTient souffirir en gré Ce que il Tient à Dieu a gré. De çou bien la conforterai»
Jà pour çou mains ne Tamerai; 4150
Mais or me soit de tous retrait Comment li est et qu'ele fait >
— c Sire, li senescax respont. Pour le Signeur de tout le mopt ! En ne saTés-TOus bien ccHumant J'en ai fait tout Tostre conunant? Je ne sai par quele raisQn Me mandastes tel desrsdspn. Pour çou que saToir le Tolons, A-il ici tant de barons: 4160
140 ROMAN
Se il vous plaist, si nous dires Gomment vous fastes si irés Que TOUS nous mandastes tel cose. Hardis est qui recorder l'ose. »
— c Je vous mandai, li rois a dit, De moi-méismes fii escrit. C'a grant honeur iiist maintenue Tant que yerriés ma revenue; Et la créature de li
Gardissiés bien sans faire anui, 4170
Dusk'à tant que je revenroie ; Et adonques conseil auroie Que je feroie de tel hoir, Gar TOUS me féistes savoir Que c*ert la plus laide figure Que onques mais fourmast nature : Une beste toute velue. Par moi fu la lettre léue, Dont j'euc au cuer ire et pesance ; Mais rendes -moi sans demorance 4190
Gelé qu'à garder vous laissai. Ou tous vis vous escorcerai. » Folk) 39 f, ooi. 1. Quant li senescaus entendi
Çou que li rois li respondi. Si grant peur a et si grant ire  au cuer qu'en grant pièce dire Ne li puet çou qu*au cuer li gist; Nonpourquant en la fin li dist : c Si m'aïst Dix, sire, en la lettre Ne fis onques tel cose mettre: 4190
DE LA MANEKINE. 141
Retrait vous eusse mençoingne ;
Ains i mis, ne Y tenés à songe»
Que la roine un fil avoit,
Plus bel en&nt nus ne savoit.
Mandai tous que tous liés fiissiés,
Et certainement sëussiës
Que ma dame ert saine et hardie
Et de sa porteure lie;
Et vous sur çou me remandastes,
Que de yo seel seelastes, 42OO
Que si tost que véu auroie
Vos lettres» se je ne Yoloie
Morir à honte et [a] doleur.
Que je fesisse sans demeur
Ma dame ardoir sans demorée»
Si tost comme ele ert relevée,
Et sa créature avoec li.
Que ne m'en fachiés nul anui,
Se il m'est mestiers ne besoins.
Vos .ij. consilliers à témoins ^^jq
En trai, que laissastes o moL
Vos lettres yéimes tout troi,
Ne de çou decéu ne fumes :
Vostre seel bien connéumes.
Quant je yi itel mandement,
J'euc moût le cuer grain et dolent;
Et nepourquant si grant pitié
Nous tint as cuers pour s'amistié
(Je vous en dirai tout le voir)
Que ne la volsimes ardoir, 4220
142 ROMAN
Ains l'ayons mise en une nef Folio 29 ro, eoi.2. Où fl n'a ne yoille ne tref.
Tout ainsi seule com vint çà.
Tout ainsi seule s^en veva;
Fors qu'ele a avoec son en&nt,
N'enmaine ayoec li |^us de gent.
Et pour çou que nous vous doutâmes,
A yéue faire n'osâmes
Ghe que je vous ai ci retrait;
Ains ftt si oeléement fait, 4230
Nus ne le seut, fors» sans plus, quatre ;
Car, pour la yerité abatre
Et pour çou que nous pepsions
Vostre maltalent arions
Se yous sayiiës oest aÊure,
Féismes «ij. ymages faire.
Et si les méimes en ât
Si soutilment que avis fit
A tous dans de oeste ccmtrée
Que ma dame fiist eml»rasée, 4240
Et encor le cuident-il bien.
Je ne yous ai menti de rien.
Ne sai dont yient la deoeyanoe